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Les jeunes mahorais et comoriens à  la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

( Télécharger le fichier original )
par Jean Kraemer
Université de la Réunion - Master Sciences et techniques de l'Information et la Communication 2012
  

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UNIVERSITE de LA REUNION
MASTER « Lettres, Sciences Humaines et Sociales »
Mention « Langues, Cultures et Communications »

LES JEUNES MAHORAIS et COMORIENS de LA REUNION

STRATEGIES D'ADAPTATION et MOYENS DE
COMMUNICATION

MEMOIRE DE MASTER 2

En Sciences de l'Information et de la Communication

Présenté par M. Jean KRAEMER

Sous la direction de
M. Michel WATIN

Professeur des Universités

Laboratoire LCF-EA 4549

Année universitaire 2011-2012

Laboratoire de recherche sur les espaces créoles et francophones - EA 4549
Université de la Réunion - 15, avenue René Cassin - 97715 Saint-Denis messag cedex 9
Tél : 02 62 93 85 70 - Fax : 02 62 93 85 73 - Site : < www.lcf-reunion.fr>

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Ce travail de recherche est dédié

A tous les déracinés, à tous les enracinés :

Qu'ils tentent de s'intégrer ou d'éviter de se désintégrer

À tous ceux qui vivent un rejet

Parce qu'ils le subissent dans leur pays d' « accueil »

Ou parce que l'arrivée de migrants remet leur mode de vie en question

À tous ceux qui se « créolisent » malgré eux,

À ceux qui créolisent de nouveaux arrivants, bon gré mal gré

Et malgré les difficultés qu'ils éprouvent déjà -les uns et les autres- sur le plan

matériel et social par ailleurs

À ceux qui sont contents qu'on écoute (un peu) leur parole

À ceux qui aimeraient mieux qu'on les oublie, qui se demandent ce qu'on leur veut

À ceux -de part ou d'autre- qui à force d'identité culturelle se sentent parfois marginalisés

Le village planétaire reste un village : l'autre est toujours fantasmé, menace et contrainte

jusqu'à ce qu'il ne soit plus l'autre, mais un autre nous mêmes, par l'évolution de chacun. Difficile, mais fécond. Toute autre voie ne serait elle que ghetto ?

Il faudrait « plus d'ouverture de la part des mahorais, et que les créoles acceptent les mahorais comme ils sont. »

Kaycha

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Je souhaite remercier de tout coeur

L'équipe enseignante en Sciences de l'Information et de la Communication de l'Université de la Réunion, pour leur accueil, pour leur aide et leur soutien, pour leur art de remettre en cause les certitudes, pour leur professionnalisme et leur humanité.

Et tout particulièrement :

M. Michel WATIN, Directeur de recherche

M. Igor BABOU

Mme. Eliane WOLFF

M. Bernard IDELSON

Mme. Nathalie NOËL-CADET

Les jeunes participants à l'étude qui ont bien voulu donner leur temps et leur confiance pour mieux faire connaître leur communauté, en particulier :

Fazira ABDOUSALAMI Anichati M'BAE ALI

Halima ALI Abdermane MOHAMED

Karim ALI Andjafati MOHAMED

Kamardine BAKARI Izadine MOUSTAPHA

Rouaydati DAROUECHY Amina SAID

Nadia IBOURAHIM Anrafa SAID

Sybitoine MAOULANA Djaouria TAMOU

Siadi MAOULIDA

Ainsi que les élèves de la classe de première STG gestion du lycée de Bellepierre

et « Ali », étudiant Comorien

Les étudiant(e)s en Master 2 Information et Communication,

Pour leur accueil, leur solidarité, leur volonté de se remettre en cause et de progresser, et plus particulièrement :

Katia ALLOUCHE Manuella GIGANT

Elise BONATTI Gaëlle POTHIN

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Présentation de l'étude

Cette recherche porte sur les jeunes Mahorais et Comoriens à la Réunion, leurs pratiques des Technologies de l'information et de la communication en tant que facteurs d'adaptation à l'environnement réunionnais.

S'adapter ne veut pas dire nécessairement s'intégrer, d'autres alternatives sont possibles, l'éventail de possibilités est vaste entre l'assimilation et le repli communautaire, avec en filigrane le projet commun à la plupart des migrants d'un retour valorisant au pays d'origine, parfois d'une émigration secondaire.

Les Comores et Mayotte : Un archipel, une religion islamique commune, des peuples proches mais distincts, culturellement et linguistiquement, parfois mêlés au sein des familles ; des choix politiques divergents, les uns attachés à leur indépendance, les autres à la République Française, les Comores et Mayotte constituent un ensemble particulier au sein de l'Océan Indien.

Comoriens et encore plus récemment Mahorais sont les derniers groupes d'immigrants à la Réunion. Si la créolité réunionnaise a su jusqu'à présent intégrer ses différentes composantes dans un ensemble globalement harmonieux et cohérent, cela n'a pas toujours été facile, d'autant plus que ces intégrations ont généralement été faites dans la douleur et la domination subie. Les dernières vagues d'immigration ne sont plus contraintes mais volontaires, cette dimension est naturellement préférable pour les migrants, mais ne facilite pas nécessairement leur créolisation. Et ce d'autant plus qu'ils arrivent dans un contexte social et économique structurellement difficile.

Les jeunes Mahorais et Comoriens de la Réunion présentent des caractéristiques et des projets particuliers, comme d'autres communs aux migrants, ainsi que des points de rapprochement avec les Créoles.

Par leur âge et leurs origines allogènes, ils font « naturellement » partie des deuxièmes générations, ainsi que des migrants « connectés ».

En effet, les technologies de communication numériques en changeant le monde ont changé les conditions de vie et l'identité des migrants qui ont désormais la capacité d'interagir avec leurs sociétés d'accueil et d'origine. L'intégration passant prioritairement par la communication, les TIC leur permettent d'interagir localement et à distance avec tous leurs groupes d'allégeance.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Nous tenterons ainsi de vérifier si les jeunes Mahorais et Comoriens de la Réunion, grâce à leurs usages des TIC veulent et parviennent à s'intégrer à la société créole tout en gardant leurs racines identitaires, ainsi que ce qu'ils peuvent éventuellement apporter à la société réunionnaise qui les accueille.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

SOMMAIRE

Présentation de l'étude 4

Note méthodologique préliminaire 16

Préambule : Mayotte et les Comores : un archipel, deux pays 17

1. L'Union des Comores 17

1.1. La géographie

1.2. L'histoire des Comores

1.3. Les langues des Comores

1.4. Aspects sociaux

1.5. L'économie Comorienne

2. Mayotte, l'île aux parfums, 101ème département français 20

2.1. La géographie

2.2. L'histoire de Mayotte

2.3. Les langues de Mayotte

2.4. La démographie

2.5. La société mahoraise, Islam et traditions

2.6. L'économie mahoraise

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

PARTIE I - PROBLEMATIQUE 24

Chapitre 1- LA MIGRATION

1. La problématique de la migration : 24

1.1. Migrant ou immigrant, définitions liminaires 24

1.2. De l'exil à l'intégration, de l'aliénation à l'ubiquité 25

1.3. L'histoire de l'immigration française 27

1.4. La notion d'immigré en France : Une origine étrangère, des situations différentes 28

1.5. La place des immigrés et étrangers en France 28

1.6. Un migrant protéiforme 30

1.7. Du migrant sous contrainte au migrant connecté 30

2. Les relations entre le migrant et le pays d'accueil : 32
2.1. Une dialectique d'acceptation-rejet réciproque : double jeu d'«inclusion-exclusion »

2.2. L'immigration, bouc émissaire international 33

2.3. L'incidence économique de l'immigration : lieux communs et discours politiques à

l'épreuve de la réalité 34

2.4. Deux types d'origines, deux images, deux catégorisations 35

2.5. Les discriminations et les minorités visibles 36

2.6. La ségrégation (géographique, donc sociale) 36

2.7. Immigration et délinquance 37

3. Le migrant dans l'espace public 38
3.1. L'image du migrant, enjeu social et politique

4. Le jeune issu de migrants 40

4.1. La deuxième génération et les migrants d'âge tendre 41

4.2. Une identité socialement intégrante, individuellement structurante 43

4.3. Dialectique : de la conformité à la conformation 44

4.4. Une France intégratrice ? 44

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

4.5. La dynamique des relations familiales 46

4.5.1. Lien familial et structuration de l'identité 4.5.2. Les femmes dans l'immigration

5. Les stratégies d'intégration ou de repli identitaire des migrants 49

5.1. L'intégration économique et sociale 49

5.1.1. Emploi, entreprise, aides sociales

5.1.2. L'insertion des jeunes issus de l'immigration dans les pays occidentaux

5.2. L'intégration par l'école 53
5.2.1. Attentes et réalisations

5.2.2. Des acteurs sociaux critiques et revendicatifs

5.3. L'intégration par les réseaux affinitaires : famille, amis, mouvement associatif 56 5.3.1. Des relations familiales basées sur la proximité

5.3.2. Un ancrage originaire pour les arrivants, spatial pour les natifs, affinitaire ensuite 5.3.3. Une participation associative moindre, mais constitutive de lien social 5.3.4. Un lien identitaire local de proximité

5.4. Le maintien des liens originels, la communauté identitaire 58
5.4.1. La famille, le pays : attentes croisées, volonté de participation du migrant 5.4.2. La dialectique du retour : du souhait à la réalisation (parfois)

5.5. Les pratiques linguistiques et les migrants 62
5.5.1. Les langues originelles et l'acquisition du français : langues communautaires, langue intégratrice

5.5.2. Un plurilinguisme obligé

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Chapitre 2 - LE CONTEXTE DE LA MIGRATION à LA REUNION

1. Le phénomène de créolisation : des influences réciproques 64

1.1. Créolité et créolisation 64

1.2. Une « rétro-créolisation » ? 65

2. Le contexte des Mahoro-Comoriens à la Réunion 67

2.1. L'immigration à la Réunion 67

2.1.1. Un peuplement allogène, une mosaïque de peuples 2.1.2. Les immigrants récents de la Réunion

2.2. La migration des Mahoro-Comoriens 69
2.2.1. Les Mahoro-Comoriens en France

2.2.2. Les Mahoro-Comoriens à la Réunion

2.3. L'espace public réunionnais et les migrants 74
2.3.1. Un espace public médiatique riche et varié

2.3.2. De l'extrême discrétion des uns à la globalisation péjorative des autres

2.4. Familles réunionnaises et mahoro-comoriennes : pluriculturelles et en évolution 78 2.4.1. La transformation des structures familiales et des solidarités traditionnelles 2.4.2. Les familles mahoraises à la Réunion

2.5. L'emploi et les migrants mahoro-comoriens à la Réunion 81
2.5.1. Un sous-emploi structurel

2.5.2. La difficile insertion professionnelle des mahoro-comoriens

2.6. L'école et l'immigration à la Réunion 82
2.6.1. L'école à la Réunion

2.6.2. La scolarisation des jeunes mahorais, de nombreux problèmes à surmonter

2.7. Les langues à la Réunion 85
2.7.1. Un espace linguistique particulier 2.7.2. Les langues des mahoro-comoriens 2.7.3. La langue, vecteur d'intégration

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Chapitre 3 -TECHNOLOGIES de l'INFORMATION et de la COMMUNICATION, et MIGRATION

1. Les migrants et les communications (TIC, Télécom) 88

2. Les pratiques médiatiques des migrants 88
2.1. Consommation médiatique, structuration de la personnalité et relations familiales 88 2.2. Les pratiques médiatiques des migrants : structurantes ; intégratrices et identitaires 89

2.3. Une population segmentée « ethnique » 90

2.4. Les migrants face aux médias et aux cultures jeunes 92

3. Les migrants et les (télé)communications : le lien, sous de multiples formes 93

4. Les TIC et les migrants 95

4.1. TIC et socialisation 95

4.2. Les immigrés et la consommation de TIC 95

4.3. Migrants, TIC et participation politique 95

4.4. Une possible dé-structuration des migrants 96

4.5. L'avènement et la dynamique des diasporas numériques 97

5. Les TIC à la Réunion 98

5.1. L'équipement en TIC 98

5.2. TIC, solidarités et individualisation 98

5.3. Les TIC et les familles mahoro-comoriennes de la Réunion 99

5.4. Des sites diasporiques mahoro-comoriens ? 99

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

PARTIE II - METHODOLOGIE

1. La population étudiée : Les jeunes mahorais et comoriens 101

1.1. Mahorais ou Comoriens ? 101

1.2. Les jeunes participants à l'étude 102

1.2.1. Les jeunes Mahoro-Comoriens interrogés

1.2.2. Les autres participants : éléments de comparaison et de cadrage

1.3. Le contexte relationnel, facteur de limitation des biais 103

2. Les outils d'étude empirique 105

2.1. Un premier questionnaire, guide d'entretien 105

2.2. Des entretiens semi-directifs 105

2.3. Pages personnelles de réseau social (facebook) : amis, iconographie, langages 107

3. Les thèmes d'étude 108

4. Modalités d'enquête de terrain 108

Annexes à la partie méthodologique : 109

1. Le questionnaire

2. Le guide d'entretien

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

PARTIE III - ETUDE DE TERRAIN

Chapitre 1- LES JEUNES MAHORO-COMORIENS à LA REUNION

1. Les mobiles de la migration 113

2. Sentiments d'appartenance et identité 115
2.1. Identité et sentiment d'appartenance : plutôt mahorais ou comorien que créole 115

2.2. Des origines souvent plurielles, mais unicité d'identité 116

2.3. Mahorais, comorien : des cultures et des pratiques distinctes 117

3. Ressenti des relations avec les créoles réunionnais 120

3.1. Ressenti de la perception des Mahorais et Comoriens par les créoles 120

3.2. Perception des attentes envers les jeunes mahorais-comoriens 122

3.3. Différence identitaire affichée par les adultes plus que par les jeunes 123

3.4. Attentes des jeunes mahorais-comoriens 124

3.5. Attentes perçues des adultes mahorais-comoriens 125

4. Un mode de vie duel, entre créole et traditionnel 126

4.1. Intégration-repli identitaire : une alternative combinatoire 126

4.2. Les réseaux affinitaires de proximité 126

4.3. Les associations et pratiques de loisirs 128

4.4. Des traditions toujours importantes 129

4.5. Pratique religieuse : un Islam non porteur de discriminations 130

4.6. Un respect des traditions annoncé comme choisi et non subi 130

5. Pratiques et usages linguistiques 131

5.1. Des pratiques adaptatives, différenciées selon la situation 131

5.2. Le créole, première langue de communication affinitaire 131

5.3. La langue d'origine à l'épreuve de l'environnement 132

5.4. Les autres pratiques linguistiques 134

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

6. L'avenir par l'école 135

6.1. L'école facteur d'intégration 135

6.2. Les projets d'avenir : d'abord réussir des études 135

6.3. Des projets localisés : retour aux sources ou migration secondaire plutôt

qu'enracinement 136

6.4. Une décision autonome 138

7. Les relations familiales à la Réunion 139

7.1. Des familles étendues, très présentes, garantes de la tradition 139

7.2. Les femmes dans l'immigration 139

7.3. Endogamie et amitiés identitaires 140

7.4. Entre conformité et conformation 141

7.5. Une créolisation non obligée, (donc) partielle 142

7.6. Des migrants plutôt que des immigrants ? 143

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Chapitre 2 - LES JEUNES MAHORO-COMORIENS et les COMMUNICATIONS
(télécommunications, TIC)

1. Maintenir les relations avec le pays ou la culture d'origine 146

1.1. Les télécommunications 146

1.1.1. Le téléphone fixe

1.1.2. Le téléphone portable

1.1.3. Les communications numériques

1.2. Les autres moyens de maintien de la communication 149

1.3. Les déplacements 149

2. Les pratiques médiatiques 150

2.1. Information et distraction : priorité à la télévision 150

2.2. Les autres médias : sous-utilisation 151

2.2.1. Sous-consommation de radio

2.2.2. Pas de presse quotidienne, peu ou pas de presse magazine

2.2.3. Affichages communautaires : événementiels, discrets et peu fréquents

2.3. Des usages médiatiques spécifiques 153

3. Les usages des TIC par les jeunes mahoro-comoriens 155

3.1. Les appartenances complémentaires 155

3.2. Le téléphone portable 156

3.3. Internet 157

3.3.1. Des modes de connexion multiples

3.3.2. Les réseaux sociaux virtuels 3.3.3. La messagerie sur Internet 3.3.4. Les jeux en réseau

3.3.5. Sites identitaires, pas diasporiques

3.3.6. Utilisateurs, pas interacteurs

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Conclusions 164

Bibliographie 168

Annexes de terrain 176

1. Tableau des participants 177

2. Questionnaires complétés par les participants 178

3. Notes de transcription des entretiens avec les participants 206

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Note méthodologique préliminaire

De nombreux travaux ont été consacrés aux phénomènes de migration et à la place des immigrés dans la société française, plus rares sont ceux qui traitent plus précisément des populations migrantes subsahariennes, notamment comoriennes et mahoraises.

Les recherches portant sur l'immigration de ces dernières populations sont peu nombreuses ; ce qui nous a conduit à exploiter des sources statistiques, particulièrement INSEE et INED, mais aussi parfois journalistiques, particulièrement quand le rédacteur est universitaire.

Face à la rareté des publications académiques en ce qui concerne l'accueil et l'intégration des migrants mahorais dans l'environnement réunionnais, nous avons également du avoir recours aux travaux officiels réalisés par des organismes dépendant de la Région Réunion, le Centre de ressources de la Cohésion sociale et urbaine de la Réunion (CR-CSUR) pour la formation des acteurs sociaux ; ainsi que le Conseil économique, social et environnemental régional de la Réunion (CESER) dont les publications servent de repère aux décideurs locaux. Il est clair que ces rapports ont pour la présente recherche une valeur de constat et de témoignage plus que d'analyse.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Préambule :

Mayotte et les Comores : un archipel, deux pays

1. L'Union des Comores

1.1. La géographie

« L'archipel des Comores est constitué de quatre îles situées à l'entrée du canal du Mozambique, au nord-ouest de Madagascar. Les îles de Grande-Comore, Mohéli et Anjouan appartiennent à l'Union des Comores, alors que Mayotte a choisi en 1975 de rester française. Elle est depuis le 31 mars 2011 le 101ème département français. » Ministère des Affaires étrangères, 2011

La capitale des Comores, Moroni, se trouve sur la plus grande des îles, Grande-Comore, aux pieds du Karthala, volcan actif culminant à 2361m d'altitude.

Les informations proposées par le Ministère des Affaires Etrangères français indiquent que l'Union des Comores, indépendante depuis 1975 entretient d'excellentes relations avec la France. La question de la souveraineté de Mayotte est toutefois un sujet de dissension.

Près de la moitié des citoyens comoriens résident en France ainsi que de très nombreux binationaux, entre 150.000 et 300.000 au total, selon les estimations. Les deux pays coopèrent dans de nombreux domaines et au sein d'instances internationales, en Afrique et dans l'Océan Indien. La France est aussi le premier partenaire économique et commercial des Comores.

1.2. L'histoire des Comores

Les premiers groupes de peuplement des Comores remontent au 6ème siècle. « Il s'agissait probablement de peuples Bantous en provenance d'Afrique continentale. Les premières communautés musulmanes, des marchands arabo-persans, seraient arrivées dans les îles autour du 9ème siècle. A partir de cette période, les Comores sont surnommées « îles des sultans batailleurs » en raison des nombreuses disputes qui déchirèrent l'archipel jusqu'à son passage

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

sous protectorat français, en 1841 pour Mayotte et 1866 pour Anjouan, Grande Comore et Mohéli. » Ministère des Affaires étrangères, 2011

« Depuis leur indépendance, en 1975, les Comores ont vécu une trentaine de coups d'Etat et plusieurs crises indépendantistes. » Ministère des Affaires étrangères, 2011. Mohéli et Anjouan connaissant des mouvements sécessionnistes qui se traduisent par des tensions entre les îles.

Les mouvements indépendantistes que connaissent les îles des Comores ne se limitent pas à Mayotte, que l'Union des Comores réclame en son sein par voie diplomatique ainsi qu'au sein des instances internationales. En effet Mohéli et Anjouan connaissent également des tentations sécessionnistes qui ont mené à une révision constitutionnelle en décembre 2001. Celle-ci réaffirme son allégeance islamique, mais aussi la garantie de l'égalité des droits entre les îles et pour tous les citoyens « sans distinction de sexe, d'origine, de race, de religion ou de croyance » et l'exercice des libertés fondamentales (expression, réunion, syndicalisation...) (Site de la Présidence des Comores). Par ailleurs pour réaffirmer le fédéralisme et diminuer les tensions inter-îles, une présidence tournante a été instituée entre les îles, chacune assurant à son tour la direction de l'Union.

1.3. Les langues des Comores

« Les habitants du pays s'expriment, dans une proportion de 96,8 %, en comorien (appelé officiellement le shikomor), une langue de la famille bantoue. Selon les îles, le comorien présente plusieurs variantes dialectales et l'intercompréhension demeure relativement facile entre celles-ci. On distingue quatre variétés linguistiques: le grand-comorien ou shingazidja (à la Grande-Comore), le mohélien ou shimwali (à Mohéli) et l'anjouanais ou shindzuani (à Anjouan). » (LECLERC, Jacques, 2009)

« Le français est la langue officielle et celle des relations extérieures, mais l'arabe classique constitue la «langue religieuse». On compte moins de 2000 locuteurs ayant le français comme langue maternelle, environ 700 locuteurs s'exprimant en malgache et environ 3000 locuteurs du swahili. En fait, le statut de l'arabe tient plus du symbole que de la réalité, car on ne compte aucun locuteur dont l'arabe serait langue maternelle. » (LECLERC, Jacques, 2009)

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

1.4. Aspects sociaux

Le pays est encore parfois appelé République Fédérale Islamique des Comores, 98% de ses habitants pratiquent un islam sunnite.

Le taux d'alphabétisation n'est que de 55,8 % (PNUD estimation 2008), le taux de scolarisation secondaire de 35.7%, avec des inégalités marquées entre garçons et filles, entre villes et campagnes. La scolarisation maternelle est assurée par l'école coranique, au domicile d'un dignitaire religieux qui enseigne de manière autonome. Les taux d'échec sont élevés à tous les niveaux de formation (Site officiel de l'Union des Comores, mai 2012), ce qui explique le besoin d'expatriation estudiantine ressenti par de nombreux jeunes comoriens.

1.5. L'économie Comorienne

La situation économique des Comores est précaire. « Le pays est structurellement dépendant des financements extérieurs, principalement les transferts (20% du PIB) des quelque 200.000 immigrés comoriens résidant majoritairement en France, et par l'aide des bailleurs » Ministère des Affaires étrangères, 2011

Avec un PIB par habitant de 820 $ en 2010 (estimation Banque Mondiale) et un Indice de Développement Humain qui la place 132ème sur 177 pays (Programme des Nations Unies pour le Développement - PNUD 2010), la République des Comores fait partie des PMA (Pays les Moins Avancés), avec 45% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté. 40% de la population active est occupée dans le secteur primaire (agriculture, pêche principalement), et 12 % seulement dans l'industrie. Ministère des Affaires étrangères, 2011

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

2. Mayotte, l'île aux parfums, 101ème département français

2.1. La géographie

Petit archipel d'origine volcanique, Mayotte forme la partie orientale de l'archipel des Comores. Mayotte se trouve à environ 1500 kms de La Réunion, 8 000 kms de la Métropole et 400 kms de la Tanzanie. (Ministère de l'Outre-Mer)

« Mayotte comprend deux îles principales d'une superficie de 374 km2, séparées par un bras de mer de 2kms et une trentaine de petits îlots parsemés dans l'un des plus vastes lagons coralliens du monde (plus de 1 500 km2). »

2.2. L'histoire de Mayotte

Elle est très liée à celle des autres îles de l'Archipel, protectorat, puis colonie française « La rupture entre Mayotte et le reste des Comores s'effectue pour la première fois au cours des années 1957-1958. » « Le 14 mai 1958, l'Assemblée territoriale vote une motion demandant le transfert de la capitale de Dzaoudzi à Moroni. » (Ministère de l'Outre-Mer).

L'Assemblée territoriale des Comores choisit alors le statut de TOM (Territoire français d'Outre-Mer) alors qu'à Mayotte, un peu plus de 80 % des électeurs ont exprimé leur préférence pour le statut de DOM (Département français d'Outre-Mer). (Ministère de l'Outre-Mer).

En décembre 1974, un référendum est organisé à la demande des habitants sur l'indépendance des îles des Comores. Le décompte des votes révèle que Mayotte est la seule des quatre îles des Comores à exprimer sa préférence pour le maintien dans la Nation française, avec 63,8 % des suffrages. » (Ministère de l'Outre-Mer). Un référendum de confirmation est alors organisé (loi du 31 décembre 1975) pour appeler à se prononcer sur le fait que Mayotte demeure française ou rejoigne le nouvel Etat comorien. (Ministère de l'Outre-Mer).

Le désir de maintien dans la Nation française est confirmé avec 99,4 % des voix. Par la loi du 24 décembre 1976 Mayotte est dotée du statut provisoire de « collectivité territoriale » de la République française. (Ministère de l'Outre-Mer).

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

La population de Mayotte est encore consultée le 2 juillet 2000 sur l'avenir institutionnel de son île. 72,94 % des électeurs se sont prononcés en faveur de l'accession de Mayotte au statut de "Collectivité Départementale" (Ministère de l'Outre-Mer).

La Loi du 11 juillet 2001 indique que ce nouveau statut doit permettre à Mayotte d'adopter une organisation juridique, économique et sociale qui se rapproche « le plus possible du droit commun et qui sera adaptée à l'évolution de la société mahoraise. » (Ministère de l'Outre-Mer). Des dispositions en faveur du développement économique et social de l'île sont incluses dans la loi.

La loi organique du 21 février 2007 relative à l'Outre-Mer modifie largement le statut de Mayotte, et ouvre la porte à sa transformation en département d'Outre-Mer. Suivant la possibilité qui lui en était donnée, le 18 avril 2008, le conseil général de Mayotte a voté à l'unanimité une résolution demandant que Mayotte soit soumise au statut de département et région d'Outre-Mer. (Ministère de l'Outre-Mer). Un référendum a été organisé à Mayotte en mars 2009 sur cette question, et a obtenu un vote de confirmation de 95,2% selon la préfecture.

La collectivité départementale de Mayotte est ainsi devenue le 31 mars 2011 le cent-unième département de France et son cinquième département d'outre-mer.

2.3. Les langues de Mayotte

À Mayotte, les habitants Mahorais et Comoriens, respectivement 59.4% et 11.9% de la population, parlent le mahorais, appelé shimaoré, soit un total de 71,3 % de locuteurs. Pour les Comoriens, le shimaoré est une langue seconde, puisqu'ils pratiquent les autres variétés linguistiques comoriennes. (LECLERC, Jacques, 2009)

« Dans plusieurs villages on parle le kibushi, une langue malgache (de la famille austronésienne) proche du sakalava parlé à l'île de Madagascar » ces derniers représentent 22.5% des habitants. (LECLERC, Jacques, 2009)

Le français n'est pas la langue la plus parlée à Mayotte, « on estime qu'aujourd'hui environ 60 % des insulaires maîtrisent le français comme langue seconde. Il n'existerait aucun Mahorais unilingue francophone » cette situation ne concernerait que les métropolitains résidant sur l'île. (LECLERC, Jacques, 2009)

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2.4. La démographie

« En 35 ans, la population de Mayotte a été multipliée par 5, pour atteindre 186 452 habitants (recensement au 31 juillet 2007). La densité moyenne sur l'archipel s'élève à 511 habitants au km2 contre 112 pour la France métropolitaine. Depuis les années 1950, la croissance démographique de Mayotte a été portée par une natalité très élevée, et par une immigration provenant pour l'essentiel des îles voisines. Malgré le ralentissement constaté depuis 1997, lié à la baisse du taux de fécondité, près de 53 % de la population avait moins de 20 ans en 2002, pourcentage le plus élevé de tous les territoires français. » (Ministère de l'Outre-Mer)

« Mayotte connaît une forte immigration clandestine en provenance principalement des Comores et particulièrement d'Anjouan (la plus proche, à 115 kms) » (Ministère de l'Outre-Mer). Les drames sont fréquents lors de ces traversées sur des barques surchargées et mal adaptées à la navigation hauturière (les kwassa-kwassa). « Le gouvernement a renforcé son dispositif de lutte contre l'immigration clandestine (radars de surveillance). 13 329 reconduites d'étrangers ont ainsi été mises en oeuvre en 2008. » (Ministère de l'Outre-Mer). Il est ainsi très difficile de connaître précisément le nombre réel d'habitants de Mayotte, étant donnée la présence importante d'immigrants clandestins comoriens.

2.5. La société mahoraise, Islam et traditions

La société mahoraise traditionnelle fonctionne sur les principes de la prééminence du groupe sur l'individu, de la matrilinéarité (filiation définie dans la lignée maternelle) et de la matrilocalité (résidence de la famille chez la mère). La culture mahoraise s'appuie sur une tradition orale riche.

95% des Mahorais sont d'obédience musulmane et de rite sunnite. La religion occupe une place majeure dans l'organisation de la société.

Les enfants fréquentent l'école coranique, généralement tôt le matin, avant l'école laïque. L'Académie met progressivement en place les moyens d'accueil des enfants en maternelle, gage d'une meilleure acquisition du français.(INSEE 2010)

Le droit coutumier inspiré du droit musulman et des coutumes africaines et malgaches s'applique aux Mahorais qui choisissent de le conserver. Il comporte des règles particulières : polygamie, possibilité de répudiation de la femme par le mari, inégalités des sexes en matière de droit

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successoral, etc. Ils peuvent également opter pour le statut civil de droit commun français. Cependant, la grande majorité de la population méconnaît son propre statut.

2.6. L'économie mahoraise

En 2005 (données INSEE), le PIB par habitant de Mayotte était de 5200 euros par habitant, à comparer avec les 650 EUR des Comores et les 15475 EUR de la Réunion. Le dernier département français est aussi le moins riche. Mais le différentiel de revenu avec les autres îles de l'Archipel explique l'attraction que l'île aux parfums exerce sur les habitants des îles voisines. De la même manière, la Réunion attire les mahorais pour sa différence de richesse apparente et de prestations sociales.

Le secteur public reste le premier pourvoyeur d'emplois, mais les entreprises privées se développent et contribuent à la diminution du chômage, malgré une pression démographique encore forte. L'agriculture, principalement de subsistance occupe près d'un tiers des ménages, ainsi que la pêche, surtout destinée à l'autoconsommation.

Les principales exportations sont ainsi réalisées dans les produits agricoles ou dérivés, l'essentiel de la valeur ajoutée (VA) produite (donc la principale contribution au PIB) étant réalisée par le secteur du commerce. (INSEE 2010).

Le taux de chômage global est de 26.4% frappant deux fois plus les femmes que les hommes, et particulièrement important chez les jeunes (41.5% des 15-25 ans) et les étrangers (33.9%).

Le chômage diminue avec le niveau de diplômes, passant de 32.6% pour les non diplômés à 14.2% pour les bacheliers et 4.6% pour les diplômés du supérieur. (Données 2007 - INSEE 2010).

L'offre de formations supérieures se développe à Mayotte, mais reste insuffisante, ce qui explique une partie de l'émigration vers la Réunion, où l'offre est proche de celle de la Métropole. Par contre, le nombre d'élèves mahorais émigrés pour suivre des études secondaires diminue régulièrement avec le renforcement des capacités d'accueil locales. (INSEE 2010)

La Réunion apparaît pour de nombreux Mahorais et Comoriens comme l'ouverture vers une vie meilleure, pour eux comme pour leurs enfants, par rapport aux conditions de vie et aux perspectives d'évolution moins favorables, en termes éducatifs et professionnels, qu'ils connaissent dans leurs îles d'origine.

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PARTIE I - PROBLEMATIQUE

Chapitre 1- LA MIGRATION

1. La problématique de la migration :

1.1. Migrant ou immigrant, définitions liminaires

L'INSEE définit dans ses études qu'une personne immigrée en France (ayant migré vers l'intérieur) est « née étrangère à l'étranger ». Pour cet organisme, la famille immigrée étant celle « dont les deux parents sont immigrés, ou famille monoparentale où le seul parent connu à l'enquête est immigré ».

Les couples ou familles mixtes, sont « constitué(es) d'un conjoint immigré et d'un conjoint non immigré » et notées comme ayant une dynamique distincte de celle des immigrés.

Le dictionnaire de l'Académie Française précise simplement qu'il s'agit de « Venir dans un pays étranger pour s'y établir ».

Ces définitions ne contiennent aucune indication sur la durée de séjour en France, ni sur l'intention ou non de s'y installer plus ou moins définitivement, ou à l'inverse de repartir pour une « migration secondaire » vers un autre pays.

L'immigrant arrivant est logiquement un émigrant, (ayant migré vers l'extérieur) pour le pays qu'il quitte.

Quant au migrant, il est simplement défini par l'Académie Française comme celui qui « effectue une migration», membre d'une « population qui passe d'un territoire dans un autre pour s'y établir, définitivement ou temporairement ».

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1.2. De l'exil à l'intégration, de l'aliénation au migrant connecté

Pour le migrant, l'émigration volontaire ou subie représentait d'abord un exil, un « saut au dehors », un déracinement ; étymologiquement un être arraché à son sol. En ancien français (XXIIème siècle), l'exil était un bannissement.

L'exilé volontaire ou non, en migrant était désormais aliéné (devenu étranger) d'après les définitions du dictionnaire de l'Académie Française. L'émigré ne pouvait manquer d'éprouver un sentiment de manque et d'abandon de son « pays » d'origine. « La migration est toujours un passage de frontière entre deux mondes. Passer la frontière, c'est franchir les limites, les barrières, c'est déborder du cadre prescrit par le groupe qui protège, met à l'épreuve, exige, porte. Loin du groupe qui nous soutient et nous porte on est à la dérive, marginalisé, rejeté, on se sent aussi comme un traître qui a été déloyal, qui a affaibli le groupe. » (Goguikian Ratcliff B., 2012)

C'était et c'est encore parfois le cas des villageois poussés en ville par les famines, le manque de travail ou l'incapacité à nourrir l'ensemble de la famille, enfin par la révolution industrielle et le chômage.

A une autre échelle géographique, poussés par de mauvaises conditions de vie, les émigrants étaient obligés d'abandonner leur pays, leurs attaches, une partie de leur culture, leur mode de vie, souvent leur langue.

De Victor Hugo, le combattant, exilé politique à Jersey puis Guernesey, à Miguel de Unamuno le tragique opposant aux phalangistes espagnols en 1936, ou Eugène Ionesco le roumain à l'humour douloureux, réfugié à Paris, l'histoire et la littérature de l'exil foisonnent de références de la nostalgie à la souffrance, tout au long de l'histoire des peuples.

Souffrance que les cliniciens considèrent comme traumatique et susceptible d'entrainer de graves pathologies psychiques et physiques (Goguikian Ratcliff B., 2012).

L'émigration représentait souvent (ou du moins était ressenti) comme un échec, économique, social ou politique dans leur pays d'origine et l'espoir, pas toujours réalisé, d'une vie moins dure, d'un véritable avenir pour leurs enfants. La migration représente souvent ainsi le sacrifice plus ou moins volontaire d'une génération, dans l'espoir d'une vie meilleure pour les descendants.

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Pourtant les très nombreux exemples d'émigrations réussies montrent que ce traumatisme peut aussi être fécond et salutaire, la différence se situant dans la qualité du lien social à l'origine comme à l'arrivée. « L'issue du processus migratoire se trouve influencée aussi bien par des éléments individuels, familiaux et collectifs qui ont précédé la migration que dans la possibilité de se recréer, dans le pays d'arrivée, un cadre de vie «suffisamment bon», secure, signifiant et contenant. » (Goguikian Ratcliff B., 2012)

En d'autres termes, pour le migrant comme pour tout autre, c'est l'insertion sociale dans son pays d'origine comme dans le pays d'accueil qui détermine la réussite ou l'échec de sa migration, au delà des représentations plus ou moins idéalisées ou fantasmées du pays d'accueil comme de celui d'origine.

Entre le migrant et le pays d'accueil, les relations peuvent être complexes, entre un besoin de nouveaux citoyens, une éventuelle tradition d'accueil et la crainte de perdre son espace vital, les réactions des autochtones sont souvent ambivalentes, parfois hostiles.

Zygmunt Bauman (2000) prône l'intégration par l'interaction, loin des communautarismes, en la décrivant féconde d'expériences humaines « Les villes d'aujourd'hui sont comme des décharges où les sédiments des processus de mondialisation se déposent. Mais ce sont aussi des écoles ouvertes 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 où l'on apprend à vivre avec la diversité humaine et où peut-être on y prend plaisir et on cesse de voir la différence comme une menace » : Il prône ainsi la mixité sociale. « Il revient aux habitants des villes d'apprendre à vivre au milieu de la différence et d'affronter autant les menaces que les chances qu'elle représente. Le « paysage coloré des villes » suscite simultanément des sentiments de « mixophilie » et de « mixophobie ». Interagir quotidiennement avec un voisin d'une « couleur culturelle » différente peut cependant permettre d'apprivoiser et domestiquer une réalité qui peut sembler effrayante lorsqu'on l'appréhende comme un « clash de civilisation »...

Comme on le constate, l'acceptation de l'autre ne va pas de soi, elle implique contact, interaction et connaissance. Cette démarche de réduction de l'altérité doit se faire de part et d'autre, intégreur et intégré, pour surmonter le clash de civilisation redouté par Baumann.

Le migrant a ainsi un double problème à surmonter, avec lui-même et son rapport à ses origines, en termes d'équilibre interne, mais aussi avec son nouvel environnement, en termes d'équilibre externe, plus précisément d'intégration sociale.

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1.3. L'histoire de l'immigration française

Il ne s'agit pas d'un phénomène récent, la France devient dès le XIXe siècle un pays d'immigration. À partir de 1830, arrivent des exilés politiques européens (Polonais, Italiens, Espagnols, Allemands), puis une immigration liée aux besoins de l'économie. En 1881, un million d'étrangers sont présents en France, venus très majoritairement des pays voisins : Belges, Anglais, Allemands, Suisses, Italiens, Espagnols. Mais aussi Russes et Polonais (juifs persécutés, opposants politiques, savants, artistes). (Site de la Cité Nationale de l'histoire de l'immigration, 2012)

Entre 1914 et 1944, l'État intervient dans le domaine, jusqu'alors privé, du recrutement de la main-d'oeuvre étrangère, par des conventions signées avec les pays concernés (Pologne, Italie, Tchécoslovaquie). La France devient aussi la principale terre d'accueil des exilés politiques Arméniens, Italiens antifascistes, Russes chassés par le bolchevisme, Allemands antinazis ou Espagnols rejetant le franquisme. En 1931, les étrangers (près de 3 millions) constituent 7% de la population totale, une proportion jamais dépassée depuis. L'Occupation, de 1940 à 1944, a entraîné le quasi-arrêt de toute immigration. Le recensement de 1946, constate la diminution des étrangers (1.7 millions), avec les retours aux pays et les naturalisations. Avec les Trente Glorieuses, un nouveau cycle d'immigration commence correspondant aux besoins en main-d'oeuvre de l'économie. Lors de la Guerre Froide, de nouveaux réfugiés arrivent en France venant soit de pays communistes, soit d'États à dictature militaire, de manière légale ou clandestine. La France compte 3,4 millions d'étrangers en 1975. (Cité Nationale de l'histoire de l'immigration, 2012)

Les flux migratoires se réduisent considérablement avec la crise des années 1970. Les seuls étrangers autorisés à s'installer en France, le sont par le regroupement familial, et les bénéficiaires du statut de réfugié. Le chômage structurel que connaît l'économie ainsi que les évolutions qualitatives de l'emploi rendent peu plausible une nouvelle immigration de masse. Les besoins en main-d'oeuvre dans certains secteurs particulièrement déficitaires, tels le bâtiment, les travaux publics ou l'hôtellerie, ainsi que le vieillissement de la population impulsent néanmoins un recours à des travailleurs étrangers, au-delà des pays frontaliers. (Cité Nationale de l'histoire de l'immigration, 2012)

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Comme d'autres pays, la France éprouve un besoin d'immigration, qui n'est pas nécessairement ressenti par la population. La connexion avec la société du pays hôte ne va pas de soi pour le migrant, surtout s'il se retrouve déconnecté de ses origines.

1.4. La notion d'immigré : une origine étrangère, des situations différentes.

En France, un immigré est né à l'étranger de parents étrangers, quel que soit son âge à l'arrivée. Cette double condition ne concerne donc en toute logique que les immigrants de première génération. Cela exclut en principe les jeunes nés en France, quelle que soit leur nationalité et celle de leurs parents, et à fortiori les français ultramarins. (INSEE 2011)

Laetitia Van Eeckhout (2006) précise que « Certains immigrés deviennent français par acquisition de la nationalité française, les autres restent étrangers. La qualité d'immigré est permanente .
· un individu continue à appartenir à la population immigrée même s'il devient français par acquisition. »

« En revanche, on parle souvent d'immigrés de la deuxième ou troisième génération pour désigner les enfants dont les parents ou les grands-parents sont immigrés. Pour ceux, nombreux, qui sont nés en France, c'est un abus de langage. Les enfants d'immigrés peuvent cependant être étrangers, s'ils choisissent de garder la nationalité d'origine de leurs parents. » (Van Eeckhout L., 2006)

1.5. La place des immigrés et étrangers en France

Selon les données du recensement 2007 de l'Insee « La France compte 5,2 millions d'immigrés et 3,7 millions d'étrangers vivant sur son sol. Les premiers représentent 8,3 % de la population, les seconds 5,8 %." « Une partie (des immigrés) a pu acquérir la nationalité française .
· 40 % des immigrés sont Français. Ce qui les caractérise, c'est la migration. » « Une partie (des étrangers) née en France de parents étrangers, deviendra française à l'âge de 16 ans. En 2007, 16 % des étrangers étaient nés dans l'Hexagone. »

La part des immigrés dans la population française connaît une augmentation constante depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. La proportion était de 5,4 % en 1954, de 7,4 % au milieu des années 1970, de 8,3 % aujourd'hui. Cette progression est très modérée par rapport à d'autres pays d'Europe. Pour sa part, la proportion d'étrangers en France est irrégulière, entre 4,5 et 6,8

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% selon les périodes. « Depuis le début des années 1980, la part des étrangers a diminué, de 6,8 à 5,8 aujourd'hui. »(INSEE 2011)

Les données de la banque mondiale, reprises par l'INSEE, précisent que pour la période 2007/2011, le solde migratoire est de 50.000 individus (+immigrants - émigrants). La France occupe ainsi la 14e place du classement des pays d'immigration, juste derrière l'Allemagne ; très loin derrière l'Espagne et l'Italie qui frôlent ou dépassent un solde migratoire de 2 millions, ou encore le Royaume-Uni, dont le solde migratoire dépasse le million de personnes.

« Les chiffres ne donnent qu'une vision très globale du phénomène (de l'immigration). Une part plus importante de la population - et notamment parmi les élites françaises - a des ancêtres venus de l'étranger. L'Insee estime ainsi que 6,5 millions de personnes sont des enfants (descendants directs) d'immigrés, soit 11 % de la population.

L'immigration ne se résume pas au nombre d'étrangers, l'Enquête Emploi en Continu de l'INSEE (EEC-2008) considère que sur la population totale de 15 ans et plus résidant en France, 9,3 millions d'individus ont un lien direct ou indirect avec la migration : 4,5 millions sont immigrés et 4,8 millions sont non immigrés mais avec une ascendance immigrée (dont 500 000 nés à l'étranger). Si l'on prend en compte également les moins de 15 ans, le nombre total d'individus ayant un lien avec la migration en France est de 19 % de la population résidant en France (soit un peu moins d'1 personne sur 5). Infos migrations Numéro 15 - juillet 2010.

Le Centre d'Observation de la Société indique que « Les immigrés et les étrangers sont régulièrement utilisés comme bouc-émissaires des difficultés de la société française. » Leur intégration ne se fait pas sans problèmes : « En particulier, la question de la concentration de populations dans les quartiers les plus défavorisés est réelle : les immigrés descendants du Maghreb, d'Afrique Sub-saharienne ou de Turquie représentent 18 % des 10 % des quartiers qui comptent le plus de chômeurs. » Centre d'Observation de la Société - août 2011

Au delà de la définition administrative, il ne faut pas oublier que la notion d'immigration a également une valeur sociale. Le Centre d'Observation de la Société note que immigration est d'abord perçue dans l'espace public (opinion publique, médias, discours politiques) comme une différence perceptible apportée de l'extérieur ; qui se transmet aux générations suivantes tant qu'elle est perceptible (comme pour les types physiques, les pratiques linguistiques ou religieuses affichées).

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Le Centre d'Observation de la Société (2011), explique que cette différence perceptible est parfois considérée comme susceptible de constituer une menace pour la culture ou le mode de vie du pays d'accueil.

Il semble que c'est bien le caractère ostensible de la différence qui est perçu comme une menace ou une remise en cause, et stigmatisée.

1.6. Un migrant protéiforme

La migration comporte un choc de départ qui peut être structurant comme destructeur. Les situations sociales passées et présentes qui forment ce ressenti influencent également la perception que les autochtones peuvent avoir du migrant, en fonction de son origine géographique, ethnique, de son niveau culturel et social. Autant d'éléments qui conditionnent également sa proximité physique et culturelle, c'est à dire son altérité.

Ce qui effraie, c'est la différence, qui est d'abord perçue comme un gouffre d'autant plus difficile à franchir (bridging the gap) qu'il est large et profond.

Les ressources de communication, d'adaptation, d'évolution ainsi que la capacité de saisir les opportunités sont inégales entre les groupes sociaux comme à l'intérieur de ceux-ci.

Pour le dire simplement, il est d'autant plus facile de migrer que les pays sont géographiquement proches et qu'on a un niveau élevé. La migration a plus de chances de réussir s'il s'agit d'un choix d'opportunité et non d'une contrainte, que ce choix est perçu comme réversible.

Il est donc naturellement impossible ou très abusif de prétendre dresser un portrait type du migrant, même si le discours politique choisit parfois de globaliser l'immigration pour mieux la faire peser comme une menace, par une série d'amalgames et de syllogismes aussi commodes qu'inexacts, notamment en termes de délinquance de chômage ou de financement des soins.

1.7. Du migrant sous contrainte au migrant connecté

Depuis la diffusion des télécommunications, d'abord filaires puis numériques, les conditions de vie du migrant ont beaucoup évolué. D'un individu arraché à ses racines et sa culture, souffrant d'autant plus de ce vide qu'il est victime d'un déficit d'information et de communication avec

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son pays d'origine ; mal intégré et stigmatisé par le pays d'accueil, « ni ici, ni là », les TIC, technologies de l'information et de la communication, ont fait un « migrant connecté » (Diminescu D., 2005), idéalement un être mutant capable d'être « ici et là ».

Ceux qui ont réussi à surmonter la fracture numérique (condition importante également pour pouvoir occuper un emploi non dévalorisé) peuvent interagir avec les autochtones comme avec les représentants de leur communauté d'origine par la voie des réseaux sociaux, garder le contact et intervenir dans les affaires de leur pays d'origine.

Représentant d'une « minorité », le migrant « pré-connectique » était contraint de s'intégrer, dans des conditions plus ou moins favorables, à la société de son nouveau pays. S'il n'y parvenait pas, il revenait à l'école intégrer ses enfants (immigrés de 2ème génération). Ses petits enfants (3ème génération) étant considérés par l'INSEE comme des représentants de la « population majoritaire », en d'autres termes des français sans autre précision.

Pour un migrant « connecté », notion proposée par Dana Diminescu, que nous étudierons en part disposant des modes de communication numériques actuels, la contrainte de l'intégration ou du rejet est donc moins prégnante et permet une étendue de solutions intermédiaires entre l'assimilation et le communautarisme. Le paradoxe de ce choix est que nombre de ces alternatives ne sont pas exclusives.

Un individu fait partie de plusieurs groupes sociaux, il peut donc être à la fois intégré, partager les activités sociales de la population majoritaire, et communautaire en ayant des échanges et pratiques spécifiques avec les ressortissants de son groupe identitaire.

Il peut aussi jouer un rôle politique ici et là bas, rassembler dans ses réseaux sociaux des autochtones comme des migrants et des gens restés au pays, ou encore partis ailleurs.

