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Mise en Å“uvre des systèmes de vulgarisation:formation,visite et conseil à  l'exploitation agricole familiale au bénin : analyse comparée et perspectives d'intégration.

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par Youssef Yannick SARE
Université de Parakou ( Bénin ) - Ingénieur agroéconomiste 2008
  

Disponible en mode multipage

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CERTIFICATION

Nous certifions que ce travail a été entièrement réalisé par l'Etudiant Yannick Youssef SARE au Département d'Economie et Sociologie Rurales de la Faculté d'Agronomie de l'Université de Parakou, sous notre supervision.

SUPERVISEUR :

Dr. Ir. Guy Sourou NOUATIN

Enseignant-chercheur

à la Faculté d'Agronomie

de l'Université de Parakou

DÉDICACE

Je dédie particulièrement cette oeuvre :

- A mon Père Alassane SARE ! Que ce travail qui est le fruit de tes efforts, te comble de joie, d'espoir et de fierté ;

- A ma Mère Thérèse Assaratou BIO ! Sache, maman, que je n'ai pas oublié et suis loin d'oublier les nuits blanches que je t'ai imposées durant mon enfance. Cette oeuvre est la tienne. Je te l'offre en signe de reconnaissance des peines endurées ;

- A papa Florentin AGOUA ; pour ton indéfectible et constant soutien tant matériel que moral.

REMERCIEMENTS

L'accomplissement de la présente thèse n'a été possible que grâce à la participation active de plusieurs personnes à qui nous exprimons notre profonde gratitude. Nous tenons particulièrement à témoigner nos sincères remerciements :

- Au Docteur-Ingénieur Guy NOUATIN, Enseignant-chercheur à la Faculté d'Agronomie de l'Université de Parakou, qui n'a ménagé aucun effort pour assurer la supervision de notre travail ;

- A Monsieur Moumouni IMOROU KARIMOU, Responsable Technique de la Cellule d'Appui au Développement du conseil de Gestion, qui n'a ménagé aucun effort pour assurer la supervision de notre travail aux côtés du Dr. Ir Guy NOUATIN ;

- A toute l'équipe de la CADG, en particulier à Messieurs Idrissou ZATO AROUNA, Ali ZIME-YERIMA et Yaya MAMA GUIA ;

- A toute l'équipe du CeCPA de Kandi, pour nous avoir facilité la recherche sur le terrain par leur hospitalité et leur disponibilité ;

- A Monsieur Florentin AGOUA dont les sages conseils et les orientations ont abouti à ce travail, infiniment merci ;

- A tout le personnel enseignant et à toute l'Administration de la Faculté d'Agronomie de l'Université de Parakou pour les efforts consentis pour notre formation, en particulier à Monsieur Honorat EDJA pour la rigueur qu'il nous a transmise ;

- A tous les braves producteurs des communes de Kandi  qui ont bien voulu contribuer à cette recherche en nous fournissant des informations sur le fonctionnement de leur ménage et de leur exploitation ;

- Nous adressons nos sincères remerciements à toute notre famille pour tous les sacrifices consentis et l'assistance permanente dont nous avons bénéficié de sa part.

- A tous nos collègues de la 3ème promotion de la Faculté d'Agronomie, nous disons merci pour tous ces moments passionnants passés ensemble ;

Certes, la liste est très longue et nous sommes conscients de ne l'avoir pas épuisée. Que toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à ma formation et qui n'ont pas été cités ici se reconnaissent à travers ces mots : sincères reconnaissances !

LISTE DES ABRÉVIATIONS

AFD :

Agence Française de Développement

ANACO DEDE :

Association des Groupements de Producteurs « Dédé »

APNV :

APV :

Approche Participative Niveau Village

Agent Polyvalent de Vulgarisation

ASF :

Association des Services Financiers

BRS :

Banque Régionale de Solidarité

CADG :

Cellule d'Appui au Développement du conseil de Gestion

CARDER :

CdG

Centre d'Action Régional pour le Développement Rural

Conseil de Gestion

CeCPA :

CEF

Centre Communal pour la Promotion Agricole

Conseil à l'Exploitation agricole Familiale

Ce.R.P.A. :

Centre Régional pour la Promotion Agricole

CETA :

Collège d'Enseignement Technique Agricole

CPV :

Conseiller en Production Végétale

CLCAM :

Caisse Locale de Crédit Agricole Mutuelle

CUMA :

Coopérative d'Utilisation du Matériel Agricole

FA :

Faculté d'Agronomie

FAO :

Organisation des Nations Unies pour l'Agriculture et l'Alimentation

FSA :

F&V

Faculté des Sciences Agronomiques

Formation et Visite

GF :

Groupement Féminin

GC :

Groupe de Contact

GV :

INSAE

Groupement villageois

Institut National de la Statistique Appliquée et de l'Economie

GVPC :

Groupement Villageois des Producteurs de Coton

LAMS :

Lycée Agricole Médji de Sékou

LDPDR :

Lettre de Déclaration de Politique de Développement Rural

MAEP :

ONASA

Ministère de l'Agriculture de l'Elevage et de la Pêche

Office National d'Appui à la Sécurité Alimentaire

ONG :

Organisation Non Gouvernementale

OP :

Organisation Paysanne

PADSE :

Projet d'Amélioration et de Diversification des Systèmes d'Exploitation

PADYP :

Programme d'Appui aux Dynamiques productives

PDC :

PUASA

Plan de Développement Communal

Programme d'Urgence d'Appui à la Sécurité Alimentaire

SATEC :

Société d'Aide Technique et de Coopération

SIP :

Société Indigène de Prévoyance

SMDR :

TS

Société Mutuelle de Développement Rural

Technicien Spécialisé

TSPV :

T&V

Technicien Spécialisé en Production Végétale

Training and Visit

UAC :

Université d'Abomey-Calavi

UCPC :

Union Communale des Producteurs de Coton

UDP :

UV

Union départementale des producteurs

Unité Villageoise

RÉSUMÉ

Au cours des vingt dernières années, parallèlement à leur désengagement de certaines fonctions d'appui à l'agriculture comme le crédit, l'approvisionnement en intrants ou la commercialisation, de nombreux États ont mis en oeuvre des programmes de vulgarisation du type « Training and Visit ». Aujourd'hui, dans leur grande majorité, ces programmes ?basés sur le renforcement des appareils administratifs et un transfert de technologies standardisées ? ne sont plus fonctionnels.

Parallèlement, des initiatives ont été mises en place pour tester puis développer de nouvelles méthodes d'appui aux producteurs basées sur l'élaboration de Conseils à l'Exploitation Familiale favorisant la participation des producteurs. Ces initiatives en cours depuis une dizaine d'années concernent les pays de l'Afrique de l'Ouest dont le Bénin. Elles mobilisent producteurs, organisations paysannes, Organisation Non Gouvernementale et structures étatiques. Mais elles demeurent mal connues et l'information les concernant est peu accessible.

Dès lors, il devient important de connaître les ressemblances et les dissemblances dans la mise en oeuvre des deux approches par les vulgarisateurs et les conseillers et les collaborations qui doivent être recherchées dans le cadre d'une meilleure définition des finalités et des champs d'intervention des différents acteurs.

C'est dans cette perspective que s'inscrit la présente étude sur ces approches de vulgarisation. Elle s'est déroulée dans la commune de Kandi. Les objectifs spécifiques de l'étude sont

- identifier le rôle et la place des producteurs dans chaque approche ;

- analyser les interactions entre les producteurs et les conseillers/vulgarisateurs et enfin ; et,

- présenter les effets des différentes approches sur l'exploitation, le ménage et l'environnement des producteurs.

Les considérations théoriques ainsi que les objectifs et hypothèses d'étude nous ont amené à faire l'option d'une démarche principalement qualitative. Le cadre analytique de cette recherche est basé sur l'analyse du comportement des acteurs. Toutefois, il nous a été essentiel d'assortir l'interprétation de nos résultats par des données quantitatives afin de concrétiser certains aspects. Les outils et méthodes de collecte utilisés sont les interviews structurées, semi structurées et les observations participantes.

Les résultats de nos enquêtes nous ont permis d'aboutir aux conclusions suivantes 

- Dans l'approche T&V, les producteurs ne disposent d'aucun outil formel pour la définition des objectifs de leur exploitation. Il en est de même pour toutes les autres tâches de l'exploitation. Le producteur n'est qu'un exécutant mis en marge des réalités de sa propre exploitation, de son entreprise. Il n'est donc pas considéré comme étant au centre de son exploitation. Quant au producteur en CEF, il dispose d'un bon nombre d'outils lui permettant la définition des objectifs, la planification, et l'exécution. Ces outils manipulés par le producteur lui-même lui permettent de mieux connaitre sa situation de famille et d'en avoir une vision claire. Le producteur est au centre du système d'information, de décision et de pilotage de ces décisions en appui avec le conseiller. Ce dernier a aussi connaissance de son système de production ou d'opération et l'aide à trouver un cheminement d'amélioration sur plusieurs années à travers des décisions tactiques et stratégiques dont le producteur est au centre. Donc, l'approche Conseil à l'Exploitation Familiale met plus le producteur au centre de ses activités.

- Dans l'approche T&V il y a un complexe de supériorité existant entre l'encadreur et ses producteurs, une mauvaise connaissance des besoins et problèmes réels des producteurs. Ce sont les mêmes capacités qui sont renforcées. Il s'agit d'une action répétitive sans analyse préalable concernant le passé. La non responsabilisation tant au niveau des producteurs qu'au niveau des encadreurs peut-être dû à cette relation d'assistant à assisté et au complexe signalé plus haut. Le producteur dans l'approche Formation et Visite est considéré comme un bénéficiaire. Dans l'approche CEF, grâce aux outils mis à sa disposition, le producteur définit ses besoins. Donc les capacités sont renforcées là où le besoin est identifié. L'aide reçue dans ce cas alors sur demande, responsabilise les producteurs qui doivent remplir des documents qui sont à la base du conseil ; et le conseiller aussi fait un compte rendu à ses producteurs soit de façon individuelle ou en salle. Il y a donc suppression de la notion d'assistant à assisté qui laisse place à celle du partenariat. Nous pouvons donc dire que le producteur est considéré comme un partenaire au sein de l'approche CEF.

- Le producteur en CEF a des connaissances sur le fonctionnement de son exploitation et de son ménage qu'il peut exploiter. Du point de vue technique, l'écrit lui permet de conserver les formations, les dates et assez de connaissances qu'il peut consulter si le besoin se fait sentir. Le CEF permet un accès plus facile aux postes de responsabilité dans les organisations, et consécutive à un meilleur statut sociale. Mais l'ensemble de ces nouvelles connaissances n'a pas que des bienfaits, on note en effet la tendance vers l'individualisation des producteurs et le risque de les déconnecter de leur société. Quant au Training and Visit, certes le niveau de connaissance technique des exploitants s'est amélioré mais il demeure la relation d'assistant à assisté manifestée par le renforcement des capacités choisies par une des parties et une absence de responsabilisation au niveau des acteurs.

Au terme de cette étude, il ressort que des complémentarités doivent être recherchées entre les deux approches, de telle manière à recentrer les producteurs dans les dispositifs d'appui en leur conférant les capacités de demander les services qu'ils estiment nécessaires.

Mots clés : Conseil à l'Exploitation Familial, Training &Visit, producteurs, renforcement des capacités, décision.

ABSTRACT

During the last twenty years, in the same way to their disengagement of some functions of support to agriculture as the credit, provision in inputs or the merchandising, many States put in work of the programs of extension based on "Training and Visit» approach. Today, most of these programs based on the backing of the administrative devices and a transfer of technologies standardized are not more functional.

In the same way, some initiatives have been put in place to test and develop new methods of extension then to the producers based on the development of family farming advice encouraging the involvement of the producers. These initiatives in progress since about ten years concern the countries of West Africa of which Benin. They mobilize producers, organizations farmers, Non Governmental Organisation, state-controlled structures. But they stay badly known and information them concerning little accessible.

From then on, it becomes important to know the constants and the variables in the setting in work of the two approaches by the extension workers in the township of Kandi and the collaborations that must be sought-after in the setting of a better definition of the finalities and the fields of intervention of the different actors.

It is in this perspective that enrolls the present survey on these extension approaches that took place in the township of Kandi. The specific objectives of the survey are

- identify the role and the place of the producers in every approach;

- analyze the interactions between the producers and the extension workers; and,

- present the effects of the different approaches on the exploitation, the household and the environment of the producers.

The theoretical considerations as well as the objectives and hypotheses of survey brought us to make the option of a mainly qualitative gait. However, it was essential to us to assort the interpretation of our results by quantitative data in order to concretize some aspects. The tools and methods of data collection used are the structured interviews, semi structured and the participating observations.

The results of our investigations allowed us to succeed to the following findings

In the T&V, the producers do not have a formal tool for the definition of the objectives of their exploitation. It is some in the same way for the all other tasks of the exploitation. The producer is only a performer put in margin of the realities of his own exploitation, of his enterprise. He is not considered therefore like being a key point of his exploitation. As for producer CEF, he has many tools allowing him the definition of the objectives, the scheduling, and the execution. These tools manipulated by the producer him even permit him to know his family conditions better and to have a clear vision of it. The producer is a key point of the system of information, decision and piloting of these decisions in support with the extension agent. This last has as knowledge of his system of production or operation and help to find a progress of improvement on several years through tactical and strategic decisions whose producer is at the center. Therefore family farming advice approach puts the producer more in the center of his activities.

In the T&V approach it has a complex of superiority existing between the extension agent and his producers, a bad knowledge of the needs and real problems of the producers. These same capacities are built. It is about a repetitive action without previous analysis concerning the past. The lack of accountability of the producers and of the extension worker maybe due to helper's relation to recipient of aid and to the complex raised higher. The producer in the T&V system is considered like a recipient. In the CEF approach, the thanks to the tools put at the disposal of the producer define his needs. Therefore the capacities are built where the need is identified. Help received then in this case on demand make the producers aware of their responsabilities who must fill the documents that are to the basis of the advice; and the extension agent also made a report to his producers in an individual way or in room. There is deletion of helper's notion therefore to recipient of aid who lets place to the one of the partnership. We can say therefore that the producer is considered like a partner within the CEF approach.

Producer in CEF has some knowledge on the reality of his exploitation and his household that he can exploit. From a technical viewpoint, the writing allows him to keep the formations, the dates and enough knowledge that can be consulted if the need makes itself feel. The CEF allows an easier access the stations of responsibilities in the organizations and therefore a better social status. But the set of this new knowledge doesn't have that of the kindness; one notes the tendency indeed toward the individualization of the producers and the risk to disconnect them of their society. As for the Training Visit and, certainly the level of technical knowledge of the operators improved but, it stays helper's relation to recipient of aid demonstrated by the backing of the capacity building chosen by one the parts and an absence of accountability of the actors.

To the term of this survey, it comes out again that complementarities must be sought-after between the two approaches, of such sort to recenter the producers in the devices of support while conferring them the capacities to ask for the services that they estimate necessary.

Keys words: Family Farming Advice, Training &Visit, producers, capacity building and decision.

LISTE DES TABLEAUX

Tableau n°1  Critères de choix des villages.

Tableau n°2  Constitution de l'échantillon.

Tableau n°3 Hypothèses et outils d'analyse.

Tableau n°4  Pourcentage de producteurs suivant chaque objectif.

Tableau n°5  Choix des spéculations.

Tableau n°6  Facteurs influençant la définition des surfaces céréalières.

Tableau n°7  Présentation de la situation de famille.

Tableau n°8  Pourcentage de producteurs CEF utilisant les outils de suivi.

Tableau n°9 Situation matrimoniale des encadreurs.

Tableau n°10  Evolution des superficies et des rendements en coton.

Tableau n°11 Pourcentage de producteurs occupant des postes de responsabilité.

LISTE DES FIGURES

Figure n°1  Diagramme du champ de force.

Figure n°2  Position des parcelles dans les champs des producteurs.

Figure n°3  Connaissance des dates de semis et des itinéraires techniques.

Figure n°4  Différentes techniques de labour utilisées.

LISTE DES ANNEXES

Annexe 1  Guide d'entretien `'producteur''.

Annexe 2  Guide d'entretien `'conseiller''.

Annexe 3  Principaux outils du CEF.

Annexe 4  Tableau comparatif T&V et CEF.

TABLE DES MATIÈRES

Certification Erreur ! Signet non défini.

Dédicace ii

Remerciements iii

Liste des abréviations iv

Résumé v

Abstract viii

Liste des tableaux xi

Liste des figures xii

Liste des annexes xiii

Table des matières xiv

Introduction 1

1. Cadre contextuel 3

1.1. Problématique et justification 3

1.2. Objectifs de la recherche 5

1.3. Hypothèses de recherche 6

2. Cadres conceptuel et théorique 7

2.1. Vulgarisation 7

2.2. Approche Formation et Visite 9

2.3. Conseil de Gestion aux exploitations agricoles 11

2.4. Conseil à l'Exploitation agricole Familiale 11

2.5. Notion d'exploitation agricole familiale 12

2.6. Notion de participation 13

2.7. Notion de facilitation 15

2.8. Acteur social 15

2.9. Analyse du comportement des acteurs 16

3. Méthodologie de l'étude 18

3.1. Choix de la zone d'étude 18

3.1.1. Présentation de la zone d'étude 18

3.1.2. Choix des villages 20

3.2. Méthode et technique de collecte des données 21

3.2.1. Recherche documentaire 21

3.2.2. Entretiens semi-structurés 22

3.2.3. Observation 23

3.2.4. Données collectées 23

3.3. Echantillonnage 24

3.4. Méthodes et outils d'analyse des données 26

3.5.1. Comparaison 26

3.5.2. Histoires de vie 27

3.5.3. Analyse du discours des acteurs 27

3.6. Limites de la recherche 27

4. Décisions des producteurs dans chacune des approches d'accompagnement 30

4.1. Formulation des objectifs 30

4.2. Choix des activités à mener au sein de l'exploitation 32

4.2.1. Choix des spéculations 32

4.2.2. Définition des surfaces céréalières 34

4.3. Planification des activités de l'exploitation 36

4.3.1. Cas des producteurs en T&V 36

4.3.2. Cas des producteurs en CEF 38

4.4. Conduite des activités de l'exploitation 39

4.4.1. Exécution des tâches de l'exploitation 39

4.4.2. Suivi de la mise en oeuvre des activités de l'exploitation 41

4.5. Evaluation des résultats de l'exploitation 45

4.6. Stockage et commercialisation des produits de l'exploitation 46

4.7. Discussions des résultats et conclusion partielle 46

5. Interactions entre producteurs et conseillers 48

5.1. Présentation des conseillers 48

5.1.1. Niveau des conseillers 48

5.1.2. Situation matrimoniale 48

5.1.3. Motivations 49

5.2. Présentation des producteurs 50

5.2.1. Âges 50

5.2.2. Situation matrimoniale 50

5.3. Déroulement de l'animation 51

5.3.1. Nombre de producteurs par conseiller 51

5.3.2. Nombre et durée moyenne des visites 51

5.3.3. Lieu où se déroule l'animation 52

5.3.4. Comportements des producteurs et des conseillers 52

5.3.5. Sujets de discussion 54

5.4. Visites d'exploitation 55

5.4.1. Prédispositions morales des uns et des autres 55

5.4.2. But de la visite 56

5.5. Renforcement des capacités 56

5.5.1. Connaissance des besoins et problèmes réels des producteurs 57

5.5.2. Adéquation entre aide technique ou organisationnelle reçue et besoins 58

5.5.3. Place des femmes 60

5.6. Responsabilisation des producteurs et des conseillers 61

5.6.1. Obligation de compte rendu 61

5.6.2. Responsabilisation quant aux résultats de l'exploitation 62

5.7. Technique de labour  « le corô » 62

5.8. Discussions des résultats et conclusion partielle 64

6. Effets des deux approches sur les producteurs 66

6.1. Dans l'exploitation 66

6.1.1. Regroupement des parcelles 66

6.1.2. Changement dans les techniques de production 67

6.1.3. Evolution des superficies/rendements 70

6.2. Dans le ménage 72

6.2.1. Définition des besoins alimentaires et la gestion des stocks alimentaires 72

6.2.2. Gestion de la main d'oeuvre 72

6.2.3. Femmes dans le processus 74

6.2.4. Dépenses du ménage et gestion du revenu 74

6.2.5. Conseil et prix de vente des produits 76

6.3. Au niveau organisationnel 76

6.3.1. Relation avec les autres membres du village 76

6.3.2. « Dons » 77

6.3.3. Vers les institutions 78

6.3.4. Au niveau des OP 79

6.3.4. Dynamique du conseil 80

6.4. Conclusion partielle 81

Conclusion et recommandations 83

Références bibliographiques 85

Annexes 89

Annexe n°1 Guide d'entretien `'Producteur'' 89

Annexe n°2  Guide d'entretien conseiller/vulgarisateur 92

Annexe n°3  Principaux outils du CEF 94

Annexe n°4  Tableau comparatif entre « Training and Visit » et le « CEF » 96

INTRODUCTION

Le paysage agricole et rural au Bénin a connu, ces quarante dernières années des réformes au niveau institutionnel. Ces réformes ont eu des impacts sur les dispositifs et approches d'accompagnement des producteurs et productrices agricoles dans leurs domaines d'activités. Depuis la mise en place (par région et par filière) des systèmes "descendants" et sectoriels d'accompagnement des producteurs et productrices par les sociétés d'intervention, on est arrivé à différentes méthodes et approches se voulant plus participatives, pour mieux prendre en compte les besoins réels et concrets exprimés par ceux-ci. Cependant, force est de constater que ces différentes méthodes et approches d'appui aux producteurs et productrices au sud du Sahara ont connu ces dernières années de vives critiques au vu de l'importance des ressources consenties et des résultats très mitigés obtenus. (MAEP 2007).

« Ces critiques, qui, pour la plupart appelaient à de profondes réflexions, étaient fondées sur le fait que ces méthodes ou approches axaient essentiellement leurs interventions sur les aspects techniques (oubliant tout au moins de façon implicite les questions de transformation, de commercialisation, d'accès au crédit et aux marchés, de performances économiques et financières, socioculturelles...). » (MAEP 2007). En effet, la non prise en compte de ces aspects de l'accompagnement des producteurs agricoles ne permettait pas d'avoir une vision globale de l'exploitation agricole et de la famille rurale.

Au Bénin le Système National de Vulgarisation est une combinaison de plusieurs variantes de l'approche « Formation et Visite ».

Les limites constatées des différentes approches de vulgarisation développées au Bénin ont donné lieu à de nouvelles réflexions axées sur l'approche « Conseil de Gestion », appuyée principalement par les institutions de coopération avec le Bénin. Le Conseil de Gestion [qui deviendra par la suite Conseil à l'Exploitation Agricole Familiale (CEF)] est une démarche permanente de formation et de suivi/accompagnement d'agriculteurs et d'agricultrices volontaires qui souhaitent améliorer les performances technico-économiques de leur exploitation pour vivre décemment de leur métier. « C'est un processus d'aide à la décision qui induit des changements de mentalités et de comportements permettant aux adhérents de faire évoluer tant leurs pratiques techniques (intensification, gestion de la fertilité des sols, etc.) que financières (rentabilité des activités, maîtrise des dépenses, prévision budgétaire, etc.) et organisationnelles (contrôle des organisations paysannes) pour s'adapter aux contraintes de l'agriculture mondialisée» (Gouton 2005). Cette approche de conseil connaît une évolution tant au Bénin que dans toute l'Afrique de l'ouest.

Au vu de ces évolutions, nous nous proposons de faire une analyse comparée de l'approche de vulgarisation par "Formation et Visite" et du "Conseil à l'Exploitation Agricole Familiale » dans les départements du Borgou et de l'Alibori. Ce document comporte trois parties essentielles 

· la première partie est consacrée aux cadres contextuel, théorique et méthodologique,

· la deuxième partie présente les résultats et,

· la dernière la conclusion et les recommandations.

1. CADRE CONTEXTUEL

1.1. Problématique et justification

Le Bénin, comme les autres pays de l'Afrique a connu plusieurs formes d'appui aux producteurs. La principale forme d'appui aux producteurs avant les indépendances a été assurée par les Sociétés Indigènes de Prévoyances (SIP). Il faut comprendre que la SIP et les autres coopératives comme la Société de Production agricole d'Abomey, l'Union des Mutuelles Agricoles de Savè, l'Union des Mutuelles Agricoles de Dassa, rendaient leurs adhésions obligatoires auprès des paysans. Ceux-ci devaient travailler bénévolement dès 1946, sur des champs collectifs de cultures de rentes qui étaient supposées servir à la collectivité, mais qui étaient souvent envoyées vers la métropole1(*).

A partir de l'indépendance (1960), est apparue la vulgarisation par filière agricole2(*). Cette vulgarisation était effectuée par des sociétés dites d'intervention qui prenaient toutes les dispositions pour assurer tous les services en amont et en aval de la production3(*) . Les résultats de cette approche n'ont guère été satisfaisants : désaffection des paysans pour ces spéculations et désintérêt pour l'agent chargé de leur promotion4(*). A partir de 1975 la vulgarisation intégrée a vu le jour avec la création dans tous les départements des CARDER. Jusqu'en 1992 l'absence d'un système national unifié de vulgarisation posait le problème de l'organisation des services de vulgarisation. La solution a été la Restructuration des Services Agricoles financés par la Banque Mondiale et la généralisation de l'approche Formation et Visite.

Les plans d'ajustement structurel ont entraîné la suppression des mécanismes de stabilisation (soutien des prix, subventions...) et le retrait progressif de l'Etat de nombreuses fonctions d'appui aux producteurs. De nouveaux acteurs apparaissent et se renforcent (OP, ONG, firmes privées...) pour fournir des services et développer de nouvelles relations avec le monde rural (Schwartz, 1994). Dans la mise en oeuvre de ces fonctions, l'Etat a été relayé par ces nouveaux acteurs qui emploient de larges gammes d'approches.

Ce nouveau contexte engendre à la fois une croissance des risques économiques, une différenciation plus rapide entre exploitations ou régions et des opportunités nouvelles en fonction des éventuels avantages comparatifs dont peuvent bénéficier certains acteurs.

