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Mobilisation de l'epargne au Sénégal - cas des SFD et des AREC

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par Mbaye FALL
Université Paris 13 - Master 2 Banque Finance Gestion des Risques 2008
  

Disponible en mode multipage

THEME :

MOBILISATION DE L'EPARGNE AU SENEGAL : CAS DES SFD ET DES AREC

INTRODUCTION

1. LES FACTEURS DETERMINANTS DE L'EPARGNE AU SENEGAL

1.1 Définition

1.1.1 Une finalité

1.1.2 Une attitude volontariste

1.2 Approche théorique

1.3 Description de l'évolution des variables

1.3.1 L'inflation

1.3.2 Le taux d'intérêt réel

1.3.3 Le revenu

1.3.4 La variable démographique

1.3.5 L'épargne extérieure

1.3.6 Le taux de change effectif réel

2. La situation de l'épargne intérieure

3. Les systèmes d'épargne au Sénégal

3.1 L'épargne formelle

3.1.1 La mobilisation de l'épargne par les SFD

3.1.1.1 Définition conceptuelle

3.1.1.2 Vocabulaire utilisé

3.1.1.3 Evolution des FSD et cadre réglementaire

3.1.1.3.1 Evolution des SFD

3.1.1.3.2 Cadre réglementaire

3.1.1.4 Présentation des SFD

3.1.1.4.1 Typologie des SFD au Sénégal

3.1.1.4.1.1 Les Mutuelles d'Epargne et de Crédit (MEC)

3.1.1.4.1.2 Les Groupement d'Epargne et de Crédit

3.1.1.4.1.3 Les Structures ou Organisations sous convention Cadre

3.1.1.4.2 Activités, produits et services de l'épargne

3.1.1.4.2.1 Les activités

3.1.1.4.2.2 Les produits et services de l'épargne

a) L'épargne volontaire

b) L'épargne obligatoire

c) L'épargne liée à un service donné

3.2 Le système informel de l'épargne

3.2.1 L'épargne informelle : une épargne associative

3.2.2 Les limites de l'épargne informelle

4. Recommandations

4.1 Diversifier les produits de collecte de l'épargne domestique

4.2 Raffermir la crédibilité et la sécurité des moyens de paiement

4.3 Dynamiser le marché régional des capitaux

4.4 Adoption d'une politique d'augmentation des revenus

4.5 Maîtrise de l'inflation

4.6 Politique de réduction du taux de dépendance économique

4.7 Politique d'incitation à l'épargne extérieure

4.8 Réorganisation ou articulation entre le secteur financier formel et le secteur financier informel

CONCLUSION

INTRODUCTION

La question sur la mobilisation de l'épargne au Sénégal se pose avec beaucoup d'acuité comme d'ailleurs dans tous les pays en voie de développement.

Le développement économique suppose un investissement dans le système productif. L'investissement implique au préalable l'existence d'une épargne clef de la croissance. L'épargne continue de financer une bonne partie de l'investissement dans la plupart des pays en voie de développement. En effet, une épargne abondante et régulière permet à un pays de réaliser une croissance équilibrée. L'épargne au Sénégal est caractérisée par un niveau de mobilisation très bas donc insuffisante pour alimenter les investissements.

Cette situation est pour une grande partie due à plusieurs facteurs liés à un ensemble de variables explicatifs que nous aborderons dans notre étude.

L'évolution du revenu des populations sénégalaises est très faible. Le taux de croissance démographique soutenu a un impact négatif sur le revenu des ménages.

Dans un environnement macroéconomique très instable, l'inflation n'est pas maîtrisée. Le taux d'inflation élevé freine le développement d'une épargne abondante.

Le taux d'intérêt réel, qui joue un rôle de contrainte de liquidité lorsqu'il est élevé, influence largement l'épargne domestique.

L'impact de l'épargne extérieure sur l'épargne nationale produit un effet de revenu positif. Or, depuis une longue période, cette épargne extérieure a été négative au Sénégal. Le taux de change effectif réel a aussi un impact non moins significatif sur l'épargne nationale.

Nous avons ensuite introduit dans notre étude la situation de l'épargne intérieure au Sénégal. L'insuffisance de l'épargne domestique se traduit par un déséquilibre significatif de toutes les balances de paiements courants.

Au Sénégal, malgré la cohabitation du secteur bancaire classique avec les institutions financières non bancaires tels les Systèmes Financiers Décentralisés et le secteur financier informel, le taux d'épargne est particulièrement faible.

Il sera aussi question de traiter l'évolution de l'épargne intérieure de 1970 à 2000.

Il est nécessaire de scripter les différentes formes d'épargne au Sénégal. L'épargne au Sénégal forme deux sphères structurées selon deux logiques différentes :

ü Une sphère officielle, légale régie par une réglementation : l'épargne formelle.

ü Une sphère informelle échappant à toute contrainte fiscale et réglementaire et touchant une partie importante des populations, surtout les plus défavorisées : l'épargne informelle.

Cette situation est caractérisée par un dualisme financier au sens large comme la juxtaposition des secteurs formel et informel en matière de financement.

L'épargne formelle concerne les banques, les institutions financières, les instituions de micro finance et les sociétés d'assurance.

Nous allons davantage l'accent sur le rôle joué par les Systèmes Financiers Décentralisés dans la collecte de l'épargne au Sénégal.

Ces institutions de micro crédit connaissent un essor fulgurant. Elles sont caractérisées par leur facilité d'accès au crédit qui, jusque là, était très difficile avec les banques.

Le système informel regroupe les associations tontinières, les personnes physiques, les commerçants, les employeurs et groupements, en développant des réseaux de solidarité. Le système est régi par des règles simples et adaptées au pouvoir d'achat de la clientèle.

L'inefficacité du secteur financier formel, due en grande partie à la sa rigidité de ce secteur et à l'omniprésence des pouvoirs publics, principalement en matière de fixation des taux d'intérêt, ont pour conséquence la présence du secteur informel à côté du secteur formel.

La naissance des associations rotatives d'épargne et de crédit est marquée par la manifestation de l'expression de la volonté d'un groupe pour satisfaire les besoins d'épargne de ses membres.

Leurs motivations ne sont pas seulement d'ordre économique mais peuvent être aussi des motivations sociales.

Toutefois, l'épargne informelle présente des limites liées essentiellement à la nature très particulière de ces organisations.

Les nombreuses insuffisances du secteur financier sénégalais empêchant ainsi une grande mobilisation de l'épargne, nous a poussé à terminer notre étude par la formulation de recommandations.

Ces recommandations peuvent s'articuler autour des points suivants :

· La diversification des produits de collecte de l'épargne domestique ;

· Le raffermissement de la crédibilité et la sécurité des moyens de paiement ;

· Le dynamisme du marché financier sous-régional ;

· L'adoption d'une politique d'augmentation des revenus ;

· La maîtrise de l'inflation ;

· Une politique de réduction du taux de dépendance économique ;

· Une politique d'incitation à l'épargne extérieure ;

· Une meilleure articulation entre le secteur formel et le secteur informel.

1. Déterminants de l'épargne au Sénégal

1.1. Définition

Le dictionnaire Larousse définit l'épargne comme « une fraction du revenu individuel ou national qui n'est pas affectée à la consommation », tandis que pour le dictionnaire Robert, il s'agit « des dépenses affectées à un niveau inférieur aux recettes, en vue de constituer une réserve ».

S'accordant communément à reconnaître que l'épargne est constituée d'une valeur non affectée à la consommation, les deux définitions présentées diffèrent toutefois profondément dans l'objectif qu'elles attribuent à l'épargne.

La première définition induit une notion de résidu : l'épargne. C'est ce qui reste quand on a finit de satisfaire ses besoins ; elles réduit l'épargne privée à l'équation suivante :

Epargne monétaire = Revenu disponible - Dépenses

Toutefois, la seconde ne perçoit pas de manière purement négative l'épargne comme le résultant d'une soustraction, mais comme une réserve issue d'une action et voulue.

Cette définition conduit donc à une attitude volontariste dans l'épargne, qui s'inscrit dans un renoncement de l'acteur économique (qu'il s'agisse d'un ménage, d'une entreprise ou d'une administration publique) à la consommation immédiate, en vue d'une finalité.

1.1.1 Une finalité 

L'épargne ne se réduit pas à une somme de monnaie non affectée : elle est ajustée à un but, en vue duquel l'acteur économique préfère différer sa consommation immédiate.

On peut même aller plus loin en affirmant qu'une somme d'argent résultant après consommation ne constitue une épargne que dans la mesure où elle est clairement et volontairement affectée à un but à réaliser dans le futur. Un montant d'argent non orienté n'est pas de l'épargne, c'est un simple résidu de la consommation.

Les objectifs alloués à la constitution d'une épargne peuvent bien-sûr différer, selon qu'elle est accumulée par un ménage, qui cherche principalement à consommer (biens durables, biens de consommation), une entreprise, dont l'objet de l'épargne s'effectue surtout en vue d'investissement, ou encore une administration publique, dont l'épargne est affectée à des dépenses publiques. A ce titre, l'épargne peut prendre diverses formes et se baser sur différents supports correspondant aux finalités spécifiques poursuivies par les acteurs économiques.

1.1.2 Une attitude volontariste

Différer la consommation, c'est renoncer à satisfaire un besoin de consommation immédiat, en vue de le satisfaire plus pleinement ou d'en combler un autre dans un avenir plus ou moins proche.

L'épargne est en cela un renoncement, un effort individuel ou collectif et peut ainsi constituer une attitude culturelle répondant à un rapport particulier au temps. Les économistes ont d'ailleurs pu identifier pour les ménages une courbe de l'épargne selon l'age de l'individu où le montant de la réserve fluctue selon les périodes de la vie.

L'épargne des entreprises connaît également une certaine régularité, alternant des phases d'accumulation et de désépargne selon les cycles d'investissement des entreprises.

Enfin, la gestion de la dette publique incite les administrations publiques à respecter un cycle régulier d'épargne.

Globalement, l'épargne brute représente la différence entre le PIB et les dépenses de consommation finale (l'ensemble des consommations d'un pays pendant une période donnée).

D'une manière plus précise, il s'agit du revenu national disponible qui n'est pas affecté à la consommation finale, celle des ménages, des entreprises ou des gouvernements. L'épargne brute correspond aussi à la somme des épargnes brutes des différents secteurs institutionnels. Cet indicateur a son utilité du fait qu'il nous renseigne sur la capacité d'un pays à débloquer ses propres capitaux pour les investissements ; autrement dit, la non dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers.

Ainsi au Sénégal, le lien entre épargne et temporalité nous permet d'avancer l'idée d'une évolution nette de l'épargne. On note une croissance de l'épargne domestique brut de l'ordre de 39 % en 45 ans (de 1960 à 2005).

1.2. Approche théorique

« L'épargne domestique peut être subdivisée en deux parties : l'épargne publique et l'épargne domestique privée » (Gillis et al., 2001, p.389). L'épargne domestique privée se présente principalement sous trois formes : l'épargne forcée, l'épargne involontaire et l'épargne volontaire (Thirlwall, 2000).

L'épargne forcée provient de la hausse des prix et de la réduction de la consommation réelle que l'inflation entraîne lorsque les consommateurs ne sont pas en mesure de se défendre. La hausse des prix peut réduire la consommation réelle pour plusieurs raisons :

- l'apparition de l'illusion monétaire ;

- le fait que les individus veuillent conserver intacte la valeur réelle de la part de revenu qu'ils gardent. Ainsi, ils accumulent plus d'argent et dépensent moins lorsque les prix augmentent ;

- Le fait que l'inflation pourrait redistribuer le revenu à ceux qui ont une plus grande propension à épargner. L'inflation entraînée par l'expansion monétaire devrait certainement redistribuer le revenu au gouvernement en tant qu'émetteur de la monnaie. C'est la notion d'impôt, d'inflation dont Keynes disait que c'est une forme d'impôt à laquelle le public trouve beaucoup de mal à se soustraire et le plus faible des gouvernements peut imposer s'il ne peut imposer rien d'autre (Keynes, 1923).

L'épargne involontaire est engendrée par une réduction involontaire de la consommation des agents économiques.