Il peut même créer des rassemblements diasporiques sur des thèmes identitaires relativement inédits, tels que la créolité partagée Antillaise, Haïtienne, mais aussi Réunionnaise et Mauricienne ( http://www.potomitan.info/)

Zygmunt Bauman (2000) avertit néanmoins que « se sentir partout chez soi signifie n'être jamais chez soi nulle part. » La culture de la migration, et tant que choix de changement permanent ou répétés ne semble pourtant pas être le lot commun des immigrés, qui se stabilisent dès que les conditions d'accueil deviennent acceptables, et ne concrétisent pas toujours leurs souhaits de retour.

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2. Les relations entre le migrant et le pays d'accueil

Dans un entretien accordé au journal genevois Le Temps (2009), Dana Diminescu indique que « L'immigré est traditionnellement perçu comme une personne qui a quitté son pays d'origine pour trouver du travail et en a trouvé dans son pays d'accueil. Cela l'a obligé à briser ses liens familiaux et sociaux d'origine sans pour autant réussir à s'intégrer dans son nouveau pays. Il est donc absent physiquement de son pays d'origine et absent socialement de son pays d'arrivée « ni ici, ni là-bas ». Il n'a d'existence que dans son travail, pas toujours officiellement déclaré. Le migrant est un déraciné, devenu un nomade par la migration, il doit donc être sédentarisé, stabilisé, et pour cela identifié, officialisé ou renvoyé. Si cette vision était juste quand les moyens de transport et de communication étaient lents et chers, elle ne correspond plus vraiment à la réalité actuelle des migrants, de plus en plus insérés dans une nouvelle culture de la mobilité. »

2.1. Une dialectique d'acceptation-rejet réciproque : double jeu de « l'inclusion-exclusion »

Assimilation, intégration ou insertion, « Ces trois termes ne sont pas neutres et reposent sur des

philosophies politiques (très) différentes. » explique Laetitia Van Eeckhout (2006)
« L'assimilation se définit comme la pleine adhésion par les immigrés aux normes de la société d'accueil, l'expression de leur identité et leurs spécificités socioculturelles d'origine étant cantonnée à la seule sphère privée. Dans le processus d'assimilation, l'obtention de la nationalité, conçue comme un engagement "sans retour", revêt une importance capitale.

L'intégration exprime davantage une dynamique d'échange, dans laquelle chacun accepte de se constituer partie d'un tout où l'adhésion aux règles de fonctionnement et aux valeurs de la société d'accueil, et le respect de ce qui fait l'unité et l'intégrité de la communauté n'interdisent pas le maintien des différences.

Le processus d'insertion est le moins marqué. Tout en étant reconnu comme partie intégrante de la société d'accueil, l'étranger garde son identité d'origine, ses spécificités culturelles sont reconnues, celles-ci n'étant pas considérées comme un obstacle à son intégration dès lors qu'il respecte les règles et les valeurs de la société d'accueil. » Van Eeckhout L. (2006)

D'un pays, d'un groupe social à l'autre, on attend de l'immigré une adhésion plus ou moins absolue à la culture et au mode de vie du pays d'accueil, et un renoncement correspondant à ses attaches et pratiques d'origine.

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La crise économique, conjuguée à une remise en cause des valeurs et équilibres sociaux en France comme dans de nombreux pays, a entraîné une crispation des relations et une moins bonne tolérance des différences visibles, considérées par certains comme une remise en cause du mode de vie majoritaire et comme une menace pour la cohésion sociale, accompagnée par une hausse stigmatisée de l'insécurité perçue. Tout cela concourt naturellement à faire de l'immigré un bouc émissaire des problèmes sociaux et particulièrement du chômage et de la baisse des prestations sociales. (IPSOS, 2011)

2.2. L'immigration, bouc émissaire international

« Une enquête mensuelle conduite simultanément dans 23 pays via le panel online d'Ipsos, révèle une crispation de l'opinion publique sur les questions d'immigration commune à tous les pays. Une inquiétude devenue majoritaire dans la société française : 79% des Français estiment que la proportion d'immigrés dans la population a augmenté ces cinq dernières années, 54% d'entre eux pensent que l'immigration a un impact négatif pour le pays et 52% jugent "qu'il y a trop d'immigrés".

Le niveau d'inquiétude relevé en France est dans la moyenne des 23 pays testés. Partout, la majorité des interviewés estime que l'immigration a augmenté ces cinq dernières années et a un impact plutôt négatif pour le pays. » Ipsos Public Affairs, ipsos.fr, 12 août 2011

Le discours politique s'en empare volontiers comme argument électoral, au point que certains observateurs voient dans les récents débats sur l'identité nationale un glissement « du bouc émissaire à l'ennemi de l'intérieur » expliquant qu'on voit « apparaître la construction progressive d'une conception raciste, sanguine, essentialiste de l'identité nationale »« conduisant à rechercher désormais l'ennemi non plus seulement dans l'étranger de nationalité mais aussi dans le français d'origine étrangère » (Bouamama S. 2011).

Même si son propos est partisan, il confirme les études et observations statistiques (INED, INSEE) qui relèvent les discriminations à l'encontre des populations migrantes, comme de celles « issues de l'immigration » ou immigrés de deuxième génération.

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2.3. L'incidence économique de l'immigration : des lieux communs et des discours politiques à l'épreuve de la réalité

« J'aime pas les étrangers, ils viennent manger le pain des français » In « le douanier » de Fernand Raynaud, 1972

Chaque année, environ 200 000 étrangers s'établissent en France. Cela peut sembler beaucoup, pourtant avec ce taux d'immigration, la France est l'un des pays les plus fermés de l'OCDE. En effet, le solde migratoire 2010 (différence entre les entrées et les sorties du territoire) se situe aux environs de 75 000 personnes. Rapporté à la population totale, le solde est de 1,2 pour mille, deux fois moins que celui des années 1960 dans notre pays, et sans comparaison avec ceux de l'Allemagne (10 pour mille au début des années 1990) ou avec celui de l'Espagne (15 pour mille entre 2002 et 2007). Xavier Chojnicki et Lionel Ragot (avril 2012) indiquent qu'on peut difficilement y voir une invasion migratoire.

En ce qui concerne les effets, l'immigration agit effectivement sur l'offre de travail (ce qui causerait une pression sur le chômage), mais également sur la demande : Les immigrés contribuent à augmenter la demande finale de biens et de services, ce qui stimule l'activité, donc l'emploi.

De plus, le travail des immigrés est plus complémentaire que substituable par rapport à celui des autochtones ; en effet, ils fournissent le gros des effectifs des secteurs dévalorisés (hôtellerie-restauration, bâtiment, sécurité, nettoyage).

L'autre argument communément avancé est que l'immigration constituerait un poids pour les finances publiques : l'immigré en France est une personne en moyenne moins qualifiée qu'un natif, plus souvent au chômage, et avec un plus grand nombre d'enfants. Toutes les études économiques démontrent que l'immigration ne représente pas un coût pour l'économie française. (Chojnicki X., Ragot L. avril 2012)

« Plus jeunes, les immigrés contribuent au financement des retraites, ce qui fait plus que compenser les allocations qu'ils perçoivent. Ainsi, en 2007, les immigrés ont apporté 12 milliards d'euros nets à la collectivité (soit en gros 2 200 euros par personne, enfants compris)» indique Gilles Raveaud, en avril 2012

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L'immigration peut aussi apporter un avantage de flexibilité pour les emplois. La recommandation de favoriser la venue de travailleurs déjà qualifiés est plutôt une menace pour les pays d'émigration en termes d'exode de cerveaux et de compétences. En termes d'avenir, l'immigration peut aider à limiter les répercussions liées au vieillissement des populations et leur incidence sur les finances publiques. (OCDE 2000)

Xavier Chojnicki et Lionel Ragot (avril 2012) précisent que l'immigration ne saurait pas pour autant être la solution attendue aux problèmes des économies vieillissantes. Les problèmes comme les solutions de l'économie ne se trouvent pas dans l'immigration. Les enjeux de l'immigration sont d'ordre politique et identitaire.

2.4. Deux types d'origines, deux images, deux catégorisations

Les européens représentent 40,4% des étrangers présents en 2007 en France métropolitaine (dont 35% de l'UE à 25), leur situation -professionnelle, logement- est comparable à celle des natifs, et même légèrement plus favorable. Les Africains (dont Maghreb 30%) sont 41.8% auxquels il convient d'ajouter les Turcs (6.4%) d'après le bulletin Infos migrations N° 20 de février 2011 (Ministère de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration). C'est à ce groupe que font référence la plupart des études récentes sur l'immigration.

Si on rapproche ces chiffres de ceux des discriminations et de la ségrégation, force est de constater que les immigrés ne connaissent pas les mêmes situations suivant leur origine. Au delà d'une possible différence de qualification (à relativiser dans la mesure où les discriminations touchent tous les niveaux sous forme d'exclusion ou de plafond de verre) c'est bien l'altérité perçue (ethnique, culturelle, linguistique, religieuse) et non la nationalité qui pose problème.

La France a digéré les flux d'immigration polonais, italiens, espagnols, portugais (ces derniers sont encore 13.7% des étrangers) venus d'Europe, mais stigmatise les autres origines plus lointaines par la géographie et plus étrangères à l' « identité nationale » perçue et politisée.

Géographiquement, culturellement et physiquement différents de la population majoritaire, les Mahorais et Comoriens présents sur le territoire national sont naturellement rangés dans cette dernière catégorie.

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2.5. Les discriminations et les minorités visibles

L'INED (2010) indique que « La mesure des discriminations demeure un sujet sensible sur le plan politique et compliqué d'un point de vue méthodologique. Les testings, réalisés depuis le début des années 2000, montrent que les candidats d'origine maghrébine ou d'Afrique subsaharienne ont, à formation, qualification et éléments de carrière comparables, 3 à 5 fois moins de chances d'être convoqués à des entretiens d'embauche que les candidats d'origine européenne. Au-delà de ces mesures obtenues dans le cadre d'expérimentations portant sur des échantillons non représentatifs, des études statistiques de dimension nationale montrent que les immigrés et les fils ou filles d'immigrés connaissent, selon leur origine, un risque de chômage de 20 % à 50 % plus élevé que le reste de la population, toutes choses égales par ailleurs ».

Interrogés sur la cause des discriminations « les enquêtés citent avant tout leur origine (ou nationalité) (37%), puis la couleur de leur peau (20%) » INED 2010

Sur ce dernier point L'INED précise qu'il s'agit d'une étude de perception effectuée auprès des immigrés, et que ceux qui s'estiment le plus discriminés (les jeunes issus de l'immigration) font rarement la démarche de dénoncer les discriminations qu'ils subissent.

Pour les personnes concernées, il ne fait aucun doute que la discrimination porte sur le patronyme, révélateur d'une origine étrangère (indépendamment d'être de nationalité française ou non), la couleur de la peau (particulièrement sensible pour les africains et Domiens), le lieu d'habitation (en particulier quartiers « sensibles »), voire l'accent, bien avant l'âge ou le sexe. Difficiles à mesurer avec précision et peu dénoncées par les voies légales, elles sont certainement sous-estimées par les statistiques officielles. INED 2010

2.6. La ségrégation (géographique, donc sociale)

Les migrants sont souvent confrontés à la ségrégation, à leur arrivée, faute de choix, ils doivent se contenter des espaces urbains que les populations en place veulent bien leur laisser. L'INED définit la ségrégation comme « la concentration de populations défavorisées en des lieux circonscrits. Elle s'accompagne de l'idée implicite de mise à l'écart, qu'elle soit volontaire ou résultant de décisions individuelles ou institutionnelles aboutissant à la ségrégation (par exemple : les comportements d'entre-soi, les politiques d'emplacement et d'attribution de logements sociaux, etc.). » «Les Maghrébins, les Africains subsahariens, les Turcs et les

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Asiatiques représentent des populations immigrées faisant l'objet d'une ségrégation spatiale importante. »

L'Ined montre dans son enquête Trajectoires et origines (TeO - 2008), que 42 % des immigrés d'Afrique, du Maghreb et de Turquie se situent dans les 10 % des quartiers où le taux de chômage est le plus élevé, et constituent 28 % de la population des « quartiers sensibles ». Les fils et filles de ces immigrés sont toutefois moins concentrés dans les quartiers défavorisés, montrant ainsi une dynamique d'intégration résidentielle » signale l'INED (2011)

Moins bien localisés en termes de conditions de vie, mais aussi de recherche d'emploi, de temps de trajet et de scolarisation, les migrants accumulent des handicaps qui seront autant d'obstacles à surmonter pour leur intégration professionnelle et sociale.

2.7. Immigration et délinquance

Pour présenter la situation de manière objective, il est nécessaire de faire un détour par un des lieux communs les plus prisés du discours identitaire.

« En France, comme dans la plupart des pays occidentaux, la figure de l'immigré est fortement associée à celle du délinquant, dans les représentations collectives et dans les discours médiatico-politiques sur l'«insécurité » explique Laurent Mucchielli (2003)

« Les stéréotypes particulièrement dévalorisants sont une source de difficultés supplémentaires pour une population issue d'une vague d'immigration ouvrière déqualifiée et qui s'est retrouvée « piégée » par la crise économique au moment même où elle se stabilisait en France, par l'entremise notamment du regroupement familial. En orientant les pratiques des institutions et les représentations que les acteurs ont d'eux-mêmes, ces stéréotypes s'apparentent à des prophéties autoréalisatrices. Les éléments déterminants de la délinquance juvénile des étrangers résidant en France et des Français nés de parents étrangers demeurent des problèmes familiaux et scolaires qui ne sont pas propres à ces populations, mais qui semblent au contraire comparables aux problèmes posés jadis par des populations françaises issues de l'exode rural ou par d'autres populations ouvrières étrangères en période de crise économique. » (Mucchielli L. 2003).

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3. Le migrant dans l'espace public

Nous retiendrons ici la notion d'espace public médiatique tel que décrit par J. Habermas, et non celle de l'espace public physique (espace multiculturel et ouvert, sans appropriation) dans lequel le phénomène de l'immigration ne se retrouverait pas.

« L'immigration constitue, pour les sociétés des pays du Nord, l'un des grands enjeux politiques, économiques et socioculturels en ces débuts du XXIème siècle » explique Ramón Marti-Solano (2012) « Elle est fondamentalement la conséquence de grandes inégalités de toutes sortes qui divisent le monde et les êtres humains en deux, à savoir ceux qui ont tout ou presque tout et ceux qui n'ont rien ou presque rien. »

« Le traitement que les médias donnent de l'immigration a une influence directe sur l'image et l'opinion qu'une société se construit autour de ce phénomène. La façon dont les informations sont traitées, le recours systématique à des stéréotypes et la répétition abusive de certains éléments informatifs guident et finissent par créer une sorte de pensée unique sur la question. » (Marti-Solano R., 2012)

Dès les années 1980, la presse écrite consacre de nombreux titres à l'immigration. La politisation du thème a favorisé sa médiatisation. Chef du Service Société au quotidien Le Monde, Robert SOLE, présentait les tendances du traitement de l'information sur l'immigration, déjà en 1988 : «victimisation» des immigrés, accent mis sur le racisme, dramatisation et vision hexagonale du phénomène... « On a tendance à ne parler des immigrés que sous l'angle du fait divers ou du misérabilisme, à ne les voir que comme des agresseurs ou des victimes » expliquait t'il dans « Le journalisme et l'immigration. In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 4 N°1-2. 1er semestre 1988 - L'immigration en France. pp. 157-166. »

D'après Fred Hailon, la tendance est toute autre actuellement, les supports de la presse écrite font circuler des représentations idéologiquement ambiguës. « Le processus de commentaire dans l'énonciation tient à la volonté du journaliste-scripteur d'imposer sa représentation du réel, son réel. » Avec l'émergence de termes tels que le « beur », ou le « grand-frère », la médiatisation s'est focalisée sur une image des jeunes, immigrés de deuxième génération, vivant dans des « zones de non-droit » musulmans et « responsables de la délinquance ». A cette image réductrice sont abusivement assimilés l'ensemble des migrants quelles que soient leurs origines

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et conditions. Il explique que ce construit fait le pendant à l' « autre », français « identitaire », porteur de valeurs sociales réelles ou supposées, mises en avant par les discours politiques sécuritaires. En d'autres termes, le discours médiatique diffuse et banalise une représentation de la réalité correspondant au discours politique auquel il adhère ; actuellement l'auteur indique que le discours médiatique dominant est proche de celui du FN, donc stigmatisant pour le migrant. DIRE n°1 | 2012 : Analyse du discours médiatique sur l'immigration http://epublications.unilim.fr/revues/dire

L'ethno-psychologue Abdellatif Chaouite , rédacteur en chef de la revue Ecarts d'Identité, analyse dans son N°104 (2004) un article du Monde du 6 juillet 2004 présentant un rapport de la Direction Centrale des Renseignements Généraux, remis au Ministre de l'intérieur, « qualifié de « particulièrement alarmant ». Il l'était dans ses termes. Il décrivait le « repli communautaire » qui semblait sévir dans un certain nombre de quartiers populaires. Les mots « communauté » et « communautaire » y étaient associés à des mots spectres : « repli », « banlieues », « violences », « religion », « rapports hommes-femmes s'éloignant des pratiques admises ». « Le spectacle ainsi décrit, ainsi construit plus exactement, à partir de ces associations était effectivement « alarmant » au regard d'une certaine idéalité sociale-citoyenne qui en constituait, en creux, la dimension référentielle. Le registre de discours s'y voulait descriptif mais, de fait, prenait valeur performative : il construisait ce qu'il décrivait. Mieux, il construisait le sentiment d. « alarme » qui en constituait le véritable objectif. » L'auteur dénonce ici le relais par les médias d'un discours officiel alarmiste, qui permet de justifier des mesures sécuritaires et de signaler les populations d'origine immigrée comme fauteuses de troubles sociaux.

L'aspect performatif de ce discours officiel et ses relais médiatiques et politiques ne peut qu'induire des effets d'autoréalisation et conduire les populations immigrantes à un repli défensif.

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4. Le jeune issu de migrants

4.1. La deuxième génération et les migrants d'âge tendre

« La notion de descendant d'immigré (appelée aussi seconde génération) n'a pas fait l'objet d'une définition officialisée. La définition couramment utilisée par l'INSEE et l'INED est la suivante : est descendant d'immigré toute personne née en France ayant au moins un parent immigré. » Le terme statistique de descendants d'immigrés utilisé par Infos migrations Numéro 15 - juillet 2010 « ne correspond généralement pas aux représentations médiatiques de ce terme. Le terme de seconde génération, historiquement utilisé à l'origine pour parler des enfants d'immigrés maghrébins, comprend, dans l'inconscient collectif, tout jeune ayant des parents immigrés d'origine extra-européenne, qu'il soit né en France ou non. »

L'INSEE explique qu'un descendant d'immigré n'est pas nécessairement un jeune : « une personne née en France d'au moins un parent immigré reste un descendant d'immigré toute sa vie. Ainsi, chez les plus de 14 ans, 34 % de la population des descendants d'immigrés a 50 ans et plus (contre 44,5 % des Français de parents français) »

En termes de formation, «le niveau de diplôme des descendants d'immigrés est légèrement plus faible que celui des Français de parents français. 9 % des descendants sont diplômés du supérieur (au moins licence), alors que 65 % n'ont pas le Bac (30 % n'ayant aucun diplôme). Cette situation s'améliore, mais lentement, « Ce niveau de diplôme est plus élevé chez les générations de descendants plus jeunes, mais a évolué moins positivement que celui des Français de parents nés français. » (INSEE 2010)

La composition de la population immigrée évolue aussi, « la population des descendants d'immigrés est essentiellement issue des anciens flux migratoires venant du Portugal, d'Italie et d'Espagne. Près de 65 % des descendants d'immigrés sont ainsi originaires d'Europe, et 44 % spécifiquement d'Europe du sud. Les descendants d'immigrés du Maghreb représentent 23 % du total. Cette composition est en train de changer. Chez les descendants d'immigrés de 15-24 ans, l'Europe ne représente plus que 34 % des origines alors que le Maghreb en représente 36 %. En outre, la part de ces jeunes d'origine des autres pays d'Afrique est plus du double par rapport à l'ensemble des descendants.» (INSEE 2010)

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Cette évolution, couplée avec la plus grande visibilité des jeunes dans l'espace public peut expliquer en partie les amalgames observés entre immigration, jeunesse et origine maghrébine ou subsaharienne.

Des gens aux situations familiales très distinctes sont regroupés statistiquement : « Il existe deux grandes catégories de descendants d'immigrés : ceux issus d'un couple mixte, c'est à dire avec un parent immigré et un parent non-immigré, et ceux issus de deux parents immigrés. » (INSEE 2010). Le cas des binationaux est encore plus épineux, en fonction de la nationalité retenue pour les parents et pour les enfants dans les recensements, la situation pourra être enregistrée différemment.

Migrants ou issus de migrants ne vivent pas les mêmes situations, « Egalement appelés seconde génération d'immigrés, les descendants d'immigrés s'inscrivent dans des processus d'intégration différents de leurs parents compte tenu de leur naissance en France. » (INSEE 2010)

Les processus d'intégration passent par l'acquisition de la langue et sont conditionnés par le fait d'avoir effectué sa scolarisation maternelle et primaire en France. « Le profil des descendants d'immigrés et celui des immigrés arrivés en bas âge est donc très proche. C'est pourquoi ces derniers sont parfois nommés génération « un et demi » : ils sont immigrés mais sont plus proches des descendants que des primo-arrivants. Faute d'accord sur la durée et le niveau de scolarisation effectué en France pour être considéré comme membres de la génération « un et demi », les chiffres diffèrent : 360 000 sont arrivés avant 4 ans (scolarisation complète), jusqu'à 850 000 si on compte ceux arrivés avant 12 ans (INSEE - Enquête Emploi en Continu, EEC 2008).

Nous retiendrons pour notre recherche la notion de jeunes issus de la migration, comprenant les jeunes immigrés, génération « un et demi » comme les jeunes de deuxième génération. Le qualificatif « jeune » s'appliquant ici à ceux qui se trouvent encore en situation scolaire et non d'actifs, et n'étant pas adulte référent d'un ménage.

Dans « Le dilemme identitaire de la deuxième génération d'immigrants » (Mai 2010), Vitraulle Mboungou propose un éclairage sur les paradoxes comportementaux des jeunes immigrés. « Certains de ces jeunes s'identifient à la communauté ethnoculturelle du pays d'origine des parents, d'autres ont exclusivement un sentiment d'appartenance envers la société d'accueil de ces derniers tandis que d'autres encore se reconnaissent dans les deux pays et cultures. »

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Elle explique que « Le sentiment d'attachement de ces jeunes envers la culture du pays d'origine des parents, vient en grande partie de leur éducation. En effet, beaucoup de parents qui ont conservé certains aspects de leur culture et traditions telles que la langue, les valeurs, la nourriture, la musique, etc. les transmettent à leur enfant. À l'inverse, une autre partie de ces jeunes n'ont pas été élevés dans une double culture et très souvent, ils ne se sont jamais rendus dans le pays d'origine de leurs parents immigrants. »

Vitraulle Mboungou estime donc qu'il est « presque normal qu'ils aient moins tendance que les autres à s'y identifier. Ainsi, les facteurs qui mènent un jeune immigrant de deuxième génération à considérer que l'origine ethnoculturelle de ses parents immigrants est une composante essentielle de sa propre identité, sont donc fortement liés à son éducation. Si beaucoup des jeunes immigrants de deuxième génération s'identifient plus ou moins au pays ou à la région d'origine des parents, ils ne le font pas tous. »

Elle remarque que « tout cela entrave rarement l'appartenance de ces jeunes, dans leur ensemble, à la société qui a accueilli leurs parents et dans laquelle ils ont grandi. »

Évelyne Ribert présente une analyse proche de celle de V. Mboungou dans son livre « Liberté, égalité, carte d'identité, les jeunes issus de l'immigration et l'appartenance nationale », (éd. La Découverte 2006), et montre que la référence à la nation n'est plus aujourd'hui aussi structurante pour l'identité des jeunes que pour leurs parents.

Pour les jeunes issus de l'immigration, l'origine prime sur la composante nationale. La nationalité permet simplement de bénéficier des mêmes droits que les autres, et ne garantit en aucun cas l'égalité réelle à l'école et sur le marché du travail. Ils ne sont pas écartelés entre deux cultures, leur identité est plurielle. L'appartenance nationale fait l'objet d'un « bricolage » dans lequel les liens avec chacun des deux pays de référence sont vécus et utilisés de façon pragmatique. (Ribert E. 2006)

Cela n'exclut pas pour autant un attachement au pays d'accueil. Ils ne sont que les interprètes (et non les fautifs) d'une évolution de la notion même d'identité nationale, secondaire par rapport à d'autres critères socioculturels, qui ne se limite pas à la France mais peut s'observer dans de nombreux pays. (Ribert E. 2006)

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Les jeunes issus de l'immigration n'ont pour horizon géographique et social que leur quartier et plus largement leur pays d'accueil, quelle que soit l'importance de leur allégeance identitaire. Sommés de « rentrer chez eux », ils ne peuvent que se diriger vers leur lieu de vie, celui dont précisément on voudrait les chasser.

4.2. Une identité socialement intégrante, individuellement structurante

Dans leur article « Etranger ici, étranger là-bas, le discours identitaire des jeunes issus de l'immigration en France», publié dans la revue Synergies Monde (n° 5 - 2008 pp. 17-27) de l'Université de Rouen, Laëtitia Aissaoui et Myriam De Sousa indiquent que l'identité se construit par rapport à l'autre. Et précisent que « Se trouver en situation d'appartenance biculturelle est très difficile à vivre pour les jeunes issus de l'immigration. Leurs discours laissent apparaître un malaise identitaire plus ou moins profond selon leur capacité individuelle à gérer cette situation. »

Plus encore que par l'obligation de gérer une double affiliation culturelle, c'est du rejet par le groupe majoritaire du pays d'accueil, de naissance, de socialisation, que provient la crise identitaire. Plus le différentiel culturel est fort, plus la synthèse est délicate, plus l'intégration est difficile de part et d'autre. Ils ont à gérer aussi un rejet de la part des habitants de leur pays d'origine : pas français ici, pas du « bled » là-bas. Ce qui pourrait constituer une richesse par le métissage culturel devient souvent une souffrance.

Si repli il y a, il est surtout local, l'intégration se réalise au sein de la communauté, du quartier où ils ont grandi, expliquent Laëtitia Aissaoui et Myriam De Sousa « Nous recherchons toujours à nous identifier par rapport à quelqu'un, à quelque chose ou à un groupe. Cela nous réconforte, nous nous sentons accueillis et compris. » « En fait, l'individu se raccroche au groupe avec lequel il s'identifie et peut se faire accepter ».

Le quartier est souvent le seul terrain d'expression identitaire qui peut accepter, voire valoriser les pratiques sociales et linguistiques métissées, parfois créatrices.

Au niveau national, il est vain de vouloir imposer à des individus et des groupes sociaux biculturels un choix d'exclusivité alors même que leur identité est plurielle. Quand ils s'y risquent ils ne sont guère crédibles dans un rôle où le groupe majoritaire s'empressera de stigmatiser la moindre différence. C'est donc bien de l'acceptation de cette bivalence par les uns

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et les autres que peut venir une véritable intégration, et un enrichissement culturel mutuel. (Aissaoui L., De Sousa M. 2008)

4.3. Dialectique : de la conformité à la conformation

Les jeunes issus de l'immigration sont tiraillés entre deux pressions antagonistes. La pression familiale voudrait imposer une conformité aux rôles traditionnels, qui n'est pas toujours en cohérence avec les évolutions sociales que les jeunes observent et qu'ils vivent, parfois qu'ils subissent. (Ministère de la parité et de l'égalité professionnelle « Femmes de l'immigration » mars 2005)

Les jeunes issus de l'immigration sont aussi tenus à une conformation aux attentes de leurs groupes sociaux de référence école, quartier, emploi ; qui constituent autant de conditions d'une intégration souvent difficile. Ils se retrouvent dans une situation d'exil dans le sens de non-lieu, étrangers ici et étrangers là-bas, devant s'accommoder d'une situation dont ils ne sont pas responsables, stigmatisés par l'une et l'autre culture. (Aissaoui L., De Sousa M. 2008)

Difficile dans ces conditions de vivre et faire reconnaître leur identité spécifique comme une force et une richesse. La part de « déviance » socialement acceptable par l'une et l'autre communauté ne permet pas toujours une solution symbiotique, mais comporte souvent la confrontation à des stéréotypes auxquels il leur est difficile d'échapper. (Aissaoui L., De Sousa M. 2008)

4.4. Une France intégratrice ?

L'intégration est un processus interactif qui "demande un effort réciproque [à l'immigré et à la société du pays d'accueil], une ouverture à la diversité qui est un enrichissement mais aussi une adhésion et une volonté responsable pour garantir et construire une culture démocratique commune". C'est la question que s'est posée le Haut Conseil à l'Intégration (HCI): « la France sait-elle encore intégrer les immigrés ? » dans son « Bilan de la politique d'intégration en France depuis vingt ans et perspectives » (HCI 2011).

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Le HCI commence par rappeler que l'intégration n'est pas un problème à résoudre, mais un processus toujours renouvelé, au fur et à mesure que des immigrants sont intégrés, il en arrive d'autres qui devront l'être (180 000 par an).

Le HCI souhaite aussi pointer quelques chiffres révélateurs de l'efficacité de l'intégration : « 65% des descendants d'immigrés vivent en couple avec des personnes de la "population majoritaire" », et plus particulièrement les hommes.

Ils indiquent que le sentiment national est loin d'être absent, « seuls 16% d'immigrés ayant la nationalité française ont peu ou pas le sentiment d'être Français, ce qui est bien inférieur, semble-t-il à d'autres enquêtes effectuées à l'étranger ». (HCI 2011).

A l'inverse, le HCI note également que « les ratés de l'intégration, même minoritaires, sont particulièrement graves et douloureux. Lorsqu'une partie de la jeunesse des banlieues développe une contre-culture hostile à la France, se montre violente, les dégâts sont impressionnants. Lorsque certains revendiquent des droits particuliers qui heurtent la laïcité et la conception que nous avons de l'égalité homme-femme, les frictions sont fortes. La méfiance s'installe. Et ce terreau nourrit les craintes et les extrémismes. »

Le Haut Conseil à l'Intégration recommande de s'attaquer aux « ghettos communautaires » : « les concentrations communautaires se renforcent dans le logement social. On rencontre beaucoup plus de familles africaines, ou maghrébines dans les ensembles les plus dégradés. Ce qui alimente grandement le communautarisme, subi ou revendiqué. » Or signalent-ils, des études menées par le Comité pour l'Egalité Raciale en Grande-Bretagne, ont montré qu'au-delà de 20% de personnes de la même origine dans un quartier, l'intégration se faisait difficilement.

Cet organisme recommande également une politique d'immigration qui maîtrise mieux les flux migratoires, différenciée par régions pour tenir compte des capacités d'accueil et d'intégration, ainsi qu'une politique d'intégration qui ne se limite pas aux primo-arrivants mais prenne en compte un suivi jusqu'aux enfants en cas de besoin, notamment pour l'apprentissage de la langue.

Le HCI Précise les enjeux qu'il identifie, et particulièrement ne pas laisser se durcir « des zones où se développent au mieux l'ignorance, au pire la détestation de la France, de la part de jeunes Français issus de l'immigration », le Haut Conseil à l'Intégration qualifie ces situations de «désintégration». « Cette situation créé un risque supplémentaire d'une crispation identitaire

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d'une large partie de la société française et d'un rejet de l'ensemble des immigrés, à l'image des dérives populistes de plusieurs pays européens.» (HCI 2011).

4.5. La dynamique des relations familiales

4.5.1. Lien familial et structuration de l'identité

Dans « Rupture, filiation, transmission : Les jeunes issus de l'immigration maghrébine » Edwige Rude Antoine (2001) recueille des récits de vie auprès de jeunes dont l'histoire commence dans la cité, à Paris, en banlieue parisienne, ou en province. « Qu'ils soient nés dans un petit village de Tunisie, du Maroc, ou d'ailleurs, ces jeunes se disent avant tout les descendants d'un immigré venu apporter sa contribution à l'économie d'un pays, anciennement colonisateur. Par ailleurs, ces jeunes appartiennent à des familles touchées par le chômage où les solidarités collectives ont été rompues. Ces jeunes sont là dans une cité, dispersés au milieu d'autres immigrés. Ils n'ont pas une place dans du collectif, encore moins dans du communautaire. Ils sont seulement des jeunes de la cité, de parents "immigrés". Ainsi, la cité est leur seul territoire comme principe structurant, leur seul groupe d'appartenance. »

Acteurs de la rupture avec le groupe d'appartenance, leurs parents ont un fantasme d'illégitimité. Ils vivent le déplacement comme une indignité, une malédiction, une chute infinie, sans aboutir nulle part. Ce déni de mémoire constitue une rupture qui efface l'histoire familiale et interdit aux jeunes de s'y inscrire. Or c'est au sein et dans sa relation à la famille que le sujet se construit et se structure en tant qu'individu. (Rude Antoine E. 2001).

Le contexte de l'immigration modifie l'image d'un père à l'autorité et au prestige hérité de la tradition ; arrivés en France ils n'ont plus d'autre identité que celle du travailleur, qu'ils peuvent perdre avec le chômage en même temps que leur poids dans la famille. Fils de pères dépossédés de leur rôle, « le domicile familial n'est plus le domicile du père et de la mère, mais celui de la mère et de son fils. Le père n'a plus de lieu.» ils auront d'autant plus de mal à se structurer en tant qu'hommes et que pères. (Rude Antoine E. 2001).

Ces observations ne sont pas sans rappeler celles effectuées par Eliane Wolff (1991) sur les quartiers déshérités de la Réunion et correspondent à une culture de misère telle que décrite par Oscar Lewis en 1961

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La perte du lieu identitaire (symbolique plus que physique), « lorsqu'elle est vécue de façon tragique, peut entraîner un véritable processus de désidentification : honte, humiliation, tendances auto-destructrices, voire transgressions de la loi. » « Lorsque ces jeunes commettent un acte délictueux, les récits montrent que surgit une culpabilité qui est en lien avec l'histoire que leurs parents portent et dont ils sont héritiers, notamment le sentiment d'une double faute, celle liée à l'acte d'émigrer et celle de la communauté d'origine qui les a laissés partir. Si l'acte délinquant peut s'expliquer chez certains jeunes comme une vengeance contre une société qui n'a pas donné une place à leurs parents et chez d'autres comme la recherche de la limite, de la loi face à un père défaillant, il est pour quelques-uns une manière de couper avec la faute des parents en commettant sa propre faute. » (Rude Antoine E. 2001).

La France s'enorgueillit d'être une terre d'accueil, mais il semble que pour une partie importante de l'opinion publique, la machine à intégrer s'est grippée avec la crise économique, déchaînant d'autant plus de passions que les craintes des uns font écho aux désillusions des autres.

La relation entre la France et les enfants d'immigrés peut ainsi être caractérisée par des appréciations diamétralement opposées de la situation de l'immigrant : en dette envers le pays qui l'accueille, compte tenu des contraintes sociales et économiques qu'il représente pour les tenants de cette analyse ; pour les autres c'est au contraire la Nation qui a fait venir les immigrants pour satisfaire ses besoins de travail ou démographiques et qui leur est donc redevable (Rémy J. 2010).

Dans le premier cas on attendra des jeunes issus de l'immigration qu'ils se montrent dignes de l'honneur et de la chance dont ils bénéficient ; dans la seconde analyse on estimera que c'est à la Nation de donner une vraie chance de réussite et d'intégration aux jeunes issus de l'immigration. Il convient de noter que dans ce cas comme dans d'autres les situations et comportements les plus choquants sont ceux que les médias et les discours politiques exploitent le plus.

Cette opposition se solde selon Julien Rémy (2010) par une « crise du don » jouant sur un plan symbolique et mettant en scène deux représentations opposées : celle d'une France qui se présente comme une créancière absolue ; celle des enfants d'immigrés pour qui c'est au

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contraire la France qui est en dette. Dans ce contexte, où chaque partie pense avoir plus donné que reçu, le don, ciment social sur lequel est bâtie chaque société, n'apparaît plus possible. »

4.5.2. Les femmes dans l'immigration

Dans un rapport du Ministère de la parité et de l'égalité professionnelle, les représentants de l'Etat réaffirment qu' « Aucune pratique traditionnelle ni religieuse ne saurait justifier l'atteinte à la dignité de la personne et l'histoire des femmes de l'immigration doit s'écrire dans le respect de nos valeurs républicaines, au premier rang desquelles se place l'égalité.» Ils signalent également que dans l'histoire de la population française, l'image de la femme de l'immigration, est celle d'une femme rejoignant son conjoint ou confinée dans la sphère domestique, considérée presque toujours par référence au père, à l'époux, au frère, à travers le prisme des traditions. Elle en devient presque invisible. (Ministère de la parité et de l'égalité professionnelle « Femmes de l'immigration » mars 2005)

Le rapport pointe cinq difficultés vécues par les femmes de l'immigration : accès aux droits, alors qu'elles se heurtent à des conflits entre les codes de la famille étrangers et les valeurs républicaines de la France ; difficulté d'être pleinement actrices de leur vie, quand elles se voient imposer une vie maritale et subissent la volonté de leur mari ; de faire respecter leurs droits fondamentaux, en particulier leur intégrité physique (mariages forcés, excision) ; participation, à parts égales, à la vie de la cité, alors que les femmes sont victimes de discriminations spécifiques à l'embauche ; enfin, la difficile reconnaissance par l'ensemble de la société, quand celle-ci véhicule des images stéréotypées ou fausses à leur égard. (Ministère de la parité et de l'égalité professionnelle « Femmes de l'immigration » mars 2005).

Au cours de notre recherche, nous tenterons de déterminer si les jeunes Mahoraises et Comoriennes de la Réunion connaissent des situations similaires.

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5. Les stratégies d'intégration ou de repli identitaire des migrants

Comme nous l'avons montré, les deux stratégies, intégration et repli identitaire coexistent. La première étant la condition de l'acceptation du migrant par la communauté du pays d'accueil, l'autre étant la nécessaire conservation et transmission de la culture pour préserver une identité mise à mal par l'exil, fût-il choisi.

Au delà de ces tendances que l'on pourrait qualifier de naturelles on peut également observer des stratégies plus jusqu'au-boutistes d'assimilation à la société d'accueil, qui tourneraient le dos (ou la page) du passé et du pays d'origine. A l'inverse, par une incapacité ou un refus de s'adapter, ou encore par réaction à un accueil ressenti comme excessivement hostile et dévalorisant, certains peuvent être tentés de se replier localement ou à distance dans la culture d'origine en vivant « hors du temps et de l'espace » de la société d'accueil. Les travaux évoqués ci-dessus indiquent que ces deux cas extrêmes sont rares, voire marginaux.

Ces choix exclusifs peuvent être vécus dans la plus grande discrétion, l'invisibilité presque absolue ou au contraire revendiqués de façon militante voire violente. Ces derniers cas sont naturellement les plus visibles dans l'espace public médiatique et contribuent à façonner et renforcer les lieux communs les plus négatifs. Il est effectivement plus facile de condamner des déviances que de s'interroger sur leurs sources et participer à éviter leur survenance par une plus grande ouverture mutuelle.

5.1. L'intégration économique et sociale

L'intégration des jeunes issus de l'immigration se heurte souvent à des comportements discriminatoires, parfois d'exclusion. Bernard LAHIRE (2000) définit le racisme comme « cette somme de petites décisions, de comportements ou d'appréciations qui, enchaînées et répétées de façon routinières quasiment invisibles, composent un système dense d'actes discriminatoires et empêchent l'accès plein et entier à la jouissance des droits d'individus définis par leurs origines ethniques et raciales. »

C'est effectivement à ce type de racisme « ordinaire » que sont confrontés les jeunes issus de la migration dans leur vie quotidienne et plus particulièrement dans leur scolarité comme dans leur insertion professionnelle. Jean-François Amadieu (2004) indique qu'il est d'autant plus difficile à combattre au quotidien, et même sur le plan légal qu'il n'est pas toujours avoué ni même conscient.

Or l'intégration sociale passe avant tout par l'intégration économique, rendue plus difficile par les discriminations liées aux perceptions et attitudes négatives de la population majoritaire envers les migrants.

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5.1.1. Emploi, entreprise, aides sociales

Le premier mode d'intégration est effectivement économique ; pour être intégré, il faut être un acteur économique, pour cela il faut « être » ; c'est à dire avoir une existence légale. Cela implique d'avoir une identité officielle pour accéder à l'emploi déclaré, pour bénéficier des aides sociales, pour éventuellement créer sa propre activité économique.

Cette intégration donnera la place sociale du migrant comme de l'autochtone : salarié, allocataire ou entrepreneur. Si le migrant ne dispose pas du sésame administratif pour être en règle avec le pays d'accueil, il disparaît de la scène et tombe dans le côté obscur dont il ne sortira que lors d'évènements dramatisés par les organisations humanitaires et la presse, le plus souvent de façon anonyme et collective. « Sans papiers », clandestin, il sera condamné aux emplois non déclarés, à la précarité et à l'exploitation qui participent de la flexibilité du système officiel.

Dans tous les cas, la situation économique des immigrés, particulièrement Africains, est moins favorable que celle de la population majoritaire française. Les statistiques indiquent en effet qu'« En 2010, 2,6 millions d'immigrés sont actifs (employés ou demandeurs d'emploi) en France, dont deux tiers originaires des pays tiers (hors Europe). Les descendants d'immigrés sont 2,4 millions d'actifs en 2010, dont 40 % avec des parents originaires des pays tiers. » (Ministère de l'Intérieur - Infos migrations - janvier 2012)

Les taux d'activité (pourcentage des salariés, ou demandeurs d'emploi) des hommes originaires de pays tiers (hors Europe) sont supérieurs à ceux des Français de naissance (plus de 80 % pour les Algériens et Turcs), mais le taux d'activité des femmes est inférieur de plus de 10 points (28,7 % chez les Turques et 48 % chez les Maghrébines) à l'exception des femmes originaires d'Afrique hors Maghreb (+ 5 points depuis 2007) dont le taux d'activité dépasse celle des Françaises de naissance. (Ministère de l'Intérieur - Infos migrations - janvier 2012)

Les immigrés des pays tiers représentent en France 6 % des actifs (employés ou non) mais 13 % des chômeurs. Au sein de la population immigrée, les immigrés d'Afrique représentent 45 % de la population active mais 61 % des immigrés chômeurs. A l'inverse, les immigrés de l'Espace Economique Européen (EEE) ne représentent que 17 % des chômeurs immigrés pour 33 % des actifs.

La publication Infos et Migrations (2012) précise encore que « Entre 2007 et 2010, le chômage a augmenté de 1,4 point pour l'ensemble de la population. Les descendants d'immigrés ont été

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deux fois plus touchés (+ 3% et +4% pour les originaires des pays tiers). Les immigrés et les descendants des pays tiers gardent un taux de chômage deux fois supérieur au reste de la population. Les femmes immigrées des pays tiers en ont moins souffert, surtout celles ayant la nationalité française.» Le taux de chômage s'est fortement dégradé chez les descendants de ces pays (+ 4 points par rapport à 2007). Il s'établit à 24,2 % contre 20,2 % chez les immigrés de même origine.

Même dans le cas où ils sont employés, que ce soit en termes de catégories socioprofessionnelles (CSP), de statuts précaires (contrat à durée déterminée ou intérim), de travail à temps partiel subi ou de secteurs d'activité, la situation des immigrés et de leurs descendants est encore moins favorable que pour le reste de la population. (Ministère de l'Intérieur - Infos migrations - janvier 2012)

5.1.2. Les jeunes issus de l'immigration dans les pays occidentaux

Vitraulle Mboungou constate que « L'une des principales raisons qui poussent beaucoup d'immigrants africains à s'installer dans les pays occidentaux, est d'offrir de meilleures possibilités économiques à leurs enfants en leur assurant une meilleure éducation. Aussi, leur réussite scolaire et par corrélation professionnelle est primordiale pour ces parents, et particulièrement lorsque ces derniers possèdent un niveau d'éducation assez faible et ont dû faire de nombreux sacrifices pour cette réussite. » (Mboungou V. mars 2011)

« Par ailleurs, la place que peuvent occuper ces immigrants de la « deuxième génération » comme on a l'habitude de les appeler, reflète souvent le processus à long terme d'intégration de leurs parents. En effet, les performances sur le marché du travail de ces enfants d'immigrants élevés et éduqués dans les pays d'accueil des parents, servent souvent de point de référence en matière de réussite des politiques d'intégration. » (Mboungou V. mars 2011)

Des études réalisées en Europe, au Canada et aux États-Unis, pays d'accueil des migrants africains, et confirmées par un rapport OCDE de 2009, montrent que leurs enfants ont plus de difficultés à s'intégrer sur le marché du travail que les enfants de parents nés dans ces mêmes pays. De plus le niveau de salaires perçus est inférieur à niveau scolaire égal, ce qui n'est pas vrai pour les immigrés issus des pays développés. Les sacrifices consentis pour les études (chères en Amérique du Nord) ne constituent pas toujours à cet égard, un bon investissement.

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En France, comme ailleurs, le taux de chômage diminue avec le niveau de diplôme, mais celui des immigrés des pays tiers est toujours supérieur (10 % ou plus) à celui des Français d'origine, quel que soit le niveau de diplôme. Les descendants d'immigrés des pays tiers ont, pour tous les diplômes, des niveaux de chômage encore supérieurs. Leur niveau élevé de chômage s'explique en partie par la part des jeunes de moins de 25 ans sans diplôme, trois fois plus nombreux au sein de ces descendants que dans le reste de la population. Leur taux de chômage atteint 40,5% pour les non diplômés (45,6% chez les hommes). (Ministère de l'Intérieur - Infos migrations - janvier 2012)

Les jeunes d'origine étrangère peinent à trouver un emploi, comme le signale l'Observatoire des Inégalités (chiffres CEREQ 2004, publication INSEE 2009). Trois ans après la fin de leurs études, les jeunes diplômés occupent un emploi dans 80% des cas pour les français de naissance, ce chiffre tombe à 66% pour les enfants issus de deux parents nés à l'étranger. Et ce constat masque encore une inégalité en fonction des origines, le taux tombe à 60% pour les maghrébins et sub-sahariens.

Cet article reconnaît l'existence de discriminations ethniques sur le marché de l'emploi et rappelle que jusqu'à une date récente, le principe d'égalité des citoyens ne permettait pas de reconnaître les origines ethniques des citoyens et masquait les discriminations que subissent les personnes issues de l'immigration, contrairement au principe de discrimination positive « affirmative action » à partir de 1964 aux Etats Unis.

« La Commission Nationale Informatique et Libertés (CNIL) indique que le recueil de données relatives à l'origine raciale ou ethnique n'est pas possible, aucun référentiel national de typologies « ethno-raciales » n'existant aujourd'hui. Dans le cadre d'une politique de diversité, seuls peuvent être recueillis et traités le nom du candidat à l'emploi ou de l'employé, son prénom, sa nationalité, sa nationalité d'origine le cas échéant, son lieu de naissance, la nationalité ou le lieu de naissance de ses parents, son adresse. » Ce sont ces données qui sont utilisées par le CEREQ pour ses études. (INSEE 2009)

Patrick SIMON, (INED 2005) explique ces écarts en grande partie (les deux tiers) par une discrimination liée à des différences dites de dotation (niveau de diplôme, profession des parents, stages...), mais qu'un tiers peut être expliqué par une discrimination liée aux origines ethniques « un critère illégitime et illégal dans le recrutement » susceptible de s'appliquer encore à la génération suivante.

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Jean-François Amadieu, dans une étude pour l'Observatoire des Discriminations (2004) a vérifié l'incidence des variables de discrimination à l'embauche par rapport à un candidat (fictif) de référence (Homme, nom et prénom français, réside à Paris, blanc de peau, apparence standard) en faisant varier une seule caractéristique (sexe, âge, origine ethnique, handicap, physique disgracieux, quartier difficile). Le candidat domicilié dans un « mauvais » quartier n'obtient que 60% de réponses, celui dont le nom révèle une origine « ethnique » (marocaine en l'occurrence) 19%.

La barrière se trouve au niveau du CV, donc des préjugés, puisqu'à l'entretien, les recruteurs se laissent séduire par les « bons profils » ethniques. Ce qui montre que c'est de la méconnaissance que naissent la méfiance et le rejet. Le rapport se conclut en ces termes « Il est évident que le cumul de plusieurs facteurs de discrimination (lieu de résidence, origine maghrébine par exemple) conduit à une exclusion considérable du marché du travail ».(Amadieu JF. Observatoire des Discriminations2004)

De manière générale, le CEREQ (relief N°34, 2011) relève quatre grandes catégories de ségrégations et de discriminations. Les ségrégations spatiales, liées au lieu d'habitation, les ségrégations sociales, et particulièrement scolaires (voir ci-dessous), des ségrégations liées à la segmentation du travail (type d'emplois, différentiels salariaux, accès aux responsabilités), et des ségrégations de genre (voire d'orientation sexuelle) s'appliquent toutes aux populations issues de l'immigration avec souvent un effet cumulatif.

