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Drapeaux, iconographies et géopolitique


par Simon GERMAIN-BATISSE
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Master 1 Géographie 2012
  

Disponible en mode multipage

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Session de Juin 2012

UFR 08 GEOGRAPHIE - UNIVERSITE PARIS 1
MASTER 1 GEOGRAPHIE, « PARCOURS GEOPOLITIQUE »

DRAPEAUX, ICONOGRAPHIES, ET

GEOPOLITIQUE

GERMAIN-BATISSE SIMON, sous la direction de Georges Prévélakis.

Jury de soutenance : Georges Prévélakis (Université Paris 1) Gilles Palsky (Université Paris 1)

2

Remerciements :

Mes remerciements et toute ma gratitude à Cédric de Fougerolles et Patrice de la Condamine pour leurs conseils éclairés.

A Cédric de Fougerolles, pour de longues et enrichissantes conversations vexillologiques qui m'ont fait voyager dans le temps et l'espace.

A Patrice de la Condamine, pour des correspondances écrites, dans lesquelles il m'a transmis son profond intérêt pour cette si passionnante discipline qu'est la vexillologie.

Remerciements particuliers à Georges Prévélakis, directeur de ce présent mémoire, pour son aide précieuse et sa disponibilité, quant à la bonne conduite de cet exposé.

Paris, le 17 juin 2012

3

Sommaire

Remerciements : 2

SOMMAIRE 3

INTRODUCTION 4

CHAPITRE PREMIER 8

UN DRAPEAU DE PARADOXES 8

I - Paradoxe quantitatif 8

II - Paradoxe qualitatif 9

III - Paradoxe structurel 10

IV - Paradoxe temporel 11

V - Des paradoxes éclairants 12

CHAPITRE SECOND 14

LE DRAPEAU DANS LE CADRE CONCEPTUEL DE JEAN GOTTMANN 14

I - La dialectique circulation/iconographie et sa substitution réseaux/territoires 14

II - La place du drapeau dans ce cadre conceptuel 18

CHAPITRE TROISIEME 21

LES RACINES DE L'ATTACHEMENT AU DRAPEAU 21

I - Territoire et drapeau 21

II - Drapeau et désir territorial 21

III - Drapeau et imaginaire collectif 22

IV - Drapeau et quotidien 23

V - Drapeau et « nationalisme ordinaire » 25

VI - Drapeau et récupération politique 25

CHAPITRE QUATRIEME 27

LA FORMATION D'UN DRAPEAU : UN PROCESSUS GEOPOLITIQUE 27

I - La séparation vexillologique 27

II - L'intégration vexillologique 31

III - Forces vexillologiques résistantes 39

IV - Quels drapeaux pour quels pays ? 43

CHAPITRE CINQUIEME 75

L'AVENIR GEOPOLITIQUE DU DRAPEAU 75

I - Fin des frontières, fin des territoires, fin des drapeaux ? 75

II - L'insatiable besoin d'identité 75

III - Le drapeau : Une carte d'identité internationale 76

IV - Un retour aux sources militaires. 77

V - La fonction dissuasive du drapeau 78

VI - Le drapeau par lui-même, pour lui-même 79

CONCLUSION 82

BIBLIOGRAPHIE 84

ANNEXES 87

TABLE DES MATIERES 101

4

Introduction

T

ant d'énergie qu'il insuffle, tant de luttes qu'il porte, tant de courage qu'il force, tant de respect qu'il inspire, tant de combats qu'il anime, tant de haine qu'il suscite, tant d'hommes qu'il rassemble, tant d'idées qu'il diffuse, tant de gloire qu'il procure, tant de convoitises qu'il attise, tant de tragédies qu'il commémore, et pourtant tant de méconnaissance et parfois de désintérêt dont il est la victime. Le drapeau fait partie de ces symboles, d'une caste d'objets qui savent déchainer passions, haines, mais aussi sacrifices et violences en son nom.

On ne peut pas appréhender le monde du drapeau, l'étude de ses couleurs et de son histoire (la vexillologie), sans penser à ces images, à ces photographies, à ces clichés célèbres1, à ces tableaux2, et à ces discours dans lesquels le drapeau est cité autant qu'il est présent autour de l'orateur. Et pourtant, celui qui incarne la fierté de tout un peuple peut se retrouver parfois objet de cristallisation de toutes les haines et de tous les maux. Insérons-nous dans ce monde des drapeaux, où rien ne va de soi, où rien n'est ni blanc ni noir.

Ce mémoire est directement inspiré par deux événements récents où le drapeau tint le rôle principal. Le premier s'est déroulé le 13 décembre 2011, date à laquelle le drapeau palestinien est hissé parmi l'ensemble des drapeaux des pays qui adhèrent à l'UNESCO, antenne de l'ONU pour la promotion de l'éducation, des sciences et de la culture dans le monde. Cet acte symbolique, faisait figure d'étape décisive dans l'éventuelle reconnaissance de l'Etat de Palestine par la communauté internationale. Evidemment, les réactions qui s'ensuivirent furent nombreuses allant de la simple réponse positive officielle à des oppositions cinglantes (Etat d'Israël et Etats-Unis plus particulièrement3). Surtout, plus encore que le nombre de réactions, c'est ici la diversité des acteurs qui ont fait part de leurs réactions qui nous interpelle. Des acteurs traditionnels comme les Etats, aux Organismes Non-Gouvernementaux (ONG), en passant par de grandes entreprises ou encore la presse et les opinions publiques, chacun possédait son propre avis sur la question. Chacun y calculait ses propres stratégies pour l'avenir. Par exemple, Israël a dès lors durcit son discours sur la Palestine ainsi que sur l'Iran, allié de la Palestine, fragilisant encore plus une région déjà instable. De leurs côtés, les grandes multinationales du pétrole ont calculé les éventuelles répercutions sur l'approvisionnement en hydrocarbures du Proche-Orient, en fonction de cet événement qui risquait de modifier le cours des extractions de pétrole de cette région Ce qui est en jeu derrière cette image du drapeau palestinien à l'Unesco, c'est bien ici l'équilibre politique, économique, et financier d'une région, et dans une plus large mesure du monde.

1 On pense à cette photographie du drapeau des Etats-Unis hissé sur l'île d'Iwo-Jima pendant la Seconde Guerre Mondial, où les lignes de fuites se rassemblent toutes au niveau du drapeau, fière incarnation de la victoire finale américaine. Cliché pris par Joe Rosenthal.

2 On pense évidemment à « La Liberté guidant le peuple » d'Eugène Delacroix, 1830

3 Courrier international, « Un drapeau palestinien flotte à l'Unesco », 14/12/2011

5

Le deuxième événement s'est déroulé en France en mars 2010. Pour un concours de photographies organisé par une grande entreprise française, dans la catégorie « politiquement incorrect, un cliché représentant un homme en train de s'essuyer le postérieur avec le drapeau tricolore, est présenté et récompensé1. Là aussi, le déferlement médiatique qui suivit cet événement fut sans limites. Certains y voyaient une oeuvre d'art, quand d'autres s'insurgeaient contre ce cliché jugé simulacre de la République Française. Notre sujet n'est pas ici de s'insérer dans ce débat complexe, mais de simplement constater que le drapeau tient une place particulière au sein de ces objets quasi sacralisés qui représentent toute une nation.

Que nous enseignent ces deux événements ? Simplement qu'il ne faut ni transiger sur les usages du drapeau, ni négliger son pouvoir symbolique, sur n'importe quel sujet qui soit, et à n'importe quelle échelle. Car derrière un étendard se cachent des réflexions et des intérêts bien plus profonds que le caractère dérisoire du drapeau. En effet, les deux affaires précédentes s'intègrent largement au domaine politique. L'une concerne les répercutions à l'échelle internationale de la mise en scène du drapeau palestinien à l'Unesco, l'autre aborde la valeur et le caractère sacré du drapeau dans les fondements d'un Etat (ici la France).

Ces deux événements insèrent directement le drapeau dans des considérations géopolitiques. La géopolitique, dans son étude des « rivalités de pouvoir sur un territoire »2, propose l'analyse de l'espace comme terrain d'enjeux de toutes natures. Or le drapeau, dans les exemples précédents, se situe au coeur de cette relation entre espace et pouvoir. A une échelle interne, puisque le drapeau constitue un repère d'identité nationale, il est un outil au service de l'instauration d'une autorité sur un territoire. A l'échelle externe, puisque sa simple vue peut révéler des enjeux politiques et économiques qui dépassent largement son caractère matériellement dérisoire.

Trop peu d'ouvrages ou manuels géopolitiques appellent à l'étude des symboles comme source intégrante de l'analyse géopolitique. Pourtant, à l'heure où la mode est à la mondialisation ou autre globalisation, on assiste paradoxalement aux retours des frontières et des érections de murs, et à l'affirmation des identités nationales. Parallèlement à ces mouvements de protection face à la mondialisation, vue comme une machine à broyer les identités et les souverainetés nationales, le drapeau refait son apparition comme l'incarnation de cette identité retrouvée. Néanmoins, on oublie vite que le drapeau fut de toutes les luttes, de tous les combats, de tous les bouleversements politiques de ce monde. On oublie vite que les hommes ont toujours cherché à vivre en communauté et à se doter de symboles pour les représenter. Les drapeaux nous semblent aujourd'hui les plus anciens représentants des hommes. Comment peut-on alors négliger ces représentants matériels des hommes, de ceux qui font l'Histoire, et de ceux qui sont les décideurs des enjeux géopolitiques dans l'espace et dans le temps ? D'ailleurs une question a été formidablement bien posée par Whitney Smith3 à ce sujet : « pourquoi, malgré l'absence de tout règlement ou traités internationaux exigeant

1 L'Express, « Il utilise le drapeau français comme papier toilette pour une photo », 21/04/2010

2 Yves Lacoste, Dictionnaire de Géopolitique, 1993

3 Whitney Smith est considéré comme le « pape » de la vexillologie (étude « scientifique » des drapeaux) moderne. Il a même dessiné le modèle du drapeau du Guyana. Il est l'un des premiers à avoir rapporté le drapeau à la géopolitique. Il dirige actuellement le « Flag Research Center » aux Etats-Unis.

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l'adoption de drapeaux nationaux, tous les pays sans exception se sont-ils forgés un drapeau ? »1

Certains manuels nous parlerons des « représentations collectives » chères à Yves Lacoste, quand d'autres insisteront sur le rôle des symboles en géopolitique à propos de la souveraineté nationale sur une page sur un ouvrage de cinq cent. Seul un géographe, Jean Gottmann, a réellement doté les symboles, et les drapeaux, d'un rôle de premier ordre en géographie

politique et en géopolitique. Dans son triptyque « cloisonnement du
monde/circulation/iconographie », le géographe français propose un cadre conceptuel permettant l'étude de l'instauration d'une autorité sur un territoire et sa pérennité. La stabilité d'un Etat provient, chez Jean Gottmann, de la force des iconographies, ce « ciment solide qui lie les membres de la communauté »2 face à la circulation, « système de mouvement »3, qui brasse les hommes, les idées et les marchandises. C'est dans ces iconographies que le drapeau trouve sa place, et qui nous permet de théoriquement l'intégrer au domaine géopolitique.

Notre sujet sera donc d'appréhender le monde de la géopolitique à travers le drapeau. En effet, la lecture de celui-ci, non pas seulement l'analyse de ses couleurs et de son histoire, mais également son replacement dans le cadre de l'établissement d'une autorité sur un territoire, son étonnante faculté à rassembler un peuple, sa force symbolique de projection d'autorité, sa sacralité, et sa puissance photographique, sont autant de clés pour saisir la complexité de certaines situations géopolitiques.

Il nous faudra ainsi comprendre comment le drapeau peut se retrouver au coeur d'enjeux géopolitiques majeurs, et expliquer comment celui qui n'est à l'origine qu'un simple tissu représentant d'un Etat, puisse se muer en véritable acteur géopolitique à part entière à plusieurs échelles géographiques. Enfin, il faudra analyser ce passage du pouvoir symbolique du drapeau au pouvoir politique et géopolitique, pas toujours évident.

Evidemment, ce mémoire déborde du cadre géopolitique. Des disciplines comme la géographie culturelle ou humaine, l'histoire, la philosophie et la psychologie seront convoquées. De plus, il ne sera question pour ce mémoire que du système vexillologique moderne, c'est-à-dire de l'analyse des drapeaux nationaux des Etats actuels. Les cas de certains régionalismes séparatistes, autonomistes, ou indépendantistes seront également incorporés. Par ailleurs, les élans lyriques que le drapeau insuffle, ont tenté d'être évités ou de se faire discrets, il est vrai que la tendance à se laisser bercer par l'enthousiasmante et si intéressante analyse de quelques bouts de tissus peut malencontreusement influer sur l'écriture adoptée. Enfin, une dernière remarque paraît nécessaire. Le drapeau, au même titre que beaucoup d'autres symboles, sont des objets récupérables. Ils sont en quelque sorte sujets à interprétations variables, ce qui nuit au sens originel du drapeau. Ce mémoire s'est donc efforcé de ne faire dire aux drapeaux que ce que les créateurs originels avaient imaginé. Il est vrai que l'inclination à faire dire aux drapeaux ce qu'ils ne disent pas, y compris officieusement, est parfois tentante.

1 WHITNEY SMITH, 1976 : 78

2 JEAN GOTTMANN, 1952 : 220

3 JEAN GOTTMANN, 1952 : 214

7

Le premier chapitre de ce mémoire relève de nombreux paradoxes qui se font jour lorsqu'il est question du drapeau. Ils démontrent simplement que l'étude des drapeaux se réalise dans la nuance et dans le rejet des idées préconçues. Le drapeau est certes un objet de communication extrêmement élémentaire, il n'en demeure pas moins que le message qu'il porte est toujours complexe.

Le second chapitre se propose de replacer le drapeau dans le cadre conceptuel « cloisonnement du monde/circulation/iconographie » formulé par Jean Gottmann. Il visera à saisir toute l'importance et l'impact du drapeau dans la stabilisation, ou au contraire dans le renversement d'une autorité sur un territoire.

Le troisième chapitre vise à repérer les origines de l'attachement qu'un peuple puisse avoir pour son drapeau national. De la territorialisation par le drapeau à l'expression d'un « nationalisme ordinaire »1, le drapeau dévoilera ici toute sa force fédératrice et créatrice d'unité, parfois utilisée à dessein politique.

Le quatrième chapitre, le plus consistant, s'intéresse à l'élaboration et à l'évolution de la structure d'un drapeau (ses couleurs, ses formes, ses symboles...). Cette analyse révélera trois dynamiques géopolitiques qui président à la formation du drapeau. Cette étude sera suivie d'un tableau récapitulatif de l'ensemble des drapeaux des pays du monde, confrontés à ces trois dynamiques structurelles. Par ce jeu des couleurs à résonnance géopolitique, on pourra établir une typologie à teneur géopolitique des pays du monde.

Le cinquième et dernier chapitre concerne l'avenir du drapeau en géopolitique. A la théorie de la fin des cloisons mondiales et à l'ouverture généralisée, on opposera le drapeau comme un outil de redéfinition des Etats et de leurs territoires sur la scène mondiale. Enfin, on exprimera que la puissance symbolique du drapeau peut égaler, sinon supplanter, n'importe quel fait géopolitique. En effet, on se souvient plus de l'image du drapeau des Etats-Unis sur la Lune, que du nom du premier homme à avoir marché sur cette Lune (Neil Armstrong).

Le drapeau des Etats-Unis sur la Lune, un fait géopolitique de premier ordre

Source : maxiscience.com

1 Michael Billig, Banal Nationalism, 1995

8

CHAPITRE PREMIER

UN DRAPEAU DE PARADOXES

Nous relevons ici des paradoxes, qui sont en réalité interdépendants, mais qui soulignent les idées reçues que nous devons à tout prix esquiver dans cet exposé.

I - Paradoxe quantitatif

C'est vraisemblablement le paradoxe le plus net et pour cause, puisqu'il concerne le nombre de drapeaux visibles sur l'espace géographique. Il concerne le décalage entre l'absence de drapeaux ou sa profusion.

Le cas français est particulièrement signifiant. Il existe dans la société française un clair déséquilibre entre la quantité de drapeaux arborés dans l'espace public, et celle déployée lors d'évènements sociaux ou sportifs. Comment interpréter ce grand écart quantitatif du drapeau ? Nonobstant sa présence sur le fronton des bâtiments publics et lors de cérémonies officielles, force est de constater la relative absence du drapeau national dans l'espace public et dans l'espace privé alors que l'on sait les français très attachés à leur drapeau. A contrario, dans les manifestations, dans les rencontres sportives, c'est une démonstration de force du drapeau. Chaque spectateur en brandit un pour encourager son équipe. Le drapeau devient le transmetteur d'énergie d'un homme à l'équipe qui le représente. Ce décalage - qui n'est pas proprement français mais qui est le fait des « vieilles nations » - entre un relatif vide de drapeaux dans l'espace public (dans la vie quotidienne) et sa présence abondante lors de grandes réunions nationales (voire même excessive dans certains cas) se traduit malencontreusement dans un certains cas par un soi-disant désintérêt de la nation, et d'un trompeur attachement au drapeau lors des grands évènements1. En France, l'absence du drapeau est remarquée, tout comme sa présence en quantité.

A l'opposé, il faut rappeler que le drapeau, par sa prolifération, n'est pas toujours signe du bien-fondé du pouvoir qu'il représente. On rappellera à ce titre la profusion du drapeau nazi lors des grands rendez-vous politiques d'Hitler avec son peuple lors des traditionnelles manifestations de Nuremberg.

L'absence de drapeaux serait-elle alors la marque d'une faiblesse quelconque du pays ? Assurément non (le cas français est significatif), mais dans certains cas oui. Dans tous les pays où le pouvoir central n'est pas reconnu de tous, l'absence du drapeau national est intrinsèquement liée à l'état de fragilité de cet Etat. L'exemple le plus frappant serait la Somalie. Un gouvernement en exil, et un drapeau national somalien qui ne se déploie que

1 Luc Doublet dans L'Aventure des Drapeaux, 1987, souligne que « l'absence totale de drapeau a quelque chose d'inquiétant, d'angoissant, voire de dangereux ».

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virtuellement sur internet sur le site officiel du gouvernement de transition, sont les marques d'un Etat failli. Sur place, les drapeaux claniques et des régions autonomistes ont pris la relève.

Le cas turc ainsi que le cas des Etats-Unis nous éclairent encore davantage. Dans ces deux pays, inutile de préciser que la présence du drapeau national est inégalable, dans l'espace public comme dans l'espace privé. L'idée reçue serait ici de penser que plus les drapeaux sont en nombre conséquent, plus les hommes sont liés entre eux. Ces dérives préconçues sont à bannir. En effet, la forte abondance de drapeaux exprime ici un ralliement à une certaine idée de l'Etat, à un idéal, non à une réalité politique (l'exemple de l'Allemagne nazie, déjà évoqué plus haut exprime cette méfiance à l'égard d'un « trop » de drapeaux). Dans tous les cas la forte présence des bannières ne signifie pas que tout le monde coure sous cette même bannière. Il y a quelque chose d'éphémère dans ces manifestations intempestives de drapeaux. En effet, c'est dans une conception organiste de l'Etat que la profusion de drapeaux trouve son origine. Celui-ci se nourrit des drapeaux, des symboles pour survivre. Ce qui est éphémère ici, c'est donc l'erreur de penser que les drapeaux seront toujours des objets nourrissants. C'est oublier que les drapeaux savent également être dotés d'une force de rejet de certaines autorités.

La surabondance de drapeaux cache également une toute autre réalité, celle d'étouffer symboliquement des communautés. Le cas turc est significatif1. Les drapeaux turcs associés à la laïcité kémaliste, même en nombre surabondant, ne peuvent cacher la réalité kurde.

