WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Ecriture et politique dans "en attendant le vote des bêtes sauvages " d'Ahmadou Kourouma

( Télécharger le fichier original )
par Kossi Wonouvo GNAGNON
Université de Lomé Togo - Maà®trise en lettres 2009
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

INTRODUCTION GENERALE

8

Depuis 1921, année où René Maran publie Batouala (Véritable roman nègre), lauréat du prix Goncourt, aux écrivains de la Négritude, mouvement littéraire indépendantiste, culturel et anticolonialiste (dont les tenants restent notamment Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, David Diop, Léon Gontran Damas), jusqu'en 1968, en passant évidemment par la génération des classiques, marquée essentiellement par Mongo Beti, Ferdinand Oyono, Ousmane Socé, Camara Laye, Bernard Binlin Dadié et Cheick Hamidou Kane, pour ne citer que ceux-là, toute la littérature négro-africaine a été foncièrement contestataire du fait colonial et largement extravertie de la tradition africaine. Le roman négro-africain avant 1968, est en effet caractérisé par une structure linéaire selon le modèle balzacien, avec des personnages identifiés et présentant une vision de l'espace manichéen (soit l'Afrique ou l'Europe, soit le village ou la ville) ; la thématique dans cette littérature autour des indépendances est nourrie par la rencontre de l'Occident et de l'Afrique, entre la culture blanche et l'univers spirituel des Noirs...etc.

Ainsi, qu'il s'agisse de Ville cruelle de Mongo Beti, d'Une vie de boy de Ferdinand Oyono ou des Bouts de bois de Dieu de Sembène Ousmane, c'est plutôt à une littérature chaude, engagée, critique, réaliste que nous avons affaire, et non pas à une littérature évasive, fantastique ou onirique non pas bien encore une littérature méditant sa littérarité. N'est-ce pas cet engagement de l'écrivain négro-africain que définit Mongo Béti quand il déclare :

« L'écriture n'est plus en Europe que le prétexte de l'inutilité sophistiquée, du scrabeux gratuit, quant, chez nous, elle peut ruiner des tyrans, sauver les enfants de massacre (....), en un mot, servir »7?

L'écrivain négro-africain avant 1968 avait un cahier de charge où sa mission était bien déterminée : combattre le colonialisme sur toutes ses formes, lutter pour les indépendances.

7 Mongo BETI cité par Ambroise KOM in Notre Librairie, `'Littérature camerounaise», n°99, octobre-décembre 1999.

9

Mais, après la publication de deux oeuvres remarquables, Le devoir de violence de Yambo Ouologuem (prix Renaudot 1969) et Les soleils des indépendances d'Ahmadou Kourouma, toute la littérature négro-africaine venait de rompre avec ce qu'on pourrait appeler « le classicisme négro-africain » pour adopter une nouvelle forme, une nouvelle expression, une nouvelle thématique, un nouveau style, en un mot pour s'engager dans l'aventure de nouvelles écritures caractérisées par la rupture du style balzacien, l'écriture de l'obscène, la violence scripturaire, le mélange des genres, l'espace incertain, les titres énigmatiques et surtout la caricature des figures du pouvoir.

A vrai dire, la littérature négro-africaine après 1968 est l'expression indélébile du désenchantement né de l'illusion des indépendances. Ceci est de conséquence : désormais on a conscience que les ennemis de l'Afrique, ce sont les Africains eux-mêmes. En effet, contrairement à l'Afrique « royaume d'enfance » que défendait la Négritude, la littérature du désenchantement présente une Afrique sombre, enténébrée et désarticulée par la violence, les instabilités politiques, les guerres tribales et fratricides.

Si le terme de `'violence» renvoie en fait au titre de l'ouvrage du Malien Yambo Oueloguem, Le devoir de violence, il pourrait en réalité s'appliquer à la quasi totalité des oeuvres romanesques négro-africaines publiées depuis 1968. Que ce soit La vie et demie de Sony Labou Tansi, Le pleurer-rire d'Henri Lopès, Le jeune homme de sable de William Sassine, ou En attendant le vote des bêtes sauvages d'Ahmadou Kourouma, pour nous limiter à ceux-là, le roman négro-africain adopte désormais le langage de la violence pour dénoncer les aberrations des régimes totalitaires postcoloniaux, et exprimer les désillusions des indépendances.