D'après Vitraulle Mboungou (mars 2011), cette discrimination professionnelle expliquerait « le nombre croissant d'enfants d'immigrants africains qui quittent les pays d'accueil de leurs parents pour immigrer ailleurs ou retourner dans les pays d'origine de ces derniers »

Une tentation qu'il conviendra d'analyser chez les jeunes Mahorais et Comoriens de la Réunion à le lumière de leur ressenti sur d'éventuelles discriminations à leur égard.

5.2. L'intégration par l'école 5.2.1. Attentes et réalisations

Les mobiles de migration évoqués par les migrants correspondent souvent à un souhait de meilleures conditions de vie pour eux, mais surtout pour leurs enfants. Ils sont conscients que cette recherche de promotion sociale passe par la scolarisation, condition également importante

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de l'intégration linguistique et culturelle. Ils en perçoivent donc les enjeux et placent souvent de grands espoirs dans le système scolaire français.

Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur de leurs espérances. Peut-être en demande t'on trop à l'école en lui confiant la tâche de faire des « petits français comme les autres » (adopter des « ancêtres gaulois », image pas si lointaine) dès la première génération scolarisée, avec tous les jeunes qu'on lui confie, indépendamment de leurs origines, cultures et aspirations.

Le Haut Commissariat à l'Intégration (HCI -2011, op. cité) présente l'importance de l'école dans l'intégration des immigrés, explique que l'école républicaine constitue un espace d'intégration sociale, de proximité, de voisinage, de village, de quartier pour le niveau primaire; d'accueil de tous les élèves sans s'arrêter à leurs différences ; de transmission des connaissances, qui contribue à l'appropriation des valeurs et des codes du « vivre ensemble » dans une société organisée ; et prépare à l'entrée dans la vie sociale et professionnelle.

Le HCI rappelle que l'intégration passe par deux éléments principaux, l'apprentissage et la maîtrise de la langue française, la transmission des éléments de culture républicaine, démocratique et laïque. Face à ces objectifs, les difficultés ne manquent pas. La précarité, la paupérisation des populations immigrées, leur concentration sur des quartiers défavorisés rendent la mission intégratrice de l'école moins efficace. Les différences d'orientation ou de cursus, le taux de redoublement ou la sortie du système scolaire sans diplôme sont autant de problèmes pour l'école et pour l'insertion sociale et professionnelle des jeunes issus de l'immigration. Le HCI réaffirme que la lutte contre l'échec scolaire est une priorité de l'école et de la société.

Dans sa conclusion, l'analyse du HCI pointe que les élèves immigrés ou issus de l'immigration, sont les révélateurs d'une école qui ne parvient pas à pallier les inégalités sociales et culturelles et qui doit faire face chaque année à de nouveaux migrants ; mais qu'il faut refuser le déterminisme des origines et des cultures ; ne pas sous-estimer ses réussites et le rôle d'ascenseur social qu'elle a pu jouer pour nombre d'entre eux. (HCI 2011)

Louis-André Vallet et Jean-Paul Caille (1999) rappellent que les enfants d'immigrés comptent parmi les élèves qui risquent le plus de connaître des difficultés ou des échecs scolaires, l'orientation vers les filières les moins prestigieuses du système éducatif et des sorties précoces ou sans diplôme.

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Pourtant les trajectoires scolaires des enfants d'immigrés sont plutôt meilleures que celles des autres catégories défavorisées. L'explication principale en est dans les aspirations éducatives plus fortes et les demandes d'orientation plus ambitieuses effectuées par les familles immigrées, par rapport aux autres familles socialement comparables. (Vallet L.A., Caille J.P., 1999)

On peut conclure de leurs travaux que les problèmes de scolarité que connaissent les jeunes issus de l'immigration ne sont pas dus à la migration en elle-même mais au fait qu'ils appartiennent aux catégories sociales défavorisées.

Cette analyse serait plus optimiste si la crise économique que connaissent la plupart des pays n'avait pas sérieusement grippé « l'ascenseur social », pour eux comme pour l'ensemble des populations défavorisées. Il est tout aussi clair que « l'escalier de service » qui permettrait d'accéder aux étages supérieurs de la société est long, raide, et jonché de désagréments.

5.2.2. Des acteurs sociaux critiques et revendicatifs

Jean-Pierre Zirotti (2006) constate que « Quand une expérience scolaire négative est fortement partagée, conséquence des pratiques de regroupement dans des établissement et/ou dans des classes et filières dévaluées, et qu'elle entre en résonance avec d'autres expériences propres à d'autres sphères de la vie sociale où s'expriment aussi, sous d'autres formes, l'inégalité sociale souvent articulée à la stigmatisation d'une identité sociale, comme c'est le cas pour ces jeunes Maghrébins, alors la possibilité de points de vue et de comportements spécifiques est ouverte. »

C'est quand ils sont engagés, par exemple, dans des étapes décisives de leur parcours scolaire, préoccupés d'obtenir des affectations dans des filières conformes à leurs projets et avertis, par le partage de cette connaissance quasi objective au sein du groupe d'appartenance, du fort risque de relégation vers des voies sans issues valorisées, que s'exprime plus fréquemment cette posture revendicative. » (Zirotti J.P. 2006)

Il s'agit de réactions conscientes aux traitements sociaux et scolaires qui leur apparaissent comme injustes, car inégaux, et discriminants. Les élèves maghrébins expriment pour la plupart le projet d'obtenir au moins un titre universitaire de niveau « bac + 2 » (Brevet de technicien supérieur ou Diplôme universitaire de technologie), alors qu'ils sont le plus souvent orientés vers des formations professionnelles non souhaitées. Pour maintenir dans ces conditions leur niveau d'aspiration sociale, ils doivent combattre les catégorisations propres à l'école et les

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conséquences négatives des appréciations scolaires et des décisions d'orientation. Catégorisés en élèves « faibles », « en difficulté », ils s'opposent à ce marquage en contestant les modes d'évaluation. En réclamant une orientation scolaire favorable, ils demandent à l'école la promotion sociale, la correction des inégalités sociales qui les frappent, ce qui les distingue des autres élèves des milieux populaires. (Zirotti J.P. 2006)

Les aspirations professionnelles, des enfants d'immigrés correspondent très majoritairement à l'impératif de bien gagner leur vie (73 % contre 65 % des jeunes de parents non immigrés et 69 % des enfants de famille mixte). Cette plus forte préoccupation financière des enfants d'immigrés peut s'interpréter comme la volonté d'améliorer des conditions matérielles d'existence qui sont en moyenne moins favorable que celles des autres jeunes. (INSEE 2005)

5.3. L'intégration par les réseaux affinitaires : famille, amis, le mouvement associatif

5.3.1. Des relations familiales basées sur la proximité

L'INSEE (2005) indique que pour l'ensemble de la population, les relations familiales sont directement liées à la taille du réseau de parenté et à la position dans le cycle de vie : les rencontres avec la famille se réduisent avec la mise en couple, mais s'intensifient à nouveau avec la venue des enfants.

Pour les immigrés, l'intensité des relations familiales dépend avant tout de la proximité géographique des membres de la famille. Cette proximité est moins fréquente que pour les Français « enracinés ». Le fait d'avoir des membres de la famille dans la région d'origine est lié avec l'âge d'arrivée, plus on arrive jeune, plus la probabilité est forte. Quand des membres de la famille habitent dans la même région, les immigrés ont des relations familiales régulières, (plusieurs fois par mois), beaucoup moins en cas d'éloignement. (INSEE 2005)

La langue joue un rôle également, les immigrés déclarant ne pas bien parler le français ont davantage de contacts avec leur famille, les relations extérieures étant rendues plus difficiles. (INSEE 2005)

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5.3.2. Un ancrage originaire pour les arrivants, spatial pour les natifs, affinitaire ensuite

Les relations avec les amis d'enfance sont plus fréquentes pour les jeunes issus de l'immigration que pour l'ensemble de la population. Pour les migrants, l'amitié entre personnes originaires du « même endroit » est déterminante au moment de l'installation, mais diminuent rapidement avec le temps. (INSEE 2005)

Pour les jeunes issus de l'immigration nés en France, le réseau amical est constitué de « personnes partageant les mêmes valeurs, d'amis d'enfance, de personnes du voisinage et de relations professionnelles. » (INSEE 2005)

A partir de 35 ans, les relations professionnelles ou de voisinage deviennent plus importantes pour tous. Ceux qui maîtrisent bien la langue ont plutôt un réseau amical basé sur les valeurs ou le mode de vie, ceux qui la maîtrisent moins bien ont plus de relations amicales avec leurs voisins. Seuls les cadres ont un réseau amical basé sur des critères professionnels. (INSEE 2005)

5.3.3. Une participation associative moindre, un lien social

Les immigrés, natifs ou non, participent beaucoup moins à la vie associative, et y assument moins de responsabilités que la population générale. Leur engagement constitue une compensation quand les relations familiales sont peu fréquentes. C'est un moyen de rencontrer des personnes qui leur ressemblent et partagent les mêmes goûts. L'engagement augmente avec le niveau d'études, la maîtrise du français, mais aussi quand le migrant est arrivé jeune ainsi que pour les célibataires. (INSEE 2005).

Les natifs issus de l'immigration adhèrent le plus souvent à des associations de loisirs, comme les originaires. Par contre les migrants des pays tiers se tournent plus vers les associations à but humanitaire. (INSEE 2005).

5.3.4. Un lien identitaire local

La Cité Nationale de l'histoire de l'immigration explique sur son site (2012) que « dans un premier temps, hier comme aujourd'hui, quelles que soient les conditions de vie, les immigrés

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cherchent à rejoindre des compatriotes et constituent avec eux des microsociétés. Cette force de l'entre-soi contribue parfois à alimenter stéréotypes et rejet dans la société française. »

« Espaces de rencontres et de convivialité autour de valeurs partagées, voire revendiquées, les associations (communautaires) tiennent une grande place dans la vie des immigrés. On peut y perpétuer les traditions du pays d'origine et y célébrer celles du pays d'accueil. » (Cité Nationale de l'histoire de l'immigration 2012)

« De nombreuses publications sont éditées en France par et pour les immigrés, dans leur langue, parfois dans celle du pays d'accueil. Bulletins et journaux donnent des nouvelles du pays et font l'objet de lectures collectives pour ceux qui ne peuvent pas lire. Les revues et oeuvres littéraires, politiques et scientifiques, animent la vie culturelle des élites. La presse fait le lien non seulement entre la France et le pays d'émigration, mais aussi entre les groupes d'une même origine, dispersés de par le monde. » (Cité Nationale de l'histoire de l'immigration 2012)

Ces publications présentent néanmoins la particularité de se montrer fragiles, donc souvent éphémères, comme on pourra l'observer au chapitre 3.

Les comportements identitaires et communautaires décrits ci-dessus seront analysés dans le cas des Mahorais et Comoriens réunionnais.

5.4. Le maintien des liens originels et la communauté identitaire

La plupart des immigrés, de leurs enfants maintiennent des liens plus ou moins serrés avec leur « pays » (dans le sens national ou local) d'origine, partis pour améliorer leur vie, ils sont souvent aussi pourvoyeurs de moyens d'existence de leurs proches restés au pays, qui comptent souvent sur eux pour obtenir des revenus, pour faciliter leur propre immigration, les études des jeunes sur place au dans le pays d'accueil. En retour, les migrants gardent souvent leur place et leur influence dans la famille originelle, participent parfois à la vie économique (investissements) et politique (Manga M. 2011), préparent éventuellement leur retour.

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5.4.1. La famille, le pays : attentes croisées, volonté d'intervention du migrant

« Entre l'envie de reconstituer, ici, la vie de là-bas et le sentiment d'être en suspens entre deux mondes, les immigrés gardent des liens à la fois matériels et immatériels avec leur pays d'origine. Ces liens façonnent la nouvelle vie en France. » (Cité Nationale de l'histoire de l'immigration 2012)

« Pour faire face à la distance et à l'absence souvent douloureuse, les immigrés qui ont gardé des proches au pays maintiennent le plus souvent des liens avec eux. Dès avant 1914, un événement important peut être partagé par une lettre, voire une photographie. La banalisation du téléphone, puis des moyens de communication les plus modernes, réduisent l'éloignement, jusqu'à donner le sentiment d'une véritable présence, d'un bout du monde à l'autre ». (Cité Nationale de l'histoire de l'immigration 2012)

« La pratique des transferts financiers est depuis longtemps commune à des millions d'immigrés, de toutes origines. Le plus souvent, ces transferts servent à soutenir les proches restés au pays. Certains contribuent aussi au développement local par le biais de réseaux associatifs. » Par exemple, « depuis les années 1990, les associations de Maliens immigrés en France sont les principaux acteurs de la construction d'infrastuctures : puits, écoles, centres de santé...» (Cité Nationale de l'histoire de l'immigration 2012)

L'aide à la famille restée au pays constitue la principale motivation de ces envois. Le cabinet SOLIS, spécialisé dans les études marketing ethniques précise que 54.9% de la population originaire d'Afrique du Nord et 66.9% de celle originaire de l'Afrique subsaharienne effectuent des transferts de fonds vers leur pays d'origine. Ces transferts passent principalement par des voies informelles (familiale, affinitaire), mais les réseaux financiers internationaux se développent et captent une partie de ces flux. (SOLIS juin 2009)

« L'immigration n'est pas une histoire figée. Elle s'accompagne, pour ceux qui le peuvent, de mouvements fréquents entre la France et le pays d'origine. Dans certains cas, le retour des immigrés au pays peut devenir définitif : fin du régime d'oppression pour des exilés, volonté de participer à la renaissance du pays d'origine, promesse de travail ou nostalgie ». (Cité Nationale de l'histoire de l'immigration 2012)

« Une partie des exilés poursuit en France le combat impossible au pays. Les insurgés polonais, les Russes blancs, les antifascistes italiens, les antinazis allemands, les Républicains espagnols,

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les dissidents portugais ou les réfugiés latino-américains trouvent ici le lieu d'un exil militant. Dans l'entre-deux-guerres, les ouvriers et intellectuels venus des colonies trouvent en métropole un espace politique favorable à la création de mouvements nationalistes. Se croisent alors à Paris les futurs dirigeants des indépendances. » (Cité Nationale de l'histoire de l'immigration 2012) on comprendra aisément qu'avec le développement des TIC, ce soit encore plus facile (techniquement) et plus fréquent de nos jours que par le passé.

Loin de promouvoir l'assimilation des immigrants et la rupture avec les pays d'origine, le Comité des Ministres Européens affirme dans une recommandation de 1984, l'importance des liens culturels des migrants avec le pays d'origine, non seulement pour faciliter leur réinstallation en cas de retour aussi le processus d'intégration dans le pays d'accueil. Des recommandations sont présentées dans les domaines de l'éducation, la formation des adultes, la constitution d'associations de migrants, la religion, les médias ainsi que les activités culturelles et de loisirs. La recommandation incite fortement les gouvernements à appuyer les médias utilisées par les migrants, « faciliter la réception des émissions de radio et de télévision, la diffusion des périodiques et des livres des pays d'origine, et à encourager les programmes de télévision conçus pour les migrants. » Ils recommandent aussi « d'encourager la participation des enfants de migrants aux activités de loisirs dans leur pays d'origine. »

La diffusion des Technologies de l'Information et de la Communication (TIC), largement utilisées par les migrants (Diminescu D. 2005) facilite la constitution de communautés diasporiques, qui seront étudiées dans le chapitre 3.

5.4.2. La dialectique du retour : du souhait à la réalisation (parfois)

Le retour peut-être plus ou moins rapide, plus ou moins définitif ; de nombreux immigrés gardent des liens relationnels et économiques (propriétés, habitations) avec leur pays, par l'entremise de leurs proches restés au pays. Les voyages en allers-retours plus ou moins réguliers sont fréquents.

Lila Belkacem (2012) a étudié deux formes de retour au pays d'origine pour des jeunes maliens : retour forcé pour des jeunes «envoyés au pays» par leurs parents après avoir commis des actes de délinquance, et participation à une « colonie de vacances » au Mali organisée par des immigrés maliens pour leurs enfants dans leur région d'origine. Il s'agit dans un cas de vacances

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identitaires, dans l'autre cas de sanctions qui n'interdisent pas nécessairement un retour au pays d'accueil.

Une étude de l'OCDE (2008) signale que « Selon le pays de destination et la période considérée, 20 % à 50 % des immigrés admis pour plus d'un an quittent leur pays d'accueil dans les cinq ans suivant leur arrivée, soit pour retourner chez eux, soit pour s'installer dans un autre pays (émigration secondaire). Des flux de retour substantiels ont également lieu au moment de la retraite. En général, les retours sont spontanés et se produisent à l'initiative des migrants ».

« Cela suggère que les migrations de long terme sont plus dynamiques qu'on ne le pense habituellement. Les taux de retour mentionnés ci-dessus sont également observés dans des pays comme le Canada, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande, qui accordent pourtant le droit de résidence permanente aux immigrants de long terme dès leur arrivée, et où l'accès à la citoyenneté est relativement facile

« Dans la plupart des cas, les déterminants individuels sont primordiaux dans la décision de retour. Les politiques des pays d'accueil et des pays d'origine visant à encourager ou attirer les retours n'ont eu, à ce jour, que peu de succès. » « Quoi qu'il en soit, les immigrés de long terme ont assez peu d'incitations à retourner, en particulier s'ils ont fait venir leurs familles et si leurs enfants sont nés et ont été éduqués dans le pays d'accueil. » « De la même manière, les efforts de certains pays d'origine pour inciter leurs ressortissants résidant à l'étranger à revenir ont eu un impact limité. Les résultats empiriques montrent que les retours vers les pays d'origine se produisent lorsque les conditions économiques sont bonnes et que de nouvelles opportunités existent. » (OCDE 2008)

« Quand les retours se produisent effectivement, les ressources humaines et financières rapportées par les migrants peuvent contribuer à alimenter la croissance, en particulier si les gouvernements favorisent une utilisation efficace de ces ressources.» (OCDE 2008)

Un désir de retour légitime, souvent des projets qui resteront parfois inassouvis ou fantasmés par les évolutions connues de part et d'autre contribuent à la création d'un « mythe du retour » évoqué par William Safran (1991), commun à la plupart des migrants, et que nous tenterons de déceler, ou non, chez les Mahorais et Comoriens de la Réunion.

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5.5. Les pratiques linguistiques et les migrants :

5.5.1. Les langues originelles et l'acquisition du français : langues communautaires, langue intégratrice

Selon l `INSEE (2005), les trois quarts des immigrés arrivés jeunes avec leurs parents, ou adultes ont été élevés exclusivement dans une langue étrangère. Un sur cinq seulement a aussi le français comme langue maternelle. Moins d'un sur dix, natif des anciennes colonies ou arrivé très jeune a été élevé exclusivement en français.

Plus ils sont arrivés jeunes, plus ils ont passé de temps en France et moins ils pratiquent la langue étrangère d'origine. La langue maternelle étrangère est toujours utilisée à l'âge adulte dans près de neuf cas sur dix, avec l'entourage, un peu moins s'ils sont arrivés avant l'âge de 10 ans (4/5). (Les immigrés en France, INSEE 2005)

Les immigrés arrivés avant l'âge de 10 ans considèrent presque toujours avoir une bonne maîtrise du français, ceux arrivés après 25 ans, une fois sur deux seulement. Cette maîtrise est longue à acquérir, si c'est le cas pour deux immigrés sur trois au bout de 25 ans, ce n'est pas le cas pour la moitié des familles arrivées depuis moins de dix ans.

Même s'ils ont été élevés dans une autre langue, dans la majorité des familles immigrées le père comme la mère parlent principalement le français à leurs enfants. Et les enfants éduqués en français l'utiliseront en priorité et le transmettront à leurs propres enfants. Dans pratiquement toutes les familles mixtes, le français est la langue de communication entre parents et enfants. (Les immigrés en France, INSEE 2005)

5.5.2. Un plurilinguisme obligé

Langues d'accueil, nationales ou sociales ; langues d'origine, langues utilitaires (langues étrangères acquises), les jeunes issus de la migration sont rarement unilingues : élevés dans l'une, intégrés dans l'autre, ils ont parfois plusieurs langues originelles et leurs pays sont parfois biculturels comme c'est le cas en Belgique, au Canada, mais également à La Réunion. Ils doivent aussi apprendre des langues étrangères au cours de leur scolarité.

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Stéphanie Condon et Corinne Régnard (2010) constatent que loin de constituer un handicap, pour la plupart des immigrés être bilingue ou plurilingue est une richesse qui lui permet de structurer son identité propre, et de s'intégrer dans le pays d'accueil comme dans sa communauté d'origine.

Pour les immigrés, la maîtrise de la langue du pays d'immigration constitue un facteur d'intégration professionnelle et sociale incontournable. Pour leurs enfants nés et élevés dans ce pays, outre son importance dans la vie familiale, l'acquisition des langues des parents peut parfois représenter une ouverture dans le domaine professionnel, social, culturel. (Condon S. Régnard C. 2010)

Bilingues ou plurilingues, les enfants d'immigrés apprennent à jouer un rôle de médiateur lorsque les parents ne maîtrisent pas suffisamment la langue de l'environnement. Leur héritage plurilingue combine ainsi une pratique du français les insérant dans leur génération, et leur environnement social, et la pratique d'une ou deux langues étrangères qui les ancre dans leur famille élargie. (Condon S. Régnard C. 2010)

La transmission linguistique, le maintien de liens avec les pays d'origine, les séjours réguliers, la volonté de participer (par l'information ou par l'action) aux affaires du pays permettent aux jeunes issus de l'immigration de bénéficier d'un espace de vie transnational. L'étude révèle que la majorité des descendants a un très bon niveau en langues étrangères reçues, à l'oral, mais aussi à l'écrit. Cela démontre des qualités et un potentiel encore très méconnus par la société comme par les intéressés. (Condon S. Régnard C. 2010)

Les différentes langues utilisées dans la migration sont souvent hiérarchisées en termes d'utilité ou de prestige social. Ainsi, certaines langues ou dialectes des pays anciennement sous tutelle française ont été dévalorisés par rapport au français, langue d'intégration et de réussite sociale. (Condon S. Régnard C. 2010)

Nous observerons ces phénomènes linguistique à la Réunion, et particulièrement pour les usages des jeunes Mahorais et Comoriens.

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Chapitre 2 - LE CONTEXTE DE LA MIGRATION à LA REUNION

1. Le phénomène de créolisation : des influences réciproques

1.1. Créolité et créolisation

Le terme « créole » vient du portugais et de l'espagnol, (« criar » signifie élever), à l'origine il désigne les enfants et plus généralement les descendants de parents européens nés dans les anciennes colonies d'Amérique. Le deuxième sens cité est celui qui qualifie les gens de race noire nés en Amérique, par opposition à ceux qui arrivaient d'Afrique comme esclaves. (Real Academia Española, diccionario de la lengua española, vigésimasegunda edición -2012)

L'image habituelle de la créolité la montre réservée aux îles sous tutelle européenne et particulièrement française, composées d'un patchwork de peuples arrivés de manière plus ou moins involontaire, profitant ou subissant une société post-coloniale métissée.

Le fait créole, la créolité désigne plus généralement les sociétés et phénomènes typiques aux sociétés ultramarines issues du colonialisme européen. Selon Mintz et Price (1986), le terme de créole se réfère à ce qui vient du vieux monde mais qui est construit dans le nouveau. Jean Benoist (1996) reprenant les travaux de Ulf Hannertz indique que « Dès le départ, "métissage", comme "syncrétisme", impliquent en effet l'opposition entre une pureté initiale et le mélange qui la remet en cause. Selon les positions idéologiques, ce mélange peut être dangereux ou constructeur ».

La créolité peut ainsi être perçue comme une « perversion » adaptative de la société colonisatrice ou au contraire comme un construit original, enrichi par les apports de ses composantes, s'adaptant à ses contextes présents et à venir, dans une logique d'évolution plus darwinienne. Cette dynamique symbiotique et adaptative est ce que Ulf Hannertz (1992) a défini comme créolisation et qu'il veut concevoir comme un enrichissement par la mixité culturelle.

À la différence de "métissage" ou de "syncrétisme", le terme "créolisation" n'implique pas une faute ou une faille originelle. A l'inverse, il est porteur de représentations positives : il décrit un processus plutôt qu'un état. La référence identitaire change de signification. « Le multiple n'est

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pas une tare, il est une source; le fluide n'est pas une impossibilité d'être, il en est la modalité, et la condition... » (Jean Benoist, 1996)

Les sociétés créoles ne se sont jamais pliées aux modèles hégémoniques. Hétérogènes dès l'origine, aucune conception "cellulaire" ne s'appliquait à elles. Il a fallu pour les étudier user de concepts tels que "fluidité", "absence de structures communautaires", "métissage", "ambivalence"... (Jean Benoist, 1996). On peut considérer qu'en cela elles préfigurent la « modernité liquide » décrite par Z. Baumannn (2000).

1.2. Une « rétro-créolisation » ?

Les sociétés créoles, résultat dynamique de l'agrégation d'éléments sociaux dissemblables, mais plus généralement toutes les sociétés postmodernes, dans la mesure où face aux cloisonnements et aux ségrégations territoriales, elles participent à créer un "écoumène" (système mondial) global qui relie en réseau « ceux qui s'engagent plus systématiquement dans l'intégration culturelle, dans des synthèses, dans le syncrétisme », participent en effet de ce qu'on peut appeler la « créolisation » au sens d'Hannerz.

Le paradoxe arrive quand on constate que la créolisation, que l'on croyait réservée aux sociétés périphériques ou subordonnées revient en conquérant vers les « centres » qui en sont les composantes originelles ou dominatrices. Les sociétés créoles préfigurent par leur hybridation, leur évolution permanente, leur capacité à assimiler (contraintes ou de bon gré) des éléments allogènes, les sociétés postmodernes tenues d'agréger les éléments d'une culture globale en devenir permanent.

Par l'immigration, retour vers la « mère-patrie » (ou amère ?) des créoles, anciens colonisés ou représentants des états dépendants des nations conquérantes, arrivent et s'installent de nouvelles pratiques sociales, religieuses, linguistiques ou simplement culinaires. (Sophie Chanel, 04/2011). Juste retour des choses donc que cette créolisation des « Métropoles » par l'ancien (et parfois encore) dominé.

Si on admet la créolisation comme une évolution sociale et culturelle (féconde mais souvent douloureuse) imposée à des pays « périphériques » par un centre dominant, rien n'empêche d'étudier en retour l'influence des sociétés créoles ou étrangères sur les pays du « centre ». Ce phénomène pourrait être considéré comme une « rétro-créolisation ».

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Il sera intéressant de déterminer si ces phénomènes jouent, et dans quel sens, entre les migrants mahorais et comoriens de la Réunion et la société créole majoritaire dans l'île.

Cette nouvelle situation est difficile à accepter dans les pays occidentaux par ceux, nombreux, qui subissent les évolutions sans en être acteurs, victimes et non bénéficiaires des évolutions sociales et économiques, ou encore trop marqués par des conceptions culturelles communautaristes. C'est ce qui rend ces thèmes faciles à instrumentaliser et à exploiter politiquement.

Nous examinerons cet aspect dans le contexte réunionnais.

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2. Le contexte des mahoro-comoriens à la Réunion

2.1. L'immigration à la Réunion

2.1.1. Un peuplement allogène, une mosaïque de peuples

La créolité de la Réunion connaît une spécificité, elle est un construit total sur une terre originellement vierge, comme l'indiquent JCC. Marimoutou et F. Vergès (2005), « dans les îles créoles de l'Océan Indien, nulle autochtonie au départ ; tout le monde est, à l'origine, étranger à l'espace et, au fur et à mesure que se construit l'Histoire, la question des origines ne peut que renvoyer à cette étrangeté et à cette extranéité, sauf à la restituer à partir du lieu et dans le questionnement de leur transformation par le lieu » (Marimoutou JCC. et VERGES F. 2005)

A la Réunion, la créolité est un fait identitaire structurant dynamique, qui fait l'objet de tensions et de renégociations permanentes, comme en témoignent les évolutions de la langue créole, la stabilisation inachevée de sa graphie, sa place institutionnelle, scolaire et dans les relations professionnelles. L'ensemble relevant plus d'arrangements que de consensus, dans la logique de « modernité réunionnaise » indiquée par Michel Watin (1995, 2002, 2005)

La créolisation a généralement été plus subie que souhaitée par les intéressés, cet amalgame de cultures et de populations se faisant dans une logique de domination. Les précédentes vagues d'immigrants plus ou moins volontaires ou contraints ont progressivement été intégrées dans une acceptation générale des différences ethniques et culturelles, même si des zones de « friction » peuvent subsister entre les différentes composantes.

2.1.2. Les immigrants récents de la Réunion

Parmi les allochtones (étrangers ou non) que compte la Réunion, la grande majorité sont des français nés en métropole (parmi ces 80000 personnes, soit 10.2% de la population, figurent des « Zoreils » (Métropolitains) et un certain nombre de créoles nés en Métropole, de retour sur l'île de leurs origines). On ne compte que 6108 étrangers (de nationalité) au 1er janvier 2008 (INSEE), soit moins de 1% de la population totale (839480 habitants, estimation INSEE 2011).

Aux Métropolitains, Malgaches et autres Africains (ces derniers sont dits Cafres, ou Kaf en créole), Indiens (Malbars), Indo-Pakistanais (Z'arabes) », et chinois, viennent s'ajouter depuis les années 1980 les derniers arrivants, Malgaches, mais surtout Comoriens et Mahorais.

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Nous nous intéresserons aux migrants Indocéaniques et plus particulièrement à ceux venus de Mayotte et des Comores: « La Réunion reçoit un flux migratoire de populations venant de territoires parmi les moins avancés de l'océan Indien, avec pour partie un déplacement de populations de nationalité française. » indique l'étude du CREDOC (Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de Vie) pour l'ODR (Observatoire du Développement de la Réunion), réalisée en 2004; « Les Mahorais, Comoriens et Malgaches peuvent être attirés par le différentiel de prospérité et par les systèmes d'éducation, de santé et d'aides sociales qu'offre la Réunion. » « L'estimation haute est de 31 000 migrants, dont 15 400 Malgaches, 12 400 Mahorais et 3 300 Comoriens » cette estimation est la plus conforme à l'échantillon de l'enquête CREDOC-ODR, alors que le recensement de 1999 ne comptait que 18 784 migrants).

« Les plus nombreux ne sont pas les natifs de Mayotte (34,5 %), mais les natifs de Madagascar (57 %). Quant aux Comoriens, ils sont très minoritaires (8,5 %). » L'enquête CREDOC-ODR indique que « les Malgaches, comme les Mahorais, sont nombreux à être arrivés dans les cinq dernières années (de l'ordre de 45 % pour ces deux groupes). A l'inverse, la majorité des Comoriens présents à la Réunion, sont arrivés il y a plus de 10 ans (65 % d'entre eux). »

L'étude du CREDOC précise encore que les migrants de l'océan Indien sont de jeunes adultes, les mahorais ont des enfants dans 95 % des cas, 78% pour les Comoriens. La moitié des familles immigrantes mahoraises sont monoparentales, c'est une spécificité dans la mesure où il n'y a que 13% des familles dans ce cas à Mayotte (et 18 % à la Réunion, en 1999). « On peut donc penser que la migration est dans ce cas liée à des séparations de couple. »

« Pour les trois origines, les hommes et les femmes vivant seuls à la Réunion sont très minoritaires (6 % et 4 % respectivement). Les enfants des migrants sont nombreux (65 % des ménages ont au moins 3 enfants) et dans près des deux tiers des cas au moins un enfant est né à la Réunion. Les enfants présents dans les foyers ne sont pas toujours ceux des parents », les migrants pouvant accueillir des membres de la famille étendue.

Avant les années 90, « les migrations étaient plus souvent le fait d'individus ayant des chances de poursuivre des études ou de trouver un emploi à la Réunion. Depuis, les migrations sont principalement le fait de ceux qui sont attirés par les avantages sociaux (minima sociaux, couverture maladie, scolarisation gratuite) et les structures d'éducation et de santé. » ODR - CREDOC La situation des populations migrantes originaires de l'océan Indien - Décembre 2004

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2.2. La migration des Mahoro-Comoriens

2.2.1. Mahorais et Comoriens en France Métropolitaine

L'INSEE (2001) indique que « Le recensement de population de mars 1999, réalisé en Métropole et dans les DOM, a permis de dénombrer 8 032 personnes nées à Mayotte résidant en Métropole. Près de la moitié vivait à Mayotte en 1990. Leur venue en Métropole s'explique pour une partie par la poursuite de leurs études (8 % des Mahorais soit 691 personnes) ».

Un tiers de la population mahoraise est installé dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), essentiellement à Marseille. « L'existence d'une communauté comorienne importante favorise l'implantation dans cette région. » La communauté mahoraise en Métropole est plus jeune que la population majoritaire, particulièrement en PACA. Leur taux de chômage est très élevé (43% hors PACA, 64% en PACA, touchant encore plus les femmes que les hommes), le faible niveau de qualification expliquant cela. INSEE INFOS N°13 novembre 2001.

Comme nous l'avons signalé en préambule, le ministère français des Affaires Etrangères estime la communauté comorienne en France entre 150 000 et 300 000 personnes, ce qui représente une forte émigration pour ce pays.

2.2.2. Les Mahorais et Comoriens à la Réunion

Sur le plan culturel, ces deux groupes présentent de nombreuses similitudes, au point d'être dénommés par le terme générique de « Comores » par de nombreux Réunionnais. Les Mahorais et Comoriens partagent une origine archipélagique commune, mais des histoires, des traditions, des langues, des cultures proches mais distinctes, comme nous l'avons montré en préambule.

En premier lieu, la volonté réitérée des Mahorais de rester au sein de la République française, et leur récente départementalisation (depuis le 31 mars 2011), les confirme en tant que concitoyens. Mais culturellement différents, « immigrants de l'intérieur », les Mahorais de la Réunion sont les derniers ajouts à la société réunionnaise, qui s'en défend parfois.

Sur le plan administratif, contrairement aux Comoriens, ils ne peuvent à aucun titre être considérés comme immigrants puisque français de nationalité, et très majoritairement nés en France, de parents français.

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Les Comoriens, originaires des trois autres îles (Grande Comore, Mohéli et Anjouan) de l'archipel éponyme, sont étrangers, et soumis au bon vouloir administratif pour séjourner à la Réunion ou en France métropolitaine, jusqu'à leur éventuelle naturalisation.

Sans entrer dans un excès de détails, il convient de remarquer que parmi les Comoriens l'unicité n'est pas totale: un originaire de Grande Comore, un ressortissant de Mohéli ou un Anjouanais présentent de notables différences. Parmi les Mahorais aussi des dissemblances peuvent exister en fonction de leurs origines Maoré, Comorien, Malgache ou Swahili (voir préambule). Cela rend toute catégorisation globalisante très relative, et certainement abusive.

La recherche de terrain présentée en troisième partie nous permettra de confirmer le ressenti des intéressés sur cette question.

Dans le cadre de cette recherche, nous prendrons néanmoins la liberté de les dénommer ensemble « Mahoro-Comoriens » en fonction des thèmes abordés, quand les points de similitude permettent de les associer.

2.2.3. La situation des Mahorais à La Réunion

Peu de travaux et de chiffres sont disponibles pour connaître la communauté comorienne à la Réunion, par contre le cas des Mahorais a fait l'objet de plusieurs études, notamment celle très complète du Centre de Ressources de la Cohésion Sociale Urbaine de la Réunion dépendant du Conseil Régional CR-CSUR publiée en 2011. Cela permet d'étudier le cas de la population mahoraise à la Réunion de manière plus détaillée.

« J'ai 24 ans. Je suis venue à la Réunion en octobre 2008, avec ma petite fille qui avait alors 2 mois. À Mayotte j'ai suivi une formation professionnelle, avec une expérience dans une entreprise mahoraise. Aujourd'hui, j'habite toujours seule avec ma fille dans un appartement mais je ne trouve pas d'emploi et ce n'est pas faute de chercher. Mes seules ressources proviennent de l'aide du service social. Bientôt ma fille va entrer en maternelle... » (citation issue du CR-CSUR 2011). Actuellement l'immigration mahoraise à la Réunion est d'abord le fait de femmes, souvent avec des enfants, qui rencontrent de réelles difficultés d'insertion sociale et professionnelle ; elles placent un grand espoir dans l'éducation scolaire de leurs enfants.

Le nombre de Mahorais recensés à la Réunion est faible, 5900 d'après les données de l'INSEE (2006), auxquels il convient d'ajouter 2100 Comoriens (de nationalité ou d'origine). Ces chiffres

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sont bien inférieurs à ceux des Malgaches et des Mauriciens 15 900 et 4800 respectivement, mais beaucoup moins présents dans l'espace public réunionnais, ainsi que celui des Métropolitains (79 000 présents sur le territoire). Le nombre des originaires de Mayotte serait bien plus important, jusqu'à 60 000 d'après la fédération des associations mahoraises de la Réunion (SORODA, devenue FAMAR en mai 2012). Le différentiel s'explique par la comptabilisation par ces derniers de tous les membres de la « communauté mahoraise » indépendamment de leur lieu de naissance et de la durée de leur séjour. Le chiffre le plus généralement admis par la presse réunionnaise est de l'ordre de 30 000, soit moins de 4% de la population réunionnaise. Depuis le début des années 2000, par le jeu des retours et des départs vers la Métropole, le solde migratoire des Mahorais à la Réunion a tendance à s'inverser pour devenir négatif (INSEE 2009).

« Que ce soit à Mayotte ou en dehors, on continue à fonctionner pareil... » Ce témoignage issu de l'étude CR-CSUR 2011 montre que les mahorais tentent de garder leur mode de vie en arrivant à la Réunion, ce qui ne va pas sans difficultés et frictions : « Les populations originaires de l'archipel des Comores ne suscitent pas toujours l'empathie de la population réunionnaise. Le malaise s'exprime avec plus d'acuité envers les Mahorais, français depuis 1841» (CR-CSUR 2011) et Domiens depuis mars 2011, confirmant ainsi une volonté maintes fois réitérée du peuple mahorais.

Les motivations évoquées pour leur arrivée sont effectivement d'abord les possibilités d'une meilleure poursuite d'études (évoquées dans 62% des cas), puis le différentiel des aides sociales (57%) (CREDOC 2004). Les difficultés d'insertion les plus importantes se situent dans le logement (60% déclarent être mal logés) et l'emploi (moins diplômés et à diplôme égal moins employés) (INSEE 2006), ce qui peut conduire à la précarisation et à l'exclusion.

« L'étude menée par le CREDOC et l'ODR (2004) auprès de migrants de la zone océan Indien fait apparaître la stigmatisation qu'ils ressentent : 42 % des originaires des Comores, de Madagascar et de Mayotte jugent la population réunionnaise peu accueillante, et même hostile pour 15 % d'entre eux. Plus précisément, 7 % des Malgaches, 16 % des Comoriens et 21 % des Mahorais interrogés perçoivent un rejet. La confrontation à des manifestations agressives (insultes racistes, menaces, ...) est évoquée par 21 % de l'ensemble des migrants de l'enquête. Les Mahorais, à 44 %, se disent victimes de racisme. » CREDOC-ODR 2004

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« Quelqu'un disait : nous sommes tous les émigrés de quelqu'un... jusqu'à ce qu'un autre arrive » évoque Jean Luc Caro, Directeur Général des Services de la ville du Port : « La représentation populaire de l'habitat des mahorais à la Réunion c'est une forte concentration communautaire (qui mêle d'ailleurs mahorais et comoriens) et une insalubrité des logements occupés - faute de véritable alternative pour se loger. Cela produit un double effet de ghettoïsation et de rejet qui amalgame cette image péjorative à toute la communauté, comportement très perceptible dans le voisinage immédiat. »

« Vouloir retrouver et vivre avec sa communauté d'origine est un besoin naturel quand on est «étranger», surtout quand la solidarité communautaire constitue le premier expédient accessible. C'est un phénomène qui se constate dans d'autres communautés déracinées : on se regroupe par immeubles, par quartiers, par ville que ce soit entre mahorais à la Réunion ou entre réunionnais en métropole. La communauté est une cellule ressource forte pour toute personne d'une culture «étrangère». CR-CSUR 2011

Si tous souhaitent se rapprocher de leur communauté, on constate que chacun va pour se loger, là où il trouve à le faire. Dans les bidonvilles (évoqués par le CR-CSUR 2011) on rencontre trois types de mahorais : Outre des femmes seules, avec ou sans enfants, sans revenus, sans point d'ancrage local et avec peu de lien avec leur famille à Mayotte, on trouve des familles qui se sont déplacées ensemble ou petit à petit, et qui connaissent des difficultés d'adaptation aux modes de vie à la Réunion, par exemple la typologie et la conception de l'habitat, ainsi que des familles installées depuis longtemps, qui comptent souvent des enfants nés à la Réunion et ne connaissent pas Mayotte. (CR-CSUR 2011)

« Ce sont les solidarités intra-familiales et villageoises fortes qui leur permettent de tenir dans leur environnement précaire. D'autant que les migrations s'effectuent le plus souvent grâce à l'existence d'un réseau qui assure un point de chute à la Réunion. » (Note CESER 2010). La note évoque également la complexité pour les enfants de gérer une double allégeance culturelle et les difficultés scolaires liées à l'acquisition de la langue française, qui n'est souvent pas leur langue d'origine.

Si la solidarité communautaire existe, elle a peu de moyens pour aider à une intégration durable : l'accès au foncier à l'acquisition foncière - avec un ancrage durable - est difficile, la communauté dispose de peu de ressources, son réseau de connaissance est limité, les Mahorais et

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les Réunionnais vont peu l'un vers l'autre ; les contacts se limitent souvent à la fréquentation des services publics. CR-CSUR 2011

« La communauté mahoraise ne sollicite que très peu d'aide à l'extérieur, en dehors de la communauté. Les intervenants auprès de ce public doivent donc trouver une porte d'entrée leur permettant d'être reconnus comme admis à participer et à « intégrer », d'une manière ou d'une autre, le cadre communautaire. » Le rapport du CR-CSUR (2011) évoque ainsi la nécessité de médiateurs pour pouvoir connaître et interagir avec la communauté mahoraise à la Réunion.

Les femmes mahoraises :

« J'ai 23 ans. Bien qu'à la Réunion depuis l'âge d'un an, je me sens plutôt mahoraise. Aujourd'hui, je vis dans un bidonville de la Rivière des Galets (commune du Port). Nous sommes 14 à habiter sous le même toit de tôles récupérées : mes parents, mes soeurs, mes frères, mais aussi mes neveux et mes cousins. Je n'ai pas de diplôme ; n'ai jamais pu travailler, pourtant j'ai déjà fait de nombreux stages... » Cette citation issue du CR-CSUR (2011) évoque les principales difficultés rencontrées par les Mahorais en général et qui doivent souvent être gérés par les femmes, particulièrement dans le cas où elles se retrouvent seul adulte du foyer.

Filippo Ferrari, directeur du FTM (Finaliser Transmettre Mobiliser, association pour l'aide à l'insertion professionnelle) indique dans le rapport cité ci-dessus que « la femme «immigrée» a plus de difficultés que l'homme à trouver un emploi ; elle a peu de formation, de diplômes. » Pour ces femmes titulaires d'une expérience limitée et cantonnées à des emplois précaires, cette association a mis en place des formations à la recherche d'emploi. Leur public est composé en majeure partie de Mahoraises (40%), 30% de Comoriennes et de malgaches, et 30% de réunionnaises. CR-CSUR 2011

Mayotte devenue un département depuis 2011, doit se conformer aux règles de la République. Il faudra alors accommoder ce qui relève de la tradition, ce qui est imposé par la religion, ce qui est acceptable dans le droit républicain et ce qui est facteur ou non d'insertion dans la société réunionnaise ou métropolitaine. Cela concerne notamment le fait qu'il n'est plus possible de contracter des unions polygames, souvent imposées aux femmes, à Mayotte, mais les situations en cours pourront subsister. L'âge auquel les jeunes filles pourront se marier va passer de 16 à 18 ans, et la répudiation sera interdite. (Ministère de l'Outre-Mer)

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La polygamie n'est pas islamique, le Coran allant jusqu'à déconseiller cette pratique. Il s'agit une coutume qui a existé chez de nombreux peuples, souvent pour pallier la mortalité des femmes en couches et des enfants. En France, le mariage multiple est interdit depuis le 27 mars 1803 (article 147 du code civil) puis, en 1993, l'état de polygamie est interdit à tout résident sur le territoire. CR-CSUR 2011

« La société traditionnelle mahoraise est de type matriarcal: l'épouse a autorité, c'est elle qui protège le mari et le foyer. Elle peut également chasser son époux en cas de déchéance familiale constatée par la communauté villageoise. La femme a un rôle déterminant dans l'économie, la politique et la vie associative. Arrivée à la Réunion, souvent seule référent adulte, elle doit assumer seule la gestion du logement, des finances, de l'éducation... prise par des tâches plus urgentes, et handicapée par la langue, elle n'a pas toujours le temps d'assurer un suivi très proche de ses enfants et de leur scolarité ». (CR-CSUR 2011)

Nous constatons ici la coexistence entre un système matrilinéaire qui donne une grande importance à la femme dans la gestion de la maisonnée et l'éducation des enfants, avec une logique islamique qui va plutôt dans le sens de la prééminence des hommes. Ce paradoxe mahorais est souvent dépassé à la Réunion par la monoparentalité féminine. Comme nous l'avons vu, les référents masculins manquent dans de nombreux foyers.

2.3. L'espace public réunionnais et les migrants 2.3.1. Un espace public médiatique riche et varié

Les travaux de Michel Watin (1995, 2002, 2005), Jacky Simonin, Eliane Wolff (2010) et Bernard Idelson (2006) montrent que l'espace médiatique réunionnais est particulièrement riche, varié en types de supports comme en termes de visions politiques et sociales, qu'il constitue un moyen d'expression directe, notamment en presse papier et en radio, auquel les Réunionnais sont très attachés.

La presse quotidienne régionale (PQR) est représentée par trois titres : Le Quotidien (indépendant), le JIR Journal de l'Île de la Réunion (longtemps groupe Hersant, appartenant au groupe Réunionnais Cadjee depuis 2010) et Témoignages (organe du Parti Communiste Réunionnais). Parmi les nombreuses fréquences radio, il convient de remarquer aux côtés des

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correspondants locaux des principaux réseaux nationaux, Radio Freedom, antenne indépendante, en prise directe avec l'actualité et la population réunionnaise qui intervient beaucoup à l'antenne. La télévision réunionnaise est passée aux technologies numériques en 2011. Elle diffuse les chaînes publiques du réseau RFO, les émissions d'Antenne Réunion, groupe local, ainsi que plusieurs bouquets numériques par abonnement. Ces derniers permettent notamment de suivre en direct les émissions et journaux télévisés mahorais et comoriens.

Les courriers de lecteurs de la PQR ou les réactions d'auditeurs (notamment sur radio Freedom), particulièrement sur la vie locale, la société, et la politique montrent l'implication des Réunionnais dans leur espace public médiatique.

Le cas des immigrés comoriens a été étudié à la Réunion par Salimata M'LANAO (1999). Elle montre, dans son travail, comment la presse réunionnaise les identifie comme les derniers arrivants, les présente alors comme les victimes d'un système de domination historique et des mauvaises conditions qu'ils subissent et appelle à l'empathie et à la fraternité envers eux. La Réunion est présentée comme leur « terre promise » par rapport aux Comores, dévalorisées.

A compter des années 1980, les Comoriens sont perçus comme une population immigrée avec de graves problèmes d'intégration. « Le Comorien est considéré comme le dernier venu sur le sol réunionnais. Une population immigrée qui n'a pas encore réussi son intégration. La presse locale se fait l'écho de ce constat. » (M'Lanao S. 1999). La presse les présente en « boucs émissaires », en les associant aux problèmes économiques et sociaux de l'île, elle les stigmatise. En partant de lieux communs pour éventuellement tenter de les combattre, elle semble plutôt les renforcer.