L'épargne volontaire concerne le renoncement des individus à la consommation sur leur revenu et des entreprises sur leurs bénéfices. Elle dépend de la capacité et de la volonté d'épargner. Selon Thirlwall (2000), la capacité d'épargner dépend de trois déterminants principaux : le niveau du revenu par tête, la croissance du revenu et la distribution du revenu. La volonté d'épargner dépend du taux d'intérêt, de l'existence d'institutions financières, de la variété et de la disponibilité des actifs financiers et du taux d'inflation.

Pour les économistes de l'école classique, Adam Smith, David Ricardo, mais aussi Léon Walras, l'épargne, dans le cas d'une économie fermée, est nécessairement investie sous forme de consommation ou d'investissement. L'agent ne conserve jamais d'encaisses oisives. Il n'y a pas trace de préférence pour la liquidité. Toute épargne étant nécessairement transformée en investissement, le taux d'intérêt est la variable qui permet l'égalisation de ces deux grandeurs. L'offre d'épargne est une fonction croissante du taux d'intérêt et la demande de fonds, c'est-à-dire l'investissement, en est une fonction décroissante.

Dans les années 1930, Keynes critiquait avec ironie les classiques selon lesquels le consommateur réduit sa dépense pour augmenter son épargne lorsque le taux d'intérêt augmente.

Keynes se distingue principalement des classiques en ce qu'il considère que, la plupart du temps, l'épargne et l'investissement sont le fait d'agents économiques différents, dont le comportement s'explique par des variables différentes (le revenu pour l'épargne, l'efficacité marginale du capital et le taux d'intérêt pour l'investissement). Les projets d'investissement sont ainsi largement indépendants de l'épargne existante et leur égalisation à l'épargne existante n'est pas réalisée automatiquement par l'intermédiaire du taux d'intérêt, comme le pensaient les classiques, mais par la variation du revenu. Par ailleurs, c'est l'investissement qui exerce un rôle moteur sur l'activité économique.

Keynes en 1963 a fait une importante innovation en liant pour la première fois la consommation - par conséquent l'épargne - au revenu à travers la fonction de consommation (ou fonction d'épargne). De façon plus explicite, il stipulait que la fonction de consommation ou d'épargne est non proportionnelle, c'est-à-dire que les riches consomment proportionnellement moins et épargnent proportionnellement plus de leur revenu que les pauvres (propension marginale à consommer décroissante, loi psychologique fondamentale).

Pour Keynes, l'épargne dépendait directement du revenu courant disponible, c'est-à-dire du revenu après paiement des impôts directs, et la propension à épargner une partie du revenu courant disponible augmentait avec le revenu. Cette thèse, dénommée hypothèse keynésienne sur le revenu absolu, établit la relation suivante entre l'épargne et le revenu :

S = a + sYd (1)

Avec :

S = épargne ;

Yd = revenu courant disponible ;

a = constante (a<0) ;

s = propension marginale à épargner (0 < s < 1)

Le signe négatif affecté à la constante « a », entraîne une épargne négative lorsque le revenu est faible. Selon cette équation, lorsque dans un pays donné le revenu est croissant, les taux d'épargne devraient également croître sur une longue période.

Cependant, les études temporelles de long terme de Kuznets (1948) menées sur les Etats-Unis entre 1869 et 1939 font apparaître une propension marginale à consommer constante dans le temps, qui ne décroît pas quand le revenu augmente, contrairement à la théorie de Keynes. Ainsi, la théorie de Keynes serait valable sur courte période mais pas sur longue période. Il va en résulter une abondante littérature.

Duesenberry (1949) tente de réconcilier la loi psychologique fondamentale avec les résultats empiriques. Pour cela, il lève l'hypothèse d'indépendance de la consommation d'un agent par rapport à celle des autres. Il met alors en évidence l'effet de démonstration.

L'effet de démonstration y est défini comme un effet de contagion, de contact ou de relations sociales. Plus précisément, au-dessus d'un revenu minimum, la fréquence et la force des incitations à augmenter ses dépenses dépendent entièrement, pour un individu, du rapport de ses dépenses avec celles des individus avec lesquels il est en relation. Son modèle repose sur une théorie du revenu relatif, avec laquelle il montre que la propension à consommer des groupes inférieurs est plus forte car ils cherchent à imiter la consommation des groupes supérieurs. Il est représenté par la relation suivante :

C1 = a + (1-s) Yd 1 + b Ch (2)

Avec :

C1 = consommation pendant la période 1 ;

Yd 1 = revenu pendant la période 1 ;

Ch = haut niveau de consommation antérieur ;

a = constante (a<0) ;

s = propension marginale à épargner (0 < s < 1) et 0 < b < 1.

La tendance à la baisse de la propension marginale à consommer observée à court terme ne serait plus contradictoire avec sa stabilité à long terme. Quand le revenu augmente, chaque groupe augmente sa consommation dans les mêmes proportions pour aligner ses dépenses sur celles de ses voisins plus fortunés de sorte que la propension marginale à consommer à long terme soit constante.

L'hypothèse de Duesenberry (1949) a été formulée pour expliquer le comportement en matière de consommation et d'épargne aux Etats-Unis. Par la suite, son application aux pays en développement a montré que, dans ces pays, les groupes disposant de revenus élevés, mobiles sur le plan international, se conforment aux schémas de forte consommation de leurs homologues les plus prospères des pays avancés ; à leur tour, les groupes titulaires de revenus inférieurs tendent à imiter le comportement des groupes aux revenus plus élevés. Cette forte consommation inhibe à long terme la hausse de l'épargne qui aurait dû être consécutive à l'augmentation des revenus.

Les travaux de Kuznets (1948) et Duesenberry (1949) permettent de nuancer la théorie de Keynes qui stipule que le taux d'épargne augment sur une longue période lorsque le revenu est croissant. Cette assertion peut se vérifier sur le court terme mais n'est pas forcément valable à long terme.

Un autre déterminant majeur de l'épargne domestique est la croissance du revenu comme indiqué par l'hypothèse du cycle de vie (Ando et Modigliani, 1963). Selon Ando et Modigliani (1963), les comportements réels de consommation seraient différents selon les phases de la vie des individus puisque le profil temporel des revenus varie en fonction des trois grands âges de la vie (enfance, activité, retraite). Par le recours à l'emprunt et par la pratique de l'épargne, la consommation peut être mieux répartie dans le temps que le revenu.

En adoptant l'hypothèse que l'agent essaie de maintenir un niveau de consommation constant ou relativement croissant au cours de sa vie, il est possible de mettre en lumière un cycle comportant trois phases :

- La première phase correspond à la période de jeunesse au cours de laquelle l'agent est emprunteur ;

- Dans la seconde phase, à l'âge mûr, l'agent devient épargnant net ;

- Avec le départ à la retraite, dans la troisième, il devient désépargnant pour se retrouver au « point mort » à son décès en supposant qu'il n'y a pas de legs.

1.3. Description des variables de l'épargne

Le choix des différentes variables est basé sur l'ensemble des études qui traitent de l'épargne nationale.

1.3.1 L'inflation

Pour essayer de cerner l'effet de l'épargne créée à cause de l'incertitude macro-économique, certains auteurs dont Hadjimichael et Ghura (1995) ont inclus dans leur modèle le taux d'inflation comme variable explicative. Dans leur étude, le taux d'inflation affecte négativement le taux d'épargne.

D'autres auteurs comme Houziot, C. et al. (2000) affirment plutôt que l'ajout de cette variable dans leur modèle permet de tenir compte de la dévalorisation de l'encours de richesse financière. Dans un environnement macro-économique très instable, l'incertitude accrue résultant des variations des prix peut réduire l'épargne nationale par son effet des taux de rendement. La réaction du taux d'épargne suite à une variation du taux d'inflation est donc ambiguë. Au Sénégal, durant l'année de la dévaluation en janvier 1994, le taux d'inflation était de 32,1 %. Un an après la dévaluation, le taux d'inflation est ramené à 8 % (1995), 1,8 % en 1997 et 2 % en 1998.

La phase qui correspond à la période 1970-1974 est marquée par une évolution du taux d'inflation. Après avoir atteint 31,7 % en 1975, suite à la crise pétrolière et à la sécheresse, l'inflation est confinée à 1,1 %. Ceci peut-être expliqué par l'essor de l'agriculture.

De 1976 à 1985, on peut identifier sur ce graphique une augmentation de l'inflation, sauf en 1978 et 1981 où elle diminue. A partir de 1982, l'inflation décroît jusqu'en 1987 et est maîtrisée jusqu'en 1993. Mais, pour la période 1994-1995, on observe une augmentation importante de l'inflation marquée par la dévaluation. A partir de cette période, l'inflation est maîtrisée de nouveau. En effet, cette influence négative du taux d'inflation sur l'épargne nationale peut être perçue à travers le graphique ci-dessous.

Graphique n° 1 : Evolution du taux d'inflation au Sénégal de 1970 à 1998

Source : Direction de la Prévision et de la Statistique

1.3.2 Le taux d'intérêt réel

Le taux d'intérêt réel a été utilisé dans l'étude car il peut avoir une influence importante sur les décisions d'épargne. Lorsqu'il est à la hausse, il peut jouer le rôle de contrainte de liquidité. L'arbitrage entre les diverses opportunités de placement offertes aux épargnants dépend des rendements réels escomptés (fonctions du taux d'intérêt réel et des anticipations inflationnistes) et des attitudes à l'égard du risque. L'effet du taux d'intérêt réel est cependant aussi ambigu.

De 1970 à 1974, le taux d'intérêt réel décroît faiblement et est globalement négatif pour cette période. Mais entre 1974 et 1975, ce taux est marqué par une décroissance forte. Ceci peut être expliqué par la crise pétrolière en 1973, la sécheresse et une forte augmentation de l'inflation en 1975. En 1976 ce taux est positif et est aussi lié à un faible taux d'inflation (1.1 pour cent) pour la période considérée.

De 1977 à 1985 le taux d'intérêt réel est globalement négatif sauf en 1978 et 1981 où il est positif. De 1986 à 1993, on observe une augmentation du taux d'intérêt réel. Ce dernier est positif et est lié à l'inflation négative - voire nulle - pendant cette période. Toutefois, en 1994-1995, le taux d'intérêt est négatif. Cette diminution est importante et est due au taux élevé de l'inflation après l'année de la dévaluation. A partir de 1995, le Sénégal renoue avec sa stabilité macro-économique et le taux d'intérêt réel commence à croître jusqu'en 1998. Le graphique ci-dessous montre l'évolution du taux d'intérêt réel.

Graphique n° 2 : Evolution du taux d'intérêt réel au Sénégal de 1970 à 1998

Source : Direction de la Prévision et de la Statistique

1.3.3 Le revenu

Deaton and Paxson (2000) ont montré que l'effet du taux de croissance du revenu sur le taux d'épargne dépend du taux de croissance de la population. Lorsque ce dernier est élevé, la portion d'enfants dans la population est relativement élevée. Cependant, lorsque le taux de la population est bas, l'augmentation du revenu est distribuée vers les gens qui sont dans une phase où ils épargnent, ce qui entraîne une augmentation du taux d'épargne nationale. Il est pertinent de lier l'évolution du taux d'épargne au niveau macro-économique avec l'accroissement de l'inégalité des revenus. Le graphique suivant montre l'évolution du revenu.

Graphique n° 3 : Evolution du PIB au Sénégal de 1970 à 1998

Source : Direction de la Prévision et de la Statistique

Nous remarquons une évolution faible du revenu sur la période comprise entre 1970 et 1973. L'année 1973 est marquée au Sénégal par une sécheresse et les chocs pétroliers. De 1974 à 1977, on observe une croissance au niveau de l'agriculture ; ce qui explique l'augmentation de revenu de 1978 à 1982. Ceci peut être expliqué par l'application des programmes d'ajustement structurel (PAS).

De même, l'année 1982 est marquée par la crise mexicaine. Toutefois, de 1982 à 1992, le revenu croît mais cette croissance sera stoppée en 1993. Cette période est marquée par l'application du plan d'urgence. A partir de 1994, l'inflation vite maîtrisée, le Sénégal renoue ave sa stabilité macro-économique. C'est pourquoi à partir de cette période il y a évolution positive du revenu. Le Sénégal a enregistré un taux de croissance remarquable de 5,3 % dû à une hausse de la production agricole, suite à des précipitations favorables, à de bons résultats dans les secteurs du tourisme et des échanges et un accroissement des investissements publics. Cependant la reprise de la croissance enregistrée après la dévaluation du franc CFA a eu des effets limités sur le niveau de vie de la population.

