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Exploitation minière et conflits fonciers. Le cas de la localité de Hiré (Côte d'Ivoire).

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par Cyprien Yao YAO
Université Félix H.Boigny  - Master1 Sociologie spécialité: Environnement 2014
  

Disponible en mode multipage

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UNIVERSITE FELIX HOUPHOUËT-BOIGNY

251658240

RÉPUBLIQUE DE CÔTE D'IVOIRE

Union - Discipline - Travail

UFR DES SCIENCES DE L'HOMME ET DE LA SOCIÉTÉ (SHS)

INSTITUT D'ETHNOSOCIOLOGIE

251660288

DEPARTEMENT DE SOCIOLOGIE

MÉMOIRE DE MASTER 1

Spécialité : Sociologie de l'Environnement

EXPLOITATION MINIERE ET CONFLITS

FONCIERS : LE CAS DE HIRE

Présenté par :

YAO Yao Cyprien

Encadré par :

Dr. Dali Serge LIDA

Maître-Assistant

Année académique

Maître-Assistant

Présenté par

DIABAGATE Bassirima

2014-2015

SOMMAIRE

DEDICACE........................................................................... 1

REMERCIEMENTS................................................................. 2

Première partie : INTRODUCTION................................................ 2

Deuxième partie : MATERIELS ET METHODE DE RECHERCHE........ 2

Troisième partie : RESULTATS................................................. 2

CONCLUSION....................................................................... 57

BIBLIOGRAPHIE.................................................................. 59

ANNEXES............................................................................ 65

DEDICACE

A notremère Dadié Christine ADJOH, notre épouseABIBATA Traoré et nos enfants Chris Fabrice et Eunice Mariette.Vous avez été pour nous des stimuli.

A nos frères ainés notamment Dadié Jean-Marie AHONDJO,Fabrice DJETE et Paterne KOMENAN pour leur soutien indéfectible.

REMERCIEMENTS

Nos remerciements vont à l'endroit de plusieurs personnes :

Premièrement auprofesseur Roch Yao GNABELI pour sa disponibilité malgré ses occupations d'ordre académiques.

Ensuite à l'endroit du Docteur Serge LidaDALI en tant que directeur scientifique de ce mémoire sans oublier les autres membres du Laboratoire d'Anthropologie et des Appartenances Symboliques et de Sociologie Economique (LAASSE).

Nous remercions de façon particulière le Docteur DROH Rusticot pour ses conseils, ses critiques et sa contribution quant à la réussite de cette OEuvre. Nous avons largement bénéficié de ses conseils mais surtout de son esprit hautement pédagogique. Malgré ses occupations, il trouve toujours du temps pour la discussion avec ses étudiants.

Par ailleurs, nous voudrions adresser nos remerciements à tous les doctorants du Laboratoire d' Anthropologie et des Appartenances Symboliques et de Sociologie Economique (LAASSE) en particulier TCHAMBI Sylvestre pour sa disponibilité, ses observations et sesefforts déployés pour l'aboutissement de ce mémoire.

Enfin, nous remercions tous nos amis étudiants de Master I de l'Institut d'Ethno-Sociologie notamment ceux du Laboratoire d'Anthropologie des Appartenances Symboliques et de Sociologie Economique (LAASSE) pour leur soutien physique, moral et logistique.

Première partie :

INTRODUCTION

1-Contexte de l'étude

Cette étude se structure autour de deux (02) principaux évènements. Il s'agit notamment de la situation de pénurie foncière engendrée par les flux migratoiresà l'essor des cultures coloniales (café et cacao)et de la relance vers l'économie minière par l'Etat de Côte d'Ivoire comme stratégie de reconversion face à une économie agricole en récession. Ces différents faits sont illustrés dans les lignes qui suivent :

D'abord, l'avènement de la culture du café et cacao a généré des vagues successives de migrations en Côte D'ivoire vers les régions forestières (Koné M., 2006). En effet, dès 1920, le petit village de Hiré-Watta connaissait déjà ces premiers mouvements migratoires. Attirés par la richesse en or de cette localité, les groupes ethniques baoulé et dioula s'adonneront plus tard à l'économie agricole sous des rapports de tutorat avec les peuples autochtones Dida (Lavigne-Delville & al, 2002 ; Koné M., 2006, op.cit ; Chauveau, 2008). L'embellie économique que connait cette zone engendre d'autres flux migratoires conformément au modèle ivoirien de l'agriculture cacaoyère. Hiré devient ainsi le troisième front pionnier de la cacao-culture en Côte d'Ivoire à partir de 1930 (Éric et Patrice cités par KOUADIO, 2008 ; Wiki mania, 2015).

Il ressort ensuite de ces dynamiques migratoires, la recomposition sociale des identités et la redéfinition des rapports fonciers.D'où le triptyque rapport autochtones, allochtones et allogènes. L'aliénation foncière qui s'en est suiviea amplifié l'amenuisement des terres cultivables.

Enfin, cette situation de saturation foncièreest intensifiée par les émigrations urbaines émanant de la crise économique des années 1980 et l'échec du système scolaire(BEAUCHEMIN, 2000 ; Koné M., 2006, op.cit). Ceci a eu comme effets d'induire des changements dans les modes d'appropriation de la terre et des rapports intra et extrafamiliaux. Dans ce sens, la recomposition sociale et spatialemet en exergue des conflits quant àla terre, son accès,son appropriation, son contrôle et sagestion (BOBO, 2011).A partir d'une telle codification des rapports fonciers,la relance vers l'économie minière par l'Etat de Côte D'ivoire réveille des antagonismes plus ou moins latents en remettant l'enjeu foncier au centre des préoccupations actuelles.

D'une part, les institutions internationales telles que la Banque Mondiale promeuvent l'investissement minier comme capacité de rebondissement économique. Ainsi, encouragent-elles les gouvernements à la mise en place de stratégies nouvelles par le truchement de législations minières souples et attractives. Et ce, de minière a favorisé la captation de projet minier à grandes échelles (Bulletin N7 du WRN, 2003, p.35).

Et d'autre part, l'Etat de Côte d'Ivoire, dépendante d'une économie cacaoyère en crise et du fait de son sous-sol riche en minerais, trouve son engagement justifié dans une politique minière considéréede nos jours comme le fer de lance de son développement économique (Gnamien, 2014).

Dès lors, la région de Hiré fait sa première expérience avec l'exploitation minière à grandes échelles à partir de 2007(KOUADIO, 2008, op. cit). Il s'agit de deux multinationales minièresayant conjointement acquis le contrat d'exploitation du projet minier de Bonikro1(*).A partir de 2009, ce bail minier est racheté par la compagnie minière Newcrest Mining qui obtient un autre permis d'exploitation des gisements Akissi-so et Chapelleà l'Est de la ville de Hiré en 20142(*).

Aussi, faut-il ajouté le développement de l'exploitation artisanale de l'or. Il est le fait de milliers d'orpailleurs venus d'ailleurs, mais aussi de riverains et d'élèves surtout, exerçant cette activité de façon occasionnelle(KOUADIO, 2008, op. cité ;Djezou (2012) cité par LOBE &al, 2013).Cependant, la consommation croissante des terres au coeur de l'exploitation minière ne peut occulter en amont, la question non moins cruciale des rapports fonciers et des perceptions qui y sont associées.

Par ailleurs, pour accéder au sous-sol, la compagnie Newcrest compense les terres et cultures détruites afin d'exproprier les occupants du sol. Mais pour y parvenir, des opérations d'identification et d'enregistrement d'occupants de la terre sont mises en oeuvre (Chauveau et Lavigne D., 2012 ; Mansion et Broutin, 2014).Dans ce sens, des champs de cacao sont rasés par les engins de la multinationale. Plusieurs villages également sont forcés à la délocalisation(Djezou (2012) cité par LOBE et al, 2013,op. cit).Cette conjoncture d'expropriation et de réappropriation de l'espace au profit de la multinationale minière relayée par des mécanismes de compensations met exergue la rupture des populations locales dans leur rapport à la terre et la croissance de conflitsfonciersmultiples et multiformes.

In fine, cette étude s'inscrit d'un point de vue scientifique dans la Sociologie de l'Environnementsous la forme de l'analyse des causes et conséquences sociales des phénomènes écologiques et des causes et conséquences écologiques des phénomènes sociaux (BOUDES, 2008, p.467). Elle servira ainsi d'ébauche à la persistance de conflits fonciers comme un produit qui intègre les problèmes environnementaux.

2-Constat et problème de recherche

Cette recherche s'appuie sur un seul constat relatif à la persistance de conflits fonciers dans la localité de Hiré en dépit de l'existence d'un comité de gestion et d'arbitrage de ces dits conflits. Les détails de ce constat sont précisés dans les lignes qui suivent :

Tout d'abord, une appropriation de la terre par l'externalisation du biologique au coeur de l'exploitation minière (Le Meur, 2010). En effet, lesactivités minières induisent des problèmes environnements à savoir : de vastessuperficies de terres cultivables affectées ; la destruction de dizaines d'hectares de plantation de cacao ; la délocalisation forcée de plusieurs villages ; des pertes d'espèces biologiques et d'habitats naturels ; des puits d'orpaillage non réhabilités ; la pollution au cyanure des ressources en eau (KOUADIO, 2008 op.cité ; Djezou (2012) cité par LOBE et al, 2013, op. cité.; LASSI, 2010 ; BAMBA, 2012).

Ensuite,cette appropriation de la terre par la destruction entraine des changements dans les rapportsfonciers et accroit les conflits. En ce sens, la réalité sociale est-elle l'apanage de vives tensions. Primo, entre acteurs de l'économie minière et ceux de l'économie agricole. Des propriétaires de terres et de cultures exigent des compensations à la multinationale Newcrest (Dama 2012 ; Rabbi, 2013 ; Gbalet, 2014 ; Bakayoko, 2015).Ces revendications de dédommagements deviennent souvent violentes conduisant ainsi à l'incarcération de manifestants3(*). Cette situation est encore une fois de plus amplifiée par la promiscuité entre les sites d'exploitations minières et lieu d'habitations des riverains4(*). Secundo, ces tensionsrejaillissent sur les communautés locales.En fait, les dynamiques de transformations foncières suscitent des rapports conflictuels entre les populations locales en particulierentre migrants, entre autochtones et migrants,entre villages autochtones5(*), entre familles et à l'intérieur même de celles-ci.

En outre, l'exacerbation deces conflits et tensions autour du foncier soulèventdes défis de gestion et d'arbitrage. En réalité, les archives de la chefferie de Bouakako et ceux de la sous-préfecture de Hiré montrent qu'il ne se passe pas un jour que des conflits fonciers ne soient arbitrés6(*).Afin de les endiguer pour in fine rétablir l'équité et la paix sociale, un comité de gestion de ces dits conflitsaétémis en place. Cependant, les conflits deviennent de plus en plus multiples et multiformes7(*).

Dès lors, cette situation traduit un écart entre ce qui est et ce qui devrait être.Un problème scientifique se définissant par ailleurs sous la forme d'une tension entre savoir et non-savoir(Dumez, 2011, p.16), le problème de recherche qui émerge peut se traduire de la manière suivante :

L'incursion de l'exploitation minière dans la commune de Hiré a généré l'accroissement des inégalités sociales etla recrudescence de conflits fonciers entre acteurs locaux et entreprises minières d'une part ; et d'autre part, entre les populations locales elles-mêmes. Afin de juguler ces tensions, la société minière avec l'appui des collectivités territoriales ont décidé de la mise en placed'un comité de gestion de ces dits conflits. Cependant, malgré l'existence de cette structure, les conflits fonciers persistent sur cet espace social.

Le constat et le problème de recherche ont permis de préciser la question centrale et les questions subsidiaires exposées dans les lignes qui suivent.

3-Questions de recherche

3-1-Question centrale de recherche

La question centrale qui oriente cette recherche est la suivante:

Quels sont les déterminants sociaux de la persistance de conflits fonciers à Hiré en dépit de l'existence d'un comité de gestion?

3-2-Questions spécifiques de recherche

De façon spécifique, il s'agit de savoir :

ü Quelles sont les idéologies associées au foncier ?

ü Quels sont les rapports sociaux à la base de l'appropriation du foncier ?

ü Quel est le cadre social de gestion des conflits fonciers ?

4- Etat de la question

La complexité de la question foncière peut se percevoir au travers de la multiplicité des enjeux qui la composent et des dynamiques qui la traversent. L'évolution des contextes socio-économiques, politiques et institutionnels, nationaux et internationaux fait apparaître de nouveaux acteurs dans l'arène foncière locale et accroit les défisfonciers. Dès lors, resituer les rapports fonciers aux multiples échelles où ils apparaissent est un enjeu scientifique, tant plusieurs champs disciplinaires s'enchevêtrent au coeur même du « champ foncier ». Le rapport foncier devient à cet effet, un « fait social total » (Le Roy :1991a, p.22).