Plus récemment, dans une étude linguistique sur la nomination et la catégorisation des Mahoro-Comoriens, Marc FRANCK (2011) confirme que le discours de presse écrite s'avère incapable de dépasser les représentations et caractérisations traditionnelles, notamment sur les groupes ethniques présents à la Réunion. Il constate que les discours négatifs confirmant l'ordre dominant ont une meilleure résonance sociale (et s'avèrent donc plus vendeurs) en évitant la dissonance cognitive.

Seul Témoignages semble éviter la tentation d'opposer les représentations du groupe mahoro-comorien à celles du groupe majoritaire, mais eux aussi entretiennent l'image d'altérité. Victime d'un système économique et social dont le créole souffre également, bénéficiaire des aides sociales en concurrence avec les autochtones, ou encore délinquant victimisé par la précarité,

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l'image a assez peu évolué entre les observations de Salimata M'Lanao (1999) et celles de Marc Franck (2011). On peut simplement observer que les éléments de désignation des Comoriens ont été étendus aux Mahorais.

Choix d' « agenda » ou simple conformation aux attentes des lecteurs, le résultat est dans tous les cas le renforcement de l'image de l'étranger (allogène à la société réunionnaise) dont l'intégration est difficile. Une image somme toute assez peu différente de celle observée en Métropole, mais un discours plus modéré, correspondant à un phénomène ne présentant pas la même acuité (origine géographique proche, plus grande tolérance liée à l'allogénéité originelle commune à tous les composants de la société réunionnaise, logique de créolisation), ni les mêmes enjeux politiques à la Réunion.

Pas de catégorisation ni de stigmatisation ici sur leur islamité, cette caractéristique ayant déjà fait l'objet de créolisation par les communautés z'arabes (musulmans indo-pakistanais) et Karanes (communauté de même origine mais arrivant de Madagascar) désormais intégrés.

Comoriens et surtout Mahorais sont naturellement désignés comme ceux qui viennent déranger un équilibre déjà précaire, et tout particulièrement sur le plan du logement social ainsi que de l'emploi : « Au deuxième trimestre 2011, le taux de chômage à La Réunion s'élève à 29,5 %. Les jeunes, avec 60 % des actifs, sont les plus touchés et se désengagent du marché du travail. Les femmes, et en premier lieu les plus âgées, se portent davantage sur le marché du travail, ce qui creuse l'écart de taux de chômage avec les hommes » (INSEE-Enquête emploi 2011 à La Réunion).

En effet, tous les habitants de la Réunion éprouvent de grandes difficultés pour trouver un emploi, et particulièrement les non diplômés, les jeunes et les femmes. Or ce sont précisément les caractéristiques de la population immigrante mahoraise et comorienne, qui font de celle-ci des rivaux en termes d'insertion professionnelle comme d'habitat pour les catégories les moins favorisées de la Réunion, avec pour corollaire des réactions de relative hostilité.

Dans le dossier du CSUR du Conseil Régional (2011), Attila Cheyssial, Architecte et docteur en sciences de l'éducation (sociologie urbaine), explique qu'il ne croit pas à un racisme entre la Réunion, Mayotte et les Comores. Il juge le terme inapproprié, précisant que « les étrangers ne sont appréciés nulle part, on considère l'autre comme ennemi parce qu'il n'est pas comme nous. L'hospitalité étant la règle établie pour dialoguer et échanger avec un étranger que l'on n'aime

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pas pour autant. » Les Comores, comme Mayotte rappelle-t-il font néanmoins partie avec la Réunion d'une identité commune dans l'Océan indien. (CR-CSUR 2011).

2.3.2. De l'extrême discrétion des uns à la globalisation péjorative des autres

Comme nous l'avons signalé, La Réunion a, depuis sa découverte, accueilli, intégré et s'est enrichie de nombreuses vagues d'immigration : Malgaches, Cafres, Indiens, chinois, Z'arabes, et Zoreils sont toujours différenciés et caractérisés, mais se côtoient et interagissent au quotidien dans une tolérance générale.

Les plus optimistes voudront voir dans la mosaïque qui compose le peuple réunionnais une harmonie exemplaire. Les plus prudents feront remarquer à l'instar de Christian Ghasarian (2002) qu'il s'agit là d'une image, que la société réunionnaise est constituée à la fois de « mélanges et de différences regroupées » qu'il est encore nécessaire « d'apprendre à accepter les différences côtoyées quotidiennement et de dépasser le racisme larvé et encore bien présent dans le langage commun à la Réunion. »

Pour avoir une image, bonne ou mauvaise, un groupe social doit être reconnu comme tel et être présent dans l'espace public. Quand les représentants sont trop peu nombreux ou trop discrets pour constituer un groupe visible, quand leur présence ne semble pas constituer une menace pour l'intérêt général, que les médias ne s'en emparent pas en tant que fait de société, il n'y a pas vraiment d' « opinion publique » à leur égard. C'est en général le cas pour les étrangers hors Océan Indien et hors Métropole. De fait, on peut constater que les médias font assez peu de cas des Mauriciens, et des Malgaches (pourtant présents en plus grand nombre), pour s'intéresser plus particulièrement aux Comoriens et Mahorais.

Le cas des Mahoro-comoriens est différent de celui des autres groupes ethniques. Plus récemment arrivés, pas encore intégrés à la société créole, ils cristallisent les craintes et les ressentiments comme les immigrés africains ou turcs peuvent le faire en métropole. Ces critiques et attaques ne vont généralement pas au delà du dénigrement verbal, de l'invective murale ou d'un courrier de lecteur « bien senti ». (Marc Franck 2011)

Logiquement, pas d'amalgame ici entre l'immigré et le Maghrébin, quasi absent du territoire réunionnais, il en va de même pour les quelques Africains non issus des îles de l'Océan Indien.

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De nombreux lieux communs, plus ou moins justes circulent sur les Mahoro-Comoriens à la Réunion, qui témoignent de leur visibilité dans l'espace public local et de l'attention que les autres composantes sociales leur portent. Un ensemble de représentations que les mahorais voudraient naturellement voir corrigées dans une logique de meilleure connaissance et de plus grand respect de leur identité.

2.4. Familles réunionnaises, pluriculturelles et en évolution

2.4.1. La transformation des structures familiales et des solidarités traditionnelles

Michel WATIN (2005) a souligné, à La Réunion, le passage de l'espace public constitué par le « kartié » créole traditionnel aux quartiers urbains et la nécessaire reconstruction des structures sociales dans une logique d'éclatement géographique et familial où les solidarités traditionnelles doivent s'accommoder des nouveaux modes de vie et de communication.

À La Réunion, les jeunes grandissent influencés par deux modèles culturels, traditionnel hérité de la société de plantation et moderne apporté par la Métropole et la mondialisation. La cohabitation entre les deux ne va pas de soi. Les modes de vie et des règles de comportement induits par chacun sont parfois contradictoires, finalement combinatoires. (Watin M. 2005). Les adolescents doivent ainsi faire des choix culturels conciliant les influences de la famille, des amis, des médias. Confrontés à une somme d'éléments hétéroclites, les jeunes doivent assembler leur propre « patchwork culturel » dans la logique du processus de créolisation (Flavie Plante, 2010).

Ces observations sur les adolescents, font écho aux analyses de Nicolas Roinsard (2007) qui semblent mieux s'appliquer aux jeunes adultes « On observe en effet aujourd'hui chez les jeunes générations une difficile cohabitation des deux référents sociaux en présence : celui hérité des aïeux qui est fait de pauvreté intégrée, de labeur et de solidarités, puis le modèle métropolitain de l'autonomisation des individus et de l'accès à la société de consommation. Tandis que le premier modèle cherche à être fui ou pour le moins dépassé, le second quant à lui ne parvient à être totalement atteint sous l'effet, en particulier, du chômage et de l'accroissement de la précarisation de l'emploi. »

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2.4.2. Les jeunes Mahorais et leurs familles à la Réunion

Des jeunes riches de plusieurs cultures, parfois partagées entre celles-ci, et conscients que leur intégration ne va pas de soi, qu'elle nécessitera des efforts d'adaptation de leur part, comme en témoignent ces jeunes Mahorais : « Moi je suis fière d'être comorienne, mais je suis aussi mahoraise, j'ai une identité, je me dis «je suis française donc à la Réunion je suis chez moi car la Réunion est une île française», mais j'ai l'impression qu'il fallait donner plus aux gens pour dire que je suis aussi chez moi... » (Citations issues du CR-CSUR 2011)

Ils réalisent aussi que leur intégration est, malgré tout, moins difficile que celle de leurs parents, « L'intégration est plus facile pour les jeunes car il n'y a pas trop de différence entre une réunionnaise et moi...» (Citations issues du CR-CSUR 2011)

Les adultes réunionnais, quant à eux sont prêts à accepter un certain degré d'identification identitaire chez les adolescents : « On a croisé plusieurs jeunes qui portaient un tee-shirt 974 et d'autres 976 (code départemental de Mayotte)... revendication identitaire ou culturelle ? En tout cas ça ne gêne personne, ça fait partie du paysage de la rue. » (citations issues du CR-CSUR 2011)

Au contact de la société réunionnaise, la communauté mahoraise se transforme. Tout comme les réunionnais, les jeunes mahorais doivent grandir en conjuguant deux cultures de façon variable selon les individus, leur milieu familial et leur mobilité (père resté à Mayotte, retour de l'enfant à Mayotte, arrivée d'autres membres de la famille à prendre en charge...). Il s'ensuit une déliquescence des repères qui entraîne souvent échec scolaire, absence d'autorité reconnue, délinquance... que ce soit à la Réunion ou à Mayotte après un retour éventuel. CR-CSUR 2011

Les jeunes mahorais de La Réunion, comme tous les immigrants, mais aussi comme les jeunes créoles, sont confrontés à des injonctions et des influences différentes et parfois difficilement compatibles. Les familles mahoraises accordent un rôle important à la transmission de la tradition et naturellement de leur culture. A l'inverse l'intégration dans la société réunionnaise ne peut se faire que par la créolisation, c'est à dire dans un premier temps l'adoption de codes linguistiques et comportementaux compatibles avec leur entourage réunionnais. Enfin la réussite scolaire et professionnelle passe également par la maîtrise des règles républicaines nationales.

Ce qui n'est pas toujours simple pour les jeunes créoles se charge donc, pour les jeunes Mahorais, d'un poids supplémentaire d'exigences et de contraintes, dans un environnement

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parfois hostile, parfois indifférent, rarement porteur ou valorisant. Les initiatives prises par les collectivités locales pour l'insertion des familles se traduisent le plus souvent pour eux par des injonctions supplémentaires en termes scolaires ou comportementaux. (CR-CSUR 2011).

Comme nous l'avons signalé dans la partie précédente, les jeunes sont aussi tiraillés entre les obligations de l'école coranique (entre 7 et 14 ans, voir préambule) et celles de l'école républicaine, avec des contraintes horaires et de déplacements peu favorables à un apprentissage serein (leçons, devoirs, fatigue) et la nécessité de concilier des (in)formations parfois discordantes.

Leur réussite dans un registre républicain (scolaire) ou leur trop grande implication identitaire (religion, arts traditionnels) peut être vécue comme une remise en cause par leur entourage social local, souvent issu de milieux et quartiers défavorisés, une trop bonne intégration à la société créole, à l'inverse peut être perçue comme un rejet de ses racines et stigmatisée. « Fatima a 24 ans et vit à la Réunion depuis 5 ans. Elle n'a que des amis réunionnais. Les mahorais l'ignorent. » (Citation issue du CR-CSUR 2011)

Le mode d'éducation mahorais, entre rigueur traditionnelle et liberté sous contrôle de la communauté est mal perçu à la Réunion, où il peut parfois être pris pour une démission. « Globalement, les enfants s'acceptent et jouent ensemble facilement. Par contre, les parents réunionnais ne comprennent pas que les parents mahorais laissent leurs enfants dans la rue jusque tard le soir. Même les services sociaux s'en inquiètent. À Mayotte, c'est la communauté qui veille. Les enfants sont toujours sous le regard d'un adulte mais pas nécessairement de ses parents. À Mayotte un enfant c'est celui de tout le monde il peut sillonner dans les rues, tout le monde a un droit de regard sur l'enfant, la société mahoraise c'est une grande famille alors que la société occidentale est régie sur la famille nucléaire... » (Témoignage issu du CR-CSUR 2011)

Les jeunes mahorais et comoriens qui arrivent savent qu'ils n'évolueront pas toujours en terrain favorable et se regroupent parfois pour faire face. « En venant à la Réunion, les jeunes savent qu'ils vont devoir se battre pour faire leur place et s'y préparent d'avance, se mettent en bande. Et ceux qui retournent à Mayotte, s'en servent pour acquérir un prestige et reproduisent le même schéma. » (Témoignage issu du CR-CSUR 2011)

Avec le temps et les relations, ils se créolisent en vivant à la Réunion ; de retour à Mayotte, en vacances ou pour s'y établir, ils auront évolué et apporteront aussi des éléments d'évolution

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(positifs ou non) à leur île d'origine, devenant eux mêmes agents de créolisation pour leur île. « J'ai pris des habitudes à la Réunion que je ne pourrais pas retrouver à Mayotte. Je ne me sens pas totalement réunionnaise, mais il y a quelque chose de réunionnais en moi. Sans doute parce que j'ai grandi à la Réunion. ». On le comprend, cette évolution peut aussi empêcher le retour. (Citation issue du CR-CSUR 2011)

« Il y a beaucoup de transformations chez les mahorais qui sont allés au contact de la société réunionnaise ; ils reviennent différents ; et à Mayotte des changements sont sensibles. Un exemple classique : le mahorais est très pudique ; et ont voit émerger de la part des mahorais qui viennent de l'extérieur le « paraître » ; il y a même des gens vivant dans des difficultés de logement, de salaire, qui vont montrer sur le boulevard « un paraître » qui n'est pas leur identitaire ! » (Témoignages issus du CR-CSUR 2011)

2.5. L'emploi et les migrants mahoro-comoriens à la Réunion 2.5.1. Un sous-emploi structurel

L'INSEE indique pour la Réunion en 2011 (publication 2012), un taux de chômage de 29.5% pour l'ensemble de la population active (9.4 % en France en 2010), 60% pour les jeunes désirant travailler (22.2% en France 2010). Rappelons que ces taux sont supérieurs à ceux que connaît Mayotte : 26.4% de taux de chômage global et 41.5% des 15-25 ans (chiffres INSEE 2010).

Ces indicateurs ne sont malheureusement pas le signe d'une situation exceptionnelle à la Réunion. La présentation de l'économie réunionnaise par l'INSEE précise que « La situation de l'emploi est difficile dans l'île. Moins de la moitié de la population en âge de travailler occupe effectivement un emploi. Le taux d'activité est faible, tout particulièrement celui des jeunes, des femmes et des seniors, qui ont tendance à se retirer d'un marché du travail excédentaire. »

« L'économie réunionnaise est caractérisée par la faiblesse des activités productives orientées vers les marchés extérieurs au territoire local. De plus la taille réduite du marché local et sa perméabilité met la production locale en concurrence avec les importations. Ainsi, les entreprises réunionnaises ne satisfont globalement que la moitié des besoins locaux. Au total, les activités productives ne fournissent que le quart des emplois, ce qui explique à la fois l'étroitesse du marché du travail et la part relativement élevée, par rapport à la France métropolitaine, de la Fonction publique, du commerce et de la construction. » (INSEE 2012).

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2.5.2. La difficile insertion professionnelle des mahoro-comoriens

Comme nous l'avons signalé, la notion d'immigration ne recoupe pas à la Réunion la notion de nationalité mais plutôt celle de l'allogénéité. S'il n'y a pas d'études spécifiques sur les discriminations dont seraient victimes plus particulièrement les Mahorais, on constate que leur taux d'emploi (nombre de personnes employées par rapport au total de leur catégorie) n'est que 14.5% pour les hommes, et 3.6% pour les femmes, contre 59.2 et 43.1% pour l'ensemble de la population de la Réunion (chiffres INSEE 2006).

Les Mahorais immigrant à la Réunion présentent un faible niveau de qualification, inférieur à celui des Mahorais restés au pays, à celui des Réunionnais, ainsi qu'à celui des autres allogènes, généralement plus qualifiés que les locaux (INSEE 2010)

Cet élément, prépondérant, n'explique pourtant pas tout ; leur taux d'emploi attendu (taux d'emploi moyen pour une sous-population présentant des caractéristiques similaires, hors le critère considéré, ici le fait d'être Mahorais) compte tenu de leur qualification étant de l'ordre de 40% et 20% suivant le sexe (chiffres INSEE 2006), une autre manière de dire que ce groupe, déjà handicapé par la moindre qualification, subit en plus des discriminations à l'emploi.

2.6. L'école et l'immigration à la Réunion 2.6.1. L'école à la Réunion

A la Réunion comme ailleurs, l'insertion sociale dépend d'une scolarisation de plus en plus longue, comme le signalent Eliane Wolff et Jacky Simonin (2002). Le système scolaire réunionnais rattrape peu à peu son « retard » par rapport à la Métropole, en termes quantitatifs, comme en offre qualitative. La palette proposée est comparable à celle des autres régions françaises, et des aides sont proposées à ceux qui souhaitent poursuivre leur formation supérieure en « sautant la mer ».

Il existe néanmoins encore un décalage entre les niveaux de formation atteints et l'offre d'emplois qui recherche des qualifications souvent supérieures à celles qu'ont les jeunes réunionnais. Les jeunes sans qualification sont encore nombreux, leur avenir professionnel très

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incertain et marqué par la précarité. (Roinsard N. 2007). Malgré les progrès réalisés, la scolarisation ne parvient pas à corriger les grandes inégalités de la société réunionnaise, amplifiées par la crise économique qui se répercute à la Réunion depuis 2009 (INSEE 2012).

La participation des parents, disposant de plus en plus de droits dans l'école, et à qui on demande une plus grande implication et de manière générale l'instauration d'un « dialogue » sont présentés comme la condition de la réussite scolaire de leurs enfants. Faute d'implication et de dialogue, « la responsabilité des parents est souvent mise en avant quand leurs enfants rencontrent des difficultés scolaires ou extrascolaires » (Fontaine S. 2007).

Ses recherches mettent en lumière un consensus entre les représentations des parents et des enseignants sur le double rôle éducatif et instructif de l'école, ainsi que sur l'importance du suivi parental dans la scolarité des enfants. Il démontre aussi une convergence entre les parents et les enseignants sur les questions d'identité culturelle, les problématiques inégalitaires et les valeurs de l'école. Les deux parties n'étant pas toujours conscientes de partager les mêmes représentations et valeurs gagneraient à mieux communiquer, ce qui serait surtout bénéfique pour les enfants. (Fontaine S. 2007).

Le niveau d'études, parfois l'historique de relatif échec scolaire, conjugué à une culture de respect et de crainte de l'institution expliquent aussi le manque d'aisance et donc d'implication et de communication de nombreux parents face à l'école. Les jeunes réunionnais dans leur grande majorité doivent également gérer un bilinguisme de fait, le parler créole est dominant dans les relations privées, notamment familiales, le français obligatoire et exclusif à l'école. (Simonin J., Wolff E. 1992).

2.6.2. La scolarisation des jeunes mahorais, de nombreux problèmes à surmonter

Un différentiel de niveau scolaire à l'arrivée

Le premier problème que rencontrent fréquemment les jeunes mahorais à l'école réunionnaise est celui de la langue maternelle, généralement autre que le français, qui lui est pratiqué comme langue seconde (voir préambule). « Certains enfants ne comprennent pas les consignes données par les enseignants et se retrouvent en situation d'échec scolaire. » (CR-CSUR 2011).

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En termes de niveau scolaire, « Le seul indicateur disponible est le chiffre issu de la journée d'appel pour la préparation à la défense (JAPD), qui pour 2009 compte 73% de jeunes ayant de grandes difficultés à la lecture et l'écriture" explique Hubert Derache, Préfet de Mayotte (octobre 2010), à formation égale, le niveau des élèves de Mayotte est nettement inférieur à celui des apprenants de la Réunion (observation faite par les correcteurs d'examens)

Un suivi parental difficile

Si les parents manifestent un fort intérêt pour la réussite scolaire de leurs enfants, ils n'ont pas pour autant les moyens de réaliser le suivi et le dialogue nécessaires à cette réussite, « Globalement les élèves mahorais n'ont pas de problème particulier de discipline, mais ils font partie des catégories en grande difficulté. » « Les parents s'impliquent peu dans la vie du collège et se proposent rarement pour le conseil de classe. Par contre ils ne refusent pas de venir à des réunions, de répondre à des convocations ». (CR-CSUR 2011).

Ce manque d'implication est souvent lié à un problème de pratique du français « Souvent la langue est un facteur bloquant et nécessite un interprète. » L'institution est déroutée aussi par la difficulté à trouver des interlocuteurs effectivement responsables « Le problème crucial est celui de la parentalité qui n'a pas le même contour. Il est fréquent que les parents soient hors du département, laissant leurs enfants à la communauté. Qui représente l'autorité parentale auprès des institutions en cas de problème ? »« L'enfant lui-même, par sa maîtrise de la langue française souvent supérieure à celle de ses parents, est conduit à se substituer à eux dans le dialogue avec les tiers. » (CR-CSUR 2011).

Une aide à la réussite scolaire

Les jeunes mahorais constituent une grande partie des enfants repérés en difficulté scolaire, et suivis par des programmes d'aide, qui nécessitent des médiations et des explications : « l'adhésion des enfants mahorais au programme nécessite l'adhésion préalable du fundi (référent religieux) de la communauté. La méconnaissance constitue un frein qui s'est, par exemple, manifesté à travers l'inquiétude des mères sur la compatibilité des activités proposées avec les traditions, la religion, les valeurs de la communauté. » (Témoignages issus du CR-CSUR 2011)

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Des élèves intégrés à l'école par le quartier

Jusqu'au collège, «il n'y a pas de communautarisme marquant dans le cadre scolaire. Que ce soit dans l'enceinte de l'établissement ou à l'extérieur, les groupes sont, la plupart du temps, mixés. Pour beaucoup d'élèves, l'appartenance à la communauté vient après celle au quartier... » « Les communautés mahoraise et comorienne semblent s'intégrer très peu et très lentement, mais il n'y a pas de conflit majeur. Les tags et bagarres aux abords du collège et dans les quartiers sont ponctuels et s'opèrent sur des transferts de quartier, de voisinage, très rarement de communauté. » Témoignages issus du CR-CSUR 2011.

Particuliers mais très divers

« Il n'y a pas un profil type pour un élève mahorais ou comorien ou malgache, pas plus que pour un élève réunionnais, mais nous pouvons constater des propensions, parfois contradictoires d'ailleurs : des garçons mahorais qui refusent l'autorité féminine (mère, enseignantes), les mêmes souvent se laissant facilement entraîner dans des mauvais coups, d'autres plutôt timides, cherchant surtout à se faire oublier, d'autres plutôt extravertis qui recherchent la sympathie, celle de leurs camarades et celle des adultes du collège, si nécessaire en faisant le pitre ou le diablotin ; des filles discrètes et travailleuses, des filles coquettes, à la mode occidentale, et d'autres très traditionnelles dans leur tenue vestimentaire, sans que cela nuise à la réussite scolaire des unes et des autres. » (Témoignages issus du CR-CSUR 2011.)

Problème de déracinement pour les primo-arrivants, de divergences culturelles, de suivi parental pour lequel les attentes sont différentes à la Réunion, tous les jeunes mahorais sont obligés de surmonter un parcours d'obstacles parfois trop important, et qui peut rejaillir sur leur réussite scolaire, donc leur avenir professionnel et social. Leur degré de réussite comme leur stratégie d'intégration dépend également de leur personnalité et du vécu familial.

2.7. Les langues à la Réunion

2.7.1. Un espace linguistique particulier

Les langues couramment pratiquées à la Réunion sont le français et le créole en situation de diglossie, bien que cela s'estompe. La première étant langue de réussite scolaire, de sélection sociale et d'usage exclusif dans la vie officielle et administrative jusqu'à une date récente ; le créole étant alors cantonné à la sphère familiale, locale et affinitaire.

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« Contrairement à d'autres régions ou d'autres contrées, le créole se maintient vigoureusement comme langue vernaculaire alors que le français familier gagne du terrain. » (Ledegen G. et Simonin J. 2010). Réhabilité dans les collectivités locales, le créole a gagné ses lettres de noblesse avec la création d'un CAPES en 2001, et sa formalisation graphique, encore en cours.

On observe de fait un développement fusionnel, une hybridation qui constitue le « parler réunionnais actuel » impulsé particulièrement par le développement des cultures adolescentes, les usages médiatiques, la pratique des TIC et les habitudes scolaires (français en classe, créole dans la cour, alternance et mixage fréquents) (Ledegen G. et Simonin J. 2010).

Cette situation a été observée chez les jeunes issus de l'immigration en métropole « Le bilingue utilise une langue, puis l'autre, ou les deux à la fois selon les paramètres de la situation de communication. » (Jacqueline BILLIEZ 1985).

Cela ne fait aucunement des jeunes créoles des « immigrés de l'intérieur », mais bien des « bilingues naturels » qui souvent s'ignorent.

2.7.2. Les langues des mahoro-comoriens

« Quand il vient à la Réunion, le mahorais trouve devant lui des interlocuteurs qui utilisent (au moins) quatre langues différentes : à la maison, le shimaoré (langue bantoue), à l'école publique, le français (langue indo-européenne), à l'école coranique, l'arabe (langue afro-asiatique), dans son quartier, le créole. » Cette citation issue du CR-CSUR (2011) illustre en effet le plurilinguisme dans lequel les jeunes mahorais et comoriens sont plongés malgré eux. (pour un panorama plus précis, se reporter au préambule).

Dans le pire des cas, ils développeront un semi-linguisme adaptatif synonyme d'échec scolaire, dans la meilleure situation, ils acquerront une maîtrise linguistique capable de leur ouvrir les portes des différents groupes sociaux mais aussi scolaires et professionnels avec lesquels ils entreront en contact. De la richesse de leur éventail linguistique dépendra aussi l'ouverture de leurs possibilités d'insertion.

Nous observerons de manière plus précise les pratiques linguistiques des jeunes Mahoro-Comoriens au cours de la recherche de terrain.

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2.7.3. La langue, vecteur d'intégration

Si le français est la langue de l'intégration officielle, scolaire, administrative et professionnelle, à la Réunion le créole est la langue de l'intégration sociale au sens relationnel ; au niveau des quartiers, le non-créolophone restera un étranger, quelle que soit son origine et la durée de son séjour, et même s'il y est né.

La langue créole peut dans ce sens devenir un véritable « patois » (pas toi !), sésame d'identification et d'acceptation ou non par les membres d'un groupe (famille, association, quartier ...) créole. La première étape, et le premier niveau d'acceptation étant la compréhension de la langue vernaculaire.

Nous observerons dans quelle mesure les jeunes Mahoro-Comoriens jouent de cette langue dans leurs stratégies adaptatives.

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Chapitre 3 - TECHNOLOGIES de l'INFORMATION et de la COMMUNICATION, et

MIGRATION

1. Les migrants et les communications : le « migrant connecté »

Si l'exil et le déracinement avaient pour résultat une relative désintégration du migrant, les technologies numériques permettent au contraire son intégration, par un savoir et des pratiques partagées. Dana Diminescu (2005), différencie le migrant, mobile par essence et l'immigrant venu pour s'établir, mais estime que cette différence tend à s'estomper dans une culture de mobilité qui se traduit pour les uns et les autres par une culture de lien. Les TIC, condition d'intégration « ici », dans le pays d'accueil, permettent aussi un lien virtuel pour être présent « là-bas » auprès de sa famille ou pays d'origine, ou ailleurs.

Cette culture de mobilité se structure dans des ruptures comme dans des continuités, la différence étant plus dans la perception que dans les conditions objectives. Par cette évolution de la migration, les acteurs contribuent à faire évoluer aussi leurs sociétés. (Diminescu D. 2005). La généralisation des TIC permet ainsi d'assurer la continuité des liens, des réseaux, des appartenances sociales.

2. Les pratiques médiatiques des migrants

2.1. Consommation médiatique, structuration de la personnalité et des relations familiales

Exposés aux médias, les individus subissent leur influence écrite, sonore et/ou visuelle ; l'opinion, les références sociales sont modelées, pour partie, par cette réception. Par les informations transmises, les messages socioculturels induits, comme par le choix des émissions suivies.

La télévision, particulièrement, participe à structurer l'identité des spectateurs. Non pas simplement par ses messages, mais aussi par les usages qui en sont faits. Les pratiques télévisuelles, horaires, occasions, environnement, spectateur isolé ou accompagné, font partie de la vie de famille et des relations entre ses membres. Serge Proulx (1995) a ainsi pu établir que les usages de la télévision participent à la structuration de la culture familiale : vecteur

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d'interactions, de rituels influençant les relations et la consommation, le poste récepteur agit à la fois comme un médiateur interne et comme une interface avec l'extérieur.

2.2. Les pratiques médiatiques des migrants : structurantes, intégratrices et identitaires

Certaines pratiques médiatiques aussi simples et banales que regarder la télévision, écouter la radio ou lire les journaux locaux peuvent s'avérer de précieux outils d'intégration, ils permettent aux migrants de s'adapter au pays d'accueil, apprendre ou se perfectionner dans la langue, mieux connaître la culture, le mode de vie, les codes sociaux, les règles politiques.

Les immigrés de première et deuxième génération sont également de grands consommateurs des médias qui leur permettent de garder le contact avec la culture et le pays d'origine, suivre au jour le jour la vie de leurs compatriotes (actuels ou anciens), les évolutions socio-culturelles, économiques, politiques, par le moyen des réseaux de télévision satellitaires ou câblés notamment.

Ces médias identitaires communiquent depuis le pays d'origine ou le pays d'accueil. On ne peut manquer de mentionner le magazine « Jeune Afrique » premier organe de presse papier et numérique sur l'Afrique, proposant des lettres d'informations gratuites, rédigé en France depuis 1960, ce qui constitue une longévité exceptionnelle dans ce type de médias.

L'analyse des consommations médiatiques par le cabinet d'études SOLIS (2009), spécialisé dans le marketing ethnique, montre que les chaînes nationales de télévision sont regardées par la quasi-totalité des immigrants (première génération ou non). Les chaînes identitaires sont très suivies également, par une large majorité de ces populations (plus de deux sur trois). « Les populations issues de la diversité disposent aujourd'hui d'une offre de programmes identitaires importante en télévision (bouquets africains, chaînes maghrébines et arabes, France Ô...) grâce à la réception satellitaire et de plus en plus via l'ADSL qui détrône aujourd'hui la traditionnelle parabole. » (SOLIS 2009)

La majorité d'entre eux écoute les réseaux de radios nationales, mais aussi les radios identitaires, qui avec une présence déjà ancienne sur la bande FM, captent une grande partie de l'audience de ces segments de population. (SOLIS 2009)

Dans sa thèse sur la « presse féminine noire », Virginie Sassoon (2011) note que L'Institut Panos Paris a recensé 247 médias des "diversités", en 2007, dont 32 titres de presse écrite destinés à un

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public originaire d'Afrique et/ou des Antilles, dont 17 journaux d'informations et 8 magazines féminins. Des magazines tels que « Jeune Afrique » et « Afrique Magazine », édités en France à destination des pays africains, témoignent d'une indépendance rédactionnelle « émigrée » difficile à réaliser sur le continent africain, et de l'activité économique et politique (ces articles peuvent être critiques par rapport aux pouvoirs en place) des migrants.

Elle note que la presse en ligne est foisonnante, les études de Minoritymedia (Université de Poitiers 2006-2010) ont recensé 185 titres de presse Internet en Europe, 4 radios-internet et 4 télévisions-internet destinés aux "diasporas noires" avec tous types de contenus, de l'information généraliste à la beauté (groupe le plus nombreux), l'éducation, la famille, la santé, la religion, le sport... (Sassoon V. 2011)

C'est encore par l'arrivée de nouveaux médias numériques (audiovisuels ou Internet) qu'il est désormais possible de changer les caractéristiques antérieures de la presse identitaire, et ses dérives élitistes qui la coupaient de la masse, sous-consommatrice de médias (particulièrement écrits) et condamnaient son existence à plus ou moins brève échéance, malgré le besoin d'informations identitaires de ses publics. (ILUNGA K.C. 2011)

Le caractère interactif de la plupart des médias permet aussi à ceux qui le souhaitent de donner leur avis et leur analyse, réagir ou participer à la fabrication de l'opinion publique. Ce n'est pas le cas du plus grand nombre parmi les immigrants dans les pays d'accueil, leur voix reste très minoritaire.

Néanmoins, de nombreux leaders d'opinion (influenceurs) issus de l'immigration prennent la parole, le micro ou la plume, comme on peut le constater quotidiennement, et notamment parmi les auteurs cités dans cette recherche. Elevés et façonnés par le pays d'accueil comme par leur groupe d'origine, métissés dans leur culture, ils deviennent acteurs de la constitution de leur image dans l'espace public de leur nouveau pays, agents d'évolution de leur société d'accueil qu'ils créolisent à leur tour.

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2.3. Une population segmentée « ethnique »

Les immigrés sont désormais considérés comme un segment de clientèle important. La particularité de cette segmentation «ethnique » est de regrouper les principaux originaires de l'immigration extra-européenne (Afrique Nord et Sud-Saharienne, Turquie) avec les DOMiens. Dans une étude sur leurs besoins spécifiques et leur consommation médiatique, le cabinet d'études SOUIS (2009), estime que la diversité ethnique de la population française constitue une réalité commerciale incontournable puisque, selon leurs estimations, un habitant sur dix de l'Hexagone fait partie du groupe évoqué, et qu'en 2009, les secondes générations des populations issues de l'immigration nées en France sont plus nombreuses que les primo-arrivants. Et de préciser que ce constat est encore plus frappant pour l'agglomération parisienne, parmi les concentrations urbaines les plus cosmopolites dans le monde, avec des populations originaires du Maghreb, d'Afrique subsaharienne et des Départements d'Outre-Mer, vivant en Île de France qui représentent près de 20% des habitants de cette région. Les estimations des agences de marketing ethnique font état de 12 millions de consommateurs concernés, de quoi effectivement susciter des vocations et éveiller des convoitises.

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2.4. Les migrants face aux médias et aux cultures jeunes

Dans Cultures lycéennes, La tyrannie de la majorité (2005), Dominique PASQUIER révèle que les adolescents issus de l'immigration comme de la population majoritaire, s'autonomisent désormais de la culture parentale (et notamment traditionnelle) par une plus grande liberté de choix de pratiques de loisirs ; les pratiques au sein de la famille sont plus indépendantes et individualisées. Ils sont moins réceptifs également à la culture scolaire (élitiste) pour développer une culture propre à partir de la culture populaire (notamment genres musicaux) véhiculée par les médias.

Les choix individuels sont soumis à la « tyrannie de la majorité » de leurs pairs au sein des groupes auxquels ils appartiennent. La sociabilité amicale devient prépondérante pour les lycéens, mais se révèle extrêmement contraignante. (Pasquier D. 2005). Pour être soi, il faut d'abord être comme les autres ; les groupes étant plus restreints, avec des identités locales et culturelles marquées, les codes peuvent être plus spécifiques et comporter des contraintes plus importantes dans le cas des jeunes immigrés.

La diffusion de la culture de masse se fait avec des clivages et des hiérarchisations sexués : les garçons ont le discours dominant, constituant des groupes plus nombreux, plus structurés, plus basés sur le jeu (sports, jeux vidéo). Les filles développant des relations moins nombreuses, plus intimes, permettant une meilleure communication interpersonnelle (Pasquier D. 2005).

Les jeunes issus de l'immigration doivent combiner ces pratiques adolescentes de masse mais aussi identitaires, en fonction de leurs groupes d'appartenance, de proximité géographique et communautaire. Il s'agit ici d'un point que nous étudierons avec plus de précision dans le cas des jeunes migrants mahoro-comoriens de la Réunion.

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3. Les migrants et les (télé)communications : le lien, sous de multiples formes

La téléphonie permet un lien permanent avec le pays ou le DOM d'origine (SOLIS 2009). En effet, près de 90% des interviewés (originaires du Maghreb, d'Afrique subsaharienne ou des DOM) déclarent passer des appels téléphoniques vers le pays d'origine, la moitié d'entre eux, le fait chaque semaine. La carte prépayée (associée à un poste d'appel fixe ou -de plus en plus rarement- une cabine) et la télé-boutique restent les deux principaux moyens utilisés pour appeler vers le Maghreb et l'Afrique subsaharienne à moindre coût. Les offres des grands opérateurs de téléphonie ne se sont pas encore vraiment intéressées à ces segments de population.

En termes d'usages, Dominique Pasquier remarquait déjà en 2001 la grande diffusion du téléphone portable dans les milieux immigrés. Les jeunes grandissent avec le « mobile » dans leur vie quotidienne, omniprésent et intrusif, et avec l'obligation permanente de la gestion de son coût.

Si le téléphone mobile est personnel, le poste fixe est collectif, familial. Les appels sur les postes fixes sont limités aux communications locales. Les contacts avec la famille restée à l'étranger, constituent l'utilisation principale du poste, à l'aide d'une carte prépayée, moins chère, et qui permet d'en contrôler le montant.

Dominique Pasquier (2001) pointe aussi que les familles se font une obligation (et un plaisir annoncé) de maintenir ce lien téléphonique, presque exclusivement en longs appels sortants, ritualisés, où de part et d'autre les correspondants se regroupent. Les migrants doivent mettre le poste domestique à disposition des membres de la famille de passage.

Ces pratiques témoignent de l'image de réussite que les migrants doivent donner à la famille restée au pays et du grand respect dans lequel ils doivent entretenir leurs relations avec elle. (Pasquier D. 2001)

Le téléphone mobile est un moyen de gagner en autonomie pour les jeunes, une condition de sa participation à la vie sociale de son groupe. Pour les parents, c'est surtout le moyen de maintenir un lien permanent avec leurs descendants, de se rassurer (Dominique Pasquier 2001, Christine Castelain-Meunier 2002); le fixe étant dévolu aux contacts avec les ascendants, migrants également ou restés au pays. Dans les deux cas, c'est l'unité familiale qui en est l'enjeu. (Dominique Pasquier 2001)

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Dans son étude sur les réseaux de communication et la sociabilité, Patrice Flichy (2005) explique que les individus utilisent une vaste gamme d'outils de communication. Leur utilisation ne se fait pas au hasard, mais relève de choix réfléchis et personnels: communication ou non du numéro de fixe ou de portable selon l'interlocuteur, utilisation de plusieurs adresses de courriel en fonction du réseau mis en oeuvre... La multiplication des outils de communication permet de rester connecté en permanence et d'atteindre une gestion plus fine des différents groupes d'appartenance.

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4. TIC, Les technologies numériques de l'information et de la communication

4.1. TIC et socialisation

A la fois médias de masse et interpersonnels, les nouveaux modes de communication induits par les évolutions techniques influencent et modifient les sociabilités, en multipliant les possibilités de nouer des liens. Loin de se substituer aux contacts physiques, ils augmentent de façon concomitante et se traduisent par des agencements d'usages entre les multiples possibilités disponibles, qui évoluent avec les moyens techniques. Cette plus grande facilité de contacter et le fait d'être toujours joignable remodèlent les relations en augmentant la pression sociale. (Z. Smoreda 2008). Les TIC semblent ainsi jouer le rôle d'un révélateur voire d'un amplificateur des relations sociales (plus ou moins fréquentes, avec un plus ou moins grand nombre de correspondants, avec plus ou moins de proximité, communications entrantes ou sortantes), avec des connotations relationnelles et des possibilités de contenus de communication liées à l'utilisation de chaque outil.

4.2. Les immigrés et la consommation de TIC

Les offres groupées (téléphone + Internet + télévision par ADSL) permettent aux fournisseurs d'accès de développer leur offre à la fois pour la téléphonie par ADSL vers l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne mais également en matière de bouquets de chaînes arabes, maghrébines ou identitaires. La généralisation de l'ADSL leur ouvre également l'espace Internet, avec une forte fréquentation des sites « généralistes » (Google, Facebook, Msn), par trois « ethno-internautes » sur quatre ; par contre seuls les domiens sont adeptes (à 52.6%) des réseaux identitaires ou à visée diasporique sur le net, dont l'offre est croissante, mais ne captent qu'un Africain sur quatre actuellement. (étude SOLIS 2009)

4.3. Migrants, TIC et participation politique

Nous avons signalé l'action politique des opposants exilés, ainsi que plus récemment des médias sur les pays d'origine des migrants. Avec les TIC, chaque individu peut devenir non seulement spectateur en temps réel, mais aussi acteur social et politique localement et à distance ; en effet,

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grâce aux réseaux et l'interactivité des médias numériques, « Les migrations internationales favorisent des phénomènes de double présence et le départ vers l'étranger peut également devenir une stratégie construite par des acteurs en quête d'une meilleure vie, du pouvoir politique et d'une influence sur le régime de leur pays d'origine. Ceux-ci s'approprient des instruments technologiques et des principes du droit international pour s'attaquer à leurs adversaires politiques, donner leurs points de vue sur le fonctionnement des institutions politiques, et pour revendiquer des droits qui, quant à eux, n'ont plus seulement une connotation nationale. L'Etat vit dans l'esprit des individus et de surcroît, des migrants dont les discours, les messages, et les actions suscitent des réactions ou des mobilisations symboliques chez leurs compatriotes sédentaires. » (M. Manga 2011)

4.4. Une possible dé-structuration des migrants

Dana Diminescu dans ses travaux présente un point de vue très élogieux et optimiste de l'usage que les migrants font des possibilités de connexion. Il serait légitime de s'interroger sur les conséquences de la fracture numérique pour les migrants qui font partie des groupes les plus défavorisés de leurs pays d'accueil. Même si on peut admettre que les télécommunications sont à portée de tous ou presque, il n'en reste pas moins que le potentiel intégrateur « ici » comme « là-bas » dépend non seulement des potentialités techniques mais aussi des moyens financiers et humains pour y accéder valablement. L'émigration du pays d'origine peut être volontaire, le retour n'est pas toujours un choix possible, la mobilité n'est pas toujours une culture mais parfois un aller simple.

Loin d'encenser la fluidité, en présentant la logique de « modernité liquide » (Baumannn Z. 2000) est moins optimiste que Dana Diminescu, et déplore le fait que les liens humains deviennent fragiles, les engagements temporaires, de même que la tendance à substituer la notion de réseau à celle de structure, « les réseaux servent autant à déconnecter qu'à connecter... » Connectés ou non, les migrants ne doivent pas oublier que « La mondialisation ne se déroule pas dans le « cyberespace », ce lointain « ailleurs », mais ici, autour de vous, dans les rues où vous marchez et à l'intérieur de chez vous... » (Baumannn Z. 2000) Cela attire notre attention sur la fragilité des réseaux, que l'on voudrait parfois voir remplacer des structures plus anciennes, plus contraignantes mais plus stables et solides.

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4.5. L'avènement et la dynamique des diasporas numériques

Depuis les années 1970, les migrants interviennent sur leurs « pays » d'origine, au cours de leurs voyages, par des envois de fonds, par téléphone. Les moyens de diffusion satellitaires leur ont permis de se retrouver à distance autour de grands évènements médiatisés ou de séries télévisées dans lesquelles ils pouvaient partager une expérience commune, et communiquer sur celle-ci, avant de prendre conscience d'être un peuple éclaté géographiquement, regroupé virtuellement par la communication autour d'éléments culturels communs ; ce que Claire Scopsi (2009) appelle des «digital diasporas » (diasporas numériques).

« Gabriel Scheffer (1993) propose trois caractéristiques essentielles (pour une diaspora) : la conscience et le fait de revendiquer une identité ethnique ou nationale, l'existence d'une organisation politique, religieuse ou culturelle (une vie associative riche par exemple), l'existence de contacts réels ou imaginaires avec le territoire d'origine (éventuellement sous forme de mythe de retour). »

Claire Scopsi (2009) y voit une continuité dans l'intensification des communications. N'en sont exclus que ceux frappés à la fois par une extrême misère et par des blocages politiques absolus ; le migrant est (presque) toujours «connecté» : il est passé du courrier postal au courriel, de la cassette enregistrée à la webcam, il combine toujours téléphonie fixe et mobile comme outils au service de son insertion et sa mobilité ; autant de vecteurs de la double présence chère à D. Diminescu.

Autant d'occasions également de se rendre compte de l'intérêt communautaire des sites « web diasporiques », offreurs de services d'intégration (informations pratiques, offres d'emploi) au « hostland », comme de lien avec la mère patrie « homeland » et structurants d'une volonté d'identité commune au delà d'un territoire physique. Ces sites sont, à leur tour, productifs d'éléments culturels (opinions et débats, création artistique et littéraire...). Une distinction peut se faire entre le contenu rédactionnel ouvert à tous, et les forums, plus réservés aux « insiders » membres de la communauté. (Scopsi C. 2009)

Types d'échanges et d'influence instantanés et potentiellement puissants, ils sont susceptibles de remettre en cause et faire évoluer non seulement la perception que les communautés ont d'elles-mêmes mais également leur mode de vie et celui du pays d'origine, en constituant notamment une pression sociale et politique. (Scopsi C. 2009)

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5. Les TIC à la Réunion

5.1. L'équipement en TIC et en téléphonie mobile

L'agence IPSOS-OI (2010) montre que près de 9 foyers réunionnais sur 10 (88%) disposent d'au moins un téléphone mobile, autant donc qu'en métropole ; un tiers utilise les cartes prépayées, un quart a un compte bloqué, près de la moitié a opté pour un abonnement (forfait) mensuel.

Les Réunionnais continuent à s'équiper en technologies numériques, IPSOS OI (2010) estime que 72% des réunionnais disposent d'une connexion Internet et 62% du haut débit, chiffres proches de ceux de la Métropole.

La majorité des utilisateurs se servent du micro-ordinateur régulièrement, près des deux tiers se connectent à Internet au moins une fois par mois. Les internautes réguliers étant un peu plus masculins (52% contre 48%), les jeunes l'étant plus souvent que les plus âgés. La connexion s'effectue à la maison, parfois aussi au travail ou sur le lieu d'étude, un tiers des internautes se connecte également chez les amis ou la famille. Les non équipés le resteront dans 8 cas sur 10 (IPSOS-OI 2010).

5.2. TIC, solidarités et individualisation

M. Watin et E. Wolff ont montré dans leur étude sur les TIC à la Réunion (2006), que ces technologies ne remettent pas en cause les solidarités et la culture traditionnelles, mais favorisent des évolutions telles que les « visites téléphoniques », le contact avec les familiers ayant « sauté la mer », dans une logique d'éclatement géographique et de recherche de liens identitaires ; avec des pratiques de mutualisation des matériels comme des abonnements. Cette démarche permet également le bénéfice d'utilisations plus individuelles qui échappent au contrôle de l'entourage. Un élément de plus dans la construction de la « modernité réunionnaise », combinatoire entre tradition créole et modernité « mondialisante ».

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5.3. Les TIC et les familles mahoro-comoriennes de la Réunion

Dans son mémoire de DEA (2005), Zouhouria Hamza a étudié des familles mahoraises et comoriennes, vivant la contrainte d'une adaptation culturelle dans leur mode de vie et d'éducation des enfants, au contact de la société réunionnaise. Elles doivent intégrer aussi l'arrivée des TIC dans leur foyer avec l'individualisation qu'ils permettent, loin de la logique communautaire et centralisatrice traditionnelle, dans des espaces de vie déjà limités.

Les taux d'équipement de ces familles sont importants (téléphone fixe, mobiles, ordinateurs, téléviseurs), la connexion Internet, familiale, est destinée à la réussite scolaire des enfants. Avec l'agencement de l'habitation et le poste partagé, il n'y a guère d'intimité. Les mobiles, outils d'individualisation peuvent faire l'objet de prêts, d'échanges de puces et de crédits de communication, donc instruments de lien communautaire avec la famille étendue (Hamza Z. 2005).

Les consommations médiatiques et particulièrement télévisuelles sont collectives, moments de plaisir et d'émotion partagés. Les enfants sont souvent formateurs ou médiateurs pour les parents pour les outils numériques (comme pour la langue) dans un processus de rétro-socialisation qui remet encore en cause la suprématie des adultes et les prive de moyens de contrôle. Le contrôle est plutôt effectif à l'intérieur des fratries, particulièrement des filles par les frères, relais éducatif et autoritaire (Hamza Z. 2005). Un mode de vie domestique proche de celui qu'ils auraient pu connaître dans leurs îles d'origine.

Nous observerons dans la troisième partie, si les jeunes Mahoro-Comoriens connaissent des pratiques similaires en 2012 à la Réunion.