1.3.4  La variable démographique

C'est l'une des variables importantes qui influencent l'évolution du comportement de l'épargne comme souligné avec les travaux de Hadjimichael et Ghura (1995) et Loayza, Schmidt-Hebbel and Serven (2000). L'accroissement de la population ainsi que la modification de la structure ont des effets sur le niveau d'épargne nationale.

En reprenant l'hypothèse des marchés des capitaux parfaits sur lesquels les agents peuvent librement emprunter ou prêter, la théorie du cycle de vie améliorée loayza, Schmidt-Hebbel and Serven (2000) a permis de construire le profil de l'épargne au cours de la vie d'un agent représentatif : désépargne en début de carrière puis épargne durant la période active en vue de la retraite et enfin, désépargne durant la retraite. Un accroissement de la population d'après le modèle de Hammer (1986) a un effet négatif sur la constitution d'épargne.

On remarque graphiquement que le taux de dépendance évolue en s'améliorant surtout après 1975. L'accroissement du taux tend à évoluer jusqu'en 1985. A partir de cette période on observe une diminution du taux de dépendance jusqu'en 1993. En 1994 on peut identifier sur ce graphique une légère augmentation de la population. A partir de cette période, le taux de dépendance ne cesse de décroître jusqu'en 1998. Le graphique n° 5 ci-dessous nous montre comment évolue le taux de dépendance pour la période considérée.

Graphique n° 4 : Evolution du taux de dépendance au Sénégal de 1970 à 1998

Source : Banque mondiale

1.3.5  L'épargne extérieure

L'impact de l'épargne extérieure sur l'épargne nationale produit un effet de revenu positif. La suppression de la contrainte extérieure stimule l'activité économique et un effet négatif est essentiellement dû au sentiment de richesse provoqué par l'appréciation des actifs physiques et financiers, la baisse des prix et des biens échangeables consécutive à l'appréciation du taux de change, et l'augmentation des liquidités et du crédit intérieur disponibles.

L'inclusion de l'épargne extérieure dans notre étude est justifiée selon la théorie de Molho (1986) de l'éviction de l'épargne domestique, permettant aux résidents de consommer plus ou la théorie de Griffin and Enos (1970) de la substituabilité de l'épargne extérieure à l'épargne nationale.

L'épargne extérieure est globalement négative pour la période considérée. De 1970 à 1971 l'épargne extérieure diminue faiblement. Entre 1978 à 1985 on observe une diminution plus forte de l'épargne extérieure. A partir de 1985 elle commence à augmenter et jusqu'en 1990. De 1990 à 1998 on peut remarquer sur ce graphique une diminution et une augmentation alternative de l'épargne extérieure. Si on considère que l'épargne est une fonction du revenu et si l'aide pousse à la croissance, en dynamique elle contribue à la croissance de l'épargne. Ce qui veut dire que les apports extérieurs conduisent à une amélioration qualitative du revenu. Ceci confirme la théorie de la substituabilité ou complémentarité entre l'épargne extérieure et l'épargne nationale.

La Banque Mondiale considère que l'aide doit favoriser le développement des économies en comblant les déficits de l'épargne, et des devises. De ce fait l'aide doit participer à l'accumulation de capital. L'aide est une source nécessaire pour contribuer à la croissance économique et au recul de la pauvreté dans les pays les moins avancés (Banque Mondiale, 1999).

Toutefois, J. Pollak (1989) a critiqué la possibilité même d'une approche économétrique de la question en soulignant à quel point le sens de causalité était douteux, et le fait qu'en accroissant le PIB les flux extérieurs ont tendance à réduire le taux d'épargne, du moins à court terme sans que ce phénomène ait une signification économique. Le graphique ci-dessous montre l'évolution de l'épargne extérieure.

Graphique n° 5 : Evolution de l'épargne extérieure au Sénégal de 1970 à 1998

Source : Banque mondiale

1.3.6  Le taux de change effectif réel

Les termes de l'échange et le taux de change ont un impact sur l'épargne nationale. Le taux de change effectif réel est le taux de change effectif nominal déflaté par un indice pondéré de disparité de pouvoir d'achat. Il prend en compte la seule variation du cours du change non expliquée par les différentiels de prix ou d'expansion monétaires, c'est-à-dire la variation des prix extérieurs relatifs, la modification susceptible d'infléchir la situation extérieure du pays.

Dans ce graphique, on peut remarquer que de 1970 à 1977, le taux de change diminue sauf pour l'année 1974 où il y a une légère augmentation. Cette diminution est liée au choc pétrolier de 1973, à une dépréciation du taux de change effectif nominal et à un différentiel de prix vis-à-vis des pays de la CEE (Communauté Economique Européenne) qui représentent environ plus de la moitié de nos échanges.

On observe une augmentation du taux de change effectif réel de 1977 à 1979. Ce résultat est obtenu grâce à des gains de compétitivité que l'économie sénégalaise a acquis durant cette période. En effet, le taux de change effectif réel a légèrement fléchi entre 1979 et 1991 tandis qu'il augmente légèrement à partir de 1993. Le graphique ci-dessous nous montre l'évolution du taux de change effectif réel.

Graphique n° 6 : Evolution du taux de change effectif réel au Sénégal

Source : Banque mondiale

2 La Situation de l'Epargne Intérieure

Dans la plupart des pays en voie de développement, l'épargne domestique est aujourd'hui insuffisante pour financer l'ensemble des investissements ; ce qui se traduit par un déséquilibre significatif de toutes les balances de paiements courants.

Au Sénégal, malgré un système financier où cohabitent le système bancaire classique, les institutions financières non bancaires, les systèmes financiers décentralisés et les circuits financiers informels très dynamiques, le taux d'épargne intérieure est particulièrement faible. Il est égal à 9,6 % en 1970, devient négatif dans les années 80 avant de s'établir à 11,8 % en 2000.

La situation n'est guère meilleure dans la plupart des pays de la sous région et même globalement en Afrique Sub-Saharienne et dans les autres pays en développement d'Asie et d'Amérique Latine. (Figure 4)

Graphique n° 8 : Taux d'épargne 1997 comparés (%)

Source : Données de la Banque Mondiale

En pratique, l'épargne est mesurée comme un résidu et est confrontée aux problèmes de classification, d'évaluation et de mesure. Ainsi, de nombreuses études économétriques, cherchant à identifier les déterminants de l'épargne reposent sur les données de la comptabilité nationale. L'utilisation des données issues d'enquêtes sur les ménages est difficile car ces dernières sont souvent incohérentes ou même inexistantes.

L'épargne privée constitue l'essentiel de l'épargne intérieure dans les pays en développement. Or, la désagrégation de l'épargne intérieure entre épargne privée et épargne publique est absente des statistiques des comptes nationaux. L'épargne intérieure intègre l'épargne des entreprises, l'épargne des ménages et l'épargne publique.

En ce qui concerne les entreprises, l'augmentation de leur épargne brute sous la forme de dividendes non distribués, fait accroître parallèlement la richesse financière des ménages détenant le capital de ces entreprises. Mais cet effet de richesse peut également se traduire par la diminution de leur épargne autonome, notamment dans l'hypothèse où il serait pleinement anticipé. A l'inverse, si l'épargne des entreprises diminue, les ménages détenant le capital de ces entreprises peuvent être forcés d'augmenter les autres sources d'épargne afin de maintenir constante leur richesse financière.

En ce qui concerne l'Etat, les ménages épargnant en vue de la retraite peuvent utiliser le système public de financement des retraites comme substitut à leur effort d'épargne retraite. Dans ces conditions, l'augmentation de l'épargne publique correspond au financement des retraites des administrés s'accompagne de la baisse de l'épargne des ménages concernés.

L'évolution de l'épargne intérieure au Sénégal, au vu de la période d'étude choisie, se décompose en quatre phases :

· La première phase se situant de 1970 à 1974 est marquée par une évolution en dent de scie mais globalement positive de l'épargne jusqu'en 1973-74, date à partir de laquelle elle décroît.

· La seconde phase est comprise entre la période de 1974 et 1979. On observe une baisse continue de l'épargne durant cette période. Ces deux phases sont marquées par la sécheresse et la crise pétrolière.

· La troisième phase correspond à la période qui va de 1980 à 1985. Durant cette période correspondant à l'application des réformes économiques et l'adoption des nouvelles politiques agricole et industrielle, l'épargne est négative, sauf en 1984 ou elle est positive. Ces réformes et les nouvelles politiques agricole et industrielle n'ont pas abouti aux résultats escomptés quant à l'amorce d'un processus de croissance soutenue et durable en vue d'un développement réel ;

· Lors de la quatrième phase, de 1985 et 2000, l'épargne est globalement croissante. Nous notons même un pic en 1994. La forte évolution de cette année pourrait s'expliquer par l'augmentation des exportations et l'augmentation de la valeur de l'épargne des Sénégalais vivant à l'étranger engendrées par la dévaluation du Francs CFA. La figure numéro 5 montre cette évolution.

Graphique n° 9 : Evolution de l'épargne intérieure du Sénégal de 1970 à 2000

Source : Direction de la Prévision et de la Statistique, comptes nationaux du Sénégal 1960-2000

3. Les systèmes d'épargne au Sénégal

Les différentes formes de crédit et d'épargne existant au Sénégal sont classées selon le système formel ou informel. Nous caractérisons le dualisme financier au sens large, comme la juxtaposition des secteurs formel et informel en matière de financement. Nous montrons cependant l'interdépendance entre les deux secteurs en matière de comportements, de détention d'actifs.

L'analyse des secteurs financiers débouche sur la question de la politique à adopter, notamment au Sénégal où ils tiennent une large place dans les comportements d'épargne et de crédit. « L'épargne dans les pays en voie de développement est caractérisée par la dualité financière. Une partie passe par des institutions : c'est l'épargne institutionnelle. L'autre partie passe par les individus qui s'organisent eux-mêmes pour faire face en même temps et ensemble, à l'avenir : c'est l'épargne informelle qui repose sur des relations personnelles et qui se développe au grès de pratiques jamais codifiées » (Lelart, 1990).

3.1 L'épargne formelle

Le système formel concerne les banques et les autres institutions financières, les coopératives et les sociétés d'assurances. A ce niveau, l'accès au crédit est très difficile car le système d'intermédiation financière est basé sur un cadre législatif et réglementaire qui protège l'épargnant et doit respecter certaines contraintes dues à la politique monétaire et du crédit édicté par les pouvoirs publics.

Sur le plan micro-économique, l'arbitrage entre les diverses opportunités de placements offerts aux épargnants dépend des rendements réels escomptés (fonction du taux d'intérêt et des anticipations inflationnistes) et des attitudes à l'égard du risque. Les politiques de plafonnement du taux d'intérêt, qui ont longtemps prévalu et qui visaient à limiter les revenus de la propriété (et donc à modifier la répartition des revenus) et surtout à encourager l'investissement, avaient donc pour conséquence de décourager la formation de l'épargne financière mise à la disposition des opérateurs.

L'épargne des individus et des ménages est indispensable à la croissance économique d'un pays. Elle détermine, en grande partie, le taux de croissance de la capacité productive et des revenus. Dans les zones rurales, les gens ont toujours été peu enclins à déposer leur argent à la banque. Certains préfèrent l'investir dans le bétail, d'autres cachent leurs espèces dans des endroits à risque, comme des jarres ou sous des matelas ou pire encore, les portent sur eux. Les banques souvent situées dans des villes éloignées et peu accessibles, n'inspirent guère confiance aux investisseurs ruraux qui les jugent froides, peu accueillantes et destinées principalement aux « citadins ». Pourtant, le potentiel inexploité de l'épargne rurale pourrait donner un élan vigoureux aux économies locales des pays en développement.