Cette interdisciplinarité offre une panoplie d'approches et de divergences de point de vue de ce phénomène social. Cependant, dans le souci de trouver une juste appréciationà l'élucidation de la question spécifique de cette étude, des auteurs susceptibles d'apporter une satisfaction à la compréhension de celle-ci ont été mobilisés. Dans ce sens,le soin été pris soin de les associerselon les similitudes de leurs points de vue mais aussi en fonction de leurs dissemblances. Ainsi, l'état de cette question tourne autour de trois (03) axes majeurs à savoir :

L'exclusion de communautés locales dans la régulation foncière ; les rapports dialectiques entre multinationales minières et populations locales ; les dynamiques sociales comme facteur de la recrudescence de conflits fonciers.

4-1-L'exclusion des populations locales dans la régulation de l'accès à la
terre : un facteur de conflit

La perspective abordée par Koné M. (2006) consiste à montrer comment la question de l'articulation entre reconnaissance juridique et sociale des droits fonciers se transforme en une forme de légitimation de l'autochtonie et devient un moyen d'activationde conflits fonciers. En d'autres termes, la formalisation des droits fonciers vers des propriétés individuelles véhiculées par l'Etat révèle une politique systématique, mieux un instrument idéologique d'exclusion de catégories sociales (autochtones : femmes et jeunes, allochtones et non nationaux) sur l'accès à la terre. L'auteure part de la promulgation de la loi foncière 98-750 consécutive à la formalisation des droits pour expliquer la dynamique de l'idéologieproriétariste induite par celle-ci. Cette loi prétendant s'appuyer sur les autochtones pour la validation sociale des droits fonciers a entrainé la dislocation de normes foncières endogènes telles que le tutorat. Au point que, dans les logiques locales, la reconversion de ce code foncier a consisté en la réappropriation de terres déjà cédées ou vendues aux migrants. Ainsi, au lieu de sécuriser l'accès à la terre de tous, cette loi a contribué à insécuriser des droits fonciers. Il est important de relever que l'auteure à travers cette étude diachronique nous a permis de faire des avancées considérables. Par ailleurs, le rapport dialectique entre reconnaissance juridique et social dans la régulation foncière comme facteur de la persistance des conflits fonciers n'est pas suffisant pour répondre à notre question. Mieux, le contexte socio politique évoqué par l'auteure ne s'inscrit pas dans le cadre de cette recherche.

Chauveau et Lavigne -Delville (2012) abordent la question dans un autre registre. Pour ces auteurs, la vision juridique ou technique mise en avant par l'Etat dans la régulation foncière est facteur de l'insécurité des droits fonciers et de croissance de conflits. Ces auteurs prônent plutôt une approche socio-politique et relationnelle du foncier dans le rapport droit moderne/droit coutumier.Le fait que lessystèmes d'immatriculation foncière excluent les registres des arrangements locaux ou des transactions que les acteurs effectuent entre eux accroit les conflits. Les politiques foncières que prônent l'Etat empreintes d'une vision évolutionniste des droits vers des propriétés individuelles mettent ainsi à l'écart les représentants des droits traditionnels et les modes locaux de gestion foncière. Car les systèmes de gestion traditionnelle de la terre ont leur évolution propre en fonction des contextes socioéconomiques, politiques et démographiques. A cet effet, selon ces auteurs, les considérer comme statiques relève de fausses évidences. Il convient toutes fois de préciser que l'approche relationnelle et socio-politique mobilisée par ces auteurs pour justifier la question de la recrudescence des conflits fonciers en milieu rural a été utile dans l'appréhension du phénomène étudié. Cependant, ces auteurs restent confinés dans le rapport dichotomique régulation étatique/ régulation coutumière. Analyser les déterminants sociaux de la persistance des conflits fonciers dans les fronts miniers nécessite une mise en exergue des rapports dialectiques entre multinationales minières et populations locales. D'autres auteurs répondant par conséquent à cette thématique méritent d'être convoqués.

4-2-Les rapports dialectiques entre les multinationales minières et les
communautés locales 

Le déplacement de populations dans les projets miniers entraine le risque de désarticulation sociale et devient ainsi facteur de l'émergence des conflits. C'est la perspective abordée par Downing (2002) dans l'analyse de sa notion de géométrie sociale. Pour celui-ci, le déplacement des populations comporte le risque de la désarticulation sociale quant à la rupture des relations symboliques de celles-ci à leur espace. Il évoque en particulier les enjeux soulevés par ces mécanismes à savoir la perte de terres, le chômage, la perte d'habitation, l'insécurité alimentaire, la perte d'accès à des ressources de propriétés communes, l'augmentation de la morbidité et de la mortalité.Toutes ces situations selon cet auteur favorisent la croissance des conflits. Car les transformations de l'ordre socio-temporel des populations déplacées provoquent des revendications à n'en pont finir. Il insiste particulièrement sur la dimension culturelle de ces groupes sociaux qui est le plus souvent évacuée au profit de la dimension économique.En définitive, la rupture des dimensions culturelles et symboliques utilisées ici par l'auteur pour expliquer le rapport des peuples autochtones à l'espace comme facteur de la croissance de conflits est un atout à la l'explicitation de la question qui guide cette investigation.De plus, l'aspect économique privilégié dans les mesures de compensations ainsi que les éléments structurelsqui le déterminent constituent un autre apport à la compréhension de la question centrale de cette étude. Cependant, ces aspects énumérés par l'auteur ne suffisent pour comprendre le phénomène étudié.

Le Meur (2010) abonde dans un autre sens. Les conflits fonciers sont au croisement des trajectoires politiques, foncières et minières. Selon l'auteur, le poids omniprésent de longue durée de l'activité minière surl'arène locale entraine la modification des trajectoires individuelles et collectives et la croissance des conflits. Ainsi, pour Le Meur, analyser les déterminants sociaux de la persistance des conflits fonciers dans les fronts miniers telle que la Nouvelle Calédonie nécessite de se replacer dans une perspective sociohistorique.La profondeur historique du secteur minier et des industries minières sur l'espace s'accompagne d'une diversité de relations qui se noue. Ces relations entre opérateur minier principal et les acteurs et institutions de la localité sont à l'oeuvre des modalités de transformations des interfaces entre industries minières et arènes locales.On peut dès lors comprendre selon l'auteur queles situations de conflits et de corruptions qui s'observent dans les fronts pionniers miniers s'inscrivent dans une dynamique relationnelle, produit historique des interactions entre acteurs (partis politiques, autorités coutumières, associations, entreprises, administrateurs, notables locaux). De cette manière, les référents et les répertoires de justifications de l'autochtonie, de contrôle des rentes, de logiques de compensations, de développement économique ne sont autres que l'éclatement d'antagonismes socio politiques et fonciers inhérents à l'histoire de groupes sociaux et qui sont amplifiés par les opérateurs miniers. Ces tensions encastrées dans les rapports sociaux se révèlent au fil des temps parfois en de violentes revendications politiques et culturelles et s'appuient sur des enjeux particuliers en l'occurrence les enjeux fonciers et miniers.Il importe à présent de rappeler que la dimension socio historique et la démarche ethnographique mobilisées par l'auteur pour expliquer les situations de conflits à l'oeuvre dans les fronts miniers apportent des éléments de précisions à la question centrale de cette étude. Les dimensions symboliques et relationnelles mobilisées permettent également de faire un pas de plus dans l'avancement des connaissances. Toutes fois, il convient de préciser que la thèse défendue par l'auteur quant à la mise en évidence du contexte historique pour analyser les situations en cours dans les fronts miniers ne suffit pas pour apporter une satisfaction à cette étude. D'un point de vue temporel, le phénomène de l'exploitation minière appréhendé dans le cadre de cette recherche est récent à Hiré-Watta. Dès lors, d'autres éléments pouvant conduire à la compréhension de la question méritent d'être convoqués.

4-3-Les dynamiques sociales comme facteur de la persistance de conflits
fonciers

Pour BOBO (2011), le renouvellement des cycles domestiques met en exergue des antagonismes intra familiaux sur l'accès et le contrôle de la terre et alimente des conflits multiples et multiformes.Selon cet auteur, l'on ne peut comprendre les dynamiques inhérentes aux conflits fonciers sans convoquer la cellule familiale. Celle-ci étant à en effet le support de production des interactions entre acteurs à propos de la terre, de son accès, de son contrôle et de son appropriation. Ainsi, le renouvellement des cycles domestiques pour lui conduità des situations de négociations et de renégociations des rapports fonciers et de rapports de pouvoirs au sein de la parenté. Cela est par ailleurs l'occasion de manipulations des règles, des normes d'accès et d'appropriation de la terre. Comme le souligne l'auteur, ces situations conflictuelles au sein de la famille dont les enjeux concernent les ressources foncières sont révélatrices de conflits multiples et multiformes. De l'intra familial, les conflits se transposent dans la communauté toute entière en devenant inter familiaux et même, intercommunautaires par la remise en cause des transactions foncières extrafamiliales. Il convient toutesfois de rappeler que cette étude, bien qu'elle nous oriente sur les déterminants sociaux des conflits fonciers à travers le renouvellement des cycles domestiques, ne permet pas d'expliquer efficacement le problème qui fait l'objet de cette investigation.

Selon Lavigne-Delville (2002), la récurrence de conflits fonciers est inhérente aux dynamiques sociales liées à la multiplicitédes systèmes d'arbitrages. Pour cet auteur, la multiplicité des instances d'arbitrages contribuent à la pluralité des normes contradictoires. Ce qui pose selon lui, le problème d'articulation entre ces structures de gestion et leur reconnaissance et acceptabilité de la part des acteurs locaux. Un autre problème soulevé par l'auteur est celui de la légitimité et de la durabilité de l'arbitrage d'un conflit donné. Pour lui, cette situation fait appel à un nombre croissant d'institutions par lesquelles les acteurs individuels ou collectifs peuvent faire recours pour revendiquer ou négocier des droits : comités villageois de gestion de terroir ; chefs de canton ; commissions foncières d'arrondissement ; autorités religieuses et administrationterritoriale. Cela produit des contournements d'instances d'arbitrage ; l'édiction de nouvelles normes par des instances reconnues ou non qui contribue à aggraver la situation, les contestations des décisions, des normes d'une instance à une autre. C'est cela qu'il nomme le dysfonctionnement, produit de la non-articulation entre les instances d'arbitrage.Pour Lavigne-Delville, l'institution des services décentralisés de l'Etat sont au coeur de la configuration de l'espace social, politique et foncier. La mise en place de collectivités territoriales élues introduit de nouvelles instances, de nouvelles normes, de nouvelles compétitions foncières sur le pouvoir de contrôler le foncier et les ressources renouvelables. Ainsi, en fonction des configurations politiques locales, des choix politiques et institutionnels liés à la décentralisation elle-même, la décentralisation peut contribuer à accroitre la confusion du jeu foncier ou permettre de reconstruire des régulations plus efficientes en donnant une légalité aux pratiques locales ou pour définir de nouvelles règles. A travers le problème l'interaction des acteurs institutionnels et normatifs dans le jeu foncier local, cette étude nous a fait réaliser des progrès dans la compréhension du phénomène à l'étude. Elle permet par ailleurs de saisir que les individus en fonction de leur identification à des appartenances sociales, à des normes sociales, des valeurs et des attentes mobilisent les instances de gestion de conflits. Le décalage par rapport à la réalité sociale, ses règles, ses conceptions et attentes des acteurs locaux par certaines institutions de gestion et d'arbitrage peut occasionner la pluralité des normes, la contradiction et accroitre les conflits. Cependant, la multiplicité des structures de gestion et d'arbitrage des conflits ainsi que la pluralité des normes contradictoires qu'elles produisent ne sont pas des éléments suffisants pour traduire le phénomène étudié.

En rappel, cette recherche s'inscrit dans une approche théorique inductive. Elle s'entend donc plus ouverte au terrain mobilisant en ce sens une logique de découverte de connaissances nouvelles. Ainsi, les résultats attendus sont plus ceux qui émergent de l'univers social étudié que de l'état de la question.

5-Option épistémologique

La recherche est autonome en ce sens qu'elle génère son propre processusqui émerge de la pratique même de celle-ci (Bertrand, 2010, p.58). Cela supposedonc un processus créatif qui découle de cette pratique et qui doit être la démarche même du chercheur. Dans ce sens, une science a toujours pour objet la production d'un corpus de connaissances conformes à une grilleépistémologique (GNABELI, 2015, p.30). Partant, cette étude se veut compréhensive par une approche théorique inductive.

Dès lors, il sera procédé dans l'étape suivante à la définitionde cette approche suivie de l'élucidation de ses principes de base. Cette mise au point participe à priori de la justification de cettedémarche etde son utilité dans l'étude de la persistance de conflits fonciers dans la zone minière de Hiré.

L'induction

Le concept d'induction (l'apagogé) a été introduit par Aristote au coeur de sa philosophie dans la Grèce antique. Celui-ci faisait déjà la distinction entre induction complète ou totalisante, qui est rigoureuse et induction généralisante ou amplifiante, qui se risque à étendre à un ensemble ce qui n'a été reconnu que sur quelques-uns de ces éléments (Blanché, 1973).