Derrière les décalages entre profusion ou absence de drapeaux, se dessine en réalité des dérives malheureuses que l'Histoire nous a révélées. L'Histoire est faite d'images, et les drapeaux sont souvent présents sur les images. Par conséquent, la prolifération de drapeaux sera directement associée à l'expression d'un nationalisme fort et hostile. Son absence marquera le démantèlement d'un Etat, ou sa faiblesse de contrôle de son territoire. Il nous faudra bien entendu nuancer pour notre propos.

Finalement, la quantité de drapeaux ne signifie pas une assise plus stable pour un Etat. L'inquiétude est de mise lors de l'absence de drapeaux, mais elle est aussi légitime lorsqu'il y a trop de drapeaux. Présent ou absent, le drapeau est toujours remarqué.

II - Paradoxe qualitatif

Qu'entend-on par qualitatif ? Il s'agit en fait ici de l'étonnante faculté de déclinaison du drapeau. En effet, les couleurs nationales proviennent du drapeau, on a souvent tendance à l'oublier. Ce qui est intéressant ici, c'est de mesurer l'extraordinaire capacité du drapeau national à se mouvoir dans tous les domaines de la vie. Le paradoxe est ici simple : il y a un drapeau d'origine, et des formes multiples de déclinaisons du drapeau (appropriation des couleurs pour les vignettes automobiles, reprises des couleurs pour la publicité ventant un

1 Cf Claire MAUSS-COPEAUX et Etienne COPEAUX, 1998, « Le drapeau turc, emblème de la nation ou signe politique ? », Cahiers d'Etudes sur la Méditerranée Orientale et le monde Turco-Iranien (CEMOTI), n°26, pp. 271-291, Paris

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produit fabriqué dans le pays d'origine du drapeau, réutilisation de la dénomination - le tricolore par exemple,...). Et le constat est surprenant : ces formes dérivées du drapeau remplacent dans l'esprit des hommes le drapeau d'origine. La copie prend le dessus sur l'original, et pour cause, le don d'ubiquité du drapeau par « sa plasticité »1 n'y est pas étranger. Pour autant, lors des évènements nationaux, lors des commémorations, l'on brandit toujours l'original.

On peut bien entendu allier ces deux formes de « drapeaux » puisque le but est toujours similaire - représenter un pays, il n'en demeure pas moins que cet écart entre l'original et ses dérivées ne se comble pas. Doit-on normaliser l'usage du drapeau ? Ou au contraire doit-il rester un objet quasi sacré ?

Imaginons un instant que les couleurs des vignettes nationales, des partis politiques nationaux, des tenues de footballeurs ne soient pas les mêmes que celles du drapeau, comment réagirions-nous ? Imaginons nos footballeurs français arborant une tenue verte associée à du orange. Imaginons la publicité d'un produit ventant son origine française en utilisant des roses et des jaunes. Cette amusante et irréelle vision révèle bien l'ampleur de l'ancrage des formes dérivées du drapeau. C'est simplement l'illustration de cette citation qui concerne les couleurs : « à force de les avoir sous les yeux, on finit par ne plus les [couleurs] voir »2. Il en est de même pour les drapeaux : à force d'être abreuvé par le biais de divers supports des couleurs nationales, on en oublie le drapeau originel.

Le paradoxe qualitatif réside bien dans cette dichotomie original/copie où le second semble avoir pris le dessus sur le premier, normalisant le second et raréfiant le premier jusqu'à en faire oublier qu'il fut bien le premier.

III - Paradoxe structurel

On qualifiera ainsi ce paradoxe par le drapeau en tant que structure des esprits et des sociétés. Pour le présenter, il faut partir de ce constat : pourquoi, alors qu'il n'est jamais question du drapeau dans la vie quotidienne et qu'il est plus ou moins présent dans l'espace public, le drapeau déchaîne-t-il tant de débats, d'émotions, de fureur, de violences, voire même de cruauté, seulement lorsqu'il est touché, changé, modifié, maltraité ou même brulé ? Ce paradoxe soulevé révèle toute la nécessité d'appréhender les questions autour du drapeau avec beaucoup de précautions. C'est ici bien la preuve insoupçonnée de la capacité structurelle des esprits qu'un drapeau peut contenir dans une société. La meilleure preuve se situant au niveau éducatif : on apprend toujours à l'école, dans les atlas, ou dans d'autres mappemondes légendées, le nom du pays, sa capitale... et son drapeau. Le drapeau structure ici l'esprit des enfants, et caractérise une société qui souhaite encore définir les pays par leurs drapeaux.

En effet, en termes triviaux, on ne fait n'importe quoi avec un drapeau. Le caractère dérisoire du drapeau n'est que matériel. L'on pense ici à ce fait divers d'art d'actualité en France où l'on avait assisté à un débat houleux concernant cet artiste qui avait, pour un concours, mis en

1 WHITNEY SMITH, 1976 : 8

2 Dominique Simonnet, Le Petit Livre des Couleurs, 2005

11

scène le drapeau national en le remplaçant en papier hygiénique. Toutes les polémiques qui s'ensuivirent démontrent bien d'une part la sacralité d'un tel symbole (qui au demeurant reste absent de l'espace public), et d'autre part les réactions aussi diverses qu'inattendues que sa modification et même les sévices qu'il subit, entrainent. Le paradoxe est donc bien sensible ici, pourquoi l'on hurle à l'hérésie seulement et seulement si le drapeau est jeté au dernier niveau dans la fosse des loups. Les Etats-Unis en ont même tiré un néologisme juridique : la « flag desecration » qui est sanctionné pénalement, visant à punir ceux qui brûlent le drapeau national, ou lui font subir des maltraitances1.

« On se rend généralement pas compte du sérieux que postule l'emploi des drapeaux »2. Ce n'est en fait que lorsque le drapeau qui nous représente est mis en danger, brûlé, modifié, que l'on y porte notre regard. Chacun d'entre nous ne connaît pas toujours la signification des couleurs de son drapeau (particulièrement en France), de ses insignes, mais chacun de nous condamne quand il est brûlé, ou quand quelqu'un d'autre en dehors de la communauté s'en empare. Brandir un autre drapeau dans un pays qui dispose déjà d'un drapeau est également source de débats.

Le changement de drapeau peut même être une affaire d'Etat, tant sa force symbolique anime les foules. Pensons au débat actuel en Australie sur l'adoption d'un nouveau drapeau pour supprimer symboliquement l'allégeance à la couronne britannique (présence de l'Union Jack dans le canton) qui est fortement sources de discordes entre partisans d'une nécessaire prise de position pour un camp dans le monde (ici le Royaume-Uni, a fortiori, les Etats-Unis) et les partisans d'une unification nationale reconnaissant la place prépondérante des aborigènes dans la construction du pays. Que l'on y adhère ou pas, le drapeau est l'affaire de tous car chacun possède sa vision de son pays et de ses intérêts.

IV - Paradoxe temporel

Celui-ci se forge sur l'idée reçue que lorsque les régimes politiques changent, les drapeaux changent. On a coutume de penser qu'il est toujours nécessaire de modifier les symboles quand le temps l'impose. C'est ici que se situe ce paradoxe temporel : les temps changent, mais les drapeaux n'en font qu'à leur tête. Le drapeau a évidemment des liens avec les régimes qui l'utilisent, mais sa logique lui est finalement propre, car c'est celle des hommes, et la logique des hommes est parfois insaisissable.

Imaginons le nombre incalculable de drapeaux qu'il aurait fallut inventer dans l'Afrique postcoloniale si l'on s'en tient aux nombres de régimes renversés, de coups d'Etat, et de la multiplication des régionalismes. Le fait est que les drapeaux africains ont peu - ou pas - changé depuis l'indépendance des Etats africains. Plus de quatre vingt coups d'Etat « réussis » sans compter ceux avorté, ou non aboutis. En parallèle, depuis les indépendances africaines après la période coloniale, seuls une dizaine de ces Etats ont modifié voire changé leur drapeau de manière significative (Ghana, Rwanda...). Ce décalage entre renversements de pouvoir et changements de drapeaux nous indique combien le drapeau est un objet

1 Civil liberties, « Flag Burning Laws - Historic of U.S Laws against Flag Burning »

2 WHITNEY SMITH, 1976 : 8

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symbolique singulier et que nous ne devons pas le traiter de manière exhaustive. Autre exemple, il est récent, celui de la Tunisie et de l'Egypte. Forts de leurs révolutions respectives, on aurait pu imaginer, comme ce fut le cas en Libye, que le choix d'un nouveau drapeau aurait pu concrétiser symboliquement le renversement des régimes répressifs passés. Il n'en a pas été question. C'est bien ici que réside ce paradoxe : les régimes changent (et même sont même renversés dans le sang), mais les drapeaux demeurent les mêmes. Lorsque le drapeau est sujet de discussion, c'est bien lorsque l'on a épuisé tous les recours possibles à d'autres solutions de type consensuel. Un changement de drapeau est toujours significatif.

C'est toute l'ambiguïté des drapeaux : ils peuvent changer pour des changements politiques qu'on pourrait qualifier de « mineurs », mais ils ne se modifient pas toujours lors de grands bouleversements géopolitiques (Printemps Arabe).

De la même façon, le drapeau tricolore est toujours imbibé du blanc de la royauté et de ses heures les plus sombres de son histoire de la Deuxième Guerre Mondiale. Le drapeau russe repris par Elstin à la chute de l'URSS reprend le drapeau des tsars. N'y-a-t-il pas là un paradoxe, suggéré par un attachement au drapeau dans le temps, alors que celui-ci peut également incarner des tragédies ou des heures sombres du pays représenté ?

Un drapeau se forme dans le temps et force est de constater que plus le drapeau est ancien, moins il n'est remis en question. Pourtant, à une vitesse effroyable, le temps fait insérer le drapeau dans le cours de l'Histoire et dans ses heures les plus glorieuses comme dans les plus sombres. Le drapeau des Etats-Unis était la marque du libérateur et de la liberté pendant la Seconde Guerre Mondiale, peut-on en dire de même aujourd'hui, au vue de la haine qu'il inspire chez certains pays islamistes. Les vicissitudes du drapeau sont souvent à double tranchant : soit le drapeau ressort de ces tribulations renforcé et stabilisé, soit il demeure connoté et doit ainsi être remplacé (au Rwanda par exemple).

Comment dès lors comprendre pourquoi dans certaines sociétés le drapeau change plus souvent que dans d'autres ? Comment dès lors comprendre la stabilité d'un drapeau alors qu'il peut être trempé dans le sang et haï ?

V - Des paradoxes éclairants

Pourquoi avoir relevé tous ces paradoxes et fausses idées autour du drapeau ? Simplement, le terrain de l'étude des drapeaux est semé d'embûches de toutes sortes. Des idées reçues, des généralisations, la non prise en compte de la singularité de chaque drapeau, son caractère matériel dérisoire, peuvent masquer son originalité et sa force symbolique.

Son absence dans l'espace public ou sa présence en abondance sont toujours remarquées. L'original drapeau national se confond désormais avec les formes dérivées de ce même drapeau. Les actes puis les réactions concernant la mise en scène tragique, indécente, ou bien même le changement d'un drapeau rappelle à tous sa force symbolique, quand bien même les hommes semblent ne pas toujours y vouer un quelconque intérêt. Enfin, cette formidable capacité à durer dans le temps contraste avec les chamboulements politiques chroniques.

13

Ces remarques nous amène en vérité à une seule et même idée : le drapeau est un élément non seulement constitutif de nos sociétés, mais il semble en mesure de pouvoir décupler les émotions qu'il suscite (dans les stades, ou lorsqu'il est en danger). Il ne peut être traité de façon univoque. Après avoir soulevé tous ces questionnements sur le drapeau, il est temps désormais de s'intéresser à ce qu'est le drapeau, et surtout dans quel système conceptuel il peut s'insérer pour comprendre son impérissable impact dans les esprits.

14

CHAPITRE SECOND

LE DRAPEAU DANS LE CADRE CONCEPTUEL

DE JEAN GOTTMANN

I - La dialectique circulation/iconographie et sa

substitution réseaux/territoires

S'il est surtout connu pour son concept de « mégalopolis », Jean Gottmann a développé une réflexion avant-gardiste sur les relations entre l'espace géographique (espace habité par les hommes) et la politique1. Son livre majeur La Politique des Etats et leur Géographie2 est ainsi l'expression menée à son but ultime de sa pensée. Longtemps marginalisée, en lien avec un relatif retrait de la Géopolitique encore trop connotée à la Geopolitik allemande durant les années 1950-1980, la pensée de Jean Gottmann propose une refonte méthodique de la pensée géopolitique dans laquelle le drapeau occupe une place prépondérante dans le cadre d'un système ingénieux. Il propose ainsi un cadre conceptuel qui structure l'espace géographique en perpétuel mouvement.

Peu de géographes, ou de géographes politiques, ou même de géopoliticiens n'ont abordé, ni intégré la question des symboles dans la géopolitique autant que Jean Gotttmann ne l'a fait. En outre, aujourd'hui encore, la place des symboles en géographie est encore marginalisée, à l'image du peu d'études réalisées sur les drapeaux en France. La vexillologie reste encore à l'heure actuelle une discipline en marge de l'héraldique par exemple, et ne s'intègre que trop peu dans les problématiques géographiques.

Le raisonnement de Jean Gottmann obéit à une seule question philosophique qu'il applique à la géographie : celle de la continuité du changement3. A cette question, son point de départ pour son application dans la géographie politique, est ce qu'il nomme le « cloisonnement du monde ». La métaphore de la boule de billard pour incarner la terre fait apparaître à Jean Gottmann l'impossibilité pour l'espace géographique d'être « lisse ». Il existe un espace géographique segmenté, fragmenté par des cloisons (d'un point de vue matériel des frontières). Et toute sa pensée se porte sur l'étude de l'évolution de ces cloisons, qui créent alors des régions (qu'on appelle nous pays), ce qu'il nomme lui l'évolution des régionalismes4.

1 Lire Georges Prévélakis, « Jean Gottmann » dans Jacques Lévy, Michel Lussault (sous la direction), Dictionnaire de la Géographie et de l'espace des Sociétés, Belin, Paris, 2003, p. 414-416.

2 Publié en 1952, sans réception extraordinaire. La géopolitique est encore marquée du fer de la « Geopolitik » allemande ayant conduit au désastre de la Seconde Guerre Mondiale

3 PREVELAKIS, 2001 : 47

4 Lire le chapitre VIII « Genèse et évolution des régionalismes », JEAN GOTTMANN, 1952 : pp.213-225

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C'est à ce moment que le géographe propose sa dialectique circulation/iconographie pour bien saisir toute la complexité des mouvances du cloisonnement du monde. N'importe quel régionalisme politique emprunte toujours la voie de cette dialectique.

Un régionalisme, a fortiori la formation d'un Etat, se meut donc entre deux systèmes : un système de mouvement, et un système de résistance au mouvement1, les deux demeurant évidemment dépendant l'un de l'autre. On ne peut donc pas étudier l'un sans l'autre. La question du drapeau doit donc être traitée dans cet ensemble théorique.

A - La circulation :

Le premier système est ce qu'il nomme la circulation. Il s'agit, dans la perspective vidalienne, du principe de changement2. Dans trois domaines3 (politique, économique et culturel) la circulation s'exerce sur l'espace géographique et « déstabilise » celui-ci. Elle le déstabilise dans le sens où elle opère des mouvements déstructurant un ordre géographique déjà établi. Gottmann nous parle ainsi du déplacement des « hommes, des armées, des idées [...] des marchandises, des capitaux, des marchés »4. La circulation désorganise puis réorganise ainsi l'espace géographique. Elle consiste à « déplacer » puis rassembler de nouveau autour d'un lieu privilégié pour ses capacités de captation de flux. Ces lieux se situeront aux croisements de voies de circulation. Ceux-là mêmes deviendront des privilégiés quand d'autres subiront les effets néfastes de la nouvelle donne géographique.

Habilement, au concept de circulation se substitue celui de réseaux5. Car qu'est-ce que la circulation si ce n'est un réseau de connections entre plusieurs lieux déjà créés par les évolutions de la circulation. C'est donc une double dynamique que la circulation provoque sur l'espace géographique : elle désorganise et décloisonne par ses mouvements aussi inattendues que multi-scalaires (migrations de populations, de marchandises...), puisqu'elle restructure tout un espace, et elle met en connexion ces espaces par le biais des nouveaux réseaux qu'elle élabore.

Malgré sa capacité à se renouveler en permanence, la circulation reste dans une certaine mesure déterminée par des contraintes physiques6. La circulation n'est donc pas totalement libérée des contraintes physiques. En effet, les voies navigables restent de formidables canaux de circulation tant qu'elles ne sont pas objets de convoitises entre deux Etats pour son contrôle. Et même si le progrès technique permet de ne plus tenir compte du tout des données physiques, il n'en reste pas moins que la mémoire des influences physiques demeurera7.

La circulation demeure donc une force déstabilisante pour les sociétés, qui doivent en réponse proposer des mécanismes de protection et de défense de leurs intérêts. Face aux déséquilibres géographiques que la circulation entraine (par exemples des différences de richesses entre

1 JEAN GOTTMANN, 1952 : 214

2 PREVELEAKIS, 2001 : 43

3 JEAN GOTTMANN 1952 : 215

4 JEAN GOTTMANN, ibid

5 PREVELAKIS, 2001 : 47

6 JEAN GOTTMANN, 1952 : 215

7 PREVELAKIS, 2001 : 44

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deux lieux d'une même région ou d'un même pays), il faut, pour l'autorité politique en place, maintenir une certaine cohésion sociale, une cause nationale, pour éviter les ardeurs sécessionnistes.

B - L'iconographie :

C'est tout le rôle de l'iconographie, dans lequel s'insère notre drapeau. Trop de changements dus à la circulation seraient fatals pour les sociétés humaines, celles-ci se sont donc dotées d'un instrument de résistance : l'iconographie. Le terme d'iconographie, dont l'origine byzantine1 rappelle la fonction religieuse, renvoie de manière générale à l'ensemble de « tenaces attachements à des symboles, parfois fort abstraits »2 d'une communauté. L'iconographie, au lieu d'être un facteur de décloisonnement, est un facteur de cloisonnement de l'espace géographique3.

Ces symboles forment alors un socle sociétal vers lequel l'ensemble des individus formant une communauté, et/ou une nation, converge face au changement. C'est même un « ciment solide » qui « lie les membres de la communauté qui acceptent la cohabitation sous la même autorité politique »4. Acquis dès le plus jeune âge, ce besoin de symboles répond au besoin de remplacer les frontières « matérielles » trop poreuses, par des frontières dans les « esprits ». C'est tout le sens de la célèbre formule « c'est ainsi que les cloisons les plus importantes sont dans les esprits »5. Jean Gottmann rajoute même que l'iconographie est le « noeud gordien »6 de la communauté nationale. En effet, plus cette iconographie nationale est vivace, plus la communauté est liée, plus il est facile pour le pouvoir politique de s'opposer aux effets néfastes de la circulation. De la même façon, une iconographie nationale surabondante est peut-être plus facilement sujette à l'instrumentalisation politique (pensons à l'époque nazie en Allemagne). Mais une iconographie nationale fluctuante, sans racines structurelles, peut également constituer une coquille de résistance vide facilement exploitable pour d'autres iconographies concurrentes.

L'on constate vite dans ce concept d'iconographie, et Jean Gottmann le fait justement remarqué, un apparentement au concept de « genre de vie » de la géographie vidalienne. Jean Gottmann le cite lui-même parlant de l'iconographie comme « une auto-défense d'un genre de vie »7.