Une grande partie de la population sénégalaise (plus de 70 %) vit en milieu rural (NEPAD, 2001). L'épargne mobilisée par des établissements financiers locaux efficaces pourrait financer des niveaux accrus d'investissement dans le développement en milieu rural. Les femmes rurales qui produisent l'essentiel de la nourriture du monde en développement, sont des clientes particulièrement importantes des banques. Sauvegarder les épargnants expose les principes généraux de la sécurité des dépôts, décrit les problèmes spécifiques aux banques rurales et présente d'édifiantes études de cas de réussite de petites banques au sein des communautés rurales.

Dans une région de la Tanzanie, les villageois ont décidé d'ouvrir leur propre banque locale au lieu de garder leur argent à la maison. Les épargnants de la Marangu West Savings and Credit Co-operative (FAO, 2000) sont non seulement les clients de la banque mais aussi ses propriétaires et ses administrateurs. Les membres qui étaient au départ de 600, sont désormais près de 2000.

Selon la même source, à Madagascar, une banque ambitieuse de la ville côtière animée de Toamasina a ciblé le marché local en offrant un service unique à sa clientèle : elle emploie un des vendeurs du marché pour recueillir les dépôts des autres vendeurs, ce qui leur évite un voyage à la banque. Le service inspire confiance grâce à une comptabilisation rigoureuse des dépôts. Par ailleurs, il faut souligner aussi l'importance des mutuelles d'épargne et de crédit et les mutuelles de santé.

Au Sénégal, plus particulièrement dans la région de Thiès, des mutuelles de crédit sont créées en vue de participer au développement des zones rurales. C'est le cas des mutuelles d'épargne et de crédit des artisans ruraux de Thiès (MECARTH). Dans la région de Thiès, l'ONG Plan International a créé des mutuelles d'épargne et de crédit dans les villages de Notto, Tassette et Ngoudiane. Le village de Fandène est l'exemple réussi des mutuelles d'épargne et de crédit. L'épargne formelle est essentiellement collectée par les banques et les caisses d'épargne. Au Sénégal, l'épargne monétaire du secteur privé était, en 1997, de 209,4 milliards de FCFA. Ceci constituait une hausse de 2 % par rapport à l'année précédente. Cette évolution était liée à l'accroissement de 8,8 % des dépôts dans les comptes à régime spécial, les dépôts à terme ayant régressé de 4,7 milliards. La part de cette épargne dans la liquidité globale a représenté 36 % contre 36,7 % en 1996 et 33 % en 1994 au lendemain de la dévaluation du franc CFA. En 2001, l'épargne monétaire du secteur privé s'est fixée à 368,2 milliards, soit une hausse de 38,6 milliards par rapport à l'année 2000. Cette situation est essentiellement liée à l'accroissement des dépôts en banque. La part de l'épargne privée dans la masse monétaire s'est contractée, passant de 41,7 % en 2000 à 41,0 %.

Graphique n° 10 : Dépôts à terme des particuliers et entreprises privées au Sénégal

Source : BCEAO, Rapport annuel (différents numéros)

Les dépôts à terme des Sociétés d'Etat et des Etablissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) au niveau du système bancaire étaient de 6,7 milliards de FCFA en 1994. Ils passent à une valeur de 28,2 milliards en 1997 avant de retomber à 7,2 milliards en 2001.

Graphique n° 11 : Dépôts à terme des Société d'Etat et EPIC au Sénégal

Source : BCEAO, Rapport annuel (différents numéros)

Les dépôts de l'Etat quant à eux, de 139,2 milliards de FCFA en 1994, passent à 161,7 milliards en 1996. Ils atteignent leur plus bas niveau de la période en 1999 avec un montant de 97,5 milliards pour remonter à 143,7 milliards en 2001.

Graphique n° 12 : Dépôts à terme d'Etat au Sénégal

Source : BCEAO, Rapport annuel (différents numéros)

L'épargne formelle est aussi mobilisée par les systèmes financiers décentralisés (SFD) qui regroupent les institutions de micro finance. Les SFD, à présent plus structurés et plus professionnels, semblent proposer des solutions efficaces de mobilisation de l'épargne intérieure, si bien qu'ils sont devenus aujourd'hui des acteurs incontournables du développement. Cependant, les SFD n'apportent pas des réponses efficaces au problème du financement des investissements productifs des micro et petits entrepreneurs car force est de constater la rareté des programmes adressés à cette population. La faible part qu'ils consacrent au financement des investissements productifs des micro entrepreneurs limite leurs perspectives de développement.

3.1.1 La mobilisation de l'épargne par les FSD

3.1.1.1 Définition conceptuelle

La micro finance regroupe une diversité d'acteurs financiers également appelés Systèmes Financiers Décentralisés (SFD) qui mettent à la disposition des populations généralement exclues du système bancaire, des services d'épargne et/ou de crédit.

Elle consiste à créer et diffuser des services financiers de proximité en faveur des personnes qui n'ont pas accès aux services bancaires traditionnels et ceux, principalement avec un objectif de renforcement du micro entreprenariat.

La micro finance englobe un large éventail de services financiers tels que les dépôts, les emprunts/crédits, les services de paiements et depuis peu, les transferts d'argent, l'offre d'assurance aux ménages pauvres et à bas revenus ainsi qu'à leurs micro-entreprises.

La micro finance est un outil de développement parmi d'autres, de lutte contre la pauvreté et l'exclusion de population défavorisée. Elle vise à favoriser la création et le développement de petites activités économiques rentables par l'accès au financement extérieur et à la mobilisation de l'épargne. Ces entités économiques appartenant au secteur informel sont appelées micro entreprise.

3.1.1.2 Vocabulaire utilisé

Il existe plusieurs termes pour dénommer les institutions qui font de la micro finance, ainsi la littérature utilisé indifférent :

· Les systèmes d'épargne et de crédit, les institutions financières spécialisées (IFS), les institutions de micro financement (IFM ou MFI en anglais).

· Les systèmes financiers décentralisés (SFD, surtout la littérature française)

Ces différentes appellations se recoupent largement, même si chacune met l'accent particulier sur un aspect spécifique de la problématique.

Néanmoins, ces différentes institutions, quelque soit leur appellation, peuvent avoir des formes juridiques très distinctes. Certaines ont des statuts temporaires (Projets), d'autres rentrent dans la loi bancaire en vigueur au niveau national voir régional (Afrique de l'Ouest) : la loi PARMEC, d'autres encore font l'objet de lois spécifiques.

3.1.1.3 Evolution des SFD et cadre réglementaire

3.1.1.3.1 Evolution des SFD

Initialement destinées à appuyer le financement du développement à la base dans le milieu rural, les structures de micro finance vont gagner les villes très tôt à la faveur d'une grande adhésion de la population.

En effet, la micro finance s'est développée en tant qu'approche du développement économique qui s'intéresse spécifiquement aux populations à faible revenu exerçant un travail indépendant. Elle est née en réponse aux « interrogations et aux conclusions d'études concernant l'offre publique de crédits subventionnés destinés aux paysans pauvres ». C'est ainsi que dans les années 1970, le secteur financier a été utilisé comme instrument de financement de politiques interventionnistes avec la mise en place des banques de développement, ce qui se traduisait dans les projets, par un crédit considéré avant tout comme un intrant ; ceci, suite à la décision des gouvernements africains et de leurs partenaires de lancer des programmes de développement, qui incluaient la distribution d'intrants et d'équipement, à crédit et d'appuyer les banques de développement.

Seulement, dans cette première approche d'aide au développement, on a noté une inexistence d'effet de levier économique des pratiques traditionnelles de services financiers qui relevaient plus de petites aides d'urgence et étaient peu disposées à faciliter l'enrichissement des bénéficiaires. Leur ciblage technique sur des programmes de vulgarisation agricole peu soucieux des aléas climatiques ou de la commercialisation des produits, a condamné ces programmes à subir de lourds impayés ». À cela s'ajoute une gestion gabégique qui a conduit à la fermeture de la majorité des banques de développement.

Dans sa démarche, ce programme alliait une politique de diffusion des innovations ou de création d'entreprises. Cependant, il enregistrait un faible intérêt pour le remboursement de la part des populations. Dans ce contexte d'aide au développement, l'intervention d'organisations d'appui et d'ONG a facilité le transfert à la fois d'innovations et de fonds destinés aux financements. Ce modèle d'aide supervisé par des « agents de développement » ne prenait guère en considération le bénéficiaire et a comporté beaucoup de dysfonctionnements. Il faut remarquer que la majeure partie de ces interventions était axée sur le monde rural. La conviction était faite que la pauvreté était essentiellement rurale.

De nouvelles approches d'épargne et de financement allaient être fondées sur une implication des bénéficiaires dans une certaine auto-gestion et un suivi de proximité. Ce fut le cas des caisses villageoises, des coopératives ou mutuelles d'épargne et de crédit qui, avec l'aide d'ONGs, chercheront à affiner leur profil organisationnel et institutionnel.

C'est en vu de tous cela que la micro finance s'est développée au Sénégal dès la fin des années 1990 et compte de nos jours 848 SFD répertoriés à la cellule AT/CPEC comprenant des Groupements d'Epargne et de Crédit (GEC) 404, Mutuelles d'Epargne et de Crédit (MEC) 426, Unions 06, Fédérations 01, Confédérations 01, structures sous convention 10.

Le nombre total de bénéficières touchés au 31/12/2004 estimé à 718.887, l'encours de crédit au 31/12/2004 est de 68,675 milliards de FCFA, l'encours de l'épargne au 31/12/2004 est de 57,254 milliards de FCFA.

Ces systèmes financiers décentralisés (SFD) ont été le produit d'un partenariat entre l'Etat, les opérateurs, certaines banques nationales de développement et les bailleurs de fonds. Globalement, le rôle de l'État a été plutôt en retrait, les bailleurs de fonds n'entendant pas qu'il s'implique dans la gestion ou dans la stratégie des institutions.

La micro finance s'inscrivait de plus en plus sur la loi du marché, en se déployant sous diverses formes. Ainsi, en faisant partie intégrante du système financier, elle rendait caduque le dualisme secteur financier formel - secteur financier informel, longtemps présent au Sénégal.

De façon générale, l'émergence des SFD (Systèmes financiers décentralisés) au Sénégal, intervient dans un contexte national marqué par le désengagement de l'État, la responsabilisation des acteurs privés ruraux et par l'encouragement du financement du développement par les ressources internes mobilisées par les associations de base.

Ainsi, la mise en place des SFD entre dans le cadre de la politique volontariste de l'État, appuyée par l'aide extérieure. Le développement des SFD est aussi lié à l'exclusion des banques et à la précarité des systèmes financiers informels.

Les SFD concernent le secteur dynamique exclu des systèmes bancaires, le secteur informel et les PME/PMI. Ils cherchent la rentabilité, tout en oeuvrant à la satisfaction de leurs membres, tant sur le plan économique que social, contribuant ainsi à leur bien-être. L'apparition des SFD ne s'est pas faite de façon spontanée, mais découle de la prise en compte d'une réalité. En effet, leur cible demeure les populations à revenu modeste, tant rurales qu'urbaines, qui ont un difficile accès aux services bancaires formalisés.

Aujourd'hui, la réalité du système financier reflète l'existence d'au moins trois secteurs : bancaire, intermédiaire et autonome (ou informel). Des hypothèses politiques, axées sur la diminution du rôle de l'État et la déréglementation présageaient une unification du marché financier et la suppression du secteur informel à travers le rôle central du taux d'intérêt comme facteur d'équilibre entre l'offre et la demande financière. Ces représentations ne semblent guère se vérifier.

3.1.1.3.2 Cadre réglementaire de la micro finance

Nés dans le contexte de la réforme bancaire, les Systèmes Financiers de Décentralisés (SFD) ont connu un essor fulgurant, tout d'abord par l'alternative qu'ils représentent pour les opérateurs économiquement faibles, mais aussi par un appui constant des autorités monétaires et financières.

En engageant un programme de restauration bancaire, les autorités monétaires cherchaient, au-delà d'un assainissement en profondeur des institutions en difficulté, à améliorer le système d'intermédiation financière dans son ensemble, en offrant la possibilité d'avoir, à côté d'un système bancaire plus solide et plus viable, un mécanisme complémentaire par la promotion du secteur de la micro finance.