Ce concept est ensuite repris par Peirce dans sa philosophie pragmatique pour désigner une forme de raisonnement. L'induction devient ainsi tributaire de la sociologie états-unienne et du phénoménalisme (Moscoso, 2013).

Dans ce sens, l'acception générique du terme considère celui-ci comme une approche de la réalité sociale allant du particulier au général. Mieux, celle-ci désigne un processus de pensée fondamentalement ouvert à l'inédit ou encore à la découverte. Autrement, elle nécessite une attention particulière à ce qui peut être découvert à partir du vécu des acteurs sociaux (Guillemette & Luckerhoff, 2009 ; p.1).Ainsi, pourAnadón et Guillemette, l'épistémologie qui traverse l'approche inductive peut être comprise comme celle de la « subjectivité heuristique » où c'est le chercheur qui ordonne et donne du sens au monde empirique dans la quêted'intuitions à valider dans les données (Anadón et Guillemette, 2007 ; p.33). Dans le même ordre d'idées, Blais et Martineau définissent l'analyse inductive comme étant : un ensemble de procédures visant à « donner sens » à un corpus de données brutes mais complexes, dans le but de faire émerger des catégories favorisant la production de nouvelles connaissances en recherche, peu importe le domaine privilégié par le chercheur(Blais et Martineau, 2006 : pp1-18).

L'induction est donc un processus de construction de la connaissance qui vise le passage du singulier au général. Selon Blais et Martineau, l'analyse inductive présente les principes suivants :

1- L'analyse des données doit être guidée par les objectifs ou questions de recherche

2- L'interprétation des données brutes suppose en amont une lecture approfondie de celles-ci.

3- Bien que l'analyse soit influencée par les objectifs de recherche au départ, les résultats proviennent directement de l'analyse des données brutes et non pas à partir de « réponses souhaitées » par le chercheur ;

4- L'objectif principal est d'identifier des catégories qui émergent de l'analyse des données brutes pour les intégrer dans un cadre de référence ou un modèle ;

5- Les résultats proviennent des multiples interprétations du chercheur qui est responsable du codage des données. Inévitablement, ces résultats sont construits à partir de la perspective et de l'expérience du chercheur qui doitprendre les décisions à propos de ce qui est plus important et moins important dans les données collectées ;

6- La confiance dans les critères de rigueur des résultats peut être évaluée en utilisant des techniques similaires à celles qui sont employées avec d'autres types d'analyse qualitative ;

En tant qu'approche préconisée par cette étude, il s'est agid'une manière spécifique d'envisager le problème et de proposer des lignes de forces à la question centraleen ce sens que la problématique se précise au cours du processus de la recherche. Elle n'est donc pas pensée apriori (A. d'Arripe et al,2014 : p.96-124).

Dans cette logique, l'effort de recherche a consisté à une phase d'exploration dans la localité de Hiré autour des dynamiques foncières à l'oeuvre sous le prisme de l'exploitation minière de l'or. Le constat identifié est relatif à la recrudescence de conflits fonciers en dépit de la mise en place d'un comité de gestion. De celui-ci, émerge le problème de recherche qui traduit l'écart entre la croissance de conflits fonciers et l'existence d'un comité de gestion de ces dits conflits, censé en théorie apporter la cohésion sociale. Ensuite, une mise en relation de ce problème de recherche avec le champ social de production a composé avec la construction d'un guide d'entretien herméneutique pour la collecte des données brutes du terrain sur le support des objectifsdégagés. A cet effet, Blais et Martineau définissent l'analyse inductive comme : un ensemble de procédés systématiques permettant de traiter des données qualitatives, ces procédures étant essentiellement guidées par les objectifs de recherche (Blais & Martineau, 2006, op. cit).

Cela implique par conséquent que le corpus de données brutes obtenu a été soumis à deslecturesdétaillées aux fins de l'interprétation dans le souci de resituer le sens qui se perçoit à travers la redéfinition des rapports fonciers dans leurs conditions matérielles de production. C'est à la suite de cette démarche processuelle que lescatégories les plus significatives ont été identifiées pour construire le modèle d'analyse qui émerge de l'expérience du terrain.

Par ailleurs,la posture épistémologique abordée dans cette recherche est une posture à préciser étant donné les nombreuses possibilités qu'offre la recherche qualitative. Le choix de cette approche relève donc d'une question de matériau de validation de la connaissance scientifique produite dans une logique de compréhension du phénomène. Ainsi, comme arrière-plan philosophique capable d'orienter cette recherche afin d'aboutir à une hypothèse valide, le raisonnement inductif semble approprié et pertinent.Dans cette optique,le caractère exploratoire de cette approche nous a permis d'interroger ce que nous ne connaissions pas encore. Plus encore, elle nous a offert la possibilité de sortir du déjà connu afin d'aboutir à la constructiond'une analyse contextuelle et heuristique de la recrudescence de conflits fonciers dans l'univers social de Hiré.

Plus spécifiquement,cette démarche consistant à aller du singulier au général, le problème et les objectifs de recherche ont été construits à partir des données de l'exploration du terrain. Par ailleurs, la collecte de données menée à la lumière des questions et objectifs de recherche a permis de constituer un corpus de données issue des entretiens individuels sur la base d'un échantillon dix (10) enquêtés. Lequel corpus a été analysé selon les catégories de sens qui se dégagent des propos de ces enquêtés. A ce titre, les résultats sont exclusivement issus de l'analyse et de l'interprétation des données du terrain.

6-Objectifs de recherche

6-1-Objectif général

L'objectif général qui guide de cette étude est de décrire les déterminants sociaux de la persistance de conflits fonciers dans la localité de Hiré en dépit de l'existence d'un comité de gestion.

6-2-Objectifs spécifiques

Plus spécifiquement, il s'agit de :

ü Analyser les idéologies associées au foncier ; 

ü Identifier les rapports sociaux à la base de l'appropriation du foncier ;

ü Décrire le cadre social de gestion des conflits fonciers ;

Deuxième partie :

MATERIELS ETMETHODE

DERECHERCHE

1-Approche méthodologique: l'herméneutique

Cette étude s'inscrit dans l'approche herméneutique telle que définie par Isabelle Bertrand (2010). Celle-ci mobilise l'herméneutique de Dilthey qui consiste à partir de la spécificité au général.

Il est dès lors question de faire ressortir le sens qui se dégage à travers la manière dont les acteurs sociaux interprètent le phénomèneà l'étude à savoir la persistance de conflits fonciers en dépit de l'existence d'un comité de gestion. En ce sens, pour Poirier, « l'herméneutique se propose d'étudier les manières dont les sociétés produisent leurs propres interprétations d'elles-mêmes » (Poirier, 2004 :p6, cité par Boisvert, 2011).

C'est pourquoipour J. F. Tribillon cité par Le Roy (1999a, p.22), le foncier doit être considéré comme un « champ » car la caractéristique est qu'il produit des relations de possession, de domination et de répression, d'exploitation et d'affectation des revenus. Ainsi, selon ce dernier, les sciences sociales doivent appréhender le foncier sous l'angle d'un « fait social total » afin de mettre à jour certains paramètres dont l'interaction est essentielle pour l'interprétation du sens des transformations en cours.  Dès lors, les statuts des acteurs, la nature des ressources, les types et les effet des conduites, les logiques et rationalités, les séquences temporelles et processus, les échelles spatiales, les arènes de confrontations et de négociations, les objectifs et enjeux ainsi que les règles du jeu constituent des éléments fondamentaux d'une analyse à la fois interdisciplinaire et dynamique.

1-1-Définition de l'approche herméneutique

L'approche herméneutique est une approche philosophique d'origine, née au 20e siècle, dont l'auteur est Gadamer. Pour ce dernier, c'est la parole-même dans la relation qu'elle entretient avec la pensée qui constitue la méthode herméneutique. Le mot herméneutique vient du mot grec «  hermèneia » qui signifie l'art d'interpréter (ars interprendi) traditionnellement exercé dans trois domaines principaux : la philosophie classique, l'exégèse biblique et la jurisprudence (Greish, 1993). Ce concept est repris parPaul Ricoeur en 1965 et 1969. Celui-ci définit l'herméneutique comme orientation vers la récupération de sens (OUTHWAIT : 1998, p.140).L'herméneutique va également avoir un regain de popularité autour des années 1970 dans l'école allemande.

Elle renvoie donc au vécu des observées et met plus l'accent sur l'interprétation que sur les données empiriques. Il y a une observation participante du chercheur. L'herméneutique vise une interprétation des textes dans le sens où elle s'intéresse aux structures objectives de ceux-ci.

1-2-Principes de l'herméneutique

D'un point de vue général, les principes de l'herméneutique sont :

1-2-1-La description du phénomène

Dans l'approche herméneutique, le premier acte de connaissance est un acte descriptif au plus proche du phénomène observé dans l'expérience (Bertrand 2010, p.59, op.cit). La porte d'entrée dans une analyse herméneutique s'identifie en ce sens à la capacité de description par le chercheur du phénomène étudié.

1-2-2-L'interprétation

Pour rendre objective la connaissance, nous devons faire appel à la compréhension car par l'interprétation, nous pouvons percevoir la signification des actions humaines. Pour accéder ainsi à cette compréhension, W. Dilthey propose de mettre en oeuvre une démarche herméneutique : c'est-à-dire une démarche d'interprétation des manifestations concrètes de l'esprit humain (Claire Talazac, 2002-2003).Pour Dilthey d'ailleurs, la compréhension est compréhension d'une expression.

1-2-3-La recherche de sens

Le texte n'est pas la retranscription fidèle de la réalité, c'est un discours produit en fonction des cultures des acteurs. Il s'agit donc d'aller au-delà des interprétations des acteurs afin de faire ressortir le sens caché. Ainsi, le chercheur peut-il s'approprier de façon subjective le sens de l'objet. Cette assertion est rejointe par Lalande (2006, p.412) pour qui l'herméneutique s'applique à l'interprétation de ce qui est symbolique.

1-3-Fonctionnement de l'herméneutique: la démarche d'analyse

L'histoire de l'herméneutique a mis évidence les trois dimensions essentielles du fonctionnement de l'interprétation : le producteur, l'interprète et le texte. Ainsi donc, une manière de rendre possible le sens réside dans l'interaction entre ces trois niveaux (WilhelmE., 2004, p.776).

A cet effet, dans la perspective actuelle,la méthodeherméneutique adoptées'appuie sur celle mise en exergue par Isabelle Bertrand. De ce fait, il s'agit ici d'une herméneutique qui renvoie à celle développée par Dilthey plutôt que celle deGadamer. Car l'approche de Dilthey est plus attachée à une lecture strictement linguistique en dehors de celle de Gadamer (460) cité par Isabelle Bertrand (2010, op. cit).

Dans cet esprit, nous avons dans un premier temps procédé à une analyse herméneutique cas par cas des entretiens. Et en second lieu, le recours a été fait à l'analyse herméneutique transversale. Ces différentes méthodes sont illustrées dans les lignes qui suivent pour une meilleure compréhension.

1-3-1-l'analyse herméneutique cas par cas des entretiens

C'est une présentation de l'analyse que font les acteurs de la situation.Sous ce rapport, nous avons dans un premier temps procédé à une analyse herméneutique cas par cas des entretiens afin de dégager les éléments clés qui ont émergé des différents entretiens. Après avoir fait une lecture générale de l'ensemble du corpus, nous avons recensé trois discours pertinents qui rendent compte de l'ensemble de ce corpus de texte. Ce sont ces trois textes qui sont analysés cas par cas. L'organisation de ce mouvement herméneutique se décline en trois (03) objectifs  à savoir :

ü l'analyse des idéologies associées au foncier ;

ü l'analyse des rapports sociaux à la base de l'appropriation du foncier;

ü l'analyse du cadre social de gestion des conflits fonciers ;

1-3-2-l'analyse herméneutique transversale

Cette seconde partie s'inscrit dans la continuité de l'analyse herméneutique cas par cas. Il est à ce niveau question de confronter les trois discours afin de faire ressortir les catégories générales d'analyses. La deuxième partie a consisté à appliquer une analyse herméneutique transversale.Celle-ci permet de ne pas être limité à l'analyse singulière des données (Bertrand, 2010 : p. 67, op. cit).

2- Délimitation du champ d'investigation

Dans le souci de circonscrire l'étude de la recrudescence de conflits fonciers dans son contexte matériel de production, il est nécessaire de situer le champ géographique de déterminer le champ social.

2-1-Le champ géographique

Situation géographique du village de Bouakako dans la S/P de Hiré8(*)

Les enquêtes se sont déroulées sur deux champs géographiquesdont les rapports sociaux sont encastrés dans les mêmes ressources foncières. Il s'agit en l'occurrence dela ville de Hiré et du village de Bouakako séparés par 6 km (voir supra, carte).La localité de Hiré fait partie intégrante de la région du LôhDjiboua. Elle se trouve sur l'axe Divo-Oumé, précisément à 45 km de Divo Chef-lieu de région et à 29 km d'Oumé. Hiré-Watta en tant que chef-lieu de la commune est entourée de 10 villages constituant ainsi la sous-préfecture. La population de cettesous-préfecture est estimée à 78000 habitants (Wiki mania Hiré : 2015).

