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Les personnages burlesques dans les productions Pixar

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par Laurent Baudry
Université Paris 1 - Master 1 2010
  

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Chapitre I : De l'organique au mécanique (et vice versa)

Lorsque naît le cinéma, à la fin du XIXe siècle, la révolution industrielle poursuit sa course. Les États-unis sont particulièrement actifs dans l'expansion des moyens de production et de transport modernes et cet « accomplissement de la société industrielle entraîne une mécanisation du travail et, en conséquence, une mécanisation des corps »1. La machine et l'homme doivent donc cohabiter, et ces nouveaux rapports ne sont pas sans créer des situations incongrues dont le cinéma comique naissant va rapidement s'emparer. Le slapstick qui, comme le cinéma d'animation, permet aux objets de prendre vie, est surtout un cinéma de son temps. C'est ainsi que les premiers auteurs burlesques inscrivent assez naturellement ces nouvelles machines dans leurs films, et ce rapport entre le mécanique et le vivant sera une source constante d'inspiration pour leurs héritiers. Puisque nous nous proposons de traiter des personnages burlesques dans les productions Pixar, il est logique de nous intéresser aux mécanismes en tout genre qui parcourent la filmographie du studio. De la voiture à l'ascenseur, en passant par une simple télécommande, l'électronique, la robotique et tous les moyens modernes qui régissent notre quotidien, sont autant d'ennemis potentiels, de bombes à retardement dont la rencontre avec le vivant serait le détonateur. C'est justement cette frontière entre le machinique et l'organique qui reste difficile à définir car, d'un film à l'autre, le vivant change de camps. Du poisson-clown au monstre, du super-héros au robot, chaque personnage doit faire face, avec plus ou moins de réussite, à la présence de systèmes automatisés. Face à l'omniprésence de la machine, comment ces personnages vont-ils revendiquer leur statut d'êtres vivants ? Pour répondre à cette question, il faut d'abord s'attarder sur le caractère particulier que revêt l'automobile dans les productions Pixar. Personnage à part entière ou simple moyen de locomotion, la voiture est un objet burlesque incontournable. Mais un autre élément intervient dans cette relation organique/mécanique: le tapis roulant, mécanisme dont les personnages subissent régulièrement le mouvement perpétuel. En effet, le vivant se retrouve souvent pris dans l'engrenage des machines. Sa seule issue sera d'en prendre les commandes.

1 Olivier MAILLART, Entre le monde technique et l'humanité ludique, dans La vie filmique des marionnettes, Presses universitaires de Paris 10, 2008, p.78.

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I.1/ La voiture, un personnage burlesque ?

« En 1874 à Morez, Paul Jacquemin conçoit une voiture à vapeur à quatre roues, il a l'étrange idée de l'essayer la nuit. Les habitants alors réveillés en sursaut par un bruit d'enfer seront

terrifiés. Cette anecdote n'aurait-elle pas pu inspirer quelques images animées pour un film comique ? »1

L'anecdote renvoie évidemment à l'entrée pétaradante de la voiture dans Les Vacances de Monsieur Hulot (Jacques Tati, 1953). Et cette même séquence traduit l'importance du rôle de l'automobile dans la caractérisation du personnage. Née quasiment en même temps que le cinéma, l'automobile a su tirer profit de cet art nouveau pour entrer peu à peu dans l'imaginaire collectif. Dès les années 1910, le slapstick s'empare de ce nouvel objet pour construire des gags de plus en plus élaborés. La première apparition de Chaplin sous les traits du vagabond a lieu à l'occasion d'une course de voiture pour enfants (Kid Auto Races at Venice, 1914). Son personnage tente de se faire remarquer par la caméra et, déjà, le mécanique et le vivant se disputent le premier rôle. Si tous les maîtres du slapstick américain ont exploité son potentiel comique, c'est surtout avec Laurel et Hardy que l'automobile s'est révélée un partenaire précieux pour les numéros comiques, et leurs fameuses Ford T restent l'un des symboles les plus prégnants du cinéma burlesque. Ainsi, lorsque le duo tente de vendre des sapins de Noël (en plein mois de juillet !), un client récalcitrant se lance dans la destruction progressive de leur voiture (Big Business, 1929). Dans une autre de leurs aventures, après avoir respiré des gaz hilarants, ils provoquent, au volant de leur engin, un embouteillage monstre (Leave' em laughing, 1928). Certes, la voiture est un élément central dans les intrigues respectives de ces films, mais c'est surtout dans A Perfect Day (Joyeux Pique-Nique, 1929) que son rôle l'élève au statut de personnage à part entière. Dans ce film, les deux compères s'apprêtent à prendre la route pour pique-niquer en famille. Mais à la maladresse du duo s'ajoute la mauvaise volonté d'une voiture qui ne veut pas démarrer, et qui semble liguer tous ses éléments pour empêcher le départ du petit groupe. Le même schéma narratif est repris dans Mike's New Car. Le héros vante la richesse des options de son nouveau véhicule, avant d'en être la victime. Le sommet est atteint lorsque Mike tente de refermer le capot de sa voiture et se fait littéralement avaler, tout comme Harold Lloyd (Get Out and Get Under, 1920), à la