Au Sénégal, le Projet d'Assistance Technique aux Opérations Bancaires Mutualistes du Sénégal (ATOBMS) appuyé par l'ACDI et la Banque Mondiale s'inscrivait dans cette perspective. Le point central des travaux de l' ATOBMS créé en avril 1990 a été durant deux années le tracé des contours d'un cadre juridique spécifique à ce secteur.

A la fin du projet ATOMBS, la Cellule d'Assistance Technique aux Caisses Populaires d'Épargne et de Crédit AT/CPEC fut créée par arrêté N°13773/MEF, du 05/11/92, pour assurer la tutelle du ministère de l'Économie et des Finances sur les Mutuelles d'Épargne et de Crédit (MEC).

Aussi, fut pris l'arrêté N° 001702 du 23 février 1993, portant fixation des dispositions transitoires relatives à l'organisation, aux conditions d'agrément et de fonctionnement des Structures Mutualistes d'Épargne et de Crédit (SMEC). Il fut abrogé avec l'avènement de la loi cadre UEMOA qui fut adoptée au Sénégal sous le no°95-03 du 05 janvier 1995 et complétée par son décret d'application n° 97-1106 du 11 novembre 1997, par les institutions du Gouverneur de la BCEAO du 10 mars 1998, et par la Convention cadre du 4 juillet 1996. Cette nouvelle loi vise les objectifs suivants : la protection des épargnants, la sécurité des opérations et l'autonomie des réseaux.

Des réflexions ont été engagées dans le cadre du Programme d'Appui à la Réglementation des Mutuelles d'Épargne et de Crédit (PARMEC), initiées par la BCEAO et la coopération canadienne. La loi PARMEC permettra d'agrandir le champ des institutions mutualistes en intégrant les coopératives. Cette loi allait mettre en place des mécanismes d'intermédiation entre les institutions bancaires et les multiples formes d'associations d'épargne et de crédit. Ces SDF constituent une alternative au système bancaire classique parce qu'adaptées au contexte socio - culturel et aux aspirations des populations dans la recherche de moyens efficaces de lutte contre la pauvreté et de financement d'activités productives.

Pour être reconnue par la loi, une institution, exerçant des activités de collecte d'épargne et d'octroi de crédit, doit être régie par les principes de la mutualité ou de la coopération. Cette dernière doit être préalablement reconnue ou agréée (art. 13, 46). Les institutions régies par le principe de la mutualité ou de la coopération sont tenues de respecter les règles d'actions mutualistes ou coopératives suivantes :

· L'adhésion des membres doit être libre et volontaire (art.11) ;

· Le nombre de membre n'est pas limité ;

· La démocratie doit régir le fonctionnement des institutions de base selon le principe un homme/une voix, et quelque soit le nombre de parts sociales détenues par chacun ;

· Le vote par procuration doit être exceptionnel ;

· Limitation de rémunération des parts sociales ;

· Constitution obligatoire d'une réserve, les sommes ainsi réservées peuvent être partagées par les membres.

· Sont privilégiées des actions visant l'éducation des membres (art. 5).

L'innovation majeure qu'apporte la loi est le primat qu'elle accorde d'une part à l'intermédiation de proximité et d'autre part au lien de confiance qui doit exister entre les membres. Cette confiance se situe aussi au niveau des rapports entre clients et institutions financières. Celle du créditeur est calculée et elle s'établit sur des sûretés que le débiteur doit offrir, qu'elles soient personnelles, réelles ou fondées sur la propriété réservée.

Le cadre juridique de la micro finance au Sénégal a fait l'objet d'adaptations successives reflétant la volonté des autorités de doter ce secteur d'une réglementation appropriée.

Ainsi de 1993 à ce jour plusieurs textes légaux et réglementaires ont régi ce secteur : il s'agit de l'arrêt n° 017032/MEFP du 23 février 1993 portant fixation de dispositions transitoires relatives à l'organisation, aux conditions d'agrément et de fonctionnement des structures mutualistes d'épargne et de crédit, la loi n° 95-05 du 5 janvier 1995 portant réglementation des institutions mutualistes ou coopératives d'épargne et de crédit, de la loi n° 98-33 du 17 avril 1998 relative à la répression des opérations usuraires et aux taux d'intérêt, du décret d'application n°97-1106 du 11 novembre 1997 de la loi 95-03, de la convention cadre adoptée le 3 juillet 1996 par le conseil de Ministres de l'UEMOA et applicable aux institutions non constituées de la Banque Centrale et des Actes Uniformes de l'OHADA.

Les SFD sont nés dans le contexte de la réforme bancaire, décentralisés ils ont connu un essor fulgurant, tout d'abord par l'alternative qu'ils représentent pour les opérateurs économiquement faibles, mais aussi par un appui constant des autorités monétaires et financières.

En engageant un programme de restauration bancaire, les autorités monétaires cherchaient, au-delà d'un assainissement en profondeur des institutions en difficulté, à améliorer le système d'intermédiation financière dans son ensemble, en offrant la possibilité d'avoir, à côté d'un système bancaire plus solide et plus viable, un mécanisme complémentaire par la promotion du secteur de la micro finance.

Les SFD constituent une alternative au système bancaire classique parce qu'adaptées au contexte socio-culturel et aux aspirations des populations dans la recherche de moyens efficaces de lutte contre la pauvreté et de financement d'activités productives.

A un niveau sous régional, l'objectif de la loi PARMEC est, entre autres, d'organiser ces structures, de les réglementer, afin d'éviter les abus et surtout de protéger les déposants (art. 7). La loi a aussi pour objectif de faciliter l'intégration économique avec la mise en place d'un espace financier régional. C'est ce qui explique son adoption par les parlements des pays membres de l'UEMOA : Mali, Burkina en 1984, Sénégal, Bénin, Togo en 1985. La loi a enfin pour objectif implicite de drainer l'épargne informelle vers les circuits officiels. Cette épargne une fois recyclée pourrait assurer le financement du développement que ne peuvent garantir les circuits informels d'épargne et de crédit.

3.1.1.4 Présentation des SFD

Depuis son émergence à la fin des années 80, le secteur de la micro finance au Sénégal est en pleine croissance. Aujourd'hui, on compte plus de 800 structures financières décentralisées reconnues (mutuelles de base, groupements d'épargne et de crédit et structures signataires de convention). Ces structures offrent des services et produits financiers à des populations actives à divers niveaux et secteurs de l'économie nationale contribuant ainsi à la croissance économique et à la lutte contre la pauvreté.

En effet ce secteur connaît une expansion, au cours de cette phase, l'accent est mis sur le développement des activités de crédit et d'épargne et sur des démarches des IMF en vue de la mobilisation des ressources pour financer la croissance. Les octrois de crédit ont connu une progression notable au cours de ces dernières années se maintenant à un rythme de plus de 28 % l'an.

Les systèmes de financiers décentralisés (SFD) ou institutions de micro finance regroupent une variété d'expériences d'épargne et/ou de crédit, diverses par la taille, le degré de structuration et la philosophie. Dans les Etats membres de L'UEMOA, les SFD peuvent être classés en trois grandes catégories : les mutuelles d'épargne et de crédits, les groupements d'épargne et de crédits, et les structures sous convention cadre.

3.1.1.4.1 Typologie des SFD au Sénégal

La référence aux modèles traditionnels (le mouvement Desjardins, le modèle Raiffeisen, le modèle de la Gramen Bank, et les Caisses d'Epargne et de Crédit Autogérées) et la concertation avec les différents intervenants a permis de mettre en place un cadre juridique servant de support à l'activité de micro finance. C'est ainsi que la loi 9503 du 05 janvier 1995 a établi son champ d'application dans les articles 3 à 8, en donnant la typologie des SFD pouvant opérer régulièrement au Sénégal, à savoir : les Mutuelle d'Epargne et de Crédit (MEC), les Groupement d'Epargne et de crédit et crédit et les Organisations et Structures signataires de la convention cadre (structures mutualistes).

3.1.1.4.1.1 Les Mutuelles d'Epargne et de Crédits (MEC)

Au sens de la loi, une mutuelle d'épargne et de crédit est un groupement de personne doté de la personnalité morale, sans but lucratif et à capitale variable, reposant sur les principes d'union, de solidarité et d'entraide mutuelle et ayant principalement pour objet de collecter l'épargne de ses membres et de leur consentir du crédit (Article 2 de la loi).

Ici l'épargne constituée devient l'élément essentiel qui sert à alimenter le crédit. On y trouve les organisations mutualistes et coopératives de crédit inspiré de modèles de Centre International de crédit mutuel et du mouvement Desjardins.

Avec l'appui de la cellule AT/CPEC du Ministère des Finances, et celui de différents partenaires au développement, beaucoup du MEC ont vu le jour. Les MEC au Sénégal trouvent leur force à travers leur regroupement en structures faîtières.

Le tableau ci-dessous donne l'évolution des MEC et des structures faîtières ayant reçu l'agrément du Ministre des Finances de 1993 à 2005.

Tableau n° 1 : Nombre de MEC agrées par année de 1993 à 2005

 

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

total

MEC

18

56

6

19

21

30

23

43

20

24

53

42

71

426

Structures faîtières

0

0

0

0

0

0

2

2

0

0

2

1

0

7

Ce tableau met en évidence un dynamisme des acteurs dans la mise en place des MEC, mais surtout leur volonté dans l'insertion au cadre juridique et institutionnel. Plusieurs MEC sont agréées et le nombre total d'institutions mutualistes agréées s'élève à 426 en 2005.

Ces MEC sont regroupées dans sept structures faîtières dont les plus importantes sont : le Crédit Mutuel du Sénégal (CMS), l'Alliance de Crédit et d'Epargne pour la production (ACEP) et le Partenariat pour la Mobilisation de l'Epargne et du Crédit au Sénégal (PAMECAS).

Cependant, même si beaucoup de MEC renforcent leurs capacités d'autres en conservent à peine leur crédibilité vis-à-vis de la Cellule AT/CPEC, soit du fait d'une mauvaise gestion ou de multiples contraintes compromettant leur survie, leur viabilité.

3.1.1.4.1.2 Les Groupements d'Epargne et de Crédit (GEC)

Au terme de la loi, « un groupement d'épargne et de crédit » ou « groupement » est un regroupement de personnes qui, sans remplir les conditions exigées pour être reconnu comme institution de base, effectue des activités d'épargne et/ou de crédit en s'inspirant des règles d'action de la mutualité.

L'institution de base est une institution principalement constituée de personnes physiques et obéissant aux règles d'actions précitées. Pour ces structures, ayant comme référence le modèle de la Grameen Bank développé par le professeur Mohamed YUNUS, l'épargne n'est pas préalable. Le crédit est alimenté par des capitaux en provenance, pour la plupart, de l'extérieur. L'évolution des GEC est donnée par le tableau n°2 ci après.

Tableau n° 2 : Nombre de GEC reconnus par année entre 1993 à mai 2004

 

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

Mai 04

total

Nbre de GEC

0

0

0

0

0

39

109

130

53

53

17

3

404

L'agrément des GEC a commencé au Sénégal en 1998, avec 39 GEC agréés. Mais les deux (2) années qui suivent sont marquées par une forte progression du nombre de GEC, avec 109 agréments octroyés en 1999 puis 130 en 2000. Ce bon exprime non seulement l'importance des financements reçus, principalement de l'extérieur, mais il matérialise aussi les fortes lancées politiques dans la promotion des couches défavorisées, et particulièrement celle des femmes.

Toutefois, le nombre de GEC va rapidement se stabiliser, du fait de la chute du rythme de progression des attributions d'agréments par la cellule AT/CPEC du Ministère des Finances. En effet, le nombre de GEC est passé aussitôt à 53 en 2001 et en 2002, puis à 17 en 2003. Et de 1993 à mai 2004, le nombre total de GEC agréés s'élève à 404.

Mais ce nombre ne tient pas compte des restructurations correspondant à l'adaptation des statuts des GEC à leur environnement et à leur niveau de croissance. En effet, 42 GEC ont connu des mutations pour passer du statut de GEC à celui de MEC. Ceci ramène le nombre de GEC agrées à 362.

