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La république populaire de Chine comme partenaire au développement de la république du Sénégal: Enjeux et perspectives

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par Moustapha Sokhn A DIOP
ENA - BREVET ENA 2007
  

Disponible en mode multipage

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INTRODUCTION GENERALE

A l'heure actuelle, le monde connaît des changements importants et profonds dont les plus marquants sont l'affirmation des pays africains et le développement de la République Populaire de Chine (RPC). En tant que forces montantes, sur les plans tant politique qu'économique sur la scène internationale, la Chine et les pays d'Afrique ne cessent de renforcer et d'élargir leurs relations d'amitié et de coopération avec des avantages réciproques, ce qui implique des effets non négligeables pour l'évolution de l'ordre international.

Très tôt, lors de la conférence de Bandoeng en 1955, la République Populaire de Chine a manifesté un grand intérêt pour l'Afrique. C'est avec l'avènement des indépendances que les Etats africains ont commencé à établir des relations diplomatiques avec ce géant. A ce titre, l'Egypte est le premier pays à avoir échanger des Ambassadeurs avec la Chine, en 1956.

Ces relations, à l'épreuve du temps et des bouleversements internationaux au cours des cinquante dernières années, sont entrées dans une orbite stable de développement continu et constituent une coopération dans plusieurs domaines et à différents niveaux. La Chine et les pays de l'Afrique s'efforcent à développer ces relations de partenariat stratégique global. Au cours de ces années, les échanges de haut niveau sont devenus de plus en plus fréquents : la tenue systématique de rencontres bilatérales, de sommets Chine-Afrique et les dialogues politiques à différents niveaux ne cessent de se dérouler dans une ampleur élargie et approfondie. La coopération entre la Chine et les pays Africains s'est élargie dans plus de quarante secteurs dont : les sciences et la technologie, l'éducation, l'informatique, l'énergie, la protection de l'environnement, etc., ce qui présage d'un avenir prometteur.

C'est dans cet ordre d'idée qu'au niveau bilatéral, la Chine et le Sénégal, pays amis depuis 1964, ont décidé de renouer les relations diplomatiques, après une parenthèse de dix ans (1995-2005). La Chine représente 20% de l'humanité. Elle offre un marché potentiel de plus d'un milliard d'acheteurs et attire tous les hommes d'Affaires, dans le cadre de la mondialisation. Et selon les projections les plus réalistes, sauf accident, la Chine deviendra la première puissance économique mondiale vers 2050. Un pays avec un si grand potentiel ne pouvait pas rester en dehors du champ politique du Sénégal. « (...) Les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts (...) » a dit un jour le Général De Gaulle1(*). Si la Chine a décidé de renouer avec le Sénégal, c'est qu'elle a eu le temps de peser le poids diplomatique de ce pays africain. Et, exclure le Sénégal de ses relations africaines priverait l' « Empire du milieu » d'un important point d'encrage sur le continent noir.

Les relations de partenariat Chine-Sénégal sont un modèle de type nouveau dans les relations internationales, qui doivent être renforcées, développées, concrétisées et ordonnées. Ces relations sont basées sur les possibilités de développer la coopération au plus haut niveau en matière de commerce et d'économie, de science et de technique.

Pour que les relations Chine-Sénégal puissent se développer de façon stable, tous deux ont mis au point un plan stratégique avec une vision de l'avenir, au-delà des différences des systèmes sociaux et d'idéologies, afin de poursuivre une coopération amicale basée sur le respect mutuel, l'égalité et l'avantage réciproque. Ce système de coopération et de coordination a pour but d'empêcher les litiges, dès leur début, afin d'éviter les défaillances pour l'essentiel des relations Chine-Sénégal. Enfin, résoudre à l'amiable les problèmes légués par l'histoire auxquels les deux parties accordent une grande importance. Ce type de relations peut répondre aux intérêts fondamentaux de chacune des deux parties, en pleine vitalité, et les faire avancer en surmontant les obstacles et interférences de tout genre. La Chine et le Sénégal sont tous deux confrontés au défi de la mondialisation économique, mais ils découvrent aussi des opportunités qui en résultent.

L'analyse des enjeux de la coopération entre la Chine et le Sénégal pose un certain nombre d'interrogations auxquelles, des tentatives de réponses seront fournies dans le cadre de cette étude.

La coopération entre la Chine et le Sénégal est elle faisable, à priori ?

Les modèles de développement des deux pays sont-ils complémentaires ou contradictoires ?

Quelles sont les conséquences d'une coopération accrue entre la Chine et le Sénégal en matière de développement, de commerce et d'investissements ainsi que pour les règles qui les régissent?

Comment les acteurs économiques du Sénégal peuvent-ils trouver un équilibre entre les aspects positifs et négatifs afin d'être sûrs de profiter des échanges entre la Chine et le Sénégal?

Comment les atouts Chinois dans le domaine des technologies et des services peuvent-ils devenir un moteur de l'innovation dans tous les secteurs au Sénégal ?

Comment harmoniser, au mieux, les politiques publiques et les stratégies privées pour prévenir les violations de la propriété intellectuelle?

Comment faire bénéficier au Sénégal des investissements directs étrangers (IDE) qui, ont beaucoup contribué au développement de la Chine?

Quelles sont les notions, de débouchés et de risques dont les acteurs économiques Sénégalais doivent avoir conscience lorsqu'ils veulent s'engager rapidement sur le marché chinois?

Comment aborder les défis, les risques et les chances des partenariats Chine-Sénégal dans le domaine de la Recherche et du Développement?

I. PRÉSENTATION GÉNÉRALE DE LA CHINE ET DU SÉNÉGAL

1. PRESENTATION DE LA CHINE

Source : Atlas

Carte n°1 : Présentation de la Chine

D'une superficie avoisinant celle des Etats-Unis, la Chine s'étend sur 9,6 millions de km². Située en extrême d'orient, la Chine est essentiellement limitée au Nord par la Mongolie et la Russie, à l'Est par la Mer de Chine et le Japon, au Sud par l'Inde, le Népal, le Pakistan, le Vietnam et la Birmanie et à l'Ouest par le Kazakhstan (cf. Carte n°1). Le territoire chinois est divisé en 23 provinces, 5 régions autonomes et 4 municipalités autonomes (Shanghai, Pékin, Chongqing et Tianjin).

La population chinoise est d'environ de 1,4 milliards d'habitants, et est en croissance de 0,58% par an. La population est sensiblement jeune avec un âge moyen de 32 ans. Conséquence de la politique de l'enfant unique, l'écart entre le nombre d'hommes et de femmes continue d'augmenter (aujourd'hui à 1,12 hommes par femme).

La Chine occupe au niveau économique le 7e rang mondial en 2004 avec un PIB d'environ 1600 milliards d'euros. Elle assure 18% de la croissance économique mondiale et 8% des exportations mondiales. Son PIB par habitant est supérieur à US 1000$, ce qui la place parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur. L'économie est dominée par le secteur industriel, en croissance de 11,1% par an. Par exemple, elle détient 85% du marché mondial des tracteurs, montres et jouets, 55% du marché des appareils photos et ordinateurs portables, 30% du marché des téléviseurs et machines à laver. Les exportations ont augmenté de plus de 36% en 2004 permettant à la Chine de dégager un excédent de US 32 milliards $. Les principaux clients sont les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne.

Figure 1 : Répartition du PIB Chinois par secteurs d'activité en 2005

Source : OCDE ; Perspectives économiques de la Chine, 2006.

La Chine dispose de près de 1000 milliards de dollars de réserve de change en 2006 dont 220 milliards de bons du trésor américain, alors que ce montant était évalué en fin 2005 à 740 milliards de dollars, ce qui se rapproche des réserves japonaises. Enfin, la Chine est le 2e récipiendaire des Investissements Directs Etrangers dans le monde.

Tableau 1 : Principaux indicateurs économiques chinois en 2006

PIB

1600 milliards d'Euros

PIB à Parité Pouvoir d'Achat

US 7262 milliards $

PIB/Hab. à Parité Pouvoir d'Achat

US 5600 $

Croissance du PIB

9,5%

Investissement

46% du PIB

Exportation

US 593,4 milliards $

Importation

US 561,4 milliards $

Réserve de Change (à fin 2004)

US 609 milliards $

Dette

31,4% du PIB

Population

1,306 milliards d'habitants

Taux de croissance de la population

0,58%

Inflation

3,9%

Chômage (1er trimestre 2005)

4,2%

Source : Perspectives économiques de la Chine, 2006. OCDE

L'économie chinoise est basée sur l'idéologie du « socialisme avec des caractéristiques chinoises », issue du socialisme de marché de 1970. L'économie est dominée par l'initiative privée et le marché tandis qu'un certain nombre de secteurs clés restent aux mains de l'Etat, via les entreprises publiques (State Owned Enterprises SOEs). L'Etat garde également de nombreux leviers macro-économiques par le contrôle presque total du système financier, l'importance de l'administration, l'intrusion du parti communiste au sein des entreprises. La monnaie chinoise est le Renminbi (« Monnaie du peuple ») qui est appelée également le yuan (CNY). De 1994 à 2005, le yuan était indexé sur le dollar à environ 8,28 yuans pour 1 dollar. En conséquence, le yuan s'est apprécié de plus de 2%. Selon Zhou Xiaochuan2(*), la réforme du yuan devrait continuer graduellement.

La Chine est une puissance en devenir. Pour arriver à ce stade de développement, elle a eu, dans sa marche vers un avenir meilleur, à réaliser des performances économiques exceptionnelles. La Chine, comme on le sait, a fait de grands progrès dans la productivité ainsi que dans les sciences et techniques.

En parcourant d'ailleurs le monde, à la recherche de partenaires privilégiés, les dirigeants chinois sont tout à fait à l'aise pour démontrer le potentiel de réserves de marchandises et de devises de leur pays. Parmi les importants atouts qu'elle ne cesse de brandir, la Chine peut se vanter de son immense marché, mais aussi de sa main d'oeuvre à bon marché, ce qui crée les conditions de délocalisation réussie. De leur côté, les entreprises chinoises sont désormais encouragées à s'internationaliser (World Bank, 2006).

2. PRÉSENTATION DU SÉNÉGAL

Le Sénégal s'étend sur une superficie de 192.712 km², pour une population de 11,4 millions environ, il est limité au Nord par la Mauritanie, à l'Est par le Mali, au Sud par la Guinée Bissau et la Guinée Conakry (cf. carte 2). Le territoire est divisé en 11 régions3(*) où vivent les différentes ethnies liées les uns et les autres par un profond désir de cohabiter.

Carte 2 : Présentation du Sénégal

Doté d'une démocratie vivante, d'un secteur industriel relativement développé et d'une localisation géographique favorable, le Sénégal est en mesure de devenir la locomotive régionale de l'Afrique francophone, position assumée jusque-là par la Côte d'Ivoire avant que ce pays ne se retrouve dans une situation de crise.

Les partenaires financiers du Sénégal ont d'ailleurs sanctionné les performances macro-économiques du pays et ses efforts sur le plan structurel en reconnaissant, en avril 2004, que le pays avait atteint le point d'achèvement de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).

Figure 2 : Estimations des auteurs sur la base des données de la Direction de la prévision et de la statistique.

Source : Perspectives économiques du Sénégal, 2006. OCDE

La dévaluation du franc CFA en 1994 et les politiques économiques appliquées depuis ont conforté la situation économique du Sénégal. En dépit des chocs exogènes, notamment les aléas climatiques, la croissance du PIB s'est située dans une fourchette de 5 à 6,5% par an sur la période 1995-2005. Si en termes réels elle a fléchit à 2,4 % en 2002 en raison d'une sécheresse prononcée, elle a rebondit à environ 6% en 2003, année qui a connu une campagne agricole exceptionnellement bonne. Entre autres facteurs, les dégâts causés sur les cultures et les pâturages par les criquets pèlerins et une mauvaise pluviométrie dans certaines régions du pays a réduit la progression du PIB à 5% en 2004. Cependant, en raison de la crise pétrolière et celle des sociétés comme les Industries Chimiques du Sénégal (ICS) et la Société Africaine de Raffinage (SAR), le PIB a chuté en deçà de 4 % en 2006. Selon les prévisions, en 2007, avec la stabilisation de ces impairs, ce taux pourrait dépasser les 6%.

Tableau 2 : Principaux indicateurs économiques Sénégalais en 2006

Population 

11,4 millions d'habitants en 2004 (EIU 2006

Croissance démographique

2,4 % par an (Banque Mondiale, 2003)

Espérance de vie 

52 ans (Banque Mondiale, 2003)

Taux d'alphabétisation 

38% (Banque Mondiale, 2004)

Indice de développement humain 

157ème sur 177 pays (P.N.U.D. 2005)

PIB 

7,6 Mds $ en 2004 (EIU 2006)

PIB par habitant 

720 $ (DGPTE 2005)

Taux de croissance

4 % en 2006

Taux de chômage 

40% (estimations)

Solde budgétaire

-4,8% du PIB en 2002 (E.I.U., 2004)

Taux d'inflation 

0,5% en 2005 (EIU 2006)

Source : Perspectives économiques du Sénégal, 2006. OCDE

La venue d'investisseurs étrangers qui créent de la valeur ajoutée, transfèrent des technologies et de l'expertise et créent des emplois est également essentielle. Mais il s'agit aussi d'un défi agricole, qui renvoie à la modernisation de l'agriculture et au développement d'activités non agricoles en milieu rural susceptibles d'absorber la population active « excédentaire » issue de ce processus de modernisation. Enfin, il s'agit d'un défi financier, qui consiste à mettre le système financier sénégalais au service du secteur productif domestique.

Au niveau sous-régional, le Sénégal fait figure de pays « industrialisé », avec un secteur secondaire qui représentait environ 23% du PIB en 2003 et plus de 30% de ses exportations constituées de produits manufacturés. Ses principales activités industrielles sont concentrées dans l'agroalimentaire, les matériaux de construction, la chimie et le textile. Si les politiques d'ouverture commerciale, de libéralisation et de privatisation menées au cours de la dernière décennie ont eu pour objectif de stimuler le développement industriel du pays, le coût excessif des facteurs, la faiblesse de l'investissement et un marché domestique limité n'ont pas permis de complètement concrétiser ces espoirs. Le textile peine à faire face aux importations de fripes venues d'Europe ainsi qu'aux produits asiatiques, dont la concurrence devrait s'accentuer avec la fin des accords multifibres le 1er janvier (BAfD/OCDE 2006).

II. HISTORIQUE DES RELATIONS ENTRE LE SÉNÉGAL ET LA CHINE

Deux pays amis, depuis 1964, à l'aube de l'indépendance, la Chine et le Sénégal ont toujours eu des positions communes lors des grandes rencontres internationales et conférences à travers le monde. C'est en décembre 1971 que la Chine et le Sénégal nouèrent des  relations diplomatiques. Pendant les 25 années qui on suivi, les  échanges entre les deux pays étaient multiples et fréquents. Au  plan politique, les deux anciens chefs d'Etat sénégalais, Léopold  Sédar Senghor et Abdou Diouf, visitèrent la Chine, tandis que de  hauts dirigeants chinois foulèrent le sol sénégalais. En matière  d'assistance économique, la Chine a fourni au Sénégal quatre  importants crédits sans intérêt, destinés à la réalisation de  plusieurs projets de construction dont notamment le stade de  l'Amitié à Dakar, l'envoi d'une dizaine d'équipes médicales, le  barrage d'Affiniam en Casamance, la promotion de la  riziculture, l'installation de centres culturels etc. Tous les deux ans, 20 ans durant, sans interruption, des équipes d'au moins 17 personnes qualifiées se relayaient dans la structure. Spécialisé dans la médecine tropicale, « l'hôpital Silence » faisait le bonheur des populations qui affluaient, outre du Sénégal, de la Guinée-Bissau, de la Guinée Conakry, de la Gambie, du Mali, de la Mauritanie et même du Gabon. C'est conscient de la place et du rôle joués par la structure devenue très petite pour recevoir tous ces malades, que la Chine populaire avait ficelé un projet de construction d'un nouvel hôpital pour une valeur de 1 milliard de FCFA. Un projet tombé à l'eau. Car, suite à la décision des autorités sénégalaises d'établir des relations diplomatiques avec la Chine Taiwan, la Chine populaire a décidé de rompre avec le Sénégal.

Sur le terrain de la coopération mutuellement avantageuse, deux entreprises publiques chinoises, en l'occurrence la Compagnie de  pêche Chine-Afrique et la Société des travaux de construction du  Henan, travaillaient aux côtés de leurs partenaires sénégalais.  Sur le plan culturel, les échanges étaient légion : plus de 40  projets ont été concrétisés dans les domaines aussi divers que le  sport, l'information, l'éducation, les études littéraires et les  arts. Des professeurs chinois enseignaient à l'Université de Dakar et à celle de Thiès, alors que des étudiants sénégalais, nantis de bourses du gouvernement chinois, apprenaient en Chine des  disciplines telles que l'industrie textile, l'hydraulique, la  météorologie, la minéralogie et la médecine.  En commerce, le Sénégal exportait notamment du phosphate (30.000 t par an) vers la Chine et en importait du thé, des textiles et des produits d'industrie légère. Mais la balance commerciale  était largement favorable à la Chine qui exportait pour 21  millions de dollars vers le Sénégal et en importait pour 1,4  million de dollars seulement, en 1994, année où les exportations  de phosphates sénégalaises ont cessé. En novembre 1995, soit un peu plus d'un mois avant leur " divorce", les deux parties avaient même envisagé d'accroître  leurs échanges dans les secteurs public et privé pour  l'exploitation de ressources minières. Un projet d'ouverture d'une ligne aérienne directe entre Beijing et Dakar était également à  l'étude, à l'initiative des autorités sénégalaises. 

Malgré la rupture de leurs relations diplomatiques en 1996, les contacts entre Beijing et Dakar allaient être plus ou moins  maintenus dans les dix années qui ont suivi et ce, dans l'arène de la diplomatie comme au niveau des entreprises publiques et privées. En témoigne l'obtention récente par une société chinoise publique, de l'adjudication pour les travaux de construction de routes et  d'échangeurs dans la banlieue de la capitale sénégalaise. On a  constaté depuis ces dernières années une présence massive de  commerçants chinois à Dakar avec leurs produits bon marché, à la  satisfaction de nombreux consommateurs et n'en plaise à certains  de la diaspora qui se plaignent de perdre ainsi une partie de  leurs débouchés sur place...  

En réalité, dès son arrivée au pouvoir en l'an 2000, le  régime de l'alternance avait déjà pensé mener des réflexions approfondies et de poser des actes sûrs et prudents  dans l'optique globale de normaliser un jour les relations avec  Pékin (Beijing). Après l'événement du 25 octobre 2005, la Chine et le Sénégal s'attendent aujourd'hui à une "coopération multiforme et  exemplaire".

PREMIERE PARTIE

LES RELATIONS ENTRE LA CHINE ET LE

SENEGAL : UNE COOPERATION A PRIORI DIFFICILE

I. LES SYSTÈMES DE DÉVELOPPEMENT DES DEUX PAYS

L'image de la Chine suscite depuis plusieurs siècles des questions récurrentes sur son rapport avec les autres collectivités culturelles ou nationales du monde contemporain. La question de son ouverture à la société mondiale lui est posée de façon bien plus insistante qu'à d'autres pays ou territoires moins connus. Après tout, nombre de régions d'Afrique ou d'Amérique latine n'ont fait l`objet que d'explorations très incomplètes.

La coopération entre la Chine et le Sénégal est sujette à pas mal de controverses. D'aucun pense qu'elle est a priori difficile, voire impossible. Ces positions trouvent leur fondement au niveau des différences entre les réalités sociales, les options politiques économiques et quelques fois même diplomatiques, pour ne citer que celles-là.

1. LES FACTEURS SOCIO-ÉCONOMIQUES ET POLITICO-DIPLOMATIQUES DE LA CHINE

1.1. APERÇU SOCIO-ÉCONOMIQUE

1.1.1. CONTEXTE ÉCONOMIQUE, FINANCIER ET PERSPECTIVES

A. L'ÉCONOMIE CHINOISE

La Chine est une puissance qui, dans sa marche vers un avenir meilleur, a réalisé des performances économiques exceptionnelles. La Chine a fait de grands progrès dans la productivité ainsi que dans les sciences et techniques. Cette démarche a du coup entraîné des effets positifs si l'on sait que cette Chine nouvelle dispose maintenant d'un marché immense réel. En parcourant d'ailleurs le monde, à la recherche de partenaires privilégiés, les dirigeants chinois sont tout à fait à l'aise pour démontrer le potentiel de réserves de marchandises et de devises de leur pays. Pour consolider et renforcer de tels acquis, l'accent a été particulièrement mis sur le renforcement du macro-contrôle et de la promotion de la croissance. La stabilité sociale et politique a été d'un grand apport à la réalisation de cet objectif. Ainsi, le poids économique de la Chine est confirmé en ce sens qu'elle a maintenu, en 2006 (cf. tableau) une croissance économique très élevée en dépit des mesures destinées à éviter une surchauffe, tandis que sa montée en puissance dans les échanges internationaux multiplie les risques de friction avec ses partenaires commerciaux.

Graphique du taux de croissance du PIB Chinois.

Source : Banque Mondiale

Aujourd'hui, face à des investissements en capital fixe en hausse de 43 % sur un an au premier trimestre, le gouvernement avait même décidé, en 2006, d'interdire les nouveaux investissements dans certains secteurs-clés comme l'immobilier, la sidérurgie et l'automobile. Cela illustre alors, de fort belle manière, tout le poids économique que recèle ce pays. Pékin avait également décidé de freiner brutalement le crédit aux entreprises. Toutefois, cela n'a pas empêché le produit intérieur brut (Pib) passant de 9,9% en 2005 au premier trimestre à 11,3% au troisième. Ainsi, selon le Nouvel Observateur, les craintes de certains experts d'un refroidissement brutal de l'économie ne se sont pas confirmées.

Parmi les importants atouts qu'elle ne cesse de brandir, la Chine peut se vanter de son immense marché, mais aussi de sa main d'oeuvre à bon marché, ce qui crée les conditions de délocalisation réussie. La Chine, faut-il le rappeler, est la première destination mondiale des investissements directs étrangers, qui ont afflué à hauteur de 53,78 milliards de dollars entre janvier et octobre. De leur côté, les entreprises chinoises sont désormais encouragées à s'internationaliser (Banque Mondiale, 2006).

Courbe des réserves Chinoises entre 2001 et 2006.

Source : Banque Mondiale

Mais les Chinois manquent de placements intéressants pour leur épargne et, afin de limiter les prêts illégaux en dehors du système bancaire, le gouvernement a relevé, pour la première fois depuis 1995, les taux d'intérêt en octobre. La hausse, de 0,27 point de pourcentage, est largement symbolique, selon les experts qui y voient un signe d'une plus grande utilisation par Pékin de ce type d'outil pour réguler l'économie. Avec un commerce extérieur dont le volume progresse de plus de 35 % par an et qui devrait s'élever au troisième rang mondial en 2007, la santé de l'économie chinoise est enfin de plus en plus dépendante de la conjoncture internationale.

