WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La popularité des séries télévisées causera-t-elle leur fin? Une analyse du modèle économique des séries télévisées par l'étude de leur réseau et une approche sur leurs perspectives dans un univers digitalisé

( Télécharger le fichier original )
par Héléna Ly
Université Paris- Dauphine - Master 2 management  2012
  

Disponible en mode multipage

La popularité des séries télévisées

causera-t-elle leur fin ?

Une analyse du modèle économique des

séries télévisées par l'étude de leur réseau et

une approche sur leurs perspectives dans un

univers digitalisé

Héléna Ly

Université Paris-Dauphine

Master 2 Management

Parcours Business Unit Management Année 2011/2012

 

Mémoire de fin d'étude Sous la direction de

Jean-Marc Ayme

 
 

Note :

Pour des raisons de confidentialité, cette version en ligne ne contient pas les annexes, dans lesquelles les entretiens ont été retranscrits en intégralité.

Des remarques, commentaires ? Ou simplement me contacter ? Par e-mail : helena.ly@live.fr

Sur Linkedin : http://www.linkedin.com/in/helenaly

Sur Viadeo : http://www.viadeo.com/fr/profile/helena.ly

Remerciements

Une page de remerciement pour les personnes qui contribué à la réalisation de ce mémoire. Jean-Marc Ayme pour son encadrement et ses conseils.

Timothée pour son aide indispensable sur la dernière ligne droite.

Lise Barembaum pour m'avoir dévoilé les secrets de fabrication des séries.

Toutes les personnes qui ont participé à mon étude et qui resteront anonymes :

S., S., T., N., J., M., N., pour avoir pris le temps de répondre à mes questions dans les entretiens qualitatifs individuels qu'ils m'ont accordé

Et les fans de séries rencontrés sur les différents forums :

Shiriiru, bobaja77, Bistr_Yeah-Yeahiii_103, Nerzhul, Virginie12, Nanac 103, LauraP, Jack's, LILOUDEPLUTON, Skellig, evilmy, zaza3945, gros minette06, Slypherny, Antoon, Yumi Chan, Pdikuno, Miss-Ch, Alex Gleek, Jeannounet, Snowglobe, Parce que je suis classeur, Camouch, Isidore Seldon, Sawyer Forever, Dragonado, Sparky, Anthonym84, Carogne 62, DavidS, Poupounaite, Misspagaille, Floflo

J'espère n'avoir oublié personne

Index

Remerciements 1

Introduction 6

Chapitre 1. Amour, Gloire et Trahisons

Partie 1. Séries TV : un « produit » attractif en soi 11

A. Success Story : les trois périodes majeures de la télévision américaine 11

1) Années 50 : le « Premier âge d'or » de la télévision aux Etats-Unis 11

2) Années 80, le « deuxième âge d'or » 13

3) Années 2000, un « troisième âge d'or » ? 15

B. La série fidélise 16

1) Une structure fidélisante 16

2) Une proximité avec le public 17

3) La série en tant qu'extension de soi 19

C. La série socialise 20

1) La série en tant qu'outil d'intégration 20

2) La série dans les tribus 21

Partie 2. La télévision : un lieu d'actions collectives traditionnel dont font partie les séries

TV 22

A. Les fondamentaux du réseau des séries télévisées 22

1) La définition de réseau d'après l'Actor Network Theory 22

2) Le rôle de la télévision dans le réseau : mobilisation d'un lieu d'actions collectives

traditionnel 23

3) La chaîne : le principal centre de traduction 24

B. Première problématisation de la chaîne de télévision : satisfaire le téléspectateur - la

production ou l'achat de la série télévisée 24

1) La demande : la chaîne de télévision est la première cliente de la série 25

2) Le processus de production 27

3) La série peut aussi être achetée 29

C. Deuxième problématisation de la chaîne de télévision : satisfaire l'annonceur - la

diffusion de la série télévisée 31

1) La gestion de l'espace publicitaire 31

2) Les annonceurs : l'autre client a satisfaire 33

D. Deux problématisations interdépendantes 36

1) Quand les deux problématisations sont résolues 36

2) Si la mobilisation de la première problématisation n'est pas suffisante pour résoudre la deuxième 38

Partie 3. L'apparition de nouveaux actants innovants dans un nouveau lieu d'action

collective : le digital 40

A. La naissance d'un nouveau genre d'actant : l'usager actif 40

1) Le rôle de l'usager actif dans le réseau 40

2) Les usagers actifs comme innovateurs 43

B. L'organisation des usagers actifs est sujette a controverses 44

1) La notion de controverse dans l'Actor Network Theory 44

2) Attaquer le lieu d'action collective des usagers actifs avec les mêmes armes : les actions

digitales légales 46

3) La création d'outils pour réguler ou empêcher les actions des usagers actifs 48

C. Bilan de la controverse digitale 50

1) L'autorité étatique peut-elle régner sur internet ? 50

2) Sites Internet : nouveaux centres de traduction dominant ? 52

Chapitre 2. Mac Guyvers 2.0

Méthodologie 56

1) Usagers 56

2) Fournisseurs (illégaux) 57

3) Créateurs 57

4) Limites des méthodologies employées 58

Partie 1.Profil de l'usager actif et son utilisation d'internet 59

A. Le lien entre la série et son spectateur 59

1) Sentiment « d'ailleurs » 59

2) Sentiment de proximité entre la série et son public 59

3) Les apports personnels de la série 61

4) L'investissement personnel du public envers une série : le fan art 61

B. Rapport social entre la série et ses spectateurs 62

1) Tantôt, la série isole 62

2) Tantôt, la série crée du lien 63

C. Un spectateur non plus fidèle, mais « addict » 65

1) Une reconnaissance de cette addiction par les spectateurs 65

2) Une addiction a la limite de l'obsession pour certains 66

3) La fin d'une série 66

4) Pour assouvir cette addiction : détournements et bidouillages 67

Partie 2. La diffusion illégale des séries télévisées sur internet, un processus bien rôdé 70

A. De la chaîne à la toile 70

1) Les plateformes de téléchargement direct et de streaming 70

2) Le peer-to-peer 72

B. De la « VO » à la « VOSTFR » : démocratisation du contenu 73

1) Qui est le fansubber ? 73

2) Le travail d'un fansubber 74

3) L'organisation des fansubbers 76

C. Les annuaires : l'usager n'a plus qu'à faire son marché 81

1) Les annuaires pour les sites de streaming et de téléchargement direct 81

2) Les annuaires pour les torrents 83

Partie 3. Légalité vs illégalité 86

A. Perception sur les moyens légaux 86

1) La télévision 86

2) La VOD 87

3) Le DVD 88

B. Sentiments sur l'usage de moyens illégaux 89

1) Du point de vue des usagers 89

2) Du point de vue des professionnels de l'audiovisuel 91

C. Avis sur les autorités de régulation 93

D. Comment définir un système efficace 95

1) Le point de vue des usagers 95

2) Le point de vue d'une professionnelle 97

Recommandations 99

A. Construire une offre légale adaptée aux besoins clients sur internet 99

1) Les bénéfices indispensables d'une offre internet 99

2) Une mise à disposition rapide sur internet 99

3) La traduction des contenus : innover dans l'organisation 101

B. Système traditionnel qui doit évoluer 102

1) La télévision 102

2) Le DVD 105

3) La VOD : la tradition déguisée en modernité ? 105

4) La surveillance 106

Conclusion 107

Bibliographie 109

Introduction

Nous, créateurs, considérons notre travail comme de l'art, mais objectivement, c'est du commerce. Il s'agit de vendre un produit. D'attirer le plus de monde devant la télé, pour vendre des pubs plus chères. C'est un mélange bizarre entre l'art et le commerce.

Shawn Ryan, créateur de The Shield et Chicago Code

La marche a été longue. Il y a encore une dizaine d'année en France, regarder une série télévisée n'était pas quelque chose que l'on avouait publiquement, en tout cas en France. Et pourtant, la série télévisée est aujourd'hui considérée comme un art. Parfois un art populaire, parfois un art réservé à un public d'une certaine élite. C'est en tout cas ce qu'affirme un article du Monde Diplomatique apparu en Juin 2011, dont le titre annonce le ton : Séries télévisées pour public cultivé.

Et l'on devrait se revirement de situation a la chaîne HBO, avec ses séries Sex and the city et Les Sopranos. Car se seraient ces séries qui auraient marqué une nouvelle ère, celle des années 2000. Les innovations majeures dans les programmes télévisés ont d'ailleurs été de tout temps liées a la production américaine. C'est pourquoi une grande partie de ce mémoire se focalisera sur le modèle américain, qui se trouve être particulièrement riche. Mais cela n'empêchera pas quelques comparaisons avec le système existant en France.

La série est donc promue au rang d'oeuvre d'art. Et pour preuve : la série télévisée est devenue un objet d'étude académique.

A propos d'étude : qu'est-ce qu'une série ? Reprenons la définition de Wikipedia : « Une série télévisée (en abrégé « série ~, ou familièrement « série télé ~) est une oeuvre de fiction télévisuelle qui se déroule en plusieurs parties d'une durée généralement équivalente, appelées « épisodes ~. Le lien entre les épisodes peut être l'histoire, les personnages ou le thème de la série. Elle se distingue du téléfilm qui est une oeuvre de fiction télévisuelle unitaire ou singulière. »1

Et la série est devenue un objet d'étude pour la maison d'édition Presses Universitaires de France, qui a inauguré cette année sa première collection dédiée aux séries télévisées avec des ouvrages consacrés à Desperate Housewives (Virginie Marcucci), aux Experts (Gérard Wajcman), à The Practice (Nathalie Perreur), à 24 heures chrono (Jean-Baptiste Jeangène Vilmer), à Six Feet Under (Tristan Garcia) et à Grey's Anatomy (Laurent Jullier et Barbara Laborde).

Dans le même temps, l'Université de Rouen organise son propre colloque de quatre jours spécifiquement dédié aux séries.

1 http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9riet%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e

Et il y aurait, en 2011, une soixantaine de thèses sur les séries en cours d'écriture en France2. La série est donc une discipline à part entière qui fascine, car elle a su capter une large audience.

Cet engouement est certainement lié au deuxième visage assumé de la série : un produit commercial.

La série est commerciale car elle doit attirer le plus grand nombre, pour ensuite vendre de la publicité. Et la série plaît au point que l'on parle aujourd'hui de sériephilie. A ce propos, le sociologue Jean-Pierre Esquenazi se pose même cette question : Les séries télévisées : l'avenir du cinéma ? (2010, Armand Colin).

L'affection pour une série étant désormais affichée, le public n'hésite plus a parler de séries avec son entourage. Certains se considèrent même comme (( Series Addict ». Comme son nom l'indique, le series addict, ne peut plus se passer de sa série préférée (généralement américaine) ; c'est-à-dire qu'il ne peut pas se permettre de rater un seul épisode, et l'attente de la saison suivante est pour lui infernale.

Mais c'est précisément cette addiction qui risque d'annuler la fonction commerciale de la série.

En effet, le series addict, surtout quand il n'est pas américain, ne veut plus dépendre de son (( dealeur » : sa télévision.

Car dépendre de sa télévision est un état particulièrement contraignant, puisque la télévision force à être présent, à heure fixe, devant son poste. Et le moindre empêchement risque de faire rater un épisode, ce qui est inadmissible.

Autre contrainte, pour un spectateur français, la série regardée est généralement américaine. Mais entre la date de la première diffusion américaine et la date de première diffusion française à la télévision, il s'écoule parfois un an, parfois plus. Et pendant ce laps de temps, les séries américaines sont déjà disponibles en ligne... Il est donc difficile pour le series addict de ne pas succomber à la tentation !

Et pourtant, il ne se rend pas compte qu'en regardant ses séries préférées de cette façon, il contribue à lui diminuer son audience télévisée. Et cette diminution enlève un gain potentiel a la chaîne de télévision. Ce revenu en moins risque d'être aussi un revenu en moins pour le producteur de la série. Et il est possible que cela ait, en bout de chaîne, des conséquences graves sur les séries elles-mêmes.

Mais cet enchaînement n'est pas évident, ce qui nous mène a traiter la problématique suivante dans ce mémoire : la popularité des séries télévisées causera-t-elle leur fin ?

Chapitre 1

Dans le premier chapitre de ce mémoire, intitulé (( Amour, gloire et trahisons », consacré à la revue de littérature, on tentera d'expliquer l'émergence de ce paradoxe. On verra alors comment, du point de vue des chaînes de télévision, les points forts commerciaux des séries, sont devenus des points faibles commerciaux a l'ère de l'Internet.

Pour cela, on développera notre raisonnement autour de trois parties.

2 Olivier Joyard, Series Addict, Canal Plus, première diffusion 30 novembre 2011

La première partie sera consacrée à la série elle-même, en tant que produit attractif, aussi bien du point de vue du client que du point de vue de la chaîne de télévision.

Cette partie permettra de savoir quelles sont les trois périodes phares de la télévision, et les éléments ayant contribué à son succès. Pour reconstituer cette épopée, on se basera essentiellement sur le livre Les séries télé pour les nuls, de l'historienne Marjolaine Boutet. Par la suite, on tentera de se mettre à la place des téléspectateurs, et de comprendre pourquoi les séries télévisées fidélisent. Pour cela, on se basera principalement sur les ouvrages des sociologues Jean-Pierre Esquenazi, Les séries télévisées : l'avenir du cinéma ? et de Dominique Pasquier, La culture des sentiments. L'expérience télévisuelle des adolescents.

Pour clôturer cette partie, on verra que la série détient aussi une fonction de socialisation, car elle devient un objet fédérateur. Pour cette étude, on se basera sur les mêmes ouvrages cités précédemment de Jean-Pierre Esquenazi et Dominique Pasquier.

Dans la deuxième partie de la revue de littérature, on se consacrera a l'étude du réseau (( traditionnel » des séries télévisées. La notion de réseau sera celle décrite par les auteurs de l'Actor Network Theory (ANT).

Dans un premier temps, on expliquera quels sont les fondamentaux du réseau. On définira donc ce qu'est un réseau, et en quoi peut s'appliquer cette notion pour les chaînes de télévision. Pour cela, on fera appelle a l'ouvrage Les Nouvelles approches sociologiques des organisations (de Henri Amblard, Philippe Bernoux, Gilles Herreros, Yves-Frédéric Luvian, pp.127-140) et a l'article Sociologie de l'acteur réseau (Michel Callon).

Puis, on décrira le réseau lui-même, sous la tutelle de deux problématisations. La première est la satisfaction client. La seconde est la satisfaction des annonceurs. Pour cette description, on continuera a se baser sur les notions de l'ANT expliquée par Michel Callon dans l'article cité plus haut, et l'on s'aidera de l'ouvrage de Marjolaine Boutet, déjà utilisé en première partie, ainsi que de La Télévision pour les nuls, de Marie Lherault et François Tron. En complément, on se référera au dossier La diffusion de la fiction à la télévision en 2011, publié par le CNC, ainsi d'articles de presse.

Enfin, la troisième partie sera consacrée a l'émergence d'un nouveau réseau digital.

On étudiera d'abord l'émergence des nouveaux actants formant ce réseau, les raisons de cette émergence, et en quoi ils sont innovants. Pour cette étude, l'article Les utilisateurs, acteurs de l'innovation, de Madeleine Akrich, sera une référence essentielle, complété par des articles des presses.

Puis on verra en quoi cette évolution du réseau est sujette à controverse, et comment cette controverse change le comportement des actants. Cette analyse sera principalement basée sur l'étude d'article de presse.

Pour finir, on fera un bilan de cette controverse, selon les informations données par des articles de presse.

Chapitre 2

Le deuxième chapitre, intitulé (( Mac Guyvers 2.0 », aura pour but d'approfondir la dernière partie du premier chapitre. En effet, l'offre illégale de séries télévisées sur internet étant un phénomène encore récent, et il existe peu de littérature à ce sujet.

C'est pourquoi dans ce chapitre, la problématique a été recentrée sur le sujet suivant : pourquoi l'offre illégale de séries télévisées est-elle généralisée aussi librement, alors que la loi l'interdit ?

Pour cela, une recherche a été menée, basée sur deux méthodologies.

L'une, consiste en des entretiens qualitatifs en groupe, menés sur des forums, et individuels, réalisés en face à face.

L'autre, historique, consiste en l'analyse de sites internet, forums et blogs.

La combinaison de ces deux méthodologies permettra de répondre à la problématique de recherche posée autour de trois axes d'étude.

Avant tout, il est nécessaire de connaître l'usager actif décrit dans la revue de littérature, et de définir son utilisation d'internet.

Et si l'usager arrive a se procurer ses séries télévisées de façon illégale, c'est parce qu'il existe derrière un réseau organisé pour répondre a son besoin. L'étude de cette organisation permettra alors de comprendre le degré de facilité d'accès a divers contenus audiovisuels. Enfin, la troisième partie permettra de comparer l'impression que les usagers ont de l'offre légale, comparée a l'offre illégale, ce qui permettra de comprendre pourquoi ils se permettent de braver l'interdit, et ce que serait, selon eux, une offre adaptée.

Chapitre 1

Revue de littérature

Amour, gloire et trahisons

Comment les points forts commerciaux des séries sont devenus des points faibles commerciaux pour les chaînes de télévision, a l'ère de l'Internet ?

Partie 1

Séries TV : un « produit » attractif en soi

A. Success Story : les trois périodes majeures de la télévision américaine

1) Années 50 : le « Premier âge d'or » de la télévision aux Etats-Unis

a) La télévision, un équipement courant

Les années 1950 sont un tournant dans l'histoire de la télévision, avec un taux d'équipement des ménages qui explose aux Etats-Unis. En effet, en 1949, il n'y a encore que 2% des foyers américains qui possèdent une télévision, mais en 1956, ils sont déjà 70% à être équipés3.

Et pendant ce temps, l'Europe ne compte que 5 millions de postes au total. Cette nette avance des Etats-Unis en équipement de téléviseurs peut donc expliquer le fait que ce pays sera le berceau de la production télévisuelle.

Fait intéressant, dès ces années-là, les Américains passent quatre heures en moyenne par jour devant leur poste de télévision. Ce divertissement s'avère être déjà un phénomène de société !

Cette technologie encore nouvelle va alors s'inspirer du modèle radiophonique, mais va aussi faire preuve d'innovations pour créer son propres modèle. La télévision s'apparente donc à un grand laboratoire. Pour cette raison, cette décennie de bouillonnements créatifs de la télévision est qualifiée, par les historiens, de « Premier âge d'or de la télévision » où naîtront ce que l'on peut qualifier de « grands classiques ».

b) Un modèle inspiré de la radio

L'organisation de la diffusion télévisuelle est calquée sur celle de la radio, et les grands réseaux historiques radiophoniques deviennent les quatre premières chaînes américaines, dites « Networks » : NBC, CBS, ABC et DuMont (la dernière ayant fait faillite).

Définition de Network

« Un Network est une chaîne hertzienne privée américaine, que tout Américain peut capter gratuitement sur son poste de télévision. Ces networks sont entièrement financés par la publicité, qu'ils diffusent abondamment. »4

3 Les séries télé pour les nuls, Marjolaine Boutet, Editions Générales First 2009

4 Les séries télé pour les nuls, Marjolaine Boutet, Editions Générales First 2009, p.12

Il existe cinq networks aujourd'hui aux Etats-Unis. En plus des trois chaînes historiques évoquées plus haut, Fox et CW sont créés respectivement en 1986 et en 2006.

Les Networks sont aussi contraints de suivre les règles de la Federal Communications Commission (FCC), qui est l'équivalent, aux Etats-Unis, du CSA en France. En bref ces règles comprennent l'interdiction de diffuser des gros mots, et certaines parties du corps des acteurs, pouvant heurter la sensibilité du public, ne peuvent être révélées en intégralité (seins, fesses, sexes), etc.

De même, les grilles de programme de ces networks sont inspirées de la radio. Ainsi, programmes et heures de diffusion sont similaires. La programmation de jour, destinée aux femmes foyer se veut légère et peu exigeante ; à 18h démarrent les informations ; et à 20h (heure de « prime time ») est diffusé le programme de meilleure qualité, pouvant être une fiction ou une rencontre sportive.

Comme à la radio, ces programmes sont entrecoupés par des annonces publicitaires.

c) L'apparition des séries télévisées

A leurs débuts, les programmes familiaux télévisés s'inscrivent dans la tradition du spectacle de vaudeville, et sont faits pour plaire aux familles de classe moyenne américaines.

« Les américains nomment « vaudeville )) [...] un spectacle composé de séquences courtes et diverses : au jongleur succède au chanteur, puis viennent des dresseurs d'animaux ou comiques » p.155

La première star de ce type de programme est Milton Berle, animant l'émission Texaco Star Theater.

Néanmoins, les familles se lassent du style et réclament des programmes où serait intégrée une continuité narrative. Apparaissent alors les premières sitcoms familiales, une sitcom étant une série comique tournée en studio, devant un public, et avec trois caméras fixes.

Les problématiques rencontrées par ces familles étant proches du vécu quotidien des familles spectatrices, l'audience est conquise.

The Ruggles est une des premières sitcoms. Elle apparaît en 1949. Le modèle de tournage de cette série est encore calqué sur le modèle radiophonique et théâtral, puisque la sitcom est tournée en public et diffusée en direct. The Ruggles n'exploite donc pas encore toutes les possibilités techniques qu'offre la télévision, notamment la possibilité d'enregistrer et de retransmettre en différé. De plus, les scripts étaient écrits au jour le jour. Pour cette raison, ce modèle était particulièrement complexe à maintenir. Malgré cela, The Ruggles a réussi à se maintenir pendant trois saisons.

Cela mène à une nouvelle évolution du genre, avec la création de I love Lucy en 1951, qui est la première sitcom enregistrée au préalable de l'histoire. I love Lucy est en fait la transposition du programme radiophonique My favorite husband, transmis par CBS, à la télévision. Les épisodes sont ainsi écrits et tournés en amont, allégeant la pression que l'on

5 Les séries télévisées : l'avenir du cinéma ?, Jean-Pierre Esquenazi , 2010, Armand Colin

retrouve sur les tournages en direct, mais garde le traditionnel tournage en présence d'un public, pour garder la sensation de direct.

Le modèle de la série à suspens fera aussi son apparition, avec Alfred Hitchcock Presents. Elle est qualifiée d' « anthologie » : les épisodes ne se suivent pas, et elle ne porte aucun personnage récurrent. La ligne conductrice de cette série sera l'intervention d'Alfred Hitchcock au début et à la fin de chaque émission.

Notons que, dès ses débuts, la télévision fait appel à des professionnels du théâtre, du cinéma, de la radio et de la littérature. Cela a donc pour effet de favoriser la naissance de programmes de qualité, qui réussissent à tenir en haleine son public. Les méthodes d'écriture en groupe par les scénaristes font d'ailleurs leur apparition dès ces années-là.

Un autre genre, très plébiscité au cinéma, fait aussi son arrivé sur le petit écran : celui du western. D'autant que, comme pour le Cinéma, Hollywood est l'endroit oü sont tournées les séries, une situation géographique qui permet de réutiliser facilement les décors. Ces séries Western ont d'ailleurs fait connaître des grands noms du cinéma : Rawhide révèle Clint Eastwood, tandis que Wanted dead or alive [Au nom de la loi] fait découvrir Steve MC Queen auprès du public.

Enfin, le fantastique est le dernier genre à naître à la télévision. Parmi les grandes séries de ce genre, on citera la naissance de La quatrième dimension. Cette dernière sera le fruit d'un fin travail d'auteurs ; l'un d'eux étant Rod Sterling, qui plus tard sera, notamment, scénariste pour La planète des singes.

2) Années 80, le « deuxième âge d'or »

a) Une décennie qui change le paysage télévisuel du fait de ses innovations

Les années 80 donnent naissance à ce qui est désigné par les historiens comme le « deuxième âge d'or » de la télévision. Cette période correspond à l'expansion de trois innovations techniques majeures.

La première révolution est celle l'expansion de la télévision par le câble. Ainsi, aux EtatsUnis, un foyer sur cinq est équipé du câble en 1980, un sur deux en 1985, et ils sont presque 90% au début des années 906.

Cette multiplication des chaînes favorise la généralisation de la télécommande, qui prend tout son sens pour l'américain bénéficiant du câble, puisqu'il a désormais accès a entre 12 et 50 chaînes de télévision (Jacques Mousseau, 1985)7. D'autant que la télécommande fonctionne désormais a infrarouge, ce qui est, techniquement, le format qu'elle possède encore aujourd'hui. Par ailleurs, elle est aussi systématiquement vendue de pair avec les téléviseurs.

6 Les séries télé pour les nuls, Marjolaine Boutet, Editions Générales First 2009

7 Mousseau Jacques. La télévision aux USA. In: Communication et langages. N°63, 1er trimestre 1985. pp. 99- 117. doi : 10.3406/colan.1985.1667 url :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/colan_0336-1500_1985_num_63_1_1667 Consulté le 26 août 2012

Enfin, a cela vient s'ajouter l'innovation phare des années 1980, qui est celle du magnétoscope. Car, bien qu'existant depuis les années 1970, c'est pendant cette décennie qu'il se démocratise et prolifère, surtout avec l'invention de la VHS, qui deviendra la norme des cassettes par la suite.

Cette triplette d'innovation, dont on notera la synergie, contribue a ce qu'on pourrait appeler une « libération » du téléspectateur, qui a désormais un éventail de choix de programmes agrandi, la possibilité de passer d'une chaîne a l'autre très facilement, mais aussi de ne pas avoir à choisir entre deux programmes diffusés en simultané sur deux chaînes différentes, puisqu'il pourra en regarder un, pendant que l'autre sera enregistré et regardé plus tard.

Démographiquement, il faut aussi souligner que le téléspectateur n'est plus le même, puisqu'il a toujours connu la télévision, et est devenu, par conséquent, particulièrement exigeant.

Aux Etats-Unis le public que se partageaient jusqu'à alors les trois networks historiques est donc fortement dilué, du fait de la féroce concurrence, et devient difficile, ce qui s'accompagne d'une chute des recettes publicitaires.

C'est pourquoi les chaînes, pour être compétitives, devront faire preuve de créativité pour proposer des programmes suffisamment attractifs pour capturer leur audimat. C'est ainsi que de nouvelles façons d'écrire les séries sont inventées.

b) Dallas, symbole de la réinvention des séries

Pour captiver l'attention du spectateur libre et ennuyé, la série passe un nouveau cap, dont le symbole sera la série Dallas.

Dallas innove tout d'abord dans son format. Pour la première fois, on propose au téléspectateur une série dont les épisodes se suivent de façon hebdomadaire. Car jusque-là, si les épisodes devaient se suivre, ils devaient être diffusés de façon quotidienne.

C'est grâce à ce nouveau format que les scénaristes américains acquièrent une parfaite maîtrise du « cliffhanger ». Le cliffhanger est « une scène située a la fin d'un épisode et dans laquelle les personnages restent en suspens [...]. Le season finale [NB : dernier épisode de la saison] des séries feuilletons se clôt souvent sur un cliffhanger pour s'assurer le retour des spectateurs au début de la saison suivante. »8.

C'est aussi la première série dont le personnage principal (JR), n'est pas un modèle de virtuosité, bien au contraire.

Dallas va aussi montrer a quel point les scénaristes d'une série peuvent s'adapter a l'audience. En effet, la fin de la saison 7 signe la mort d'un des personnages principaux de la série, Bobby (la face vertueuse de la série). Or, cette mort a été particulièrement mal accueillie par le public, et la saison 8 est celle des mauvais scores d'audience pour la série. C'est ainsi que les scénaristes décident de révéler au public, que toute la saison 8 n'était qu'un rêve de la femme de Bobby. Et la saison 9 pourra alors reprendre son cours normal et son audience normale, avec Bobby.

8 Les séries télé pour les nuls, Marjolaine Boutet, Editions Générales First 2009, p.327

c) L' « Ensemble show », l'autre innovation de format

Dans ce deuxième âge d'or, les scénaristes inventent un autre nouveau format, qui est celui d' « Ensemble show ». Ce genre de série n'est pas focalisé sur un personnage en particulier, mais sur un groupe de personnages, d'importance égale ; chacun n'étant pas obligatoirement présent à chaque épisode. Ainsi, une ligne narrative est consacrée à chaque personnage, lignes qui s'entrecroisent.

Hill street blues est un modèle de cette nouvelle formule.

3) Années 2000, un « troisième âge d'or » ?

Les chaînes câblées commencent elles-aussi à diffuser des séries à partir des années 1990. Mais c'est surtout durant la décennie suivante que ces chaînes produiront des séries de façon régulière. La pionnière en la matière sera la chaîne HBO, suivie de très près par Showtime, entre autres.

Ce qui marque le style de ces nouvelles séries « câblées ~, c'est le « politiquement incorrect » (M. Boutet, 2009), faisant naître des « séries télévisées pour public cultivé », si l'on reprend le titre d'un article du Monde Diplomatique à propos des séries des chaînes câblées9.

Quelles sont ces séries souvent qualifiées de chefs d'oeuvre ? Citons-en quelques-unes.

HBO a notamment produit The Sopranos (qui raconte le quotidien d'un parrain de la mafia), Six feet under (portrait empathique d'une famille de croque-morts), sans oublier The Wire (l'évolution de policiers et criminels, décrite dans un environnement réaliste), cette dernière ayant même été utilisée comme un outil pédagogique à Harvard pour un cours sur les inégalités sociale, et à l'Université de Nanterre, qui a consacré un séminaire dédié à cette série du 13 janvier au 1er juin 2012.

Showtime, quant à elle, donne la parole aux homosexuels dans The L world et Queer as folk. Mais elle va aussi décrire de manière empathique la vie de criminels, en en faisant des héros sympathiques et courageux, avec Weeds (dont le personnage principal est une dealeuse de drogue) et Dexter (dont le héros est un tueur en série).

Les chaînes câblées osent créer ces séries « politiquement incorrectes » pour plusieurs raisons. Tout d'abord, elles sont plus libres dans leur écriture, du fait qu'elles ne subissent pas la même régulation que les networks de la part de la FCC. Ensuite, le public des chaîne n'est pas le même, puisqu'il est généralement de catégories socio-professionnelles supérieures, pouvant s'offrir le câble. Les chaînes peuvent donc offrir un contenu « premium » plus ciblé.

Pour produire ce contenu de haute qualité, les chaînes font des investissements élevés dans la production. Ainsi, HBO aurait déboursé environ 4,5 millions de dollars par épisode pour sa série « Deadwood », alors que, à titre de comparaison, un épisode de Lost produit par ABC ne coûtait « que » 2,5 millions de dollars à produire.

9 Séries télévisées pour public cultivé, Dominique Pinsolle et Arnaud Rindel, Le Monde diplomatique juin 2011

Ces programmes de haute qualité ayant été particulièrement bien reçus par le public et par les critiques, cela a influencé les networks. Le fameux (( politiquement incorrect » est alors aussi devenu la règle pour les networks, dans la mesure du possible.

Dans cet esprit sont apparues les fameuses séries Dr House (tournant autour d'un anti-héros cynique) et Desperate Housewives (critique de la vie en apparence parfaite des femmes au foyer des banlieues chics).

Ce fort développement de la série de qualité a mené la presse à qualifier cette décennie de (( mini âge d'or télévisuel »10.

B. La série fidélise

L'intérêt pour les chaînes de diffuser une série au lieu d'une fiction dite « unitaire ~ (c'est-àdire un téléfilm) est de pouvoir fidéliser son téléspectateur. En effet, quand l'unitaire doit reséduire à nouveau le spectateur lors d'une nouvelle diffusion, la série, elle, n'a besoin de séduire qu'une fois son public, qui reviendra huit semaines d'affilées.

Mais pourquoi, justement, la série fidélise-t-elle le spectateur ?