Aujourd'hui, les exploitations sont de plus en plus connectées au marché désormais ouvert et globalisé avec une part croissante de la production qui est commercialisée (culture d'exportation et, de plus en plus, produits vivriers et produits animaux pour alimenter les villes). Donc, les paysans ont des besoins nouveaux en informations/ formations pour gérer leur exploitation en prenant en compte ses dimensions techniques, économiques et sociales (Faure et al 2004). La diversité des situations et donc des demandes des producteurs, exigent la conception de nouvelles méthodes d'intervention (Faure, op cit). Plusieurs expériences sont en cours. Certaines se veulent une combinaison d'anciennes approches pour plus d'efficacité et de résultats, et d'autres se présentent comme de nouvelles approches avec l'ambition de mettre le producteur au coeur du processus de prise de décisions concernant la conduite de ses activités parmi lesquelles le Conseil à l'Exploitation Familiale. Il est désormais question d'accompagner l'exploitant dans un processus de prise de décisions conséquentes pour une conduite stratégique de ses activités et donc de l'ensemble du système de production ; ce que les « anciennes approches » ne permettaient pas de réaliser du fait de leur caractère trop « technique » (Faure et al 2004).

Selon Roesch (2002), « l'échec des programmes de vulgarisation « training and visit », des méthodes basées sur le transfert de « paquets technologiques » et le désengagement des Etats des activités de vulgarisation ont amené la Recherche, les Organisations Paysannes et un certain nombre de « Projets » à donner un nouveau souffle à l'expérimentation de méthodes d'appui aux agriculteurs, notamment le conseil de gestion ». Il s'agit d'une approche nouvelle qui cherche à renforcer la gouvernance paysanne sur les dispositifs, tant au niveau local que global. Ces nouvelles approches et méthodes obtiennent des résultats prometteurs avec une forte dynamique paysanne et une évolution significative des performances des exploitations. C'est particulièrement le cas avec le CEF qui n'a cumulé que dix années d'expérimentation. Il reste que « ces démarches ne peuvent être porteuses d'évolution positive que dans le cadre de politiques agricoles stimulantes pour l'exploitation familiale permettant de traiter des relations du Conseil à l'Exploitation agricole Familiale avec la vulgarisation agricole, l'accès au crédit et abordant le financement du conseil ». (Faure G., Kleene P., 2001)

En effet, si l'on admet qu'une synergie entre les différentes approches est indispensable, il apparaît alors opportun de s'intéresser à la pertinence des appuis dans leur globalité. Si le Conseil de Gestion, devenu Conseil à l'Exploitation agricole Familiale, peut effectivement être le moteur de la réflexion pour une refonte du dispositif d'appui aux producteurs tel qu'inscrit dans le livre blanc (MAEP, 2007), il n'a pas vocation à remplacer des activités qui ont chacune leurs intérêts propres pour les producteurs. Ce sont bien des collaborations, des passerelles, des synergies, des complémentarités, qui doivent être recherchées dans le cadre d'une meilleure définition des finalités et des champs d'intervention des différents secteurs. Pour cela, il est nécessaire au préalable de faire une analyse de la `'situation'' des services d'appui à l'agriculture notamment à travers la mise en oeuvre de l'approche classique de vulgarisation basée sur l'approche Formation et Visite et le Conseil à l'Exploitation agricole Familiale ; s'attachant à mettre en évidence leurs activités (mais aussi, ce qu'elles ne font pas ou ce qu'elles font mal) et la place de l'exploitant dans chaque approche. La question empirique à laquelle notre travail se propose d'apporter des éléments de réponse s'intitule comme suit 

Quelles sont les ressemblances, et les dissemblances dans la mise en oeuvre des deux approches par les vulgarisateurs et les conseillers dans la commune de Kandi et les collaborations qui doivent être recherchées dans le cadre d'une meilleure définition des finalités et des champs d'intervention des différents acteurs ?  

A travers cette question, il s'agira d'apprécier la pertinence de l'appui des vulgarisateurs et des conseillers externes aux défis majeurs des exploitations agricoles familiales  défis organisationnels, technico-économiques, et financiers. La pertinence sera analysée par rapport à ce que les exploitants savent faire et ce qu'ils désirent (souhaitent) faire ainsi que, la place et le rôle que leur accordent les dispositifs d'appui des producteurs agricoles. La pertinence des appuis est également de voir si les appuis répondent aux besoins des exploitants. C'est pourquoi une analyse comparée de l'approche « Formation et Visite » et le « Conseil à l'Exploitation agricole Familiale » dans la commune de Kandi sera réalisée.

1.2. Objectifs de la recherche

L'objectif global de cette étude est de faire une analyse comparée de l'approche "Formation et Visite " et du "Conseil a l'Exploitation agricole Familiale" dans les départements du Borgou et de l'Alibori, en prenant l'exemple de la Commune de Kandi. De façon spécifique il s'agira de 

- identifier le rôle et la place des producteurs dans chaque approche ;

- analyser les interactions entre les producteurs et les conseillers/vulgarisateurs ; et,

- présenter les effets des différentes approches sur les producteurs et leurs ménages.

1.3. Hypothèses de recherche

Pour atteindre les différents objectifs, les hypothèses suivantes ont été formulées 

- la démarche du CEF place le producteur/exploitant au centre de ses activités ;

- les producteurs sont considérés comme des partenaires plutôt que comme des consommateurs passifs dans l'approche CEF ; et,

- la démarche F&V produit des effets moins durables dans le temps.

2. CADRES CONCEPTUEL ET THÉORIQUE

La formulation théorique de la problématique, des objectifs et des hypothèses de recherche fait recours à des concepts abstraits dont le contenu mérite d'être précisé. Ce chapitre permettra de fixer le lecteur sur la signification opérationnelle à leur attribuer. Entre autres concepts, nous passerons en revue les notions suivantes  la vulgarisation, l'approche Formation et Visite, le Conseil à l'Exploitation agricole Familiale, le Conseil de Gestion aux exploitations agricoles, l'exploitation agricole familiale, la participation, la facilitation, l'acteur social, l'analyse du comportement des acteurs.

2.1. Vulgarisation

Selon Moris (1994), « Certains auteurs emploient le terme vulgarisation en référence à tous les contextes humains et organisationnels relatifs à la propagation des techniques agricoles ; d'autres utilisent cette notion dans une acception plus étroite pour désigner principalement l'information ou et la formation (en négligeant le fait que la promotion peut revêtir d'autres formes et atteint souvent une efficacité maximale en association avec l'interaction de groupe) ». Dans son sens usuel, la notion de vulgarisation agricole signifie promouvoir quelque chose, c'est-à-dire, fondamentalement, amener les paysans à effectuer une opération qu'ils négligeraient si on ne les y poussait pas. Ce concept comprend néanmoins deux éléments sous-entendus  le partenaire, instigateur ou promoteur, qui travaille avec les paysans et influence leur comportement, et l'innovation que l'on cherche à promouvoir.

Les définitions de la vulgarisation varient selon les individus et les écoles, mais une définition générale et partagée indique que la vulgarisation est un apprentissage professionnel durant lequel le groupe cible et l'organisme de développement s'associent pour apprendre et réaliser leur objectif commun. Il s'agit donc d'un service qui s'adresse à une clientèle volontaire sur la base d'un contrat qui met en évidence les prestations offertes et les conditions d'accès (MAEP, 2004).

De façon spécifique au secteur agricole, la vulgarisation peut être définie comme un système visant à permettre au plus grand nombre possible de paysans d'adopter librement des comportements positifs à l'égard d'innovations techniques, économiques et sociales à travers des formations, des échanges avec des techniciens et d'autres paysans dans le but d'améliorer la rentabilité des exploitations et le bien-être des ménages. Ainsi, les missions et rôles qui lui sont assignés sont 

· promotion d'une prise de conscience par le groupe-cible de la problématique suscitée par les activités de production ;

· transfert au groupe-cible du savoir-faire nécessaire à une maîtrise technique des solutions aux problèmes à résoudre (formation) ;

· conseil à l'acquisition et à l'organisation des moyens de production nécessaires au type de solution préconisée (main d'oeuvre, intrants) ;

· intégration de cette solution dans les structures institutionnelles et mentales du groupe-cible afin d'augmenter son autonomie ;

· auto-évaluation de l'impact de la vulgarisation d'une façon permanente sur la base d'une planification précise (MAEP, 2004)

Dans la présente étude, la vulgarisation est définie sous trois angles complémentaires 

· Le transfert de technologies pour aider les agriculteurs à améliorer leur capacité à utiliser les nouvelles technologies,

· le conseil pour aider les agriculteurs à résoudre leurs problèmes actuels et futurs

· La facilitation pour aider les agriculteurs à s'impliquer plus activement dans le système d'information et de connaissances sur leurs agricultures

La vulgarisation comme définie précédemment est un processus. Ici, nous avons deux approches de vulgarisation  la Formation et Visite et le Conseil à l'Exploitation Familiale. A travers chaque approche, il est important de procéder à une analyse suivant différents aspects 

- le processus de facilitation dans chaque approche

- les relations entre producteurs et vulgarisateurs

- les relations entre vulgarisation et marché

- le financement de la vulgarisation et une comparaison des résultats obtenus de l'approche de vulgarisation par rapport à l'investissement financier total (financier, humain, etc.)

- l'impact d'une approche de vulgarisation sur les producteurs (autonomisation, respect de l'environnement)

Dans le cas de cette étude, l'analyse des approches de vulgarisation se limitera aux aspects que sont  l'analyse du processus de facilitation, les relations entre vulgarisateurs et producteurs et les effets relatifs aux différentes approches.

2.2. Approche Formation et Visite

Le système formation et visite (F&V) de Daniel Benor fut introduit en Afrique au début des années 80, peu de temps après la Restructuration des Services Agricoles. A la fin des années 70, sous le parrainage de la Banque Mondiale, il avait obtenu un succès considérable en Asie (particulièrement en Inde). Benor lui-même avait travaillé précédemment en Turquie, et est un ancien directeur des services de vulgarisation israéliens (Robert, 1989). Pour promouvoir son système F&V, il sut mobiliser toute son expérience acquise en Asie, son énergie étonnante et ses relations parmi les personnalités haut placées du Tiers Monde. Le système qu'il préconise, avec l'appui inconditionnel de la Banque Mondiale, incarne un retour aux principes de gestion classiques. Il met l'accent sur (Benor et Baxter, 1984) 

· L'unité fonctionnelle  la vulgarisation elle-même ne devrait se préoccuper que d'une seule tâche hautement prioritaire, apporter de meilleures technologies aux paysans ;

· Un organigramme clair où aucun individu ne supervise plus de huit subordonnés environ ;

· Un message convenu pour chaque période de la saison, transmis lors d'une réunion mensuelle de deux jours à des spécialistes du sujet, qui se chargent ensuite de le communiquer aux agents de terrain lors des séances de formation bimensuelles ;

· Des visites bimensuelles des organisateurs à des paysans pilotes particuliers qui représentent leur communauté ;

· Des parcelles de démonstration cultivées par ces paysans eux-mêmes et servant à répandre les messages dans le voisinage ;

· Un mode de communication à deux sens, passant des paysans aux chercheurs par l'intermédiaire des vulgarisateurs et, inversement, pour mettre en lumière et résoudre tous les problèmes qui se présentent ;

· Un système parallèle de suivi-évaluation, afin que les agents de terrain n'aient pas à déposer d'autres rapports écrits que leurs notes de travail.

La formation et la visite en anglais Training and Visit (T&V) est une approche de gestion d'un organisme de vulgarisation qui se concentre sur le transfert de la connaissance et de la technologie agricoles scientifiques à partir des établissements de recherches aux paysans. C'est un système d'encadrement ni trop rapproché ni trop diffus5(*). Le terme de formation et la visite se résume au processus de fourniture de services 

· Les techniciens spécialisés (TS) donnent la formation aux agents de vulgarisation de terrain sur de nouvelles mais simples questions techniques.

· les agents de vulgarisation visitent les groupes de contact pour diffuser les messages technologiques.

Les principales critiques portent sur sa hiérarchie rigide et sur la conception mécaniste de sa méthodologie. On lui reproche également de supposer que l'on dispose de stocks de techniques adaptées aux besoins des paysans et d'ignorer les contraintes existantes qui entravent gravement la plupart des activités des ministères de l'agriculture. On lui objecte qu'en Afrique, la faiblesse de l'infrastructure commerciale permet rarement au personnel de terrain de se décharger de la fourniture des intrants. On dénonce les coûts élevés du système, qui ne permettent pas aux gouvernements africains de rembourser leurs emprunts et on l'accuse de concentrer son assistance sur quelques pilotes en négligeant la population rurale dans son ensemble (Moris, 1983 ; Howell, 1988 ; Gentil, 1989 ).

L'approche T&V a été conçue pour la production végétale en milieux homogènes et contrôlés. Une autre critique est que le T&V plus tard a été également mis en application dans toutes sortes d'environnements où les fermiers produisent sous une grande variété de conditions. Mais elle n'est pas sensible pour offrir les solutions technologiques normalisées à un groupe hétérogène de fermiers qui souffrent d'une gamme diverse de problèmes. Le problème de la participation se pose, d'une part, pour des raisons d'équité et, d'autre part, parce que bon nombre d'agriculteurs d'Afrique subsaharienne sont des femmes, lesquelles sont rarement représentées parmi les paysans pilotes du système F&V (Due et al. 1987)

Néanmoins le T&V reste l'approche dominante mais sous des formes différentes de celle de départ.

2.3. Conseil de Gestion aux exploitations agricoles

Le Conseil de Gestion (CdG) au Bénin a adopté une démarche inspirée des travaux de l'Institut Agronomique de Bouaké, eux-mêmes fortement influencés par l'approche des Centres de gestion français. Elle repose sur 


· la formation à la maîtrise des outils de collecte d'informations comptables (en sessions de groupe),


· l'appui et le suivi individuel pour l'enregistrement,


· la collecte et l'analyse de certaines de ces données par le conseiller en vue d'un traitement analytique et d'une restitution auprès de l'agriculteur. Cette étape constitue la phase de conseil à proprement parler  la discussion autour des indicateurs technico-économiques (ex  marges brutes) permet d'identifier les points faibles de son système et des solutions pour en améliorer le fonctionnement.

Une étude sur l'analyse des services et conseils agricoles au Bénin effectuée en 2005 par la Banque Mondiale a révélé que l'intensité et le volume de services à la communauté paysanne ont sensiblement diminué en faveur du secteur privé dont les organisations de producteurs. Cette situation devrait libérer les structures du MAEP en `'faisant faire '' par des acteurs du secteur privé certaines tâches peu techniques afin de se concentrer davantage sur des missions régaliennes.

2.4. Conseil à l'Exploitation agricole Familiale

Sans pour autant rompre avec les stratégies visant à minimiser les risques importants auxquels elles sont confrontées, de plus en plus d'exploitations agricoles doivent faire face aux défis de la sécurité alimentaire et de l'intensification des systèmes de production et au rôle croissant du marché qui oriente et détermine, au moins en partie, leurs évolutions.

A ce titre, les expériences de Conseil à l'Exploitation agricole Familiale (CEF), menées dans différentes zones agro-écologiques en Afrique, concourent à doter les exploitants d'outils de mesure de leurs activités et d'outils d'aide à la décision au niveau de leur exploitation. Tout en restant pour l'instant des expériences conduites à des échelles modestes, elles sont porteuses d'innovations importantes dans le processus de professionnalisation de l'agriculture.

Aujourd'hui, le Conseil à l'Exploitation agricole Familiale comprend différentes formes d'intervention. Il s'agit «d'une méthode de vulgarisation/formation qui prend en compte l'ensemble de la situation d'une exploitation et cherche, en dialogue avec les actifs de l'exploitation, un cheminement d'amélioration qui s'étend souvent sur plusieurs années (Kleene et al - 1989) ». Dans d'autres cas, le conseil repose principalement sur l'analyse des résultats économiques de la campagne agricole écoulée et de la façon dont l'exploitant gère ses moyens de production, sa trésorerie et ses revenus. Ce conseil peut aussi s'organiser au sein d'un regroupement volontaire de paysans se posant le même type de problème (s) technico-économique (s) et cherchant à le (s) résoudre. Ils peuvent faire appel à un technicien qu'ils gèrent et rémunèrent en partie mais la démarche repose principalement sur les échanges entre producteurs, sur la dynamique interne au groupe que l'on qualifie `'d'auto-développement''. De manière générique, le Conseil à l'Exploitation agricole Familiale est un processus d'aide à la décision et d'apprentissage s'appuyant sur des phases d'analyse, de planification, de suivi des réalisations, d'évaluation des résultats.

2.5. Notion d'exploitation agricole familiale

Des économistes agricoles (Chombard de Lauwe, Poitevin, Tirel, 1966) ont précisé au début des années 60 la notion d'exploitation agricole se rapportant au contexte de l'agriculture française l'exploitation agricole est une entreprise, l'exploitant est un entrepreneur qui a un objectif, maximiser le profit. Par la suite, économistes et agronomes ont fait évoluer cette définition en y intégrant les objectifs plus globaux de l'exploitant mais aussi des membres de sa famille (Capillon, 1993 ; Brossier et al, 1997 et 1998). La notion d'exploitation familiale est ainsi apparue, elle prend en compte l'importance des liens entre la famille et l'exploitation (ou les activités de production agricole) tant dans le domaine de la mobilisation du travail (main d'oeuvre familiale), que des projets d'avenir (cession du patrimoine familial). Ainsi, cette notion montre que l'agriculture ne peut pas être assimilée à une activité industrielle et commerciale reposant avant tout sur des échanges marchands et financiers.

Concernant l'agriculture africaine tant en zone soudano-sahélienne qu'en zone forestière, les sociologues et agro-économistes ont montré que la notion d'exploitation agricole telle que définie pour les pays du Nord n'était pas transposable (Kleene, 1976 ; Badouin, 1987 ; Benoit-Cattin et Faye, 1997 ; Gastellu, 1980). L'unité de production (ou exploitation agricole) est généralement un système complexe débouchant sur une production collective gérée par le chef d'exploitation et des productions individuelles revenant à (aux) l'épouse (s), aux dépendants, etc. Par ailleurs, on a pu montrer qu'il n'y avait pas nécessairement coïncidence entre l'unité de production, l'unité de consommation et l'unité d'accumulation (par exemple les femmes peuvent posséder leur propre bétail). Aujourd'hui, cette organisation complexe des unités de production est en pleine évolution du fait entre autres de la volonté d'indépendance des jeunes ménages.

Ici, nous considérons l'exploitation agricole familiale suivant deux principes 

· Comme un système qui peut être décomposé en plusieurs sous-systèmes  d'opérations, de décisions, et d'information (Le Moigne, 1988).

· Les décisions des agriculteurs relatives à leur exploitation ont un sens.

Sur la base de ces deux considérations, nous pourrons par la suite analyser si les deux approches dans notre étude utilisent une approche globale de l'exploitation.

2.6. Notion de participation

La FAO a développé la notion de « participation populaire » qui est souvent mal comprise. Pour elle, la participation des populations consiste à restituer à celles-ci un pouvoir d'initiative et de décision dans la définition et la mise en oeuvre des actions et programmes qui concernent leur propre avenir (FAO ; 1995). Les paysans, les éleveurs, les chasseurs, les artisans etc., doivent être reconnus comme des acteurs de développement ; des partenaires à part entière, et non comme des cibles d'un projet extérieur. La participation des groupes cibles, est l'un des principaux objectifs de la foresterie communautaire. Ce terme désigne l'implication de tous les groupes concernés, dans le processus de décision et de mise en oeuvre de la décision.

Weiss (1978) définit deux niveaux de participation Il s'agit de la participation directe qui est « le pouvoir reconnu, à un moment donné, à un groupe, d'exercer une influence sur son propre environnement immédiat, en prenant, après discussion, les décisions nécessaires » et la participation indirecte, qui elle, s'exerce par l'intermédiaire de tiers. Mais selon l'encyclopédie wikipédia, la participation désigne des tentatives de donner un rôle aux individus dans une prise de décision affectant une communauté. Tentatives pour signifier qu'en réalité le pouvoir n'est pas encore réel. La participation est aussi définie comme un processus à travers lequel les partenaires/acteurs concernés influencent et partagent le contrôle des initiatives de développement, les décisions et les ressources qui les affectent. Cette définition d'Elisabeth TOE fait ressortir deux concepts importants pour cette étude, il s'agit de « processus et partenaires ».

Ici, ce concept sera utilisé pour voir l'implication des différents acteurs sociaux (producteurs, conseillers) dans le diagnostic, la planification, le financement, l'exécution et le suivi-évaluation des activités dans les différentes approches pour que s'en suive une comparaison.

Il est aussi important de définir dans cette étude les notions de partenaire et bénéficiaire lié au concept de la participation.

· Notion de partenaire et de bénéficiaire

Selon le petit Larousse illustré de 1996, un partenaire est une personne, un groupe auxquels on s'associe pour la réalisation d'un projet. Pour l'équipe de l'International Development Research Center, un partenaire est toute personne et/ou organisation avec laquelle on collabore pour atteindre des objectifs dont on a au préalable convenu ensemble. Les partenaires sont liés par une relation négociée et qui ont volontairement passé un contrat auprès de la loi ou une entente morale (www.idrc.ca).

Dans le cadre de cette étude, le partenariat désigne un accord écrit, verbal ou une entente morale entre le vulgarisateur ou le conseiller et l'exploitant par rapport au développement de l'activité de conseil et/ou de vulgarisation sur un sujet négocié.

Pour le petit Larousse illustré de 1996, le bénéficiaire est toute personne qui profite d'un bénéfice, d'un avantage. Le bénéficiaire est un concept utilisé par les projets et programmes pour décrire une catégorie d'individus ou un groupe auquel on porte assistance. Cette définition sous entend qu'il n'y a aucune responsabilisation de l'individu ou du groupe par rapport aux résultats obtenus. Il s'agit là de la non définition concertée d'objectifs ni de mise en oeuvre de la solution. Mais cette définition pose déjà un problème dans le cadre du conseil où l'exploitant est un entrepreneur.

Dans le cadre de cette étude, la définition du terme bénéficiaire n'est-elle pas erronée si l'exploitant lui-même n'est pas associé à la définition des objectifs, ce qui sous entend que celui-ci reçoit exclusivement, sans rien donner en retour ? Cette situation n'est évidemment pas responsabilisante et est de surcroit humiliante. Toutefois, on considère comme bénéficiaire, tout exploitant qui reçoit une aide technique, organisationnelle dont parfois il ne fait pas la demande et qui n'est pas associé à la définition des objectifs poursuivis.

2.7. Notion de facilitation

La facilitation tout comme le transfert de technologie et le conseil constitue une fonction de la vulgarisation. La facilitation est définie comme un processus consistant à aider les agriculteurs à s'impliquer plus activement dans le système d'information et de connaissances sur leurs agricultures. (Groupe de Neuchâtel 1999)

En améliorant les capacités d'initiative individuelle et collective des producteurs, cette facilitation permet à court terme, une meilleure adéquation des solutions techniques aux contraintes de l'exploitant agricole, et à long terme, elle structure une recherche continue de l'innovation.

La facilitation implique des ressources humaines de haut niveau, en termes de savoir-faire comme de savoir être. Ces savoirs peuvent s'acquérir par la formation initiale et la formation continue des agents de terrain. Mais, simultanément, il faut que les producteurs puissent faire valoir leurs points de vue dans le recrutement et l'évolution professionnelle des agents des dispositifs de vulgarisation.

Pour cette étude, la facilitation sera vue comme un processus consistant à aider les producteurs à s'impliquer plus activement dans le système d'information et de connaissances sur leurs agricultures. Son évaluation, quoi qu'assez complexe, se limitera uniquement au vulgarisateur dans ses méthodes et comportements envers les producteurs.

2.8. Acteur social

Long a introduit ce concept pour décrire les différentes interactions ou interfaces qui existent entre des acteurs autour des interventions dans le secteur du développement rural. En effet, les interventions dans le secteur du développement rural mettent en jeu des institutions aussi diverses que variées avec des objectifs et intérêts divergents qui se mettent ensemble pour réaliser des projets ou programmes.

Nouatin (2003) en se fondant sur la définition que Long (1989) dit du concept acteur social qu' « il a été développé pour rendre compte de la capacité des acteurs à trouver des solutions aux problèmes qui se posent à eux lorsqu'ils se trouvent dans des situations dans lesquelles leur marge de manoeuvre est réduite. Autrement dit, lorsqu'ils sont dans un environnement dans lequel ils sont obligés de faire face à des contraintes de diverses natures ». Pour lui, l'acteur social est tout individu ou toute unité sociale qui possède la capacité de décider et d'agir. Dans son étude, Nouatin (2003) l'a utilisé pour désigner tout individu, toute personne ou groupe de personnes, toutes organisations ou institutions concernés et dont les actions influencent de n'importe quelle façon la production, la transformation et l'utilisation de l'information et de la connaissance agricoles.

Dans cette étude, nous l'utilisons pour désigner tout individu, toute personne (producteur) ou groupe de personnes (conseillers), toutes organisations des producteurs (OP) dont les actions influencent la conception, la mise en application et les résultats des approches de vulgarisation.

2.9. Analyse du comportement des acteurs

Le comportement se définit comme l'ensemble des réactions d'un organisme qui agit en réponse à une stimulation venue de son milieu intérieur ou du milieu extérieur et observable objectivement6(*). Ce comportement déterminé par plusieurs causes, résulte d'un ensemble de facteurs très différents qui déterminent la situation au cours d'une interaction dynamique de la personne et de son milieu. Selon la théorie des champs, on peut définir cette interaction des facteurs, de la personne et de son environnement comme un champ de forces, un système en tension, à savoir un champ psychique. Cette théorie des champs peut s'appliquer à l'analyse du comportement7(*). Ainsi, selon Kurt Lewin, un comportement donné est maintenu en équilibre grâce à l'interaction de deux ensembles de forces en opposition. Celles cherchant à favoriser le changement les forces d'entraînement. Et celles essayant de préserver le statu quo les forces de rétention. Pour Lewin, afin que n'importe quel changement se produise, les forces d'entraînement doivent excéder les forces de rétention, déplaçant ainsi le point d'équilibre.

