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Impacts socioeconomiques du projet de pipeline Tchad-Cameroun le long du corridor dans la province du centre (Cameroun)

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par Bertrand Junior NDJESSA BESSALA
Université de Dschang - Ingénieur agro-socio-economiste 2002
  

Disponible en mode multipage

Chapitre 1

INTRODUCTION

1.1- GENERALITES

Les tendances actuelles de la mondialisation dans le contexte du continent africain semblent se traduire à la fois par un ralentissement des taux de croissance annuelle, la faiblesse des investissements, le recul de l'agriculture et, par contre, une réactualisation des secteurs miniers et énergétiques. Ainsi la part de l'Afrique dans les exploitations mondiales de minerais et de minéraux est passée de 6 à 13,5 % du total entre 1980 et 1995 (Carton, 2000). Les données concernant l'activité pétrolière en Afrique reflètent une évolution similaire. Les pays africains s'investissent de plus en plus dans le secteur minier et pétrolier pour accroître leurs exportations pour faire face à la crise de la dette et au recul des activités agricoles et manufacturières.

Depuis 1969, de nombreux gisements pétroliers dont la réserve est estimée à 900 millions de barils ont été découverts au Sud du Tchad dans la zone de Doba. La guerre civile qui a éclaté en 1979, le manque de ressources financières et le manque d'expertise nécessaire dans l'industrie pétrolière n'ont pas permis au Tchad de les exploiter. En 1988, le Tchad a signé une convention accordant jusqu'en 2004 le droit d'exploration au consortium composé d'EXXON, SHELL et ELF. Cette convention a été modifiée en 1995 et une nouvelle a été signée. Dans celle-ci, en plus de l'exploration elle définissait les relations entre le consortium et la république du Tchad en ce qui concerne l'exploitation, la protection de l'environnement, l'indemnisation des populations et le paiement des redevances et des impôts. Bien que le projet concerne l'exploitation du pétrole tchadien, sa réussite dépendait énormément du Cameroun parce que le Tchad est un pays enclavé. Il ne dispose pas de côte ni de cours d'eau de grande importance navigable. En 1996, le Tchad et le Cameroun ont donc signé un accord bilatéral qui prévoyait la construction d'un oléoduc traversant le Cameroun. Ledit oléoduc part des champs pétroliers de Doba au Sud du Tchad (Site des puits de pétrole), traverse le Cameroun et se termine au large de la côte Atlantique à Kribi (Cameroun) où a lieu le chargement des tankers. Dans son parcours au Cameroun, il touche 5 provinces, 12 départements et 242 villages. Les cartes 1 et 2 présentent la région pétrolière de Doba (Sud du Tchad) et le tracé de l'oléoduc en terre camerounaise.

Carte du Cameroun et champs pétroliers de Doba (Tchad)

Source : Petry et Naygotimti (2005)

Tracé du pipeline en terre camerounaise

Source : Willbros (2002)

Le Tchad et le Cameroun sont classés parmi les pays pauvres dans le monde. Le Tchad a un produit national brut (PNB) de 360.992 F.CFA/habitant tandis que celui du Cameroun est de 598.096 F.CFA/habitant (BEAC, 2005).

Ce projet devrait générer sur une durée de 30 ans des recettes (Impôts et taxes, retenues sur le pourcentage des ventes et bénéfices sur le capital de TOTCO) de 8,5 milliards de dollar USA (5.100 milliards de F.CFA) à la république du Tchad et des recettes (Droits de transit, impôts et taxes sur le transport et bénéfices sur le capital de COTCO) de 900 millions de dollars USA (540 milliards F.CFA) à la république du Cameroun. Ces revenus permettront aux deux pays de promouvoir le développement au sein de leurs communautés sur un double plan. Sur le plan social : des écoles et des centres de santé devaient être construits, certaines routes devaient être bitumées. Sur le plan économique : une amélioration des gains dans l'agriculture, l'élevage et la création d'emplois étaient attendues.

Par ailleurs, la Banque Mondiale a joué un rôle central dans le projet notamment celui d'arbitre, de caution et de parrain. Elle a accordé les prêts aux Etats tchadiens et camerounais. Elle affirme jouer un rôle de soutien aux Etats concernés pour que le projet soit défini et géré d'une manière qui serve et protège les intérêts nationaux et également pour atténuer les risques politiques de l'investissement. Enfin elle garantit une plus grande consultation publique, une participation locale et une préoccupation quant aux enjeux environnementaux et socio économiques. La Banque Mondiale entend être le piston du projet car au 20e siècle, aucune autre matière première - fut-elle très précieuse - n'a causé autant de conflits voire des guerres et de flux financiers occultes comme le pétrole (World Bank, 1998). Le rôle que joue la Banque Mondiale est important car la Mission Parlementaire Française (1999) a constaté que la rente pétrolière est fréquemment synonyme de guerre, d'instabilité sociale et de corruption.

1.2- PRESENTATION DU PROBLEME

Le projet pétrole du Tchad avec son oléoduc Tchad-Cameroun est un grand projet jamais réalisé en Afrique au Sud du Sahara. Ceci se justifie par sa longueur totale de 1.070 Km et son coût de 3,5 milliards de dollars USA (2.100 milliards de F.CFA) reparti en 1,6 milliard pour l'exploitation et 1,9 milliard pour l'oléoduc. L'analyse des coûts et des avantages a montré que sur 30 ans, le projet générera 8,5 milliards de dollar USA à l'Etat du Tchad et 900 millions de dollar USA à l'Etat camerounais. Les revenus générés par l'exploitation des champs pétroliers tchadiens devraient contribuer à la lutte contre la pauvreté dans les deux pays. Toutefois, ce projet présente des risques énormes. Parmi ces risques, on peut citer  la perturbation de l'environnement biophysique, l'expropriation des paysans de leurs terres agricoles (Plus de 5.000 hectares), le risque de déversement du pétrole dans l'environnement. Tous ces risques entameraient la santé des riverains. En outre le projet pourrait induire des impacts socio humains dans les communautés riveraines.

Des modifications du milieu, du jeu économique et social y existant, ont été nécessairement entraînées par la mise en oeuvre de la construction du pipeline qui a traversé le Cameroun sur 891 km. Ces modifications s'inscrivent dans des mécanismes d'évolution économiques, sociaux et écologiques qu'il est indispensable de connaître pour déterminer les éléments correctifs nécessaires, ainsi qu'établir un avis motivé sur la capacité des activités pétrolières à lutter contre la pauvreté.

Il importe donc de faire une identification et une description des impacts socio économiques du projet pipeline Tchad-Cameroun dans la province du Centre. Dès lors, la question suivante peut-être posée : « Quels sont les impacts socio économiques du projet pipeline Tchad-Cameroun sur les riverains dans la province du Centre?».

1.3- OBJECTIFS DE L'ETUDE

L'objectif global de cette étude est d'identifier et de décrire les impacts socio économiques du projet pipeline Tchad-Cameroun sur les populations riveraines. Pour atteindre cet objectif global, il s'agit plus spécifiquement d'identifier et de décrire l'impact du projet pipeline sur :

1- les surfaces agricoles le long du corridor du pipeline ;

2- la production agricole le long du corridor du pipeline ;

3- le revenu des riverains du pipeline;

4- l'emploi et la formation des populations riveraines du pipeline;

5- les infrastructures d'éducation et de santé le long du corridor du pipeline;

6- la prévalence des maladies au sein des populations riveraines du pipeline.

1.4- IMPORTANCE DE L'ETUDE

La rente pétrolière «nourrit» les Etats producteurs. Voilà pourquoi, beaucoup de pays s'investissent aujourd'hui dans l'exploration et l'exploitation du pétrole (Carton, 2000). Toutefois dans la course effrénée à cette rente, le sort des populations est souvent presque ignoré. Celles-ci sont souvent marginalisées lors de l'élaboration des projets de développement au bénéfice des facteurs techniques et économiques. Cette situation a pour corollaire la stagnation de la population dans la pauvreté.

Cette étude revêt une importance théorique et pratique :

1°-) Sur le plan théorique, cette étude ex-post apportera une modeste contribution à la littérature relative aux études d'impacts socio économiques du projet pipeline Tchad-Cameroun sur les populations le long du corridor du pipeline dans la province du Centre. La plupart des études socio économiques qui ont été menées étaient ex-ante. Elles ont permis aux décideurs de trouver des alternatives et des mesures de compensation pour atténuer les effets négatifs du projet.

2°-) Sur le plan pratique, l'étude devrait emmener :

- les riverains du pipeline à mener des actions communes pour leur développement ;

- l'Etat du Cameroun à réaménager les actions de développement et de protection au bénéfice des riverains du pipeline ;

- le consortium du projet à réaliser un programme de développement au profit des riverains du pipeline et ;

- la Société Civile nationale et internationale à renforcer son action de plaidoyer au profit des populations riveraines du pipeline.

Dans le cas du projet pipeline Tchad-Cameroun, les routes à construire devaient désenclaver la région riveraine du pipeline et partant avoir un impact sur les échanges. Ces routes devaient faciliter l'évacuation des produits agricoles vers les marchés et permettre le ravitaillement des populations et petits commerces. Les compensations communautaires et régionales devaient améliorer l'offre des services et la quantité des infrastructures. Le financement de certains programmes (Programme National de Lutte contre le Sida, Programme National de Lutte contre le Paludisme) du Ministère de la Santé Publique par COTCO devait permettre de réduire la prévalence des MST-Sida et les maladies transmises par les vecteurs (Malaria, onchocercose...). Toutefois, certaines infrastructures (Sources, routes et ponts) préexistantes au projet ont été détruites et les populations expropriées des terres. Pendant la phase de construction du pipeline, il y a eu un brassage des populations. Des marres d'eau - lits des moustiques et autres insectes - sont apparues après le passage du pipeline. Suite à cette situation, une identification et une description des impacts socio économiques sont importantes.

De manière globale le projet pipeline a prévu des effets positifs sur l'emploi et la formation et sur l'amélioration de l'offre en infrastructures ; toutefois les effets négatifs et non souhaités étaient probables en agriculture, sur le revenu et sur la santé des riverains. Il importe donc d'identifier et de décrire les différents impacts pour observer si les résultats attendus du projet pipeline ont été atteints et si les effets à minimiser l'ont été. Cette étude présente donc la spécificité qu'elle s'intéresse aux impacts négatifs ou non souhaités par le projet pipeline.

1.5- ORGANISATION DU MEMOIRE

La présente étude est divisée en (5) cinq chapitres :

- le chapitre 1 qui est considéré comme introductif, présente le problème, les objectifs et l'importance de l'étude ;

- le chapitre 2 traite du cadre théorique et de la revue de littérature ;

- le chapitre 3 présente la méthodologie utilisée pour la collecte des données ;

- le chapitre 4 présente les résultats ;

- le chapitre 5 conclut et formule les recommandations aux parties concernées.

