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La gestion durable de la filière cacao dans la région du centre du Cameroun : le cas du bassin de production de la Lékié.

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par Dieudonné MBARGA
Intitut des Relations Internationales duCameroun-IRIC/Yaoundé 2 - Master 2 « Coopération internationale, Action humanitaire et Développement Durable »  2011
  

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Ière PARTIE : PRESENTATION GENERALE DE L'ACTIVITE CACAOYERE DANS LE BASSIN DE PRODUCTION DE LA LEKIE

Situé dans la Région du Centre et crée en 1964 par Décret présidentiel, matérialisant ainsi l'éclatement du département du Grand Mbam, le département de la Lékié, est le deuxième plus grand bassin de production du cacao de cette Région après celui du Mbam et Kim.

La Lékié représente 30% de la production cacaoyère de la Région du Centre, soit approximativement 15 % de la production nationale (2011) 18(*). Sa population reconnue pour son dynamisme est constituée à 95% d'agriculteurs.

Ces chiffres témoignent de l'intensité de cette activité dans cette région et de l'attachement, mieux, du culte que ses populations semblent lui vouer, en dépit d'une conjoncture pas toujours encourageante. C'est de ce constat que découle la nécessité de faire une présentation générale de l'activité cacaoyère dans la Lékié dans l'optique de mieux cerner les méandres de l'économie qu'elle structure, en termes d'exploration des motivations qui la sous-tendent et qui justifient l'attachement viscéral de ces populations à cette dernière, de même que les hypothèques qui brident cette motivation et limitent ses perspectives d'essor.

Ainsi, cette partie envisage t-elle, dans un premier temps (Chapitre 1), d'exposer l'histoire de l'activité cacaoyère au Cameroun en général et dans le bassin de production de la Lékié en particulier ; dans un second temps, elle présentera les entraves ou pesanteurs à la gestion durable de l'activité cacaoyère dans la Lékié (Chapitre 2).

Chapitre 1 : L'historique de l'activité cacaoyère et la présentation des potentialités de la cacaoculture au Cameroun et dans la Lékié

C'est le lieu ici de présenter la genèse de l'activité cacaoyère dans la Lékié, son évolution dans le temps et dans l'espace (Section1), ainsi que ses potentialités (Section 2).

Section 1 : L'historique de l'activité cacaoyère dans la Lékié

Comme sus-évoqué à l'introduction, le cacao, plante d'origine latino américaine fût introduit en Europe dès le 15ème siècle par les Espagnols. La promotion de sa culture en Afrique va se faire à la faveur de la politique impériale européenne, notamment allemande pour ce qui est du Cameroun. C'est précisément en 1884 que les allemands, sous la forme d'une économie administrée, favorisent son enracinement dans certaines régions de notre pays, notamment au Sud-ouest et dans le Littoral. Mais il faudra attendre la tutelle franco-britannique pour voir le cacao introduit et promu dans la Lékié. L'histoire de l'activité cacaoyère dans ce bassin de production peut s'appréhender en deux segments, à savoir: le premier segment couvrant la période allant de la colonisation jusqu'à l'indépendance et les lendemains de l'indépendance (Paragraphe 1) et qui correspond à la période d'avant la libéralisation ; ensuite, le second segment, qui marque le début de l'ère de la libéralisation, c'est-à-dire du début des années 1990 à nos jours (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : De la période coloniale à l'indépendance et les lendemains de l'indépendance

Ce paragraphe entend apporter des éléments de réponses qui éclairent un certain nombre de questions relatives à la période sus-indiquée.

Point 1 : L'implantation de l'activité cacaoyère dans le département de la Lékié

Quand et Comment l'activité cacaoyère s'est-elle implantée dans la Lékié ?

C'est sous la tutelle française et britannique que le cacao arrive dans la Lékié dans les années 1919. Les premières plantations sont alors créées à Mvoa par Evodoula occupant des superficies moyennes d'un peu plus d'un hectare19(*). La tradition orale révèle que c'est Michel ATANGANA, installé chez son oncle ENGAMA ONAMENGUE qui serait le tout premier ressortissant Eton à planter la fève violette dans la partie Sud de l'arrondissement d'Okola.

Les premières plantations étaient alors constituées à partir des semences importées du pays Bassa.