L'analyse du comportement se fera grâce au diagramme du champ de forces. Le Diagramme du Champ de Force est un modèle établi sur cette idée que les forces de changement sont dual, à la fois d'entraînement et de rétention. Ces forces incluent les personnes, leurs habitudes, leurs coutumes, leurs attitudes et leurs perceptions. Habituellement, un changement programmé sur un problème donné est décrit en haut (cf figure n°1). En dessous de ceci, il y a deux colonnes. Les forces d'entraînement (Driving forces) sont énumérées dans la colonne gauche, et les forces de rétention (Restraining forces) dans la colonne droite. Des flèches sont figurées vers le milieu. Les flèches les plus longues indiquent des forces plus fortes (strong force). L'idée est de comprendre, et de rendre explicite, toutes les forces agissant sur un problème donné. L'intégration de ces paramètres dans l'étude permet d'entrevoir les facteurs responsables de la modification du comportement des producteurs et des conseillers dans les approches de vulgarisation.

Figure 1 :  Diagramme du champ de force

Source  www.12manage.com

3. MÉTHODOLOGIE DE L'ÉTUDE

La nature des unités de recherche et des données à collecter, essentiellement qualitatives, justifie le recours à une démarche méthodologique nous permettant d'appréhender les logiques qui sous-tendent les choix et les intérêts des producteurs et productrices, et dans la mesure du possible les conséquences en considérant l'exploitation comme un tout. En effet il est difficile de faire une scission entre les choix opérés par les chefs d'exploitation dans leurs ménages et les divers objectifs de production (ménage, exploitation).

L'étude s'est déroulée en plusieurs phases de façon à optimiser le temps et les moyens disponibles.

3.1. Choix de la zone d'étude

Le sujet en lui-même imposait déjà des limites dans le choix de la zone d'étude. En effet, en raison du fait que l'une des approches d'appui aux producteurs faisant l'objet de cette recherche, notamment le CEF, n'a été mis en place que dans un nombre limité de communes 8(*) et au vu des contraintes temporelles, nous avons limité cette étude à une seule commune  la commune de Kandi. Plusieurs raisons motivent ce choix 

· Kandi est la 2ème commune la plus grande productrice de coton au Bénin9(*) et

· L'inexistence de barrières linguistiques (afin de communiquer directement avec les chefs d'exploitation et limiter les énormes biais induits par l'usage d'un interprète).

3.1.1. Présentation de la zone d'étude

La commune de Kandi est presque au centre du département de l'Alibori. Elle est limitée au nord par Malanville et Karimama, au sud par Gogounou, à l'est par Ségbana, à l'ouest par Banikoara. Sa superficie est de 3421Km², représentant 13% de l'ensemble du département, et dont 60% environ sont cultivables.

Le relief de Kandi est dominé au nord par des plateaux de grès, au sud et sud-est par des plaines. On note par endroits quelques collines faites de roches telles le granite et le quartzite. Les sols sont généralement de type ferrugineux tropicaux, très propices à la culture cotonnière, ce qui situe la commune de Kandi dans le bassin cotonnier.

La végétation est caractérisée par une savane arborée au sud, une savane herbacée au centre et une forêt -clairsemée à l'est. Quelques forêts galeries abritent une faune riche et variée d'espèces sauvages telles que les éléphants, les buffles, les céphalophes et les bubales.

Le climat est de type soudanien marqué par l'alternance d'une saison pluvieuse allant de mai à octobre et une saison sèche de novembre à avril. La pluviométrie moyenne se situe entre 800 et 1300 mm d'eau par an. L'humidité relative atteint 80% pendant les pluies, mais descend jusqu'à 35% pendant la saison sèche. L'harmattan en saison sèche et la mousson en saison pluvieuse sont les vents dominants. Le réseau hydrographique est composé de deux rivières permanentes  la Sota à l'est et l'Alibori à l'ouest, tous deux affluents du fleuve Niger

La population de la commune de Kandi est estimée à 95206 habitants (RGPH, 2002) dont 50,80% de femmes avec une densité de 28 habitants au km². Cette population est composée de plusieurs ethnies dont les plus importantes sont les Batombu (32,2%), les Mokolé, les Dendi, les Peulh, les Boo. On y trouve aussi les Yom, les Lopka, les Djerma, les Otammaribé, les Yoruba, les Fon, les Adja, ainsi que des populations originaires des pays de la sous région (Togo, Ghana, Niger, Burkina, Nigéria). 72,5% de la population sont musulmans, 12,2% sont catholiques, 1,3% sont protestants, 4,6% pratiquent la religion traditionnelle et les autres religions occupent 9,4%. Selon l'INSAE (2002), 51% de la population a moins de 15 ans. La population est essentiellement agricole, les actifs agricoles sont estimés à 47006 personnes dont près de 52% sont des femmes. La taille moyenne des ménages est d'environ 9 personnes.

La commune de Kandi est subdivisée en 48 villages et quartiers de ville (39 villages et 9 quartiers de ville) regroupés en 10 arrondissements dont 7 ruraux et 3 urbains. Elle est dirigée par un conseil communal qui a à sa tête le Maire, lequel bénéficie de l'appui et des conseils des services déconcentrés de l'Etat dont le CeCPA.

Son économie est basée à plus de 90% sur le secteur primaire dominé par l'agriculture, suivie de l'élevage puis de la transformation agro-alimentaire. La chasse et la pêche sont très peu développées.

Au niveau de l'agriculture, les principales cultures sont  le coton, le maïs, le riz, le sorgho, le petit mil, l'arachide, le niébé, l'igname, et les cultures maraîchères. L'ascendance du coton sur les autres cultures est bien remarquable tant au point de vue des superficies, des productions que des actifs agricoles qui s'y adonnent.

L'élevage des bovins, des petits ruminants et de la volaille est pratiqué par les hommes, (les femmes élèvent parfois les petits ruminants et la volaille). Quant aux enfants, ils s'occupent de la conduite des animaux au pâturage et parfois des boeufs de traits. L'élevage à Kandi est une forme d'épargne et de prestige.

La transformation des produits agricoles mobilise presque exclusivement les femmes, soit individuellement soit en groupement ; elle concerne la préparation de galettes et d'huile d'arachide, de savon, de gari, de gâteaux, de fromages à base de soja ou de lait de vache, de moutarde, de beurre de karité, etc.

Enfin, les autres activités mobilisant moins de 6% de la population sont l'industrie du bois, la panification, le commerce, le transport et les autres activités artisanales.

3.1.2. Choix des villages

Trois villages ont été sélectionnés Tissarou, Sonsoro et Sinawongourou. Les objectifs de l'étude justifient ce choix. Il faut pouvoir comparer nos variables et dégager les ressemblances et dissemblances entre les sous échantillons. Les critères suivants ont permis de sélectionner ces trois villages 

· il doit y avoir un sous échantillon témoin, les producteurs en formation et visite sans contact avec des producteurs adhérents du CEF ;

· il doit y avoir des groupes anciens de CEF formés en français et des groupes nouveaux alphabétisés du CEF ayant suivi la formation en langue nationale baatonu ou peulh.

Nous avons, sur cette base, choisi deux villages où s'exécute le CEF, l'un contenant donc un groupe ancien (Sinawongourou) et l'autre un groupe nouveau alphabétisé en langue nationale (Sonsoro). Le troisième village, Tissarou n'abrite que des producteurs suivant des programmes de Formation et Visite. Le tableau n°1 présente les critères de choix des villages.

Tableau n°1 : Critères de choix des villages.

Critères

villages

Conseil à l'Exploitation agricole Familiale

Formation et Visite

Groupe alpha nouveau

Groupe français ancien

Tissarou

non

non

oui

Sonsoro

oui

non

oui

Sinawongourou

non

oui

oui

Source : Données d'enquête Kandi 2008

3.2. Méthode et technique de collecte des données

Cette étude a un caractère plutôt qualitatif et la méthodologie utilisée est conforme à cette orientation. Les outils utilisés à cet effet sont notamment la recherche documentaire, les entretiens et les observations.

3.2.1. Recherche documentaire

La recherche documentaire a été effectuée en deux étapes  dans un premier temps, l'accumulation et la capitalisation de connaissances théoriques précises pour l'orientation, l'élaboration et l'exécution des différentes phases de la recherche ; puis dans un second temps, les discussions et échanges avec les personnes ressources. Les recherches documentaires se sont étalées sur toute la période de l'étude. A cet effet, cette étude documentaire s'est consacrée aux différentes recherches et thèses ayant abordé certains aspects de notre thème de recherche bien que cette littérature soit assez peu fournie. Cette recherche documentaire a porté sur les rapports des études et autres documents qui traitent des approches d'appui aux producteurs en général et des dynamiques du monde paysan en particulier en Afrique de l'ouest et au Bénin précisément. Nous nous sommes intéressés aussi aux rapports d'activités des Centres Régionaux pour la Promotion Agricole (CeRPA), des Centres Communaux pour la Promotion Agricole (CeCPA) et de la Cellule d'Appui au Développement du conseil de Gestion (CADG). Les documents des bibliothèques de la FA/UP, de la Faculté des Sciences Agronomiques (FSA) de l'Université d'Abomey-Calavi (UAC) ont également été consultés. Par ailleurs, la documentation privée de certaines personnes ressources et les sites Internet de la FAO, l'Inter-Réseau et de l'Afdi (Agriculteurs français et développement international) ont été exploités. Ces différentes démarches ont concouru à la formulation de la problématique et des premières hypothèses de recherche. Cette phase a permis l'élaboration du cadre théorique et conceptuel, puis la validation des résultats.

3.2.2. Entretiens semi-structurés

Les entretiens semi-structurés ont été réalisés sur la base de deux guides d'entretien, à différents niveaux. Ces guides ont été élaborés avec pour fonction essentielle de lister les éléments à aborder de façon à obtenir une certaine homogénéité dans les informations recueillies ; mais, la discussion restait ouverte afin de conserver la souplesse nécessaire à ce type d'enquête. L'essentiel des informations recueillies est d'ordre qualitatif mais, certaines informations quantitatives ont pu être dégagées.

· Le guide d'entretien producteur

Les grandes lignes du guide se rapportent aux éléments d'identification du producteur. Ce guide permet de connaitre les activités menées par les producteurs dans leur exploitation. Ensuite, il permet de comprendre les choix effectués par les producteurs à divers niveaux d'exécution de leurs activités puis de déceler les rôles joués par l'accompagnement reçu dans l'opération de ces choix. La dernière partie permet d'identifier grâce « aux dires d'acteurs » les effets de ces accompagnements sur l'exploitation, le ménage et l'environnement externe du producteur.

· Le guide d'entretien `conseiller'

Ce guide, en plus de nous renseigner sur la présentation du conseiller et sa position dans l'institution d'appui, nous permet de connaitre les motivations de celui-ci, d'identifier les outils qu'il utilise dans l'accompagnement des producteurs. En outre ce guide nous permet de constater le niveau d'implication et de responsabilité du conseiller dans les activités et les résultats de l'exploitation. C'est aussi le moyen par lequel nous avons pu identifier les perceptions qu'ont les conseillers des producteurs et par ricochet comprendre les effets de l'accompagnement sur les différentes catégories de producteurs.

Au cours des discussions de groupe, les producteurs ont été invités à se prononcer de façon exhaustive, sur des questions posées. Parfois, au cours de ces entretiens, nous intervenons pour redresser les déviations persistantes éventuelles ou pour orienter l'interlocuteur sur des aspects qui se sont révélés pertinents lors de l'enquête standard auprès des producteurs.

Des entretiens informels ont aussi été réalisés et nous ont permis de recouper certaines données collectées. Ces entretiens informels ont été utilisés pour compléter les discussions avec

les femmes des chefs d'exploitations ;

les élus des OP ; et,

les institutions d'appui.

3.2.3. Observation

Par cette méthode, nous avons pu, au delà des vrais acteurs ciblés, en identifier d'autres qui nous ont permis de collecter des informations surtout qualitatives sur les comportements des acteurs aussi bien lors des visites d'exploitations, des démonstrations que des discussions à la maison et sous l'arbre à palabre. C'est une méthode qui nous a permis aussi de nous assurer de la fiabilité de certaines informations rien qu'en observant les autres membres au cours des entretiens aussi bien formels qu'informels.

3.2.4. Données collectées

Les données collectées tout au long de cette étude sont surtout des données qualitatives (voir tableau 3, p.29) mais aussi quantitatives relatives au processus de prise de décision dans l'exploitation et dans le ménage, aux relations entre les acteurs, et à l'évolution des pratiques culturales, des rendements et des superficies emblavées au niveau des exploitations.

La plupart des outils et lieux de collecte de données ne permettent pas d'appréhender tous les contours du sujet abordé. C'est en vue d'éviter des biais que nous avons effectué une triangulation des outils de collecte, des lieux d'observation et des sources d'informations. Les mêmes informations ont été donc recherchées ou vérifiées au niveau de plusieurs sources et avec différents outils. Les informations retenues provenant de plusieurs sources concordantes, cette technique a l'avantage de rassurer de la fiabilité et de la crédibilité des données collectées.

3.3. Echantillonnage

Il s'est fait grâce à la combinaison de deux méthodes ; dans un premier temps nous avons effectué un échantillonnage stratifié puis ensuite un sous échantillonnage par quota.

· Echantillonnage stratifié

Dans le cas de notre étude, un échantillon représentatif de l'ensemble de la population risque de ne comprendre qu'un trop petit nombre de personnes appartenant à certaines catégories (producteurs en CEF), numériquement faibles, mais importantes pour le problème étudié. Toutefois, ce point n'est en général pas présenté comme un problème de choix de la population à interroger, mais de construction de l'échantillon. En effet, cela revient à constituer l'échantillon en prenant des taux de sondage différents selon les catégories considérées (le taux de sondage est la proportion d'individus faisant partie de l'échantillon par rapport à la population, ou à la sous-population, dont ils sont extraits)10(*).Un tel échantillon est dit stratifié, les catégories en question étant des strates. L'échantillon total n'est plus représentatif, mais chacun des sous-échantillons des différentes strates l'est. Dans le cas d'espèce nous avons la strate des producteurs en CEF et celle des producteurs en T&V.

Nous avons choisi cette manière de faire parce qu'elle nous a permis tout d'abord de disposer d'échantillons suffisants pour pouvoir procéder à des analyses approfondies de chaque strate séparément, c'est particulièrement le cas puisque l'on a fait des hypothèses que certains facteurs explicatifs puissent être différents d'une catégorie à l'autre. Ensuite cette méthode nous a permis de faire des comparaisons entre groupes.

D'après les données du CeCPA, le nombre d'exploitation par village est de l'ordre de 280 soit 840 pour les trois villages avec environ 70 producteurs en CEF correspondant à 8,33% de la population totale. Nous avons décidé pour le temps imparti d'entretenir 40 par village soit 14,28% de la population. L'échantillon total est constitué de 120 producteurs, la taille de l'échantillon est assez réduite parce que pour avoir utilisé des méthodes non standardisées comme les entretiens non structurés et semi-structurés, il est inutile d'interroger un très grand nombre de producteurs car l'expérience montre que, pour les thèmes habituellement abordés par ces méthodes, il est rare qu'on voie apparaitre des informations nouvelles après le 20ème ou le 30è entretien11(*); ce qui a évidemment été notre cas.

Un échantillon représentatif de cette population contiendrait 6 producteurs en CEF et 114 en T&V. Nous avons fait le choix d'opérer un échantillonnage stratifié contenant 50 producteurs en CEF et 70 en T&V.

· Echantillonnage par quota

Devant l'impossibilité, de disposer d'une base de sondage satisfaisante et adaptée à notre étude, relative à la distribution spatiale des deux sous échantillons ci-dessus constitué nous nous sommes retrouvés contraint à renoncer aux méthodes aléatoires rigoureuses ; on peut alors contourner la difficulté par le recours à la méthode dite d'échantillonnage par quota. Dans son principe, la méthode des quotas consiste à obtenir une représentativité suffisante en cherchant à reproduire, dans l'échantillon, les distributions de certaines variables importantes, telles qu'elles existent dans la population à étudier. Ici on s'efforcera de représenter dans le sous échantillon producteurs en CEF les proportions alphabétisées ou en français comme elles existent dans la population. La variable retenue ici est en relation avec les comportements que l'on veut étudier, tel, l'effet des approches. Les quotas ont été fixés de telle sorte à corriger les distorsions dues au fait que certaines catégories sont plus accessibles que d'autres. En effet la sous-population de producteurs en CEF dans la zone d'étude est constituée de 70 individus dont 23 seulement appartiennent à des groupes anciens12(*). Si on prenait l'option de constituer notre sous échantillon de 50 producteurs en CEF choisis de façon aléatoire dans la sous population CEF, on pourrait se retrouver avec un sous échantillon constitué de 47 producteurs CEF alpha + 3 producteurs CEF en français. Pour éviter le risque de n'avoir pas assez de producteurs pour faire une comparaison intra-groupe, nous avons fixé un quota de 17 producteurs CEF anciens et 33 producteurs CEF alpha. Le tableau n°2 présente la synthèse du processus d'échantillonnage.

Tableau n°2 : Constitution de l'échantillon.

Critères

Villages

Conseil à l'Exploitation agricole Familiale

Formation et Visite

TOTAL

Groupe alpha nouveau

Groupe français ancien

Tissarou

-

-

40

40

Sonsoro

33

-

7

40

Sinawongourou

-

17

23

40

Total

33

17

70

120

Source  Enquête Kandi 2008.

3.4. Méthodes et outils d'analyse des données

Conformément à l'option méthodologique et en fonction du caractère des données collectées au cours de l'étude, les techniques d'analyse ont privilégié une approche qualitative. Ainsi, nous avons choisi des techniques comme la comparaison, les études de cas à travers les histoires de vie, les citations.

3.5.1. Comparaison

La comparaison est une démarche qualitative utilisée pour établir la confrontation des objets, des pratiques ou des approches. Elle permet d'identifier les ressemblances et les écarts entre les éléments comparés.

La comparaison intègre d'une part, une dimension relativiste qui met en jeu le niveau de développement relatif aux éléments mis en comparaison, où l'un est apprécié par rapport à l'autre et d'autre part, une dimension normative où chaque élément est vu par rapport à ce qu'il devrait être (théorie).

Les diverses dimensions présentées évoquent les niveaux de comparaison des éléments d'abord entre eux et ensuite par rapport à la théorie. La démarche utilisée dans cette étude met plus l'accent sur la dimension normative. Ainsi, au niveau de chaque acteur, nous avons fait une analyse de leurs fonctions ou de leurs pratiques, ce qui nous a permis d'établir des écarts par rapport aux théories. La comparaison, telle que utilisée ici, vise à faire ressortir la différence entre les approches ou les pratiques des divers acteurs et les normes prévues.

3.5.2. Histoires de vie

Les histoires de vie nous permettent de retracer les diverses trajectoires des acteurs mais aussi, elles nous permettent d'approfondir certains aspects importants que ne nous révèlent pas les enquêtes formelles. Ainsi, à travers des histoires de vie, nous avons pu détecter, les motivations réelles des divers acteurs et leurs perceptions. De ces histoires, nous avons fait une lecture des diverses transformations qui sont intervenues au niveau des enquêtés.

3.5.3. Analyse du discours des acteurs

Le discours, séquence orale ou écrite, produite par un locuteur donné dans une situation de communication précise13(*). Le terme discours étant sans doute l'un des plus polysémiques qui soit, cette définition, quoique applicable aux principales acceptions habituellement reconnues, ne peut que rester abstraite.

Pour les sociologues, les acteurs dont on sollicite le discours par entretien sont des témoins qui livrent des traces et des indices des phénomènes sociaux dont ils sont partie prenante  il y a généralement alors recoupement de ce qui dans tout entretien et quel que soit le climat de confiance ou les qualités d'écoute de l'enquêteur, on peut généralement identifier plusieurs des ordres de contraintes auxquels est soumis le discours de l'enquêté. (Oger et Ollivier-Yaniv, 2003).

L'analyse du discours s'utilise dans plusieurs disciplines, principalement en science du langage, en psychologie et en sociologie. Dans cette étude, l'analyse du discours sera utilisée telle que présentée par Leimdorfer (1999) faisant référence à la notion sociologique de « situation ». Elle permettra, au delà de la perspective d'acteur, d'analyser le contenu des entretiens en tenant compte du contexte des entretiens et de la signification des pratiques, du rapport entre le discours et la réalité des faits.

3.6. Limites de la recherche

Cette étude présente bien des limites qu'il convient de reconnaître humblement. Compte tenu du temps imparti, nous n'avons pas pu cerner tous les référentiels paysans dans leur prise de décision. Cette même raison nous a empêché de nous intéresser à d'autres communes pilotes du CEF et à une catégorie particulière d'acteurs auxquels nous aurions pu, si les moyens et le temps le permettaient, accorder beaucoup plus d'importance que des entretiens informels.

Pour la seule commune à laquelle nous nous sommes intéressé, la période de déroulement de l'enquête a coïncidé avec les phases d'intenses activités agricoles. Au cours de cette période les producteurs ont rejoint leurs fermes à plusieurs kilomètres des villages d'étude, fermes dans lesquelles nous avons quelques fois été amenés à passer la nuit. La saison de pluie au cours de cette période a été aussi un facteur aggravant de la situation ci-dessus décrite à cause des pistes rurales devenues impraticables. Il a donc été pratiquement impossible de regrouper les producteurs en dehors des jours de marché.

Dans le souci de comprendre le fonctionnement des systèmes de production, à travers les décisions prises et les conséquences de celle-ci, nous avons dû accorder priorité aux données qualitatives de peur de manquer de données fiables pouvant nous permettre de procéder à des comparaisons de grandeurs statistiques.

Le milieu d'étude ne permet pas de différencier nettement les effets de l'une ou l'autre des approches en ce sens que les producteurs en CEF sont le résultat d'une hybridation entre le système F&V et le CEF. Cela parce que tous les villages de la zone d'étude sont toujours sous influence du système F&V.

Tableau n°3 : Mode opératoire.

Objectifs

Hypothèses

Données à collecter

Outils de collecte

Unité de recherche

Outils d'analyse

O1  identifier le rôle et la place des producteurs dans chaque approche

H1 la démarche du CEF place le producteur/ exploitant au centre de ses activités

Comment les conseillers sont impliqués dans les décisions prises par les producteurs et les raisons de ces décisions depuis la formulation des objectifs, le choix des activités, leur mise en exécution, le suivi, la récolte, le stockage et la commercialisation

Entretien semi-structuré avec utilisation de guides d'entretien pour producteurs et conseillers

Les ménages, les producteurs, les conseillers et vulgarisateurs

-analyse comparative

- Graphique

-analyse des décisions

-analyse du comportement

-calcul de fréquences avec EXCEL 2007

O2  analyser les interactions entre les producteurs et les conseillers/ vulgarisa- teurs

H2 les producteurs sont considérés comme des partenaires plutôt comme des consommateurs passifs dans l'approche CEF

Données théoriques sur les fondements, les outils et méthodes dans chaque approche

Entretien semi-structuré avec utilisation de guide d'entretiens producteurs, conseiller et institution,

-discussions de groupe

Les ménages, les producteurs, les conseillers et vulgarisateurs, Services de vulgarisation  CeCPA, CADG

-Perception des producteurs

-description comparative avec pour base une dimension relativiste

-analyse du comportement des acteurs

-analyse du discours des acteurs

O3  présenter les effets des différentes approches sur les producteurs et leurs ménages

H3 la démarche CEF produit des effets plus durables dans le temps

Quels sont les nouveaux comportements des producteurs dans leurs exploitations, au niveau de leurs ménages et dans leurs organisations

-Entretien semi-structuré

-Discussions de

groupe

Les conseillers et vulgarisateurs, les ménages et producteurs, les organisations des producteurs

- Commentaire

des données

- description

comparative

- graphique

-repérage historique,

- analyse anthropologique et analyse du discours des acteurs

-calcul de fréquences avec EXCEL 2007

Source  Enquête Kandi 2008.

4. DÉCISIONS DES PRODUCTEURS DANS CHACUNE DES APPROCHES D'ACCOMPAGNEMENT

Dans ce chapitre, nous montrons la place et le rôle du producteur afin de savoir si celui-ci est au centre des décisions dans son exploitation ou non dans l'une ou l'autre des deux approches. Le fil conducteur de ce chapitre sera donc les différentes activités menées par les producteurs dans leurs exploitations. Cela va du choix des activités à mener jusqu'à la commercialisation. Il s'agira alors de voir depuis la formulation des objectifs, le choix des activités, leur mise en exécution, le suivi, la récolte, le stockage et la commercialisation l'implication des conseillers dans les décisions prises et les causes de ces décisions.

Dans le souci d'éviter la confusion entre les appellations des conseillers, nous appelons conseiller le conseiller CEF et encadreur le conseiller en production végétale (CPV) dans le système T&V. Nous utilisons ainsi les appellations des producteurs afin de les différencier car comme nous le rappelle NOUATIN (2003), le terme encadrement qui signifie action d'entourer et d'orner d'un cadre limite, permet de se rendre compte de la compréhension que les acteurs ont de la fonction de vulgarisation. De même, Selon TOSSOU (1996, 33 cité par NOUATIN 2003), « les agents de base qui étaient connus sous l'appellation d'encadreurs ou de chef centre avec les sociétés d'intervention sont devenus Agents de Vulgarisation Agricole (AVA) avec la création des CARDER. Par la suite avec le Projet de Restructuration des Services Agricoles (PRSA) au Bénin, on utilise actuellement l'appellation d'Agent Polyvalent de Vulgarisation (APV) ». Mais avec la nouvelle réforme opérée en mai 2004 par Décret n°2004-301 transformant les CARDER en Centres Régionaux pour la Promotion Agricole (CeRPA) avec pour niveau opérationnel, les Centres Communaux de Promotion Agricole (CeCPA), les APV sont devenus des conseillers avec des nouvelles feuilles de route. Toujours est-il que les changements officiels de terminologie n'ont pas cours au niveau des agriculteurs, pour qui, les agents de vulgarisation au service de l'Etat sont toujours des encadreurs. J'en veux pour preuve l'inexistence d'un mot dans les langues locales désignant le terme encadreur et le fait que tous les producteurs enquêtés l'appellent ainsi. De même les producteurs en CEF aussi appellent les CPV « encadreurs » mais ils appellent tous le conseiller CEF « conseiller ».

4.1. Formulation des objectifs

Pour tous les producteurs enquêtés, c'est l'activité agricole qui doit permettre de satisfaire la couverture des besoins alimentaires et monétaires. Les objectifs qu'ils se fixent sont  la réfection ou la construction de leur habitat, l'achat d'une charrue ou d'une bête, couvrir les frais des cérémonies (mariage, baptême, etc.), l'acquisition d'un moyen de déplacement (moto, vélo, etc.). Le tableau n°4 montre le pourcentage de producteurs ayant évoqué chacun des objectifs énumérés.

