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Les technologies appropriées en zone rurale : cas du moulin à  grains dans le département de Toma au Burkina Faso.

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par Jean Paulin KI
Université catholique d'Afrique Centrale Yaoundé - Maà®trise en sciences sociales 2000
  

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c). Organisation économique.

D'un point de vue économique, l'activité du département est essentiellement agricole. Les paysans font de la culture céréalière. Ainsi, tandis que la production agricole concerne le sorgho, le mil, l'arachide, le sésame, le niébé (haricot), le coton, le piment et la culture maraîchère, la production animale se compose de mouton, chèvre, porc, boeuf et volaille. Il s'agit d'un type d'élevage traditionnel servant plutôt au prestige social de l'éleveur que d'une véritable exploitation économique.

Le système d'exploitation des terres est individuel. Les descendants d'un même ancêtre héritent de la propriété léguée par celui-ci. Ainsi, les membres d'un même lignage exploitent à volonté leurs domaines fonciers. Cependant les femmes, du fait de l'exogamie, ne peuvent avoir une propriété foncière. Quant aux épouses, elles exploitent, de façon générale pour les besoins de la cuisine, les parcelles que leurs maris leur indiquent. Bien souvent ces parcelles se trouvent aux alentours des concessions. Là, elles font des jardins potagers et y cultivent du piment, légumes divers, parfois du maïs. De nos jours le piment est beaucoup prisé par les femmes parce qu'il s'achète bien et offre ainsi des possibilités d'une indépendance économique. Selon nos enquêtes, plus de 80% des femmes interrogées comptent sur les revenus du piment pour moudre leurs grains au moulin..

La production agricole qui est familiale se fait sous l'autorité du chef de famille. De tout temps les femmes en pays san travaillent au champ avec leurs maris, et cela selon un rythme alternatif de deux jours à cause de la préparation des repas. La ration alimentaire (le mil) est donnée tous les deux jours à la femme qui se débrouille pour trouver les condiments.

Jusqu'à aujourd'hui les instruments de production agricole sont la pioche (sukun), la hache (sèmien), la petite pioche pour les semailles (bambaran) et la houe appelée couramment « daba » (kan). La caractéristique commune de tous ces instruments aratoires est de faire adopter à l'homme au travail une stature courbée. Les Sanan ne disposent pas d'instrument de production agricole permettant de travailler debout ni même à moitié courbé. Ceci pourrait avoir un effet quelconque sur la colonne vertébrale. La production mécanisée est inexistante dans

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toute la province du Nayala à cause de la nature des sols et de la pluviométrie qui ne permettent pas l'utilisation de machines tels que les tracteurs couramment utilisés dans la région de Solenzo et de Bobo-Dioulasso. Toutefois, à défaut de mécanisation, la production agricole dans la région bénéficie de l'apport de la culture attelée avec le concours de l'ADRTOM (Association pour le Développement de la Région de Toma) qui est une structure héritière du "PROJET-TOMA" initié en 1968 par l'évêché du diocèse de Nouna-Dédougou (dont Toma est la première paroisse créée) pour introduire la culture attelée dans la région.

Pendant la saison sèche, quelques paysans pratiquent le maraîchage et les femmes s'attèlent au petit commerce et surtout à la préparation de la bière de mil appelée yo dans la langue san et couramment connue au Burkina sous le nom de dolo.

D'une manière générale dans le pays san, ce sont les activités agricoles qui rythment la vie économique des habitants. Cette réalité est bien une des caractéristiques de la zone rurale. A. Kaba et R.M. Toé (1998 : 44) ont essayé de dresser le calendrier agricole suivant pour l'ensemble de la province du Nayala :

Tableau 3: Calendrier des travaux champêtres.

- Avril-mai

Préparation des champs (nettoyage, labour, etc.).

- Juin au 15 juillet

Semis des céréales (sorgho, mil, maïs, riz) ainsi que du coton et de l'arachide.

- Août

Semis du voandzou (pois de terre).

- Juin à septembre

Opérations d'entretien (sarclage, binage, resemis, traitements des cultures, buttage).