1 Lire à ce sujet M.Bruneau, 2000, « De l'icône à l'iconographie, du religieux au politique, réflexion sur l'origine byzantine d'un concept gottmanien », Annales de Géographie, n°616, Paris, pp. 563-579

2 JEAN GOTTMANN, 1952 : 220

3Voici une définition de l'iconographie donnée par Jean Gottmann: «L'iconographie, ensemble des symboles, abstraits et concrets, qui résument les croyances et les intérêts communs à une collectivité, constitue le ciment donnant sa cohésion et sa personnalité politique à cette collectivité; elle est donc un facteur de stabilisation politique, un mole de résistance au changement, à moins que celui-ci ne soit sous une forme dynamique introduit dans l'iconographie même de la collectivité». Jean Gottmann, «La politique et le concret», paru d'abord dans Politique Étrangère, Paris, 1963, nos 4-5, p. 273-302 et publié à nouveau dans id., p. 55-76, p. 62-63.

4 JEAN GOTTMANN, 1952 : 220

5 JEAN GOTTMANN, ibid

6 JEAN GOTTMANN, ibid

7 JEAN GOTTMANN, 1952: 156-157

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L'iconographie nationale se divise en trois branches : « la religion, le passé politique, et l'organisation sociale »1. Ces branches iconographiques, par leurs actions limitatives de la circulation, enracinent un peuple sur son territoire, et participent de l'instauration et de la stabilité d'une autorité sur un territoire (« facteur de stabilisation politique »2). Ces symboles sont donc l'appendice de toute formation d'une entité politique sur un espace donné, de sa stabilité et de sa pérennité.

A l'instar de la circulation qui peut devenir réseau, l'iconographie dérive vers la notion de territoire. Puisque l'iconographie permet de fixer, de créer un lien vertical entre un espace et un peuple, ne doit-on pas parler de processus de territorialisation, aboutissant à la formation du territoire d'un peuple ? L'iconographie érige des frontières dans les esprits, bien plus que dans les faits matériels, elle devient ainsi une machine à créer un « nous » qui habitons dans ces frontières spirituelles partagées (sur notre territoire), et des « autres » en dehors de ces cloisons mentales3. C'est toute la définition du territoire en géographie. Il devient un espace vécu puis sacralisé4.

L'iconographie n'est pas toujours autant stabilisante que l'on pourrait l'imaginer. « Les symboles de l'iconographies ne sont pas rivés au sol »5. En effet les iconographies se diffusent par les voies de la circulation. Elles ne sont d'ailleurs pas inactives. Elles peuvent se modifier, pour le besoin inévitable de changement (« elles ne sont pas inamovibles »6). Toutefois, il s'agit de symboles tenaces. Intervenir de façon trop radicale et directe en changeant les iconographies revient à risquer l'implosion du socle de cohésion sociale d'un Etat. Jean Gottmann rajoute : « refaire les iconographies, c'est refaire les esprits »7.

C - L'association de cette dichotomie.

Evidemment, ces deux pôles, ces deux dynamiques se confrontent, ils sont concurrents, et établissent un rapport de force.

Lorsque la circulation est plus forte, l'iconographie s'adapte. L'exemple de l'Union Européenne (UE) est significatif8. Au profit d'une libre circulation des hommes et des marchandises, une monnaie unique est crée l'euro (la plus signifiante des iconographies européennes) et ... un drapeau européen est instauré.

A l'inverse, lorsque que les iconographies nationales sont vivaces, la circulation fait face à la matérialisation des frontières mentales : érections de murs, douanes, contrôles aux frontières, jusqu'à la fermeture totale d'un Etat (Corée du Nord actuelle).

1 JEAN GOTTMANN, 1952 : 220

2 JEAN GOTTMANN, 1952 : 221

3 On pense ici à l'ouvrage de Tzvetan Todorov, 2008, La Peur des barbares, au-delà du choc des civilisations, Robert Lafont, Paris

4 cf Armant Frémont, 1999, La région, espace vécu, collection Champs, éd Flammarion, 288p

5 JEAN GOTTMANN, 1952 : 223

6 JEAN GOTTMANN, 1952 : 158

7 JEAN GOTTMANN, 1952 : 157

8 Lire à ce propos Georges Prévélakis, 2004, «L'Europe, territoire ou réseau?», R. Frank, R. Greenstein (sous la direction), Gouvernance et identités en Europe , Bruyland, , L.G.D.J., Bruxelles, Paris, 2004, p. 53-60.

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Pourtant concurrents, ces deux facteurs d'évolution du cloisonnement du monde sont par ailleurs concordants. La circulation peut conduire au cloisonnement. Reprenons l'exemple de l'Union Européenne : outre l'ouverture des frontières, la circulation participe de la construction iconographique de l'UE. Pareillement, l'iconographie peut devenir facteur de décloisonnement. On pense à de nombreux Etats nouvellement crées, qui ont décloisonné leur territoire par la mise en place d'une iconographie nationale reléguant au second plans les iconographies de régionalismes, dans le seul but d'une unification nationale.

Plus loin encore, et c'est pour ainsi dire la démonstration finale de la combinaison de ces deux dynamiques de mouvement et de résistance au mouvement, Jean Gottmann constate qu'un lieu privilégié fait la synthèse de ces deux systèmes : le carrefour. (« Quel est le noeud essentiel, organisateur de la circulation? Le carrefour. Où rencontre-t-on le plus souvent les grands monuments religieux? Aux carrefours »1). En effet, le carrefour devient un carrefour, car il se trouve au centre de flux et de réseaux. Ce lieu devient alors une base de projection iconographique, de cloisonnement puis de territorialisation.

A première vue antagonistes, les deux couples circulation/iconographie et réseaux/territoires deviennent compatibles, et finalement s'entraident dans une même destinée : le temps. Le temps est ainsi marqué par du changement mais également par des continuités. Il a ainsi constaté le renouvellement de réseaux (des grandes voies maritimes de circulation aux réseaux internet), et les vicissitudes des territoires.

Cette longue mais nécessaire exposition schématique de la pensée de Jean Gottmann nous amène donc désormais à trouver la place précise du drapeau dans cette théorie.

II - La place du drapeau dans ce cadre conceptuel

Jean Gottmann le cite lui-même, le drapeau prend évidemment part à l'iconographie nationale. S'intéresser à l'origine du drapeau, c'est remonter vers les origines iconographiques d'une communauté, et suivre de la genèse à ses évolutions les tribulations des territoires. Etudier l'attachement, voire dans certains cas le culte voué au drapeau national, c'est également confronter l'iconographie avec le domaine psychologique. Le drapeau se voit, se montre, il entre dès lors dans le conscient ou l'inconscient des hommes.

Le drapeau occupe en vérité une place particulière dans l'iconographie nationale. Si l'on devait hiérarchiser, il occuperait certainement le plus haut rang symbolique. Jean Gottmann pense que l'iconographie s'établit sous trois pôles dominants: dans la religion, dans le passé politique, et dans l'organisation sociale de la société. Force est de constater que le drapeau correspond de manière significative à ces trois déclinaisons de l'iconographie. Ce n'est pas le cas de toutes les iconographies. Dans la religion, le drapeau est rassembleur des fidèles, il fut même un étendard pour les croisades. Dans le passé politique qui se confond dans certaines sociétés avec le passé militaire, les images et les faits politiques sont directement associés aux drapeaux (la Révolution de 1789 est désormais associé au drapeau tricolore, tout comme les Trois Glorieuses immortalisées par Delacroix dans sa « Liberté guidant le peuple », par

1 JEAN GOTMMANN, 1952 : 222

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ailleurs ne trouve-t-on pas encore en l'Eglise Saint-Louis des Invalides les étendards pris à l'ennemi lors de conquêtes françaises ?). Enfin, dans l'organisation sociale, pas une seule manifestation ou événement culturel ou sportif n'est pas accompagnée de drapeaux. Ces marques du drapeau dans l'iconographie place incontestablement celui-ci comme haut représentant des systèmes d'auto-défense des sociétés.

Si l'on suit la logique gottmanienne, le drapeau est donc un outil de résistance à la circulation, cette dernière déstabilisant les sociétés. Brandir son drapeau national est un signe fort : il s'agit bien de montrer à quel point les effets de la circulation ne sont plus supportables pour les sociétés. Pas seulement. En effet, arborer le drapeau national ne signifie pas toujours une opposition. C'est bien là la subtilité du raisonnement de Jean Gottmann. L'on peut agiter le drapeau pour justement faire l'inverse : provoquer du changement1. Et c'est ici que réside le pouvoir du drapeau : même s'il s'agit d'une solide iconographie, elle ne tend pas toujours vers la stabilisation d'une société. Elle peut se mettre au diapason du changement.

Toutes les manifestations sociales dans le monde entier sont des exemples éloquents. Toujours, dans ces événements nationaux, le drapeau national est brandi. En vérité, le drapeau obéit à une double dynamique iconographique. La première est le système de défense. Si l'on agite le drapeau, c'est pour se protéger. L'on manifestera alors pour contrer un gouvernement jugé complice des velléités nocives de la circulation. On associera souvent, dans cette logique, au drapeau national un drapeau rouge exprimant le rejet total d'un système capitaliste évocateur de la circulation2. L'agitation du drapeau, dans cette optique, est donc une façon d'exprimer la volonté d'être protégé. La seconde répond à un besoin de changement qui est en fait en parfaite symbiose avec le besoin d'auto-défense vu précédemment. En effet, si l'on souhaite initialement se protéger, c'est que dans un second temps, il faut changer. Et au nom de ce drapeau, aux valeurs qu'il véhicule, à la spécificité nationale qu'il incarne, et aux batailles militaires et sociales que le drapeau - a fortiori le pays - a traversées, il faut changer un système politique contre lequel on se bat. Le drapeau devient alors objet de revendications pour le changement. Ces deux mécaniques se conjuguent parfaitement ensemble.

De plus, le drapeau comme iconographie peut se retrouver artisan de la circulation dans des visions géopolitiques et dans l'expression de puissance. L'exemple du drapeau des Etats-Unis est manifeste. Au service d'un « soft power »3 visant à standardiser dans le monde entier ses propres normes, le drapeau américain a largement servi les intérêts des Etats-Unis dans cette quête de puissance. Ce n'est pas le drapeau, à proprement parlé dont on parle ici, mais de ses dérivés, de ces vignettes, de ces marques célèbres qui reprennent en fond les couleurs, les formes, voire même le drapeau américain en fond d'étiquette. En vérité le drapeau des Etats-Unis est entré dans une logique de circulation généralisée des standards américains par le biais des marchandises, des idées, et des capitaux pour servir la projection de puissance états-unienne. Le drapeau créé une « marque »4 Etats-Unis. C'est toute la théorie de Joseph Nye1

1 PREVELAKIS, 2001

2 cf chapitre « Le drapeau rouge » in Luc Doublet, 1987, L'Aventure des drapeaux, éd Le Cherche Midi, Paris, 192p

3 cf Joseph Nye, Soft Power: The Means to Success in World Politics, 2004

4 Au sens où Michel Foucher l'emploie dans son dernier ouvrage La Bataille des Cartes, la « marque » comme la reconnaissance internationale volontaire ou involontaire de la supériorité d'un Etat dans tel ou tel domaine.

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matérialisée par le drapeau. Il est désormais utilisé pour standardiser les produits des Etats-Unis dans le monde entier. Il est devenu une marque, un repère de la puissance américaine en dehors des actions militaires bien évidemment. Plus le drapeau et ses dérivés sont présents sur des étiquettes ou sur d'autres supports publicitaires, plus la puissance états-unienne s'en trouve renforcée. Le drapeau national sort donc de son rôle prépondérant « d'iconographie des iconographies » pour devenir fer de lance de la diffusion d'une iconographie (d'un modèle social) par la circulation à l'échelle mondiale.

C'est grâce à cette double mécanique que l'on peut certainement dire que le drapeau occupe une place privilégiée dans les iconographies nationales. En effet, les autres types d'iconographies (religion, coutumes...) demeurent trop centrés sur un domaine iconographique. Le drapeau possède cette faculté de se décliner puis de se propager dans n'importe quel domaine iconographique, et surtout de subtilement être un facteur de stabilisation politique voire même d'auto-défense, mais également un messager au service du changement. D'ailleurs, la structure d'un drapeau sur un mât immobile, statique, stable, combiné au tissu lui-même qui se déploie aux vents, aux changements, peut nous rappeler ce double-rôle que tient le drapeau, au service de l'iconographie mais qui sait se mettre au diapason du changement.

Enfin, Jean Gottmann faisait justement remarquer que le point de rencontre entre la circulation et l'iconographie était le carrefour. L'on fera seulement remarquer qu'à l'heure actuelle, les drapeaux les plus visibles se trouvent le plus souvent à des intersections : là où les voies de circulation se croisent, et là où les bâtiments publics et cultuels se sont le plus implantés. Le drapeau peut être ainsi considéré comme la clé de voûte de l'association chronique entre la circulation et l'iconographie. Le tout sans n'être jamais remis en question.

Toute la question est maintenant de comprendre comment le drapeau national atteint-il ce rang d'objet social, politique et géographique que l'on pourrait qualifier « d'intouchable ».

1 cf Joseph Nye, Soft Power: The Means to Success in World Politics, 2004

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CHAPITRE TROISIEME

LES RACINES DE L'ATTACHEMENT AU

DRAPEAU

I - Territoire et drapeau

Comprendre l'impact général du drapeau, le respect et la dignité qu'il inspire, l'énergie et le courage qu'il transmet, l'unité collective et la gloire passé qu'il immortalise, c'est simplement étudier la genèse et l'évolution d'une iconographie. C'est comprendre par quels processus le drapeau, dans un système iconographique national, parvient à se rendre légitime aux yeux de tous, perdurer dans le temps, devenir objet quasi sacré, et repère spatial hautement symbolique.

La première idée qui vient à l'esprit est l'association presque spontanée entre le drapeau et le territoire. On suit toujours la logique de Jean Gottmann. L'on évoquait plus haut le rapport racinaire qu'entretenait un peuple avec son territoire avec les iconographies. Le drapeau en est l'expression ultime. En effet, le drapeau comporte en lui des représentations spatiales. Par syllogisme presque inconscient, l'on associe toujours à un territoire un drapeau (n'associe-t-on pas à l'école encore maintenant un pays avec un drapeau ?). L'on pourrait même parler de carte mentale directement inspirée du drapeau. Le drapeau devient alors - en plus d'être l'opérateur d'association d'un peuple et de son territoire - un, si ce n'est LE repère spatial par excellence. J'aperçois un drapeau, je le confronte directement à mes frontières mentales, qui engendre une cartographie mentale. D'où l'expression de « cloisons dans les esprits ». Le drapeau agit donc ici comme l'agent repère entre les esprits (les hommes) et leur territoire. Le drapeau opère une territorialisation objective et subjective d'un espace. C'est là toute sa puissance.

Objective, il en va de soi tant le drapeau est présent aux postes frontières, sur les édifices publics... Subjective, dans la mesure où il enclenche un ensemble de syllogismes mentaux chez n'importe quel individu, avec comme fin ultime la sensation unique d'être sur son propre territoire qu'il faut interdire aux autres, ou plutôt le filtrer. Le territoire se substitue objectivement et subjectivement aux drapeaux, aux iconographies. C'est tout le sens de la pensée de Jean Gottmann : « donner un sentiment entre la nation et le territoire »1.

II - Drapeau et désir territorial

Jean Gottmann évoque l'inévitable besoin de stabilité d'une société, parallèlement, il est difficile d'imaginer une société humaine sans drapeau. Derrière ces deux constantes se cache

1 JEAN GOTTMANN, 1952 : 220

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l'original pouvoir du drapeau : le drapeau se situe en amont et en aval de l'évolution des sociétés, de l'origine à l'achèvement en passant par les accrochages de l'Histoire. Il est le fidèle représentant des évolutions de chaque société. Et c'est parce que le drapeau est l'indéfectible fidèle de bout en bout des sociétés humaines, qu'il en devient pour les hommes leur absolu représentant. Ce constant report au drapeau pour les hommes, correspond au désir permanent d'être, ou de posséder un lieu à soi, son propre territoire.

Le territoire est l'ultime preuve d'intégrité physique des hommes. Il faut avoir son propre territoire. Mais à quoi ce « désir de territoire »1 correspond-il ? Ce désir de territoire répond en vérité à des besoins. Le premier est économique : posséder un territoire, c'est posséder ses richesses. Le second est d'ordre culturel : le territoire représente la propriété. Le troisième est purement stratégique : posséder un territoire est une expression de la puissance. Posséder un territoire perdu, c'est renouer avec un passé glorieux ou un temps jugée brillant. Mais surtout, posséder un territoire, c'est la possibilité de pouvoir s'épanouir. Le territoire est repère psychologique de l'Homme. S'il en possède un, où encore s'il en aperçoit un qui lui est familier, l'Homme se rassure. Enfin, le besoin de territoire obéit également à une logique de sécurité : si j'ai un territoire, si je me situe sur mon territoire, on ne peut pas m'en faire départir à la hâte. Mais quel rapport avec le drapeau ?

Il est simple : ce désir de territoire et l'ensemble des origines de ce désir, s'est mentalisé et en même temps doit pouvoir s'exprimer clairement. Et c'est ici qu'intervient notre bannière. Par de nombreux avantages inhérents, le drapeau est le catalyseur de ce désir et son expression la plus simplifiée et la plus lisible. En effet, planter le drapeau sur un territoire revient à matérialiser de la façon la plus symbolique qui soit, l'ensemble des besoins inhérents au désir de territoire. Le drapeau, incarnant symboliquement ces besoins, devient repère psychologique de l'Homme. Celui-ci évolue avec son drapeau, de l'enfance à la vieillesse, il s'émancipe avec son drapeau, tout comme il se meut avec et sur son territoire. Là encore, le drapeau sert de repère mental puis matériel de ce désir de territoire2.

III - Drapeau et imaginaire collectif3

Jean Gottmann faisait correspondre à l'iconographie des symboles parfois « fort abstraits » auxquels « l'attachement est tenace »4. Mais quelle est la nature de cet attachement ? Comment comprendre qu'une communauté, qui peut contenir des milliers et des millions d'individus, puisse adhérer à la même iconographie, au même drapeau ?

1 Evidemment on évoque ici la théorie de Francis Thual, largement développée dans son livre éponyme : Francis Thual, Le désir de territoire, Morphogénèses territoriales et identités, 1999, Ellipses, Paris. Il s'agit ici de mettre en évidence les liens existant entre le désir de territoire et le drapeau, lien qui n'est pas développé dans l'ouvrage de Francis Thual.

2 « le désir de territoire s'est mentalisé collectivement sous forme de représentation [on pense notamment au drapeau] » (THUAL, 1999 : 85)

3 Notion empruntés à B.Anderson, L'imaginaire collectif, 1995, La Découverte, Paris, oeuvre originale : B.Anderson, 1991, Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Revised and extended ed, London and New York

4 JEAN GOTTMANN, 1952 : 157

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Une explication de cette adhésion collective est esquissée par Jean Gottmann lorsqu'il emploie le terme de « sentiment »1 pour comprendre le rapport entre une iconographie, un espace géographique donné qui deviendra territoire, et un peuple. La nature de ce sentiment, qui déclenche la formation de « cloisons dans les esprits », est loin d'être spontanée. Un sentiment est de l'ordre du subjectif, du virtuel, de l'imaginaire. Comment alors faire cohabiter tous les « sentiments » de tous les membres d'une communauté ?