Chapitre 2

CADRE THEORIQUE ET REVUE

DE LA LITTERATURE

2.1- DEFINITION DES CONCEPTS ET REVUE DE LA LITTERATURE

Avant de présenter la revue de la littérature, il est nécessaire de situer certains concepts par rapport aux études d'impacts socio économiques. C'est dans ce cadre qu'il apparaît intéressant de définir les termes compensation, effet, et impact qui peuvent avoir d'autres connotations ailleurs.

2.1.1- Définition des concepts

Compensation : Selon Todd cité par Cox et Koppert (2000), les principes fondamentaux de compensation peuvent être décrits comme étant un "rétablissement économique" ou une "équivalence". Le premier terme évoque que le propriétaire exproprié a droit à un rétablissement économique. Le second terme signifie que le propriétaire déplacé devrait rester, dans la mesure du possible, dans la même position financière qu'il avait avant la prise de ses biens, à condition que les dommages, les pertes ou les frais pour lesquels la compensation a été réclamée soient directement attribuables à la prise des terres.

Effet : Baker (2000) définit l'effet comme la conséquence d'un projet sur l'environnement indépendamment du territoire affecté.

Impact : Baker (2000) dit que l'impact est la transcription d'un évènement sur une échelle de valeur. Pour elle, l'impact est donc le croisement entre l'effet et la sensibilité du territoire ou de la composante de l'environnement touchée par le projet.

2.1.2- Revue de la littérature

De nombreux auteurs estiment que tout projet de développement ou de société crée un changement au sein de l'environnement auquel il s'intègre. L'environnement ici doit être vu en son sens large qui intègre les dimensions écologique, sociologique, économique, culturelle, politique et institutionnelle. Ces auteurs ont ainsi déblayé le chemin des études d'impacts. Pour ne pas se comporter comme un aveugle dans la forêt, il est important de s'attarder sur leurs travaux de recherche. Toutefois avant de passer en revue les travaux de ces derniers, il est intéressant de présenter brièvement le rôle de l'agriculture dans le développement économique des pays en développement comme le Cameroun.

1°- Rôle de l'agriculture dans le développement économique

Selon Malcom et al. (1998), l'agriculture joue un rôle important dans le développement économique parce que la majorité des habitants dans les pays pauvres tirent leur subsistance du sol. Dames & Moore (1999) disent que l'agriculture occupe 59% de la population active au Cameroun. Les agriculteurs des pays en développement doivent produire suffisamment pour assurer leur propre alimentation et celle de la population urbaine.

Dans les pays en développement, l'agriculture crée les emplois, génère les devises, satisfait la demande alimentaire locale et fournit les matières premières pour l'industrie. Le Ministère de l'agriculture (MINAGRI, 1990) déclare que le secteur agricole génère 50% des recettes en devises du Cameroun.

L'agriculture est un secteur important des économies des pays en développement car elle contribue au produit national brut (PNB). Les pays qui ont connu une croissance économique rapide ont eu pour base l'agriculture; ils ont amélioré la productivité agricole. Il y a donc une évidence que l'agriculture stimule le développement économique.

2°- Description des impacts socio économiques

La description des impacts d'un projet est importante ; Casley (1987) notent que la description est conçue comme une méthode qui permet de mettre à profit les efforts de développement pour en améliorer les modalités. Ils ajoutent qu'une description globale d'une opération de développement permet d'adopter une stratégie et une planification. En 1997, Helme relève que l'évaluation d'impact a pour but de prouver l'impact et d'améliorer ou de réorienter les interventions. Baker (2000) estime que l'évaluation d'impact est destinée à déterminer de façon plus large si le projet ou programme a eu l'impact désiré sur les individus, les ménages et les institutions et si ses effets sont attribuables à l'intervention du projet. Selon Baker (2000), Helme (1997) et Casley (1987), l'analyse d'impact permet de réorienter les actions d'un projet ou de trouver les moyens d'atténuation des impacts négatifs.

L'évaluation donne l'état des lieux. Ainsi, Geoffrey (1990) déclare que l'évaluation d'impact indique les changements résultant directement et indirectement d'un projet. Ils ajoutent qu'elle donne une indication sur les changements au sein de la population et de la demande dérivée en services sociaux. Ces auteurs estiment que pour évaluer l'impact d'un projet, il faut observer :

Sur le plan économique : le revenu, les activités génératrices de revenu et les infrastructures.

Sur le plan social : l'aspect démographique (L'emploi, les migrations...), le logement (Qualité et quantité), les services (Ecoles, centres de santé...) et l'organisation sociale.

D'après Geoffrey (1990), quand on veut évaluer un projet, il y a certains indicateurs qu'il faudrait observer sur le plan socio économique. Ces indicateurs sont le revenu, les activités génératrices de revenu, les infrastructures, l'emploi, les migrations, les services et l'organisation sociale. Ce sont ces indicateurs qui servent d'éléments d'analyse.

Par ailleurs les différents auteurs qui se sont penchés sur les études d'impacts pensent que celles-ci sont conçues pour observer le comportement des variables susceptibles d'être influencées par le projet. Roy et al. (1990) illustrent le rôle de la description des impacts socio économiques dans le schéma ci-dessous :

Graphique 1 : Comportement des variables après un projet

Le Ministère de l'environnement et des forêts (MINEF, 2001) estime que l'importance de l'impact peut être évaluée à partir de l'intensité de perturbation, la durée, l'étendue, la nature et la valeur de la composante touchée.

Intensité de la perturbation de l'impact : elle est fonction de l'ampleur des modifications observées sur la composante du milieu touché par une activité du projet ou encore des perturbations qui en découlent. Ainsi une faible intensité est associée à un impact ne provoquant que de faibles modifications à la composante visée, ne remettant pas en cause son utilisation, ses caractéristiques ni sa qualité.

Durée de l'impact : un impact peut être qualifié de temporel ou de permanent. Un impact temporel peut s'échelonner sur quelques jours, semaines ou mois mais doit être associé à la notion de réversibilité. Par contre un impact permanent a un caractère d'irréversibilité et est observé de manière définitive ou très long terme lorsqu'il est positif. L'évaluation de la fréquence ou de la récurrence de l'impact contribue à mieux définir la notion de durée.

Etendue de l'impact : l'étendue de l'impact fait référence au rayon ou à la portée ; c'est-à-dire à la distribution globale de la répercussion. Ainsi, un impact peut être d'étendue ponctuelle lorsque ses effets sont très localisés dans l'espace, soit qu'il se limite à une zone bien circonscrite de superficie restreinte. Un impact ayant une étendue locale touchera une zone ou une population plus étendue. Enfin, un impact d'étendue régionale se répercutera dans l'ensemble de la zone d'étude et parfois au-delà.

Nature de l'impact : un impact peut être positif, négatif ou indéterminé. Un impact positif engendre une amélioration de la composante du milieu touché par le projet tandis qu'un impact négatif contribue à sa détérioration. Un impact indéterminé est un impact qui ne peut pas être classé comme positif ou négatif ou encore qui présente à la fois des aspects positifs et négatifs.

Valeur de la composante touchée : chaque composante du milieu récepteur possède une valeur qui lui est propre. Il est possible de distinguer une valeur intrinsèque et une valeur extrinsèque à une composante, lesquelles contribuent à la valeur globale ou intégrée.

Importance de l'impact : l'importance d'un impact qu'il soit de nature positive ou négative est déterminée d'après l'évaluation faite à partir des critères énoncés précédemment. Ainsi, l'importance de l'impact est fonction de sa durée, de son étendue et de son intensité mais également de la valeur accordée à la composante touchée. L'importance est en fait proportionnelle à ces quatre critères spécifiques et sera qualifiée de faible, de moyenne ou de forte selon les cas.

3°- Impacts socio économiques des projets d'extraction

Dames & Moore (1995) déclarent que la construction du pipeline doit toucher 5000 hectares de terrain et que sur cette surface, il faut s'attendre à la destruction des cultures et de la végétation ; à la perturbation du sol et l'expropriation des paysans et des communautés. L'expropriation et la perturbation du sol suite aux travaux par les engins lourds, l'érosion en amont et le dépôt des sédiments en aval ont pour conséquence la réduction des surfaces agricoles; ce qui peut porter atteinte à la production agricole. GCA (2000) rapporte que 50% des agriculteurs seront sans terre ; ceci risque d'emmener ces derniers à recourir au métayage ou à devenir des ouvriers agricoles pour survivre. L'agriculture au Cameroun est caractérisée en plus des grandes plantations industrielles par une majorité des plantations villageoises de moyenne importance et des petites parcelles paysannes. Toutefois malgré la petite taille des parcelles paysannes, celles-ci sont capitales d'une part pour les paysans à qui elles fournissent les denrées alimentaires et le revenu et d'autre part au marché local dont elles sont les principaux fournisseurs. En plus elles emploient la plupart d'actifs du secteur agricole. Toute action sur ces parcelles pourrait donc avoir des répercussions sur les propriétaires et le marché local.

GCA (2003) note la naissance des conflits au Cameroun (Disputes de terre, vol...) suite aux indemnisations. Horta (2003) déclare que l'argent reçu par les riverains n'a maintenu que de manière temporaire leur niveau de vie égal à celui avant l'exécution du projet pipeline et que la mauvaise gestion de cet argent pourrait faire sombrer ces populations dans la pauvreté. La Société Financière Internationale (SFI, 2007) constate également qu'au Cameroun et au Tchad les compensations payées pour les cultures détruites n'ont permis aux familles que de conserver à court et à moyen terme leurs moyens de subsistance.

Dans certains pays où les projets similaires au projet pipeline ont déjà été exécutés, les populations riveraines en souffrent. Simery (2007) constate que l'exploitation et la production du pétrole au bassin du Niger au Nigeria a provoqué la pollution environnementale, l'insécurité sociale et la dégradation des sols ; comme conséquences les populations migrent vers les villes à la recherche de l'emploi (40% d'ogonais, parce que sans emploi vivent à l'extérieur de leur région natale) et la production agricole dans la région a baissé de 55%. Au Nigeria l'agriculture qui occupait 70% de la population en 1970 ne représente plus que 46,9% de l'emploi aujourd'hui (Carton, 2000). Toutefois une bonne gestion des revenus pétroliers peut être bénéfique pour la société. Anonyme (2007) note qu'au Nigeria, le programme mis en place par EXXON-Mobil et CHEVRON-Texaco a amélioré d'une part l'accès à l'énergie dans les zones rurales et d'autre part les écoles construites et les bourses d'études octroyées aux élèves (3,75 millions de dollars USA en 2006) ont amélioré le niveau d'éducation des riverains.

Petry et Naygotimti (2005) déclarent que dans les pays africains exportateurs de pétrole, l'exploitation du pétrole a été plus une malédiction qu'une bénédiction. Ils ajoutent qu'au Nigeria par exemple, la corruption a connu une propagation explosive parallèlement à l'exploitation pétrolière et la production agricole a subi un recul dramatique. Yanez et al. (1997) constatent également un taux élevé de corruption dans les villes de l'Equateur où il y a l'exploitation pétrolière. Gary et Karl (2000) notent qu'en dépit de la richesse pétrolière, le revenu moyen des populations au Nigeria s'élève à moins d'un dollar USA par jour. Dans ce même pays, il y a une augmentation des conflits sociaux violents. La population vit dans un climat de peur. De nombreux cas d'enlèvement et de disparition d'étrangers et d'autochtones sont régulièrement signalés.