L'expansion de cette culture sera ensuite soutenue par des conditions naturelles ou environnementales (sols, climats...) généreuses et entretenue par l'installation de nombreux postes agricoles dont le tout premier à Okola date de 1955, et consolidée à travers la politique des plans quinquennaux de développement (1961-1985)

De manière sommaire et souvent très loin des expressions scientifiques, trois variétés de cacao sont cultivées dans la Lékié. Ce sont :

- Le Calaba Keka, espèce se reconnaissant à la forme de ses cabosses arrondies, trapues, de surface quasi lisse.

- Le Lebouak Keka, c'est-à-dire celui qui ressemble au melon. Scientifiquement dénommée amellorado, cette variété a des cabosses allongées, arrondies à la base, la surface étant marquée par de très légers sillons.

- Le Nkpaman Keka, c'est-à-dire le nouveau cacao. Elle est peu répandue et est délivrée par l'Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD).

Ses cabosses sont généralement développées, leur fructification très précoce et leur maturation très étalée dans l'année. En outre, elles sont plus rustiques, plus résistantes et plus productives20(*)

Point 2 : L'organisation et le fonctionnement de l'activité cacaoyère dans la Lékié à cette période

Quelle était l'organisation de l'activité cacaoyère dans la Lékié et comment fonctionnait-elle ?

Il s'agit ici d'élucider deux préoccupations à savoir: quels étaient les acteurs qui ont mené l'activité cacaoyère à cette époque dans cette région? Et quel était leur mode opératoire ?

De manière globale l'activité cacaoyère avant l'indépendance était pilotée par un seul acteur, à savoir la puissance coloniale. En effet, les plantations à l'époque allemande n'appartiennent qu'à l'administration coloniale et à ses partenaires, majoritairement les grandes firmes occidentales à l'instar de Jansen et Thormalen purement allemandes et, celles Grecques et Libano-syriennes telle que Kritikos ; qui mettent à contribution la main d'oeuvre nationale, voire locale. Cette main d'oeuvre, corvéable, ne bénéficie d'aucun statut. Cette époque, convient-il de le rappeler, constitue l'apogée de la politique de l'indigénat, véritable esclavage sous les tropiques consistant à capturer, dans les villages, de jeunes adultes qu'on enrôlait de force dans divers chantiers pour utiliser de manière gratuite leur force de travail21(*) . Il y a lieu de signaler que la totalité de la production était rapatriée vers les métropoles occidentales.

La période tutélaire franco-britannique, 1920-1957, sera caractérisée par une relative expansion de la cacaoculture. La puissance coloniale franco-britannique ayant pris l'heureuse initiative d'encourager les populations à créer des plantations. La promotion de la culture du cacao rencontre un succès dans les bassins de production que nous connaissons aujourd'hui. Contrairement à la puissance impériale, l'Etat, devenu souverain, va consolider cet état de fait dans la mise en branle de sa politique des plans quinquennaux de développement. Il s'octroie alors la responsabilité d'encadrer et d'accompagner à titre non onéreux, le planteur, désormais propriétaire de sa plantation et pouvant dès lors jouir des fruits de la production.

Pour des besoins d'efficacité, l'Etat scinde sa mission d'encadrement en deux volets. D'un coté, un volet d'encadrement purement technique, se rapportant globalement à la fourniture des plants et l'entretien des plantations ; l'objectif visé est de garantir la qualité du produit. Ce volet est assumé par les Services de l'Agriculture, créés en 1952, qui se déploient à travers le SEMCENTRE (Secteur de Modernisation de la région du Centre -Sud) qui, lui-même s'est substitué au SEMAC (Secteur Expérimental de Modernisation des Cacaoyères) créé en 1953-1954 avec pour mission principale d'encadrer au travers d'appuis logistiques, techniques et financiers, les producteurs en vue de la vulgarisation et la promotion de cette activité22(*).

Ce programme va disparaitre à la faveur d'une part, de la mutation des Services de l'Agriculture en Ministère de l'Agriculture en 1972, d'autre part, suite à la création de la Société de Développement du Cacao (SODECAO) en 1974.

Comme son nom l'indique, la SODECAO (Société de Développement du Cacao) est directement érigée en moteur de la promotion et l'essor de la cacaoculture sur le territoire du Cameroun oriental dont fait partie la Lékié. Elle est une société dite d'Etat, mieux encore, une entreprise parapublique tel que le stipule clairement son décret de création23(*), ainsi que son statut. Elle a alors pour missions de fournir à suffisance (quantité et qualité), le matériel végétal aux potentiels producteurs de cacao de son territoire de compétence et d'encadrer techniquement ces derniers dans l'exercice de cette activité (la cacaoculture). De plus, elle est appelée à faciliter la collecte et la commercialisation des fèves de cacao en contribuant, par ailleurs, au désenclavement des zones rurales à travers un important programme d'entretien des pistes de collecte.