1) Une structure fidélisante

a) Dans la narration

Aujourd'hui, on ne différencie plus le feuilleton de la série, car le terme « série » est devenu générique et englobe toutes les fictions sérielles. Cette différenciation n'a plus lieu d'exister car les séries ne suivent presque plus de structure (( bouclée ~, c'est-à-dire dont l'intrigue démarre au début de l'épisode et se termine a la fin de l'épisode.

Les séries comportent généralement, aujourd'hui, un minimum de procédé (( feuilletonnant », inséré dans une structure (( modulaire ». Dans ce type de structure, une ligne narrative secondaire est insérée dans l'histoire, qui sera à suivre sur plusieurs épisodes (un (( arc narratif »), en complément de la ligne narrative principale de l'épisode qui débutera et se terminera pendant l'épisode.

Pour illustrer cela, prenons l'exemple de Desperate Housewives. A chaque épisode démarre une ou plusieurs intrigues qui seront résolues a la fin de l'épisode. D'autres courront sur plusieurs épisodes. Mais pour faire le lien entre tous les épisodes, à chaque saison règne un mystère principal, qui démarrera au début de la saison, et se terminera seulement à la fin de la saison.

Ce procédé permet au spectateur à la fois de suivre une histoire finie et structurée sur un épisode pour ne pas trop le frustrer, mais aussi de le faire revenir sur l'épisode suivant pour résoudre les questions non résolues et satisfaire sa curiosité.

Et pour ne pas prendre le risque de perdre le spectateur dans cette marre d'informations, chaque épisode est introduit par un (( Previously on ... ~ récapitulant l'essentiel de ce qu'il faut savoir des épisodes précédents pour comprendre l'épisode qui va suivre.

10 Séries télévisées pour public cultivé, Dominique Pinsolle et Arnaud Rindel, Le Monde diplomatique juin 2011

b) Dans le générique

Le générique est la base commune de tous les épisodes d'une série. Il présente les personnes qui travaillent sur la série (acteurs, producteur, réalisateur...), et l'atmosphère de la série, sur un fond sonore, qui deviendra un élément de reconnaissance. Le générique permet de construire l'identité d'une série.

Il a tendance à se raccourcir, jusqu'à parfois devenir un simple panneau avec le nom de la série, permettant de laisser plus de place à la narration. Cette tendance est inversée pour les génériques de séries des chaînes câblées, qui sont longs, et sont parfois de véritables courtmétrages, a l'instar du générique de Dexter, décrivant les gestes, pourtant simples, de la routine matinale du tueur en série d'une façon répulsive.

Le générique permet au spectateur d'identifier la série immédiatement, et le générique s'entend comme un signal.

On peut associer l'exercice du générique a l'expérience de Pavlov consistant a associer un stimulus conditionné (le son d'une cloche) à un stimulus non conditionné (le morceau de viande pour le chien) pour une même réponse comportementale (la salive du chien).

La série suit le même procédé : le générique (stimulus non conditionné) est associé à chaque épisode (stimulus conditionné). Dès lors, la réponse du spectateur à ce signal est une réponse affective à la production de ce son.

Ariane Hudelet-Dubreil, dans un exposé dans le cadre du festival Séries Mania, compare cette réponse positive au générique à la madeleine de Proust. En entendant le générique on éprouve le sentiment de joie des retrouvailles.

2) Une proximité avec le public

a) L'attachement aux personnages

L'attachement aux personnages de séries est une des raisons pour laquelle les spectateurs restent fidèles à leur poste. Le spectateur étant absorbés par les aventures traversées par les personnages d'une série, il se sent alors affecté émotionnellement par ce qu'il voit, ce qui le lie aux personnages.

Une étude réalisée par Dominique Pasquier illustre très bien cet attachement aux personnages dans La culture des sentiments. L'expérience télévisuelle des adolescents. Pour mener son analyse, l'auteure a étudié les lettres de fans d'Hélène et les garcons envoyées à la production.

Dominique Pasquier nous explique que les fans différencient bien le personnage de fiction de l'acteur. Ceci n'empêche pas les fans d'exprimer, dans leur courrier, a la fois leurs sentiments par rapport a ce qu'il se passe dans la série. Ces sentiments peuvent être positifs ou négatifs.

Ainsi, une fan écrit « Il faut admettre que j'ai un problème vraiment grave : je suis
amoureuse d'un type qui n'existe pas. Je l'ai connu il y a quelques mois et je l'ai trouvé

superbe. Je l'ai vu s'amuser, jouer de la musique, aimer, parfois pleurer. Et après ça ? J'étais amoureuse de lui, c'était inévitable !... Je vais lui dire que je veux le rencontrer mais je sais que cette rencontre est une illusion elle aussi. Cet homme n'existe pas ! Christian n'existe pas. Seulement Sébastien.» (D. Pasquier, p. 53) à propos du personnage Christian interprété par Sébastien Roch.

Ce sentiment d'attachement aux personnages est tel qu'il permet aux fans de s'identifier aux personnages de la série (ici, à Hélène) : (( Moi aussi je suis une Hélène et les garçons. Tu as apparemment les mêmes goûts que moi. D'après ce que j'ai lu sur toi tu aimes : les enfants (j'en garde), la campagne (j'y habite), les animaux (je fais du cheval, j'ai un chat sauvage et un chien). » (D. Pasquier, p. 54).

b) Une deuxième famille

J-P Esquenazi11 évoque le plaisir de regarder la série. Il développe son analyse en s'opposant à la thèse selon laquelle la série est un moyen d' (( évasion », de penser à autre chose, d'échapper aux réalités du quotidien.

Il explique alors que la régularité de la série, qui est un élément stable dans la vie d'un téléspectateur, contribue a l'attachement : elle revient, et on retrouve à chaque diffusion les mêmes personnages. Pour cette raison, on se sent proche de la série, car une familiarité se crée.

C'est après avoir interrogés des fans de séries qu'il se rend compte que les séries font partie de la vie de leurs spectateurs. Les séries et leurs fans entretiennent une relation intime.

(( Une jeune fille évoque les larmes aux yeux ses discussions passionnées avec sa meilleure amie au sujet des Frères Scott. Une autre me dit que lorsqu'elle a des difficultés ou des ennuis, elle se passe des épisodes de Friends qu'elle conserve en fond sonore. Un jeune homme me parle de sa vie avec l'Inspecteur Colombo, une sorte de modèle pour lui qui fait des études de droit tout en venant d'un milieu modeste. »

De même, les fans d'Hélène et les garçons sentent qu'elles font partie de la vie des personnages, car elles côtoient si souvent ces personnages, désormais familiers pour elles (par la télévision et autres magazines), qu'elles ont l'impression de les connaître, d'être amies avec eux.

(( Si tu as besoin de parler a quelqu'un je suis là. Sache que je serai toujours là, quoiqu'il puisse arriver. Tu as su me donner un coin de paradis lorsque j'en avais besoin, alors à mon tour de te donner toute ma force par la pensée. Tu peux compter sur moi. Si tu as un problème, n'hésite pas a m'en parler, je suis là a tes côtés. Je te donne une photo de moi, cela te fera un bon souvenir. Garde cette lettre précieusement. » (p.80).

J-P Esquenazi remarque d'ailleurs que la fidélité des fans de séries est telle qu'ils deviennent des défenseurs, presque gardiens de la forme originelle de la série. Alors, lorsqu'un changement dans la série se produit, et que celui-ci ne correspond pas à la structure normale de la série, cela peut susciter de vives réactions de la part des fans, parfois avec

11 Les séries télévisées : l'avenir du cinéma ?, Jean-Pierre Esquenazi, 2010, Armand Colin

haine envers les scénaristes. Ce changement inacceptable peut être un changement d'acteur ou la mort d'un personnage par exemple.

Certains fans n'hésitent pas, d'ailleurs, a réinventer eux-mêmes des épisodes de leur série préférée.

Ainsi, bien qu'il semble excessif de généraliser ces réactions fortes exprimées souvent par des adolescents, il est tout de même intéressant de comprendre les sentiments que peuvent générer les séries. Ces sentiments existent et ne peuvent donc être niés, mais ils se manifestent à différents degrés en fonction de l'implication des spectateurs.

3) La série en tant qu'extension de soi

Les deux paragraphes précédents rappellent la notion de comportement du consommateur qui est la notion d'extension de soi. On développera ce paragraphe d'après l'ouvrage Comportement du consommateur, de Denis Darpy, Dunod, 3e édition, 2012.

a) Le concept de soi

Avant de parler d'extension de soi, rappelons la définition du concept de soi. Le concept de soi est une notion subjective à laquelle un individu va se référer pour modifier son comportement, ce qui peut aussi modifier son comportement de consommation. Cette réflexion sur soi est une réflexion dynamique.

Le concept de soi influe alors l'estime que l'on a de soi-même. L'estime de soi représente la valeur qu'une personne a d'elle-même. Il s'agit en fait d'une évaluation et d'un jugement affectif que l'on a de soi-même.

L'estime de soi repose sur trois piliers :

- la confiance en soi

- la vision de soi

- l'amour de soi

Ces trois piliers sont interdépendants. En effet, l'amour de soi permet d'entretenir le respect de soi, qui lui-même contribue à développer une vision positive de soi, ce qui renforce la confiance en soi.

Si l'un de ces trois piliers se fragilise, cela joue d'une façon néfaste sur l'estime globale de soi-même.

Attardons-nous maintenant sur le développement de soi. Il est composé de trois éléments :

- le soi réel : il s'agit de l'image que l'individu a de lui-même dans la réalité, c'est-à-dire
l'ensemble des caractéristiques qu'un individu considère qu'il possède

- le soi social : c'est le résultat des interactions que l'on entretient avec son entourage, ainsi que du rôle que l'on joue dans la société

- le soi idéal : c'est la réponse que l'on donne à la question « comment voudrais-je être dans l'idéal ? », c'est-à-dire l'ensemble des qualités qu'un individu souhaiterait posséder.

Dans cette théorie du concept de soi le consommateur choisit un produit en fonction de l'image qu'il a de lui-même, et qui serait un intermédiaire entre ce soi réel et son soi idéal. On peut donc penser, d'après ce qui a été observé par J-P Esquenazi et D. Pasquier, que le téléspectateur est confronté au même choix lorsqu'il décide de regarder telle ou telle série.

b) L'extension de soi vers les autres et les objets

Le principe d'extension de soie vers les autres et les objets valident l'affirmation (( je suis ce que je consomme ».

Ainsi, (( le soi étendu intègre les objets, lieux, groupes définis comme (( miens ». Les possessions nous servent a cultiver et développer le sens de soi et que ce dernier s'étend a tous les objets ou êtres vivants contrôlés ou auxquels nous sommes attachés » (Darpy, 2012, p.4412).

Cette théorie peut s'appliquer aux séries télévisées, en considérant que la série se situe entre l'objet et l'être vivant. Objet car à la fois il s'agit bel et bien d'un produit ; être vivant car la série télévisée raconte l'histoire de personnages qui semblent parfois réels. Objet ou êtres vivants, le résultat reste le même, on s'y attache.

Ajoutons à cela que l'objet en tant qu'extension de soi participe à la construction de soi. La série télévisée devient donc un élément de construction à la fois émotionnel et psychologique.

C. La série socialise

1) La série en tant qu'outil d'intégration

La série télévisée est aussi un moyen de socialisation. J-P Esquenazi évoque ce pouvoir des séries qui créent des références communes entre individus, qui ont un centre d'intérêt commun, des sujets de discussion communs, ou même des façons d'agir communes en référence à la série suivie. La série crée du lien et devient un référent culturel.

Cet effet de socialisation est aussi étudié par Dominique Pasquier13 chez les adolescents. On peut citer la série, dire qu'on la regarde, ou la classer en tant que série préférée. Elle est ensuite une référence dans les styles vestimentaires ou dans les pratiques imitatives.

Dans une étude quantitative, Dominique Pasquier remarque cet usage particulier des séries par les jeunes pour quatre séries : Beverly Hills et Parker Lewis pour les jeunes provenant d'un milieu aisé ; Le prince de Bel-Air et Sauvés par le gong pour les jeunes d'origine défavorisée. Cette différence provient de deux critères. Pour que la série devienne sociale, elle doit correspondre a l'identité que le groupe souhaite se donner, et aux caractéristiques des personnes qui vont utiliser la série.

Dominique Pasquier explique alors ce clivage origine aisée / origine populaire de la façon
suivante : d'une part, Beverly Hills est centrée sur les histoires (généralement les malheurs)
que rencontrent des adolescents dont les parents sont fortunés, alors que le Prince de Bel

12 Comportement du consommateur, de Denis Darpy, Dunod, 3e édition, 2012

13 La culture des sentiments. L'expérience télévisuelle des adolescents, Dominique Pasquier, 1999

Air suit les aventures d'un jeune issu d'un milieu populaire qui emménage chez son oncle riche vivant à Bel Air ; d'autre part, Parker Lewis est une série un peu plus sophistiquée que Sauvés par le gong, usant toute sorte de gadgets, ce qui expliquerait la préférence des jeunes de milieu aisée pour celle-ci.

2) La série dans les tribus

L'institut d'étude Opinion Way identifie en 2004 les « TV addict » comme étant une tribu : (( Charmed, Buffy contre les vampires, Smallville, Urgences, Mutant X ou encore Alias, les membres de cette tribu aiment particulièrement les séries télé et fictions »14.

On peut même émettre la théorie que chaque série rassemble autour d'elle sa propre tribu.

(( La tribu est parfois en groupe primaire (des gens proches avec qui l'individu peut (( vivre des choses ») et parfois, un groupe d'identification (des gens avec qui l'individu n'a pas de contacts directs, mais dont ils partagent une même passion, les mêmes centres d'intérêt). » (Darpy, 2012, p.232).

Ce qui importe donc dans les tribus, ce sont les émotions vécues par les membres de ladite tribu.

Les séries racontant l'histoire, et faisant vivre des émotions, une expérience particulière, aux spectateurs qui les regardent, il paraît donc cohérent de parler ici de tribus lorsque l'on parle de spectateurs suivant une même série. À noter qu'un même individu peut appartenir à plusieurs tribus.

Il existe plusieurs degrés d'intégration à une tribu :

- l'adhérent : il participe aux activités institutionnelles, par exemple, une association

- le participant : il participe au rassemblement de la tribu

- le pratiquant : il pratique régulièrement les rituels et les activités de la tribu

- le sympathisant : ils partagent le même imaginaire que celui des membres de la tribu Le membre d'une tribu peut correspondre à un ou plusieurs de ces critères d'intégration.

On peut donc observer que la série joue le rôle de lien entre individus. Elle ne s'adresse pas uniquement à des individus isolés.

Ainsi les personnes appréciant une même série peuvent se retrouver de différentes façons. La série peut alors intervenir dans une simple conversation ; des personnes plus fans pourront créer des blogs ou des forums dont le sujet sera leur(s) série(s) préférée(s) ; certaines séries pourront même donner lieu à des regroupements physiques, voire des actions communes.

C'est le cas de la série Star Trek, autour de laquelle il existe de nombreux blogs et forums internet, des fanzines ou fanfics sont édités (fiction écrite par un fan autour de l'univers de la série). La série a aussi donné naissance à une convention officielle Star Trek annuelle où les fans se regroupent et peuvent voir les acteurs jouant dans leur série préférée.

14 Les tribus sous le microscope, Marketing Magazine N°91 - 01/12/2004 - Rita Mazzoli

Partie 2

La télévision : un lieu d'actions collectives traditionnel dont font partie les séries TV

Si les séries télévisées ont du succès, c'est aussi parce qu'elles sont ancrées dans un réseau où de nombreux acteurs sont appliqués. En effet, lorsqu'un spectateur regarde une série, il ne s'agit pas en fait pas d'un acte individuel mais d'un acte collectif, car il mobilise un réseau entier avec lui.

Pour comprendre cette notion de réseau nous allons, dans la suite de ce mémoire, faire appel a l'Actor Network Theory (ANT), traduit en français de différentes façon : « sociologie de la traduction », « sociologie de l'acteur réseau », ou encore « théorie de l'acteur réseau ». Ce concept à la fois anthropologique et sociologique a été principalement développé par les chercheurs de l'école des Mines Michel Callon, Bruno Latour et Madeleine Akrich, sans oublier John Law, principal théoricien anglo-saxon de l'ANT.

A. Les fondamentaux du réseau des séries télévisées

1) La définition de réseau d'après l'Actor Network Theory

L'ANT naît lorsque des chercheurs centrent leurs études sur l'émergence des faits scientifiques. Ces chercheurs observent que chaque fait est ancré dans une organisation composée d'éléments humains et d'éléments non-humains qui interagissent entre eux, et la notion de réseau devient clé dans cette analyse du « fait ».

« Reconstituer le réseau, c'est éviter de découper la question en tranches, c'est chaîner toutes les entités qui participent du problème. » 15 (p.135).

Soulignons l'intervention des éléments non-humains, constituant toute l'originalité de cette théorie : même des éléments techniques peuvent agir sur un réseau. C'est pourquoi, chaque entité constituante du réseau est nommée « actant » par Michel Callon16. Le mot « actant » permet ainsi de ne pas humaniser les entités étudiées du réseau, et d'accorder une importance égale aux intervenants humains et non-humains.

Du fait de sa forme hybride que l'on vient de décrire, le réseau est qualifié de « sociotechnique ».

Dans ce réseau se transmettent diverses informations (des messages, des faits, etc.) entre les différents actants. Ce sont les « inscriptions ». Ces inscriptions sont émises par les nombreux actants du réseau, et émergent de toute part. C'est pourquoi, a certains points du réseau, on retrouve des « centres de traduction ». Ces centres de traduction sont les lieux où

15 Les nouvelles approches sociologiques des organisations, Henri Amblard, Philippe Bernoux, Gilles Herreros, Yves-Frédéric Luvian, pp.127-140

16 Sociologie de l'acteur réseau, Michel Callon, Sociologie de la traduction. Textes fondateurs, Presses de l'Ecole des Mines, 16 novembre 2006

les inscriptions sont recoupées, combinées et évaluées. Et en fonction de leur analyse, les centres prennent des décisions stratégiques adaptées à la situation, décisions qui mobiliseront le réseau. C'est pourquoi ils sont le lien entre les différents actants du réseau. « De telles actions stratégiques ne sont possibles que parce que le réseau sociotechnique existe fournissant les lignes d'action possibles et autorisant leur accomplissement. L'action et le réseau sont ainsi les deux faces d'une même réalité : d'oü la notion d'acteur-réseau. )) (p. 270)17.

2) Le rôle de la télévision dans le réseau : mobilisation d'un lieu d'actions collectives traditionnel

Chaque fait s'inscrit donc dans un réseau. Aussi actifs qu'ils peuvent être, les actants d'un réseau sont généralement invisibles. On dit que cette activité collective que constitue le réseau est mise dans une boîte noire.

Dans le cas des séries télévisées, l'action collective est enfermée dans la boîte noire que représente la télévision, considéré comme un artéfact des interactions du réseau. Pour justifier la définition de la télévision comme un artéfact, on reprendra la définition de l'automobile comme artéfact d'après M. Callon « L'automobile [....] permet a tout moment de mobiliser un grand nombre d'éléments hétérogènes qui participent de manière active, silencieuse et invisible au transport du conducteur )) (p.271). De la même façon, la télévision mobilise une action collective de façon « silencieuse et invisible )) pour divertir le téléspectateur.

La télévision fait donc le lien entre le public et le reste des actants du réseau. Et la télévision permet de mettre en marche ce réseau à tout moment de la journée, sans quoi le réseau ne pourrait survivre, car c'est son public qui permet au flux financiers de circuler.

La télévision est aussi l'artéfact de ce qu'on peut appeler un lieu d'actions collectives traditionnel. Car la partie du réseau que la télévision mobilise autour d'elle a un mode de fonctionnement qui a trouvé son modèle et qui n'évolue presque plus. Mais on le verra en troisième partie, cette partie du réseau dit traditionnel n'est plus seule.

Mais cela ne veut pas dire que la télévision et le réseau qui l'accompagne n'a pas innové depuis sa création. D'ailleurs, comme on l'a vu en première partie de ce mémoire, ce sont les innovations apportées par cette technologie qui marquent les deux premiers âges d'or américains de la télévision.

En effet, le premier âge d'or correspond a la forte hausse du taux d'équipement des ménages en télévisions, dans les années 1950. On peut donc corréler ce premier âge d'or a l'apparition de la télévision elle-même.

Quant au deuxième âge d'or, on l'associe a la création de la télécommande, du magnétoscope et du câble, qui sont des innovations faisant suite à la télévision, et qui connaissent une forte expansion dans les années 1980.

Cette association du réseau à la télévision depuis plus de soixante ans permet donc de qualifier la télévision comme étant son artéfact historique.

17 Sociologie de l'acteur réseau, Michel Callon, Sociologie de la traduction. Textes fondateurs, Presses de l'Ecole des Mines, 16 novembre 2006

3) La chaîne : le principal centre de traduction

Dans le réseau qui se cache derrière la télévision et lui donne naissance, un type d'actant joue un rôle central : la chaîne de télévision. Son rôle est clé, puisque la chaîne est le principal centre de traduction de ce réseau, et réunit les inscriptions essentielles de ce réseau : les programmes de télévisions (émis par les producteurs), la publicité (proposée par les annonceurs), les chiffres d'audience (que produisent les téléspectateurs et qui sont communiqués par les instituts d'étude).

Callon définit la traduction en quatre phases : la problématisation, l'intéressement, l'enrôlement, et la mobilisation.

La traduction procédée par la chaîne mènera ces inscriptions vers une double problématisation18 qui influencera ses prises de décision.

La première problématisation portera sur les programmes qu'elle sélectionnera ou produira (parmi eux, les séries télévisées) : quels programmes choisir pour augmenter mon audience ? La chaîne convaincra ensuite des producteurs de l'intérêt qu'ils ont dans cette problématisation (phase d'intéressement), puis le producteur s'entourera de nouveaux actants qui rejoindront à leur tour le réseau pour répondre au besoin de la chaîne (phase d'enrôlement).

La deuxième problématisation porte sur le coût auquel elle vendra ses espaces publicitaires en fonction du taux d'audience qu'elle estime : à quel taux d'audience est-ce que j'estime ce programme, et à quel coût vendre mon espace publicitaire associé au taux d'audience de ce programme ?

La chaîne repasse alors par les mêmes phases précédemment évoquées. Pour la phase d'intéressement, elle doit convaincre les agences média qu'elles ont intérêt a acheter de l'espace publicitaire pour leurs clients, en s'appuyant sur les chiffres d'audience. Lors de la phase d'enrôlement, les agences média apporteront leur portefeuille de clients à la chaîne, et travailleront en partenariat avec des instituts d'étude.

Précisons que cette partie du réseau qui tourne autour du centre de traduction qu'est la chaîne, est un lieu d'actions collectives que l'on nommera traditionnel dans la suite de ce mémoire ; de même, les actants de cette partie du réseau seront qualifiés de traditionnels. Dans la suite de cette deuxième partie, on décrira en détail les mécanismes mis en place qui mobiliseront les actants traditionnels.

B. Première problématisation de la chaîne de télévision : satisfaire le

téléspectateur - la production ou l'achat de la série télévisée

La première problématisation de la chaîne est d'obtenir de bons scores d'audience. Pour cela, elle doit diffuser ou produire des programmes qui attitreront le plus grand nombre. Pour comprendre le processus de production de programmes, on restera focalisé sur les séries télévisées, qui sont des programmes attractifs pour les chaînes de télévision comme le

18 METHODS FOR RE-IMAGINING SOCIAL TOOLS IN NEW CONTEXTS Clare J. Owens, David E. Millard, Andy Stanford-Clark, University of Southampton & IBM, UK

montre le tableau ci-dessous sur la structure des soirées de fiction par chaîne en France. Les séries télévisées sont donc préférées aux fictions unitaires pour les raisons déjà développées en première partie de ce mémoire, et sur lesquelles on ne reviendra pas.

Figure 1 La diffusion de la fiction à la télévision en 2011, CNC p.22

1) La demande : la chaîne de télévision est la première cliente de la série

Dans le terme série télévisée, le mot « télévisée » tient une place centrale. Car comme son nom l'indique une série télévisée est conçue spécialement pour être diffusée sur le petit écran. Ce sont donc les chaînes de télévision qui sont commanditaires de la série. C'est pourquoi dans l'analyse des actants traditionnels que la télévision mobilise autour d'elle, on commencera par l'étude des chaînes de télévision, en tant que point de départ.

a) Formulation du besoin

Une chaîne repose sur cinq piliers permettant de gérer son activité quotidienne : - le directeur d'antenne

- les unités artistiques de programme

- la direction de la production

- la régie de diffusion

- La programmation

Pour décrire l'organisation d'une chaîne, Marie Lherault et François Tron (2010)19 utilisent l'image du voilier pour métaphore.

19 L'analyse des actants traditionnels sera essentiellement basée sur les informations fournies par l'ouvrage La télévision pour les nuls, de Marie Lherault et François Tron, Ed. First Gründ, 2010

« Une chaîne est un immense voilier qui se barre à l'aide de plusieurs copilotes : des équipiers expérimentés ayant chacun une spécialité, les directeurs d'unités de programmes, les vigies qui étudient les flux et du courant-direction des études et du marketing-, un bon navigateur qui choisit les routes les plus favorables, le programmateur. La direction de la Production s'apparente à un armateur qui contrôle en permanence le tonnage pour prendre le meilleur vent sont trop données de gîte. » p. 80.

Les unités artistiques de programmes sont des équipes organisées par genre. Il y aura, par exemple, une équipe dédiée à la jeunesse, une autre dédiée à la fiction, ou encore aux achats de films et de séries, etc. chacune de ces équipes est experte dans son domaine.

Ce sont ces unités de programmes qui formuleront le besoin de la chaîne. Elles définissent une ligne éditoriale qu'elles vont faire connaître aux producteurs partenaires.

b) Développement d'une série

Un brief artistique et financier est alors défini, un appel d'offres est lancé auprès des producteurs.

A l'inverse, la chaîne, sans appel d'offre ou sans brief particulier, peut recevoir des propositions de scénarios.

Le projet va généralement être présenté a la chaîne au cours d'une réunion, dans laquelle le scénariste ou le producteur a environ dix minutes pour convaincre. Cette présentation du projet est un « Pitch », qui doit décrire, selon Ellen Sandler, une scénariste de CBS et NBC 20 : le décor, ce à quoi aspire le personnage principal et qui le conseil pour l'aider a réaliser ses désirs, quels sont les risques et les moments décisifs.

Dans le système américain, une fois que le pitch est sélectionné, un synopsis sera demandé, qui décrira plus en détail l'histoire de la série, ses personnages, la situation. Et parmi ces synopsis, la chaîne en sélectionnera quelques-uns, pour lequel un scénario « pilote » est écrit, c'est-à-dire le scénario d'un premier épisode.

Si le projet plaît a la chaîne, l'épisode « pilote » est tourné (une pratique coûteuse, peu répandue en dehors des Etats-Unis). Cet épisode pilote permet de prévisualiser ce à quoi ressemblera la série, donnant ainsi une meilleure vision sur le projet que sur sa version « papier ~. Ce pilote sera ensuite diffusé auprès d'un groupe test. Chacun des membres de ce groupe est alors équipé d'un boîtier qui permettra de mesurer leur degré de satisfaction tout au long de l'épisode. A la fin c'est ce groupe qui annoncera la sentence. En fonction de l'attrait exprimé pour la série, le projet sera accepté, ajusté en fonction des remarques (supprimer un personnage par exemple), ou refusé. La partie n'est donc pas gagnée une fois le pilote tourné, puisque « un network achète 25 scripts de comédie, en tourne 12 comme pilote, et n'en retient que 2 parmi ces 12. »21

Une fois que le pilote est validé (pour les Etats-Unis), la série peut être mise en production.

20 D'après "The TV Writer's Workbook." repris par le site How stuff work, dans l'article How Getting Your Show on TV Works http://electronics.howstuffworks.com/tv-pitching1.htm

21 How Getting Your Show on TV Works, How stuff work http://electronics.howstuffworks.com/tvpitching1.htm

En France, le processus va être différent. La pratique des pilotes n'étant pas adaptée au budget inférieur des chaînes, c'est lorsque le scénario est validé par la chaîne qu'un projet est sûr de naître.

Dans tous les cas, la chaîne aura toujours son mot à dire sur les séries en cours de développement.

2) Le processus de production

a) A la tête de la production

Le producteur est un (( petit entrepreneur qui rassemble des talents, des moyens financiers pour fabriquer un (( prototype » »22.

C'est donc un pari que le producteur fait lorsqu'il investit dans un projet. Si son pari ne trouve pas d'audience, il risque de ne pas avoir sa place dans les grilles de programmes des chaînes pendant plusieurs mois.

Aux Etats-Unis, on fait la distinction entre deux types de producteurs :

- Les majors studios : ils ont leurs propres structures de production, leur permettant d'assurer des productions lourdes. Le personnel est aussi employé a l'année. Warner Bros et Disney en sont des exemples.

- Les independents : leurs structures sont légères. Pour les tournages, ils sous-traitent
les infrastructures techniques. Pour exemple, on peut citer MTM et Aaron Spelling.

Mais celui qui tiendra une position centrale dans la production, lorsque le projet d'une série télévisée est mis en marche, c'est le showrunner, qui va en être le chef d'orchestre.

Le métier de showrunner est une création américaine, qui n'est pas encore arrivée en France. (( Sorte de superproducteur, il supervise l'écriture, recrute les comédiens et les équipes techniques, s'installe en salle de montage et détient le précieux «final cut». Il est, en outre, l'unique interlocuteur de la chaîne ayant acheté la série. Le réalisateur ne fait que passer pour assurer le bon déroulement du tournage »23.

Le showrunner, pouvant aussi être le créateur de la série, assume donc la double casquette de producteur et de réalisateur - même si ces derniers existent bel et bien dans la chaîne de production, de façon plus effacée.

A la fois artistes et gestionnaires pointus, eux-seuls peuvent expliquer leur métier difficile à comprendre. Dans une interview accordée à The Hollywood Reporter, les showrunners s'expliquent :

(( Matthew Weiner: Je dis aux gens que je suis scénariste - chef scénariste, parfois. Je leur dis qu'en fait mon boulot est de superviser l'écriture du scénario et de vérifier tous les aspects physiques de la production, du casting au montage et au mixage du son. Sur chaque production, des centaines de personnes travaillent ensemble et je me considère comme celui qui donne la tendance de la série.

22 La télévision pour les nuls, de Marie Lherault et François Tron, Ed. First Gründ, 2010

23 Les séries se taillent désormais la part du lion dans les programmes télévisés, Le nouvel économiste, Journal numérique, 16/11/2011 http://www.lenouveleconomiste.fr/tv-success-stories-12768/

Jenji Kohan: Nous sommes des agents de recrutement. On recrute les scénaristes. On recrute le personnel. On recrute les responsables de chaque département. Il faut une certaine compétence pour savoir qui va convenir à chaque poste. » 24

La supervision de l'écriture étant un axe central du métier de showrunner, voyons de plus près qui sont les scénaristes.

b) Les scénaristes, le coeur de la série

Un projet de série est aussi le fruit du travail des scénaristes. Ils ont, littéralement, la vie de la série entre leurs mains, puisque ce sont eux qui vont inventer les aventures des personnages. Ils travaillent en équipe. Cette méthode de travail de groupe est généralisée aux Etats-Unis. Entre huit et vingt scénaristes peuvent travailler sur une seule série.

Le travail peut être réparti de différentes manières : une personne peut être chargée de l'évolution d'un seul personnage, certains vont uniquement travailler sur l'écriture des dialogues comiques, tandis que d'autres vont être chargés de vérifier que la forme que prend un épisode sera bien adaptée aux coupures publicitaires etc.25

C'est cette technique qui est adoptée par les scénaristes travaillant sur Plus belle la vie, qui sont répartis sur trois équipes : séquences, dialogues, équipe littéraire. Cette méthode est indispensable pour la production d'un feuilleton quotidien.