5.4. Des sites diasporiques mahoro-comoriens ?

Hors de l'archipel des Comores comme dans celui-ci, les mahorais et comoriens sont distincts et reconnaissent conne tels (ainsi que nous l'avons montré en préambule). Leurs sites Internet s'inscrivent dans cette logique. Le terme de diaspora tel que défini plus haut est à la fois précis, ambitieux et galvaudé. Contrairement aux « Réunionnais du monde » et d'autres sites « créoles » (p.ex. Potomitan.info), il ne semble pas possible d'affirmer qu'au delà de quelques sites communautaires « délocalisés » en Métropole (partage d'informations sur les manifestations locales, sur les traditions et la vie au pays, par exemple : http://www.soma-maory.com/),

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d'informations générales complétées d'un forum ou d'un t'chat ( http://www.mayotte-online.com/) ; ou de groupes sur facebook : (Tu sais que tu es un Comorien de France quand... http://www.facebook.com/group.php?gid=22607002839), on puisse vraiment identifier de site correspondant effectivement à l'expression d'une diaspora numérique.

Ce qui frappe pour ces sites, plus ou moins bien réalisés, complets et ambitieux, c'est leur fragilité, leur taux de mortalité est très élevé, certainement parce qu'ils sont réalisés et opérés par des bénévoles qui doivent y consacrer un temps très important, et que leur éventuelle rentabilisation, qui favoriserait leur pérennité, est très aléatoire. C'est le cas du site Diascom ( http://diascom.org/), portail des associations comoriennes, cité par Claire Scopsi en 2009, introuvable actuellement sur la toile.

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PARTIE II - METHODOLOGIE

1. La population étudiée : Les jeunes mahorais et comoriens

1.1. Mahorais ou Comoriens ?

Mahorais et Comoriens, quelle différence ?

En apparence, même religion musulmane, même caractéristiques phénotypiques (apparence physique), langue étrangère et incompréhensible, tenues vestimentaires « folkloriques » chez les femmes, origine africaine assumée...

Il n'y aurait guère de différence entre les originaires de l'archipel des Comores pour de nombreux créoles qui les regroupent généreusement dans l'appellation péjorative de « ban'Comores ».

Mahorais et Comoriens ont certes des points communs mais aussi de notables différences. A commencer par le fait que les Mahorais sont Français, alors que les Comoriens sont... Comoriens.

En fait la réalité est un peu moins simple dans la mesure où les Comoriens d'origine peuvent devenir Français de nationalité, notamment par un mariage mixte. Par exemple avec un conjoint Mahorais.

Dans l'autre sens, ils sont nombreux, Mahorais comme Comoriens à entretenir des liens avec des membres de la famille restés aux Comores, ou Malgaches.

La vraie différence, chacun d'entre eux en détient la clé : leur rattachement préférentiel ou exclusif à l'un ou l'autre groupe. La filiation en explique une partie, mais dans les nombreuses familles recomposées, le rattachement se fait souvent par unité d'habitation, les deux groupes ne sont pas socialement exclusifs mais nettement distincts dans leurs pratiques, notamment culturelles et associatives, comme nous le montrerons dans la troisième partie.

Pour des raisons de pratique, nous appellerons Comoriens les originaires de la République des Comores installés à la Réunion qu'ils aient ou non gardé leur nationalité d'origine.

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La dénomination de Mahoro-Comorien (utilisée par Marc Franck, 2011) est appliquée à l'ensemble du groupe considéré, lorsque les similitudes dans un critère d'analyse le permettent.

Dans le cas où un individu est cité comme « Mahoro-Comorien », cela signifie que ses origines sont duelles, à la fois mahoraises et comoriennes.

1.2. Les jeunes participants à l'étude

1.2.1. Les jeunes mahoro-comoriens interrogés

Les quinze participants à cette étude sont des jeunes mahorais et comoriens de la Réunion, ils sont nés à la Réunion, ou ont été élevés à la Réunion, arrivés à un âge tel qu'ils n'ont pas participé à la décision de migrer, scolarisés avec les jeunes réunionnais. Ils font partie de la deuxième génération ou de ceux que l'INSEE a appelé génération « un et demi ».

Ils ont entre seize et vingt et un ans, sont élèves ou étudiants à Saint Denis de la Réunion, La Possession ou Sainte Marie, en lycée général et technologique, en classes de première ou terminale ; étudiants en BTS, ou à l'Université.

Ils sont représentatifs des catégories socioprofessionnelles des Mahoro-Comoriens de la Réunion, (croisement d'informations des fiches individuelles, données CR-CSUR, INSEE) mais ne se trouvent pas en situation d'échec scolaire, celui-ci se rencontrant plutôt en collège (où les enfants sont plus jeunes donc leur analyse moins poussée, sur leur situation et leur avenir) ou en lycée professionnel (où nous aurions rencontré des jeunes plus conflictuels, moins accessibles à un questionnement sur leur situation, donc des réponses plus affectives, moins réfléchies).

Cela constitue un biais assumé ; les jeunes participants ne constituant pas un échantillon représentatif de tous les jeunes mahoro-comoriens de la Réunion, leurs réponses ne peuvent pas être considérées comme celles de l'ensemble, mais plutôt comme un témoignage.

Ils ne sont notamment pas représentatifs des immigrants les plus défavorisés, derniers arrivants n'ayant pas stabilisé leurs conditions d'habitation et de ressources, résidant dans la famille ou « bidonvilisés », la presse s'en fait parfois l'écho, mais il n'y a guère de statistiques indiquant s'il s'agit d'un épiphénomène ou d'une situation durable concernant des nombres importants d'individus.

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1.2.2. Les autres participants : éléments de comparaison et de cadrage

Un seizième étudiant, Comorien venu poursuivre ses études supérieures à la Réunion (sans intention d'immigration) a participé en tant que témoin de la migration à but estudiantin.

Les élèves d'une classe de première technologique tertiaire (STG), très majoritairement Créoles (à l'exception de deux élèves Mahoro-Comoriens et deux Malgaches sur un effectif de 33) ont également répondu aux questions d'avenir, de pratiques de télécommunication, TIC et médiatiques, pour permettre d'établir des comparaisons.

Ces jeunes Créoles présentent des caractéristiques très similaires avec les jeunes mahoro-comoriens participant à la recherche en termes d'âge, de niveau et filière d'études, de catégories socioprofessionnelles (CSP) (croisement des fiches individuelles d'information).

Leur participation a permis de préciser des points de différence culturelle mahoro-comorienne dans le premier cas, de comparer les pratiques TIC et médiatiques des jeunes Créoles par rapport aux Mahoro-Comoriens dans le second.

1.3. Le contexte relationnel, facteur de limitation des biais

Parmi les seize participants, sept sont des élèves de l'enquêteur, dans deux classes de première STG (Technologique tertiaire) au lycée de Bellepierre à Saint Denis de la Réunion, issus de divers quartiers de la ville ; cinq sont d'anciens élèves, actuellement étudiants en classes de BTS ; deux, étudiants à l'Université, ont accepté de participer sans contact préalable, les deux autres se sont jointes spontanément à l'étude en accompagnant leur camarade participante.

Le contexte préalable est cordial, dans le cadre de la classe et avec les anciens élèves avec qui nous avons participé à une épreuve sportive populaire l'année précédente.

La différence d'âge (enquêteur faisant partie de la génération de leurs parents) et le statut d'enseignant, connu ou rapidement identifié, peuvent influencer les réponses dans un sens de conformation sociale et scolaire. Il a été clairement établi que la recherche se situait hors cadre scolaire et que les témoignages apportés resteraient totalement anonymes.

Dans la mesure où les réponses et informations fournies par les différentes catégories de participants (élèves, anciens élèves et jeunes sans connaissance préalable) ne présentent pas de

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

différence notable, cela permet de penser que les biais potentiellement introduits par la relation enseignant-élève ne sont pas significatifs.

La conformation à une image que l'enquêté veut donner de lui ou qu'il pense qu'on attend est par contre inhérente à toute recherche, difficile à mesurer et à corriger. C'est par l'établissement de relations de confiance et une attitude d'ouverture que nous avons tenté de la réduire.

Le contact a été pris dans un premier temps avec les anciens élèves encore présents au lycée, et ceux avec qui le contact était maintenu via Facebook.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

2. Les outils d'étude empirique

2.1. Un premier questionnaire, guide d'entretien

Malgré le contact préexistant, les premiers rendez-vous, pris via le réseau facebook et confirmés par sms, pour des entretiens semi-directifs, spontanément acceptés, n'ont pas été suivis d'effet.

Une médiation a donc été nécessaire par la reprise de contact facebook et l'envoi de questionnaires par courriel, au format traitement de texte standard (cela implique un téléchargement, la réponse à l'écran hors ligne ou impression et réponse sur papier, pour éviter une réponse directement en ligne, plus spontanée mais certainement incomplète et moins réfléchie).

Cela a nécessité la rédaction d'un questionnaire qui permettait une auto-administration à distance de l'enquêteur, donc suffisamment simple et court (2 pages), non intrusif sur les sujets sensibles, et permettant le recueil d'informations authentiques (nombreuses questions ouvertes, 18 sur 46). L'objectif était d'utiliser ce premier support comme guide d'entretien pour un deuxième contact ultérieur.

Les autres questionnaires ont été soit auto-administrés par les participants en présence de l'enquêteur, avec des précisions et des échanges d'informations complémentaires, soit en autonomie complète, ou encore administrés par l'enquêteur au cours d'un entretien semi-directif.

Les thèmes d'étude sont consultables ci-dessous, le questionnaire de base se trouve à la fin de la partie méthodologique, les réponses sont présentées en annexe. La transcription en est littérale.

2.2. Des entretiens semi-directifs

Ils ont été réalisés sur la base des questionnaires, en complément des réponses écrites quand elles étaient disponibles, en contact direct, entre mars et avril 2012.

Dans le cas où le questionnaire avait été complété, l'entretien consistait à préciser les points qui le méritaient, et aller plus en détail sur les relations établies entre les interviewés et leur famille restée au pays, leur utilisation des moyens de communication, des TIC et des médias.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Dans le cas inverse, le questionnaire a été administré en direct, rempli par l'enquêteur avec prise de notes et/ou enregistrement sur les informations complémentaires évoquées.

Certains entretiens ont eu lieu sur le lieu de formation des participants (lycée, université), d'autres à domicile. Certains ont eu lieu à huis clos, avec ou sans enregistrement vocal, les autres dans des lieux ouverts (bibliothèque universitaire), ou d'habitation commune (domicile familial en présence de la famille) n'ont pas donné lieu à enregistrement.

Dans la mesure où les réponses sont remarquablement cohérentes d'une catégorie d'âge à l'autre, ainsi qu'entre élèves, anciens élèves et participants inconnus au préalable, nous pouvons en conclure que l'environnement de l'entretien ne modifie pas sensiblement les réponses apportées

Ont ainsi été menés six entretiens complémentaires au questionnaire (notes d'entretien présentées en annexe), avec dix participants de la population étudiée (dans l'ordre chronologique) :

1 entretien avec deux lycéennes mahoraises (élèves de première technologique), réalisé au lycée, dans une salle réservée.

1 entretien avec deux étudiantes de BTS mahoraises ou mahoro-comoriennes (anciennes élèves), réalisé à domicile

1 entretien avec une étudiante mahoraise de l'Université (entretien direct, sans contact préalable), réalisé dans la salle de presse de la B.U.

1 entretien de cadrage avec un étudiant comorien, venu seul à la Réunion le temps de ses études (hors population-cible) ; entretien direct sans contact préalable, réalisé dans la salle de presse de la B.U.

1 entretien avec des lycéennes (une ancienne élève comorienne, étudiante en BTS, deux élèves de classe terminale du lycée, l'une comorienne, l'autre mahoraise, sans relation avec l'enquêteur) ; réalisé au lycée, dans une salle réservée.

1 entretien avec un étudiant de BTS mahorais (ancien élève), réalisé au lycée, dans une salle réservée.

Le choix des participants interviewés a été effectué dans un souci de représentativité : élèves, anciens élèves ou contacts spontanés afin de vérifier l'existence ou non de biais ; jeunes de 16 à 21 ans, élèves en classe de première, terminale, BTS, Université afin d'obtenir le plus large échantillon de situations, correspondant à l'ensemble des participants.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Les comptes-rendus d'entretien tiennent compte également des informations écrites recueillies par le questionnaire, dans la mesure où cela permettait d'apporter des précisions.

Les citations des informations ou opinions exprimées par les élèves ont également été choisies comme représentatives. Les citations sont attribuées à leurs auteurs mais recoupent les avis exprimés par les autres participants, sauf indication inverse.

2.3. Pages personnelles de réseau social (Facebook) : amis, iconographie, langages

Le réseau Facebook est très utilisé par les jeunes participants. Intéressant comme complément d'analyse de leur sociabilité, c'est un outil ambivalent basé sur la confiance mutuelle et une certaine « confidentialité partagée » qu'il est nécessaire de respecter.

En excluant par principe toute analyse des contenus qui s'avérerait intrusive, la recherche s'est attachée à caractériser les réseaux amicaux (nombre et typologie des amis) de quelques jeunes mahoro-comoriens (participants ou non), ainsi que l'iconographie (type de photos publiées, autres illustrations) et les langages utilisés (langues, niveau de langue, recours au langage sms). Seules des pages « amies » ou accessibles à tous ont été visitées.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

3. Les thèmes d'étude

Pour aborder la question de l'utilisation des TIC dans leurs stratégies d'adaptation à l'environnement réunionnais, le sujet a été divisé en 8 thèmes :

Sentiments d'appartenance et mode de vie

Ressenti des relations avec la population majoritaire

Langues d'échange, langues identitaires

L'avenir : Attentes et projets

Le maintien des relations avec le pays ou la culture d'origine

Les réseaux affinitaires physiques et virtuels

Le secteur associatif

Les pratiques médiatiques

4. Modalités d'enquête de terrain

Période d'étude terrain : janvier à avril 2012

Questionnaires (46 questions dont 18 questions ouvertes), pouvant servir ultérieurement de guides d'entretien pour un complément d'information (14 questionnaires complétés) Entretiens semi-directifs, réalisés sur la base des questionnaires, en contact direct (6 entretiens individuels ou collectifs, 10 participants)

Garantie d'anonymat pour les participants, dont les noms ont été changés

Dépouillements manuels, analyse sémiotique des données recueillies

Consultation des pages Facebook des participants ayant donné leur accord pour l'accès à leurs données, ainsi que des pages librement accessibles de leurs « amis » ; analyse sémiotique des éléments linguistiques, iconographiques, des réseaux amicaux numériques présentés.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Annexe 1 : questionnaire (recto-verso)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

 
 

2. Où es-tu né(e) :

 

3. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

:

 

4. Comment te considères-tu :

 

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

5. Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? :

 

J'y vais régulièrement

 

La famille de

 

J'écoute leurs informations locales

 

J'appelle ou ils appellent régulièrement

 

Mayotte/ Comores vient à la Réunion

 

Autres échanges,

préciser :

6.

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

 

Oui

 

Non, pas vraiment

7.

Si oui, laquelle ? :

 
 

8.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

 

un peu des deux

9.

A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

 
 

10.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

 
 

11.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

 
 

12.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

 
 

13.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

 

Plutôt des mahorais / comoriens

 

Plutôt des créoles

 

Les 2 à égalité

 

Autres origines :

 

Un peu de tout

 
 

14.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

 
 

15.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

 
 

16.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

 
 

17.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

 
 

18.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

De mieux s'intégrer à la Réunion

 

De maintenir la culture et les traditions d'origine

 

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

19.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

 

Oui, un peu

 

Non, pas tellement

20.

Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

 
 

21.

Suivre la culture d'origine est-ce

 

un choix personnel

 

pour faire plaisir aux parents, à l'entourage

 

Les deux à la fois

 

Très important

 

Pas si important

 
 

22.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

 

de garder ton identité d'origine

 

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

23.

Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

 
 
 
 

24.

Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 
 

à la Réunion

 

à Mayotte, aux Comores

 

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

110

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

25. Pourquoi ce choix géographique ?

 

26. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

 

La communication entre jeunes :

27. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

Contact direct

 

Appel téléphonique

 

sms-mms

 

Messagerie Internet

 

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

28. Comment te connectes-tu à Internet

? (cocher la ou les bonnes réponses) :

 
 

PC à la maison

 

Dans ton entourage (famille, amis)

 

Avec les PC du lycée

 

PC portable personnel

 

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

29.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet

(cocher la ou les bonnes réponses) :

 
 

Messagerie

 
 

Réseaux

sociaux (facebook, tweeter...)

 

Travail scolaire

 

Tchat, forums

 
 

Recherches

« fun »

 

Autres(quelles ?) :

30.

Les réseaux sociaux (facebook,

 

tweeter...)

sont pour toi :

 
 

plutôt un moyen de communiquer jeunes mahorais-comoriens

 

entre

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

 

les deux à la fois

31.

Disposes-tu d'un téléphone portable

 

personnel ?

 
 

normal à touches

 
 

smartphone

(écran tactile)

 

Partagé (pas

tout le temps)

 

Pas de portable

32.

Quelles utilisations fais-tu du téléphone

 

portable :

 
 

appel téléphonique

 
 

Internet

: messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

 
 

sms-mms

 
 

Internet

: recherches

 

Autres (quelles

?) :

33. En quoi le téléphone portable te

 

permet-il

de mieux t'intégrer à la Réunion ?

 
 
 
 
 

34. En quoi le téléphone portable te

 

permet-il

de mieux garder tes racines et ta culture

d'origine ?

 
 
 
 

35. Par quels moyens communiques-tu

 

avec la famille et les amis restés à Mayotte/Comores

 
 

Téléphone fixe

 

portable

 
 
 

Envoi de paquets

 
 

Autres :

 

Courrier postal

 

Internet

 
 
 

Par des amis qui font le voyage

 
 
 

36. Médias : Combien d'heures par

 

jour

regardes-tu la télévision en moyenne

 

Les jours de classe :

 

Le week-end :

 

37. Quelles chaînes, quelles émissions

 

de télévision suis-tu le plus souvent :

 
 
 
 
 

38. T'arrive t'il de participer à une

 

émission

de télévision locale et comment (vote sms...)

?

 
 
 
 

39. Combien d'heures par jour écoutes-tu

 

la radio en moyenne ?

 

Les jours de classe :

 

Le week-end :

 

40. Quelles chaînes, quelles émissions

 

de radio suis-tu le plus souvent ?

 
 
 
 
 

41. La radio est pour toi un moyen

de

 
 
 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

 
 

Mieux connaître la culture créole ou française

 

Surtout distraire

pour se

 

Autre chose :

42. T'arrive t'il de participer à une

 

émission

locale de radio et comment (appel téléphone,

vote sms...) ?:

 
 
 
 

43. Avec quelle fréquence lis-tu des

 

journaux

locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

 

Presque jamais

44.

Quels magazines locaux lis-tu

? :

 

Magazines

réunionnais :

 

Magazines mahorais/comoriens :

45.

Avec quelle fréquence lis-tu des

magazines locaux réunionnais?

 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

 

Presque jamais

46. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 
 

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

 

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Annexe 2 : guide d'entretien

Objectif : faire parler le participant pour obtenir des précisions ou des réponses complémentaires

Scénario 1 : le questionnaire n'a pas été complété

Administrer le questionnaire (rempli par l'enquêteur) en lisant toutes les questions et toutes les réponses, puis

Dérouler dans l'ordre du questionnaire en suivant les indications du scénario 2

Scénario 2 : le questionnaire a été complété

L'entretien se déroule en complément du questionnaire

Q1 : Faire préciser les origines : une seule, d'autres ?

Q3 : Vérifier la durée de vie à la Réunion (erreur possible avec âge ou date d'arrivée)

Q4 : En cas de réponses multiples à la question (Comment te considères-tu ?), faire préciser un ordre de priorité

Q5 : Faire expliquer en quoi consistent les relations avec la famille au pays

Faire expliquer les pratiques de communication avec la famille au pays (fixe, mobile, Internet, courrier, colis...), appels sortants ou entrants aussi ?, téléphone familial ou personnel ? (laisser parler, au besoin relancer)

Faire préciser les éventuels voyages : du participant, de la famille à la Réunion, de la famille au pays

Q6 : Faire expliciter la différence perçue entre Mahorais et Comoriens, Comment cette différence se traduit-elle dans la vie à la Réunion ? Q8, 9, 10, 11, 12 : Demander confirmation des réponses,

Eventuellement faire expliciter les réponses.

Q13 : En cas de réponses multiples à la question (origine des amis), faire préciser un ordre de priorité

Q14 : Si une seule langue, relancer « seulement en créole/français/mahorais... ? » Vérifier la cohérence avec la Q13 (amis), éventuellement faire préciser

Q15 : Même procédure :

Si une seule langue, relancer « seulement ? »

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Vérifier la cohérence avec la Q13 (amis), éventuellement faire préciser

Q16 : Reprendre la réponse et relancer « seulement ? »

Q17 : Vérifier les pratiques de groupes informelles (hors associations)

Q18 : En cas de réponses multiples à la question (rôle des associations), faire préciser un ordre de priorité

Q19 : Ne pas faire de remarque en cas de différence entre la réponse et la tenue vestimentaire constatée, mais noter

Q20 : Relancer en cas de non-réponse (probablement fréquent)

Q21 : En cas de réponses multiples à la question (importance de la culture d'origine), faire préciser un ordre de priorité

Relancer en cas de non-réponse

Q23 : Relancer en cas de non-réponse, faire préciser si imprécis

Q24 : Relancer en cas de non-réponse

En cas de réponses multiples à la question (localisation des projets), faire préciser un

ordre de priorité

Q25, 26 : Relancer en cas de non-réponse, faire préciser si imprécis

Q27 à 30 : Vérifier que le participant n'a pas « oublié » des réponses

Faire préciser les pratiques de communication, d'Internet

Q31 à 34 : Vérifier que le participant n'a pas « oublié » des réponses

Faire préciser les pratiques du mobile

Q35 : Vérification des indications données en Q5

Q36, 37, 38 : Faire préciser les pratiques télévisuelles de la famille (qui regarde?, seul ou en

compagnie de qui ?, types d'émission, qui choisit le programme ? utilité intégrative ?...)

Q39 à 42 : Faire préciser les pratiques radiophoniques du participant (seul ou en compagnie
de qui ?, occasions ? utilité recherchée ?...)

Q43 à 45 : Idem pour la presse

Q46 : Inviter à commenter si non réponse.

112

Remercier pour la participation

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

PARTIE III - ETUDE DE TERRAIN

Nous tenterons de déterminer si le cas des Mahoro-Comoriens de la Réunion est celui d'immigrants destinés à s'intégrer définitivement ou simples migrants venus offrir à leurs enfants la possibilité d'accéder à de meilleures conditions de vie de retour dans leur île, grâce à de plus grandes possibilités d'études.

La recherche tentera aussi de mettre en lumière la différence entre les souhaits des parents, parfois confrontés à des contextes plus difficiles que ce qu'ils escomptaient, et ceux des enfants dont les projets d'avenir ne recoupent pas nécessairement ceux des ascendants.

En allant plus avant, nous étudierons les pratiques de communication des jeunes mahoro-comoriens et leur rôle dans leurs stratégies d'insertion dans la société créole, leur logique identitaire et leurs éventuels projets de retour.

Chapitre 1- LES JEUNES MAHORO-COMORIENS à LA REUNION

1. Les mobiles de la migration

La Réunion, « C'est le rêve américain, c'est quitter la misère, ceux qui viennent doivent ensuite aider la famille restée là-bas » (Samia)

Loin d'être un exil contraint comme cela a généralement été le cas dans l'histoire de la Réunion, ou dans d'autres contextes pour échapper à des conflits ou des dictatures, la migration mahoro-comorienne est plutôt un choix d'opportunité. A la Réunion, ce sont le différentiel de niveau de vie, les possibilités d'études ou d'aides sociales qui attirent les migrants. C'est ce qui ressort de l'étude du CESER (citée) et nous est confirmé par les jeunes participants à la recherche.

Ceux-ci ajoutent une attente d'assistance des proches restés « au pays » par les migrants, telle que décrite par les études sur les migrations en Europe.

Nous pouvons donc conclure que les migrants mahoro-comoriens de la Réunion ont sensiblement les mêmes motivations que ceux de Métropole, que leurs enfants connaissent et intègrent au cours de leur éducation.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Izati, d'origine mahoraise et comorienne, résume la situation qu'elle observe en ces mots : « Les Comoriens (non français) voudraient venir pour obtenir de meilleures conditions de vie, les mahorais viennent pour faire des études et repartir. » Nous retiendrons son assertion comme hypothèse de recherche, et la confronterons aux autres informations afin de répondre à notre question d'ouverture : migration ou immigration ?

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

2. Sentiments d'appartenance et identité

« Je suis né quelque part, Laissez-moi ce repère,

Ou je perds la mémoire» Maxime Le Forestier 1987

Le premier élément qu'on ne peut manquer de remarquer est la notable similitude dans les analyses de leur situation faites par les jeunes participants, qu'ils soient Mahorais ou Comoriens, élèves de lycée ou étudiants de BTS ou à l'Université, adolescents ou jeunes adultes, qu'ils aient 16 ou 21 ans.

Leur sensibilité et leurs projets peuvent diverger, mais le ressenti et le discours montrent un degré de maturité et de réflexion similaire et important, ainsi qu'une envie d'écoute et de pouvoir s'exprimer sur ce sujet qui leur tient naturellement à coeur.

Tous sont persuadés, c'est par ailleurs le discours officiel, que si les Créoles apprennent à connaître ces populations ils arriveront à les apprécier et que les frictions disparaîtront ; mais qu'en l'état actuel des choses, un diagnostic plutôt négatif mais un discours plutôt optimiste semble être la dominante. Tout ne serait-il alors que manque de communication ?

2.1. Identité et sentiment d'appartenance : plutôt Mahorais ou Comorien que Créole

Les jeunes participants d'origine comorienne sont nés à la Réunion, les originaires de Mayotte sont nés à la Réunion ou à Mayotte (un en Métropole), ou encore arrivés pendant leur petite enfance. Tous les participants ont été scolarisés à la Réunion, pour la plupart depuis l'école primaire. Mais aucun ne s'identifie comme Créole, comme en témoigne Izati qui annonce des origines « Comorienne, Mahoraise, un peu Malgache », née à la Réunion, elle se considère « d'abord Mahoraise ».

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

2.2. Des origines souvent plurielles, mais unicité d'identité

Ils indiquent des origines parfois combinées, Mahorais-Comorien, Mahorais-Malgache ou Comorien-Malgache, parfois même les trois, représentant ainsi les flux d'immigration les plus récents à la Réunion.

Aucun de nos participants n'est issu d'une origine mixte avec des créoles ou des métropolitains. Cette dernière situation constitue des cas atypiques, plus proches des « Zoreils » en termes de mode de vie.

Interrogés sur leurs sentiments d'appartenance prioritaire, la plupart se déclare surtout Mahorais ou Comorien selon le cas. Quelques uns se sentent surtout ou aussi Français, cela semble correspondre à un niveau de CSP supérieur à la moyenne du groupe, parfois à une arrivée en provenance de Métropole,

Quelques uns encore, les moins enracinés, se revendiquent comme Mohamed « Malgache, Mahorais, ou plutôt Mahorais avant Malgache. Je suis né en France (métropolitaine) » et se considère « un peu tout cela » (Mahorais, Comorien, Créole, Français), sans vraie préférence annoncée. Eux forment des projets d'avenir incluant une plus grande mobilité.

Même ceux qui se considèrent intégrés, aucun ne se déclare Créole, y compris les natifs de la Réunion. « Je suis né à la Réunion, déjà intégré » affirme Madi, qui se sent pourtant « Comorien d'abord »

Ces déclarations sont à mettre en lien avec les observations réalisées pour les jeunes immigrants de métropole, souvent peu identifiés à la population majoritaire mais ressentant un lien profond avec le pays d'accueil et sa culture, phénomène qui n'apparaît pas dans les déclarations des jeunes participants à notre étude pour la Réunion.

La revendication identitaire nationale française par contre est clairement affirmée, souvent pour revendiquer une égalité de droits et de traitements ; c'est également le cas en Métropole pour les accédants à la nationalité.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

2.3. Mahorais, Comorien : des cultures et des pratiques distinctes

Les Réunionnais voient souvent en eux un groupe homogène par la pratique islamique, les tenues vestimentaires, la langue « exotique » et les regroupent dans le vocable abusif de « Comores », ou « ban' Comores » locution qui ajoute une distance supplémentaire (« ban' » ou « bana » en créole désignant les autres, ceux dont on ne souhaite pas faire partie) (FRANCK Marc, 2011).

Ils sont pourtant généralement conscients que les Mahorais sont de nationalité française, contrairement aux Comoriens. La récente départementalisation (31 mars 2011), suivie de mouvements sociaux contre la vie chère, dont la presse réunionnaise s'est largement fait l'écho, a ramené les Mahorais sur le devant de la scène publique.

La plupart des jeunes participants perçoivent des différences entre Comoriens et Mahorais, les réponses sont très variées, certains ne voient qu'une divergence linguistique (voir partie I) d'autres identifient des différences culturelles ou dans le mode de vie. Les deux groupes sociaux ont une dynamique distincte (voir pratiques associatives), un jeune se reconnaît le plus souvent comme faisant partie de l'une ou l'autre et pas des deux.

« Les Mahorais et les Comoriens s'entendent mais restent chacun dans son groupe. » (Izati) La question de la différence, très subjective, a suscité des réactions parfois affectives :

« La culture est proche mais il n'y a pas toujours d'entente » « les Comoriens en général n'aiment pas trop les Mahorais » dit Salima, qui trouve que « Les Comoriens sont toujours là à faire leurs petites manies, ils se font remarquer, les Mahorais sont tranquilles »

« Mayotte avant décolonisation avait déjà une culture différente » explique Fatima

Salima pense aussi que « Les Mahorais n'aiment pas les « petits » comoriens « petits voleurs » c'est leur image à Mayotte, cette image vient ici » ; « Les Comoriens sont des immigrés à Mayotte »

La précision de la nationalité ne peut manquer d'apparaître : « Les Comoriens ne sont pas français au départ, ils le deviennent par mariage » (Fatima)

Les préjugés existent de part et d'autre :

Samia (Comorienne) explique que « Depuis petite, dans mon éducation, on me dit que les Mahorais ne sont pas bien » « Heureusement que je ne suis pas Mahoraise » « Personne ne le

118

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

dit, tout le monde dit que tout va bien, mais on ne s'entend pas depuis longtemps » « Ils se la pètent depuis qu'ils sont Français ».

« Ils sont vantards, ils se moquent » renchérit Mariama (Comorienne)

Deux groupes distincts par l'histoire, confrontés à un même environnement d'accueil qui les amalgame et les stigmatise. Avec le temps et l'interconnaissance par le milieu scolaire, l'obligation commune de s'intégrer plus ou moins durablement, les différences deviennent plus relatives, dans une plus grande tolérance mutuelle, comme on peut l'observer entre jeunes d'origine africaine en Métropole.

A propos des amies mahoraises : « il y a Mahorais et "Mahorais" » (dessinant des guillements avec les doigts aux côtés de sa tête) « tout le monde n'est pas pareil, c'est la plupart » dit Samia ; « la différence est plus forte pour les anciens, nous on ne sait même pas trop d'où ça vient » « on a quand même des amies mahoraises » pondère Mariama. Il convient en effet de ne pas noircir le tableau, l'entente est cordiale et les passages nombreux, à l'intérieur des familles, comme entre amis. Pour Ibrahim, « Depuis petit, j'ai des copains comoriens, je vais chez eux, ils viennent à la maison, pour nous ça ne fait pas de différence ».

Dans ce contexte de différences ressenties, d'amalgame et de réticence perçue de la part des Réunionnais, il existe à la fois une fraternité de migrants et une certaine rivalité entre les membres de ces deux communautés, jusque dans leur pays d'accueil.

Samia, pour sa part, trouve qu'« On n'est pas si différents avec les Malgaches, bof pas trop ». Le rapport de rivalité est moins présent, les relations plus faciles entre « cousins » (Mahorais et Malgaches, ou Comoriens et Malgaches) qu'entre « frères et soeurs » de l'archipel.

Quand ils ont des origines à la fois mahoraises et comoriennes, ils s'identifient mahorais plutôt que comoriens. Plus de proximité avec le pays d'accueil, plus facile d'y penser des projets de retour, des contacts plus faciles donc des liens plus forts avec la famille en territoire français ; il est possible d'établir plusieurs hypothèses, la réalité pourrait être une combinaison de ces éléments.

Le quatrième foyer d'échange Indocéanique, l`Île Maurice est très distinct culturellement et socialement, on observe peu de corrélations avec ce groupe. Par ailleurs si les Malgaches sont discrets dans l'espace public médiatique, les Mauriciens de la Réunion en sont presque absents. Une partie de l'explication peut venir du fait que les Mauriciens et Malgaches présents à la

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Réunion sont généralement plus diplômés, et surreprésentés dans la catégorie des commerçants et chefs d'entreprise (INSEE 2011), ce qui ne prête pas au même type de rivalités et de jalousies.

Les jeunes mahorais et comoriens sont ainsi victimes de caractérisations qui les regroupent pour les discriminer. En cela la situation est proche de celle des immigrés maghrébins, sub-sahariens et turcs de Métropole. Par contre, ils ne sont pas amalgamés sous un vocable commun d' « immigrés », mais identifiés par leur archipel d'origine. Moins globalisants, les lieux communs à leur encontre sont ainsi moins éloignés de la réalité et moins stigmatisants que ceux que subissent les migrants métropolitains.

De manière plus dynamique, on observe la revendication d'une identité arabe (« beur ») transnationale, ainsi que d'une identité africaine, voire « black » par les sub-sahariens qui dépassent leurs différences arrivés dans le pays d'accueil, en réaction aux difficultés ressenties. Une telle démarche n'apparaît pas chez les jeunes Mahoro-Comoriens qui ne se réclament pas d'une même communauté, mais chacun de l'identité spécifique de son origine, ou de son choix en cas d'origines plurielles. Ils se reconnaissent « black », mais si cela constitue parfois un signe identitaire, ce n'est pas une revendication culturelle.

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3. Ressenti des relations avec les créoles réunionnais

Les relations entre les jeunes créoles et leurs homologues mahoro-comoriens ne sont pas conflictuelles. Les études et travaux cités en première partie montrent que la fréquentation et la connaissance apportent sinon l'entente, du moins la tolérance.

Il semble en effet que les réactions les plus hostiles soient plutôt l'affaire des adultes : discrimination plus forte envers les parents, stigmatisation des comportements délictuels (réels ou supposés) des jeunes viennent plutôt des créoles adultes, plus intolérants quand ils n'ont pas travaillé ou étudié avec les derniers immigrants.

Ce phénomène est logiquement assez proche de ce qu'on observe en Métropole envers les immigrants africains. La différence pourrait se situer dans le fait qu'on peut observer plus de comportements xénophobes de la part des jeunes en Métropole, par le fait de la ségrégation géographique, qui limite voire empêche le brassage scolaire et favorise les regroupements communautaires.

3.1. Ressenti de la perception des Mahorais et Comoriens par les Créoles

De manière générale, les jeunes mahoro-comoriens se sentent mal perçus et mal acceptés par les Créoles ; même si certains relativisent en disant que cela dépend des gens, le ressenti est globalement négatif.

Ils nous voient « Comme des gens qui n'ont pas de valeur, qui sont inférieurs à eux » dit Amina « D'un mauvais oeil, la plupart d'entre eux sont réticents envers nous » confirme Ida

Fatima précise que « Certains (Créoles) les perçoivent comme étant des étrangers, des animaux, des sauvages ; et d'autres comme leurs frère, soeur »

« En général, ça va, c'est « normal », parfois ils sont racistes» ; «Ça dépend du quartier : dans le bas de la ville, il y a beaucoup de mahorais, ça va » explique Samia ;

Ce n'est pas le cas de Mariama « Dans mon quartier, il n'y a presque que des créoles, c'est moins sympa ; on a des réflexions : retourne ton pays... ».

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Les individus se font discrets face aux groupes, un migrant isolé est la cible de critiques plus fortes qu'un ensemble perçu comme unitaire face à un petit nombre d'individus, même quand ceux-ci font partie de la population majoritaire.

Certains garçons, particulièrement ceux nés à la Réunion semblent mieux intégrés et précisent qu'en ce qui les concerne « Ça dépend des personnes, mais je crois qu'ils me perçoivent comme une bonne personne » estime Madi ; « Certains Créoles sont racistes, mais le plus souvent ils sont gentils avec nous » trouve Ibrahim

Pour abusif qu'il soit, le terme de « racisme » est évoqué par plusieurs participants : « Pour les racistes, pas de noirs dans leur « nation », sur leur territoire » précise Mariama

Laymia s'étonne « Parce qu'à la Réunion, ils ne sont pas « noirs », même s'ils viennent d'Afrique, ils sont cafres mais pas noirs, c'est n'importe quoi !»

Les Mahorais et Comoriens sont les seuls à la Réunion à se revendiquer « noirs » : les Créoles, quelle que soit leur origine, les Malgaches ont souvent du mal à s'identifier comme noirs, bien que ce qualificatif leur serait attribué en Métropole ou aux USA.

On peut certainement y déceler un malaise lié à la douloureuse histoire de l'esclavage, encore présente dans les esprits et dans les discours, et la difficulté de se reconnaître des racines ethniques africaines.

Il serait légitime de se demander si une partie du rejet ressenti par les Mahoro-Comoriens, plus que par les autres groupes indocéaniques, ne pourrait pas trouver une part d'explication dans ce fait. Trop proches des Réunionnais, et trop proches aussi de l'Afrique. On peut formuler l'hypothèse que leur présence et leur origine assumée rappelle aux Créoles une filiation historique qu'ils estiment dévalorisante. Cela expliquerait les qualificatifs évoqués de « sauvages », « inférieurs » «animaux ».

Le fondement de l'hostilité ressentie peut aussi se trouver dans les graves difficultés économiques (emplois, logements) que subissent les Réunionnais, particulièrement les plus défavorisés, et pour lesquelles ils voient dans les Mahoro-Comoriens des concurrents supplémentaires.

La Réunion applique une politique de « préférence régionale » en termes d'emploi, officielle ou détournée, qui veut que les Réunionnais soient embauchés préférentiellement à un allogène, particulièrement à un Métropolitain. Au delà de ce côté institutionnel souvent remis en cause

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dans le principe d'égalité républicaine et contesté dans son application réelle, les Mahoro-Comoriens éprouvent un sentiment de discrimination comparable à celui vécu par les immigrés africains en Métropole.

Citons le cas d'une jeune fille mahoraise, Izati, cherchant un stage : la première réponse est positive, puis à la demande de son identité, elle donne son prénom, correspondant aussi bien à une occidentale qu'à une musulmane. Pas de problème jusque-là. A l'annonce ensuite de son patronyme, clairement musulman, on ne prenait plus de stagiaires.

Elle évoque le même cas pour son père répondant à une offre d'emploi : le nom prononcé, il n'y avait plus de poste disponible.

A la Réunion, comme en Métropole, les comportements racistes sont clairement condamnés, mais la xénophobie (sous couvert de préférence régionale) parfois légitimée en privé au nom des difficultés éprouvées par la population locale.

Nous pouvons conclure que les Mahoro-Comoriens jeunes ou adultes subissent et éprouvent une réelle discrimination à l'embauche, à l'instar des immigrés de Métropole. Dans tous les cas, si les intéressés estiment subir des discriminations, les plaintes officielles n'entrent pas dans les intentions des migrants, persuadés que de telles démarches ne peuvent aboutir.

3.2. Perception des attentes envers les jeunes Mahorais-Comoriens

Les jeunes mahorais et comoriens ne savent pas toujours trop ce que les Réunionnais attendent d'eux « Franchement, je ne sais pas » (Ida), peut être « Rien de spécial » se dit Ibrahim.

« D'arrêter de parler leur langue » (mahorais ou comorien), pense Amina ; « ils ne comprennent pas la langue mahoraise, ça les ennuie » ajoute Kaycha

« Certains attendent que l'on parte car on les envahit » (Fatima) ; « De partir » (Laymia)

Ils ont aussi l'impression que les Réunionnais les caractérisent comme délinquants, le terme est employé par plusieurs participants (garçons) « les Réunionnais attendent moins de délinquance de la part des Comoriens » Madi (Comorien)

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Contrairement aux travaux réalisés en Métropole, on n'observe pas de revendication ouverte, ni de violence verbale exprimée ou latente chez les participants à l'étude ; mais pas non plus de ressenti négatif face à l'institution scolaire ou administrative, qui sont perçues comme des alliés et des moyens de surmonter les difficultés.

Actuellement, la discrimination est vécue par les jeunes migrants de la Réunion comme une affaire d'individus, pas d'institutions. Cela peut expliquer que le sentiment de rébellion face à un ressenti d'injustice de traitement généralisé qu'expriment les jeunes maghrébins ne se retrouve pas chez les jeunes mahoro-comoriens.

3.3. Différence identitaire affichée par les adultes plus que par les jeunes

La créolisation des immigrants à la Réunion s'est généralement faite dans la discrétion. Victimes opprimées en situation de soumission ou de menace vitale pour les esclaves apportés d'Afrique, Indiens Malbars engagés volontaires (migrants qui auraient du repartir et ne l'ont pas pu), Chinois et Malgaches se sont fondus dans le creuset réunionnais en évitant d'attirer l'attention.

Ils ne sont apparus dans l'espace public et revendiqué une identité que bien des générations plus tard, à l'approche des années 2000, lorsque leur intégration n'était plus contestable. Pourtant ces manifestations identitaires sont encore parfois réprouvées par certains Créoles.

Le cas des Mahoro-Comoriens est différent. Les femmes assument d'afficher leur différence par le port du costume traditionnels (le saluva) et du masque de beauté (le m'zindzano). Les hommes ne portent pas de signes distinctifs ostensibles à l'exception des tenues adaptées à la pratique religieuse, le cas échéant (le Kandzou, tunique, et le Koffia, couvre chef musulman).

Les jeunes mahoro-comoriens de la Réunion ont, eux, adopté à part de rares exceptions, un style plus proche de celui de leur environnement, les garçons s'habillent comme les autres jeunes réunionnais. Certaines jeunes filles également ; mais le plus souvent elles portent une tenue plus sobre et classique, complétée par un foulard sur les cheveux ou un tissage, plus rarement des rajouts de tresses à l'africaine, coiffure que les créoles ne portent pas.

Ces éléments vestimentaires, et de faibles différences phénotypiques, suffisent néanmoins pour les identifier et les singulariser, « Ils nous identifient par notre apparence physique et se comportent de manière raciste et discriminatoire » déplore Ali, étudiant comorien.

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Les manifestations traditionnelles, et tout particulièrement les danses se tiennent dans des lieux publics dont l'utilisation est accordée par la collectivité. Ces célébrations attirent la curiosité de quelques voisins créoles qui viennent voir ce qui se passe dans leur quartier, et s'en retournent sans un mot ni prise de contact. Pour ces manifestations identitaires, l'indifférence affichée peut cacher une réprobation silencieuse perceptible dans certaines attitudes, bien qu'on n'en trouve pas de signes dans l'espace public médiatique réunionnais.

Les adultes arrivants, et particulièrement les femmes, assument leur différence aussi par l'utilisation de leur langue entre eux, même en public. Cela non plus n'est pas toujours apprécié par les autochtones, comme l'avaient signalé les participants à notre étude, ci-dessus. Les jeunes, plus prudents, évitent généralement de se singulariser ainsi.

A la Réunion comme en métropole, ce sont les différences visibles et audibles qui constituent le critère d'identification et de discrimination. Cela peut en partie expliquer la meilleure intégration annoncée par les garçons, ce qui n'est pas le cas en Métropole.

3.4. Attentes des jeunes mahorais-comoriens

Ce que les jeunes attendent de la Réunion ? Certains jeunes mahoro-comoriens natifs de la Réunion considèrent cette question absurde « Quelle attente ? Je suis née là ! » s'étonne Samia. Elle prend son sens cependant pour les jeunes immigrants, l'espoir est de « S'intégrer plus facilement pour les personnes qui ne sont pas nées à la Réunion » (Madi).

La situation ne semble pas aussi simple pour les autres participants, natifs ou non, qui se vivent généralement étrangers à la société créole : « Qu'elle soit plus accueillante, plus gentille avec eux » (Amina). Les jeunes «attendent une meilleure intégration, que les portes s'ouvrent à eux » Fatima ; « Qu'ils soient mieux intégrés, plus acceptés » ajoute Kaycha

D'autres, comme Karima sont plus pragmatiques, attendent de la Réunion qu'elle soit un « lieu où l'on peut avoir une éducation bien, et facilité d'y accéder » ; un « plus large choix d'études » dit Saïd ; et de manière générale « de meilleures études, et une meilleure vie » renchérit Ibrahim.

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3.5. Attentes perçues des adultes mahorais-comoriens

Le différentiel de choix et de niveau d'études possible entre les îles de l'archipel des Comores et la Réunion est souvent annoncé comme la première motivation de migration, avant l'amélioration des conditions de vie. « Une meilleure vie pour eux, et de meilleures chances d'études pour leurs enfants » (Kaycha). Les jeunes participants en sont conscients et ont l'intention de répondre aux attentes des parents en la matière.

Le discours qu'ils relaient de la part de leurs parents est donc semblable à celui des immigrés en Métropole en termes de raisons de migrer. Ils expriment aussi une attente de reconnaissance de leur statut de citoyens français, à égalité avec les Réunionnais, « qu'ils arrêtent leurs préjugés » (Ida), « un peu plus de reconnaissance et aussi le respect » (Mohamed).

Un peu désabusés sur leurs possibilités d'intégration réelle, les migrants reportent donc leurs espoirs sur la réussite de leurs enfants. Cette attente, quasi-unanimement perçue par les jeunes interrogés se traduit donc plus précisément par une attente forte de réussite scolaire.

Contrairement à de nombreux jeunes créoles, et immigrés métropolitains, qui adoptent parfois un discours de défiance et de dévalorisation face à l'école, les Mahoro-Comoriens de la Réunion, jeunes comme adultes placent là leurs espoirs de promotion sociale.

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4. Un mode de vie duel, entre créole et traditionnel

4.1. Intégration-repli identitaire : une alternative combinatoire

Face à un environnement social perçu comme hostile, l'alternative est double, s'intégrer et perdre tout ou partie de sa culture et son identité, ou effectuer un repli défensif sur sa communauté d'origine présente dans le pays d'immigration.

Il n'en reste pas moins que vouloir vivre de manière totalement identitaire serait artificiel et certainement illusoire pour un migrant en général, et pour des jeunes de deuxième génération encore plus. De même que prétendre trancher ses racines reviendrait à perdre son identité sans gagner une autre légitimité pour autant, donc tout aussi impossible.

Toutes les solutions et stratégies se trouvent nécessairement dans des combinaisons inscrites entre ces deux extrêmes.

L'obligation de scolarisation des enfants, à laquelle les Mahoro-Comoriens n'ont nulle intention de se soustraire, constitue ici comme en Métropole la première étape de l'intégration sociale et culturelle, et plus spécifiquement de leur créolisation.

Tous les participants de l'étude (avec une seule exception) ont déclaré avoir un mode de vie à la fois identitaire et créole, « un peu les deux » dans une logique de créolisation qui les intègre mais ne semble pas pour l'instant influencer le mode de vie créole.

Cela nous permet de confirmer l'hypothèse de départ, les jeunes mahorais et comoriens font le choix de s'intégrer, fût-ce temporairement, tout en conservant leur culture. Ce dernier point est toutefois moins prononcé pour les Comoriens, comme nous pourrons le constater dans les prochaines parties.

4.2. Les réseaux affinitaires de proximité

Les jeunes mahoro-comoriens, comme tous les adolescents du monde accordent une grande importance à leurs réseaux amicaux. A la Réunion, ils se trouvent en interaction permanente dans le cadre scolaire, ainsi que dans leur quartier avec des membres de la population majoritaire comme avec ceux de leur groupe originaire.

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Aucune discrimination scolaire n'existe sur l'île et la ségrégation géographique n'est liée qu'aux possibilités de logement et particulièrement d'attribution de logements sociaux. Elle dépend donc uniquement des conditions sociales, et non de l'origine. Si les identités de quartier sont assez marquées à la Réunion, cela concerne beaucoup moins les jeunes mahoro-comoriens pour qui cette identification de proximité locale a moins d'importance que leur identité communautaire.

Pour la plupart des jeunes mahoro-comoriens le réseau affinitaire de proximité (par opposition au réseau numérique, que nous étudierons plus loin) comprend des amis de mêmes origines, mais aussi des jeunes créoles. Certains estiment avoir plutôt des amis identitaires, les autres que leur réseau amical est équilibré entre les deux groupes. Izati explique ainsi que ses ami(e)s sont « plutôt des Mahorais ou des Comoriens, mais aussi des Créoles, et des Malgaches » (les ethnies allogènes correspondant à ses origines).