Actuellement, la Chine est le premier exportateur mondial de textile-habillement, de chaussures, de produits électroniques et de jouets. Ses produits « made in China » envahissent le monde. En particulier le marché des Etats-Unis, entraînant à leur égard un déséquilibre gigantesque : en 2003, le déficit commercial américain vis-à-vis de Pékin a atteint 130 milliards de dollars. Cette fureur exportatrice devait provoquer un spectaculaire décollage de la croissance qui, depuis deux décennies, dépasse chaque année les 9 %.  Le « communisme démocratique de marché » a entraîné aussi, pour des millions de foyers, une augmentation du pouvoir d'achat et du niveau de vie. Cela a favorisé la montée d'un véritable capitalisme chinois. L'Etat, dans le même élan, s'est lancé dans une modernisation du pays à marche forcée multipliant la construction d'infrastructures : ports, aéroports, autoroutes, voies de chemin de fer, ponts, barrages, gratte-ciel, stades pour les Jeux olympiques de Pékin en 2008, installations pour l'Exposition universelle de Shanghaï en 2010, etc. (Yolin J.M. et al ; 2004).

En 2005, la Chine a été le premier acheteur au monde de ciment (elle en a importé 55 % de la production mondiale), de charbon (40 %), d'acier (25 %), de nickel (25 %) et d'aluminium (14 %). Et le deuxième importateur de pétrole, après les Etats-Unis. Ces achats massifs ont provoqué une explosion des prix sur les marchés (en particulier de ceux du pétrole). Admise au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, la Chine est désormais l'une des plus grandes économies du monde. Elle tire la croissance planétaire et tout soubresaut chez elle a un impact immédiat sur l'ensemble de l'économie mondiale. « Malgré la vitesse de notre croissance, la Chine est encore un pays en voie de développement et il nous faudrait encore cinquante ans de croissance au rythme actuel pour devenir un pays moyennement développé4(*) ».

Mais, malgré cette marque de modestie, si la Chine continue à ce rythme, dès 2041 elle dépassera les Etats-Unis et deviendra la première puissance économique du monde. Ce qui aura des conséquences géopolitiques majeures. Cela signifiera aussi que, dès 2030, sa consommation d'énergie équivaudra à la somme de celles des Etats-Unis et du Japon aujourd'hui, et que, ne disposant pas de pétrole suffisant, elle sera contrainte, d'ici à 2020, de doubler sa capacité nucléaire (ibidem).

Courbe des importations Chinoises entre 2002 et 2006.

Source : Banque Mondiale

A cet égard, la Chine constitue un cas d'école et anticipe sur la question qui se posera demain à propos de l'Inde, du Brésil, de la Russie ou de l'Afrique du Sud : comment arracher des milliards de personnes à la détresse du sous-développement sans les plonger dans un modèle productiviste et de consommation « à l'occidentale », néfaste pour la planète et mortel pour l'ensemble de l'humanité ? (Ramonet : 2004)

1.1.2. CONTEXTE SOCIAL, HUMAIN ET PERSPECTIVES

Depuis la proclamation de la République populaire, le pays a connu trois recensements de population : il y avait ainsi 582,6 millions d'habitants en 1953, 1 milliard en 1982 et 1,14 milliards d'habitants en 1990. En 2006, le pays, avec une population estimée à 1,4 milliards d'habitants (environ 21 % de la population mondiale), est le plus peuplé de la planète. Depuis le début des années 1970, les autorités chinoises ont lancé une politique de contrôle des naissances, avec pour objectif une stabilisation de la population à 1,2 milliard d'habitants en l'an 2000. Depuis le recensement de 1982, le taux de croissance de la population a ainsi connu une diminution spectaculaire (Gaye A., 2006).

A. LA CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE

La Chine a connu, dans la seconde moitié du XXe siècle, une transition démographique accélérée. La première phase, amorcée au début des années 1950, s'est traduite par une explosion démographique. Entre les recensements de 1953 et de 1990, la population a doublé (+ 615 millions habitants), malgré la crise démographique dite des « années noires » (1959-1961), ayant provoqué un déficit de naissances évalué à 60 millions d'individus. L'indice synthétique de fécondité était alors entre 5 et 6 enfants par femme (5,8 en 1970).

Le taux d'accroissement naturel, de l'ordre de 2 à 3 % par an durant la première phase de la transition démographique (2,6 % en 1969), est retombé à 1,1 % par an entre 1990 et 1995. Il est estimé à 1,02 %pour la période 1995-2000. Le taux de natalité est passé de 4,5 %en 1953 à 2,1 %en 1990, pour atteindre 1,31 % en 2005. Dans le même temps, le taux de mortalité serait tombé de 2,25 % à 0,6 %. Cette faible mortalité s'explique par la jeunesse actuelle de la population. En 2005, 25,8 % de la population chinoise avaient moins de 15 ans, 67,6 % entre 15 et 65 ans et 7,6 % (2005), seulement, plus de 65 ans. La population est masculine à 51,50 % (Banque Mondiale, 2006).

B. LES RÉALITÉS CULTURELLES

Les chinois sont très fiers de leur culture multimillénaire empreinte de taoïsme, de confucianisme, de bouddhisme etc. Le taoïsme est un ensemble d'enseignements philosophiques et de pratiques religieuses fondé sur les travaux de Laozi (4e siècle avant JC). Il met en avant la liberté, la nature, la cosmologie, le retrait de la vie sociale, la recherche de l'immortalité etc. Le confucianisme est un système religieux et philosophique développé dans les enseignements de Confucius (551-479 av JC). Il s'appuie sur le rite, la pitié filiale, la loyauté, l'humanité etc. Le bouddhisme est une religion basée sur les enseignements de Buddha. (563-483 av JC). Il apprend aux croyants à réaliser de bonnes actions, d'éviter les mauvaises actions et de purifier et de développer l'esprit. L'ensemble de ces trois doctrines forme la base de la culture chinoise (Delb B., 2001).

C. LA LANGUE

La Chine a une langue officielle (le mandarin), sept groupes principaux linguistiques (mandarin, cantonais, hakka, xiang, min, gan, wu) et des milliers de dialectes. Chaque province, ville, village a son propre dialecte. Ainsi, les habitants de Pékin parlent le dialecte de Pékin qui ressemble beaucoup au mandarin. Le dialecte de Shanghai est par contre difficilement compréhensible par un chinois du Nord (ibidem).

D. LES INÉGALITÉS SOCIALES

Le développement économique a certes engendré un renouveau de la puissance chinoise, mais aussi de forts clivages régionaux et sociaux. Les clivages internes s'accusent : l'Ouest chinois, turcophone et musulman, demeure très pauvre, excentré, et constitue un glacis de rivalités avec la Russie et l'Inde. La croissance du littoral cache la profonde permanence du Centre, encore très rural. Mais la conviction d'appartenir à une civilisation supérieure, une culture éprouvée du mariage des contraires, l'extrême centralisation de l'état assure une cohésion encore forte.

Neuf millions de personnes arrivent chaque année sur le marché du travail, étant donné une croissance démographique de 1 Million de nouvelles bouches à nourrir chaque mois. La Chine a besoin de croissance pour assurer sa stabilité sociale. Pékin et Shanghai jouissent de niveaux de revenus par habitant 9 fois supérieurs à ceux de Guizhou. 200 Millions de Chinois ont moins de US 1 dollar par jour. Le chômage est devenu difficile à mesurer mais semble se situer à plus de 10%. Les revenus des citadins continuent d'augmenter 3 fois plus vite que celui des habitants de la campagne. Une étude publiée dans « The Economist » a indiqué que même dans les secteurs urbains, la population se situant dans la tranche des 20% les plus pauvres ne touchait que 6,5% du revenu moyen.

Avec la nouvelle réforme, Pékin semble bien décidé à restructurer en profondeur le secteur d'état. Il s'agit désormais de faire face à la concurrence étrangère qui se presse aux portes de la Chine depuis les accords avec l'OMC, et de créer des champions nationaux susceptibles de devenir des multinationales (Stéphane MOLINIER, Christian SCHERER ; 2005).

1.2. APERÇU POLITIQUE ET DIPLOMATIQUE

1.2.1. INSTITUTIONS ET VIE POLITIQUE

Le régime chinois est une démocratie populaire à parti unique et d'inspiration marxiste - léniniste. L'avènement de la République populaire en 1949 a introduit un changement profond dans les institutions. Depuis, le pays a élaboré quatre Constitutions. La première (1954), calquée sur la Constitution de l'URSS de 1936, fut la plus stalinienne et la plus totalitaire. Deux autres lui succédèrent en 1975 et 1978. En 1982, une nouvelle Constitution fut acceptée, plus conforme aux nouvelles orientations du régime, et comportant 138 articles répartis en 4 chapitres. Néanmoins, son préambule indique que le régime politique de la Chine reste une dictature conduite par le Parti communiste et reposant sur un front uni pouvant inclure des partis démocratiques (Beijing information, 2004).

A. LE POUVOIR EXÉCUTIF

Le président de la République remplit une fonction purement symbolique. Mais, en théorie, il peut légiférer, nommer ou renvoyer de hauts fonctionnaires, ratifier ou contester des accords passés avec des pays étrangers. Il est assisté d'un vice-président élu pour cinq ans par l'Assemblée nationale populaire (ANP). Le pouvoir exécutif est entre les mains du Conseil des affaires d'État, c'est-à-dire la plus haute autorité du gouvernement. Ce Conseil régit différents ministères et commissions (ibidem).

B. LE POUVOIR LÉGISLATIF

Le pouvoir législatif est détenu par l'Assemblée nationale populaire (ANP). Ses membres (2 985 dans la Xe Assemblée entrée en fonction en mars 2003) sont élus pour cinq ans au suffrage indirect par les provinces, les municipalités, les régions autonomes, les régions administratives spéciales et l'armée.

L'ANP vote les lois, amende la Constitution, approuve le budget national et les plans économiques. Elle a également le pouvoir de nommer et de révoquer les membres du Conseil des affaires d'État et de la Commission militaire centrale, le président de la Cour populaire suprême et le procureur du Parquet populaire suprême. Dans la réalité, l'ANP dispose de peu de pouvoir effectif. En raison de sa taille, elle ne se réunit qu'une fois par an pour régler les affaires importantes (ibidem).

C. LE POUVOIR JUDICIAIRE

La tradition judiciaire chinoise est fondamentalement différente de celle des nations occidentales. Le droit a toujours eu pour fonction de défendre l'ordre public et non de garantir les droits de l'individu. Néanmoins, depuis la Constitution de 1978, la Chine a commencé à aligner ses institutions judiciaires sur les modèles occidentaux. La Constitution de 1982 garantit désormais un droit de défense juridique et les libertés de chacun. Interrompues depuis des années, les professions d'avocat et de notaire connaissent de ce fait un nouvel essor, même si leur rôle est encore mal accepté.

Le système judiciaire chinois est articulé autour de trois éléments : les tribunaux, la Sécurité publique (police) et le parquet. L'organe supérieur est la Cour populaire suprême, qui veille à l'observation de la Constitution et juge en dernier ressort. Elle est chargée de contrôler les tribunaux populaires locaux ou spéciaux et le tribunal militaire. Elle est responsable devant l'ANP et son Comité permanent5(*).

D. UN RÉGIME ENTRE « SOCIALISME » ET « CAPITALISME »

Le « socialisme réel » chinois, c'est, en fait, l'histoire d'une variante du nationalisme, une forme inédite de « modernisation » venue d'un Occident capitaliste et « socialiste » anticapitaliste. Il lui emprunte autant les formes d'encadrement des masses que la force mobilisatrice du nationalisme. Ce nationalisme est étatico-autoritaire autant par la situation guerrière de l'époque que par l'héritage plus lointain, lequel ne laisse que peu d'espace à l'affirmation pluraliste et démocratique. L'aspiration à l'émancipation du monde populaire ne peut prendre corps que dans la mesure où elle est compatible avec la logique du parti-Etat, les besoins de puissance de la nation, l'adhésion à une mobilisation révolutionnaire et nationale. Une émancipation sociale réelle mais limitée, et sous étroite tutelle, est octroyée ou concédée.

Le successeur de Mao, Deng Xiaoping initia, à partir de 1979, des politiques différentes des idéologies de son prédécesseur. L'objectif « réformiste » de Deng Xiaoping est la recherche d'une nouvelle vitalité du « socialisme réel », qui a fait émerger un modèle différent, encore non achevé. Pour l'essentiel, il cherche sa cohérence du côté du capitalisme mondial triomphant, en y incluant, dans la mesure du possible, une farouche aspiration au maintien de l'indépendance nationale ainsi qu'un rôle majeur dévolu à l'Etat et au parti-Etat. Les réflexes de survie et la flexibilité du nombre de cadres, qui se situaient déjà loin des dogmes idéologiques, ont rendu les changements plus aisés que prévu. Le pays est certes plus sûr de lui qu'à aucun autre moment de son histoire contemporaine. Mais il n'est toujours pas certain d'arriver à bon port et de devenir la grande puissance stable et cohérente que beaucoup dans le monde espèrent ou redoutent. Un objectif auquel la nation et surtout ses élites sociales rêvent comme d'une revanche à prendre sur les désastres d'un passé pas si lointain.

Les choix politiques, certes jugés mitigés, lui ont valu la place de la quatrième puissance économique mondiale (après les États-Unis, le Japon et l'Allemagne, devant la France et l'Angleterre) impressionne par la pertinence de ses choix de développement et par le dévouement de ses ressources humaines entièrement acquises à la religion du travail.

Dans l'ensemble, la Chine a opté pour un régime communiste, du fait de son histoire. Elle est néanmoins orientée vers une idéologie économique qui reste entièrement capitaliste (Ramonet, I. ; 2004).

1.2.2. LE CONTEXTE DIPLOMATIQUE

« Une Diplomatie active dans le monde et en Afrique »

La Chine, qui est le plus grand pays en développement dans le  monde et très attachée à la paix et au développement, poursuit une politique extérieure d'indépendance et de paix. Elle souhaite, sur la base des Cinq Principes de la Coexistence pacifique, développer les relations amicales avec tous les pays, resserrer l'amitié et  intensifier la coopération avec eux, dans l'intérêt de la  prospérité commune, afin de promouvoir la paix et la stabilité  dans le monde.

Si la conjoncture économique demeure favorable, la situation diplomatique l'est également entre la Chine et la plupart des pays du monde. La Chine s'est beaucoup distinguée au cours de ces dernières années de part sa population considérée comme l'usine du monde et son vaste marché. Ses caractéristiques de « pays incontournable » lui valent les multiples alliances et relations diplomatiques. Elle est membre du Conseil de Sécurité de l'ONU avec droit de veto, ainsi que dans diverses autres organisations.

Au mois de septembre 2001, après quinze ans de discussions, un accord est finalement signé à Genève entre la Chine et ses partenaires commerciaux en vue de l'adhésion de Pékin à l'OMC. Elle est formellement entérinée au mois de décembre lors de la conférence de l'OMC à Doha (Qatar).

Par ailleurs, Pékin est choisi par le Comité international olympique (CIO) pour accueillir les jeux Olympiques en 2008. Ce sera la première fois que la Chine organisera la plus grande manifestation sportive mondiale. Cette élection suscite la joie des habitants de Pékin, mais elle est déplorée par les défenseurs des droits de l'homme qui militaient contre l'attribution des Jeux à la Chine.

Cependant, la situation des droits de l'homme en Chine est toujours régulièrement dénoncée par les organisations internationales ou par le gouvernement des États-Unis, malgré la signature, le 5 octobre 1998, de la Convention internationale des droits civiques et politiques.

Au niveau Africain, le continent est un théâtre de confrontation avec Taiwan. Parmi les Etats qui reconnaissent Taiwan, un tiers sont des pays africains (cf. infra).  Avec le désengagement de la France et l'effondrement de la bipolarité, certains pays africains voient en la Chine un puissant protecteur, moins exigeant quant aux normes démocratiques et peu regardant sur l'usage fait des crédits accordés. L'amitié sino-africaine remonte loin dans l'histoire et repose sur un socle solide. Ayant vécu dans le passé le même sort, la  Chine et l'Afrique se sont toujours témoignés sympathie et soutien  dans la lutte pour la libération nationale et ont noué entre elles une amitié profonde. Depuis plus d'un demi-siècle, la  Chine et l'Afrique ont resserré leurs liens politiques, maintenu  des échanges de visites de haut niveau ainsi que des contacts  personnels fréquents, développé rapidement leurs rapports économiques et commerciaux, entretenu une coopération fructueuse  dans les autres domaines et intensifié chaque jour davantage leur  concertation et leur coordination dans les affaires  internationales.

      La diplomatie chinoise en Afrique repose surtout sur l'entretien d'une amitié sincère, d'assurer les avantages mutuels  sur un pied d'égalité, de coopérer dans la solidarité et d'oeuvrer pour un développement partagé, voilà les principes suivis dans les  relations d'échanges et de coopération entre la Chine et l'Afrique. Ils servent également de moteur à la pérennité de ces relations.   Le renforcement de sa solidarité et sa coopération  avec les pays africains, c'est de tout temps l'une des pièces  maîtresses de la politique extérieure d'indépendance et de paix de la Chine. Elle veille à établir et à développer un nouveau  type de partenariat stratégique avec l'Afrique, caractérisé par  l'égalité et la confiance réciproque sur le plan politique, la  coopération conduite dans l'esprit gagnant-gagnant sur le plan  économique et le renforcement des échanges sur le plan culturel.  Les principes et les objectifs majeurs de la politique de la Chine sur l'Afrique se résument à la promotion d'une amitié sincère et se traiter d'égal à égal, respecter le libre choix des pays africains quant à  leur voie de développement, soutenir les pays africains dans leurs efforts tendant à s'unir pour accroître leur puissance (Gaye A. ; 2006). 

  La Chine a marqué un point indiscutable lors du sommet sino-africain de Pékin, imposant à la fois sa puissance sur la scène mondiale et prenant un avantage sur l'Occident pour l'accès aux marchés et aux ressources naturelles du continent noir, estiment des analystes. Le sommet de Pékin, avec 48 nations africaines représentées et 41 chefs d'Etats ou de gouvernements. Le Forum sur la Coopération sino-africaine (FCSA), créé en  2000, constitue d'ores et déjà un mécanisme efficace de dialogue  collectif et de coopération multilatérale pour la Chine et  l'Afrique, en même temps que le cadre essentiel et la plate-forme  d'un nouveau partenariat sino-africain qui, basé sur l'égalité et  les avantages réciproques, s'inscrit dans la durée (Focac, 2006).

2. LES FACTEURS SOCIO-ÉCONOMIQUES ET POLITICO-DIPLOMATIQUES DU SÉNÉGAL

2.1. APERÇU SOCIO-ÉCONOMIQUE

2.1.1. LE CONTEXTE ÉCONOMIQUE ET FINANCIER ET PERSPECTIVES

Le Sénégal est membre de la zone franc. Sa monnaie est le franc CFA, divisible en 100 centimes. La BCEAO (Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest, qui a son siège à Dakar, assure les fonctions de banque centrale pour tous les États de l'Afrique de l'Ouest, membres de la zone franc.

La balance du commerce extérieur est régulièrement déficitaire. En 2004, les exportations annuelles se chiffraient à 696 millions de dollars, et les importations à 2 780 millions de dollars. L'arachide et ses dérivés (huile, tourteaux), les phosphates, le pétrole raffiné, le poisson et les textiles sont les produits les plus exportés. Le pétrole brut, les denrées agroalimentaires de base et les céréales représentent la majeure partie des importations. La France, le Nigeria, l'Italie, l'Inde et les États-Unis sont les partenaires commerciaux privilégiés du Sénégal. Le Sénégal importe du bétail sur pied de Mauritanie. La fraude avec la Gambie constitue un problème important pour le pays.

Le Sénégal continue à respecter les principaux critères de convergence de l'UEMOA (Union Economique et Monétaire des Etats Ouest Africain). La croissance réelle du PIB s'est établie à 6,1% en 2005. Même si son niveau est considéré comme insuffisant pour enclencher un véritable décollage économique susceptible de réduire significativement la pauvreté, cette croissance n'en reste pas moins la plus vigoureuse des pays membres de l'UEMOA, et, hormis l'accident climatique de 2002, elle consacre une succession de 9 années consécutives de croissance proche ou supérieure à 5%. Au cours des cinq dernières années, cette croissance s'est appuyée sur une consommation des ménages toujours dynamique et une accélération continue de l'investissement public. Le BTP, le commerce, les transports et les télécommunications en sont les principaux moteurs.

Le secteur primaire se caractérise par la forte vulnérabilité de l'agriculture (aléas climatiques, menace acridienne). Les activités du secteur secondaire (21% du PIB) sont fondées sur les phosphates (production d'engrais et d'acide phosphorique à destination de l'Inde) et sur la transformation de l'arachide (huile et tourteaux pour le bétail) et des produits de la mer (qui souffrent de la raréfaction croissante de la ressource). Les investissements immobiliers de la diaspora soutiennent l'activité du bâtiment et la production de ciment. Le secteur tertiaire (62% du PIB) bénéficie de l'excellence des infrastructures de télécommunications, qui favorise des investissements dans les télé-services et l'internet. Le secteur du tourisme est en revanche fortement en baisse (-20 %).

Ces bonnes performances sont le fruit du dynamisme de l'économie sénégalaise, de la politique macro-économique et budgétaire rigoureuse conduite ces dernières années, de la stabilité politique du pays et de l'amélioration constante de la situation des finances publiques.

Le gouvernement a lancé début 2005 les fondements d'une stratégie de croissance accélérée (SCA), proposant l'ambition collective d'un Sénégal émergent à l'horizon 2015 et visant un objectif de croissance de 7 à 8% par an afin de réduire de façon significative la pauvreté à l'horizon 2015. Pour atteindre ces objectifs cinq « grappes de croissance » ont été identifiées : « Tourisme, artisanat d'art et industries culturelles », « agro- industrie et agro-alimentaire », « technologie de l'information et de la communication et les télé-services », « industrie textile et habillement », et « produits de la mer ». En outre, les autorités sénégalaises ont affiché leur volonté d'établir un environnement des affaires de classe internationale et de lancer un ensemble de chantiers structurant qui vont transformer le Sénégal : corniche de Dakar, autoroute, futur aéroport, futur port minéralier, future plate forme industrielle, exploitation minière, amélioration du ferroviaire, modernisation du parc électrique (centrales et distribution).

L'année 2006 a été marquée par la montée du coût de l'énergie et des transports qui se répercutent souvent sur les consommateurs. Cette augmentation a contribué aussi à renchérir les prix de nombreux articles et services, ce qui nuit surtout les couches pauvres de la population. La Banque africaine de développement estime en effet que le taux d'inflation dans les pays africains importateurs a augmenté d'environ 2,6 % en 2006 du fait du coût du pétrole. Dans l'ensemble, la facture énergétique qui ne cesse de grimper, constituera à la longue un frein au développement des pays non producteurs de pétrole. Il convient alors que les pays importateurs de pétrole, comme le notre, envisagent diverses alternatives, afin de réduire leur dépendance vis-à-vis du pétrole. Cela serait dans leur intérêt économique à long terme, compte tenu notamment des besoins énergétiques plus importants qu'engendrera la croissance économique et démographique. C'est dans ce cadre qu'un Ministère chargé des biocarburants a été crée pour favoriser le développement de d'énergies alternatives au pétrole.

Les réformes structurelles ont profondément modifié le paysage économique du Sénégal, en particulier les privatisations d'entreprises publiques, dans la filière agricole et dans les infrastructures. Reste à finaliser celle de l'électricité, les nouvelles capacités de production étant d'ores et déjà concédées au privé. Le Sénégal s'est également inscrit ces dernières années dans une démarche d'amélioration constante de l'environnement des investissements (politiques économiques, lois et règlements, incitations, procédures, attitudes, infrastructures etc.)6(*).

C'est ainsi que des avancées importantes ont été notées concernant notamment :

- les barrières administratives : une loi (loi 2005 - 26 du 26 août 2005) a été récemment votée afin de moderniser les procédures administratives applicables à l'investissement ;

- la fiscalité : impôt sur les sociétés a été ramené de 33 à 25 % et suppression de la taxe d'égalisation ;

- les infrastructures : Adoption de la loi sur les BOT et Programme d'Amélioration de la Mobilité Urbaine ;

Concernant les incitations liées à l'investissement, l'agrément au Code des investissements confère non seulement les garanties traditionnelles offertes aux investisseurs (liberté de transfert des capitaux et des revenus, égalité de traitement entre nationaux et étrangers) mais offre, également des avantages fiscaux liés à l'investissement et à l'exploitation.

La mise en place de l'Agence de Promotion des Investissements et des Grands Travaux (APIX) qui joue le rôle de guichet unique pour toutes formalités d'installation des entreprises a permis :

- en moins de 10 jours, l'agrément au Code des Investissements et au statut d'Entreprise Franche d'Exportation et la mise à disposition effective du Titre d'Exonération pour les formalités douanières ;

- en 48 heures, l'exécution de toutes les formalités administratives d'immatriculation ou de modification des entreprises, en un même lieu, sur une fiche unique de demande d'immatriculations7(*).

2.2.1. LE CONTEXTE SOCIAL ET HUMAIN ET PERSPECTIVES

La population du Sénégal était estimée à 11,5 millions d'habitants en 2006, soit une densité moyenne de 58 habitants au km². Cependant, la plus grande partie de la population est concentrée sur la côte et les zones de culture de l'arachide au centre. Au début des années 1990, le taux de croissance annuelle de la population était de 3,3 %. En 2006, l'espérance de vie s'élevait à 55 années pour les hommes et à 59 années pour les femmes.

A. LES ETHNIES ET LANGUES AU SÉNÉGAL

Le Sénégal à l'instar de beaucoup d'autres pays ouest africains est composé d'une multitude de groupes ethniques. L'ethnie dominante est la composante Wolof. La langue wolof est la plus parlée au Sénégal et est en passe de devenir la langue officielle. Ils se situent à l'ouest du Sénégal dans les régions de Thiès, Dakar, Diourbel et une partie de Louga. Nous avons ensuite celle Peul et toucouleur les trouve majoritairement au nord du Sénégal dans les régions de Saint-Louis et Matam. Ils sont également présents à l'est notamment dans le Boundou et au sud-est du pays. Les toucouleurs se sont sédentarisés tandis que beaucoup de Peuls pratiquent le nomadisme quand ils suivent leurs troupeaux à la recherche de pâturage. Les sérères sont moins nombreux que les wolofs et on les trouve en général au Sine-Saloum (régions de Fatick et Kaoloack). Le poète et Président Sénégalais, Léopold Sédar Senghor a rendu célèbre la culture sérère dans la plupart de ses poèmes.

Les Soninké sont un peuple très ancien car leurs origines remontent au-delà de Wagadou communément appelé Empire du GHANA. Il est considéré comme étant  le premier empire structuré de toute l'Afrique Noire. Aussi longtemps que les anthropologues puissent remonter le temps, ses origines remontent du côté de la NUBIE.  Les anthropologues, historiens et ethnologues s'accordent considèrent que le royaume existait déjà au VIème siècle8(*).

Depuis quelques années, une fraction de la Casamance mène une lutte afin d'obtenir leur indépendance. La population de la Basse Casamance, d'une superficie de 7.340 Km2, est estimée à environ 550.000 habitants (6% de la population du Sénégal). Elle est composée de plusieurs ethnies dont les principales sont les Diolas, les Mandingues et les Peuls. Mais aussi les Wolofs, Lébous, Sérères, Baïnuks, Mandjaks, Mancagnes et Balantes qui représentent 20% de la population.

B. LES RELIGIONS ET CONFRÉRIES AU SÉNÉGAL

L'Islam représente 90 % de la population, le christianisme 5 % et l'animisme 5 %. Avec son écrasante majorité de musulmans, le Sénégal demeure un des pays les plus tolérants au monde. En effet toutes les communautés religieuses vivent en parfaite harmonie. Les musulmans sont composés en majorité de confréries. On distingue la confrérie des Mourides, celle des Tidjanes de Tivaouane, celle des Tidjanes de Médina Gounass, les Niassènes et les Layènes. Les confréries jouent un rôle essentiel dans la vie de leurs disciples qu'on appelle qui signifie littéralement: étudiant religieux. A la tête des confréries, il y a le Marabout qui est le guide religieux. Sa parole est écoutée et suivie à la lettre. Les confréries sont si puissantes au Sénégal que les pouvoirs publics dont la plupart des acteurs sont aussi talibés doivent composer avec9(*).

C. UNE PRÉVALENCE DE LA PAUVRETÉ

La prévalence de la pauvreté est très élevée au Sénégal. En 1994, la première enquête budget consommation (Enquête sénégalaise auprès des ménages : ESAM I) avait évalué la proportion de la population en dessous du seuil de pauvreté (fixé à 2400 calories par équivalent adulte par jour) à 65% et la proportion des ménages pauvres à 58%. Sur la base d'extrapolations établies à partir du Questionnaire Unifié des Indicateurs de Développement de 2001 (QUID), l'incidence de la pauvreté des ménages se situe à environ 54%, soit un léger recul par rapport à 1994. La pauvreté est localisée pour une large part dans les zones rurales et plus singulièrement dans les zones rurales du centre, du sud et du nord comme confirmé par l'EPPS de 2001. En effet l'incidence de la pauvreté varierait en zone rurale entre 72% et 88% alors qu'en zone urbaine, elle varie entre 44% et 59%.

D. LÉS SECTEURS SOCIO DE BASE

Dans le domaine de l'éducation, les indicateurs sont faibles avec notamment un taux brut de scolarisation (68%) en deçà de la moyenne en Afrique subsaharienne (75%). Ce taux est de 73% (garçons) et de 58% (filles). L'analphabétisme des adultes est d'environ 65% (74% femmes et 55% hommes). Au niveau national, le taux d'accessibilité à l'école primaire (à 30 minutes ou à moins d'un km) est estimé à 81%.

Pour la santé, les indicateurs sont faibles. Ceux utilisés dans le cadre du DSRP (Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté) montrent une mortalité infantile (moins de un an) de 60 pour 1000, ce qui représente, par rapport à 1992-1993, une baisse. La mortalité juvénile, par contre, de 98 pour 1000 sur cette même période est en hausse du fait des maladies diarrhéiques, des faibles performances du programme de vaccination, de la malnutrition et du paludisme (première cause de morbidité avec 25% des cas déclarés dans les formations sanitaires). S'agissant du VIH/SIDA, des résultats positifs mais fragiles sont enregistrés avec un nombre de personnes infectées estimé à 80.000 dont 77.000 adultes et un niveau de prévalence au sein de la population adulte de 15 à 49 ans estimé à 1,4%. Les grandes orientations stratégiques de la politique de santé au Sénégal sont définies pour la période 1998-2008, dans le Plan National de Développement sanitaire qui privilégie l'approche programme pour sa mise en oeuvre. Les axes prioritaires du PNDS sont la lutte contre la mortalité maternelle et infantile et la lutte contre les grandes endémies.

Les importants retards constatés dans les secteurs sociaux résultent en grande partie du fait que lesdits secteurs ont pendant longtemps souffert d'une nette insuffisance des dotations budgétaires, notamment avec les premiers programmes d'ajustement structurel au début des années 80 qui mettaient l'accent sur les secteurs productifs10(*).

2.3. APERÇU POLITIQUE ET DIPLOMATIQUE

2.3.1. LE CONTEXTE POLITIQUE

Le Sénégal a opté depuis son indépendance, en 1960, pour un système démocratique pluraliste mais le pays a connu une situation de parti unique de fait entre 1966 et 1974, date de la reconnaissance du Parti Démocratique Sénégalais actuellement au pouvoir. Suite au multipartisme intégral instauré en 1981, le pays compte aujourd'hui plus de soixante partis politiques, dont treize représentés11(*) à l'Assemblée Nationale.

Toutefois, depuis 20 ans, la stabilité du pays continue d'être affectée par un conflit interne grave en Casamance du fait d'une rébellion indépendantiste, dont l'impact se fait sentir au niveau de la stabilité sous-régionale et des relations politiques entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau.

Une nouvelle Constitution a été approuvée par référendum en janvier 2001 qui introduit la suppression du Sénat, une diminution de la durée du mandat présidentiel (de 7 à 5 ans, renouvelable une fois), et la reconnaissance du statut de l'opposition. Suite aux élections législatives en avril 2001. Les compétences des Collectivités Locales ont été renforcées par six lois de décentralisation en 199612(*).

A. LE POUVOIR EXÉCUTIF

Le Président de la République est le gardien de la Constitution. Il est le premier Protecteur des Arts et des Lettres du Sénégal. Il incarne l'unité nationale. Il est le garant du fonctionnement régulier des institutions, de l'indépendance nationale et de l'intégrité du territoire. Il détermine la politique de la Nation. Il préside le Conseil des Ministres
Le Président de la République est responsable de la Défense nationale. Il préside le Conseil supérieur de la Défense nationale et le Conseil national de Sécurité. Il est le chef suprême des Armées ; il nomme à tous les emplois militaires et dispose de la force armée. Le Président de la République est élu au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire à deux tours. La durée du mandat du Président de la République est de cinq ans. Le mandat est renouvelable une seule fois.

Le Président de la République nomme également le Premier Ministre qui est le chef du Gouvernement. Le Président de la République peut, après avoir recueilli l'avis du Premier Ministre et celui du Président de l'Assemblée Nationale, prononcer, par décret, la dissolution de l'Assemblée Nationale (Constitution du Sénégal, 2001).

B. LE POUVOIR LÉGISLATIF

L'Assemblée nationale est l'institution où le peuple délègue ses représentants appelés députés, pour exercer le pouvoir législatif. Elle vote la loi, contrôle l'activité gouvernementale, peut provoquer la démission du Gouvernement par le vote d'une motion de censure. La loi est votée par l'Assemblée nationale. L'initiative de la loi appartient au Président de la République (projets de loi), et aux députés (proposition de lois).
Les projets ou propositions de lois sont soumis à l'Assemblée nationale. Lorsque le projet ou la proposition de loi est adoptée par l'Assemblée nationale, la loi est transmise sans délai au Président de la République pour promulgation (ibidem).

C. LE POUVOIR SYSTÈME JUDICIAIRE

Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Il est exercé par le Conseil constitutionnel, le Conseil d'Etat, la Cour de Cassation, la Cour des Comptes et les Cours et Tribunaux.

La loi prévoit aussi un Conseil supérieur de la magistrature, une Haute Cour de justice devant laquelle les membres de l'exécutif répondent de leurs actes. Le Conseil d'Etat est juge en premier et dernier ressort de l'excès de pouvoir des autorités exécutives. La Cour de cassation se prononce par voie du recours en cassation sur les jugements rendus en dernier ressort par les juridictions inférieures. Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Il est exercé par le Conseil constitutionnel, le Conseil d'Etat, la Cour de Cassation, la Cour des Comptes et les Cours et Tribunaux (ibidem).

2.3.2. LE CONTEXTE DIPLOMATIQUE

La diplomatie sénégalaise est aujourd'hui décomplexée. Elle affirme son identité, chaque fois que de besoin, et fait prévaloir son point de vue en toute autonomie, sur toutes les questions internationales, sans aucune forme « d'aliénation » ou de « subordination » politique à une puissance. Sans oublier que la sauvegarde de la souveraineté du pays reste le repère principal de son action internationale. Sans compromettre la linéarité historique de ses relations privilégiées avec la France, le Sénégal est devenu aujourd'hui un allié de premier plan des Etats-Unis dans la Sous-région Ouest-africaine depuis le 11 septembre 2001. La qualité de ces relations a atteint un point culminant à la faveur des liens d'amitié personnelle qui unissent les deux Présidents. C'est pourquoi, le point de vue du Sénégal dans la lutte contre le terrorisme mondial dont l'Amérique est l'avant-garde, est reçu à la Maison Blanche à sa juste valeur.

Nonobstant cette convergence des approches entre les deux pays sur beaucoup de sujets internationaux, le Sénégal n'en demeure pas moins « affranchi » du radicalisme d'une certaine politique étrangère américaine. On peut ainsi constater que même si la Libye, l'Iran, Cuba figurent en bonne place dans la liste de « l'Axe du mal » établie par l'administration Bush, ces pays ne sont pas loin de figurer dans la liste de « l'Axe du bien » du Sénégal. Par ailleurs, pendant que les Etats-Unis maintiennent l'isolement diplomatique de Cuba et continuent de considérer les régimes libyen et Iranien comme « infréquentables », le Sénégal vote contre l'embargo, décide d'ouvrir l'Ambassade de Cuba à Dakar, consolide ses relations avec l'Iran, encense le Guide libyen, Mouhamar Kadhafi et raffermit chaque jour les lignes d'une étroite relation avec la Libye.

C'est donc une diplomatie de souveraineté et d'équilibre, du juste-milieu  qui se mène sans bouleversements, ni remises en cause des grands agrégats traditionnels de la politique internationale du Sénégal.

Mieux, le Sénégal, après le défi relevé de l'organisation d'un Sommet de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) en 1991, s'apprête à rééditer cet exploit en abritant pour une seconde fois, en 2008, la plus haute rencontre de l'Organisation islamique.

Au plan africain, la diplomatie sénégalaise a été élevée à un niveau de maturité et de visibilité jamais égalé, avec comme point d'ancrage, le panafricanisme comme soubassement du volontarisme et du pragmatisme qu'inspire l'action du Chef de l'Etat.

Il suffit, à cet égard, de se référer à la configuration de la présence du pays sur l'ensemble du continent pour comprendre l'option d'enracinement à l'idéal panafricaniste amorcée depuis 2000. Ainsi, outre les 19 ambassades sénégalaises existantes à travers tout le continent, le Sénégal a joué un rôle déterminant dans la mutation de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) vers l'Union Africaine (UA), et continue de jouer le même rôle dans la redirection de l'inter gouvernementalisme africain vers la réalisation des Etats-Unis d'Afrique13(*). Plus encore, au-delà de sa contribution significative dans la conception d'une vision endo-africaine d'un développement endogène portée par le Plan OMEGA qui est aujourd'hui la matrice fondamentale du NEPAD, la diplomatie sénégalaise a permis à l'Afrique de retrouver son « absolue » globalité sociologique en réconciliant le dedans et le dehors, l'Afrique d'ici et d'ailleurs, en réinventant le pont qui lie les africains du Continent à ceux de la Diaspora, et ce, à travers des initiatives majeures institutionnalisées : La tenue de la Conférence des intellectuels d'Afrique et de la Diaspora, la consécration de cette même Diaspora comme 6e région d'Afrique, sans oublier le Festival mondial des arts nègres, la construction du Musée des civilisations noires et du Monument de la Renaissance africaine...

Dans le domaine des missions de paix en Afrique, le compte diplomatique du Sénégal est créditeur de plusieurs succès obtenus à travers plusieurs missions de médiations.

Le pragmatisme du Président de la République conjugué à la tradition démocratique du pays a fait du Sénégal l'une des voix les plus sages du continent. Il ne se pose pas un domaine où cette voix n'est pas sollicitée en amont comme en aval des engagements majeurs qui doivent être arrêtés au niveau interafricain. Et c'est sur ce fondement de crédibilité de ses autorités et de légitimité de son régime démocratique que le Sénégal est devenu ces dernières années une sorte de « sapeur-pompier » du continent. Sa diplomatie a gagné en efficacité dans son implication aux différents processus de stabilisation des foyers de tension à travers l'Afrique. Ses offres de médiation et les différentes participations de ses contingents militaires dans les conflits africains (Côte d'Ivoire, de Madagascar, des Comores, du Liberia, du Darfour), le rôle constamment joué par le Chef de l'Etat dans la « normalisation » relative des relations entre les Etats-Unis d'Amérique et la Libye..., sont autant d'indicateurs historiques de la fiabilité et du dynamisme renouvelé de cette diplomatie. Il n'est point besoin de rappeler que c'est grâce à l'action du Sénégal que la poignée de mains entre Ratsiraka et Ravalomanana a été obtenue au cours des médiations de « Dakar I » et « Dakar II » enclenchées pendant la crise de Madagascar. Les autorités sénégalaise, à cette occasion, ont su activer leurs ressources diplomatiques très tôt en amont au bénéfice du peuple malgache, lui épargnant un bain de sang aux conséquences imprévisibles. Même si la complexité du conflit ivoirien a eu raison de l'efficacité des actions initiées par ces mêmes autorités, il convient de reconnaître que le premier Cessez-le-feu obtenu le 17 octobre 2002 à Bouaké est une oeuvre du Ministre sénégalais des Affaires étrangères, agissant au nom du Président de la République. Et c'est là un actif plus que salutaire dans la dynamique qui a été enclenchée par la Communauté Internationale pour arrêter la guerre en Côte d'Ivoire.  C'est justement ce volontarisme à nulle autre pareille qu'a récompensé le prix Houphouët Boigny octroyé au Président Wade.

De toutes ses relations au niveau africain, celles que le Sénégal entretient avec le Maroc illustrent le plus le caractère panafricain de notre diplomatie14(*). Fidèle à sa vocation panafricaine et refusant les logiques de balkanisation du continent, le Sénégal reste attaché au principe du respect de l'intégrité territoriale des Etats. Cette position sage lui vaut l'excellence de ses relations avec le royaume chérifien. Depuis l'avènement de l'alternance, ces relations ont été hissées au niveau d'une communauté intégrée et solidaire par l'intensification des échanges dans tous les domaines, plus particulièrement dans les secteurs de l'éducation et des transports. A titre illustratif, les visites répétitives, à Dakar, du Roi Mohamed VI ont été ponctuée, entre autres, par la prise en charge intégrale par Sa Majesté de la conception, de la réalisation et de l'orientation de l'amphithéâtre Hassan II qui fait partie du complexe de l'Université du futur africain ; l'engagement d'établir une ligne commerciale Casablanca-Dakar pour accélérer le fret et les échanges commerciaux entre les deux pays a aussi été retenu. Cette ligne vient compléter ce qui est déjà communément perçu comme un bel exemple de coopération Sud-Sud : Air Sénégal International.

Au Moyen-Orient, le président de la République a inscrit l'action diplomatique du Sénégal dans la tradition de la continuité de la position qui a toujours été la sienne depuis prés d'un demi-siècle.

Cette tradition consiste à poursuivre les lignes posées par les Présidents Senghor et Diouf pour ce qui concerne la question de la Palestine. On notera ainsi que, malgré les bonnes relations qu'il entretient avec Israël, le Sénégal reste un grand ami du peuple palestinien qu'il a toujours soutenu et continue de soutenir dans sa lutte pour l'autodétermination et la création d'un Etat indépendant, souverain, viable et démocratique, au nom du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». A ce titre, il préside le comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien au Nations-Unies. Cette ligne de défense du peuple palestinien rentre résolument dans le respect des principes et règles du droit international, en général et ceux de l'ONU en particulier.

A l'instar de sa position sur Cuba vis-à-vis des Américains, son soutien à la Palestine ne l'empêche pas d'entretenir de bonnes relations avec Israël. Même si le Sénégal ne dispose pas encore de représentation diplomatique à Tel-Aviv, Israël est représenté à Dakar et les deux pays renforcent leur coopération de plus en plus sur la base de l'Accord Général de Coopération signé à Jérusalem le 06 avril 1994 et ratifié le 30 avril 1999. Ici encore, cela n'empêche pas le Sénégal d'exprimer souverainement des positions conformes à sa vision de l'ordre international, même si certaines de ces positions prennent le contre-pied des intérêts de l'Etat hébreux. Il en est ainsi des dénonciations régulières qu'il fait de toutes les violations ou du non-respect par Israël des résolutions de l'ONU, des avis de la Cour Internationale de Justice (CIJ), des accords signés ainsi que des droits des palestiniens dans les territoires occupés. De même, autant il prône et facilite le dialogue entre les deux peuples en conflit, soutient la signature et l'application des accords de paix, autant il exige la mise en  oeuvre intégrale de toutes les résolutions pertinentes de l'ONU, notamment les résolutions 242 (1967), 338 (1973), 1397 (2002) et 1515 (2003).

  L'on dira en définitive que les contours de la nouvelle diplomatie sénégalaise sont structurés autour d'une politique tournée vers la densification des opportunités économiques pour le pays via une revalorisation des axes de coopération Nord-Sud et Sud-Sud, la promotion de l'amitié, de la paix et de la concorde entre les peuples, le renforcement de la coopération internationale, la réalisation des Etats-Unis d'Afrique et une consolidation des cercles d'amitié et de solidarité.

Les lignes qui balisent la poursuite de cet objectif ont pour fondement le respect des principes fondamentaux tels que la garantie de la souveraineté nationale et la sauvegarde de l'intégrité territoriale, le tout conduit sous le sceau du réalisme et du pragmatisme 15(*) (Note stratégique Sénégal, 2002).

II. LES ZONES D'OMBRES DE LA COOPÉRATION ENTRE LA CHINE ET LE SÉNÉGAL

Le niveau des échanges entre l'Afrique et la Chine a atteint, ces dernières années, une ampleur inédite dans la longue relation du continent noir avec l'empire du Milieu. En 2005, Pékin est devenu le troisième partenaire commercial de l'Afrique derrière les Etats-Unis et la France. Et en six ans, le commerce sino-africain est passé d'une dizaine de milliards de dollars l'an à plus de 50 en 2006.