C'est ici qu'intervient le drapeau, au même titre que les iconographies, qui servent d'instrument de la communion des subjectivités de tous les membres d'une même communauté, qui de facto ne se connaîtront jamais tous2. C'est parce que je pense que mon voisin reconnait le même drapeau que moi qu'il est mon semblable, qu'il appartient à la même communauté que moi. De la même façon, tous les individus qui côtoient le même territoire que moi honorent le même drapeau. « Dans l'esprit de chacun vit l'image d'une communion »3. Cette « image de communion » est virtuellement une communauté, et concrètement un symbole matériel comme le drapeau. C'est un processus de « communauté imaginaire »4 qui se fait jour, dans laquelle les iconographies apparaissent comme les incarnations matérielles et/ou spirituelles du lien social virtuel ou imaginaire qui unit tous ces individus vivant sur le même territoire. Le drapeau occupe ainsi la place centrale de cette assimilation subjective à une communauté. Il est le repère matériel de toutes les subjectivités, qui combinées, forment un imaginaire d'une nation, un « imaginaire national »5, dont le drapeau accapare dans le réel le rôle unifiant. Il existe dès lors cette communion des subjectivités, fruit du sentiment que l'on s'émancipe tous de la même manière, et que l'on croit aux mêmes symboles. D'ailleurs, on pourrait même ajouter que le drapeau tient un rôle prépondérant dans ce que l'on pourrait appeler un « inconscient collectif » de la Nation. Cette dialectique conscient/inconscient se réalise au niveau des « motivations » humaines6. La gloire, l'honneur, le sacrifice font partie de ces « motivations » conscientes de l'utilisation du drapeau, alors que l'insatiable besoin d'appartenir à un groupe humain déterminé illustre les « motivations » inconscientes du ralliement au drapeau national.

Une fois réalisée, cette intersubjectivité doit être stabilisée, perpétuée, et consolidée par le drapeau, mais comment y parvient-elle ?

IV - Drapeau et quotidien

Jean Gottmann insistait sur la formidable propension des iconographies à s'installer, à se rendre légitimes, à se stabiliser, et surtout à se renouveler lorsqu'il l'était nécessaire. « Les iconographies ne sont donc pas inamovibles; elles se déplacent, tout en évoluant un peu à chaque transplantation, avec les courants de migration et autres faits de circulation »7. La

1 JEAN GOTTMANN, 1952 : 221

2 Constat réalisé par B.Anderson, 1996, L'imaginaire national, La Découverte, Paris

3 ANDERSON, 1996 : 23

4 Traduction de « imagining communities » (ANDERSON, 1995 : 12)

5 ANDERSON, 1995 :14

6 Pierre C. Lux-Wurm, Les Drapeaux de l'Islam de Mahomet à nos jours, 2001

7 JEAN GOTMANN, 1952 : 158

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capacité stabilisatrice d'une iconographie, par conséquent du drapeau peut se mesurer par le degré d'assimilation consciente ou inconsciente de cette iconographie.

La force du drapeau est d'être à la fois « présent partout, visible nulle part »1. En effet, le drapeau se fond dans les paysages, se mêle à l'urbanisme. On le trouve ainsi, sans y prêter une attention particulière, sur les édifices publics, sur des vitrines de commerces... Au contraire, l'on est interpellé par son déploiement, que l'on peut juger excessif parfois, lors de commémorations, de journées symboliques nationales (passations de pouvoir, célébrations d'anniversaires de la Nation...), ou encore de cérémonies officielles. Nous relevons ici en réalité la capacité d'intégration et d'assimilation rapide du drapeau dans les esprits de façon à la fois consciente et inconsciente.

Consciente, car il est impossible de ne pas le voir lors de ces grandes fêtes nationales. Il s'agit des drapeaux dont la fonction est purement symbolique, celle que Raymond Firth2 nommait « symbolic function », que l'on catégorise comme des « waved flags »3 ou « saluted flags »4 (traduction difficile). C'est le drapeau qui flotte, celui qu'on voit nécessairement et pour lequel nous possédons de l'inclination et du respect. C'est le drapeau qui parle. Il donne ainsi du sens à la Nation dont il est le digne représentant. On le retrouvera par exemple sur des cercueils des soldats morts au combat, ou en fond d'écran lors d'interventions télévisées.

Les autres drapeaux, ceux que l'on ne voit pas, présents et invisibles à la fois, car faisant partie du paysage mais pas mis en valeur, et qui s'insèrent au champ de l'image, ont une fonction signalétique (« signaletic function » chez Firth). Ils sont généralement catégorisés comme « unwaved flags »5 ou « unsaluted flags » pour s'opposer aux drapeaux sacrés. Ce sont ces drapeaux que l'on voit quotidiennement sans n'y prêter aucun égard et qui deviennent des drapeaux de la routine (« routine flags »6) qui ne donnent pas du sens à la nation mais en contiennent. Inconsciemment, ces drapeaux invisibles interpellent notre esprit.

Mais ces drapeaux routiniers, au même titre que ceux que l'on sacralise, ont un impact dans notre esprit et participent de la formation et de la stabilisation d'une iconographie nationale. En effet, les différences structurelles du drapeau (nature sacrée du drapeau et nature routinière), dont l'oeil se fait le témoin, agissent en faveur d'une relation permanente entre une Nation et son peuple. C'est la fonction phatique du drapeau7 : il maintient continuellement le

1 On utilise volontairement cette citation de Gustave Flaubert, qui lui parlait de la présence de l'auteur dans son texte : « L'auteur, dans son oeuvre, doit être comme Dieu dans l'univers, présent partout et visible nulle part », in Gustave Flaubert, Correspondances, vol II, 1980, coll « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, Paris, p 204. Il en est de même ici : le drapeau a créé une identité, et pourtant on ne le voit pas forcément comme l'artisan de cette identité.

2 Ethnologue néo-zélandais qui a développé sa théorie sur les impact du drapeau dans le quotidien en distinguant « symbolic flags » et « signaletic flags », in Raymond FIRTH, 1973, Symbols : Public and Private, George Allen&Unwin, London.

3 On peut traduire cette idée de Michael Billig comme le drapeau qui flotte, celui devant lequel on se prosterne, le drapeau sacré, déployé lors des grandes occasions (BILLIG, 1995 : 39-43)

4 Id, ibid

5 BILLIG, 1995 : 40, traduction difficile, on pourrait dire les drapeaux « coutumiers ».

6 Ibid, p.41

7 Lire à ce sujet une étude du drapeau turc, où la fonction phatique du drapeau est abordée : Claire MAUSS-COPEAUX et Etienne COPEAUX, 1998, « Le drapeau turc, emblème de la nation ou signe politique ? », Cahiers d'Etudes sur la Méditerranée Orientale et le monde Turco-Iranien (CEMOTI), n°26, pp. 271-291, Paris

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lien entre un locuteur (ici la Nation ou le pouvoir en place) et son interlocuteur (son peuple). Roman Jakobson voyait dans la fonction phatique du langage le moyen de « vérifier que l'attention de l'interlocuteur [...] ne se relâche pas »1. Dans notre cas, le drapeau assure et mesure en affectivité la liaison permanente entre la Nation et le peuple. Le drapeau balise la Nation, il l'a présente au peuple, jusqu'à ce que celui-ci y adhère.

V - Drapeau et « nationalisme ordinaire »2

Baigné dans un océan conscient et inconscient de drapeaux, l'esprit développe alors une sensibilité et un attachement accrus pour le drapeau, et par conséquent pour le pays qu'il représente. C'est ici toute l'origine d'un nationalisme normalisé ou ordinaire3 (« banal nationalism »), qui confère au drapeau un caractère d'intouchable. En effet, il ne s'agit pas là d'un nationalisme agressif, mais plutôt passif. Un nationalisme qui ne s'exprime que lorsque le drapeau, ou les iconographies nationales sont jugés maltraités par la population. C'est tout le sens des nombreuses réactions, parfois violentes, générées lorsque le drapeau qui nous représente est brûlé. Le drapeau jouit ainsi d'un culte conscient ou inconscient, volontaire ou involontaire qui se nourrit de ce « nationalisme ordinaire », qui le maintient dans cette position d'intouchable. Ce qui est étonnant ici, c'est de s'imaginer que le drapeau est à l'origine de ce nationalisme ordinaire, qu'il l'entretient, et qu'il peut l'exprimer si il est victime d'actes répréhensibles.

Sans rentrer dans les tréfonds du nationalisme ordinaire, il nous faut cependant faire remarquer que par ce processus d'assimilation consciente et inconsciente du drapeau, celui-ci réalise une double opération. D'abord il s'impose de lui-même et par lui-même au peuple (il sert donc ses propres intérêts), et se pose ensuite comme le levier de l'adhésion d'un peuple à l'autorité qui le gouverne. En servant de thermomètre politique et social d'une Nation, le drapeau impose son once de respect. Dès lors, l'iconographie nationale se dote d'un outil qui lui confère un pouvoir de stabilisation politique supplémentaire. La Nation s'assure ainsi de l'agrément de son peuple face aux enjeux de la circulation.

VI - Drapeau et récupération politique

Evidemment, il existe un certain danger dans ce « nationalisme ordinaire », c'est que celui-ci devienne plus agressif. Comment ? Et bien c'est toute la place centrale occupée par le drapeau dans cette évolution. Cette fois-ci le drapeau se retrouverait en position de vecteur d'ambitions politiques de manipulation. Dans ce cas, c'est le politique qui se sert du drapeau et de ses composantes à des fins très clairement stratégiques, non seulement pour asseoir son autorité, mais également susciter l'animosité envers un ennemi commun, pour éventuellement

1 Roman Jakobson, 1960, « Closing statements : Linguistic and Poetics », Style in language, T.A Sebeok, New York, traduction de Nicolas Ruwet, 1963, « Linguistique et Poétique », Essais de linguistique générale, Editions de Minuit, Paris.

2 Concept repris à Michael Billig, Banal Nationalism, 1995

3 Traduction différente d'une étude à l'autre : il s'agit du nationalisme banal pour Pascal Ory dans sa conférence tenue à l'ENS-Paris en 2006 intitulée « L'histoire culturelle face à l'image : le drapeau, un enjeu oublié ? ». Vincent Martigny préfère lui la traduction de nationalisme ordinaire (cf « Penser le nationalisme ordinaire », 2010, Raisons Politiques n°37, pp 5-15. Ce mémoire préfère utiliser cette seconde traduction plus « francisée ».

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faire oublier le caractère autoritaire de cette politique. Il s'agit d'instrumentaliser le drapeau, pour instrumentaliser les peuples. Comment ? Simplement en le multipliant. On rappellera à cet égard deux données de l'Histoire : on ne peut pas ne pas associer le IIIème Reich sans les drapeaux nazis et leur profusion lors de grandes réunions nationales comme à Nuremberg. De la même manière, on n'imagine pas les congrès géants du parti communiste dans l'ex-URSS sans un foisonnement de drapeaux rouges. Il y a derrière cela une marche en avant d'un nationalisme ordinaire vers un nationalisme agressif, dans laquelle le drapeau est directement impliqué par sa puissance fédératrice et par l'imaginaire collectif qu'il génère. Sa multiplication dans l'espace public suivant le cours d'une propagande, va parallèlement décupler les émotions vers l'agressivité. Pas toujours bien évidemment, le nationalisme ordinaire ne converge pas toujours vers un nationalisme agressif, mais nous devons souligner cette dérive, dont le drapeau en est une, sinon la cause involontaire.

Le drapeau n'est tellement pas dérisoire, tellement associé à l'identité, tellement associé à un territoire, à son propre territoire, que son pouvoir n'en peut être que démultiplié. Les grands mouvements de l'Histoire ont prouvé qu'avec les drapeaux, certains régimes possédaient en plus de la force, une image. On évoque souvent l'exemple des Romains, les premiers à défiler dans les villes conquises toutes bannières déployées. Ces démonstrations de force participaient à créer une image d'invincible armée. Les régimes politiques n'ont jamais sous-estimé la force du drapeau, jusqu'à s'en servir de propagande.

Drapeau nazi utilisé à des fins de propagande : un exemple de récupération politique du drapeau

Source : urba-actu.blogspot.fr

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CHAPITRE QUATRIEME

LA FORMATION D'UN DRAPEAU : UN

PROCESSUS GEOPOLITIQUE

Un changement de drapeau, dans la vision gottmanienne, est directement conditionné par un rapport de force entre circulation et iconographie tendant vers la première. Lorsque le décloisonnement s'opère de façon nette, l'iconographie, par conséquent le drapeau, doit s'adapter. Il en va de ces grands mouvements de l'Histoire. Récemment, la décolonisation, la chute de l'URSS, et la dislocation de l'ex-Yougoslavie sont les exemples les plus significatifs. A ces facteurs de décloisonnement correspond une opération iconographique de construction ou de reconstruction, et de formation de nouvelles entités, de nouvelles régions, de nouveaux Etats. Le drapeau tient le premier rôle de cette refonte de cloisons. C'est ici tout le sujet de cette partie : comprendre comment s'opère la formation d'un drapeau national, et à quelles lois et mécanismes répond-elle.

A partir de cette analyse, quels seront les types de drapeaux possibles, et qu'exprimeront-ils du pays qu'il représente ?

Que cherche-t-on à mettre le plus en valeur ? Quelles stratégies envisagées pour quels résultats ? Comment associer les intérêts nationaux (unification iconographique) avec d'autres données extérieures ? Un drapeau peut-il atteindre une forme de perfection iconographique satisfaisant tous les paramètres de création ? Et quels sont ces paramètres ?

La construction d'un drapeau élabore une géographie du drapeau. Cette géographie est parcourue de courants géopolitiques qui la structurent. Le drapeau est donc un espace géographique parcouru de dynamiques. Notre étude propose ainsi une grille de lecture pour l'ensemble des drapeaux nationaux. Dans l'esprit de Jean Gottmann, cette grille d'analyse de la formation des drapeaux nationaux fonctionne sous trois dynamiques géopolitiques, elles-mêmes déclinées aux échelles internes et externes d'un pays. En d'autres termes, trois mécanismes iconographiques, conjugués aux jeux d'échelles géographiques, forment l'appendice de l'évolution du drapeau national, de sa création, jusqu'à sa légitimité reconnue. Un mécanisme de séparation vexillologique, un mécanisme d'intégration vexillologique, et un mécanisme de résistance vexillologique au sein même du nouveau drapeau créé.

I - La séparation vexillologique

Le premier des ces mécanismes est donc celui d'une séparation vexillologique et iconographique dans laquelle le drapeau national se mue, en réponse à un détachement par rapport à une ancienne entité géopolitique : genèse d'un régionalisme correspondant à la distance prise face une ancienne autorité, il faut donc créer une nouvelle iconographie.

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Sous cette appellation de séparation, on retrouvera évidemment toutes les traces de la décolonisation, de régimes autoritaires renversés, d'éclatement de l'URSS, de dislocation d'entités dans lesquelles la diversité l'a emporté sur l'unité (ex-Yougoslavie). C'est de ce point départ de mise à distance, de détachement, d'indépendance, dans des visées d'autodétermination que le processus de formation iconographique débute. Les bouleversements géopolitiques liés à ce que Gotmann nommerait la circulation, deviennent des terreaux fertiles de nouvelles formes iconographiques dont le drapeau en est l'expression ultime.

Cette séparation iconographique, dans laquelle le drapeau occupe la place principale, évolue à deux échelles.

Echelle interne

Une échelle interne, où, déjà composé comme Etat-Nation, l'on veut seulement prendre symboliquement ses distances avec le régime fraîchement renversé. C'est tout le sens de la création d'un nouveau drapeau. Pour exemple, on pourra citer le drapeau tricolore français marquant la rupture - quoique pas toujours consommée (le blanc vaut toujours pour la royauté dans certaines études) - avec la monarchie. On peut également évoquer le drapeau de l'Union Soviétique des bolchéviks qui remplace le drapeau russe des tsars en 1917.

C'est également le se sens du changement récent de drapeau au Rwanda : l'ancien rappelle un régime lié aux tragédies ethnique et à la colonisation française (l'ancien drapeau rappelle le tricolore), il est doublement nécessaire le modifier. Les couleurs changent d'ailleurs radicalement. Le Rwanda nous expose une situation originale : le nouveau drapeau correspond à une double séparation aux deux échelles, interne pour le régime lié aux massacres ethniques, et externe pour mettre au jour pour de bon la décolonisation. Lorsque que ces deux séparations sont présentes, il s'agit souvent de pays dans des situations de tensions latentes qui peuvent engendrer de graves déséquilibres régionaux. Le Rwanda donc, citons également à titre d'exemple le Kosovo, récemment indépendant dont le drapeau, fruit d'une dislocation externe (ex-Yougoslavie puis Serbie) et interne (régime serbe autoritaire) exprime le nécessaire besoin d'un compromis.

Le changement d'emblèmes en Iran en 1980 après la Révolution Islamique révèle la nécessité de se séparer et de se détacher de l'ancien régime impérial renversé. L'emblème du lion solaire est alors remplacé par un nouvel emblème volontairement religieux, puisque l'Iran était devenue une république islamique. Les cinq piliers ainsi que l'expression stylisée « Allah akbar » font leur apparition. Ici le passage d'un Empire à une république islamique nécessite la modification du drapeau. « Tout ce qui pouvait évoquer l'histoire des dynasties régnantes fut aussitôt supprimé »1.

On peut également évoquer le cas de l'Afghanistan, qui enterre symboliquement la période talibane par un changement de drapeau. Le drapeau blanc des talibans (le blanc est la couleur de Mahomet) est abandonné au profit du drapeau actuel qui reprend les couleurs du Royaume

1 LUX-WURM, 2001 : 148

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d'Afghanistan (1930-1973). Cette rupture interne au pays se traduit donc par la modification du drapeau1.

Plus tragiquement, l'Allemagne nazie, voulant marquer la rupture avec la République de Weimar, reprend le drapeau du parti nazi pour l'officialiser. Cela n'allait pas de soi, il y avait quand même risque de détourner une partie de l'Allemagne. Pourquoi finalement ne pas avoir repris le drapeau de l'Empire, puisque Hitler lui-même, se plaçait dans la continuité du Saint Empire qui dura mille ans ?2 Il y a ici double séparation symbolique : d'un régime passé que l'on renverse, et d'une mise à distance de ce de quoi l'on s'inspire, comme pour marquer un renouveau plutôt qu'une continuité.

Echelle externe

A l'échelle externe, il s'agit là de se détacher nettement d'une ancienne puissance ou autorité qui régnaient alors sur le territoire national. C'est tout le sens des indépendances suivies directement par la création ou le retour à un ancien drapeau exprimant l'originalité du pays.

On peut penser évidemment à quelques drapeaux postcoloniaux d'Afrique de l'Ouest. Celui du Bénin, qui par exemple, en plus de se rattacher aux couleurs panafricaines, avait placé une étoile symbolisant le régime socialiste pour mieux signaler la rupture des liens avec l'ancienne puissance coloniale française. Ici, l'appel à un régime idéologique met fin à ce que le Bénin nommait alors la « Françafrique », cette continuité de l'influence française sur cet espace africain.

Après un âpre débat, le Canada retire en 1965 de façon officielle l'Union Jack du canton de son drapeau et marque symboliquement la fin de la supériorité de la couronne britannique au Canada. Les Canadiens se dotent alors d'un nouveau drapeau qui à présent fait l'unanimité (même si des provinces intérieures conservent le drapeau britannique dans leur canton).

Une des dernières indépendances en date, celle du Timor Oriental en 2002, s'accompagne d'un retour à un drapeau, celui du Front Révolutionnaire pour l'Indépendance du Timor Oriental (FRETILIN) qui luttait contre les colons portugais puis récemment contre le joug indonésien. Ce drapeau qui n'est pas créé pour l'occasion puisqu'il existait déjà auparavant ne possède pas moins de légitimité qu'un autre nouvellement élaboré. Ce drapeau que l'on reprend demeure même peut-être encore plus symbolique puisqu'il correspond à deux luttes successives contre une puissance extérieure. La séparation symbolique du Timor Oriental par le drapeau est ici nette.