Certains indiquent le détail des groupes ethniques créoles qu'ils fréquentent « Arabe, Malbar, Malgache, Chinois » (Ousseni), laissant entendre que Comoriens et Mahorais n'étaient finalement que des composantes parmi d'autres de la mosaïque réunionnaise.

Quelques filles néanmoins affirment n'avoir « pas de Créoles » parmi leurs amis (Salima) et rester dans le réseau identitaire. Dans l'autre sens, aucun ne déclare être isolé des jeunes de son origine.

Le constat que l'on peut établir en milieu scolaire est que les conversations informelles peuvent être en réseau identitaire ou mélangé ; par contre les groupes de travail seront préférentiellement identitaires, ce qui ne favorise pas le brassage intégratif.

Dans le cas où un jeune mahoro-comorien, se retrouve seul représentant de son origine dans une classe, il peut être mis(e) à l'écart et éventuellement « adopté » par quelques camarades locaux compatissants. Ce cas est plus fréquent pour les jeunes filles, les garçons intégrant souvent un groupe par des intérêts communs, généralement le sport. (Il ne s'agit pas ici des réponses des jeunes étudiés mais d'observations personnelles croisées avec celles d'autres enseignants).

En termes de loisirs aussi, les garçons se mélangent plus que les filles, pour rejoindre des pratiques sportives souvent intégratrices. Quelques-uns font partie de groupes multiethniques, suivant une passion : groupe musical ou jeu vidéo en réseau (pratique détaillée plus avant).

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Hors de l'école, les jeunes filles se retrouvent plutôt en groupe identitaire, pour des pratiques associatives traditionnelles, notamment la danse, ou pour faire du « shopping ». Certaines, moins favorisées précisent comme Mariama et Samia « sorties en ville » (rires) shopping ? « non, il faut des sous, plutôt on zone... »

Parfois ils organisent des sorties pour visiter l'île entre garçons et filles le week-end, en louant un bus ; évènements festifs qu'ils partageront encore ensuite dans les réseaux sociaux numériques.

Les pratiques mixtes sont communautaires, ce qui peut s'expliquer par le contexte traditionnel et islamique de l'éducation, encouragées par les souhaits endogamiques des parents, que nous détaillerons ci-dessous.

De manière générale, on peut considérer que les pratiques des garçons sont plus intégratrices que celles des filles, par le sport essentiellement (c'est vrai également pour les filles pratiquant des sports de compétition).

4.3. Les associations et pratiques de loisirs

Les garçons sont plus présents dans les associations sportives, notamment scolaires que les filles. Quand les uns et les autres adhèrent à des clubs de sport, leur intégration y est souvent plus facile que dans d'autres contextes, la constitution des équipes et des sélections tient plus aux qualités physiques et relationnelles de chacun qu'à son groupe social ou ethnique d'origine. C'est naturellement pour les sportifs (et sportives) que les associations constituent un vecteur d'intégration sociale.

Les jeunes mahoro-comoriens adhérent néanmoins assez peu à des structures associatives non scolaires. Les pratiques sportives des garçons peuvent notamment se dérouler de manière informelle sur les équipements sportifs en libre pratique de leur quartier, qui peuvent constituer des « espaces publics » de pratique sportive, mais rassemblent souvent des habitués, « recrutés » en fonction de leurs qualités et de leur assiduité. Ces rencontres régulières, pour être informelles n'en constituent pas moins des facteurs de créolisation.

Quand les jeunes filles mahoro-comoriennes font partie d'un groupe constitué, c'est d'une structure identitaire : amicale d'étudiants mahorais ou comoriens, selon le cas ; ou encore association culturelle destinée à transmettre la culture et notamment la pratique des danses traditionnelles. Logiquement, elles trouvent aux associations un intérêt de maintien de la culture

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et des traditions, ainsi qu'un moyen de se retrouver entre jeunes de même origine. Ces activités permettent d'abord « de maintenir la culture et les traditions, et de mieux se retrouver entre soi», c'est notamment le cas pour Izati.

Certains jeunes mahoro-comoriens participent à des manifestations de danses et musiques urbaines : battles (concours ou duels) de slam, de hip-hop, où leur origine ethnique ne semble pas constituer un handicap : « les participants et les spectateurs sont tous black ».

Dans cette explication donnée par une jeune mahoraise dont le groupe s'entraînait dans un espace public aux danses urbaines d'inspiration africaine en vue d'un « battle », on constate que la sensibilité ethnique est plus importante pour les jeunes migrants que pour leurs concurrents créoles. Dans le discours de ceux-ci, la participation des Mahoro-Comoriens ne pose pas de problème ; ils estiment que « c'est très brassé » et trouvent cela normal.

Cette pratique commune, artistique et sportive, urbaine, populaire et jeune, perçue comme un élément de culture « mondiale », permet à chaque groupe de se présenter sans discrimination, mais sans vraiment atténuer les différences identitaires.

Le mouvement associatif ne constitue donc pas pour la plupart d'entre eux un facteur d'intégration, mais suit plutôt une logique communautaire. Ici comme en Métropole seuls les sportifs, les artistes (musiciens, danseurs, dessinateurs...) non identitaires, et les individus isolés y trouvent un moyen de se rapprocher de la population majoritaire.

4.4. Des traditions toujours importantes

Les jeunes mahoro-comoriens considèrent le fait de garder les traditions identitaires comme important ou très important, la différence en ce domaine semble être le niveau de lien gardé avec la famille restée au pays et l'île d'origine, notamment par les communications, et éventuellement les voyages.

Certaines traditions semblent pourtant partagées : le pique-nique dominical créole ressemble au « voulé » mahorais. Les emplacements aménagés sur le front de mer dionysien (Parc des Tamarins) devant désormais se partager selon une localisation précise : les Mahoro-Comoriens occupant aux heures de pique-nique l'extrême le plus proche de la Jamaïque (et donc de la déchetterie), à côté du parking d'accès, en s'appropriant ainsi un espace que les Créoles leur

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laissent. Cette partie de l'espace ainsi communautarisé perd donc son caractère public au profit du groupe utilisateur.

4.5. Pratique religieuse : un Islam non porteur de discriminations

La religion musulmane constitue une part importante de leur mode de vie, de l'organisation de leur temps. A la Réunion comme à Mayotte, le Fundi (référent religieux) est présent pour toutes les grandes occasions de la communauté. La religion, en effet « C'est très important », c'est un élément qui permet de garder la tradition, explique Izati

L'islam est peu ostensible chez les jeunes participants, comme dans leurs familles, les signes extérieurs tels que la burqa (interdite dans les établissements scolaires) ou le jilbab (tenue islamique intégrale) visibles dans le centre-ville de Saint Denis sont plutôt le fait des familles commerçantes Z'arabes.

A la Réunion comme ailleurs, plusieurs obédiences « Sunnites, Chiites (très minoritaires) » coexistent dans la pratique islamique ; les jeunes participants affirment ne pas éprouver de différenciations à leur encontre au sein de la communauté musulmane locale.

Leur pratique de la religion islamique en tant que telle ne semble pas faire l'objet de discriminations, ni auprès de la population majoritaire, ni auprès des autres musulmans.

4.6. Un respect des traditions annoncé comme choisi et non subi

Si la culture d'origine influence « un peu » le comportement vestimentaire des jeunes filles, le fait de connaître et maintenir les traditions est revendiqué comme un choix personnel, tout en signalant que cela fait plaisir aux parents et à l'entourage.

Cela montre que si une certaine pression existe certainement en la matière, elle n'est pas vécue (ou signalée) comme une contrainte, mais recueille leur adhésion. A une confidence près : « L'école coranique, pfouu ! », dans laquelle nous ne verrons pas de remise en cause, mais une simple réflexion d'adolescente, révélatrice néanmoins d'un discours qui s'autonomise.

Les jeunes participants se trouvent à un âge où les choix préconisés se transforment en choix personnels, avec une remise en cause possible de certains aspects de leur éducation.

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5. Pratiques et usages linguistiques

5.1. Des pratiques adaptatives, différenciées selon la situation

Comme nous l'avons montré dans la première partie, les jeunes migrants pratiquent très généralement leurs langues d'origine ainsi que la langue d'accueil. C'est également le cas à la Réunion. Le semi-linguisme remarqué et déploré en collège par Pascale Prax-Dubois (2009) a été surmonté avec succès par les jeunes interviewés, élèves de lycée, natifs ou devenus francophones. La Réunion présente également la particularité d'un bilinguisme français-créole auquel sont soumis les jeunes mahoro-comoriens dès leur plus jeune âge ou leur arrivée.

Cette situation est résumée par Ibrahim, qui constate que les langues de communication avec ses amis sont « la langue qu'ils parlent : créole, avec mes amis réunionnais, mahorais avec mes parents » ; « Dans ma classe (de BTS) il n'y a que des créoles, je parle donc créole, dans la cour je retrouve parfois des amis avec qui je parle mahorais » « le créole est de plus en plus présent, on le parle à la maison entre frères » « les parents aiment bien qu'on parle français, cela leur permet de pratiquer (eux parlent plutôt le mahorais) »

Les parents profitent de l'intégration linguistique des enfants en français pour l'apprendre par rétro-socialisation, comme cela a été observé également en Métropole. Les enfants servent parfois d'interprète auprès des tiers, souvent plus simplement en famille, dans les situations quotidiennes « quand on regarde les feuilletons avec ma mère, si elle ne comprend pas quelque chose, on traduit » dit encore Ibrahim.

5.2. Le créole, première langue de communication affinitaire

Les trois quarts des jeunes participants déclarent parler le créole avec leurs amis, la majorité présente cette langue comme prioritaire dans ces échanges. Ils confirment que sa pratique est bien le sésame de leur acceptation par les Créoles.

Un quart des jeunes interrogés néanmoins, d'origine mahoraise, indique ne pas pratiquer le créole. Même si cela ne traduit pas automatiquement une volonté de non-intégration à la société

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réunionnaise, leurs projets d'avenir se situent « hors département ». Certains d'entre eux déclarent n'avoir pas d'amis créoles.

Ce n'est pas le cas des originaires des Comores, systématiquement créolophones. On peut supposer que la moins bonne transmission de la langue dans leur cas correspond à une arrivée généralement plus ancienne des parents, une difficulté plus grande à maintenir des liens proches avec leur île et leur pays d'origine, ainsi que des espoirs de retours peu nourris (voir §7, Avenir)

Si les Réunionnais les identifient comme des immigrés, dans le même sens que les Africains de Métropole, les pratiques linguistiques sont différentes, pas de langage propre utilisé en public (contrairement au "verlan" ou à l'arabe "ménager" des jeunes immigrants des banlieues françaises), pas d'expressions qui s'ajouteraient au langage vernaculaire des cours scolaires chez les jeunes mahoro-comoriens. L'intégration des jeunes Mahoro-Comoriens à la Réunion ne constitue pas un apport linguistique pour le créole, et ne semble pas devoir le faire dans le proche avenir.

5.3. La langue d'origine, préférence familiale et identitaire, à l'épreuve de l'environnement

La transmission linguistique est forte, particulièrement au sein des familles mahoraises. La langue identitaire, mahorais, comorien, parfois malgache (langues parlées à Mayotte, voir préambule) est utilisée quotidiennement par la plupart des jeunes interrogés. Ils y trouvent un élément de maintien des traditions au plan familial comme affinitaire.

Ceux qui se reconnaissent des origines duelles parlent souvent les deux langues, en famille et en fonction des origines de leurs amis ou de leur entourage. Le lieu de naissance ne semble pas avoir d'incidence non plus sur la pratique linguistique, mais plutôt l'intensité des liens identitaires.

Signe possible d'une certaine diminution du lien linguistique, certains participants, comme Ida déclarent parler « le créole avec mes frères et soeurs », situation de plus en plus fréquemment observée dans les familles. Dans des groupes communautaires aux origines linguistiques différentes, la langue réunionnaise est celle qui permet le lien en constituant le dénominateur commun.

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La langue vernaculaire est ainsi souvent associée au français et/ou aux idiomes identitaires dans les conversations avec l'entourage, sous l'influence de l'environnement local, signe possible d'une créolisation linguistique.

Ce phénomène est proche de celui observé chez les jeunes immigrants en métropole, mais n'entraîne pas à la Réunion la création d'un langage identitaire spécifique à la deuxième génération.

Chez certaines familles comoriennes, la transmission de la langue identitaire semble plus problématique. Les parents de Samia « Aimeraient bien nous apprendre le comorien, mais ce n'est pas évident ». Situation similaire chez Mariama « ma mère nous parle comorien de temps en temps, elle aimerait bien qu'on lui réponde en comorien, mais nous c'est surtout créole et français ». Un élément de plus qui indique que les jeunes comoriens malgré une différence identitaire un peu plus marquée avec la Réunion, s'intègrent plus.

Deux participants seulement, dont Saïd, né à Mayotte, disent ne communiquer qu'en « français partout et tout le temps ». Cette pratique restrictive est à mettre en relation avec un moindre attachement aux origines, et des projets hors Réunion.

Cela montre la relation intime entre la pratique linguistique et les liens avec les groupes sociaux auxquels les jeunes sont confrontés. La pratique du créole traduit une volonté, ou du moins une acceptation, de s'intégrer localement, fût-ce temporairement ; la langue identitaire étant surtout le support d'une socialisation communautaire. Dans ce cas le point commun devient logiquement la pratique du français.

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5.4. Les autres pratiques linguistiques

Au mahorais, comorien, malgache parlés avec l'entourage, le créole avec l'environnement social, le français scolaire et administratif, s'ajoutent souvent l'arabe religieux, puis les langues vivantes (rarement des langues mortes ou orientales) « anglais, espagnol en cours » (Ousseni), parfois allemand.

Plurilingues par nécessité, les jeunes migrants peuvent montrer un potentiel d'acquisition des langues étrangères « reçues » signalé en Métropole par Stéphanie Condon et Corinne Régnard (2010).

A la Réunion, le niveau scolaire et les filières de formation suivies limitent l'acquisition des langues étrangères. Les Sections Européennes ou de Langues Orientales (SELO), bilingues, même quand elles leur sont ouvertes, ne les attirent guère, peut être par crainte d'y essuyer un échec.

Ils se dirigent ainsi très rarement vers des études de spécialité linguistique. Lucidité ou sous-estimation de leurs capacités, leurs ambitions scolaires sont limitées autant dans l'apprentissage des langues étrangères que dans les choix de filières.

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6. L'avenir par l'école

6.1. L'école facteur d'intégration

L'école « républicaine » est certainement comme dans la plupart des lieux de migration, le premier moyen d'intégration des jeunes mahoro-comoriens. Pas de quartiers identitaires à la Réunion, mais un brassage scolaire avec la population locale, particulièrement dans les quartiers défavorisés, qui accueillent les migrants.

Cette différenciation par quartiers s'estompe avec l'arrivée au lycée qui regroupe des quartiers hétérogènes, parfois l'ensemble des jeunes d'une classe d'âge de la ville. Pour les élèves orientés en lycée professionnel (LP), le recrutement correspond ici comme ailleurs aux catégories défavorisées, sans distinction de population majoritaire ou immigrée.

6.2. Les projets d'avenir : d'abord réussir des études

Les jeunes participants pensent que pour les adultes mahoro-comoriens de la Réunion «l'école est une chance, que les parents n'ont pas eue, ils ont du quitter l'école tôt pour aider leurs parents» « Ils veulent qu'on réussisse parce qu'eux n'ont pas pu » estime Samia, et de préciser que « Ce n'est pas toujours dit clairement mais c'est pour les aider ensuite là-bas ».

Issus pour la plupart de milieux socioprofessionnels modestes, leur maîtrise du français est satisfaisante, comparable à celui des autres jeunes de leur entourage scolaire, suffisante pour s'insérer scolairement même si l'étude du CR-CSUR (voir Problématique, chapitre 2, §2) indique leur forte représentation parmi les apprenants en difficulté.

De manière générale, s'ils ne sont pas orientés dans les voies professionnelles (LP) leur niveau scolaire les conduit plus vers des classes d'enseignement technologique que générales. C'est le cas le plus fréquent pour les jeunes issus des catégories socioprofessionnelles (CSP) moins favorisées, à la Réunion comme en Métropole.

Ces filières débouchent plutôt sur des formations supérieures courtes de type BTS (Brevet de Technicien Supérieur) que sur un accès direct aux formations universitaires, où leur taux d'échec est très important (de l'ordre de 4% de réussite, chiffres de l'Université de la Réunion 2011).

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La moitié des jeunes mahoro-comoriens projette de poursuivre au delà, et le BTS constitue alors un détour nécessaire pour accéder à des formations de niveau supérieur.

Cela montre qu'ils ont bien intégré la nécessité d'une poursuite d'études après le baccalauréat pour obtenir une insertion professionnelle satisfaisante à la Réunion, comme en Métropole.

Ils sont peut-être plus lucides que les autres jeunes réunionnais sur le fait que le manque de diplômes conduit à des parcours de précarité et d'emplois aidés, comme l'a indiqué N. Roinsard (2007). Les jeunes mahoro-comoriens ne disposent généralement pas des réseaux et appuis institutionnels pour accéder à ces emplois, qui relèvent souvent d'une attribution affinitaire.

Logiquement, ils ne se dirigent pas vers la fonction publique territoriale, qui joue sur une logique de « préférence régionale » au bénéfice des originaires. Ceux qui annoncent des projets d'accès à la fonction publique d'Etat : « Aller à l'armée de terre » (Mohamed), sont également ceux comme Salima, qui envisagent leur avenir à l'extérieur de la Réunion « pouvoir intégrer l'école de Police » assumant le principe des affectations nationales.

Ils sont arrivés à un âge où les projets sont déjà teintés de pragmatisme, les directions envisagées sont cohérentes avec leur orientation scolaire ; ayant compris que la liberté n'est pas absolue mais signifie effectuer des choix parmi les alternatives possibles.

Ils ne tiennent pas, contrairement à de nombreux jeunes créoles et aux immigrés de métropole un discours désabusé ou négatif sur l'école, comptant au contraire sur elle pour réaliser leurs projets d'avenir. Salima estime que les Mahoro-Comoriens veulent « bien pouvoir travailler (à l'école) et avoir un bon métier plus tard ». Cette position communément annoncée ne se traduit néanmoins pas toujours par un investissement scolaire et des résultats suffisants.

6.3. Des projets localisés : retour aux sources ou migration secondaire plutôt qu'enracinement

Les deux tiers des participants mahorais indiquent leur intention de faire leur vie d'adulte à Mayotte plutôt qu'ailleurs. Pour « reprendre l'entreprise de mon père » dit Amina ; « Afin de participer au développement de mon île f...] j'aime mon pays » déclare Ida ; « Là-bas, je me sens chez moi, sans être jugée ni critiquée » estime Fatima qui explique qu'elle n'a « pas de problème avec le mode de vie réunionnais, c'est plutôt mes racines, ça va aller, on vit très bien là-bas » ; Ibrahim précise « toute ma famille se trouve là-bas ».

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Pour certains, le projet de « retour aux sources », tel que l'exprime Kaycha, est un rêve partagé avec des membres de la famille immigrée en Métropole ; elle précise que « Ce sera très enrichissant pour nous et nous avons tant de choses à construire à Mayotte ».

Cette vision est celle des jeunes qui ont gardé le contact et les liens les plus proches. Elle n'est pas partagée par tous « C'est mon origine, mais pas mon projet ; chez moi, c'est ici, ma mère veut y retourner, moi je n'irai pas » dit Salima qui ne veut pas rester à la Réunion pour autant et envisage plutôt de poursuivre ses études et sa vie en Métropole.

Près des deux tiers des participants envisagent également leur avenir en Métropole. Ceux qui annoncent des projets uniquement métropolitains sont ceux qui se sentent « un peu de tout », ou simplement français. Les autres la voient comme une alternative possible.

« En Métropole j'ai plus de chances d'avoir un emploi, car y'a beaucoup de choix par rapport à la Réunion » dit Salima. C'est aussi la possibilité de « découvrir de nouveaux horizons » pour Mohamed (né en Métropole), dans un « pays plus développé » pour Ousseni ; « plus facile pour communiquer et pour réussir » selon Madi ; une « plus large étendue de choix » qui attire Saïd. Certains de leurs projets sportifs, d'études ou professionnels ne peuvent en effet se réaliser qu'en Métropole.

Leurs arguments sont fondés, mais on peut néanmoins se demander si, pour nombre d'entre eux, la vision de la Métropole, comme celle de l'île d'origine ne sont pas un peu idéalisées.

Qu'ils soient natifs ou pas de la Réunion, aucun n'indique qu'il souhaite y réaliser ses rêves d'avenir plutôt qu'ailleurs. Pour un quart des participants, la Réunion apparaît dans le discours, mais simplement comme une alternative avec la métropole ou leur île. Que leurs projets d'éloignement se concrétisent ou non, cela montre en tout état de cause que les jeunes Mahoro-Comoriens ne considèrent pas leur intégration comme satisfaisante et épanouissante.

Aucun des jeunes participants n'envisage de projet sur les Comores, même les originaires. Cela constitue également une différence entre les jeunes mahorais et comoriens. Des familles établies à la Réunion depuis plus longtemps, un plus fort différentiel de niveau de vie peuvent expliquer ces choix.

Dans tous les cas leur projet est français, personne parmi eux ne signale d'intention d'aller s'établir à l'étranger.

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6.4. Une décision autonome

La majorité des participants estiment comme Amina que leurs projets ne sont pas influencés par leurs parents, mais relèvent d'un « choix personnel » ; « Personne ne m'influence » indique Saïd ; « Au contraire, ils acceptent mes choix et appuient mes décisions » explique Fatima.

Ils considèrent qu'en règle générale, les parents les soutiennent dans leur projet, leur action consiste à « m'aider à le réaliser » précise Amina. Salima affirme que « Les parents sont là pour t'encourager et non t'influencer à faire ce que t'as pas envie de faire »

D'autres reconnaissent que certains choix peuvent être « un peu » influencés, Kaycha, qui souhaitait devenir architecte a embrassé la carrière juridique suivant le conseil de sa mère ; Mariama, élève en Terminale précise que « ma mère préférerait que je reste encore 2 ans à la Réunion » et qu'elle préparera un BTS sur place avant de partir.

Enfin, quelques uns ont un avenir tracé pour eux par leurs parents : « Là bas aussi, je suis chez moi, ma famille est bien établie, ça va » indique Fatima. Pour Ibrahim, cela va plus loin : « mes parents ont déjà construit des maisons pour nous » à Mayotte, dit-il.

Un discours pas très différent au final de celui des jeunes réunionnais ou métropolitains, entre souhaits de liberté, contraintes matérielles et conseils parentaux, plutôt de bon sens et apparemment exempts de déterminisme.

On peut se demander si une telle autonomie de décision serait possible dans le contexte plus traditionnel et contraignant de leurs îles d'origine, présentant à la fois moins d'opportunités et peut-être moins de latitude individuelle.

Comme ailleurs leurs projets d'adultes ne vont pas sans un petit pincement affectif, notamment pour les filles, partir ailleurs que dans son île implique de quitter le milieu familial : « je ne sais pas si je pourrais quitter mes parents, ils me manqueraient trop ! » réalise Karima la Mahoraise, tout comme Samia la Comorienne, interrogées à des moments différents.

Migrants ou non, ces adolescent(e)s sont à la fois aventureux, plus certainement que leurs homologues réunionnais, mais tout aussi sensibles et fragiles.

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7. Les relations familiales à la Réunion

7.1. Des familles étendues, très présentes, garantes de la tradition

Les familles des migrants mahoro-comoriens sont souvent nombreuses à la Réunion. Le foyer ne se limite pas à la famille nucléaire, mais s'élargit souvent à la famille étendue. Ibrahim indique « j'ai un cousin qui est venu faire des études à la fac, il habite chez nous ». Chez Salima ils sont quatre enfants, plus 3 cousins. La mère, seule adulte, doit s'occuper d'une maisonnée de huit personnes : « On les a récupérés ici : 2 cousines et leur frère, leur mère est à Mayotte, paralysée, et ma mère ne travaille pas ». La notion de « cousin » doit parfois être prise dans un sens élargi, il ne s'agit pas toujours de cousins issus de germains.

Lors des entretiens, quand les participants ont évoqué ces cas de familles monoparentales où seule la mère est présente, on sent derrière les discours la référence à la culture traditionnelle : il est important d'avoir un homme pour diriger la maison « « Cela change beaucoup : s'il n'y a pas de mari, le grand frère assure le rôle de papa et grand frère » explique Fatima, Salima renchérit : « j'ai des conflits fréquents avec ma mère, ce serait différent s'il y avait un frère », « tu as de la chance d'avoir tes deux parents avec toi ».

Faute de père, c'est parfois l'entourage familial élargi qui assure une assistance de contrôle et d'éducation, une pression sociale communautaire. « Les Mahorais sont solidaires entre eux, c'est naturel et nécessaire » signale Fatima. Cette solidarité s'exerce plus volontiers entre membres d'une même famille, d'un même village d'origine « le village c'est la famille », avec une certaine méfiance envers ceux qu'on ne connaît pas, ceux de l'extérieur : à la Réunion, comme à Mayotte « c'est dur, si tu ne connais pas déjà un groupe de Mahorais, tu ne vas pas aller vers eux » « ce n'est pas des clans, c'est la famille » précise Salima. Une logique qui dénote un mode de fonctionnement encore traditionnel.

Ce n'est pas le cas de tous les jeunes, on peut considérer que plus la famille est moderne, c'est à dire professionnellement intégrée et proche des standards occidentaux en termes d'habitat, moins la famille élargie est nécessaire et prégnante.

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7.2. Les femmes dans l'immigration

Faire des études dit Mariama (Comorienne) « C'est aussi pour éviter aux filles de devoir se marier par intérêt » « Même ici à la Réunion, cela peut arriver » Mariages arrangés, mariages d'intérêt (familial ?) les choses ne sont pas dites clairement, mais il semble que la venue à la Réunion peut constituer pour les jeunes mahoro-comoriennes l'opportunité d'une émancipation qu'une société plus traditionnelle, où les rôles sociaux sont plus figés, ne permet que dans une moindre mesure.

« Je voudrais me marier, mais mes parents me disent qu'il vaut mieux que je termine mes études et que je trouve du travail d'abord » : cette déclaration d'Izati (Mahoro-Comorienne) montre que les parents migrants évoluent eux-aussi vers une plus grande autonomie des femmes dans la société.

Rappelons que si la société mahoraise est matrilinéaire, et par certains aspects matriarcale (le mari peut être rejeté en cas de faute), la tradition musulmane impose néanmoins aux femmes une certaine soumission et un rôle domestique souvent prépondérant. Actuellement le taux d'emploi des femmes mahoro-comoriennes à la Réunion est très faible, la plupart devant se contenter de ressources issues des aides sociales (données INSEE).

7.3. Endogamie et amitiés identitaires

Kaycha constate que sa « famille en métropole a fait sa vie avec des gens de métropole ». Sa mère préfèrerait qu'elle soit avec un Mahorais, avec qui elle aurait « plus de choses à partager ». A commencer par la religion, importante, mais « plus pour les parents que pour les jeunes » « Eux sont plus partagés : certains pensent que faire sa vie avec un créole, pourquoi pas, mais il devra faire la démarche de s'intégrer avec les Mahorais » (c'est à dire se convertir à l'Islam).

Effectivement, la famille veille : « Mes parents trouvent que je suis trop jeune pour avoir un mec », constate Samia, 18 ans, et « quand ce sera le moment (ouuh, dans longtemps...) ils n'imagineraient pas autre chose qu'un Comorien !»

« Les Créoles et les Mahorais ne sont pas si différents » dit Kaycha comme un espoir.

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Ces différences leur semblent pourtant parfois irréductibles : Samia pense que dans le regard des créoles « on sera toujours des Comoriens ou Mahorais, pas des Créoles» ; « même si on est nées ici » renchérit Mariama « Nos enfants non plus ne seront pas créoles ». Et dans le cas où elle épouserait un Créole « ouf ! là c'est mes parents qui ne pourraient pas l'imaginer ! »

Vision plus traditionnelle ou stratégie défensive face à l'hostilité ressentie, l'endogamie est fortement préconisée par les parents mahoro-comoriens à la Réunion. C'est moins vrai pour les jeunes qui affichent une plus grande ouverture, à l'exemple de leurs familles en Métropole.

Les « flirts » entre élèves dans les établissements scolaires, fréquents en lycée chez les jeunes de la population majoritaire, ne s'observent pas chez les Mahoro-Comoriens.

Les liens amicaux, forts, peu nombreux chez les filles sont identitaires ; plus nombreux, plus diffus et ouverts pour les garçons. Ce dernier élément correspond au modèle décrit en Métropole par Dominique Pasquier (op. cité, 2005).

7.4. Entre conformité et conformation :

« Normalement (la tradition et la religion) c'est important, mais les jeunes d'aujourd'hui ne respectent plus rien, quoi » remarque Salima, qui note néanmoins que « ça dépend des jeunes, certains plus, d'autres moins, même à Mayotte ».

Loin du pays d'origine, des évolutions qui semblent naturelles quand on les vit au jour le jour font l'objet de réticences et de réprobation, comme si le pays devait rester un sanctuaire de l'identité. « Même le ramadan, il y a des gens qui ne le font pas ; même à Mayotte, certains jeunes ne le font pas ! » précise encore Salima, choquée.

S'il est un refrain maintes fois repris dans tous les groupes sociaux, la perte des valeurs traditionnelles acquiert une acuité particulière chez les migrants qui craignent dans cette évolution une perte de leur culture et leurs repères identitaires.

Il est vrai que les évolutions de la société d'origine déformées par le prisme du temps et de la distance ne sont pas toujours perçues clairement par les émigrés, qui sont parfois tentés de se réfugier dans une tradition idéalisée et moins évolutive que les cultures présentes ou passées auxquelles ils se référent.

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Les jeunes mahoro-comoriens ne font naturellement pas exception. Leur évolution comme celle des autres jeunes migrants est impulsée par l'exemple et la pression de leur environnement. Entre conformité au modèle identitaire de l'entourage et une nécessaire conformation au mode de vie de la société d'accueil, ils doivent s'arranger, négocier, trouver des voies de structuration de leur identité.

« Les parents sont toujours là, hein », précise Salima ; malgré cela « les jeunes s'en foutent, ils veulent faire comme les autres ». Fatima constate ainsi que « Quand les jeunes arrivent ils ne respectent plus les coutumes. »

Les jeunes mahoro-comoriens pensent que ces évolutions ne se font « Pas par pression sociale, mais par choix ». A la différence des sociétés traditionnelles, la force des groupes modernes est de laisser croire aux jeunes qu'ils s'y conforment par choix individuel et non par déterminisme social (Pasquier D. 2005 op. cité)

On peut en conclure qu'à l'instar de la société réunionnaise les familles mahoro-comoriennes sont en cours d'évolution entre tradition et modernité, et s'aménagent eux-aussi une « modernité réunionnaise » Watin, M. (2002) hybride entre passé et avenir. Pourtant leur cas est particulier dans l'histoire des créoles réunionnais.

7.5. Une créolisation non obligée, (donc) partielle

La France s'est construite au fil du temps et des immigrations, en intégrant des gens que la population majoritaire ne pensait pas pouvoir acculturer. La Réunion est une mosaïque de peuples disparates à l'origine, réunis par la créolité, du fait que leur intégration était inéluctable, qu'ils n'avaient pas d'autre choix possible.

L'immigration des Mahoro-Comoriens en terre réunionnaise n'est pas subie comme l'a été celle des groupes ethniques précédents, la douleur et la contrainte inhérents à la créolisation appartiennent aux générations passées, à une histoire et une mémoire qu'ils ne partagent pas.

Les jeunes mahorais ne se sentent pas prisonniers de leur pays d'accueil, pas arrivés au bout de leur parcours spatial. Par rapport aux créoles et aux immigrés métropolitains, ils doivent intégrer la dimension supplémentaire d'être des migrants, de se trouver en transition entre une culture identitaire traditionnelle et un projet de retour vers Mayotte ou d'émigration secondaire vers la Métropole.

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Dans les immigrations récentes les problématiques semblent comporter des paramètres différents. Si certains migrants sont venus s'implanter, par choix ou par manque d'alternative, d'autres ne sont « que » des migrants, des passagers des vents de l'histoire ou des chasseurs d'opportunités. Leur intégration ne peut être que partielle, avec réserves, imparfaite dans le sens d'inachevée et destinée à le rester. C'est l'esprit dans lequel se trouvent les jeunes mahorais de la Réunion.

Si on considère la créolisation comme une fusion qui n'exclut pas le maintien de racines identitaires, la démarche des jeunes mahorais n'étant pas fusionnelle, n'est pas une vraie créolisation ; leurs racines identitaires sont et resteront certainement prépondérantes par rapport à leur identité réunionnaise.

Ne se considérant pas vraiment comme des immigrants à la Réunion, mais plutôt des migrants, leur créolisation est inconclusive. Un Créole est Créole avant d'être Français, les participants mahorais resteront tels plutôt que de se sentir Créoles.

Si leurs projets de mobilité ultérieure se concrétisent, ils ne seront créolisés que de manière transitoire et ne s'en réclameront certainement pas sur leur lieu d'implantation finale. Cela pourrait rester vrai pour leur génération même s'ils devaient finalement rester à la Réunion.

Cette analyse est certainement moins vraie pour les jeunes Comoriens. Leur créolisation semble finalement plus évidente. Eux n'envisagent pas de retour, ils n'ont pour alternatives que rester à la Réunion et se créoliser, fusionner en négociant leur part d'identité originelle et leur part d'acculturation, ou sinon partir pour la Métropole où leur identité française viendra de la Réunion.

7.6. Des migrants plutôt que des immigrants ?

Les jeunes mahoro-comoriens semblent être des migrants plutôt que des immigrants à la Réunion. Au delà des intentions affichées par les jeunes participants et des discours parentaux sous-jacents, cette conclusion est étayée par les mouvements migratoires observés entre les deux îles : un solde migratoire négatif, signe de retours constaté par l'INSEE dans la Revue «Économie de La Réunion» N° 136 - mai 2010 :

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« La migration [...] qui prenait de l'ampleur entre 1990 et 1999 s'est brutalement inversée. Il y a maintenant plus de départs que d'arrivées et le solde est négatif de 1700 personnes avec Mayotte. Le courant migratoire mahorais reste assez équilibré selon le sexe, mais se caractérise par des sorties nettes principalement parmi les jeunes âgés de 15 à 34 ans (- 1200) »

« Pour les Mahorais, la pyramide des âges se caractérise par un effondrement des effectifs au-delà de 20 ans, notamment pour les hommes mais aussi pour les femmes. Il semble que la plupart des migrants mahorais présents en 1999 ont quitté La Réunion, soit pour retourner à Mayotte, soit pour aller en métropole. » Les projets d'avenir annoncés par les participants s'inscrivent ainsi dans la continuité des observations statistiques.

Il semble que cette analyse peut s'appliquer également pour les parents Mahorais, du moins en termes d'intentions. C'est certainement beaucoup moins vrai pour les Comoriens, qui n'envisagent pas de retour ; la migration secondaire vers la Métropole étant plutôt le fait des jeunes, moins liés par la proximité géographique.

Ces conclusions confirmeraient l'avis d'Izati, (exprimé au §1) sur la dynamique de migration des adultes Mahorais, d'immigration des parents Comoriens. Par contre, les jeunes Comoriens s'inscriraient comme les Mahorais dans une logique migratoire.

Les étudiants comoriens, venus jeunes adultes pour la durée de leurs études, semblent suivre une dynamique différente « Beaucoup de comoriens viennent ici pour leurs études, aux Comores le choix est moindre et il est avantageux d'avoir un diplôme français, c'est valorisé » explique Ali.

Pour les Comoriens les équivalences de diplôme ne sont pas automatiques ni totales, il faut souvent repasser des matières pour intégrer le cursus. Les étudiants comoriens se retrouvent souvent en difficulté. Leur objectif est d'éviter l'échec ; s'ils n'y arrivent pas à la Réunion, ils vont tenter de réussir en métropole. Ali précise qu' « Ils ne peuvent pas revenir en situation d'échec, le retour doit se faire avec des éléments de réussite ». Une analyse partagée par certains étudiants africains en Métropole.

Les espoirs et les coûts très importants que leur formation outre-mer implique, font qu'ils peuvent parfois se retrouver « piégés », immigrants malgré eux, le temps de pouvoir afficher une réussite qui leur permette de retourner dans leur pays la tête haute, parfois définitivement émigrés.

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Munis de cette clé d'analyse, commune à de nombreux migrants, il semblerait risqué de considérer que les déclarations des jeunes participants se réaliseront toujours. Le retour est un objectif mais aussi un mythe pour de nombreux immigrés, dans la plupart des pays ; l'entourage attend que le migrant revienne en vainqueur.

Or à la Réunion, les immigrants mahoro-comoriens sont généralement peu diplômés, moins que la moyenne de la population mahoraise, il leur est d'autant plus difficile de réussir dans l'environnement réunionnais fortement marqué par le chômage et peu enclin à insérer les derniers allogènes.

Le retour des parents ne se concrétisera donc pas toujours, et avec lui celui des enfants « je ne suis pas sûre de pouvoir quitter mes parents » réalise Ida, « en fait, je ne sais pas trop ce que je vais faire ni où aller quand j'aurai fini mes études ».

Les jeunes, on l'a noté, se disent moins endogamiques que les parents : « il est encore trop tôt, mais le jour où je leur présenterai quelqu'un, ils penseront que le plus important c'est que je sois heureuse » dit encore Ida. Or les ménages mixtes ne s'établissent généralement pas dans le pays d'émigration.

Que pouvons-nous en conclure, si ce n'est que l'intention de reprendre la migration est dans la tête des jeunes Mahoro-Comoriens, mais que leur créolisation est en cours.

Qu'ils s'établissent « ici ou là-bas » ou encore en Métropole, leur identité sera façonnée par leur vie réunionnaise, créolisés même s'ils ne s'en réclament pas.

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Chapitre 2 - LES JEUNES MAHORO-COMORIENS et les COMMUNICATIONS (télécommunications, TIC)

1. Maintenir les relations avec le pays ou la culture d'origine

Des relations régulières, une solidarité avec les proches restés au pays, un maintien des liens qui permet le retour : les relations avec les proches restés au pays sont une constante de la plupart des migrants, dans les pays occidentaux.

Sur ce point les mahoro-comoriens de la Réunion, « immigrés de l'intérieur » ou d'un pays voisin ne dérogent pas à la règle.

1.1. Les télécommunications :

Comme nous l'avons vu, les taux d'équipement en postes fixes et mobiles sont importants à la Réunion et notamment chez les mahoro-comoriens.

1.1.1. Le téléphone fixe

Le téléphone fixe est certainement la pratique privilégiée, chaque foyer ou presque est équipé d'un poste familial, appareil communautaire à la Réunion comme au pays, souvent à la disposition de la famille étendue. Faute d'études spécifiques sur les Mahorais et Comoriens, nous nous contenterons du panorama dressé par les jeunes participants à la recherche, et l'étude IPSOS citée.

La famille dispose d'un abonnement illimité vers Mayotte, ou à défaut utilise des cartes prépayées. Vers les Comores, où ce type d'abonnement n'existe pas, la solution carte est nécessaire pour limiter et contrôler les coûts d'appel.

Samia présente la situation commune à la plupart des familles : « les parents appellent souvent (tous les jours ou presque), ils sont toujours en contact. S'il se passe quelque chose ils peuvent réagir immédiatement ». Les appels se font sur le poste fixe avec une carte prépayée, ou avec le mobile. On appelle la maison familiale, « les cousins se déplacent s'ils veulent nous parler ».

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Les appels sont généralement sortants, « ils nous bippent s'ils veulent qu'on rappelle », rarement entrants « ils appellent parfois, surtout s'il y a un problème : santé de la grand-mère, ou besoin d'envoyer de l'argent » constate Ibrahim.

Comme en Métropole, les migrants sont considérés par la famille originelle comme des privilégiés ayant réussi là où eux ne le peuvent pas. Ils ont donc « naturellement » un devoir de solidarité même quand leurs conditions de vie sont précaires.

A la Réunion comme ailleurs, les émigrés doivent donner une image de réussite et de générosité correspondant à la représentation que la famille se fait du pays d'immigration et des opportunités dont on bénéficie. Si la Réunion « c'est l'Amérique » (Samia), on attend un peu des Mahoro-Comoriens « Réunionnais » qu'ils se comportent en « oncles d'Amérique »

1.1.2. Le téléphone portable :

Chacun, adulte ou enfant dispose généralement de son portable personnel, suivant les moyens de la famille, ils peuvent disposer d'un abonnement leur permettant d'appeler Mayotte en illimité, ou seulement de recharges.

« Quand on est nombreux, c'est difficile de payer un abonnement pour chacun ; au besoin on utilise le téléphone des parents (même le mobile) » « Pour payer, les jeunes font des petits boulots (tressage des cheveux...), ou s'ils ont une bourse (étudiants en BTS), ils payent eux mêmes. » raconte Salima, et Fatima précise « Si les parents sont aisés, ils payent ».

Parfois la famille mutualise un portable ou une puce pour appeler la famille. Chez Ibrahim, les jeunes utilisent le portable destiné aux appels à Mayotte quand ils en ont besoin : «celui qui veut appeler le prend »

Les jeunes qui en ont la possibilité entretiennent des contacts réguliers avec les proches restés au pays, principalement avec les jeunes, par des appels sortants ou entrants, par des sms selon les habitudes et les moyens de chacun.

Des pratiques peu différentes de celles des immigrants métropolitains, dans la mesure où ils ont gardé leurs liens originels.

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1.1.3. Les communications numériques

Les communications par Internet (skype par exemple) sont difficiles avec les pays d'origine : Cela implique la possession d'un ordinateur et d'un accès au Net « A Mayotte ils sont équipés, mais c'est du très bas débit, connexion très lente » « bas de gamme » il faut« 1 heure pour afficher la page (de la messagerie) là bas, pas de haut débit » dit Fatima.

Quant aux Comores « Internet ne passe que sur Moroni, donc pour facebook ou msn, ce n'est qu'avec ceux qui habitent la capitale » explique Samia.

Le moyen de communication utilisé dépend ainsi du lieu et du correspondant « l'ordinateur c'est les modernes plus que les anciens, les jeunes plutôt que les parents » « avec la France, on communique par Internet, avec Mayotte, on téléphone » dit Salima.

Certains appels se font par plaisir, mais « Avec les gens de la génération des parents, c'est plus difficile ; ils nous font la morale : travailler à l'école, préparer notre avenir... Nous on communique plutôt par blagues (entre jeunes) » explique Ibrahim, « (les anciens) on les appelle pour avoir des nouvelles, pour les occasions importantes ».

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1.2. Les autres moyens de maintien de la communication

D'après les témoignages des jeunes participants, le courrier postal n'est plus utilisé, tout comme les envois de cassettes enregistrées, si tant est qu'il y en ait eu. Il est effectivement plus facile, plus rapide et plus interactif de téléphoner, d'envoyer des textos ou des courriels quand les réseaux le permettent.

Les envois de colis ne passent pas non plus par la poste ou les opérateurs privés, coûteux, mais plutôt par la voie affinitaire : parents ou amis se rendant au pays les emportent dans leurs bagages.

1.3. Les déplacements :

La fréquence des voyages vers le pays d'origine est très différente d'une famille à l'autre, certains jeunes s'y rendent régulièrement en vacances, d'autres rarement, voire jamais. Il semble difficile d'établir une corrélation entre les séjours effectués et les projets de retour ou non. Ceux-ci semblent s'intégrer dans une logique plus globale de maintien des liens affectifs avec la famille d'origine et à travers elle, avec le pays. Les voyages n'en constituant qu'un élément. Dans un certain nombre de familles, ce sont plutôt les parents qui rendent visite à la famille restée sur leur île, notamment en cas d'affaires à gérer ou de problèmes de santé chez les ascendants.

Comme nous l'avons signalé, les Mahoro-Comoriens à la Réunion accueillent chez elles les membres de la famille habitant au pays qui viennent à la Réunion, temporairement ou plus durablement. L'attribution de logements sociaux est généralement longue et difficile, le recours à la famille locale s'impose. Cela fait partie de la solidarité envers la famille originelle au prix parfois de conditions d'habitation difficiles. Il s'agit ici encore d'un point de rapprochement avec la plupart des migrants.

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2. Les pratiques médiatiques

2.1. Information et distraction : priorité à la télévision

Premier média d'information des jeunes mahoro-comoriens, ils se disent tous téléspectateurs réguliers, plus ou moins grands consommateurs. Plus de la moitié d'entre eux suit le journal télévisé (JT) mahorais et/ou comorien sur les chaînes à abonnement. Une majorité suit le JT réunionnais et/ou national, et souvent les deux.

Les JT sont regardés ensemble, Fatima ajoute que « C'est un moyen de communication pour les familles ».

Cela occupe une partie importante de leur temps de téléspectateur, en moyenne trois heures et demie quotidiennes en semaine ; le double, sept heures par jour déclarées le week-end. On regarde « beaucoup, la Tv est allumée en permanence, donc tu es obligée de regarder » dit Samia, « et le week-end on regarde encore plus, on a plus de temps ».

Les autres programmes suivis par les filles sont principalement les séries et « telenovelas », « on ne les rate jamais, si elles tombent en même temps, on enregistre ! » souvent en compagnie de la mère pour qui télévision et radio peuvent permettre de mieux connaître une langue et une culture qui leur sont parfois encore étrangers, ce qui n'est pas le cas des jeunes « quand elle ne comprend pas bien le français, on lui traduit » explique Ibrahim.

Cela peut-aussi être l'occasion de faire passer des éléments de culture ou des valeurs aux enfants « elle aime bien Bollywood, les rôles sociaux sont clairs, les filles savent se tenir, les gens sont bien élevés... ça correspond aux normes musulmanes » précise encore Ibrahim.

Les garçons se disent plus attirés par les reportages, les films et le sport.

Cette information est à rapprocher des chiffres nettement inférieurs donnés par les jeunes créoles : un sur huit seulement regarde le JT ; ils suivent des émissions pendant une heure et demie et quatre heures et demie respectivement, avec une préférence annoncée pour les reportages et la téléréalité, qui ne semble pas attirer les Mahoro-Comoriens.

On peut donc considérer que les jeunes Mahoro-Comoriens sont mieux informés et sur ce point plus ouverts que leurs homologues Créoles.

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2.2. Les autres médias : sous-utilisation

2.2.1. Sous-consommation de radio, distraction ou information

Les jeunes Mahoro-Comoriens dans leur majorité ne sont pas des auditeurs réguliers. Ceux qui le sont annoncent une heure et quart d'écoute quotidienne en moyenne en semaine, deux heures et quart le week-end. Dans le même temps, les jeunes créoles sont des auditeurs fidèles dans cinq cas sur six et annoncent des durées d'écoute de deux heures et demie et cinq heures respectivement.

Ecouter la radio ? « C'est rare, parfois, si on n'a rien à faire », plutôt NRJ (ou autres chaînes à public jeune) « Ah, et freedom-dom-dom en voiture avec les parents ! » l'avis de Mariama et Samia est représentatif de celui de leurs camarades ; « radio la-di, la-fe » (radio ragots, en créole) précisent-elles encore en riant.

Freedom est écoutée par les jeunes Mahoro-Comoriens deux fois plus souvent qu'NRJ, quand les jeunes créoles donnent leur préférence à NRJ ou Exo-FM deux fois plus souvent qu'à Freedom.

Radio Freedom est la radio « créole » emblématique de la Réunion, elle propose des émissions et services de proximité, des actualités locales « chaudes » en direct, avec une forte interactivité des auditeurs, en termes d'information locale (trafic routier, mouvements sociaux...) et d'opinion. Cet émetteur populaire, véritable espace public pour les auditeurs et précieux en cas de perturbations, est le préféré des réunionnais (40% des auditeurs, soit 4 fois plus que les suivantes -Mesure Métridom décembre 2011).

L'intérêt de la radio pour les participants mahoro-comoriens est principalement de se distraire. Elle n'a pas pour eux de visée intégrative ni même informative, ce dernier rôle étant plutôt dévolu à la télévision, parfois à Internet.

Ils ne se sentent pas concernés par les mouvements sociaux réunionnais « ça ne changera rien (pour nous) » estiment Salima et Fatima. Kaycha précise qu'elle ne suit guère les informations à la radio que « quand il y a des évènements » (à Mayotte) et dans ce cas, écoute Freedom.