Tableau n°4 : Pourcentage de producteurs suivant chaque objectif.

objectifs

Réfection ou construction d'habitat

Achat d'une charrue ou d'une bête

Acquisition d'une moto ou d'un vélo

Cérémonies

Sécurité alimentaire

Producteurs CEF

44

80

24

50

90

Producteurs T&V

85,7

35,7

71,4

60

10

Source  Enquête Kandi 2008.

La formulation des objectifs est faite différemment selon qu'on soit producteur en CEF ou en T&V. Pour les producteurs en T&V, la formulation d'objectifs pour la plupart d'entre eux n'est pas utile en raison de l'incertitude qu'il y a quant à la production agricole. On entend souvent « ce n'est que lorsque j'aurai récolté ou que j'aurai vendu mes produits que je verrai ce que je ferai de l'argent ; pour le moment, il y a d'autres problèmes à résoudre ». Avec beaucoup plus d'insistance, on finit par dégager les objectifs et la formulation de ceux-ci. Malheureusement aucun des producteurs en T&V ne consulte l'encadreur pour formuler ses objectifs d'autant plus qu'ils improvisent. Néanmoins la tendance générale est la satisfaction des besoins relatifs à leur habitat 85,7% ou à celui de leurs enfants, vient en deuxième position l'acquisition d'une moto 71,4% ou la réalisation d'une cérémonie 60% puis enfin l'achat d'un équipement agricole ou d'une paire de bêtes 35%. L'objectif d'assurer la sécurité alimentaire du ménage est rarement exposé 10% ; ceci parce que les paysans disent que s'ils cultivent c'est avant tout pour nourrir leurs familles et bien qu'ils disent qu'ils sont pour la plupart en rupture d'aliments, tous les ans, ils ne le classent pas parmi les objectifs prioritaires. On note alors dans ce groupe, des difficultés d'établir des prévisions et par conséquent la non formulation d'objectifs clairs concernant leur avenir et celui de leur exploitation. Bien évidemment comme facteur important dans la difficulté de la formulation des objectifs entre en ligne de compte l'incertitude quant à la consommation  situation imposée par la précarité reposant sur une solidarité mutuelle.

En ce qui concerne les producteurs en CEF, la formulation des objectifs est le point de départ et la base de toutes les activités de l'exploitation. Ils sont pour la plupart du temps clairement énoncés dans leur plan de campagne et présentés au conseiller. Pour ce qui est de la méthode choisie par cette catégorie de producteur, l'un des premiers objectifs cités est d'assurer la sécurité alimentaire de la famille (90%). Cela passe d'abord par l'identification des besoins alimentaires qui est faite grâce à l'analyse des cahiers de stock des années précédentes. Nous reviendrons plus en détail sur cet outil. Le second objectif le plus fréquemment présenté est l'achat d'un équipement agricole (80%), soit une nouvelle charrue, soit une nouvelle paire de boeufs. Viennent en dernière position l'organisation d'un mariage (50%), la réfection de son habitat (44%) et l'achat d'une moto (24%).

4.2. Choix des activités à mener au sein de l'exploitation

4.2.1. Choix des spéculations

L'un des éléments déterminants dans la vie des producteurs est le choix des spéculations à mettre en place. C'est une opération qui est très souvent conditionnée par bon nombre de facteurs externes à l'exploitation. Pour les enquêtés, ce sont les besoins de trésorerie et ceux alimentaires qui justifient en grande partie les choix opérés dans le cas de cette étude. Le tableau suivant montre la fréquence des rangs de chacune des spéculations dans chaque catégorie.

Tableau n°5 : Choix des spéculations.

Spéculations

Producteurs en CEF

1ère spéculation

2ème spéculation

3ème spéculation

4ème spéculation

Coton

80

10

0

0

Sorgho

8

16

56

34

Maïs

10

70

6

0

Riz

2

4

38

66

Total

100

100

100

100

Spéculations

Producteurs en T&V

1ère spéculation

2ème spéculation

3ème spéculation

4ème spéculation

Coton

75,7

24,3

0

0

Sorgho

Maïs

Riz

71

14,3

2,9

24,3

40

11,4

52,9

10

37,1

25,7

0

74,3

Total

100

100

100

100

Source  Données d'enquête Kandi 2008.

Plusieurs producteurs enquêtés choisissent le coton comme spéculation de base (80% producteurs CEF et 75,7% producteurs T&V). Pour les producteurs en formation et visite, cela pourrait paraître comme une spéculation forcée s'illustrant au dernier maillon du cycle d'endettement du producteur. Pour beaucoup parmi eux, le choix de cette culture permet d'obtenir des intrants qui peuvent être échangés en partie contre de l'argent liquide. Pour les producteurs en CEF, c'est un moyen de disposer de la trésorerie et aussi d'éponger certaines dettes, semble-t-il. Dans l'un ou l'autre des cas, le choix du coton reste et demeure une contrainte pour toutes les catégories de producteurs.

Quant au maïs, c'est la 2ème spéculation qui pour cette campagne, et ce probablement à cause de la crise alimentaire actuelle revêt la plus grande importance. Pour les premiers (T&V, 40%) elle est source de sécurisation alimentaire et pour les autres (CEF, 70%) en plus de la sécurisation alimentaire, est aussi source potentielle de revenu monétaire (trésorerie). Précisons que le maïs est une spéculation qui répond bien aux intrants.

La troisième spéculation la plus présente dans les systèmes de cultures dans la zone d'étude est le sorgho (56% CEF et 52,9% T&V). Celle-ci est tout aussi bien cultivée par les paysans en T&V que ceux en CEF chez qui elle est le plus souvent substituée par l'arachide, le soja, ou les cultures maraîchères. Cette spéculation apparaît dans les choix parfois comme sans logique en ce sens qu'elle donne un faible rendement, se vend très peu et à bas prix. Son seul grand atout et apparemment le plus important aux yeux des producteurs est qu'il leur assure une rente alimentaire (sert de base aux aliments) avec le minimum d'intrant et le maximum d'aléas et de risques.

La 4e spéculation (66% CEF et 74,3% T&V) qui est le riz est le plus souvent pratiquée par les femmes et bien que comportant des opérations harassantes, constitue aussi une source de revenus en période de soudure.

Il nous a été malheureusement impossible d'identifier les facteurs réels qui motivent le choix de telle ou telle autre spéculation, mais dans tous les cas ce choix n'a aucun lien avec les `'encadreurs'' ou les `'conseillers''.

4.2.2. Définition des surfaces céréalières

La définition des surfaces des différentes spéculations et surtout celles céréalières revêt une grande importance. En effet, les producteurs africains sont confrontés à beaucoup plus de contraintes que d'opportunités. C'est en réponse à ces différentes contraintes que les différentes soles sont définies.

Le tableau suivant nous permet de voir les facteurs évoqués qui entrent en jeu dans la définition des surfaces céréalières.

Tableau n°6 : Facteurs influençant la définition des surfaces céréalières.

Facteurs en pourcentage

Catégories

Disponibilité des semences

Liquidité financière

Crise alimentaire passée

Objectifs du plan de campagne

Besoins céréaliers

Producteurs en CEF

32

60

40

80

50

Producteurs en T&V

45,7

80

50

31,4

10

Source : Données d'enquête Kandi 2008.

4.2.2.1. Chez les producteurs en T&V

La disponibilité des semences en coton surtout durant cette campagne ci est un facteur important cité comme intervenant dans la définition des surfaces céréalières. En effet, durant cette campagne, les producteurs ne disposaient pas suffisamment de semences au point où les semences de coton qui devraient être gratuites sont devenues l'objet de spéculations et sont devenues objet de vente. Le manque de liquidité (dans 80% des cas) pour certains travaux comme le labour en début de campagne est le facteur le plus important qui détermine les surfaces allouées aux céréales. Une augmentation de la taille de la famille et une mauvaise estimation des nouveaux besoins alimentaires peuvent expliquer la définition des surfaces. Mais en face des besoins de trésorerie, pour atteindre des objectifs tels la réfection de l'habitat, le remboursement de certaines dettes, l'organisation de mariage, de baptême et de payement de scolarité des enfants les cultures de rentes constituent le dernier recours, notamment le coton.

« Rien qu'avec la culture du coton que je suis arrivé à avoir 550000 FCFA cash la campagne passée, cela m'a permis d'éponger les dettes des manoeuvres que j'ai engagés, de réfectionner la chambre de mon fils ainé puis d'acheter une nouvelle moto »

Ne perdons pas de vue que derrière ce compromis permanent entre les cultures céréalières et celles de rente se cachent quelque fois des contraintes foncières.

Mais à tout cela s'ajoute parfois le recul causé par les événements subits tels que la crise alimentaire de la campagne passée (évoquée par 50% des producteurs) où le prix du sac de mais est allé au-delà de 30.000 FCFA et celui de sorgho de 25.000 FCFA. Toujours pour respecter les compromis sus-cités, le prix du coton graine, spéculation de rente est lui aussi passé cette campagne ci, de 160 FCFA /Kg à 190 FCFA /Kg.

C'est donc cet ensemble de facteurs qui ont conduit à la définition des surfaces tant pour les cultures de rentes que celles céréalières. Malheureusement il n'est pas de raisonnement type ayant conduit à cette définition pour les producteurs T&V. Là encore les encadreurs ne jouent pas un grand rôle et il est difficile de voir l'aide qu'ils apportent au producteur.

4.2.2.2. Chez les producteurs en CEF

La seule et grande différence au niveau des producteurs en CEF est que ces derniers arrivent à estimer correctement les besoins céréaliers (évoqués par 80% des producteurs CEF comme facteur intervenant dans la définition des surfaces céréalières) de leur famille grâce à un certain nombre d'outils qui leur sont proposés par les conseillers comme le cahier de stock. Ce cahier permet au producteur d'avoir la quantité totale de produits vivriers consommée au cours de l'année et de savoir avec des majorations faites, le quota de surfaces à allouer aux céréales pour assurer la sécurité alimentaire de sa famille. Le reste des surfaces sert aux cultures de rente et à la culture du riz. Pour la réalisation des objectifs cités, les producteurs sont confrontés à des contraintes financières et/ou foncières. Ils sont alors aidés par le conseiller qui trouve les surfaces optimales leur permettant de réduire les risques de pénurie alimentaire tout en obtenant un peu de trésorerie. A cela peuvent répondre plusieurs scénarios parmi lesquels les producteurs choisissent parfois de se lancer dans la culture de rente plus que ne leur permettent leurs calculs. La raison est qu'ils ont des dettes à éponger, une cérémonie à organiser leur créant un besoin de trésorerie supplémentaire.

Deux grandes différences sont alors à noter ici 

· Le producteur identifie les besoins et décide des quotas de surface à répartir

· Le conseiller intervient dans l'identification des besoins à travers le suivi des cahiers de stock sans être celui qui décide.

4.3. Planification des activités de l'exploitation

4.3.1. Cas des producteurs en T&V

Les analyses faites sur les deux premières parties à savoir les objectifs visés et le choix des spéculations nous en disent déjà long sur la planification des activités faites par les producteurs en T&V.

Une bonne planification nécessite la définition claire d'objectifs et des moyens permettant d'atteindre ces objectifs. Mais si, comme cela est le cas, les objectifs en début de campagne ne sont pas clairement définis en raison de la difficulté d'une identification des besoins et d'une vision au jour le jour, il serait très difficile de réaliser une planification des activités. Ainsi la détermination de la période de semis est quasi impossible chez cette catégorie de producteurs pour qui la date de semis relève des compétences de l'encadreur pour les cultures de rente et de la faveur des pluies pour les autres cultures. Chez les producteurs en T&V, les quantités de semence nécessaire ne sont mal estimées et aucune des opérations culturales n'est planifiée. Les surfaces céréalières ne sont pas définies à l'avance. Elles varient progressivement en fonction du climat, de la disponibilité en main d'oeuvre et en intrant. Il est donc malheureusement quasi impossible de prévoir la main d'oeuvre qui sera nécessaire à l'exécution des opérations culturales. J'en veux pour preuve, les propos suivants tenus par un producteur pour justifier le fait qu'il ne planifie pas ses activités de façon rigoureuse 

« Si je dis je vais semer dans une semaine par exemple, avant cette date je ne trouve pas de bête pour préparer le sol, ensuite par exemple il ne pleut pas, ou encore comme je suis malade ou l`un de mes enfants l'est, c'est à cause de ces différents éléments qui arrivent chaque fois qu'on attend quand les conditions sont favorables pour effectuer nos activités »

Ce genre de raisonnement caractérise les producteurs en T&V. Finalement ce n'est pas que ces producteurs ne font pas de la planification, bien au contraire ils tiennent compte des évènements aléatoires. Cette souplesse de la planification est donc due à ce que j'appelle « la planification de l'aléatoire ». Cette planification de l'aléatoire consiste à tenir compte des événements aléatoires pour justifier le fait de ne pas planifier.

Il est alors évident que les décisions prises par ces producteurs le sont au jour le jour. Il s'agit là de décisions presque toujours tactiques qui correspondent à des ajustements de plan tout au long de la campagne, en s'adaptant à tel ou tel autre événement aléatoire. La finalité est qu'il n'y a plus de plan et que le producteur se contente des dires de l'encadreur relatifs aux dates et aux doses.

Par contre, pour ce qui est de la quantité d'intrants chimiques nécessaires et de pesticides, les quantités nécessaires sont estimées par ces producteurs pour qu'elles soient communiquées aux secrétaires des Groupements Villageois. Beaucoup de producteurs se plaignent que leurs estimations sont revues à la baisse. Donc pour avoir les quantités voulues ils font une surestimation de leurs besoins.

« Si tu mets les quantités exactes dont tu as besoin, cela paraît petit et quand les intrants ne suffisent pas, les secrétaires diminuent ce que tu espères. C'est pour cela que nous ne mettons pas les quantités exactes. »

Est- ce la vraie raison de cette manoeuvre, nous ne saurions nous prononcer ; mais une fois encore, ces producteurs manquent de crédibilité dans la planification de leurs besoins et activités. Quant aux dates d'applications de ces intrants, elles sont déterminées par l'encadreur. Mais les superficies emblavées sont aussi parfois fonctions de la quantité d'intrants disponibles, ce qui est tout à fait contraire à la logique du planificateur. 

« Si je trouve les quantités d'engrais et de pesticide demandées je vais peut-être augmenter ma superficie de maïs, mais pour le moment je ne sais pas encore»

Nous avons pu constater qu'aucun outil et qu'aucune condition favorable ne pourrait permettre à un producteur en T&V de faire une planification acceptable de ses activités. De même il reste dépendant de l'encadreur et de la nature en ce qui concerne les dates des différentes opérations culturales. Ses capacités et son pouvoir de planification sont faibles ce qui le conduit à un modèle d'actions dynamiques par des décisions tactiques prises au jour le jour.

4.3.2. Cas des producteurs en CEF

Pour tous les producteurs CEF, il est indispensable de faire une planification des activités. Mais en réalité, 76% de ces producteurs font une planification de leurs activités. Cette planification est faite à l'aide d'un outil d'aide à la décision qu'est le plan de campagne. Les 24% restants, les plus anciens prétendent faire cette planification mais en tête. Ce plan renferme les objectifs définis précédemment et le programme des activités à exécuter ainsi que leur coût. Il permet, grâce à un certain nombre d'outils de suivis de l'exploitation de la campagne passée, de prévoir les dépenses, les besoins en travail, les résultats souhaités pour les campagnes futures. Ces prévisions sont fonctions des hypothèses élaborées par la famille, relatives aux cultures à retenir, aux rendements espérés, aux assolements et aux niveaux d'intrants adaptés aux cultures retenues, à la fertilité des sols et aux ressources en trésorerie. Cet outil est mis au point par l'exploitant lui même avec ou sans l'appui du conseiller.

« Quand j'ai débuté avec le conseil de gestion en 2003, j'ai surtout appris à prévoir. J'avais pour objectif d'augmenter ma superficie emblavée cette campagne là parce que j'avais des terres non cultivées. Malheureusement je n'avais ni la charrue ni les bêtes ; j'ai donc mis l'achat de ma première bête comme objectif dans mon plan de campagne en 2004, en 2005 j'ai fait pareil, en 2006 j'ai mis l'achat d'une charrue, la campagne passée j'ai augmenté ma superficie de coton de 2 ha et celle de maïs d'un ha. Mon souhait de 2003 je l'ai atteint en 2007 »

Ici encore, c'est le producteur qui fait sa planification grâce aux outils que lui apporte le conseiller CEF et avec son appui. Cette planification lui permet de prendre des décisions stratégiques pour la trajectoire qu'il veut donner à son exploitation.

4.4. Conduite des activités de l'exploitation

4.4.1. Exécution des tâches de l'exploitation

C'est à ce stade qu'on peut évaluer le niveau d'applicabilité par les producteurs des nouvelles techniques qui leur sont proposées. L'exécution des tâches de l'exploitation relève de la responsabilité du chef d'exploitation qui, en tant qu'entrepreneur, mobilise les moyens humains (main d'oeuvre familiale ou salariée) et matériels (charrue, charrette, etc.) nécessaires.

4.4.1.1. Exécution des tâches de l'exploitation chez les producteurs en T&V

Toute la famille du producteur est impliquée dans cette exécution. La réussite dans l'espace et dans le temps dépend de comment le chef de famille ou d'exploitation déploie sa main-d'oeuvre familiale et/ou salariée. Certaines tâches sont exclusivement réalisées par les membres de la famille comme par exemple, le semis, l'amendement organique / fumure minérale, les traitements phytosanitaires, la récolte des céréales. Quant au sarclage, pour être exécuté à bonne date, il nécessite souvent une main-d'oeuvre salariée comme pour la récolte du coton.

La situation familiale (présentée dans le tableau n°7) revêt donc une importance capitale ici en ce sens que si l'on exclut certains éléments intrinsèques liés au chef d'exploitation c'est elle qui sous-tend la cohérence des actes des producteurs dans le choix d'itinéraires techniques (combinaison logique et ordonnée de techniques qui permettent de contrôler le milieu et d'en tirer une production ordonnée)14(*). La situation familiale étant toujours différente d'une famille à l'autre il devrait leur être proposé différents itinéraires techniques par les encadreurs. Mais le message technique est le même ; on préconise toujours le labour à plat, suivi du semis au cordeau (en ligne), l'enfouissement de l'engrais dans le sol et le respect des dates de traitement, etc.

Tableau n°7 : Présentation de la situation de famille.

Contraintes

Insuffisance de main d'oeuvre en%

Insuffisance de ressources financières en %

Producteurs en CEF

80

60

Producteurs en T&V

67,1

77,1

Source  Données d'enquête Kandi 2008.

La situation familiale généralement caractérisée par l'insuffisance de main-d'oeuvre (67,1% des producteurs en T&V) ou de ressources financières (77,1%) fait que les producteurs sont incapables d'appliquer les recettes de l'encadreur bien que celui-ci soit convaincu parfois que c'est le mieux pour son exploitation. A cette situation s'ajoutent également les incertitudes liées aux aléas climatiques et le fait que les objectifs du producteur ici ne sont pas centrés sur le profit maximum. Il en résulte chez le producteur l'opération de choix uniquement tactiques au moment de la réalisation des opérations culturales prévues, choix qui découlent de l'analyse immédiate de la situation. Par exemple voici le raisonnement d'un producteur  

« Je ne peux pas prévoir les dates de semis et de sarclage puisque c'est la nature qui décide, si je me réveille le matin et je constate qu'il y a eu une pluie je saurai quoi faire durant cette journée ».

Cette évolution dynamique de choix tactiques résultant de l'analyse immédiate de la situation échappe aux encadreurs. Ceux-ci pensent que la situation s'impose au producteur parce qu'il ne veut pas appliquer leurs « messages miracles ». Soulignons ici que les « messages miracles » sont bien théoriquement pour l'exploitation mais pas pour l'exploitation familiale. Les encadreurs ont donc tendance à ne pas considérer les contraintes familiales dans l'administration de leur « potion magique ».

A ce niveau, tout porte à croire que les encadreurs auraient voulu que le rôle de l'exploitant se réduise à celui d'agent d'exécution ; il n'est donc pas considéré comme étant celui qui doit, en fonction de sa situation de famille, faire des choix raisonnés parfois contradictoires à la logique du maximum de profit, mais toujours cohérent avec le souci permanent de diminuer les risques.

4.4.1.2. Exécution des tâches de l'exploitation chez les producteurs en CEF

Il est évident que les notions soulevées plus haut s'appliquent aussi au producteur en CEF. Il n'y a pas de différence entre les deux groupes. Ils sont tous soumis aux mêmes aléas climatiques, leur situation de famille les handicape soit financièrement (60% des cas) soit en main-d'oeuvre (dans 80% des cas) ou parfois les deux, et ils opèrent aussi des choix tactiques.

La différence fondamentale se situe au niveau de l'accompagnement. Le CEF offre beaucoup d'outils qui permettent au producteur de prendre conscience de sa situation de famille. Ici, le conseiller connaît la situation de famille du producteur, néanmoins le producteur opère son choix parmi les différentes techniques en tenant compte de ses objectifs précités (connus par le conseiller), des moyens dont il dispose et des aléas climatiques. Ici le conseiller considère que seule une bonne connaissance de sa situation de famille peut permettre au producteur de prendre des décisions adéquates. Il n'y a donc plus de « solution miracle ».

Le constat est que les producteurs CEF adoptent beaucoup plus les messages techniques des encadreurs que les producteurs T&V. Cet état de chose est dû à une meilleure connaissance de la situation de famille qui permet de faire de meilleures prévisions et amène parfois à un changement de système cultural. (Nous y reviendrons plus amplement dans le chapitre 6).

Le producteur CEF n'est donc pas considéré comme un agent d'exécution de messages miracles. Il dispose d'outils qui lui permettent d'appréhender sa situation, et ensemble avec le conseiller, de trouver des solutions techniques et organisationnelles adaptées à sa situation.

4.4.2. Suivi de la mise en oeuvre des activités de l'exploitation

4.4.2.1. Producteurs et encadreurs en T&V

A la question suivante  `'Comment les producteurs suivent-ils la mise en oeuvre de leurs activités agricoles ?'', la réponse est qu'on s'inspire du calendrier agricole. Le calendrier agricole est mis au point par les structures déconcentrées des CeRPA. C'est sur la base de ce calendrier agricole donnant priorité au coton et au maïs que les encadreurs peuvent suivre les activités des producteurs. Le paradoxe ici est que seulement 20% de l'effectif des producteurs en T&V de l'échantillon arrive à respecter les prescriptions du calendrier. La majorité, les 80% quant à elle n'a presque jamais comme objectif d'atteindre les performances maximales de production. Pour cette raison elle ne se contraint pas au strict respect des dates de sarclage, de fumure etc. Cette majorité constate des anomalies telles que l'envahissement de champ de maïs ou de sorgho par les mauvaises herbes et le retard dans le traitement d'un champ de coton. Dans cette situation ces producteurs préfèrent faire d'abord le traitement, puis ensuite reviennent sur le sarclage des céréales parce qu'ils estiment avoir déjà trop investi dans le coton et en attendent beaucoup pour ne pas s'en occuper.

« Quant aux céréales de toutes les manières on trouvera toujours quelque chose à récolter et dans les moments durs de pénurie nous nous soutenons pour joindre les deux bouts. »

Le suivi de l'évolution des activités de l'exploitation ne se fait donc pas en se fixant des objectifs ni en fonction d'une périodicité, ni de respect des itinéraires techniques. Ainsi, il est très rare que s'effectuent des réajustements dans la mesure où la majorité des décisions souvent d'ordre tactique sont prises au jour le jour.

Toujours est-il que le producteur ne dispose pas d'outils lui permettant de suivre l'évolution des paramètres de son exploitation tels que la main-d'oeuvre, les temps des travaux mis en oeuvre, et les moyens. Il a une perception personnelle de sa situation et les indicateurs de suivi de l'exploitation varient d'un chef d'exploitation à l'autre. Il peut s'agir de la taille des feuilles, de leur couleur, leur morphologie et dès qu'une anomalie est constatée, les producteurs ont recours à l'encadreur.

Pour les encadreurs enquêtés, le suivi est la chose la plus simple à faire. Elle concerne notamment la visite d'exploitation où l'encadreur fait des constats sur l'état d'entretien du champ et les dates de traitement. Les prescriptions sont données par rapport aux écarts constatés entre les démonstrations faites, les techniques et les dates préconisées. Un autre objectif des encadreurs durant le suivi est de collecter les informations relatives à l'exploitation afin de rédiger le rapport d'activité. Très peu de producteurs bénéficient d'un suivi réel des activités de leurs exploitations. La minorité qui est suivie l'est exclusivement dans le cadre de la production du coton. Puisque aucun objectif n'était défini en commun c'est l'encadreur qui sait les éléments qu'il vient suivre dans l'exploitation du producteur.

4.4.2.2. Producteurs et conseillers en CEF

Les producteurs en CEF disposent de plusieurs outils leur permettant de suivre l'évolution des activités dans leurs exploitations. Bien entendu, ce ne sont pas les outils qui sont importants mais les analyses qu'ils permettent de faire. Ainsi, nous avons pu recenser quatre différents outils qui interviennent dans le suivi des activités de l'exploitation agricole familiale : le journal de caisse, la fiche de stock, le cahier d'utilisation de la main d'oeuvre/intrants et la fiche de conduite des cultures. Le tableau n°8 présente le pourcentage d'utilisation de ces différents outils.

Tableau n°8 : Pourcentage de producteurs CEF utilisant les outils de suivi.

Outils

Journal de caisse

Fiche de stock

Cahier d'utilisation de la main d'oeuvre

Fiche de conduite des cultures

pourcentage de producteurs l'utilisant

60

50

10

20

Source  Données d'enquête Kandi 2008.