On a relevé que le drapeau du Timor Oriental reprenait celui du FRETILIN. Il est un trait vexillologique qu'il nous faut analyser. S'il existe une dynamique de séparation iconographique, elle est dans de nombreux cas - particulièrement dans les anciens pays colonisés - accompagnée par un retour à un drapeau préexistant. Mais pas n'importe lequel. Il

1 cf Pierre C. LUX-WURM, 2001, Les drapeaux de l'Islam, de Mahomet à nos jours, Buchet-Chastel, Méta Editions, Paris, pp 15-29

2 Pascal Ory analyse très bien cette question du choix du drapeau du régime nazi dans « L'histoire culturelle face aux images : le drapeau, un enjeu oublié ? », conférence donnée en 2006 à l'ENS-Paris.

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s'agit souvent du drapeau des partis, des fronts révolutionnaires qui ont combattu l'ancienne puissance colonisatrice1. Repris à l'identique, ou d'une grande inspiration, les drapeaux de ces partis politiques indépendantistes, parce qu'ils expriment sans doute le mieux la lutte pour la séparation, deviennent d'office drapeau national. C'est quasiment une constante par exemple en Afrique post coloniale. Citons à titre d'exemple le drapeau du Kenya, repris du drapeau Kenyan African National Union (KANU), de la Namibie, dont les couleurs rappellent celles du parti indépendantiste du South-West African People's Organisation (SWAPU), de l'Algérie reprenant le drapeau du Front de Libération National (FLN), enfin de l'Erythrée, directement inspiré du Front Populaire de Libération de l'Erythrée (FPLE). La dynamique de séparation iconographique ne signifie pas toujours créer un nouveau drapeau jamais vu auparavant (comme au Rwanda par exemple). Après tout, qu'est-ce qui représente le mieux l'indépendance si ce n'est le drapeau de ceux qui ont lutté politiquement et officiellement contre la puissance étrangère ?

Un dernier exemple, celui du Soudan du Sud, récemment indépendant, qui par le choix de son drapeau fait le choix de ses alliés. En effet, le drapeau du Soudan du Sud largement inspiré par celui de son voisin kenyan exprime bien l'orientation politique du nouveau régime souhaitant rompre avec les alliances que le Soudan passe avec d'autres Etats. Est en jeu ici une proximité ethnique et culturelle avec le Kenya, mais aussi et surtout la séparation nette de son ancien mentor le Soudan, en froid avec le Kenya2.

La séparation symbolique n'est pas toujours gage d'une indépendance nette. L'exemple des drapeaux des anciennes colonies françaises ou anglaises est à ce sujet parlant. L'Australie porte encore l'Union Flag dans le canton de son drapeau malgré les récents débats (de même en Nouvelle-Zélande et les îles Fidji), marqueur de leur intégration au Commonwealth. La République Centrafricaine possède un drapeau clairement exposé comme trait d'union entre les valeurs africaines et françaises... Dans cette optique comment ne pas penser au drapeau français lorsque l'on aperçoit un drapeau sénégalais ou malien, tant la disposition des couleurs et la structure du drapeau font écho à l'ancien colonisateur. La trace colonisatrice est par conséquent involontairement - ou non ? - conservée.

Suite à la dislocation de l'URSS, les nouvelles républiques fraîchement indépendantes se dotent de nouvelles iconographies3. Mais ces distances prises par rapport à un ancien pouvoir ne sont pas toujours clairement établies. C'est là toute la complexité de la formation des drapeaux. Et c'est là tout un questionnement géopolitique et stratégique de choix d'une iconographie, qui doit répondre aux attentes de beaucoup d'acteurs. Faut-il à tout prix se détacher de notre ancien partenaire au risque de s'exposer à de vives tensions ? Cette première étape de la formation du drapeau national révèle toute la subtilité du processus de

1 Lire à ce sujet l'analyse de la création des drapeaux postcoloniaux africains sur l'exemple des drapeaux des partis et fronts indépendantistes : Patrice de la Condamine, 2005, Vert, Jaune, Rouge, Noir, les couleurs panafricaines, Miroir et conscience d'un continent, Les Enclaves Libres, pp.81-85

2 Lire l'analyse du Blog de la SFV(Société Française de Vexillologie), 10/07/2011, « Indépendance du Soudan du Sud »

3 Lire à ce sujet la brochure concernant les drapeaux de l'ancienne URSS : Patrice de la Condamine, 2008, Les couleurs de l'empire éclaté, les ex-républiques soviétiques depuis 1991 : drapeaux, identités, pouvoirs, Les Enclaves Libres.

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séparation interne ou externe dans lequel s'insère les nouvelles iconographies et le drapeau. Le dessin de celui-ci, son choix n'est jamais purement libre.

Quelques drapeaux des nouvelles républiques d'Asie Centrale ou d'Europe issues de la dislocation de l'URSS nous rappellent la difficile mise à distance de l'ancien grand frère. Le drapeau du Belarus nous expose comment un drapeau démontre des liens forts étroits entre russes et biélorusses (il s'agit du même drapeau que celui arboré du temps de la république socialiste, sauf étoile et faucille ôtées). Il y a une proximité iconographique qui s'exprime par parenté vexillologique, révélant des liens politiques forts entre les deux entités (Russie et Belarus). De la même manière, le drapeau du Tadjikistan ainsi que celui du Kazakhstan, tout en montrant un écart pris avec Moscou révèlent des affinités gardées avec l'ancien grand frère. Le drapeau tadjik reprend les couleurs de l'ancienne RSS du Tadjikistan et nous rappelle que l'élite dirigeante n'est simplement que la continuité de l'ex nomenklatura soviétique1. Le drapeau kazakh est un drapeau qui ne revendique pas son indépendance vis-à-vis de la Russie. Dans un pays composé à 30% de russes, le choix du drapeau ne s'est pas tourné vers l'implantation de symboles musulmans, contrairement à ses voisins, qui auraient marqué une nette rupture avec le régime soviétique2.

La région sécessionniste de Transnistrie ne fait quant à elle que reprendre l'ancien drapeau de la république socialiste de Moldavie, et nous indique le visage de celui qui dans le secret tire les ficelles de cette région, ici la Russie.

Finalement, la séparation vexillologique et iconographique vis-à-vis d'une ancienne autorité peut simplement opérer un rôle inverse. Jusqu'à en souligner les forts liens entre les deux anciens amis devenus de fait rivaux. D'une séparation, on revient à une réintégration iconographique et vexillologique pas toujours volontaire... La séparation symbolique dont le drapeau concrétise les attentes, n'est pas toujours nette, particulièrement à l'échelle externe. Il existe une hiérarchie dans ces séparations vexillologiques, qui correspondent à l'intensité des rapports et des échanges entre des pays hier opposés, devenus aujourd'hui partenaires à des degrés divers. La réelle séparation vexillologique, s'accompagne toujours d'une dynamique d'intégration à un autre ensemble.

II - L'intégration vexillologique

Après une séparation symbolique, il reste à insérer le nouveau drapeau dans un nouveau schéma structurel. L'on intègre alors son drapeau à d'autres familles iconographiques, à d'autres filiations vexillologiques, a fortiori à d'autres ensembles géopolitiques extérieurs. Mais pas seulement, le drapeau sert également d'unificateur national, il faut donc une intégration de l'ensemble des populations et des territoires de l'intérieur. Le drapeau fait donc feu de tout bois : il s'intègre à des ensembles géopolitiques extérieurs, et fait acte d'intégration et de cohésion intérieures jusqu'à rassembler des ancien territoires considérés comme légitimement insérés à son territoire national. Le drapeau devient alors dans certains cas revendicateur de territoires.

1 DE LA CONDAMINE, 2008 : 65

2 Ibid : 54-55

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Echelle interne

La première étape est celle de l'intégration nationale par le drapeau. De quoi parlons-nous concrètement ? Il s'agit ici de comprendre comment le drapeau parvient à intégrer, à faire cohabiter un peuple sur le même territoire. Cette dynamique d'intégration à l'échelle interne, est en fait la recherche d'unité. Se dédouble en réalité à la dynamique d'intégration une dynamique d'unification. Toute la question est ici de comprendre quel type d'unité est mise en valeur ?

Un symbole unanime

Une des solutions est de trouver un emblème, ou symbole que l'on appose sur le drapeau et qui fait l'unanimité. Par conséquent, pas de contestations possibles. Ce symbole, ou cette couleur spécifique doit parler à tous. Il exprime des traditions locales, et évoque en chacun un sentiment de partage. Il en va de l'unité même d'un pays et d'un peuple. On pense au cèdre libanais qui vise à unir cette mosaïque de peuples. La feuille d'érable, pour le Canada, doit opérer une unité nationale après s'être symboliquement détaché de l'influence britannique. Souvent, ces symboles auxquels l'on fait appel font écho à des « âges d'or »1 (périodes historiques glorieuses quasi sacralisées par un peuple, jusqu'à les rendre erronées), ou bien des uchronies2 (des temps mythifiés), qui par essence peuvent rassembler potentiellement le plus de sujets possibles, puisque faisant appel à l'imaginaire collectif. Il s'agit là d'une unité par héritage. L'on fait donc appel à des mythes fondateurs connus de tous ou des figures d'ancêtres. Le Bhoutan reprend à son compte le dragon, appelé «Druk » directement issu de la mythologie bhoutanaise. Le Mexique, par son blason qui évoque le mythe créateur de l'Empire aztèque, (il fallait pour les aztèques trouver un cactus sur un rocher pour pouvoir s'implanter, ils en trouvèrent un avec une aigle et un serpent dessus), se rappelle aux glorieuses heures de l'Empire Aztèque3. Derrière cette unification par le drapeau, l'on remarque un « caractère » national. Certains pays peuvent être considérés comme « nostalgiques » d'un certain temps ; le Portugal par exemple, dont l'astrolabe sur le blason rappelle un temps où l'empire portugais avec ses grands navigateurs dominait le monde maritime4.

Des idées neuves

L'on fait appel également à de nouvelles idées supposées réunir un peuple entier. C'est tout le sens du drapeau brésilien, qui par sa devise « Ordem e Progresso », emprunte la voie du positivisme pour se détacher de la domination portugaise, mais également unir son peuple sous une même idée de progrès5.

1 THUAL, 1999 : 112

2 Ibid 113

3 DOUBLET, 1987 : 123-124

4Cf analyse de la Condamine concernant la famille vexillologique lusophone : Patrice de la Condamine, 2005,

Les drapeaux de l'archipel lusophone, Les Enclaves Libres

5 DE LA CONDAMINE, 2005 : 29-34

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Une unité des peuples

Cette unité nationale peut s'exprimer dans la construction du drapeau. A travers le drapeau, c'est une entente entre ethnies qui peut être en jeu. L'exemple du drapeau de l'Afrique du Sud est à ce titre le plus significatif. Il y a une double opération d'intégration interne historique. La première date de 1928, lorsque l'union des colonies néerlandaises (peuplées d'Afrikaners) et britanniques est opérée. Le drapeau réalise alors l'union territoriale des deux colonisateurs : la structure est celle de l'ancien Prinsenvlag néerlandais, et la bande blanche centrale associe les territoires d'Oranje et du Transvaal aux mains des néerlandais, et les colonies britanniques du Cap et de Natal par la présence de l'Union Jack.

La première se situe après la fin de l'apartheid, qui nécessite la création d'un nouveau drapeau censé représenter l'unité et l'égalité désormais acquises entre anciens colons et Bantous (autochtones exploités durant l'apartheid). La lecture de la gauche vers la droite du drapeau indique la recherche de la paix entre les ennemis d'hier. Les couleurs de l'ancien drapeau sont conservées (rouge, bleu, blanc) mais les couleurs représentant les Bantous sont désormais présentes, et en première place si l'on lit le drapeau de gauche à droite (vert, jaune, noir). L'agrégation des couleurs Bantous à celles des Afrikaners invite à la cohésion nationale au service d'une même cause : celle du pays et non plus celle des ses propres intérêts, et celle du mélange territorial, non plus celle de la ségrégation spatiale1.

La religion

La cohésion d'un groupe s'exprime dans pléthore d'Etats par la religion dominante, et plus particulièrement l'Islam, une religion qui inspire à l'heure actuelle le plus grand nombre de drapeaux2. Par conséquent, le drapeau se fait l'ambassadeur de cette union interne générée par la religion. Les couleurs dites panarabes (vert, blanc, rouge, noir, pour les quatre grandes dynasties ou courants de la religion musulmane : Hachémites, Omeyyades, Fatimides et Abassides), tout comme le croissant et l'étoile deviennent les représentants sur le drapeau de l'Islam, dénominateur commun de tout un peuple. Pensons au drapeau des Emirats Arabes Unis. Celui-ci reprend les couleurs panarabes, servant de fédérateur des sept émirats qui les composent. Le drapeau irakien, dont un projet proposé des Etats-Unis fut abandonné car la ressemblance avec le drapeau israélien était flagrante, s'attache actuellement à unifier le pays ruiné par les guerres et le régime de Saddam Hussein. Les étoiles rappelant le régime de Saddam Hussein sont retirées, on conserve la calligraphie « Allah akbar » pour tenter l'unification par la religion, non plus par le régime.

Egalement, loin d'une religion dominante, l'intégration interne par le drapeau est marquée par l'équilibre subtil des religions sur un même territoire. Il s'agit en fait d'intégrer symboliquement sur le drapeau l'ensemble des religions pratiquées sur un territoire. Le drapeau de l'Albanie, en apposant l'aigle bicéphale, est censé marquer la paix régnante entre la majorité musulmane et la minorité chrétienne. Le drapeau de l'Irlande souligne par le blanc

1 DE LA CONDAMINE, 2005 : 70-71

2 Lire à ce sujet l'introduction de Pierre C.LUX-WURM, 2001, Les drapeaux de l'Islam, de Mahomet à nos jours, Buchet-Chastel, Meta Editions, Paris

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la paix entre protestants et catholiques. Si officiellement les couleurs du drapeau du drapeau de l'Inde expriment des valeurs, il n'en reste pas moins qu'elles semblent indiquer la volonté d'une cohabitation et d'une unité des deux religions principales (le vert pour l'Islam, le safran pour l'Hindouisme) autour d'une seule et même cause : le développement de l'Inde. Dans ce même espace, le drapeau du Népal, seul à ne pas être rectangulaire avec la Suisse, obéit également à cette dynamique. Les deux pointes des deux triangles symbolisent les deux religions majoritaires appelées à s'entendre, le Bouddhisme et l'Hindouisme.

L'exemple malien est également patent. Le drapeau qui précède l'actuel avait apposé sur la bande jaune centrale une représentation stylisée de l'Homme, que l'on nomme « kanaga ». Mais pour la communauté puriste musulmane malienne, toute représentation de figure humaine, qui plus est sur un drapeau, est formellement interdite. Par conséquent, pour ne pas attiser de tensions supplémentaires, l'Etat central décida le retirement du kanaga1. Le drapeau qui suivit est toujours le même actuellement, malgré le flou concernant les indépendantistes de l'Azawad qui arborent un drapeau subtil dont les couleurs sont panafricaines mais la forme rappelle le drapeau palestinien2.

L'unité territoriale

Mais cette dynamique d'intégration à l'échelle interne, visible sur le drapeau, est souvent liée à des rattachements de territoires, ou dans certains cas à des revendications territoriales. Est alors assignée au drapeau la fonction de représentant suprême de l'unification territoriale d'une nouvelle nation. Citons à titre d'exemple la Tanzanie, dont le drapeau exprime la réunion de deux territoires (le Tanganyka en vert pour la partie continentale, Zanzibar en bleu pour la partie insulaire3), associés par la logique panafricaine. L'Union Jack appartient également à ce type de drapeau, puisqu'il symbolise l'association de quatre territoires au sein d'un même Royaume-Uni (Angleterre, Pays de Galles, Ecosse, et Irlande du Nord). Dans ce sens, la Croatie réalise l'unité territoriale par son drapeau : le blason central possède cinq écus symbolisant les cinq grandes régions du pays. Comment ne pas penser au drapeau des Etats-Unis, celui qui par son nombre d'étoiles (50) unit tout un territoire pour autant d'Etats. Le drapeau des Etats Fédérés de Micronésie assure l'unité des territoires qui les composent (quatre étoiles pour le Chuuk, Pohnpei, Kosrae et Yap). Marquer sur le drapeau une unité des territoires est un fait récurrent pour les pays insulaires ou archipélagiques. Les îles Salomon illustrent bien cette idée : les cinq étoiles représentent les cinq îles qui composent l'archipel.

Le drapeau des revendications territoriales

Lorsque que cette unité territoriale n'est pas réalisée, le drapeau devient le promoteur d'une revendication territoriale. Il correspond en vérité à l'expression de « rivalités de pouvoir sur un territoire ». L'intégration interne passe ici par la réclamation de territoires. Souvent inspiré par des « grandismes »4 (en se référant à une entité politique passée), le drapeau vise à

1 DE LA CONDAMINE, 2005 : 39-40

2 Au sujet de ce drapeau de l'Azawad, lire sur le Blog de la SFV, « Un nouvel Etat », 07/04/2012

3 DE LA CONDAMINE, 2005 : 68

4 THUAL, 1999 : 113

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revendiquer la souveraineté sur des terres qui appartenaient à cette ancienne entité. Concrètement, les Comores revendiquent toujours la souveraineté sur l'île de Mayotte - désormais Département d'Outre-Mer de la France (DOM) - par le drapeau (la bande blanche symbolise Mayotte). De même, le Venezuela a ajouté une huitième étoile à son drapeau pour mettre au jour sa volonté de rattacher la Guyane vénézuélienne à son territoire (la Guyane vénézuélienne se trouvant à l'heure actuelle sur le territoire du Guyana).

Le drapeau de compromis

Il est des cas où l'intégration et l'unité à l'échelle interne, ne s'opèrent pas de manière aisée. L'on fait recours alors à des drapeaux consensuels, neutres, ne favorisant aucun camp, qui expriment simplement le besoin de paix pour des pays dont l'unité est encore remise en cause. La fragilité et l'instabilité qui caractérise la Bosnie-Herzégovine depuis l'éclatement de la Yougoslavie ont orienté la création vers un drapeau de consensus, nécessaire prérogative à l'entente des trois principales communautés du pays. Les trois sommets du triangle jaune représentent les Bosniaques, les Croates et les Serbes, tandis que les étoiles évoquent l'Union Européenne (UE), dont l'intégration apparaît comme le seul objectif commun de ces trois communautés. Le dernier exemple en date est celui du Kosovo1. Après une compétition où plus de 700 drapeaux furent proposés, et malgré les lourdes contraintes imposées (pas d'aigle bicéphale, pas de rouge évoquant l'Albanie, pas de devises, et doit correspondre aux aspirations du Kosovo à se faire reconnaître des institutions internationales), un drapeau de consensus national est proposé. Et l'on se sert du territoire, seul dénominateur commun de toutes les ethnies et des religions, pour opérer l'éventuelle unité nationale. Il existe un autre drapeau où la cartographie se fait l'apanage des diverses aspirations des peuples vivant sur un même territoire. Il s'agit du drapeau de Chypre. Celui-ci demeure vraisemblablement le plus neutre possible, au sens où le blanc combiné avec les branches d'olivier offrent un socle pacifique à l'éventuelle réunification des deux parties de Chypre. La possibilité de placer la carte de son territoire sur le drapeau apparait cependant comme la dernière étape de compromis et de pacifisme avant l'implosion interne d'un territoire.