Ainsi, l'équipe de Plus belle la vie arrive à soumettre cinq épisodes par semaine, trois mois avant leur diffusion.

Le travail en équipe étant courant aux Etats-Unis, on comprend alors mieux pourquoi la supervision par le showrunner est indispensable, chacun devant se coordonner selon une « tendance ~, si l'on reprend le terme de Matthew Weiner mentionné plus haut. Des allerretours ont alors lieu entre les scénaristes, le showrunner, qui aura des échanges avec la chaîne. Si la chaîne n'est pas satisfaite, elle peut refuser un script, voire demander au producteur de changer de scénariste. Cette insatisfaction peut être le fait de contraintes économiques, d'incompatibilité avec les horaires de diffusion, ou avec la ligne éditoriale de la chaîne.

Les séries dépendent d'autant plus fortement des scénaristes aux Etats-Unis, que ces derniers sont tous syndicalisés auprès de la Writer's Guild of America. Les chaînes ont d'ailleurs été confrontées a deux crises majeures dues a des grèves de scénaristes.

La grève la plus longue menée par les scénaristes jusqu'à ce jour s'est déroulée en 1988. Pendant vingt-deux semaines, les scénaristes ont protesté pour réclamer une rémunération sur la vente des cassettes VHS et des produits dérivés des séries.

La deuxième grève des scénaristes la plus longue est celle qui a démarré le 5 novembre 2007 et qui s'est achevée le 12 février 2008. L'objet de cette grève, qui a duré plus de trois mois, était de réclamer plus de droits d'auteur sur les recettes liées a la diffusion en DVD et sur internet.

24 http://seriestv.blog.lemonde.fr/2009/07/16/showrunners-les-vraies-stars-dhollywood/

25 Les séries télé pour les nuls, Marjolaine Boutet, Editions Générales First 2009, p.327

c) Les acteurs, liens fondamentaux entre la série et le public

En France, on différencie les « acteurs », qui jouent au cinéma, des « comédiens », qui eux jouent à la télévision, contrairement aux Etats-Unis oü l'on ne fait pas la différence entre les deux. En effet, le cinéma et la télévision sont des milieux qui ne se mélangent que très rarement en France.

Les comédiens restent cependant des personnalités populaires, puisque les séries télévisées retiennent entre six et onze millions de téléspectateurs par semaine.

Les comédiens sont d'ailleurs si populaires que l'on associe souvent leur image à celle du personnage de fiction joué souvent plusieurs années. Et ces personnages, au fil des années, deviennent des symboles de la chaîne qui les diffuse, au point que cette dernière ne veut généralement pas céder de rediffusion aux autres chaînes.

3) La série peut aussi être achetée

Au lieu d'être développée par la chaîne, la série peut être directement achetée, comme un « produit fini ~. C'est la pratique générale des chaînes françaises, qui achètent la plupart de leur série directement auprès des maisons de production américaines.

a) Un prix d'acquisition abordable

Cette pratique est particulièrement avantageuse, tout d'abord parce qu'elle est intéressante financièrement.

Un épisode d'une série américaine coûte entre 2 et 4,5 millions26 de dollars pour être produit. Or, une chaîne française peut acquérir un épisode de série américaine à un prix faible comparé à son coût de production : entre 50 000 et 200 000 €27 pour un blockbuster comme Mentalist. Ce prix varie en fonction de l'épisode et de l'horaire auquel il est diffusé. Or, lorsqu'une chaîne française décide de produire sa propre série, un épisode peut lui coûter entre 500 000 et 950 000€28, ce dernier montant correspondant au coût de production de séries comme Braquo et Mafiosa, qui ne sont pas représentatives de l'ensemble des séries françaises, puisqu'elles bénéficient d'une enveloppe budgétaire supérieure par rapport à la moyenne.

b) Des audiences élevées assurées

De plus, en faisant l'acquisition d'une série américaine, une chaîne française s'assure une audience confortable.

26 Les séries se taillent désormais la part du lion dans les programmes télévisés, Le nouvel économiste, Journal numérique, 16/11/2011 http://www.lenouveleconomiste.fr/tv-success-stories-12768/

27 Les séries se taillent désormais la part du lion dans les programmes télévisés, Le nouvel économiste, Journal numérique, 16/11/2011 http://www.lenouveleconomiste.fr/tv-success-stories-12768/

28 Les séries se taillent désormais la part du lion dans les programmes télévisés, Le nouvel économiste, Journal numérique, 16/11/2011 http://www.lenouveleconomiste.fr/tv-success-stories-12768/

Figure 2. Source : La diffusion de la fiction à la télévision en 2011, CNC (p.36)

Comme en témoigne le tableau ci-dessus, le top 5 des fictions diffusées par les cinq chaînes publiques est généralement atteint par des séries américaines en 2011 (11 séries américaines au total sont présentes dans le top 5 de chaque chaîne).

Et si l'on se réfère au top 100 des audiences en 2010 communiqué par Médiamétrie, 64 programmes sont des fictions, et parmi eux, 57 sont américaines (les fictions mélangeant téléfilms et séries télévisées). En 2009, ce chiffre étaient supérieur : les fictions américaines étaient au nombre de 64 dans ce palmarès29.

L'avantage d'acquérir et de diffuser des séries américaines étant double, avec un rapport audience/prix défiant toute concurrence, les chaînes sont sont donc de plus en plus friantes de diffuser ces programmes. Le tableau ci-dessous récapitulant la structure des soirées de fiction par chaîne et par nationalité en témoigne.

29 Télévision française. La saison 2011. Une analyse des programmes du 01/09/09 au 31/08/2010.

Figure 3 La diffusion de la fiction à la télévision en 2011, CNC, p.25

Même si la part des séries américaines est en légère baisse dans la grille des programmes de soirée en 2011 par rapport a 2010 (sauf pour M6), l'empreinte américaine reste très marquée, et même dominante sur les chaînes privées (sauf Arte).

Une fois la série produite ou achetée, il est temps de la diffuser. C'est le succès d'une série en termes d'audience qui pourra résoudre la deuxième problématisation de la chaîne : les recettes publicitaires.

C. Deuxième problématisation de la chaîne de télévision : satisfaire l'annonceur - la diffusion de la série télévisée

Une fois a l'antenne, la série métamorphose le rôle de la chaîne. Elle n'est plus cliente mais fournisseur « du temps de cerveau disponible ».

1) La gestion de l'espace publicitaire

a) La programmation

La programmation tient une place stratégique dans la chaîne. Si bien que les programmateurs font partie de la direction de l'antenne.

C'est le programmateur qui détient la grille de programmation. Cette grille est divisée en cases horaires, auxquelles sont attribués différents programmes, entre autres les séries.

Ce métier fait face à plusieurs contraintes. Un programmateur doit pouvoir planifier ses grilles en fonction des programmes qu'il a a disposition, de la population qui forme

l'audience en fonction des horaires, tout en essayant de maximiser le prix des espaces publicitaires qui peuvent être vendus sur chaque case. Par ailleurs, il doit aussi être capable de s'adapter aux changements ou imprévus que subissent les programmes, telle que l'annulation d'une série.

Il est important d'apporter quelques précisions sur les programmes dont disposent les programmateurs. En effet, de fortes contraintes sont liées à ces programmes. Contractuellement, la chaîne doit respecter un certain quota de diffusion (qui peut être compté en heures) avec par exemple un nombre limité à une rediffusion. Mais la principale contrainte est celle du coût que représente un programme. Car les programmateurs doivent aussi faire attention à ne pas dépasser les budgets de diffusion prévus par la chaîne. Ainsi, des coûts moyens sont attribués aux cases, permettant ainsi de corriger les dépassements, le cas échéant.

De même, les programmateurs doivent être capables de proposer un produit attirant par rapport à ce qui est proposé au même moment sur les chaînes concurrentes, dans le but d'attirer le plus d'audience possible. C'est d'ailleurs pour cette raison que les grilles de programme prévisionnelles ne sont révélées que très tardivement. Car les chaînes ne peuvent pas se permettre de laisser leurs rivales connaître leur contenu, et leur donner ainsi l'occasion de contre-attaquer.

b) Connaître son audience : le rôle des baromètres

Pour connaître la performance d'un programme, des instituts d'études sont spécialisés dans la mesure des audiences télévisées. La référence en France est Médiamétrie, et aux EtatsUnis, Nielsen.

L'indicateur principal est la part d'audience (ou part de marché). « Il s'agit de la part que représente le volume d'écoute d'un média (chaine de télé, station de radio, etc.) dans le volume d'écoute global. La PDA d'une émission est le rapport du nombre moyen de spectateurs devant le programme au nombre moyen de spectateurs devant le média pendant le même moment » 30.

Ces mesures sont faites a partir d'un échantillon représentatif de la population. Chaque foyer participant a ces mesures est équipé d'un boîtier relié au téléviseur. Ce boîtier est ainsi directement informé de la chaîne regardée, et des changements de chaînes s'il y en a, sans que le spectateur n'ait a le déclarer. Le boîtier est aussi relié a une télécommande, laquelle permet aux membres du foyer de faire connaître a partir de quel moment il est a l'écoute de la télévision, et a quel moment il abandonne l'écoute. Chaque membre du foyer a donc un bouton sur la télécommande qui correspond à son profil.

Ces instituts prennent aussi en compte le visionnage de programmes en différé (depuis 2005 aux Etats-Unis et depuis 2011 en France).

En analysant la performance de leurs programmes, les chaînes peuvent savoir s'ils ont tenu leur promesse vis-à-vis de leurs autres clients : les annonceurs.

30 http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9diam%C3%A9trie#R.C3.A9sultatspourl.27ann.C3.A9e2011

2) Les annonceurs : l'autre client a satisfaire

Les recettes publicitaires sont une source de financement indispensable pour les chaînes. On estime qu'elles représentent entre 90 % et 55 %31 de leur chiffre d'affaires (pour les chaînes françaises) ; elles génèrent donc l'essentiel du revenu d'une chaîne.

Pour les séries télévisées, les annonces vont prendre deux types de forme de présence : le spot publicitaire (coupure publicitaire) et le placement de produit (dans le programme luimême).

a) Coupure publicitaire

Diffuser de bons programmes qui vont attirer de l'audience, c'est donc attirer l'investissement des annonceurs, puisque ces derniers vont faire leur choix d'achat d'espaces de façon quantitative (être vu par le plus grand nombre) et qualitative (être vu par sa cible) pour intégrer leurs spots. En d'autres termes, le choix d'un espace publicitaire est fonction du programme diffusé (est-ce qu'il correspond a la cible du diffuseur ?), et de la case horaire correspondante (est-ce qu'il y aura suffisamment de monde devant le poste de télévision à ce moment ?).

Les coupures publicitaires sont de l'achat d'espace. Cet achat passe généralement par des agences média. Elles permettent de mettre en relation la chaîne avec tout un réseau d'annonceurs. Ceci permet aux annonceurs de se fier a l'avis de spécialistes qui leurs permettraient de réaliser un achat d'espace qualitatif, ainsi que d'obtenir de meilleures négociations de prix d'achat.

« Ce sont des entreprises spécialisées, originellement dans l'achat d'espace (les agences médias sont issues des centrales d'achat), et dont la création a répondu au besoin croissant des annonceurs de rationaliser leurs achats d'espace et de négocier de façon groupée les budgets de leur différentes marques. Les centrales d'achat se sont donc installées dans le paysage en se dédiant a l'achat d'espace et a la négociation avec les médias, puis elles ont progressivement intégré des prestations de stratégie médias, de moins en moins couvertes par les agences de publicité. » p. 611 (Publicitor)32.

Si l'on se réfère au Publicitor33, les spots publicitaires représentent 95% des recettes publicitaires a la télévision. C'est donc encore le format dominant.

Le média télévision a pour avantage de couvrir une grande partie de la population. Ainsi, un français passe en moyenne 15% de son temps devant la télévision (ce temps incluant le jour et la nuit). De plus, grâce aux instituts mesurant les audiences télévisées, les chaînes ont une très bonne connaissance de leur audience, ce qui permet un ciblage en fonction des caractéristiques des spectateurs et de leurs centres d'intérêt (déduit du programme regardé).

31 La télévision pour les nuls, de Marie Lherault et François Tron, Ed. First Gründ, 2010

32 Publicitor, Jacques Lendrevie, Arnaud de Baynast, Catherine Emprin, 7e éd. Dunod, Paris, 2008

33 Publicitor, Jacques Lendrevie, Arnaud de Baynast, Catherine Emprin, 7e éd. Dunod, Paris, 2008

Néanmoins, la multiplication des chaînes (notamment avec le câble) contribue à la fragmentation de l'audience, diluant ainsi les investissements publicitaires.

De plus, les téléspectateurs ont l'impression de subir les coupures publicitaires à la télévision. Le spot publicitaire télévisé est donc associé à un moment désagréable.

Cela mène les annonceurs à faire appel à de nouveaux modes de communication à la télévision.

b) Placement de produit un modèle à suivre ?

Parmi ces nouveaux modes de communication en expansion utilisés par les annonceurs, on retrouve le placement de produit.

L'avantage de ce mode de communication est que la marque ne donne pas (ou moins) l'impression de s'imposer auprès du spectateur. D'après Pro.p.ag.anda, agence de placement de produit : « Le placement de produits n'est pas et ne sera jamais une opération d'achat d'espace publicitaire. On place une marque ou un produit en situation réelle en l'intégrant dans une histoire, dans une action. La légitimité et la force du placement sont liées au fait qu'il intègre le produit dans le film et non qu'il adapte le film au produit. » (Publicitor, p.303).

Cette pratique est déjà très répandue dans les séries américaines. Il est difficile d'obtenir des chiffres sur cette façon de communiquer, et son coût est estimé entre 3000 et 200 000 €34.

Figure 4 Subway dans la série Chuck Figure 5. Apple dans la série Dr House

Cela peut varier en fonction de plusieurs éléments : si la marque du produit est simplement mentionnée par un personnage, si le produit fait son apparition, ou si la marque a droit, en plus de cela, a un discours promotionnel de la part du personnage. L'article Série Télévisée : où en est le placement de produit en France ? du Nouvel Observateur, datant du 10 décembre 2011, donne plusieurs exemples de type de placements de produit35.

34 L'art délicat du placement de produits, Iris Mazzacurati (Studio Ciné Live), publié le 19/11/2010 http://www.lexpress.fr/culture/cinema/l-art-delicat-du-placement-de-produits937555.html

35 Séries télé : où en est le placement produit en France ? Amandine Prié, Le Plus Nouvel Obs, 10/12/2011 http://leplus.nouvelobs.com/contribution/221594-series-tele-ou-en-est-le-placement-produit-en-france.html

Si le placement de produit paraît moins intrusif qu'un spot publicitaire, il peut être difficile a intégrer, car ceci nécessite un travail d'harmonisation avec le scénario. Les scénaristes américains peuvent témoigner de cette difficulté :

(( Comment gérez-vous les nouvelles exigences de la pub et du marketing à la TV ?

Jacobs: C'est un problème délicat qu'il faut surveiller de près. Je me souviens que la Fox avait passé un accord avec ITunes pour préciser aux téléspectateurs qu'ils pouvaient acheter en ligne la bande originale de la série. On a laissé les gens découvrir les choses, on n'a pas essayé de leur faire de la retape.

Weiner: Les relations avec les annonceurs ont toujours été sensibles. Je pourrais vous citer des tas d'exemples où les annonceurs ont eu la peau d'une série. Faire une série centrée sur le monde de la pub est assez paradoxe. Mais je n'admets pas qu'on vienne me dire quel type de produits doit être présenté. Si vous laissez faire ça, vous risquez de faire dérailler votre histoire.

Rhimes: Nous n'avons pas vraiment réfléchi à l'intégration de produits. Mais cela serait difficile à faire dans notre série. On est tout le temps en train de soigner des patients ou d'opérer. Les personnages sont rarement chez eux. Je me moque de savoir quel dentifrice utilise Meredith. Je doute qu'elle dise un jour combien elle adore se brosser les dents avec du Colgate. »36

Bien qu'autorisé depuis 2010 par le CSA, la législation concernant le placement de produit reste assez stricte en France, ce qui limite son développement.

Les programmes télévisés autorisés à utiliser ce procédé sont les oeuvres cinématographiques, fictions audiovisuelles et clips, sauf si ces derniers sont destinés aux enfants.

Lorsqu'un placement de produit est inséré, le téléspectateur doit en être informé par un pictogramme, qui apparaît pendant une minute : au début du programme, après chaque coupure publicitaire et à la fin du programme pendant toute la durée du générique. Par ailleurs, les chaines doivent aussi informer de façon (( régulière » de la signification du pictogramme en diffusant un bandeau énonçant que : (( Ce programme comporte du placement de produit. »

Pourtant, financièrement, le placement de produit est avantageux, car il permet à une série, dès sa phase de production, d'obtenir un apport d'investissement. Cela permet aussi a la marque qui place un produit d'investir dans une sorte de spot qui sera diffusé autant de fois que l'épisode sera diffusé, soit lors de rediffusion, d'exportation a l'étranger, ou de visionnage en DVD.

36 http://seriestv.blog.lemonde.fr/2009/07/16/showrunners-les-vraies-stars-dhollywood/

Le placement de produit est donc en plein développement. Mais ce n'est pas pour autant qu'il remplacera le spot traditionnel, car les objectifs du placement de produit ne sont pas les mêmes. Une marque « placée » aura ainsi plutôt un impact d'image alors qu'un spot aura un impact de ventes.

L'exemple de Subway : quand le placement de produit sauve une série

En 2009, la série Chuck risque d'être annulée à la fin de sa deuxième saison. Cette rumeur suscite la mobilisation de fans qui se réunissent par le biais du forum Television without pity37. Ces fans remarquant que la marque Subway est souvent placée dans Chuck, ils décident de lancer un appel à toutes les personnes souhaitant voir la série continuer : aller acheter un Footlong (produit star de la chaîne de restaurant) chez Subway le soir de la diffusion du dernier épisode de la saison. Cette vaste campagne de sauvetage portera le nom de « Finale & Footing ».

Subway, voyant cette forte mobilisation, fait un apport d'investissement pour le retour de la série, et bénéficiera en contrepartie d'« une intégration significative dans la série en plus de la publicité traditionnelle » 38

D. Deux problématisations interdépendantes

1) Quand les deux problématisations sont résolues

a) La durée de vie de la série est prolongée sur le petit écran

Quand le succès est au rendez-vous pour une série, on la prolonge sur une nouvelle saison, car elle devient une valeur sûre : elle attire de l'audience et attire les annonceurs en conséquence. Son audience étant fidélisée, il sera normalement aisé de la faire revenir sur une saison suivante.

La série peut aussi multiplier les chaînes sur lesquelles elle est diffusée.

Pour multiplier ces canaux, il existe le principe de la rediffusion. Aux Etats-Unis, pour pouvoir utiliser ce procéder, les séries doivent atteindre leur 100e épisode avant d'être rediffusées sur leur marché local. Cela s'appelle la « syndication », selon quoi les séries sont rediffusées « par paquet ~ d'épisodes sur des chaînes spécialisées39.

Si les producteurs ne veulent pas attendre la syndication pour multiplier les chaînes de
diffusion, ils peuvent se reporter sur la vente de droits de diffusion aux chaînes étrangères,

37 http://www.michaelpierlovisi.me/post/6245893669/series-tv-le-pouvoir-aux-fans

38 NBC renews 'Chuck,' embraces Subway money, Daniel Fienberg, Hitfix, 09/11/2009 http://www.hitfix.com/articles/nbc-renews-chuck-embraces-subway-money

39 Les séries télé pour les nuls, Marjolaine Boutet, Editions Générales First 2009, p.327

ce qui peut être une alternative particulièrement intéressante, avec un modèle de rentabilité rapide. C'est par exemple le cas des Experts, qui s'est vendu dans plus de 100 pays40.

Le spin-off ou la série dérivée est une autre technique qui permet de prolonger la série. Elle est une sorte de dédoublement d'une série a succès.

Le spin-off consiste en la reprise d'un concept de série, que l'on transpose dans un contexte un peu différent, pour le mettre en parallèle avec la série originale de laquelle il est tiré. C'est le cas par exemple de la série Les Experts (qui se déroule originellement à Las Vegas) qui donnera naissance aux spin-off Les Experts : Miami et Les Experts : Manhattan.

La série peut aussi être dérivée a partir du départ d'un personnage de la série originale. On peut alors regarder la suite des aventures de ce personnage. Ainsi, Angel raconte la suite de l'histoire du personnage portant le même nom, qui était l'un des héros de la série Buffy contre les vampires.

Dans cette pratique du spin-off, la série Beverly Hills 90210 (abrégée Beverly Hills en France) qui commence en 1990 est même qualifiée de « franchise »41. Ainsi, Melrose Place (démarrée en 1992) reprend la suite d'un personnage non récurrent (Jake) de Beverly Hills. De même, Models Inc. (démarrée en 1994) se centre sur Hillary, directrice d'une agence de mannequin apparue à la fin de la deuxième saison de Melrose Place. En 2008, 90210 fait son apparition. Elle récupère le concept de Beverly Hills et remet en scène une bande de lycéens, avec l'intervention de quelques anciens personnages de Beverly Hills (la série originelle). Enfin, on tente de relancer Melrose Place en 2009 (sans en changer le nom cette fois-ci), qui se situe au même endroit, mais avec des personnages différents.

La dernière pratique permettant de prolonger la durée de vie d'une série est celle du remake. Cela consiste en la reprise d'un scénario original et de le réadapter, pour une diffusion plus appropriée au niveau local par exemple. Dans cette pratique, Ugly Betty et Le destin de Lisa sont des adaptations respectivement Américaine et Allemande de la colombienne Yo soy Betty, la fea.

b) La série fait l'objet de commercialisation de produits dérivés

Le principal produit dérivé est la commercialisation de la série elle-même en DVD. La fiction établit en effet les meilleurs chiffres de vente de DVD « hors film », avec 64,1 % des ventes en volumes des DVD hors film (lui-même représentant 36,1% du marché) en 201142.

En dehors du DVD, la série télévisée fait l'objet de vente de toute sorte de produits dérivés. Cela peut être des tee-shirts, des porte-clefs, le générique sous la forme de sonneries de portable, etc.

40 Pourquoi l'industrie des séries TV ne connaît pas la crise, L'expansion, Gaétan Supertino - publié le 06/10/2011 http://lexpansion.lexpress.fr/economie/pourquoi-l-industrie-des-series-tv-ne-connait-pas-lacrise264254.html

41 http://en.wikipedia.org/wiki/BeverlyHills,90210franchise#MelrosePlace

42 Le marché du DVD a perdu 15 millions d'unités en un an, zdnet, 08/02/2012 http://www.zdnet.fr/blogs/digital-home-revolution/le-marche-du-dvd-a-perdu-15-millions-d-unites-en-un-an39768389.htm

L'intérêt de la vente de produit dérivé est double : d'une part, il génère un revenu lié a la vente de ces produits ou la vente du nom de la série sous forme de licence exploitable par des fabricants de produits dérivés ; d'autre part ils sont un support de communication pour la série télévisée.

c) La série change d'écran : adaptation au cinema

Les séries à succès peuvent aussi être adaptées au cinéma. La série devient alors un film, voire une série de films.

Drôle de dames sera adaptée au cinéma dans Charlie et ses drôles de dames en 2008, de même pour la série animée française Les Lascars en 2009.

Si ces adaptations rencontrent une popularité forte, on assiste a la production d'une suite de films. En témoignent les deux longs métrages adaptés de Sex and the City, et Missions : impossible qui a été adapté au cinéma par quatre fois.

2) Si la mobilisation de la première problématisation n'est pas suffisante pour résoudre la deuxième

Si la chaîne se rend compte qu'une série ne réunit pas suffisamment d'audience pour que cela soit intéressant pour la vente de ses espaces publicitaires, elle annule cette série. Le téléspectateur est donc le seul juge de l'avenir d'une série, en particulier pour les séries américaines. Car bien que ces dernières génèrent des recettes liées à leurs exportations ou leurs ventes en DVD, c'est l'audience obtenue par la diffusion télévisée qui compte dans le business model actuel des séries.

Ce mécanisme mis en place peut être interprété de la façon suivante : si une série ne rencontre pas le succès attendu sur le marché télévisuel local, elle a peu de chance de connaître un meilleur succès sur les marchés étrangers, que ce soit en diffusion télévisée ou vente de DVD.

L'annulation d'une série au terme de sa première saison concerne ainsi la majorité des cas aux Etats-Unis, où, en 2011, seules 25% des séries sont reconduites pour une deuxième saison43. Mais il existe tout de même quelques cas très exceptionnels où une série est « sauvée » par ses fans malgré de mauvaises audiences.

La série ne suit pas toujours la dure loi de l'audience : le cas de Star Trek

La série Star Trek est aujourd'hui un symbole phare de la série de science-fiction. Cette série représentait, de manière symbolique, la pression exercée par le maccarthysme de l'époque44. Star Trek était donc un lieu oü les scénaristes pouvaient s'exprimer de façon libre, d'oü leur attachement. Pourtant, sans la persistance de ses créateurs, et de ses fans, elle aurait pu être très vite oubliée.

En effet, lorsque la chaîne NBC décida de ne pas renouveler la série pour une deuxième
saison, Gene Roddenberry, créateur de la série, fit appel à plusieurs écrivains pour lancer

43 Donnée issue de la 9e journée de la création TV du 5 juillet 2012

44 Les séries télévisées : l'avenir du cinéma ?, Jean-Pierre Esquenazi, 2010, Armand Colin

une campagne de soutien pour le maintien de la série. Les membres de « Save Star Trek » appelèrent les personnes souhaitant voir Star Trek continuer, à envoyer des lettres de soutien pour la série.

Pari réussi, la série survécu deux saisons de plus. Mais pas seulement. Seront créées par la suite quatre nouvelles séries Star Trek, qui constitueront la suite de la série originale : Star Trek Next Generation, Star Trek Deep Space Nine, Star Trek Voyager, Star Trek Enterprise45. A cela s'ajoute une série animé Star Trek, ainsi que onze films.

45 http://fr.wikipedia.org/wiki/Star_Trek

Partie 3

L'apparition de nouveaux actants innovants dans un nouveau lieu d'action collective : le digital

A. La naissance d'un nouveau genre d'actant : l'usager actif

1) Le rôle de l'usager actif dans le réseau

Avec internet apparaissent de nouveaux actants que l'on nommera « usagers actifs ». Ils sont usagers car ce sont des spectateurs avant tout, mais actifs, car ils font la démarche de mettre en ligne ou d'aller chercher en ligne un contenu bien précis.

En effet, ces usagers actifs diffusent ou visionnent des contenus audiovisuels sur Internet, faisant des séries télévisées, entre autres, un produit à la disposition de tous en libre-service. Les spectateurs ont alors plusieurs moyens pour regarder leur série.

a) Le streaming illégal Principe général

Un premier système de diffusion est le streaming, qui peut être comparé, en un sens, à la diffusion télévisée.

Ce système donne la possibilité aux spectateurs de regarder une vidéo directement sur Internet, sans avoir à la télécharger.

Dans des termes plus techniques, on reprendra la définition du streaming donnée par Wikipedia :

« Le streaming [...] désigne un principe utilisé principalement pour l'envoi de contenu en « direct » (ou en léger différé). On peut également songer à la locution lecture seule, déjà utilisée en informatique. Très utilisée sur Internet, elle permet la lecture d'un flux audio ou vidéo (cas de la vidéo à la demande) à mesure qu'il est diffusé. Elle s'oppose ainsi à la diffusion par téléchargement de fichiers qui nécessite de récupérer l'ensemble des données d'un morceau ou d'un extrait vidéo avant de pouvoir l'écouter ou le regarder. Néanmoins la lecture en continu est, du point de vue théorique, un téléchargement car il y a un échange de données brutes entre un client et un serveur, mais le stockage est provisoire et n'apparaît pas directement sous forme de fichier sur le disque dur du destinataire. Les données sont téléchargées en continu dans la mémoire vive (RAM), sont analysées à la volée par l'ordinateur et rapidement transférées dans un lecteur multimédia (pour affichage) puis remplacées par de nouvelles données. »46

46 http://fr.wikipedia.org/wiki/Streaming

À la fin de son visionnage, le spectateur ne possède donc pas l'épisode qu'il vient de regarder, de la même façon que lorsqu'un épisode est diffusé à la télé, le spectateur n'en conserve pas le contenu par la suite. Ce point commun avec la télévision sera en fait le seul point comparable entre ce média et le streaming.

Différences entre le visionnage en streaming et à la télévision

A la différence de la télévision, la vidéo en streaming va être mise en ligne sur des
plateformes spécialisées dans la diffusion de ce type de vidéos par des personnes anonymes.
Cet acte de mise en ligne n'étant pas a l'origine d'une action que l'on pourrait qualifier

d' « officielle ~, une partie des contenus diffusés n'est pas légale, c'est-à-dire que les droits de diffusion n'ont pas été achetés par le diffuseur47.

De plus, la disponibilité d'une vidéo n'est pas limitée dans le temps, le spectateur peut donc regarder sa vidéo quand il le souhaite, il n'a pas à être présent à heures fixes devant son poste d'ordinateur.

Le modèle économique des plateformes de streaming illégales

Ces sites Internet sont sponsorisés par la publicité48. En contrepartie, lorsque le spectateur regarde sa série, il n'est pas interrompu par la publicité.

Le visionnage fait aussi l'objet d'une souscription a un abonnement (obligatoire ou non). Ainsi, sur certaines plateformes, l'internaute a une durée de visionnage limité, qui est généralement d'une heure environ. Après ce délai passé, il doit attendre un certain laps de temps (généralement d'1h à 1h30) avant de pouvoir continuer son visionnage. A l'inverse, d'autres plateformes n'autorisent aucun visionnage tant que l'internaute n'a pas souscrit à un abonnement.

Ces abonnements sont mensuels, trimestriels, semestriels ou annuels, et permettent à l'abonné de regarder les vidéos disponibles sur le site en illimité pendant toute la durée de son abonnement.

b) Le téléchargement illégal

Le deuxième outil de diffusion des séries par les usagers actifs est le téléchargement. Comme pour le streaming, ce qui qualifie le téléchargement d' « illégal » est le fait que le contenu est diffusé sans l'acquisition préalable de droits.

Deux modes de téléchargement sont à la disposition des spectateurs : le téléchargement direct et le téléchargement en peer-to-peer.

47 Le streaming illégal difficile à pister, Marion Sauveur, Europe 1, 22/11/2011
http://www.europe1.fr/France/Le-streaming-illegal-difficile-a-pister-828297/

48 Les sites de streaming illégal gagnent beaucoup d'argent, Benjamin Ferran, Le Figaro, 01/12/2011 http://www.lefigaro.fr/hightech/2011/12/01/01007-20111201ARTFIG00567-les-sites-de-streaming-illegalgagnent-beaucoup-d-argent.php

Le téléchargement direct

D'une part il est possible de télécharger des vidéos sur le principe du « téléchargement direct ». Pour cela, la personne souhaitant télécharger se connecte sur un site Internet hébergeant la vidéo en question49. La personne doit alors simplement cliquer sur un lien qui actionnera le téléchargement.