Dans tous les cas, l'écriture se voit assigner comme toujours mais plus que jamais une fonction fondamentalement politique au sens double du terme. D'abord parce que l'écriture est en soi un acte politique, c'est-à-dire un fait social, au sens étymologique du terme. Ensuite,

10

l'écriture, dans le roman négro-africain, devient, en plus de sa politicité, son caractère naturellement politique, une politisation c'est-à-dire une description voire une représentation de la politique dans les états africains postcoloniaux, et se trouve ainsi affectée et infectée par ses dures réalités : la violence, la guerre, le mensonge, le culte de la personnalité, la sexualité, le militarisme...etc. Et si « tout est politique » actuellement comme l'observait l'écrivain suisse Keller8, à plus forte raison c'est bien le cas de l'art en Afrique, fonctionnel et combattant dans son essence même. Car « les artistes noirs [...] sont en quelque sorte prédestinés à être responsables par leur parole, par leur acte et par leur condition même » 9

Dès lors sommes-nous autorisés à analyser les rapports qui existent entre Ecriture et Politique, la politicité et la politisation de l'écriture dans le nouveau roman négro-africain.

D'ailleurs, les importantes innovations scripturales opérées dans cette nouvelle forme romanesque montrent bien le reflet et les traits caractéristiques de la politique dans l'Afrique postcoloniale. Dorénavant, l'écriture, dans le roman négro-africain, est caractérisée par une syntaxe décousue, une variation discursive, le mélange des genres, l'abondance de structures étrangères, de néologismes, et par une « tropicalisation » de la langue française.

Ici, dans notre étude, nous allons nous intéresser à l'écriture romanesque chez Ahmadou Kourouma, qui s'est distingué dans ses romans par de remarquables innovations structurales et thématiques.

Si nous nous proposons d'étudier « Ecriture et Politique dans En attendant le vote des bêtes sauvages d'Ahmadou Kourouma », c'est d'abord parce que Kourouma (Lauréat du prix du livre Inter en 1999), reste l'un des pères du renouvellement du roman négro-africain en y intégrant une sorte de « Malinkisation » du français par des écarts stylistiques et linguistiques

8 Cité par J.P. SARTRE, Préface à l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache d'expression française, P.U.F. 1947, rééditée en 1964.

9 Gusine Gawdat OSMAN, L'Afrique dans l'univers poétique de Léopold Sédar SENGHOR, (Les Nouvelles Editions Africaines), Dakar-Abidjan-Lomé, 1978, p. 17.

11

des normes métropolitaines ; ensuite, à cause de l'audace scripturale dont il fait montre en essayant de concilier l'oralité et l'écriture qui sont en réalité deux esthétiques opposées, d'inventer une esthétique hybride faite du mélange des genres dans un style hautement original, annonçant à coup sûr un genre nouveau ; enfin, parce que dans En attendant le vote des bêtes sauvages, l'auteur d'Allah n'est pas obligé10 pousse à la consécration sa vocation exceptionnelle de caricaturer les figures du pouvoir dans l'Afrique au lendemain des indépendances.

Ahmadou Kourouma pose d'énormes problèmes scripturaux, esthétiques et thématiques dans En attendant le vote des bêtes sauvages. Ceci nous amène à faire une étude structuro-thématique de cette oeuvre, qui est le corpus de notre mémoire ; nous pourrons nous y interroger sur la manière dont Kourouma a écrit le récit purificatoire, le donsomana, dès lors se pose un problème narratologique ; comment il essaie de concilier l'oralité et l'écriture, la fiction et l'épopée, subversion dans les genres et architextualité ; comment il est arrivé à assigner une fonction politique à l'écriture, reposant ainsi l'éternel problème de l'engagement littéraire. Nous pourrons également y examiner la manière dont l'écriture dans l'oeuvre illustre les grands thèmes comme la dictature, la violence, et le pouvoir.

Par notre travail sur « Ecriture et Politique dans En attendant le vote des bêtes sauvages », nous comptons contribuer modestement à l'appréhension de l'oeuvre de Kourouma en montrant la verve innovante avec laquelle il inaugure dans cette oeuvre le style de la fable politique, et comment il restitue la naissance de l'Etat africain postcolonial, son fonctionnement et le portrait sarcastique de ses dictateurs.

Ce que nous voulons faire ici, c'est d'abord de définir les concepts du sujet à savoir l'écriture et la politique ; c'est ensuite de montrer par des analyses narratologique, architextuelle, onomastique, thématique et psychocritique, comment l'écriture de Kourouma

10 Ahmadou KOUROUMA, Allah n'est pas obligé, Paris, Seuil, 2000.

12

est une représentation de la politique dans l'Afrique postcoloniale ; c'est enfin de démontrer en quoi cette écriture est incontestablement politique, une écriture qui s'impose comme l'expression de l'affirmation identitaire et culturelle en s'opposant à la dictature et au néocolonialisme, bref une écriture qui réclame la Démocratie.

13

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Enrichissons-nous de nos différences mutuelles "   Paul Valery