Finalement, on constate vite une typologie des drapeaux nationaux dans leur dynamique d'intégration. C'est elle qui détermine le choix d'un type de drapeau. La voie choisie pour unifier un peuple et son territoire est directement matérialisée par le drapeau.

Echelle externe

A l'échelle externe, on exprime ici l'idée que le drapeau en formation choisit, dans la majorité des cas, de se fondre dans des familles vexillologiques - a fortiori des ensembles politiques - qui dépassent le cadre de la Nation. Le drapeau crée ou recrée des liens. La proximité politique se double d'une proximité vexillologique. C'est ici un jeu d'alliances politiques par drapeaux interposés.

1 Lire à ce propose l'étude suivante : Erwan Cobic, 2007, Kossovo, La bataille de l'éternité, Paris, Artiz,

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Les « panismes »1

L'exemple le plus frappant de cette intégration par le drapeau à une entité extérieure est les pays qui arborent des couleurs répondant à des volontés de panismes. Non pas au sens premier du terme (réunir les peuples de même langue), mais au sens géopolitique, c'est-à-dire créer des ensembles homogènes de pays partageant des mêmes visées. Le plus important mouvement vexillologique de panisme est celui du panafricanisme.

Ce mouvement de panafricanisme, né hors Afrique avant et surtout pendant les mouvements d'indépendances africaines, trouve son pendant vexillologique dans les couleurs dites « panafricaines » (vert-jaune-rouge et noir). Symboliquement, ces couleurs ont pour origine le drapeau éthiopien, en signe d'hommage au royaume d'Abyssinie (Ethiopie actuelle) qui avait résisté à tous les assauts venants de l'extérieur, arabes ou colonisateurs. C'était là un symbole fort : ces couleurs éthiopiennes incarnaient de la meilleure façon qui soit, l'indépendance et l'intégrité territoriale. L'Afrique post coloniale entre alors dans l'ère panafricaine. Les nouveaux drapeaux (qui reprennent souvent les couleurs des partis politiques indépendantistes, eux-mêmes arborant les couleurs panafricaines) deviennent des drapeaux du panafricanisme, apanage de la conscience africaine. C'est ainsi donner par le drapeau une voix à toute l'Afrique. Actuellement, sur cinquante cinq Etats reconnus officiellement, trente-deux arborent des couleurs panafricaines de près ou de loin. Ainsi dans les faits, les drapeaux traduisent une forme d'entente cordiale et politique de pléthores d'Etats africains. En pratique, ces drapeaux cachent de nombreuses divergences. Le problème du panafricanisme2 est simple : il est plus une idée philosophique qu'une application dans les faits malgré la volonté symbolique d'accorder entre eux les Etats africains. Les couleurs panafricaines correspondent ainsi plus à cette idée philosophique qu'à une véritable unité africaine.

Dans cette optique, on soulignera également le mouvement vexillologique panslave correspondant à la doctrine du panslavisme. En simplifiant de manière très schématique, ce mouvement qui apparaît au début du XIXème siècle rassemble désormais plusieurs pays d'Europe de l'est et balkanique autour de cette conscience d'être slave. Les couleurs panslaves choisis furent celles du drapeau russe. L'aide russe dans les guerres de sécessions de la majorité de ces pays contre l'occupant ottoman n'y est pas étrangère. Pourtant, on aurait tort de parler ici d'un ensemble homogène. Si l'on retrouve dans ces pays slaves les mêmes couleurs (blanc-bleu-rouge), on a tendance à penser que la Russie s'est servit de ce mouvement panslave pour asseoir son autorité dans la région. A tort, car le monopole du panslavisme n'appartient à personne, même si pendant l'ère soviétique, l'argument slave était souvent avancé pour consolider des alliances. Néanmoins, on imagine désormais mal la République Tchèque s'allier avec la Russie avec le souvenir du Printemps de Prague encore vivace dans les esprits tchèques, ceci malgré la proximité vexillologique des deux drapeaux. Les drapeaux ne sont pas toujours les vecteurs d'unité entre deux pays arborant les mêmes couleurs. C'est ici toute la subtilité du jeu vexillologique. Pourtant, dans le cas de la Serbie et de la Russie, ce jeu d'alliance par drapeaux interposés semble fonctionner. D'ailleurs, le

1 THUAL, 1999 : 113

2 Lire à ce sujet Philippe Decreane, 1976, Le Panafricanisme, Que sais-je n°847, PUF, Paris

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drapeau serbe reprend dans la disposition inverse les couleurs russes sur son drapeau. Le lien créé par une même religion (ici l'Orthodoxie, dont les liens avec la Nation ont toujours été étroits), ainsi que l'aide russe plus effective que dans d'autres Etats slaves lors de la guerre d'indépendance contre les Ottomans au XIXème siècle, sont de solides arguments pour pouvoir penser que les couleurs panslaves réalisent ici une réelle intégration politique de plusieurs Etats (ici Russie et Serbie auxquelles on pourrait rajouter la Bulgarie).

De la même manière, les couleurs panarabes ne sont pas l'expression d'une unité d'un monde arabe. D'ailleurs, l'Iran perse arbore ces couleurs alors qu'elle n'est géographiquement et culturellement pas de culture arabe. Aussi, les couleurs panarabes, qui expriment l'adhésion d'un Etat à l'Islam, pourraient nous faire oublier les grandes dissensions entre plusieurs Etats qui hissent ces couleurs. On oublie trop souvent les nettes différences confessionnelles entre l'Islam sunnite et l'Islam chiite. Et le drapeau ne montre pas ces différences. Comme dans le cas des couleurs panslaves, le drapeau est ici un piège. Il n'exprime pas, malgré l'apparente homogénéité, des alliances fortes. Néanmoins, on citera l'exemple d'Israël, qui peut servir de point d'ancrage d'une politique commune antisioniste de nombre d'Etats musulmans caractérisés par les mêmes couleurs panarabes. Il n'y a cependant pas toujours de proximité politique derrière une proximité vexillologique. Cela peut par conséquent servir des thèses réductibles, comme celle du « choc des civilisations »1. En effet, penser que le drapeau peut réunir par la religion des dizaines de pays, c'est oublier les nombreux désaccords entre ces mêmes pays, qui a fortiori ne permettent pas une homogénéité religieuse et politique, que certains ont prétendu.

Volonté de créer des alliances commerciales ou politiques

Derrière des drapeaux arborant les mêmes couleurs, on ne peut ne pas imaginer qu'il existe des intérêts sous-jacents d'ordre politique et commercial. Plusieurs exemples viennent à l'esprit. D'abord celui de la Roumanie et de la Moldavie. En effet, le drapeau moldave exprime bien la volonté du gouvernement actuel de se rapprocher de la Roumanie, pour accéder à l'Union Européenne. Il est presque question ici d'une demande sous-jacente de rattachement à la Roumanie, en soulignant le même héritage de l'ancienne Valachie. A l'opposé, les sécessionnistes de Transnistrie récupère l'héritage soviétique pour soutenir la « vraie » Moldavie, qui selon eux n'a rien à voir avec la Roumanie et l'Europe (le drapeau de Transnistrie est celui de l'ancienne RSS de Moldavie). Deux visions politiques s'affrontent, que le drapeau illustre particulièrement bien.

De la même façon, regardons le drapeau du Panama. La ressemblance avec celui des Etats-Unis est flagrante (mêmes couleurs, étoiles), et correspond en vérité à l'alliance stratégique qui lie les deux protagonistes, même si l'on peut penser que le poids des Etats-Unis étouffe quelque peu celui du Panama. Le canal de Panama étant pour les Etats-Unis vital, on imagine donc que ce drapeau sert les intérêts des Etats-Unis, en rendant officiel la prépondérance états-unienne sur cet endroit du monde. Il ya là derrière le drapeau une intégration à une aire d'influence extérieure, ici celle des Etats-Unis.

1 cf Samuel Huntington, 1997, Le Choc des Civilisations, Odile Jacob

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Toujours en Amérique Centrale, un phénomène vexillologique est éloquent. Quatre drapeaux, pour quatre Etats arborent les mêmes couleurs, et quasiment sous la même disposition. Seuls les blasons diffèrent d'un pays à l'autre. Du nord au sud, le Guatemala, le Salvador, le Honduras, et le Nicaragua. Ils ont en commun de hisser un drapeau qui rappelle celui des Provinces unies d'Amérique centrale, ayant vues le jour en 1823. Cette confédération regroupait les quatre pays précédents, ainsi que le Costa Rica. A travers un drapeau similaire, on pourrait imaginer, non pas un retour à cette république fédérale, mais à la formation d'une seule entité politique, économique et stratégique à l'image de l'Union Européenne. Le traité d'intégration économique de 1960 signé entre les quatre Etats illustre bien ces liens forts entretenus par ces pays. Le drapeau quasi commun favorise bien évidemment cette entente sur le plan symbolique.

La prise en compte du voisinage

L'intégration à l'échelle externe correspond également pour le drapeau à se fondre dans son environnement. Quelques drapeaux expriment la nécessité de jouer la neutralité face aux voisins. Le compromis est ici de ne pas froisser les pays proches. On pense au drapeau de Singapour, qui a placé le croissant de lune et l'étoile au plus près de la hampe, non pas pour exposer son rattachement à l'Islam (la majorité des habitants est bouddhiste), mais simplement pour ne pas s'attirer les foudres de ses proches pays (Malaisie et Indonésie) dont la religion dominante est l'Islam. Il y a là une attitude purement géopolitique et stratégique derrière ce drapeau de compromis à l'échelle régionale.

On peut également évoquer de nouveau le cas du Soudan du Sud fraîchement indépendant depuis 2011, qui par son choix du drapeau, s'est non seulement détaché symboliquement et religieusement du Soudan (couleurs panafricaines au lieu des panarabes du Soudan), mais a également créer un lien culturel et politique avec son voisin kenyan (reprise du drapeau kenyan en fond). Cela signifie une alliance politique de poids, indispensable pour ce pays en proie à l'isolationnisme. On soulignera également la proximité religieuse avec le Kenya chrétien.

La prise en compte du voisinage peut trahir des ambitions politiques cachées. L'exemple du drapeau ouzbek illustre la volonté de l'Ouzbékistan de marquer son autorité sur l'Asie Centrale, et devenir leader influent de cet espace. Le bleu du drapeau est celui de Tamerlan, fondateur de la dynastie des Timourides qui régna longtemps sur l'Asie centrale au XVème siècle. Ce héros récupéré par l'Ouzbékistan, alors que d'autres pays pouvaient légitimement réclamer cet héritage, souligne bien l'influence que l'Etat ouzbek souhaite étendre sur l'Asie centrale'.

' DE LA CONDAMINE, 2008 : 57-58

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III - Forces vexillologiques résistantes

Le sujet a été traité de manière implicite dans les deux dynamiques précédentes, cependant il est nécessaire de ne pas négliger cet aspect des nouvelles iconographies et des nouveaux drapeaux. Il existe souvent au sein d'une iconographie nationale des résistances. Des résistances qui se dotent d'iconographies, a fortiori d'un drapeau ou qui arborent un drapeau en provocation du drapeau national. La question soulevée ici est la suivante : un drapeau national, ou dans une plus large mesure une iconographie nationale ou un récit national, peuvent-ils être reconnus de tous sans provoquer chez quelques communautés un sentiment de rejet aboutissant sur l'élaboration d'iconographies de résistance ou rivales ?

De la même manière que les deux dynamiques précédentes, à deux échelles, des forces iconographiques de résistance prennent part à la légitimité du drapeau nouvellement créé.

Echelle interne

A cette échelle, il s'agit pour le plus souvent de régions autonomistes, voire sécessionnistes au sein d'un Etat, qui concurrencent l'iconographie officielle par leur propre iconographie. C'est tout le sens des de certaines régions qui préfèrent arborer leur propre drapeau, considérant l'officiel comme illégitime, voire non-représentatif de la diversité du pays. C'est ici le point de départ d'une remise en cause d'une iconographie nationale, a fortiori d'un équilibre et d'une stabilité nationale. Comment l'iconographie officielle peut elle s'adapter ? C'est tout un système qui peut être remis en cause. Car le drapeau, en tant que représentant ultime d'une iconographie concurrente, se veut l'ambassadeur d'un autre système. L'intérêt de cette résistance iconographique est bien de comprendre quelles dynamiques arbitrent la création d'un drapeau concurrent, et de voir quelles réponses offrent l'iconographie nationale officielle.

Des orientations différentes régissent les iconographies concurrentes. La première est une logique purement autonomiste et indépendantiste et répond à une volonté d'une communauté de se détacher d'un pouvoir central. Le drapeau de ces iconographies concurrentes revêt alors des couleurs locales sans attaches particulières à d'autres familles vexillologiques. C'est le sens d'une voie autonomiste sans l'appui de puissances extérieures qui pourraient instrumentaliser ces mouvements autonomistes pour affaiblir l'Etat central. L'on pense au drapeau basque à la frontière franco-espagnole, au drapeau breton, corse, et kanak en France, qui sont l'expression d'une originalité locale forte que Paris doit prendre en compte. Le choix de la France fut d'attacher de l'importance à ces régions autonomistes en acceptant que les deux drapeaux (celui de la France et celui du régionalisme) soient arborés lors de cérémonies officielles. La reconnaissance de ces drapeaux ne nuit pourtant pas à l'unanimité concernant le tricolore.

Une autre orientation concerne - comme pour les drapeaux officiels - un rattachement à des familles vexillologiques, ce qui renforcerait ainsi la force de cette iconographie dissidente. La majorité des mouvements revendicatifs d'Afrique emprunte cette voie. Ils choisissent le rattachement aux couleurs panafricaines, s'inscrivant de cette façon dans la lignée de leurs

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aînés devenus indépendants1. Le drapeau des Négro-Mauritaniens arborent un drapeau horizontal jaune, noir et vert. L'ancien drapeau des indépendantiste du Biafra exprimait l'appartenance à l'Afrique plus qu'au Nigéria (drapeau très ressemblant à celui du Malawi actuel). Les autonomistes du Haoussas (nord du Nigéria) utilise un drapeau purement panafricain (le panel des couleurs est complet : vert, jaune, rouge, noir, et marron). Les indépendantistes de l'enclave de Cabinda marque la rupture avec le régime socialiste d'Angola en s'insérant à l'aire panafricaine (drapeau de fond blanc, couleurs panafricaines avec un cercle rouge apposé sur ces couleurs)2. Le cas de l'Azawad (récemment à l'actualité internationale), partie nord du Mali, sous contrôle touareg et islamiste, est très subtil. Le drapeau arboré se rattache à deux familles vexillologiques. A la famille panafricaine (les quatre couleurs sont vert, jaune, rouge et noir), et à la famille panarabe, ou plutôt soutien de la Palestine. La structure du drapeau avec le triangle jaune et les trois bandes aux couleurs panarabes illustre ce rattachement à la famille panarabe. L'équilibre des deux rattachements (qui exprime deux courant de pensées : panafricain pour les touareg, panarabe pour les islamistes) est ainsi complexe et souligne toute la finesse et tout le discernement nécessaire pour l'analyse géopolitique de ce mouvement indépendantiste. En Chine, le drapeau du Turkestan Oriental où vivent des Ouïghours turcophones et musulmans, se rattache directement au mouvement panarabe fixant définitivement une rupture avec le régime communiste chinois au profit de revendications religieuses (le drapeau sur fond bleu ou vert selon les endroits se pare du croissant et de l'étoile3).

Enfin une dernière orientation correspond à l'élaboration d'un drapeau autonomiste directement inspiré d'une puissance étrangère qui dans certains cas peut instrumentaliser le mouvement autonomiste pour ses propres intérêts afin d'affaiblir l'Etat officiel considéré comme hostile. On a déjà évoqué le cas de la Transnistrie dont le drapeau est une réplique de l'ancienne RSS de Moldavie, on peut évoquer le cas de l'Ossétie du Sud sur le territoire géorgien. En vérité, le drapeau de l'Ossétie du Sud, peuplé de russophones, est le même que celui de l'Ossétie du Nord en territoire russe. Il s'agit là de clairement exposer son orientation politique : le rattachement à l'espace russe. On imagine aisément l'implication des autorités russes dans la formation de ce drapeau, pour maintenir son assise dans la région et s'opposer au régime géorgien. Dans cette même région, le drapeau du Daghestan dont on a entendu les ardeurs indépendantistes, est quasiment identique au drapeau russe, le vert (pour l'Islam) se substituant au bleu russe. Que peut-on en conclure ? Le Daghestan souhaite-t-il réellement l'indépendance ? Les dirigeants sont-ils tant anti-russe comme on le dit en Russie ? Le drapeau oriente simplement notre réflexion : le cas du Daghestan ressemble à celui d'un mouvement autonomiste orchestré par Moscou pour pouvoir intervenir fermement dans la région et retrouver de son autorité passée.

Dernier cas d'étude : celui du Haut-Karabagh4. Le drapeau de cette région disputée par les autorités arméniennes et azéris menant même parfois jusqu'au conflit, est l'exemple même d'un drapeau au service d'une entité extérieure. Les marches blanches orientées vers la

1 DE LA CONDAMINE, 2005 : 72

2 DE LA CONDAMINE, 2005, exemples tirés de cet ouvrage

3 LUX-WURM, 2001 : 284

4 Cf DE LA CONDAMINE, 2008 : 47-49

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gauche (vers l'ouest, vers l'Arménie) sur le fond des couleurs arméniennes est une explication explicite du rattachement du Haut-Karabagh à l'Arménie. De la même façon, le drapeau de la République serbe de Bosnie arborant les couleurs panslaves similaires donc aux couleurs serbes, exprime l'implication du régime serbe dans le processus d'autonomisation de cette région à majorité serbe orthodoxe pour rétablir à long terme le rattachement à la Serbie.

Dans les deux cas, difficile de ne pas imaginer ces régions autonomistes (et leurs drapeaux) en proie à des intérêts qui dépasse largement le cadre du processus séparatiste. En effet, comme dans le cas de la formation du drapeau national, la formation ou les revendications vexillologiques de certaines entités sont autant mués par les intérêts d'autres acteurs que par leurs propres arguments autonomistes.

Echelle externe

Il s'agit ici de comprendre comment le choix des couleurs, des symboles, des emblèmes, peut parfois induire de vives tensions entre Etats. Par ailleurs, une certaine interprétation d'un drapeau peut parfois conduire un drapeau officiel à se modifier clairement.

Ces tensions intra-étatiques autour du drapeau correspondent en vérité le plus souvent à ce que Thual nomme la « bataille de généalogie »1. Un symbole devient disputé entre deux parties et peut conduire à la rupture de relations diplomatiques. Trois exemples sont particulièrement significatifs : le cas de la Macédoine et de la Grèce, celui de la Slovaquie et de la Hongrie, ainsi que celui du Tchad et de la Roumanie.

A la querelle sémantique entre la Grèce et la Macédoine2, s'est adjoint une querelle de drapeau concernant un certain héritage. Sur le plan sémantique comme sur le plan vexillologique, c'est l'accaparement d'un certain patrimoine qui génère de lourdes tensions entre les deux protagonistes. Après la fragmentation de l'ex-Yougoslavie en 1991, la Macédoine devient indépendante sous l'appellation République de Macédoine et se heurte dès lors l'hostilité de la Grèce concernant son nom. Celui-ci, qui est utilisé pour une province grecque, est considéré pour la Grèce comme un héritage culturel de l'Antiquité ne pouvant être revendiqué que par la Grèce elle-même. Les autorités grecques, craignant d'éventuelles revendications de souveraineté sur certains territoires grecs par l'autorité du nom, et par la présence de populations slaves macédoniennes, décide un embargo contre la Macédoine pour qu'elle change de nom. Cette querelle sémantique s'est doublée d'une querelle de drapeaux. En effet, parallèlement à son indépendance, la Macédoine se dote de symboles et d'un drapeau reprenant le soleil de Vergina, symbole retrouvé - vraisemblablement - sur la tombe de Philippe II, père d'Alexandre le Grand, célèbre roi et héros grec, de langue grecque de l'Antiquité. Cela exacerbe alors encore plus les tensions entre les deux Etats. Paralysée par l'embargo, la Macédoine accepte de changer ses symboles en 1994. Figure désormais une étoile stylisée à huit rais sur le drapeau macédonien, c'est un drapeau de compromis.