Comme pour le streaming, « les internautes peuvent y télécharger des fichiers qui y ont été stockés par eux-mêmes ou par d'autres utilisateurs. Ces fichiers sont hébergés par MegaUpload [NB : encore actif au moment oü l'article a été publié, mais le fonctionnement est valable pour les autres sites de ce genre], ce qui permet à l'entreprise de proposer des vitesses de téléchargement importantes - mais la rend partiellement responsable des contenus qu'elle abrite. »50

Le téléchargement en peer-to-peer

D'autre part, il est possible de télécharger via le mode peer-to-peer. Il permet de regrouper un ensemble de personnes sur un même réseau partageant leurs informations. Ainsi, dans ce modèle, la personne qui télécharge (le client) devient aussi émettrice (le serveur). Car les « morceaux » de fichier qu'elle a déjà téléchargé sont disponibles sur le réseau en téléchargement51.

Le peer-to-peer fonctionne en fait comme un puzzle, dont les pièces sont distribuées à plusieurs personnes. Une fois les pièces obtenues, ces personnes dupliquent leurs pièces, et redistribuent leurs « doubles » sur le réseau. Le peer-to-peer permet à la fin, comme un travail de groupe, de reconstituer entièrement le puzzle qui est l'épisode en téléchargement. Par exemple, si une personne est en train de télécharger un épisode de série de 30 minutes, et que seules les 5 dernières minutes de l'épisode lui manquent, les 25 premières minutes qu'elle a téléchargées sont émises sur le réseau, et peuvent être téléchargées par d'autres personnes.

Pour illustrer ce fonctionnement, ci-dessous des schémas tirés de Wikipedia.

Figure 6 Illustration d'un réseau de type client-serveur Figure 7 Illustration d'un réseau de type peer-to-peer

49 http://fr.wikipedia.org/wiki/Directdownload

50 Megaupload, icône du téléchargement direct, Le Monde.fr, 20.01.2012 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/01/20/megaupload-icone-du-telechargementdirect1632264651865.html

51 http://fr.wikipedia.org/wiki/Pair%C3%A0pair#Principeg.C3.A9n.C3.A9ral

L'élément novateur que l'on tire de ce nouveau lieu d'action collective qu'est internet, est le caractère non professionnel de ses nouveaux actants.

Certes, ce réseau existe grâce aux actants professionnels que sont les hébergeurs de vidéo, ou encore les développeurs de logiciels peer-to-peer, mais il est fortement soutenu par l'investissement d'amateurs de séries qui réalisent un travail important pour enregistrer les séries, puis les mettre en ligne.

C'est donc un réseau fort et solidaire, représenté par tous ces usagers actifs, qui s'est mis en place. On approfondira l'étude sur la force de l'organisation des actants pirates dans la partie recherche de ce mémoire.

c) L'ordinateur : nouvelle boîte noire d'un nouveau lieu d'actions collectives

Après avoir décrit les différentes façons dont il est possible d'avoir accès a des séries télévisées sur internet, cela montre qu'internet est un nouveau lieu d'actions collectives, oü professionnels comme amateurs peuvent s'organiser.

Cette partie du réseau n'est plus enfermée dans la même boîte noire (dont le concept a été défini en deuxième partie du mémoire) que celle du réseau traditionnel.

Ce réseau est enfermé dans plusieurs boîtes noires : l'ordinateur, la tablette, le smartphone, et la télévision connectée. Cette multiplication des boîtes noires favorise l'activation de ce nouveau lieu d'actions collectives : il est encore plus simple de faire appel à cette partie du réseau de façon régulière. Car si la télévision n'était vouée qu'à un usage domestique, les nouveaux terminaux permettent un usage à la fois domestique et mobile.

2) Les usagers actifs comme innovateurs

Avec cette exploitation, ou optimisation du canal digital (selon que l'on donne un sens positif ou négatif à ces modes de diffusion des séries), on peut se poser la question de savoir quelle est la place de l'usager dans l'innovation, d'autant que celui-ci semble avoir une position centrale dans la nouvelle composition du réseau.

Pour développer cette thèse de l'utilisateur en tant qu'acteurs de l'innovation on se basera sur l'article Les utilisateurs, acteurs de l'innovation, Madeleine Akrich, Sociologie de la traduction. Textes fondateurs, Presses de l'Ecole des Mines, 2006.

a) Le déplacement

Ainsi, lorsque l'on parle de streaming ou de téléchargement, l'utilisation d'un ordinateur associé à Internet peut renvoyer au terme de « déplacement » de l'objet ordinateur par l'utilisateur. Le processus de déplacement de la part des usagers consiste en l'exploitation de « la flexibilité relative des dispositifs : cette flexibilité est liée au fait que le concepteur produit en même temps que son dispositif un scénario de ses usages possibles. [...]

L'utilisateur peut explorer d'autres possibilités que celles strictement prévues » (pp 255- 256)52.

Dans ce cas, les producteurs de séries ou les chaînes de télévision n'avaient pas prévu cette utilisation particulière de l'ordinateur, et donc d'Internet. Ces actants traditionnels n'ont donc pas pu agir de façon proactive, en inventant, par exemple, un modèle similaire au modèle inventé par les usagers actifs.

b) L'extension

Cette utilisation de l'ordinateur associée à Internet par les usagers ressemble aussi au processus d' (( extension » décrit par M. Alkrich. (( On parlera d'extension lorsqu'un dispositif est à peu près conservé dans sa forme et ses usages de départ et qu'on lui adjoint un ou plusieurs éléments qui permettent d'enrichir la liste de ses fonctions » (p.259).

Le processus d'extension est donc tout aussi adapté à l'utilisation que les usagers actifs ont fait d'Internet : un lieu où il est possible de partager des vidéos d'un bout à l'autre du globe. Dans cette perspective d'extension, M. Alkrich ajoute que (( même lorsque le dispositif est assez fermé, les utilisateurs trouvent le moyen de le rouvrir et de l'étendre d'une manière qui modifie assez profondément ses capacités globales et qui est susceptible, du coup, de transformer son insertion dans une organisation qu'il contribue à redéfinir. » (p.260) Transposé aux séries, on observe de la même façon que les contraintes légales ont du mal à freiner la diffusion en ligne des contenus audiovisuels.

c) Des usagers insatisfaits

Il est intéressant de constater que les usagers, ici les spectateurs, ne trouvant pas de réponse adaptée à leurs besoins sur le marché, sont capables de s'unir et de réorganiser leur environnement, pour développer les innovations dont ils sont les inventeurs et utilisateurs. Cette organisation est à la fois professionnelle ou amatrice.

Dans ce cas, on voit que les usagers deviennent concepteurs. Les usagers ont réussi à prendre ce rôle en créant leur propre système parallèle. Mais ce lieu d'action collective n'étant pas construit en toute légalité, il est source de controverse.

B. L'organisation des usagers actifs est sujette a controverses

1) La notion de controverse dans l'Actor Network Theory

Un autre élément fondateur de sociologie de traduction est celui de la controverse. Selon les
sociologues de cette école, les faits émergent toujours d'une controverse. Or le fait lui-
même ne donnant que peu d'informations sur lui-même, il est intéressant de se focaliser

52 Les utilisateurs, acteurs de l'innovation, Madeleine Akrich, Sociologie de la traduction. Textes fondateurs, Presses de l'Ecole des Mines, 16 novembre 2006

davantage sur la controverse, qui est un lieu de négociations. En s'intéressant a la controverse, on obtient des informations sur la façon dont va naître un fait. Ainsi, la richesse d'informations données par la controverse permet de comprendre la réussite ou l'échec d'un fait, car la controverse permet de retracer le chemin parcouru.

« Ce n'est pas l'état de la nature qui dicte la clôture d'une controverse autour d'un fait, d'une découverte, d'un changement, mais l'accord sur le fait qui dicte l'état de la nature ; de même, ce n'est pas l'état d'une société qui dicte l'accord entre acteurs mais l'accord qui stabilise la société et, ce faisant, la dicte. » p.13753

Pour illustrer ce propos, on peut citer un exemple du raisonnement selon le principe de la controverse énoncée par Latour : l'affirmation « une fois que la machine marchera tous les gens seront convaincus » peut ainsi être remplacée par l'affirmation suivante : « la machine marchera quand tous les gens seront convaincus » p.13854.

Ainsi, si un fait naît à partir d'une controverse, il doit aussi être porté par le réseau dans lequel il est ancré. Un fait ne peut donc pas émerger sans réseau. Alors, plus il y a de cohésion dans un réseau, plus celui-ci est solide, et plus un fait à de chances d'apparaître, ou de survivre.

Il est intéressant d'étudier ce nouveau lieu digital comme un lieu de controverses. En effet, il y a, d'un côté, les usagers actifs, dont le réseau est suffisamment solide pour maintenir leurs actions collectives ; et de l'autre, des actants faisant partie d'un lieu d'action collective traditionnel, qui contestent les actions des usagers actifs, qui se font de façon illégales.

L'espace digital comme espace d'échange est d'autant plus controversé que les autorités ont encore peu de pouvoir sur internet. Par exemple, une des actions qui ont été envisagées par les autorités françaises était de bloquer l'accès aux sites de diffusion audiovisuelle illégale. Or « Bloquer l'accès, c'est ni plus ni moins que de la censure. L'oeuvre existe mais on va empêcher aux gens d'y accéder » selon Jérémie Zimmermann, un des fondateurs du site La quadrature du net dédiée à la défense des droits et des libertés des citoyens sur internet.

Cette faible possibilité de marge de manoeuvre associée a la solidité du réseau des usagers actifs conduit l'ensemble des acteurs vers une situation d'irréversibilité forte.

L'action collective des usagers actifs est pourtant inacceptable par les producteurs et les diffuseurs, puisque les sites hébergeurs de vidéos ne paient non seulement aucun droit pour diffuser ces vidéos, mais, en plus de cela, perçoivent un revenu en diffusant de la publicité, et en proposant des offres d'abonnement.

Pour ces raisons, les actants traditionnels doivent faire preuve d'innovation pour contrer les nouvelles méthodes illégales.

53 Les nouvelles approches sociologiques des organisations, Henri Amblard, Philippe Bernoux, Gilles Herreros, Yves-Frédéric Luvian, pp.127-140

54 Les nouvelles approches sociologiques des organisations, Henri Amblard, Philippe Bernoux, Gilles Herreros, Yves-Frédéric Luvian, pp.127-140

2) Attaquer le lieu d'action collective des usagers actifs avec les mêmes armes : les actions digitales légales

Face aux innovations apportées par les usagers actifs, le système traditionnel doit s'adapter aux nouvelles technologies et à ses nouveaux concurrents. Il paraît nécessaire pour les actants traditionnels de se recentrer sur les besoins des usagers pour réadapter leur offre. Des actions digitales sont donc entreprises, avec la création de la vidéo à la demande (VoD, de Video on Demand). Ceci implique la participation de nouveaux actants, ou d'actants traditionnels reconvertis, que l'on qualifiera de digitaux officiels.

Pour comprendre le fonctionnement de la VoD, on se basera sur le dossier Economie de la VoD, publié en Mars 2008 par le CNC.

a) Le fonctionnement de la VoD

Pour définir le concept de vidéo à la demande, on reprendra la définition donnée dans ce rapport :

« La « Vidéo à la Demande )) (VoD) est entendue comme la mise à disposition des programmes au consommateur final, à sa demande et à l'heure de son choix, par tous réseaux de communications électroniques et notamment, via le réseau Internet, par voie hertzienne terrestre, par câble, par satellite et par réseaux de télécommunications, par tous procédés de diffusion cryptée, tels que « streaming )) (diffusion linéaire) ou « downloading )) (téléchargement), et pour visualisation sur tout matériel de réception, par tout mode de sécurisation, et ce après paiement d'un prix, pour une représentation dans le cadre du « cercle de famille ~ ainsi que dans les circuits fermés (c'est à dire dans une unité de lieu spécifique accessible au public, telles que les collectivités dans lesquels les usagers effectuent des séjours temporaires, hôtels et résidences de tourisme, prisons, établissements de santé, bureaux, armées, les bars, cafés, restaurants et les lieux accueillant du public de passage, notamment les boutiques, commerces, salles d'attentes, etc.). Le consommateur final ne peut en aucun cas agir sur les images du programme, ni visionner ce programme sans s'acquitter au préalable d'un droit correspondant aux conditions commerciales fixées par l'opérateur en cas d'offre payante, ni retransmettre le programme à destination de tiers par quelque procédé que ce soit. )) (p.5).

La VoD est donc un contre modèle du streaming ou du téléchargement illégal. Ce système se développe sous quatre formes :

- le téléchargement temporaire (ou location dématérialisée), qui permet, comme son nom l'indique, de disposer d'une vidéo dans un laps de temps limité

- le téléchargement définitif (ou vente dématérialisée), qui donne le droit a l'acheteur

de disposer de sa vidéo autant de fois qu'il le souhaite et sans limite de temps

- l'abonnement (ou Subscription VoD), qui consiste en la mise à disposition d'un choix de vidéo en échange de la souscription à abonnement mensuel. Cette forme de VoD est généralement proposée par des opérateurs de télécommunication ou des fournisseurs d'accès à Internet

- la diffusion de vidéo gratuite sponsorisée par la publicité (ou Free-ad VoD), permettant de profiter des vidéos de façon gratuite, comme ce serait le cas à la télévision. Néanmoins, ce format de VoD n'ayant pas encore trouvé son modèle du

fait des difficultés rencontrées pour qualifier son audience, les annonceurs ne sont pas encore très attirés par ce format ne permettant pas un ciblage précis. C'est pourquoi ce modèle est encore peu développé.

Ce modèle commence tout de même à être utilisé par les chaînes55, sous le nom plus commun de « télévision de rattrapage ». La série télévisée est diffusée sur Internet non plus une seule fois comme à la télévision, mais pendant une durée limitée tout de même, qui est généralement de sept jours après la diffusion à la télévision. Ce modèle est très similaire à celui de la télévision, car les programmes disponibles sont entrecoupés par des pages de publicité, et la disponibilité des programmes est limitée dans le temps.

Le modèle de la VOD, et en particulier le format de téléchargement définitif, est un modèle rentable. Du fait de sa structure simplifiée, les frais de distribution sont largement diminués. Ainsi, la vente d'une vidéo dématérialisée, bien que 50 % inférieurs à la vente de la même vidéo en DVD, rapporte 3,92 € contre 2,63 € pour la vente en DVD.

Mais la VoD est généralement le dernier canal de distribution et arrive après la diffusion à la télévision, ce qui peut la rendre moins attrayante pour l'usager.

b) Les actants digitaux officiels

Figure 8 Economie de ía VoD, Mars 2008, CNC, p.12

Dans son étude, le CNC identifie les cinq acteurs qui figurent dans le schéma ci-dessus.

55 http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9l%C3%A9visionderattrapage

A l'origine, il y a les détenteurs de droit. Ce sont les personnes ou entités qui détiennent les droits sur l'oeuvre audiovisuelle en elle-même. Il détient les droits sur ces oeuvres de façon patrimoniale, ou parce qu'ils sont leurs producteurs.

Ces acteurs peuvent distribuer eux-mêmes les droits qu'ils possèdent. S'ils ne le font pas directement par eux-mêmes, ils font appel à des mandataires.

Puis les droits sont distribués par des mandataires. Leur relation avec les détenteurs de droits généralement exclusive. Ils sont aussi en charge de distribuer les droits sur des canaux différents : vente a la télévision, vente vidéo, vente internationale...

Les agrégateur prennent ensuite le relais en acquérant les droits (non exclusifs) de diffusion. Avec ses acquisitions, ils constituent un « stock » d'offres audiovisuelles qui pourront être exploitées VoD.

Une fois ce stock acquis, les agrégateurs peuvent, soit commercialiser les contenus dont ils disposent sur leur plate-forme de VoD s'ils en ont une, soit à un éditeur de plate-forme, tel un grossiste à un commerçant détaillant.

Le rôle de l'éditeur de plate-forme et de services de VoD, quant à lui, est d'éditer l'oeuvre audiovisuelle dont il a acquis les droits, c'est-à-dire d'adapter son format pour le rendre exploitable. Il propose ensuite la vidéo au public, sur Internet ou à la télévision. Il versera ensuite une partie de ses recettes aux ayants droits.

Pour assurer le lien entre l'éditeur et le consommateur final, le distributeur intervient dans l'échange. C'est en fait celui qui permettra la mise en relation ou la connexion entre les deux. Il peut donc s'agir du fournisseur d'accès à Internet par exemple.

Enfin, les fabricants de matériel permettent le visionnage et le stockage des vidéos. Ils font en fait le lien entre le distributeur et le client. Il s'agit ici des fabricants d'ordinateurs, de télévision, de téléphone, et tout autre terminal par lequel le consommateur aura accès aux services de VoD.

3) La création d'outils pour réguler ou empêcher les actions des usagers actifs

a) Lois et institution

Pour compléter et soutenir ce nouveau réseau digital officiel, les actions des usagers actifs deviennent une affaire d'État. Du côté de la France, une loi est adoptée dans le but de lutter contre le téléchargement illégal : la loi Hadopi du 12 juin 2009, complétée par la loi Hadopi 2 du 15 septembre 2009. De cette loi est créée une institution dont l'objectif est de protéger le droit d'auteur sur les oeuvres audiovisuelles. Cette institution est « la haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet », dite la Hadopi. Elle est créée le 31 décembre 2009.

Cet institut a quatre missions56 :

- Encourager le développement de l'offre légale

- Protéger le droit d'auteur en rappelant au citoyen ses droits et ses devoirs - Sensibiliser l'internaute à un usage responsable de l'Internet

- Privilégier l'innovation avec une approche adaptée à l'univers de l'Internet

Mais sa mission phare (et faisant polémique) est la deuxième de cette liste. Elle donne naissance a une catégorie d'actants que l'on nommera surveillants digitaux.

b) Processus mis en place pour « Protéger le droit d'auteur en rappelant au citoyen ses droits et ses devoirs »

Pour sa deuxième mission qui est de protéger le droit d'auteur en rappelant au citoyen ses droits et ses devoirs, un processus de surveillance, assez complexe, est mis en place. Ce processus n'étant pas communiqué de façon transparente par la Hadopi, on se référera aux articles publiés par le site La loi Hadopi57 pour décrire son mécanisme.

La Hadopi ne se charge pas directement de la surveillance de la circulation de contenus audiovisuels sans autorisation. L'institution travaille en étroite collaboration avec l'entreprise Trident Media Guard (TMD).

L'industrie audiovisuelle fournit a TMD, de façon périodique, une liste d'oeuvres faisant partie de leur catalogue, constitué de plusieurs milliers de références. Cette liste sert alors de référence pour rendre la surveillance possible.

TMD va alors tracker les échanges de fichiers en prenant comme base cette liste de contenu audiovisuel soumis a des droits d'auteurs. Pour surveiller ces mouvements, TND va surveiller les principaux réseaux de peer-to-peer. Elle identifie alors les adresses IP à partir desquelles se font les échanges. Ces adresses IP sont ensuite transmises à la société civile des producteurs phonographiques (SCPP), qui contrôlera à nouveau l'infraction. Si elle est validée, la liste d'adresses IP est transmise à la Hadopi.

Ces adresses IP une fois collectées sont communiquées aux fournisseurs d'accès Internet, qui recoupent ces adresses avec les informations qu'ils ont dans leurs bases de données. C'est ainsi que la Hadopi peut retrouver les coordonnées de l'abonné qui correspondent à l'adresse IP. A partir de ces informations personnelles, la Hadopi peut alors lancer des avertissements.

Un premier avertissement est envoyé par mail.

Si, suite à cet avertissement, on constate qu'il n'y a pas de récidive sous six mois, les données personnelles de l'internaute concerné sont supprimées.

Si, à l'inverse, il y a récidive, un second avertissement est envoyé par mail et par lettre recommandée. A nouveau, s'il n'y a pas de récidive sous 12 mois après ce second avertissement, les données personnelles de l'internaute sont effacées.

56 http://www.hadopi.fr/la-haute-autorite/lhadopi-en-bref (tiré de Hadopi en bref)

57 http://www.la-loi-hadopi.fr/procedure-hadopi/14-controle-hadopi.html http://www.la-loi-hadopi.fr/procedure-hadopi/13-telechargement-illegal-hadopi.html http://www.la-loi-hadopi.fr/procedure-hadopi.html

Et s'il y a récidive, l'abonné reçoit une nouvelle lettre l'informant qu'il risque d'être poursuivi en justice. Après ce troisième et dernier avertissement, la Hadopi fait une nouvelle délibération sur sa position de poursuivre ou non l'internaute. Si la délibération est positive, le dossier est transmis au parquet. La condamnation est alors entre les mains du juge.

Les sanctions possibles sont les suivantes : l'internaute poursuivi peut encourir une amende allant jusqu'à 1500 €, et son accès Internet peut être suspendu pendant un mois.

C. Bilan de la controverse digitale

1) L'autorité étatique peut-elle régner sur internet ?

a) L'exemple de la fermeture de MegaUpload est-il une réussite ou un échec des autorités ?

Les réussites de cet exemple

MegaUpload était l'un des principaux sites de streaming et téléchargement direct illégal, jusqu'au 19 janvier 2012, date a laquelle la justice est parvenue a le fermer58.

Cette fermeture est une réussite de la justice, dans le sens oil elle a normalement peu de marge de manoeuvre sur internet, comme nous l'avons vu précédemment. La fermeture de ce site était une opération délicate à mener du fait du caractère international de cette affaire : les mandats d'arrestation étaient émis par la justice américaine, alors que le site était basé à Hong Kong, et que son fondateur, Kim « Dotcom » Schmitz, vivait en Nouvelle Zélande. Malgré toutes ces difficultés, le nom de domaine de MegaUpload a été saisi, fruit d'un long travail mené par le FBI.

L'arrestation du fondateur symbolise la fin du site. Il est non seulement accusé de violation de droits d'auteur, mais aussi de crime organisé. Pour cette dernière accusation, les enquêteurs ont constitué un dossier dans le but de démontrer que derrière MegaUpload se cachait une entreprise de contrefaçon et de blanchiment d'argent59.

Les échecs de cet exemple

La fermeture de ce site emblématique du streaming et du téléchargement illégal n'a pourtant pas fait basculer ses usagers vers les offres légales60.

58 Le FBI ferme Megaupload, la contre-attaque s'organise, 20/01/2012, Le Parisien http://www.leparisien.fr/high-tech/en-direct-le-site-megaupload-ferme-les-anonymous-ripostent-20-01-2012- 1820800.php

59 La législation antimafia utilisée contre Megaupload, Par Damien Leloup, Le Monde.fr, 20.01.2012 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/01/20/contre-megaupload-la-legislationantimafia1632579651865.html

60 La fermeture de MegaUpload bouscule les habitudes des internautes, Le Monde.fr, 27.01.2012 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/01/27/la-fermeture-de-megaupload-bouscule-leshabitudes-des-internautes1635618651865.html#xtor=EPR-32280229-[NLTitresdujour]-20120128-[titres]

L'article du Monde La fermeture de MegaUpload bouscule les habitudes des internautes datant du 27 janvier 2012, montre ainsi que la saisie de MegaUpload a salué le grand retour du peer-to-peer, qui était de plus en plus délaissé.

Le 19 janvier 2012 marque aussi la forte croissance des trafics sur les sites de téléchargement direct, jusqu'alors concurrents de MegaUpload, tel que Rapidshare.

Quant au streaming illégal, les vidéos ont simplement été migrées vers de nouveaux serveurs. Ce sont principalement les sites PureVid et MixtureVideo qui ont profité de la situation puisque « ces deux sites se partagent aujourd'hui 90 % des liens présents sur les annuaires référençant les vidéos diffusées illégalement en streaming sur les moteurs et annuaires spécialisés »61.

Et pour couronner cet échec, la justice Néo-zélandaise a déclaré que l'arrestation du fondateur de MegaUpload était en fait illégale, car les mandats étaient imprécis62. Kim « Dotcom » Schmitz a d'ailleurs annoncé le retour de son entreprise avant la fin de l'année 2012.

b) Analyse du processus de surveillance mis en place par la Hadopi

On peut relever deux défauts majeurs dans le processus de surveillance établi par la Hadopi.

Tout d'abord, les procédures a suivre sont très complexes, car la surveillance passe par au moins deux acteurs, avant d'arriver dans les bureaux de la Hadopi. Il y a tout d'abord la TMD, prestataire assurant la surveillance de la circulation de contenus illégaux. Puis interviennent les fournisseurs d'accès à internet, dont le rôle est de communiquer les coordonnées des internautes procédant aux échanges de fichiers. C'est uniquement au bout de cette chaîne que la Hadopi peut avertir les usagers. Or, la complexité de ce processus risque de rendre les actions peu réactives, rendant le système peu efficace.

De plus, le champ d'action de la Hadopi est assez restreint. En effet, il ne concerne que les échanges de fichiers en peer-to-peer. D'autres moyens de visionnage illégaux existent pourtant, comme cela a été décrit plus haut.

Ce champ restreint d'action contribue alors a une certaine confusion de l'usager, pour qui la notion de légal et d'illégal ne devient pas claire.

L'action en justice n'est donc pas la meilleure solution, en tout cas actuellement, pour démanteler le réseau des usagers actifs, la justice ayant encore peu de pouvoir dans le domaine digital, et les lois étant complexes à appliquer.

61 Après la fermeture de MegaUpload, le streaming illégal a muté en profondeur, Damien Leloup, Le Monde.fr, 17.04.2012 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/04/17/apres-la-fermeture-de-megaupload-lestreaming-illegal-a-mute-en-profondeur1686497651865.html

62 MegaUpload : la perquisition et la saisie de biens de Kim Dotcom jugées illégales, Le Monde.fr avec Reuters, 28.06.2012 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/06/28/megaupload-la-perquisition-et-la-saisiede-biens-de-kim-dotcom-jugee-illegale1725729651865.html

2) Sites Internet : nouveaux centres de traduction dominant ?

a) La notion de destruction créatrice

D'après Schumpeter (1942), l'économie est constituée de cycles industriels dépendant d'innovations majeures. Ainsi, a la suite d'une innovation majeure, une économie connaît d'abord une phase de croissance qui aura pour effet la création d'emplois. Cette économie rencontre ensuite une phase de dépression, liées aux nouvelles innovations. Dans cette phase, l'économie devenue obsolète est dépassée par les économies innovantes et se voit détruire des emplois.

« En conséquence, la croissance est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques »63

Cinq types d'innovation sont ainsi identifiés par Schumpeter : - la fabrication de nouveaux biens;

- les nouvelles méthodes de production ;

- l'ouverture d'un nouveau débouché ;

- l'utilisation de nouvelles matières premières ;

- la réalisation d'une nouvelle organisation du travail.

Dans le cadre de notre étude, on s'intéressera plus particulièrement aux nouvelles méthodes de production, a l'ouverture de nouveaux débouchés, et a la réalisation d'une nouvelle organisation de travail.

b) Les innovations communes entre l'offre digitale officielle et l'offre des usagers actifs

Les offres conçues par les actants digitaux officiels et les usagers actifs ont en commun le fait qu'elles suivent une nouvelle méthode de production et ouvre de nouveaux débouchés.

Ainsi, la série ne suit plus son schéma traditionnel en ne restant que sur les supports télévision et DVD, mais se dématérialise pour circuler librement sur internet.

Cela nécessite de faire appel à de nouveaux moyens pour diffuser la série et entraîne la naissance d'éditeurs et de diffuseurs en ligne.

Néanmoins, une partie du processus de production reste inchangé dans le cas des séries télévisées : elles sont, à la base, produites pour la télévision et cofinancées par ces dernières. La base de la production reste donc traditionnelle, ce qui n'est pas le cas des web séries que nous étudierons par la suite.

Avec ce nouveau mode de production, la série trouve aussi de nouveaux débouchés, en étendant son marché. En effet, son marché s'agrandit géographiquement en s'adressant a autant de pays qu'internet peut couvrir (ou autant de pays que les droits achetés peuvent couvrir dans le cas de l'offre digitale officielle). Mais ce marché s'agrandit aussi du fait de la

63 http://fr.wikipedia.org/wiki/Innovation

diversification des modes de distribution auprès des usagers. Ces derniers peuvent alors visionner leur série depuis leur téléviseur, leur ordinateur, leur tablette ou leur mobile. Cette diversification peut donc à la fois augmenter le nombre d'usagers et le temps de visionnage par usager.

c) Une nouvelle organisation du travail, l'innovation majeure des usagers actifs

On l'a vu, les usagers sont devenus actifs et ont appris a s'organiser pour faire circuler leurs séries, et on étudiera de plus près la façon dont ces usagers s'organisent dans la partie recherche de ce mémoire. Cette organisation permet aux usagers d'atteindre deux bénéfices majeurs : ils obtiennent leur série gratuitement et rapidement après leur diffusion, d'un pays a l'autre. La rapidité des échanges permet donc aux usagers, devenus très fidèles a une série (comme on a pu le voir en première partie de ce mémoire), de ne pas avoir à attendre sa diffusion officielle plus tardive, en fonction des accords entre pays.

Car en effet, selon une étude de l'Ifop réalisée en février 2012, auprès de 1249 internautes sur le site Clubic.com64, 85 % des sondés déclaraient que les offres légales étaient trop chères et 69 % déclaraient qu'elles étaient trop limitées.

En réponse aux évolutions de cet environnement oil le digital s'impose de plus en plus, certains producteurs vont jusqu'a concevoir des séries produites pour internet avant tout : il s'agit de la web série. Dans ce modèle aussi, l'organisation du travail subit des modifications. Après sa production, la série n'est plus diffusée sur une chaîne, mais sur une plateforme proposant du contenu en streaming. C'est donc le producteur qui va gérer sa diffusion.

En termes de financement, la web série a besoin d'un sponsor, qui peut être65 :

- La plateforme de diffusion elle-même comme Dailymotion qui propose des investissements de départ allant de 10 000 à 20 000 €

- Une institution favorisant le développement de ce type de contenu tel que le CNC

- Une entreprise désireuse de communiquer sur sa marque a l'instar de la BNP qui a financé la web séries Mes Collocs

D'autres web séries parient aussi sur des revenus générés par la vente de DVD et de produits dérivés. C'est le cas du Visiteur du futur, vendue en DVD, et dont le site vend des tee-shirts et les bandes originales de la série.

Cependant, la web série est encore en plein développement et n'a pas encore trouvé un modèle économique tout à fait performant, et les séries dont le développement reste traditionnel (pour les chaînes de télévision) sont encore les plus sollicitées.

On ne peut donc pas dire que les sites internet sont, à ce jour, devenus le principal centre de traduction des séries télévisées, car le processus de production intégralement digitalisé n'a pas encore trouvé un modèle économique stable. La partie digitale du réseau des séries - qu'il s'agisse du relai par les usagers actifs que de celui des actants digitaux officiels - dépend encore fortement de la partie traditionnelle du réseau.

64 http://pro.clubic.com/legislation-loi-internet/telechargement-illegal/actualite-478704-fin-megaupload-48- internautes-auraient-cesse-telecharger-illegalement.html

65 http://www.npaconseil.com/blog/2010/12/09/dailymotion-investir-pour-disposer-de-contenusprofessionnels-propres/

C'est d'ailleurs ce que l'on observe quand on voit le principe selon lequel une série est arrêtée ou non. Si l'on prend l'exemple de la série Heroes, cette dernière a été annulée au bout sa quatrième saison, en mai 2010, car son audience télévisée locale (américaine), avait continuellement chuté depuis sa deuxième saison (le dernier épisode de la première saison avait rassemblé 13,2 millions de téléspectateurs, alors que le dernier épisode de la quatrième saison, n'en avait rassemblé que 4,43 millions)66. Et pourtant, cette chute du nombre de téléspectateur ne semblait pas signifier que la série n'était plus appréciée. Car en parallèle de ces scores d'audiences devenus très faibles, Heroes était pourtant la deuxième série la plus téléchargée (illégalement) en 2010 d'après ToorentFreak.com67.

Ce n'est donc pas le spectateur digital qui décide de l'avenir d'une série, mais encore le spectateur « télévisé ». Il semble donc que les chaînes restent le centre de traduction dominant pour les séries.