Il existait une radio mahoraise (Radio Mayotte Jeunesse - RMJ) à la Réunion avant la réattribution des fréquences en novembre 2011, mais elle n'émet plus depuis cette date, signe de la fragilité des médias identitaires, sur l'île comme en Métropole.

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Aucun des jeunes interrogés, mahorais, comorien ou créole ne participe aux émissions de radio ni de télévision par des votes ou des contacts, considérant qu'il y a « arnaque » (Madi), qu'« on y perd toutes ses unités » (Izati).

L'une des participantes est fière d'avoir été le sujet d'un reportage : « une fois j'ai été interviewée par Télé Comores, avec mon association » dit Mariama. Il faut effectivement que le média aille à la rencontre des jeunes Mahoro-Comoriens, comme de leurs parents pour qu'il y ait interactivité. Cela ne fait manifestement pas partie de leur culture identitaire, ni en tant que jeunes.

2.2.2. Pas de presse quotidienne, peu ou pas de presse magazine 2.2.2.1. La presse quotidienne régionale (PQR)

Elle est représentée à la Réunion par trois titres dont deux généralistes (le JIR -Journal de l'Île de la Réunion-, et le Quotidien) ainsi que Témoignages, organe d'informations générales du PCR-Parti Communiste Réunionnais).

Aucun des jeunes mahoro-comoriens participant à la recherche ne lit la PQR, ou très exceptionnellement. Les nouvelles locales ne concernent généralement pas leur communauté et ils ne se sentent pas très concernés par les autres nouvelles locales.

Cette pratique diffère de celle des jeunes créoles. Un tiers d'entre eux affirme lire la PQR réunionnaise chaque semaine (fréquence corrélée à celle des suppléments TV ou magazine femme), ou plus souvent. Les deux tiers néanmoins avouent ne consulter la PQR que rarement ou jamais « le journal, c'est pour les vieux » (résultats obtenus auprès de la classe « témoin » réunionnaise en avril 2012, voir méthodologie)

Une participante, étudiante à l'Université, signale être abonnée à un journal mahorais en ligne « Zaleo » (newsletter zaleo.mayottehebdo.com/ - Mayotte)

2.2.2.2. Les magazines

Les jeunes mahoro-comoriens ne sont pas des lecteurs de magazines, aucun d'entre eux ne consomme de presse nationale ou internationale, pas plus que de leur île d'origine. Rares sont ceux qui consultent les magazines locaux, les seuls titres cités sont des magazines de programmes télévisuels. Plusieurs précisent qu'ils en lisaient « avant ».

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Aucun ne cite de presse féminine ou « people ». Salima et Fatima précisent « J'en ai déjà vu un », « Moi c'est quand je vais chez le médecin ».

Cela constitue encore une différence par rapport à leurs camarades créoles (classe « témoin ») qui sont majoritairement lecteurs de magazines télévisuels ou féminins locaux (souvent en supplément hebdomadaire de la PQR) ; un tiers d'entre eux dit lire également la presse magazine nationale et internationale, particulièrement la presse féminine ou « people ».

2.2.3. Affichages communautaires, événementiels, discrets et peu fréquents

S'ils sont nombreux à penser qu'il conviendrait de mieux faire connaître leur culture, force est de constater la discrétion qui caractérise leurs évènementiels : les galas de danses traditionnelles ne sont pas médiatisés, connus seulement de la communauté et de rares invités ; les rares opérations relationnelles des associations d'étudiants ne sont annoncées que par quelques affichettes placées sur le campus. Il existe une fédération des associations mahoraises à la Réunion (SORODA), devenue « Fédération des Associations Mahoraises Actives de la Réunion (FAMAR) », le 16 avril 2012 (déclaration en Préfecture de Saint Denis), mais ses actions sont assez peu médiatisées.

2.3. Des pratiques médiatiques spécifiques

En termes de pratiques médiatiques, on peut dire que les jeunes Mahorais et Comoriens sont peu adeptes de l'imprimé mais se comportent en téléspectateurs réguliers et intéressés, pour son intérêt informatif, culturel et distrayant, mais aussi en tant que moyen de partager des instants en famille.

La radio vient en relais de ces rôles, mais très en retrait.

Aucune interactivité de la part des Mahorais comme des Comoriens. Ils ne prennent ni la plume ni la parole et n'interviennent aucunement dans l'espace public médiatique, sauf parfois en tant que sujet de société, comme l'ont indiqué les recherches citées en première partie.

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Il n'existe pas, ou plus de médias identitaires pour eux à la Réunion, qui ne peuvent donc pas remplir de fonction communautaire, rôle dévolu aux associations.

Même si les technologies numériques leur permettent d'accéder aux informations de leurs îles d'origine, elles ne sont pas utilisées pour une démarche volontaire d'engagement : pas de souhait exprimé de participer à distance ou dans l'avenir à la vie publique de leur communauté d'origine.

Les fonctions intégratrices des médias sont plus intéressantes : apprentissage de la langue, bain culturel créole, français et global, elles constituent des possibilités d'apprentissage de la langue française et créole dans une moindre mesure ; ainsi qu'un moteur d'évolution de leurs conceptions sociales, en les accoutumant à d'autres modes de vie et de pensée.

Cette dernière analyse est surtout vraie pour les parents, elle donne en cela un rôle d'initiateur, de prescripteur (en termes d'équipements), parfois d'interprète « on traduit, on leur explique les feuilletons » (Ibrahim). L'enfant devenu médiateur entre ses parents et la société d'accueil sur le plan linguistique et parfois culturel, acteur d'une rétrosocialisation observée aussi en Métropole, peut ainsi s'émanciper et devenir un interlocuteur et non plus simplement un apprenant des traditions établies, ce qui fait évoluer les relations familiales.

Par contrecoup, cela facilite leur intégration dans la société créole où les jeunes ont désormais des possibilités d'expression et de prescription importantes.

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3. Les usages des TIC par les jeunes Mahoro-Comoriens

L'équipement en ordinateurs portables (programme Plan Ordinateur Portable -POP- de la Région Réunion depuis 2010) des lycéens en classe de seconde (lycée général, technologique ou professionnel) a permis aux jeunes d'accéder à un équipement personnel, hors du contrôle direct des parents. Ici comme ailleurs, les jeunes sont souvent les initiateurs des parents aux TIC.

3.1. Des appartenances complémentaires

Les technologies numériques peuvent servir à favoriser l'acquisition de l'information, de la culture ou être utilisées en tant que moyen de contact.

Les jeunes Mahoro-Comoriens s'informent en priorité par la télévision, acquièrent et enrichissent leur culture par l'école sur le plan didactique, et par le réseau identitaire en termes de tradition et de religion. Ils utilisent donc les TIC d'abord pour communiquer. Pour eux les technologies numériques représentent surtout du lien.

Comme nous l'avons montré, les réseaux amicaux des jeunes mahoro-comoriens sont composés suivant leur logique affinitaire : d'abord la famille, les groupes identitaires, mais aussi les jeunes créoles. Pour leurs interactions sociales, ils utilisent les moyens habituels des adolescents occidentaux.

Avant même de recourir aux moyens de communication téléphoniques ou numériques, leur premier mode de communication est le contact direct, évoqué par tous les participants. Cet élément, qui peut sembler une évidence, montre simplement que les contacts de proximité sont prépondérants par rapport aux relations à distance. Cela est normal pour des adolescents, pour qui l'influence de leurs pairs, et particulièrement des groupes d'appartenance de proximité est prépondérant.

Dans le cas des jeunes mahoro-comoriens, ces groupes s'inscrivent dans le contexte relationnel du quartier dans lequel ils habitent, dont l'importance a été signalée par M. Watin (op. cité), mais dans une moindre mesure que les jeunes créoles.

Cette intégration géographique est généralement renforcée par le contexte scolaire (qui peut devenir distinct du quartier à partir du lycée).

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Le troisième groupe de référence et d'amitié est constitué par les groupes identitaires. Nous avons noté que les groupes identitaires sont dans la plupart des cas reconstitués en milieu scolaire et associatif au delà des quartiers d'habitation.

Une triple allégeance donc pour ces jeunes, qui se traduit dans leurs contacts téléphoniques et numériques.

Les jeunes mahoro-comoriens disposent et utilisent avec aisance d'un ensemble de moyens de communication complémentaires

3.2. Le téléphone portable

Le portable est l'outil de communication de proximité privilégié entre jeunes, appareil personnel, parfois financé par le jeune lui-même qui suit de près sa consommation quand il n'a pas la chance de disposer d'un abonnement illimité. Tous les jeunes participants affirment en avoir un, parfois plusieurs.

La très grande majorité (quatre sur cinq) des jeunes mahoro-comoriens possèdent un portable de type smartphone (ordiphone ou téléphone intelligent), capable de se connecter à Internet, plusieurs disposent également d'un poste classique sans écran tactile. Les proportions sont les mêmes (80%) pour les jeunes créoles d'origines sociales comparables (classe « témoin »).

La messagerie texto (sms) est souvent prépondérante : plus rapide, plus discrète, plus économique, à la Réunion comme en métropole. Les jeunes réunionnais de toutes origines sont adeptes des abonnements « sms illimités » à coût modéré que les opérateurs leur destinent. Ces messages établissent un lien quasi-permanent avec les amis et la famille, bien que certains parents n'ont pas adopté la pratique du texto. Certaines envoient également des mms (sms avec fichier image).

La plupart des jeunes téléphonent également à leurs réseaux affinitaires, quelques filles précisent néanmoins comme Mariama et Samia que c'est « pour finir le crédit ». Rappelons que les portables sont parfois aussi employés pour appeler Mayotte.

Les ordiphones ne sont utilisés pour accéder à Internet que par la moitié des jeunes Mahoro-Comoriens qui en disposent, alors que la proportion est des trois quarts pour les jeunes créoles. Ces connexions se font presque toujours pour rejoindre les réseaux sociaux numériques et non

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pour effectuer des recherches (un sur quatre), alors que c'est le cas de la majorité des jeunes Créoles (près de 6 sur 10 dans le groupe « témoin »). Ce qui semble indiquer pour les Mahoro-Comoriens une moins bonne maîtrise de l'outil, ou une moindre aisance dans son utilisation.

Dans la plupart des cas, les participants ne considèrent pas les portables comme des outils d'insertion, mais simplement de communication, faisant ainsi la distinction entre contact et intégration. Quelques filles notent cependant que cela permet d' « être enfin joignable ! » Samia, et d'être « comme eux » Fatima, faisant ainsi remarquer que ne pas l'avoir rend les relations plus difficiles.

En ce qui concerne le maintien des racines et de la culture, leur analyse est similaire mais ils considèrent que la possibilité de contacter la famille à l'extérieur de la Réunion permet de maintenir le lien.

Simple communication ou lien intégratif, le même outil utilisé avec des correspondants différents trouve sa différence dans l'intensité affective du contact. Une manière comme une autre de préciser que si leur vie est actuellement ici, leur coeur est plutôt là-bas.

3.3. Internet

3.3.1. Des modes de connexion multiples

Les jeunes mahoro-comoriens participants sont tous sont des internautes, presque tous ont un ordinateur portable avec lequel ils se connectent, la plupart (quatre fois sur cinq) se connectent également depuis le poste familial. Tous utilisent plusieurs modes de connexion, en comprenant aussi les accès par téléphone et chez les membres de leur entourage.

Ces usages ne tiennent pas compte des connexions au lycée ou à l'Université, réservées au travail scolaire. Ces utilisations ne sont pas citées spontanément, ce qui montre que pour ces jeunes, l'accès à la toile numérique est avant tout une pratique relationnelle et ludique.

Nous avons signalé que les parents s'équipaient en informatique et en accès pour permettre la formation et la réussite scolaire des jeunes ; il est manifeste que ceux-ci en ont détourné l'usage.

Les observations effectuées sur les classes technologiques réunionnaises montrent que les élèves ont une très bonne dextérité dans leurs pratiques habituelles (réseaux sociaux, téléchargements de musiques, de jeux suivant les individus), mais que les recherches scolaires s'avèrent

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laborieuses, peu rigoureuses et peu réfléchies, signe de leur moindre pratique et surtout du moindre intérêt qu'ils y accordent. Ce dernier point étant valable pour les jeunes, immigrés comme créoles.

3.3.2. Les réseaux sociaux virtuels

Tous les participants utilisent les réseaux sociaux numériques, et tout particulièrement Facebook. En fonction de leurs contraintes, notamment scolaires et centres d'intérêt, le degré d'activité est très variable d'un participant et d'une période à l'autre. Certains y sont simplement présents et surtout observateurs, d'autres très actifs, particulièrement les filles.

3.3.2.1. Les « amis » Facebook

Il ne nous a pas été possible de réaliser une étude spécifique sur les usages, mais nous pouvons constater que les réseaux amicaux sont étendus, au delà d'une centaine d'amis, si ce n'est pas le cas des participantes, quelques filles parmi leurs connaissances comptent plus de 1000 amis.

Rappelons que sur Facebook il suffit à un abonné de le proposer à un autre, connu ou inconnu, pour devenir son ami, si celui-ci manifeste son acceptation par un simple clic de souris. Cela n'implique aucune obligation en termes de contacts ou d'échanges de communication, mais un accès aux informations personnelles des amis.

Le nombre d'amis n'est pas directement corrélé avec l'intensité de l'activité, quelques participantes (et encore plus certaines de leurs connaissances) semblent être des collectionneuses de contacts, gage peut-être de popularité, mais n'interviennent guère ; d'autres à l'inverse telles que Amina et Ida ont un réseau plus resserré mais publient régulièrement des messages, des états d'âme, des photos.

Les réseaux amicaux des jeunes mahoro-comoriens sont principalement identitaires, en premier lieu locaux, puis avec le pays d'origine, enfin en Métropole et plus marginalement à l'étranger.

Les amis créoles sont principalement issus des contacts scolaires actuels ou passés, les échanges de messages consultables affichés sur les « murs » s'effectuent avec les deux groupes sans différenciation.

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3.3.2.2. Des identités plus ou moins masquées

Les noms employés pour s'identifier sont souvent des pseudonymes construits à partir de leur prénom et/ou patronyme, ou d'une caractéristique ethnique, comportementale ou physique qu'ils mettent en avant.

Ces identifiants (il est difficile de les citer sans briser l'anonymat des participants), souvent à base d'anglais évoquent les « pidgin » ou créoles anglophones dans une logique de globalisation culturelle (évocation de personnalités ou de légendes urbaines).

On note un recours fréquent au doublement (ou plus) des voyelles (plus souvent des j ou des e pour les filles, des o ou des a pour les garçons, ce qui féminise ou masculinise le terme) ; dans les pseudonymes, mais aussi parfois dans les textes des messages des filles.

Il convient de remarquer qu'aucune ambigüité n'existe sur le genre des uns et des autres, chacun restant dans des attitudes classiques, communes à la société créole et mahoro-comorienne (garçons virils et séducteurs, filles charmeuses et tendres, dépositaires de l'esprit de famille).

3.3.2.3. Les langages employés

Les langages utilisés lors de ces échanges en affichage sont principalement de type sms, à base de français, avec une présence régulière de termes créoles ou mahoro-comoriens en fonction des cibles de destinataires.

On retrouve ainsi la double inscription culturelle, ancrage identitaire et créolisation, mais avec une prééminence du français. Cette pratique diffère encore de celle des jeunes créoles qui utilisent plus volontiers leur langue vernaculaire pour les échanges informels.

Le ton général des échanges est celui d'une convivialité qui n'exclut pas les taquineries. En particulier, les attaques portent sur une surexposition, ou une activité ludique ou festive non partagée avec l'ami qui réagit à ce manque de convivialité. A l'inverse, les compliments sont assez nombreux et généreux, parfois dithyrambiques, les qualificatifs relevant des champs lexicaux de « princesse », « merveille », ou autres « superman » sont fréquents, souvent auto-attribués sans que cela gène.

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3.3.2.4. L'iconographie

Les images consultables publiées par les jeunes filles, et au premier titre leur « photo du profil », comportent des photographies identitaires, famille, activités communautaires, souvent en costumes traditionnels.

Dans une moindre mesure, elles publient aussi des images symboliques, fleurs, petits animaux, peluches évoquant la tendresse avec des messages moraux ou philosophiques, comme de nombreuses adolescentes de toutes origines.

Plus rarement, elles se « mettent en scène » dans une logique de séduction qui reste néanmoins toujours dans les limites de l'acceptable par leurs référents culturels.

Les garçons présentent plutôt des clichés d'activités associatives ou de groupes d'amis en situation.

Les deux complètent leur identité visuelle sur le réseau par des images qui affirment les éléments d'identité qu'ils souhaitent mettre en avant : selon le cas, force ou virilité, séduction, ainsi que des marques commerciales de référence, des marqueurs culturels de leurs origines ; avec une dose d'humour et d'autodérision.

Le réseau virtuel se situe dans un espace entre la fantaisie et la réalité, dans une sorte de jeu de rôle où seule la cohérence est requise. Ces observations sont naturellement valables pour les jeunes mahoro-comoriens de la Réunion, mais peuvent certainement être étendues aux jeunes créoles et rencontrées chez les jeunes immigrés en Métropole.

Le réseau social donne également accès à des jeux auxquels certaines filles recourent en période de moindre activité, particulièrement jeux sociaux (villes ou familles virtuelles).

Les diffusions de clips vidéos musicaux ou humoristiques sont moins fréquentes, et notamment beaucoup moins que parmi les jeunes créoles.

3.3.2.5. Usages et stratégies personnelles

On peut considérer que les jeunes mahoro-comoriens utilisent Facebook pour s'identifier, s'ancrer, s'affirmer en tant qu'individus et membres de leurs groupes d'appartenance. Les

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interactions de ce réseau ont ainsi un effet structurant pour l'identité des jeunes participants sur le plan de la personnalité comme sur le plan social. En cela ils sont naturellement complémentaires des autres modes de contact, directs et téléphoniques.

Les forums de discussion, les t'chat attirent moins de la moitié des participants. Ceux qui interviennent le font généralement sur des sites identitaires mahorais ou comoriens, localisés dans ces îles ou en Métropole, ou sur les pages facebook identitaires.

Aux composantes identitaires près, les pratiques de communication entre pairs des jeunes mahoro-comoriens ne diffèrent guère de celles des créoles, mis à part le fait qu'ils semblent un peu moins à l'aise avec l'outil en tant que tel.

3.3.3. La messagerie sur Internet

Les messageries Internet sont utilisées par les deux tiers des jeunes participants. Certains types de communications, notamment scolaires ou professionnelles (démarchage de stages), certains messages plus « sérieux », ou devant être accompagnés de pièces jointes, sont effectués par courriel.

On aura compris qu'il ne s'agit pas d'une pratique habituelle ou prioritaire chez eux mais simplement un complément utile quand les autres moyens de communication (directe, sms, appel sur le portable, facebook, dans l'ordre d'utilisation) ont atteint leurs limites. Cette pratique souvent impulsée par les enseignants, ne diffère pas non plus de celles observées auprès de leurs homonymes créoles.

3.3.4. Les jeux en réseau

Les jeux vidéo en ligne et plus particulièrement en réseau ne sont pas une pratique courante chez les adolescents mahoro-comoriens. Un seul participant se déclare pratiquant de jeux en réseau, en interaction avec des joueurs de toutes origines dans le monde. Son cas est connu et signalé comme une exception par les autres jeunes de sa communauté. Les autres garçons étant plutôt utilisateurs de consoles individuelles.

Les filles se disent généralement peu intéressées par les jeux vidéo. De leur côté, la moitié des jeunes créoles (logiquement garçons plus que filles) se disent adeptes des jeux en réseau.

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3.3.5. Sites identitaires, pas diasporiques

Nous avons indiqué que les sites identitaires des migrants sont souvent éphémères, c'est également le cas de ceux des Mahorais comme des Comoriens. Situés dans les îles d'origine, à la Réunion ou en Métropole, leur succès et leur durée sont très variables, en fonction de l'intérêt de leur contenu et leur capacité à rassembler.

Claire Scopsi (op. cité) définit comme diasporiques les sites « produits par des communautés transnationales depuis un des lieux de dispersion, s'organisant autour d'un ou de plusieurs éléments culturels partagés (langue, religion, appartenance ethnique), s'adressant explicitement aux membres de la communauté dispersés dans le monde par la migration et éventuellement à la population restée dans le homeland en contribuant à la conscience du lien identitaire, à son affirmation publique et à sa concrétisation par des actions de revendication, de représentation ou de développement économique et culturel au profit de ses membres. »

Parmi ceux que nous avons pu consulter, sites, blogs ou pages Facebook, aucun ne peut revendiquer légitimement l'appellation de diasporique.

Citons le cas de « Comores online » ( http://www.comores-online.com/accueil.htm), parfois donné en exemple, qui a toujours été en ligne, mais n'est plus qu'un guide des activités aux Comores, émettant depuis ce pays et se présentant comme un « portail », ce qui ne représente pas l'esprit diasporique.

Inversement, comme nous l'avons vu en première partie, d'autres sites localisés dans les pays d'accueil proposent des activités communautaires ou intégratives aux originaires sur leurs lieux d'immigration.

Les sites localisés à Mayotte ou aux Comores proposent avant tout des informations locales, rediffusant le contenu d'autres médias et voulant faire mieux connaître le pays aux originaires comme aux visiteurs.

Certains, tels que « Mayotte online » ( http://www.mayotte-online.com/) comportent des espaces de discussion. « Entre mahorais (du monde) on se rencontre, on peut faire connaissance, savoir comment eux vivent, si c'est différent, on peut discuter » explique Fatima. Plus informatif que diasporique, il se contente de relayer des informations locales sans intervenir autrement sur ou pour les membres de la communauté mahoraise à l'extérieur de l'île.

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Ces sites ne sont en fait ni intégratifs, ni vraiment identitaires. Par ailleurs, si on conçoit la diaspora comme une dynamique non seulement de partage identitaire mais de création et d'évolution culturelle, ce n'est pas le cas des sites actuels.

D'autres, comme c'est le cas des groupes sur Facebook se contentent d'évoquer des éléments de culture commune et proposent des échanges entre les sympathisants, « les groupes sur Facebook t'invitent, tu peux en faire partie » explique Fatima. Des « amis » qui finalement n'ont pas grand chose à se dire après avoir adhéré et appuyé sur l'icône « j'aime ».

Ce n'est donc pas là que les jeunes mahorais ou comoriens trouvent le lien qu'ils recherchent, tout au plus quelques interactions superficielles.

Un autre élément qui permet d'affirmer que ces sites ne sont pas ceux d'une diaspora est l'absence d'un projet commun de retour. Il leur manque également la volonté d'intervenir économiquement, politiquement ou sur le plan social dans le pays d'origine.

De tels projets ne semblent pas correspondre aux souhaits exprimés par les Mahorais et Comoriens expatriés qui sont plutôt d'ordre individuel ou familial. Cela explique certainement aussi l'absence de sites diasporiques.

3.3.6. Utilisateurs, pas interacteurs

Les jeunes mahoro-comoriens de la Réunion se comportent plus en spectateurs qu'en acteurs sur le net, ils n'utilisent pas les possibilités du web 2.0., ne cherchent guère d'interactivité autre qu'avec leurs pairs et leurs proches.

Contrairement à d'autres immigrants, ils ne portent pas de projet politique ou social localement ni au pays. Leurs parcours et projets sont personnels ou familiaux.

Cela peut peut-être s'expliquer par le fait qu'ils se sentent en transition vers un pays originel idéalisé, ou vers une Métropole perçue à nouveau comme une terre d'opportunités individuelles, ce qui leur retire aussi l'envie de revendiquer et d'agir à la Réunion.

En ce sens encore ils se rapprochent des jeunes créoles, critiques mais peu revendicatifs, intéressés par les évolutions sociales mais sans se sentir partie prenante, peu ou pas concernés par la politique ; finalement plus consommateurs qu'acteurs.

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CONCLUSIONS

Les jeunes mahorais et comoriens immigrants à la Réunion ne sont pas des enfants de l'exil. Leur présence sur le sol réunionnais est le résultat d'un choix de leurs parents, à la recherche pour eux d'une meilleure vie, de plus grandes possibilités d'études et de promotion sociale.

Migrants plutôt qu'immigrants, les Mahorais établissent des plans de retour sur leur île d'origine. Quand les enfants n'adhèrent pas à ce projet parental, c'est plutôt dans l'intention d'effectuer une migration secondaire vers la Métropole où ils espèrent trouver davantage d'opportunités.

Si le mythe du retour est fort chez les Mahorais, ce n'est pas le cas pour les Comoriens. Les jeunes d'origine comorienne sont attirés par la Métropole. Ni eux ni leurs parents ne caressent de projets de retour vers l'Union des Comores.

Le maintien du lien avec le pays d'origine est une composante importante de la vie pour les membres des deux groupes. Elle se traduit comme pour les autres migrants par des communications, des attentes d'assistance d'une part, de conservation de la place au sein de la famille, de l'autre.

Les jeunes mahorais et comoriens se considèrent dans une logique migratoire plus que d'immigration. La Réunion n'est pas leur premier choix de destination, ils n'y resteraient que par défaut, et notamment par crainte de s'éloigner de leurs proches.

Ils ressentent une hostilité et des attitudes discriminatoires de la part de la population majoritaire créole, qui les regroupe dans une même vision péjorative en les qualifiant de « ban'Comor' » pour en faire le bouc émissaire des difficultés sociales réunionnaises. Mahorais et Comoriens se sentent distincts et voudraient que cette différence soit reconnue, que leur culture identitaire soit mieux acceptée par les Créoles.

Les différences que les Créoles perçoivent chez eux constituent pourtant le support des discriminations, notamment professionnelles, qu'ils subissent.

Leurs stratégies adaptatives sont combinatoires, parvenir à une insertion satisfaisante pendant la durée de leur séjour réunionnais tout en entretenant leur culture originelle, et leur pratique religieuse islamique en premier lieu. Les Créoles préféreraient certainement les voir se couler dans le moule de la créolisation avec la même discrétion que les groupes précédemment arrivés

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et intégrés. La stigmatisation portant ici comme ailleurs sur les différences ostensibles (c'est notamment le cas des z'arabes et des zoreils).

C'est pourtant l'ensemble de ces caractéristiques et allégeances qui fonde et structure l'identité des jeunes mahorais et comoriens. Si certains migrants souffrent d'un double rejet de la part de leur pays d'origine et d'accueil, les Mahoro-Comoriens réunionnais, particulièrement les natifs de l'île parviennent souvent à intégrer une double identité dans une dynamique de créolisation, qui semble néanmoins inachevée.

Ce dernier point mériterait certainement une recherche plus approfondie, qui permettrait d'en déceler les évolutions dans les prochaines années, et plus encore avec l'avènement de la troisième génération.

Les Mahorais et Comoriens ne semblent pas subir à la Réunion de ségrégation géographique, c'est précisément la cohabitation au sein des quartiers et des écoles qui est le premier vecteur d'intégration par l'apprentissage de la langue créole, incontournable dans les relations de proximité avec la population réunionnaise. A cette dualité linguistique familière des Créoles s'ajoute la pratique d'une ou plusieurs langues identitaires. Ce plurilinguisme ne paraît pas constituer une véritable cause d'échec scolaire, mais ne semble pas plus être un avantage.

Les jeunes mahorais et comoriens n'ont pas le sentiment que leur présence ou celle de leurs parents ait été jugée nécessaire ou souhaitée par les Réunionnais, ce qui peut expliquer qu'on ne trouve pas d'esprit de revanche ni d'animosité particulière de leur part, contrairement aux jeunes immigrés métropolitains.

Ils ne ressentent pas de discrimination institutionnelle, et gardent un grand espoir dans les possibilités de réussite offertes par l'école, ce qui est beaucoup moins vrai pour les jeunes créoles et migrants de Métropole. Leurs origines sociales généralement modestes limitent néanmoins leurs possibilités d'études et donc de réussite.

Leurs projets professionnels sont dirigés vers le secteur privé et l'emploi dans l'administration centrale plutôt que dans la fonction territoriale, contrairement aux jeunes créoles, avantagés par une préférence régionale.

Les rôles au sein de la famille connaissent une remise en cause, par la logique des générations, par la fréquentation du mode de vie réunionnais, mais aussi et peut-être surtout par la médiation

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

linguistique et technologique que doivent assurer les jeunes Mahorais et Comoriens auprès de leurs parents à la Réunion. Le concept de rétro-socialisation est intéressant à cet égard dans ce sens qu'il évoque clairement la dimension d'insertion et d'évolution sociale qu'il comporte. Si ces jeunes sont souvent plus matures que leurs camarades créoles ou métropolitains, ce rôle de médiateur en constitue certainement l'explication.

La place des femmes mahoro-comoriennes évolue avec l'immigration à la Réunion, encore souvent gardiennes des valeurs et garantes de l'éducation, elles sont de plus la personne support des aides sociales, et dans le cas des jeunes poursuivent des buts de réussite professionnelle au même titre que leurs frères.

Les jeunes mahoro-comoriens sont de grands utilisateurs de TIC, qui leur permettent la double présence chère à D. Diminescu. Présence au pays d'origine par les communications numériques satellitaires, présence dans la société réunionnaise par les réseaux sociaux numériques et le téléphone mobile, présence encore dans l'accès à la culture moderne par les connexions Internet, notamment par les ordiphones. Indiscutablement ces jeunes sont des migrants multiconnectés. Leur capacité à interagir « ici et là-bas », la double intégration revendiquée, ne sont possibles que grâce à la disposition et la maîtrise des outils de communication modernes.

Aux craintes de Z. Baumann sur le risque de déstructuration liée au remplacement des structures par les réseaux, les jeunes mahoro-comoriens de la Réunion répondent en conciliant une forte mise en oeuvre des réseaux affinitaires par voie téléphonique et par les réseaux sociaux, autant sur le plan intégratif que communautaire, avec une participation physique aux structures familiales et sociales existantes, dont ils ne remettent nullement en cause le fonctionnement ou le bien-fondé, et auxquelles ils tiennent.

A la Réunion comme ailleurs, les jeunes qui effectuent le plus grand nombre d'interactions numériques sont aussi ceux qui communiquent le plus en direct. Ce moyen est d'ailleurs le premier cité par les participants dans leurs modes de contact avec leurs amis. Grands utilisateurs de nouvelles technologies, ils en sont parfois peut-être dépendants mais ne les subissent jamais.

Les TIC, qui pourraient également jouer un rôle informatif ou d'apprentissage, ont pour eux une fonction presque exclusivement sociale. Mais il peut sembler logique que pour des adolescents, et particulièrement des jeunes migrants, le rôle structurant de leurs relations sociales soit prépondérant. Dans ce sens les technologies de l'information et la communication sont capitales et irremplaçables.

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Les jeunes mahorais et comoriens de la Réunion ne manifestent pas de volonté d'action positive à distance dans leur pays d'origine, pas de projet d'action sociale, économique ou politique concertée, pas d'intérêt pour une démarche diasporique, mais simplement des projets personnels et familiaux. Peut-être est-ce simplement trop tôt, et dans ce cas, une étude ultérieure pourrait encore nous apporter la lumière sur les évolutions de ces jeunes, devenus adultes

Les jeunes mahoro-comoriens sont tiraillés entre une conformité aux traditions impulsée par les parents et nécessaire à leur culture identitaire, et une conformation aux modèles plus modernes imposés par l'école et la culture jeune mondialisée. Cette situation n'est pas spécifique aux jeunes étudiés, mais leurs réponses peuvent l'être. Alors que les jeunes immigrés maghrébins ont généralement rejeté le « bled » considéré comme inférieur à l'occident, que les Africains refusent de vivre « comme fon kondré » ("comme au village" en pidjin), les Mahoro-Comoriens tiennent à concilier les deux composantes.

Les jeunes mahoro-comoriens assument leur identité noire, au même titre que les jeunes créoles "cafres" qui ont vécu en Métropole. A mesure de leur intégration dans la société créole, peut-être constitueront-ils le médiateur qui permettra aux réunionnais de renouer avec leurs racines africaines sans hontes ni complexes hérités du passé, mais dans une perspective dynamique de revendication d'une composante identitaire « black » mondialisée. Cette double hypothèse optimiste (intégration des Mahoro-Comoriens et valorisation identitaire), qui permettrait de passer d'une « négritude » (au sens d'A. Césaire) subie et mal assumée à une « blackitude » valorisante, même si elle n'est qu'une perspective lointaine, mériterait certainement aussi une recherche ultérieure.

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176

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Annexes

Annexe 1 : tableau des participants mahoro-comoriens Annexe 2 : questionnaires complétés par les participants

Annexe 2 : notes de transcription des entretiens avec les participants

177

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Annexe 1 : tableau des participants mahoro-comoriens

QUEST. N°

ENTRETIEN

PARTICIPANT

CLASSE

SEXE

ORIGINES

DUREE à
LA

REUNION

NAISSANCE

SE SENT
D'ABORD

1

 

AMINA

BTS

F

MAHORAISE

12 ANS

MAYOTTE

MAHORAISE
FRANCAISE

2

2

IDA

BTS

F

MAHORAISE

10

MAYOTTE

MAHORAISE

3

2

IZATI

BTS

F

COMORIENNE
MAHORAISE
MALGACHE

19

RUN

MAHORAISE

4

 

KARIMA

1ère

F

MAHORAISE

16

MAYOTTE

MAHORAISE

5

1

SALIMA

1ère

F

MAHORAISE

17-18

MAYOTTE

UN PEU
TOUT

6

 

MOHAMED

1ère

G

MAHORAIS
MALGACHE

4

France

UN PEU
TOUT

7

1

FATIMA

1ère

F

MAHORAISE
COMORIENNE

17

RUN

MAHORAISE

8

 

MADI

1ère

G

COMORIEN
MALGACHE

16

RUN

COMORIEN

9

 

OUSSENI

1ère

G

MAHORAIS
COMORIEN

16

RUN

MAHORAIS

10

6

IBRAHIM

BTS

G

MAHORAISE
MALGACHE

19

MAYOTTE

MAHORAIS

11

 

SAID

1ère

G

MAHORAIS

12

MAYOTTE

Français

12

3

KAYCHA

FAC

F

MAHORAISE

18

MAYOTTE

MAHORAISE

13

 

SAMIA

TERMIN ALE

F

MAHORAISE

14

MAYOTTE

MAHORAISE

14

5

MARIAMA

BTS

F

COMORIENNE
MALGACHE

18

RUN

COMORIENN

E

15

5

LAYMIA

TERMIN ALE

F

COMORIENNE
MALGACHE

17

RUN

UN PEU
TOUT

16

4

ALI

FAC

G

COMORIEN

ETUDIAN

T

COMORES

COMORIEN

178

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Annexe 2 : questionnaires complétés par les participants

(Transcriptions directes sans modification)

Questionnaire 1 : Amina (adressé et renvoyé par Internet, complété sur traitement de texte)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celui qui ne convient pas

47. Culture, mode de vie : Quelle est ton origine ? : mahoraise

 

48. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ? : 12 ans

 

49. Comment te considères-tu :

I

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 

Les deux à la fois

I

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

50. Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? :

C'est ma vie, mon enfance, c'est tout pour moi

51. A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

I

oui

 

Non, pas vraiment

52. Si oui, laquelle ? :

Le langage, l'habillement

53. As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

I

des deux

54. A

ton avis, comment les créoles

 

perçoivent-ils

les jeunes mahorais/comoriens

?

un peu

Comme des gens qui n'ont pas de valeur qui sont inférieur à eux

55. Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général

D'arrêter de parler leur langue (mahorais/ comorien)

56. Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

Qu'elle soit plus accueillante plus gentille avec eux

57. Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion:

Qu'elle soit plus accueillante plus gentille avec eux

58. Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

 

plutôt des mahorais / comoriens

 

plutôt des créoles

 

Les 2 à égalité

 

Autres : mahorais comorien créole français africain...

 

59.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

en créole en français

 

60.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

 

Le français,

le mahorais le malgache. Quand la personne ne comprend pas le créole ou le français

61.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

Shoping

 

62.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

Aucun

 

63.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

de mieux s'intégrer à la Réunion

 

de mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

de maintenir la culture et les traditions d'origine

64.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

×

Oui,

 

Non, tellement

65.

Si oui, suivre la culture d'origine

est-ce

un peu

 

pas

 

un choix personnel

 

pour faire plaisir aux parents, à l'entourage

X

Les deux à la fois

 

66.

Personnellement ton choix est plutôt :

 
 

de t'intégrer à la Réunion

 

de garder ton identité d'origine

 
 

I

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

 

67.

Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

Avoir

mon BTS reprendre l'entreprise de mon père qui se situe à Mayotte

68.

Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 
 

à la Réunion

 

à Mayotte, aux Comores

 

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

179

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

69. Pourquoi ce choix géographique ?

Pour mieux connaitre tout le monde les différents modes de la vie de tout le monde

70. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

A m'aider a le réaliser

La communication entre jeunes :

71. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

I

Contact direct

I

Appel téléphonique

I

sms-mms

 

Messagerie Internet

I

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

72. Comment

te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

I

PC à la maison

I

Dans ton entourage (famille, amis)

 

Avec les PC du lycée

I

PC portable personnel

 

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

73. Quelles

utilisations fais-tu d'Internet (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

I

Messagerie

I

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

I

Travail scolaire

I

Tchat, forums

I

Recherches « fun »

 

Autres (quelles ?) :

74. Les réseaux sociaux (facebook, tweeter...) sont pour toi :

 

plutôt un moyen de communiquer entre jeunes mahorais-comoriens

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

I

les deux à la fois

75. Disposes-tu d'un téléphone portable personnel ?

I

normal à touches

 

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas tout le temps)

 

Pas de portable

76. Quelles utilisations fais-tu du téléphone portable :

I

appel téléphonique

 

Internet messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

I

sms-mms

 

Internet recherches

 

Autres (quelles ?) :

77. En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

A communiquer

78. En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux garder tes racines et ta culture d'origine ?

En gardant le contacte

79. Médias : Combien d'heures par jour regardes-tu la télévision en moyenne

Les jours de classe : 1h Le week-end :2h

80. Quelles chaînes, quelles émissions de télévision suis-tu le plus souvent :

Réunion première

81. T'arrive-t'il de participer à une émission de télévision locale et comment (vote sms...) ?

Non

82. Combien d'heures par jour écoutes-tu la radio en moyenne ?

Les jours de classe : 30 min Le week-end :30 min

83. Quelles chaînes, quelles émissions de radio suis-tu le plus souvent ?

NRJ

84. La radio est pour toi un moyen de

 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

 

Mieux connaître la culture créole ou française

I

Surtout pour se distraire

 

Autre c

85.

T'arrive t'il de participer à une émission locale de radio et comment (appel téléphone,

vote sms...) ?:

Non

 
 

86.

Avec quelle fréquence lis-tu des journaux locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

I

87. Quels magazines locaux (réunionnais) lis-tu ? :

Aucun

88. Avec quelle fréquence lis-tu des magazines locaux ?

 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

I

89. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

C bien fait j'aime bien rien à dire

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

180

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 2 : Ida (adressé et renvoyé par Internet, complété sur traitement de texte)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il

n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

Mahoraise (parlant malgache)

 

2. Où es-tu né(e) :

à Mayotte

 

3. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

: 10 ans (arrivée à 9 ans)

 

4. Comment te considères-tu :

X

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 
 
 
 
 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

5. Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? : Vacances, mais pas tous les ans

6. A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

X

Oui

 

Non, pas vraiment

7. Si

oui, laquelle ? :

 
 

Au niveau

du comportement des jeunes

 
 

8. As-tu

personnellement l'impression d'avoir

 

un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

X

un peu des deux

9. A

ton avis, comment les créoles perçoivent-ils

les jeunes mahorais/comoriens ?

 

D'un mauvais

oeil, plupart d'entre eux sont

retissent envers nous

 

10. Que

penses-tu que les créoles attendent

des jeunes mahorais-comoriens en général ?

 

Franchement,

je ne sais pas

 
 

11. Que

penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens

attendent de la Réunion en général ?

 

Qu'ils

soient plus bien accueillit, qu'ils aient

leur place dans cette sociètè

 

12. Que

penses-tu que les adultes mahorais-comoriens

(parents, entourage, communauté) attendent

de la Réunion ?

Qu'ils prèjugèes.

soient plus respècter et que les crèoles

reconnaissent enfin leur nationalitè qui est « française

», qu'ils arrêtent leurs

13. Tes

ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses

fausses) :

 
 

Plutôt des mahorais / comoriens

 
 

Plutôt des créoles

X

Les 2 à égalité

 

Autres origines :

 
 

Un peu de tout

 
 

14. En quelle langue communiques-tu avec

tes amis en général :

le crèole

 

15.

Quelles autres langues utilises-tu dans

ta vie courante, et dans quels cas ? :

Le malgache avec mes parents, le crèole avec

mes soeurs et frères.

16. Quelles activités partages-tu avec tes

ami(e)s principalement :

La danse, les sorties entre copines, le shopping.

 

17. De quels groupes (clubs, associations,

groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

Je fais plus partie d'un groupe

 

18. Penses-tu que les activités des associations

permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

De mieux s'intégrer à la Réunion

 

X

De maintenir la culture et les traditions d'origine

 

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 
 

Autre chose :

19. Tes choix vestimentaires sont-ils influencés

par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

 

Oui, un peu

X

Non, pas tellement

20.

Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

 
 

21.

Suivre la culture d'origine est-ce

 

un choix personnel

 

pour faire plaisir aux parents, à l'entourage

 

Les deux à la fois

 

Très important

 

Pas si important

 
 

22. Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

 

de garder ton identité d'origine

X

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

23. Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

 

Faire un licence professionnelle après les BTS, sinon devenir agent commercial.

181

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

24. Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 

à la Réunion

X

aux

 

en métropole

 

Ailleurs ?)

(où :

25.

Pourquoi ce choix géographique

 

à Mayotte, Comores

?

 
 
 
 

Afin pays.

de participer au devellopement (Ida a par la suite déclaré qu'il

de mon ile, et je suis nèe la bas et je compte lui serait très difficile de quitter ses parents,

retourne y vivre après tout qui pensent rester ici)

cela. J'aime mon

26.

En quoi tes parents et ton entourage

influencent-ils tes projets ?

 
 

C'est

un choix personnel. (précise

: cela leur fait plaisir)

 
 
 

La communication

entre jeunes :

 
 
 

27.

Par quels moyens communiques-tu

avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes

réponses) :

 

X

Contact direct

X

Appel téléphonique

 

X

 

sms-mms

 

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 
 
 

Autres

(quels ?) :

28.

Comment te connectes-tu à Internet

? (cocher la ou les bonnes réponses)

:

 
 

PC à la maison

 
 

Dans ton entourage (famille, amis)

 
 

Avec les

PC du lycée

X

PC portable personnel

 

X

Avec ton téléphone

 
 

Dans

des lieux publics

29.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet

 

(cocher la ou les bonnes réponses)

:

 
 
 

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

X

Travail

scolaire

X

Tchat, forums

X

Recherches « fun »

 
 
 

Autres(quelles

?) :

30.

Les réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

sont pour toi :

 
 
 
 

plutôt un moyen de communiquer mahorais-comoriens

entre jeunes

 

plutôt un moyen avec les créoles

de s'intégrer

X

les deux à la fois

31. Disposes-tu d'un téléphone portable

personnel ?

 
 
 

normal à touches

X

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas tout le temps)

 

P

32. Quelles utilisations fais-tu du téléphone

portable :

 

X

appel téléphonique

X

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

 

X

sms-mms

X

Internet : recherches

 

Autres (quelles ?) :

 

33. En quoi le téléphone portable te permet-il

de mieux t'intégrer à la Réunion ?

 

Pour moi c'est pas un moyen d'intègration

à la Reunion .

 

34. En quoi le téléphone portable te permet-il

de mieux garder tes racines et ta culture d'origine ?

 
 
 
 

35. Médias : Combien d'heures par jour

regardes-tu la télévision en moyenne

 

Les jours de classe : 30 minutes

Le week-end : (elle reste allumée) Toute

la journée

36. Quelles chaînes, quelles émissions

de télévision suis-tu le plus souvent :

 

TEVA ET JUNE (JT Réunion, JT Mayotte,

telenovelas)

 

37. T'arrive t'il de participer à une émission

de télévision locale et comment (vote sms...) ?

 

Non (on ne gagne jamais)

 
 

38. Combien d'heures par jour écoutes-tu

la radio en moyenne ?

 

Les jours de classe : pas de radio

Le week-end : quand je peux

 

39. Quelles chaînes, quelles émissions

de radio suis-tu le plus souvent ?

 

Freedom (en voiture, à la maison)

 
 

40. La radio est pour toi un moyen de

 
 
 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

 

Mieux connaître la culture créole ou française

X

Surtout pour se distraire

 
 

Autre

chose :

41.

T'arrive t'il de participer à une émission

locale de radio et comment (appel téléphone, vote sms...) ?:

 

Non

 
 
 

42.

Avec quelle fréquence lis-tu des journaux

locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

43. Quels magazines locaux lis-tu ? :

Magazines réunionnais : TELEMAG

Magazines mahorais/comoriens :

44. Avec quelle fréquence lis-tu des magazines locaux réunionnais?

 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

45. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

Non, pas du tout

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

182

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 3 : Izati (administration par l'enquêteur au cours de l'entretien)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

Comorienne, Mahoraise, un petit peu Malgache

 

2. Où es-tu né(e) :

à la Réunion

 

3. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

: toujours

 

4. Comment te considères-tu :

X

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 
 
 
 
 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

5.

Quelles relations gardes-tu avec Mayotte (les Comores : pas encore allée)

X

J'y vais régulièrement

X

La famille de

TV

J'écoute leurs informations locales

X

J'appelle et ils appellent régulièrement

 

Mayotte/ Comores

 

Autres échanges, préciser : Tél. fixe et Net

 
 
 

vient à la Réunion

 
 

6.

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

X

Oui

 

Non, pas vraiment

7.

Si oui, laquelle ? :

Culture

et langue

8.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

X

un peu des deux

9.

A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

C'est

différent selon les gens

10.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

Ne sait

pas

11.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

De l'aide

 

12.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

Une

meilleure vie pour leurs enfants

13.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

1

Plutôt des mahorais / comoriens

 

Plutôt des créoles

2

Les 2 à égalité

3

Autres origines : Malgaches

 

Un peu de tout

 
 

14.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

Créole, mahorais

 

15.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

Français

 

16.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

Discuter,

sorties, shopping

17.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

 

Association

Alfallah, culturelle mahoraise et comorienne

18.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

De mieux s'intégrer à la Réunion

1

De maintenir la culture et les traditions d'origine

2

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

19.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

 

Oui, un peu

X

Non, pas tellement (mais foulard sur la tête)

20.

Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

La

religion, la nourriture

21.

Suivre la culture d'origine est-ce

X

un choix personnel

 

pour faire plaisir aux parents, à l'entourage

 

Les deux à la fois

X

Très important

 

Pas si important

 
 

22.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

 

de garder ton identité d'origine

X

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

23.

Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

BTS

 

24.

Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 

à la Réunion

X

à Mayotte, aux Comores

 

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

 
 
 
 
 
 
 
 

183

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

25. Pourquoi ce choix géographique ?

Se sent plutôt Mahoraise

26. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

Un peu, mes projets sont d'abord personnels

La communication entre jeunes :

27. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

X

Appel téléphonique

X

sms-mms

 

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

28. Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

2

PC à la maison

 

Dans ton entourage (famille, amis)

 

Avec les PC du lycée (travail

 
 
 
 
 

seulement)

1

PC portable personnel

 

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

29.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet

(cocher la ou les bonnes réponses) :

 

X

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Travail scolaire (Pas trop)

 

Tchat, forums

 

Recherches « fun »

 

Autres(quelles ?) :

30.

Les réseaux sociaux (facebook,

tweeter...) sont pour toi :

 

X

plutôt un moyen de communiquer jeunes mahorais-comoriens

entre

X

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

 

les deux à la fois

31.

Disposes-tu d'un téléphone portable

personnel ?

 

X

normal à touches

X

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas

tout le temps)

 

Pas de portable

32.

Quelles utilisations fais-tu du

téléphone portable :

 
 

X

appel téléphonique

 

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

 
 

X

sms-mms

 

Internet : recherches

 

Autres (quelles

?) :

 

33.

En quoi le téléphone portable

te permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

 
 

Pas

 
 
 
 

34.

En quoi le téléphone portable

te permet-il de mieux garder tes racines et ta culture

d'origine ?

 

Pratique

de la langue

 
 
 

35.