1 THUAL, 1999 : 45

2 Lire à ce propos l'étude très précise suivante : Nadège Ragaru, Macédoine-Grèce : les pouvoirs de la toponymie, publications de Science-Po et du CERI.

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Il est bien question ici d'une querelle iconographique dans laquelle le drapeau a tenu le rôle principal à coté de la dénomination. Nous finirons simplement par dire qu'aujourd'hui encore, la Macédoine prend l'appellation d'Ancienne République Yougoslave de Macédoine (ARYM) pour prendre place au sein des différentes organisations dans le monde.

Les tensions entre la Hongrie et la Slovaquie sont elles d'origines ethniques, surtout depuis l'apparition du parti extrémiste et nationaliste slovaque anti-magyares du Parti National Slovaque (PNS). C'est la minorité magyare de Slovaquie qui a cristallisé toutes les attentions des deux Etats. En effet, les attaques perpétrées par Jan Slotà (président du PNS) contre cette communauté ont été mal reçues par les autorités hongroises. Le drapeau va ici s'ajouter comme sujet de discorde entre les deux pays pour deux raisons : à propos du blason slovaque, sensiblement similaire au hongrois (les deux revendiquent un même héritage par la présence sur les deux blasons nationaux de la double croix) ; et par la présence symbolique dans le blason slovaque d'une montagne, le Matra, aujourd'hui en Hongrie. L'héritage historique, culturel et linguistique a donc déterminé des tensions latentes dont le drapeau se fait le messager.

Le cas de la Roumanie et du Tchad est lui complètement étranger à d'autres considérations que celles concernant le drapeau. Simplement, les deux drapeaux arborent les mêmes couleurs (bleu, jaune et rouge) dans le même ordre. Il existe une nuance de bleu, mais elle n'est pas assez nette pour pouvoir différencier les deux bannières. La Roumanie, de manière officieuse en a référé à l'ONU pour que le Tchad change au moins une couleur. En effet, la Roumanie avait expliqué que la similarité des deux drapeaux avait entraîné une perte de crédibilité de certaines entreprises roumaines qui arboraient les couleurs nationales. Les relations diplomatiques entre le Tchad et la Roumanie sont à l'heure actuelle froides.

On peut enfin évoquer dans le cadre d'une bataille de généalogie, les tensions qui peuvent régner entre plusieurs Etats arborant le même insigne central. Il s'agit dès lors d'une bataille d'héritage. Prenons le cas de l'aigle bicéphale, qui se retrouve sur pas moins de trois drapeaux officiels (Monténégro, Albanie, et Serbie). Ce qui retient l'attention ici, c'est de savoir qui s'inscrit dans la lignée de l'Empire Byzantin don l'aigle bicéphale était l'emblème. Ces trois Etats sont donc concurrents pour la main mise sur un symbole qui leur procure une aura inestimable.

La réaction de l'iconographie officielle.

Les réactions diffèrent d'un pays à l'autre selon que l'unité nationale soit considérée comme réalisée. Lorsque le pays est démocratique, tout du moins d'apparence démocratique, les iconographies concurrentes sont acceptées. Elles figurent à côté des officielles créant une diversité iconographique dont la Nation s'en trouve renforcée. Il n'est pas étonnant de retrouver sur les bâtiments publics côte à côte drapeaux breton et français en Bretagne. De la même façon, le drapeau du Québec se déploie désormais aux côtés de celui du Canada dans la province éponyme. De la même manière, en Ecosse, au Pays de Galles, en Irlande du Nord et en Angleterre, l'Union Jack se hisse à coté du drapeau régional sans que cela porte préjudice au drapeau et à l'unité du Royaume-Uni. Le drapeau officiel demeure néanmoins l'unique

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représentant du pays lors de grandes réunions nationales ou internationales. Mais ces iconographies concurrentes ne remettent pas en cause l'officielle. Elles demeurent en marge. Finalement, plus que se vouloir se vouloir antagoniste, la présence des iconographies concurrentes sur l'espace de l'iconographie nationale, ne fait que renforcer la stabilité de cette dernière. Celle-ci apparaissant comme ouverte à l'expression d'une opposition, mais en même temps suffisamment ferme pour unifier tout un territoire.

Le cas des régimes que l'on peut qualifier d'autoritaires diffère. Accepter une iconographie concurrente, c'est accepter que son propre régime ne satisfasse pas l'ensemble des individus. Tous, ne souscrivent pas à ce constat. Par conséquent, l'interdiction de brandir un drapeau concurrent va de pair avec l'élimination physique ou politique des opposants, avec le rejet systématique de demandes de dialogues, et avec un mépris concernant ceux qui s'opposent ou revendiquent une autre idée que celle dite « officielle », ou tout simplement la prise en compte de leurs intérêts. Ainsi, ces iconographies concurrentes peuvent être étouffées. Viennent à l'esprit le cas du drapeau kurde, totalement interdit sur le territoire turc (pourtant 20% de la population totale), et le cas du brandissement d'un drapeau tibétain en Chine, juridiquement punissable.

Inversement, si l'on s'aperçoit que certaines pratiques, certains rites, certaines religions sont sanctionnées durement ou tout simplement bannis par le pouvoir central, on en conclura que le régime en place est autoritaire. On se rendra compte alors que le régime sera de type nationaliste agressif et non plus « ordinaire » comme c'est le cas en régime démocratique. L'exemple syrien du moment est également significatif. Les événements actuels en Syrie mettent au jour deux iconographies rivales, deux drapeaux opposés1. Celui des rebelles, qui reprend celui la Première République indépendante de Syrie après le départ des Français, qui s'oppose au drapeau officiel, digne héritier du drapeau de l'Union des républiques arabes (1972-1980). Deux drapeaux concurrents, pour deux visions politiques différentes.

IV - Quels drapeaux pour quels pays ?

Dans une vision géopolitique, quels types de pays cette grille d'analyse détermine-t-elle ? C'est ici la confrontation de ces trois dynamiques de formation d'un drapeau qui nous permet de les classifier et de repérer les principaux traits des pays qu'ils représentent.

Une petite précision s'impose, un drapeau n'obéit pas toujours à un seul type de drapeau, il peut être concerné par plusieurs catégories.

-Les drapeaux dont l'aura a été conservée par le temps, avec un certain héritage qui n'est pas renié. Ce sont les drapeaux d'héritages. Il s'agit le plus souvent de « vieux drapeaux », encore beaucoup plébiscités et inspirant pour d'autres drapeaux. On pense aux vieux Etats-Nations d'Europe de l'ouest (France, Espagne, Italie, Allemagne, Royaume-Uni, drapeaux de la Scandinavie, Autriche...), aux drapeaux russe, japonais...

1 Lire Blog de la SFV, «Après la Libye, la Syrie : réapparition de l'ancien drapeau », 28/01/2012

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-Les drapeaux fédérateurs : on entend ici parler de la famille vexillologique états-unienne. Ces drapeaux mettent l'accent sur leur propre régime fédéral avant d'être des drapeaux internationaux. On pense aux Etats-Unis donc, mais aussi à la Malaisie, à l'Uruguay, au Libéria, aux Emirats Arabes Unis, états archipélagiques du Pacifique, au Togo...

-Les drapeaux de type idéologique : on peut évoquer ici les drapeaux qui mettent en avant leurs propres régime - le plus souvent communiste (drapeaux sécularisés), marxiste, et même monarchique (Chine, Cuba, Corée du Nord, Bhoutan) voire même ces drapeaux revendiquant clairement une religion d'Etat, la confondant ainsi avec une idéologie (Iran, Arabie Saoudite)

-Les drapeaux correspondant à une démarche volontariste, allant de la revendication territoriale aux alliances politiques par le biais du drapeau, ou tout simplement l'unité territoriale (Tanzanie). On pense aux mouvements nordiques (croix nordique), panslaves (même si l'homogénéité politique est loin d'être établie), panafricains (même constat : ce mouvement demeure en marge d'un point de vue politique), panarabes (de même l'homogénéité politique de ce groupe arborant ces couleurs est à démontrer). Egalement les Etats d'Amérique centrale, ou encore Singapour qui s'insère volontairement dans son environnement musulman par son drapeau. On peut également évoquer ces rapprochements culturels comme le bleu eurasiatique présent sur le drapeau azéri, mongol, et kazakh rappelant les racines communes du pantouranisme de ces Etats, après s'être séparé du joug soviétique, ou encore le blanc et rouge commun à Madagascar et à l'Indonésie soulignant le lointain mais réel lien à l'aire civilisationelle indonésienne.

-Une place doit être faite, dans la lignée des couleurs de « panismes », à ces drapeaux de la religion, qui expriment l'unité nationale par la religion qui correspond en vérité à une iconographie nationale dans sa majorité religieuse, mais également un rattachement à une entité religieuse qui dépasse le cadre national (on utilise alors la croix pour la chrétienté, le croissant et l'étoile pour l'Islam...). Evidemment les drapeaux aux couleurs panarabes illustrent bien cette idée. Citons également la Turquie, l'Algérie, la Tunisie, les Comores, les Maldives et Pakistan pour l'Islam. Pour la religion chrétienne, on penser à Malte, au Vatican. Pour sa part, Israël nous rappelle la primauté de la religion judaïque sur son territoire.

-Les drapeaux consensuels : ce sont bien là des drapeaux qui peuvent souligner la fragilité politique du pays qu'ils représentent (Chypre, Kosovo, Bosnie), certains sont cependant désormais bien ancrés dans les esprits (Afrique du Sud). Certains d'entre eux ne trouvent pas mieux qu'un élément naturel pour contenir les ardeurs des différentes communautés (le cèdre au Liban). Dans ces Etats fragiles, les forces vexillologiques résistantes sont très présentes et marquent la difficulté de créer une iconographie nationale convenant à l'ensemble des acteurs (drapeau albanais au Kosovo, drapeau du Hezbollah au Liban, drapeau de Chypre du Nord à Chypre, drapeaux serbes et croates en Bosnie...). Ces drapeaux consensuels peuvent au contraire établir une unité nationale avérée souvent réalisée par l'alliance de deux religions dominantes satisfaisant ainsi les deux parties (Irlande, Albanie, Inde...).

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-Une autre catégorie concerne ces drapeaux d'allégeances à une entité extérieure : Ce sont pour leplus souvent des drapeaux qui comportent la marque dans leur canton d'une autorité étrangère. On pense aux drapeaux de certains dominions britanniques, de l'Australie... On peut penser également au drapeau du Belarus établissant clairement le lien politique entre Russie et Belarus.

-Enfin une dernière catégorie recenserait ces pays qui arborent des drapeaux neutres sans attaches particulières à des groupements extérieurs, ne cherchant simplement qu'à opérer une unité nationale la plus forte possible, souvent nés - ou réapparus - après la colonisation. On pourrait les nommer drapeaux de l'unité et de l'intégrité nationale. On pense aux drapeaux d'Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Chili), quelques africains (Botswana, Namibie), d'ex-Indochine, Mexique... Officiellement, la symbolique des couleurs tient souvent d'explications par la nature (vert pour les forêts, bleu pour l'océan...).

Conclusion sur la formation des drapeaux

L'on s'aperçoit finalement que la longévité d'un drapeau tient dans le subtil équilibre des trois dynamiques structurelles de formation du drapeau national. Le drapeau national se veut d'être le fruit d'un changement (nécessité d'opposition) interne et/ou externe, mais se doit également d'être un outil d'intégration intérieur (unification nationale, unité de territoires, revendication de territoires pour retrouver l'intégralité territoriale que l'on juge légitime) et/ou extérieur (rattachement à des mouvements transnationaux, à des idées, à des politiques extérieures...). Enfin, le drapeau national ne doit pas esquiver, voire étouffer des forces iconographiques résistantes, car il est toujours rattrapé par la ténacité de ces iconographies rivales et des idées qu'elles véhiculent. Lorsque le drapeau national exécute au mieux cette synthèse, il en devient quasi sacré et recouvre toute sa légitimité.

Imaginons un drapeau cumulant une séparation nette par rapport à une ancienne puissance, une intégration réussie à l'échelle interne (unité par le caractère original des couleurs) et externe (volonté d'approcher un « autre monde »), et dont les forces de résistances sont nulles. Ils sont très peu, mais expriment clairement la force d'une iconographie. L'exemple de l'Estonie est éloquent1. Les couleurs originales (blanc, bleu, noir) créent une unité nationale, en se séparant totalement de l'ancienne bannière communiste, tandis que le projet d'apposer une croix scandinave pour exprimer l'appartenance à l'ensemble scandinave et a fortiori à l'Europe, vient réaliser symboliquement l'émancipation du nouvel Etat, choisissant désormais de son propre chef ses orientations géopolitiques.

Cette grille d'analyse nous permet de bien saisir toute la subtilité de la formation d'un drapeau, du choix des couleurs jusqu'à ses contraintes géopolitiques environnantes. L'étude de la construction d'un drapeau révèle les stratégies géopolitiques de n'importe quelle autorité tentant d'unir tout un pays tout en s'insérant dans un contexte régional voire international. Chaque drapeau possède sa propre originalité parallèlement à la situation géopolitique particulière du pays qu'il incarne.

1 DE LA CONDAMINE, 2008 : 15-17

46

Ce mémoire se propose maintenant d'insérer au sein du corps du texte un tableau récapitulatif de l'ensemble des drapeaux du monde et de leur analyse d'un point vue géopolitique en utilisant la grille de lecture vue précédemment. Les nombreux exemples cités auparavant sont directement tirés de ce tableau.

L'analyse des drapeaux est réalisée avec les ouvrages cités en notes de fin de pages. Pour les autres références, se reporter à la partie « ouvrages de vexillologie » en bibliographie.

47

Ce mémoire fait délibérément le choix de s'insérer dans le système vexillologique moderne. Il ne sera question dans ce tableau que des drapeaux actuels. Les pays sont classés par ordre alphabétique, il ne s'agit que des pays membres de l'ONU, sauf Palestine et Kosovo dont les cas diffèrent.

Pays

Dynamique de
séparation

Dynamique d'intégration

Forces résistantes

AFGHANISTAN

Indépendance vis-à- vis de la Grande- Bretagne, le noir exprime l'avant colonisation, le rouge la lutte pour l'indépendance, le vert l'espoir

-Couleurs pan-arabiques,

intégration à l'entité musulmane. -- Revendication de l'Islam.

Non-reconnu par l'ensemble des afghans. Les talibans arborent le drapeau taliban blanc avec l'inscription coranique.

AFRIQUE DU SUD

Apartheid. Ancien drapeau représentant les colons hollandais et l'allégeance à la couronne britannique.

-Nécessaire modification du drapeau faisant cohabiter l'ensemble des habitants sur le même territoire (ancien colons hollandais puis britannique et bochimans). Lecture pacifique du drapeau de gauche à droite pour une même destinée des peuples sud-africains

-Présence des couleurs panafricaines.

Unanimité du drapeau.

ALBANIE

Indépendance vis-à- vis de l'Empire Ottoman, puis détachement de l'URSS (on enlève l'étoile communiste en 1992)

-Aigle bicéphale rappelle

l'attachement à l'héritage byzantin, et à la Rome antique. -Les deux têtes symbolisent la cohabitation interne entre musulmans et chrétiens.

Revendication du Kosovo pour la majorité albanaise vivant au Kosovo. Le Kosovo a arboré le drapeau albanais pour montrer son indépendance vis-à-vis des serbes.

ALGERIE

Indépendance vis-à- vis de la France

-Couleurs pan-arabiques, avec les emblèmes de l'Islam (croissant et étoile). Intégration aux pays revendiquant l'Islam religion d'Etat.

-Couleurs de l'union nord-africaine (des trois pays de Maghreb)

Unanimité du drapeau.

48

ALLEMAGNE

 

Oubli du drapeau nazi. Origine des couleurs remontent aux couleurs du Saint-Empire (heures glorieuses de l'ancienne Allemagne), ainsi qu'aux uniformes portés par les soldats en 1813 mettant fin à la domination napoléonienne.

-Intégration de l'Allemagne de l'Est en enlevant les emblèmes marxistes-léninistes.

L'Allemagne comportant un système fédéraliste, les drapeaux de chaque lander côtoient le national.

ANDORRE

Séparation de la France et de l'Espagne

-Système de paréage dont le drapeau en est l'expression. Le tricolore rappelle la protection française, les rouge et jaune rappelle la protection espagnole.

Les drapeaux français et espagnols sont également présents.

ANGOLA

Indépendance vis-à- vis du Portugal

-rappelle à l'aide de l'URSS pour l'indépendance (faucille et marteau)

Un nouveau projet a été déposé, drapeau pacifique revendiquant l'évolution démocratique. Drapeau concurrent dans l'enclave de Cabinda (mouvement indépendantiste)

ANTIGUA ET BARBUDA

Indépendance vis-à- vis de la Grande- Bretagne

Association habile de plusieurs échelles :

-Couleurs panafricaines rappellent l'héritage africain.

-Soleil et mer (bleu) invite au pacifisme et rappellent l'authenticité du pays.

-Rouge, bleu et blanc rappellent quant à eux l'appartenance du pays au Commonwealth.

Unanimité du drapeau.

ARABIE
SAOUDITE

Plusieurs provinces séparées des Ottomans.

-Union de ces provinces sous la protection et la force de l'Islam. Le vert est la couleur de l'Islam, le sabre exprime sa grandeur et sa force. Faut-il y voir un signe de meneur de l'ensemble des pays arabes ?

Unanimité du drapeau.

49

ARGENTINE

 

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-Bleu et blanc sont les couleurs de la dynastie des Bourbons. Pour les anciennes colonies espagnoles en Argentine, arborer ce drapeau signifiait apporter son soutien au roi espagnol contre Napoléon. Appartient donc à la famille vexillologique hispanique.

-De même ces couleurs et leur disposition créent un lien avec l'Amérique Centrale. -Déclaration d'auto-détermination dans ce drapeau.

Unanimité du drapeau.

ARMENIE

Indépendance vis-à- vis de la Russie.

-Combinaison de couleurs

inhabituelle : l'Arménie montre son indépendance.

-Bleu et rouge rappelle le drapeau russe, les arméniens n'oublient pas que les russes sont leurs alliés face au voisin turc.

-Le rouge rappelle à ce propos le génocide arménien non-reconnu par les turcs. Intégration d'une idée politique sur le drapeau.

-Le drapeau du Haut-Karabagh intégré désormais à l'Arménie reprend les couleurs arméniennes, la flèche en escalier incarne la route à suivre pour être totalement

intégré à l'Arménie.

Unanimité du drapeau.

AUSTRALIE

Volonté de n'être plus une colonie britannique. Devient dominion.

Intégration au Commonwealth par la présence de l'Union Jack dans le canton.

A l'image de l'Afrique du Sud, le débat est lancé depuis quelques années pour intégrer sur le drapeau les peuples autochtones (aborigènes) sur le drapeau, et se détacher totalement symboliquement du Royaume-Uni.

AUTRICHE

Drapeau quasi- millénaire, on l'arbore de nouveau après la période nazi.

 

Unanimité du drapeau.

50

AZERBAIDJAN

 

Eclatement de l'URSS

-Rattachement au monde turcophone et musulman.

- Le bleu est le bleu turc (les huit rais de l'étoile rappellent les huit grands peuples turcs)

- le vert la couleur de l'Islam tout comme le rattachement du croissant et de l'étoile à l'Islam.