3.1.1.4.1.3 Les Structures ou Organisations sous convention Cadre

La structure au terme de la loi est « une organisation sans but lucratif et a pour objet d'effectuer sur le territoire du Sénégal, la collecte de l'épargne et /ou des opérations de crédits ». En outre, la structure favorise la formation et l'éducation de ses dirigeants ainsi que ses membres. L'évolution du nombre d'Organisations sous Convention Cadre est retracé dans le tableau ci-dessous.

Tableau n° 3 : Nombre d'organisation sous convention cadre

 

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

Mai 04

total

Org. Ss conv. cadre

0

0

0

0

0

0

6

2

0

2

0

0

10

A la lumière de ce tableau, les Organisations sous Convention Cadre ont connu une faible expansion au Sénégal. C'est seulement en 1999 que les premières attributions d'agrément sont effectuées au niveau de la Cellule AT/CPEC du Ministère de l'Economie et des Finances. Il n'y a eu par la suite que quatre (4) autres agréments, en 2000 puis en 2002 avec un nombre de deux agréments pour chaque année. Ainsi, de 1993 en mai 2004, dix (10) Organisations sous Convention Cadre sont agréées au Sénégal.

Toutefois ces organisations sous convention n'échappent pas au contrôle de la cellule AT\CPEC qui a même retire son agrément à l'une d'entre elle, parce qu'elle ne pouvait plus se doter d'une situation, financière et organisationnelle, acceptable.

A la lumière de ce qui précède, nous pouvons noter une bonne insertion des structures de micro finance dans le cadre juridique et institutionnel. De plus il y a un dynamisme des structures de suivi et de contrôle, contribuant ainsi à une culture du perfectionnisme dans le secteur. A ce titre, nous ne manquerons pas de souligner les efforts notoires déployés par la BCEAO, le Ministère de tutelle et les cabinets spécialisés dans l'encadrement des structures de micro finance.

3.1.1.4.2 Activités, les Produits et les Services de l'Epargne

3.1.1.4.2.1 Les Activités

L'activité des SFD consiste essentiellement en des opérations de collecte d'épargne et d'octroi de crédit à des populations non bancarisées pour des montants modestes, voire infimes. Cette activité, que l'on appelle usuellement la micro finance, peut englober des activités annexes : opérations d'assurance liées au crédit, activités de conseil en comptabilité ou en gestion, actions d'éducation sanitaire ou sociale elles aussi liées au crédit.

D'autres produits financiers sont parfois développés, par les SFD eux-mêmes ou en relation avec des banques implantées dans l'UEMOA : il s'agit principalement des opérations de transfert de fonds internationaux, impliquant souvent une opération de change, et de mise à disposition de chéquiers en faveur de la clientèle la plus aisée.

Ces activités sont, chacune en ce qui la concerne, soumises à une réglementation plus ou moins parcellaire, qui a vocation à régir tout ou partie de l'activité exercée. Elles demeurent cependant marginales au regard de l'activité centrale, qui est l'octroi du crédit et, pour une partie des SFD, la collecte de l'épargne.

3.1.1.4.2.2 Les Produits et les Services de l'Epargne

La diversité des réseaux de micro finance selon leur méthodologie et la place qu'ils attribuent à l'épargne (épargne préalable et exclusive ou concomitante et secondaire) entraîne une diversité dans les produits et services d'épargne. Ceux-ci peuvent être appréhendés sous trois catégories : l'épargne volontaire, l'épargne obligatoire et l'épargne liée à un service.

a) L'épargne volontaire

L'épargne volontaire est constituée de deux types de produits :

v Les dépôts à vue constituent la catégorie la plus utilisée des produits d'épargne. Ils sont caractérisés par la souplesse des conditions d'accès : faible montant exigé pour l'ouverture d'un compte, proximité et accessibilité des caisses, possibilité d'effectuer de petits versements et liberté de retraits à tout moment, facilité d'exécution des opérations. Les dépôts à vue permettent aux populations de garder leurs économies en lieux sûrs, à l'abri des pressions familiales. Le livret de compte remis au déposant lui permet de vérifier les opérations effectuées et le solde disponible dans le compte ;

v Les dépôts à terme sont des dépôts bloqués pendant une période minimum de trois mois et qui sont rémunérés par un taux prédéterminé. Les dépôts à vue sont très peu développés pour au moins deux raisons. D'abord, les populations ont des revenus très faibles. Ensuite il s'avère que la motivation essentielle de l'épargne demeure l'accès au crédit, même si d'autres motivations comme la sécurité et la précaution existent.

b) L'épargne obligatoire

L'épargne obligatoire est en relation directe avec le crédit. On trouve deux types d'épargne obligatoire :

® L'épargne préalable suit le postulat selon lequel un demandeur de crédit doit fournir un effort financier minimum consistant à épargner régulièrement une certaine somme pendant une période d'au moins trois mois. Ce qui devra prouver qu'il est capable d'apporter au moment de sa demande de crédit une part des besoins de financement (au minimum 10 %). Cette épargne est bloquée et parfois non rémunérée ;

® L'épargne de garantie sert à garantir le crédit consenti généralement à un individu ou à un groupe. L'épargne de garantie est parfois utilisée en combinaison avec d'autres formes de garanties (cautions solidaires de groupe). La mobilisation de l'épargne de garantie (ou selon les appellations : fonds de garantie, fonds de groupe, épargne nantie) se fait selon trois procédés différents :

Ø Une constitution préalable de l'épargne par les moyens propres des demandeurs ;

Ø Un prélèvement sur le montant du crédit au moment de la mise en place du prêt. Ce montant prélevé est bloqué comme garantie ;

Ø Une constitution de l'épargne au fur et à mesure que l'on rembourse le prêt. Ceci ne constitue plus une garantie mais suppose une incitation à l'épargne.

c) L'épargne liée à un service donné

Ce service n'est pas très répandu mais tend de plus en plus à être intégré par les SFD. On peut en citer l'épargne investissement ou l'épargne vieillesse. Par contre, au Sénégal le service le plus répandu est aujourd'hui l'assurance-maladie. Des produits micro assurance santé sont de plus en plus offerts par des mutuelles d'épargne et de crédit. PAMECAS en a fait l'expérience avec la mutuelle d'épargne et de crédit Icotaf boubess (MECIB) en installant un dispositif contractuel entre ses clients et des structures sanitaires (Sine 2003, p. 68).

En somme, il faut remarquer que l'incitation à épargner dépend du type de service offert. Dans certains réseaux, par exemple les fonctionnaires ne sont pas éligibles pour avoir des prêts. La structure ne leur offre que des services d'épargne, faisant une priorité aux populations à faible revenu. Cependant, dans un souci de rechercher des moyens, les SFD font preuve d'innovation en matière de services et de produits offerts aux clients. L'ACEP propose des types de comptes d'épargne en dehors de ceux classiques : les comptes d'épargne entrepreneur, d'épargne projet ou spécial mettent un procédé beaucoup plus complexe et ciblent une clientèle donnée.

L'organisation de l'épargne et sa capitalisation plus que l'octroi de crédit aux pauvres et aux exclus était un défi que le Sénégal devait relever. Aussi, la mobilisation de ressources internes, par l'épargne nationale, est apparue comme la base indispensable de financement de la croissance et du développement face aux contraintes et aux limites de l'endettement extérieur. Du coup, le financement décentralisé, contrairement au système financier institutionnel (banque centrale, banque de développement, banque commerciale) touche la majeure partie de la population non bancarisée. Il est caractérisé par la souplesse de son organisation et porte l'empreinte de la population pauvre par sa contribution à son propre financement ou à celui des autres. Il devient dès lors un réflexe.

Seulement, un niveau d'élaboration de politiques nationales, reconnaissant leur place dans l'économie, susceptibles de stimuler leurs actions par des mesures appropriées, des réglementations bancaires prenant en compte leur spécificité reste à achever. La petitesse de la taille et l'impact encore faible de ces systèmes financiers, même s'ils sont aujourd'hui reconnus, ne leur permet pas encore d'influer sur la définition des politiques nationales. Cette faiblesse de l'impact est surtout caractérisée par sa non organisation en union ou en fédération, mais aussi par une mauvaise capitalisation des informations au niveau de certaines SFD. Les mutuelles qui sont parvenues à se créer en union sont devenues les plus performantes, c'est le cas de l'UNACOIS, du PAMECAS et du CMS.

Les structures financières décentralisées constituent dès lors une alternative au système bancaire classique parce que adaptées au contexte socio culturel et aux aspirations des populations dans la recherche de moyens efficaces de lutte contre la pauvreté et du financement d'activités productives. La micro finance constitue ainsi un outil transversal qui peut avoir des impacts sur différents aspects du développement et pas seulement sur les activités économiques. En effet, les créations d'emplois et de revenus, la capacité d'épargner peuvent induire des changements dans les comportements de ceux qui en bénéficient. Ces changements peuvent s'opérer dans le sens d'une amélioration des conditions sanitaires, d'une augmentation du niveau d'éducation, d'une meilleure gestion de l'environnement, etc.

Ce constat de la micro finance comme pouvant avoir des effets directs et indirects, s'exerçant à différents niveaux (individuel, ménager, etc.) et à champs (impacts sociaux, économiques, etc.) soutenant les réflexions sur sa pertinence comme outil de développement.

Seulement, tout comme les données de la BCEAO sur le Sénégal, ceux de l'UEMOA sont à relativiser. Ces différentes progressions s'accompagnent d'un certain nombre de dysfonctionnement, notamment au niveau des systèmes d'informations de gestion et de contrôle interne des SFD. D'abord, parmi les SFD, qui sont reconnues par la loi, beaucoup ne parviennent pas à fournir l'information sur leurs états financiers. Ensuite, il existe au Sénégal des structures qui fonctionnent sans reconnaissances juridiques et qui ne sont, par conséquent, pas pris en compte.

L'une des recommandations en micro finance consiste à vérifier la gestion financière d'une institution par des contrôles internes efficaces avant de lui permettre de mobiliser l'épargne des populations Elle ne nous semble pas pertinente.

Au Sénégal, on se rend compte qu'une institution peut, dès sa constitution, commencer à collecter des dépôts. Il revient à la cellule d'assistance technique de se donner les moyens de les contrôler. Les dysfonctionnements que pose la collecte de l'épargne sont de deux ordres :

· Le problème de la sécurisation des dépôts qui demeure un des handicaps du fait d'un manque de contrôle à la fois interne et externe ;

· Le coût de l'épargne. Modeste pour les bénéficiaires, les coûts de l'épargne peuvent être parfois très élevés, ce qui peut constituer un frein à la collecte.

3.2. Le système informel de l'épargne

Le secteur informel est l'ensemble des activités économiques qui se réalisent en marge de la législation pénale, sociale et fiscale ou qui échappent à la comptabilité nationale, à toute régulation de l'Etat. Le secteur dit « informel » se développe en dehors de toute réglementation ; il échappe au contrôle de l'Etat. Cette activité témoigne du dynamisme et de la créativité des populations. Le secteur informel joue un rôle d'adoption et d'accueil des agents économiques exclus du secteur officiel. C'est une zone de tampon entre le secteur traditionnel rural et le secteur moderne. L'informel regroupe les associations tontinières, les personnes physiques, les commerçants, les employeurs et les groupements développant des réseaux de solidarité.

Contrairement à la première catégorie, cet ensemble est régi par des règles souples et adaptées aux pouvoirs financiers de la clientèle. La présence d'un secteur informel aux côtés du secteur formel serait la conséquence de l'inefficacité du secteur financier formel, inefficacité due en grande partie à la rigidité du secteur formel et l'omniprésence des pouvoirs publics, principalement en matière de fixation des taux d'intérêt.

L'insuffisance de la couverture des besoins essentiels, les pertes d'emploi résultant des restrictions budgétaires publiques, la restructuration des entreprises et la réorganisation administrative, combinés avec l'arrivée des nouvelles classes, notamment les jeunes diplômés, sur le marché du travail, rendent la recherche d'un travail de plus en plus difficile et poussent à la réalisation de petits métiers, à l'auto-emploi et à la création de petites entreprises. Le secteur informel permet de trouver de nouvelles sources de revenus.