Le niveau de présence en Afrique de l'ex-puissance «anti-impérialiste» lui vaut cependant aujourd'hui de cristalliser contre elle des accusations de «néocolonialisme». Car Pékin est peu regardant sur la nature des régimes avec lesquels il coopère, ce qui n'est guère une surprise : la République populaire reste un Etat autocratique où les impératifs économiques priment sur les libertés et les droits de l'homme.

Selon M. Gal Luft16(*) : « les Chinois sont enclins à mener leurs affaires d'une manière que les Américains et les Européens commencent à rejeter : payer des pots-de-vin et autres dessous de table. D'où l'intérêt de certains pays africains à travailler avec des entreprises chinoises plutôt qu'avec des compagnies occidentales dont les marges d'action se sont resserrées depuis le lancement de campagnes telle que Publish what you pay (Publiez ce que vous payez) visant à plus de transparence financière».

Mais les relations d'État à État ne sont pas seules en cause. Les entrepreneurs privés chinois, arrivent par dizaines sur le continent, comme en témoigne les investissements réalisés en Afrique. Cependant, la Chine tente de donner la preuve qu'elle ne pratique pas la politique du « deux poids deux mesures ». Son slogan est « égalité, paix, fraternité, développement mutuel», alors que sa ligne rouge : pas d'ingérence dans les affaires politiques intérieures (droits de l'homme, élections, libertés, démocratie). Son argument : des milliards de yuans disponibles pour financer n'importe quel projet en Afrique, du plus petit (un dispensaire au Sénégal) au plus grand (un centre de conférences de l'Union africaine à Addis-Abeba) (Gaye A. ; 2006).

1. LE TRIPTYQUE DES RELATIONS CHINE AFRIQUE

L'étude de cette partie sera consacrée à l'ensemble des pays africains, dans la mesure où la Chine a élabore une stratégie africaine, donc globale et par grande région, la politique chinoise en Afrique est ensuite réadaptée en fonction des spécificités des pays (cf. infra). Trois facteurs peuvent permettre de comprendre l'action de la Chine en Afrique, d'une manière générale. Naturellement, les préoccupations énergétiques et commerciales semblent dominer. Mais au-delà, les protagonistes partagent aussi des intérêts politiques mutuels. Pour le cas du Sénégal, les relations commerciales et diplomatiques l'emportent.

1.1. L'ÉLARGISSEMENT DU MARCHÉ CHINOIS EN AFRIQUE



Carte 3 : Présence chinoise en Afrique

L'Afrique est perçue comme un nouvel horizon commercial pour les entreprises chinoises. Si la part du commerce entre la Chine et les pays d'Afrique sub-saharienne reste marginale, elle a néanmoins progressé de manière sensible en moins d'une décennie. La Chine voit dans l'Afrique un réservoir de matières premières (comme le charbon provenant d'Afrique du Sud, ou les minerais du Gabon) et un débouché pour son industrie manufacturière. Là, comme dans le reste du monde, la Chine élimine ses concurrents dans le secteur du textile et des biens manufacturés. La Chine voit également dans l'Afrique un marché lui permettant de tester ses produits industriels et de les proposer à une clientèle moins exigeante. Le marché africain de 900 millions de consommateurs potentiels est considérable. Et comme en Europe ou aux Etats-Unis, la Chine peut s'appuyer sur des communautés chinoises très présentes en Afrique francophone et en Afrique orientale. Si au Maghreb, la population chinoise reste insignifiante (à peine un millier de personnes au Maroc), elle est sensiblement plus importante au Sénégal, au Kenya et en Tanzanie. Même si les entreprises chinoises cristallisent le mécontentement, accusées de fraudes douanières et de livrer une concurrence déloyale à l'économie locale et informelle, les gouvernements africains restent bienveillants, estimant que l'intrusion de la Chine est un moyen de dynamiser la concurrence en permettant de contourner les circuits commerciaux traditionnels.

Cependant, l'invasion du marché africain a été préjudiciable pour beaucoup de pays. L'île Maurice dont l'économie repose sur le textile en est un exemple. Elle a perdu environ 10.000 emplois dans le secteur. En quelque mois, la Chine populaire a dépassé ses quotas commerciaux signés avec ses partenaires. La Chine veut combler la vétusté de ses infrastructures : les ports, les routes, les chemins de fer etc. Pour ce faire, l'empire du Milieu s'est lancé dans l'exploitation des matières premières (pétrole, fer, bois, cuivre...) à travers le monde.

Des analystes ont longtemps expliqué la flambée du cours de l'or noir par la forte demande chinoise. Que ce soit en Europe ou en Afrique, les produits chinois dont les prix défient toute concurrence inondent les marchés au détriment des productions locales. L'Organisation mondiale des migrations (OMM) évalue à cent cinquante (150) millions le nombre de Chinois vivant à l'étranger.

Selon le Fond monétaire international (FMI), la Chine populaire dispose d'une réserve en devises estimées mille (1000) milliards de dollars US. Les entreprises « China National Offshore Oil Corporation » (CNOCC) et « China Petroleum et Chemical Coorporation » (SINOPEC) injectent des dizaines de milliards de dollars US dans l'exploration et l'exploitation de l'or noir au Nigeria, en Angola, au Gabon, au Soudan etc.

En Côte d'Ivoire, au Mali, ou au Sénégal, les entrepreneurs chinois disputent âprement aux traditionnels Occidentaux les secteurs des travaux publics et bâtiment. « Sur le plan extérieur, le commerce chinois est excédentaire avec l'Union européenne et les Etats-Unis », révèle l'OMC. En envahissant ses partenaires de ses produits, en provoquant la délocalisation des usines, la Chine populaire trouble sérieusement « le sommeil économique » de ses partenaires au sein de l'Organisation mondiale du commerce (Gaye A., 2006 ; Pinaud N., 2006).

1.2. LA RECHERCHE DE MATIÈRES PREMIÈRES

Selon Pierre-Antoine Braud17(*) : «Les Chinois ont toujours été présents (notamment, dans les années 1970, avec la construction du chemin de fer Tanzanie-Zambie, NDLR), mais jamais aussi massivement, L'enjeu, c'est bien sûr l'accès aux matières premières : le pétrole, le cuivre, le fer, le cobalt... » Dans le secteur pétrolier, l'Afrique a désormais supplanté les pays de l'Asie centrale et, comme source d'importation de pétrole pour la Chine, arrive en deuxième position après le moyen Orient.

En Janvier 2006, l'Angola a, pour la première fois, dépassé l'Arabie-Saoudite, en devenant le premier fournisseur de la Chine en pétrole. En effet, la Chine a été devancée au moyen orient par les occidentaux, elle s'efforce ainsi de renforcer ses positions dans le Golf de Guinée et dans le nord du continent, afin de faire face à l'augmentation de sa consommation intérieure de près de 7 millions de barils par jour. A Libreville, le président Omar Bongo vient d'inaugurer le nouveau Sénat en face duquel sera construit, par la même entreprise chinoise une futuriste Cité de l'Information. Des projets financés par la vente à Pékin du pétrole gabonais. Selon le Centre d'Etudes français sur la Chine contemporaine (CCFC), «  la société pétrolière Total-Gabon et le groupe chinois Sinopec (Chine Petroleum & Chemical Coropration) ont signé un contrat de vente de pétrole brut à la Chine d'un volume d'un million de tonnes pour l'année 2004, faisant de Pékin le troisième acheteur d'or noir gabonais, derrière les Etats Unis et la France ».

Dans le delta du Niger, les Chinois effectuent une percée en force. La China National Offshore Oil Corporation limited a acheté pour 2.268 milliards de dollars à la nigérienne South Atlantic Petroleum Limited de l'exploitation d'un bloc off-shore, un contrat qui devrait « donner accès à un champ de gaz et de pétrole d'un potentiel énorme ».

L'or noir soudanais, qui doit financer la reconstruction du pays et la réconciliation entre le Nord et le Sud, est également convoité par Pékin. La China National Petroleum Company exploite le gisement du bassin de Muglad et détient 40% du consortium Greater Nile Petroleum Operating Company. Elle a construit un oléoduc de 1300 kms de long permettant l'évacuation du pétrole par le port de Marsa-al-Bashair, le plus gros investissement chinois à l'étranger. Le soutien apporté par Pékin à Khartoum n'est pas sans incidence géopolitique. Membre du Conseil de Sécurité de l'ONU, la Chine a menacé d'user de son droit de veto pour empêcher l'adoption de sanctions contre le Soudan, menacé de représailles économiques par la communauté internationale, du fait de son soutien aux milices djandjawids arabes qui ravagent le Darfour où sévit une crise humanitaire d'une ampleur exceptionnelle (cf. infra).

Le pétrole n'est pas la seule ressource du sous-sol africain convoité par Pékin. La Chine a besoin de cuivre, de beaucoup de cuivre. Une véritable aubaine pour la Zambie dont la Copper Belt avait profondément souffert de la baisse des cours du cuivre, provoquant le licenciement de milliers de mineurs. Aujourd'hui, l'exploitation reprend et ce phénomène pourrait bénéficier à la RDC voisine et à la province du Shaba (ex-Katanga).

Le charbon sud-africain intéresse aussi les Chinois qui ont mis au point un carburant à base de charbon. Comme le notait dans Le Monde Fabienne Pompey, « l'Afrique du Sud, qui concentre 25% du PIB du continent noir, est le premier partenaire de la Chine en Afrique. A elle seule, elle représente 20% des échanges entre l'Afrique et la Chine. Entre 2003 et 2004, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays a augmenté de 59%. Les importations chinoises ont crû de 60,9% et les exportations vers la Chine de 65,5% ».

La petite communauté chinoise, implantée depuis longue de date à Pretoria, au Cap et à Johannesburg qui, sous la période de l'apartheid, appartenait, à la catégorie des «  Blancs d'honneur », s'est considérablement accrue. Elle a ouvert restaurants et centres commerciaux (Gaye A., 2006 ; Pinaud N., 2006).

1.3. UNE OFFENSIVE DIPLOMATIQUE D'ENVERGURE

Le continent africain est avant tout un théâtre de confrontation avec Taiwan. Parmi les Etats qui reconnaissent Taiwan, un tiers sont des pays africains : la Gambie, le Burkina-Faso, le Libéria, le Malawi, le Tchad, le Swaziland et Sao Tomé et Principe. Taiwan avait déjà perdu le 1er janvier 1998 son principal soutien africain, l'Afrique du Sud, puisque le Président Nelson Mandela avait choisi d'établir des relations diplomatiques avec Pékin. L'Afrique du Sud avait tenté de convaincre la Chine de l'idée d'une double reconnaissance diplomatique, sans succès. Taiwan, en dépit de ses relais et des relations nouées à l'époque de l'apartheid avec les milieux d'affaire et militaire, n'est pas parvenu à dissuader Nelson Mandela de reconnaître la République Populaire de Chine. Désormais, les pays d'Afrique qui reconnaissent Taiwan ont un poids économique et une influence limités. Là encore, la Chine joue sur l'attrait que représente son immense marché. Avec le désengagement de la France et l'effondrement de la bipolarité, certains pays africains voient en la Chine un puissant protecteur moins exigeant quant aux normes démocratiques et peu regardant sur l'usage fait des crédits accordés.

La Chine a menacé à plusieurs reprises en juillet puis en septembre 2004 d'utiliser son droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU pour s'opposer à l'adoption de sanctions politiques et pétrolières contre le Soudan, à propos du conflit dans le Darfour. La résolution 1564 (qui menace Khartoum de sanctions pétrolières) a pu être adoptée grâce à l'abstention de la Chine, qui en échange avait obtenu un amendement du texte (notamment la gestion de la crise par l'Union africaine). La Chine s'est également abstenue lors de la saisine de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité de l'ONU (avril 2005), afin de traduire en justice les responsables de crimes commis au Darfour. La Chine pour sa part compte sur l'Afrique pour appuyer sa politique étrangère et notamment ses revendications maritimes en mer de Chine.

Les pays africains (surtout ceux en délicatesse avec la communauté internationale) s'appuient sur la Chine afin de compenser l'influence des Etats-Unis et de la France comme au Gabon ou au Congo-Brazzaville, mais également pour mettre fin à leur isolement international et même obtenir des armes. Pékin n'a pas hésité à livrer au Soudan des avions de surveillance F-7 (dérivé des Mig-21 soviétique) en 1996 et des avions de transport Y-8 (dérivé des Antonov). L'Angola et la Chine ont également approfondi leur coopération dans le domaine militaire (livraison par Pékin de blindés légers et d'autres formes équipements de défense).

L'offensive diplomatique chinoise au Sénégal, par ailleurs, se justifie par sa position stratégique en Afrique et le rôle qu'il joue au sein des organisations internationales. Ainsi, la position du Sénégal vis-à-vis de l'Europe, des Amériques et des pays africains fait de ce pays un véritable « hub18(*) ». Il permet ainsi d'accéder assez facilement à ces différents marchés. A cela s'ajoute le rayonnement du Sénégal dans la sous-région, au sein du continent et au niveau international. A travers les organisations que sont la CEDEAO, l'UA, le NEPAD, l'ONU etc. ; la position du Sénégal est à la fois très écoutée et très respectée (cf. supra)19(*). C'est dans cette perspective que Nicolas Pinaud20(*), économiste à l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) affirme que : «  Les Chinois ne sont pas seulement intéressés par les pays producteurs de matières premières. Ils ont aussi une politique assez offensive à l'égard de pays qui peuvent être clef, en terme de maîtrise de l'espace africain. Ils s'intéressent par exemple à des pays comme le Sénégal (position clef en Afrique de l'Ouest) ».

Dans l'ensemble, la Chine, pays continent, avec un si grand potentiel ne pouvait rester en dehors du champ diplomatique du Sénégal. Et si la Chine a décidé de renouer avec notre pays, c'est qu'elle a eu le temps de peser le poids diplomatique non négligeable du Sénégal. La diplomatie étant une chose mouvante, car évoluant avec les intérêts de ses acteurs, la reprise des relations diplomatiques, avec la Chine doit surtout permettre aux deux pays d'en tirer le maximum de profit, tout minimisant les effets néfastes.

2. LES MENACES POUR LE SÉNÉGAL

2.1. L'INVASION DU MARCHÉ SÉNÉGALAIS


L'invasion des Chinois à Dakar «... a démarré au début des années 2000. Et depuis, le phénomène ne fait que s'amplifier. Chaque semaine, un nouveau magasin asiatique ouvre ses portes21(*), Avec un couturier, un restaurateur et un papetier, je suis, désormais, le dernier Sénégalais à être encore installé boulevard du Général-de-Gaulle.... ».

Dans le port de Dakar, le nombre de containers chinois, débarqués chaque jour des cargos, a ces deux dernières années. Et, dans les pays voisins, les chiffres sont à l'avenant. Les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont atteint la somme record de 29 milliards d'euros en 2005. Trois fois plus qu'en 2000. Il y aurait, officiellement, 820 entreprises et 130 000 ressortissants chinois (le double d'ici à cinq ans selon les prévisions) installés sur le continent.

Pékin investit désormais autant en Afrique que dans le Sud-est asiatique, selon une étude de l'Union européenne, et il est devenu le deuxième fournisseur de l'ensemble des pays francophones. Derrière la France, mais devant les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Ceci explique qu'on ne compte plus les visites officielles de dignitaires de l'Empire du Milieu en Afrique.

Photo 5 : Des touristes français viennent acheter des articles sur les étaux sénégalais. (Photo M.S. Diop ; 2007).

Photo 6 : D'autres font leurs achats dans les boutiques chinoises. (Photo M.S. Diop ; 2007).

Ce constat justifie l'inquiétude des commerçants qui affirment être concurrencés par les chinois à tous les niveaux.

Photo 3 et 4 : Une véritable économie de marché a été créée dans l'avenue Charles De Gaulle, autours des boutiques chinoises. Les propriétaires des maisons riveraines ont modifié leur devanture en construisant des boutiques qu'ils louent aux chinois. Les jeunes marchands Sénégalais revendent, sur des étaux, les mêmes articles que ceux trouvés dans les commerces chinois. (Photos M.S. Diop ; 2007).

Photo 1 : cette photo montre l'un des premiers centres commerciaux chinois à Dakar, situé sur le prolongement de l'avenue Faidherbe. (Photo M.S. Diop ; 2007).

Photo 2 : celle-ci montre l'une des rares boutiques d'habillement, sénégalais, qui restent dans l'avenue Charles De Gaulle. Ce commerce souffre de la concurrence chinoise, au plan des articles et du coût de la location qui doublé. (Photo M.S. Diop ; 2007).

Photo 1

Photo 2

Photo 3

Photo 5

Photo 2

Photo 6

Dans leur nouveau Chinatown (Allée Papa Gueye Fall, en prolongement de l'avenue Charles De Gaulle), nous avons rencontré Jan Liam Jan, après beaucoup de réticence, il nous confie qu'il est spécialisé dans les portraits de marabouts africains. Posters géants, en couleurs, en noir et blanc, en version luxe avec liseré d'or... Il est connu pour avoir l'un des meilleurs choix de Dakar. Dans sa boutique, les photos des marabouts sont alignées en rang, à côté des soutiens-gorge et des ceintures « Nike ». C'est en Chine, non loin de Shanghai, que Jan Liam Jan les fait fabriquer. La consigne ? Ils doivent être la copie conforme des portraits que l'on trouve depuis des décennies à Sandaga. Sauf que dans sa boutique, un « faux » coûte seulement 3 000 francs CFA, dix fois moins cher qu'un « vrai ». Le comptoir de Jan Liam Jan ne désemplit pas. Et ses deux employés sénégalais n'ont pas une minute à eux. Assis au fond de sa boutique, devant la télévision, qui diffuse les images de la chaîne chinoise CCTV-4, il surveille ses affaires du coin de l'oeil. Cela fait quatre ans qu'il a débarqué avec femme, enfants et compte en banque de son Pékin natal. Mais il ne parle toujours pas un mot de français, ni de wolof, mais se débrouille avec l'Anglais.

Comme lui, environ 300 de ses compatriotes ont parcouru 15 000 kilomètres pour ouvrir un commerce autour du boulevard du Général-de-Gaulle. Vêtements, chaussures, jouets en plastique, ventilateurs, savons, vélos, parfums, sacs... Les arguments de vente des Chinois sont imparables : leurs prix sont cinq à dix fois inférieurs à ceux des Sénégalais. Et cela compte dans notre pays de 11 millions d'habitants, classé 157e sur 177, selon l'indice du développement humain des Nations unies.

Même les Sénégalais n'en reviennent pas. Les commerçants de Dakar grincent de plus en plus des dents. En août 2004, ils ont organisé une journée « ville morte » et fermé tous leurs magasins pour protester contre la concurrence déloyale des Chinois. Et certains fabricants commencent à jeter l'éponge. «Avec 20 000 tee-shirts par jour, j'ai longtemps été le premier fournisseur du pays. Aujourd'hui, je n'en vends plus un seul », raconte Ibrahima Macodou Fall22(*). Les Chinois proposent des pièces à moins de 400 francs CFA l'unité [0,6 euro]. « A ce prix-là, je n'arrive pas à suivre. Il y a six mois, j'ai même arrêté la production de pagnes de tissu africain, parce que leurs fabricants ont commencé à produire les mêmes chez eux, avec rigoureusement les mêmes motifs traditionnels, mais à moitié prix. Comment font-ils alors que les salaires sont très bas chez nous et que nous n'avons pas de coût de transport à supporter? Je ne comprends toujours pas.»

Beaucoup d'autres industries locales seraient menacées. Les piles, les savons, les allumettes, la colle, les chaussures etc... Le nombre de cordonniers à la Médina23(*), à Dakar, aurait ainsi diminué depuis 2000. Et c'est difficile aujourd'hui de trouver une moto ou une mobylette qui ne soit pas « made in China » sur le continent noir. En cinq ans à peine, entre 1995 et 2000, Pékin a raflé le marché. Sur 600 000 motos vendues chaque année, par exemple, au Nigeria, on ne trouve plus que 6 000 japonaises. Toutes les autres sont chinoises. Il faut être très vigilant, reconnaît Alain Viry24(*), « La Chine a une puissance de feu considérable. Elle va être, dans les années à venir, un concurrent redoutable pour les entreprises locales et occidentales, mais aussi un acteur majeur du développement en Afrique.»

Yan Jun, quant à lui, accent mandarin nous dit avec un de français « débrouillé » : «Les affaires marchent bien.» Installé depuis dix ans au Sénégal, il préside l'Association des Ressortissants chinois à Dakar et tient le restaurant Xy, près de la place de l'Indépendance, où, le soir, les marins Chinois viennent s'entasser autour d'une bière Tsing Tao. Il a laissé à Henan, sa ville natale, une femme et deux enfants.

L'invasion Chinoise a suscité pas mal de réactions. Selon Ibrahima Lô25(*), « La Chine, dont la population s'élève à 1 milliard 400 millions d'habitants, doit investir dans les secteurs primaires et secondaires et créer des emplois massifs. Mais pour nous, il n'est pas question que ses ressortissants viennent ici pour devenir des boutiquiers ou des tabliers, c'est-à-dire envahir le secteur informel et mener ainsi la vie dure aux « Goorgorlus » autochtones. Nous n'accepterons pas qu'ils viennent nous mener la concurrence dans ce secteur qui est à protéger ». Nicolas Pinaud renchérit en affirmant que «  la diaspora chinoise, en investissant le secteur informel avec ses nombreux produits, crée une concurrence redoutable dans un secteur qui fait vivre 85% de la population africaine ».

Face à cette situation, des commerçants ont fermé boutique a Dakar, à plusieurs, depuis 2002 pour protester contre «l'invasion massive des Chinois dans le secteur du commerce sénégalais», dénonçant l'arrivée de marchandises à bas prix et le non-respect de la fiscalité par leurs concurrents asiatiques.

Tableau de la répartition des boutiques chinoises

Zone de localisation

Nombre de boutiques

Observations

2004

2005

Boulevard du Général Degaulle

58

80

 

Allées Papa Guèye Fall

19

29

 

Rue Faidherbes + Grde Mosquée

18

24

 

Rue Félix Eboué

05

04

 

Gare de Petersen

03

02

 

Avenue Faidherbes

02

03

 

Avenue Lamine Guèye

02

01

 

Rue Moussé Diop

01

01

 

Rue Mohamed 5

01

01

 

Rue Abdou Karim Bourgi

01

03

 

Rue Robert Brun

01

-

 

Rue Petersen

01

02

 

Rue Fleurus

01

01

 

SICAP

01

01

SICAP Liberté 5

Marché HLM

01

-

Centre commercial Elisabeth Diouf

Rue Amadou A. Ndoye

-

02

 

Rufisque

-

01

 

TOTAL

115

155

 

Source : Direction du commerce extérieur

2.2. LES PRATIQUES DOUTEUSES

2.2.1. DE LA CONTREFAÇON À LA FRAUDE

En Chine, la contrefaçon se fait à toutes les échelles. Les DVD piratés s'affichent dans la rue à côté des fausses montres suisses et des faux sacs « Louis Vuitton ». Le plus gros problème apparaît quand le produit peut nuire à la marque et surtout à la sécurité de l'utilisateur. Jean-Claude Germain, représentant en Chine de PSA, citait l'exemple de pièces d'automobiles faites à partir d'acier de mauvaise qualité transformant la voiture en guillotine en cas d'accident.