Le pétrole représente 31,7% des recettes d'exportation au Cameroun (Fischer, 2001) et 50% des exportations du Cameroun (Yanez et al., 1997). Cependant, la population n'a pas bénéficié des revenus de vente de pétrole touchés par le gouvernement (Petry et Naygotimti, 2005). Ndzana (1987) signale que ceux qui en profitent sont ceux qui ont des liens avec le gouvernement. En 1997, Yanez et al. faisaient le même constat quand ils disaient : « Le pétrole extrait jusqu'ici n'a pas bénéficié au peuple camerounais, les inégalités économiques et l'extrême pauvreté ont au contraire augmenté depuis les années 70 ». Carton en 2000, constate également que la rente du pétrole au Nigeria n'a bénéficié qu'aux régimes militaires et à quelques hauts cadres de l'administration. Or Winner (1999) note que les recettes de pétrole bien utilisées ont un impact sur les domaines de la santé, l'éducation, les routes, l'électrification rurale et le développement agricole. Au Nigeria, les décennies d'exploitation pétrolière dans le delta du Niger ont permis à une classe privilégiée de s'enrichir (Carton, 2000). Cette exploitation a conduit à un désastre écologique et social pour le peuple Ogoni vivant dans le delta du Niger (Catholic Relief, 2003).

4°- Impacts des projets d'extraction sur la santé et la culture

Yanez et al. (1997) notent que la santé des peuples autochtones vivant dans la région d'exploitation pétrolière est directement liée à la présence de cette activité. Ils estiment que l'état de santé de ces derniers est en général mauvais que celui des non riverains. La pollution de l'eau et de l'air par les métaux lourds expose les riverains des zones d'exploitation pétrolière aux maladies telles que l'asthme, les troubles intestinaux, les cancers, les troubles de vue. Wiwa (1998) a observé des hauts taux de maladies respiratoires (Asthme, bronchite, tuberculose) maladies de la peau et les cancers à Ogoni Land plus que dans les autres régions du Nigeria. Il déclare que même les cultures (plantes) en souffrent. En Californie du Nord, Schavior (1997) signale que les habitants de Richemond exposés aux émissions de fumée toxique souffrent plus des cancers des poumons (33%). Les émigrants du secteur pétrolier emportent avec eux des maladies qui se transforment en épidémie (Typhoïde, rougeole, cholera, hépatite, tuberculose). La malaria augmente d'intensité dans la zone pétrolière à cause de la stagnation des eaux. Le Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS, 2004) cité par Djeuda (2006) note que la prévalence du sida est plus élevée le long du corridor du pipeline (19,8%) que dans les autres régions du Cameroun.

Les projets d'extraction ont fait disparaître certaines communautés. En Equateur par exemple, la communauté TETETE a disparu avec le début des opérations d'exploitation pétrolière dans la ville de Lago Agrio. Au Pérou, les Nahua furent décimés par les maladies virales telles que la coqueluche après avoir été en contact avec les travailleurs des compagnies pétrolières (Yanez et al., 1997).

5°- Impacts environnementaux des projets d'extraction

L'activité pétrolière engendre une série d'impacts de grande importance qui portent atteinte à la pérennité des populations humaines habitant la région, à la biodiversité et à l'environnement en général.

Ø La déforestation

En 2005, Awe a constaté que le projet pipeline Tchad-Cameroun a détruit en terre camerounaise le couvert végétal sur une superficie de 2.867,87 hectares dont 1.127,37 Ha pour la savane boisée ; 954,74 Ha pour la forêt semi décidue ; 245,22 Ha pour la forêt mixte et 549,66 Ha pour la forêt du littoral atlantique. En Equateur par exemple, 54.000 Ha de forêt ont été ouverts durant la phase de prospection sismique (Yanez et al., 1997). Les photos 1 et 2 montrent la déforestation ; respectivement au Sud du Tchad et à l'Est du Cameroun.

Photo 1 : Emprise du corridor déforesté au Sud du Tchad

(Photo : Petry, 2004).

Photo 2 : Corridor de 30m de largeur déforesté par le projet pipeline à l'Est du Cameroun

(Photo : FOCARFE, 2001)

Les forêts constituent une richesse inestimable pour la plupart des pays qui les possèdent (Awe, 2005). Pour l'humanité, elles jouent le rôle de poumons d'oxygène et de réserves floristiques et fauniques. Tuten et al. (2001) ont constaté que la forêt fournit aux hommes les fruits, les graines, les écorces, la viande, les matériaux de construction et le bois de chauffage. La forêt détruite par le projet pipeline cause un manque à gagner pour les populations riveraines et pour l'Etat dont l'exploitation rapporte les devises. Bitondo (2003) signale que la forêt représente 25% des exportations du Cameroun et qu'elle contribue à 7,1% au PIB.

Ø La biodiversité

La déforestation entraîne la perte de la biodiversité. Les grands animaux et les oiseaux fuient l'endroit ayant perdu ses arbres et lianes et cette situation a pour conséquence de compromettre la sécurité alimentaire des peuples autochtones. En Amazonie équatorienne par exemple, Yanez et al. (1997) déclarent que le nombre de grands primates a diminué. Les causes de cette baisse sont la réduction de l'aire de reproduction et d'alimentation de ces primates, la pollution acoustique et la chasse intensive pratiquée par les travailleurs des entreprises d'exploitation pétrolière et sous traitantes.

En 1989, le Tanker EXXON Valdez a échoué aux côtes à Prince William Sound en Alaska. Cette catastrophe provoqua une grande pollution le long de la côte de l'Etat d'Alaska (Carton, 2000) à tel point que les pâturages marins furent détruits (Yanez et al., 1997). Les pêcheurs et les habitants de cet Etat portèrent plainte contre EXXON. L'eau était de mauvaise qualité, de nombreuses espèces marines trouvèrent la mort et les prises de poissons étaient devenues mauvaises. Au Nigeria, dans la région d'Ogoni Land les eaux sont polluées et certaines espèces de poissons et de plantes aquatiques ne se reproduisent plus (Wiwa, 1998).

Ø Le sol

Yanez et al. (1997) déclarent que les répercussions classiques générées par l'industrie pétrolière sur le sol incluent sa compaction, la destruction de sa partie superficielle, l'érosion due à l'absence de la végétation, la pollution par les composés inorganiques (Sulfates et sels) et organiques (Hydrocarbures).

Awe (2005) signale la dégradation du sol le long du corridor du pipeline suite à l'érosion. Il a recensé quarante huit (48) zones sujettes à l'érosion dont 91% dans la zone de savane boisée. Catholic Relief Service (2003) note que les sols remis en culture par COTCO se sont révélés improductifs et ont été abandonnés par les propriétaires. Il ajoute que 76,38 Ha de terres agricoles ont été ainsi perdues.

Ø L'eau

Dans le village de Luawill à Ogoni Land, le niveau des hydrocarbures de pétrole dans la rivière atteint 18 ppm (Project underground, 1997). Les eaux du Delta du Niger contiennent des niveaux d'hydrocarbures allant de 8 à 60 ppm. Or les déchets de pétrole contiennent du benzène, le xylène et les hydrocarbures polycycliques qui sont des substances cancérigènes (Greenspeace, 1993). Sur la côte camerounaise, les tankers utilisent l'eau de l'océan Atlantique pour rincer les fonds de cuve. Cette eau qu'ils évacuent avant un nouveau remplissage de pétrole, est chargée des impuretés de la cuve; ces déchets rejetés dans l'océan sont dispersés par les courants tout le long de la côte (Ngueda, 2007). La photo 3 présente une source polluée par les travaux du projet pipeline au village Nkolngok 2 dans la province du Centre (Cameroun).

Photo 3 : Source polluée par les travaux du projet pipeline dans le village Nkolngok 2 (Cameroun)

(Photo : FOCARFE, 2001)

6°- Terre, Hommes et Pauvreté

La terre est le principal facteur de production des paysans agriculteurs. Les paysans sans terre sont appelés à se livrer au métayage, à la location des terres agricoles ou à se faire employer par les propriétaires terriens qui peuvent investir. Cette situation fragilise un bon nombre de personnes sans terre en zone rurale. Cependant, elle permet aux propriétaires de terre de s'enrichir au détriment de ceux qui n'en ont pas.

Soixante dix pourcent (70%) de personnes sous alimentées vivent en zone rurale (FAO, 2006). Au sommet du monde de l'alimentation en 1996, les chefs d'Etats et de gouvernements ont pris la résolution de réduire de moitié le nombre de personnes sous alimentées à travers le financement de l'agriculture d'ici 2015. Le premier objectif du millénaire le réitère. En 2003 les chefs d'Etat et de gouvernement dans la déclaration de Maputo (Mozambique) ont promis allouer 10% du budget de leurs Etats à l'agriculture et au développement rural. Cependant on constate que l'aide pour l'agriculture est en déclin. La FAO, en 2006 note que l'aide pour l'agriculture est passée de 9 millions de dollars USA en 1980 à 5 millions de dollars USA en 1990. Elle ajoute que 854 millions de personnes sont malnutries dans le monde et que la majorité réside en zone rurale.

La Direction des Enquêtes et des Statistiques Agricoles du MINADER (DESA, 2004) estime que, malgré son importance relativement petite, le secteur rural conserve une place de choix et un rôle moteur dans l'économie camerounaise. Ceci à travers sa contribution à la croissance et son rôle de fournisseur des matières premières au secteur industriel. De nombreuses études ont montré que la croissance agricole réduit la pauvreté et la famine davantage que la croissance industrielle. L'évolution des revenus des ruraux est étroitement liée aux comportements des produits de rente et de l'augmentation de l'offre des produits vivriers. Ceux qui s'investissent plus dans l'agriculture sont les petits paysans. Ces petits paysans font face au manque de crédit, à l'insécurité foncière, au manque de moyens de transport et à la méconnaissance du marché. A cela s'ajoutent les aléas tels que le climat, les maladies et les pestes. La réduction de la pauvreté passe par une augmentation de la production et une organisation de la commercialisation. L'investissement dans les infrastructures en zone rurale en particulier dans le domaine de l'eau, des routes, l'électricité et des communications a un rôle crucial pour stimuler la croissance agricole.