D'abord, le choix porté simultanément sur Hiré-Watta et Bouakako se justifie par le fait que l'interaction entre l'exploitation minière et cet espace social contribue à la transformation des relations sociales entre les groupes ethniques et à la croissance de l'enjeu foncier.

De plus, de 2008 à 2013, la production d'or à Hiré-Watta par la multinationale Newcrest a été estimée à 17 tonnes pour une réserve évaluée à 25,5tonnes9(*). Nonobstant d'autres recherches en cours ont permis de découvrir deux nouveaux gisements dont Dougbafla et Hiré (Akissi-so et chapelle) pour lesquels des permis d'exploitation ont été accordés en 2013 par le gouvernement. Il n'en demeure pas moins qu'une seconde multinationale minière Endeavor extrait de l'or dans cette même zone devenue de nos jours l'un des plus importants frontsminiers de la Côte D'ivoire. Pourtant, ces statistiques macroéconomiques semblent à notre égard, occulter de fortes transformations dans l'arène foncièrelocale (Le Meur, 2010). Dès lors, s'exprime le besoin d'analyserle sens qui se dégage de la croissance des conflits à travers les interprétations des acteurs locaux.

2-2-Champ social 

Le champ social concerne l'ensemble des acteurs susceptibles de produire des connaissances sur le problème étudié. A cet effet, pour Blanchet et Gotman, définir la population concernéesuppose de : « déterminer les acteurs dont on estime qu'ils sont en mesure de produire des réponses aux questions que l'on pose » (Blanchet & Gotman : 2010, résumé par Billen).

Ainsi, la population concernée par l'étude peut être décomposée en sous-populations, chacune étant susceptible d'apporter des informations spécifiques. A cet effet, l'enquête a essentiellement porté sur quatre catégories d'acteurs dont la société minière, lesautorités administratives, les chefferies traditionnels et les détenteurs de terres et/ou exploitants agricoles. Il importe à cet effet de préciserque le conflit étant un fait social inhérent à la société, il est justifié par les acteurs lorsqu'ils constatent un écart entre une situation qui existe, celle qui pourrait exister et celle qui devrait exister (BOBO :2011, op, cit).

Dès lors, les acteurs qui détiennent des terres et/ou les exploitants agricoles,face au risque d'expropriation sont à même de produire du sens à l'approche du fait social étudié en raison de la rupture des relations symboliques qu'ils rattachent à la terre.Ensuite, la multinationale Newcrest est une actrice majeure dans cette relation de production des rapports fonciers. A ce titre, appréhender le sens qu'elle assigne à la recrudescence des conflits est un fait non négligeable. Et enfin, le comité de gestion et d'arbitrage regroupent les autorités administratives et les chefferies traditionnelles. En tant que l'instance de négociation et de renégociation des rapports fonciers, le sens que ces acteurs rattachent à la gestion de ces conflits aussi bien que le sens qui ressort de la manière dont ils justifient leur récurrence participe à la description du phénomène sous étude.

3-Echantillonnage

3-1-La matrice de sélection de la population de l'étude

Au coeur de la population concernée par l'étude, la recherche s'est appuyée au niveau méso aux membres du comité de gestion et d'arbitrage des conflits fonciers et la société minière. Et au niveau micro, les entretiens ont été menés auprès des acteurs détenteurs de terres et/ou exploitants agricoles.

Tableau : la matrice de sélection des enquêtés

Catégories des participants à l'étude

Sous-groupes

Caractéristiques de chaque sous-groupe

Méso

Société minière Newcrest

Responsable des relations communautaires. Celui-ci intervient dans la gestion des conflits en ce qui concerne les calculs liés aux inventaires de cultures et de terres.

Structure étatique de l'agriculture

Intervient dans les constats de destruction des cultures. Cet acteur assiste également le comité de gestion des conflits fonciers quant à la délimitation de parcelles litigieuses.

Sous-préfecture

Sous-préfet (celui-ci est le président du comité de gestion des conflits fonciers. Il reçoit directement par écrit les cas d'oppositions sur les parcelles et transmet ces dossiers au comité des chefferies villageoises pour leur gestion). Il rend ensuite compte à la société minière qui à son tour ordonne le paiement des indemnitésaux exploitants et/ou détenteurs de terres en cas de non opposition.

 

Comité des chefferies traditionnelles locales

Vice-président du comité de gestion des conflits et représentant de toutes les chefferies locales. Ce dernier coordonne la gestion des cas de conflits et rend compte directement au sous-préfet.

Micro

Population locale (autochtones, allochtones et allogènes)

Ils sont des détenteurs de terres et/ou exploitants agricoles en situation d'expropriation des terres. Ces derniers entretiennent des relations de conflits sur des parcelles.

3-2- Détermination du nombre de participants à l'étude

Cette recherche dans sa phase définitive de collecte de données a mobilisé deux types d'échantillonnages à savoir l'échantillonnage par choix raisonné et l'échantillonnage par réseaux ou en boule de neige.

L'échantillonnage par choix raisonné a consisté à choisir les éléments de la population sur la base de critères particuliers. Ainsi, l'échantillon qualitatif aura tendance à être ciblé ou orienté plutôt que d'être prélever au hasard. De façon concrète, les acteurs ont été ciblés en fonction des interactions des positions et des rôles de ces derniers dans le jeu foncier contribuant ainsi à la naissance du phénomène étudié.Dès lors, les critères sélectionnés sont les suivants : les acteurs détenteurs des terres et/ou exploitants agricoles ; les acteurs en charge des évaluations des terres et cultures ; les acteurs en charge de la gestion des conflitsfonciers et agraires. Cette technique a permisd'atteindre la représentativité de l'approche de la persistance des conflits fonciers.

L'échantillonnage par réseaux ou en boule de neige consiste à recruter de nouveaux participants selon les recommandations faites par les premiers participants sélectionnés. De cette manière, autour des acteurs, d'autres individus opposés directement à ces derniers ont été rencontrés sous l'orientation des premiers. Cela a permis de mieux saisir les justifications de part et d'autre. A la suite de ce processus, il a été retenu dix (10) interviewésdans cette phase de collecte de données du fait de la redondance des informations dès le dixième enquêté interrogé.

Tableau récapitulatif du nombre de participants

Caractéristiques de chaque groupe

Nombre de participants

Société minière Newcrest

1

Structure étatique de l'agriculture

1

Sous-préfecture

1

 
 

Comité des chefferies villageoises

1

Autochtones, allochtones et allogènes (détenteurs de terres et/ou exploitants agricoles)

6


4- Technique et outils de collecte de données

Dans le cadre de cette étude, le choix a été orienté vers la méthode qualitative soutenue par une approche inductive.

En effet, le choix de cette méthode répond au souci de mettre en exergue le sens à travers les croyances, les systèmes de représentations sociales, les logiques sociales, les postions, rôles et statuts des acteurs qui interviennent dans les situations de redéfinition des rapports fonciers sous la sous le prisme de l'exploitation minière. Dans une telle perspective, comme le relève P. N'da (2001),« l'approche qualitative d'investigation ambitionne de comprendre le phénomène et non de démontrer, de prouver, de contrôler quoi que ce soit ». Il s'agit donc de comprendre le sens des mécanismes à l'oeuvre dans la modification des rapports sociaux sur l'espace entre les acteurs.

4-1-La recherche documentaire

La recherche documentaire est une démarche méthodologique qui suppose de répertorier les centres de documentations accessibles au publics afin d'identifier et deconsulter les documents les plus spécifiques et les plus spécialisés possibles sur le sujet de recherche. Autant, elle suppose l'analyse rigoureuse du contenu des documents, la préparation des fiches de lecture et l'élaboration de listing des références bibliographiques.

Dans le cadre de cette étude, la documentation écrite et la documentation électronique ont servi à dresser l'état des connaissances sur la recrudescence des conflits fonciers. Ces documents se composent d'ouvrages de méthodologies,d'ouvrages généraux, de revues, d'articles, de thèses et de mémoires. Ils ont permis construire le processus de recherche.

Par ailleurs,la collecte des documents a été faite dans divers lieux à savoir la bibliothèque du Centre de Recherche de l'Action et pour la Paix basée à Abidjan

(CERAP), la bibliothèque de l'agence nationale de presse Fraternité Matin et les moteurs de recherche Google et Yahoo.

Pour finir, la recherche documentaire est une succession d'allées et venues car la quête d'information se modifie en fonction de l'avancée de la recherche.

Ainsi, cette démarche a permis d'avoir une documentation précise et utile à la recherche et de maitriser les contours théoriques de l'objet d'étude. Cette méthode a été utile avant, pendant et après l'enquête. Notons par ailleurs qu'elle s'est poursuivie jusqu'à la rédaction complète du mémoire.

4-2- L'observation systématique

L'observation systématique selon Gingras (2004) cité par Boisvert (2011)est une technique de collecte de données lorsqu'on se trouve dans l'approche herméneutique. Celle-ci corrobore d'ailleurs avec notre démarche de recherche consistant à recueillir des données signifiantes. Ainsi, l'observation consiste à partir au-delà du discours produit par l'acteur afin d'observer la structure dans laquelle il se trouve. Ce type d'observation s'est particulièrement avérée intéressante parce qu'elle a permis une distanciation. Cela suppose que nous avons appliqué l'observation sans interférence avec notre a priori de chercheur tout en puisant dans l'expérience théorique et pratique. Au-delà du discours de l'acteur, elle permet d'inscrire celui-ci dans son contexte matériel de production.

Dans cette envergure, l'étude a mobilisé comme technique de recueil de donnéesl'observation systématique. Cet outil a étéprépondérant lors des entretiens.En tant que support d'analyse des données, elle a permis d'identifier certains aspects particuliers tels que le fonctionnement des structures sociales dans lesquelles se trouvent les acteurs.

Par ailleurs, cette investigation a eu recours à deux (02) informateurs grâce auxquels l'accès à des documents importantsa été possible. Ces personnes intégrées dans le milieu étudié et rencontrées dans les circonstances de l'enquête ont su de par leurs informations combler les aspects que la seule observationn'aurait pas nécessairement permis de découvrir.

4-3- L'entretien

Gotman et Blanchet définissent l'enquête par entretien comme un processus interlocutoire etun instrument d'investigation spécifique qui aide à mettre en évidence des faits particuliers. Selon ces auteurs, l'enquête par entretien est l'instrument privilégié des pensées construites (les représentations Sociales) et des pratiques sociales dont la parole constitue le vecteur principal. C'est donc un processus dialogique et social qui permet la construction du discours à travers l'interaction enquêteur et enquêté. A ce titre, ces auteurs ajoutent que l'enquête par entretien est particulièrement pertinente lorsque l'on veut analyser le sens que les acteurs associentà leurs pratiques ; aux évènements dont ils ont pu être les témoins actifs ; lorsque l'onveut mettre en évidence les systèmes de valeur et les repères normatifs à partir desquels ils s'orientent et se déterminent ( Gotman & Blanchet :2010, op. cit).

L'entretien non structuré

Nous avions à la base des questions centrales et des relances possibles qui visaient à orienter l'attention de l'enquêté sur les angles morts de son expérience. La dynamique de reformulation n'avait pas la vocation d'induire une réponse ni même d'influencer celle-ci dans le sens souhaité.

L'entretien est ainsi riche de relances et vise à explorer le potentiel du vécu expérientiel, à aller en profondeur, à clarifier et à catégorises les données. Par ce fait, l'entretien non structuréa permis d'inviter l'enquêté à déployer ses vécus expérientiels rattachés à la persistance des conflits fonciers, à laisser émerger la signification qui s'y dégage et à leur donner sens.

L'utilisation de l'entretien nonstructuré comme technique de recueil d'informations a été heuristique en ce sens qu'elle cadre mieux avec notre perspective de recherche animée du désir de découverte de connaissances nouvelles. Nous avons par ailleurs choisi cette technique parce qu'elle permet au chercheur de faire des relances sur les angles morts de la vie de l'enquêté (Bertrand : 2010, p.64, op .cit).

5- Techniques et outils de traitement des données

Les techniques et outils de traitement des données utilisés dans le cadre de ce travail sont l'enregistrement, les prises de note, la retranscription, le logiciel Word, le dépouillement et l'analyse de contenue. Ces procédés seront illustrés dans l'étape suivante :

5-1-L'enregistrement ; les prises de note ; la retranscription ; le logiciel
word

Dans le souci d'obtention de l'intégralité des entretiens réalisés au cours de l'enquête de terrain, les propos des interviewés ont été recueillis à l'aide d'enregistreur numérique. Ensuite, ces sources audio-orales ont été complétées à celles des prises de note pour leurs retranscriptions intégrales. Celles-ci ont été possibles à travers un logiciel de traitement de texte en l'occurrence le logiciel Word.