· Le journal de caisse  cet outil est rempli par 60% des producteurs CEF enquêtés. C'est un outil de suivi de la trésorerie du ménage, il permet au producteur de suivre les entrées et les sorties d'argent, les achats et les ventes relatifs aussi bien à l'exploitation qu'au ménage. Le chef d'exploitation doit aussi y noter les dons qu'il a reçus ou effectués. C'est un outil qui est rempli tous les jours par le producteur (voir exemplaire en annexe). Il permet à l'exploitant de tirer le solde journalier de sa trésorerie afin de connaitre ses capacités financières. Cet outil est effectivement rempli par les nouveaux adhérents en CEF alpha et surtout par les femmes qui effectuent le petit commerce. Quant aux producteurs CEF français, très peu d'entre eux continuent à remplir ce document parce que trop contraignant. Ceux-ci sont tout de même conscients des effets issus de l'analyse des synthèses effectuées grâce à cet outil avec l'aide des conseillers, effets sur lesquels nous reviendrons dans le chapitre 6 plus amplement. Il permet au producteur de savoir si les estimations effectuées dans son plan de campagne sont réalisables à un moment donné de l'exécution de ses activités ; si non il prend des dispositions pour revoir à la baisse soit les superficies à emblaver, soit la main-d'oeuvre à utiliser.

· La fiche de stock  50% des producteurs en CEF remplissent régulièrement cet outil, cette fiche permet à l'exploitant de suivre l'évolution du stock de vivrier conservé dans son grenier. Elle est aussi remplie par les producteurs eux-mêmes et avec le concours de leurs femmes. Cet outil pose aux chefs d'exploitation un certain nombre de difficultés dans son remplissage que nous n'évoquerons pas dans ce chapitre. Les producteurs grâce à cet outil ne sont plus surpris par les déficits alimentaires, ils peuvent alors prendre des dispositions à temps pour remédier à cela. Tous les producteurs CEF ne sont pas des modèles pour le remplissage de cet outil mais tous s'accordent à dire qu'il leur permet pour le peu de temps (généralement un à deux ans) qu'ils l'aient rempli et aient eu le temps de l'analyser de savoir ce qui se passe dans leur entreprise familiale (voir chapitre 6 pour les effets de cet outil).

· Le cahier d'utilisation de la main d'oeuvre/intrants  c'est l'outil de suivi le moins rempli par les producteurs (10%). Comme son nom l'indique il permet au producteur de suivre l'évolution des intrants qu'il utilise dans son exploitation et dans quelle parcelle il les utilise. De même il lui permet de suivre la main-d'oeuvre qu'il utilise tant familiale, salariale, que provenant de l'entraide. Cet outil au bout d'un mois lui permet de savoir dans quelle opération il a utilisé la main d'oeuvre salariale, pendant combien d'heure et ce que cela lui a coûté. De même il sait parmi ses actifs familiaux et dépendants (main-d'oeuvre familiale) qui est celui qui a le plus travaillé au champ et dans quelle activité. Beaucoup de conséquences et de changements d'attitudes ont été notés suite à l'utilisation de cet outil mais une chose est sûre, c'est que le producteur y voit plus clair dans le déroulement de ses activités.

· Fiche de conduite des cultures  c'est un outil où le producteur enregistre les différents paramètres de l'évolution de ses différentes spéculations, il s'agit de l'enregistrement des dates des différentes opérations culturales et de constater les écarts par rapport à celles prévues. Seulement 20% des producteurs remplissent cet outil.

Il s'agit d'une présentation sommaire des outils qu'utilisent les producteurs CEF pour le suivi des activités de leur exploitation familiale. Il est clair qu'ici le producteur tout en suivant ces paramètres de son exploitation et de sa famille, collecte un bon nombre d'informations ou de données observées et enregistrées par lui-même. Il est ici tout simplement amené par le conseiller à faire dans la mesure de ses capacités, l'auto-analyse des résultats obtenus, que ceux-ci soient bons ou mauvais.

Il est indispensable de souligner ici que le conseiller suit tout aussi bien l'évolution des activités de l'exploitation en effectuant des visites qui d'après ses dires lui permettent de vérifier certaines données collectées par les producteurs.

Un autre outil de suivi constitue les échanges entres producteurs en salle en présence du conseiller. A contrario du premier groupe, les objectifs des visites d'exploitation sont clairement définis. Le contenu des visites d'exploitation sera abordé dans le chapitre suivant.

Nous n'évoquerons pas ici les difficultés rencontrées par les producteurs dans le remplissage et l'appropriation de ces différents documents, ni la qualité ou la fiabilité des données collectées car notre objectif n'est pas celui-là, mais plutôt de pouvoir situer le producteur dans l'approche à travers le rôle qu'il joue et la place qu'il y occupe !

4.5. Evaluation des résultats de l'exploitation

Les résultats de notre enquête nous permettent d'écrire que les encadreurs apprécient très rarement les résultats des producteurs en T&V. Producteurs et encadreurs le font très rarement par simple jugement pour les cultures céréalières ou pas du tout. Aucune visite ou séance n'est consacrée à l'évaluation des résultats obtenus par les producteurs qui a pourtant bénéficié de « conseils ». Quant au coton, l'évaluation est faite uniquement dans les parcelles de démonstration où des carrés de densité ont été posés, ces producteurs qui en bénéficient représentent 5% de l'échantillon.

Pour l'autre catégorie, les producteurs en CEF, les résultats de l'exploitation sont appréciés dans un premier temps par jugement au cours des visites d'exploitation puis par calcul grâce aux outils comme le calcul des marges brutes par hectare et le compte de résultat. Ce calcul est mené par l'exploitant seul ou avec l'aide du conseiller en fonction de la maitrise qu'il a des outils cités.

Pour finir, les résultats de chaque producteur sont discutés avec le conseiller en fonction des objectifs qui ont été fixés en début de campagne afin de trouver des cheminements d'amélioration pour les campagnes à venir.

Nous n'avons pas pu assister à cette phase en raison de la période de déroulement de l'enquête mais grâce aux dires des différents acteurs et des méthodes de recoupement utilisés nous pouvons à ce niveau aussi situer le rôle et la place qu'occupent les producteurs.

4.6. Stockage et commercialisation des produits de l'exploitation

Pour tous les producteurs enquêtés, ce dernier point est très important dans la vie du système exploitation-famille. Pour eux, les causes de l'endettement et de la pénurie sont surtout la mauvaise gestion du stockage puis de la commercialisation des produits de récoltes.

Les encadreurs ne s'intéressent pas à la manière dont les producteurs gèrent les produits récoltés hormis le coton. Le constat est que généralement les producteurs bradent une partie de leur récolte de céréales pour pouvoir aire face aux charges financières de la récolte du coton. Ils bénéficient quelques rares fois de conseils sur les techniques de stockage mais jamais sur comment écouler leurs produits. Alors pour les rares producteurs en T&V qui arrivent à mettre rigoureusement en pratique les prescriptions techniques des encadreurs ils se retrouvent avec un surplus de production inhabituel dont le stockage devient problématique et sont abandonnés quant à la recherche de marché (exception faite des villages qui bénéficient du Programme d'Urgence d'Appui à la Sécurité Alimentaire, où la production est systématiquement rachetée pour constituer les réserves de l'ONASA. Aucun de nos villages d'étude ne bénéficie pour le moment de ce programme.)

Chez le producteur CEF, les différents outils de suivi de son exploitation lui permettent de prévoir avec l'aide du conseiller les structures de stockage adaptées selon les hypothèses de surplus de production. Le producteur bénéficie aussi de conseils pour la commercialisation de ses produits.

Le conseiller CEF est très impliqué quant aux finalités des résultats de l'exploitation, le stockage et la commercialisation d'autant plus qu'il est consultant depuis la formulation des hypothèses.

4.7. Discussions des résultats et conclusion partielle

Nous savons maintenant ce que chaque groupe de producteurs est en mesure de faire dans son exploitation et pourquoi il le fait, le rôle et la place qu'il occupe.

Il ressort de notre enquête que les producteurs en T&V ne disposent d'aucun outil formel pour la définition des objectifs de leur exploitation. Ceci ne signifie pas que les actes qu'ils posent ne suivent pas une logique donnée ; bien au contraire, il y a une cohérence entre la stratégie générale adoptée (adaptation dynamique par des décisions tactiques en fonction de la situation de famille et du climat) et les finalités qu'ils se fixent. Malheureusement l'encadreur ne semble pas être au courant de ces finalités et ne voit pas l'exploitation agricole familiale comme un système qui devrait constituer le cadre théorique de sa démarche. Il n'est donc pas étonnant que le producteur en général, n'adopte pas les prescriptions de l'encadreur ceci malgré les démonstrations. C'est pourquoi le rejet des technologies comme le labour à plat ou le semis en ligne ou encore les modes d'épandage d'engrais sont dus à une mauvaise connaissance de la situation de famille. N'ayant pas participé à des explications concernant le bien fondé de l'opération, l'exploitant n'est qu'un exécutant mis en marge des réalités de sa propre exploitation, de son entreprise. Il n'est donc pas considéré comme étant au centre de son exploitation.

Quant au producteur CEF, il dispose d'un bon nombre d'outils lui permettant la définition des objectifs, la planification, et l'exécution. Ces outils manipulés par le producteur lui-même lui permettent de mieux connaitre sa situation de famille et d'en avoir une vision claire. Osty (1978) disait que « c'est à partir de la vision qu'ont les agriculteurs de leurs objectifs et de leurs situations, qu'on peut comprendre leurs décisions et leurs besoins ». Nous partageons cette réflexion d`autant plus que le producteur est au centre du système d'information, de décision à travers les finalités et le pilotage de ces décisions en appui avec le conseiller. Ce dernier a aussi connaissance de son système de production ou d'opération et l'aide à trouver un cheminement d'amélioration sur plusieurs années à travers des décisions tactiques et stratégiques dont le producteur est au centre.

Au regard de tout ce qui précède, nous confirmons l'hypothèse selon laquelle l'approche Conseil à l'Exploitation Familiale met plus le producteur au centre de ses activités.

5. INTERACTIONS ENTRE PRODUCTEURS ET CONSEILLERS

Dans le chapitre précédent il a été présenté le rôle et la place des différents acteurs dans les dispositifs. Ceci a déjà permis sans l'affirmer, de dessiner une partie des relations entre les acteurs sans pouvoir vérifier l'hypothèse relative à cet objectif. Dans ce chapitre nous analysons à différents niveaux les relations et implications des différents acteurs tout en tenant compte des structures offrant le service.

5.1. Présentation des conseillers

Rappelons que pour éviter la confusion dans les dénominations, le terme encadreur désigne le conseiller en production végétale dans l'approche F&V et le terme conseiller désigne celui de l'approche Conseil à l'Exploitation Familiale.

Il est important de connaître le niveau intellectuel des conseillers et encadreurs parce que cela pourrait un impact sur la façon dont interagissent avec les bénéficiaires de leurs programmes.

5.1.1. Niveau des conseillers

Le conseiller de notre enquête dans la commune a en charge 70 producteurs CEF avec un niveau BAC+4. Evidemment, il ne travaille plus en étroite collaboration avec les producteurs CEF mais plutôt avec les animateurs-relais. Les animateurs-relais sont des producteurs qui ont été identifiés parmi les premiers ayant reçu la formation en français et qui sont à leur tour formés pour développer les mêmes outils mais en langues nationales. Ceux-ci ont des niveaux variant de la classe de 5ème en 3ème. Ils ne remplacent pas le conseiller.

Quant aux encadreurs, ils sont en général issus du Lycée Agricole Médji de Sékou (Diplôme d'Etude Agricole Technique, DEAT) quoique dans l'un de nos villages, notamment Sinawongourou , l'encadreur a le niveau du CETA (Brevet d'Etude Agricole Technique).

5.1.2. Situation matrimoniale

Le tableau suivant provient de l'enquête auprès de 20 encadreurs 

Tableau n°9 : Situation matrimoniale des encadreurs

Catégorie d'âge

Effectif

Mariés

Résidant dans le village

Effectif

Fréquence

Effectif

Fréquence

25 à 35 ans

12

5

41,66%

3

25%

Plus de 35ans

8

7

87,5%

6

75%

Source  Données d'enquête Kandi 2008.

Il est important ici de préciser la situation matrimoniale des agents d'encadrement qui détermine leur régularité sur les sites d'intervention. Les encadreurs dont l'âge est supérieur à 35 ans, ceux qui tendent vers la retraite sont en majorité mariés et installés dans les villages où ils interviennent (voir tableau ci-dessus). Les plus jeunes qui ont entre 25 et 35 ans, issus des derniers recrutements, ne sont pas en général mariés et ne sont pas totalement installés dans leur site car ils retournent en zone, tous les vendredis soirs et ne reviennent le plus souvent que le lundi matin.

Le seul conseiller CEF qui a en charge les producteurs de la zone d'étude, ne réside pas dans les villages, il a une famille et est âgé de 38 ans. Il est marié et a deux enfants. Les animateurs-relais sur qui repose le plus gros lot du travail d'animations sont des producteurs qui vivent, résident, cultivent avec leur famille dans les villages où ils interviennent.

La situation matrimoniale des encadreurs et du conseiller dans l'un ou l'autre des cas a une incidence sur sa disponibilité envers les producteurs.

5.1.3. Motivations

Les encadreurs sont généralement motivés d'après leurs dires par la passion pour l'agriculture ! Paradoxalement ceux-là mêmes qui prétendent être passionnés par l'agriculture et vivant dans leurs sites d'intervention n'appliquent pas correctement les messages miracles qu'ils prodiguent aux agriculteurs. Nous avons eu plusieurs fois l'opportunité de visiter des champs d'encadreur qui ne bénéficient pas d'un entretien spécial différent de celui considéré comme étant mal fait par les producteurs. Il se pose alors la question de conviction par rapport aux messages qui sont diffusés en cascade qui déjà ne sont pas mis en application par les encadreurs. Les raisons sont multiples, et on peut citer entre autres la non disponibilité de la main-d'oeuvre au moment opportun et les problèmes familiaux importants à résoudre. Il ressort alors que l'encadreur lui aussi est soumis à bien de difficultés dans l'exécution des activités relatives à son exploitation quand bien même il considère cette activité comme secondaire. Ils espèrent le plus souvent se faire aider par les producteurs dont ils arrivent à obtenir des terres pour ce genre de culture. Pour la plupart des nouvelles recrues qui sont des contractuels d'Etat, la motivation essentielle est l'espoir de devenir agent permanent de l'Etat, puis l'espoir de recevoir des cadeaux offerts par les producteurs durant les tournées ; souvent des oeufs, des ignames ou des volailles.

Malheureusement, ils s'accordent tous à dire que les producteurs savent en réalité les techniques qui sont adéquates à utiliser.

Pour les conseillers et les animateurs relais, la motivation essentielle est de pouvoir aider et d'être un modèle pour les autres producteurs, raisons pour lesquelles ils sont choisis et appliquent correctement la plupart des techniques culturales. Ces derniers reçoivent aussi un salaire à la fin de chaque mois provenant de leur structure.

5.2. Présentation des producteurs

La présentation des producteurs enquêtés se fera suivant leur âge. Ils ne seront pas regroupés en classe d'âge. L'utilité de ce regroupement pour ce travail n'est pas importante.

5.2.1. Âges

Les producteurs en Formation et Visite enquêtés appartiennent à toutes les classes d'âge. Nous ne pouvons faire aucune analyse différenciée relative aux âges pour ce groupe. Les âges varient entre 28 et 68 ans. Quant aux producteurs en CEF, la moyenne d'âge est de 40 ans et les exceptions sont dans la classe d'âge comprise entre 20 et 27 ans alphabétisés. Cette catégorie constitue la nouvelle génération de producteurs en CEF mais alphabétisés en langue nationale bariba ou peulh.

Les producteurs les plus jeunes sont donc ceux qui se retrouvent dans des groupes de CEF. Les plus vieux déjà fatigués sont moins intéressés par cette approche.

5.2.2. Situation matrimoniale

Nous n'avons pas constaté une différence sensible relative au nombre de femmes ni d'enfants chez les deux groupes. Par contre, nous avons pu constater que les producteurs en T&V ont toujours du mal à connaitre avec exactitude le nombre de leurs enfants et de leurs actifs encore moins leur niveau scolaire. Pour cela, ils ont souvent besoin de l'aide d'un cadet ou d'un autre membre de la famille

Pour les producteurs CEF, le nombre d'enfants et d'actifs agricoles est connu ainsi que leur niveau scolaire ; mais toujours est-il qu'il n'y a pas encore une corrélation perceptible entre le niveau scolaire des enfants et l'appartenance à un groupe CEF ou T&V.

La situation matrimoniale n'a aucun effet perceptible sur l'appartenance à un groupe de CEF ou de T&V.

5.3. Déroulement de l'animation

5.3.1. Nombre de producteurs par conseiller

Le nombre de producteurs théorique prévu pour un conseiller est de 280 en Training and Visit. Mais la réalité est toute autre car dans un village comme Tissarou où le nombre de ménages agricoles est estimé à ce nombre, notre échantillon compte 20% de producteurs qui affirment n'avoir jamais reçu la visite d'encadreur depuis le début de la campagne agricole. Cela soulève le problème du suivi effectif des producteurs tout au long de la campagne. Pour la suite, nous nous intéresserons à cette portion de l'échantillon réellement suivie par les encadreurs.

En Conseil à l'Exploitation agricole Familiale, il n'y a aucun nombre théorique fixé mais les expérimentations sur différents sites du PADSE montrent qu'un conseiller peut suivre jusqu'à 200 producteurs. Mais ici le conseiller est responsable de toute une commune et puisque nous ne nous sommes pas intéressés à tous les sites CEF de la commune il nous a été impossible de dégager le nombre actuel de producteurs suivis par un conseiller. Sur les sites où nous avons effectué l'enquête, les animateurs relais sont les plus en contact avec les producteurs. Généralement il s'agit de groupe de quinze à vingt producteurs alphabétisés par les animateurs relais.

5.3.2. Nombre et durée moyenne des visites

Il est des cas où nous avons eu des aveux de paysans n'ayant jamais été visités par des vulgarisateurs. En moyenne le reste des producteurs est visité une fois par mois au lieu d'une fois par quinzaine. Quant à la durée, elle est relative à l'objet de la visite et peut aller de 5 à 20minutes en fonction des cas et des encadreurs. En général, l'encadreur rencontre les producteurs par groupe de 15 à 18 pour les démonstrations. Le taux d'absentéisme au cours de ces démonstrations s'élève jusqu'à 40-45% en moyenne.

Pour les conseillers CEF les visites sont effectuées beaucoup moins régulièrement qu'en T&V, à peu près 1 à 3 fois par mois en fonction des difficultés rencontrées par le producteur, de la période et des disponibilités de l'animateur relais. En moyenne les visites d'exploitation durent entre 15 et 45 minutes en fonction de l'objet de la visite.

5.3.3. Lieu où se déroule l'animation

L'animation se déroule généralement dans l'exploitation du producteur abritant la démonstration lorsqu'il s'agit des Unités Villageoises (UV). Quand il faut rencontrer (individuellement) un producteur, cela a toujours lieu dans son exploitation, sauf les cas rares où le producteur se déplace vers l'encadreur quand celui-ci réside dans le village, très souvent pour avoir des informations sur la disponibilité en intrants. C'est très souvent les responsables d'organisations paysannes qui ont ce genre de contact avec l'encadreur.

Dans le cadre du Conseil à l'Exploitation agricole Familiale, le lieu de l'animation est fonction du contenu et des objectifs. Elle peut se dérouler dans une salle en présence de tous les autres producteurs CEF ou au domicile du producteur en présence de certains membres de son exploitation ou dans son exploitation. Les visites à domicile et dans l'exploitation sont les plus appréciées par les producteurs.

5.3.4. Comportements des producteurs et des conseillers

Il nous est très difficile de décrire un comportement type des producteurs ou du conseiller. Nous avons pu entendre des encadreurs traiter des producteurs de têtus. Mais aussi beaucoup d'aveux de producteurs qui témoignent que l'encadreur s'intéresse peu à sa mission comme le témoigne cette déclaration d'un producteur de Sinawongourou.

« L'encadreur, quand il vient me voir, il ne rentre jamais pour visiter mon champ, il est souvent sur sa moto, il connait très peu d'exploitations dans le village surtout celles environnantes. On le voit toujours dans les champs des secrétaires de GV »

Cela ne signifie pas que c'est le cas avec tous les encadreurs, la nuance se situe au niveau de leurs comportements au cours des visites ; certains encadreurs comme ceux de Tissarou et Sonsoro font le tour de l'exploitation du producteur mais toujours est-il qu'ils sont en contact étroit avec les secrétaires des GV. Il serait audacieux de trouver les raisons de cette affiliation avec les secrétaires mais d'après nos investigations, deux scénarii se présentent 

· l'encadreur ne veut pas se gêner pour aller collecter les données relatives aux intrants et superficies relatives à chaque spéculation des producteurs de chaque UV. Pour cela, il reste en contact avec les secrétaires des GV chez qui il peut collecter ces différentes données. Ceci est d'autant plus vrai que certains encadreurs se sont servis de nos données sur les exploitations enquêtées pour rédiger leur rapport mensuel d'activités. Ceci leur évite de `se balader' dans les champs et fermes des producteurs.

· L'encadreur et les secrétaires jouent sur les différentes quantités d'intrants. Ils en font un commerce au détriment des producteurs. L'objet de ce travail n'est certes pas le diagnostic du fonctionnement des OP ; mais il nous a permis de constater que l'encadreur s'intéresse beaucoup plus aux OP qu'aux producteurs pris individuellement. Un encadreur nous a révélé que les secrétaires de GV sont très forts, que veut-il donc insinuer ?

« un jour que j'ai demandé au secrétaire du GV X dans l'un de nos villages, de faire voir ses documents de gestion des stocks des intrants, ceci dans l'objectif de rédiger mon rapport mensuel, il m'a fait trainer pendant une dizaine de jours puis pour finir m'a invité à prendre un pot en ville. A l'issue du pot où nous avons mangé et bu, à Kandi, il, m'a offert 5000 FCFA ceci pour mon déplacement parce que disant que nous sommes restés sans salaire pendant 4 mois. J'étais dans l'obligation d'accepter ces sous parce que j'en avais vraiment besoin et par la même occasion je ne pouvais plus lui mettre la pression pour avoir un point fiable sur la gestion des intrants à lui octroyés. Pour finir il fait partie des secrétaires qui me gâtent le plus. »

Il est bien difficile de savoir comment les uns et les autres réagiraient s'ils se trouvaient dans les mêmes situations, mais il s'agit là du point de départ d'une relation assez connue entre les secrétaires et les encadreurs où se mêlent les intérêts des uns et des autres pour leur survie au dépend des producteurs.

Seuls les producteurs aisés mettent en application les conseils des encadreurs, encore que ces conseils sont déjà connus de tous ; à cet effet nous citons ; « ce n'est pas l'ignorance des bonnes pratiques qui fait que nous ne les appliquons pas ». Dans le même temps un bon nombre de producteurs CEF arrivent à mettre en oeuvre ces différents conseils bien que n'étant pas aisés.

Certains encadreurs le disent, « même si tu dis au producteur ce qu'il faut faire pour que son champ donne correctement, il ne le fera pas ». Naturellement, on aimerait savoir pourquoi les encadreurs répondent que « les producteurs sont têtus ». Nous avons pu visiter des champs de deux encadreurs qui ne peuvent en aucun cas représenter des modèles pour les producteurs. Les producteurs T&V s'accordent tous à dire que les champs des producteurs CEF sont des modèles pour eux.

Si tel est le cas il nous faut savoir de quoi discutent les producteurs et les conseillers.

5.3.5. Sujets de discussion

Les thèmes de discussion entre le producteur T&V et l'encadreur sont peu variés. Ils se limitent généralement aux aspects techniques de l'exploitation ; le plus souvent ce sont les dates des travaux, les techniques culturales, les thèmes relatifs à la culture cotonnière. La demande n'est pas effectuée par le producteur car tous les encadreurs de la commune sont formés par quinzaine. Cette demande en principe aurait dû être définie par les producteurs grâce à l'APNV. Malheureusement, l'APNV n'est pas une méthode appropriée pour dégager les besoins en formation des producteurs ; de la même manière le chapitre 4 a montré que les problèmes individuels des producteurs ressortent de leur situation de famille. Alors si tel est le cas, quels peuvent donc être les sujets de discussion entre les encadreurs et les producteurs ? Il s'agit d'un point très important sur lequel notre guide d'entretien n'avait pas insisté. Mais pour les producteurs les sujets de discussion qu'ils ont avec les encadreurs sont les mêmes depuis toujours  respect des techniques culturales et des itinéraires techniques surtout du coton et du maïs, très rarement des autres spéculations excepté le riz depuis l'avènement du NERICA. A ce sujet, la discorde se situe dans le rang des encadreurs où tous ne s'accordent pas aux limites des sujets de discussion. Pour certains, au delà des démonstrations, il n'y a plus un sujet particulier, le seul travail reste d'aller voir si le producteur a travaillé conformément à la nouvelle technologie ou pas et de ses difficultés naissent les sujets de discussion. Pour d'autres et cela est vraiment dommage, le producteur n'a pas le temps de discuter de quoique ce soit avec eux. Ils trouvent que leur métier est inutile car les sujets sont les mêmes chaque année et c'est cela qui justifie le fait qu'ils se retrouvent le plus souvent avec les secrétaires de GV. Les encadreurs affirment aussi être au courant du bradage des produits par les producteurs. Ils en sont parfois les acheteurs ou courtiers. Les encadreurs s'accordent tous à dire qu'ils sont plus utiles à résoudre les conflits entre agriculteurs et éleveurs, à en croire les propos désolants d'un encadreur 

« C'est lorsque le troupeau d'un peulh finit de faire des dégâts dans leurs champs que les producteurs nous cherchent pour rédiger les procès verbaux en leur faveur ! »

5.4. Visites d'exploitation

Les visites d'exploitations constituent l'un des éléments les plus importants aux yeux des producteurs. Pour eux, visiter leur exploitation est le signe de l'intérêt porté à ce qu'ils font et constitue le point de départ de la connaissance de leur situation pour aboutir au conseil. Cette fierté lors des visites d'exploitations nous l'avons constatée nous même toutes les fois où nous avons dû parcourir des kilomètres pour arriver dans des fermes reculées de nos villages d'étude. Nous avons très souvent entendu à Tissarou 

« C'est à cause de moi que vous vous êtes déplacé pour venir voir ce que je fais ! En fait on ne demande pas plus à nos encadreurs, de passer de temps en temps voir ce que nous faisons au lieu de fricoter tout le temps dans le village avec les secrétaires des GV »

5.4.1. Prédispositions morales des uns et des autres

Tout au long du processus de recherche, nous avons constaté des prédispositions quelque fois contradictoires entre producteurs et encadreurs. Le paragraphe précédent en a donné une brève illustration. Pour l'encadreur, faire une visite d'exploitation consiste à voir si le producteur met réellement en pratique les éléments vulgarisés après les démonstrations ; mais surtout ce sont les parcelles de démonstrations qui bénéficient du maximum de visites afin que lors du passage d'une mission d'évaluation du MAEP les cultures aient un aspect présentable. Et généralement pour que la démonstration soit un modèle présentable aux autres producteurs, l'encadreur doit toujours être aux trousses du producteur dont l'intérêt immédiat est qu'il bénéficie des intrants pour la culture et les parcelles de démonstrations. Pour être donc choisi pour abriter les démonstrations, il faut en principe être reconnu producteur assidu qui entretient bien son champ. Pour le village n'abritant pas de site CEF, à cause de la gratuité des intrants, l'encadreur a abrité les démonstrations dans le champ d'un de ses amis pensant dit-il pouvoir le motiver à travailler. Dans les deux autres villages d'études, les sites de démonstration sont abrités par les champs des producteurs CEF, pas par coïncidence mais simplement pour se faciliter la tâche, l'encadreur dit savoir que ces producteurs ciblés savent l'utilité des démonstrations à contrario des autres. Il ressort une catégorisation des producteurs faite par les encadreurs eux-mêmes et qui fait appel à la notion de responsabilisation que nous aborderons plus loin.