Salim & al. (2003) notent que les ressources extractives ne peuvent pas promouvoir un développement économique durable et partant la réduction de la pauvreté. Ceci parce que les ressources extractives ne sont pas renouvelables. Ils ajoutent que les pays qui ont basé leurs économies sur les ressources extractives n'ont pas réduit la pauvreté au sein de leurs populations. Au contraire le niveau de pauvreté a augmenté et la mauvaise gouvernance et la corruption ont gagné du terrain. Les industries extractives génèrent les revenus mais ces revenus ne sont pas équitablement distribués. Extractive Industries Review (2003) relève qu'au Kazakhstan en 1993, l'exploitation du pétrole et du gaz a généré un faible revenu au sein de la population locale et un fort taux de corruption. Il ajoute qu'en Azerbaïdjan et en Georgie, malgré l'exploitation du pétrole, plusieurs personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Au Tchad, le boom de la production de pétrole a fait reculer la production des produits alimentaires ; cette situation a provoqué la famine au sein de la population (Petry, 2004). Le phénomène risque de s'accentuer car c'est la région agricole du Tchad qui est touchée (Yanez et al., 1997). Au Nigeria, la situation n'est guère satisfaisante ; de nombreuses familles vivent avec moins d'un dollar par jour (ANEEJ, 2004).

7°- Projets d'extraction : urbanisation et marché des produits agricoles

La construction des ``bases vie'' par les projets d'extraction attire de manière naturelle les populations tout autour. Celles-ci arrivent d'abord comme commerçants des produits agricoles prêts à consommer, ensuite progressivement elles installent les boutiques et les maisons d'habitation. Au Cameroun ; Dombè (Kribi), petit village de moins de 100 habitants est passé à 1.500 habitants du fait de l'activité de construction du pipeline (Ngueda, 2007). Au Tchad, Petry et Naygotimti (2005) notent que la technologie de pointe d'ESSO, d'une richesse démesurée, s'est implantée au beau milieu d'une des zones les plus pauvres du monde : Bebédjia. Des masses d'hommes et de femmes à la recherche d'emploi y sont venus s'installer par la suite. Dans cette zone, la population est passée de 9.291 habitants en 1993 à 24.100 habitants en 2005. Certains fléaux caractéristiques du milieu urbain sont apparus. Nous pouvons citer entre autre la prostitution, le vagabondage des enfants, le banditisme et les agressions. Pour gérer ces maux, l'Etat tchadien a installé les services publics appropriés. Yanez et al. (1997) notent que la consommation de l'alcool et de la drogue est à l'origine des actes de violence dans les régions pétrolières. Ils continuent en prenant pour exemple la ville de Coca (Equateur) qui compte 18.000 habitants, quatre cent (400) bars et où quatre maisons sur dix ont déjà été cambriolées.

L'augmentation de la population conduit à l'accroissement des besoins alimentaires et partant une inflation locale. A Bebédjia (Tchad) par exemple le sac de sorgho est passé de 4.000 F.CFA à 16.000 F.CFA; un cabri de 3.500 F.CFA à 15.000 F.CFA et le prix d'une chambre de 750 F.CFA à 7.500 F.CFA. Par ailleurs il faut noter les tensions sociales entre les allogènes et les autochtones, la précarité économique de certaines familles et les problèmes fonciers (Nanassoum, 2002). En Equateur, les prix sont supérieurs d'environ 50% dans les villes pétrolières par rapport au reste du pays (Yanez et al., 1997).

Le rapport final du Comité Technique de Suivi et d'Evaluation des Activités de Mise en OEuvre du Document de Stratégies de Réduction de la Pauvreté (DSRP, 2004) note que la réduction de l'inflation au Cameroun est due à l'accroissement substantiel de l'offre des produits vivriers et maraîchers et du développement de certaines zones de production agricole. Il ajoute que le Cameroun doit encore compter sur son secteur rural en plus de l'industrie manufacturière et les services pour réaliser de bonnes performances économiques.

8°- Projets d'extraction et droits de l'homme

De nombreux droits fondamentaux sont violés au cours des activités d'exploitation pétrolière. Yanez et al. (1997) notent :

- le droit à la vie ;

- le droit à la sécurité alimentaire ;

- le droit à la conservation de l'environnement et des ressources naturelles ;

- le droit à la propriété privée ;

- le droit à ne pas être déplacé ;

- le droit au développement culturel ;

- le droit à la liberté de religion ;

- le droit à la résistance ;

- le droit à l'information, à la participation et à la prise de décision ;

- le droit de présenter une dénonciation ou une pétition et d'intenter une action en justice.

Carton (2000) fait également le même constat quand il déclare que les économies pétrolières riment avec la censure de presse, la liberté d'association, la violation des droits syndicaux et les atteintes à la liberté d'expression.

Au Tchad, Petry et Naygotimti (2005) déclarent que la chaîne de radio FM Liberté a été fermée en 2003. Ceci parce qu'elle avait dénoncé la situation d'insécurité dans la zone pétrolière et diffusé un article qualifiant le président de la république du Tchad d'un «Messie» qui a déçu. Ils ajoutent que la peine de mort est utilisée pour réprimander la criminalité dans la zone pétrolière. Or la peine de mort va à l'encontre de l'article 3 de la déclaration universelle des droits de l'homme. Cet article stipule que tout Homme a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité (United Nations, 1988). Au Nigeria, l'écrivain écologiste Ken Saro-Wiwa a été exécuté en 1995 avec huit (08) de ses collaborateurs parce qu'ils défendaient la cause des peuples d'Ogoni Land et la destruction de l'environnement (Yanez et al., 1997) . En 2004, Petry déclare que Maître Joseph Behidi, vice président de la ligue tchadienne des droits de l'homme (LTDH), fut assassiné dans des circonstances encore inconnues parce qu'il dénonçait les mauvais traitements dont étaient victimes les riverains de la région de Doba (Région d'exploitation pétrolière du Tchad). Il ajoute qu'en 1998, on a assisté à de nombreux massacres à Moundou (Tchad). Abilogo (2002) note que soixante onze (71) ouvriers du pipeline à Nkolntara (Cameroun) ont passé une nuit en cellule et que six (6) parmi eux ont perdu leurs emplois parce qu'ils réclamaient de meilleures conditions de travail. Il ajoute que ces ouvriers ont été déshabillés de leurs tenues de travail en public et humiliés sous l'oeil de l'autorité administrative. En 1990, quatre vingt villageois de la communauté Umuechen (Nigeria) ont été tués ; leurs maisons incendiées et les récoltes détruites parce qu'ils revendiquaient pacifiquement leurs droits (Wiwa, 1998). En 1980, la société pétrolière SHELL a offert 107 pistolets Beretta et autres armes à feu à la police nigériane (Carton, 2000). La photo 4 présente une manifestation pour l'exploitation du pétrole et la gestion des revenus pétroliers sans violence au Tchad.

Photo 4 : Revendication pour la non violence au Tchad par les populations de Doba

(Photo : Petry, 2004)

Avec les projets d'extraction, on assiste à de nombreux cas de violation des droits de l'homme. Les cas de violation les plus courants concernent les articles 3, 5 et 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Ces articles parlent du respect du droit à la vie, à la sécurité, à la liberté d'expression et à la non soumission à la torture et aux traitements inhumains d'une tierce personne.

9°- Projets d'extraction et emplois

Le secteur pétrolier offre de façon très modeste des emplois. Les emplois dans la prospection et la production pétrolière sont des emplois temporaires et la main d'oeuvre est souvent expatriée. Carton (2000) note qu'en Argentine, le nombre de travailleurs de l'entreprise YACIMIENTOS PETROLIFEROS FISCALES est passé de 50.000 à moins de 6.000 entre 1991 et 1997. Il ajoute qu'au Mexique, l'entreprise PEMEX a réduit ses effectifs de 280.000 à 133.000 de 1989 à 1997. Les entreprises pétrolières préfèrent travailler avec les entreprises sous traitantes. Ce qui réduit leurs coûts de production et augmente leurs marges bénéficiaires. C'est aussi une stratégie pour déstructurer toute représentation syndicale dans le secteur pétrolier. Le projet pipeline Tchad-Cameroun a offert 3.600 emplois temporaires au Cameroun et au Tchad durant la phase de construction et 550 emplois permanents dans les deux pays pendant la phase d'exploitation (Dames & Moore, 1999).

En parcourant les auteurs cités dans cette revue de la littérature, on se rend compte effectivement que tout projet fait changer une situation initiale. Pour analyser ce changement, il faut comparer la situation initiale à la situation après projet. Cette comparaison peut être faite à l'intérieur du groupe cible (ayant subi l'influence du projet) ou entre le groupe cible et un groupe témoin ou de contrôle (n'ayant pas subi l'influence du projet). La première approche présente parfois la limite de ne pas pouvoir distinguer entre les effets dus au projet et ceux dus à l'évolution naturelle. Cette limite est contournée par la deuxième approche. Toutefois pour mieux analyser l'impact d'un projet, il faut combiner les deux approches. Voilà pourquoi dans cette étude, l'approche de la double différence a été utilisée.

2.2- CADRE THEORIQUE

L'approche utilisée pour la description des impacts socio économiques dans le cadre de cette étude est basée sur les méthodes quantitatives et qualitatives d'étude d'impacts.

La méthode quantitative utilisée est celle de la «double différence» ou «quasi-experimental design» (Baker, 2000 ; Valadez & Bamberger, 1994). Cette approche propose qu'on observe la situation avant et après le programme ou projet (Première différence) et la situation dans le groupe de traitement et le groupe témoin ou de contrôle (Deuxième différence). Cette méthode combine des approches «avant et après projet», et «avec et sans projet». Le fait d'avoir des groupes de contrôle et des groupes cibles permet de décrire clairement l'impact du projet sur la cible.

Le modèle s'illustre comme suit :

1°) Première différence

Variations avant et après projet pipeline = IO2 - IO1

Où : IO2 = la situation après le projet pipeline

IO1 = la situation avant le projet pipeline

2°) Deuxième différence

Variations entre les riverains du pipeline et du groupe de contrôle = IO2 - CO

Où : IO2 = la situation après le projet pipeline

CO = la situation dans le groupe de contrôle

Mohr (1995) cité par Baker (2000) note que les techniques qualitatives pour décrire l'impact sont utilisées pour déterminer l'impact par la confiance à quelque chose d'autre que la différence avec un groupe témoin pour faire une inférence causale. Le centre d'intérêt se situe sur la compréhension du processus, des comportements et conditions tels qu'ils sont perçus par les individus ou les groupes étudiés (Valadez et Bamberger, 1994). Par exemple, l'observation des ménages peut permettre de comprendre la façon dont les ménages et les communautés locales perçoivent un projet et comment celui-ci les affecte.

Dans le cadre de cette étude, l'approche de Valadez et Bamberger devrait s'appliquer comme suit :

- la première différence concerne les changements au sein de la population riveraine du pipeline. Une différence est faite entre le niveau des variables après et avant le projet pipeline.

Exemple :

Variations des revenus moyens annuels après et avant le projet pipeline = NR2 - NR1

Où : NR2 = Niveau des revenus moyens annuels après le projet pipeline

NR1 = Niveau des revenus moyens annuels avant le projet pipeline

- la deuxième différence est faite entre les riverains du pipeline et les non riverains. Cette différence permet de déduire l'impact réel du projet pipeline car elle intègre l'évolution naturelle.