Aussi, les entreprises et institutions occidentales affirment que la protection de la propriété intellectuelle est le problème principal de la Chine. Comme l'indique le Rapport 2004 au Congrès américain sur la conformité de la Chine aux engagements OMC de l'Office of the United States Trade Representative : « Même si, il reste quelques problèmes, la Chine a réalisé un relativement bon travail pour mettre à jour son régime légal. Cependant, la Chine a eu beaucoup moins de succès pour assurer une protection de la propriété intellectuelle efficace. La mise en pratique reste problématique ».

En 2004, un sondage de la Chambre de Commerce de l'Union Européenne montrait que 70% des entreprises pensent que l'application de la protection de la propriété intellectuelle en Chine est inefficace. Le même sondage réalisé par la chambre américaine de commerce montrait que 90% des entreprises ne voyaient virtuellement aucune application de la protection de la propriété intellectuelle. En effet, la Chine a amélioré de façon substantielle la loi. En 2004, le seuil de criminalisation de ventes de produits contrefaits a baissé. Désormais, les contrevenants vendant plus que 30.000 dollars de produits contrefaits peuvent être condamnés à sept ans de prison, une peine équivalente à un homicide involontaire. Cependant, ces peines sont peu appliquées car il est difficile de faire appliquer au niveau local des mesures visant à tuer une industrie réalisant 8% de son PIB et employant 3 à 5 millions de personnes.

En outre, avec une criminalisation très récente, le respect de la propriété intellectuelle n'est pas rentré dans les moeurs. Un sondage réalisé pour la Fondation nationale chinoise de science sociale montre que 89,6% de l'échantillon jugent que le piratage est illégal mais qu'ils ne se sentent pas fautifs d'acheter des produits piratés. Pour faire évoluer les idées, le gouvernement chinois a multiplié les actions en 2004 : destructions publiques, évènements médiatiques, fermeture du marché de la soie de Pékin.

A long terme, les chinois sont confiants dans l'application future de la propriété intellectuelle car avec le développement d'une société où la connaissance joue un rôle de plus en plus important, les entreprises chinoises pâtissent aussi du piratage. Beaucoup d'entreprises comme Sinopec, Haier ou Huawei ont établi des départements pour la gestion des droits de propriété intellectuelle. Depuis la mise en place de la loi sur les brevets le 1er avril 2005, le Bureau de Brevets chinois a enregistré plus de 2 millions de brevets. En 2004, elle a reçu 350 000 demandes de brevets provenant à 85% d'entreprises chinoises. Du changement de la loi au changement des mentalités, le chemin ne peut se faire en quelques années26(*). (cf. les investissements en Chine, 2004).

Au Sénégal, Outre cette concurrence jugée « déloyale », M. Amadou NIANG, le Directeur du commerce extérieur, dans une de ses communications parle d'une certaine forme de fraude. Les commerçants chinois sont forts pour ce qui est de l'évasion fiscale. Ils ont monté des ateliers dans l'arrière de leur boutique où travaillent une partie de la famille et des ouvriers. Ainsi, ils importent des pièces détachées qu'ils montent par la suite pour faire un produit fini, comme les bicyclettes. Au lieu de déclarer en douane pas le taux d'un produit fini, ils déclarent celui d'un intrant. Ce qui fait que si ce taux devait être à 20 % pour une bicyclette, il n'est qu'à 5 % ou 10 % pour le Chinois. C'est une première mesure d'économie pour lui. La deuxième chose, c'est qu'il s'agit d'un transfert d'une externalité d'une usine qui est en Chine. Ils travaillent pour l'usine. C'est-à-dire que celui qui est là, ce n'est pas un commerçant qui va en Chine pour revenir vendre.

2.2.2. LA CORRUPTION

Dans les chiffres, la Chine est un pays où la corruption fait rage. Transparency International classe la Chine 71e sur 145. Le 145ème étant le pays le plus corrompu, au même niveau que l'Arabie Saoudite et la Syrie mais devant la Turquie, la Roumanie, l'Inde ou la Russie.

Conscient du problème, le parti communiste a lancé depuis quelques années une campagne nationale de lutte contre la corruption. De décembre 2003 à novembre 2004, le Parti Communiste chinois a ainsi puni 164 831 cadres du parti, y compris 15 cadres de niveau ministériel. 4775 dossiers ont été transférés à la justice. Les peines se veulent exemplaires afin de dissuader ces pratiques. L'ancien vice-gouverneur de la province de l'Anhui a été exécuté en février 2004 pour avoir reçu des pots-de-vin à hauteur de 623 000 dollars tandis que sa femme a été condamnée à dix ans de prison. Les condamnations à mort continuent à être prononcées : Wang Yan, ancien vice-maire de la ville de Qingdao (600 000 dollars), Bi Yuxi, ancien vice-directeur du bureau municipal des communications de Pékin (1,2 millions de dollars), Bao Yufeng, ancien directeur du bureau de la coopération économique et technologique de la ville de Qingyuan (1,2 millions de dollars)...

A noter que la pratique des pots-de-vin soit quasiment une tradition en Chine. Le (« Hongbao » ou sac rouge) est une pratique consistant à donner de l'argent dans une enveloppe en papier rouge en remerciement d'une faveur. La pratique est traditionnelle à l'approche du nouvel an chinois entre parents et enfants mais aussi clients et fournisseurs ou entre patrons et employés. En avril 2004 seulement, la pratique de donner un hongbao aux médecins est devenue illégale mais dans beaucoup de secteurs, elle reste d'actualité27(*). (cf. les investissements en Chine).

2.2.3. L'EXPLOITATION ABUSIVE DES EMPLOYÉS

Au Sénégal, une entreprise chinoise délocalisée a recruté des ouvriers sénégalais dans le cadre de ses travaux. Les employés de l'entreprise Henan Chine ont qualifié leur situation d'esclavage et d'exploitation. « Les ouvriers vivent une misère » disent les syndicalistes de l'entreprise. Henan Chine qui travaille entre autres sur le pont de Hann, de Colobane et l'échangeur de la patte d'oie, semble faire peu de soucis sur les droits des travailleurs. Les entreprises chinoises ont la réputation de travailler vite et pas chère. Cela a un prix qu'il faut bien que quelqu'un paye. En l'occurrence les ouvriers.

Ainsi, « Pour un travail de 12 heures/jour (7h30/19h30) ces ouvriers gagnent un salaire de 325 F.CFA à 375 F.CFA l'heure, sans majoration en ce qui concerne les heures supplémentaires effectuées.» affirment les employés qui rajoutent : que les jours fériés ne sont pas rémunérés, les cotisations sociales dues à l'IPRES ne sont pas versées bien que retenues sur les salaires.

Cette forme d'exploitation a poussé certains journalistes à peindre un tableau noir des entreprises chinoises à Dakar. D'aucuns se posent la question de savoir : pourquoi ils traiteraient mieux les ouvriers sénégalais que les ouvriers chinois. Le capitalisme chinois est un capitalisme sans conscience, qui n'est freiné par « aucune lois »28(*).

Quand on a une économie aussi grande, quand on est le deuxième consommateur d'hydrocarbures au monde, derrière les Etats-Unis, sécuriser ses approvisionnements est vital. L'Afrique est ainsi pour Pékin un moyen de roder sa politique étrangère et, tout simplement, un marché assez facile d'accès, parce que délaissé par les grandes multinationales. Cependant, La Chine est d'autant mieux accueillie par certaines élites africaines qu'elle ne pose aucune condition à sa coopération, se retranchant derrière le principe de «non-ingérence dans les affaires intérieures» et «respect de la souveraineté des Etats». C'est Dans ce contexte que s'explique la rencontre entre Africains et Chinois au cours d'un sommet organisé en novembre à Beijing.

La coopération entre la Chine et l'Afrique, en général, avec le Sénégal en particulier regorge de zones d'ombres, il faut l'admettre ; mais pour autant, la situation n'est pas si alarmiste que veulent faire croire une certaine opinion publique (mouvements alter mondialiste, presses nationales et internationales...). Il s'agira donc pour des pays comme le Sénégal de faire rectifier les mesures, qui ne l'arrangent pas, qui menacent son économie, afin que la coopération entre les deux pays soit vraiment « gagnant - gagnant ».

DEUXIEME PARTIE :

UNE COOPERATION BASEE SUR LA

THEORIE DU « GAGNANT-GAGNANT »

I. LES DOMAINES DE COOPÉRATION

Le rétablissement des relations diplomatiques entre la Chine  et le Sénégal en octobre 2005 a ouvert une nouvelle page dans  les relations bilatérales. Les faits prouvent que l'amitié entre la Chine et le Sénégal répond à l'aspiration commune des deux peuples et correspond à la  tendance historique pour la paix, de la coopération et du  développement. Surmontant les obstacles et interférences en tout genre.

L'élargissement et l'approfondissement de l'évolution des relations Chine- Sénégal ne constituent pas une « menace », mais offrent des opportunités pour l'Afrique et le monde entier. Les relations de partenariat stratégique global entre la Chine et le Sénégal ne portent pas atteinte à autrui. Tous deux préconisent la multipolarité du monde et entendent préserver l'autorité des Nations unies. Elles sont favorables à la force de la loi au lieu de la loi de la force et doivent s'efforcer de diminuer les décalages entre le Nord et le Sud. Elles recherchent un ordre international plus juste, plus raisonnable, plus stable, plus équilibré et paisible. Par conséquent, le développement et le renforcement des liens bilatéraux sino-sénégalais ne constituent une menace pour personne, ou du moins ne doivent pas l'être. En tant que pays en développement, la Chine et le Sénégal ont envie et besoin, plus que tout autre, d'un environnement international de paix et de stabilité. Ils expriment leur volonté de s'entendre pacifiquement et dans le cadre d'une coopération amicale avec tous les pays du monde, de jouer un rôle constructif et de se sentir responsables dans les affaires internationales, de fournir une contribution positive pour sauvegarder la paix mondiale et promouvoir le développement mutuel. La Chine poursuivra fermement son développement pacifique, ce qui va de pair avec la voie suivie par le Sénégal, depuis son indépendance. Les buts de leurs recherches pour la paix et le développement sont identiques, malgré les différences de modalités entre les systèmes chinois et Sénégalais.

Ainsi, « La Chine oeuvre à établir et à développer un nouveau type de partenariat stratégique avec l'Afrique, marqué par l'égalité et la confiance mutuelle sur le plan politique, la coopération dans un esprit gagnant-gagnant sur le plan économique29(*) ». C'est dans cette optique que s'inscrit le sommet Chine-Afrique qui a eu lieu les 3 au 5 novembre 2006, à Beijing, capitale chinoise, dans le cadre de la 3e Conférence ministérielle du Forum sur la Coopération sino-africaine, marquant ainsi un nouvel élan du partenariat entre la Chine et le continent africain. C'est en octobre de l'an 2000 que la Chine a institué un Forum de coopération pour définir les orientations concrètes visant à approfondir les relations sino-africaines. Le but de la première rencontre sino-africaine à Beijing était de mettre sur pied un partenariat de type nouveau pour le développement partagé entre les deux parties.

Le deuxième Forum Chine-Afrique s'est tenu en décembre 2003 à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, en présence du Premier ministre chinois Wen Jiabao et d'une douzaine de dirigeants africains, sans compter les ministres et plus de 600 chefs d'entreprises. Par ses conclusions, cette conférence a ouvert d'importantes pistes pour un plus large dialogue entre la Chine et l'Afrique.

En terme de développement, l'Afrique gagnerait assurément à s'inspirer du modèle chinois. Ce pays, jadis sous-développé, a effectué une percée fulgurante en quelques décennies, laissant les Etats africains loin derrière. Ceux-ci semblent avancer au rythme de la lenteur. Peut-être qu'enfin, l'heure du réveil a sonné. La Chine est assurément en train de leur indiquer la voie. Celle de la combativité et de la pugnacité (BROADMAN, H.G., 2006).

1. LES AXES DE LA COOPÉRATION BILATÉRALE

La Chine et le Sénégal ont signé différents accords, dans le cadre de la coopération mutuellement avantageuse. Les grands axes de cette coopération que les deux pays comptent développer sont orientés sur les plans économique ; le développement de l'agriculture, des infrastructures ; la santé publique ; la formation etc.

1.2. LA COOPERATION POLITIQUE

La réouverture des missions diplomatiques en Chine et au Sénégal, ainsi que les échanges au niveau d'ambassadeurs ont été les premiers jalons posés dans le cadre cette coopération. L'ancien Ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing, en visite au Sénégal, affirma à cet égard que : « Le rétablissement de relations diplomatiques sino-sénégalaises a ouvert une nouvelle page de l'histoire des relations entre les deux pays », Ainsi, « Attachant une grande importance à la mise en oeuvre des actions suivant le rétablissement, le gouvernement chinois cherche à redémarrer au plus vite les échanges bilatéraux et la coopération d'avantage réciproque entre les deux pays de manière à resserrer leurs relations bilatérales ». Dans ce même ordre d'idée, les réunions de commission entre les deux pays vont reprendre, afin d'optimiser les décisions.

1.2.1. LA COOPÉRATION FINANCIERE

Au plan économique, un accord de coopération d'un montant de 2 milliards de FCFA a été signé dès la reprise des relations diplomatiques, et 200.000 dollars américains remis au ministre de la Solidarité, un geste de la Chine pour soutenir les sinistrés des inondations30(*). Egalement, la Chine a décidé d'effacer une dette de 10 milliards de francs Cfa que le Sénégal avait contracté à son égard. Dans le même ordre d'idées, la Chine accorde au Sénégal une prorogation des délais d'utilisation de deux prêts datant de 1990 et 1993 dont le reliquat, serait environ de 3,226 milliards31(*).

A cet égard, la Chine s'engage à oeuvrer à côté du Sénégal, pour la lutte contre le sous-développement et l'accélération de la croissance économique.

1.2.2. LA COOPÉRATION AU PLAN AGRICOLE

Pour ce qui de la coopération agricole, une mission technique chinoise a effectué une visite au niveau de la vallée du fleuve Sénégal et dans la zone des Niayes.

« Nous avons aussi décidé que la coopération agricole entre les deux pays aille dans les deux sens, parce qu'avant, la coopération agricole chinoise était une grande assistance au Sénégal en termes d'expertise. Maintenant, le Sénégal aussi est intéressé à trouver des débouchés à ses produits céréaliers en Chine », déclare l'ancien Ministre chinois des Affaires étrangères. Ce pays ami soutiendra l'exportation pour l'écoulement des produits agricoles sénégalais, notamment les céréales.

1.2.3. LA COOPÉRATION DANS L'ÉDUCATION ET LA FORMATION

Dans le domaine de l'éducation, la Chine s'engage à offrir une cinquantaine de bourses d'études pour les étudiants, en 2006, le même nombre sera reconduit en 2007 affirme M. Wang32(*). Egalement, la Chine a pris en charge entièrement les étudiants Sénégalais qui étaient à Taiwan, en leur offrant des bourses afin de terminer leurs études. Toujours concernant la formation, 35 places de stage ont été offertes aux officiers militaires sénégalais par le Ministère chinois de la défense. La coopération avec la Chine soutient également les efforts de renforcement de la défense nationale et de l'armée.

1.2.4. LA COOPÉRATION AU PLAN INFRASTRUCTUREL

La coopération dans ce domaine est très fructueuse. Le Sénégal compte sur son partenaire chinois pour la réalisation des infrastructures indispensables pour le développement du pays. A ce titre, les infrastructures sportives et culturelles ont été ciblées, en premier lieu. Dans le secteur sportif, il est prévu la construction de 11 stades régionaux, mais pour le moment, les stades Alassane DJIGO de Pikine et Ely Manel FALL de Diourbel ont été choisis pour réfection. Dans le domaine culturel, les partenaires de l'empire du milieu se sont engagés à réaliser Construction du théâtre national, pour un coup de 18,5 milliards F.CFA. Toujours, en ce qui concerne la construction, les entreprises chinoises sont aussi présentes dans la construction de l'autoroute à péage, les échangeurs de la Patte d'oie, le pont de Colobane etc.

Egalement, 50 véhicules ont été offerts par la Chine au Sénégal, pour une valeur de 2 milliards de F.CFA, pour le renforcement du parc automobile de l'administration sénégalaise et l'organisation des conférences internationales.

Dans le même ordre d'idées, des entreprises chinoises comme Henan-Chine sont présentes dans la majeure partie des grands travaux du Sénégal soit en partenariat, soit seul et dans beaucoup de cas ils ont soumis aux appels d'offre avec des coûts moindres, de plusieurs milliards.

1.2.5. LA COOPÉRATION SANITAIRE

Au niveau de la santé, plusieurs missions chinoises ont séjourné au Sénégal depuis l'année dernière. C'est surtout dans le cadre la lutte contre le paludisme que le volet santé a été touché. Un séminaire de la coopération sino-sénégalaise portant sur les moyens de neutraliser le paludisme a été tenu à Dakar, en présence d'experts et de responsables des deux pays. De même qu'un stage de formation sur la prévention et le traitement du paludisme sera organisé incessamment entre les deux pays. Dans le même sens, un Don de médicaments d'une valeur de 125 millions a été fait au Ministère de la santé du Sénégal. La Chine a aussi promis, le retour de la mission médicale. Pour rappel, cette dernière tenait un centre de santé très réputé, pour la qualité de ses soins, dans la région de Ziguinchor et polarisant plusieurs pays dans la sous région.

1.2.6. LA COOPÉRATION ÉNERGÉTIQUE

Le volet énergétique intéresse principalement le secteur de l'électricité. En effet, le Sénégal est confronté à des problèmes liés à l'approvisionnement des villes en électricité, pour deux raisons. D'abord, la vétusté des installations de la SENELEC, ensuite le cours fluctuant des produits pétroliers. Pour ce faire, un projet de construction d'une Centrale à charbon de 250 MegaWatt avec un port de déchargement du charbon, pour une valeur de 175 milliards de F.CFA est entrain d'être étudié. Ce projet s'accompagne de mesures telles: la formation professionnelle des futurs cadres et la réhabilitation des anciennes centrales. Il a également été prévu le renforcement du Boucle de Dakar en 90 KW avec extension de réseau dans les zones périurbaines (banlieues de Dakar : Pikine,- Guédiawaye et Rufisque), pour un coût de 35 milliards de F.CFA.

1.2.7. LA COOPÉRATION SUR LE PLAN DES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION (TIC)

La coopération en matière de technologies de l'information et de la communication intéresse le Sénégal, dans sa politique de lutte contre le gap numérique. Ainsi, les deux pays ont signé un accord de financement à hauteur de 55 milliards concernant le projet e-gouvernement comprenant l'extension de l'intranet gouvernemental aux ambassades, consulats, préfectures et sous-préfectures ainsi que la construction et le développement d'un réseau de télémédecine et de téléenseignement, à Dakar.

Par ailleurs, le Conseil économique et social de la République populaire de Chine a offert un important lot de matériel informatique au Conseil de la République et des affaires sociales du Sénégal (CRAES).

1.2.8. LA COOPÉRATION DOUANIÈRE ET COMMERCIALE

A. LA COOPÉRATION DOUANIÈRE

niveau de la coopération douanière, la Chine a accordé un accès préférentiel à 440 produits d'origine sénégalaise, portant essentiellement sur des produits halieutiques, agricoles, miniers, chimiques, les cuirs et peaux, du bois, du coton, du textile et des vêtements, des produits de la bijouterie et d'artisanat etc. Cela constitue sans nul doute une aubaine, une opportunité que le Sénégal doit s'engager à exploiter pleinement. (cf. infra)

B. LES RELATIONS COMMERCIALES

EVOLUTION DES IMPORTATIONS :

Les importations en provenance de la Chine se sont accrues de l'ordre de 34,864 milliards de F CFA, sur la période 2000-2005.

Les principaux produits importés sont : le thé, les produits chimiques organiques et inorganiques, les tissus artificiels et synthétiques, les chaussures, les tissus de coton imprimés, les articles en tissu, les pierres céramiques et veines, les fruits et légumes comestibles (Commerce extérieur, 2005).

EVOLUTION DES EXPORTATIONS :

Les exportations du Sénégal vers la Chine ont connu des fluctuations. En effet, elles se sont accrues entre 2000 - 2005, passant de 2,115 milliards de F CFA en 2000 à 7,589 milliards de F CFA en 2005. Par contre, on a noté une baisse des exportations en 2001 qui étaient évaluées à 756 millions de F CFA.

Les exportations portent essentiellement sur

- le coton en masse qui est passé de 1,112 milliards en 2004 à 2,347 milliards de F CFA en 2005 ;

- les produits de la mer ;

- les cuirs et peaux.

2. LES DOMAINES DE COOPÉRATION À RENFORCER

La coopération sino-sénégalaise, concerne pour le moment les domaines que nous avons développés ci-dessus. Aussi fructueuse qu'elle puisse apparaître, il y a encore des secteurs au niveau desquels, le Sénégal pourrait bénéficier de l'expertise chinoise. Les secteurs, ci-après, peuvent être ciblés.

2.1. LA PROMOTION ET LA DIVERSIFICATION DES EXPORTATIONS

En ce qui concerne le secteur commerciale, il serait intéressant de :

- développer les relations d'affaires et faciliter la participation réciproque de leurs opérateurs économiques respectifs, aux foires et manifestations commerciales organisées en Chine et au Sénégal. A cet égard, l'appui de la chine dans le cadre de la préparation Shanghai 2010 serait très appréciable ;

- étudier les possibilités d'appui dans le cadre de la mise en place et le fonctionnement de l'Agence Sénégalaise de Promotion des Exportations (ASEPEX) ;

- et voir dans quelle mesure la République Populaire de Chine pourrait contribuer au Fonds pour la Promotion des Exportations (FOPROMEX) dans le cadre de l'appui aux entreprises exportatrices.

2.2. AGRICULTURE ET AGROALIMENTAIRE

Pour ce qui est de l'agriculture et de l'agro alimentaire, des spéculations comme le riz, l'arachide, le sel et les produits horticoles peuvent être développées dans le cadre de cette coopération.

2.2.1. LE RIZ 

Il serait judicieux d'asseoir un partenariat qui favorise le transfert de technologies notamment en matière d'irrigation au profit des riziculteurs de la Vallée. Ce qui permettrait d'exploiter les 60.000 ha disponibles dans cette zone.