Dans ce domaine, les femmes jouent un rôle de premier plan puisqu'on les trouve de façon majoritaire dans un certain nombre de secteurs comme le commerce et la restauration. Les traits communs des divers circuits informels sont les suivants :

· l'absence de réglementation ;

· un fonctionnement sans garanties formelles, mais sur des relations personnelles et / ou des solidarités communautaires. Il convient de noter la présence active des femmes dans la plupart des formules associatives non institutionnelles d'épargne et de crédit ;

· l'absence de barrières à l'entrée ; la prédominance des opérations en numéraire ;

· l'échelle restreinte des fonds collectés et des crédits accordés ;

· la faiblesse des coûts de transaction due à la proximité des prêteurs et des emprunteurs.

Le secteur financier formel ou institutionnel, qui se caractérise par des structures calquées sur les modèles occidentaux, est, le plus souvent, bien analysé, connu et mesuré. Tel n'est pas le cas du secteur financier informel ou non institutionnalisé qui, moins immédiatement perceptible, reste méconnu. Son rôle reste largement sous-estimé, bien que de très nombreux auteurs reconnaissent qu'il constitue, du point de vue de l'épargne, une potentialité très importante dans la mesure où il existe généralement une capacité d'épargne non nulle chez les ménages à revenus moyens ou faibles.

Cette catégorie de ménages peut représenter une très forte proportion de la population totale : ainsi, au Sénégal, le ministère de l'Urbanisme estime cette proportion à 89 % de l'ensemble des ménages sénégalais. Il est fort probable que ces ménages, n'ayant pas accès aux circuits financiers modernes, dont ils se méfient par ailleurs fortement, se tournent vers les circuits informels pour satisfaire des besoins réels d'épargne et de crédit.

L'épargne informelle pourrait donc représenter l'une des solutions au problème de l'épargne interne, clef de l'investissement et de la croissance.

Toutefois, l'utilisation des « gisements d'épargne » que représentent les structures financières informelles ou traditionnelles reste très largement conditionnée par une meilleure connaissance de ces structures et des agents qui y interviennent. Malgré les travaux de chercheurs isolés, qui ont fait prendre conscience de l'inadaptation des analyses classiques en la matière, la recherche se caractérise encore par une absence prononcée de connaissances sur le fonctionnement actuel des pratiques financières informelles au Sénégal. Cela est dû à une pénurie de chercheurs, en particulier autochtones, ainsi qu'à un manque de compréhension de la nécessité de réaliser ces recherches. Cette attitude est sans doute renforcée par le fait que l'épargne informelle, qui n'adopte pas les formes connues, suit des canaux très divers et complexes qui rendent difficile une étude exhaustive en l'état actuel des choses.

De cette diversité émergent cependant les Associations Rotatives d'Epargne et de Crédit (AREC) ou tontines, dont les mécanismes sont très répandus au Sénégal et qui se sont développées à l'heure actuelle. Au-delà des études encore fragmentaires qui les concernent, l'ampleur du phénomène tontinier reste une impression dominante; il n'est donc pas étonnant que les tontines polarisent aujourd'hui l'attention des chercheurs.

Les AREC n'ont fait l'objet que d'un très faible nombre d études analytiques, même si leurs principes de fonctionnement sont à peu près cernés et si, par ailleurs, de très nombreux articles leur ont été consacrés.

Dès lors, la quasi absence, dans la littérature, d'exemples concrets d'enquêtes quantitatives sur le terrain a constitué l'un des principaux obstacles à la mise sur pied d'études,

En effet, il est difficile de cerner les AREC qui n'ont souvent pas d'existence physique et qui, de plus, peuvent avoir un caractère plus ou moins secret. Cette caractéristique a deux conséquences immédiates :

#177; D'une part, la quasi impossibilité d'effectuer un recensement exhaustif et systématique des tontines dans une zone géographique déterminée ;

#177; D'autre part, l'impossibilité de les étudier directement. Pour observer ces institutions, il est absolument nécessaire de transiter par une tierce personne, le responsable du groupement ou un participant. Ce n'est donc que par l'utilisation de contacts personnels qu'il est possible de mener des investigations au niveau d'une tontine.

Il existe cependant de nombreux liens entre les secteurs financiers formels et les secteurs informels. Par exemple, les sommes attribuées par les tontines à leurs membres sont souvent déposées en banque, de même que les réserves qui ont été constituées. Le secteur financier informel est constitué d'un ensemble très varié de techniques, d'associations de toutes sortes, de pratiques d'épargne et de crédit. Les tontines (associations rotatives d'épargne et de crédit) sont comme la partie immergée d'un vaste secteur. Elles sont perçues comme un moyen d'épargne. Les tontines servent de capacité de financement des uns pour satisfaire les besoins des autres. La tontine ou structure de solidarité apparaît comme un système d'incitation à l'épargne. Elle constitue un réservoir d'épargne important pour les pays en voie de développement. Ces tontines se caractérisent par des relations personnelles très étroites entre les membres, et leurs mécanismes sont d'une réelle originalité et d'une grande souplesse. Elles se sont développées, ont évolué pour s'adapter à leur environnement et le rôle est d'autant plus important aujourd'hui qu'elles semblent avoir réussi là où les banques ont échoué, à savoir mobiliser l'épargne domestique.

D'après le BIT (1993), la production du secteur informel au Sénégal intervient pour 52 pour-cent dans la production intérieure brute totale, dont 95 pour-cent dans l'agriculture, 35 pour-cent dans l'industrie et 50 pour-cent dans les services. L'emploi dans le secteur informel urbain est passé en 10 ans (1980/1990) de 58 pour-cent à 77 pour-cent de l'emploi total.

Au total, le secteur informel occupe une grande place et joue un rôle important dans l'économie du Sénégal. Ce secteur permet d'avoir l'accès au crédit. Il se caractérise essentiellement par une grande souplesse au niveau organisationnel, de faibles coûts. La rapidité de traitement des demandes de prêts et, la volonté de traiter les petites sommes qui correspondent aux besoins et à la capacité de la majorité de la population font que les mécanismes informels sont mieux adaptés que les mécanismes formels aux besoins du milieu rural et urbain, dans lequel ils opèrent. Toutefois, ce système recèle certaines défaillances. On distingue en général trois problèmes auxquels se heurte le secteur financier informel :

· Absence de réelle intermédiation financière dans le secteur financier informel.

Les organisations informelles ne sont pas en mesure de remplir en même temps les deux fonctions qui caractérisent un intermédiaire financier, c'est-à-dire collecter des ressources courtes et transformer celles-ci en emplois longs pour des besoins de financement.

En effet, si le secteur financier informel semble pouvoir acquérir de l'information sur les emprunteurs à moindre coût et maintenir la confiance des déposants, principalement pour les zones rurales, il ne semble pas pouvoir supporter le coût lié à la défaillance éventuelle des emprunteurs.

· La finance informelle ne finance que très peu l'acquisition de biens d'investissement. Le fait que les prêts fournis dans le secteur financier informel soient de courte durée et souvent de faibles montants est un handicap pour les opérations de long terme.

· Le caractère usuraire des taux d'intérêt pratiqués. Le fort taux d'intérêt pratiqué dans le secteur financier informel proviendrait de ce que le risque pris par les prêteurs est plus élevé par rapport au risque pris dans le secteur formel. Il pourrait également venir du fait d'une disponibilité quasi immédiate des fonds dans le secteur informel. Mais d'autres facteurs semblent pouvoir expliquer le phénomène (mobilité géographique des emprunteurs et des prêteurs, répression financière, renforcement de la concurrence de la part des institutions informelles, etc....).

3.2.1 L'épargne informelle : Une épargne associative

Les tontines manifestent l'expression de la volonté d'un groupe pour satisfaire les besoins d'épargne des participants, dont les comportements, en Afrique, ne réagissent pas seulement à de pures motivations économiques, mais relèvent aussi de motivations sociales.

Cette dépendance reconnue des comportements d'épargne envers de multiples variables psychosociologiques conduit à s'interroger sur la validité de la transposition aux pays en développement des catégories couramment utilisées pour l'analyse de ces comportements dans les pays développés. En particulier, peut-on véritablement parler de << l'épargne des ménages » dans le contexte sénégalais ?

La réponse à cette question apparaît déterminante dans la mesure où existe une contradiction flagrante entre la faiblesse, voire la quasi nullité, de l'épargne des ménages telle qu'elle ressort des comptes nationaux ou des enquêtes « budgets-consommation », et l'importance que l'on reconnaît généralement à l'épargne informelle.

Cette contradiction ne serait cependant qu'apparente si une unité de comportement autre que le ménage était utilisée, notamment l'individu.

D'autre part, il ne faut pas perdre de vue que l'AREC est aussi l'expression d'une volonté collective ou communautaire pour faire face aux problèmes rencontrés. L'AREC, en tant qu'agrégat d'individus, est donc certainement plus complexe que la simple addition de ressources.

De même qu'il est erroné de penser que la monétarisation des sociétés engendre nécessairement l'essor d'une épargne formellement institutionnalisée, il est faux d'affirmer pour les mêmes raisons une individualisation immédiate des formes de l'épargne. Les associations et tontines peuvent constituer en la matière des formes transitionnelles, permettant de concilier les contraintes nées de la salarisation et de la marchandisation et celles de sociétés très largement holistes.

Les formes d'épargne associative, auxquelles l'adhésion est obligatoire pour les originaires d'un même village, caractérisent bien évidemment avec force ces logiques sociales collectives. Mais les formes tontinières constituées sur la base d'une adhésion volontaire n'y sont pas étrangères. La participation à une tontine s'oppose à priori aux tendances holistes, puisqu'elle permet très largement, en faisant valoir l'obligation de verser sa part, d'échapper à ce que certains désignent comme parasitisme familial. En cela les tontines favorisent des pratiques individualisantes qui pourraient aussi illustrer l'inventaire des biens de consommation acquis grâce aux tontines.

Toutefois, n'est-il pas singulier que cette échappée du solidarisme traditionnel doive se réaliser à travers des formes nouvelles de vie collective qui, par le jeu des tours de rôle, peuvent constituer les pratiques mutualistes indispensables à la survie dans un cadre urbain ?

En cela les tontines sont des formes en transition. Elles ne sont pas pour autant des formes bancaires primitives.

Il serait erroné de confondre banques et tontines. Celles-ci ont par rapport à celles-là une supériorité relative :

· Les tontines étant fondées sur des relations personnelles excluent gage, nantissement ou hypothèque ;

· La procédure pour faire un dépôt ou pour obtenir un prêt dans une tontine est assez simple ;

· En l'absence même de contraintes légales, du fait de contraintes sociales et morales, la capacité de recouvrer ces créances est très grande ;

· Le coût de gestion d'une tontine est faible ;

· La confiance dans une organisation totalement indépendante de I'Etat et du fisc est très grande.

Pourtant, cette supériorité des tontines par rapport aux banques n'est pas absolue. Les opérations dans une tontine ne sont pas toutes discrètes et anonymes: le voisinage a des chances de connaître dettes et créances.

De plus, la périodicité préétablie des réunions limite la possibilité d'obtenir immédiatement dans une tontine un prêt. Enfin, les taux d'intérêt (lorsque ceux-ci sont pratiqués) sont généralement beaucoup plus élevés dans une tontine que dans une banque.

Toutefois ce qui constitue un coût très élevé pour les débiteurs (que les institutions bancaires rejettent) est un revenu pour les créanciers !

3.2.2 Les limites de l'épargne informelle

La limite essentielle des tontines tient à la nature très particulière de ces organisations financières.

En premier lieu, les banques reçoivent des dépôts et font crédit; elles peuvent en se fondant sur la proportion et la périodicité des retraits créer de la monnaie en consentant à l'ensemble de leurs clients un montant de crédits supérieurs a la somme de leurs dépôts. En second lieu, les tontines redistribuent les apports de chacun; les créances et les dettes sont strictement équivalentes puisque le support monétaire est constitué de pièces et de billets. Si les tontines sont à même de mobiliser des encaisses qui seraient autrement oisives (ce que font aussi les banques pour les seuls dépôts), ces organisations sont incapables d'injecter des liquidités nouvelles dans l'économie. Et l'absence d'une reconnaissance légale des statuts de ces organisations les rend précaires et limite la possibilité pour certaines d'entre elles de croître et de devenir des institutions originales, adaptées et directement concurrentes des banques.