Une exception à la règle : quand les usagers actifs sauvent leur série préférée grâce à internet68

En mai 2007, NBC annonce la fin de la série Jericho, après seulement une première saison décevante, avec en moyenne 9,5 millions de téléspectateurs par épisode, et une diminution de l'audience au fil des épisodes.

Mais grâce à internet, les fans ont su se mobiliser pour sauver cette série. Sur divers sites internet et forums, l'appel était lancé : envoyer le plus de noix possible au siège de la chaîne. La noix était une référence a un mot prononcé durant le dernier épisode par l'un des personnages principaux de la série : « Nuts ».

20 tonnes de noix plus tard, la série a été prolongée d'une saison supplémentaire de 7 épisodes. Une deuxième saison qui cette fois sera définitivement la dernière, l'audience (6 millions de téléspectateurs en moyenne) l'emportant sur le dévouement des fans.

66 http://www.ozap.com/actu/nbc-annule-officiellement-serie-heroes-fini-saison/340678

67 Et les 10 séries les plus téléchargées en 2011, sont..., Première, 21/12/2011 http://seriestv.premiere.fr/News-Series/Et-les-10-series-les-plus-telechargees-en-2011-sont-3049154

68 Les séries télé pour les nuls, Marjolaine Boutet, Editions Générales First 2009, p.327

Chapitre 2

Recherche

Mac Guyvers 2.0

Pourquoi l'offre illégale de séries télévisées est-elle généralisée aussi

librement, alors que la loi l'interdit ?

Méthodologie

Pour répondre à notre problématique de recherche, différentes méthodologies ont été utilisées. La démarche de recherche de ce mémoire est qualitative, car le but est de comprendre le réseau de l'usager actif. On ne cherche donc pas ici a tirer des données représentatives de la population française.

En ce sens, cette étude comporte trois volets, chacun prenant un point de vue différent et donnant une vision complète du réseau : l'usager, le fournisseur, et le créateur.

1) Usagers

Le premier volet de l'étude a été réalisé au moyen d'entretiens qualitatifs de deux types.

D'abord, des groupes de discussion ont été menés avec des internautes, sur des forums regroupant des fans de séries. Il était intéressant d'utiliser ce type d'entretien, d'une part parce qu'il permettait de cibler la population à laquelle on souhaite se référer dans le cadre de cette recherche, c'est-à-dire l'usager internaute. D'autre part, en ciblant des fans de séries, on pouvait aussi mieux comprendre l'affection des spectateurs pour une série particulière.

Au total, sept forums ont été choisis pour réaliser cette étude. lost-site.com, car Lost a été la série la plus téléchargée, jusqu'au jour oü elle a été arrêtée. C'est ensuite Dexter qui a pris la relève dans le classement des séries les plus téléchargées, c'est pourquoi on s'est intéressés au forum dexter-serialforum.com. Puis on a étudié le comportement des fans de Glee, qui, étant une série racontant la vie de lycéens, devait a priori rassembler une population plutôt adolescente. Et il était intéressant de porter un intérêt particulier sur cette cible, puisque l'on peut penser que l'engouement émotionnel peut être plus fort au sein de cette population, cette dernière pouvant être potentiellement particulièrement active dans l'utilisation nouvelle technologies. C'est pourquoi on est allé voir ce que pensaient les membres de glee.forumactif.org et forum.glee-france.fr. Enfin, un intérêt a été porté sur les populations plus enclines à regarder leurs séries préférées à la télévision, tout en étant actives sur internet. Le choix de forums s'est donc porté sur les fans de Plus Belle La Vie, car étant une série française quotidienne, le visionnage sur internet n'est pas, en principe, un besoin. Deux forums de Plus Belle La vie ont donc fait l'objet de cette étude : plusbellelavie.org et samiaand-boher.forumactif.org. Toujours pour la même cible, un groupe de discussion a été mené sur le forum de la série Doctor Who de la chaîne France 4, a priori utilisé par les spectateurs de France 4.

Ces groupes de discussion ont permis d'avoir l'avis d'un grand nombre de personnes : au total, 35 personnes ont apporté leur témoignage par ce canal de discussion : 15 femmes, 17 hommes et 3 personnes dont le sexe reste indéterminé ; l'âge n'était pas déclaré a chaque fois, mais pour les personnes qui le déclaraient, la tranche d'âge des personnes interrogées allaient de 15 à 42 ans.

Ces groupes de discussion ont été complétés par des entretiens qualitatifs réalisés de façon individuelle, et en face à face, auprès de spectateurs regardant des séries télévisées grâce à la technologie internet. Il était important pour cette étude d'obtenir ces témoignages pour au moins deux raisons : si les internautes s'expriment très facilement sur les forums sur les raisons pour lesquelles ils aiment une série, la question de l'obtention d'un épisode de série par le biais d'internet peut être délicate a aborder publiquement, car le moyen utilisé est généralement illégal ; de plus, il était aussi intéressent d'avoir le témoignage de personnes qui utilisent internet pour regarder leurs séries, sans pour autant être fan au point de discuter sur des forums, ce qui était un complément nécessaire pour montrer pourquoi l'utilisation d'internet n'est pas un « marché » de niche.

Au total, 7 personnes ont été interrogées, lors d'entretiens dont la durée variait entre 20 et 40 minutes. La tranche d'âge de ces personnes est assez restreinte, puisqu'elle varie entre 23 ans et 27 ans. Parmi ces personnes, 3 sont étudiants, 2 sont employés et 2 sont cadres supérieurs.

2) Fournisseurs (illégaux)

Le deuxième volet de cette étude porte sur la façon dont s'organise la communauté internet pour pouvoir diffuser rapidement les épisodes de séries. Pour cela, une méthodologie d'étude historique a été menée, basée sur différents supports.

D'abord, l'étude de sites internet, blogs et forums, dans le but de comprendre le fonctionnement de l'activité de fansub, et celui des annuaires de séries. Pour le fansub, on s'est basé sur l'étude des communautés U-Sub et Addic7ed, et pour les annuaires, on s'est concentré sur le fonctionnement de la communauté DP Stream et du site Pirate Bay.

Par « étude ~, on entend la lecture des discussions sur les forums, et l'observation du fonctionnement des sites étudiés.

En complément, le reportage Series Addict d'Olivier Joyard (première diffusion le 30 novembre 2011 sur Canal Plus) a fourni des informations intéressantes sur le développement du marché illégal en ligne de la série.

3) Créateurs

Enfin, le dernier volet d'étude avait pour but d'avoir le point de vue d'une professionnelle de la création audiovisuelle. Pour cela, un entretien a été mené avec Lise Barembaum, chargée de développement chez Thalie-Images Production. Cet entretien a permis de comprendre les secrets de fabrication des séries, de mettre en reliefs les différences de fonctionnement entre l'univers traditionnel télévisuel et celui des utilisateurs actifs en ligne ; cet entretien avait aussi pour avantage d'avoir l'avis d'une professionnelle de l'audiovisuel sur la question de l'influence de l'internet dans ce secteur.

Cet entretien a aussi été complété par des témoignages de professionnels de la télévision apparus dans le reportage Series Addict, cité plus haut.

4) Limites des méthodologies employées

Du coté des usagers, il aurait été intéressant d'obtenir l'avis d'un plus grand nombre de personnes dont l'accès a l'offre illégale leur est familière, sans pour autant être particulièrement fan d'une série précise, lors d'entretiens individuels réalisés en face a face. Deux ou trois personnes de plus dans cet échantillon aurait pu apporter une analyse plus profonde sur le sujet.

Concernant les entretiens réalisés, parmi les 7 personnes, 4 m'étaient étrangères (personnes D, E, F, G en annexe), et c'est certainement pour cette raison que ces entretiens ont été moins approfondis que les autres. Car les émotions vécues devant une série télévisée peuvent être un ressenti intime, qui ne s'avoue pas forcément. De plus, la question du visionnage illégal reste une question sensible, que l'on ne souhaite pas forcément aborder avec une personne étrangère.

Quant a l'étude de l'organisation de l'offre illégale, il aurait été intéressant de compléter l'étude historique avec des entretiens qualitatifs. Car cela aurait pu clarifier certains points de l'organisation, qui n'est pas toujours claire depuis un forum. Et il aurait aussi été intéressant de connaître les motivations des différents administrateurs des sites. Mais n'ayant pas eu de réponses de la part de ces personnes (ce qui peut se comprendre étant donnée la sensibilité de la question), ces entretiens n'ont pas pu avoir lieu.

Enfin, du point de vue professionnel, il aurait aussi été intéressant d'avoir l'avis d'une personne travaillant dans une chaîne de télévision. Car le regard d'une personne de ce métier aurait peut-être été plus hostile vis-à-vis de l'offre illégale, comparé au regard que peut porter un créateur. Cette vision aurait ainsi pu apporter des recommandations supplémentaires à la fin de cette étude.

Partie 1

Profil de l'usager actif et son utilisation d'internet

A. Le lien entre la série et son spectateur

1) Sentiment « d'ailleurs »

Pour certains adeptes, la série permet de penser a autre chose, d'être purement diverti.

« La série est intéressante parce que tt le monde rêve de voyager d'être quelqu'un d'important enfin moi c'est cette sensation que j'ai quand je regarde la série »

« Ce qui me plait dans la série c'est la grandeur et l'infinité de l'univers de cette dernière. »

Ce sentiment n'a cependant été observé qu'auprès de deux personnes, fans de Dr Who. Il paraît donc logique que cette impression survienne sur ces personnes en particulier, puisque cette série appartient au genre de science-fiction. Ceci n'a pourtant pas été observé auprès des fans de Lost, série qui aurait pu se prêtée à de tels sentiments, étant fantastique. On peut donc supposer que l' « évasion » est un phénomène assez minoritaire.

2) Sentiment de proximité entre la série et son public

a) Attachement

« C'est un peu des amis de qui on prend des nouvelles »

La série est longue, et elle s'étale généralement sur plusieurs années. A force de revoir les mêmes visages chaque jour ou chaque semaine, les personnages deviennent des présences attachantes, simplement parce qu'on apprend a les connaître.

« Dans les séries, tu vois les gens grandir, grandir eux-mêmes, par rapport aux épreuves qu'ils subissent dans la vie, et je trouve que c'est un bon sentiment le fait de regarder. Ça crée de bons sentiments. De voir qu'ils s'en sortent. Bon après, c'est pas toi qui t'en sors, mais t'es contente pour eux »

« Et, notamment lors de la saison 6 que nous découvrions ensemble, je me souviens de notre émotion partagée notamment lors des retrouvailles de Sun et Jin (pourtant deux persos dont je n'étais pas fana à la base) ou lors du final (même s'il y a à redire... et on en a causé des pages et des pages sur ce forum !!). »

(( C'est une série qui te permet de réexaminer ta vie. Elle t'ouvre de nouvelles possibilités, de nouvelles manières de voir le monde, d'interpréter l'existence. Ses personnages deviennent plus que simplement des personnages : ils rentrent dans ta vie, et tu apprends à rentrer en relation avec eux. Ils font partie de toi. Lors de la mort de certains personnages, c'est comme une partie de toi qui meurt. Pas parce que tu t'identifies à eux, mais parce que tu avais fini par être attaché à eux, malgré parfois leurs états d'âmes débiles, leurs réactions connes, et une certaine tendance des scénaristes à les utiliser comme des marionnettes au service d'une intrigue (notamment dans certaines scènes de la saison 2 ou les dernières saisons). »

Cet attachement n'est pas toujours dû aux personnages. Il peut émerger du fait qu'il soit lié a une époque de sa vie. Une jeune femme raconte :

(( Mais je pense que les Frères Scott c'est particulier parce que ça me rattache un peu a mon adolescence. C'est un peu... je m'identifie pas du tout aux personnages, mais c'est juste que c'est un signe, c'est.... C'est quelque chose qui a marqué mon adolescence et que j'ai suivi jusqu'a la fin parce que voilà, ça faisait partie de... C'est plus je dirai sentimental. Et je rattache ça a des bons souvenirs et tout ça, Mada, ma vie de Lycée à Mada et tout ça, donc voilà, j'ai regardé jusqu'a la fin. »

Cet attachement, c'est la raison pour laquelle un spectateur se sent rassuré lorsqu'il regarde sa série. Et à l'attachement peut suivre le sentiment d'identification.

b) Identification

Les spectateurs expriment généralement la sensation qu'une série est proche d'eux, qu'elle leur parle. Le fait de voir leurs personnages affronter des problèmes qui ressemblent à leur quotidien permet une certaine identification.

L'identification a plus particulièrement été observée chez les fans de Glee, dont le public est plutôt adolescent.

(( Glee ce n'est pas une série nunuche où les mecs sont tous super sexy & où les filles sont super canons, okay, ils sont beau & mignons mais je veux dire que tout le monde peut s'identifier à l'un d'eux (: »

(( J'ai été complètement touché par les histoires de ces jeunes lycéens opprimés raillés etc. Ils connaissent les problèmes que chacun d'entre nous peut connaître (j'ai moi-même été opprimé au collège) du coup l'identification s'est faite naturellement. »

(( J'avoue que particulièrement dans Glee, il m'est arrivé d'avoir la gorge serrée car je revivais des instants de ma vie à travers la série. »

Mais le sentiment d'identification n'est pas réservé aux seuls adolescents. Une jeune femme s'explique

(( Il y a des événements qui se passent, et ça le fait se remettre en question sur sa vie, de qui il est, d'ot) il vient, etc ; Et je trouve qu'on peut vachement s'identifier ~ ses réflexions sur lui-même. Du coup ça me permet aussi de me remettre en question tu vois ! Et dans les limites... c'est jamais notre vie qu'on voit en série bien sûr, mais j'aime bien le fait que je puisse m'identifier. »

Et une autre exprime son attachement envers un personnage, a la condition qu'il lui ressemble :

(( Des fois y a un personnage auquel tu t'attaches. Enfin si tu te reconnais dedans. Ce n'est pas forcément un personnage principal. Mais bon tu ne veux pas qu'il lui arrive du mal quoi. Tu te dis a sa place j'aurais fait ça ou alors la même chose. »

3) Les apports personnels de la série

Les spectateurs ont aussi l'impression de changer, d'évoluer avec leur série. Cette sensation est surtout exprimée par les fans de Lost.

(( Last but not least : l'impression que cette série m'a appris des tas de choses dans ma façon de voir la vie (oui, je sais, ça fait bêbête mais j'assume), ce qui fait que je l'ai vue et revue et que je continue d'y penser... »

(( Dans une série, au final, on a beau aimer les références, les théories, ou n'importe quoi, ce qui importe, ce sont les personnages. Et LOST a réussi à me fournir des personnages qui font partie de moi. Charlie (malgré ses égarements en saison 2), Desmond, Hurley, Locke, Nikki et Paolo (non, je déconne !), Sawyer, et même ce couillon de Jack. Ce sont des gens qui font partie de mon existence, au loin. Ils m'ont marqué, et je leur suis redevable. »

(( J'en suis venu a me demander quel genre de personne je serai devenu si LOST n'avait jamais existé. Mais ça c'est une réflexion typiquement lostienne ^^. Je pense que je ne serai pas le même : quelqu'un de moins réfléchi peut-être car LOST a très grandement participé a m'éveiller ! »

Et la série leur a parfois permis d'affronter des moments difficiles

(( J'avais 12 ans, ça s'est terminé j'avais 17 ans, j'ai grandi, j'ai vécu mon adolescence avec Lost comme petite "lumière", comme message qui me disait "ça va aller, tu sais »

(( Glee est une source de plaisir & de bonheur pour moi (: dès que je ne me sens pas bien ça me remonte le moral »

4) L'investissement personnel du public envers une série : le fan art

Face à cet attachement, le public ressent le besoin de s'investir personnellement pour une série.

L'une des répondantes, fans de Dr Who, fait ses propres créations basées sur les personnages de sa série préférée. Ci-dessous, un « K-9 », un chien-robot accompagnant le personnage principal dans ses aventures. Elle confectionne aussi des vêtements inspirés des personnages de la série.

Diverses créations peuvent être consultées dans les forums de fans. Elles peuvent être des réalisations d'échelles variables et de types très différents. Ainsi, en navigant sur internet, on peut trouver des fanfics (fictions écrites par les fans), des montages photos, des dessins, etc. Parmi les réalisations les plus originales trouvées sur internet, un fan de Dexter a même pour ambition de reconstituer une réplique de salle d'exécution type utilisée par le sympathique tueur en série.

B. Rapport social entre la série et ses spectateurs

1) Tantôt, la série isole

Pour la majorité des répondants, regarder une série est une activité qui se fait seul. Car le public aime vivre sa série à son propre rythme.

« C'est vraiment un truc que tu fais tout seul ou a la limite avec ta copine. Mais il faut être au même épisode. Si tu dois l'attendre, au bout d'un moment c'est compliqué. »

« J'aime bien regarder a mon rythme aussi. Parce que voilà, quand j'ai beaucoup de temps libre par exemple, je vais enchaîner, enchaîner, enchaîner les épisodes. Alors que là quand j'ai pas beaucoup de temps, si les épisodes sont sortis, j'ai pas forcément le temps, je vais m'en faire un. C'est pas une activité que je vais faire avec quelqu'un. Par exemple j'ai des amis qui aiment beaucoup Dexter, mais je vais

jamais prendre l'initiative de regarder avec eux. Parce qu'on regarde pas au même rythme en fait. »

Parfois, le spectateur n'a personne avec qui partager son engouement pour une série, ou s'il le peut, c'est avec modération.

(( Après faut savoir à qui tu t'adresses parce que les passions ça se partage avec modération, on connait tous quelqu'un qui a une passion pour un sujet qui ne nous touche pas et qui même nous emmerde quand il revient à chaque fois sur la table (si non vous ne connaissez pas assez de monde sortez et rencontrer un peu des gens, même des péripatéticiennes) »

(( J'en ai parlé à mon boulot et j'ai eu l'impression d'être une ovni. »

Ces difficultés ont été observées dans les forums uniquement. C'est pourquoi, pour ces personnes, c'est un plaisir de pouvoir partager leur passion sur des forums. Ils deviennent une sorte de refuge.

(( En ce qui me concerne, je n'en parle pas à l'extérieur parce que j'ai comme l'impression que la majorité des gens s'en fiche royalement. Mais comme mes camarades du dessus, je suis content d'en parler et d'échanger ici entre fans. »

(( Mes parents s'en fichent royalement, mes amis disent que Glee craint, et que par conséquent JE crains, et ma seule amie qui regarde Glee, "regarde" juste, elle n'est pas fan au point d'en parler (et puis mon perso préféré est celui qu'elle déteste le plus donc ...). Mais si j'avais quelqu'un avec qui en parler, ça serais cool! Et d'ailleurs c'est pour ça que je me suis inscrite sur le forum, pour pouvoir parler avec des gens qui ne me prennent pas pour une folle quand je dis O combien Chris Colfer est parfait xD ! Le forum me permet de dire tout ce que je ne peux pas dire aux autres! Ça fait du bien de pouvoir parler avec des gens qui partage la même passion que toi =) ! »

2) Tantôt, la série crée du lien

La série est un centre d'intérêt commun avec l'entourage pour tous les répondants des entretiens qualitatifs individuels et pour certains participants de forum.

D'ailleurs, c'est généralement sur les conseils d'amis que l'on commence a suivre une série.

(( Alors c'est parce que ma famille, mes parents regardaient. Parce que j'ai commencé a regarder les séries quand j'avais 5 ans. Donc j'ai commencé comme ça, après c'était par les amis. »

(( C'est souvent quelque chose que quelqu'un m'a dit, « tiens regarde ça, c'est sympa ~, ou alors que j'ai découvert par hasard avec quelqu'un mais moi je vais pas m'aventurer a chercher une série parce que sinon c'est mort. »

(( L'avis des gens aide à regarder certaines séries, tu ne vas pas forcément aimer, mais au moins ça t'aide a t'orienter. Et comme ça tu sais s'il faut s'accrocher. Tu sais s'il faut regarder un, deux, trois, voire plus d'épisodes pour accrocher. »

Bien que les séries se regardent seul, elles deviennent ensuite un objet social, autour duquel on discute, parfois pour s'intégrer.

(( Alors a la base j'étais pas du tout série et c'est en discutant avec des gens, et notamment a l'école, ça tournait beaucoup autour... enfin pour nouer des contacts avec des gens, c'est bien de discuter de séries, donc j'ai commencé pour avoir des choses a raconter, et j'ai accroché a certaines d'entre elles en fait. [...] Et puis c'est pour paraître normal ! Parce que si tu fais pas ça, si t'as pas de Facebook tu passes pour un fou. »

(( Même si tu n'as pas vu la série, les personnes avec qui tu discutes peuvent te la raconter et ça fait un sujet de conversation amusant. Les gens qui regardent des séries sont des passionnés, ils te disent que tu dois absolument regarder cette série... Et après pendant le week-end, tu les regardes, et t'essaye de rattraper ton retard. »

(( Tout le temps. Il y a un point oC,, a la fin d'une conversation, tu arrives toujours ~ parler de série. Je crois que maintenant c'est hyper rare d'avoir des conversations sans parler de série. Surtout quand il y a un nouvel épisode qui vient de sortir c'est (( t'as vu le dernier épisode de machin ? C'est fou ! ~ C'est toujours comme ça. »

Pour certains, la série est plus qu'un sujet de conversation et peut être une source d'actions collectives, imitative de la série. Ainsi, un adolescent raconte la création d'une chorale, a l'instar de la série Glee.

(( Et la création du Glee club s'est faite toute seule, on a remarqué que chanter nous faisait oublier le stress du lycée (même si on chante comme des gros nuls, mais bon, Glee est plein de gros nuls, qui savent juste chanter, eux !) Et chaque semaine nous avons un thème et nous chantons, par exemple à la rentrée le thème est vacances d'été donc il est toujours en marche »

Quant aux membres de forums, la série leur a permis de faire de nouvelles rencontres.

(( Pour moi, une bonne série ne doit pas se vivre seul. Une bonne série, on a envie d'en parler, de réfléchir dessus ensemble, de rencontrer des gens qui, comme nous, aiment cette série et vibrent un peu pour elle. Et là où LOST a pleinement réussi sa mission, pour moi, c'est là-dessus. LOST a rapporté des gens dans ma vie qui y resteront pour toujours. C'est ici, sur ce forum Lost-Site, que j'ai rencontré mon amoureuse fameuse (aka Camouch, zoubisoubisou), et beaucoup de gens qui sont devenus mes amis, avec lesquels j'aime passer du temps, discuter, et partager des choses. »

(( J'ai découvert une communauté de Lost assez énorme (ça se voit surement moins aujourd'hui ). J'ai rencontré des gens de divers endroits (de tous les coins de la France, du Québec et même de Belgique), de tous les âges, de diverses cultures, avec des caractères différents, etc, qui partageaient tous un avis différents, une histoire différentes par rapport à Lost. Et donc, ça me semble très important de souligner que Lost est aussi une expérience humaine assez fantastique. »

(( Concernant ce forum je m'y suis inscrite et je ne regrette pas une seconde. Les membres y sont adorables. C'est comme une 2nde famille où l'on vient lire les news et se changer les idées. »

C. Un spectateur non plus fidèle, mais « addict »

1) Une reconnaissance de cette addiction par les spectateurs

Le spectateur admet qu'il ressent une certaine dépendance envers la série qu'il suit.

(( LOST est une véritable drogue au sens propre du terme. On ne peut plus s'arrêter. La saison 6 est en elle-même une cure de désintoxication à LOST et le but du dernier épisode consiste à (( lâcher prise ». »

(( Pour la première fois depuis longtemps j'étais accro vraiment à une série. Pourquoi ? Les personnages (le côté "choral" : beaucoup de persos), le système des flash backs (évolution de chaque perso, tout le monde a un côté sombre, tout le monde a eu un passé douloureux...), la "seconde chance" donnée sur l'île, le tout saupoudré de mystère (qui étaient ces Autres ? c'est quoi, cette fichue fumée noire ? et Danielle, elle est juste dingue ?). »

(( Voilà, ça a commencé à l'adolescence avec Hartley Coeurs a Vif et Urgences... puis j'ai découvert la VO, la VOSTF et là, c'est le drame...tout s'est accéléré et, sans que je le réalise j'étais devenue accro... et maintenant, c'est arrivé au point ou, si j'ai pas ma dose minimum d'épisodes journalière, je compense le manque en m'achetant des boucles d'oreilles et/ou des fringues... (Vous voyez un peu dans quel état je suis!). »

Malgré cette dépendance, certains essaient de se modérer se limitant à un certain nombre d'épisodes.

(( J'essaie pour faire durer le plaisir parce que sinon ça va trop vite. »

(( Même si j'avais tous les épisodes sur mon PC, je me forçais en n'en regarder que 2 par semaine : le même soir à chaque fois, comme un rituel auquel je ne pouvais jamais déroger. »

D'autres, au contraire, préfèrent pratiquer le « Beach watching », soit enchaîner les épisodes d'une saison le plus possible, et parfois d'une traite.

(( Je peux pas attendre genre une semaine pour connaître la suite. Quand t'es trop à fond t'as envie d'enchaîner. En plus comme ça t'arrive mieux a suivre l'histoire, tu te souviens mieux de tout. »

Et il y a ceux qui souffrent de leur addiction : ils se sentent forcés de continuer à suivre leur série, malgré les déceptions des derniers épisodes.

(( Il y a eu des épisodes un peu inutiles, des personnages fades, mais je ne sais pas, c'était + fort que tout aussi. »

(( Je me souviens, à la fin de chaque saison, m'être emballé dans des discours de "C'était bon, mais quel gâchis !"... Avoir trouvé ça très inégal, parfois chiant (notamment en milieu de saisons, en général), parfois génial, mais j'étais quand même toujours embarqué par un petit quelque chose »

(( 9 saisons oui. 9 saisons c'est dur ! Parfois je regardais les épisodes et je me demandais pourquoi est-ce que je continue a regarder ça ? Ca n'avait absolument aucun intérêt quoi ! Et il y a même une saison ou j'ai même délibérément pas regardé la saison au fur et a mesure. [...] je trouvais que ça avait tellement plus de sens qu'au bout du 3e épisode d'une saison, je sais plus laquelle, j'ai plus regardé et j'ai attendu que la saison se finisse complètement pour pouvoir enchaîner les épisodes plus vite. »

2) Une addiction a la limite de l'obsession pour certains

Pour les adeptes de Lost, la série doit être revue pour en comprendre tout son sens.

(( Chaque rediffusion oblige à remarquer des éléments nouveaux invisibles au premier abord. Qui plus est, une grande partie de la mythologie Lostienne est laissée à notre imagination et à notre interprétation de ce que l'on nous dit. Ainsi, les débats éclatent, les théories germent et les guerres (froides) explosent entre les fans qui cherchent à obtenir les réponses laissées en suspens. »

D'ailleurs, cette même série suscite encore des débats, bien que déprogrammée depuis deux ans.

(( Deux ans après, il nous arrive d'en parler encore pour revoir certains points encore obscurs, et d'en débattre. C'est la preuve que nous n'en avons pas encore terminé, et que cette série malgré quelques défauts, nous passionne toujours .... »

Pour certains fans, la série de suffit plus, et le besoin d'aller plus loin se fait ressentir.

(( C'est l'épisode Original Songs (2x16) qui a été LE déclic c'est à partir de là que je suis devenue vraiment accro, que je me suis intéressée aux acteurs en eux-mêmes et plus seulement aux personnages, que je suis mise à lire des fanfics et mettre des musiques de Glee sur mon iPod (Et éventuellement que je suis devenue une fangirl complètement hystérique de Chirs Colfer xD)! »

Parfois, la série fait trop réfléchir au point de ne plus être un plaisir.

(( Il y a des moments c'est même plus un plaisir, tu te prends la tête pendant des heures à essayer de comprendre. Tu te demandes si c'est le paradis, si c'est ailleurs, s'il y a Dieu, à quelle époque ils sont... Chronologiquement tu ne comprends plus rien. Mais si tu es lié aux personnages tu peux continuer »

3) La fin d'une série

Si la série rend addict, lorsqu'elle prend fin, cela suscite diverses réactions.

Elle peut être un déchirement pour les fans, surtout si ces derniers la trouvent décevante.

(( Bien sûr, comme beaucoup, j'ai été premièrement déçu par le manque de
réponses APPARENT apporté par le dernier épisode. Mais je ne voulais pas le
trouver décevant. Pour moi LOST était tellement importante que je ne pouvais pas

dire « la fin c'est nul ~. Aujourd'hui, j'adore la fin de LOST car j'ai appris ~ l'apprécier. C'est grâce a cet épisode que j'ai compris qu'il fallait « lâcher prise ~ et je me suis rendu compte qu'il y avait des choses bien plus importantes que LOST dans la vie mais finalement, je ne regrette rien. Ces six années (enfin plutôt cinq pour nous fans francophones qui ne connaissions pas la VOSTFR au début) sont et resteront mémorables. »

Mais cette fin peut aussi être un soulagement, quand la personne se sentait « obligée » de suivre les derniers épisodes ou dernières saisons.

One Tree Hill qui vient de se finir - Oh c'est fini ! C'est triste mais j'ai envie de dire enfin !

4) Pour assouvir cette addiction : détournements et bidouillages

L'attente de la diffusion française devenant insoutenable, l'utilisation d'internet devient, tôt ou tard, incontournable.

(( La saison 3, je l'ai suivi à la télé également. Les 3 dernières, je ne pouvais plus attendre et je les ai regardé directement sur Internet et en plus en VOST (ce qui est largement mieux selon moi). »

(( A l'époque de la saison 3 et avec un anglais bien meilleur que 2 ans auparavant, j'ai commencé à ne plus attendre la diffusion belge à la télévision et à la regarder en vostfr »

(( Quand on est accro à une série, on n'a pas le courage d'attendre que la prochaine saison sorte en français, donc j'ai regardé les saisons 2 et 3 en VO. »

Ces anciens téléspectateurs font alors appel à différentes astuces.

Tout d'abord, le téléchargement reste d'actualité ; pour cela, plusieurs solutions :

(( Moi je télécharge illégalement des torrents, dès la sortie de l'épisode aux USA... »

(( J'utilise Google, je tape le nom précis d'un épisode, le n° de l'épisode, la saison, et puis VOSTFR et il balance toute une série de page et après je fais mon choix. C'est du direct download, c'est pas du Torrent. »

D'autres préfèrent se rabattre sur le streaming

(( Moi j'utilise un site qui s'appelle TV links. TV-links.eu. Je trouve ça très bien. Je trouve ça très bien fait. Il y a beaucoup de liens, ça répertorie les séries c'est le, la façon dont c'est... le display est vraiment très esthétique, et ça te permets de regarder plusieurs séries. Et pour télécharger j'utilise des trucs de Torrent. »

(( J'utilisais souvent MegaVideo. Mais depuis sa fermeture j'ai dû chercher de nouveaux sites comme Project TV ou DP streaming. Le problème avec ces sites c'est que la durée de streaming est limitée, mais on trouve des systèmes pour pouvoir regarder plus et ne pas être coupé au milieu de sa série. Voilà comme ça je

peux regarder mes séries et c'est gratuit, même si certains sites ne sont pas très chers »

Cette pratique est jugée pratique pour plusieurs raisons

(( Le streaming c'est plus pratique quand c'est juste un épisode par semaine parce que du coup, moi les liens streaming que j'ai ça va assez vite, c'est juste pour un épisode. Déjà t'as pas besoin... tu prends pas de place sur ton disque dur etc. «

(( Je regarde en streaming je n'ai pas honte. Je ne télécharge pas, je n'aime pas télécharger. J'ai peur d'attraper des spams ou des virus, et de toute façon je ne regarde les séries qu'une seule fois donc pas besoin de les télécharger je préfère le streaming. »

D'autres techniques permettent d'accéder aux télévisions étrangères ou a leurs sites

(( Pour la bbc à un moment j'avais un logiciel qui s'appelait TVO mais la dernière fois que j'ai voulu l'essayer il ne fonctionnait plus pour la bbc, et a une époque je regardais grâce au site Filmon qui offrait des minutes de vues gratuites (il suffisait d'actualiser et de prier pour que la recharge de page ne tombe pas dans un moment important xD) mais maintenant je n'ai plus aucun moyen de voir la bbc j'attends la sortie de la nouvelle saison pour en rechercher un =) »

(( Un moment je sais que je suivais sur les sites des chaînes américaines parce qu'elles passent leur série sur internet après. Mais c'est ouvert qu'aux américains. Du coup, du peux télécharger un truc qui brouille ton adresse IP, et tu peux regarder sur les sites de chaînes US. Mais en même temps ça te supprime tout ton historique donc c'est pas pratique. Donc c'est pour ça que j'ai arrêté de le faire en fait. »

Et même pour une série quotidienne comme Plus Belle La Vie, certains fans préfèrent aller sur les sites de chaînes étrangères qui ont de l'avance

(( Tous les soirs je suis devant ma Tv sur fr3. Je regarde aussi la chaîne suisse qui a une semaine d'avance sur la France car je veux suivre les péripéties de nos chouchous. »

Mais certains ne sont pas très familiers avec ces techniques et préfèrent demander à leur entourage.