5-2-Le dépouillement

Deux types de dépouillement sont à la disposition du chercheur. Le dépouillement manuel et le dépouillement informatique. Nous avons pour notre part utilisé le dépouillement manuel eu égard à la nature de l'enquête qui est essentiellement qualitative. Cette technique est généralement plus ou moins longue mais à l'avantage de permettre une meilleure appréciation des réponses recueillies et de procéder à leur catégorisation : ce qui facilite les analyses et les interprétations qui ont été faites.

5-3- L'analyse de contenu

Selon Blanchet et Gotman, le sens d'un discours ne relève pas d'une donnée, mais plutôt d'une production à partir du discours. Ainsi, l'analyse de contenu se centre sur le sens qui se dégage des paroles produites. Mieux, elle étudie et compare les sens des discours pour mettre à jour les systèmes de représentations véhiculées par ces discours (Blanchet et Gotman, p. 91, op. cit). Ici, il s'est agi d'appliquél'analyse de contenu par entretien. Au niveau du traitement des textes, l'analyse de contenu se fait par entretien. Elle a permis de relever les unités de sens qui sont rattachés à nos questions de recherche. Ensuite, vient l'analyse thématique qui consiste à découper transversalement tout le corpus c'est-à-dire l'ensemble des trois textes utilisés afin de faire ressortir le contexte général.

6-Conditions sociales de production des données

6-1-Préparation de l'enquête

Après avoir conçu le cadre de l'étude, des précautions ont été prises pour préparer l'enquête de terrain à proprement dite. Il s'agit de certaines dispositions au niveau personnel et matériel ainsi qu'au niveau du champ social d'étude. A ce titre il s'est agi de se munir de : un enregistreur, un carnet de note, un stylo, un guide d'entretien et se préparer psychologiquement à toutes éventualités du terrain. Par ailleurs des dispositions ont été prises pour prendre des rendez-vous au moment le plus favorable à la réalisation des entrevues.

Ainsi, l'enquêtes'est-elle déroulée sur un mois et demi et en deux phases. La première s'associe à la phase exploratoire. Celle-ci a nécessité deux semaines. La seconde qui s'est déroulée sur un mois a consisté à la collecte des données au moyen d'un guide d'entretien herméneutique. Si nous sommes parvenus à la collecte des données, il importe de relever à présent quelques difficultés majeures rencontrées lors de cette étape.

6-2- Difficultés rencontrées

Celles-ci sont liées à la familiarité avec l'univers social étudié, à la situation socio politique locale marquée par des conflits récurrents, au passage du langage ordinaire au langage anthropologique et à la non-disponibilité de certains participants à l'étude. Nous les exposons au cas par cas pour une meilleure compréhension.

D'abord, faut-il relever que la familiarité avec l'univers social étudié a constitué pour nous l'obstacle épistémologique du point de vue de la distanciation entre le chercheur et son objet de recherche (BOBO 2011, p.35, op. cit). Nous baignions en quelque sorte dans le même sens commun que les populations étudiées (Olivier de Sardan 1989 : 129 cité par BOBO, 2011, op. cit).En effet, l'étude se déroule sur un espace social auquel nous appartenons en tant que natif du village de Bouakako. Nous y sommes nés et y avons grandi. Ainsi, peut-on dire que mener des recherches sur sa propre culture comporte aussi bien des avantages que des inconvénients. En fait, notre posture de chercheur est sujette à des intrigues dans le village. Les enquêtés sont souvent étonnés devant notre apparente naïveté lorsque nous tentons de garder une distance face au phénomène à l'étude. Ils sont surpris que nous ignorions en tant que fils du village, des questions telles les modes d'accession à la terre, les questions portant sur la croissance des conflits10(*) et leur gestion, la manière dont ils les perçoivent, ...etc.

Ensuite, faut-il noter quelques difficultés langagières rencontrées quant au passage du langage ordinaire au langage anthropologique. Lors des entretienssurtout avec les migrants, nous avons été confrontés à des difficultés d'expression en langue Baoulé. Nous éprouvions ainsi ces difficultés dans l'exposition des objectifs de l'étude ainsi que dans la traduction de certains concepts utilisés dans le guide d'entretien.

Par ailleurs, la situation socio politique caractérisée par des tensions et conflits récurrents entre représentants locaux de l'Etat, populations locales et multinationale minière a eu des effets sur les entretiens. En effet, certains responsables locaux ont manifesté de la réticence face à nos questions. Pour eux, les informations relatives à l'exploitation minière sont utilisées à des fins de protestations par les populations locales. Ainsi, entendions-nous d'un entretien à l'autre :«  Ici là, on fait attention maintenant, ce qu'on n'a pas dit, c'est ce que les gens vont raconter dehors.» ou encore«Hum ! Ici là, on se méfie maintenant dèh !».

Enfin, force est de signaler la non-disponibilité de certains participants à l'étude, notamment l'autorité administrative locale. En effet,le sous-préfet en tant que représentant de l'Etat au niveau local est également le président du comité de gestion des conflits. Il seprésente donc comme un des acteurs clés de l'objet de cette recherche. Ceci étant, nous avons négocié à plusieurs reprises des rendez-vous auprès de sa secrétaire afin de le rencontrer. Mais cela a été en vain.

6-3-Impacts des difficultés rencontrées sur la collecte des données

Face à ces difficultés rencontrées, plusieurs stratégies ont été mobilisées afin de surmonter toutes les barrières à la réalisation effective de l'enquête pour enfin s'assurer d'une meilleure condition de production des données.

Ainsi, du point de vue de la familiarité avec l'univers social à l'étude, les défis majeurs ont consisté à rompre avec tous les clichés que comporte ce sens commun (BOBO : 2011, p.35, op. cit). Cette rupture avec l'imaginaire populaire local nous a permis d'opérer la distanciation face à l'objet d'étude.Par ailleurs,faut-il ajouter que la connaissance de la langue locale (Dida), des codes de bienséance aussi bien que les affinités et les réseaux de relation auxquels nous appartenons déjà ont constitués des facteurs d'imprégnation et d'intégration. Par conséquent, l'accès aux acteurs et aux informations s'est fait sans difficultés majeures.

En ce qui concerne les difficultés langagières, des explications supplémentaires ont été nécessaires pour la compréhension du sens des questions par les répondants. Nous avons aussi fait recours à un interprètelors des entretiens avec certains acteurs du groupe ethno-culturel Baoulé pour bon le déroulement des entretiens. Cependant, pour éviter l'appropriation du discours par l'interprète, des relances ont été faites en vue de mieux cerner les informations et le sens que leur rattache l'enquêté.

Quant au contexte socio-politique local qui a suscité le refus de soumission aux entretiens, la stratégie mise en place a été de présenter la nature exclusivement académique de notre recherche.

Ce mécanisme mis en place a eu le mérite d'instaurer un climat de confiance avec les enquêtés et de permettre que l'enquête se tienne sans grandes difficultés.

Par ailleurs, face l'indisponibilité de l'autorité administrative locale, la résolution prise a été de faire recours à son adjoint d'autant plus que ce dernier était plus disponible et plus accessible. Notons à ce propos que bien que la substitution du sous-préfet par son adjoint ne puisse prétendre à la richesse desinformations recueillies, cette tentative a néanmoins été heuristique tant cet enquêté auquel nous avons fait recours constitue une des personnes ressources de la question étudiée.

Troisième partie :

RESULTATS

1- L'analyse herméneutique cas par cas des entretiens

Les discours retenus sont  ceux issus des entretiens avec :Dago (autochtone et détenteur de terre) ; Akaffou(chef de village et membre du comité de gestion des conflits fonciers) ; Kouassi (migrant et exploitant agricole).

Ainsi donc, l'analyse herméneutique cas par cas sera orientée selon la structure suivante :

ü La revendication de la propriété foncière comme stratégie11(*) d'appropriation ou de conservation de celle-ci.

ü La déconstruction statutaire des détenteurs12(*) de terres.

ü Le cadre social de gestion des conflits comme élément de fabrication des perceptions différenciées du statut du comité.

1-1-Analyse herméneutique du discours de Dago

1-1-1-La revendication de la propriété foncière comme une stratégie d'appropriation ou de conservation de celle-ci

Selon Dago, la terre est un bien inappropriable. Elle appartient à ces ancêtres du fait qu'ils ont été les premiers à la contrôler. Il se positionne ainsi comme celui qui doit assurer cette pérennisation.Sur cette base, il décrit que même si la terre est vendue, elle ne peut être rétrocédée.

En réalité, les propos de Dago traduisent des formes de légitimation de la conservation de la propriété foncière. Sur ce, le référent idéologique de l'intransférabilité dela terre est mobilisé pour se réapproprier les terres déjà vendues aux migrants. Cette forme d'idéologie cache des rapports de domination entre la multinationale Newcrest, les allochtones, les allogènes et les autochtones. Ces derniers se positionnent comme dominant dans cette relation. Cela se traduit donc d'un pointde vue symbolique par la création de plantations de teck ou autres formes de cultures sur les terres déjà vendues.Il s'ensuit également l'exécution d'un projet de lotissement de ces plantations par les acteurs autochtones.

Extrait du discours de Dago :

« Ici à Hiré, les terres appartiennent à nos ancêtres. Aucun migrant n'est propriétaire terrien, même s'il a acquis cette portion de terre par achat. Ils sont de simples exploitants et les autochtones les propriétaires terriens. Ainsi, ils ont droits aux indemnités liées aux cultures et non celles liées à la terre ».

1-1-2-La déconstruction statutaire des détenteurs de terres

Selon Dago, le statut de propriétaire terrien fait partie du processus d'intégration de l'individu au sein de la famille. Ce sont des prédispositions auxquelles aspire l'individu et dont le rôle est assuré par le père de famille de son vivant. Ainsi, il rattache la propriété foncière à la bravoure des parents. Mieux, ceux qui possèdent actuellement des terres ont déjà été prédisposés par leurs ancêtres.

Logiquement, les propos de Dago mettent en exergue des formes de justifications qui légitiment une réappropriation de la terre par la référence à l'idéologie du mythe.Cette invocation du mythe exprime le recours aux ancêtres pour la construction de l'absence d'un titre de propriétaire de terre aux fins d'une réappropriation de celui-ci. Il s'agit par conséquent de manipulations de normes, de transformations des modes d'accès à la terre et de la pluralité des répertoires de justifications dans l'objectif de créer un titre par l'annulation d'un autre.Dans cette configuration, il se crée des relations de conflits et de concurrence entred'une part les détenteurs de terre eux-mêmes (dans les familles autochtones), et d'autre part, entre les détenteurs de terres, les exploitants agricoles et la multinationale. D'un point de vue des pratiques symboliques, cela renvoie à l'affaiblissement desliens de parenté à travers la privatisation de la rente foncière13(*). Il en ressort également l'accroissement de la pression exercée sur la terre. Ceci se matérialise par les morcellements d'espaces entre plusieurs exploitants agricoles et l'appropriation privative de la propriété foncière des tiers.

Extrait du discours de Dago :

« Quand les gens ont appris que la société minière viendrait détruire les terres, chacun a commencé à chercher sa parcelle de terre et à tracer les limites de celle-ci avec ses voisins. Je n'étais pas là, à l'époque où nos parents prenaient le contrôle de la terre. Cependant, chez nous, le père de son vivant déjà te dit, si je ne suis plus là demain, voici la parcelle que tu pourras hériter de moi. Mon père de son vivant m'a indiqué ce lopin de terre comme appartenant à notre patrimoine familial. Et aujourd'hui comme il ne vit plus, les gens dont les parents étaient des paresseux viennent s'opposer à moi sur la propriété de la parcelle ».

1-1-3-Le cadre social de gestion des conflits comme élément de fabrication
des perceptions différenciées du statut du comité.

Selon Dago, la responsabilité de la gestion de conflits fonciers inhérents à un terroir donné nécessite une connaissance approfondie de l'histoire des terres et même des micro-histoires des parcelles du point de vue des renouvellements de cycles domestiques. Pour lui, cela implique également que cette responsabilité soit confiée à un acteur individuel de la même appartenance sociale et reconnu par tous. Cela sous-tend également selon lui que cet acteur soit imprégné des principes sacrificiels qui participent à la régénération de la terre mais aussi à la reproduction de la société. Sur ce, il décrit que les acteurs membres du comité ne sont pas des garants de la tradition foncière du village de Bouakako. Ils ne ressortent pas de l'univers social du village propriétaire du patrimoine foncier objet des conflits. Pour lui, c'est un comité déterminé par la recherche de profit quant à des formes de légitimation de la corruption au sein de son système d'arbitrage.

En fait, le cadre social décrit par Dago traduit une perception différenciée du statut du comité de gestion des conflits. Celle-ci vise à déclasser les membres associés du point de vue de leur statut. Ces derniers sont construits comme des acteurs incompétents et extérieurs à la réalité propre de l'univers social de Bouakako.Cette perceptionlégitime des questions de réappropriation du pouvoir de gestion des conflits fonciers par les populations de Bouakako. La revendication du pouvoir de gestion est également empreinte de la représentation sociale de la rente foncière14(*). C'est une stratégie de captation des ressources additionnelles qui se traduit par l'exclusion des collectivités territoriales des prérogatives15(*) rattachées à l'extraction de l'or.

En outre, le verbatim de Dago est sous-tendu par un autre postulat qui structure la régulation des terres du terroir villageois. En effet, le discours de sens commun au niveau de ce village déconstruit le statut de chef de terre de l'autorité de la chefferie locale pour justifier l'absence de l'autorité coutumière face à une inégale détention foncière au profit des migrants et l'accroissement de l'appropriation privative de la terre par Newcrest.

Ainsi donc, il s'observe des relations de conflit, d'opposition mais aussi de concurrence entre les acteurs membres de la chefferie villageoise de Bouakako et ceux du comité quant à la gestion de ces conflits. Ces relations dichotomiques sont aussi perceptibles entre autochtones, allochtones, allogènes,multinationale et CDL Mine. Du point de vue de pratiques symboliques, cette codification des rapports sociaux entre les acteurs renvoient à l'externalisation de la rente foncière, la surenchère d'arbitrage et l'externalisation de la gestion des conflits.

Extrait du discours de Dago :

«  Au niveau du comité, ce sont de grands voleurs. Ils prélèvent 10% sur les revenus des compensations des parcelles objet de conflits avec les pauvres individus. Comment confier l'arbitrage des conflits fonciers à des gens qui ne connaissent même pas nos terres, les limites de ces terres et leur histoire ! Les gens du village qui ont des terres à Hiré et qui n'ont la maitrise de la limite de ces terres ont été volés par le comité. Ce sont des millions que ce comité a volé aux gens ici. Il faut quelqu'un de sure qui peut prendre la place de l'autorité coutumière, connaitre tous les propriétaires terriens et l'histoire sur chaque parcelle ».

1-2- Analyse herméneutique du discours d'Akaffou

1-2-1-La revendication de la propriété foncière comme une stratégie d'appropriation ou de conservation de celle-ci

Selon Akaffou, la conservation de la propriété foncière consiste au strict respect des normes agraires, sociales et économiques qui lient les migrants aux autochtones. Il décrit une situation de non reconnaissance des principes moraux du tutorat foncier. Selon lui, la rente foncière générée par les indemnisations aurait dû être déclarée aux tuteurs autochtones et non au titre d'une appropriation singulière du côté des migrants.

En fait, le discours d'Akaffou traduit une forme de conservation perpétuelle de la propriété foncière. Il s'agit d'une légitimation du contrôle exclusif de la terre et du renforcement à perpétuité des relations sociales et économiques avec les groupes ethniques installés à une époque récente.

En s'appuyant sur l'idéologie de l'autochtonie comme l'expression des rapports de domination des autochtones sur les allochtones et allogènes, il s'inscrit dans un système pérennisé d'obligations liant le migrant à son tuteur et impliquant un devoir de reconnaissance sociale et économique absolu. On note par ailleurs que le recours à l'autochtonie vise à restructurer la rente foncière en ce sens que les migrants n'ont droit qu'aux indemnités associées aux cultures et les autochtones celles liées à la terre. Cela met en exergue plusieurs types de relations telles que les relations de conflits, d'inégalité, de concurrence et de domination. D'un point de vue des pratiques,la « non reconnaissance des migrants», l'idéologie de l'autochtonie et l'identité autochtonie fonctionnent comme des opérateurs symboliques dans la structuration des statuts et des rôles au sein du comité. Ainsi, l'on observe un comité de gestion des conflits construit sur une base ethnique par l'exclusion pure et simple des allochtones et allogènes.

Extrait de l'entretien d'Akaffou :

« J'ai donné cette parcelle pour que symboliquement vous veniez me dire merci que ce soit en nature ou en argent. Mais pourquoi avec l'arrivée des mines, les choses changent. Pourquoi ces personnes se proclament propriétaire de la terre à l'insu du donateur. La meilleure solution ou la solution la plus humaine comme la terre s'en va définitivement, c'est de venir vers son patron, lui dire que la terre que tu m'as donnée, j'ai été indemnisé, je viens te dire merci. C'est ça que nous attendons d'eux. Et ils ne le font pas. Ils se proclament propriétaire terrien et on met les chèques à leurs noms. Ils ne sont pas reconnaissants ».

1-2-2-La déconstruction statutaire des détenteurs de terres

Selon Akaffou, l'exploitation minière a générée une situation anomique caractérisée par la multiplicité de propriétaires de terres et la montée des répertoires de justifications. Dans cette situation selon lui, les acteurs font usage de rhétoriques, de constructions d'acteurs symboliques pour s'approprier le titre de propriété de parcelles au détriment des ayants droits.

Ce discours traduit une stratégie de légitimation de certaines catégories sociales aux dépens d'autres par la mobilisation du référent l'idéologique de l'autochtonie. Celui-ci dégage de la même occasion la représentation sociale de la rente foncière. En fait, cet acteur en plus d'être chef de village,
est vice-président du comité et aussi détenteur de terre. Il appartient également au groupeethnique Dida. A cet effet, certains acteurs à priori sont construits comme n'étant pas propriétaires terriens à Hiré. Il s'agit plus particulièrement des migrants. Du coup, ce discours vise une disqualification aprioriste des allochtones et allogènes de la propriété foncière pour faciliter l'appropriation des indemnisations liées à la terre aux autochtones.

De même, au sien des familles autochtones, la représentation de cette rente entraine l'effritement du tissu social au profit de la montée des individualismes. Cette configuration des rapports sociaux met en lumière des relations de rejet, d'inégalité et de conflitentre allogènes, allochtones et autochtones. Au niveau des pratiques symboliques, il s'observe des pratiques de surenchère d'arbitrage, d'appropriation individuelle de la rente foncière et d'affaiblissement des liens de parenté.

Extrait du discours d'Akaffou

« Je le dis parce que cette histoire d'or fait qu'il y a aujourd'hui de grands menteurs. Des gens qui sortent de n'importe où pour s'accaparer les terres».

1-2-3-Le cadre social de gestion des conflits comme élément de fabrication
des perceptions différenciées du statut du comité.

Selon Dago, la qualité de gestion des conflits fonciers fait appel à des critères d'objectivité, d'impartialité et de confiance. La dialectique entre cet idéale et les réalités effectives qui ont cours au sein du comité mettent en difficultés l'impartialité des membres face aux acteurs en situation de conflits. Sur ce,la question de la durabilité de la gestion d'un cas de conflit donné et la reconnaissance sociale des membres du comité par les populations locales en sont des enjeux.

En réalité, ce discours traduit un rapport de force entre les membres du comité et les populations locales dans lequel les premiers sont déjà inscrits comme dominants. Cela met également en lumière une forme d'hégémonie qui se caractérise par le pouvoir exclusif dévolu aux membres du comité quant à la gestion des conflits fonciers liés aux compensations agraires et foncières. Ce pouvoir absolu s'accompagne de la légitimation de la surenchère d'arbitrage. Cette perception traduisant la négation du statut du comité induit des relations d'influence,de dépendance, de rejet, d'opposition et de conflit entre les membres du comité et les populations locales. De même, ces types de relations sont observables entre le comité et les autres structures de gestion et d'arbitrage des conflits.Il s'observe également des relations de collaboration entre la société Newcrest et le comité de gestion. Ainsi donc,la multiplicité des instances d'arbitrageinduit la production de normes contradictoires. Du côté des acteurs en situation de conflit, ceci s'opère par les contournements des instances de gestion.

Extrait du discours de Kouassi :

« Il y a trop de malhonnêteté au niveau de la gestion des conflits. Le comité de gestion foncière ne fonctionne pas bien. Surtout dans les villages, les personnes au sein du comité font du faux. Ils gèrent les conflits en fonction des liens qu'ils entretiennent avec les concernés. Il faut que le comité fasse correctement le travail. Il doit être impartial ».

1-3-Analyse herméneutique du discours de Kouassi

1-3-1-La revendication de la propriété foncière comme une stratégie d'appropriation ou de conservation de celle-ci

Pour Kouassi, la conservation de la propriété foncière s'inscrit dans un rapport symbolique avec la terre produit de la succession de plusieurs générations. Sur ce, la propriété s'appuie sur des ancêtres également construits comme les acteurs mêmes des transactions foncières passées avec les autochtones.

Ce discours traduit une stratégie de justification de l'appropriation ou de la conservation de la propriété foncière par la mobilisation du mythe comme référent idéologique. Les acteurs se réfèrent à cette idéologie pour s'insérer dans des relations de conflit et de concurrence dans le but du maintien de la propriété foncière. D'un point de vue symbolique, cela renvoie au recours au titre foncier comme mode d'opération formelle des droits pour leur sécurisation.

Extrait du discours de Kouassi :

« Il y a très longtemps que j'exploite cette portion de terre. Je l'ai hérité de mes parents. Ils ne m'ont jamais dit de leur vivant que cette terre appartenait à une tierce personne. Depuis leur disparition, cela fait également plusieurs années que je la travaille (la terre). Aujourd'hui à cause de l'or, il y a nouveau propriétaire »

1-3-2-La déconstruction statutaire des détenteurs de terre

Selon Kouassi, le statut de propriétaire de terre se traduit par un rapport matériel, symbolique avec la terre. Dans ce sens,pour ce dernier, le statut de propriétaire se base sur un rapport concret avec la terre pour justifier l'absence de propriété ou évincé le rapport non visible dans le but d'une réappropriation singulière.

Cette appréhension du statut de détenteur de terre cache des rapports de rupture des normes sociales et foncières avec les autochtones. C'est une stratégie de maintien du statut de propriétaire terrien qui découle des rapports de tutorat foncier désormais construit par le migrant comme un mode légitime d'accès à la terre. Cette représentation sociale des rapports fonciers mobilise des relations d'opposition et de concurrence dans le maintien du statut entre les migrants, les autochtones et la multinationale minière Newcrest. Du point de vue des pratiques sociales, cette situation renvoie au recours à une pluralité d'instances d'arbitrage de conflits pour la légitimation du titre de propriétaire de la terre. Chaque acteur se présente à la multinationale comme propriétaire de la terre. Cela traduit par lamême occasion la pression exercée sur la ressource foncière à travers l'invention de nouvelles pratiques foncières et agricoles.

Extrait du discours de Kouassi

« Nous on est propriétaire terrien parce que il y a longtemps qu'on exploite ces terres. »

1-3-3-Le cadre social de gestion des comme élément de fabrication des
perceptions différenciées du statut du comité

Selon Kouassi, le comité de gestion des conflits fonciers n'est pas un espace hétérogène rassemblant tous les groupes ethniques vivant dans cette localité et dont la terre est une source de production.Pour lui, c'est un comité construit sur une base ethnique légitimant le groupe social Dida. Sur cette base, les normes de gestion de conflits sont déjà préétablies par le comité dans une visée d'exclusion des non autochtones.

Cette perception du statut des membres du comité met en relief des relations de conflit et même de concurrence entre autochtones et migrants dont la forme symbolique est « la compétition des grèves » aux motifs divergents à l'encontre de la société minière Newcrest. Ces grèves traduisent une forme de négociation et de renégociation du statut des membres du comité de gestion des conflits. En ce sens que les autres groupes ethniques vivant dans cette localité utilisent les grèves pour négocier leur adhésion au comité.

Extrait du discours de Kouassi

«  Le sous-préfet et les Dida se sont réunis pour mettre un comité de gestion des conflits fonciers sans nous mettre dedans. Le problème de la terre ici à Hiré nous concerne tous ».

2- L'analyse herméneutique transversale

La lecture des trois entretiens a permis de dégager deux (02) catégories générales d'analyses à savoir :

ü La réinterprétation de la rente foncière comme une ressource idéologique de la persistance des conflits fonciers.

ü La compétition comme une ressource sociale qui accentue les conflits.

A présent, il est question de faire dans l'étape qui suit, l'éventail de ces différentes thématiques.

2-1-La réinterprétation de la rente foncière comme une ressource
idéologique de la persistance des conflits fonciers

Nous retrouvons plusieurs formesd'idéologies similaires et divergentes mobilisées de part et d'autre par les trois acteurs qui traduisent une réinterprétation de la rente foncière.

En ce qui concerne les idéologies similaires, il s'agit de l'idéologie du mythe comme le recours aux ancêtres pour justifier l'appropriation de la terre que nous retrouvons du côté de Dago et Kouassi. Ce sont des stratégies d'appropriation ou de conservation de la propriété foncière construites par les acteurs sur la base du mythe. Du point de vue du cadre social de gestion de ces dits conflits, ces deux acteurs présentent des perceptions différenciées du statut du comité qui vise à déclasser les membres et à légitimer la revendication du statut de gestion. Dans ce sens, en fonction des catégories socialeset de la position occupée par chaque acteur, il se fabrique des perceptions différenciées rattachées au statut du comité de gestion.