2.2.2. L'ARACHIDE:

Il serait intéressant de recueillir des informations sur les besoins en consommation de la Chine en arachide d'huileries mais également de bouche, dans le cadre de la diversification de la filière arachidière. L'arachide d'huilerie est presque exclusivement exportée en Europe où il n y a plus de perspectives de croissance.

2.2.3. LE SEL 

Les opérateurs économiques sénégalais gagneraient à recueillir des informations sur la configuration du marché intérieur chinois sur le sel. Le Sénégal a un important potentiel à faire valoir pour ce produit. Des perspectives d'exportation de sel en Chine pourraient s'offrir aux exploitants sénégalais.

2.2.4. LA FILIÈRE HORTICOLE

Le Sénégal est actuellement dans une phase de forte diversification et de promotion de ses produits agricoles et agro-industriels. C'est ainsi que la filière horticole connaît depuis quelques années un développement important.

En réalité, notre pays bénéficie de conditions climatiques très favorables aux cultures de contre saison, près de 240 000 ha de terres irrigables disponibles et de la proximité des marchés européens et américains.

Autant d'éléments qui font le succès d'une gamme variée de produits notamment :

- les haricots verts : Avec une production de 5 000T, le Sénégal est leader dans la sous région. A cela s'ajoute une bonne présence et une notoriété sur les marchés d'exportation ;

- les tomates cerise : notre pays occupe la 2ème position derrière Israël pour les origines non européennes durant la contre saison. La production est estimée à 3500T ;

- la mangue : notre pays s'est particulièrement illustré ces dernières années dans l'exportation de ce produit (200 à 3000T en 5 ans) ;

- le melon dont le marché est en forte croissance avec le développement de nouvelles variétés de longue conservation ;

- l'asperge se développe également de plus en plus avec une production estimée à 7 à 8t /an. Elle fait l'objet d'exportation vers la France et les Pays - bas.

Ainsi, il s'agira pour le Sénégal, et plus particulièrement le secteur privé :

- d'explorer la possibilité de joint - venture pour créer des unités de transformations des produits agricoles ;

- de voir dans quelle mesure la République de Chine peut appuyer le Sénégal dans la réalisation de ses projets d'aménagements hydro agricoles notamment la construction de deux importants barrages sur le fleuve Sénégal et la construction d'une gare de fret ;

- et d'examiner la possibilité d'une assistance technique chinoise dans le cadre de l'augmentation des capacités de production des produits de la filière horticole et de l'asperge en particulier.

2.3. LES INFRASTRUCTURES

En ce qui concerne la politique de dotation du pays en infrastructures, à même de doper le développement, le gouvernement du Sénégal gagnerait à inviter la Chine à participer aux Grands Projets de notre pays à savoir :

- la construction du nouvel aéroport de Ndiass ;

- la construction de la nouvelle Cité des Affaires de l'Afrique de l'Ouest33(*) ;

- la réalisation du Port du Futur par l'extension et la modernisation du Port Autonome de Dakar.

2.4. LES PRODUITS DE LA MER

Ce secteur représente en moyenne 35 % des recettes d'exportations et 12% du PIB. L'importance de ses productions ainsi que son dynamisme déteint sur les activités connexes de transformation, de mareyage et d'exportation.

Malgré les difficultés que connaît le secteur, notre pays dispose d'une marge de progression certaine notamment dans le domaine de l'aquaculture. Chaque année le Sénégal récolte 30.000 tonnes de crevettes venant de Casamance et de Saint-Louis. Le potentiel exploitable est estimé à 450 000 tonnes. Les captures réalisées dans la zone économique exclusive (ZEE) du Sénégal sont évaluées à 445 690 tonnes.

Il s'agira ainsi pour notre pays de voir dans quelle mesure la Chine peut appuyer le Sénégal dans ses efforts de gestion durable des ressources halieutiques et de développement de l'aquaculture.

2.5. LES TÉLÉCOMMUNICATIONS ET L'INFORMATIQUE

Notre pays dispose de réels atouts dans ce secteur grâce à un réseau de télécommunications leader en Afrique de l'Ouest et des plus performants en Afrique.

Ce réseau couvrant l'ensemble du territoire du Sénégal est entièrement numérique et compte plus de 2200 km de fibre optique numérisé à 100% et d'une bande passante de 775 Megabits ADSL.

Le Sénégal offre de réelles opportunités d'investissements dans les services suivants :

- Télémarketing ;

- Télé saisie ;

- Implantation de Centre d'Appels ;

- Externalisation de processus d'affaires (Business Process Outsourcing) ;

- Gestion de bases de données ;

- E-commerce ;

- Développement de logiciels ;

- Fabrication et montage d'ordinateurs ;

- Internet sans fil ;

- etc. 

Il s'agira ainsi pour notre pays :

- d'examiner la possibilité de mise en place joint-ventures pour la production de matériels informatiques (périphériques, circuits intégrés etc.) ;

- de cibler la création de PME-PMI spécialisées dans le montage et l'assemblage d'ordinateurs ;

2.6. LE TOURISME

Le tourisme constitue l'un des secteurs les plus dynamiques de l'économie sénégalaise. Le Sénégal accueille environ 700 000 touristes, avec une capacité hôtelière de 20 000 lits répartis dans 320 hôtels.

Plusieurs facteurs expliquent ses relatives bonnes performances. En effet, le Sénégal jouit de nombreux et exceptionnels atouts culturels et naturels, comparables à ceux dont bénéficient d'autres destinations privilégiées.

En raison des formidables opportunités d'investissement qu'offre ce secteur, le tourisme constitue pour le Gouvernement un enjeu majeur en termes de créations d'emplois, de développement régional et d'aménagement du territoire, de croissance et de valeur ajoutée locale. L'orientation stratégique retenue est : d'accueillir plus de 1.500.000 touristes, à l'horizon 2010.

2.7. LE TRANSPORTS

Pour ce qui du transport, il serait intéressant d'envisager un partenariat pour mettre en place des unités de montage de bus et de véhicules poids lourds pour satisfaire la demande locale et exporter éventuellement au niveau de la sous région. Déjà, plus de 5 marques de voitures chinoises sont commercialisées par l'entreprise Espace Auto.

2.8. LE TEXTILE

Le Sénégal possède une culture industrielle établie dans ce domaine, allant de la culture du coton à la confection, en passant par l'égrenage, le tissage, la filature, le tricotage et l'ennoblissement. Il existe une importante quantité de coton disponible dans le pays et des opportunités de créer des filatures.

A la porte de la plus grande zone cotonnière africaine (UEMOA), le Sénégal est producteur d'un coton de qualité type super SIGAL. L'égrenage est réalisé par la SODEFITEX (Société de Développement des Fibres Textiles) qui exporte la majorité de sa production de coton - fibre, le reste étant vendu aux filateurs locaux.

Le savoir-faire et la créativité dans le textile sénégalais expliquent la richesse des niches de consommation, notamment pour les produits textiles-phares du Sénégal : pagne tissé, broderie, design etc.

Le pagne tissé africain, produit original gagne en notoriété dans les marchés européens et américains. Le label Sénégal se place au premier rang aussi bien dans les modes vestimentaires africains que dans la qualité du revêtement des meubles, avec en prime le style, la création et le design.

Le label sénégalais est particulièrement recherché, notamment pour la broderie et la décoration d'intérieur. Les collections de vêtements en pagne tissé sénégalais, présentées par les créateurs et stylistes à divers salons européens et américains, offrent aujourd'hui d'intéressantes perspectives au coton sénégalais.

Cependant, il serait bien d'envisager la facilitation pour les professionnels du secteur, la possibilité de bénéficier de joint - venture pour la reprise des entreprises sénégalaises en difficultés (NSTS, SOTIBA, INDOSEN...) par des entreprises chinoises.

2.9. L'ENERGIE ET LES MINES 

Le Sénégal dispose également d'énormes potentialités d'énormes potentialités dans le secteur minier qui restent à être exploitées. Il s'agit notamment :

- des minerais de fer : les gisements de fer se trouvent principalement dans l'extrême Sud Ouest du Sénégal et leur exploitation est assurée par la MIFERSO (Mines de fer Sénégal Oriental). Les réserves sont estimées à 350 millions de tonnes avec un taux de fer de 63%. En sus de ces réserves, le sous-sol sénégalais renfermerait selon les sondages effectués par la MIFERSO à 350 millions de tonnes de minerais magnétique ;

- du Marbre : le Sénégal possède d'importantes réserves de marbre (6 variétés) et de pierres ornementales estimées à 1,07 millions de tonnes. Ces réserves qui se trouvent principalement au Sud Est sont encore largement inexploitées ;

- du Gaz naturel : un gisement potentiel de 3 milliards de mètres cube à Diamniadio, dans une zone située à 60 km de Dakar ;

- du Pétrole : l'exploration et l'exploitation du pétrole « on-shore et off-shore » sont d'actualité, d'importants gisements offshore ont été découverts à la frontière entre le Sénégal et la Guinée - Bissau ;

- de la Cimenterie : le Sénégal possède d'importantes réserves de calcaire (956 390 m3 en 2001) qui alimentent une industrie de cimenterie en pleine croissance.

2.10. LES AUTRES QUESTIONS

2.10.1. LE TRAITEMENT DOUANIER PRÉFÉRENTIEL POUR CERTAINS PRODUITS SÉNÉGALAIS 

Pour ce qui du traitement préférentiel de certains produits Sénégalais, il convient de saluer l'initiative chinoise d'accorder un traitement douanier préférentiel pour certains produits sénégalais. Cet accès préférentiel accordé à 440 produits d'origine sénégalaise, porte essentiellement sur des produits halieutiques, agricoles, miniers, chimiques, les cuirs et peaux, du bois, du coton, du textile et des vêtements, des produits de la bijouterie et d'artisanat, etc. Il s'agira surtout :

- d'examiner à cet égard la possibilité d'assouplissement des règles d'origine notamment l'exigence d'incorporation de 40 % au moins de valeur ajoutée ;

- d'étudier la participation de la République de Chine au FOPROMEX, comme indiqué plus haut, ce qui permettrait au Sénégal de mieux tirer profit de cette opportunité.

2.10.2. PROTOCOLE D'ACCORD CADRE DE COOPÉRATION COMMERCIALE ENTRE LES DÉPARTEMENTS MINISTÉRIELS DU COMMERCE DES DEUX PAYS 

Dans ce cadre, il serait judicieux d'évoquer l'opportunité d'un Protocole d'Accord - cadre de coopération commerciale entre les départements ministériels à côté et/ou en lieu et place de la Commission Mixte de Coopération économique et commerciale.

La signature d'un accord de mise en place d'une Commission Mixte n'est pas du ressort du Ministère du Commerce mais plutôt du Ministère des Affaires Etrangères.

2.10.3. PRÉSENCE DE COMMERÇANTS CHINOIS DANS LE SECTEUR DE L'INFORMEL

La présence des commerçants chinois au niveau du micro détail constitue une préoccupation de la plupart des organisations patronales sénégalaises.

Dans le but de réaliser les objectifs visés dans la politique d'urbanisme commercial initiée par le ministère du commerce, cette question doit être posée sur la table des négociations. Il s'agira plutôt d'inciter les autorités chinoises à faire migrer leurs ressortissants vers la création de PMI-PME dans des secteurs de production à haute valeur ajoutée.

2.10.4. NÉGOCIATIONS COMMERCIALES MULTILATÉRALES À L'OMC 

La Chine et le Sénégal appartiennent au G-33 qui fait de la mise en oeuvre de la Clause de sauvegarde spéciale en faveur des pays en voies de développement (PED) et des pays les moins avancés (PMA) son principal cheval de bataille, dans le cadre des négociations post Hong Kong.

Des alliances peuvent également être envisagées sur des questions cruciales telles que la définition des produits spéciaux à protéger, l'érosion des préférences, la facilitation des échanges, le renforcement des capacités de production et d'offre des PED et PMA, le dossier du coton, l'aide au commerce, etc.

2.10.5. ASSISTANCE TECHNIQUE

L'assistance est nécessaire dans la mesure où le Sénégal a besoin de l'expertise chinoise dans beaucoup de domaines. Il s'agira surtout :

- d'examiner la possibilité de bénéficier de l'appui de la République de la Chine en matière d'enseignement technique et technologique à l'instar de ce qui est communément Centre Technique de formation Sénégal - Japon ;

- de bénéficier de l'appui de la Chine dans le cadre de la mise à niveau de nos PME - PMI.

Dans l'ensemble, les domaines à renforcer sont nombreux, nous avons juste étudié les secteurs que nous avons jugé prioritaires, mais également porteurs de développement. La liste est néanmoins exhaustive (FOCAC, 2006).

Ainsi, nous pouvons dire que la coopération sino-sénégalaise a atteint des niveaux élevés en un temps record : en 20 mois seulement. Cette situation fait espérer des lendemains meilleurs dans les relations fondés sur le concept du « gagnant-gagnant ».

Cependant, la Chine peut également inspirer le Sénégal dans les domaines où elle a eu des acquis considérables, c'est notamment, le domaine des investissements directs étrangers, du renfoncement de capacité, de la recherche et développement etc.

II. QUELLES PERSPECTIVES POUR LA COOPÉRATION SINO-SÉNÉGALAISE

1. DANS LE DOMAINE ÉCONOMIQUE

1.1. LA PROMOTION DE L'INVESTISSEMENT DIRECT ÉTRANGER (IDE) AU SÉNÉGAL

L'investissement direct étranger (IDE) est devenu depuis quelques années une source de financement très importante pour les pays à faible revenu.

Avec leur niveau d'épargne et d'investissement intérieurs souvent très bas, combiné au déclin des prêts qui leur sont alloués ces dix dernières années, l'IDE est devenu une source de financement privilégiée pour un grand nombre de pays en voie de développement (Asiedu, 2002). En tant que source de capitaux d'investissement, l'IDE est un stimulant pour l'emploi, et en plus de cela, il est perçu comme un moyen permettant aux pays en développement d'acquérir la technologie de pointe, les nouvelles méthodes de gestion, et d'avoir accès aux marchés des pays développés (Noorbakhsh et al, 2001).

L'importance de l'IDE a conduit beaucoup de pays à faible revenu à se lancer dans une compétition pour attirer les investissements directs étrangers et les bénéfices qu'ils procurent. Chaque pays, par des réformes structurelles et institutionnelles, essaie d'offrir un environnement plus propice à l'investissement. Comme le suggère la théorie de l'adaptation institutionnelle, chaque pays a la possibilité d'identifier et de développer ses facteurs de compétition pour augmenter sa part dans l'investissement étranger direct global. C'est dans cette optique que notre étude se propose d'identifier les déterminants de l'IDE au Sénégal.

L'objectif global de la présente analyse est de contribuer donc à la définition de politiques plus attractives de l'IDE au Sénégal. Ainsi, les accords de coopération signés avec la Chine constituent une aubaine pour le Sénégal, dans la mesure où à défaut de pouvoir bénéficier de la délocalisation de certaines entreprises chinoises, le Sénégal pourrait s'inspirer de son exemple afin de pouvoir attirer des investisseurs.

1.1.1. L'EXPÉRIENCE CHINOISE EN IDE

La Chine est devenue le premier pays récipiendaire des IDE mondiaux. L'augmentation du flux d'IDE vers la Chine est impressionnante au long des quinze dernières années : elle est comparable à la progression du PIB. En 2003, le flux d'IDE reçus par la Chine s'élève à 54 milliards de dollars, ce qui représente plus de 10% des IDE mondiaux.

Courbe de la Croissance des IDE reçus en Chine.

Source : Larsabal E., Pennel  R., 2005.

Cependant, les entreprises étrangères implantées en Chine réalisent 55% du commerce extérieur chinois en 2004. De même, les entreprises à capitaux étrangers réalisent aujourd'hui 30% de la production industrielle.

Graphique des investissements Directs Asiatique en Chine en 2003.

Source : Larsabal E., Pennel  R., 2005.

En fait, les bénéfices de l'entrée massive d'IDE passent en premier lieu par le développement de la capacité commerciale et industrielle. Ce point est d'ailleurs commun à l'ensemble des pays émergents, pour lesquels une abondante littérature montre que les principaux bénéfices attendus des IDE tiennent avant tout à des transferts de savoir-faire et de technologie, directement (création de nouvelles entreprises) et indirectement par effet d'apprentissage sur les entreprises concurrentes. Dans le cas de la Chine, les entreprises à capitaux étrangers ont joué un rôle absolument central dans la percée fulgurante des exportations chinoises, passant de 1,8 à 7% du marché mondial entre 1990 et 2005.

A plus long terme, le rôle de la Chine en tant qu'investisseur international gagnera en importance. Actuellement, l'accumulation rapide de réserves de change (près de 1000 Milliards USD à l'automne 2006) est captée par la Banque Centrale, à laquelle les entreprises doivent remettre 80% de leurs rentrées en devises. Les flux, quoique modestes, sont en augmentation sensible sur la période récente et la tendance à la hausse ne pourra que gagner en ampleur, au fur et à mesure de l'élargissement de l'activité des grandes entreprises chinoises, tant dans les secteurs de l'énergie et des matières premières (Asie du Sud-est, Amérique latine, Afrique...) que du textile ou d'autres industries de main-d'oeuvre (Asie Centrale, Afrique du Nord et Afrique sub-saharienne...). Le mouvement a déjà commencé avec l'implantation des banques chinoises dans les grands centres financiers et la mise en place de réseaux de distribution des grands groupes34(*) (Larsabal E., Pennel  R., 2005).

Dans ce contexte, le Sénégal devrait pouvoir bénéficier de la délocalisation d'unités industrielles chinoises. Ainsi, l'amorce a été une promesse d'appuyer le secteur cotonnier en Afrique de l'ouest grâce au transfert de technologies en vue « d'aider ces pays à augmenter le volume de leur production de coton et à développer leur industrie du coton »35(*). Les principaux pays concernés sont : le Bénin, la Côte d'Ivoire, le Mali, le Sénégal et le Togo.

D'autre part, le cadre général de stimulation de l'IDE reste fait d'avantages fiscaux et douaniers : exonération totale puis partielle d'impôt sur le revenu des entreprises, exonération de droits de douanes sur certains équipements importés, crédit d'impôt pour achat d'équipements locaux, etc. A cela peuvent s'ajouter d'autres types de mesures parmi lesquelles des facilités d'approvisionnement en devises ou encore un accès privilégié aux infrastructures locales. A terme, les avantages accordés spécifiquement aux investisseurs étrangers seront supprimés sous la pression d'entreprises chinoises affaiblies par la baisse des droits de douanes. Ainsi, la réforme fiscale prévoyant l'unification des taux d'imposition sur les bénéfices a été promulguée en mars 2007 et va entrer en vigueur dès 2008, assortie d'une période transitoire de 5 ans. Des préférences fiscales pourront néanmoins être maintenues dans les activités impliquant des technologies avancées, que les investisseurs soient chinois ou étrangers.

Au cours des dernières années, les mesures incitatives se sont articulées autour de deux axes. Le premier, destiné à encourager le développement des provinces du centre et de l'ouest, s'est traduit par un renforcement des avantages fiscaux et douaniers. Ces mesures n'ont toutefois pas suffi à attirer les IDE dans ces zones déshéritées. Plus récemment, et dans le même esprit, des mesures fiscales ont été adoptées dans le cadre de la politique de revitalisation des provinces du Nord-Est.

Une seconde série de mesures, visant à orienter l'investissement dans des secteurs de technologie avancée, a connu plus de succès. On peut évoquer notamment le régime des centres de recherche et de développement, la super-déduction des dépenses de recherche ainsi qu'une réduction du taux de TVA et des possibilités d'amortissement fiscal accélérées dans les secteurs des logiciels et des circuits intégrés36(*) (Larsabal E., Pennel  R., 2005).

1.1.2. TENDANCES ET PERSPECTIVES DU SENEGAL

Le Sénégal maintient une place honorable dans le classement des récipiendaires africains de flux d'IDE, bien qu'il se situe loin derrière l'Afrique du sud, le Nigeria, l'Angola, le Gabon, le Cameroun, le Kenya et la Côte d'Ivoire. 

Au sein de l'UEMOA, le Sénégal se place en seconde position, juste après la Côte d'Ivoire qui reçoit généralement deux fois plus d'IDE que lui. Lorsqu'on observe les intentions d'investissement enregistrées par le guichet unique de l'Apix, il en ressort une tendance globalement haussière, mais la part des projets à composante étrangère y est faible. 
Il est donc clair que la tendance naturelle des flux d'IDE au Sénégal se maintiendra à un faible niveau tant que des éléments d'attraction nouveaux n'interviendront pas. Enfin, s'agissant de l'évolution favorable du contexte d'accueil des investisseurs, le Sénégal compte à l'avenir sur les éléments suivants :

- Le développement des infrastructures qui ont un effet positif et significatif sur l'IDE aussi bien dans le court terme que dans le long terme ;

- la réduction du taux d'endettement qui a un effet négatif et significatif à long terme sur l'IDE. Dans le court terme, son effet est négatif mais non significatif ;

- la diminution de la pression fiscale a un effet négatif et non significatif aussi bien dans le long terme que dans le court terme ;

- le relèvement de la qualité de la main-d'oeuvre ;

- l'augmentation et l'amélioration des infrastructures physiques ;

- la valorisation des avantages préférentiels dont bénéficie le Sénégal, comme d'autres pays d'Afrique (les PMA en particulier), pour l'accès aux marchés européens et américains ;

- la montée en puissance des marchés financiers en Afrique de l'Ouest et de la bourse régionale (BRVM, 38 entreprises cotées actuellement, dont la SONATEL37(*) pour 25% de la capitalisation boursière qui dépasse un milliard d'euros).

- Les politiques communautaires de l'UEMOA garantissent par ailleurs le maintien d'un cadre économique et monétaire stable et d'une bonne ouverture ; un code communautaire pour l'investissement est en préparation.

1.2. LE SÉNÉGAL À L'ASSAUT DU MARCHÉ CHINOIS

Les perspectives de développement du Sénégal permettent de penser que ce pays devrait pouvoir se hisser au niveau des pays développés, et même dégager des stratégies de conquête d'une partie du marché chinois : un marché de 1,4 milliards d'habitants, sans doute le marché le plus grand au monde. Déjà, 440 produits sénégalais peuvent y accéder sous un régime douanier préférentiel.

1.2.1. UN MARCHÉ OUVERT

En adhérant à l'OMC le 11 décembre 2001, la Chine s'est engagée à réformer son économie et à ouvrir son marché intérieur aux étrangers. La Chine a disposé d'une phase de six ans pour se conformer aux règles de l'OMC sur un certain nombre de sujets comme la transparence du gouvernement, la baisse des tarifs douaniers, la mise en place du principe de traitement national, l'amélioration de l'accès aux marchés des biens et services importés, la protection de la propriété intellectuelle. En échange, la Chine bénéficie des mêmes avantages que les autres pays de l'OMC à l'étranger.