(( Et je suis pas très... enfin les seules fois ot) j'ai essayé de télécharger des trucs, en fait je trouvais jamais ce que je voulais, et puis ça commençait à me désespérer, et au bout d'un moment j'ai commencé a demander aux autres de télécharger pour moi. »

Une autre alternative, lorsqu'on ne maîtrise pas ces techniques, est d'acheter des DivX

(( Avant on pouvait regarder sur MegaVideo, je les regardais sur MegaVideo. Et maintenant que MegaUpload n'est plus, j'achète les DivX en fait. »

En plus d'avoir l'avantage de mettre a jour le public rapidement sur les nouveautés, l'offre illégale présente des avantages supplémentaires non négligeables.

- Le premier avantage est que l'offre est gratuite

« Mais d'un côté, il est difficile de mettre à jour nos séries US sans payer cher, et, il n'y a pas de secret : je n'en ai pas l'argent x) Bref »

« Si je télécharge illégalement, c'est pas pour payer ! En fait c'est des habitudes de crevard d'étudiant. Maintenant que j'ai un salaire, je pourrais payer, mais pourquoi payer si je peux les avoir gratos. »

- L'avantage le plus souvent cité, en particulier dans les forums, est que les séries sont proposées en version originale sous-titrée en Français :

« Et effectivement, une fois la VOSTFR découverte, on ne peut que déclarer que la VF est bien moins agréable à regarder. Je ne la critique pas, loin de là, mais ma préférence va sans conteste à la VO car on perd énormément lors de la traduction et de l'interprétation des doubleurs »

« Et sincèrement, même s'il faut un petit temps d'adaptation, on se rend vite compte que la VO est vraiment mieux que la VF [...J Quand on est habitué a la VO, on ne retourne sous AUCUN prétexte à la VF, pace que le doublage français est AFFREUX! Sérieux, les voix ne correspondent pas du tout aux personnages, et puis la traduction est parfois horrible. Par exemple, certains moments que j'avais trouvé trop mignons en VO, étaient un massacre une fois traduit en Français! Donc maintenant je ne regarde que sur internet pour avoir la VO. Et puis internet permet de regarder encore et encore ses épisodes préférés »

- Un autre avantage est la facilité d'accès aux séries : internet est donc un moyen sûr de ne rater aucun épisode.

« J'avais loupé des épisodes, j'ai découvert la série vers la moitié de la saison 1, donc j'ai re-regardé la saison depuis le début sur internet pour mieux comprendre l'histoire (logique!). »

« L'intérêt du téléchargement c'est que tu peux l'avoir chez toi directement. Ça reste ton ordinateur. Et tu peux le dégager quand tu veux en fait. Disons que ça ne prend pas forcément trop de temps a télécharger. Et puis ça permet de suivre... comment dire... ça permet de télécharger tous les épisodes un par un en fait. C'est plus facile. »

« Et sur internet je peux regarder quand je veux, si je veux regarder à 3h du mat c'est bon. Et je peux faire pause au milieu. »

Partie 2

La diffusion illégale des séries télévisées sur internet, un processus bien rôdé

Dans la partie précédente, on a vu que les spectateurs usent d'une multitude d'astuces pour pouvoir regarder leur série, a l'heure américaine. Ces astuces peuvent paraître, plutôt techniques et complexes à mettre en place au premier abord. Cela signifie-t-il que tous ces usagers actifs sont des hackers ? Pas tant que ça. Car l'environnement permettant d'obtenir une série de façon illégale est, malgré son apparence, très bien organisé et assez ergonomique pour l'utilisateur.

A. De la chaîne à la toile

La première étape de migration clandestine d'une série vers son public est le chargement d'une série qu'un spectateur lambda aura enregistré (par exemple sur son disque dur rattaché à sa télévision) sur une plateforme de diffusion, dont on a déjà défini le type dans la revue de littérature : le streaming, le téléchargement direct, le peer-to-peer.

Ces plateformes de partage de fichiers sont faites pour être simples à utiliser.

1) Les plateformes de téléchargement direct et de streaming

Les plateformes de téléchargement direct assurent aussi, généralement, la fonction de streaming. Pour charger un fichier sur ce genre de plateforme, il suffit de s'inscrire pour bénéficier d'un espace de stockage. Cet espace varie en fonction de la formule sous laquelle on décide de s'inscrire. Il y a en général simplement deux offres : une offre basique gratuite permet d'accéder a un espace de stockage limité, et une offre illimitée payante qui, comme son nom l'indique, permet de bénéficier d'un espace de stockage sans limite.

Une fois cette inscription réalisée, on peut décider de partager le fichier à un nombre limité de personne, ou ouvrir l'accès a ce fichier a tout public. C'est grâce a cette dernière fonction que les vidéos peuvent être faciles d'accès sur internet.

Depuis la fermeture de MegaUpload, les principales plateformes utilisées pour diffuser ce type de contenu sont MixtureCloud et PureVid.

Mais la plateforme PureVid va plus loin, car elle propose de rémunérer les personnes qui publieront du contenu sur son site selon une grille de critères bien précis.

La rémunération se fait en fonction : du nombre de vues par vidéo, de la durée des vidéos publiées, et du pays d'origine (de la vidéo ou de l'internaute : ce point n'étant pas précisé, on pense qu'il s'agit de l'origine de la vidéo en question).

Ci-dessous, un aperçu de cette grille de rémunération :

On notera que cette grille porte une attention particulière aux contenus anglo-saxons venus des Etats-Unis, du Royaume-Uni, ou du Canada (correspondant tous à la catégorie (( A » de cette grille), qui sont les pays d'origine des séries les plus populaires.

Ce système de rémunération est donc particulièrement attractif pour les usagers, qui prennent aussi un risque juridique lorsqu'ils diffusent du contenu illicite. Cela permet donc de rendre la plateforme particulièrement attractive par une offre riche en contenus et d'augmenter, de cette façon, son trafic. A cette hausse de trafic suit, en toute logique, une hausse des recettes publicitaires et des ventes de forfait.

2) Le peer-to-peer

Pour cette méthode, l'usager doit simplement glisser son fichier ou dossier qu'il souhaite partager sur l'interface de partage proposée sur son logiciel Torrent. Le logiciel fourni ensuite simplement un lien, dit (( torrent ~, qui donnera accès au contenu. L'usager n'a ensuite qu'à partager ce lien avec autant de personnes qui souhaiteront télécharger ce contenu.

Mais pour que ce contenu soit attractif pour le plus grand nombre, il est nécessaire de mettre en ligne des séries traduites en français.

B. De la « VO » à la « VOSTFR » : démocratisation du contenu

Tout le monde ne parle pas anglais ; et pourtant, ce sont généralement les séries américaines qui connaissent une forte popularité, et qui sont, en conséquence téléchargées. Toute cette structure n'a donc de sens que si les utilisateurs finaux comprennent les séries qu'ils regardent, et cela grâce aux sous-titres.

Mais comment ces sous-titres sont-ils fabriqués ?

1) Qui est le fansubber ?

Les sous-titres des séries disponibles sur internet sont créés par des fansubbers, littéralement : des (( fans sous-titreurs ». Ils ne sont donc pas des professionnels de la traduction et réalisent les sous-titres de façon amateur.

D'après un traducteur interrogé dans le reportage Series Addict (Olivier Joyard), dans cette communauté il y a (( des étudiants, des professeurs, des gens d'une trentaine d'années. Et puis on a même des gens d'une soixantaine d'année, des gens a la retraite. »

Des profils différents viennent ainsi rejoindre la communauté des fansubbers :

« Je suis une fan de série, et regarde plusieurs de vos traductions (anglais français) en vostrfr et je suis aussi... prof de français,

« Je suis français et possède une licence (bac+3) en anglais, et ai voyagé pendant plusieurs années dans des pays anglophones, US compris! »

« Je suis donc française et étudiante en Master de Marketing (avant ça j'étais en Master 1 de LEA), donc mon niveau d'anglais est plutôt bon. »

« Bonjour je suis Dpaulp, Daniel pour les intimes et 62 ans passés sur terre. Ma kyrielle de prénoms m'a induit mon pseudo et j'hiberne dans le Quercy après 25 ans passés en Picardie. Un ours moi ? Mais non, si peu. Câlin et tranquille pour me remettre de 44 ans de boulot. Un peu de sang régulateur utile ? Si oui, je suis dispo tant qu'on ne me charrie pas plus que nécessaire ! »

« J'ai 26 ans, toutes mes dents (ou presque), je travaille mais c'est moi le patron (restauration de meubles) alors je peux donner un peu de mon temps et de ma patience infinie à cette bonne cause qu'est le sous titrage. »

Le fansubber peut donc être n'importe qui, l'essentiel étant d'être motivé.

Cette motivation pour s'atteler a la traduction vient généralement de leur passion pour les séries :

« Après, pour avoir fait de la traduction en cours pendant près de 4 ans, je sais que je suis pas super douée en ça, néanmoins, je me suis permis de participer à la traduction du dernier épisode de NCIS Los Angeles, voyant que ça faisait quelques

jours que la traduction était au point mort (certainement un manque de traducteurs) »

« J'ai décidé de prendre le taureau par les cornes et de vous écrire, non pas pour m'en sortir et pour mettre fin à ma dépendance mais au contraire pour la rendre productive et vous aider dans le sous titrage!!! »

« Après des années de consommation de séries j'ai envie de mettre à profit ma formation en anglais, de donner en retour quoi. »

Mais certains s'y mettent pour tenter de relever le niveau des sous-titres :

« C'est la 1ère fois que je m'inscris sur un forum quelconque, mais en tant que fan de séries américaines je ne supportais plus de voir des erreurs de traductions dans les vostfr, alors je viens proposer un petit coup de main ! »

« Il m'arrive de trouver des VOSTFR dont les traductions laissent un peu à désirer et je me disais que je pourrais parfois faire mieux et éviter des drames linguistiques. C'est pour ça que je vous écris ! »

2) Le travail d'un fansubber

La réalisation de sous-titres consiste en trois tâches distinctes : la traduction, la relecture, et la synchronisation. Ces tâches sont soumises à des règles, qui sont écrites dans des tutoriels postés sur les forums de fansub.

a) La traduction

La traduction est l'étape initiale. Elle se fait a partir d'un fichier retranscrivant les sous-titres télétextes faits pour les sourds et malentendants, dans la langue d'origine de la série.

Cette étape exige que certaines règles soient suivies : un nombre caractères limités par sous-titre, le respect d'une certaine typographie, prêter attention a l'orthographe, adapter le discours au vouvoiement ou tutoiement en fonction du contexte, traduire ce que l'on sait, retirer des informations d'utilité faible (comme la retranscription des sons, faite spécifiquement pour les personnes sourdes). Enfin, il est conseillé au traducteur de voir l'épisode, avant de démarrer une traduction.

b) La relecture

Cette partie du travail est plutôt assumée par des personnes expérimentées. Il s'agit de vérifier si des erreurs n'ont pas été laissées par le traducteur, ces erreurs pouvant être des fautes d'orthographes, des oublis de mots ou des contresens. De plus, le relecteur vérifie que les sous-titres sont bien adaptés a ce qu'il se passe sur la vidéo. Au passage, il peut modifier certains passages pour une traduction qu'il estime, plus fluide ou plus simple a intégrer dans la synchronisation, qui est la troisième étape.

c) La synchronisation

Elle consiste à faire en sorte que les sous-titres soient accordés (ou synchronisés) avec les dialogues. Le synchronisateur permet en fait de simplifier au maximum la lecture des sous-titres pour le spectateur. Il peut donc, si nécessaire, couper une phrase en plusieurs morceaux pour ne pas faire apparaître un texte trop chargé, ou fusionner des sous-titres si cela paraît cohérent dans un contexte ou le débit de parole peut être assez rapide. Mais en aucun cas il ne peut faire de modification sur la traduction.

Ce travail technique et de précision peut même respecter des normes de sous-titrages, établies par des fansubbers69 :

Cette tâche peut être réalisée en première, deuxième, ou troisième partie, sachant qu'il peut encore y avoir des resynchronisations après modifications des traductions si nécessaires.

d) Un investissement de temps

Pour réaliser ce travail, le sous-titreur doit faire preuve de beaucoup de patience, car fournir un travail de qualité, c'est faire un investissement important de temps.

Ainsi, pour les estimations de temps, une bloggeuse70 fournies quelques estimations :

69 U-Sub.net

70 http://leblogdemaud.wordpress.com/2009/08/11/fansub-teams-comment-font-elles/

(( Pour traduire une heure de sous-titres, entre 10 à 15 heures de travail » Et la relecture :

(( Pour une heure de vidéo entre 2h et 5h de check ».

Mais ces durées peuvent être très variables selon les personnes :

(( Il est vrai que quand on traduit tout seul, ça prend énormément de temps, surtout si on veut être précis. Par exemple, rien que pour faire un épisode des Simpsons (que je faisais seule à un moment) je mettais plus de 4heures avant d'en voir le bout ^^ »

(( Pour un épisode de 45min il faut compter 1 bonne journée je pense et encore ... »

(( Je suis en train de corriger un sous-titre sorti il y a à peine 4h, ça fait 2h30 que je bosse dessus et je suis loin d'avoir fini. »

Quant au temps de synchronisation, il peut être variable en fonction des dialogues et de l'expérience que l'on a de cette activité.

(( Il faut prévoir qu'une synchro peut aller de 40 minutes à 2h pour 10 minutes d'un épisode, selon la densité de celui-ci. »

L'activité de traduction étant particulièrement prenante, les fansubbers doivent être organisés pour sortir des sous-titres de façon efficace.

3) L'organisation des fansubbers

a) L'organisation historique : les teams

Ce fonctionnement est le plus courant. Son principe est de rassembler les sous-titreurs en petites équipes, dites « team ~, oü chacun se verra attribué l'une des tâches décrites plus haut.

Pour décrire ce fonctionnement, on peut prendre l'exemple de la communauté U-sub.

Elle propose un large éventail de séries à sous-titrer. Lorsqu'un membre est intéressé par une série en particulier, il peut monter une team et en devenir le responsable ou co-responsable.

Pour recruter des membres, il passe une annonce sur le forum U-Sub :

Le nombre de membres par team peut être très variable. D'après les observations que l'on a pu faire sur le site U-Sub, le nombre de membres peut être de cinq à une quinzaine.

Chaque team décide ensuite de la façon dont elle souhaite s'organiser, et de la répartition du travail en interne (tous les membres d'une même équipe ne travaillent pas obligatoirement sur tous les épisodes, et ne sont pas obligés d'assumer le travail sur un épisode entier lorsqu'il participe).

Lorsqu'un membre est encore débutant, il peut apprendre le « métier » avec un parrain ou une marraine.

L'organisation d'une team est facilitée par la mise a disposition par U-Sub d'espaces de travail :

- L'atelier du Sub

« Le lieu de travail des subbers. Il vous permettra de postuler pour des tâches, de télécharger les parties sur lesquelles vous devrez travailler et de poster votre travail. Il est accessible via le petit onglet en bas à droite de votre écran qui est symbolisé par une clé et un tournevis, passez la souris dessus et le menu s'affichera. »

- Le Fabriksub

« Une section de forum strictement réservée à ceux qui font les sous-titres, c'est une zone d'échange et de communication entre les membres d'une

team. Chaque semaine, un sujet est créé sur l'épisode à venir et vous pouvez alors prévenir les autres membres de votre disponibilité pour l'épisode en question.

Ils sont accessibles dans l'index du forum dans la catégorie "fabriksub". Il est très

important d'y être actif: de poster si vous êtes disponible, si vous prenez une partie et surtout quand vous la prenez, quand vous comptez la rendre.

Afin que la team puisse suivre la progression à venir du sous-titre. Enfin n'hésitez pas à y poster des questions si vous en avez concernant la traduction par exemple ou toute autre question sur votre tâche. »

De plus, des outils techniques sont à la disposition des membres :

- Un convertisseur permettant de passer les sous-titres sous différents formats de compatibilité

- « Typo », utile pour procéder à des modifications qui seront synchronisées

simultanément sur trois versions différentes d'un épisode (HDTV, 720p, web-dl)

L'avantage du travail sous forme de teams est qu'il permet un travail de qualité, du fait que la structure de chaque équipe est limitée, et que chacun sait donc ce qu'il a a faire. De plus, le nom de la team est systématiquement intégré dans les sous-titres au début ou à la fin de chaque épisode, ce qui motive les membres à créer des sous-titres de qualité : le nom de la team devient une marque de confiance, et une fierté pour ses membres.

L'inconvénient de ce mode de traduction est qu'il peut être parfois long, par exemple sur des séries un peu moins populaires, où le nombre de membres par team peut ne pas être élevé. Pour pallier à cet inconvénient, une deuxième méthode existe.

b) Le principe du crowdsourcing : une traduction « industrialisée »

La deuxième méthode de sous-titrage, que l'on peut qualifier d' « industrielle », reprend le principe de crowdsourcing. Pour mieux comprendre cette méthode, on se basera sur l'étude de la communauté Addic7ed.

Un membre s'explique :

« Sur ce site, c'est davantage une communauté qu'une team. Qui veut participe à ce qu'il souhaite, en gros, ce qui a ses avantages et ses inconvénients. Une fois la série diffusée aux Etats-Unis, il y a le sous-titre anglais qui sort, synchronisé, puis une traduction en Français est créée par le premier traducteur qui passe par là, et il n'y a alors plus qu'à rejoindre la traduction pour apporter son aide, suffit juste de cliquer sur le lien. On peut aussi améliorer des sous-titres déjà existants en les éditant. »

Le modèle addic7ed est une plateforme de travail « géante », où la traduction se fait en ligne, et où chacun peut aller où il veut. Analysons ce système plus en détail en faisant une visite guidée de ce site.

Comme expliqué plus haut, les sous-titres télétexte pour malentendants arrivent sur le site, directement synchronisés. Les synchroniseurs n'interviennent donc qu'au début du processus.

Une page du site Addic7ed est alors complètement dédiée aux derniers sous-titres (dans leur langue originale) chargés. Elle permet aux traducteurs (qui sont à la fois traducteurs et relecteurs) de choisir l'épisode sur lequel ils souhaitent travailler.

Les subbers peuvent aussi choisir leur épisode en tapant le nom de la série souhaitée dans la barre de recherche mise à disposition, et voir sur quel épisode il peut travailler.

Après avoir sélectionné un épisode, plusieurs options sont proposées aux traducteurs : ils peuvent rejoindre un travail déjà démarré et en cours, ou créer une nouvelle traduction (dans une langue différente par exemple).

Ils arrivent alors sur un espace de travail, où ils peuvent traduire le texte en ligne directement :

Les dialogues étant pré-synchronisés, les traducteurs ont juste à choisir sur quels morceaux de dialogue ils souhaitent travailler. Ils peuvent ainsi créer des traductions sur des morceaux non traduits (lignes en rose sur le tableau ci-dessus) ou recorriger les traductions déjà réalisées (lignes grises).

A chaque ligne est enregistré le pseudo du sous-titreur (colonne de gauche), ce qui permet de réaliser des statistiques, et connaître le pourcentage de travail réalisé par chaque membre. Au bout d'un certain temps, un statut est donné au subber : s'il fait beaucoup de corrections, il obtient un statut de correcteur, et si son activité est majoritairement la traduction, il obtient le statut de traducteur.

Le principal avantage de cette organisation est la rapidité à laquelle un sous-titre peut sortir. En effet, il n'est pas nécessaire de faire partie d'une équipe pour commencer une traduction, et il suffit de s'inscrire sur le site pour démarrer la traduction de l'épisode que l'on souhaite. Chaque épisode peut donc être ouvert à un très grand nombre de personnes.

(( Le fait de pouvoir traduire ce que l'on veut à l'heure que l'on veut, c'est vraiment un bon fonctionnement. »

(( Tout se passe en ligne sur Addic7ed, où chacun traduit un peu ce qu'il a envie (un peu comme il a envie aussi des fois ^^), du coup c'est assez simple »

De cette façon, des sous-titres traduits peuvent être disponibles dans les 24h, et parfois moins.

Mais cette organisation a aussi un inconvénient majeur : lorsque les traductions atteignent un taux de sous-titres traduits proche de 100 %, les sous-titres sont automatiquement déclarés comme « Complets ». Ils sont immédiatement téléchargés en masse. Or, de cette façon, ces sous-titres risquent de ne pas avoir été corrigés avant leur diffusion. Et c'est parfois une mauvaise traduction qui circule ensuite sur internet.

(( Des personnes n'étant pas capables de traduire correctement des sous-titres "s'incrustent" et gâchent réellement le travail de certains traducteurs. »

(( J'en suis passée à ne même plus traduire, ça ne sert à rien, je trouve, alors maintenant, je ne fais plus que de la correction pendant qu'ils traduisent. Je recoupe leurs phrases gigantesques, je modifie les tu et les vous car j'écoute la vidéo téléchargée en VO en même temps, et je corrige l'orthographe immonde pour ne pas gâcher le plaisir de tous les gens qui regardent leurs séries favorites. »

(( Ce qui est dommage c'est que la moitié des modifications auraient pu être évitées si lors de la traduction les instructions données par le site avaient été respectées et si les personnes avait pris le temps de relire un minimum leur phrase. Du coup, ça fait fast-sub, c'est dommage »

Cela mène certains à se demander si cette organisation ne peut être améliorée en intégrant certains principes du sous-titrage en team.

(( Je pense que ce qu'il faudrait c'est être dans l'incapacité de télécharger les sous-titres avant qu'un ou plusieurs correcteurs/relecteurs aient pu "valider" la traduction, mais je ne pense pas que ça soit possible sur ce site. Mais cela permettrait d'éviter les premières traductions faites à la va-vite de se retrouver sur les sites de streaming, torrent etc. »

Avec une organisation aussi pointue, on comprend mieux comment les sous-titres sont diffusés de façon rapide. Une fois disponibles, ils peuvent être directement intégrés dans les vidéos, mais ils peuvent aussi être gardés à part pour que le spectateur fasse son choix de sous-titres, dans le même temps que son choix dans le mode de visionnage.

C. Les annuaires : l'usager n'a plus qu'à faire son marché

Une fois ces vidéos (sous-titrées) en ligne, la simple recherche de vidéos par Google peut être laborieuse, étant donnée la quantité importante d'informations recueillie par le moteur de recherche. Alors que l'annuaire est spécialiste du référencement de vidéo, ce qui facilite la recherche de l'usager. Mais ces sites n'hébergent en aucun cas les fichiers : ils ne font que rediriger vers les sites diffusant les vidéos.

1) Les annuaires pour les sites de streaming et de téléchargement direct

Les vidéos peuvent être chargées sur plusieurs sites. Ainsi, une seule plateforme peut ne pas contenir toutes les vidéos que souhaitent voir les usagers. Cela peut donc le contraindre de naviguer de site en site, pour trouver sa vidéo. Et cette opération est d'autant plus complexe que les plateformes de diffusion ne proposent parfois pas un répertoire de vidéo avec un classement par série et par saison par exemple. A l'extrême, MixtureCloud ne propose même pas de barre de recherche, et si l'on n'a pas le lien direct vers la vidéo, on ne peut pas y accéder.

D'oü la création d'annuaire, oü il y a généralement catégories de trois répertoires : les films, les séries, les mangas. Ils donnent généralement la possibilité aux usagers de rechercher leurs vidéos par ordre alphabétique, par genre, ou en utilisant une barre de recherche.

Prenons l'exemple de DP Stream, cité par l'un des répondants aux entretiens qualitatifs, pour illustrer le déroulement d'une recherche de série.

L'usager peut saisir directement le nom de la série qui souhaite voir dans la barre de recherche :

Il est ensuite rediriger vers une liste de choix de séries, dont les noms correspondent à la requête.

En sélectionnant la série désirée, l'usager n'a plus qu'à choisir la saison et l'épisode qu'il souhaite regarder.

Ces bases de données sont créées par des amateurs, lesquels touchent certainement un revenu lié aux publicités ou dons, mais on peut penser que cela couvre les frais d'entretien du service. Ajoutons que ces sites ne sont pas de simples bases de données, mais des sites communautaires. En effet, ces sites abritent aussi des tchats et forums, rendant le tout convivial.

Ces communautés d'internautes sont en fait nécessaires a la survie de ces sites. Car les bases de données sont alimentées par les membres du site. Et plus il y a de membres actifs, plus le site pourra proposer des liens de références.

2) Les annuaires pour les torrents

Une fois les torrents créés, ils peuvent être partagés. Mais encore faut-il que les personnes désirant télécharger puissent retrouver les liens. C'est pourquoi ils sont ensuite partagés sur des sites, qui sont des bases de données centralisant les torrents.

De même, ces sites sont équipés d'une plateforme ergonomique pour l'usager a la recherche d'un fichier particulier.

Ci-dessous, l'interface de The Pirate Bay, l'une des bases de données les plus connues :

Son accueil est particulièrement simple d'utilisation, puisqu'il reprend le principe de Google. Il suffit donc simplement de saisir le nom du contenu que l'on cherche, et une liste exhaustive s'affiche :

L'utilisateur n'a plus qu'à choisir le lien qui correspond a ce qu'il recherche. S'il souhaite obtenir plus de détail sur un des liens, il clique dessus, ce qui le redirige vers une page détaillée l'informant du contenu.

C'est sur cette page que l'usager peut décider, de procéder ou non au téléchargement.

D'après les entretiens réalisés auprès d'usagers, cette méthode peut être assez rapide et peut prendre une dizaine de minutes, ce temps dépendant du nombre de personnes émettrices du fichier.

Partie 3

Légalité vs illégalité

A. Perception sur les moyens légaux

1) La télévision

Une personne avoue trouver la télévision complémentaire à internet. Pour elle, la télévision s'apparente a un moment convivial, c'est un rendez-vous.

(( Pour le rendez-vous. C'est l'habitude, ça a toujours été comme ça. S'ils modifiaient la plage horaire de Sex and the City ça chamboulerait tout. C'est hyper important. Et puis c'est sympa, on regarde ça en famille du coup. Comme c'est un rendez-vous qui est préétabli, je sais qu'on va regarder ça à la télé le vendredi soir. »

Cela peut aussi être l'occasion de revoir un épisode déjà vu

(( Ensuite lorsque la série est passée à la télé, j'ai re regarder les épisodes car je m'en lassais pas et comme ils étaient diffusé en Vo, c'était un plaisir que je ne pouvais pas me refuser. »

(( Moi aussi, je regarde tout d'abord lors de la première diffusion aux USA puis par la suite à la télé. »

Mais l'opinion des usagers sur le réseau historique des séries télévisées qu'est la télévision est unanime : il est impossible de suivre une série sur ce media.

Tout d'abord, parce que la télévision a trop de retard par rapport a la première diffusion aux Etats-Unis, ce qui annule le côté social de la télévision.

(( C'est pas possible de suivre a la télé. En plus si tu veux en parler avec les gens, avec la télé t'es sûr d'être ~ l'Ouest parce que tout le monde aura toujours une saison ou plus d'avance sur toi. C'est mort ! Ça sert plus à rien de regarder dans ce cas. »

(( Je vais te donner un exemple avec des (( Desperate Housewives ». Ça sortait le lundi à la télé américaine, avec le streaming je pouvais le voir le même jour, ou dans la semaine. A la télévision française ça ne sortait qu'un an après. Certes le doublage du streaming n'était pas forcément très bon, mais j'avais pas envie d'attendre un an. On peut même les regarder en VO. Donc voilà je n'avais pas envie d'attendre. »

De plus, la programmation a la télévision n'est jamais très claire, ou adéquate.

(( Ils ont les saisons 6 mois, 1 an après... tu sais jamais qui rachète les droits, ils
sortent une date et en fait c'était juste une simul de date quoi. Tu dépends

beaucoup plus de ça, du coup après ça me saoule et je zappe carrément quoi en fait. Tu vois, une fois que t'es pris dedans et qu'après t'es coupé pendant 6 mois de la série, en fait je regarde plus après. »

(( How I met il hors de question... je sais même pas quand ça passe en France. Je crois que ça passe mais je sais pas quand, je sais pas à quel moment, ni les chaînes. Ça doit être des chaînes spécialisées je crois. Sur W9, des conneries comme ça. Et puis justement, les séries c'est souvent vers 18h. C'est pourri comme horaire. Tu travailles à 18h, tu peux pas regarder. La télé je trouve que c'est plus pour regarder les vieilles séries. C'est plus pour regarder les redifs. Je vais tomber par hasard sur un chouette épisode qui m'a plu. »

(( En plus le système français est bizarre, ils te passent trois épisodes de la saison puis celle d'avant ou d'après, ils mélangent tout et c'est fatigant. En plus les grandes chaînes peuvent arrêter de diffuser du jour au lendemain sous divers prétextes et sans prévenir. Alors tu te retrouves là au milieu de ta série et c'est fini. Des fois la France achètent des séries qui ne sont pas reconduites, alors qu'ils le savent, alors encore une fois tu te retrouves tout seul au milieu de ta série sans suite. Je ne comprends pas. »

Ensuite, suivre une série à la télévision est très contraignant : l'usager ne souhaite plus s'adapter au rythme de la télévision

(( Que avant, quand ça passait à la télé, tu vois j'étais plus petite, je subissais un peu le rythme de la télé, et du coup ça me permettait pas de... du coup je zappais des épisodes, parce que j'étais pas tout le temps dispo, et c'est pour ça que voilà, je pense qu'en les ayant sous la main, je peux plus suivre quoi. Parce que je regarde à mon rythme. »

2) La VOD

Au sujet de la VOD, deux des répondants ne savaient même pas en quoi consistait ce principe.

(( Heu... c'est quoi VOD ? C'est les trucs de téléchargement ? (( (( VOD c'est quoi déjà ? »

Même quand cette offre est connue, elle n'est pas considérée comme solution.

Car elle n'est pas adaptée aux besoins, notamment parce que les séries arrivent généralement trop tard.

Il y avait aussi à la télé un truc d'Orange ou de Free, c'était un truc de Free je pense... C'était une offre Orange série où ils offrent des séries en illimité. Mais quand j'ai regardé les offres j'ai eu l'impression que l'on se moquait de moi, il n'y avait que des vieilles séries, ou ça commençait au milieu de la saison, ou encore de vieilles saisons. Donc je me disais que ça ne valait pas le coup. J'avais l'impression de me faire avoir. Payer pour être en retard, oui c'est ça ... Et du coup ça ne m'encourage pas du tout, même si je suis prête à payer il n'y a pas d'offre intéressante. Et l'autre possibilité c'est d'attendre un an pour aller acheter un DVD c'est long et cher, surtout quand c'est la série dont tout le monde parle.

