WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les personnages burlesques dans les productions Pixar

( Télécharger le fichier original )
par Laurent Baudry
Université Paris 1 - Master 1 2010
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

III.3/ Renverser la vapeur

En tant que héros burlesque, le personnage Pixar est avant tout un être qui refuse le fonctionnement du monde. Se jouant des règles et des limites à sa fantaisie, il poursuit son chemin en évitant, autant que faire se peut, de tomber dans le piège du conformisme. Car c'est bien là que réside la force du genre burlesque, dans ce décalage entre ce qui doit se passer et ce qui se passe. Et le héros est là pour garantir, par sa maladresse, son optimisme, son inconscience ou son obstination, cet écart qui est la source du comique. Le slapstick est donc bien un genre « qui rappelle la folie et le rêve, la transgression de toutes les limites et bien sûr le potentiel subversif d'un cinéma qui s'en prend à toutes les formes de pouvoir et décourage toutes les vanités ».1 Dans la filmographie Pixar, trois héros symbolisent cette transgression des règles. Il y a d'abord Bob Parr et sa difficile relation avec une société trop étroite pour lui, vient ensuite Wall-e qui fait rejaillir la folie au coeur de l'humanité, et enfin, Flik qui parvient à renverser l'organisation de sa colonie grâce à une nouvelle vision des choses.

III.3.1/ Bob Parr ou l'étroitesse du monde

Dans The Incredibles, Dash, le fils, se plaint auprès de sa mère de ne pas avoir le droit d'utiliser son pouvoir. Sa mère argumente en disant que « Tout le monde est exceptionnel », mais Dash lui répond : « Autrement dit personne ne l'est. » La frustration de l'enfant traduit ici le problème de bon nombre de super-héros qui ne comprennent pas que la société refuse leurs pouvoirs. Car ces pouvoirs sont une part de leur identité, et les cacher revient à ne pas s'épanouir pleinement.

C'est le cas de Bob Parr. Cet ancien super-héros indestructible, autrefois adulé par ses concitoyens est désormais cantonné à un service d'assurance des plus ennuyeux, dans un bureau trop petit pour lui. Le monde dans lequel il est censé évolué est trop étroit pour sa taille, pour ses envies, pour ses pouvoirs. Condamné à vivre comme tout le monde, il doit contenir sa force surhumaine, tout en acceptant d'être humilié par un patron cynique et

1 Emmanuel DREUX, Le cinéma burlesque ou la subversion par le geste, L'Harmattan, 2007, p.42.

66

minuscule. La frustration est donc double. Et quand ce patron dépasse les bornes, Mr. Incredible prend le dessus sur Bob Parr (annexe 58). Après l'avoir envoyé à l'hôpital, il est renvoyé de son travail et rejoint sa maison sans rien dire, pour ne pas décevoir sa femme qui, elle, aspire à une vie de famille des plus normales.

Sur le chemin du retour, Bob est bien évidemment pris dans les embouteillages, engoncé dans une voiture trop petit pour lui, il est encore une fois contraint de subir l'inefficacité de la société, tout comme les personnages de Trafic (annexe 59). La voiture de Bob est un élément révélateur de sa frustration. Contrastant avec son ancien véhicule de super-héros, elle est tout ce qu'il y a de plus banale. Il faut ajouter à cela que dans cette scène où Bob descend de sa voiture et déforme la carrosserie pour éviter de tomber, l'auto se moque un peu plus de lui. Car lorsque Bob veut fermer la portière, elle ne fonctionne pas. Excédé, il la claque de toutes ses forces et le choc brise la vitre. Bob s'empare alors de la voiture et s'apprête à la jeter, mais en se retournant, il s'aperçoit qu'un enfant l'observe ébahi, et repose doucement son véhicule.

Dans la cellule familiale, la situation est la même. Et au cours du fameux dîner des Parr, Bob, perdu dans ses pensées, découpe la table sans s'en rendre compte, après avoir coupé la viande de son fils. Ce plan résume tout le problème du héros pris dans l'étau du système, condamné à contenir sa force toute sa vie pour ne pas gâcher celle de sa famille.

Cette pression sociale et familiale, Bob s'en évade en acceptant une mission qui le replonge dans ses souvenirs. Une fois encore, l'étroitesse du monde le ramène à la réalité quand il essaie d'enfiler son costume d'autrefois, car les années ont passée et sa silhouette n'est plus la même. Après un passage chez sa costumière, il devient à nouveau Mr. Incredible. Mais, au-delà de son costume, les passages par lesquels il doit accéder à sa mission s'avèrent, eux-aussi, trop étroits pour son gabarit (annexe 60).

Au final, si ces plans relèvent souvent du langage comique, ils sont surtout une métaphore de la situation psychologique d'un personnage qui ne s'épanouit pas dans cette société inadaptée à ses pouvoirs, et qui risque à tout moment d'exploser.

67

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent"   Victor Hugo