Exemple :

Variations des revenus moyens annuels des riverains et non riverains du pipeline

= NR2 - NR0

Où : NR2 = Niveau des revenus moyens annuels des riverains après le projet pipeline

NR0 = Niveau des revenus moyens annuels des non riverains du pipeline

Chapitre 3

METHODOLOGIE

3.1- CHOIX ET DESCRIPTION DE LA ZONE D'ETUDE

3.1.1- Choix de la zone d'étude

La province du Centre a été choisie parce qu'elle est le tronçon le plus peuplé de l'ensemble du tracé du pipeline. Elle est traversée sur une distance de 330 Km par l'oléoduc (31% de la longueur totale de l'oléoduc). En outre six (6) départements sont touchés parmi lesquels la Haute Sanaga, la Mefou-Et-Afamba, la Lékié, le Mfoundi, la Mefou-Et-Akono et le Nyong-Et-Soo (50% des départements) ainsi que douze (12) Arrondissements dont Minta, Nanga-Eboko, Mbandjock, Esse, Soa, Obala, Okola, Yaoundé 2, Mbankomo, Ngoumou, Akono et Ngomedzap. Cent sept (107) villages (44% des villages traversés par l'oléoduc) sur les deux cent quarante deux (242) villages que traverse l'oléoduc se trouvent dans la province du Centre.

3.1.2- Description de la zone d'étude

3.1.2.1- Caractéristiques agro écologique

1. Pédologie

Les sols sont en général latéritiques, argileux, très épais, d'une couleur jaune ou rouge et très pauvres parce que les pluies excessives ont entraîné les éléments nutritifs (La voix du paysan, 2001).

2. Climat

Gwanfogbe et al. (1992) disent que le climat est sub-équatorial de type guinéen. Il se caractérise par l'abondance des pluies et l'existence de quatre (4) saisons :

- La grande saison de pluies s'étend de septembre à novembre. Elle est marquée par les grandes pluies et constantes qui rafraîchissent les températures.

- La grande saison sèche qui va de décembre à mars. Au cours de cette période, la chaleur augmente progressivement et devient étouffante aux mois de février et de mars.

- La petite saison de pluies qui commence vers mi-mars et se termine vers mi-juin. Les pluies sont peu abondantes et de brève durée.

- La petite saison sèche qui va de mi-juin à fin août. Le ciel est généralement nuageux et le temps est frais.

3. Potentiel agro écologique

La zone est propice aux cultures tels que les tubercules et racines, le bananier, les céréales (maïs), le palmier à huile, le cacaoyer, le caféier robusta et une multitude de légumes. L'élevage des petits ruminants, l'aviculture et bien d'autres élevages comme l'aquaculture y sont pratiquées à l'échelle traditionnelle (Dames & Moore, 1997).

3.1.2.2- Caractéristiques socio économiques

1. Environnement social

Gwanfogbe et al. (1992) notent que l'habitat est généralement groupé et que les maisons sont alignées le long des voies de communication. Les mêmes auteurs soulignent que les habitations sont de forme rectangulaire et sont recouvertes de paille ou le plus souvent par les tôles ondulées. Gwanfogbe et al. (1992) disent que les mûrs sont faits de piquets et de bambous qui forment un treillis comblé par du ``poto-poto''. Ils constatent également que la base alimentaire est constituée du manioc, de la banane plantain, du macabo et parfois de l'igname. Dames & Moore (1997) disent que les produits de la chasse active et par piège représentent les principales sources de protéines animales dans un grand nombre de villages de la zone d'étude.

Les populations sont des Bantous dans la zone d'étude et les langues parlées sont l'Ewondo, l'Eton, le Voûté, le Pidgin, le Fufuldé et le Français (Awe, 2005). Au niveau de la religion, on rencontre les grands groupes suivants : les Animistes, les Chrétiens et les Musulmans (Gwanfogbe et al. 1992).

2. Environnement économique

Le cacao et le café sont les principales cultures de rente des populations (Awe, 2005). Cependant les petites palmeraies villageoises sont de plus en plus mises en place ; celles-ci viennent améliorer le revenu des paysans malgré la chute des prix du cacao et du café. Le maraîchage constitue également une activité génératrice de revenu secondaire. Temple et al. (1993) cité par Bernard (2000) déclarent que la production du vivrier dans le but de la commercialisation prend de plus en plus de l'importance au Cameroun. La baisse des revenus issus de la vente du cacao et la demande croissante en produits vivriers des centres urbains offrent des opportunités aux exploitants du secteur vivrier ; la vente des produits vivriers génère un revenu régulier qui est utilisé pour les besoins quotidiens (Bernard, 2000). La pêche se pratique plus dans le fleuve Sanaga par quelques autochtones et surtout par des allogènes venus des pays voisins (Mali, Nigeria et Niger). Dames & Moore (1997) constatent que dans les petits cours d'eau, les femmes pratiquent la pêche au barrage et que la chasse est de grande importance dans la zone de forêt semi décidue (Département de la Haute Sanaga, Cameroun) à cause de la présence du chemin de fer.

3. Accès au foncier

Courade cité par Eldin et Milleville (1989) déclare que c'est le mariage qui affranchit l'homme de son «Enfance sociale». Ils ajoutent que la nouvelle cellule a alors droit à une portion de terre qui, domestiquée, assurera la subsistance de la famille. La terre est acquise par héritage dans la majorité des cas; dans très peu de cas suite à une transaction financière ou achat (19%) et la population des paysans sans terre est inférieure à 2% (GCA, 2000).

4. Division du travail

Massein (2000) a fait le constat ci-après dans la province du Centre:

§ L'homme : est responsable de la conduite des cacaoyères et des caféières, de celle des arbres fruitiers et s'occupe également de la récolte et de la vente de leurs productions. Il est aussi responsable du défrichage pour la mise en place des champs vivriers.

§ La femme : est responsable de l'alimentation des enfants et du mari. Pour cela, elle a accès à un champ pour cultiver. Elle s'occupe de la récolte des fruits et de la vente. Hommes et femmes gèrent en effet séparément leur revenu.

§ Les enfants : outre qu'ils vont à l'école, aident leurs parents pour le défrichage des cacaoyères et des caféières, le désherbage des champs vivriers et la cueillette. Certains enfants majeurs peuvent effectuer les opérations de traitement phytosanitaire.

3.2- COLLECTE DES DONNEES

Les données collectées étaient :

- le nombre de tiges de cacaoyer, d'arbres fruitiers, de palmiers à huile, de bananiers et le nombre de mètre carré de cultures maraîchères et vivrières détruits par le projet pipeline ;

- les sources de revenus et le revenu annuel (en FCFA) par source de revenu ;

- le nombre de riverains qui ont travaillé au projet pipeline ;

- le nombre de riverains formés par le projet pipeline ;

- les prévisions en infrastructures et les réalisations ;

- les principales maladies de la zone d'étude et le nombre de patients reçus dans les centres de santé riverains du pipeline.

L'étude a utilisé deux sources de données : les sources données secondaires et les sources données primaires.

3.2.1- Les données secondaires

Les livres, les Mémoires de fin d'étude, les Thèses de doctorat, les rapports de recherches, le réseau Internet, les rapports des délégations d'agriculture et du développement rural, des forêts et de la faune, de l'urbanisme et de l'habitat, des transports. Les rapports des autres services administratifs concernés (Mairie, chefferies traditionnelles...) ont été utilisés pour la collecte des données secondaires. Les bibliothèques du CIRAD, de l'IRD, de l'IRAD, du CDDR, du CRESA bois, de l'UDs, de la Banque Mondiale (Yaoundé), du département de Foresterie de l'UDs et de la FOCARFE ont servi de base pour la collecte de ces données secondaires.

3.2.2- Les données primaires

Une partie des données primaires a été colletée auprès des chefs de ménages riverains du pipeline et dans un groupe de contrôle. Les ménages riverains sont constitués par l'ensemble des ménages situés le long du corridor du pipeline et susceptibles d'avoir eu un impact direct du pipeline. Le groupe de contrôle est constitué par l'ensemble des ménages situés à plus de 5 Km du pipeline et qui n'ont pas eu un impact direct du projet. L'autre partie de données primaires a été collectée auprès des Chefs de villages et des Notables et des Chefs de centres de santé riverains du pipeline.

3.3- CHOIX DE L'ECHANTILLON

Le modèle d'échantillonnage à plusieurs degrés a été utilisé pour confectionner l'échantillon dans le cadre de cette étude. Le premier degré concernait le choix des villages dans les départements que le pipeline traverse tandis que le deuxième concernait le choix des répondants dans ces villages. Cette méthode a été retenue dans le but d'avoir un échantillon de répondants suffisamment représentatif le long du corridor du pipeline.

3.3.1- Choix des villages

Les villages riverains du pipeline ont été identifiés à partir du fichier disponible à la FOCARFE nous a permis de les identifier. Vingt (20) villages ont été choisis de manière aléatoire dans ce fichier et ont été enquêtés. Dix (10) villages situés à plus de 5 Km du pipeline ont été également enquêtés. Ces villages situés à plus de 5 Km ont été enquêtés pour servir de villages témoins ou de contrôle. Ils sont dans les mêmes départements que les villages riverains du pipeline. La principale différence est qu'ils n'ont reçu aucune action directe du projet pipeline. Les tableaux 1 et 2 présentent les villages enquêtés.

Tableau 1: Récapitulatif des villages témoins enquêtés

Province

Départements

Arrondissements

Villages

Populations

Observations

Centre

Haute Sanaga

Mbandjock

Ekombitié

100

 

Ndoua

250

 

Ndjii

150

 

Mfoundi

Yaoundé 1er

Nkolondom

800

Zone périurbaine

Lékié

Ebebeda

Nkog Edzen

300

 

Mefou-Afamba

Soa

Ebang

500

Zone périurbaine

Nyong-Et-So'o

Mbalmayo

Essazok

400

Zone périurbaine

Mefou-Et-Akono

Akono

Abang Mindi

100

 

Awae

200

 

Olama

150

 

TOTAL

6

6

10

2850

 

Source : Enquête de terrain

Tableau 2 : Répartition des villages enquêtés et riverains du pipeline

Province

Départements

Arrondissements

Villages

Populations

Observations

Centre

Haute Sanaga

Mbandjock

Ndjoré 1

125

 

Ndjoré 2

308

 

Ndoumba

200

 

Mbandjock plateau

1200

Zone périurbaine

Nanga-Eboko

Bifogo

600

 

Epegang

30

 

Meyang

200

 

Nkoteng

Nkoteng village

4000

Zone périurbaine

Lékié

0bala

Nkolntara

150

 

Nkometou 3

1500

Zone périurbaine

Ekabita Mendoum

200

 

Mefou-Et-Akono

Mbankomo

Angon 2

200

 

Binguela 2

7000

Zone périurbaine

Zouatoupsi

500

 

Mbankomo village

300

 

Akono

Nkolnlong 2

500

 

Nkolnlong 1

3000

Zone périurbaine

Mfoundi

Yaoundé 2

Nkolkoumou

525

Zone périurbaine

Mefou-Afamba

Esse

Nkoayos

100

 

Nyong-Et-So'o

Ngomedzap

Angonfeme

150

 

TOTAL

6

9

20

20788

 

Source : Enquête de terrain

3.3.2- Choix des répondants

Six (6) chefs de ménages choisis au hasard dans la liste des chefs de ménages ayant subi des dommages du pipeline ont été enquêtés dans chaque village riverain (soit un total de cent vingt (120) chefs de ménages riverains). Six (6) chefs de ménages ont été choisis au hasard dans les villages de contrôle (soit soixante (60) chefs de ménages de contrôle au total). En dehors des chefs de ménages, d'autres groupes ont été retenus pour l'enquête. Ces groupes sont:

- groupe de Chefs de village et Notables (20). Les Chefs de villages et Notables enquêtés sont ceux des villages riverains retenus pour l'enquête des ménages.

- groupe de Chefs de centre de santé (10). Les centres de santé retenus sont des formations sanitaires publiques et privées riveraines au pipeline. Ce sont des formations sanitaires situées dans le voisinage des villages enquêtés.

La taille de notre échantillon est non seulement tributaire des contraintes budgétaires mais aussi du but visé par l'étude.

3.4- CONDITIONS DE COLLECTE DE DONNEES

Le mois d'avril a été consacré à la recherche documentaire et celui de mai à l'élaboration du questionnaire. Ce questionnaire a été soumis à la critique d'un panel d'experts composé d'un enseignant de l'université de Dschang, d'un expert de la DESA du MINADER et du coordonnateur de la FOCARFE. Les différentes critiques du panel d'experts ont permis de rendre le questionnaire fiable et un test du questionnaire a été réalisé auprès de vingt quatre (24) chefs de ménages, trois (3) groupes (Chefs de village + Notables) et deux (2) Chefs de centres de santé. Ce test a permis d'améliorer le questionnaire. Les données ont été collectées auprès des chefs de ménages et des chefs des autres groupes concernés par l'enquête aux mois de juin et juillet. Le questionnaire a été administré de manière confidentielle à un échantillon de cent quatre vingt (180) chefs de ménages dont cent vingt (120) appartenaient à la zone riveraine du pipeline et le reste dans les villages situés à plus de 5 Km du pipeline. Un questionnaire a été également administré à (10) Chefs de centre de santé et à (20) groupes constitués de Chefs de village et Notables. Les mois d'août et de septembre ont été respectivement consacrés à l'analyse et à l'interprétation des données et à la rédaction du Mémoire.

3.5- DEFINITION OPERATIONNAELLE DES VARIABLES

1°)- Surface : aire délimitée par les lignes (Dictionnaire Larousse, 2005). La notion de surface ou de superficie de terres exploitées par les paysans africains est assez difficile à cerner. C'est pour cette raison qu'elles ont été estimées à partir du nombre de plants détruits et recensés par la commission départementale de reconnaissance du tracé du pipeline et les entretiens avec les enquêtés.

Exemple : Estimation de la surface à partir du nombre de plants de palmier à huile détruits

La densité du palmier à huile à l'hectare est de 143 plants. Si 5 050 plants ont été détruits, la surface correspondante est : 5 050 / 143 = 35 Ha

2°)- Production : produit final d'une activité, obtenu à partir de la combinaison de diverses ressources telles que le travail, le capital et les matières premières (Service des statistiques du Canada, 2003). Elle était obtenue par consultation du cahier de ventes de l'agriculteur et à partir de l'entretien avec ce dernier. Les données sur la production concernent les années 2006 (après le projet) et 1999 (avant le projet).

Exemple : Estimation de la production de cacao

Le nombre de kilogramme de cacao produit par an était relevé dans le cahier de vente du producteur. Ces derniers disposent des cahiers de vente remis par le GIC.

3°)- Revenu : montant pécuniaire qui est perçu par un individu ou une collectivité comme fruit de son travail ou son capital (Wikipedia, 2007). Il était estimé à partir du cahier de ventes de l'agriculteur et à partir de l'entretien avec ce dernier. Les données sur les revenus concernent les années 2006 et 1999.

Exemple : Estimation du revenu du vin de palme

Revenu de la vente de cacao = Prix du Kg X Production de cacao marchand (en Kg)

Revenu de la vente du vin de palme = Prix du litre X Nombre de litres vendus

4°-) Emploi : Wikipedia (2007) définit l'emploi comme l'exercice d'une fonction remunerée. Le contrat de travail ou le bulletin de paie permettait d'identifier les riverains ayant travaillé au pipeline.

Exemple : Employé du pipeline

Le contrat de travail ou le bulletin de paie était utilisé comme indicateur d'un employé du projet pipeline.

5°) Formation : Athéisme (2006) définit la formation comme un ensemble de connaissances qui ont été acquises dans un domaine donné, quelles soient théoriques ou pratiques. Le contrat de formation ou l'attestation de formation permettait d'identifier les riverains formés par le projet pipeline pendant l'exécution des travaux.

Exemple : Formation en soudure

Le contrat de formation ou l'attestation de formation était utilisé comme indicateur d'un employé formé par le projet pipeline.

6°)- Prévalence : nombre de cas de maladies ou tout autre événement médical, enregistré dans une population déterminée et englobant aussi les cas nouveaux que les anciens (Dictionnaire Le Robert, 1994). Les entretiens avec les Chefs de centres de santé et les répondants ont permis de connaître la prévalence des maladies (Amibiases, maladies respiratoires, MST-SIDA et paludisme). Les données collectées vont de 1999 à l'année 2006 (période avant, pendant et après projet).

Exemple : Estimation du nombre de patients souffrant des amibiases

Le nombre de patients souffrant des amibiases était relevé dans le registre ouvert à cet effet dans le centre de santé.

6°)- Infrastructures : installation permanente servant à fournir des services essentiels qui accroissent la production de l'économie (FAO, 2006). La consultation des registres, des rapports des services de santé, d'éducation, et des mairies et les entretiens avec les chefs de villages a permis de collecter les données sur les infrastructures avant, pendant et après l'exécution des travaux du projet pipeline.

Exemple : Estimation du nombre de puits d'eau potable

Le rapport sur la compensation communautaire était utilisé pour relever le nombre de puits à réaliser dans le village.

3.6- ANALYSES DES DONNEES

Les statistiques descriptives (Moyenne et fréquence) ont été utilisées dans l'analyse des données de l'étude. Les logiciels SPSS 12.fr (Statistical Package for Social Sciences) et Microsoft EXCEL 2003 ont permis l'analyse des données.

3.7- LIMITES DE L'ETUDE

L'étude ne concerne qu'une seule province précise du tracé, celle du Centre. Cette province est essentiellement agricole. Compte tenu de cette spécificité, toute généralisation des résultats le long du tracé du pipeline devrait se faire avec prudence. Les surfaces des cultures sont estimées à partir du nombre de plants détruits, or les surfaces détruites n'étaient pas plantées en cultures pures. En plus, l'étude n'a pris en compte que les cultures recensées par la commission départementale de reconnaissance du tracé du pipeline alors que pendant l'exécution des travaux du pipeline certaines cultures situées hors de l'emprise du pipeline ont été détruites par les bulldozers. Par conséquent, les résultats obtenus dans cette étude sont biaisés.

Chapitre 4

RESULTATS : PRESENTATION, ANALYSE ET DISCUSSION

4.1- DESCRIPTION DE L'ECHANTILLON DES RÉPONDANTS RIVERAINS DU PIPELINE

L'un des critères de classification des riverains qui nous a paru plus pertinent est l'âge des personnes dont les parcelles ont été détruites. Comme nous le verrons plus loin, la reconquête des superficies détruites par le pipeline sera fonction de la force de travail des riverains. Ainsi, plus la victime sera jeune, plus elle sera disposée à replanter.

La répartition des répondants par tranches d'âge a révélé que peu de répondants (4%) étaient dans la tranche d'âge de 30-39 ans. 66% des répondants avaient un âge compris entre 40 et 59 ans. Les personnes de plus de 60 ans (environ 30% de l'échantillon) pourraient ne plus replanter leurs parcelles par manque de la force de travail.

4.2 : PRESENTATION DES RESULTATS 

L'objectif global de cette étude est d'identifier et de décrire les impacts socio économiques du projet pipeline Tchad-Cameroun sur les populations riveraines. Pour atteindre cet objectif global, il s'agit plus spécifiquement d'identifier et de décrire l'impact du projet pipeline sur :

1- les surfaces agricoles le long du corridor du pipeline ;

2- la production agricole le long du corridor du pipeline ;

3- le revenu des riverains du pipeline;

4- l'emploi et la formation des populations riveraines du pipeline;

5- les infrastructures d'éducation et de santé  le long du corridor du pipeline;

6- la prévalence des maladies au sein des populations riveraines du pipeline.

4.2.1- Impact du projet pipeline sur les surfaces agricoles

Du fait des activités de construction et de l'installation de l'oléoduc du projet pétrole tchadien, certaines personnes ont perdu leurs terres et plantations. Le plan de compensation prévoyait une compensation en espèce et/ou en nature pour la perte des terres, des cultures et autres ressources ou mises en valeur. Les compensations devaient permettre aux bénéficiaires d'aller coloniser d'autres espaces et y installer de nouvelles plantations semblables à celles détruites.

L'excavation pour enterrer l'oléoduc devait nécessiter l'enlèvement de la couche arable, réduisant ainsi la capacité de développement de la végétation. Pour atténuer cet impact, le terrain devait en principe être restauré après les travaux du pipeline pour le rendre disponible à une utilisation future par les riverains. Toutefois les cultures à enracinement profond étaient proscrites sur le corridor du pipeline. Les riverains ne pouvaient planter sur cette partie de l'emprise du pipeline que des cultures à enracinement peu profond et à cycle de production court. Toutes ces mesures devaient concourir à réduire l'impact du projet pipeline sur les surfaces agricoles cultivées.

L'objectif spécifique 1 de cette étude était d'identifier et de décrire l'impact du projet pipeline sur les surfaces agricoles. Les résultats obtenus révèlent que le projet pipeline a détruit dans la province du Centre une superficie de 63 Ha du verger cacaoyer, principale culture de rente des populations rurales dans cette province. Au niveau des cultures vivrières, une superficie de 34 Ha a été détruite. Le tableau 3 illustre les variations observées après l'exécution du projet pipeline Tchad-Cameroun.

Tableau 3 : Variations observées sur les surfaces agricoles

Nature des cultures

Surfaces totales détruites par le projet pipeline (Ha)

Surfaces totales refaites par les riverains du pipeline (Ha)

Changement absolu

Pourcentage

Plantation de cacao

Cultures vivrières

63

34

27 

18,4

- 36

- 15,6

- 57

- 46

Dans ce tableau, il ressort que les riverains du pipeline n'ont pas replanté en totalité les parcelles cacaoyères détruites. Sur 63 Ha détruits le long du corridor dans la province du Centre, seulement 27 Ha ont été refaits. Il en est de même avec les cultures vivrières où 34 Ha ont été détruits et 18,4 Ha ont été replantés par les riverains. Le tableau 4 indique la replantation des parcelles détruites par groupe d'âge.

Tableau 4 : Replantation des parcelles détruites par groupe d'âge

 

30-39 ans

40-49 ans

50-59 ans

60-69 ans

+ de 70 ans

Effectif total

Ont refait un champ

Pourcentage

5

5

100

32

19

59

47

23

49

26

9

35

10

3

30

On peut constater que le pourcentage de replantation de nouvelles parcelles est inversement proportionnel aux classes d'âge. La courbe serait donc descendante de 100% à 30%. Au fur et à mesure qu'on tend vers le troisième âge, le pourcentage de personnes qui ont refait une nouvelle plantation diminue. Cette situation se justifierait par le fait que les hommes du troisième âge n'ont plus assez de force pour cultiver un champ.

Près de 90 % des ménages riverains font des cultures maraîchères et vivrières sur l'emprise du pipeline et cela se justifierait principalement parce qu'ils n'ont plus de nouveaux espaces pour coloniser. Cependant 85% se plaignent de mauvais rendements sur le corridor du pipeline et la mort des cultures pérennes qui y sont proches. La principale cause des mauvais rendements est la mauvaise qualité de l'horizon de surface, selon 60 % de ces ménages. La restauration du sol a été très mal faite après que l'on ait enfoui le sous-sol. La terre arable a été déstabilisée et doit prendre du temps pour se reconstituer. 10% affirment avoir abandonné la culture sur l'emprise à cause de cette baisse de rendement.

Les champs des riverains du pipeline ont été détruits sans qu'aucune politique d'accompagnement des agriculteurs pour la mise en place de nouveaux champs n'ait véritablement été conçue. Le résultat palpable aujourd'hui est la réduction des surfaces agricoles, et surtout la perte pour de nombreux agriculteurs des plantations créées avec une assistance extérieure (Projets étatiques de développement agricole). Ces plantations perdues leur assuraient un revenu permanent.

4.2.2- Impact du projet pipeline sur la production agricole

La production agricole est la principale source de revenu des ruraux d'une part et d'autre part elle est utilisée pour l'autoconsommation. Une baisse ou une hausse de celle-ci a respectivement des conséquences négatives ou positives sur leur niveau de vie.

L'objectif spécifique 2 de cette étude était d'identifier et de décrire l'impact du projet pipeline sur la production agricole. Le tableau 5 illustre la perception de l'évolution de la production agricole des riverains :

Tableau 5 : Perception de l'évolution de la production par des riverains du pipeline

 

Augmentée

Inchangée

Diminuée

TOTAL

Effectif

Pourcentage

4

3

43

36

73

61

120

100

Dans le tableau ci-dessus, la majorité de riverains disent que leur production est en baisse. Parmi ceux-ci, 82% de riverains du pipeline estiment que leur production a baissé parce qu'ils n'ont pas refait de nouvelles parcelles, 7% à cause des inondations dues aux eaux que COTCO a canalisées dans leurs plantations et 10% parce que les plantations qu'ils ont mises en place sont encore jeunes.

Ce résultat confirme celui obtenu à l'objectif spécifique 1. Ceci dans la mesure où les populations riveraines du pipeline n'ont pas refait la totalité de leurs parcelles détruites. Il va donc de soi qu'aujourd'hui, une baisse de la production soit observée. Il est identique à celui que Simery (2007) a obtenu au Nigeria dans la région d'Ogoni Land. Il rejoint également celui de Petry (2004) au Tchad dans la région de Doba. Petry et Simery ont chacun constaté la baisse de la production dans les deux régions pétrolières ci-dessus citées.

4.2.3- Impact du projet pipeline sur le revenu des riverains

Le revenu est l'élément qui donne le pouvoir d'achat. Il permet à tout individu de pouvoir satisfaire les besoins physiologiques, les besoins de sécurité, les besoins d'estime, les besoins d'appartenance, etc. 

L'objectif spécifique 3 de cette étude était d'identifier et de décrire l'impact du projet pipeline sur le revenu des riverains. Le tableau 6 illustre les variations observées sur les revenus des riverains.

Tableau 6 : Variations observées sur les revenus des riverains

Groupe

Revenu moyen avant le projet (F.CFA)

Revenu moyen après le projet (F.CFA)

Changement absolu

Pourcentage

Groupe riverain (120)

690.875

558.050

- 132.825

- 19

Dans ce tableau, il en ressort que le revenu moyen des riverains du pipeline a connu une baisse de 19%. 95% de riverains du pipeline estiment que la réduction des surfaces cultivées est la cause de la baisse des revenus et 5% estiment que la baisse des revenus est due à la vieillesse des plantations.

Les riverains du pipeline n'ont pas réinvesti leurs compensations dans l'agriculture. L'argent reçu par eux a plutôt servi pour les mariages, la construction des maisons, les soins de santé, etc. Cet argent leur a permis d'améliorer à court terme leur niveau de vie. Ce résultat confirme celui de Horta (2003). Cette dernière constatait déjà en 2003 que des populations mal préparées ont reçu des grandes sommes d'argent auxquelles elles ne sont pas habituées. Celles-ci, ajoute-elle, avaient pu augmenter leur train de vie pendant quelques temps et ensuite elles ont sombré dans la pauvreté.

Les principales sources de revenu des populations rurales de la province du centre sont entre autre la vente du cacao, la vente des cultures vivrières, la vente des cultures maraîchères, la vente du vin de palme ou de raphia et la vente des «bâtons de manioc». Le tableau 7 illustre les différentes variations intervenues dans les communautés riveraines du pipeline suite à l'installation de l'oléoduc.

Tableau 7 : Variations observées au niveau des sources de revenus moyens annuels

Sources de revenu

Revenu moyen annuel par riverain avant le projet pipeline (F.CFA)

Revenu moyen annuel par riverain après le projet pipeline (F.CFA)

Changement absolu

Pourcentage

Vente du cacao/café

Vente des cultures vivrières

Vente du vin de palme

Vente des cultures maraîchères

Revenu de la vente des bâtons de manioc

208.400

108.170

80.795

113.295

61.145

166.050

98.335

72.545

90.805

58.500

- 42.350

- 9.835

- 8.250

- 22.490

- 2.645

- 20

- 9

- 10

- 20

- 4

Les revenus de la vente de cacao et des cultures maraîchères ont subi une baisse importante (20%). Le cacaoyer est la culture qui a été la plus touchée dans le tracé du pipeline. Il est plus cultivé dans la province du Centre où il constitue la principale source de revenu des populations. La baisse des revenus de cacao s'expliquerait donc par la réduction des surfaces jadis exploitées. Même si certaines personnes ont replanté les cacaoyers, ces derniers ne sont pas encore entrés en production. Les bas fonds que les populations utilisaient pour le maraîchage en saison sèche ont été transformés soit en lacs ; soit tout simplement rendus inutilisables à cause de la remontée en surface des horizons de profondeur lors des travaux du pipeline. Actuellement la plupart des maraîchers ne font plus les cultures de contre saison. Cette situation expliquerait donc la baisse observée dans les revenus.

La baisse des revenus de la vente du vin de palme s'expliquerait par le fait que les populations de la province du Centre exploitent les palmiers « sauvages » pour extraire le vin de palme, or de nombreuses colonies de palmiers «sauvages» ont été détruites lors du passage du projet pipeline. L'étude révèle que 5 050 pieds de palmiers sauvages ont été détruits par le projet pipeline soit 35 Ha.

Le «bâton de manioc» est une denrée très sollicitée dans les marchés de la province du Centre et surtout dans les marchés de Yaoundé. A cet effet, dans les villages de nombreuses familles ont adopté l'activité de transformation du manioc en «bâton de manioc». Celle-ci, dans certaines familles, est la deuxième source de revenus. Elle va jusqu'à occuper la première place dans certains ménages où la femme est chef de ménage. La baisse des revenus observée serait due à la baisse de la production du manioc. Les ménages n'avaient plus d'espace pour coloniser et faire de nouvelles parcelles de manioc ; ce qui fait qu'aujourd'hui la production de manioc des riverains ne leur permet plus de transformer de grandes quantités de manioc en bâton pour vendre, sous peine que le ménage sombre dans la disette.

4.2.4- Impact du projet pipeline sur l'emploi et la formation

L'objectif du projet pipeline lors de la phase de construction de l'oléoduc était de faire travailler un grand nombre de riverains pour éviter des immigrations massives des populations à la recherche de l'emploi. Le projet pipeline a également prévu un transfert de technologie et de compétences à certains employés ayant certaines connaissances de base. L'objectif spécifique 4 de cette étude était d'identifier et de décrire l'impact du projet pipeline sur l'emploi et la formation des riverains.

1°-) Situation sur l'emploi des riverains

Le résultat obtenu montre que le projet pipeline a employé 25% de riverains. 75% des employés au projet pétrole auraient donc été les allogènes. Ce résultat montre que le projet n'a pas limité l'afflux des allogènes en quête d'emploi dans les villages riverains du pipeline. Ces allogènes étaient en majorité des hommes célibataires ou mariés non accompagnés des conjointes. L'afflux des allogènes n'a pas été sans conséquences dans les villages riverains du pipeline. Les Chefs de communautés parlent surtout des conséquences sociales. De nombreux enfants naturels sont nés et sont aujourd'hui soit à la charge de mères ou des grands parents. Des cas de divorces dans les foyers ont été également remarqués car les femmes mariées étaient courtisées par les étrangers travaillant au projet pipeline. Certains chefs de communautés ont signalé la culture du Cannabis sativa par les maraîchers. Le Cannabis sativa est une plante stimulante donc la culture est interdite au Cameroun. Il se pourrait que les travailleurs consommateurs de cette plante aient introduit les semences dans les villages riverains du pipeline, surtout dans les villages proches des «bases vie».

Les salaires perçus par les riverains leur ont permis d'augmenter leurs dépenses de premières nécessités (Achat des denrées alimentaires et des appareils électroménagers). Ce phénomène se rapporte à l'échelle de besoins humains de Maslow. Il note que les besoins de l'être humain sont hiérarchisés. Au fur et à mesure que ses disponibilités financières augmentent, l'homme résoud ses problèmes suivant une échelle.

Les riverains ayant travaillé au projet pipeline estiment qu'ils signaient des contrats de travail qu'ils n'avaient pas le temps de lire ; ce qui les mettait dans une situation d'emploi précaire. Cette situation était entretenue par les cadres chargés du recrutement et la conséquence était des arrêts de travail inattendus et des licenciements inopinés. Les postes de travail occupés par les riverains étaient du genre défricheur du tracé du pipeline, manoeuvre, gardien, cuisinier, pointeur, aide soudeur et chauffeur. Le graphique 2 présente le nombre de semaines de travail des riverains au projet pipeline.

Graphique 2 : Nombre de semaines de travail des riverains du projet pipeline

Du graphique ci-dessus, il ressort que 75% de riverains ont travaillé pendant moins d'une semaine. Les riverains ayant travaillé moins d'une semaine étaient des défricheurs du layon ou tracé du pipeline, ceux ayant fait une à deux semaines étaient surtout des manoeuvres. Seulement ceux occupant des postes de travail exigeant une certaine qualification ont pu faire plus de trois semaines. Généralement le travail d'un manoeuvre ou d'un défricheur de layon s'achevait à la limite de son village. Cette politique était appliquée dit-on pour donner la possibilité à plusieurs riverains de travailler au pipeline et pour éviter le problème d'exode des travailleurs. Elle avait également pour but de limiter les conflits dus aux disputes d'emploi entre les communautés.

Ce résultat sur la durée de l'emploi d'un riverain du pipeline Tchad-Cameroun pendant la phase de construction du pipeline est semblable à celui que Yanez et al. ont obtenu en 1997 en Equateur. Ces derniers ont observé que les emplois dans les projets d'extraction étaient des emplois temporaires et que les cadres dans ces projets sont des expatriés. En 2007, Ngueda a fait le même constat le long du corridor du pipeline dans la région de Kribi (Sud du Cameroun).

COTCO avait prévu des emplois temporaires pendant la phase de construction d'une durée de trois (3) à quatre (4) mois dans chaque région et des emplois permanents après la construction de l'oléoduc dans les stations de pompage, les stations de réduction de pression, le centre opérationnel de Douala, etc. Les populations riveraines du pipeline malgré le faible taux, ont pu accéder à un poste de travail au projet pipeline mais l'objectif de la réduction de l'immigration des employés n'a pas été atteint par COTCO.

1°-) Situation sur la formation des riverains

Les riverains formés au projet pipeline (13%) affirment avoir reçu des notions en soudure seulement. La formation en soudure ne durait que le temps d'assemblage et de mise en terre des pipes dans les villages de chaque groupe concerné. Généralement l'assemblage et la mise en terre des pipes ne mettaient qu'en moyenne une semaine dans chaque village. Le graphique 3 présente la durée de la formation des riverains du pipeline :

Graphique 3 : Durée de la formation des riverains du pipeline

Sur le graphique 3, il ressort que : 60% ont été formé pendant une semaine et 40% pendant deux semaines.

COTCO a prévu améliorer les compétences des employés après leurs embauches et même des formations nouvelles dans d'autres domaines de compétences aux personnes ayant des connaissances de base. Aujourd'hui nous pouvons estimer que les riverains recrutés au projet pipeline et «formés» ont été initiés à la soudure.

4.2.5- Impact du projet pipeline sur les infrastructures d'éducation et de santé

La construction des écoles et des centres de santé devait renforcer les capacités d'accueil des établissements scolaires et sanitaires dans certaines communautés et dans d'autres, implanter de nouvelles écoles et centres de santé. A long terme le niveau de scolarisation des riverains devait s'améliorer ainsi que l'accès aux soins de santé.

L'objectif spécifique 5 de cette étude était d'identifier et de décrire l'impact du projet pipeline sur les infrastructures d'éducation et de santé. L'étude révèle que 50% d'écoles primaires riveraines du projet pipeline ont reçu une salle de classe de 40 places. Le projet pipeline n'a construit ni une école à cycle complet ni un centre de santé le long du corridor dans la province du centre.

Au titre des compensations communautaires, certaines infrastructures devaient être réalisées dans les communautés. Le tableau 8 présente les prévisions en infrastructures et les réalisations.

Tableau 8 : Prévisions en infrastructures et réalisations

Infrastructures

Nombre prévu

Nombre réalisé

Écart

Pourcentage de réalisation

Routes

Lignes d'électricité

Centres de santé

Hangars de marché

Salles de classe

Points d'eau

potable

5

6

2

2

10

20

0

0

0

1

10

20

- 5

- 6

- 2

- 1

0

0

0

0

0

50

100

100

Les routes et les lignes d'électricité bien qu'ayant été sollicitées par les communautés n'ont pas été réalisées. COTCO estime que ces infrastructures sont de la responsabilité de l'État et que la compensation destinée aux communautés est insuffisante pour les réaliser. Bien que toutes les salles de classes aient été construites, certaines restent inachevées (1%).

4.2.6- Impact du projet pipeline sur la prévalence des maladies

COTCO a prévu mettre en place un programme qui devait contribuer à la santé des communautés riveraines du pipeline. Ce programme avait pour mission l'information et l'éducation des populations dans la zone du projet pipeline. Pendant la phase de construction de l'oléoduc, les populations (80%) affirment avoir été sensibilisées sur les MST-SIDA.

L'objectif spécifique 6 de cette étude était d'identifier et de décrire l'impact du projet pipeline sur la prévalence des maladies. 45% de riverains disent que les maladies dues à l'eau (Amibiases) ont augmenté tandis que 2,5% pensent que ce sont les maladies respiratoires (Asthme) qui ont augmenté. Il faudrait aussi mentionner des cas de prostitution dont la résultante est la progression des MST-SIDA (Selon 27,5 % de chefs de ménages). Les maladies dues à l'eau ont connu une augmentation le long du corridor du pipeline. Les statistiques des centres de santé riverains et la perception que les riverains ont sur ces maladies le confirment. Le graphique 4 illustre l'évolution des maladies dues à l'eau dans les centres de santé riverains du pipeline.

Graphique 4 : Evolution des maladies dues à l'eau dans les centres de santé riverains du pipeline.

L'évolution des cas d'amibiases serait due à la destruction des sources que buvaient les populations riveraines du pipeline. Dans certains villages aujourd'hui, ces sources n'ont pas été reconstruites par COTCO. Dans d'autres villages, les points d'eau potable construits tarissent. Les populations s'abreuvent avec une eau douteuse.

COTCO surveillait la propagation des maladies sur les travailleurs or au niveau des communautés, les maladies prenaient de l'ampleur. Les mares d'eau sont apparues après le passage du pipeline dans les endroits où elles n'existaient pas. La plupart des puits refaits ne l'ont été qu'un an plus tard et d'autres jusqu'à maintenant attendent encore d'être refaits. Les puits refaits par COTCO ne respectent pas les normes techniques. Souvent la réserve d'eau est insuffisante pour satisfaire la demande du village comme jadis. Et certains de ces puits manquent de regards. La conséquence est que les populations s'abreuvent d'eaux douteuses et se contaminent des parasites intestinaux de toute sorte.

Chapitre 5

CONCLUSION ET RECOMMADATIONS

5.1- CONCLUSION

L'étude révèle que le projet pipeline a traversé les plantations de cultures de rente d'exportation et des cultures vivrières. Les cacaoyères sont les plus touchées (63 Ha de verger cacaoyer détruits) suivi des plantations des cultures vivrières (34 Ha de plantations de cultures vivrières détruites). 27 Ha de verger cacaoyer et 18,4 Ha de cultures vivrières ont été replantées par les riverains du pipeline. Dans les communautés, les maladies dues à l'eau ont augmenté. Aucun centre de santé n'a été construit par le projet pipeline le long du corridor dans la province du Centre. La plupart des prévisions dont les communautés devaient bénéficier n'ont pas été réalisées à l'instar des routes, des lignes électriques, des hangars de marché et des centres de santé.

Le projet pipeline a employé 25% de riverains. Les riverains formés au projet pipeline (13%) affirment avoir reçu des notions en soudure. Dans le domaine scolaire, le projet pipeline a construit dix salles de classe de quarante places.

5.2- RECOMMANDATIONS

Il découle de ce qui précède que malgré les efforts déployés, par les différentes parties intégrantes de ce projet, il reste beaucoup à faire pour les populations. Ces dernières ont subi de manière tangible les effets de l'oléoduc au niveau socio économique. Ils doivent réadapter leur appareil de production aux nouvelles conditions créées par le projet pipeline, leurs revenus ont subi un choc auquel il faut remédier. L'emploi sur lequel beaucoup ont fondé leurs espoirs n'a été qu'éphémère. La santé des riverains est précaire.

L'étude recommande donc :

1°-) A l'Etat :

- de prélever une quote-part des revenus du pipeline pour la construction des écoles, des centres de santé, des routes et l'électrification dans les régions traversées par le pipeline afin que les communautés riveraines ressentent le bienfait du projet pipeline ;

- de mettre en place un programme de développement rural pour permettre aux riverains de reconstituer les parcelles détruites et/ou de trouver des solutions alternatives ;

- et de réaliser les évaluations d'impacts socio économiques à intervalle régulier durant l'exploitation de l'oléoduc pour éviter à long terme la situation d'Ogoni Land le long du corridor de l'oléoduc ;

2°-) A COTCO :

- de maintenir un cadre de concertation sain entre Etat, COTCO et Société Civile ;

- de mettre un accent sur la clôture des compensations communautaires et régionales et des cas de compensations individuelles conflictuelles ;

- et de soutenir les évaluations d'impacts socio économiques des chercheurs isolés pour éviter à long terme la situation d'Ogoni Land le long du corridor de l'oléoduc.

3°-) A la Société Civile :

- de faire des évaluations d'impacts socio économiques et environnementaux et les rendre public de façon détaillée et régulière ;

- de donner à tous les Camerounais le détail précis des impôts, redevances et autres paiements versés à l'Etat (Camerounais), à n'importe quel niveau, ou aux communautés locales y compris le paiement des compensations et les aides aux développements des communautés locales ;

- d'être le porte-parole des populations durant toute la phase d'exploitation de l'oléoduc car les populations rurales ignorent le plus souvent leurs droits ;

- d'utiliser tous les moyens de pression pour que COTCO puissent indemniser toute personne ou communauté ayant subi un préjudice du pipeline ;

- de fournir une assistance aux communautés locales en vue de renforcer leurs capacités.

4°-) Aux riverains du pipeline : 

- d'adopter des pratiques culturales agro forestières. Il s'agit d'adopter un système de production «cultures vivrières associées au palmier à huile». A cet effet, ils doivent solliciter l'appui des programmes palmier à huile, bananiers et racines et tubercules du MINADER ;

- d'être vigilants sur tout signe inhabituel le long du corridor afin qu'ils ne soient surpris par une éventuelle catastrophe.

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Equateur. 151P.

ANNEXES

ANNEXE 1 : Questionnaire pour chefs de ménages riverains du pipeline

ANNEXE 2 : Questionnaire pour chefs de ménages non riverains du pipeline

ANNEXE 3 : Questionnaire pour Chefs + Notables des villages riverains du pipeline

ANNEXE 4 : Questionnaire pour Chefs de centres de santé riverains du pipeline







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Appel aux couturier(e)s volontaires

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Moins de 5 interactions sociales par jour



BOSKELYWOOD from Ona Luambo on Vimeo.