WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Devenir professionnel des diplômés du système universitaire guinéen : étude exploratoire à partir des diplômés de l'Université de Conakry

( Télécharger le fichier original )
par Mamadou Gando BARRY
Université de Montréal - Maîtrise en Sociologie 2003
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

5.2 SITUATION DE L'EMPLOI

Du point de vue de l'emploi, sur un total de quarante interviewés, près de la moitié est au chômage. Les plus touchés sont les diplômés de la Faculté des Sciences. Vu du Canada (voir Audet, 1995) cela peut paraître étonnant mais dans un pays comme la Guinée, les biologistes, les chimistes, les physiciens tout comme les mathématiciens ont du mal à s'insérer sur le marché de travail. Cela peut s'expliquer par le fait que laboratoires et industries ne sont pas très développés en Guinée. Il y a là un phénomène important que d'autres études devraient approfondir. Par ailleurs, parmi les diplômés qui ont un emploi, douze effectuent un travail à contrat renouvelable chaque année dans le secteur public. Tandis que les neuf autres font un travail à durée indéterminée. Parmi ces derniers, huit évoluent dans le secteur privé et un dans le secteur public.

Par ailleurs, il faut noter qu'une grande proportion (62 %) des répondants qui occupent un emploi, (qu'ils soient dans le secteur privé ou public), font un travail dans un secteur non relié à leur domaine d'études universitaires. Par exemple sur un total de 21 diplômés en emploi, il résulte que seulement huit (38 %) ont un travail relié à leur domaine d'étude. Ils sont quatre en provenance de la Faculté des Sciences et quatre de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines. Tandis que les 13 autres occupent un emploi non relié à leur domaine d'études universitaires. Cette situation peut s'expliquer par le fait que les diplômés sont confrontés à un marché du travail guinéen déprimé et par une demande moins spécialisée d'experts qui valorisent les formations complémentaires.

D'ailleurs, très souvent, les diplômés suivent les formations en fonction des offres d'emploi et non en fonction de leurs formations de base. Dans un marché d'emploi

déprimé comme celui de la Guinée, où l'accès à un emploi est très rare, ce qui compte pour les diplômés, c'est l'acquisition d'un emploi, le lien avec le domaine d'étude vient au second rang.

5.3 ORIGINE SOCIALE

Du point de vue de l'origine sociale des répondants, les interviewés sont majoritairement fils et filles de fonctionnaires (soit 55 % de l'échantillon total) dont onze de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines et onze de la Faculté des Sciences, soit un total de vingt deux sur quarante diplômés retenus. Les fonctionnaires en Guinée, ont, par rapport aux autres catégories, l'avantage statutaire de la stabilité de l'emploi et de la rémunération. Parmi eux, il faut cependant distinguer les cadres et professionnels et les semi-professionnels. Les diplômés qui ont des parents cadres et professionnels sont au nombre de treize, tandis que neuf diplômés ont des parents semi-professionnels. Ceux qui ont des parents commerçants sont au nombre de huit (dont 6 de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines et 2 de la Faculté des Sciences). Sept des interviewés ont un père cultivateur (dont 3 de la Faculté des Lettres et 4 de la Faculté des Sciences), alors que cette catégorie compte pour 60 % de la population guinéenne. Seulement trois ont des parents ouvriers ou artisans et ils ont tous fréquenté la Faculté des Lettres et Sciences Humaines.

Tableau 1 : Profession du père et situation des diplômés par rapport au marché de l'emploi

Profession du père

En emploi

Au chômage

Total

Fonctionnaire6 dont :

11

11

22

- Cadre ou professionnel

8

5

13

- Semi-professionnel

3

6

9

Commerçant

5

3

8

Cultivateur

4

3

7

Ouvrier/artisan

1

2

3

Malgré les limites dues à la nature exploratoire de notre étude, on peut penser à partir des chiffres présentés dans le tableau 1 que les enfants issus de familles modestes ont de la difficulté à entrer à l'université. Ceci est cohérent avec les résultats de la plupart des études sur les populations étudiantes qui ont indiqué que l'origine sociale a un effet reconnu sur la capacité à entrer à l'université. Les résultats sont marqués par la spécificité du statut relativement avantageux des fonctionnaires en Guinée et le très faible nombre de fils d'ouvriers et artisans et en proportion de fils de cultivateurs.

La question est alors de savoir si l'effet de l'origine sociale comme l'ont affirmé plusieurs auteurs (Bourdieu et Passeron, 1970; Kelley, 1976) continue à se manifester dans l'obtention d'un emploi et nous en avons fait une de nos hypothèses. Malgré une fois encore les limites de nos données, nos résultats ne semblent pas corroborer clairement cette hypothèse. On observe en effet que sur les 22 diplômés fils et filles de fonctionnaires, la moitié est au chômage, et apparemment en proportion, n'ont pas le même taux de réussite que les fils de commerçants et les fils de cultivateurs. Il faut dire ici que le statut des commerçants est plus précaire et moins aisé que celui des fonctionnaires. Deux éléments viennent cependant tempérer quelque peu la mise en question du lien origine sociale-emploi. D'abord le fait que deux parmi les trois enfants d'ouvriers ou artisans n'ont pas d'emploi et ensuite qu'au sein des enfants des

6 Dans le contexte guinéen, comprendre par fonctionnaires, les employés de la fonction publique que nous avons pris soins de regrouper en deux catégories : - en cadres et professionnels regroupant des administrateurs, des cadres supérieurs, des professeurs d'université;

-en semi-professionnels regroupant les enseignants du niveau secondaire et primaire, des adjoints administratifs, des infirmiers.

fonctionnaires, les fils et filles des semi-professionnels sont eux aussi nettement moins bien placés par rapport à la catégorie supérieure des fonctionnaires.

Ces résultats sur un échantillon dont la représentativité n'est pas contrôlée ont évidemment une portée limitée. Néanmoins, dans ce cas, l'origine sociale n'a pas d'effet clairement observable sur l'obtention d'un emploi et ces résultats font douter de l'hypothèse initiale. Ceci peut s'expliquer de la façon suivante. L'origine sociale a un effet reconnu sur la capacité à entrer à l'université. Cette variable n'aurait-elle pas lorsque l'on parle des diplômés, déjà pleinement exercé son effet antérieurement, laissant place à d'autres facteurs.

Nous montrerons un peu plus loin le rôle des réseaux, des stages et des formations complémentaires. On pourrait alors se demander si l'effet de l'origine sociale ne se manifesterait pas de façon indirecte dans l'utilisation des réseaux sociaux ou des formations complémentaires. Nous avons donc cherché à éclairer ces sous-hypothèses à partir des tableaux 2 et 3. En ce qui concerne les réseaux, la configuration de leur utilisation ne coïncide pas avec l'idée que les catégories les plus aisées seraient celles qui les utiliseraient le plus avec succès.

Parmi les fonctionnaires, les fils de cadres ou de professionnels utilisent peu les réseaux et les fils de semi-professionnels n'ont pas grand succès pour trouver un emploi par ce moyen. En revanche les fils de commerçants et de cultivateurs sont parmi ceux qui les utilisent le plus avec succès. Là encore l'hypothèse de l'effet de l'origine sociale montrant un avantage des catégories les plus aisées en termes de réseaux pour l'accès à l'emploi n'est pas cohérent avec les résultats de ce petit échantillon.

Près de la moitié de nos interviewés ont utilisé leur réseau. Le taux de succès des réseaux est très bon, puisque douze sur dix huit (66,66 %) des répondants ont obtenu un emploi par ce moyen. Parmi ceux qui n'ont pas utilisé les réseaux ou qui n'ont pas de réseaux, le taux de succès est inversé, neuf sur vingt deux seulement ont obtenu un emploi sans utilisation des réseaux. Il faut préciser que parmi les neuf, deux ont postulé directement.

Tableau 2 : Utilisation ou non du réseau et profession du père

Profession du père

En emploi

Au chômage

 

Ont utilisé les

réseaux

N'ont pas utilisé les réseaux

Ont utilisé les réseaux

N'ont pas de
réseaux7

Cadres et professionnels

2

6

2

3

Semi-professionnels

-

3

4

2

Commerçants

5

-

-

3

Cultivateurs

4

-

-

3

Ouvrier/artisan

1

-

-

2

Toutefois, si les réseaux sont utilisés fréquemment par les diplômés, il faut préciser que tous les réseaux de relations ne sont pas efficaces pour permettre de décrocher un emploi en Guinée. Il arrive que des réseaux soient plus forts que d'autres. En Guinée, les réseaux deviennent faibles le plus souvent quand la personne qui soutient le diplômé dans ses démarches est soit à la retraite, soit n'occupe plus une fonction permettant d'influencer le réseau de relations. Sur dix neuf diplômés en chômage, 6 ont essayé d'utiliser leur réseau sans obtenir un emploi, tandis que les 13 autres ne disposent d'aucune possibilité de recourir aux réseaux pour s'insérer sur le marché de travail guinéen.

Le tableau 3 montre le lien entre formation complémentaire et la profession du père. Ce qui frappe, c'est que les formations complémentaires sont avant tout utilisées par les fils de cadres et professionnels et quelque peu par les fils de semi-professionnels alors que les autres catégories les utilisent de façon marginale ou jamais comme pour les fils d'ouvriers. Ceci montre en même temps l'efficacité d'insertion de ces formations puisqu'aucun des diplômés ayant suivi de telles formations n'est en chômage. Même ceux qui ont eu directement un emploi ont aussi suivi une formation complémentaire.

On peut alors conclure que si l'origine sociale jouait un rôle dans l'insertion en emploi, ce serait par le biais des formations complémentaires. Ceux qui seraient les plus à l'aise financièrement utiliseraient les formations complémentaires qui supposent d'ailleurs un

déboursé ou l'aide d'une relation. En revanche, les fils de commerçants et de cultivateurs feraient appel beaucoup plus souvent aux réseaux.

Tableau 3 : formation complémentaire et profession du père

Profession du père En emploi Au chômage

 

Avec formation complément aire

Sans Avec

formation formation

complémentai complément

re aire

Sans formation complément aire

Cadres et professionnels

8

 

5

Semi-professionnels

3

 

6

Commerçants

1

4

3

Cultivateurs

1

3

3

Ouvrier/artisan

 

1

2

Après la présentation du profil et l'origine sociale des répondants, nous allons dans les lignes qui suivent aborder d'abord le rôle des réseaux de relation dans l'accès à l'emploi, ensuite les formations complémentaires et leur rôle dans l'accès à l'emploi des diplômés.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Enrichissons-nous de nos différences mutuelles "   Paul Valery