Mais aussi parce qu'il paraît absurde de payer pour quelque chose qui est proposé gratuitement par ailleurs.

Je dis la VOD, qui veut nous faire payer, même si c'est pas grand-chose, de nous faire payer pour regarder quelque chose qui est accessible gratuitement c'est pas adapté.

De plus, l'objet dématérialisé payant n'est pas un concept qui plaît. Quitte a payer, autant acheter les DVD. Un répondant témoigne :

Parce qu'il faut l'acheter. Et la seule chose qui me ferait acheter une série c'est vraiment pour l'avoir. Pour la collection on va dire. Et la qualité visuelle du support. Donc se serait en DVD. Pas en VOD. Si j'achète, je préfère l'avoir en vrai. Sinon ça sert à rien de payer.

3) Le DVD

Contrairement à la VOD, l'achat de DVD n'est pas incompatible avec le visionnage sur internet.

Moi je télécharge illégalement des torrents, dès la sortie de l'épisode aux USA... Et ensuite j'achète les DVD. En VO bien sûr!

Les fans d'une série précise se démarquent des autres spectateurs. Pour eux, la question de l'achat des DVD ne se pose pas. Ils doivent être collectionnés, et ils symbolisent leur reconnaissance envers les créateurs.

(( Mais bien évidemment, une fois une saison terminée, l'achat en DVD s'impose et ce pour plusieurs raisons: - une âme de collectionneur - acheter le produit légalement car le travail fourni est grandiose et se doit d'être mérité »

(( A chaque sortie en DVD j'ai acheté chaque saison. Aujourd'hui il m'arrive encore de me regarder des épisodes par moment. »

Et si le DVD a plus de succès que la VOD, c'est pour son support physique.

(( J'ai tout acheté en DVD sauf la saison 6 que j'ai en numérique payant. Ce qu'il me plait dans le support DVD, c'est qu'il est physique avant tout ! C'est un objet de collection que l'on protège et chérit. ^^ »

(( Je voulais les acheter parce que quand j'aime beaucoup une série (ou de la musique) j'ai envie de l'avoir " matériellement ", qu'elle soit en ma "possession". Que ça devienne "à moi " et plus à tout le monde comme quand on visionne à la TV ou sur internet. »

(( J'achète les DVD tout simplement parce qu'en tant que fan incontesté de Dexter et collectionneur de surcroît, j'aime savoir que je possède chaque saison dans un packaging plutôt correct avec quelques bonus assez intéressants. »

Mais pour des personnes qui ne sont pas particulièrement fans, l'achat de DVD n'est pas une démarche évidente. Mais si elle a lieu, la raison d'achat est la collection.

(( Mais 20 € le DVD c'est trop cher en plus souvent c'est nul. S'il y avait des tarifs plus honnêtes je serais prête à payer... Voilà ça s'apparente à de l'arnaque pour moi. »

(( Je sais qu'il y a des séries que j'achèterai bien même si je l'ai déjà regardée, ce sont mes classiques. Comme tu me demandais tout à l'heure, il y a Friends j'ai grandi avec, et même si c'est une vieille série je m'achèterai bien tous les coffrets pour les souvenirs. Il y a aussi Grey's anatomy, je sais que quand je travaillerai j'aimerais bien me les acheter, même si je ne pense pas que je les re-regarderai. »

(( C'est un achat coup de coeur quoi. C'est vraiment s'il y a une offre promo, et que j'ai vraiment aimé la série, que c'est pour découvrir et qu'on m'en a beaucoup parlé. C'est un bel objet en fait un coffret DVD. »

B. Sentiments sur l'usage de moyens illégaux

1) Du point de vue des usagers

Dans cette étude, seuls les fans pensent que la diffusion illégale de la série est un risque pour les artistes ayant contribué à la création de la série.

(( Bonjour, je vais te répondre par MP car je sens que ça me gêne un peu de parler du problème des droit d'auteur. [...) Oui en effet ça me gêne cette histoire car, avant tout, je me dis que les acteurs (même si dans beaucoup de cas ils gagnent des sommes astronomiques) ne peuvent pas gagner d'argent si je télécharge ou regarde en Streaming gratuitement... et je sais que ça peut être problématique vu que je veux devenir acteur et ça me met mal à l'aise. »

C'est pourquoi l'achat de DVD paraît normal pour un fan, car c'est un acte compensatoire.

(( Au rayon des détails, j'ai regardé la saison 1 de LOST à la télé, puis j'ai continué en ligne. J'ai systématiquement acheté les DVDs (quand je pouvais au niveau de mes moyens), parce que je pense que c'est normal d'honorer le travail de l'artiste quand il en vaut la peine. »

(( Ça ne me gêne absolument pas de regarder sur Internet. J'achète les DVDS et je télécharge les chansons ^^ »

Pour les autres, la question du droit d'auteur ne se pose pas, contrairement à la musique ou au cinéma.

(( Après si j'ai un sentiment de culpabilité c'est moins que sur les films, parce que c'est souvent des grosses productions américaines. [...JLe seul truc c'est pour les artistes comme les musiciens ou à la limite je peux me sentir coupable. »

(( Moi je comprends que ça porte préjudice dans l'industrie de la musique, mais après dans l'industrie des séries, je trouve que non, je trouve que c'est un discours un peu ambivalent, c'est un peu hypocrite leur discours parce que la plupart des chaînes télévisées mettent la série sur leur site après les avoir diffusé, en tout cas aux Etats-Unis et la plupart du temps en France, et le mettent en libre-service un certain nombre de temps sur le site web de leur chaîne. Et je trouve que c'est un peu hypocrite de dire qu'il faut empêcher le streaming de façon illégale. Parce que dans ce cas tu mets pas ta série en ligne sur ton site web accessible à tout le monde. »

(( Mais moi je télécharge que des séries, c'est pas comme si c'était des films. Je considère peut-être que les séries ont moins de droits de propriétés intellectuelles. »

Car c'est un système ambigu. En effet, la série est faite, au départ, pour être diffusée a la télévision, et donc, gratuitement. C'est pourquoi les spectateurs ne comprennent pas le principe de la série payante.

(( Sachant que l'audience initiale n'a pas payé pour le faire quoi, donc pourquoi on le ferait ? »

(( Moi ça ne m'a jamais gênée de suivre la série sur internet car de toute façon, je re-regarde les épisodes quand ils repassent sur des chaînes gratuites donc que je regarde à la TV ou sur internet en premier ne change pas grand-chose je pense. Et il y a tellement de monde qui regarde Glee sur Internet que je ne pense pas qu'il puisse m'arriver quoi que ce soit ! »

D'autant que l'offre illégale est si simple d'accès qu'on ne pense pas aux droits d'auteur.

(( Pour moi c'est un délit mineur. C'est comme, imagine, quelqu'un qui t'envoie le lien par mail pour télécharger la vidéo. Tu fais quoi ? Tu cliques dessus ou pas ? Tu te poses pas la question »

(( il y a tellement de sites qui sont de mieux en mieux faits, qui te donnent accès gratuitement en streaming etc pour les séries, ou même télécharger, il y a tellement de sites de téléchargement etc. que c'est devenu un mode de consommation qui est devenu courant et qui nous parle à nous normalement, qui pose peu ou pas de problème. »

(( Euh...Moi je regarde tout en streaming ou en DivX. Pour moi ça change rien. Pour moi de toute façon c'est tellement facile d'accès en général que... C'est pas quelque chose qui me passe par l'esprit. »

Et on note parfois une certaine amertume de la part des utilisateurs, qui pensent que la question des droits d'auteur est exagérée, puisqu'ils estiment que les revenus générés par les séries, même avec le téléchargement illégal, sont (trop) élevés.

(( Moi je m'en fous en fait. Ils gagnent tellement d'argent que... »

(( Et franchement je m'en balance carrément des droits qu'ils peuvent avoir. Parce qu'ils font déjà pas mal de thunes sur notre dos. »

Certains usagers n'ont d'ailleurs pas l'impression de faire quelque chose d'illégal.

(( Le streaming, en tant qu'utilisateur final c'est aussi entre guillemets moins risqué. Ceux qui peuvent avoir des problèmes c'est ceux qui mettent les liens, enfin, les vidéos. Donc toi, c'est comme si tu regardais une vidéo sur YouTube et sur YouTube celui qui se fait taper sur les doigts s'il y a un truc avec des Copyright c'est celui qui a mis la vidéo. »

(( C'est pas illégal le streaming ! »

(( C'est pas comme si je mettais du contenu en ligne. Je mets pas de contenu en ligne, c'est pas complètement illégal. Enfin oui, mais pas complètement quoi. J'ai une copine qui a eu un avertissement Hadopi et puis voilà, maintenant elle fait gaffe. Enfin elle télécharge plus de chez elle quoi ! »

2) Du point de vue des professionnels de l'audiovisuel

Le visionnage illégal n'est pas forcément quelque chose mal vécu par les professionnels de la série, et notamment les créateurs. Tim Kring, créateur de la série Heroes, exprime son sentiment vis-à-vis du téléchargement, alors que sa série a été l'une des plus téléchargée, mais annulée pour mauvaise audience à la télévision71.

(( Elle était téléchargée illégalement, piratée. Moi j'ai pris ça comme un honneur. C'est exactement le genre de fans dont on a envie. Ceux qui vont rechercher activement notre série ».

Pour Lise Barembaum, la circulation des séries télévisées sur internet n'est pas gênante pour les maisons de production d'origine (américaine), car quoiqu'il arrive, les chaînes réussissent à vendre leur contenu partout dans le monde. Ce commerce reste donc malgré tout profitable, en particulier pour les Américains.

(( Même si on télécharge eux ils s'en fichent. Prends Lost. Ils le vendent à 300 ou 400 chaînes dans le monde. Et comme ils le vendent à plein de gens, ils ne le vendent pas trop cher. »

Elle pense même que la disponibilité des séries sur internet contribue à leur développement.

(( Les séries françaises on ne peut pas les télécharger, ce qui est un problème, et un frein à leur diffusion [...]. Les Français ont tort de faire ça par ce que même le téléchargement permet de faire connaître. Mais bon... »

D'autant qu'il lui paraît difficile d'interdire aux gens d'aller sur internet, car les modes de consommation ont changé.

(( Comment dire à quelqu'un que tu peux tout avoir gratuitement en cinq minutes, qu'il faut payer ? Surtout que notre génération regarde la télé de façon délinéarisée. Alors aujourd'hui qui se pose la question de ce qu'il va regarder à 20:50 ? Il n'y a plus de grands rendez-vous. »

71 Series Addict, Olivier Joyard, première diffusion 30 novembre 2011, Canal Plus

Et elle assure d'ailleurs que le téléchargement est essentiel pour les professionnels de l'audiovisuel.

(( D'ailleurs tous les jeunes dans notre métier ne s'en cachent pas non plus. Tout le monde télécharge. Ce n'est pas possible d'acheter toutes les séries américaines. Alors que les gens qui ont 40 ou 50 ans sont plus frileux. Mais quand tu leur proposes de télécharger les huit saisons de Dr House et de les installer en 10 minutes sur leur PC, ils ne disent pas non. Donc tout ça c'est un grand jeu d'hypocrisie. Mais disons que dans notre métier c'est impossible de ne pas télécharger. À moins d'être très très riche. »

Les inquiétudes se porteraient donc, selon elle, sur les chaînes de télévision importatrices, et plus précisément les chaînes Françaises qui ont bénéficié d'une attention particulière dans notre étude. En effet, ces chaînes dépendent beaucoup de la fiction américaine et préfèrent généralement ne pas investir dans la création originale, qui est plus coûteuse, rassemble moins d'audience, et est difficile à exporter.

(( Regarde TF1 ils ont payé un épisode de Dr House 150000 € alors que pour un épisode de Joséphine ils vont payer 1 000 000 €. Et si on prend les flopes. Par exemple Inquisitio pour un épisode, France 2 va investir 800 000 euros alors que quand ils diffusaient Urgence, ça leur coutait 150 000 l'épisode. Et tout ça pour une audience 5 fois supérieure. Donc c'est sûr que la fiction Française a beaucoup de mal à rivaliser. »

(( Les diffuseurs ne font rien d'autre que diffuser, ils distribuent le produit. Et aujourd'hui les gens se passent de ce point de distribution. [...) TF1 je ne les vois pas vendre Joséphine à l'étranger. C'est difficile, c'est très franco-français »

A ce propos, elle admet le retard des chaînes dans la diffusion, et elle émet quelques hypothèses sur ce retard.

(( Ils achètent en mai. C'est diffusé en septembre aux États-Unis. Et ils commencent au mois de mai d'après. Peut-être qu'ils ont l'obligation d'attendre que ça passe aux États-Unis. De toute façon leurs programmes sont faits avant. Je ne vois pas M6 acheter en mai et diffuser en juin [...). Et je pense aussi que les Américains veulent le privilégier de la première diffusion. »

Les professionnels de la traduction ont aussi leur mot à dire sur ce point. Selon eux, le fansubbing est un danger pour la profession. Et l'ATAA (Association des Traducteurs / Adaptateurs de l'Audiovisuel) réagit vivement au reportage Series Addcit d'Olivier Joyard, qui faisait un portrait élogieux des fansubbers dans son reportage. Voici un extrait du billet critique publié sur le site de l'association72.

(( Là où le bât blesse, c'est qu'Olivier Joyard donne uniquement la parole aux fans et aux fansubbers, ce qui produit un discours assez surprenant, car ce documentaire affirme sans argumenter, sans remettre en question un seul instant l'éloge inconditionnel des fansubbers, et sans s'interroger sur les conditions de réalisation du fansubbing, que ce soit en termes de qualité ou de légalité.

72 http://www.ataa.fr/blog/retour-sur-series-addict/

Pas un mot sur le droit d'auteur, une notion reconnue internationalement a travers la Convention de Berne, ni sur le Code de la Propriété Intellectuelle [...] ou sur l'illégalité dans laquelle oeuvrent les fansubbers. [...] »

(( Si cette complaisance dans la présentation du fansubbing est un choix du réalisateur, qui est libre de donner la direction qu'il souhaite a son documentaire, elle nous amène a poser d'autres questions. Que pense donc Olivier Joyard du phénomène illégal qu'il encense ainsi ? Lui-même auteur, comprend-il le risque que représentent pour la création le fansubbing et le piratage ? Pourquoi n'a-t-il pas l'honnêteté de reconnaître que la majorité des sous-titres de fansubbing sont de piètre qualité, remplis de fautes et de contresens, mal synchronisés, repérés à la hache, rédigés en dépit du respect de la lisibilité du spectateur ? »

(( Certes, certaines plaintes avancées par les fans sont légitimes. Il est vrai que le retard entre les diffusions américaines et françaises est considérable. Et quand les chaînes font l'effort de mettre les épisodes a disposition très rapidement, c'est ~ des prix prohibitifs. De plus, les téléspectateurs qui souhaitent se tourner vers les éditions DVD sont souvent confrontés à des sous-titrages catastrophiques, payés au rabais et réalisés par des non professionnels engagés par de grandes multinationales de la localisation. Mais, d'une part, le droit de se plaindre ne donne pas le droit de voler, et, d'autre part, les fans ne pousseront pas les chaînes ~ faire davantage d'effort en les volant. Deux évidences qui semblent avoir échappé à Olivier Joyard. »

C. Avis sur les autorités de régulation

Les inquiétudes vis-à-vis de la surveillance sur internet étaient très rares parmi les répondants.

(( Alors alors... Moi personnellement, j'ai un peu peur d'Hadopi mais ne sais pas comment je ferais sans téléchargement, alors pour le moment je croise les doigts... »

(( Après, il est vrai que parfois j'ai peur de me faire attraper par la cyber-police car les sanctions sont lourdes, mais je me dis qu'il y a tellement de millions de téléchargeurs rien qu'en France, qui téléchargent des dizaines voire des centaines de Go de document chaque jours, que j'ai encore du temps jusqu'à ce qu'ils remontent à moi, misérable petit streamer de temps en temps. »

Pour la majorité des répondants, Hadopi n'est pas un système efficace. Déjà, parce que la surveillance de cette institution couvre un domaine assez peu étendu.

(( Concernant Hadopi, quand il y avait MegaUpload, on s'en foutait complètement puisque Hadopi cible le peer to peer uniquement (le gouvernement avait un temps de retard quand ils ont créé cette merde) mais il reste quand même des sites similaires à MegaUpload, comme Rapidshare c'est ce que j'utilise. »

(( Concernant Hadopi, il ne m'a jamais effrayé pour 2 raisons : d'une, il ne concerne que les sites de peer to peer comme l'a mentionné Jack's et je ne les utilise pas et de deux les personnes qui pourraient se faire attraper sont de gros téléchargeurs, ce qui est loin d'être mon cas (plus on télécharge, plus le risque est important même si le risque 0 pour les téléchargeurs occasionnels n'existe pas non plus). »

Les processus de surveillance mis en place paraissent aussi trop complexes, et donc difficiles à appliquer.

(( Même s'ils peuvent retrouver l'adresse IP, je sais pas s'ils ont moyen de retrouver qui tu es si l'accès internet est pas a ton nom quoi. Et puis surtout je télécharge rarement, et c'est plus le téléchargement qui est puni que de regarder en streaming. Parce que regarder en streaming, c'est plus simple en France ou même en Australie at) tu risques absalument rien, tant que tu es pas la persanne qui a mis la série en ligne. »

(( Je fais attentian, en général je fais attentian aux fichiers, je les déplace dans un autre dassier. Et puis de taute façan Hadapi ils cammencent par envayer un avertissement et ensuite tu peux modifier ta conduite. Tant que j'ai pas reçu d'avertissement j'avoue... »

La surveillance est donc facile à contourner.

(( Je me suis toujours renseigné, mis au courant sur ce truc, et dès le départ, j'ai trouvé la parade, c'est-à-dire le téléchargement direct, sachant qu'Hadopi ça cancerne que le peer-ta-peer et le torrent, et moi ça fait longtemps que j'utilise plus le peer-ta-peer ou le torrent. Donc ça m'a jamais fait peur. De toute façon le gauvernement a taujaurs un train de retard là-dessus. Donc c'est moyen. »

(( Je cannais d'autres mayens de téléchargement qui sant indétectables apparemment. Ça inclut de payer 4 euras par mais mais ça ne me dérange pas vraiment. Temps que j'en ai paur man argent. Au pire si je reçais la lettre d'Hadapi je peux taujaurs partir sur autre chase. Il y a plein de mayens de télécharger »

Certains usagers évoquent tout de même leurs nouvelles difficultés rencontrées, liées à la fermeture de MegaUpload par le FBI, ce qui montre une certaine efficacité du processus.

(( Depuis qu'ils ont fermé MegaUpload c'est de plus en plus dur. Avant quand je faisais ça, ça me prenais franchement 5-10 min. Là maintenant je dais fauiller un peu plus, ça prend vite 1/2 heure. »

Mais cela n'a pas arrêté l'offre illégale : la façon de regarder ses séries de façon illégale a plutôt été reportée sur d'autres moyens illégaux.

(( De taute façan ils ne peuvent pas savair cambien an regarde de temps, sur quel site an va et ce que l'an regarde aussi. Et le téléchargement an n'a pas encare réussi a arrêter. Je veux dire ce n'est pas Hadopi qui va nous faire arrêter de regarder que ce sait téléchargé au en streaming. Ils ne sant pas vraiment à la painte de la technalagie, ils veulent faire en sarte que les gens arrêtent de télécharger mais tant qu'il y aura taujaurs un mayen, les gens téléchargerant. Mai le streaming je cantinuerai tant que je paurrai. Il y aura taujaurs des sites paur ça. »

(( De toute façon regarde, ils ont stoppé MegaUpload et c'est pas pour ça que j'ai arrêté de téléchargé. Et il y a d'autres sites qui ont pris la relève, c'est un peu plus lang, mais ban, ça cantinuera taujaurs. »

(( Non, non, c'est vraiment pas une contrainte. Enfin si, il a fallu que je me
réadapte, au mament at) ils ant fermé taus les sites de téléchargement, il a fallu

que je me réadapte, et je suis revenue au Torrent. J'ai changé ma manière de télécharger. »

Et les méthodes employées ne paraissent pas justes, ce qui n'aide pas les usagers a les approuver, et donc d'aller dans le sens de la loi.

(( C'est aux autorités d'instaurer un système qui interdit le téléchargement gratuit illégal et mettre en place un système raisonnable pour tous en fait. Et utilisable facilement en fait. »

(( Non je ne pense pas que Hadopi arrivera à arrêter le téléchargement ce n'est pas la bonne méthode. Il ferait mieux de trouver quelque chose de plus justes. Voilà. »

(( Ils ont beau fermer les grands sites ils ne pourront pas fermer indéfiniment tous les sites, surtout les plus petits. Et puis à chaque fois qu'ils en ferment, la communauté des internautes se regroupe et elle trouve d'autres moyens parce qu'on considère que c'est injuste. »

D. Comment définir un système efficace

1) Le point de vue des usagers

Dans les entretiens réalisés, les usagers donnent plusieurs idées sur ce à quoi devraient ressembler l'offre légale.

Une seule répondante propose une solution qu'elle souhaiterait voir appliquée a la télévision : une transmission très rapide des Etats-Unis vers la France, en version originale sous-titrée.

(( Dans un monde idéal il y aurait les sous-titres qui seraient faits par les gens qui mettent leurs sous-titres en ligne, qui arriveraient à la télé, vu que de toute façon les traductions de la télé sont généralement très mauvaises donc tant qu'à faire autant en avoir très rapidement, plutôt que de passer des mois à réaliser les sous-titres. Faut prendre un mec qui soit plus rapide, qu'on paye plus, ou je sais pas, un truc comme ça et le passer le lendemain. C'est diffusé le lundi aux Etats-Unis, que le mardi soir ce soit en France. Je sais pas, un truc bien quoi ! »

Une autre propose une solution de sortie en DVD rapide, dès la fin de la saison, à un prix raisonnable. Cela se ferait avec une très forte communication sur les réseaux sociaux en parallèle.

(( L'idéal, si c'est 10€ une saison, j'achète. [...J Moi idéalement, ce serait qu'une fois que la saison est finie, que les DVD soient disponibles, accessibles, etc. Parce que moi le truc c'est quoi : c'est que quand je regarde une série, j'en parle a tout le monde. Mais c'est un truc de ouf ! Du coup, si tu fais des pages Facebook, si tu fais des réseaux etc. Bah en fait ils peuvent gagner de l'argent par d'autres moyens en fait. Enfin... ils peuvent le récupérer quelque part. Ou sinon c'est que ça multiplie quelque part leur gain. Parce que tu as déjà payé les DVD, et en plus tu vas les aider à gagner de l'argent, par exemple sur Facebook, il y a de la pub comme pas possible, et par là ils vont gagner plein d'argent. »

Tous les autres répondants proposent des solutions internet. Pour certains, la solution est une taxe additionnelle au forfait internet.

(( Ils ont déjà fait une taxe, je sais pas si tu te souviens sur les CD, DVD et toutes les mémoires, disques durs externes, clés MP3 USB, etc. De quelques centimes, soidisant taxe de la copie privée. C'était 5-6 ans, genre 10 centimes pour tous les supports qui te permettent de stocker les données, soi-disant pour les droits d'auteur. Ils l'ont fait, mais les droits d'auteur sont toujours là pour faire chier. Alors, après, ils ont continué, ils ont parlé d'Hadopi. Et l'époque il avait été question d'un abonnement internet un peu plus cher, je sais pas, genre 5€ de plus par tête pour l'abonnement internet, mais qui permettrait de télécharger tout et n'importe quoi, a volonté. Bon ça, ça s'est pas fait, parce que forcément les majors ont mis leur nez dedans, (( ouais, ça va disparaître, bla bla... ». Ils ont fait Hadopi, ça marche toujours pas. Donc pour moi l'offre idéale, je sais pas, Free m'augmente mon abonnement internet de 5€, et plus personne me fais chier avec le téléchargement illégal. C'est ça mon rêve si tu veux. Et tout le monde est content. Parce que 5€ par tête, réparti après par droit d'auteur, etc., ça je pense qu'il y a de l'argent a se faire. De toute façon les gens qui aiment vraiment ils achètent. Donc il y a pas vraiment de manque à gagner. C'est en plus. »

(( Qu'on me donne le droit de télécharger tout simplement. Si on donne une cotisation, par exemple annuelle, une taxe. »

Dans la même idée, une répondante parle d'un abonnement mensuel a des plateformes de VOD permettant de visionner des vidéos en illimité, a l'instar de sites musicaux en streaming comme Deezer ou Spotify.

(( Moi ça me dérangerait pas de payer 9€ par mois pour écouter autant de musique que je veux. 9€ je ne trouve pas que c'est abusé. S'il y avait la même chose pour les séries, et les films, surtout pour les films ça serait bien »

Une autre personne prône plutôt l'ouverture les sites de télévision américains au reste du monde, pour que leur vidéo de rattrapage puisse profiter a tous. Cela permettrait d'autant plus un meilleur contrôle de la diffusion des contenus, et ainsi éviter que les sites de diffusion de contenus illégaux profitent de la situation pour en tirer des profits. Cette solution permettrait ainsi aux chaînes américaines d'augmenter leurs revenus publicitaires en élargissant leur audience.

(( Les recettes je trouve qu'ils devraient arrêter d'en faire une montagne quoi et les recettes ils devraient plutôt trouver d'autres façon de tirer profit de leurs séries, en se focalisant sur l'audience, négocier avec les chaînes TV pour les diffusions, la publicité bien évidemment, le sponsorship dans les séries, quand t'as des séries o t'as des HP partout bah voilà. [ ...] Pour moi, pour des raisons légales, ouvrir les sites, même les sites de télé américaine à tout le monde. Parce que du coup, eux ils auraient aussi un meilleur contrôle. Au lieu d'avoir je sais pas combien de milliers de sites qui te donnent, qui vont te mettre le streaming, ajouté à ça le nombre de sites qui vont proposer des liens vers ce streaming, tu peux pas gérer. [...) Si tu fais ça, tous les milliers de sites qui se font du bénef sur le streaming parce qu'eux aussi ils ont trouvé des moyens de se faire du bénéfice en mettant de la publicité sur leur site, donc au lieu de voir ces milliers de gens se faire de l'argent sur le dos de ta série, tu contrôle mieux en ouvrant ta série au monde entier quoi. »

2) Le point de vue d'une professionnelle

Selon Lise Barembaum, la création originale de qualité est déterminante pour les chaînes, qui sont les premières victimes de l'offre illégale.

(( C'est pour ça qu'il y a des chaînes comme Canal+ qui anticipe. Canal+ produit des produits de qualité qu'elle vend. Parce que c'est le produit qui a de la valeur, qui se vend. »

Car la création originale de qualité permet ensuite de s'exporter.

(( Moi je trouve que Israël c'est très intéressant. Parce que déjà c'est un très petit pays. Parce qu'ils ont autre chose a faire que d'écrire des séries, mais qu'ils y arrivent très bien. Alors pourquoi, comment je ne sais pas. En tout cas ils ont compris un truc. C'est qu'ils n'ont pas un marché intérieur très important. Donc ils ne vont pas gagner de l'argent en vendant chez eux. Donc ils essayent de faire des séries qui soient visibles à l'étranger. Et ils y arrivent car les Américains adaptent leur série. »

Mais la création originale en France n'en est qu'à ses débuts en France dans l'univers des séries.

(( C'est pas très gentil pour la France mais bon quand tu vois des pays comme Israël ou les pays du Nord de l'Europe. Des petits pays qui arrivent à faire de la très bonne qualité. Je ne parle pas de l'Angleterre où il y a un niveau similaire à celui des États-Unis. Tu te dis... Pourquoi en France on n'a pas ce niveau de qualité ? »

(( En France on est toujours à essayer de faire des histoires potables. »

Une des raisons pour laquelle la création originale n'atteint pas encore un niveau de qualité suffisant pour être exportée est qu'il n'y a pas de formation de scénariste solide.

(( Moi je trouve qu'en France il y a un problème au niveau des scénaristes. En fait il n'y a pas vraiment de formation. En France il n'y a qu'un site de formation ça s'appelle le CEEA (Conservatoire Européen d'écriture audiovisuelle). Alors qu'aux États-Unis il y a des facs de cinéma. »

Et d'ailleurs, elle explique que le scénariste en France tient encore un statut d'artiste, alors qu'aux Etats-Unis, ce sont des professionnels de la télévision, régis sous la loi du Copyright appartenant aux producteurs.

S'en suit une relation conflictuelle entre scénaristes, producteurs et chaînes de télévision.

(( Et après oui il y a de très mauvaises relations entre les différents acteurs. [...) Les uns se prenant pour des artistes opprimés, luttant contre les grands méchants capitalistes des chaînes les empêchant de s'exprimer... [...) Au lieu de travailler main dans la main. Il y a une hostilité qui fait que ça empêche d'avancer, que ça prend du temps. »

(( Parce qu'entre scénaristes et chaînes des fois il y a de grosses fâcheries. La
chaîne exige que tout soit écrit avant que l'on tourne. Donc il faut que les
scénaristes se soient mis d'accord. Les textes sont réécrits, réécrits et corrigés,

corrigés. Et puis il y a des histoires d'argent. Ce n'est pas aussi facile que ce que l'on peut se l'imaginer. »

Cette situation conflictuelle conduit vers une mauvaise organisation du milieu de la création fictionnelle.

(( Dans Engrenage en une saison ils ont complètement changé l'équipe et c'est très déstabilisant. »

(( Donc tu vois en France ce n'est pas une industrie, et ils mettent longtemps à créer d'autres saisons. En Amérique ils font 24 épisodes d'année en année. En France pour avoir 6 épisodes d'une même série tu dois attendre 2 ans, parfois 3. Donc tu vois c'est long. »

A cette organisation conflictuelle s'ajoute le fait que les chaînes sont encore frileuses d'investir dans un contenu risquant d'être choquant, même si parfois elles diffusent du contenu américain plus « choquant »

(( Ça ne les dérange pas d'acheter un truc choquant, mais ils ne veulent pas produire quelque chose de choquant. Et encore choquant entre guillemets. »

(( Les chaînes sont un peu schizophrènes, elles ont peur d'investir pourtant elles se rendent compte que leur audimat se casse la figure. Elles ne prennent pas vraiment de risque, pour le moment. Mais les problèmes vont arriver vite, il y a de plus en plus de chaînes. En fait c'est un monde en transition. »

A cela s'ajoute une autre recommandation qui permettrait d'éviter l'offre illégale, et qui rejoint l'avis des utilisateurs plus haut : proposer une offre internet répondant aux besoins des utilisateurs

(( Faire des forfaits a 10 € par mois en tout illimité et rapide. On veut tout en illimité partout dans le monde, et tout ça en temps réel. Personne ne veut attendre un an pour pouvoir voir une série avec une VF bâclée sur M6. »

La websérie pourrait d'ailleurs être un modèle intéressant a l'avenir.

(( D'où l'apparition de websérie mais elles sont encore très expérimentales. On ne sait pas très bien comment gagner de l'argent sur ça. Les publicistes ne savent pas vraiment comment faire. Par exemple sur YouTube, il me semble qu'ils lancent des chaînes mais je ne sais pas du tout quel modèle économique est utilisé. Je pense qu'il y a d'immenses acteurs comme Google qui sont les diffuseurs des annonces. »

Néanmoins, la définition d'un modèle économique basé sur l'Internet reste un exercice complexe.