Parlant de divergences, l'idéologie de l'intransférabilité de la terre est convoquée par Dago pour instaurer un droit exclusif sur les terres déjà vendues aux migrants. Quant à Kouassi, il fait recours au rapport concret avec la terre pour justifier l'absence de propriété foncière. Au niveau d'Akaffou, l'idéologie de l'autochtonie qu'il mobiliseconsiste en une stratégie de captation des ressources additionnelles aux migrants et à la société minière.

En fait, cette réinterprétation de la rente foncière renvoie à une redéfinition perpétuelle des contrats d'usage de la terre qui positionne le groupe ethnique Dida comme détenteur exclusif des terres à Hiré. La rente foncière devient une ressource symbolique mobilisée par les autochtones pour redéfinir les rapports fonciers avec les allochtones/allogènes.

Dans ce sens, la revendication de la de la propriété foncière comme une stratégie d'appropriation ou de conservation aussi bien que la déconstruction statutaire des détenteurs de terres ne sont que des manières organisées de négociation et de renégociation de la rente foncière. La rente foncière devient donc une forme d'interaction sur laquelle s'appuient les acteurs pour donner de la légitimité à leurs actions.

Au sein des familles, l'appropriation privative de cette rente par les ainés consiste en des manières organisées d'agir en vue d'un réajustement du statut économique, social et même intellectuel16(*). C'est un rapport de pouvoir qui permet aux individus de se repositionner au sein de la cellule familiale et par-dessus tout en dehors de celle-ci.

Au niveau de la multinationale, la rente foncière est perçue comme un surcoût surtout que les acteurs qui la revendiquent sont de plus en plus nombreux.

2-2-La compétition comme une ressource sociale qui accentue les conflits

Hormis les relatons de d'influence, derejet, d'inégalité, d'opposition et de domination diversement mobilisées par ces acteurs pour entrer en relation avec les autres, celles de concurrence et de conflit sont similairement mises à contribution par Dago, Akaffou et Kouassi pour structurer leur espace social.

En effet, ce mode de structuration des rapports sociaux traduit une compétition pour le contrôle de la ressource foncière. Cette compétition entre les acteurs est une ressource sociale qui sert à alimenter les relations de déconstruction statutaire de détenteurs de terre entre les communautés locales. Elle se traduit du côté de Newcrest par des grèves dont font usage lespopulations locales pour réclamer une amélioration perpétuelle de leurs conditions de vies sociales et économiques.

Deux catégories sociales se positionnent d'ailleurs comme propriétaires terriens. Il s'agit en l'occurrence des groupes ethniques Dida et Baoulé. Les Dida se basent sur l'ancienneté de leur installation et l'accueil des Baoulé pour justifier leur identité autochtone synonyme d'exclusivité des droits fonciers. Pour le groupe ethnique Baoulé, le nom Hiré a un référent sociolinguistique propre à leur culture. Cela se manifeste par la compétition des grèves aux revendications divergentes entre ces groupes sociaux.

Il en ressort également de cette compétition,la création de pratiques agricoles et foncières comme des mécanismes de résiliences par les acteurs locaux. En fait, face aux mutations de leur environnement, les détenteurs de terres et/ou exploitants agricoles créent de nouvelles pratiques foncières et agricoles. Ainsi, l'émiettement des espaces, l'introduction des cultures de teck, les lotissements d'espaces agricoles et le recours aux titres fonciers ne sont que le résultat de la restructuration de l'espace occasionnés par l'avènement des indemnisations.

Au niveau du comité de gestion conflits fonciers, les membres se saisissent de la configuration des rapports sociaux pour redéfinir leurs positions dans cette lutte afin de capter une part des indemnisations. A travers le maintien de l'identité autochtone, le cadre de gestion des conflits devient un organe de production des rapports de pouvoir et de reproduction des rapports fonciers.

Quant aux autochtones, les jeunes veulent également aller au-delà des ressources qu'ils gagnent sur les terres. Ils cherchent une amélioration perpétuelle de leurs positions sociales par l'accès à l'emploi dans la société minière. Ceux-ci estiment que les montants alloués aux terres et cultures sont insuffisants. Ainsi, espèrent-ils de nouvelles évaluations des parcelles de terre et cultures détruites.

Du côté de Newcrest, cette compétition consiste à faire persister les conflits pour réaliser des profits. C'est une stratégie qui lui permet d'extraire l'or en toute clandestinité. En ce sens que tout acte que pose une firme s'inscrit dans la rentabilisation de l'investissement initiale, celle-ci procède donc par des calculs rationnels en termes de coûts, avantages et bénéfices.

CONCLUSION

L'étude de la persistance des conflits fonciers s'est déroulée dans la commune de Hiré plus précisément dans la ville de Hiré et le village de Bouakako.

L'objectif était de décrire les déterminants sociaux de la recrudescence des conflits fonciers en dépit de l'existence d'un comité de gestion de ces dits conflits. De de façon spécifique, cette étude s'est portée sur l'analyse des idéologies associées au foncier, la détermination des rapports sociaux à la base de l'appropriation du foncier et la description du cadre social de gestion des conflits.

Pour mener l'étude, plusieurs techniques de collecte de données ont été utilisées, notamment l'entretien non structuré, l'observation systématique et les enquêtes de terrain ont permis de recueillir des données permettant de cerner le fait social.

La méthode utilisée pour l'analyse des données est l'analyse herméneutique telle que préconisée par Isabelle Bertrand, elle-même inscrite dans la perspective de Dilthey.

L'option épistémologique de cette recherche est sous-tendue par l'approche théorique inductive.

Cependant, plusieurs difficultés ont été rencontrées lors de cette recherche. D'abord, la familiarité avec l'univers social étudié. Ensuite, les difficultés langagières. Par ailleurs, les difficultés de communication inhérentes à une situation de tensions et de conflits récurrents dans cette zone. Et enfin, quelques contraintes liées à la disponibilité de certains participants à l'étude.

Afin de répondre aux objectifs de l'étude, les entretiens ont été réalisés auprès de migrants, d'autochtones, de la société minière et de membres du comité de gestion des conflits. De l'ensemble de ce corpus de texte, le choix a été orienté vers trois entretiens jugés pertinents auxquels nous avons appliqué la méthode de l'analyse herméneutique cas par cas. A la suite, l'application de l'analyse herméneutique transversale a permis de dégager les catégories générales d'analyses qui émergent des trois discours.

Les stratégies d'appropriation ou de conservation de la propriété foncière mises en oeuvre par les acteurs, la déconstruction statutaire des détenteurs de terre et la fabrication des perceptions différenciées du statut du comité de gestion ne sont autres que le produit de la réinterprétion de la rente foncière. Celle-ci sous-tend des logiques de compensations par la création de catégories sociales sur une base ethnique.Elle traduit une forme d'interaction qui sert d'appui aux acteurs pour la légitimation de leurs actions.

Mieux, la réinterprétation de la rente foncière renvoie à la redéfinition perpétuelle des contrats d'usages de la terre qui positionne les autochtones comme détenteurs exclusifs des terres.Ainsi donc, la rente foncière devient une ressource symbolique qui permet aux autochtones face à une inégale détention foncière au profit des migrants de redéfinir les rapports fonciers avec les allochtones/allogènes. Au sien des familles, les ainés s'approprient individuellement la rente foncière pour réajuster leurs statuts et positions dans la cellule familiale et en dehors de celle-ci.

La compétition est une ressource sociale qui accentue la recrudescence des conflits. Les relations de conflits et de concurrence sont mobilisées par les acteurs pour justifier l'absence de propriété de la terre aux fins d'une réappropriation privative de celle-ci. C'est une ressource sociale qui alimente l'appropriation du foncier.

Du point de vue des résultats obtenus, l'hypothèse qui se dégage appréhende la persistance des conflits fonciers comme un fait social lié auxlogiques de fonctionnement du cadre social.

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ANNEXES

Annexe1 : Photos d'enquêtes

Photo 1 : Un cacaoyer détruit pour faciliter le passage des engins de Newcrest Photo 2 : un exploitant agricole fait le constat de destruction de sa plantation de teck.

Annexe 2 : Guide d'entretien herméneutique adressé au comité de gestion  et à la société minière et aux exploitants agricoles et/ou détenteurs de terres.

1-Quand est ce que les conflits fonciers ont pris naissance dans cette localité ?

2-Pourquoi à cette époque et pas avant ?

3-Comment sont-ils nés ?

4- Quels sont les évènements qui ont suscité leur naissance ?

5-Parlez-nous de l'évolution de leur gestion ?

(Relance)

6-Que pensez-vous de ces conflits fonciers ?

7-Que pensez-vous de leur gestion ?

8-Pourquoi ces conflits persistent-ils ?

(Relance)

9-Comment êtes-vous organisé dans à la gestion des conflits fonciers ?

10-Quels sont les différents niveaux de décision ?

11-Quelles sont les conditions d'adhésion au comité ?

12-Qui a droit à y adhéré ?

13-En dehors des membres comité, avec qui d'autres vous êtes en contact ?

14-Comment cela se passe ?

15-Pouvez-vous nous parler de vos expériences, de votre vécu concernant ce
ou ces derniers ?

16-Quelles sont les difficultés que vous rencontrez avec les membres du
comité?

17-Comment vous les avez résolues ?

(Relance)

18-Que pensez-vous de l'organisation que vous tenez avec le comité de gestion

19-parlez-nous des membres du comité de gestion.

(Relance)

Annexe 3 : Extraits des entretiens

Ø Extrait de l'entretien avec Dago

-Comment avez-vous eu accès à la terre ?

Je n'étais pas là, à l'époque où nos parents prenaient le contrôle de la terre. Cependant, chez nous, le père de son vivant déjà te dit, si je ne suis plus là demain, voici la parcelle que tu pourras hériter de moi. Mon père de son vivant m'a indiqué ce lopin de terre comme appartenant à notre patrimoine familial.

- Comment les conflits ont-ils pris naissance ?

Quand les gens ont appris que la société minière viendrait détruire les terres, chacun a commencé à chercher sa parcelle de terre et à tracer les limites de celle-ci avec ses voisins. Je n'étais pas là, à l'époque où nos parents prenaient le contrôle de la terre. Cependant, chez nous, le père de son vivant déjà te dit, si je ne suis plus là demain, voici la parcelle que tu pourras hériter de moi. Mon père de son vivant m'a indiqué ce lopin de terre comme appartenant à notre patrimoine familial. Et aujourd'hui comme il ne vit plus, les gens dont les parents étaient des paresseux viennent s'opposer à moi sur la propriété de la parcelle.

-Que pensez-vous de la gestion des conflits ?

Dans la gestion, il y a des gens qui disent la vérité mais aussi d'autres qui sont dans le faux. D'abord au village, la chefferie sait très bien que la terre n'appartient pas à la personne qui la revendique, mais elle se range derrière cette dernière. Ce sont des gens qui sont malhonnêtes.

Au niveau du comité de gestion, ce sont de grands voleurs. Comment confier l'arbitrage des conflits fonciers à des gens qui ne connaissent même pas nos terres, les limites de ces terres et leur histoire ! Les gens du village qui ont des terres à Hiré et qui n'ont la maitrise de la limite de ces terres ont été volés par le chef de Hiré. Ce sont des millions que ce comité a volé aux gens ici.

-Selon vous pourquoi les conflits fonciers persistent-ils ?

Les gens veulent prendre ta terre et toi-même tu sais que c'est pour toi. Tu ne vas pas les laisser faire. Il faut quelqu'un de sure qui peut prendre la place de l'autorité coutumière, connaitre tous les propriétaires terriens et l'histoire sur chaque parcelle. Si cela ne se fait pas, il n'y aura pas d'entente et la mort va toujours se multiplier. Les conflits persistent parce qu'il n'y a pas d'entente. La terre est quelque chose de riche, très riche parce que si tu ne l'as pas (silence), tu vas quitter ici pour aller acheter de la terre au Mali ou en pays Baoulé, c'est la forêt qui t'appartient et non la terre. On ne la transporte pas pour aller chez soi. La terre est comme l'autochtone qui achète un lot et construit sa maison dessus, c'est comme ça qu'est la terre...

Ø Extrait de l'entretien avec Akaffou

-Comment les conflits fonciers ont-ils pris naissance ?

S'il y a des tensions autour de la terre. C'est la conséquence de peuples très hospitaliers.

-Pourquoi dites-vous cela ?

A un moment donné, nos frères que nous avons accueilli sur nos terres, c'est la non-reconnaissance des bienfaits qui se dégage. Nos frères que nous avons accueillis ne devaient-ils pas mettre en avance l'esprit de reconnaissance ? C'est si comme nos parents avaient mal fait de leur donné accès à la terre.

-Qui sont ces frères dont vous parlez ?

Il s'agit des allogènes Baoulé et Dioula. Ils s'autoproclament aujourd'hui propriétaires terriens alors que la terre n'a pas été vendue par nos parents dans leur main.

-Pourquoi parlez-vous de non reconnaissance ?