L'application de ces dispositions a changé complètement le contexte légal chinois. Depuis 2001 ans, plus de 2300 lois et règlements concernant le commerce des biens et services, la propriété intellectuelle, les investissements ont été amendés. Le tarif douanier global chinois est descendu de 15,6% en 2000 à 10,4% en 2004 puis à 9,9% en 2005. Ces taux cachent bien des disparités : le tarif pour les produits agricoles est de 15,3%, 11,4% pour le textile et l'habillement, 8% pour la machinerie. Sur certains secteurs, la baisse est impressionnante. Le tarif douanier automobile est passé de 80-100% en 2001 à 34,2-37,6% en 2004. Il a atteindre 25% en mi-2006.

Le marché chinois s'ouvre de plus en plus largement aux étrangers. Les entreprises 100% étrangères (« Wholly Owned Foreign Enterprise ») peuvent être créées dans de plus en plus de secteurs définis dans le « Industrial Catalogue for Foreign Investment ». Certains secteurs jusqu'alors complètement fermés s'ouvrent progressivement. Pour ne citer que quelques évolutions récentes : depuis le 11 décembre 2004, toutes les restrictions géographiques et de produits pour la vente au détail par des entreprises étrangères ont été levées (sauf tabac et sel). Les banques peuvent faire des opérations en monnaie étrangère depuis 2001. Dans le secteur automobile, l'obligation de distribuer par deux canaux différents les véhicules importés et les véhicules fabriqués localement a été levée en juin 2004. Depuis 2004, 18 villes sont ouvertes pour des opérations d'entreprise en monnaie locale. La Chine a autorisé les banques étrangères à détenir 20% du capital des banques chinoises, c'est-à-dire plus que l'engagement initial de 15%.

L'ouverture de la Chine a eu de nombreuses conséquences positives : augmentation des échanges internationaux, augmentation des investissements étrangers en Chine, amélioration du droit des affaires, de la protection des sociétés et des investissements... En vingt ans, les exportations et importations ont été multipliées par un facteur vingt. L'inflexion particulière après 2001 est assez remarquable avec une croissance globale de 35,7% en 2004. La Chine dégage un excédent commercial depuis 1994. L'évolution des dernières années est plutôt positive pour les pays étrangers car comme le montre la courbe du ratio des exportations sur les importations, la différence tend à se réduire depuis 1998.

Ainsi, le marché chinois peut-il être désormais considéré comme plus ouvert aux entreprises étrangères. Les secteurs véritablement manquants sont ceux des banques et des assurances.

1.2.2. UN MARCHÉ NON SATURÉ

Pour la très grande majorité des entreprises, le marché chinois est considéré comme n'étant pas encore saturé. En effet, en se positionnant sur des produits innovants et de meilleure qualité que les produits chinois, les entreprises arrivent à bien vendre leurs productions.

Ceci est bien sûr à nuancer selon les secteurs. Pour les secteurs où il existe déjà des grands groupes chinois compétitifs, comme l'électronique, la situation est plus difficile38(*).

1.2.3. ACCÉDER AU MARCHÉ CHINOIS

On a vu que le marché chinois est tout à fait attractif. C'est là que réside la motivation première des entreprises Sénégalaises à aller en Chine. Les groupes peuvent pour un premier temps partir en Chine principalement pour générer des bénéfices et plus tard pour installer des unités de production, de commercialisation et éventuellement de développement.

Ainsi, aller en Chine ne répond pas à un effet de mode où l'on espérerait des bénéfices uniquement dans le futur, comme ça a pu être le cas pour les nouvelles technologies. Le niveau de rentabilité atteint en Chine est tel que beaucoup d'installations industrielles sont déjà rentabilisées. Les investissements réalisés en Chine s'inscrivent aussi dans un mouvement stratégique visant à profiter à long terme de la croissance du marché chinois et de l'industrie chinoise. Mais, là encore, peu de risques sont pris.

Le Sénégal devrait saisir l'opportunité de l'ouverture du marché chinois à un nombre croissant de produits africains, à droit d'entrée nul. Cette situation représente une bonne occasion pour les opérateurs privés de vendre leur production et par la même, doper leurs potentialités afin d'être plus compétitifs. Pour cela, le Sénégal gagnerait à mettre en place des mesures incitatives de renforcement des capacités de transformation, mais surtout accompagner les efforts dans la démarche Qualité.

L'accès au marché chinois par les opérateurs est important à plusieurs niveaux ; il permet de :

- stabiliser la balance commerciale du Sénégal, en augmentant le flux des exportations ;

- apporter de la valeur ajoutée en créant des emplois et en même temps réduire le chômage ;

- permettre aux industries locales de se développer et d'accroître leur compétitivité et de s'internationaliser davantage; etc....

2. LES PERSPECTIVES DANS LE DOMAINE DU RENFORCEMENT DES CAPACITÉS

2.1. LE DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES

D'une population de plus de 1 milliard 400 millions d'habitants, on retient surtout la richesse en ressources humaines de qualité. « Aller chercher la science jusqu'en Chine » conseille un hadith du Prophète39(*) aux musulmans. Cela donne une idée de la tradition du quête du savoir en Chine, puisque l'islam est apparu au monde au 6ème, 7ème siècle (après Jésus christ). Mais également, cela témoigne de la qualité de ce savoir, parce que déjà à l'époque, les chinois avaient commencé à émerveiller le monde, et nonobstant la distance qui séparait la Chine des autres pays, les musulmans étaient prompts à y aller.

Cet état de fait est davantage justifié de nos jours et doit être un élément à capitaliser dans les nouvelles relations, entre la Chine et le Sénégal. C'est dire que, dans leur recherche du savoir, les Sénégalais peuvent aller jusqu'en Chine. Ce pays est devenu, en moins de dix ans, une référence dans le domaine de l'éducation et de la formation. L'éducation y est, d'ailleurs, obligatoire pendant les neuf premières années d'enseignement.

En Chine, les premiers résultats de la réforme de l'éducation montrent que l'accent a été mis sur le développement de l'éducation rurale, la généralisation de la scolarité obligatoire et l'extension de l'entrée dans l'enseignement supérieur aux couches les plus populaires.

L'essor de l'éducation a permis à ce pays à devenir riche en ressources humaines. D'ailleurs, avec un taux de scolarisation dans les universités de plus de 19 %, l'enseignement supérieur s'est généralisé en Chine, un pays qui comptait, en 2004, plus de 20 millions d'étudiants dont 13 millions dans les matières générales et 800.000 dans la recherche scientifique. Quant au niveau d'instruction des classes ouvrières, il s'est amélioré, passant de l'école primaire au collège.

Toujours dans la même année, le nombre d'enfants ayant pu bénéficier des neuf années de scolarité obligatoire a atteint 93,6 % de la population totale et le taux d'analphabétisme est passé sous la barre des 4 %.

Il faut, par ailleurs, souligner que l'engouement pour la langue chinoise est en train de se développer dans le monde. À l'heure actuelle, le nombre de personnes qui utilisent ou apprennent le chinois à l'étranger a atteint près de 100 millions. La langue est enseignée dans les établissements d'enseignement de divers échelons de quelques 100 Etats du monde.

La coopération chinoise pourrait ainsi appuyer la formation d'étudiants et de cadres. A cet effet, la Chine a déjà formé pour l'Afrique, près de 14 600 personnes, dans différents secteurs. C'est dans cette optique que des bourses sont offertes chaque année à des étudiants sénégalais. L'important serait surtout d'avoir au Sénégal des centres de formation professionnelle capable de former des jeunes, avec le minimum de diplômes. Il serait également judicieux de généraliser l'éducation à tous les enfants en âge d'aller à l'école, mais aussi de la rendre obligatoire pendant les dix premières années, donc jusqu'au niveau du BFEM, au minimum. Cette formation de qualité des cadres sénégalais dans des domaines aussi bien diversifiés que l'informatique industrielle, la mécanique industrielle, l'électronique, la biotechnologie, l'aquaculture, l'agro-alimentaire, la confection textile, la cordonnerie industrielle etc. permettrait au Sénégal de bénéficier facilement d'unités industrielles à même de développer l'économie. Ce développement économique pourrait se faire soit par la délocalisation de sociétés multinationales, soit par la création d'entreprises locale, du genre PME - PMI.

2.2. LA RECHERCHE & DÉVELOPPEMENT

Ce concept n'a pas encore été très développé au Sénégal. Le peu de résultat fourni par la recherche dans notre pays est à peine rentabilisé. Or, ce concept a permis le développement des grands pays industrialisés qui, de par le dynamisme de leur secteur privé, financent la recherche dans les universités ou dans leurs propres laboratoires. Les produits de ces recherches sont par la suite testés, brevetés et mis sur le marché international.

2.2.1. DU DÉVELOPPEMENT À LA RECHERCHE FONDAMENTALE

La Chine sera d'ici quelques années incontournable pour l'innovation technologique. Consciente que l'avenir réside dans la recherche, la Chine a augmenté ses dépenses de Recherche et Développement (R&D) de façon continue affichant le plus haut taux de croissance entre 1991 et 2002. En 2004, la croissance des dépenses était de 19,7% pour atteindre 1,35% du PIB. Selon l'OCDE, en 2002, la Chine dépensait déjà deux fois plus que la France en R&D40(*). Pour le moment, il s'agit plus de développement que de recherche à proprement parler (5,7% des dépenses R&D globales en 2002 sont utilisées par la recherche fondamentale contre 24,4% en France), mais à terme la proportion de recherche fondamentale devrait augmenter.

Graphique : Croissance des dépenses de R&D entre 1991 et 2002 (OCDE)

Source : Larsabal E., Pennel  R., 2005.

Dans un premier temps, le gouvernement chinois a misé sur l'essor de l'enseignement public et de la recherche publique. Le programme 863 ou « National High-Tech R&D Program » sur 6 thèmes prioritaires : technologies de l'information, bio-technologies et technologies agricoles avancées, matériaux, industrie et automatisation, énergie et environnement. Les filières se mettent pour le moment en place et devraient assurer une manne d'ingénieurs et de chercheurs. Le système efficace d'échanges avec les meilleures universités américaines porte déjà ses fruits. Les universités chinoises profitent également des partenariats avec les centres de recherche des groupes étrangers (Thomson, France Telecom...).

Désormais, le gouvernement appelle les entreprises chinoises à développer des capacités de recherche : « Pour survivre et rester en tête sur des marchés de forte compétition, les entreprises doivent mettre en place et améliorer leurs capacités d'innovation ». Les nouveaux grands groupes chinois investissent ainsi généreusement en recherche et développement. Huawei41(*) peut ainsi se vanter d'avoir 48% de ses 24000 employés occupés en R&D pour seulement 10% de son chiffre d'affaires.

Ainsi, pour certains secteurs comme l'électronique, la Chine est la pointe des techniques les plus innovantes grâce à ses grands groupes comme Huawei. Sur d'autres secteurs, elle rattrape petit à petit son retard grâce aux nombreux transferts technologiques. Ainsi, du fait de sa taille et des enjeux auxquels la Chine est confrontée, les secteurs où la recherche chinoise aura le plus d'importance seront les suivants :

- le Nucléaire : le manque chronique d'énergie, associé à une volonté d'indépendance énergétique va amener la Chine à construire l'essentiel des nouvelles centrales nucléaires du monde d'ici 2020. La Chine prévoit dès maintenant la construction de centrales de 3e génération type EPR. Les transferts technologiques associés devraient lui permettre de devenir un membre actif de la recherche nucléaire ;

- l'Environnement : confronté à des problèmes de pollution grave dans les villes industrielles, la Chine se veut leader dans le développement de technologies propres comme la production d'électricité au charbon propre mais aussi le développement de parcs éoliens. Elle se veut également leader dans le domaine des véhicules hybrides (collaboration des universités de Qinghua avec SAIC ou Gelly) ;

- les Technologies de l'information : la Chine cherche à développer fortement les logiciels libres (afin notamment de ne plus dépendre des technologies américaines). La Chine est également leader dans le domaine Internet notamment pour le développement de l'IpV642(*) ;

- l'Agriculture : la Chine développe des hybrides de riz et de mais pour subvenir aux besoins d'une population encore croissante.

Par ailleurs, la Chine devrait bientôt abriter une activité de recherche plus fondamentale, qui sera aussi source d'innovation technologique dans le futur.

Ainsi, une mutation importante est en train d'avoir lieu en Chine : la Chine n'est pas que l'atelier du monde, elle devient aussi un centre technologique mondial. Pour ces raisons, une entreprise présente en Chine sera plus rapide à profiter de la production intellectuelle du pays.

2.2.2. LES STANDARDS

L'essor de l'activité de standardisation en Chine est un exemple intéressant de l'importance stratégique de développer des activités de R&D en Chine. Les standards sont le moyen le plus efficace de mettre en place des barrières non douanières pour protéger l'économie d'un pays des importations et ne pas avoir à payer de droits de licence. La Chine en est consciente comme le montre le développement de normes nationales comme le WAPI, l'EVD, l'IGRS ou le TD-SCDMA... Cependant, les standards sont un domaine sur lesquels la Chine semble avoir évolué résolument vers une plus grande intégration au monde.

La Chine a choisi de jouer le jeu du commerce mondial et, comme les autres pays industrialisés, joue un rôle dans la définition des standards. Elle se place sur ce créneau comme l'égal des autres pays développés. Il est ainsi important pour un pays, que pour les entreprises étrangères d'être présent en Chine pour pouvoir suivre de l'intérieur les efforts de standardisation et influencer ces développements. Siemens, Ericsson et Alcatel ont ainsi noué des partenariats avec des entreprises chinoises pour développer le TD-SCDMA.

La recherche développement est devenue incontournable dans l'évolution des technologies. La Chine semble avoir montré la voie au Sénégal. Les réalités de la mondialisation veulent que notre pays se hisse au niveau des pays industrialisés. Les idées que nous développons sont loin d'être utopistes, la Chine, le Japon, l'Inde etc. sont passés par ce stade. Il faudrait surtout beaucoup de volonté politique et d'abnégation populaire pour y arriver. Déjà, des efforts, sont entrain d'êtres faits, même s'ils sont, par ailleurs, timides. L'essentiel serait d'accroître les compétences en Recherche et Développement, mais surtout, orienter la recherche vers les secteurs clés tels que les nanotechnologies, l'énergie nucléaire (civile), la biotechnologie etc. qui s'avèrent des créneaux porteurs de développement. Les Universités existantes43(*) ainsi que les centres universitaires régionaux44(*) peuvent être les réceptacles des activités de recherche et développement.

CONCLUSION

Au terme de notre étude, nous avons tenté de circonscrire les enjeux de la coopération sino-sénégalaise sous différents angles. Cependant, le manque d'informations lié au caractère nouveau du thème45(*) a limité notre analyse.

Les fondements du développement chinois en Afrique se conçoivent sous l'angle de la géo-économie et de la géopolitique. Il est essentiel de considérer que ce développement se présente sous la forme d'une cohérence politique tant interne qu'externe. L'expansion à l'international devant assurer la légitimité du pouvoir chinois tout comme le développement du pays requiert la mise en oeuvre d'une stratégie d'expansion opportuniste.  La Chine s'appuie sur son rôle « tiers mondiste » hérité de Bandoeng (1954) et du contexte de la guerre froide (3ème voie) pour expliquer sa légitimité en Afrique. Elle bénéficie donc de soutiens de pays africains tout comme elle justifie son projet politique mondial par sa volonté pacifique de participer aux affaires de ce monde au sein d'une gouvernance équilibrée ; opposition à la « pax americana ».

L'exemple chinois montre en fait qu'il n'y a pas de théorie politique où économique qui puisse résister à la mondialisation. Les Etats se réadaptent en fonction des exigences du monde, des réalités économiques et des projections de développement. Les orientations politiques du Sénégal, en l'occurrence : un régime libéral « social », n'ont rien de contradictoires à celles de la Chine : un régime de socialisme « capitaliste ». En réalité, nous y verrons même une certaine complémentarité dans la mesure où chacun ne s'inspire que de ce qui est positif chez l'autre.

Le développement fulgurant de la Chine, se mesure surtout par son PIB qui s'est élevé à 1650 US dollars en 2006. Malgré une croissance de 9,5% pour l'année 2006, la Chine se maintient à la 6ème place mondiale en raison de la baisse du dollar auquel est arrimée sa propre monnaie. Néanmoins, Elle dépasse la France et la Grande-Bretagne en 2007. Ainsi, elle est :

- -1ère mondiale en agriculture, la Chine produit environ 13,5% des fruits, 18% des céréales (maïs et blé), 49% des légumes en 2004. Elle possède 50% du cheptel porcin mondial ;

- 4ème en industrie après les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne. La Chine a généré en 2003 environ 6,9% de la valeur ajoutée manufacturière mondiale (29% de celle des PVD) ;

- 3ème dans l'automobile, sa position est plus affirmée dans les poids lourds avec 1,58 millions d'unités en 2003 et les bus (1,11 millions d'unités) ;

- 1er dans les télévisions, les jouets, les chaussures et les appareils électroménagers ;

- 3ème dans l'informatique : les producteurs chinois souvent associés aux taïwanais s'affirment dans un nombre croissant de segments (périphériques, circuits intégrés, etc.).

Quant au Sénégal, il offre des opportunités d'affaires qui drainent peu d'investissements autres que commerciaux. Sa situation géographique intéressante lui donne un accès facile aux marchés extérieurs : (9 jours. de bateaux/USA, 5 heures de vol / l'UE). Le Sénégal exporte également des matières premières sans transformation (Phosphate v/s engrais, anacarde, poissons...). Néanmoins, le climat des affaires est à améliorer, étant caractérisé par une faiblesse des Investissements Directs Etrangers, malgré ses avantages comparatifs avec : AGOA et TSA (coût des facteurs industries textiles). Dans la sous-région, il fait office de stabilité politique et offre un cadre favorable aux opérateurs économiques (Tata, Sénégal Pêche et armements, ferrailleurs indiens...). Au niveau du Continent c'est une « vitrine démocratique » disposant d'un poids diplomatique important (NEPAD, UA, implications dans la résolution des crises...).

Le Sénégal est ainsi une porte d'accès stratégique en Afrique, il est en même temps un centre névralgique entre l'Afrique, l'Europe et l'Amérique. Toutes ces raisons font que la Chine ne pouvait se passer de ce pays.

L'accès aux ressources naturelles constitue un fondement de la coopération ; dans le but d'assurer le développement économique chinois. L'objectif étant d'assurer l'indépendance énergétique du pays face à l'Opep et aux Etats-Unis et aux fluctuations des marchés de ressources (minéraux, bois, métaux, et surtout hydrocarbure). A ce titre, l'Afrique fournit 28% des hydrocarbures (Angola, Soudan, Congo Brazaville).

La configuration de « l'eldorado africain » est un phénomène récent qui permet à la Chine d'écouler des produits « made in china » à faible valeur ajoutée comme à haut potentiel technologique mais cette politique a ses limites (dumping) qui peut, à terme réduire le développement de fait des pays africains. Mais en matière d'affaires, il faut être vigilant. Car la Chine vise d'abord ses intérêts avant ceux des Africains. Ainsi, les pays comme le Sénégal doivent faire preuve de responsabilité et de clairvoyance pour ne pas être « mauvais gagnants ».

Déjà, des produits chinois inondent les marchés sénégalais, créant ainsi une sorte de concurrence déloyale vis-à-vis des produits locaux. De plus, le pays de l'empire du milieu est critiqué parce qu'il ne ménagerait pas assez les ouvriers sénégalais que ses entreprises basées dans le pays emploient.

L'Afrique présente également un intérêt pour la Chine dans le processus de réunification avec Taïwan et sans la concurrence de Taïwan, l'attrait pour l'Afrique en serait sans doute moins marqué (Jiang, 2006). La rupture des relations diplomatiques entre Taïwan et le Libéria en 2003 et le Sénégal en 2005 symbolise ce renversement de tendance qui place la non ingérence comme l'un des moteurs de la coopération sino-africaine.

Les nouveaux axes de coopération avec le partenaire chinois semblent dessiner un avenir prometteur. Cela dit, il appartient aux pays africains de savoir bien gérer cette nouvelle forme de coopération, de sorte à en tirer le meilleur profit. Cette coopération du genre donnant-donnant et gagnant-gagnant, pourrait tracer de profonds sillons de développement pour les pays du Sud.

Ainsi, dans le cadre de cette présente étude, nous avons vu que la coopération entre la Chine et le Sénégal pourrait être avantageuse pour le Sénégal, comme elle pourrait également être désastreuse au niveau de certains domaines. Tout dépend du contenu que  ce pays va vouloir lui donner.

Le Sénégal devrait donc faire preuve de tact, afin de trouver un juste milieu pour que ce nouvel élan de coopération soit réellement profitable aux deux parties. Les Occidentaux semblent mal apprécier ce rapprochement entre la Chine et le Sénégal du fait qu'ils perdent du terrain dans le pays. D'ailleurs, ils sont eux-mêmes résolus à accentuer leurs relations commerciales avec ce pays d'Asie.

La Chine est en effet un vaste marché à cause notamment de son importante population. Lorsque les consommateurs sont aussi nombreux, les opportunités d'affaires sont généralement alléchantes. Si l'occident s'évertue à exploiter ce créneau, pourquoi pas notre pays ? Le Sénégal peut bien tirer profit de l'expertise chinoise déployée en Afrique. En terme de développement, le Sénégal gagnerait assurément à s'inspirer du modèle chinois. Ce pays, jadis sous-développé, a effectué une percée fulgurante en quelques décennies, laissant loin derrière, les Etats africains. Peut-être qu'enfin, l'heure du réveil a sonné. La Chine est assurément en train de leur indiquer la voie.

De son côté, le Sénégal attend de la Chine non pas une invasion par des produits bon marché, mais surtout une coopération qui puisse lui permettre de renforcer ses infrastructures, de diversifier son tissu industriel et bénéficier d'un transfert de technologie.

Afin d'optimiser la coopération entre les deux pays, nous proposons un certain nombre de recommandations que nous exposons comme suit :

- il faudrait d'abord consolider l'intégration régionale comme cadre de la coopération, dans la mesure où la Chine réfléchit en termes d'ensemble régional africain et non par pays. Selon S.E.M. Cheikh Tidiane Gadio, Ministre sénégalais des Affaires Etrangères, les Africains gageraient à unir leur force, et harmoniser leur positions en matière de coopération avec les autres pays, ou continent. Pour cela, la mise en oeuvre des Etats-Unis d'Afrique est impératif ;

- avoir une vision sous-régionale en fonction de la spécificité des questions de la coopération ;

- impliquer la Chambre consulaire régionale de l'UEMOA et les organisations patronales et régionales.

- s'appuyer sur la chambre consulaire sino-africaine ;

- disposer d'une vision politique de ce que souhaite le Sénégal pour renforcer sa diplomatie économique ;

- afficher des ambitions claires et se doter des moyens de leur réalisation ;

- pour renforcer ses partenariats autour de la stratégie de croissance accélérée du Sénégal ; déterminer ce que le Sénégal peut tirer de la Chine : Quelle valeur ajoutée le Sénégal peut-il tiré a vis-à-vis de ce marché ?