5.4.2. But de la visite

Pour ce qui est des producteurs et du conseiller CEF, la date de la visite est fixée ensemble et les objectifs de la visite sont connus. On note différents buts dans la démarche CEF. Les visites commentées constituent un élément essentiel du conseil de gestion, elles se font à différents niveaux, soit entre participants sur des réalisations dans le cadre des actions techniques, soit en invitant d'autres producteurs du village pour une diffusion plus large des acquis. L'introduction de technologies nouvelles est souvent faite à la suite d'une visite dans un autre village, où cette technologie est déjà pratiquée. Dans le cadre du conseil de gestion la visite d'exploitation n'est pas seulement faite par le conseiller. C'est le lieu pour le producteur de faire un bref exposé de ses paramètres d'exploitation, afin qu'ensemble, une évaluation puisse être faite par rapport à l'état d'avancement général des travaux conformément au plan de campagne établi. Il s'agit donc d'identifier les contraintes techniques, organisationnelles, ou financières, causes des écarts avec les prévisions et de proposer des améliorations. Il faut noter ici que ce cheminement est de moins en moins constaté en raison des difficultés rencontrées par le prestataire qui sont relatives à la logistique. Les visites les plus fréquentes sont celles à domicile permettant de voir comment le producteur tient ses cahiers et comment il fait ses synthèses afin que les différents outils puissent effectivement lui servir.

5.5. Renforcement des capacités

Les paragraphes 5.3 et 5.4 nous ont permis de décrire l'environnement des relations entre les producteurs et leurs conseillers. Nous n'y avons pas décrit les outils qui permettent au producteur d'avoir une certaine autonomie par rapport aux encadreurs et conseillers. Nous avons présenté déjà dans le chapitre 4 à travers les décisions prises par les producteurs à différents niveaux de leur exploitation, les capacités des différentes catégories des producteurs. Nous aborderons dans ce sous titre, la manière dont ces capacités de prise de décision sont renforcées dans les deux approches.

5.5.1. Connaissance des besoins et problèmes réels des producteurs

En formation et visite, les besoins et les problèmes des producteurs sont identifiés et hiérarchisés chaque année grâce à l'APNV. Comme nous l'avons déjà fait ressortir dans le cadre théorique, l'APNV pour la grande majorité des cas où il est utilisé comme outil de diagnostic ne fait pas ressortir les contraintes individuelles des producteurs mais des contraintes au niveau village. Il en ressort, que les besoins identifiés ne sont pas précis puisque la hiérarchisation est faite par une équipe d'experts et d'un groupe de villageois. Or c'est après les résultats de l'APNV que les besoins en formation sont définis. Ces besoins correspondent alors à ceux d'une partie de la population, ou comme le dit Darre (1997 ; cité par Nouatin, 2003), ceux d'une minorité influente. (Sans compter la réorientation des résultats de diagnostic que les chercheurs et praticiens sont en mesure de faire dans la pratique dans le sens qu'il souhaitent, l'APNV qui est l'outil de diagnostic principal utilisé par le T&V ne peut malheureusement pas identifier les besoins et les problèmes réels des producteurs). Reste alors le second outil qu'est le diagnostic de l'exploitation. Il consiste en la collecte des données sur les réalisations de la campagne par spéculation faite par l'encadreur, ainsi que l'identification participative des préoccupations des producteurs dans la gestion de leur exploitation. Malheureusement la nouvelle vague de recrutement effectué par le nouveau gouvernement ne suffit pas pour permettre aux encadreurs d'avoir un effectif disent-ils raisonnable de producteurs dans les groupes de contact leur permettant d'effectuer ce second type de diagnostic primordial et vital pour la connaissance des besoins et problèmes réels des producteurs afin d'aboutir au conseil.

Dans le cadre du CEF, l'analyse de la situation débouchant sur un diagnostic des contraintes et des opportunités et le dialogue avec le producteur permet de vérifier et clarifier ses objectifs et stratégies. L'analyse porte principalement sur les points suivants pour lesquels des normes sont définies respect des rotations de cultures ; besoins alimentaires et monétaires ; autosuffisance alimentaire ; superficie cultivée par actif ; équipement par superficie cultivée ; marge brute coton et revenu net.

Le dialogue avec le producteur et les autres actifs permet de déboucher sur des propositions de plan prévisionnel. L'analyse de la situation est l'élément crucial permettant d'identifier les problèmes et les besoins du producteur. Le producteur lui-même collecte les données sur son exploitation et sa famille et ces données sont analysées avec l'aide du conseiller et permettent d'aboutir à la connaissance réelle des potentialités et des faiblesses de chaque exploitation.

5.5.2. Adéquation entre aide technique ou organisationnelle reçue et besoins

Il ressort des paragraphes précédents que les besoins des producteurs en T&V sont mal identifiés et qu'en réalité très peu de leurs préoccupations réelles sont prises en compte. C'est sur la base de ce diagnostic biaisé par les intérêts des différents acteurs ayant participé à son élaboration que les besoins en formation sont définis. Cette formation se fait donc par quinzaine sur des thèmes techniques ne correspondant pas au besoin des producteurs dans la période. Ceci n'est pas la seule cause du taux d'absentéisme au cours des formations. Par exemple pendant la quinzaine où les producteurs attendent impatiemment l'engrais NPK pour la première fumure et que les distributeurs d'intrants mettaient à leur disposition les pesticides pour le deuxième traitement de leur cotonnier, le thème de formation était l'itinéraire technique du soja et du sorgho. Ce qui est paradoxal, c'est que les thèmes de formation sont les mêmes pour tous les encadreurs de la commune alors que les besoins de formation comme le savent les Techniciens Spécialisés (TS) et les encadreurs varient d'un village à un autre, d'une période de culture à l'autre et d'un producteur à l'autre. Déjà au niveau des encadreurs presque le tiers de leur effectif dans la commune est absent au cours des formations mensuelles pour des motifs comme c'est toujours les mêmes choses, les producteurs savent déjà faire tout cela. Et quand il s'agit de répondre ensuite à la question  `'quel est votre rôle alors ?'', on entend avec résignation

« On est beaucoup plus utile pour les GV que pour les producteurs ; sinon lorsqu'on va dans les champs des producteurs, ils sont toujours fiers de savoir qu'on est venu visiter leur champ et on s'en tire avec un poulet ou des ignames et ils sont conscients que nous sommes des agents de liaison entre la structure et eux où ils peuvent faire passer leurs plaintes. D'ailleurs, nous sommes plus sollicités pour résoudre les problèmes relatifs aux conflits agriculteurs - éleveurs ou pour savoir la disponibilité en intrants que pour la résolution de problèmes techniques comme les attaques des ravageurs par exemple. Voilà pourquoi nous donnons toujours les mêmes formations et conseils. »

Il ressort donc de ces propos que les encadreurs eux-mêmes sont conscients que l'aide technique qu'ils apportent aux producteurs est déjà connue par la plupart d'entre eux et qu'en réalité les besoins des producteurs sont tout autres. Ces formations reçues par les producteurs ne sont pas à leur demande ou si c'est le cas la cause de cette hypocrisie est mal connue de nous autres. L'aide organisationnelle n'est pas apportée par l'encadreur au groupe de contact mais aux responsables des différentes organisations de producteurs.

Pour les producteurs CEF le problème soulevé plus haut ne se pose pas dans la mesure où les besoins et problèmes réels des producteurs sont identifiés après un diagnostic partagé entre le producteur et le conseiller. Les autres thèmes de formation sont dégagés au cours des discussions de groupe en salle. Le choix des thèmes traités en salle se fait donc en fonction du calendrier de remplissage des différents cahiers qui ne suit pas forcément l'ordre des pages, et du déroulement de la campagne. Les séances incluent régulièrement

- des éléments de formation où sont apprises les notions nécessaires à l'expression et l'analyse des résultats économiques de l'exploitation (concepts, terminologies, méthodes de calcul) ;

- des éléments d'information sur les techniques pratiquées par les producteurs ou sur des innovations ;

- des discussions permettant d'établir un diagnostic sur des situations concrètes pouvant intéresser aussi bien les exploitations retenues en exemple que toutes les autres qui connaissent des problèmes similaires (intérêt de l'innovation, évaluation technico-économique de l'innovation) ;

- des discussions pratiques sur la mise en oeuvre des actions techniques (aspects logistiques).

Une conclusion partielle s'impose donc quant à l'adéquation des formations reçues avec les besoins effectifs. Dans le cas des producteurs en T&V, il n'y a pas adéquation, car les producteurs ne sont pas associés ; par contre, pour les producteurs (CEF), ce sont eux- mêmes qui identifient leurs besoins et donc les thèmes de formation, ce qui est très important en matière de renforcement des capacités.

5.5.3. Place des femmes

« Les spécialistes des questions techniques donnent souvent l'impression qu'ils se refusent à considérer le sexe des utilisateurs comme un critère supplémentaire dans l'orientation des recherches. En public, ils affirment haut et fort que les agricultrices ont besoin d'assistance, mais, en privé, ils regardent cette demande comme politique et ridicule. Il n'y a, selon eux, que peu de femmes qui travaillent la terre. De toute évidence, les principes scientifiques fonctionnent de la même manière, sans se soucier du sexe des personnes. » Moris (1994, 214)

En formation et visite, dans nos villages il n'y a pas de femmes qui appartiennent à un groupe de contact en tant que chef d'exploitation. Nous ne devons certes pas négliger les relations anthropologiques qui placent la femme au deuxième plan de nos sociétés à système patrilinéaire. Toujours dans ce système, Moris nous rappelle que la femme constitue la catégorie d'actifs agricoles la plus importante dans les exploitations existantes. Le Bénin, et notre zone d'étude en particulier, ne fait pas exception à ce constat. Les femmes sont dans les exploitations de leurs époux pour les tâches comme le semis, l'amendement et la récolte et au même moment doivent entretenir leurs propres champs. Les champs des femmes sont généralement ceux de riz et de cultures légumières. Le résultat est que pour bénéficier des formations de quinzaine en réalité il faut être productrice de riz afin d'appartenir à un groupe de contact. Cela explique le faible nombre de groupes de contact formés par les femmes dans le cadre du T&V, (7à 10% des groupes de contact de la zone d'étude15(*)) alors que d'après nos enquêtes un homme a en moyenne deux (02) femmes dans la même zone d'étude. C'est dire donc qu'on devrait s'attendre à au moins autant de groupes de contact constitués par les femmes que par les hommes. Les productrices sont le socle de notre agriculture en terme général à quelques exceptions près pour les ménages peulh de Sonsoro où la femme ne fait pratiquement rien concernant les travaux champêtres, mais son rôle commence à partir du transport et de la transformation des produits récoltés. Elle s'occupe aussi de leur vente, donc a aussi des besoins particuliers et des compétences qui doivent être renforcées. Malheureusement tel n'est pas encore le cas en T&V. Dans notre échantillon de 70 producteurs en T&V, tous nous confirment que l'encadreur ne discute pas avec leurs femmes des questions d'agriculture sauf les productrices de riz et appartenant à un groupe de contact alors que nous avons déjà rappelé leur proportion. Nous avons aussi eu des entretiens informels avec ces femmes qui ont exprimé des besoins totalement différents de ceux qu'on leur donne. C'est ainsi qu'elles insistent sur les formations en décorticage, en conservation des différentes variétés des produits de leurs cultures ou de ceux de leur mari dont elles sont responsables après la récolte.

La place des femmes est toujours la même que celle précisée plus haut  elle s'occupe tout aussi bien des travaux ménagers, champêtres que de l'éducation des enfants ! Nous sommes donc d'accord avec Moris (1994) quand il écrit que « les femmes s'occupent généralement des champs de case et du ménage. Le temps leur manque cruellement puisqu'il leur faut sans cesse partager leur attention entre les tâches agricoles et domestiques (par exemple transporter l'eau et surveiller les enfants) ». Le constat en CEF est que tout le monde a droit au conseil et que les ménages où le conseil marche sont ceux où la femme et le mari participent aux séances de conseil. Le remplissage des cahiers de stock alimentaire en est un bel exemple. Les hommes ont besoin de connaitre les quantités de vivriers consommées par le ménage tout au long de l'année afin de faire leur prévision pour la campagne à venir. Au même moment ces vivriers constituent une source de revenus pour les femmes leur permettant d'acheter des ingrédients pour leur cuisine. Lorsque leurs époux leur demandent les quantités qu'elles prélèvent elles se sentent contrôlées et ne cèdent pas  « je ne vais pas voler ton maïs, pourquoi me contrôles-tu si tant ? »  Les producteurs CEF qui réussissent à avoir des informations correctes sont ceux dont les femmes suivent des séances de CEF. Ce bref exemple montre que quelle que soit l'approche, il est indispensable, pour l'obtention des résultats escomptés que les femmes s'y voient accorder la place qui leur revient.

5.6. Responsabilisation des producteurs et des conseillers

5.6.1. Obligation de compte rendu

Dans le cadre de la formation et visite, l'encadreur n'a aucune obligation de faire des comptes rendus au producteur d'autant plus que l'encadreur se sent dans une structure où il se place hiérarchiquement au-dessus du producteur. On remarque toujours chez les producteurs ce complexe d'infériorité ou d'assisté qui fait que les rapports sont biaisés. L'encadreur collecte alors les informations qu'il juge nécessaires dans les exploitations dans le souci surtout de combler les vides statistiques sur la connaissance des exploitations suivies dans la commune.

Dans le cadre du Conseil à l'Exploitation Familiale, le producteur se considère comme un chef d'entreprise qui doit prendre des décisions pour la survie de son entreprise et donc sollicite des conseils. Quand ce dernier vous fournit des informations sur son exploitation, vous devez donc lui faire part de vos observations et propositions. L'exemple typique des comptes rendus est la réalisation des ateliers de restitution des résultats d'analyses  restitution individuelle et restitution de groupe.

5.6.2. Responsabilisation quant aux résultats de l'exploitation

Les encadreurs ne sont en rien responsables des résultats des producteurs suivis. La preuve ils disent « nous, on leur dit ce qu'il faut faire pour avoir les meilleurs rendements, le reste c'est leur problème, s'ils veulent ils appliquent si non qu'est ce que ça peut nous faire » ? C'est donc la preuve que l'encadreur, sauf quand il est vraiment un humaniste peut être attristé des mauvais résultats d'un producteur, en aucun cas ne se sent responsable de cette situation. Même dans l'enseignement scolaire les mauvais résultats des élèves sont perçus comme en partie de la responsabilité des enseignants. Quel que soit le système, la pédagogie ou l'andragogie, il y a toujours une part de responsabilité du formateur. On devrait pouvoir alors commencer à déterminer les responsabilités de chaque partie.

En CEF, le conseiller se sent concerné quant aux mauvais résultats d'un exploitant quand bien même il ne fait que lui proposer des pistes de solutions et que le choix final revient toujours au producteur comme nous l'avons montré dans le chapitre 4. A ce niveau, on peut donc dire qu'on tend vers un système où le conseiller ne peut pas se désintéresser des résultats des exploitations suivies puisque ces différents résultats sont discutés au cours des ateliers de restitution des résultats de la campagne.

5.7. Technique de labour  « le corô »

Le corô est une technique de labour pratiquée dans toute la zone d'étude. C'est une technique qui à elle seule combine les avantages de deux autres techniques que sont :

· le semis en ligne qui facilite l'utilisation de la traction animale pour la réalisation de la fumure minérale et organique, des traitements phytosanitaires, du sarclobuttage et du respect des densités. Le semis en ligne pour être exécuté nécessite un labour à plat. Ce type de semis dont les avantages sont bien connus des producteurs est contraignant. En effet il nécessiterait une très forte main-d'oeuvre et serait trop harassant surtout dans les champs de riz ;

· et le labour à plat qui favorise l'ameublissement du sol, réduit l'entretien notamment le nombre de sarclages, permet un meilleur enracinement et donc une mise à disposition optimale des nutriments issus des différentes fumures pour les racines des plantes. Une fois encore tous les producteurs reconnaissent les avantages d'une telle technique mais tous rappellent que pour la réalisation de ladite technique il faut disposer de boeufs de trait bien nourris. La deuxième contrainte est que cette technique peut prendre trois jours pour le labour d'un hectare, ensuite il faut penser à faire un semis en ligne qui prendrait cinq jours et enfin faire face à une poche de sécheresse. Il faut aussi disposer d'un enfant pour la conduite des bêtes. Il en résulte donc que pour éviter de prendre des risques d'être en retard par rapport aux pluies (parce que ne possédant pas les moyens d'avoir une paire de bêtes ou ne disposant pas d'actifs pouvant les entretenir, ne pouvant plus compter que très rarement sur la minorité qui en possède parce qu'elle aussi est soumise aux mêmes contraintes de temps), la grande majorité des producteurs a trouvé une alternative qui selon eux aurait un certain nombre d'atouts.

Le côrô selon les producteurs permettrait de réaliser les équivalents de surfaces en labour à plat avec des gains de temps triplés. Il permettrait aussi une durée de rétention de l'eau de pluie qui serait selon eux égale16(*) à la moitié ; c'est dire qu'après une pluie par exemple, le labour à plat permettait de garder le sol humide durant deux semaines et le côrô une semaine. En plus il apparait que la technique serait nettement plus efficace que le traditionnel billonnage direct effectué par les producteurs du Borgou et de la Donga quand bien même elle ne permettrait pas d'atteindre les performances d'un labour à plat suivi d'un semis en ligne.

Ce sont donc là les raisons qui poussent les producteurs à adopter cette technique dont eux-mêmes ne maîtrisent pas les origines mais sont certains que la technique aurait au moins quinze années d'existence dans l'Alibori.

Pourquoi nous intéressons-nous à cette technique ? Simplement parce qu'elle permet de voir à quel point les structures de vulgarisation sont indifférentes aux pratiques des producteurs. Aucune expérimentation jusqu'à ce jour n'a jamais été mise en place pour voir les capacités et atouts réels de cette technique. Il a fallu notre intervention pour convaincre deux encadreurs de la zone à mettre sur pied une démonstration/ expérimentation qui pourrait comparer le labour à plat, le côrô et le billonnage direct sur une ou différentes spéculations afin de pouvoir tester les connaissances empiriques des producteurs. Un peu plus tard peut être, on pensera à inclure cette technique dans les conseils techniques en fonction des résultats obtenus après les expérimentations. Une autre raison de notre intérêt concernant cette technique est qu'elle est à la fois une technique à économie de main-d'oeuvre et de temps contrairement au labour à plat et au semis en ligne qui nécessitent une bonne main-d'oeuvre et assez de temps. On se demande alors pourquoi proposer à des producteurs des techniques qui ne leur permettent d'économiser relativement ni le temps, ni la main d'oeuvre sachant pertinemment qu'ils sont soumis aux incertitudes climatiques donc aux contraintes de temps et ne disposent pas de moyens pour l'entretien de leurs exploitations. On comprend alors aisément pourquoi lorsqu'un producteur arrive à emprunter une paire de boeufs, il ne peut que faire le côrô.

5.8. Discussions des résultats et conclusion partielle

Les différents résultats obtenus nous permettent d'apprécier le type de relations existantes entre le producteur et son conseiller ou encadreur.

Dans un premier cas, nous avons pu voir le complexe de supériorité existant entre l'encadreur et ses producteurs, ce qui est contraire aux règles du partenariat. Nous avons pu constater la méconnaissance qu'ont les encadreurs des besoins et problèmes réels des producteurs. Nous avons pu souligner aussi que cette méconnaissance n'est pas due seulement à l'encadreur mais aux outils qui sont mis à sa disposition et le temps qu'il a pour les utiliser. Une des conséquences est qu'en termes de renforcement des capacités, on continue à renforcer les mêmes capacités. Il s'agit d'une action répétitive sans analyse préalable concernant le passé. il apparait donc une très faible participation des producteurs. On pourrait à la limite parler de participation passive. Pour Enter (1995) le concept de participation à la mise au point et à la vulgarisation des innovations repose sur le dialogue, l'expérimentation par les cultivateurs et le renforcement des capacités des communautés rurales à s'organiser. Ainsi On les considère comme conservateurs, réticents au changement et ignorants de la dégradation massive de leur environnement. De ce fait, on ne leur demande pas de contribuer à l'identification ou à l'analyse des problèmes, ni à la recherche de solutions.

Il est aussi indispensable qu'on rappelle le manque de responsabilisation tant au niveau des producteurs qu'au niveau des encadreurs peut-être dû à cette relation d'assistant à assisté et au complexe soulevé plus haut. Il est tout de même important de rappeler que les aides reçues sous forme de formation sont d'ordre technique et pas organisationnelles et il n'y a pas d'outil permettant au producteur de faire son autodiagnostic afin de solliciter des formations sur mesure. La conclusion d'Agoua (1987) à laquelle nous aboutissons est que dans le système Formation et Visite, la responsabilisation des ruraux, leur préparation à assumer toutes les tâches de développement économique, social et culturel, ne semble pas entamé.

Quand l'encadreur commence à s'écarter de sa fonction principale pour devenir un représentant des structures et donc un agent qui résout principalement les différends entre agriculteur et éleveur des questions se posent concernant sa place et son rôle. Compte tenu de ces différents éléments nous pouvons conclure que le producteur dans l'approche Formation et Visite est considéré comme un bénéficiaire, et ceci en nous référant à la définition que nous avons du mot bénéficiaire ; le bénéficiaire est tout exploitant qui reçoit une aide technique, organisationnelle dont parfois il ne fait pas la demande et qui n'est pas associé à la définition des objectifs poursuivis.

Dans un second temps où nous nous sommes intéressés à la relation entre le producteur CEF et son conseiller, nous avons pu constater à partir des résultats du chapitre 4 que c'est le producteur même qui définit ses objectifs et les soumet à l'avis du conseiller. Dans ce chapitre, il nous est aisé de voir que des outils sont mis à la disposition du producteur pour qu'il puisse définir lui-même ses besoins et ensuite solliciter le conseiller sur des sujets de formation ou pour l'aider à lever les contraintes qu'il a pu identifier. Donc les capacités sont renforcées là où le besoin est identifié. L'aide reçue dans ce cas alors sur demande responsabilise les producteurs qui doivent remplir des documents qui sont à la base du conseil. Il y a aussi beaucoup de contraintes liées au remplissage de ces cahiers ce qui pose des questions sur la fiabilité des données enregistrées par le producteur. Le conseiller aussi doit faire un compte rendu à ses producteurs soit de façon individuelle ou en salle. Il y a donc suppression de la notion d'assistant à assisté d'Elisabeth TOE qui laisse place à celle du partenariat défini dans notre travail comme étant un accord écrit, verbal ou une entente morale entre le vulgarisateur ou le conseiller avec l'exploitant par rapport au développement de l'activité de conseil et ou de vulgarisation sur un sujet négocié. Nous pouvons donc dire que le producteur est considéré comme un partenaire au sein de l'approche CEF.

Somme toute, nous sommes en mesure de confirmer la vérification de l'hypothèse 2 selon laquelle les producteurs sont considérés comme des partenaires plutôt que comme des consommateurs passifs dans l'approche CEF.

6. EFFETS DES DEUX APPROCHES SUR LES PRODUCTEURS

Les chapitres précédents nous ont permis de connaitre les processus de prise de décision des producteurs dans leurs exploitations en relation avec les approches d'appui. Nous avons pu situer la place et le rôle de chaque catégorie de producteurs au sein des différentes approches. Nous avons aussi présenté les actions menées par les différentes approches ainsi que les conditions dans lesquelles celles-ci ont été effectuées à travers les relations entre les différents acteurs sur le terrain particulièrement entre les producteurs et les conseillers. On peut donc dire que les producteurs en CEF sont considérés comme des partenaires au sein de leur structure d'appui par leur conseiller alors qu'ils sont considérés comme des consommateurs passifs dans le T&V.

Compte tenu des différentes réalisations effectuées par les deux approches et des conclusions que nous avons tirées des deux premiers chapitres de résultats, ce chapitre a pour but de montrer les différents effets de ces réalisations sur différents niveaux de la vie de l'exploitation. Les effets abordés seront relatifs à trois niveaux  dans l'exploitation du producteur, dans son ménage et enfin au niveau organisationnel. C'est aussi dans ce chapitre que nous allons apprécier la durabilité de ces différents effets.

6.1. Dans l'exploitation

6.1.1. Regroupement des parcelles

L'analyse de la tendance des producteurs à regrouper leurs parcelles en fonction de leurs réalisations s'est faite par rapport à la comparaison dans notre échantillon, des proportions qui ont tendance à regrouper leurs parcelles ou non. Voir graphique n°1.

Figure n°2 : Position des parcelles dans les champs des producteurs

Source  Données d'enquête Kandi 2008.

Il ressort de ce graphique que 40% des producteurs en CEF auraient tendance à regrouper leurs parcelles, ceci pour un meilleur suivi contre seulement 10% dans le groupe des producteurs T&V. Cette différence est due au fait que pour un meilleur suivi des paramètres de l'exploitation comme la main-d'oeuvre et les assolements, (notés par les producteurs en CEF), ceux qui avaient la possibilité de regrouper leurs parcelles dans un même domaine l'ont fait. Certains producteurs ont tout simplement hérité de domaine en bloc.