Moi je vous ai donné 1m² de terre pour que vous puissiez planter quelque chose pour manger. Je ne vous l'ai pas vendue. Je l'ai donné pour que symboliquement vous veniez me dire merci que ce soit en nature ou en argent. Mais pourquoi avec l'arrivée des mines, les choses changent. Pourquoi ces personnes se proclament propriétaire de la terre à l'insu des véritables propriétaires. La meilleure solution ou la solution la plus humaine aurait été de venir vers son patron, lui dire que la terre que tu m'as donnée, j'ai été indemnisé, je viens te dire merci. C'est ça que nous attendons d'eux. Et ils ne le font pas. Ils se proclament propriétaire terrien et on met les chèques à leurs noms.

-Parlez-nous de l'évolution de la gestion ces conflits ?

Au fur des conflits, la société minière a commencé à faire plus attention. Si non au début, elle accordait n'importe comment le titre de propriétaire terrien. C'est d'ailleurs pour cette raison que le comité d'arbitrage a été institué.

On essaie tant bien que mal de gérer et arbitrer les litiges fonciers. Là où il y a l'argent, quand l'esprit de reconnaissance n'est pas là, ce n'est pas facile. Ce n'est pas seulement à ceux que nous avons donné pitance, mais entre nous autochtones, dans les familles autochtones c'est pire. Entre nous frères et soeurs. Des gens vont chercher des informations sans connaitre les tenants et les aboutissants. Ils en font une conviction. Et ils se proclament propriétaire terrien. Cela nous nous emmène à user de stratégies, de tacts pour pouvoir gérer ces litiges. Voici un aspect dont les juges doivent s'en saisir. Vous et moi sommes de la même famille et notre père décède. Je suis le plus âgé. Pendant votre absence, et moi je mets la main sur tout avec mes enfants. A votre retour, mes enfants ne vous reconnaissent pas comme l'ayant droit de la famille. Vous n'avez rien.

Ensuite, celui qui a hérité de son frère ou son cousin garde son patrimoine foncier et vend celui de son défunt frère. Quand les enfants du défunt atteignent la maturité, l'oncle ne leur donne rien puisqu'il a vendu ce qui est du père de ces derniers.

-Comment les conflits fonciers sont-ils gérés jusqu'à maintenant ?

Cette histoire d'or fait qu'il y a aujourd'hui de grands menteurs. Des gens qui sortent de n' importe où pour s'accaparer les terres.

Si le conflit oppose des frères sur les indemnisations, l'un fait une opposition sur le paiement du chèque lorsque la terre ou les cultures ont déjà été inventoriées et évalués par Newcrest. Dans ce cas de figure, il n'est pas question d'arbitrer le conflit afin que l'un d'entre eux, reconnu propriétaire s'approprie seul les retombées. Notre objectif est d'amener ces frères à s'accepter et accepter de partager les bénéfices parce que la terre un est patrimoine  de la famille. Mais si le père a partagé ses terres entre ses enfants avant sa mort, il est important de savoir que c'est un bien familial que personne ne peut s'approprié individuellement. Cela veut dire que quand la société minière détruit et compense, c'est le patrimoine familial qui s'en va et dont tous les fils doivent en bénéficier.

Dans le cas où le conflit oppose un migrant à un autochtone, c'est toujours le même processus. C'est-à-dire que soit l'autochtone qui a installé les parents du migrant sur une portion de ses terres n'est pas informé par l'exploitant qui se signale automatiquement propriétaire terrien pour profiter des compensations agraires de Newcrest. Celui-ci écrit donc une lettre d'opposition au paiement des cultures et des terres occupées par le migrant au sous-préfet. Une fois saisit du dossier, nous faisons appel aux chefs des communautés concernées ainsi que les personnes impliquées directement dans ce litige.

Ici à Hiré, aucun migrant n'est propriétaire terrien même s'il a acquis cette terre par l'achat- vente. Les migrants sont des exploitants agricoles et les autochtones, les propriétaires des terres. Ainsi, les compensations liées aux cultures sont pour le migrant et les droits de la terre pour l'autochtone parce que Newcrest compense les cultures et la terre. On fait le procès-verbal conformément aux décisions précises.

-Que pensez-vous de ces conflits

C'est du boulot supplémentaire qu'on nous donne inutilement. Le mensonge est devenu la science la plus partagé de ce monde. A cause de cent mille francs, cinq cent mille francs ou un million, des gens créent le mensonge, mentent, jurent que telle parcelle appartenait à mon père, à celui-ci, à celui-là. Que de mensonges ! Que de tractations ! 

Ø Extrait de l'entretien de Kouassi

-Comment avez-vous eu accès à la terre ?

Il y a très longtemps que j'exploite cette portion de terre. Je l'ai héritée de mes parents qui sont morts il y a un peu longtemps. Ce sont eux qui ont acquis ces terres avec les Dida.

-comment les conflits ont-ils pris naissance ?

Mon père ne m'as jamais dit de son vivant que cette terre appartenait à une tierce personne. Il l'avait acheté avec un vieux Dida qui ne vit plus maintenant. Depuis la disparition de mon père, cela fait également plusieurs années que je la travaille (la terre). Aujourd'hui à cause de l'or, il y a nouveau propriétaire. Des gens viennent parce qu'ils sont Dida dire que la terre est pour eux.

-comment ce cas a-t-il été arbitré ?

Le problème a été arbitré au niveau du comité. Les gens disent que nous sommes des exploitants et les Dida les propriétaires de terres. Donc, ils ont retenu que je n'étais pas propriétaire de ce lopin de terre.

-selon vous pourquoi les conflits persistent-ils ?

Il y a des conflits à cause de cette histoire d'exploitation de l'or. Si moi j'exploite une terre depuis des années et qu'après on vienne me dire que je ne suis pas propriétaire, les conflits ne vont pas finir. Il y a trop de frustrations. Nous, on est propriétaire terrien parce qu'il y a longtemps qu'on exploite ces terres.

-Que pensez-vous des membres du comité de gestion des conflits ?

Le sous-préfet et les Dida se sont réunis pour mettre un comité de gestion des conflits fonciers sans nous mettre dedans. Le problème de la terre ici à Hiré concerne nous tous.

-Que pensez-vous de la gestion de conflits ?

Ces conflits ne sont pas bien arbitrés pour moi parce que toutes les communautés doivent être représentées au sein du comité.

En plus, il y a des terres qui ont été vendues avec des documents à l'appui, mais tout ça ne compte plus.Il y a trop de malhonnêteté au niveau de la gestion des conflits. Le comité de gestion foncière ne fonctionne pas bien. Surtout dans les villages, les personnes au sein du comité font du faux. Ils gèrent les conflits en fonction des liens qu'ils entretiennent avec les concernés. Il faut que le comité fasse correctement le travail. Il doit être impartial.

TABLE DES MATIERES

DEDICACE 1

REMERCIEMENTS 2

Première partie : INTRODUCTION 2

1- Contexte de l'étude 5

2- Constat et problème de recherche 7

3- Questions de recherche 9

3-1- Question centrale de recherche 9

3-2- Questions spécifiques de recherche 10

4- Etat de la question 10

4-1- L'exclusion des populations locales dans la régulation de l'accès
à la terre : un facteur de conflit
11

4-2- Les rapports dialectiques entre les multinationales minières et
les communautés locales
12

4-3- Les dynamiques sociales comme facteur de la persistance
de conflits fonciers
15

5- Option épistémologique 17

6- Objectifs de recherche 21

6-1- Objectif général 21

6-2- Objectifs spécifiques 21

Deuxième partie : MATERIELS ET METHODE DE RECHERCHE 2

1- Approche méthodologique: l'herméneutique 23

1-1-Définition de l'approche herméneutique 23

1-2- Principes de l'herméneutique 24

1-2-1- La description du phénomène 24

1-2-2- L'interprétation 24

1-2-3- La recherche de sens 25

1-3- Fonctionnement de l'herméneutique: la démarche d'analyse 25

1-3-1- l'analyse herméneutique cas par cas des entretiens 26

1-3-2- l'analyse herméneutique transversale 26

2- Délimitation du champ d'investigation 26

2-1- Le champ géographique 27

2-2- Champ social 28

3-Echantillonnage 29

3-1- La matrice de sélection de la population de l'étude 29

3-2- Détermination du nombre de participants à l'étude 31

4- Technique et outils de collecte de données 33

4-1- La recherche documentaire 33

4-2- L'observation systématique 34

4-3- L'entretien 35

5- Techniques et outils de traitement des données 36

5-1- L'enregistrement ; les prises de note ; la retranscription ;
le logiciel word
36

5-2- Le dépouillement 37

5-3- L'analyse de contenu 37

6- Conditions sociales de production des données 37

6-1- Préparation de l'enquête 37

6-2- Difficultés rencontrées 38

6-3- Impacts des difficultés rencontrées sur la collecte des données 40

Troisième partie : RESULTATS 2

1- L'analyse herméneutique cas par cas des entretiens 43

1-1- Analyse herméneutique du discours de Dago 43

1-1-1- La revendication de la propriété foncière comme une stratégie
de conservation de celle-ci
43

1-1-2- La déconstruction statutaire des détenteurs de terres 44

1-1-3- Le cadre social de gestion des conflits comme élément de
fabrication des perceptions différenciées du statut du comité.
45

1-2- Analyse herméneutique du discours d'Akaffou 47

1-2-1- La revendication de la propriété foncière comme une stratégie
de conservation de celle-ci
47

1-2-2- La déconstruction statutaire des détenteurs de terres 48

1-2-3- Le cadre social de gestion des conflits comme élément de
fabrication des perceptions différenciées du statut du comité.
49

1-3- Analyse herméneutique du discours de Kouassi 50

1-3-1- La revendication de la propriété foncière comme une stratégie
de conservation de celle-ci
50

1-3-2- La déconstruction statutaire des détenteurs de terre 51

1-3-3- Le cadre social de gestion des comme élément de fabrication
des perceptions différenciées du statut du comité
52

2- L'analyse herméneutique transversale 52

2-1- La réinterprétation de la rente foncière comme une ressource
idéologique de la persistance des conflits fonciers
53

2-2- La compétition comme une ressource sociale qui accentue
les conflits
54

CONCLUSION 57

BIBLIOGRAPHIE 59

ANNEXES 65

* 1 Informations tirées d'AFRICA BUSINESS NEWSLETTER 52 année. N 2283. Du 11/05/2009

Source : http : //www.icpublications-newsletter.com/wp-content/uploads/2012/05/AB-11052009.

* 2 JOURNAL OFFICIEL (RCI) N 6 du Jeudi 06 Février  2014

Source : http://www.abidjan.net/JO/JO/12982014.asp

* 3 -Informations tirées Informations tirées du magazine AFRICA BUSINESS NEWSLETTER 52 année. N 2283. Du 11/05/2009

* 4 -Informations tirées de http//:www.linfodrome.com 2015

* 5 -Conflit entre les villages Bouakako, Gogobro et Gabia sur l'appartenance foncière de la mine d'or de Bonikro

* 6 Au niveau des archives de la chefferie de Bouakako, nous avons enregistré 120 cas de conflits fonciers dont 30 sont déjà arbitrés. Les autres étant en cours d'arbitrage.

* 7 Au niveau des archives du comité, 220 cas de conflits fonciers ont été portés à notre connaissance dont seulement 190 cas étaient déjà gérés par cette instance. Les plaintes portant sur les calculs de prix de types de cultures et l'inventaire de terres s'élèvent à 500 cas attendant d'être pris en compte par la multinationale.

* 8Source : N. Marcellin (A.P.V.A S/P HIRE) cité par N. Kouadio (2008).

* 9 -Informations tirées du magazine Flash Info : 11/01/201

* 10 En fait, cela suscitait plus d'intrigues d'autant plus que dans les représentations sociales de ces acteurs, un fils du terroir qui exprime un intérêt pour les modes d'accession à la terre est en passe de réclamer un héritage à quelqu'un. Dans ce sens, un des enquêtés a tenu les propos suivants à notre égard : As-tu un problème de terre avec ton oncle ? Si c'est le cas, je ne suis pas le mieux placé pour t'informer.

* 11 La notion de stratégie est employée ici dans une perspective de reproduction de la structure. Cette structure même qui traduit la recrudescence des conflits fonciers.

* 12 Nous avons préféré cette notion à celle de propriétaire de terre parce qu'elle exprime mieux à notre égard la dynamique de la redéfinition des rapports fonciers entre les acteurs à Hiré.

* 13 La rente foncière renvoie ici aux sommes allouées par la société minière à la population locale pour les terres et cultures détruites.

* 14Les membres du comité de gestion des conflits sont également pour la plupart les représentants du CDL Mines. Il s'agit des collectivités territoriales. Cette structure a pour mission de gérer les ressources additionnelles de l'activité minière affectées au développement de la localité.

* 15 Nous entendons par là les avantages liés à la gestion des conflits ainsi qu'aux fonds dégagés par la société minière pour le développement économique et social de la localité.

* 16 Dans les familles ou la plupart des cadets sont des élèves ou étudiants, les ainés mobilisent cette rente pour se positionner au même niveau que les premiers.






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