- renforcer un réel transfert de savoir-faire et de technologie (Agriculture, Call Center, Pisciculture...);

- attirer des opérateurs économiques intéressés à investir dans des stratégies plus durables que le commerce de produits de consommation courante (Intégration des Chaînes de production) ;

- promouvoir les échanges et les investissements à partir de forums, salons etc. ;

- donner une place privilégiée au secteur privé dans la coopération ;

- assurer un suivi des plans d'actions et une évaluation annuelle.

SIGLES ET ABREVIATIONS

ANP : ASSEMBLÉE NATIONALE POPULAIRE

APIX : AGENCE DE PROMOTION DES INVESTISSEMENTS ET DES GRANDS TRAVAUX

ASEPEX : AGENCE SÉNÉGALAISE DE PROMOTION DES EXPORTATIONS

BCEAO : BANQUE CENTRALE DES ETATS DE L'AFRIQUE DE L'OUEST

BFEM : BREVET DE FIN D'ETUDE MOYEN

BRVM : BOURSE DES VALEURS MOBILIÈRES

BTP : BÂTIMENT, TRAVAUX PUBLICS

CCFC : CENTRE D'ETUDES FRANÇAIS SUR LA CHINE CONTEMPORAINE

CFAO : COMPAGNIE FRANÇAISE DE L'AFRIQUE DE L'OUEST

CIJ : COURS INTERNATIONALE DE JUSTICE

CINU : CENTRE INFORMATION DES NATIONS UNIES

CIO : COMITÉ INTERNATIONAL OLYMPIQUE

CNOCC: CHINA NATIONAL OFFSHORE OIL CORPORATION

ENA : ECOLE NATIONALE D'ADMINISTRATION

EPPS : ENQUÊTE SU LA PERCEPTION DE LA PAUVRETÉ

ESAM : ENQUÊTE SÉNÉGALAISE AUPRÈS DES MÉNAGES

FCSA : FORUM SUR LA COOPÉRATION SINO-AFRICAINE

FMI : FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL

FOPROMEX : FONDS POUR LA PROMOTION DES EXPORTATIONS

IAGS : INSTITUT POUR L'ANALYSE DE LA SÉCURITÉ GLOBALE 

ICS : INDUSTRIES CHIMIQUES DU SÉNÉGAL

KW : KILOWATTS

MIFERSO : MINES DE FER SÉNÉGAL ORIENTAL

MW : MÉGAWATT

NEPAD : NOUVEAU PARTENARIAT POUR LE DEVELOPPEMENT DE L'AFRIQUE

NSTS : NOUVELLE SOCIÉTÉ TEXTILE SÉNÉGALAISE

OMC : ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE

ONG : ORGANISATION NON GOUVERNEMENTALE

ONU : ORGANISATION DES NATIONS UNIES

OUA : ORGANISATION DE L'UNITÉ AFRICAINE

PCC : PARTI COMMUNISTE CHINOIS

PED : PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT

PIB : PRODUIT INTÉRIEUR BRUT

PMA : PAYS MOINS AVANCÉ

PME : PETITE ET MOYENNE ENTREPRISE

PMI : PETITE ET MOYENNE INDUSTRIE

PNDS PLAN NATIONAL DE DÉVELOPPEMENT SANITAIRE

PNDS : PLAN NATIONAL DE DÉVELOPPEMENT SANITAIRE

PPTE : PAYS PAUVRES TRÈS ENDETTÉS

QUID : QUESTIONNAIRE UNIFIÉ DES INDICATEURS DE DÉVELOPPEMENT

R&D : RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT

SAR : SOCIÉTÉ AFRICAINE DE RAFFINAGE

SENELEC : SÉNÉGALAISE DE L'ELECTRICITÉ

SINOPEC : CHINA PETROLEUM ET CHEMICAL COORPORATION 

SINOPEC : CHINA PETROLEUM ET CHEMICAL COORPORATION 

SODEFITEX : SOCIÉTÉ DE DÉVELOPPEMENT DES FIBRES TEXTILES

UA : UNIION AFRICAINE

UE : UNION EUROPÉENNE

TVA: TAXES SUR LA VALEUR AJOUTÉE

UA : UNITÉ AFRICAINE

UEMOA : UNION ECONOMIQUE DES ETATS DE L'AFRIQUE DE L'OUEST

USD : DOLLARS AMÉRICAIN

ZEE : ZONE ÉCONOMIQUE EXCLUSIVE

ETC.

BIBLIOGRAPHIE

1. Ambassade de France au Sénégal, 2006. Investissement Directe étranger et présence française, 5 pages.

2. Bejing information, 1997. La Chine et le Monde, Série «relations extérieures», 140 pages.

3. BROADMAN, H.G., 2006. Africa's Silk Road, China and India's New Economic Frontier, The World Bank.

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5. FOCAC, 2006. China's African policy, 106 pages.

6. DEFRAIGNE, P. 2005. The EU, china and the quest for a multilateral world, IFRI, 125 pages.

7. DELB Bruno, 2001. Le Confucianisme, 3 pages.

8. DIEDHIOU Léondre Sylvain, 2005. Les Déterminants de l'investissement direct étranger au Sénégal, 87 pages.

9. DIRECTION DU COMMERCE INTERIEUR, SERVICE REGIONAL DE DAKAR, 2005, Situation administrative des commerçants chinois, RAPPORT D'ENQUETE, 2 pages

10. DIRECTION DU COMMERCE INTERIEUR, COMPTE-RENDU DE REUNION SUR LA DISTRIBUTION DES PRODUITS PAR DES OPERATEURS CHINOIS DU 15 JANVIER 2003, 5 pages.

11. DOMENACH Jean-Luc - La Chine est-elle entrée dans le monde, 12 pages.

12. DUMONT Jean-Christophe, MESPLE-SOMPS Sandrine 2000. L'impact des infrastructures publiques sur la compétitivité et la croissance : Une analyse en EGC appliquée au Sénégal ; 37 pages.

13. Étude économique de la Chine, 2005. OCDE, 11 pages. 

14. FUNÈS Nathalie, 2006. Les Chinois à la conquête de l'Afrique, Le Nouvel Observateur, 5 pages.

15. GAYE Adama, 2006. Chine-Afrique : Le dragon et l'autruche, Edition Etude Africaine, 294 pages.

16. HAFSI T, Zabouri M, 2005.LA CHINE : UN GÉANT DURABLE ? HEC Montréal, Cahier de recherche N° 21-02, Université de Montréal.

17. HAZARD Eric, 2006. L'émergence de la Chine et de l'Inde sur l'économie Sénégalaise : Risques, défis et opportunités, Enda Tiers monde, Prospectives Dialogues Politiques.

18. JACQUET Pierre et CHARNOZ Olivier, 2003. Infrastructures, croissance et réduction de la pauvreté; 20 pages.

19. KAEWKERD Piyawat, MEGZARI Selim, VULLIAMY Roland, le 5 Décembre 2005. Dépendance énergétique de la Chine, Lausanne, 6 pages.

20. KANE, Amadou Habib, 2004. L'Impact des dépenses publiques sur la croissance économique d'un pays en développement : le cas du Sénégal, 71 pages.

21. LARSABAL Etienne, PENNEL  Régis 2005. Les investissements français en Chine : les multinationales face au géant chinois, Rapport de stage, Ecole des Mines de Paris, Corps Technique de l'Etat, 83 pages.

22. MINISTERE DU COMMERCE, DIRECTION DU COMMERCE EXTERIEUR, 2006. FICHE SUR LES PERSPECTIVES DE COOPERATION ECONOMIQUE ET COMMERCIALE ENTRE LA REPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE ET LA REPUBLIQUE DU SENEGAL, 6 pages.

23. MOLINIER Stéphane, SCHERER Christian Janvier 2005. Rapport de Mission, Chine - Taiwan, Développement du marché Chinois Quelle stratégie pour les fournisseurs
et sous-traitants de nos Grands Groupes ? Le cas du secteur aéronautique, Ministère de l'Economie des Finance et de l'industrie, Paris, 41 pages.

24. Note stratégique SENEGAL, 2002. DIRECTION GENERALE DE LA COOPERATION AU DEVELOPPEMENT, 58 pages.

25. OECD (2005a), Financing Strategy of the Urban Wastewater Sector in Selected Municipalities of the Sichuan Province in China, OECD, Paris, forthcoming.

26. Perspectives économiques du Sénégal, 2006. OCDE, 17 pages

27. PINAUD Nicolas, 2006. L'ascension de la Chine et de l'Inde : quels enjeux pour l'Afrique ? Paris, OCDE, 40 pages.

28. Point Sud, Regard sur le Monde, 2006. Dossier Chine, 28 pages.

29. RAMONET Ignacio, août 2004, Chine, mégapuissance, in « LE MONDE DIPLOMATIQUE », Page 1.

30. République Française, MINISTERE DÉLÉGUÉ AU COMM ERCE EXTÉRIEUR, 2004. Chine : la longue marche vers la « société de prospérité moyenne », 38 pages.

31. SIGRIST Arnaud et THAUVIN Sébastien, 2000. Investissements publics et Croissance, 15 pages.

32. SINGH-PAULIAT ALEXANDRA, septembre 2005. Offensive sur l'Afrique, 5 pages.

33. World Bank, 2006. China Governance, Investment Climate, and Harmonious Society: Competitiveness Enhancements for 120 Cities in China, 133 pages.

34. World Bank, 2006. China Quarterly Update, World Bank Office, Beijing, 22 pages.

35. YING LI, 2005. Réussir l`implantation d`une entreprise en Chine, Mémoire Master 1 Stratégie Financière Entreprise, UNIVERSITE PAUL CEZANNE AIX-MARSEILLE III FACULTE D`ECONOMIE APPLIQUE, 25 pages.

36. YOLIN Jean-Michel et al, novembre 2004. Rapport de Mission Chine - Taiwan Développement du marché Chinois Quelle stratégie pour les fournisseurs et sous-traitants de nos Grands Groupes ? 41 pages.

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION GENERALE 1

I. Présentation Générale de la chine et du Sénégal 3

1. Presentation de La Chine 3

2. Présentation du Sénégal 6

II. Historique des relations entre le Sénégal et la Chine 9

premiere PARTIE 11

LES RELATIONS ENTRE LA CHINE ET LE 11

SENEGAL : UNE COOPERATION A PRIORI DIFFICILE 11

I. Les Systèmes de développement des deux pays 12

1. Les facteurs socio-économiques et Politico-diplomatiques de la Chine 12

1.1. Aperçu Socio-économique 12

1.1.1. Contexte économique, financier et perspectives 12

a. L'économie Chinoise 12

1.1.2. Contexte social, humain et perspectives 16

a. La croissance démographique 16

b. Les réalités culturelles 17

c. La langue 17

d. Les inégalités sociales 17

1.2. Aperçu politique et Diplomatique 18

1.2.1. Institutions et vie politique 18

a. le Pouvoir exécutif 18

b. le Pouvoir législatif 19

c. le Pouvoir judiciaire 19

d. Un régime entre « socialisme » et « capitalisme » 20

1.2.2. Le contexte Diplomatique 21

2. Les facteurs socio-économiques et Politico-diplomatiques du Sénégal 23

2.1. Aperçu Socio-économique 23

2.1.1. le Contexte économique et financier et perspectives 23

2.2.1. le Contexte social et humain et perspectives 26

a. Les ethnies et langues au Sénégal 26

b. Les Religions et confréries au Sénégal 27

c. Une prévalence de la pauvreté 27

d. Lés secteurs socio de base 28

2.3. Aperçu politique et Diplomatique 29

2.3.1. Le contexte politique 29

a. Le pouvoir exécutif 29

b. Le pouvoir législatif 30

c. Le pouvoir Système judiciaire 30

2.3.2. Le contexte Diplomatique 31

II. Les zones d'ombres de la coopération entre la Chine et le Sénégal 35

1. Le Triptyque des relations Chine Afrique 36

1.1. L'élargissement du marché chinois en Afrique 36

1.2. La recherche de matières premières 38

1.3. Une offensive diplomatique d'envergure 40

2. Les menaces pour le Sénégal 42

2.1. L'invasion du marché Sénégalais 42

2.2. Les pratiques douteuses 47

2.2.1. De la contrefaçon à la fraude 47

2.2.2. La corruption 48

2.2.3. L'exploitation abusive des employés 49

deuxieme PARTIE : 51

UNE COOPERATION BASEE SUR LA 51

THEORIE DU « GAGNANT-GAGNANT » 51

I. Les domaines de coopération 52

1. Les axes de la coopération bilatérale 53

1.2. La cooperation politique 53

1.2.1. La Coopération financiere 54

1.2.2. La Coopération au plan agricolE 54

1.2.3. La coopération dans l'éducation et la formation 54

1.2.4. La coopération au plan infrastructurel 55

1.2.5. La coopération Sanitaire 55

1.2.6. La coopération énergétique 56

1.2.7. La coopération sur le plan des Technologies de l'information et de la communication (TIC) 56

1.2.8. La coopération douanière et commerciale 57

a. La coopération douanière 57

b. Les relations commerciales 57

Evolution des importations : 57

Evolution des exportations : 57

2. Les domaines de coopération à renforcer 58

2.1. la Promotion et la Diversification des exportations 58

2.2. Agriculture et Agroalimentaire 58

2.2.1. Le Riz 58

2.2.2. L'Arachide: 59

2.2.3. Le Sel 59

2.2.4. La Filière horticole 59

2.3. les Infrastructures 60

2.4. les Produits de la mer 60

2.5. les Télécommunications et l'informatique 61

2.6. le Tourisme 61

2.7. le Transports 62

2.8. le Textile 62

2.9. l'Energie et les Mines 63

2.10. Les AUTRES QUESTIONS 63

2.10.1. le Traitement douanier préférentiel pour certains produits sénégalais 63

2.10.2. Protocole d'Accord cadre de coopération commerciale entre les départements ministériels du commerce des deux pays 64

2.10.3. Présence de commerçants chinois dans le secteur de l'informel 64

2.10.4. Négociations commerciales multilatérales à l'OMC 64

2.10.5. Assistance technique 65

II. Quelles perspectives pour la Coopération SINO-SÉNÉGALAISE 66

1. Dans le domaine économique 66

1.1. La promotion de l'investissement direct étranger (IDE) au Sénégal 66

1.1.1. L'expérience chinoise en IDE 67

1.1.2. Tendances et perspectives du senegal 69

1.2. Le Sénégal à l'Assaut du marché Chinois 71

1.2.1. Un marché ouvert 71

1.2.2. Un marché non saturé 72

1.2.3. Accéder au marché chinois 72

2. les perspectives Dans le domaine du renforcement des capacités 74

2.1. Le développement des Ressources Humaines 74

2.2. La Recherche & Développement 76

2.2.1. Du développement à la recherche fondamentale 76

2.2.2. Les standards 78

Conclusion 80

SIGLES ET ABREVIATIONS 85

BIBLIOGRAPHIE 87

TABLE DES MATIERES 90

LISTES DES TABLEAUX 95

LISTES DES PHOTOS 95

LISTES DES CARTES 95

LISTES DES GRAPHIQUES et courbes 95

LISTES DES SITES INTERnET 96

SITES INTERNATIONAUX 96

SITES CHINOIS 96

SITES SÉNÉGALAIS 97

TABLE DES ILLUSTRATIONS

LISTES DES TABLEAUX

Tableau 1 : Principaux indicateurs économiques chinois en 2004

Tableau 2 : Principaux indicateurs économiques Sénégalais en 2004

Tableau 3 : de la répartition des boutiques chinoises

LISTES DES PHOTOS

Photo 1 : centres commerciaux chinois, sur le prolongement de l'avenue Faidherbe (Photo M.S.Diop ; 2007).

Photo 2 : boutiques d'habillement, sénégalais, souffre de la concurrence chinoise, (Photo M.S.Diop ; 2007).

Photo 3 et 4 : une véritable économie de marché dans l'avenue Charles De Gaulle (Photos M.S.Diop ; 2007).

Photo 5 : des touristes français viennent acheter des articles sur les étaux sénégalais. (Photo M.S.Diop ; 2007).

Photo 6 : d'autres font leur achat dans les boutiques chinoises. (Photo M.S.Diop ; 2007).

LISTES DES CARTES

Carte 1 : Présentation de la Chine

Carte 2 : Présentation du Sénégal

Carte 3 : Présences chinoise en Afrique

LISTES DES GRAPHIQUES ET COURBES

Figure 1 : Répartition du PIB Chinois par secteurs d'activité en 2005

Figure 2 : Estimations des auteurs sur la base des données de la Direction de la prévision et de la statistique.

Figure 3 : Graphique du taux de croissance du PIB Chinois.

Figure 4 : Courbe des réserves Chinoises entre 2001 et 2006.

Figure 5: Courbe des importations Chinoises entre 2002 et 2006.

Figure 5 : Courbe de Croissance des IDE reçus en Chine.

Figure 6 : Graphique Croissance des dépenses de R&D entre 1991 et 2002 (OCDE).

Figure 7 : Graphique des investissements Directs Asiatique en Chine en 2003.

LISTES DES SITES INTERNET

SITES INTERNATIONAUX

DREE Chine www.dree.org/chine/

Ubifrance www.ubifrance.fr

CCIP www.ccip.fr

UCCIFE www.ccife.org

BERD www.ebrd.com

OCDE www.oecd.org

CNUCED www.un.org

Banque mondiale www.banquemondiale.org

Le vent de la Chine www.leventdelachine.com

DS avocats www.dsavocats.com

COFACE www.coface.fr

Rexecode www.rexecode.asso.fr

Radio France Internationale  www.RFI.org

SITES CHINOIS

Ministry of Commerce of China www.mofcom.gov.cn

Ministry of Science and Technology www.most.gov.cn

Ministry of Labour and Social Security www.molss.gov.cn

National Bureau of Statistics of Chine (NBS) www.stats.gov.cn

National Development and Reform Commission: www.sdpc.gov.cn

National Audit Office www.audit.gov.cn

Sasac (State Owned Assets Supervision...) www.sasac.gov.cn

Invest in China www.fdi.gov.cn

China Daily www.chinadaily.org.cn

Portail officiel chinois www.china.org.cn

Agence Chine Nouvelle www.french.xinhuanet.com

SITES SÉNÉGALAIS

Gouvernement : www.gouv.sn

Le Soleil : www.lesoleil.sn

Walfadjri : www.walf.sn

Université Cheikh Anta DIOP : www.Ucad.sn

Université Gaston Berger de Saint-Louis : www.ugb.sn

Jeune Afrique : www.Jeune-Afrique.org

L'observateur : www.l'obs.sn

Rewmi : www.rewmi.com

Ministère des Affaires étrangères : www.diplomatie.gouv.sn

* 1 C'est sous la Présidence du Général De Gaulle que la France a établit des relations diplomatiques au niveau d'Ambassadeurs avec la Chine, le 27 janvier 1964.

* 2 Gouverneur de la banque centrale chinoise.

* 3 Le territoire passera à 14 régions, avec le projet de l'érection de Sédhiou, Kédougou et Kaffrine comme nouvelles régions.

* 4 Déclaration du premier ministre chinois, Wen Jiabao.

* 5 www.china.org.cn

www.sdpc.gov.cn

* 6 www.gouv.sn

www.Jeune-Afrique.org

www.lesoleil.sn

* 7 www.gouv.sn

www.Jeune-Afrique.org

www.lesoleil.sn

www.walf.sn

* 8 www.sénégalaisementvotre.com

* 9 www.Jeune-Afrique.org

* 10 www.gouv.sn

* 11 Avec le boycott des élections législatives, le nombre de partis siégeant à l'assemblée nationale tourne autour de cinq partis.

* 12 www.gouv.sn

* 13 Un des points de l'ordre du jour du sommet de l'Union Africaine qui doit se tenir en juillet 2007, Accra.

* 14 Pour mémoire, on rappellera que le Maroc a quitté l'OUA depuis 1984, suite à l'admission au sein de l'Organisation de la République Arabe Sahraoui.

* 15 www.gouv.sn

www.diplomatie.gouv.sn

* 16 Spécialiste en sécurité énergétique et directeur exécutif de l'Institut pour l'analyse de la sécurité globale (IAGS).

* 17 Analyste à l'Institut d'Etudes de Sécurité de l'Union européenne.

* 18 Terme dérivé de l'Anglais désigne un centre d'activité, un point névralgique qui permet de joindre facilement plusieurs autres.

* 19 Se conférer à la partie sur le contexte Diplomatique du Sénégal.

* 20 C'est l'un des auteurs du rapport L'ascension de la Chine et de l'Inde : quels enjeux pour l'Afrique ?

* 21 Interview avec Dame Ndiaye, propriétaire d'une boutique d'alimentation et président de l'Unacois (Union nationale des Commerçants et Industriels du Sénégal).

* 22 Président de la Nouvelle Société Textile Sénégalaise (NSTS).

* 23 Quartier de Populaire de Dakar, situé à 1 kilomètre du centre ville.

* 24 Président Directeur Général de la CFAO, filiale du groupe PPR spécialisée dans la distribution automobile et de médicaments en Afrique et dans les Dom-Tom.

* 25 Un responsable de l'Unacois-Def.

* 26 www.chinadaily.org.cn

www.mofcom.gov.cn

www.molss.gov.cn

* 27 www.chinadaily.org.cn

www.mofcom.gov.cn

www.molss.gov.cn

* 28 www.lesoleil.sn

www.walf.sn

* 29 Extrait du discours du Président Hu Jintao, lors de l'ouverture du sommet Chine-Afrique, le 3 novembre 2006, à Beijing.

* 30 Il s'agissait des victimes des inondations de la saison pluvieuse de l'année 2005.

* 31 www.french.xinhuanet.com

* 32 Secrétaire à l'ambassade de la République Populaire de Chine à Dakar.

* 33 Complexe immobilier à réaliser sur le site de l'aéroport actuel.

* 34 www.fdi.gov.cn

www.stats.gov.cn

* 35 Ces propos sont du Ministre chinois chargé du commerce.

* 36 www.APIX.sn

* 37 Cette société est devenue Orange Sonatel, après d'une partie par la firme internationale Orange.

* 38 www.mofcom.gov.cn

www.stats.gov.cn

* 39Prophète Mohammed (PSL)

* 40 Ce qui représente a priori beaucoup plus de chercheurs qu'en France étant donné la différence des salaires.

* 41 Huawei est un grand groupe, opérateur en télécommunication, l'entreprise a étendu ses investissements en Asie et gagne du terrain en Afrique.

* 42 Internet Protocole version six.

* 43 Université Cheikh Anta DIOP et Universités Gaston Berger.

* 44 CUR de Thies, Bambey et Ziguinchor.

* 45 Le rétablissement des relations entre la Chine et le Sénégal n'a duré que 18 mois.











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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.