(( Donc je ne me fais pas de souci pour les séries. Par contre j'ai du mal à voir comment elles vont être payées et diffusées. Mais je suis sûr que ce sera Google et Apple qui vont se débrouiller. Ou quelque chose comme ça. [...) C'est les américains qui auront tout. Parce qu'ils comprennent le problème de diffusion et qu'ils ont le contenu. »

Recommandations

Le media internet est donc devenu incontournable pour suivre une série, pour sa praticité (voir ce que l'on souhaite, quand on le souhaite) et pour son coût faible ou inexistant. Certains répondants ont même affirmé que c'est grâce a internet qu'ils ont commencé a suivre les séries télévisées.

On ne peut donc plus nier le rôle essentiel que joue internet, car étant le support le plus adapté aux séries télévisées, il est devenu aujourd'hui un média, voire le média principal pour regarder des séries télévisées.

Cependant, aujourd'hui, sur internet, ce sont les offres illégales qui répondent aux besoins client, au détriment de l'offre légale, encore peu innovante.

A. Construire une offre légale adaptée aux besoins clients sur internet

1) Les bénéfices indispensables d'une offre internet

Pour contrer la prolifération des offres illégales, les actants digitaux doivent être en mesure de proposer un modèle aussi bien, sinon mieux adapté.

Elle doit donc pouvoir proposer les mêmes avantages que l'offre illégale, évoquées par les usagers actifs :

- Une sortie simultanée (a un ou deux jours près) avec la sortie du pays d'origine (cela concernant dans quasi-totalité des cas les Etats-Unis).

- Cette sortie doit aussi s'accompagner de sous-titres, au minimum anglais, et de façon optimale en français.

- Cette offre est idéalement gratuite ; si elle est payante, elle doit être jugée raisonnable par l'usager.

Ces avantages, devenus des « bases )) incontournables pour l'usager actif nécessitent bien sûr une refonte complète du réseau digital officiel actuel.

2) Une mise à disposition rapide sur internet

L'organisation digitale légale est encore très en retard comparée a l'organisation illégale. Cette dernière se montrant particulièrement innovante, demandons-nous s'il est possible de s'en inspirer.

a) A quel coût les vidéos peuvent-elles être mises en ligne rapidement sur internet ?

Dans un premier temps, arrêtons-nous sur le principe du site internet PureVid (imitant le concept que MegaUpload avait inventé), à savoir une rémunération des membres pour poster des vidéos, rémunération variable en fonction de divers critères.

Ce système ne serait-il pas adaptable de manière légale ? Cela ne paraît pas impossible.

Au lieu de rémunérer des membres, les producteurs seraient rémunérés directement, plutôt que de passer par la chaîne longue et complexe de la VOD décrite en revue de littérature. Et l'on peut très bien imaginer les producteurs vendre leur contenu en streaming à des plateformes opérant sur différents pays.

L'achat de contenu serait, lui, bien supérieur au prix d'achat proposé par le site PureVid en contrepartie, et le coût pourra aussi être fonction du nombre de vue par vidéo, en plus d'une base d'achat fixe.

Ce genre de démarche a d'ailleurs déjà été amorcé par la plusieurs société. Ainsi, la chaîne HBO travaille en partenariat avec Parsif International, société spécialiste de la VOD. HBO pourra alors vendre son contenu directement sur internet dans les pays du nord de l'Europe73.

De son côté, Netflix, la société n°1 en SVOD n'hésite pas a négocier des contrats d'exclusivité. Elle innove en étant la première chaîne a diffuser une série sur internet, avant sa diffusion télévisée, avec House of Cards de David Fincher, moyennant un coût de 100 millions de dollars pour 24 épisodes74.

Il n'y aurait donc pas d'obstacle a ce que ce genre de modèle naisse, si ce n'est l'investissement financier particulièrement élevé. Seules de très grandes entreprises digitales pourraient donc se permettre proposer ce type d'offre.

b) Quel revenu pour ce type de modèle ?

Les plateformes doivent aussi pouvoir élaborer un modèle de revenu qui serait à la fois rentable pour lui et abordable pour l'usager.

On l'a vu dans cette étude, beaucoup d'usagers sont prêts a payer pour regarder leurs séries. Le prix n'est donc pas un obstacle, a condition que celui-ci reste raisonnable.

Pour beaucoup, le modèle idéal est celui d'un abonnement fixe, permettant un accès en illimité aux contenus de la plateforme. Dans les entretiens réalisés, le prix que les usagers sont prêts a mettre pour ce genre d'offre varie autour de 10€. Mais pour avoir une idée plus précise de ce prix, il faudrait réaliser une étude quantitative.

Néanmoins, il faut encore voir si ce prix peut être compatible avec les coûts engendrés par l'achat de contenus. C'est pourquoi, le prix d'achat variable en fonction du nombre de vues, comme suggéré précédemment, paraît être un bon moyen pour mesurer ses coûts.

Une autre possibilité peut être l'achat a la saison, et non a l'épisode, comme c'est actuellement proposé. Car lorsque l'on décide de suivre une série, on s'engage

73 http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/tech-medias/actu/0202223590251-l-americain-hbo-vendrases-series-directement-aux-telespectateurs-europeens-354683.php

74 http://www.cinechronicle.com/2011/04/netflix-elargit-ses-activites-avec-mad-men-et-house-of-cards23351/

généralement pour une saison entière. Et pour que l'usager n'ait pas peur de s'engager pour une saison entière, il est encore possible de lui proposer de voir les deux premiers épisodes de façon gratuite.

Pour d'autres usagers, la notion de payer pour regarder une série peut être inconcevable. Car la série télévisée est un produit fait pour la télévision, et de fait, proposé gratuitement. Pour proposer une offre compatible à ce besoin de gratuité, les plateformes pourraient proposer des vidéos sponsorisées par de la publicité, comme c'est le cas aujourd'hui sur You Tube.

On a vu cependant, dans la revue de littérature, que la capacité de ciblage des annonces digitales peut parfois être complexe a réaliser. C'est pourquoi il est essentiel que les plateformes de streaming donnent la possibilité a l'usager de se s'identifier sur son site, comme c'est le cas pour Deezer. Cette étape peut même être obligatoire, comme le fait Spotify. Et comme ce dernier, il peut aussi être intéressant de relier les identifiants à ceux de Facebook, ce qui permettrait de récupérer un certain nombre d'informations intéressantes à exploiter pour un ciblage publicitaire.

Les plateformes seraient ainsi capables de satisfaire les annonceurs en procédant à un ciblage précis.

Notons que le principe de l'offre payante et celui de l'offre gratuite ne sont pas incompatibles, et il est possible de proposer a l'usager de s'inscrire de façon gratuite ou de souscrire à une offre payante qui lui conférerait des avantages supplémentaires. Ce principe peut aussi s'inspirer des plateformes illégales, qui n'autorisent qu'un temps restreint de visionnage gratuit toutes les deux ou trois heures. Au-delà, l'usager doit souscrire a une offre payante.

3) La traduction des contenus : innover dans l'organisation

Pour que le modèle précédemment décrit puisse fonctionner, il faut que le contenu puisse s'adresser au plus grand nombre. Pour cela, il doit être compris, et donc sous-titré.

Là encore, on peut imaginer une adaptation du fansubbing pour un modèle économique légal et professionnalisé.

On peut donc tout à fait imaginer que des communautés de sous-titreurs professionnels soient constituées, et dont l'accès serait fermé au moyens de codes d'accès.

Le recrutement y serait par ailleurs très sélectif. Il pourrait être basé sur les formations des personnes souhaitant s'inscrire, sur la preuve d'un diplôme en langue ou le passage d'un test de traduction par exemple.

La traduction pourrait, de même, être basée sur les sous-titres télétexte pour sourds et malentendants. Mais cette fois, ces sous-titres seraient transmis à la communauté plus en amont, au lieu du jour même de la diffusion à la télévision.

Quant à la confidentialité, en plus de constituer une charte de confidentialité, il pourrait être possible de faire en sorte de bloquer toute possibilité de copier les dialogues par exemple.

L'organisation de ces communautés pourrait être basée selon les mêmes principes que l'on a pu étudier précédemment : le crowdsourcing ou le travail en équipe.

Pour assurer la qualité d'une traduction professionnelle, on peut penser à un système de vote par les usagers. Ce dernier aurait la possibilité, a la fin d'un épisode par exemple, de recommander ou non les personnes ou l'équipe ayant réalisé les sous-titres.

Autre possibilité, l'usager se verrait proposer différentes versions de sous-titres, portant chacun le nom des équipes ou personnes ayant travaillé dessus. Et au fil du temps, les statistiques donneront tort ou raison à certains traducteurs, ce qui permettrait une sélection naturelle.

La rémunération quant à elle peut être basée sur un taux variable, par exemple en fonction du nombre de mots ou de lignes traités, et ce en fonction des statuts des personnes (traducteur, relecteur, synchroniseur).

Et plus un traducteur obtiendrait de bons résultats (ses traductions obtiennent de bons commentaires ou sont systématiquement choisies), plus son taux horaire pourrait augmenter selon son ancienneté.

B. Système traditionnel qui doit évoluer

Cette offre internet n'est pas incompatible avec les supports traditionnels que sont la télévision et les DVDs.

Comme on l'a vu dans cette étude, par la suite, l'usager ne pose aucune objection a revoir sa série à la télévision (ces rediffusions étant jugées comme étant des moments agréables, et ils sont parfois considérés comme des rendez-vous).

La série peut aussi être revue en DVD, cette offre étant plutôt adaptée à des personnes particulièrement fan d'une série.

Notons cependant que bien que les usagers comprennent en général les questions de droits d'auteurs, les institutions de surveillance, en particulier Hadopi, ne sont guère appréciées.

1) La télévision

a) Redonner le goût de la télévision au spectateur

Un désamour pour la télévision a été exprimé par la plupart des répondants en entretien qualitatif.

La principale raison de cette désertion est le fait que les séries télévisées ne sont proposées que très tardivement par rapport a l'heure américaine. Il paraît cependant difficile pour la télévision de programmer une série selon les désirs du public (le lendemain de leur diffusion), d'autant qu'il faut un certain temps pour doubler les épisodes. Nos recommandations ne porteront donc pas sur ce point.

Mais si l'offre illégale connaît un succès auprès des spectateurs, c'est aussi parce que la télévision les y a en quelque sorte poussés, sur des points qu'elle pourrait pourtant corriger. En effet, beaucoup de répondants ont reproché aux chaînes de ne pas proposer les séries télévisées en anglais sous-titré français. Les spectateurs se retrouvent ainsi contraints de regarder un mauvais doublage français, ce qui le pousse a donner sa préférence pour l'offre illégale.

Pourtant, aujourd'hui, les programmes sont généralement bien disponibles en version originale sous-titrée avec la généralisation de la TNT. Mais le téléspectateur n'est simplement pas averti de cela. On pourrait donc suggérer aux chaînes de bien préciser, au début d'un programme, si ce dernier est disponible en version original ; cet avertissement pouvant être une annonce sonore ou un simple bandeau informatif.

L'autre reproche fait par deux anciennes téléspectatrices, et qui pourrait aussi être amélioré, est celui de la programmation.

En effet, les chaînes ont la fâcheuse tendance à avoir une programmation étrange, parfois incompréhensible. Ainsi, la date de démarrage d'une série n'est pas toujours très claire, ce qui parfois mène le téléspectateur a rater le début d'une série. De plus, les épisodes de séries télévisées sont souvent proposés dans le désordre, dans le but de remplir les cases horaires. On peut alors voir, a l'heure de prime time, un épisode d'une saison inédite, couplé avec un épisode la saison précédente (moins coûteux) a l'heure suivante. Cela porte le spectateur dans une confusion totale, puisque toutes les séries télévisées sont, au moins en partie, « feuilletonnantes ~, et lorsque les épisodes ne s'enchaînent pas, le spectateur risque de perdre le fil de l'intrigue, et par conséquent, d'abandonner la série.

Les chaînes de télévision devraient donc innover dans la forme de leurs cases horaires. On peut ainsi se demander pourquoi la chaîne n'essaierait pas de faire des cases d'une heure plutôt que deux. Dans ce contexte, elle ne serait plus obligée d'enchaîner les épisodes d'une même série par deux ou trois fois, avec, une ou deux rediffusions parmi eux.

Elle pourrait ainsi envisager des soirées (ou autres créneaux) thématiques, avec la diffusion d'épisodes de séries différentes, mais du même genre (par exemple séries comiques amicales avec Friends et How I met your mother). Et dans ce cas, le mélange entre inédit et ancien ne dérangerait plus, car le téléspectateur comprendrait que la suite logique aurait lieu la semaine suivante.

b) Une légalisation en masse des séries télévisées sur internet : une menace forte ?

Dans cette partie, on prendra le point de vue des chaînes de télévision française.

Pour diverses raisons évoquées dans ce mémoire, les séries télévisées restent des produits particulièrement séduisants pour les chaines. C'est pourquoi la diffusion illégale sur internet des séries télévisées est une menace grandissante ; et on peut bien comprendre que les chaînes risqueraient de ne pas apprécier que ces programmes deviennent consultables sur internet de façon légale, car cela risque de diminuer leur audience.

Mais cela peut aussi jouer en leur faveur : si la diffusion des séries a la télévision n'est plus la première officielle, cela pourrait augmenter son pouvoir de négociation, ce qui permettrait aux chaînes de diminuer les coûts d'acquisition de programmes. Alors qu'aujourd'hui, la diffusion illégale sur internet ne peut être réellement considérée comme un argument dans les négociations.

On peut d'ailleurs se demander si l'offre digitale rapide et de façon légale diminuerait réellement de façon considérable l'audience télévisuelle. Car on peut supposer que le seul report d'audience serait celui des spectateurs de l'offre illégale vers l'offre légale. En effet, les téléspectateurs ne regardent-ils pas la télévision pour justement ne pas avoir à chercher un contenu particulier et pour se laisser porter par ce que la télévision propose ? La télévision n'a-t-elle pas déjà perdu l'audience préférant le support internet ?

Mais cela n'est qu'une supposition. Car ces comportements potentiels ne sont pas visibles sur cette étude, et pourrait aussi faire l'objet d'une étude quantitative.

Si cette dernière hypothèse se vérifie, la mise à disposition des séries sur internet de manière légale deviendrait d'autant plus avantageuse. Car non seulement le coût d'acquisition des programmes diminuerait, mais en plus, leur audience, et donc leur revenus publicitaires, resteraient les mêmes.

c) La création originale comme facteur clé de succès pour les chaînes

Les chaînes de télévision restant un élément indispensable dans le modèle des séries télévisées, puisque c'est encore elles qui financent la très grande majorité des séries télévisées, elles pourraient ainsi profiter de ce nouvel excédent de revenu hypothétique pour investir dans des créations originales de qualité.

Et pour que la création originale soit un investissement plutôt qu'un coût, les chaînes doivent faire en sorte de favoriser des créations qui sont considérées comme des rendezvous par les spectateurs, et qui seront par la suite exportables, a l'instar de Canal Plus avec Les Borgia ou Braquo. Ainsi, la fiction française générerait des revenus additionnels : il y aurait d'un côté les recettes publicitaires, et de l'autre les revenus liés aux reventes a l'international.

Mais pour favoriser la création originale de qualité, plusieurs mesures sont à prendre.

Tout d'abord, demandons-nous si les quotas obligatoires de programmes français à diffuser sont un avantage dans ce modèle économique. Car ils sont peut-être une fausse bonne idée. En effet, même si les quotas forcent les chaînes à produire un minimum de programmes français, permettant de soutenir les entreprises de l'audiovisuel françaises, ils risquent de diluer les investissements sur la création française. Et cette dilution peut pousser les chaînes à investir dans un grand nombre de programmes, avec un budget restreint pour chaque programme.

Or, il faut se demander si un système sans quota aurait ses qualités. Car dans ce cas, on pourrait supposer que les chaines produiraient certes moins de fiction française, mais on peut penser que ces dernières pourraient bénéficier d'un plus grand investissement. Ainsi, les contenus seraient moins nombreux, mais de meilleure qualité et donc exportables, ce qui les rendraient plus rentables.

Ensuite, comme l'a souligné Lise Barembaum, il faut que les actants du réseau de la série télévisée apprennent à collaborer ensemble.

D'une part, il faudrait que les chaînes de télévision n'aient plus peur de produire des
contenus avec des côtés subversifs. Car les bonnes séries ne sont pas nécessairement les

séries lisses et familiales. Et cela veut dire faire plus confiance aux producteurs et scénaristes dans leur création.

D'autre part, les scénaristes doivent aussi apprendre a travailler de plus en plus en équipe. Cette méthode étant particulière, elle doit pouvoir s'apprendre grâce à des formations spécialisées dans l'écriture de scénario a plusieurs. Et cela s'accompagnerait d'un changement de statut du scénariste, qui deviendrait, comme aux Etats-Unis, non plus un artiste ayant un droit complet sur les oeuvres qu'il produit, mais un professionnel de la télévision, qui apprend a partager ses oeuvres avec un collectif, et qui par conséquent cède ses droits d'auteur.

Les producteurs pourraient aussi apprendre à profiter de plus en plus de cette nouvelle source de revenu qu'est le placement de produit. Cela pourrait être une aide non négligeable à la création.

Pour pouvoir utiliser ce procédé, la série doit créer des héros auxquels le public a envie de s'identifier et qu'il apprécie. La télévision a donc besoin de personnages forts et emblématiques avant de pouvoir user du placement de produit. Cette source de financement n'est applicable qu'à la condition qu'une série atteigne un certain niveau de qualité, ce qui suppose donc que les conditions précédemment énumérées se réalisent.

Mais cette technique n'est pas encore très répandue en France, même si elle est désormais autorisée, car les contraintes sont encore assez nombreuses. En effet, les actants ont peur de se voir refuser une scène par le CSA. Ce modèle est donc encore expérimental en France, et il faut apprendre à lui faire confiance.

2) Le DVD

Le DVD est un objet de collection très convoité de la part des personnes particulièrement fans d'une série. Son achat est donc un rituel bien ancré pour ces spectateurs particuliers. Et son existence n'est pas incompatible avec celle de l'offre illégale sur internet, même si le prix d'un DVD semble excessif pour certains répondants.

Cependant, la vente de DVD n'est pas, aujourd'hui, prise en compte dans le modèle économique de la série télévisée, en particulier pour les séries américaines. Et c'est un manque, puisque cette vente est une source de revenu intéressante, et de plus en plus importante.

De plus, une répondante a déclaré que la découverte d'une série en DVD lui plairait. Mais elle trouve que la sortie d'un DVD est trop tardive, ce qui est un frein a son achat. On peut donc se demander si sa sortie ne peut être accélérée, ceci dépendant certainement des négociations de contrat d'exclusivité entre producteurs et chaînes.

3) La VOD : la tradition déguisée en modernité ?

C'est un constat frappant : les répondants n'utilisent pas la VOD. Et ils ne la connaissent parfois pas.

Elle est trop chère, elle est disponible trop tard.

En fait, lorsqu'on analyse le modèle économique de la VOD, les genres de VOD les plus répandus sont : la vente, la location, ou la diffusion gratuite en télévision de rattrapage.

Mais ces trois genres ne sont pas plébiscités par le public, car finalement, alors que la VOD se veut être innovante, elle suit encore un schéma trop traditionnel. C'est en particulier le cas de la vente et de la diffusion gratuite.

En effet, la vente de VOD est encore très coûteuse, et s'apparente a la vente de DVD, sans pourtant posséder les bénéfices pour lesquels une personne souhaite acheter un DVD : sa présence physique.

De même, la VOD gratuite n'est pas appréciée, car son modèle est basé sur la télévision de rattrapage. Or, on l'a vu, le public s'intéresse de moins en moins a la télévision, a cause du retard de son contenu. Etant de « rattrapage », cette VOD ressemble trop à la télévision pour pouvoir plaire.

D'après les réponses récoltées, ce serait plutôt sous forme de SVOD que la VOD aurait de l'avenir. Mais a condition de proposer un contenu suffisamment fourni pour que l'usager puisse le trouver riche.

4) La surveillance

Les instances de surveillance et de régulation de l'offre illégales ne sont pas appréciées pour la majorité des répondants, car elles sont considérées comme injustes. Mais elles ne sont de toute façon pas contraignantes, puisqu'elles ne font pas peur et peuvent être détournées dans la majorité des cas.

Ces instances ne sont-elles donc pas mauvaises pour l'image du gouvernement, d'autant qu'elles sont particulièrement coûteuses ?

Cela nous mène à nous poser cette autre question : la Hadopi ne devrait-elle pas changer de stratégie ?

Par « changer de stratégie », on peut entendre plusieurs pistes à creuser :

- Travailler sur une législation flexible, en faveur de la diffusion des contenus audiovisuels

- Favoriser la création de plateformes VOD, et leur « alimentation » en contenus de manière efficace

- Sans oublier de travailler main dans la main avec les chaînes de télévision, pour qui les deux points précédents font certainement peur ; peut-être le gouvernement peut-il aider les chaînes vers une transition digitale ?

Conclusion

« La popularité des séries télévisées causera-t-elle leur fin ? ~ c'est a cette question que l'on a tenté de répondre tout au long de ce mémoire.

On a vu que chaque âge d'or de la télévision était lié à une innovation technologique. Le premier âge d'or correspondait a l'expansion de la télévision, alors que le deuxième correspondait à la généralisation de la télécommande et des chaînes câblées.

Cela mène à se demander à quelle innovation technologique correspond le mini-âge d'or qu'a été celui des années 2000.

Et l'on arrive a cette constatation paradoxale : ce dernier âge d'or a certainement vu le jour justement grâce a internet. Car c'est bien a la généralisation de cette technologie que correspondent les années 2000. Grâce à cette technologie, les séries ont pu faire le buzz, et c'est grâce a leur partage qu'elles sont devenues a la fois connues et populaires.

Mais les années 2000 étaient des années de transition et l'usage de la télévision était encore courant. Le système de diffusion digitale n'était pas encore aussi complet qu'il ne l'est aujourd'hui.

L'usage d'internet est plus développé aujourd'hui qu'il ne l'était durant la décennie précédente, et ce phénomène risque de s'amplifier a l'avenir. C'est pourquoi internet peut être un danger pour les séries télévisées sur le long terme. Car l'utilisation d'internet a des chances de s'intensifier avec des générations de plus en plus a l'aise avec les nouvelles technologies de l'information. Mais ce danger est réel uniquement si l'offre digitale adaptée aux besoins des consommateurs reste une offre illégale.

Pour éviter cette utilisation de l'offre illégale, la solution mise en place aujourd'hui est l'interdiction d'utiliser cette offre. Mais ceci n'est pas efficace. D'abord parce que le principe de surveillance, et l'interdiction elle-même semblent être des mesures injustes. Ensuite parce que malgré cette interdiction, l'offre illégale reste très facile d'accès.

En fait, pour convaincre les usagers de ne plus utiliser l'offre illégale, la solution ne se situe pas dans la loi (puisqu'elle ne fait pas peur et qu'elle ne présente aucune barrière technologique). Elle se situe dans l'innovation. Et ce sont les entreprises digitales qui auront le pouvoir de détourner les clients de l'offre illégale vers une offre légale.

En effet, on l'a vu lors des entretiens, les usagers ne sont pas réticents a payer pour une offre légale, tant que celle-ci correspond à leur mode de visionnage et que son prix n'est pas excessif.

Mais pour cela, les entreprises digitales devront être activement a l'écoute des usagers. Comment cette offre pourrait-elle être adaptée ? Ce mémoire fournit quelques pistes à étudier.

Cependant, cette transition risque de ne pas être appréciée par les chaînes de télévision.

Ce serait donc plutôt à ce niveau que les gouvernements pourraient agir de manière efficace : aider les plateformes digitales légales à se construire de façon efficace, tout en accompagnant les chaînes de télévision dans cette transition. Et ce ne serait pas la première fois que le gouvernement interviendrait dans un univers de l'audiovisuel en transition ; n'oublions pas que la naissance de la télévision est en grande partie le fruit d'un travail gouvernemental en France. La radio y a d'ailleurs survécu.

Pour aider cette transition, il faut aussi que la considération pour les séries télévisées françaises change. Car bien que la série américaine soit de plus en plus considérée comme un objet culturel, on ne porte généralement pas le même regard sur la série française. Et ce changement de culture française est essentiel pour que la série devienne un produit intéressant dans lequel on souhaite investir, ce qui permettra aux chaînes de s'intéresser de plus en plus a la création originale, pour qu'elles aient dans leur programmation un contenu attractif. Et le changement de culture peut passer par des choses de simples, comme arrêter de différencier le « comédien ~ de l' « acteur ».

L'issue de cette histoire incluant des nouveaux enjeux digitaux ne sera donc pas nécessairement fatale aux séries télévisées. Car des solutions digitales émergeront, et les séries trouveront un modèle économique basé sur les plateformes digitales, peut-être de façon exclusive un jour.

Bibliographie

Ouvrages

Les séries télé pour les nuls, Marjolaine Boutet, Editions Générales First 2009

Les séries télévisées : l'avenir du cinéma ?, Jean-Pierre Esquenazi, Ed. Armand Colin, 2010

La culture des sentiments. L'expérience télévisuelle des adolescents, Dominique Pasquier, 1999

Les nouvelles approches sociologiques des organisations, Henri Amblard, Philippe Bernoux, Gilles Herreros, Yves-Frédéric Luvian, pp.127-140

La télévision pour les nuls, de Marie Lherault et François Tron, Ed. First Gründ, 2010

Publicitor, Jacques Lendrevie, Arnaud de Baynast, Catherine Emprin, 7e éd. Dunod, Paris, 2008

Articles scientifiques

Mousseau Jacques. La télévision aux USA. In: Communication et langages. N°63, 1er trimestre 1985. pp. 99-117. doi : 10.3406/colan.1985.1667 url : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/colan_0336- 1500_1985_num_63_1_1667 .Consulté le 26 août 2012

Les utilisateurs, acteurs de l'innovation, Madeleine Akrich, Sociologie de la traduction. Textes fondateurs, Presses de l'Ecole des Mines, 16 novembre 2006

Sociologie de l'acteur réseau, Michel Callon, Sociologie de la traduction. Textes fondateurs, Presses de l'Ecole des Mines, 16 novembre 2006

Articles de presse

Séries télévisées pour public cultivé, Dominique Pinsolle et Arnaud Rindel, Le Monde diplomatique juin 2011

Les tribus sous le microscope, Marketing Magazine N°91 - 01/12/2004 - Rita Mazzoli

Les séries se taillent désormais la part du lion dans les programmes télévisés, Le nouvel économiste, Journal numérique, 16/11/2011 http://www.lenouveleconomiste.fr/tv-successstories-12768/

L'art délicat du placement de produits, Iris Mazzacurati (Studio Ciné Live), publié le 19/11/2010 http://www.lexpress.fr/culture/cinema/l-art-delicat-du-placement-deproduits937555.html

Séries télé : où en est le placement produit en France ? Amandine Prié, Le Plus Nouvel Obs, 10/12/2011 http://leplus.nouvelobs.com/contribution/221594-series-tele-ou-en-est-leplacement-produit-en-france.html

NBC renews 'Chuck,' embraces Subway money, Daniel Fienberg, Hitfix, 09/11/2009 http://www.hitfix.com/articles/nbc-renews-chuck-embraces-subway-money

Pourquoi l'industrie des séries TV ne connaît pas la crise, L'expansion, Gaétan Supertino - publié le 06/10/2011 http://lexpansion.lexpress.fr/economie/pourquoi-l-industrie-desseries-tv-ne-connait-pas-la-crise264254.html

Le marché du DVD a perdu 15 millions d'unités en un an, zdnet, 08/02/2012 http://www.zdnet.fr/blogs/digital-home-revolution/le-marche-du-dvd-a-perdu-15-millionsd-unites-en-un-an-39768389.htm

Le streaming illégal difficile à pister, Marion Sauveur, Europe 1, 22/11/2011 http://www.europe1.fr/France/Le-streaming-illegal-difficile-a-pister-828297/

Les sites de streaming illégal gagnent beaucoup d'argent, Benjamin Ferran, Le Figaro, 01/12/2011 http://www.lefigaro.fr/hightech/2011/12/01/01007-20111201ARTFIG00567- les-sites-de-streaming-illegal-gagnent-beaucoup-d-argent.php

Le FBI ferme Megaupload, la contre-attaque s'organise, 20/01/2012, Le Parisien http://www.leparisien.fr/high-tech/en-direct-le-site-megaupload-ferme-les-anonymousripostent-20-01-2012-1820800.php

La législation antimafia utilisée contre Megaupload, Par Damien Leloup, Le Monde.fr, 20.01.2012 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/01/20/contre-megauploadla-legislation-antimafia1632579651865.html

La fermeture de MegaUpload bouscule les habitudes des internautes, Le Monde.fr, 27.01.2012 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/01/27/la-fermeture-de-megaupload-bouscule-les-habitudes-des-internautes1635618651865.html#xtor=EPR-32280229-[NLTitresdujour]-20120128-[titres]

Après la fermeture de MegaUpload, le streaming illégal a muté en profondeur, Damien Leloup, Le Monde.fr, 17.04.2012

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/04/17/apres-la-fermeture-demegaupload-le-streaming-illegal-a-mute-en-profondeur1686497651865.html

MegaUpload : la perquisition et la saisie de biens de Kim Dotcom jugées illégales, Le Monde.fr avec Reuters, 28.06.2012

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/06/28/megaupload-la-perquisition-et-lasaisie-de-biens-de-kim-dotcom-jugee-illegale1725729651865.html

Fin de Megaupload : 48% des "pirates" cessent de télécharger... pour l'instant, Clubic.com, 29.02.2012

http://pro.clubic.com/legislation-loi-internet/telechargement-illegal/actualite-478704-finmegaupload-48-internautes-auraient-cesse-telecharger-illegalement.html

Ressources en ligne

How Getting Your Show on TV Works, How stuff work, http://electronics.howstuffworks.com/tv-pitching1.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9diam%C3%A9trie#R.C3.A9sultatspourl.27ann.C3.A 9e2011

http://en.wikipedia.org/wiki/BeverlyHills,90210franchise#MelrosePlace http://fr.wikipedia.org/wiki/StarTrek

http://fr.wikipedia.org/wiki/Streaming http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9l%C3%A9visionderattrapage http://www.hadopi.fr/la-haute-autorite/lhadopi-en-bref http://www.la-loi-hadopi.fr/procedure-hadopi/14-controle-hadopi.html http://www.la-loi-hadopi.fr/procedure-hadopi/13-telechargement-illegal-hadopi.html http://www.la-loi-hadopi.fr/procedure-hadopi.html http://fr.wikipedia.org/wiki/Innovation

Dossiers thématiques

La diffusion de la fiction à la télévision en 2011, CNC

METHODS FOR RE-IMAGINING SOCIAL TOOLS IN NEW CONTEXTS Clare J. Owens, David E. Millard, Andy Stanford-Clark, University of Southampton & IBM, UK

Conférences

9e journée de la création TV du 5 juillet 2012

Les génériques : un art en soi ? d'Ariane Hudelet-Dubreil, Series Mania saison 3, Forum des images

Documentaires

Series Addict, Olivier Joyard, première diffusion 30 novembre 2011, Canal Plus Tous au Mistral !, première diffusion le 21 février 2012, France 3

Sites internet utilisé/analysé pour la recherche de ce mémoire

lost-site.com

dexter-serialforum.com

glee.forumactif.org

forum.glee-france.fr

plusbellelavie.org

samia-and-boher.forumactif.org

forums.france4.fr

dpstream.net

thepiratebay.se

u-sub.net

addic7ed.com http://leblogdemaud.wordpress.com/2009/08/11/fansub-teams-comment-font-elles/ http://www.ataa.fr/blog/retour-sur-series-addict/

Podcasts http://seriestv.blog.lemonde.fr/2010/02/17/postcast-8-la-france-nest-pas-un-desert/ http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-etudier-le-web-2011-10-01