Par quels moyens communiques-tu

avec la famille et les amis restés à Mayotte/Comores

 
 

X

Téléphone fixe

X

 

portable

X

Envoi de paquets par des amis qui

 
 

Autres :

 
 

Courrier postal

 
 

Internet

 

font le voyage

 
 
 
 

36. Médias : Combien d'heures par

jour regardes-tu la télévision en moyenne

 
 

(Les jours de classe & week-end) :

pas de TV sauf JT et telenovelas

 
 

37. Quelles chaînes, quelles émissions

de télévision suis-tu le plus souvent :

 
 

JT et telenovelas

 
 
 

38. T'arrive t'il de participer à une

émission de télévision locale et comment (vote sms...)

?

 

Non : la petite a épuisé tout son crédit

en une seule fois...

 
 

39. Combien d'heures par jour écoutes-tu

la radio en moyenne ?

 
 

Les jours de classe : pas

Le week-end : pas

 
 

40. Quelles chaînes, quelles émissions

de radio suis-tu le plus souvent ?

 
 

Freedom dans la voiture

 
 
 

41. La radio est pour toi un moyen

de

 
 
 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

 
 

Mieux connaître la culture créole ou française

 

Surtout distraire

pour se

 

Autre

chose :

42. T'arrive t'il de participer à une

émission locale de radio et comment (appel téléphone,

vote sms...) ?:

 

Non

 
 
 

43. Avec quelle fréquence lis-tu des

journaux locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 
 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

44.

Quels magazines locaux lis-tu ? :

 
 

Magazines

réunionnais : Star Top

Magazines mahorais/comoriens

:

45.

Avec quelle fréquence lis-tu des magazines locaux réunionnais?

 
 

Plusieurs fois par semaine

X

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

 

Presque jamais

46. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 
 

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

184

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 4 : Karima (autoadministration en présence de l'enquêteur)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

Mahoraise

 

2. Où es-tu né(e) :

à Mayotte

 

3. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

: 16 ans

 

4. Comment te considères-tu :

X

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

5.

Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? :

Vacance

la bas, téléphone fixe pour comminiqué par ma famille à l'étrangé.

6.

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

X

Oui

 

Non, pas vraiment

7.

Si oui, laquelle ? :

Il n'on

pas vraiment les mêmes culture

8.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

X

un peu des deux

9.

A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

Tout

dépend des créoles certain d'autre eux sont émable n'on aucune problème mait il y a qui sont plus agressive

10.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

Rien

 

11.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

Lieu

ou l'on peut avoir une éducation bien et facilité d'y accéder

12.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

Ils pense

en général à leur famille et leurs bien être

13.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

 

Plutôt des mahorais / comoriens

X

Plutôt des créoles

 

Les 2 à égalité

X

Autres origines : Française

 

Un peu de tout

 
 

14.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

en créole

 

15.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

A la

maison je parle en malgache et à l'école en français

16.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

Avec

mes amis on fait en général du sport (l'athlétisme)

17.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

Je fait

partie d'un club

18.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

De mieux s'intégrer à la Réunion

X

De maintenir la culture et les traditions d'origine

 

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

19.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

X

Oui, un peu

 

Non, pas tellement

20.

Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

 
 

21.

Suivre la culture d'origine est-ce

 

un choix personnel

 

pour faire plaisir aux parents, à l'entourage

X

Les deux à la fois

 

22.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

X

de garder ton identité d'origine

 

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

23.

Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

Je ne

sais pas trop pour l'instant

24.

Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 

à la Réunion

 

à Mayotte, aux Comores

X

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

25. Pourquoi ce choix géographique ?

 

Par rapport au sport (Karima est une sportive de niveau régional, et participe souvent à des compétitions nationales)

185

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

 

26. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

Car je ne sait pas si je peut vivre loin de mes parents

La communication entre jeunes :

27. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

 

Appel téléphonique

X

sms-mms

X

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

28. Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

PC à la maison

 

Dans ton entourage (famille, amis)

 

Avec les PC du lycée

X

PC portable personnel

 

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

29.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet

(cocher la ou les bonnes réponses) :

 

Messagerie

 

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

X

Travail scolaire

 

Tchat, forums

X

Recherches « fun »

 

Autres(quelles ?) :

30.

Les réseaux sociaux (facebook,

tweeter...) sont pour toi :

 

plutôt un moyen de communiquer jeunes mahorais-comoriens

entre

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

X

les deux à la fois

31.

Disposes-tu d'un téléphone portable

personnel ?

X

normal à touches

X

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas tout le temps)

 

Pas de portable

32.

Quelles utilisations fais-tu du téléphone portable :

 

X

appel téléphonique

 

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

 

X

sms-mms

 

Internet : recherches

 

Autres (quelles ?) :

 

33.

En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

 

En rien

 
 

34.

En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux garder tes racines et ta culture d'origine ?

 

Car je

peut communiquer avec les restes de ma famille qui vie à Mayotte

 

35.

Médias : Combien d'heures par jour regardes-tu la télévision en moyenne

 

Les jours

de classe : 1 à 2 heure Le week-end : toute la matinée et l'après-midi environ

1h30

36.

Quelles chaînes, quelles émissions de télévision suis-tu le plus souvent :

 

Les série

TV, le sport et filme

 

37.

T'arrive t'il de participer à une émission de télévision locale et comment (vote sms...) ?

 

Non

 
 

38.

Combien d'heures par jour écoutes-tu la radio en moyenne ?

 

Les jours

de classe : Non Le week-end : matin

 

39.

Quelles chaînes, quelles émissions de radio suis-tu le plus souvent ?

 

Radio

freedom 97.400 ; NRJ 100.00 ou love FM 88.80

 

40.

La radio est pour toi un moyen de

 
 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais- comoriens

 

Mieux connaître la culture créole ou française

X

Surtout pour se distraire

 

Autre

chose :

41.

T'arrive t'il de participer à une émission

locale de radio et comment (appel téléphone, vote sms...) ?:

 

Non

 
 
 

42.

Avec quelle fréquence lis-tu des journaux

locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 

X

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

 

Presque jamais

43. Quels magazines locaux lis-tu ? :

Magazines réunionnais : aucune

44. Avec quelle fréquence lis-tu des magazines locaux réunionnais?

 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

45. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

Non

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

186

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 5 : Salima (autoadministration en présence de l'enquêteur)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

mahoraise

 

2. Où es-tu né(e) :

M'tsagamoujé (Mayotte)

 

3. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

: 17 ou 18 ans

 

4. Comment te considères-tu :

 

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

X

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

5.

Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? :

Le

Mayotte

: ma ville natale, mes origines aussi (Vacance)

fixe est très utilisé chez moi pour pouvoir appelé la famille qui son à l'étrangé

 

6.

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

X

Oui

 

Non, pas vraiment

7.

Si oui, laquelle ? :

 

Les comoriens

ce fond plus remarqué que les mahorais. Les mahorais sont plutôt renfermé

8.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

X

un peu des deux

9.

A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

Pour

certains créole ils fond que ignoré (raciste), se moqué, agressive

10.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

 

Ils attendent

des jeunes mahorais-comoriens en général comme des moins que rien (esclaves)

11.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

De bien

pouvoir travaillé et avoir un bon métier plus tard

12.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

Que

leurs enfants réussissent dans la vie (pour pouvoir les aidés un peu à la maison)

13.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

 

Plutôt des mahorais / comoriens

 

Plutôt des

créoles

 

Les 2 à égalité

 
 
 
 
 
 
 

Autres origines :

 

Un peu de tout

 
 

14.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

en français

 

15.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

Avec

la famille malgache

16.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

Danse,

sport

17.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

 
 

18.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

De mieux s'intégrer à la Réunion

X

De maintenir la culture et les traditions d'origine

X

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

19.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

X

Oui, un peu

 

Non, pas tellement

20.

Suivre la culture d'origine est-ce

 

un choix personnel

X

pour faire plaisir aux parents, à l'entourage

 

Les deux à la fois

 

Très important

 

Pas si important

 
 

21.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

X

de garder ton identité d'origine

 

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

22.

Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

Pouvoir

intégrer l'école de Police

23.

Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 

à la Réunion

 

à Mayotte, aux Comores

X

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

24. Pourquoi ce choix géographique ?

 

En métropole j'ai plus de chance d'avoir un emploit car y'a beaucoup de choix par rapport à la réunion.

187

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

25. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

Les parents sont là pour t'encouragé et non t'influencé à faire ce que ta pas envie de faire

La communication entre jeunes :

26. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

X

Appel téléphonique

 

sms-mms

 

Messagerie Internet

 

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

27. Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

PC à la maison

 

Dans ton entourage (famille, amis)

 

Avec les PC du lycée

X

PC portable personnel

 

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

28.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet

(cocher la ou les bonnes réponses) :

 

X

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

X

Travail scolaire

 

Tchat, forums

 

Recherches « fun »

 

Autres(quelles ?) :

29.

Les réseaux sociaux (facebook,

tweeter...) sont pour toi :

 

plutôt un moyen de communiquer jeunes mahorais-comoriens

entre

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

X

les deux à la fois

30.

Disposes-tu d'un téléphone portable

personnel ?

 

normal à touches

X

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas tout le temps)

 

Pas de portable

31.

Quelles utilisations fais-tu du téléphone portable :

X

appel téléphonique

 

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

X

sms-mms

 

Internet : recherches

 

Autres (quelles ?) :

32. En quoi le téléphone portable te

permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

 
 

33. En quoi le téléphone portable te

permet-il de mieux garder tes racines et ta culture d'origine ?

 
 

34. Médias : Combien d'heures par

jour regardes-tu la télévision en moyenne

Les jours de classe : 5 h jrs

Le week-end :

35. Quelles chaînes, quelles émissions

de télévision suis-tu le plus souvent :

Journal de la Réunion, journal de Mayotte,

des séries

36. T'arrive t'il de participer à une

émission de télévision locale et comment (vote sms...) ?

non

 

37. Combien d'heures par jour écoutes-tu

la radio en moyenne ? jamais

Les jours de classe :

Le week-end :

38. Quelles chaînes, quelles émissions

de radio suis-tu le plus souvent ?

Rien

 

39. La radio est pour toi un moyen

de

 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

 
 

Mieux connaître la culture créole ou française

X

Surtout pour se distraire

 

Autre chose :

40. T'arrive t'il de participer à une

émission locale de radio et comment (appel téléphone, vote sms...) ?:

Non

 

41. Avec quelle fréquence lis-tu des

journaux locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

42.

Quels magazines locaux lis-tu

? :

 
 

Magazines

réunionnais : Rien

 
 

43.

Avec quelle fréquence lis-tu des

magazines locaux réunionnais? Rien

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

 

Presque jamais

44. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

Pourquoi les mahorais ou comorien ? Mais pas les créoles ?

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

 

188

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 6 : Mohamed (autoadministration en présence de l'enquêteur)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

Malgache, Mahorais (une flèche indique qu'il faut inverser l'ordre)

 
 
 

2. Où es-tu né(e) :

je suis né en France (comprendre : en Métropole)

 

3. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

: Depuis 4 ans

 

4. Comment te considères-tu :

 

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

X

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

5.

Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? :

 

Mayotte

c'est ma famille donc j'en suis très proche.

 

6.

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

 

Oui

X

Non, pas vraiment

7.

Si oui, laquelle ? :

 
 

8.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

X

un peu des deux

9.

A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

 

Sa dépend

des gens mais certains créoles voient les mahorais comme des sauvages

10.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

Je sais

pas vraiment, je dirais plus de respect

11.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

Un peu

plus de reconnaissance et aussi le respect

12.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

Je ne

sais pas

13.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

 

Plutôt des mahorais / comoriens

 

Plutôt des créoles

 

Les 2 à égalité

 

Autres origines :

X

Un peu de tout

 
 

14.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

En Français

 

15.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

 

Le mahorais

avec les amis mahorais ou la famille

16.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

 

La musique

17.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

 

Un groupe

de musique

18.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

De mieux s'intégrer à la Réunion

X

De maintenir la culture et les traditions d'origine

 

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

19.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

 

Oui, un peu

X

Non, pas tellement

20.

Suivre la culture d'origine est-ce

 

un choix personnel

 

pour faire plaisir aux parents, à l'entourage

 

Les deux à la fois

 

Très important

 

Pas si important

 
 

21.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

 

de garder ton identité d'origine

X

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

22.

Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

Aller

à l'armée de terre

23.

Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 
 

à la Réunion

 

à Mayotte, aux Comores

X

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

189

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

24. Pourquoi ce choix géographique ?

Je trouve que découvrir des nouveaux horizons est sympas.

25. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

Mes parents me mettent à fond dans mes projet

La communication entre jeunes :

26. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

X

Appel téléphonique

X

sms-mms

 

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

27. Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

PC à la maison

X

Dans ton entourage (famille, amis)

 

Avec les PC du lycée

 

PC portable personnel

X

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

28.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet

(cocher la ou les bonnes réponses) :

 

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

X

Travail scolaire

 

Tchat, forums

 

Recherches « fun »

 

Autres(quelles ?) :

29.

Les réseaux sociaux (facebook,

tweeter...) sont pour toi :

 

plutôt un moyen de communiquer jeunes mahorais-comoriens

entre

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

X

les deux à la fois

30.

Disposes-tu d'un téléphone portable

personnel ?

 

normal à touches

X

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas tout le temps)

 

Pas de portable

31.

Quelles utilisations fais-tu du téléphone portable :

X

appel téléphonique

X

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

X

sms-mms

X

Internet : recherches

 

Autres (quelles ?) :

32. En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

Je communique mieux avec mes amis créoles

33. En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux garder tes racines et ta culture d'origine ?

J'appel de temps en temps ma famille qui se trouve à Mayotte

34. Médias : Combien d'heures par jour regardes-tu la télévision en moyenne

Les jours de classe : 1h Le week-end : 3h

35. Quelles chaînes, quelles émissions de télévision suis-tu le plus souvent :

Mayotte 1er et antenne reunion

36. T'arrive t'il de participer à une émission de télévision locale et comment (vote sms...) ?

Non, jamais

37. Combien d'heures par jour écoutes-tu la radio en moyenne ?

Les jours de classe : jamais Le week-end : jamais

38. Quelles chaînes, quelles émissions de radio suis-tu le plus souvent ?

aucune

39. La radio est pour toi un moyen de

 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

 

Mieux connaître la culture créole ou française

 

Surtout pour se distraire

 

Autre chose :

40. T'arrive t'il de participer à une émission locale de radio et comment (appel téléphone, vote sms...) ?:

 

41. Avec quelle fréquence lis-tu des journaux locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

42.

Quels magazines locaux lis-tu ? :

 
 

Magazines

réunionnais : aucun

Magazines mahorais/comoriens :

 

43.

Avec quelle fréquence lis-tu des magazines locaux réunionnais?

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

 

Presque jamais

44. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

Cette étude me permet en quelque sorte de me vder et donner mon avis sur des choses diverses concernant les mahorais

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

 

190

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 7 : Fatima (autoadministration en présence de l'enquêteur)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

Mahoraise / Comorienne

 

2. Où es-tu né(e) :

Je suis née à la Réunion

 

3. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

: Depuis toujours (depuis que je suis née)

 

4. Comment te considères-tu :

X

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 
 
 
 
 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

5.

Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? :

De

bonne relation avec Mayotte et plutôt éloigné avec les Comores

 

6.

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

X

Oui

 

Non, pas vraiment

7.

Si oui, laquelle ? :

La façon

de vivre n'est pas identique

8.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

X

plutôt mahorais/comorien

 

des deux

9.

A ton avis, comment les créoles

 

perçoivent-ils

les jeunes mahorais/comoriens ?

 

un peu

Certains

les perçoivent comme étant des étrangers, des animaux, des sauvages et d'autres comme leurs frère, soeur

10.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

Certain

attendent que l'on partent car on les enahient, d'autres qu'on s'unissent pour avoir un meilleur avenir ensemble.

11.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

 

Ils attendent

une meilleur intégration, que les portes s'ouvrent à eux

12.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

 

Ils attendent

un meilleur avenir, une meilleur intégration

13.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

X

Plutôt des /

mahorais comoriens

 

Plutôt des

créoles

 

Les 2 à égalité

 
 
 
 
 
 
 

Autres origines :

 

Un peu de tout

 
 

14.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

Français

 

15.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

Mahorais

avec les proches (mère, tante), français à l'école, comorien avec les amis comoriens

16.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

Danse

traditionnelle, sortie

17.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

 

Association

des Unions des Etudiants et lycéens mahorais à la Réunion, et groupe de danse traditionnelle

18.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

De mieux s'intégrer à la Réunion

X

De maintenir la culture et les traditions d'origine

 

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

19.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

 

Oui, un peu

 

Non, pas tellement

20.

Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

 
 

21.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

 

de garder ton identité d'origine

X

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

22.

Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

 

Je voudrais

faire un BTS et peut-être même une licence

23.

Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 

à la Réunion

 

à Mayotte, Comores

aux

 

en métropole

 

Ailleurs ?)

(où :

24.

Pourquoi ce choix géographique

 

?

 
 
 
 
 

Là bas je me sens chez moi, sans être jugée ni critiquée

191

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

25. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

En rien, je fais mes propres choix, mes parents ne m'influencent en rien. Au contraire, ils acceptent mes choix et appuie sur mes décisions.

La communication entre jeunes :

26. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

X

Appel téléphonique

X

sms-mms

X

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

27. Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

PC à la maison

 

Dans ton entourage (famille, amis)

 

Avec les PC du lycée

X

PC portable personnel

X

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

28.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet

(cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Travail scolaire

 

Tchat, forums

 

Recherches « fun »

 

Autres(quelles ?) :

29.

Les réseaux sociaux (facebook,

tweeter...) sont pour toi :

X

plutôt un moyen de communiquer jeunes mahorais-comoriens

entre

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

 

les deux à la fois

30.

Disposes-tu d'un téléphone portable

personnel ?

 

normal à touches

X

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas tout le temps)

 

Pas de portable

31.

Quelles utilisations fais-tu du

téléphone portable :

 

X

appel téléphonique

X

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

 

X

sms-mms

 

Internet : recherches

 

Autres (quelles ?) :

 

32.

En quoi le téléphone portable

te permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

 

Sa me

permet de faire comme eux

 
 

33.

En quoi le téléphone portable

fix te permet-il de mieux garder tes racines et ta culture d'origine ?

 

Cela

me permet de garder le contacte

sur tous ce qui se passe là-bas

 

34.

Médias : Combien d'heures par

jour regardes-tu la télévision en moyenne

 

Les jours

de classe : 1h30

Le week-end : h24

 

35.

Quelles chaînes, quelles émissions

de télévision suis-tu le plus souvent :

 

Mayotte

1er, Réunion 1er, Antenne

Réunion, ORTC / série télénovela, journal télévisé Mayotte / Réunion

 

36.

T'arrive t'il de participer à une

émission de télévision locale et comment (vote sms...) ?

 

non

 
 
 

37.

Combien d'heures par jour écoutes-tu

la radio en moyenne ?

 

Les jours

de classe : 4h

Le week-end : 6h

 

38.

Quelles chaînes, quelles émissions

de radio suis-tu le plus souvent ?

 

Radio

freedom / la Radio mahoraise-comorienne

 
 

39.

La radio est pour toi un moyen

de

 

X

Partager des choses avec les jeunes mahorais-comoriens

autres

 

Mieux connaître la culture créole ou française

 

Surtout pour se distraire

 

Autre

chose :

40. T'arrive t'il de participer à une

émission locale de radio et comment (appel téléphone, vote sms...) ?:

 

Non

 
 

41. Avec quelle fréquence lis-tu des

journaux locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

42. Quels magazines locaux lis-tu ? :

Magazines réunionnais : Aucun

43. Avec quelle fréquence lis-tu des magazines locaux réunionnais?

 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

44. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

Je pense que c'est une bonne chose cette étude, cela permet de donner mon avis et que peut-être grâce à cette étude les choses changeront et que nous serons mieux intégrer

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

 

192

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 8 : Madi (autoadministration en présence de l'enquêteur)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

Comoriens, Malgache

 

2. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ? : 16 ans, depuis que je suis né

 

3. Comment te considères-tu :

X

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 
 
 
 
 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

4.

5.

Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? : Quelque vacances

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

 

Oui

X

Non, pas vraiment

6.

Si oui, laquelle ? :

 
 

7.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

X

un peu des deux

8.

A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

 

Ça depend

des personne moi je croit qu'ils me perçoivent comme une bonne personne

9.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

 

Les créoles

attend moin de délinquance de la par des comoriens

10.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

Avoir

de condition vie meilleur et s'integre plus facile pour les personne qui ne sont pas née à la Réunion

11.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

Je pense

qu'ils attendent que leurs enfants reussissent à la Réunion

12.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

2

Plutôt des /

mahorais comoriens

1

Plutôt des

créoles

 

Les 2 à égalité

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Autres origines : Arabe / Malbar / Malgache / chinois

 

13.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

créole / français

 

14.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

 

En anglais,

espagnol en cours

15.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

Football

 

16.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

Club

de foot

17.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

De mieux s'intégrer à la Réunion

 

De maintenir la culture et les traditions d'origine

 

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

18.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

 

Oui, un peu

X

Non, pas tellement

19.

Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

 
 

20.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

 

de garder ton identité d'origine

 

les deux à la fois

X

autre chose (préciser): Je suis née à la reunion (deja integré)

21. Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

BTS ou DCG (comptabilité)

22. Penses-tu réaliser tes projets plutôt

X

à la Réunion

 

à Mayotte, aux Comores

X

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

23. Pourquoi ce choix géographique ?

C'est plus facile pour communiquer et pour reussir

24. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

 

En rien

 

193

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

La communication entre jeunes :

25. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

X

Appel téléphonique

X

sms-mms

X

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

26. Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

X

PC à la maison

X

Dans ton entourage (famille, amis)

 

Avec les PC du lycée

X

PC portable personnel

X

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

27.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

X

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

X

Travail scolaire

X

Tchat, forums

X

Recherches « fun »

 

Autres(quelles ?) :

28.

Les réseaux sociaux (facebook, tweeter...) sont pour toi :

 
 

plutôt un moyen de communiquer entre jeunes mahorais-comoriens

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

X

les deux à la fois

29.

Disposes-tu d'un téléphone portable personnel ?

 

X

normal à touches

X

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas

tout le temps)

 

Pas de portable

30.

Quelles utilisations fais-tu du téléphone portable :

 

X

appel téléphonique

X

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

 

X

sms-mms

X

Internet : recherches

 

Autres (quelles

?) :

31. En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

 

Je me suis deja bien intégrer donc juste à communiquer avec mes amis

 

32. En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux garder tes racines et ta culture

d'origine ?

En rien

 

33. Par quels moyens communiques-tu avec la famille et les amis restés à Mayotte/Comores

 
 

Téléphone fixe

 

portable

 

Envoi de paquets

 
 

Autres :

 

Courrier postal

 

Internet

 

Par des amis qui font le voyage

 
 
 

34. Médias : Combien d'heures par jour regardes-tu la télévision en moyenne

 

Les jours de classe : +/- 5 heures Le week-end : +/- 10heure

 

35. Quelles chaînes, quelles émissions de télévision suis-tu le plus souvent :

 

Dysney XD, RTL9, W9

 

36. T'arrive t'il de participer à une émission de télévision locale et comment (vote sms...)

?

Non, car ils arnaques

 

37. Combien d'heures par jour écoutes-tu la radio en moyenne ?

 

Les jours de classe : 5-10 min Le week-end : 5-10

min

38. Quelles chaînes, quelles émissions de radio suis-tu le plus souvent ?

 

Free dom

 

39. La radio est pour toi un moyen de

 
 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

 

Mieux connaître la culture créole ou française

X

Surtout distraire

pour se

 

Autre chose :

40. T'arrive t'il de participer à une émission locale de radio et comment (appel téléphone,

vote sms...) ?:

Non

 

41. Avec quelle fréquence lis-tu des journaux locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

X

Moins souvent

 

Presque jamais

42.

Quels magazines locaux lis-tu ? :

 
 

Magazines

réunionnais : Avant mais

plus maintenant

43.

Avec quelle fréquence lis-tu des magazines

locaux réunionnais?

 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

X

Moins souvent

 

Presque jamais

44. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

Je pense que c'est dur voir ce que les personnes comoriens attendent de l'ile de la Réunion Vu que je suis née ici

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

 

194

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 9 : Ousseni (autoadministration en présence de l'enquêteur)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

Mahoraise, Comorienne

 

2. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ? : 16 ans (né ici)

 

3. Comment te considères-tu :

X

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

4.

5.

Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? : Vacance

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

 

Oui

X

Non, pas vraiment

6.

Si oui, laquelle ? :

 
 

7.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

X

un peu des deux

8.

A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

Certains

comme de simple citoyen / D'autre comme des délinquants

9.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

Que

les jeunes mahorais-comoriens s'intègrent et que ils puissent être utile / Retourne dans leur pays

10.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

Avoir

des conditions de vie meilleur que dans leurs pays d'origine

11.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

Que

leurs enfants réussissent dans les études

12.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

X

Plutôt des mahorais / comoriens

X

Plutôt des créoles

 

Les 2 à égalité

 

Autres

origines : Malgache, Arabe

 

13.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

Créole, français, mahorais

 

14.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

Arabe

-> Religion

15.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

Football

 

16.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

 

Association

Sportive

17.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

De mieux s'intégrer à la Réunion

X

De maintenir la culture et les traditions d'origine

 

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

18.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

 

Oui, un peu

X

Non, pas tellement

19.

Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

 
 

20.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

 

de garder ton identité d'origine

 

les deux à la fois

X

autre chose (préciser): je suis déjà intégrer

21. Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

BTS -> Comptable / Expert-comptable

22. Penses-tu réaliser tes projets plutôt

X

à la Réunion

 

à Mayotte, aux Comores

X

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

23. Pourquoi ce choix géographique ?

- Pays développé ; - Communication adapté

24. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

 

EUH, En rien

195

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

La communication entre jeunes :

25. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

X

Appel téléphonique

X

sms-mms

X

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

26. Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

PC à la maison

X

Dans ton entourage (famille, amis)

 

Avec les PC du lycée

X

PC portable personnel

 

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

27.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

X

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

X

Travail scolaire

X

Tchat, forums

X

Recherches « fun »

 

Autres(quelles ?) :

28.

Les réseaux sociaux (facebook, tweeter...) sont pour toi :

 

plutôt un moyen de communiquer entre jeunes mahorais-comoriens

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

X

les deux à la fois

29.

Disposes-tu d'un téléphone portable personnel ?

X

normal à touches

 

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas tout le temps)

 

Pas de portable

30.

Quelles utilisations fais-tu du téléphone portable :

X

appel téléphonique

 

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

X

sms-mms

 

Internet : recherches

 

Autres (quelles ?) :

31. En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

Garder le contact avec les gens

32. En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux garder tes racines et ta culture d'origine ?

En Rien

33. Médias : Combien d'heures par jour regardes-tu la télévision en moyenne

Les jours de classe : 5h Le week-end : 10h

34. Quelles chaînes, quelles émissions de télévision suis-tu le plus souvent :

Canal +, Canal + Sport, TF1, chaîne Disney, W9, Cinéma

35. T'arrive t'il de participer à une émission de télévision locale et comment (vote sms...) ?

NON - (Arnaque)

36. Combien d'heures par jour écoutes-tu la radio en moyenne ? 5-10 mn

Les jours de classe : 5 min Le week-end : 10 min

37. Quelles chaînes, quelles émissions de radio suis-tu le plus souvent ?

Freedom

38. La radio est pour toi un moyen de

 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

X

Mieux connaître la culture créole ou française

X

Surtout pour se distraire

 

Autre chose :

 

39. T'arrive t'il de participer à une émission locale de radio et comment (appel téléphone, vote sms...) ?:

 
 

Non

 
 

40. Avec quelle fréquence lis-tu des journaux locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 
 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

X

Moins souvent

 

Presque jamais

 

41.

Quels magazines locaux lis-tu ? :

 
 
 

Magazines

réunionnais : Visu auparavant

 

Magazines

mahorais/comoriens :

42.

Avec quelle fréquence lis-tu des magazines

locaux réunionnais?

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

X

Moins souvent

 

Presque jamais

43. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

Il est difficile d'avoir des attentes de l'île de la Réunion lorsque l'on a passé tout notre vie ici. (si on était né ailleurs là on aurait pus porter notre avis)

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

 

196

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 10 : Ibrahim (autoadministration à domicile)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

mahorais

 

2. Où es-tu né(e) :

Mayotte, Dzaoudzi

 

3. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

: 19 ans

 

4. Comment te considères-tu :

X

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 
 
 
 
 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

5.

6.

Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? :

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

 

Oui

X

Non, pas vraiment

7.

Si oui, laquelle ? : Langue

 
 

8.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

X

un peu des deux

9.

A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

Certain

créole sont raciste, mais le plus souvent il sont gentil avec nous

10.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

Rien

en particulier

11.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

 

De meilleur

étude et une meilleur vie

12.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

 

La réussite

de leur enfant

13.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

 

Plutôt des /

mahorais comoriens

 

Plutôt des

créoles

X

Les 2 à égalité

 
 
 
 
 
 
 

Autres origines :

 

Un peu de tout

 
 

14.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

la langue qu'ils parlent

 

15.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

Mahorais

avec mes parent, et créole avec mes amis réunionnais

16.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

Football,

ciné, jeux vidéo

17.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

AJBLR

(Association des Jeune de Bas La Rivière)

18.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

De mieux s'intégrer à la Réunion

X

De maintenir la culture et les traditions d'origine

 

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

19.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

 

Oui, un peu

X

Non, pas tellement

20.

Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

 
 

21.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

 

de garder ton identité d'origine

X

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

22.

Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

Réussir

le BTS pour entrée dans la vie active

23.

Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 

à la Réunion

X

à Mayotte, aux Comores

 

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

24. Pourquoi ce choix géographique ?

Ces mon îlet d'origine et tout ma famille se trouve la bas

25. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

 

Mes parents on influence ces projet car ils ont deja construit des maisons pour nous

197

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

La communication entre jeunes :

26. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

 

Appel téléphonique

X

sms-mms

X

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

27. Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

PC à la maison

 

Dans ton entourage (famille, amis)

X

Avec les PC du lycée

X

PC portable personnel

X

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

28.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet

(cocher la ou les bonnes réponses) :

 

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

X

Travail scolaire

 

Tchat, forums

X

Recherches « fun »

 

Autres(quelles ?) :

29.

Les réseaux sociaux (facebook,

tweeter...) sont pour toi :

 

plutôt un moyen de communiquer jeunes mahorais-comoriens

entre

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

X

les deux à la fois

30.

Disposes-tu d'un téléphone portable

personnel ?

 

normal à touches

X

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas tout le temps)

 

Pas de portable

31.

Quelles utilisations fais-tu du

téléphone portable :

 

X

appel téléphonique

X

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

 

X

sms-mms

 

Internet : recherches

 

Autres (quelles ?) :

 

32. En quoi le téléphone portable

te permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

 

En rien car je l'achete avant tout pour

communique (amis, famille)

 

33. En quoi le téléphone portable

te permet-il de mieux garder tes racines et ta culture d'origine ?

 

Il me permet d'appel ma famille qui

se trouve à Mayotte

 

34. Médias : Combien d'heures par

jour regardes-tu la télévision en moyenne

 

Les jours de classe :

1h30 Le week-end : 2h

 

35. Quelles chaînes, quelles émissions

de télévision suis-tu le plus souvent :

 

Journal réunionnais / journal mahorais

/ documentair sur les animaux

 

36. T'arrive t'il de participer à une

émission de télévision locale et comment (vote sms...) ?

 

non

 
 

37. Combien d'heures par jour écoutes-tu

la radio en moyenne ?

 

Les jours de classe : 0

Le week-end : 0

 

38. Quelles chaînes, quelles émissions

de radio suis-tu le plus souvent ?

 

aucune

 
 

39. La radio est pour toi un moyen

de

 
 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

 
 

Mieux connaître la culture créole ou française

X

Surtout pour se distraire

 

Autre chose :

 

40. T'arrive t'il de participer à une

émission locale de radio et comment (appel téléphone, vote sms...)

?:

 

Non

 
 
 

41. Avec quelle fréquence lis-tu des

journaux locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 
 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

 

42.

Quels magazines locaux lis-tu ? :

 

Magazines

réunionnais : aucun

43.

Avec quelle fréquence lis-tu des magazines locaux réunionnais?

 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

44. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

Je trouve qu'il n'y a rien à critique sur l'étude, les question sont simple et facile à comprendre

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

 

198

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 11 : Saïd (autoadministration à domicile)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

Mahorais

 

2. Où es-tu né(e) :

Kani-Kéli de Mayotte

 

3. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

: 12 ans

 

4. Comment te considères-tu :

 

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 

Les deux à la fois

X

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

5. Mayotte / les Comores ? Quelles relations gardes-tu avec

:

 

J'y vais régulièrement

 

La famille de

 

J'écoute leurs informations locales

X

J'appelle ou ils appellent régulièrement

 

Mayotte/ Comores vient à la Réunion

 

Autres échanges,

préciser :

6.

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

X

Oui

 

Non, pas vraiment

7.

Si oui, laquelle ? :

On n'a

pas le même language mais c'est tout

8.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

X

un peu des deux

9.

A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

Quelques

uns n'aimen pas et ne font pas la différence entre les deux

10.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

/

 

11.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

Plus

large choix d'étude

12.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

 
 

13.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

 

Plutôt des /

mahorais comoriens

 

Plutôt des

créoles

 

Les 2 à égalité

 
 
 
 
 
 
 

Autres origines :

 

Un peu de tout

 
 

14.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

français

 

15.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

Français

partout et tout le temps

16.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

 

Les loisirs

et les études

17.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

/

 

18.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

De mieux s'intégrer à la Réunion

 

De maintenir la culture et les traditions d'origine

 

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

19.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

 

Oui, tout à fait

 

Oui, un peu

X

Non, pas tellement

20.

Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

/

 

21.

Suivre la culture d'origine est-ce

 

un choix personnel

 

pour faire plaisir aux parents, à l'entourage

 

Les deux à la fois

 

Très important

 

Pas si important

 
 

22.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

 

de garder ton identité d'origine

X

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

23.

Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

BTS

Bâtiment -> Architecte

24.

Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 

à la Réunion

 

à Mayotte, aux Comores

X

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

25. Pourquoi ce choix géographique ?

 

199

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Plus large étendu de choix

26. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

Personne ne m'influence

La communication entre jeunes :

27. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

X

Appel téléphonique

X

sms-mms

X

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

28. Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

PC à la maison

X

Dans ton entourage (famille, amis)

X

Avec les PC du lycée

X

PC portable personnel

 

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

29.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet

(cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

X

Travail scolaire

X

Tchat, forums

X

Recherches « fun »

 

Autres(quelles ?) :

30.

Les réseaux sociaux (facebook,

tweeter...) sont pour toi :

X

plutôt un moyen de communiquer jeunes mahoraiscomoriens

entre

/

avec amis

 

plutôt un moyen de

les

s'intégrer avec créoles

 

les deux à la fois

 

famille

 
 
 
 
 

31.

Disposes-tu d'un téléphone portable

personnel ?

 

normal à touches

X

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas tout le temps)

 

Pas de portable

32.

Quelles utilisations fais-tu du téléphone portable :

X

appel téléphonique

X

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

X

sms-mms

 

Internet : recherches

 

Autres (quelles ?) :

33.

En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

/

 

34.

En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux garder tes racines et ta culture d'origine ?

Je peux

contacter ma famille que ce soit en métropol ou à Mayotte

35.

Par quels moyens communiques-tu avec la famille et les amis restés à Mayotte/Comores

X

Téléphone fixe

X

portable

X

Envoi de paquets

 

Autres :

 

X

Courrier postal

X

Internet

 

Par des amis qui font le voyage

 
 
 

36. Médias : Combien d'heures par jour regardes-tu la télévision en moyenne

 

Les jours de classe : +/- 3heurs Le week-end : +/- 5 heurs

 

37. Quelles chaînes, quelles émissions de télévision suis-tu le plus souvent :

 

Manga culte - série humoristique - film d'action - reportage - JT

 

38. T'arrive t'il de participer à une émission de télévision locale et comment (vote sms...) ?

 

non

 

39. Combien d'heures par jour écoutes-tu la radio en moyenne ?

 

Les jours de classe : 1 heur Le week-end : 1 heur

 

40. Quelles chaînes, quelles émissions de radio suis-tu le plus souvent ?

 

Skyrock, NRJ, Freedom

 

41. La radio est pour toi un moyen de

 
 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

 

Mieux connaître la culture créole ou française

X

Surtout pour se distraire

 

Autre chose :

 

42. T'arrive t'il de participer à une émission locale de radio et comment (appel téléphone, vote sms...) ?:

 

non

 

43. Avec quelle fréquence lis-tu des journaux locaux (JIR, quotidien, autres) ? :

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

X

Presque jamais

 

44.

Quels magazines locaux lis-tu ? :

 

Magazines

réunionnais: /

Magazines mahorais/comoriens : /

45.

Avec quelle fréquence lis-tu des magazines locaux réunionnais?

 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

 

Presque jamais

46. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

Non

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

 

200

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 3 : Kaycha (administration par l'enquêteur au cours de l'entretien))

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de la

Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il n'y a

pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

Mahoraise

 

2. Où es-tu né(e) :

Mayotte

 

3. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

: Arrivée à l'âge de 3 ans, il y a 18 ans (actuellement 21)

 

4. Comment te considères-tu :

X

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 
 
 
 
 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

5.

Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? : le père fait des A/R sur Mayotte

X

J'y vais (pas trop) régulièrement

X

La famille de

X

J'écoute leurs informations locales

X

J'appelle et ils appellent régulièrement

 

Mayotte

vient à la Réunion

X

Autres échanges, préciser : Association

6.

A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

 
 

Oui

X

Non, trop

pas vraiment

47.

Si oui, laquelle ? :

 
 
 

La langue.

L'association mahoraise n'est pas exclusive mais affinitaire

48.

As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

 

plutôt créole

 

plutôt mahorais/comorien

X

un peu des deux

49.

A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

Comme

des étrangers

50.

Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

 

Ne comprennent

pas la langue mahoraise cela les ennuie

51.

Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

Etre

plus intégrés, plus acceptés

52.

Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

 

Des raisons

financières, et donner de meilleures chances à leurs enfants pour les études

53.

Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

1

Plutôt des mahorais / comoriens

2

Plutôt des créoles

 

Les 2 à égalité

3

Autres origines : Malgaches

 

Un peu de tout

 
 

54.

En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

Mahorais, créole, français

 

55.

Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

 
 

56.

Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

 

Association

: soirées, danses traditionnelles, semaine culturelle

57.

De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

Union

des Etudiants et Elèves Mahorais de la Réunion UEEMR

58.

Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

2

De mieux s'intégrer à la Réunion

1

De maintenir la culture et les traditions d'origine

1

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

59.

Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ? (foulard sur les cheveux, col de chemise ouvert)

 

Oui, tout à fait

X

Oui, un peu

 

Non, pas tellement

60.

Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

 

Musique

mahoraise (danses)

61.

Suivre la culture d'origine est-ce

1

un choix personnel

 

pour faire plaisir aux parents, à l'entourage

 

Les deux à la fois

 

Très important

 

Pas si important

 
 

62.

Personnellement ton choix est plutôt :

1

de t'intégrer à la Réunion

1

de garder ton identité d'origine

 

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

63.

Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

Licence

de droit, juriste d'entreprise

64.

Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 

à la Réunion

X

à Mayotte, aux Comores

 

en métropole

 

Ailleurs (où ?) :

65.

Pourquoi ce choix géographique

 

?

 
 
 
 

201

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Retour aux sources

66. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

Elle voulait être architecte, ils l'ont incitée à devenir juriste

La communication entre jeunes :

67. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

X

Appel téléphonique

X

sms-mms

X

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

68. Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

PC à la maison

 

Dans ton entourage (famille, amis)

X

Avec les PC du lycée Université

X

PC portable personnel

X

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

69.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

X

Travail scolaire

 

Tchat, forums

X

Recherches fun

« »

 

Autres(quelles ?)

:

70.

Les

réseaux sociaux (facebook, sont

 

tweeter...) toi

pour

:

 
 

X

plutôt un moyen de communiquer entre jeunes mahorais-comoriens

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

 
 

les deux à la fois

71.

Disposes-tu d'un téléphone portable personnel ?

 
 

normal à touches

X

smartphone (écran tactile)

 

Partagé

(pas tout le temps)

 

Pas de portable

72.

Quelles utilisations fais-tu du téléphone portable :

 

X

téléphonique

appel

 

Internet

: messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

 
 
 
 
 
 

X

sms-mms

X

Internet : recherches (jeux)

 

Autres

(quelles ?) :

73. En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux t'intégrer à la Réunion ?

 

Pas

 

74. En quoi le téléphone portable te permet-il de mieux garder tes racines et ta culture

d'origine ?

Oui, contact

 

75. Par quels moyens communiques-tu avec la famille et les amis restés à Mayotte/Comores

 
 

Téléphone fixe

X

portable

X

Envoi de

 

Autres

:

 
 
 
 
 
 

paquets (affinitaire)

 
 
 
 

Courrier postal

 

Internet

 

Par des amis qui font le voyage

 
 
 

76. Médias : Combien d'heures par jour regardes-tu la télévision en moyenne

 

Les jours de classe : Pas de TV à la Cité Universitaire Le week-end : peu

 

77. Quelles chaînes, quelles émissions de télévision suis-tu le plus souvent :

 

JT Réunion parfois

 

78. T'arrive t'il de participer à une émission de télévision locale et comment (vote sms...) ?

 

Non

 

79. Combien d'heures par jour écoutes-tu la radio en moyenne ? : seulement si évènements, surtout à Mayotte

 

Les jours de classe : Le week-end :

 

80. Quelles chaînes, quelles émissions de radio suis-tu le plus souvent ?

 

Freedom

 

81. La radio est pour toi un moyen de

 
 

Partager des choses avec les autres jeunes mahorais-comoriens

 

Mieux connaître la culture créole ou française

 

Surtout pour se distraire

X

Autre chose : informations.

 

82.

T'arrive t'il de participer à une émission locale de radio et comment (appel téléphone, vote sms...) ?:

 

Non

 
 

83.

Avec quelle fréquence lis-tu des journaux locaux (JIR, quotidien, autres) ? : jamais, mais abonnement à un journal en

 
 

ligne mahorais « Zaléo » (informations, non diasporique)

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

 

Presque jamais

 

84.

Quels magazines locaux lis-tu ? :

aucun

 
 

Magazines

réunionnais :

 

Magazines

mahorais/comoriens :

85.

Avec quelle fréquence lis-tu des magazines

locaux réunionnais?

 
 

Plusieurs fois par semaine

 

En moyenne une fois par semaine

 

Moins souvent

 

Presque jamais

86. Souhaites-tu faire des commentaires, critiques ou remarques sur ce questionnaire ou cette étude?

 

On pourrait être plus ouvertes, et eux nous accepter comme on est

Nous te remercions d'avoir bien voulu participer à notre étude et te souhaitons une bonne journée !

 

202

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Questionnaire 13 : Laymia (autoadministration en présence de l'enquêteur)

Bonjour, Nous réalisons une étude pour l'Université de la Réunion, le thème est « les jeunes mahorais-comoriens de

la Réunion et leurs moyens de communication ».

Ce questionnaire est anonyme (confidentiel), les réponses sont personnelles, c'est ton avis, ta manière de voir les choses : il

n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, il s'agit simplement de répondre ce que tu penses vraiment.

Dans chaque question comportant la mention mahorais/comorien, barrer celle qui ne convient pas

1. Culture, mode de vie : quelles sont tes origines? :

Mahoraise

 

2. Où es-tu né(e) :

à Mayotte

 
 

87. Depuis combien de temps es-tu à la Réunion ?

: depuis (14 ans) l'âge de 6 ans

 

88. Comment te considères-tu :

X

d'abord Mahorais / Comorien d'abord

 

d'abord Créole

 

Les deux à la fois

 

Français d'abord

 

Un peu tout cela sans vraie préférence

 

Autre chose :

89. Quelles relations gardes-tu avec Mayotte / les Comores ? :

 

J'y vais régulièrement

X

La famille de

X

J'écoute leurs informations local

X

J'appelle ou ils appellent régulièrement

 

Mayotte/ Comores vient à la Réunion

 

Autres échanges, préciser :

90. A la Réunion, à ton avis y a t'il une grande différence entre mahorais et comoriens ?

X Oui Non, pas vraiment

91. Si oui, laquelle ? :

Les relations entre les personnes

92. As-tu personnellement l'impression d'avoir un mode de vie (cocher la bonne réponse) :

plutôt créole plutôt mahorais/comorien X un peu des deux

93. A ton avis, comment les créoles perçoivent-ils les jeunes mahorais/comoriens ?

Comme des jeunes inférieurs à eux

94. Que penses-tu que les créoles attendent des jeunes mahorais-comoriens en général ?

De partir

95. Que penses-tu que les jeunes mahorais-comoriens attendent de la Réunion en général ?

Ils pensent plus à leurs études, mais certains pas trop

96. Que penses-tu que les adultes mahorais-comoriens (parents, entourage, communauté) attendent de la Réunion ?

Une vie meilleur pour les enfants

97. Tes ami(e)s sont plutôt (barrer les réponses fausses) :

 

Plutôt des mahorais / comoriens

 

Plutôt des créoles

X

Les 2 à égalité

 

Autres origines :

 

Un peu de tout

 
 

98. En quelle langue communiques-tu avec tes amis en général :

mahorais, créole, français

 

99. Quelles autres langues utilises-tu dans ta vie courante, et dans quels cas ? :

Le mahorais, c'est plutôt amusant de parler entre nous

100. Quelles activités partages-tu avec tes ami(e)s principalement :

Association de danse culturel

101. De quels groupes (clubs, associations, groupe de danse ...) fais-tu partie ? (en plus de ta famille et de ta classe) :

Culturel mahorais

102. Penses-tu que les activités des associations permettent (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

De mieux s'intégrer à la Réunion

X

De maintenir la culture et les traditions d'origine

X

De mieux se retrouver entre jeunes mahorais/comoriens

 

Autre chose :

103. Tes choix vestimentaires sont-ils influencés par ta culture d'origine ?

Oui, tout à fait X Oui, un peu Non, pas tellement

104. Quels autres éléments te permettent de garder ta culture d'origine ?

Très important

105. Suivre la culture d'origine est-ce

X

un choix personnel

 

pour faire plaisir aux parents, à l'entourage

 

Les deux à la

X

Très important

 

Pas si important

 
 

106.

Personnellement ton choix est plutôt :

 

de t'intégrer à la Réunion

X

de garder ton identité d'origine

 

les deux à la fois

 

autre chose (préciser):

107. Quels sont tes projets d'études, tes projets professionnels :

Un BTS gestion PME PMI

108. Penses-tu réaliser tes projets plutôt

 

X à la Réunion

X

à Mayotte, aux Comores

X en métropole Ailleurs (où ?) :

203

Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

109. Pourquoi ce choix géographique ?

Pour (pas de suite)

110. En quoi tes parents et ton entourage influencent-ils tes projets ?

C'est plutôt un choix personnel

La communication entre jeunes :

111. Par quels moyens communiques-tu avec tes amis ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

X

Contact direct

X

Appel téléphonique

X

sms-mms

 

Messagerie Internet

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Autres (quels ?) :

112.

Comment te connectes-tu à Internet ? (cocher la ou les bonnes réponses) :

 

PC à la maison

 

Dans ton entourage (famille, amis)

 

Avec les PC du lycée

X

PC portable personnel

 

Avec ton téléphone

 

Dans des lieux publics

113.

Quelles utilisations fais-tu d'Internet

(cocher la ou les bonnes réponses) :

 
 

Messagerie

X

Réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

 

Travail scolaire

X

Tchat, forums

X

Recherches « fun »

 

Autres(quelles ?) :

114.

Les réseaux sociaux (facebook, tweeter...)

sont pour toi :

 

plutôt un moyen de communiquer mahorais-comoriens

entre jeunes

 

plutôt un moyen de s'intégrer avec les créoles

X

les deux à la fois

115. Disposes-tu d'un téléphone portable

personnel ?

X

normal à touches

 

smartphone (écran tactile)

 

Partagé (pas tout le temps)

 

116. Quelles utilisations fais-tu du téléphone

portable :

 

X

appel téléphonique

 

Internet : messagerie, réseaux sociaux (facebook...)

 

X

sms-mms

 

Internet : recherches

 

Autres (quelles ?) :

117. En quoi le téléphone portable te permet-il

de mieux t'intégrer à la Réunion ?

De mieu rester en contact avec tout le

monde

118. En quoi le téléphone portable te permet-il

de mieux garder tes racines et ta culture d'origine ?

Je peux communiquer avec des amis à

l'étranger