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Contribution à  l'étude des origines de la poésie mallarméenne

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par Mohamed Dr Sellam
Université de Bordeaux - Doctorat 1981
  

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U n éclat de ta voix ,un peu de lumière.(Mallarmé ) ? »
CHAPITRE PREMIER

Mallarmé,un vrai parnassien.

I

De la pension d'Auteuil au lycée de Sens.

Ce qu'il nous faut,à nous ,c'est l'étude sans trêve,

c'est l'effort inoui,le combat non pareil

c'est la nuit,l'âpre nuit de travail, d'oû se lève,

lentement,lentement,l'oeuvre ainsi qu'un soleil !

Verlaine.

Stéphane,le jeune enfant aux yeux brillant d'intelligence et de candeur,s'orienta,un de de ces jours splendides d'octobre,vers un pensionnat situé à Auteuil ,aux environs de la ville de Paris..

Le père du petit Stéphane,soucieux de l'éducation de son enfant,s'entêta,en dépit de l'opposition farouche de la mère1,à le faire inscrire dans ce pensionnat,et c'était lui qui,conscient de la haute mission qu'il devait accomplir,emmena et remit le jeune élève à la direction du pensionnat,après avoir bien entendu pris soin de prodiguer ses conseils judicieux à sa progéniture...

Ainsi l'enfant,peu habitué à vivre dans un milieu agité,se trouva soudain propulsé dans un monde d'enfants turbulents et espiégles,spectacle effarant dont il revivra plus tard,une fois devenu à son tour éducateur des jeunes âmes,les tristes souvenirs ,et c'est ainsi que,pour lui,se succèdent les générations,et avec elles,leurs vices,leurs habitudes et leurs turpitudes invétérées...sans le moindre changement positif..

Cependant,malgré son manque de disposition à s'adapter à un tel milieu2,non seulement hermétique,mais encore rendu incommode par une discipline intransigeante,le petit élève se rappela les conseils paternels et se laissa,après quelques réticences,entrainer par le courant auquel d'ailleurs il ne pouvait plus résister...

Peu à peu,il finit par s'accoutumer à ce gâchis,à ce désordre et à cette incohérences,hérissée de contradictions multiples,dont il éprouvait un grand malaise,mêlé de résignation..

Ce monde de désordre incongru et hétéroclite,lui communique à son insu l'image obsédante du phénomène métaphysique..,c'était une mosaïque d'etres impossibles à saisir,de lutins ou de sylphides ou de faunes fugitifs3...L'enfant à l'esprit lucide et clairvoyant croyait un instant qu'il descendait dans un univers fantasmagorique 1(*)s'acheminant,emporté irrésistiblement sur des nuages opaques,vers un abîme d'ombres et de fantômes...Et brusquement,comme s'il était mordu par une bête infâme,s'arracha à ces rêves nébuleux pour se sentir soulagé ,tel un voyageur qui atteint sa destination après un pénible périple ..

le maître du pensionnat,un homme borné et conservateur des traditions vétustes,ne 3(*)connaissant de son métier que les méthodes disciplinaires,des méthodes strictes et rigides,ne semblait en aucune manière deviner ou percevoir ce qui se passait dans la tête de cet enfant.....

Au contraire,il le relégua au fin fond du local,le laissant parfois seul ,en lutte avec des êtres mystérieux,avec lesquels il semblait en communion perpétuelle et qu'il tentait d'amadouer avec son génie d'enfant au comportement bizarre...

Alors rien,chez cet enfant fourvoyé dans ce pensionnat,ne semblait réveiller la curiosité du maître,rien ne semblait l'exciter à se rapprocher de l'enfant et de comprendre ses penchants et ses goûts étranges pour des choses imaginaires..

L'enfant,tout au long de son séjour dans ce triste pensionnat,demeura méconnu,inconnu,perdu dans des pensées vaporeuses et éphemères,qui n'avaient de consistance que dans sa petite cervelle de gosse à la recherche de l'impossible...et c'est justement avec lui-même qu'il paraissait alors plus à l'aise,surtout lorsqu'il s'adonnait à l'envi à évoquer ses rêves enfantins et à explorer au moyen de son imagination anodine,des ombres volatiles qui dansaient la sarabande sous ses yeux extasiés..

Ainsi au pensionnat,l'enfant hérita le goût amer de la vanité de ce monde..la fin inéluctable de rêve de la vie et le morose déchirement du destin..

Dès que le père remarqua que le pensionnat n'est plus désormais indispensable pour le jeune enfant et que,suivant la tradition de l'époque,il lui fallait aller plus loin dans son apprentissage pour la vie,il le plaça dans un lycée,le lycée de Sens,selon son appellation commune..

C'est ainsi que l'enfant,après son expérience du pensionnat,se trouva tout à coup mêlé à une nouvelle foule d'élèves,un nouvel univers dont il ignorait tout,mais dont il commençait cependant à assimiler les lois et la discipline,plus souple et beaucoup moins draconienne que celle du pensionnat..

Son adaptation fut aisée et il ne rencontra pas de difficultés pour se faire aimer et comprendre par ses condisciples.Sa raison d'être,c'est dêtre à la hauteur de la confiance du père et d'être obéissant et docile avec tout le monde..

Cependant il se rendait compte ,de temps en temps,qu'il n'est pas fait pour obéir à des régles,et des coutumes4...Il éprouvait le besoin,un besoin tenace ,de dire à tout le monde que tout ce qu'il voyait le révoltait et provoquait en lui indignation et malaise..Mais le jeune garçon,qui n'avait pas encore atteint quinze ans,se refugiait dans le silence,un silence impénètrable,en cachant dans le fond de son coeur tous les maux qu'il en ressentait..

Alors il préféra ne rien dévoiler de ce qu'il souffrait intérieurement .La discipline,bien qu'elle fût moins austère qu'elle ne l'était au pensionnat,le scandalisait et s'y plier,c'eût été pour lui un vrai supplice :par là tout son souci était de l'esquiver par quelque moyen que ce fût...

Pour lui la liberté en tout est la première condition de l'existence,la liberté de choisir comme la liberté de penser est la preuve éclatante d'une maturité et d'un civisme ,d'un savoir-vivre authentique...

Choisir ses auteurs,s'absorber librement dans leur lecture,sans être gêné par d'importuns conseillers qui chercheraient à vous imposer des contraintes ;écrire ce qui se passait par la tête sans s'astreindre à des régles qui entraveraient la liberté de cré ation:voilà pour lui le principe idéal de tout progrès humain5...

Un jour,aux environs de midi,et pendant que le jeune Stéphane était en classe avec ses camarades,le proviseur fit son entrée ;tous les garçons se turent et un silence effrayant,terrible s'installa au sein de la salle..

Le proviseur,homme dégingandé,pataud et à l'air sévère,après avoir promené ses regards sur les visages des garçons,s'arrêta à la hauteur du jeune Stéphane et d'une voix ironique ,laissa tomber..

« ah !oh ! Mallarmé...mais qu'est-ce que vous lisez là ?...Euh !Je vois bien..c'est de la poésie de Charles d'Orléans...c'est un auteur qui se caractérise par la complication du style et le culte du mystère..Es-tu en mesure de comprendre cela ? S'insurgea le proviseur,sous l'hilarité étouffée des jeunes potaches que la scène parut avoir émoustillés jovialement...Cependant le jeune garçon ,mis dans l'embarras par une telle question,baissa les yeux et les mains frémissantes,à peine étalées sur les pages du livre ,prononça avec une extrême obséquiosité .. « -Oui,Monsieur,certainement ..je crois que j'ai tout saisi ,malgré l'orthographe ancienne ...d'autant plus que j'ai eu l'occasion de le lire en compagnie de mon père,qui s'était donné beaucoup de peine pour m'eclaircir quelques détails sur la vie de cet auteur génial...d'un autre côté,un auteur authentique n'aspire jamais à dévoiler ses idées..il doit s'attacher à cultiver le mystère et..

« Assez.. ! assez.. !J'entends mon petit...interrompit ironiquement le proviseur,l'air incrédule,..mais c'est un auteur qui n'est pas dans le programme...D'ailleurs il parait qu'il est inaccessible pour un enfant de ton âge.. ----Oui,monsieur,vous avez mille fois raison,mais je vous l'ai déjà dit..j'adore ce qui est difficile et le sommet le plus rude me parait le plus facile à atteindre..

« --Assez de niaiseries !proféra le proviseur calmement,qui connaissant par ailleurs l'esprit étrange et abscons de cet enfant précoce,ne put s'empêcher un instant de méditer ces mots dits d'une manière spontanée et avec un sérieux sans faille..

Et sous le murmure étouffé des enfants,il se dirigea hâtivement vers la sortie,pour disparaître en un tournemain dans les longs couloirs du bâtiment..

Stéphane,après être calmé de cette commotion inattendue,se résigna et poursuivit sa lecture avec plus d'acharnement..

Au bout de quelques moments,il leva les yeux et s'aperçut à son grand étonnement que les yeux de ses camarades étaient braqués sur lui,en silence,l'air narquois..

Ebauchant un sourire forcé,il baissa de nouveau les yeux et poursuivit sa tâche non sans grommeler quelques mots inaudibles..

La vie au lycée,avec ses tracas et ses tapages infinis,ses contraintes et ses obligations impératives,lui avait inculqué le goût de la patience et de la persévérance dans tout ce qu'il entreprenait..Le lycée de Sens,pour Mallarmé,est un univers dont il a mesuré les limites et dont il a sondé les carences au même titre que les avantages,qui ont totalement transformé sa vision du monde et de l'existence et contribué à lui ouvrir le chemin vers la gloire et la liberté.. ;

* 1 2Il s'agit bien évidemment de la belle-mère de l'enfant,puisque sa mère est morte en 1847 alors qu'il est âgé à peine de 5 ans

2-Mallarmé s'y sentit en effet mal à l'aise,si bien que les responsables de ce pensionnai l'avaient qualifié de mauvais écolier.

3- Voir à ce sujet « l'après-midi d'un faune »oû Mallarmé,sous la forme d'êtresbizarres,à l'instar de Shakespeare,évoque le phénomène de la vie sauvage et à l'état de nature.

4-Ceci est dans sa nature même:n'être pas comme les autres,c'était pour lui un grand honneur.Le pire,c'est qu'il sera renvoyé du Pensionnat pour son caractère d'indépendance et de liberté.

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