- Septembre à octobre

Labour de fin hivernage, récolte des cultures (maïs, arachide, mil sorgho, niébé, etc.).

- Novembre

Récoltes et transport des résidus de récoltes pour animaux.

-Novembre à décembre

Préparation et mise en place des cultures maraîchères, début de la commercialisation.

-Janvier à mars

Commercialisation des cultures maraîchères, récolte du riz pluvial, fabrication de fumier, dressage des animaux de trait, coupe des tiges de cotonniers, formation professionnelle des agents et producteurs, bilan de la campagne agricole écoulée.

Source : Kaba A. et Toé R. M.(1998 : 44)

Le commerce semble avoir pris une place secondaire chez les Sanan : il n'est pas très développé à cause de certaines valeurs culturelles et obligations sociales. Dans plusieurs

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villages, il existe des « marchés fictifs » dont les jours sont pourtant bien connus de tous et qui servent de référence aux jours de la semaine ; mais en réalité dans ces villages il n'y a pas de place publique pour les échanges. Ces marchés fictifs consistent surtout en des marchés de dolo où la vente se fait à domicile. Cependant dans les gros villages du département de Toma tels que Toma, Koin et Zouma, des places publiques existent servant de marchés. Dans certains villages tel que Sien, malgré la réhabilitation de l'ancienne place du marché par les habitants eux-mêmes, ceux-ci n'y vont pas pour échanger. Vendeurs et vendeuses font plutôt du porte à porte. Les femmes font presque toutes de la préparation du dolo leur principale activité commerciale. Quelques-unes cependant ajoutent à la vente du dolo celle de légumes. Rares sont les femmes qui possèdent une boutique. Leur éternel refrain c'est qu'"il n'y a pas de marché" (au sens de secteur commercial portant) "Pii bãbã min ta koe wa". En fait, la vente de la bière de mil correspond plus à une activité sociale que commerciale.

La situation économique des femmes du département est précaire. En effet, les femmes sanan restent dépendantes de leurs maris qui possèdent et contrôlent les moyens de production. Et pourtant, elles jouent un rôle très important dans le domaine de la production agricole9 et la gestion des ménages. Leur emploi de temps, ainsi que l'indique le tableau qui suit, leur donne très peu de repos.

Tableau 4: Activités de l'emploi de temps des femmes sanan.

Tâches régulières

Supplément en hivernage

- Ménage (balayage, vaisselle...)

- Travaux champêtres

- Lavage de vêtements

- Jardinage (piments,

- Travaux de cuisine : pilage, décorticage, mouture du mil

légumes)

collecte d'eau, de bois, cuisine ...

- Collecte de noix de karité.

- Soins des enfants.

 

- Filage du coton

 

- Petit commerce (préparation et vente de bière de mil, etc.).

 

- Jardinage.

 

- Réunions de groupement.

 

- Voyages, fêtes et deuils.

 

Source : notre enquête.

Enfin pour terminer avec l'organisation économique, il est bon de signaler l'absence d'industrie dans toute la province du Nayala. Dans leur monographie, A. Kaba et R. M. Toé

9 Les femmes Sanan travaillent au champ avec leurs maris et rentrent le soir pour s'occuper des tâches domestiques.

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(1998 : 57) mettent cela en exergue : "L'industrie est presque inexistante. Cependant il faut noter la présence de nombreux moulins installés par les différents organismes de développement intervenant au Nayala". En effet entre 1989 et 1994, l'ADRTOM a installé 20 moulins dans 20 villages de sa zone d'action, accordés à crédit aux groupements villageois féminins (GVF). On compte dans l'ensemble de la province du Nayala environ 221 moulins à grains répartis comme suit par département :

Tableau 5: Nombre de moulins du Nayala par département.

Départements

Nombre de moulins

1. Toma

57

2. Yé

48

 

3.Yaba

45

4. Gassan

27

5. Gossina

27

6. Kougny

17

 

Total

221

Source: Perception de Toma

Comme on le constate, le département de Toma vient en tête de liste avec un nombre important de moulins.

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"Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c'est une idée dont l'heure est venue"   Victor Hugo