Ainsi, si fonctionnellement les organisations informelles d'épargne et de prêt rotatifs peuvent correspondre à des modalités de mobilisation de l'épargne à des fins productives, si certaines d'entre elles participent à ce mouvement, le plus grand nombre d'entre elles échappent à ce devenir, en raison même de la logique de leur constitution. Les impératifs économiques et financiers ne doivent pas masquer leurs aspects ludiques et sociétales et les déterminismes socioculturels qui sont les racines profondes d'un grand nombre d'entre elles.

Nous formulons les recommandations suivantes avant de conclure notre étude.

4. Recommandations

De ce qui ressort de notre étude nous estimons que les nombreuses insuffisances du système financier sénégalais empêchent une grande mobilisation de l'épargne au Sénégal. Afin de renverser cette tendance, les institutions financières et l'Etat doivent, chacun en ce qui le concerne, pousser un peu plus loin en adoptant les recommandations suivantes :

4.1 Diversifier les produits de collecte de l'épargne domestique 

Il s'agira pour les institutions bancaires et financières, d'adopter une démarche de type classique dans le but de la collecte de l'épargne. Elles peuvent identifier les trois principales motivations de l'épargne (la précaution, l'investissement et le placement) qui donnent respectivement, l'épargne de précaution, l'épargne projet et l'épargne en vue de rendement. Elles pourront ainsi concevoir des instruments de collecte à la mesure de chaque type d'épargne à savoir, respectivement :

· Un plan d'épargne santé permettant aux agents économiques de faire face à leurs dépenses de santé et à celles de leurs familles, un plan d'épargne éducation pour les parents désireux de prévoir le financement des futures études supérieures de leurs enfants, un plan d'épargne équipement pour les jeunes et même les moins jeunes ;

· Un plan d'épargne investissement pouvant permettre aux entreprises de financer leurs investissements en moyen de production et aux promoteurs de financer leur projet d'entreprise ;

· Un plan d'épargne titre que les banques se chargeront de placer au niveau du marché financier régional, ce qui contribuera à son essor.

Cette diversification, pour être efficace, devra reposer sur des réseaux de distribution adéquats qui offriront des instruments de collecte, des politiques de communication et des politiques commerciales plus attrayantes.

4.2 Raffermir la crédibilité et la sécurité des moyens de paiement

Cela pourrait encourager encore plus l'utilisation des chèques et cartes bancaires et éviter une trop grande circulation de la monnaie fiduciaire.

4.3 Dynamiser le marché régional des capitaux

La bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) est, à ce stade, peu dynamique tant du coté de l'offre que de la demande de titres. Dans un premier temps, des privatisations d'entreprises publiques pourraient contribuer à alimenter l'offre. La demande pourrait être améliorée par une plus grande implication des investissements institutionnels et des organismes de prévoyance sociale.

4.4 Adoption d'une politique d'augmentation des revenus

Définie le plus souvent à partir du revenu, la mobilisation de l'épargne passe impérativement par la mise en oeuvre d'une politique efficace de création d'emplois. L'inadéquation entre la formation et le marché de l'emploi ne cesse de se rétrécir. L'enquête sur les priorités nous apprend que le taux de chômage affecte 27 pour-cent des actifs à Dakar. En créant de l'emploi, l'Etat augmente le revenu et diminue la dépendance économique. L'Etat doit recruter les jeunes diplômés et créer des emplois pour les chômeurs. L'Etat doit aussi créer des centres de formation professionnelle pour les femmes et les jeunes qui n'ont pas de métiers afin de faciliter leur insertion dans le tissu économique.

On a observé qu'une augmentation du revenu influence positivement l'épargne nationale au Sénégal. Ainsi, il est nécessaire d'accroître la production. Une grande partie de la population vit de l'agriculture et possède des revenus faibles ou proches du revenu de subsistance (NEPAD, 2001 ; FAO, 2002). Les niveaux insuffisants du revenu et la faible variation du PIB constituent l'explication la plus importante du faible niveau de l'épargne nationale. La meilleure façon d'augmenter l'épargne est de créer un cercle vertueux de croissance et de jouer sur des variations du revenu et de son taux de croissance.

L'agriculture est source de nourriture et de matières premières pour les industries. L'agriculture est aussi source d'emploi et de devises à travers les exportations. Il faudra promouvoir l'emploi en assurant l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est aussi nécessaire d'encourager le financement de micro-entreprises, la micro-finance et l'accord de prêts réservés aux pauvres par la mise en place de structures d'épargne et de crédit. Ceci constitue des leviers sur lesquels on peut s'appuyer pour financer le monde rural. Il convient de mettre une stratégie de développement qui faciliterait l'acquisition des compétences et le développement d'une base technologique locale. Une telle stratégie doit créer la capacité d'adapter de manière significative les technologies importées et de promouvoir un lien actif entre le développement agricole et le développement industriel. En définitive, si le monde rural est doté de matériels technologiques importants, associés à un financement, il pourra développer l'agriculture et générer des revenus.

4.5 Maîtrise de l'inflation

La maîtrise de l'inflation constatée après l'année de la dévaluation est nécessaire pour éviter son effet néfaste sur l'épargne nationale. Le taux d'inflation mesuré par l'indice des prix à la consommation (IPC) est évalué à 1.6 pour-cent en 1999. En effet, la rigueur dans les dépenses publiques, soutenue notamment par un contrôle du crédit a permis au Sénégal de respecter les critères de convergence au sein de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) en consolidant les performances en matières d'inflation. Au Sénégal, la réduction observée du taux d'inflation depuis 1995 (8 pour-cent en 1995, 5.3 pour-cent en 1996, 1.8 pour-cent en 1997 et 1.6 pour-cent en 1999) masque cependant de fortes variations saisonnières qui traduisent des tensions occasionnelles sur les prix de certains biens.

Ces tensions ont parfois entraîné des poussées inflationnistes, particulièrement durant les périodes de soudure entre deux récoltes. Elles traduisent les carences du système de production et de distribution plutôt qu'un relâchement de la politique économique. Il convient donc de mettre en oeuvre une politique d'offre efficace, notamment pour le secteur agricole et promouvoir l'offre de produits alimentaires, qui reste largement soumise aux aléas climatiques et à en améliorer la distribution, les pénuries constituant, à ce titre, un des principaux ressorts de l'inflation.

4.6 Politique de réduction du taux de dépendance économique

Le taux de dépendance et l'épargne étant fortement corrélés, les études empiriques démontrent qu'une forte proportion de jeunes de la population dépendante affecte négativement l'épargne nationale. Le planning familial reste au premier rang de priorités : des progrès considérables sont nécessaires dans ce domaine, en particuliers dans les zones rurales. Par ailleurs, l'Etat doit créer des emplois pour les chômeurs afin de réduire la dépendance car si l'on sait qu'à Dakar le taux de chômage affecte 27 pour-cent des actifs (ESP, 1991 ; EPPS, 2001).

Toutefois, nous ne négligeons pas le capital humain car Oladeji, S. I and Ogunrinola, I. O. (2001) ont analysé les déterminants de l'épargne non institutionnelle dans le Sud-ouest du Nigéria et leurs résultats empiriques ont montré que le niveau de l'éducation est un facteur déterminant de l'épargne. Par ailleurs, Kelly (1980) a étudié l'effet du nombre d'enfants dans les villes du Kenya. Il en conclut que le coût de l'éducation et le souci d'éduquer ses enfants incitent les ménages à épargner. Ainsi, l'investissement éducatif est d'autant plus rentable que la vie est longue qu'il s'agisse de sa propre éducation ou de celle de ses enfants.

4.7 Politique d'incitation à l'épargne extérieure

L'épargne extérieure est un complément fort utile de l'épargne domestique, à la condition que la politique économique soit soutenable, le système monétaire et financier bien réglementé et les garanties gouvernementales aux emprunts étrangers limitées.

Le Sénégal a donc l'urgence de réduire les déséquilibres budgétaires ainsi que les déséquilibres persistants de balance de paiements à l'origine de l'accroissement de l'endettement extérieur source d'incertitude économique.

Considérant l'effet positif de l'épargne extérieure sur l'épargne nationale, il est donc nécessaire que les décideurs orientent les dépenses publiques vers des infrastructures de base, à savoir les domaines de la santé, de l'éducation, des moyens de transport, de télécommunications, d'électricité, d'adduction d'eau, etc.... Une mobilisation des ressources externes afin de les orienter vers les utilisations les plus productives permettra de soutenir et de renforcer la croissance et la productivité de l'investissement du secteur privé : on peut citer par exemple l'Aide publique au développement (APD) et l'Investissement direct étranger (IDE). En effet, dans les études sur les pays en développement l'on a constaté que l'investissement public réalisé dans les domaines suscités a une grande influence positive sur la productivité et la formation du capital privé.

4.8 Réorganisation ou articulation entre secteur financier formel et secteur

financier informel

Le secteur financier informel ou non institutionnalisé constitue du point de vue de l'épargne une potentialité très importante dans la mesure où existe généralement une capacité d'épargne non négligeable chez les ménages à revenus moyens ou faibles. Cette catégorie de ménages peut représenter une très forte proportion de la population totale. La majeure partie de la population rurale et urbaine est exclue de l'accès au crédit institutionnel, et aussi parce que les institutions de prévoyance et d'assurances sont absentes.

L'épargne informelle pourrait donc représenter l'une des solutions au problème de l'épargne interne, clef de l'investissement et de la croissance. C'est pourquoi Lelart (1991), Soyibo (1996) estiment que le secteur informel se développe et joue un rôle de régulateur en se substituant aux défaillances des institutions du secteur formel.

Une articulation entre secteur financier informel et secteur financier formel est nécessaire : ici, un certain degré de dualisme doit être toléré. Le but est essentiellement de réduire l'écart entre les deux secteurs par le développement de liens plus étroits entre les intervenants formels et informels. Lier la finance formelle à l'informelle en utilisant les ONG : une expérience Gambienne. A plus long terme, cette articulation doit permettre de préserver les aspects positifs du secteur informel tout en réformant les institutions financières formelles.

Il est nécessaire d'encourager l'essor des banques commerciales comme une banque centrale autonome capable de contrôler et de réguler efficacement les activités des institutions de crédit et les institutions bancaires. L'Etat doit réfléchir sur les normes et une réglementation plus souple pour favoriser le développement des villages-banques, des caisses villageoises et des mutuelles de crédit : on peut citer comme exemple la création des mutuelles de crédit dans les villages de Ngoudiane, Notto et Tassette dans la région de Thiès par l'ONG Plan International. Pour ce faire, les institutions de crédit et les institutions bancaires doivent rendre l'accès au crédit plus facile avec des conditions mieux adaptées aux activités des professionnels (ligne de crédit, mutualisation). L'Etat doit créer des banques qui seront gérées par les clients eux-mêmes, instaurer des banques dans les zones rurales les plus reculées pour pallier l'éloignement géographique de certaines institutions monétaires.

Conclusion

L'épargne, préalable à tout investissement, constitue un enjeu crucial pour l'essor économique des pays en voie de développement. Aujourd'hui, la mobilisation de l'épargne passe par la mise en place d'un système financier moderne et performant. Le Sénégal, dans le cadre de la politique financière concertée en vigueur au sein de l'UEMOA, a amorcé à partir de 1989 des réformes visant à moderniser le secteur financier.

Nous avons dans notre étude passer en revue l'évolution des variables de l'épargne, la situation de l'épargne intérieure et cerner les systèmes d'épargne au Sénégal.

Il s'avère, au terme de l'étude que le revenu a un impact capital, très positif et significatif sur l'épargne. Le taux d'intérêt réel, influence, à long terme, de façon négative et significative l'épargne domestique. L'épargne extérieure évince significativement l'épargne domestique aussi bien à court qu'à long terme, tandis que l'épargne domestique décalée, à long terme, a une influence positive.

Le processus de modernisation du secteur financier a permis l'émergence d'un type nouveau d'intermédiaires financiers, en l'occurrence les Systèmes Financiers Décentralisés. Ces Systèmes Financiers Décentralisés sont très actifs dans la collecte de proximité de l'épargne des petits épargnants. De nouveaux sentiers de recherche pourraient mener à l'étude de la relation liant le système bancaire et ces systèmes financiers décentralisés afin de déterminer si c'est une relation de concurrence ou de complémentarité.







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