6.1.2. Changement dans les techniques de production

Tous les producteurs, toutes catégories confondues, ont une bonne connaissance des techniques de production. Néanmoins on constate que les producteurs en T&V appliquent très peu les connaissances acquises sur ces techniques ; environ 9% seulement appliquent les consignes relatives aux techniques de production contre à peu près 60% chez les producteurs CEF. Cette différence ne se situe pas au niveau des encadreurs ou des conseillers mais trouve son explication dans le rôle joué par ceux-ci à différents niveaux de la chaine de production.

1. Choix des spéculations  pour les producteurs T&V il n'y a pas un changement sensible au niveau du choix des spéculations. Tel qu'on l'a constaté chez ces producteurs, le choix des spéculations est fonction du prix du coton au cours de la campagne actuelle, de la manière dont les fonds coton de la campagne précédente ont été perçus, et de la crise alimentaire de la saison passée. Chez les producteurs adhérents au CEF il y a eu une modification dans le choix des spéculations en ce sens qu'ils intègrent, en plus des données externes à eux comme les prix des intrants, du coton et du maïs, leurs besoins alimentaires et l'analyse technico-économique faite au niveau des spéculations pour évaluer leur rentabilité. Les producteurs CEF affirment que le choix des spéculations est fait en tenant surtout compte de la rentabilité économique et de la maitrise qu'ils ont des techniques de production relatives à la spéculation.

2. La gestion des surfaces  les producteurs CEF disent qu'avec les conseils, ils ont tendance dans leur majorité (60%), à regrouper leurs parcelles. Ceci s'explique principalement par trois raisons 

mettre et suivre correctement en oeuvre les règles de l'assolement et de la rotation des cultures,

suivre les données relatives à l'utilisation de la main d'oeuvre et des intrants,

pouvoir mieux suivre les différentes soles pour ne pas avoir à parcourir des kilomètres afin de suivre les paramètres cités plus haut.

Pour les 40% des adhérents CEF n'ayant pas changé la gestion de leurs surfaces, ils affirment que cela est dû au fait que les terres dont ils disposent sont héritées et qu'ils n'ont pas d'autre option que de continuer à les exploiter quoique tenant compte des règles liées à l'assolement. Pour les autres producteurs, la dispersion des parcelles est importante en ce sens que cela permet d'octroyer une certaine indépendance aux cadets encore membres des Unités Domestiques de Production (UDP).

3. Les travaux mécaniques  par rapport aux travaux mécaniques, il est constaté que les producteurs en CEF ont tendance à se regrouper pour utiliser les mêmes équipements agricoles. Par exemple la majorité des producteurs en CEF sans traction animale l'empruntent chez d'autres producteurs CEF. De même, la seule Coopérative d'Utilisation du Matériel Agricole (CUMA) rencontrée dans la zone d'étude n'est constituée que de producteurs en CEF. Dans le cas où le producteur en CEF ne possède ni bête ni charrue, il sait combien il aura à dépenser pour la main d'oeuvre équivalente. Ceci est dû au fait qu'ils ont de bonnes capacités dans la gestion de leur temps parce qu'ils font des prévisions. Quant aux producteurs en T&V ils ne font pas cas d'une amélioration dans les travaux mécaniques dans la mesure où la majorité affirme avoir des difficultés pour entretenir les bêtes qu'ils vendent en période de soudure.

4. Maitrise des dates de semis et mise en oeuvre des techniques culturales 

Figure n°3 : Connaissance des dates de semis et des itinéraires techniques

Source  Données d'enquête Kandi 2008

Il ressort de la lecture de ce graphique que les producteurs CEF connaissent mieux les dates de semis que ceux en T&V (CEF 90% contre T&V 30%). Quant à la maitrise des itinéraires techniques, elle est sensiblement la même au niveau des deux groupes. La raison principale de cette différence est que les producteurs CEF notent dans leurs cahiers les différentes dates auxquelles ils ont eu à exécuter différentes opérations culturales, ils peuvent donc à tout moment consulter leur cahier pour avoir une idée sur les dates d'exécution des différentes opérations culturales. Quant aux producteurs T&V, ils sont dépendants des dates que viendra leur communiquer l'encadreur. Les 30% des producteurs T&V qui ont une bonne connaissance des dates des opérations culturales et des itinéraires techniques sont dans en majorité dans les villages où est mis en place le CEF. Cette maitrise serait peut-être due à l'interaction qu'ils ont avec les producteurs en CEF qui peuvent leur communiquer les dates même si l'encadreur ne l'a pas encore fait.

5. Techniques de labour  le tableau suivant nous permet de comparer l'application des différentes techniques de labour que sont  le billonnage direct, le côrô et le labour à plat suivi d'un semis au cordon.

Figure n°4 : Différentes techniques de labour utilisées.

Source  Données d'enquête Kandi 2008.

De la lecture de ce graphique, il y a presque autant (54% contre 62,9%) de producteurs CEF que de producteurs T&V mettant en oeuvre la technique du côrô. Cette technique a été présentée dans le chapitre précédent. Par contre s'agissant du labour à plat, on constate nettement qu'il y a une plus grande proportion de producteurs CEF la mettant en pratique que de producteurs T&V (34% contre 12,9%). Cette différence s'explique par le fait que la seule CUMA dans la zone d'étude est constituée uniquement de producteurs en CEF, ils ont plus accès au tracteur pour leur faire ce labour très vite. En plus, il y a les contraintes liées à l'application de cette technique déjà évoquées dans le chapitre 5. En effet, elle nécessite d'avoir une très bonne organisation, d'être capable de prévoir et de planifier. Quant au billonnage direct il reste pratiqué en proportion très faible quelle que soit la catégorie de producteur mais légèrement moins pratiquée chez les producteurs en CEF (10 vs 20%) de notre échantillon.

6.1.3. Evolution des superficies/rendements

Le tableau suivant a été obtenu en demandant aux producteurs d'apprécier sur trois années l'évolution de leurs superficies emblavées et rendements en coton. Le total de chaque groupe ne donne pas 100% parce qu'il y a une partie dans chaque groupe qui n'a pas de tendance, c'est-à-dire au cours des trois dernières années certains ont eu tantôt à augmenter, tantôt à diminuer les surfaces emblavées. Ce groupe est plus important chez les producteurs CEF, particulièrement les groupes alphabétisés parce qu'ils constatent dès leur entrée en conseil que les superficies qu'ils emblavaient dépassent leur capacité. Ainsi, ce n'est en général qu'après deux années de conseils qu'ils commencent à augmenter leurs superficies. Quant aux producteurs T&V, l'instabilité au niveau des surfaces emblavées est due pour sa grande majorité à la perte ou à la vente des animaux de trait ou au départ de certains membres de l'actif familial.

Tableau n°10 : Evolution des superficies et des rendements en coton.

 

Superficies

Rendements coton

Tendances

en %

stable

augmentation

diminution

stable

augmentation

diminution

CEF

30

30

30

40

40

8

F&V

31,4

51,4

10

9

71,4

10

Source  Données d'enquête Kandi 2008.

Le tableau n°10 présente l'évolution des superficies et rendement en coton des producteurs. De l'analyse de ce tableau, il ressort qu'il n'y a pas de différence entre les producteurs s'il s'agit de la stabilité des superficies emblavées. Chez les producteurs CEF, cette stabilité est accentuée dans les groupes anciens ayant suivi la formation en français. Mais les producteurs en F&V ont eu beaucoup plus tendance à augmenter leur superficie (50 vs 30%) sans une raison pertinente qui n'est autre que la disponibilité en terre cultivable puis l'acquisition d'un nouveau matériel ou boeuf de trait. Cette extensification s'inscrit dans le souci permanent comme l'a constaté Legile (1999) d'augmenter ses chances face à la perception du risque alimentaire ou économique. Pour Legile il s'agit d'une stratégie anti aléatoire due au manque de prévision. Notons que parfois ces augmentations peuvent aller jusqu'au doublement. La conséquence est donc un mauvais entretien et donc le retour dans la spirale de l'endettement.

S'agissant des rendements de coton, 40% des producteurs en CEF contre 10% en T&V affirment voir leur rendement stable. 40% des producteurs en CEF contre 71,4% en T&V ont vu leur rendement s'augmenter. Cette exagération dans la proportion (71,4%) des producteurs T&V ayant vu leur rendement évolué s'expliquerait par le fait qu'ils ont de mauvais indicateurs pour apprécier le rendement. Ils ne tiendraient pas compte des surfaces qu'ils ont eu à augmenter, bref ils ne ramènent pas leurs productions à l'hectare. C'est donc une perception biaisée de la réalité qui est à la base de ces résultats, ajoutée à un déficit de formation. Ce déficit aisément perceptible surtout en matière de notion de charge et de calcul de résultat, notamment pour les vivriers, d'où la réticence à intensifier les cultures destinées à l'alimentation comme le note Legile (1999). Dans les deux groupes, la diminution des rendements est en général due au mauvais entretien des cultures et à la non disponibilité des intrants (à bonne date ou leur revente à cause de difficultés financières).

6.2. Dans le ménage

Les effets des approches au niveau du ménage sont très peu ressentis au niveau de l'approche Training and Visit. Comme nous l'ont prouvé les deux derniers chapitres, l'approche T&V ne tient pas compte de la globalité de l'exploitation agricole c'est-à-dire du système exploitation-famille.

6.2.1. Définition des besoins alimentaires et la gestion des stocks alimentaires

En tenant compte de leurs besoins alimentaires, les producteurs en CEF déterminent les surfaces céréalières. C'est l'un des premiers éléments dont ils acquièrent la maitrise après une année de conseil. Tous les producteurs en CEF sont unanimes sur le fait que c'est avec le CEF qu'ils arrivent à mieux définir leurs besoins alimentaires. Quant à la gestion des stocks alimentaires, chaque producteur suit dans son cahier de stock l'évolution des quantités de vivriers. Il sait, en fonction de sa production, s'il sera en pénurie et prend des dispositions en conséquence.

Pour ce qui concerne les producteurs T&V, la définition des besoins alimentaires comme nous l'avons vu, ne fait pas partie de la démarche employée. Elle participe même très peu à la définition des surfaces céréalières pour lesquelles il n'y a aucun raisonnement évident semble t-il. S'agissant de la gestion des stocks alimentaires, ces producteurs se retrouvent souvent en rupture de stock de vivrier parce que l'ayant bradé pour obtenir des fonds indispensables à la récolte du coton. Même les rares producteurs bénéficiaires de prêts à la CLCAM en vue de la récolte, se trouvent en général dans cette situation de bradage parce que les fonds empruntés servent surtout à résoudre les problèmes alimentaires.

6.2.2. Gestion de la main d'oeuvre

Il pourrait paraitre bizarre que ce point se retrouve dans les effets observés au niveau du ménage plutôt qu'au niveau de l'exploitation. Mais comme nous l'avons déjà remarqué, les deux (ménage et exploitation) constituent pour la majorité des exploitations d'Afrique subsaharienne, un système indissociable. Comme l'a souligné Ngwainmbi 2000, « l'une des caractéristiques de l'exploitation familiale est la non quantification du temps de travail. Cette inexistence de quantification du temps de travail est associée à des problèmes de main-d'oeuvre que subissent un grand nombre de nos exploitations. »

Aujourd'hui, grâce au CEF, les producteurs arrivent à connaitre avec précision le nombre d'heures de travail de leurs actifs familiaux, (où travaillent-ils le plus et quelle est la main d'oeuvre la plus employée, salariale où familiale). Cette capacité leur est conférée par le remplissage quotidien du cahier d'utilisation de la main d'oeuvre. De l'analyse de ce cahier il ressort que les producteurs CEF ont une meilleure connaissance de la part de la main d'oeuvre familiale et salariale impliquée dans les tâches de l'exploitation.

Mais cet outil permettant la gestion de la main-d'oeuvre n'est pas sans conséquences sur le système de vie du ménage. Témoignage d'un producteur CEF 

« Depuis que je suis entré dans le CEF je sais ce que chaque membre de ma famille fait, ainsi après la récolte du coton et la réception des fonds, la répartition de l'argent est fonction du nombre d'heures passées dans l'exploitation. Donc, plus tu as travaillé plus tu as droit à une rémunération consistante »

Ce qui est inquiétant dans cette nouvelle manière de penser et de faire des producteurs en CEF est qu'ils ont tendance à raisonner de plus en plus comme des entreprises capitalistes où la rémunération est fonction du temps de travail. Ceci est donc un peu contradictoire avec ce qu'on a toujours pensé des exploitations agricoles familiales, comme quoi elles sont caractérisées par une économie d'affection dans le sens que propose Hyden17(*). Ce qui mérite que nous attardions notre analyse sur ce point est le rôle fondamental joué par ce type d'économie ! Il est alors normal qu'on se demande, au cas où cette nouvelle manière de penser des producteurs CEF se généralisait au détriment de la persistance de l'exploitation familiale et de l'économie d'affection comme moyen d'atténuation des risques et de la durabilité de cette agriculture, vers où irons-nous ? Serions-nous capables de tenir dans ce nouveau système où l'agriculture n'est qu'une activité économique ?

6.2.3. Femmes dans le processus

Un certain nombre d'insuffisances a été soulevé dans les chapitres précédents relatifs au rôle des femmes. Ces femmes, pour le cas des producteurs en T&V, sont considérées comme la base de la survie des exploitations familiales à travers le rôle qu'elles y jouent du point de vue de Moris 1994 que nous partageons bien sûr. Mais il s'est fait que tout au long de ces décennies de mise en oeuvre de l'approche T&V, elles ne se sont pas vues accordée la place qui leur revenait dans le dispositif. Certes le problème de la participation se pose, d'une part, pour des raisons d'équité et, d'autre part, parce que bon nombre d'agriculteurs d'Afrique subsaharienne sont des femmes, lesquelles sont rarement représentées parmi les paysans pilotes du système T&V Due et al. (1987) cité par Moris (1994). Si tel est le cas que pouvons- nous espérer comme effet sur le ménage si ce n'est une marginalisation de plus en plus croissante des femmes dans les dispositifs de T&V. Quant aux femmes dans le cas du CEF nous avons pu constater que la fiabilité des informations collectées sur le ménage est fonction de la compréhension et de l'intégration des femmes dans les dispositifs CEF. Ceci est un très grand défi qui peut être relevé dans la mesure où les femmes intègrent facilement les groupes CEF quelles que soient les activités qu'elles mènent.

6.2.4. Dépenses du ménage et gestion du revenu

La plupart des producteurs en CEF affirment mieux comprendre la notion de revenu. En effet, avec le cahier journal de caisse (JC) où chaque sortie d'argent, de tout ordre et entrée d'argent est consignée chaque jour, nous pouvons parler d'une nouvelle vision du revenu. A la fin de chaque mois, le point des sorties et des entrées d'argent est fait et le producteur voit ce qui lui fait plus sortir ou entrer d'argent dans la caisse. Ainsi, nous avons reçu les témoignages suivants 

« Avec ce que j'ai eu comme résultat les trois premiers mois j'ai constaté qu'en réalité, je n'étais pas pauvre mais que je dépensais mon argent anarchiquement. »

« Avec le conseil j'ai pu constater que l'activité qui me rapportait le plus d'argent est la politique (participation aux réunions, au meeting et aux dons d'homme à homme etc.) et ce qui me faisait en perdre énormément est de faire des dons anarchiques à mes amis, comme des tours de table au cabaret. Aujourd'hui je planifie toutes mes dépenses et je prévois la part relative aux dons, j'ai constaté une amélioration de mon revenu et ma famille ne manque plus de rien.»

« J'ai constaté que c'était la cigarette qui finissait mon argent. Avant quand ma femme vient demander 25 francs pour acheter du sel je préfère dire que je n'en ai pas et aller dépenser cet argent pour fumer. Aujourd'hui je sais quelle quantité de sel il me faut pour toute l'année et je me prépare. Je n'ai pas arrêté de fumer mais grâce au conseil j'ai pu réduire de moitié les dépenses relatives à ce vice, c'est déjà un pas.»

« J'étais celui qui donnait l'argent de petit déjeuner à tous les enfants de la maison. Mais après six mois de conseil j'ai pu voir que cette activité m'appauvrissait et donc maintenant je ne m'occupe plus du petit déjeuner des neveux (enfants de mes frères) qui ne manquent pas de moyens pour le faire. »

« Je ne savais pas qu'un jour je pouvais autant réduire la quantité d'alcool que je consommais rien qu'en voyant la part que cela amputait dans mon petit revenu. Les résultats des analyses m'ont contraint à diminuer ma dose d'alcool pour plus disposer d'argent pour ma famille. Je pense sincèrement que tous les producteurs devraient bénéficier du conseil »

Il est heureux de constater à travers ces témoignages les effets du conseil non seulement sur la gestion du revenu et les dépenses du ménage mais aussi à travers la conscientisation des producteurs. Beaucoup de producteurs ont diminué les quantités d'alcool ou de cigarette consommées voire arrêter pour d'autres. N'est-ce pas là un autre effet qui à long terme pourrait démontrer des impacts positifs du conseil sur la santé et le bien-être de ses adhérents ? Il a été aussi constaté que bon nombre de producteurs CEF se lancent dans une capitalisation de leur revenu en bétail. Derrière le but essentiel de cette manoeuvre qui est avant tout de faire des profits (après un à deux ans d'embouche), se cache le souci de ne pas avoir sur soi de la liquidité afin d'échapper aux emprunts sollicités par les frères et amis.

Quant à la Formation et Visite aucune réalisation ou action n'a été menée à l'endroit des producteurs dans le but qu'ils abordent une meilleure gestion de leur revenu. Certes les actions relatives à l'augmentation des quantités produites ont pour conséquence une augmentation du revenu ; mais, quelle est l'utilité d'augmenter le revenu si celui-ci est mal géré ?

6.2.5. Conseil et prix de vente des produits

Il est aisé de constater l'effet du conseil sur le prix de cession des vivriers. En effet, la plupart des producteurs vendent très tôt18(*) leurs produits généralement à des prix compris entre 5000 et 12000frcs le sac de maïs de 100kg pour les producteurs en T&V. Quant aux producteurs en CEF, les prix de vente du même sac de maïs varient entre 8000 et 20000frcs. Cette différence n'est pas due au hasard mais à la prévision/planification faite par les producteurs en CEF. L'effet du conseil est que les producteurs connaissant déjà les quantités nécessaires pour leur famille font leurs réserves et attendant la bonne période pour revendre le reste. Certains producteurs CEF vont jusqu'à contracter des prêts à la CLCAM pour racheter le maïs bradé par les autres producteurs. C'est donc une forme de diversification des activités.

6.3. Au niveau organisationnel

6.3.1. Relation avec les autres membres du village

`'Comment les producteurs CEF sont-ils perçus dans leurs villages ?'' D'après nos enquêtes, les producteurs CEF semblent bien être estimés. Cette sympathie est due au fait qu'ils ont une bonne connaissance des techniques de production et que les producteurs en général sont plus disposés à apprendre de leur pair que d'autrui. Mais cette sympathie a pourtant des limites en ce sens que les producteurs CEF sont souvent taxés `'d'avares''.

Un aspect des effets du conseil et qui est très important est le changement des règles d'accès à la femme et au mariage. En effet les producteurs CEF de Sinawongourou nous ont confié  

« Dans notre village, la femme coûte très chère, il n'est donné à n'importe qui de se marier. Pour se marier, il faut d'abord donner une dot qui est constituée au minimum d'une paire de boeufs de trait, d'un pagne de qualité supérieure et à cela il faut ajouter une somme allant de 100000 à 300000 FCFA pour les beaux parents. Nous avons constaté qu'après le mariage, les femmes de producteurs pauvres ou pas aisés finissaient par les abandonner au bout d'une campagne agricole. Ceci est logique d'autant plus qu'après avoir dépensé tout cet argent pour `'acquérir'' la femme, on n'a plus d'argent pour faire marcher l'exploitation et les conditions de vie deviennent de plus en plus médiocres. Nous nous sommes entendus et avons fait la proposition aux autres producteurs pour que désormais la somme à remettre aux beaux parents soit désormais de 50000FCFA, la cola restant indispensable car faisant partie du cérémonial et la paire de boeufs devenant le patrimoine de la femme pouvant permettre à son mari de les exploiter pour les travaux dans son champ. Grâce à cela assez de producteurs parmi nous ont pu prendre des femmes sans se voir abandonnés très tôt, faute de bonnes conditions de vie. »

Ce constat qui dérive de la prise de conscience des membres du CEF à travers le souci permanent d'assurer le bien-être de leur famille pose le problème des normes et valeurs culturelles qui sont en train d'être modifiées. D'un point de vue anthropologique cela pourrait être source de déséquilibre dans la société et donc de meilleures investigations devraient être menées pour voir si tel qu'évolue le système il n'y aurait pas une tendance à l'acculturation.

6.3.2. « Dons »

Les citations suivantes proviennent de producteurs en CEF et en T&V vivant dans les mêmes villages 

« Les producteurs CEF sont trop avares »

« Ce sont eux qui connaissent les techniques de production mais n'aiment pas participer aux cérémonies »

« Tu veux que je dise quoi, ils sont des Blancs seulement qu'ils ont la peau noire. Si tu vas leur demander de l'aide ou un peu d'argent ils vont te répondre, je n'ai pas mon cahier où je dois noter mes dépenses comme le veut le conseiller donc reviens après »

« On nous traite d'avares ; mais, c'est qu'ils ne comprennent pas que ce sont ces genres d'inutilité qui sont à la base de notre pauvreté »

« Je ne fais plus des tours de table au cabaret, les autres producteurs ne me comprennent pas, ils me traitent d'avare »

« Moi pour les dépenses relatives aux cérémonies, je prévois une certaine somme d'argent, lorsque j'atteins cette limite, je ne participe plus à quoi que ce soit »

« Le conseil m'a permis de comprendre que je gaspillais beaucoup d'argent dans mes condiments grâce à ce que j'enregistrais comme recettes et dépenses dans mon cahier de caisse, logiquement j'ai réduit l'argent des condiments que je donnais à ma femme pour préparer la sauce. Ma femme ne comprend pas ma logique et cet acte m'a créé des problèmes au point que j'ai bien failli la perdre. J'ai été convoqué à des réunions familiales et malgré le bienfait de ma logique j'ai dû abandonner la bataille »

De ces témoignages, en plus des effets déjà notés à l'actif du CEF, nous avons la tendance à l'individualisme qui s'accroît de telle manière que les préoccupations d'accumulation individuelles peuvent progressivement prendre le pas sur celles de la redistribution. La réduction des dons et la faible participation aux cérémonies constituent des effets du conseil qui tendent à modifier les comportements des adhérents vers des logiques occidentales. La conséquence est l'ensemble non négligeable de problèmes sociaux créés par ces changements19(*).

Soulignons que Marcel MAUSS, dans son essai sur le don, a abouti à la conclusion que le principe de l'échange-don a dû être celui des sociétés qui ont dépassé la phase de la « prestation totale » (de clan à clan, et de famille à famille) et qui cependant ne sont pas encore parvenues au contrat individuel pur, au marché où roule l'argent, à la vente proprement dite et surtout à la notion du prix estimé en monnaie pesée et titrée. Nous ne pouvons pas renier l'importance du don dans notre société, les obligations et toutes les règles qui y sont relatives pour un fonctionnement harmonieux de notre société. Si on en venait à une modification de ces règles liées à l'obligation du don ne devrions-nous pas nous inquiéter et approfondir les différents aspects mis en exergue sur les effets du conseil à l'exploitation familiale ?

6.3.3. Vers les institutions

Le conseil facilite l'accès des producteurs aux institutions de financement. Cette affirmation n'est pas gratuite, elle est justifiée par le fait que les producteurs CEF sont conscients que seul l'investissement permet de créer de la valeur ajoutée et comme ils ont coutume à le dire « on ne se fait de l'argent qu'avec de l'argent ». Ce qui est dommage et qui décourage les producteurs CEF, c'est qu'ils ont eu à rédiger des projets dont ils n'ont pas reçu le financement. Ce financement aurait dû être obtenu de la BRS (qui n'a toujours pas donné une suite aux dossiers) et du Programme d'Appui aux Dynamiques Productives (PADYP) (qui devrait démarrer en 2007 pour faire suite au PADSE mais qui se fait toujours attendre). Il se pose un problème d'implication de toutes les structures institutionnelles capables d'améliorer les performances des producteurs. Néanmoins, les producteurs CEF ont plus tendance à contracter du crédit de campagne vers la CLCAM ou les ASF (70% de l'effectif de notre sous échantillon de producteur CEF) que les producteurs T&V (27,1%). Ceci s'explique par le fait que les producteurs T&V ont la crainte de se voir humiliés20(*) pour n'avoir pas remboursé le crédit qu'ils ont utilisé non pas pour une activité rémunératrice mais pour combler leur déficit durant la période de soudure ou pour réaliser des cérémonies. Les producteurs CEF, grâce à leurs différents outils, démontrent la rentabilité de leurs activités et peuvent accéder plus facilement au financement. L'Institution de Microfinance est aussi assurée du bon dénouement du crédit, compte tenu de l'accompagnement du conseiller.

6.3.4. Au niveau des OP

Dans le village de Tissarou, il existe un nombre élevé d'OP parallèles constituées uniquement de producteurs en T&V. Elles se créent à cause de la mauvaise gestion et des tromperies de leurs dirigeants et se dissolvent toujours à cause des mêmes raisons. Contrairement au Village de Tissarou, à Sonsoro et Sinawongourou où est mis en oeuvre le CEF, il y a peu d'OP parallèles, et le seul réseau où aucun impayé n'a été enregistré au cours des cinq dernières années est géré par des producteurs CEF (ANACODEDE)

Souvent les responsables des OP proviennent des producteurs CEF (Cf. tableau n°11).

Tableau n°11 : Pourcentage de producteurs occupant des postes de responsabilité.

Types de Producteurs

Pourcentage occupant un poste de responsabilité

CEF

60

T&V

20

Source  Donnée d'enquête Kandi 2008.

Il ressort de la lecture de ce tableau que 60% de l'effectif des producteurs en CEF enquêtés (Sonsoro et Sinawongourou) occupent un poste de responsabilité (secrétaire, trésorier ou président de GV ou GVPC ou UCPC) au sein d'une organisation qui peut être au niveau village ou commune. Quant aux producteurs en T&V enquêtés à Sonsoro, Sinawongourou et Tissarou, seulement 20% d'entre eux occupent des postes de responsabilité.

