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Réfugiés Hmong à  Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) - rapports aux lieux et diaspora

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par Pilippe MICHEL-COURTY
Université de POITIERS - Migrinter - Master 2 2007
  

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v Les entretiens : modalités et outils de recueil des données

Nous avons rencontré un certain nombre d'acteurs institutionnels en mairie qui nous ont communiqué des informations aussi bien sur la commune que sur la population étrangère, en particulier laotienne. Pendant les premières années qui ont suivi l'arrivée des familles originaires du Laos (1981-1987), un recensement nominatif de ces familles a été réalisé, permettant de suivre l'évolution de la composition des ménages et leur implantation résidentielle. Des informations en matière de politique d'accueil des réfugiés sur la commune nous ont été également communiquées : elles permettent de comprendre l'évolution quantitative de ces familles pendant la même période. La rencontre d'un assistant social plus particulièrement chargé du suivi des dossiers concernant ces familles a complété ce recueil de données factuelles. Il a été enfin possible d'entrer en contact avec madame Odyle GARRIGUES, résidant actuellement en Guyane, qui a été, dans les années 1980, formatrice dans le centre d'accueil des réfugiés de Port-Leucate : son témoignage sur l'organisation de centre a été précieux dans la mesure où n'existe, à notre connaissance, aucun document à ce sujet.

Avant de mener les premiers entretiens, nous avions souhaité sélectionner des individus en fonction de critères spécifiques, en particulier la date d'arrivée sur la commune. Une arrivée ancienne ou récente assurait de recueillir des parcours migratoires différents. De même le critère de l'âge nous paraissait important car il devait permettre d'appréhender diverses modalités d'intégration et des approches peut-être différentes de la culture hmong. Enfin, le sexe des individus correspondait à un autre critère de sélection, afin de vérifier l'existence de certaines spécificités dans les mobilités et les rapports aux lieux. Les témoignages ont été recueillis au sein de 5 familles sur le 9 résidant dans la commune (familles Ka-Gé TCHA, Teng CHIENG, Tsiong-Yia TCHA, Neng TCHA et Pao CHA) au cours d'entretiens menés soit de manière semi-directive au domicile des enquêtés, soit plus informels à l'occasion de rencontres dans la rue ou lors de réunions de famille ou de fêtes communautaires. Ces entretiens ont été fait d'abord avec les pères de famille et ont été prolongés auprès des enfants.

Il faut toutefois noter les difficultés rencontrées pour obtenir les premiers entretiens, les personnes se réfugiant derrière la barrière de la langue et prétextant la nécessité d'un interprète. La présence de ce dernier a eu à la fois des avantages - le discours ralenti permet une prise de notes plus facile - mais également des inconvénients, car, comme le fait remarquer G. CONDOMINAS, « s'il faut passer par un interprète, cela devient fastidieux. L'étranger pose une question, l'interprète la traduit ; on répond, l'interprète retraduit ; tous ces temps creux, pris par les traductions, allongent démesurément la conversation et risquent de faire perdre le fil du discours [...] Les confidences perdent de leur liberté [...] D'ailleurs, comment se confier vraiment, en passant par un intermédiaire ? Et si l'on « s'est mis à table », les temps d'arrêt qu'exige la traduction donnent à celui qui se confie l'occasion de réfléchir, ce qui change considérablement la teneur des confidences » (CONDOMINAS, 1965 : 203). Toutefois, même si la présence d'un interprète est demeurée indispensable avec certaines personnes - les femmes en particulier - afin d'obtenir des renseignements précis, le dialogue direct s'est instauré rapidement, ce qui, à nos yeux, a traduit une marque de confiance de la part des interviewés. De même, si dans les premiers temps, il était indispensable d'obtenir un « rendez-vous » officiel après en avoir clairement précisé les intentions, parfois au prix de plusieurs jours d'attente, la confiance qui nous a été peu à peu accordée nous a permis d'arriver à l'improviste au domicile de la personne que nous souhaitions rencontrer et d'être accueilli sans difficulté.

Les entretiens ont été organisés selon 2 modalités de manière à recueillir méthodiquement les informations. Les parcours migratoires et les « histoires de vie » ont été recueillis à l'aide d'une matrice biographique, permettant de mettre en relation histoire, mobilité professionnelle et résidentielle de manière à caractériser l'évolution concordante et cohérente d'une période assez longue (DI MEO, 2005). Ces matrices ont été complétées progressivement, le recueil d'informations initial s'apparentant davantage à un « sommaire », détaillé par la suite, permettant ainsi à l'interviewé de « suspendre sa vie pour la regarder comme elle fut » (SAYAD, 1993 : 823)22(*). Nous avons procédé par ailleurs à des entretiens semi-directifs sur des thèmes précis : le mariage, la mort, les traditions... Il est à noter qu'il y a eu souvent interférence entre ces deux techniques, récits de vie et commentaires ou confidences se mêlant. Dans ce cas-là, le recours aux enregistrements a facilité le classement des informations.

Il faut enfin reconnaître une difficulté majeure rencontrée au cours de ce travail de terrain, liée au statut de la femme placée sous l'autorité incontestable du chef de famille. La rencontre en dehors de la présence de l'époux n'a pas pu être réalisée.

La familiarité qui s'est instaurée progressivement avec la communauté nous a permis de participer à des fêtes familiales et à des cérémonies traditionnelles. La première fut un mariage célébré entre Faty TCHA, un jeune homme hmong, et une jeune fille française, en mai 2007 ; la seconde, une séance de chamanisme au domicile de Ka-Gé TCHA, en juin 2007, dont le récit détaillé figure intégralement en annexe. L'intérêt de ces moments repose sur le fait que l'observateur se fond totalement dans le groupe et capte ainsi de multiples informations, que l'entretien ou la discussion même informelle ne permettent pas d'obtenir.

* 22 SAYAD, A. 1993. La Misère du monde (sous la direction de Pierre Bourdieu), Paris : éditions du Seuil. 947 p.

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon