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Le déni de grossesse: revue de littérature ; essai de réflexion sur la prise en charge de patientes en déni.

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par Laure SAINTE-ROSE FANCHINE
Université de Nice Sophia Antipolis IAE - Diplôme d'état de sage-femme 2012
  

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6.3 ESSAI DE REFLEXION : QUELQUES REPERES DE CONDUITE FACE AU DENI DE GROSSESSE

La littérature française actuelle s'étant révélée assez pauvre sur la question d'une attitude pratique face au déni de grossesse, cet essai de réflexion tient ses sources de nos propres observations en maternité et de discussions avec des sages-femmes territoriales ou exerçant en milieu hospitalier, des médecins, des psychiatres et des psychologues. Cet essai s'inspire également et à de très nombreuses reprises du dernier ouvrage en date de Sophie Marinopoulos et Israël Nisand, « Elles accouchent et ne sont pas enceintes », qui ont consacré au sujet un chapitre entier au titre parlant : « Aider les femmes ».

Comme les idées présentées dans leur ouvrage, les lignes de conduite proposées ci-après souhaitent ouvrir le dialogue, permettre un temps de réflexion entre les différentes disciplines du monde de la Santé.

« Aussi ne chercherons-nous pas à vous dire comment faire », écrivent S. Marinopoulos et I. Nisand, « mais seulement à vous donner quelques repères pour faire cet accueil dans les meilleures conditions ». [25]

6.3.1 Lever du déni : quels professionnels sont concernés ?

Curieux paradoxe, il est apparu dans nos observations et la littérature que les personnes les plus aptes à prendre en charge le versant psychique du déni de grossesse -

Université Nice Sophia Antipolis - École de Sages-femmes de Nice page 74/89

psychiatres et psychologues - sont aussi les derniers à être mis en contact avec une patiente en déni. A l'inverse, il semble qu'à l'heure actuelle, ce soit les professionnels les plus susceptibles de découvrir un déni de grossesse chez une patiente, qui soient aussi les moins bien formés dans l'appréhension du phénomène.

Parce qu'une femme en déni consulte souvent au cours de sa grossesse pour des maux divers qu'elle attribue à d'autres causes, les médecins généralistes sont en première ligne mais ne soupçonnent pas toujours l'existence d'une grossesse (1 médecin sur 3 consultés selon l'étude de Denain et Valenciennes [41]). Les diagnostics différentiels s'avèrent variés, pouvant aller d'une simple gastroentérite ou des troubles urinaires, à une suspiscion de kyste rénal, de tumeur ovarienne, de myome utérin... Le manque d'informations sur le sujet mais aussi les rationalisations exprimées par les mères semblent y être pour beaucoup dans ce déni du déni.

Il en va de même pour les spécialistes en imagerie, à qui le médecin adresse une patiente pour complément de diagnostic. La visualisation directe de la grossesse, souvent très avancée, est un véritable choc pour le praticien comme pour la patiente, qui sans le moindre préavis voit le déni voler en éclats, avec une violence qui peut égaler celle d'une prise de conscience à l'accouchement.

Les sages-femmes en consultation de planification familiale ou en PMI sont aussi concernées, même si les patientes consultent pour des problèmes peut-être un peu plus ciblés (« Depuis que j'ai changé de contraception, je n'ai plus de règles/mes règles sont différentes/j'ai pris du poids », « j'ai des pertes blanches différentes depuis quelques temps »). Les professionnels du monde de la maternité ont peut-être plus facilement le réflexe - et le matériel à disposition - pour vérifier l'existence d'une grossesse, mais ils se sentent souvent démunis dans leur manque de formation sur le sujet et, face à la patiente qu'ils soupçonnent de déni, ne savent pas toujours comment organiser leur approche sans être brutal.

Tel est le témoignage d'une sage-femme, qui à l'époque exerçait depuis déjà sept ans lorsqu'elle avait eu affaire à son « premier » déni de grossesse. La patiente, une jeune femme de 17 ans venue pour une aménorrhée de près de 4 mois sous contraception oestroprogestative, n'avait aucun doute quant à son état, et ne présentait par ailleurs aucun signe d'appel hormis une légère prise de ventre - qui ne l'empêchant

Université Nice Sophia Antipolis - École de Sages-femmes de Nice page 75/89

pas de porter un jean moulant, était sans commune mesure avec sa grossesse, estimée par la suite à plus de 6 mois. La sage-femme, de plus en plus soupçonneuse au fil de son anamnèse, avait alors directement utilisé un doppler foetal, « pour être sûre » : à l'entente soudaine des bruits du coeur foetal, la patiente avait fondu en larmes, partagée entre l'infondé d'une telle situation (« c'est pas possible ») et le bruit retentissant du coeur de son enfant.

Parce que le déni de grossesse est considéré - à tort nous l'avons vu - comme un phénomène rarissime, les professionnels les plus à risque d'avoir à y faire face ne sont pas ou peu formés à le reconnaître et à le dévoiler. Dans cette absence de formation et d'informations, c'est peut-être bien le déni de la vie psychique de la femme enceinte qui transparaît, déjà évident dans notre pratique actuelle où la grossesse psychique est sous-estimée dans son importance et son ambivalence. [22]

D'après le témoignage de la sage-femme précitée, qui avec le recul et l'expérience avait pris conscience de la violence de son geste, il apparaissait nécessaire et même urgent que tous les professionnels soient sensibilisés à la reconnaissance du déni et à une approche aussi douce que possible.

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"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote