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Etude des effets de l'autocatégorisation ethnique aspirative ou dissociative face à  un message publicitaire: le cas Tommy Hilfiger

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par Mamadou BA
Université Lille 1/IAE de Lille - Master 2 Marketing 2006
  

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CONCLUSION

Rappelons qu'une campagne d'e mailing a prêté à Tommy Hilfiger des propos racistes. D'après ce message qui a longtemps circulé sur Internet (presque 10 ans), Tommy Hilfiger aurait déclaré ne jamais confectionner ses vêtements s'il savait qu'un certain nombre de groupes ethniques les aurait portés (notamment les noirs, les arabes, et/ou les asiatiques, selon la version du message).

Tommy Hilfiger a non seulement fait un démenti public (sur son site Internet) mais il a aussi choisi (10 années après le début de la campagne dont il fut l'objet) le footballeur professionnel afro français Thierry Henry comme ambassadeur international de sa marque de vêtements.

La personne du footballeur est doublement symbolique pour la marque Tommy Hilfiger. D'une part Thierry Henry est noir (le groupe ethnique à l'encontre de qui des propos malveillants auraient été proférés par Tommy Hilfiger) et d'autre part il a une fondation qui lutte contre le racisme et la pauvreté. Ce qui préfigure de l'importance de la composante affective dans ce contexte.

Ce qui est survenu à la marque Tommy Hilfiger peut être considéré comme ce qui est appelé dans la littérature une "crise sur la marque", c'est-à-dire "un événement négatif soudain et subit ayant de graves conséquences sur la relation entre la marque et le consommateur (Dawar et Pillutla, 2000). Ces conséquences sont principalement une altération de la confiance dans la marque et une dégradation de son image. Elles affectent de manière significative le niveau habituel des ventes à un instant donné et sont susceptibles de contribuer à une dégradation durable du capital-marque"1.

Tous les éléments sont réunis qui nous mettent en présence d'une "publicité advocacy" de la part de Tommy Hilfiger.

L'objectif de la "publicité advocacy" est de permettre "à l'annonceur de démontrer son implication et son engagement au sein de la vie sociale, économique et politique, au sens large du terme"2. Elle permet entre autre de "toucher une plus large audience et donc de s'adresser symboliquement au grand public. Elle permet surtout de contrôler le message en s'adressant sans intermédiaire à l'opinion générale. Elle redonne à

1 Changeur (S), Michon (C), Une étude des réactions du consommateur aux crises sur les marques, Cahier de recherche, Paris, novembre 2003, p.3

2 Julia-Ripoll (B), 99 réponses sur la communication publicitaire, CRDP/CDDP Languedoc-Roussillon, 1995, p.10

l'entreprise en crise un droit de réponse direct ou une part de voix, soit perdue, soit insuffisante [...]"1. La publicité advocacy constitue en dernière analyse, dans un contexte de crise, une stratégie de restauration, de renouvellement, ou de renforcement d'image. C'est une manière de développer ou de réhabiliter une certaine légitimité perdue pour reconquérir des citoyens consommateurs. L'enjeu majeur de ce type de communication, c'est l'image de marque.

Ce genre d'écueil particulièrement embarrassant vécu par la marque, est différemment apprécié en aval de la publicité dite "advocacy".

Si les consommateurs n'ont pas eu écho de la crise soulevée par les propos prêtés à la marque, il va s'en dire que la réaction des consommateurs tendra vers une sympathie qui est une réponse à ce qui semble perçu de leur part, comme une congruence entre leurs valeurs et celles de la marque, au travers de la "publicité advocacy". Ceci se traduit dans notre étude par la moyenne largement positive des réponses concernant la variable synthétique ATACH_TH (attachement à la marque Tommy Hilfiger) pour les enquêtés du groupe de stimulus 2. Pour rappel, nous avions conjecturé que les membres de ce groupe allaient développer une auto catégorisation de type aspiratif face à la "publicité advocacy" de Tommy Hilfiger et que ceci se traduirait par une intention d'achat et de consommation de la marque et un "bouche-à-oreille" positif. A ce groupe de stimulus 2 avait été présenté le texte mettant en exergue la collaboration entre Thierry Henry et Tommy Hilfiger.

Cependant si l'on considère séparément certains items ayant servi à la construction de la variable synthétique ATACH_TH, il ressort que parmi le groupe de stimulus 2, il y en a certains qui sont "méfiants", du moins pas aussi attachés à la marque que ne le présageait notre hypothèse.

Cet état de fait confirme l'énoncé de Steven Kates selon lequel la "fibre communautaire" est progressivement devenue insuffisante en soi comme une base pour conforter la légitimité d'une marque. Autrement dit l'utilisation de Thierry Henry (dans le cas de figure) dans sa campagne publicitaire pour espérer recueillir ou (re) conquérir une légitimité auprès d'un certain groupe ethnique ne suffirait pas à la marque Tommy Hilfiger pour atteindre ses objectifs. Par ailleurs, certaines associations (positives ou

1 Giret (S), La communication de crise fait sa pub, mémoire de maîtrise d'information et de communication, Paris, 2003

négatives) et significations attachées à la marque deviennent si institutionnalisées que la réconciliation peut être illusoire malgré des ouvertures et des efforts sur le plan marketing.

Dans le cas de figure de notre étude, les relatives faibles moyennes recueillies pour certains items relatifs à l'"attachement à la marque" (ATACH_TH) posent la question de la crédibilité du message contenu dans la publicité "advocacy" de Tommy Hilfiger. En effet, pour certain des enquêtés appartenant au groupe de stimulus 2, ce type de communication utilisé ne semble pas suffisant pour les faire basculer vers un attachement inconditionnel à la marque.. Et malgré qu'il y'ait une tendance vers un attachement à la marque, la moyenne du groupe de stimulus 2 concernant le seul item d'intention d'achat de la marque n'est pas significativement différente de celles des groupes de stimuli 2 et 3. Cette moyenne tourne autour de 3 (sur une échelle de 1 à 7, s'étalant respectivement de "Pas du tout d'accord" à "tout à fait d'accord"). C'est le paradoxe que soulève le comportement du consommateur du groupe de stimulus 2. Son attitude face à la marque est plus ou moins favorable mais son intention d'achat reste faible.

Si les consommateurs ont eu connaissance des présupposés allégations de Tommy Hilfiger, leurs réactions tendent plus vers un ressentiment à l'encontre de la marque. C'est du moins ce qui est ressorti de notre enquête et illustré en dernière analyse par la variable synthétique RESSE_TH (ressentiment pour la marque TH).

La crise touchant à des valeurs morales et sociétales sensibles, il est fort à parier qu'à court terme, les consommateurs du groupe de stimulus 3 (qui semblent plus sujets que les autres au ressentiment face à la marque) auront une image plus ou moins négative de la marque Tommy Hilfiger. Cette attitude tendra d'autant plus à s'exacerber que le consommateur ne connaissait pas la marque ou en avait déjà une mauvaise idée. Dans ce cas de figure, la marque aura plus de difficulté à restaurer son image. Le coût d'une publicité "advocacy" s'en verra élevé en temps et en quantité. Ce sera une oeuvre de longue haleine pour retrouver une légitimité face aux consommateurs déjà hostiles.

La réversibilité des dommages à moyen, long terme sur la réputation de la marque est
tributaire entre autre (à côté de la publicité "advocacy"), de la preuve de bonne

citoyenneté de marque. C'est-à-dire prendre la mesure de sa responsabilité morale des actions qui affectent les diverses communautés de consommateurs.

N'est-ce pas cette voie qui préside à la création de toutes sortes de fondations dans les grandes entreprises et à leur engagement dans différentes initiatives sportives, sociales, environnementales, etc.?

Au terme de notre étude dont le sujet est à cheval entre des thèmes aussi variés que la légitimité de marque, le marketing ethnique et la publicité "advocacy", force est de reconnaître que tous les contours du sujet n'ont pas été parcourus.

Sur le plan méthodologique par ailleurs, bien qu'il y ait eu un filtre consistant à s'assurer en amont, que les groupes de stimuli 1 et 2 n'avaient pas connaissance de l'email ayant circulé sur Internet à l'encontre de Tommy Hilfiger, nous ne pouvons pas affirmer qu'il n'y ait pas eu de raté. D'autant plus que nous n'avons pas été seul pour l'administration du questionnaire.

Par ailleurs malgré l'intérêt de l'échantillonnage "boule de neige", celui-ci ne préserve pas de certains biais. Entre autre limite de ce type d'échantillonnage que nous avons utilisé, la possibilité de générer une sorte d'"effet de halo", en ce sens que les réponses d'un enquêté peuvent influencer ou être reprises par un ami ou proche parent enquêté au même moment.

Un autre écueil pas des moindre lié toujours à la méthode d'échantillonnage est lié à la proximité des enquêtés. Dans le cas de notre étude par exemple, 45% de notre échantillon est composé d'étudiants/élèves. Cette même proximité a mis à rude épreuve le caractère aléatoire de l'échantillon. Par ailleurs, notre échantillon devait être constitué en principe, de français d'origine africaine, des DOM TOM, de métis et d'africains vivant en France. Par la force des choses, il est davantage constitué du dernier sousgroupe de population.

Il est connu que la nature de la crise joue un très grand rôle sur la réaction des consommateurs. En effet si la crise porte sur un produit (donc plus ou moins ponctuelle), l'impact est moindre que si celle-ci porte sur des valeurs morales et/ou sociétales (comme c'est le cas dans notre étude). Dans ce cas l'impact est accru. C'est ce que montrent les résultats de notre étude au travers de la réaction des enquêtés du groupe de stimulus 3 (à qui écho a été fait de la supposée déclaration désobligeante de

Tommy Hilfiger à l'encontre de leur groupe ethnique). Au-delà du ressentiment occasionné (qui semble aller de soi), nous aurions pu essayer de voir s'il n'y avait pas une minimisation de la crise par une certaine frange du même groupe de stimulus 3. Et par là découvrir les facteurs en jeu dans une telle réaction.

Nous avons travaillé dans le contexte restreint des effets d'une auto catégorisation ethnique sur l'intention de consommation et/ou d'achat et sur le "bouche-à-oreille".

Nous aurions pu élargir notre échantillon à d'autres groupes non usuellement considérés comme ethniques, pour savoir si leurs réactions égalaient celles des groupes ethniques retenus dans notre étude. Ceci dans le but de comprendre si le ressentiment notamment enregistré auprès du groupe de stimulus 3 relevait uniquement d'une auto catégorisation ethnique ou d'un sentiment général (au-delà de l'ethnie en question) de réprobation face à l'atteinte de valeurs morales et/ou sociétales.

Dans l'absolu, les enquêtés du groupe de stimulus 3 n'ont pas connaissance de la publicité "advocacy" de Tommy Hilfiger survenue en aval de la crise. Et s'ils en avaient eu écho, auraient-ils changé d'avis ou considéreraient-ils cette démarche comme une "pâle figure d'auto-justification" pour faire face à la crise? C'est une des questions que notre étude aurait pu tenté de répondre.

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"L'imagination est plus importante que le savoir"   Albert Einstein