1 Maurice GIRARD, L'automobile fait son cinéma, Éditions Du May, 2006, p.12.

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différence près que Mike semble broyé proprement par la rotation du moteur. Ces situations démontrent non seulement l'incompétence du héros burlesque, mais présentent également l'automobile comme un objet doté d'une personnalité dont elle fait usage pour renvoyer le personnage à sa vanité.

Jacques Tati va plus loin dans Trafic (1971) en accordant certes le rôle principal à une voiture née de l'imagination de Monsieur Hulot, mais surtout en mettant en scène des véhicules qui échappent totalement au contrôle de leurs propriétaires. Ainsi, lors d'un carambolage mémorable, les voitures se lancent dans une véritable chorégraphie dont les conducteurs ne peuvent être que spectateurs. Un plan particulièrement évocateur montre d'ailleurs une voiture poursuivant une de ses roues en ouvrant et en refermant son capot comme un prédateur qui cherche à attraper sa proie. L'automobile, en tant qu'élément incontournable de la vie moderne, s'invite donc dans le cercle des protagonistes, au point de voler la vedette aux héros habituels.

Fils d'un concessionnaire, John Lasseter a toujours été fasciné par les automobiles. Dans le prolongement de sa recherche sur les objets animés, il s'est logiquement lancé dans la réalisation d'un film ayant des voitures pour personnages. Dans Cars (2006), les humains sont totalement évacués, ou plutôt remplacés par des véhicules anthropomorphes. Pour rompre avec l'aspect traditionnel de la voiture animée les créateurs des personnages placent les yeux au niveau du pare-brise, et non au niveau des phares, effaçant définitivement l'éventualité d'une présence humaine. Pourtant, l'essentiel du langage comique du film consiste en l'application systématique des moeurs humaines au monde mécanique. L'homme remplacé par la voiture n'a paradoxalement jamais été aussi présent. Si la définition du rire selon Bergson se résume par « du mécanique plaqué sur du vivant »1, la réciproque semble vérifiée.

L'automobile a tenté de s'imposer en tant que personnage burlesque à part entière en reléguant le protagoniste au statut de victime de l'action. Mais la relative domination du mécanique sur l'organique n'est qu'une façon de renforcer la place du vivant dans le langage comique. Car un objet, en soi, n'est pas drôle s'il n'interagit pas avec l'humain.

1 Henri BERGSON, Le Rire, Essai sur la signification du comique, PUF, 2007.

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Ainsi, une voiture prise d'une envie de liberté, pourrait très bien se mettre à rouler toute seule, elle ne serait drôle qu'avec le concours d'un être vivant. Un film en prise de vue réelle ne permettrait donc pas de développer une histoire telle que celle de Cars, pour la simple raison que l'absence physique de l'organique ne pourrait être remplacée par sa présence psychologique. Car la crédibilité des personnages du film de Lasseter repose avant tout sur le fait que ces véhicules présentent des facultés purement humaines. L'animation est donc un moyen de fusionner deux concepts qui, a priori, ne peuvent cohabiter sans conséquences dommageables (la voiture dans le slapstick est synonyme, au mieux d'une panne, au pire, d'un carambolage) : l'homme et sa monture des temps modernes.

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"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années"   Corneille