L'accès à des postes de responsabilités est plus facile pour les adhérents CEF. Ces responsabilités vont du niveau village au niveau communal au sein des associations, groupements et des unions. (Cela est en parfaite corrélation avec la question niveau social sur la place des adhérents CEF dans la société mais aussi au niveau connaissance qu'ils ont en matière de gestion.)

6.3.4. Dynamique du conseil

6.3.4.1. Système de parrainage

Le système de parrainage est à la base de l'extension du CEF au-delà des limites que l'on ne pouvait espérer. En effet, l'entrée dans un groupe de CEF suppose que l'on y a été introduit par un adhérent qui devient dès lors votre parrain. Ainsi, les premiers à bénéficier du CEF ont été sélectionnés sur la base de leur niveau en français, (savoir lire, écrire et faire de calcul en langue française) ou de leur niveau d'alphabétisation (savoir lire, écrire et faire de calcul dans une langue nationale). Ce premier groupe recevait de l'argent après chaque formation. Certes les perdiem, comme le disent ces producteurs, les motivaient à venir suivre les formations. Au bout de six mois ils ont commencé à ressentir les effets du CEF à travers une meilleure connaissance des réalités de leur exploitation et de leur ménage. Donc il s'est créé en ces producteurs un besoin plus accru en connaissances du fait de l'estime que cela leur apportait et de la satisfaction de se savoir capable de faire telle ou telle chose. Comme dit Davallon (1996), « la motivation et la participation des bénéficiaires aux formations sont très importantes dans le processus d'appropriation. L'intensité de l'investissement personnel des participants à la formation est un facteur déterminant au succès des formations. En effet, lorsque toutes les conditions sont réunies et que les participants ne s'investissent pas, la compréhension et l'assimilation sont hypothéquées. »

Oloulotan (1996) a montré que les connaissances nouvelles acquises sont jalousement gardées au niveau de ceux-ci qui, de ce fait, se passent pour les plus éclairés, les plus informés et donc incontournables pour leur groupement. Dans les échantillons observés tel ne fut point le cas, les participants CEF ont la soif de faire passer leurs connaissances aux autres producteurs. Les effets étaient tellement visibles sur les premiers groupes que les nouveaux parrainés, particulièrement motivés ont suivi le CEF en langue nationale sans recevoir de perdiem pour les formations et achetaient eux-mêmes les cahiers nécessaires pour suivre cette formation. Beaucoup de producteurs CEF nous ont confié avoir constitué de petits groupes de producteurs afin de leur transmettre le peu de connaissances qu'ils ont acquises en raison de l'insuffisance des animateurs relais et conseillers, face à une demande de plus en plus grandissante du conseil pour les producteurs alphabétisés.

Ceci n'est rien d'autre que la confirmation de la participation des producteurs dans les dispositifs CEF, les niveaux de responsabilisation et de conscientisation face au conseil qu'ils sollicitent et la confirmation de la relation de partenariat existant entre ces producteurs et leur structure d'appui dans l'optique commune d'arriver enfin à l'autopromotion.

6.3.4.2. Alphabétisation fonctionnelle

Selon Agoua (1987) l'objectif de l'alphabétisation étant de mobiliser, de former, d'éduquer, de conscientiser les forces de travail afin de les rendre plus productives, d'en faire les vrais maîtres de leur destin et non plus des assistés, une stratégie pédagogique ne peut être sans la participation des intéressés. De nombreux producteurs nous ont confié avoir commencé à suivre les cours d'alphabétisation afin de pouvoir profiter des nombreux bénéfices du CEF. Quant aux autres producteurs alphabétisés et déjà dans les dispositifs CEF, ils sont conscients que l'écrit comme ils le disent leur a ouvert les yeux. Fort de cela et de la volonté des maîtres alphabétiseurs et des structures d'appui nous pouvons espérer un meilleur avenir pour l'alphabétisation fonctionnelle qui est pour l'heure le facteur pouvant permettre l'extension du CEF à un nombre plus élevé de producteurs car leur participation et motivation n'étant plus hypothéquées. Mais, malgré cette motivation, il serait pertinent de ne pas nier les difficultés rencontrées par les producteurs dans le remplissage et l'appropriation de ces documents et, de s'interroger donc sur la fiabilité et la qualité des données collectées. Envisager donc le conseil pour les analphabètes serait une solution.

6.4. Conclusion partielle

Les résultats présentés dans ce chapitre sont intimement liés aux conclusions tirées des deux chapitres précédents. En effet, si nous avons pu identifier le rôle et la place des producteurs dans chacune des deux approches, les relations et interactions existant entre les différents acteurs à travers les processus de renforcement des capacités, de responsabilisation c'est-à-dire les activités effectuées dans chaque approche, c'est dans ce chapitre que nous avons pu dégager certains effets de ces différentes activités sur l'environnement des exploitations agricoles, le ménage des producteurs et au sein de l'exploitation

La principale conclusion que nous pouvons tirer des effets du CEF est que le producteur formé peut utiliser les outils sans la présence permanente du conseiller. Il a ainsi des connaissances sur le fonctionnement de son exploitation et de son ménage qu'il peut exploiter. Du point de vue technique, l'écrit lui permet de conserver les formations, les dates et assez de connaissances qu'il peut consulter si le besoin se fait sentir. Le CEF permet un accès plus facile aux postes de responsabilités dans les organisations et donc un meilleur statut social. Mais l'ensemble de ces nouvelles connaissances n'a pas que des bienfaits, on note en effet la tendance vers l'individualisation des producteurs et le risque de les déconnecter de leur société. On se demande alors si le CEF peut avoir un impact significatif sur le développement économique d'une région ou au contraire favorise t-il une fraction minoritaire ?

Quant à la Formation et Visite, certes le niveau de connaissance technique des exploitants s'est amélioré mais il demeure la relation d'assistant à assisté manifestée par le renforcement des capacités choisies par une des parties et une absence de responsabilisation au niveau des acteurs.

Somme toute, compte tenu de la place et du rôle des producteurs dans les dispositifs ainsi que, des relations existant entre les acteurs, les effets identifiés chez les producteurs CEF seraient plus durables que ceux identifiés chez les producteurs T&V. En vue de tester cette hypothèse, il serait souhaitable d'approfondir les recherches dans le temps et dans l'espace (plus de temps avec un échantillon plus important).

CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

Le Conseil à l'Exploitation agricole Familiale se situe dans la longue évolution des interventions en milieu rural, marquée par de multiples efforts, souvent contestables, « d'encadrement des paysans » ou de « vulgarisation » dans le cadre de nombreux projets à base régionale ou nationale. La vulgarisation en Afrique a souvent été conçue dans le but de faire adopter aux producteurs, grâce à des dispositifs d'encadrement, des techniques mises au point par la recherche agronomique. Le système Training & Visit de la Banque mondiale a longtemps répondu à ce modèle. Le paysan voit son rôle réduit à l'exécution des opérations préconisées par la structure. Cette approche a fortement contribué à la diffusion d'innovations techniques, mais elle a rarement permis de faire remonter l'information concernant les pratiques et les objectifs des producteurs, préalable indispensable au diagnostic du fonctionnement de l'exploitation, donc au conseil. Le CEF, s'efforce en effet de renverser la perspective en vigueur depuis de nombreuses années, tendance qui faisait du technicien, adossé aux systèmes de recherche, le vecteur central du transfert de technologies vers les producteurs. Sans rejeter les différentes modalités de transfert de technologies à travers la vulgarisation « classique » rendues souvent nécessaires face à l'évolution rapide des techniques, le CEF permet de renforcer la capacité du producteur à maîtriser le fonctionnement de son exploitation, à améliorer ses pratiques en combinant innovations endogènes et innovations extérieures, à prendre de meilleures décisions pour atteindre les objectifs qu'il se fixe avec sa famille. Beaucoup d'effets encourageants ont été identifiés notamment au niveau de l'exploitation des producteurs, de leur ménage et de leur environnement socio institutionnel. Mais il reste que des garde-fous doivent être mis en ce qui concerne les effets relatifs aux nouveaux comportements des producteurs. En ce sens, les démarches de type CEF peuvent utilement contribuer à la réforme des systèmes de vulgarisation classique, en dotant les producteurs de capacités à définir leurs besoins, à préciser leurs objectifs tant au niveau de leur exploitation que de leur famille, à maîtriser leurs actions et, plus largement, les processus de gestion concernant leurs unités familiales de production.

C'est fort de tout ce qui précède, que nous voudrions faire les suggestions ci-après 

Pour les structures d'appui public

· Commanditer une étude pour identifier les préoccupations des producteurs et en déduire les besoins en formation et en renforcement des capacités ;

· Replacer les producteurs au centre de leurs dispositifs en leur conférant des capacités à demander des services qu'ils estiment nécessaires ;

· Rendre prioritaire la compréhension du fonctionnement interne des exploitations familiales ;

· Appliquer effectivement la démarche conseil au niveau des Conseillers en Production Végétale et des Techniciens Spécialisés ;

· Renforcer les capacités des producteurs après un diagnostic global de leur exploitation ;

· Faire évoluer les technologies proposées aux producteurs ;

Pour les Conseillers en Production Végétale

· Considérer les producteurs comme des partenaires pour écarter toute considération de subordination ;

· Faire un diagnostic global des exploitations suivies au moins une fois en début de campagne ;

· Privilégier davantage ce que les producteurs font, leurs objectifs et leurs résultats.

Pour les opérateurs privés 

· Financer une étude sur les effets sociaux du CEF sur les producteurs ;

· Procéder à une démarche méthodologique, introduisant des producteurs non alphabétisés dans les dispositifs de conseil ;

· Rendre les outils plus faciles à remplir et moins contraignants ;

· Rechercher des partenariats avec l'Etat, la recherche, l'enseignement agricole et agronomique et les structures d'encadrement pour asseoir une base institutionnelle au CEF.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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ANNEXES

Annexe n°1 Guide d'entretien `'Producteur''

ü Présentation

o Nom et prénom

o Situation matrimoniale

o Comment en est-il arrivé au CEF et qu'est ce le CEF lui a apporté

ü Le choix de l'activité 

o Subit-il une influence dans le choix de ses activités ou spéculation ? si oui

o Quel genre d'influence  économique, technique, social, ou autre ?

o comment se fait ce choix ?

o quel démarche et quel outils utilise t-il ?

Planification des activités

o A-t-il l'habitude de faire un planifier ?

o Comment ce plan est fait ? en tête ou sur papier

o D'où viennent les outils servant à faire ce plan ?

o Lesquels utilise t-il et pourquoi ?

o Lesquels n'utilise t-il pas et pourquoi ?

ü Conduite des activités de l'exploitation

o Exécution des tâches de l'exploitation

§ Quelles sont les tâches jugées critiques par le producteur ?

§ Quelles sont les difficultés rencontrées au cours de l'exécution de ces tâches ?

§ Sollicite t-il ou reçoit-il un appui du conseiller pour l'exécution des ces tâches ?

§ Le conseiller lui offre t-il plusieurs possibilités ? si oui comment choisit-il la plus adaptée ?

§ Le conseiller lui dicte -il simplement la démarche à suivre ? si oui exécute t-il les prescriptions de celui-ci ? les modifie t-il ou les mets t-il simplement en oeuvre ?

o Suivi de la mise en oeuvre des activités de l'exploitation

§ De quelle manière suit-il l'évolution de ses activités ?

· En se fixant des objectifs / périodicité? Lesquels ?

· En utilisant des outils ? lesquels ?

· D'où lui proviennent ces outils ?

§  Lui arrive t-il de faire des réajustements ?si oui

§ ces réajustements portent sur quoi ?

§ quels sont les indicateurs qui lui permettent de faire ces réajustements ?

§ Est-ce le conseiller qui lui indique les réajustements à faire ou des propositions lui sont faites et il choisi parmi celles-ci ?

ü L'évaluation ou appréciation des résultats de la campagne

o Comment apprécie t-il les résultats de sa campagne ?

§ Par un simple jugement ? si oui basé sur quoi ?

§ Par un calcul ? si oui quels outils utilise t-il et pourquoi ?

ü Critères de choix des producteurs

o Par adhésion libre

o Par autre moyen, lequel

ü Vécu de la relation

o Lieu où se déroulent les entretiens

o Nombre de visite

o Durée de la visite

o Quel est le ratio de temps de monopolisation de la parole au cours des visites

o Mode de communication au cours de la visite

§ Discussions de groupe

§ Discussions individuelles

ü Accès au service

o Eprouve t-il le besoin de services d'appui ?lesquels ?

o A-t-il facilement accès à ces services ?

§ si oui, paie t-il le service ou celui-ci lui offert ?

§ Si non est-il prêt à payer ou non ? Que gagnera t-il en acceptant les différents services ?

ü Durant les visites d'échange  comment se déroule l'animation ?

o De quels sujets discutent-ils

§ Problèmes du ménage  gestion du stock alimentaire, scolarité des enfants, difficultés personnelles

§ Problème de l'exploitation  production, stockage, recherche de débouchés, commercialisation

§ De quoi ne discute t-il pas avec le conseiller ?

o Qu'est-ce qui préoccupe le conseiller ?

§ La finalité est-elle de faire passer son message ou

§ Ecouter le producteur afin de mieux s'imprégner de ses réalités

§ Comment fait t-il quand au cours des discussions un problème est au delà de ses compétences ?

§ Comment résous t-il les problèmes extra agricoles ?

o Facon de conseiller, comportements du conseiller envers le producteur, arriver à dégager ses jugements.

ü Evolution du rapport superficies emblavée/rendement

o Comment les superficies emblavées ont évolués et pourquoi ?

o Comment les rendements ont évolués et pourquoi ?

ü Evolution de la demande d'intrants

o La consommation en semences a-t-elle augmentée ou diminuée ? pourquoi ?

o La consommation d'engrais a-t-elle augmentée ou diminuée ? pourquoi ?

o La consommation d'insecticide a-t-elle augmentée ou diminuée ? pourquoi ?

ü Diversification des sources de revenu du ménage (volumes et régularité)

ü Y a-t-il eu diversification des sources de revenu ?si oui

o Quels sont les types de source de revenu ?

o Evolution en volume de ces sources (de combien à combien)

o Evolution en régularité (nombre de mois)

En relation avec l'accompagnement reçu, comment a évolué au niveau de

Ménage 

ü Processus de prise de décisions dans le ménage

ü Participation des membres aux activités

ü Taux scolarisation des enfants

ü Meilleur harmonie et stabilité de la famille

ü Evolution du revenu, de l'épargne et de l'endettement

Environnement 

ü Relations avec les OP, GV

ü Relations avec les institutions de finance

ü Relation avec les autres membres du village

Annexe n°2  Guide d'entretien conseiller/vulgarisateur

ü Présentation

o Nom et prénom

o Age et situation matrimoniale

o motivations

ü Le choix de l'activité 

Quelle démarche est utilisée pour aider le producteur dans le choix de ses activités ?

o Quels outils utilise t-il pour aider le producteur à faire ce choix

Planification des activités

o Existe-t-il une démarche pour aider le producteur à planifier ?

o Si oui qui le fait et quels ont les outils utilisés

o Comment et par qui ces outils sont conçus ?

ü Conduite des activités de l'exploitation

o Exécution des tâches de l'exploitation

§ Comment influence t-il dans la mise en oeuvre des activités du producteur ?

· A quel niveau intervient-il ?

o Au niveau de la période d'exécution

o Au niveau de la manière de faire

· Que propose t-il ?

o Suivi de la mise en oeuvre des activités de l'exploitation

§ Intervient-il dans le suivi des activités du producteur ?

§ Si oui, quels sont les outils qu'il utilise ?

§ Quels sont les indicateurs utilisés pour apprécier l'évolution des activités du producteur ?

§ Quel rôle joue t-il dans le réajustement des activités du producteur ?

ü L'évaluation ou appréciation des résultats de la campagne

o Comment apprécie t-il les résultats de l'activité du producteur ?

§ Par des objectifs propres à lui ? si oui un exemple et les indicateurs associés.

§ Par des objectifs concertés avec l'exploitant ? si oui un exemple et les indicateurs associés.

o Quels sont les outils disponibles dans chaque cas ?

o Comment se fait le choix de l'outil ?

ü Durant les visites d'échange  comment se déroule l'animation ?

o De quels sujets discutent-ils

§ Problèmes du ménage  gestion du stock alimentaire, scolarité des enfants, difficultés personnelles

§ Problème de l'exploitation  production, stockage, recherche de débouchés, commercialisation

§ De quoi ne discute t-il pas avec le conseiller ?

o Qu'est-ce qui préoccupe le conseiller ?

§ La finalité est-elle de faire passer son message ou

§ Ecouter le producteur afin de mieux s'imprégner de ses réalités

§ Comment fait t-il quand au cours des discussions un problème est au delà de ses compétences ?

§ Comment résous t-il les problèmes extra agricoles ?

o Facon de conseiller, comportements du conseiller envers le producteur, arriver à dégager ses jugements.

Annexe n°3  Principaux outils du CEF

Journal de caisse

Date

Culture

Parcelle

Opération de la caisse

Trésorerie

 

Activité

Champ

Ventes/Achats

Entrées

Sorties

Soldes

 
 

Divers mouvements

Encaissements

Autres Encaissements

Décaissements

Autres Décaissements

Reste

5/7/03

 
 

Report

 

5000

 
 

5000

5/7/03

Maïs

1

Vente 600Kg

60000

 
 
 

65000

5/7/03

coton

2

Payement m.o

 
 

25000

 

40000

6/7/03

 
 

Don à mon frère

 
 
 

1000

39000

7/7/03

 
 

Don de Aladji

 

15000

 
 

54000

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Totaux à reporter

60000

20000

25000

1000

54000

Cahier d'utilisation de la main d'oeuvre

Date

Culture

Parcelle

Opération Culturale

Main-d'oeuvre

Activité

Champ

 

Identification

Présence

Conditions journalières

Règlement prestation

 
 
 

Type

Nom/Prénoms

Position

Temps

Indemnités

 
 

Date

Date

 
 

 
 
 

Repas

Nature

FCFA

Nature

FCFA

5/7/03

Coton

A

sarclage

Adam

RE

1*1

 
 
 
 
 

5/7/03

Coton

A

sarclage

Abibou (2)

SO

1*2

1*2

 

5000

 

5/7/03

6/7/03

Maïs

B

semis

Chabi (5)

GE

1*5

3*5

 
 
 
 

6/7/03

Niébé

C

sarclage

Orou

SP

1*1

3*1

 
 
 
 

7/7/03

Sorgho

D

récolte

Idrissou (4)

MOF

1*4

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Cahier d'utilisation des intrants

Date

Culture

Champ

Intrants utilisés

Montant de la dépense

Activité

Parcelle

 
 
 
 
 
 

Produit

Formule

Quantité utilisée

Surface

FCFA

4/6/03

Coton

1

NPK-SB

14.23.14.5.1

100Kg

0,5Ha

19 800

6/6/03

Maïs

2

PA

40.5

100Kg

0,5Ha

19 800

12/7/03

Coton

1

Endosulfan

350 EC

2L

1Ha

9 000

30/7/03

Coton

1

Dursban

350 EC

1L

1Ha

9 000

Fiche de stock

Date

Entrées

Sorties

Stocks

Règlement dettes/créances

Mvts

Qté

P.U

Montant FCFA

Fournisseurs

Qté

Destinations

Montant FCFA

Client

Qté

Date

Montant FCFA

4/7/03

Solde en stock

 
 
 
 
 
 
 

0

 
 

4/7/03

500Kg

50

25000

Parcelle A

-

-

-

-

500Kg

 
 

4/7/03

 
 
 
 

100Kg

Autocons

5000

 

400Kg

 
 

5/7/03

 
 
 
 

50Kg

Vente

3500

marché

350Kg

5/7/03

3 500

6/7/03

 
 
 
 

100Kg

Don

7000

église

250Kg

 
 

Annexe n°4  Tableau comparatif entre « Training and Visit » et le « CEF »

Caractéristiques

« training & visit »

Conseil à Exploitation Familiale

Objectif

Apporter un appui global aux paysans pour la promotion de toutes les activités de production agricole par l'usage de paquets technologiques pour les spéculations à promouvoir

Aider les producteurs à la prise de décisions par rapport à la gestion de leur exploitation familiale

Contexte

d'apparition

(dans les pays du

sud)

Dans les années 80 sites au désengagement

des Etats de certaines activités du secteur

agricole et rural

Fin des années 90 pour répondre à certaines

limites des autres approches nouveaux

principes les producteurs au coeur des

décisions, approche systémique globale de

l'exploitation

Implication des

bénéficiaires

faible

Prise en compte des demandes et des décisions des bénéficiaires

Thèmes

Thèmes techniques

Thèmes technico-économiques, financiers, juridiques, organisationnels....

Le public ciblé

Constitution du groupe de contact ou du

groupement par l'agent selon certains

critères définis par le projet/programme.

Groupe de 15 à 20 personnes

Paysans volontaires alphabétisés (ou couplage

avec l'alphabétisation fonctionnelle) en

groupe de 20 à 30 personnes

Agents/

conseillers

Agent détenteur du savoir

Technicien Spécialisé formé en cascade

(1 jour / mois)

Conseiller rôle d'« accompagnateur

facilitateur »

Suivi de formations de remise- à niveau

(plusieurs semaines/an)

Méthode

Standardisée

Méthodes à adapter aux situations, évolutive,

en fonction des publics et contextes

Formation

De façon descendante des agents aux

paysans dans les groupes de contact

(transfert de technologies et pratiques

culturales) sous forme d'ateliers thématiques

en salle ou sur le champ de démonstration

De façon participative et évolution en fonction

du rythme d'appropriation des outils

Outils

Champ de démonstration

Cahier d'activité

Unité de vulgarisation (toutes les

spéculations et activités prises en

compte) APNV

Champ d'un exploitant du groupe et des visites d'échange d'expériences, discussion de groupe

outils cahier de stockage, cahier de la M.O, fiche parcellaire, cahier de caisse , fiche d'inventaire de l'exploitation, etc.

Suivi

En groupe

En groupe et individuellement

Collecte de

données

(collectes de données pour une analyse statistique

Collecte par l'exploitant avec les outils pour un référentiel de base et pour une analyse technico économique avec le conseiller et en

groupe

Formulation des objectifs

Tactique, dont l'encadreur ne tient pas compte

Tactiques et stratégiques, concertés avec le conseiller

Planification des activités des producteurs

Pas d'outil, faite au jour le jour

Plan de campagne

Evaluation des résultats de l'exploitation

Seulement pour le coton

Pour toute l'exploitation

Renforcement capacités en stockage et commercialisation

Très rare et faible

Effectif et fréquent

Place du producteur

Au centre du dispositif

Pas au centre

But des visites d'exploitation

Contrôle des essais

commentaire

Identification des contraintes des producteurs

Par les encadreurs et les TS, des contraintes relatives à toute la communauté villageoise

Par les producteurs avec le concours du conseiller

Obligation de compte du conseiller

inexistante

Fréquente, pendant les restitutions individuelles ou de groupe

Responsabilités par rapport aux résultats

Très faible

acceptable

Place du producteur

bénéficiaire

partenaire

Changement dans les techniques de production

faible

bonne

Position sociale des producteurs

Pas de changement

En évolution

Demande de crédit

De moins en moins fréquent

Justifiée par des calcul et des objectifs stratégiques

Source :  données enquête Kandi 2008.

* 1 LAVIGNE S. ; La difficile percée d'un modèle alternatif dans les rapports Nord-Sud : Le cas de Songha « LE BÉNIN DANS LES RAPPORTS NORD-SUD », mémoire de maîtrise Université du Québec à Montréal ; www.mémoireonline.com  

* 2 Les filières en question étaient : le palmier à huile, le coton, l'arachide, le riz, le tabac assuré par des sociétés dites d'intervention ; la SONADER pour le palmier à huile dans l'Atlantique, l'Ouémé et le mono ; la CFDT pour le coton dans le Borgou ; la SATEC pour le coton et l'arachide dans le Zou ; le BDPA pour l'arachide dans l'Atacora ; la SADEVO devenue par la suite SONIAH pour le riz dans l'Ouémé et l'Atlantique.

* 3 Fourniture des semences sélectionnées, approvisionnement en intrant de toute nature, commercialisation primaire du produit, la transformation et l'exportation du produit fini.

* 4 Voir Agoua (1978).

* 5 Cité par AGOUA F. (1987)

* 6 BAN van der, A. ; HAWKINS H. ; BROUWERS J. et C. Boon (1994) ; La vulgarisation rurale en Afrique. CTA-Karthala-Wageningen. pp 28-144 et 267-295.

* 7 Leeuwis C. and BAN van den A. 2004; communication for rural innovation: rethinking agricultural extension; third edition; Blackwell publishing, CTA, 2004, 411p.

* 8 Banikoara, Kandi, Karimama, Malanville, Nikki, Tchaorou, Dassa, Ouèssè, Glazoué, Bantè, Djidja, Zogbodomé et Zangnanado.

* 9 Rapport d'activité CeCPA 2007

* 10 Ghiglione R., Matalon B. ; les enquêtes sociologiques : théories et pratiques ; Ed Armand Colin, Collection U, 1982

* 11 Ghiglione R., Matalon B. ; les enquêtes sociologiques : théories et pratiques ; Ed Armand Colin, Collection U, 1982.

* 12 Ceux ayant suivi la formation en langue française

* 13 "discours." Microsoft® Études 2007 [DVD]. Microsoft Corporation, 2006. Microsoft ® Encarta ® 2007. (c) 1993-2006 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.

* 14 Définition de Sébillotte M., 1968

* 15 source : rapport annuel d'activité CeCPA KANDI 2007

* 16 En nombre de jours pendant lesquels la couche superficielle du sol conserverait son humidité après une pluie.

* 17 Auteur de la théorie sur l'économie d'affection

* 18 D'octobre à décembre, pour payer les manoeuvres qui vont récolter le coton, et fêter la noël et le nouvel an.

* 19 Ces changements, s'ils ne sont pas perçus comme porteur d'espoirs dans la société vont, soit décourager le producteur, soit le faire dériver vers une acculturation dont on ne pourrait prévoir les conséquences.

* 20 Mais pour d'autres les raisons sont des considérations religieuses qui stipuleraient que l'argent emprunté ne doit pas être remboursé avec un intérêt.






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"Il faut répondre au mal par la rectitude, au bien par le bien."   Confucius