Le nouvel Etat souverain va opérer une grande mutation au volet accompagnement commercial et financier assuré jusque là par la Caisse de Stabilisation (Caiss Stab) créée en 1955, dont la mission était de garantir le prix d'achat du cacao au planteur afin de le protéger des fluctuations du marché mondial24(*).

Dans son action, la « Caiss Stab » était aidée par le concours en aval des sociétés coopératives dont la première expérience remonte en 1926 avec l'institution des Sociétés Indigènes de Prévoyance (SIP) qui, avec le slogan 100 000 tonnes de production, conduira à l'expansion de ce mouvement.

Par la suite, la Caisse de Stabilisation sera remplacée par l'ONCPB (Office National de Commercialisation des Produits de Base) créé en 1978, et dont le fonctionnement sera basé sur un système de compensation et de mise à disposition de micro financements ou microcrédits, alimenté par les ressources provenant essentiellement d'un système de taxations à l'exportation. A titre indicatif, une étude de JANIN Pierre 25(*) sur la libéralisation agricole au Cameroun révèle que, entre 1979 et 1988, l'ONCPB a prélevé 375 milliards de FCFA, dont 220 milliards pour la seule filière cacao. Concrètement, ONCPB se finance par le différenciel de l'écart entre le prix versé aux producteurs et le prix obtenu à l'exportation (prix du marché mondial). En schématisant, s'agissant du cacao à commercialiser, le rôle de l'ONCPB consiste à centraliser l'offre camerounaise de cacao et à négocier la vente au meilleur prix. L'ONCPB fixait alors un prix d'achat national du cacao aux producteurs alors constitués en coopératives, et celles-ci étaient tenues de le respecter sous peine de sanctions.

S'agissant du planteur, il s'organise à la fois individuellement et collectivement.

Individuellement, il s'attelle à mener seul son activité partant de la création, passant par l'entretien jusqu'à la commercialisation du cacao.

Cependant, même si l'initiative de créer la plantation lui revient individuellement, la nécessité de s'associer aux autres producteurs, pour rendre plus efficaces l'entretien et la commercialisation se fait de plus en plus sentir, d'où l'intérêt pour le regroupement en GIC et en coopératives.

En effet, le mouvement d'expansion de l'expérience coopérative sus-évoquée va, dans un premier temps, convier à la création des Comités Villageois de Défense du Cacao, et dans un second temps, il aboutira à la transformation de ces derniers en Groupement d'Agriculteurs Modernes (GAM) et en Zone Agricole de Production Intensive (ZAPI) de 1963 à 1970.

Dans l'optique d'un meilleur contrôle de la qualité du cacao et de la facilitation de sa commercialisation, l'autorité gouvernementale du Cameroun va instituer en 1957, des Centres de Groupage de Cacao, à l'instar de ceux de Mvoua I et II, ou d'Ebanga, Nkonabeng à Okola. Elle va également faciliter la création de Sociétés Coopératives comme la Société Coopérative des Planteurs d'Okola (SOCOPO) en 1979 et la Société Coopérative des agriculteurs d'Obala dans la même période.

* 18 Statistiques du CICC, 2011

* 19 AMOA ONGUENE Anselme Serge, La cacaoculture dans l'arrondissement d'Okola 1960-2000, Mémoire de Maitrise en Histoire, Université de Yaoundé 1, 2007

* 20 MANI OLONGO, L'économie cacaoyère dans la région d'Okola, Mémoire de Géographie, Université de Yaoundé, 1975

* 21 NGONGO Louis Paul, Histoire des institutions et faits sociaux du Cameroun, éditions Berger Levour, 1987

* 22 CHAMPAUD J, « L'Economie Cacaoyère du Cameroun », in Cahier ORSTOM, ser.sci.hum, III. 3,1966

* 23 Décret N-74-83 du 02 février 1974, portant création, organisation et fonctionnement de la SODECAO

* 24 CHAMPAUD,  J.1966, « L'Economie Cacaoyère du Cameroun », in Cahier ORSTOM, ser.sci.hum, III. 3

* 25 JANIN Pierre, « un planteur sans l'Etat peut-il encore être un planteur ? », http//www.politique-africaine.com/numéros/pdf/0622045.pdf

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"Un démenti, si pauvre qu'il soit, rassure les sots et déroute les incrédules"   Talleyrand