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La microfinance rurale au Sénégal

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par Babacar LO
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Maitrise es Sciences Economiques option Analyse et Politique Economiques 2007
  

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Section 2 : Les réseaux

Les réseaux sont les regroupements des mutuelles d'épargne et de crédit en union, fédération et confédération. Ils peuvent se doter d'un organe financier qui est une structure dotée de la personnalité morale et dont l'objet principal est de centraliser et de gérer les excédents de ressources financières des membres.

En effet, face à la multitude des mutuelles d'épargne et de crédit isolées, l'un des enjeux de la nouvelle réglementation en microfinance est la structuration du secteur, en incitant les mutuelles à se constituer en réseaux ou à s'affilier à des réseaux déjà existants.

On peut identifier trois types de réseaux mutualistes selon les dynamismes à l'origine de leur création.

2-1/Le premier type de réseaux : Union émanant de la mise en réseau de caisses préexistantes de manière « endogène »

Le premier type de réseau concerne les réseaux qui ont directement été pensés et construits sous forme de réseaux, à l'image des trois plus grands réseaux sénégalais (CMS, UM-PAMECAS et ACEP). Ces grands réseaux ont démarré sous forme de projets menés par des ONG ou organisations étrangères (Centre International du Crédit Mutuel pour le CMS, Développement International Desjardins pour l'UM-PAMECAS et USAID pour ACEP).

Ils ont bénéficié d'une aide externe financière et technique importante. Le degré d'harmonisation de ces réseaux est élevé avec des caisses construites sur un même modèle et fonctionnant de manière identique. Le choix de l'implantation d'une nouvelle mutuelle, ses produits et son mode de fonctionnement, sont déterminés au départ par la direction du réseau. Le pouvoir de la caisse se limite généralement à la gestion quotidienne de l'activité (essentiellement analyse et validation des demandes de prêts). Ce type de réseau fonctionne efficacement (les trois réseaux en question ayant réussi à s'imposer comme leaders sur le marché de la microfinance au Sénégal), mais on peut s'interroger sur la réelle appropriation de ces réseaux par leurs membres et sur leur capacité et volonté à répondre de façon adéquate aux besoins des paysans et du monde rural.

2-2/Deuxième type de réseau : Union émanant de la mise en réseau de caisses préexistantes de manière « endogène ».

Ce deuxième type concerne les réseaux nés de regroupements de mutuelles préexistantes sur la base d'une dynamique endogène ; c'est le cas du réseau Inter-CREC en Bases Casamance).

Ce réseau (Inter-CREC), qui a reçu un agrément en 2004, regroupait fin Décembre 2005, 17 caisses de base et 7500 membres.

A l'origine six caisses avaient été crées par des organisations paysannes de la FONGS et de CORD/B (une association d'organisation paysanne propre à la Base Casamance). Les caisses elles mêmes ont jugé judicieux de se regrouper et de créer leur propre Union. Cette volonté de regroupement a été facilitée par le fait que les OP, à l'origine de leur création étaient elles mêmes membres de la fédération d'OP et avaient déjà une identité et des objectifs communs fort avant même la création du réseau. De fait des interactions et des mécanismes d'entraide préexistaient au niveau des mutuelles de base. Cette solidarité était d'autant plus forte que ces mutuelles ont toujours du compter presque uniquement sur leurs propres ressources pour exister, la Casamance n'étant pas une région propice à l'appui d'organisations étrangères du fait des conflits qui l'animent. La création de l'Union est donc une initiative tout à fait endogène qui assure une cohésion sociale forte et une appropriation poussée par les membres. Cependant deux risques importants menacent le réseau : d'une part, la difficulté de l'Union à assurer sa viabilité financière et technique sans appui externe, d'autre part, la croissance rapide du réseau avec la création de 11 nouvelles caisses moins bien développées que les six caisses historiques. Le risque est que les six premières peuvent avoir le sentiment de tirer le reste du réseau et remettre en cause la viabilité du réseau. Cependant, l'appui externe a contribué à l'émergence d'autres réseaux.

2-3/D'autres réseaux émergents

Sur la liste des réseaux, nous notons ceux qui sont nés d'une dynamique mise en réseau, le plus souvent initiés par des acteurs externes (ONG, organismes publics de coopération étrangère, organisations internationales) : c'est le cas du projet de création d'une Union dans la région de Louga à l'initiative de deux ONG européennes, Aquadev (ONG Belge) et CISV (ONG Italienne) mais aussi la FENAGIE (Fédération National des Groupements d'intérêt Economique de Pêche).

Pour le cas de Louga, le projet de mise en réseau des mutuelles d'épargne de base bénéficie de l'appui financier de l'Union Européenne.

Comme on vient de le noter, il a été initié par deux ONG internationales mais il doit se faire en partenariat avec le CNCR/Louga (Comité National de Concertation et de Coopération des réseaux).

L'intérêt d'un soutient externe est de bénéficié de moyens financiers et techniques conséquents pour réaliser le projet (cf. section4).

Cependant, plusieurs questions préoccupantes ont été soulevées :

i) risque de sentiment de désappropriation des membres des mutuelles adhérentes et de perte de contrôle par les organisations paysannes à l'origine de leur création ;

ii) modalité de choix des mutuelles autorisées à adhérer au réseau ;

iii) les critères privilégiés jusque là étant les performances sociales ainsi que la prise en considération de la diversité des situations des mutuelles. Il y'a donc un risque, dans cette démarche, de voir se créer un système à deux vitesses avec d'un coté le réseau et de l'autre, les mutuelles isolées considérer comme insuffisamment performantes financièrement pour incorporer le réseau.

Pour le cas de la FENAGIE Pêche son succès est du à sa présence dans les villages les plus reculés du pays.

Un rapport de la BCEAO (disponible à la cellule AT/CPEC), sur l'analyse de la portée des SFD du Sénégal, piloté par le Groupe Consultatif d'Assistance aux Pauvre (CGAP), nous a les données ci-dessous.

La FENAGIE est une fédération de groupements d'intérêt économique (GIE) implantés au niveau local et regroupant des professionnels de la pêche. Elle est présente dans 8 régions du pays et comptait en 2005, 45000 membres dont 62% sont des femmes. Elle comprenait 53 syndicats locaux représentant chacun environ 2500 GIE de pécheurs, des ouvriers spécialisés dans le traitement du poisson et des marchands de poissons. Les syndicats locaux membres, doivent verser des droits d'adhésion de 25000FCFA et les membres individuels versent annuellement un droit d'adhésion de 1000FCFA dont 20% sont reversés aux syndicats locaux.

La FENAGIE a été fondée en vue de renforcer l'autonomie des communautés de pêcheurs et améliorer la gestion des ressources marines. Sur cette base, elle offre des services financiers (prêts) et non financiers. Ces prêts ne sont pas consentis à des personnes à titre individuel mais plutôt aux GIE membres qui, en général, prennent les décisions concernant la répartition ou le partage des prêts accordés au groupe. La FENAGIE offre essentiellement deux sortes de prêts : des prêts de petits montants qui varient entre 30000 et 150000FCFA et sont généralement destinés aux femmes, et des prêts de gros montants qui varient entre 500000 et 850000FCFA destinés à faire face à la demande de prêts de gros montants émanant des hommes.

La FENAGIE offre également une gamme de services non financiers qui découle de sa mission. Au nombre de ceux-ci, il convient de citer les programmes devant permettre aux femmes d'avoir accès à des équipements pour le traitement du poisson, une unité d'achat en gros pour l'acquisition d'équipements, un programme de sécurité alimentaire financé par la FAO, la formation des pêcheurs, des ouvriers spécialisés dans le traitement du poisson et des petits marchands de poisson ainsi qu'un programme de protection de la mangrove.

La FENAGIE pilote également nue mutuelle d'assurance maladie implantée dans 8 localités.

Il ressort de cette enquête quantitative, menée par le CGAP que, dans l'ensemble, la FENAGIE travaille avec les clients les plus pauvres de l'enquête. Cette situation n'est pas la résultante d'une stratégie de ciblage, mais est plutôt due au fait qu'elle travaille avec les communautés de pêcheurs qui sont en général défavorisées.

Un certain ciblage est toutefois effectué à travers des stages de formation préalables aux prêts, des produits conçus sur mesure pour divers groupes et des actions orientées vers les femmes.

2-4/Avantages et inconvénients de la mise en réseau

Les avantages : Le premier avantage de la mise en réseau est sans doute la gestion plus efficace

des liquidités. En effet, le principe de mutualisation des ressources veut que les caisses de base disposent leurs excédents au niveau de l'Union. Cette dernière joue le rôle de caisse centrale et gère les liquidités pour l'ensemble du réseau.

Aussi lorsqu'une caisse est en surplus de liquidités, ce surplus peut être utilisé par une autre caisse se trouvant dans la situation inverse, tel est le rôle des intermédiaires financiers. Les caisses de base n'ayant pas toujours leurs pics de liquidités au même moment, cette gestion centralisée permet de lisser les fluctuations au niveau du réseau. De plus, l'Union ayant généralement accès au système bancaire, peut être en mesure de gérer les liquidités de façon plus efficace en optimisant le placement des excédents de liquidités des caisses.

Un second avantage de la mise en réseau est l'amélioration de l'accès aux financements externes. En effet les mutuelles isolées ne possèdent pas toujours une comptabilité suffisamment élaborée et transparente pour assurer leur crédibilité auprès des banques, de bailleurs de fonds ou même d'ONG. L'union ayant un poids plus important et une meilleure visibilité, a généralement plus de facilités pour obtenir la confiance des institutions de financement ; or l'accès à des lignes de financement externes, surtout à long terme, peut s'avérer très utile pour les mutuelles. En effet, la loi PARMEC impose que les actifs à moyen et long terme soient couverts par des ressources de même échéances. Cette règle prudentielle limite fortement la possibilité pour les mutuelles d'octroyer des prêts à plus long terme étant le caractère généralement court terme de l'épargne des membres. Cependant la loi PARMEC règlemente également le taux de dépendance externe des mutuelles. Le montant des prêts octroyés ne peut être supérieur au double du total de l'épargne récoltée auprès des membres.

La mise en réseau permet également des économies d'échelles. En effet, certains services ou outils peuvent être très coûteux à supporter par une mutuelle isolée. On peut citer en exemple l'informatisation et l'acquisition d'un logiciel adapté, le financement d'expertises, la formation du personnel ou l'achat en gros de manuels et d'outils de gestion permettant des économies de coûts.

De plus, le réseautage favorise les échanges de capacités et de « bonnes pratiques » entre les mutuelles, ainsi que l'échange d'informations sur les membres. En effet, dans les régions où coexistent de nombreuses mutuelles d'épargne et de crédit, les membres peuvent être tentés de s'affiler à plusieurs mutuelles et obtenir ainsi des prêts dans plusieurs institutions en même temps. Ces pratiques risquent de conduire au surendettement des membres. La mise en réseau de mutuelles d'une même région conduit le nombre d'intervenants et permet ainsi de limiter les phénomènes de double adhésion et cumul d'emprunts.

En fin, la mise en réseau permet de renforcer le contrôle interne et externe. En effet, du point de vue interne, une équipe technique de professionnels est généralement constituée au niveau central et assure le contrôle de toutes les unités décentralisées. Ce contrôle plus ponctuel (en général biannuel) vient s'ajouter au suivi quotidien des activités du personnel des caisses de base par leur comité de surveillance respectif. Du point de vue externe, en plus du contrôle annuel de la AT/CPEC, un réseau peut également plus facilement faire appel à des auditeurs privés. Toutefois, la mise en réseau peut aussi avoir des inconvénients.

Les inconvénients :

Le premier désavantage pour une mutuelle de s'affilier à une union est sans doute le fait de devoir renoncer en partie à sa souveraineté.

En effet, la caisse est alors obliger de composer avec les exigences de l'union (telles que des règles d'harmonisation des outils de gestion) et de céder une partie de ses compétences au profit de la structure centrale (comme la gestion des liquidités).

Un second inconvénient est que la tutelle exercée par l'union peut engendrer un sentiment de dépossession au sein de la mutuelle. Le fonctionnement de la structure globale peut échapper aux membres et la complexification du système du à la mise en réseau peut limiter leur pouvoir d'influence et de contrôle. Le recours par l'union à des gestionnaires professionnels accentue cette tendance.

Au sein d'un réseau, il faut également, il faut également une certaine harmonisation des politiques de crédit, des outils de gestion, des procédures internes pour assurer une certaine transparence (la standardisation des opérations facilite l'analyse des opérations de chaque unité de base), pour organiser la collecte des données financières et permettre une consolidation de la comptabilité au niveau de l'union ainsi qu'un traitement équitable de tous les membres du réseau.

En fin, la mutualisation des surplus des caisses est un élément important pour assurer un fonctionnement efficace du réseau.

Les caisses de base sont ainsi solidaires financièrement.

Le sentiment d'appartenir à un même groupe partageant une vision commune est essentiel pour favoriser les synergies entre les unités de base et une cohésion sociale au sein du réseau.

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"La première panacée d'une nation mal gouvernée est l'inflation monétaire, la seconde, c'est la guerre. Tous deux apportent une prospérité temporaire, tous deux apportent une ruine permanente. Mais tous deux sont le refuge des opportunistes politiques et économiques"   Hemingway