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Accès à la microfinance, inégalité et pauvreté en Cote d'Ivoire


par Ambroise ABANDA
Ecole Nationale Supérieure de Statistique (ENSEA) d'Abidjan-Côte-d'Ivoire en collaboration avec l'Université de Versailles - DESS en Analyses Statistique Appliquées au Développement 2004
  

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CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

Nombre de gouvernements se sont fixé des objectifs chiffrés pour la lutte contre la pauvreté, et ont défini des plans et des stratégies d'élimination de la pauvreté, notamment en stimulant l'emploi et élaborant ou améliorant les moyens dont ils disposaient pour mesurer les progrès. Certains ont poursuivi le renforcement de plans, de programmes et de mesures déjà en place pour lutter contre la misère.

Le microcrédit et d'autres instruments financiers ont vu croître leur popularité, étant une des voies par lesquelles on arrive à doter les pauvres des moyens dont ils ont besoin, de sorte que nombre de pays ont ouvert plus largement l'accès à ce type de programmes.

L'un des principaux objectifs visés par la promotion de la microfinance en Côte d'Ivoire était de fournir des services financiers et autres à ceux qui sont souvent négligés par le secteur bancaire traditionnel et d'atteindre ainsi les familles les plus pauvres.

Au terme de notre étude, il ressort en substance quelques résultats marquants et on peut relever les suivants :

ü L'accès au système financier décentralisé diminue la probabilité d'un chef de ménage ivoirien d'être pauvre en même temps qu'elle réduit les inégalités. Si la pénétration de la microfinance dans un village qui initialement évoluait entièrement hors du système financier devenait totale de sorte que tous les chefs de ménage finissent par y adhérer, on pourrait ainsi s'attendre à ce que les inégalités diminuent du tiers, toutes choses étant égales par ailleurs.

ü La pauvreté a un effet négatif significatif sur l'accès au SFD et au système financier de manière générale. La proportion des pauvres parmi les clients des IMF est de 27% et l'encadrement des pauvres par le SFD est encore très insuffisant : sur 100 chefs de ménage pauvres, seuls 12 ont accès au système financier décentralisé et 47% évoluent hors du système financier.

ü Malgré le fait que la politique de microfinance ivoirienne ait eu pour objectif de faciliter l'accès des pauvres au système financier, et même si les bilans des institutions de microfinance de la Côte-d'Ivoire montrent une croissance des transactions prises globalement au niveau national, la pauvreté constitue encore un facteur qui limite les chances des individus face à l'accès au système financier décentralisé.

ü Le fait d'appartenir au secteur informel réduit la probabilité d'accès au système financier. En termes de nombre de clients, un tiers (33%) du portefeuille de la microfinance ivoirienne vient du secteur informel. Et un chef de ménage sur quatre exerçant dans ce secteur a accès au SFD alors que 57% n'ont pas du tout accès au système financier.

ü Le niveau d'instruction a un effet positif sur l'accès au système financier mais cet effet est particulièrement plus élevé (environ 4 fois) pour l'accès au système bancaire qu'au SFD. Et actuellement, seuls 13% des chefs de ménage analphabètes ont accès au SFD alors que trois chefs de ménage analphabètes sur quatre sont carrément exclus du système financier.

La capacité des programmes de microfinance à soutenir les acteurs du secteur informel et ceux du milieu rural dans le contexte de lutte contre la pauvreté tient dans sa capacité à diversifier les services financiers offerts mais aussi dans la mise en place des programmes qui se concentreront sur d'autres contraintes centrales qui pèsent sur les ménages : l'accès à des marchés porteurs, l'organisation des filières, l'insécurité, l'accès à l'information économique et aux savoir-faire.

À la lumière de ces résultats, l'on peut formuler les recommandations suivantes :

Ø Élaborer des politiques nationales et un système réglementaire souples et adaptés aux spécificités des institutions de microfinance et des micro-entreprises.

Ø Encourager et faciliter le développement des coopératives, ensuite diffuser largement des informations et offrir une formation concernant le fonctionnement effectif et les avantages de cette formule.

Ø Renforcer et élargir les programmes de microcrédit et autres instruments de financement adaptés aux besoins et aux possibilités des personnes marginalisées et des groupes vulnérables, en vue de collecter davantage l'épargne auprès des acteurs du secteur informel, de faciliter l'accès au microcrédit à un plus grand nombre de personnes.

Ø Développer les services consultatifs et l'assistance technique dans le domaine de l'agriculture, y compris l'élevage et la pêche, et promouvoir, en tenant compte de l'accroissement de la pauvreté rurale, du manque de terres et de l'exode rural, les petites entreprises et les emplois ruraux indépendants, notamment pour les femmes.

Ø S'agissant des conditions de mise en oeuvre du microfinancement et la possibilité de simplifier les conditions d'octroi du microfinancement aux plus démunis, il est important que la législation nationale ne restreignent pas arbitrairement les taux d'intérêts appliqués par les sociétés de microfinancement. Car, les taux d'intérêts sont la principale garantie de durabilité du principe de microfinancement.

Ø Promouvoir la mise en place des mutuelles, car une mutuelle responsabilise les populations du point de vue tant de l'apport en capital que de la gestion et du contrôle. Ce qui permet également une appropriation du mécanisme financier par les populations des localités appuyées. La formule mutualiste est souple et peut s'adapter à des contextes très variés.

Ø Organiser au sein des mutuelles l'offre de produits financiers destinés au secteur agricole.

Ø Former les dirigeants et les employés des mutuelles à l'utilisation des progiciels afin qu'elles puissent réaliser la planification financière à moyen terme de leur institution.

Ø Associer compétences financières et compétences en animation afin de limiter les coûts, de partager les risques et surtout d'endogéneiser le risque. L'analyse du vécu et des représentations des emprunteurs montre que ce sont des relations de confiance issues d'un processus endogène d'apprentissage qui sont le principal mécanisme incitatif. Par ailleurs, l'analyse d'un projet de microcrédit féminin mis en oeuvre par le Crédit Mutuel du Sénégal a montré qu'un partenariat entre une institution financière et un organisme de proximité peut être un moyen de rendre un système de microfinance viable financièrement tout en étant accessible aux pauvres32(*).

* 32 Article d'I. Guérin «Le dilemme Viabilité /Proximité en microfinance : partenariats et confiance.» Revue Savings and Development, n°2, XXIII, 1999, pp. 146-169

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