Unanimité du drapeau

BAHAMAS

Indépendance vis-à- vis de la Grande- Bretagne

-Couleurs représentant la nature, pacifisme

Unanimité du drapeau.

BAHREÏN

Séparation vis-à-vis des Emirats Arabes Unis

-Rouge des musulmans khâridjites, intégration aux pays revendiquant leur foi musulmane (les cinq pointes évoquent les cinq piliers de l'Islam)

-Le blanc est un héritage

britannique (Bahreïn est un allié de la couronne britannique).

Unanimité du drapeau malgré les récents événements.

BANGLADESH

Indépendance vis-à- vis du Pakistan. Le rouge exprime cette lutte. L'on appose même le territoire en jaune sacralisé au centre du disque lorsqu'il est hissé pour la première fois à Dacca.

-Le vert exprime l'appartenance à l'Islam. Ne pas le négliger à coté de l'Inde à majorité Hindouiste.

Unanimité du drapeau

BARBADE

Indépendance vis-à- vis de la Grande- Bretagne

-Le trident figurait déjà sur l'ancien drapeau de la colonie britannique : lien toujours actuel.

Unanimité du drapeau

BELGIQUE

Indépendance en 1830

-origine française du drapeau pour la forme.

Etat fédéral. Guerre des drapeaux correspondant aux tensions actuelles. Le coq wallon s'oppose au lion des Flandres lors des manifestations.

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BELIZE

 

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-intégration au monde britannique : l'emblème ressemble fortement à l'emblème du temps où le Belize était le Honduras Britannique -Intégration des mouvements politiques intérieurs : le bleu et blanc pour le Parti Unique, les bandes rouges représentant le Parti Démocrate Uni

Unanimité du drapeau.

BENIN

Indépendance vis-à- vis de la France, puis séparation de la République Populaire du Benin en 1990.

-couleurs panafricaines, intégration à la cause africaine d'émancipation.

Unanimité du drapeau.

BHOUTAN

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni puis de l'Inde

-légitimité de la monarchie par le jaune

-appartenance au monde bouddhiste par la couleur orange

Unanimité du drapeau

BIELORUSSIE

Résulte de

l'éclatement de l'URSS

-Liens très forts entretenus avec l'ancien grand frère russe, le drapeau actuel est semblable à celui pendant l'ère soviétique.

L'opposition à ce drapeau jugé parfois trop pro-russe arbore le drapeau blanc et rouge adopté en 1918.

BOLIVIE

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-Prise en compte de ses propres ressources minières (jaune) non livrées aux acteurs extérieurs. -le vert-jaune-rouge n'a rien à voir avec les couleurs panafricaines

Unanimité du drapeau

BOSNIE-HERZEGOVINE

Dislocation de l'ex Yougoslavie

-Intégration des ethnies majoritaires du pays symbolisée par les trois sommets du triangle jaune inspirant l'espoir (serbes, croates, musulmans bosniaques). -inspiration du drapeau de l'UE (étoiles et fond bleu) pour deux raisons : la Bosnie-Herzégovine demeure toujours sous mandat de surveillance du Conseil de l'Europe et de son représentant, et ces couleurs européennes visent à pacifier le territoire.

Nombreux drapeaux appartenant au monde musulman sont arborés en signe de protestation (Turquie particulièrement qui rappelle l'héritage ottoman).

Drapeaux croate et serbe souvent présents lors des grands événements sociaux.

52

BOTSWANA

 

Indépendance vis-à- vis de la couronne britannique

Intégration pacifique des deux couleurs de peau pour l'unité (bandes blanches et bande noire cohabitent).

Unanimité du drapeau

BRESIL

-Indépendance vis-à- vis du Portugal

-la devise « ordem e progresso » rappelle la voie du positivisme et du progrès empruntée par les brésiliens pour s'écarter de la famille vexillologique lusophone

-Intégration intérieure de

l'ensemble des régions (autant que d'étoiles sur la constellation). Aucune n'est oubliée.

Unanimité du drapeau

BRUNEI

Indépendance progressive vis-à-vis du Royaume-Uni

-Intégration au monde musulman par la présence du croissant

Unanimité du drapeau

BULGARIE

Indépendance vis-à- vis de l'Empire ottoman

-ressemblance frappante avec le drapeau russe (signe de ralliement ?)

Unanimité du drapeau

BURKINA FASO

Indépendance de la Haute-Volta vis-à- vis de la France puis changement de nom

-couleurs panafricaines, volonté de s'inscrire dans la cause africaine. -étoile jaune et fond rouge rappelle l'inspiration socialiste de la révolution.

Unanimité du drapeau

BURUNDI

Indépendance vis-à- vis de la Belgique

-couleurs panafricaines,

volontairement brisées par la croix de Saint-André blanche, en signe de réconciliation nationale et de paix pour ne pas sombrer de nouveau dans les guerres ethniques.

-les trois étoiles les trois ethnies majoritaires capables de vivre ensemble (Tutsis, Hutus, et pygmées Twas). Volonté d'intégration interne de toutes les ethnies.

Unanimité du drapeau

53

CAMBODGE

 

Indépendance vis-à- vis de la France, puis distance par rapport au régime des Khmers rouges.

-présence du temple d'Angkor fait intégrer aux cambodgiens l'ancien puissant et glorieux passé.

-bleu monarchique

Unanimité du drapeau.

CAMEROUN

Indépendance vis-à- vis de la France

-couleurs panafricaines (intégration claire à l'espace africain). -intégration des minorités par l'étoile à cinq rais en signe d'unité.

Unanimité du drapeau.

CANADA

Prise de distance par rapport au Royaume- Uni (on remplace l'Union Flag).

-Unité nationale autour d'un même symbole : la feuille d'érable

L'Union Flag reste la composante de plusieurs drapeaux de provinces par sa présence dans le canton.

CAP-VERT

Indépendance vis-à- vis du Portugal, et séparation vis-à-vis de la Guinée-Bissau

-Remplacement des couleurs panafricaines (rappelant le régime autoritaire de la Guinée-Bissau) par des couleurs opérant la synthèse des drapeaux de l'Europe et des Etats-Unis.

Unanimité du drapeau

CENTRAFRIQUE

Indépendance vis-à- vis de la France

-Lien couleurs panafricaines et francophones (redevance par rapport à la France pour avoir chassé Bokassa ?)

-l'ensemble des couleurs avancent l'idée d'une grande République Fédérale des anciens Etats d'Afrique Equatoriale.

Unanimité générale

CHILI

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-hommage à la nature pour pacifier cet Etat longtemps soumis aux coups d'Etats.

Unanimité du drapeau

CHINE

Séparation vis-à-vis du Kuomintang

-intégration à la famille vexillologique communiste

Deux drapeaux concurrents font résistance face au drapeau chinois : le drapeau du Tibet, et le drapeau de Taïwan.

CHYPRE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-Neutralité du drapeau (traçage de territoire dans son intégralité sur fond de paix blanc) pour pouvoir intégrer les deux communautés grecques et turques sur le même territoire.

La République turque du Nord arbore son propre drapeau mettant en valeur l'Islam comme valeur rassemblante.

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COLOMBIE

 

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne (temps de la Grande Colombie, le jaune valant pour l'Amérique, le rouge l'Espagne au sud du continent, le jaune pour la Colombie)

-intégration à un espace distinct : l'Amérique Latine.

Unanimité du drapeau

COMORES

Indépendance vis-à- vis de la France

-intégration des îles de l'archipel pour une union des Comores dont Mayotte revendiquée par le drapeau (bande blanche)

-Le vert de l'Islam rattache les Comores aux drapeaux pan- arabiques (croissant)

Revendication de Mayotte, où flotte le drapeau français (Mayotte étant un Département d'Outre-Mer (DOM).

CONGO
(République
Démocratique
du)

Indépendance vis-à- vis de la Belgique puis rupture avec le régime de Mobutu (instaurant un drapeau aux couleurs panafricaines)

-les couleurs utilisées sont les mêmes que sous la domination française...

Concurrence du

drapeau rwandais dans l'est du pays.

CONGO

KINSHASA

Indépendance vis-à- vis de la France, puis distance avec le régime marxiste.

-Couleurs panafricaines, intégration à la cause africaine.

Unanimité du drapeau

COREE
DU

NORD

Séparation des deux Corées.

-mise en avant du régime socialiste par l'étoile rouge

Unanimité du drapeau

COREE
DU SUD

Séparation des deux Corées en 1948

-invitation au pacifisme avec son voisin, arborant des symboles de paix et de la nature

Unanimité du drapeau

COSTA RICA

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne, puis séparation des Provinces Unies d'Amérique Latine (la plupart de ses voisins arborent encore les couleurs de ce temps)

-drapeau qui s'intègre aux drapeaux pacifiques

Unanimité du drapeau

55

COTE

D'IVOIRE

Indépendance vis-à- vis de la France

-intégration inconsciente à la vexillologie française, ce drapeau rappelle le tricolore. Les liens entretenus avec la France n'y sont pas étrangers.

Unanimité du drapeau

CROATIE

Eclatement de l'ex- Yougoslavie, rupture avec le blason évoquant le temps où la Croatie était satellite de l'Allemagne nazie (le rouge et blanc du blason ont été inversés symboliquement)

-couleurs panslaves, en hommage à l'aide russe en 1848 contre les Ottomans. Intégration de facto au monde des alliés de Moscou -unité nationale à travers les cinq écus du blason représentant les cinq grandes régions croates.

Unanimité du drapeau

CUBA

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-intégration aux régimes socialistes du monde

Unanimité du drapeau

DANEMARK

Pas d'origine séparatiste

-intégration au monde scandinave (croix)

Unanimité du drapeau (le plus vieux du monde)

DJIBOUTI

Indépendance vis-à- vis de la France

-drapeau pacifiste

-intégration des deux ethnies principales qui s'affrontent rudement (Afars, en bleu et Issas, en vert) pour la paix et l'unité (étoile)

Drapeau unanime

DOMINIQUE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-rattachement aux drapeaux mettant en avant la religion catholique

Unanimité du drapeau

DOMINICAINE
, République

Sécession par rapport à Haïti

-rattachement aux drapeaux mettant en avant la religion catholique

Unanimité du drapeau

56

EGYPTE

 

Fin de la domination ottomane puis du protectorat britannique (représenté en noir)

-couleurs pan-arabiques. Seul le faucon de Saladin fait penser que ce drapeau n'est plus celui de la République Arabe Unie.

Unanimité du drapeau

EMIRATS

ARABES UNIS

Indépendance vis-à- vis de la Grande- Bretagne

-les couleurs panarabes réalisent l'unité et l'intégration des sept émirats

Unanimité du drapeau

EQUATEUR

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-rappelle la Grande Colombie, on peut y voir la volonté d'intégrer une Amérique Latine émancipée

Unanimité du drapeau

ERYTHREE

Indépendance vis-à- vis de l'Ethiopie

-couleurs panafricaines

-volonté pacifique (bleu et l'olivier rappelle l'ONU).

Unanimité du drapeau

ESPAGNE

Jaune et rouge sont les couleurs d'origine. Reprend le drapeau actuel pour se séparer du régime de Franco (le violet exprimait le rejet de la monarchie)

-couleurs d'unité dans un pays qui est une fédération (jaune et rouge sont les couleurs de la quasi-totalité des régions).

Les drapeaux des régionalismes, particulièrement en Catalogne sont parfois plus présents que le drapeau espagnol.

ESTONIE

Eclatement de l'URSS, puis séparation du monde des états baltiques

-proche du monde finnois par les couleurs (pays proches) -intégration au monde scandinave -intégration par le monde scandinave à l'Europe

Projet de remplacement du drapeau, en gardant les couleurs, apposer la croix scandinaves pour symboliquement intégrer le monde scandinave et l'Europe plus généralement, et couper définitivement les ponts avec la Russie.

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ETATS-
UNIS

 

Indépendance vis-à- vis de la Grande- Bretagne

-intégration territoriale des nouveaux états de façon symbolique (étoiles) : unité nationale

Unanimité du drapeau Souvent contesté à l'étranger, symbolisant l'impérialisme américain.

ETHIOPIE

Pas d'origine de séparation, héritage du royaume. Mise a distance du régime marxiste (on enlève le blason évoquant le régime socialiste)

-à l'origine des couleurs panafricaines

-intégration de l'ensemble des territoires symbolisée par l'étoile

Le drapeau du Front National de Libération de l'Ogaden (FNLO) flotte dans l'est du pays.

FIDJI,
îles

Indépendance vis-à- vis de la Grande- Bretagne

-intégration au Commonwealth par la présence de l'Union Jack dans le canton (malgré les exclusions récentes suite aux coups d'Etat).

Mouvements autonomistes qui arborent le drapeau kanak.

FINLANDE

Indépendance vis-à- vis de la Russie

-intégration au monde scandinave et l'entité géopolitique scandinave (croix scandinave)

Unanimité du drapeau

FRANCE

Renversement de la Monarchie

-longtemps intégré dans les drapeaux des anciennes colonies (souvent le tricolore s'apposait dans le canton)

Très largement contesté dans des régions aux ardeurs autonomistes (Corse, pays Basque, Bretagne...) et dans les DOM-TOM (Nouvelle-Calédonie dont les deux drapeaux, français et kanaks sont officiels). Drapeau contesté dans les anciennes colonies.

GABON

Indépendance vis-à- vis de la France

-couleurs panafricaines

-intégration au cercle des drapeaux pacifiques

-le drapeau trahit les liens forts qui existent encore entre la France et le Gabon (le même drapeau avant et après l'indépendance sauf qu'on a retiré du canton le drapeau français)

Unanimité du drapeau

58

GAMBIE

 

Indépendance vis-à- vis de la Grande Bretagne

-drapeau pacifique

-intégration par le jeu des couleurs (rouge et bleu) au Commonwealth

Unanimité du drapeau

GEORGIE

Eclatement de l'URSS, puis séparation de l'ancien régime associé aux temps difficiles des conflits juste après l'indépendance

-drapeau mettant en avant la religion chrétienne dans le Caucase partagé. Appel aux peuples chrétiens d'Ossétie et d'Abkhazie

Unanimité du drapeau

GHANA

Indépendance vis-à- vis de la Grande- Bretagne

-premier pays à arborer les couleurs panafricaines

Unanimité du drapeau

GRECE

Indépendance vis-à- vis de l'Empire Ottoman

-mise en valeur de la foi chrétienne

Unanimité du drapeau

GRENADE

Indépendance vis-à- vis de la Grande-Bretagne

-drapeau pacifique

Unanimité du drapeau

GROENLAND

Autonomie par rapport au Danemark

-drapeau qui ne fait pas oublier les liens avec le Danemark (mêmes couleurs)

Unanimité du drapeau

GUATEMALA

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-couleurs rappelant les Provinces Unies d'Amérique Centrale. -Volonté d'une coopération dans l'Amérique Centrale

Unanimité du drapeau

GUINEE

Indépendance vis-à- vis de la France

-couleurs panafricaines

-la disposition rappelle le tricolore français

Unanimité du drapeau

59

GUINEE-BISSAU

 

Indépendance vis-à- vis du Portugal

-intégration à la cause africaine (couleurs panafricaines)

Unanimité du drapeau

GUINEE

EQUATORIALE

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne, puis rupture (en changeant le blason) avec la dictature de Macias

-drapeau qui s'insère dans les drapeaux pacifiques

Unanimité du drapeau

GUYANA

Indépendance au sein du

Commonwealth

-la lecture vers la droite du drapeau ne revendique pas la pleine indépendance (le Guyana reste membre du Commonwealth)

Unanimité du drapeau

HAÏTI

Indépendance vis-à- vis de la France Distance par rapport à l'ancienne dictature des Duvalier

-inspiration française

Unanimité du drapeau

HONDURAS

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-c'est l'ancien drapeau des Provinces Unies d'Amérique Centrale (volonté de coopérer entre les pays issus de cette fédération).

Unanimité drapeau

HONGRIE

Drapeau des révolutionnaires pour la souveraineté de la Hongrie dans l'Empire des Habsbourg

-inspiration française (héritage révolutionnaire)

Unanimité du drapeau

INDE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-unification interne des religions (vert pour l'Islam, safran pour l'Hindouisme)

Concurrence du drapeau pakistanais dans le Cachemire Mouvements séparatistes en Inde qui arborent des drapeaux rivaux (au Khalistan, au Tripura...)

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INDONESIE

 

Indépendance vis-à- vis des Pays-Bas

-unification interne par des couleurs rappelant un Empire sur l'île de Java du XIIIème siècle (Majapahit)

Mouvement séparatistes arborant leurs propres drapeaux (à Aceh, aux Moluques, en Nouvelle-Guinée)

IRAK

Indépendance vis-à- vis du Royaume- Uni, puis distance par rapport au

régime de Saddam Hussein (on retire les étoiles)

-unification interne par la religion islamique

Projet de 2004 non adopté, trop similaire au drapeau israélien

IRAN

Rupture avec l'ancien régime (Empire) par le changement de blason

-l'unification se fait désormais par la religion islamique. Drapeau très religieux

Unanimité du drapeau

IRLANDE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-intégration interne de deux religions (catholiques en vert, protestants en orange) pour la paix (blanc)

Unanimité du drapeau. Il est arboré par les partisans du rattachement de l'Irlande du Nord à l'Eire

ISLANDE

Brandi lorsque l'Islande devient république

-intégration à l'espace nordique par la croix nordique

Unanimité du drapeau

ISRAEL

Création d'Etat en 1948

-la religion judaïque fait office de lien entre les israéliens

Souvent victime de maltraitances dans des pays musulmans hostiles

ITALIE

Issus des guerres d'indépendances du XIXème siècle

-drapeau d'unité nationale, dont les couleurs reprennent celles de la république cispadane

Unanimité du drapeau

JAMAIQUE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-couleurs panafricaines dont le mouvement fut pensé en Jamaique -intégration au Commonwealth par le pavillon hérité du temps de la colonisation britannique

Unanimité du drapeau

JAPON

Renversement en 1870 de la dynastie du Shogunat Tokugawa

-inspiration universaliste du drapeau par le soleil rouge représentant le Japon centre du monde

Unanimité du drapeau

61

JORDANIE

 

Séparation de l'Empire Ottoman

-couleurs panarabes, unité intérieur par l'Islam

Unanimité du drapeau

KAZAKHSTAN

Indépendance suite à la dislocation de l'URSS

-drapeau faisant la part belle aux coutumes locales

-drapeau neutre qui n'exprime pas une claire indépendance vis-à-vis de l'ancien grand frère soviétique

Unanimité du drapeau

KENYA

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-couleurs panafricaines

-Unité nationale autour du bouclier masaï.

Unanimité du drapeau

KIRGHIZISTAN

Indépendance suite à la dislocation de l'URSS

-Unité nationale par la yourte, symbole local. Le rouge qui pourrait intégrer ce drapeau à l'ancienne URSS, était présent avant l'époque soviétique.

Unanimité du drapeau

KIRIBATI

Indépendance vis-à- vis du Royaume- Uni, et séparation des Tuvalu

-unité territoriale par les trois vagues représentant les trois archipels composant l'Etat

Unanimité du drapeau

KOWEIT

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-unité nationale par la religion islamique

Unanimité du drapeau

LAOS

Indépendance vis-à- vis de la France puis renversement de la monarchie

-unité idéologique nationale par le disque solaire représentant l'unité derrière le système communiste

Unanimité du drapeau

LESOTHO

Indépendance vis-à- vis du Royaume- Uni, puis coups d'Etats successifs

-couleurs locales en plus du chapeau traditionnel pour créer l'unité nationale

Unanimité du drapeau

LETTONIE

Dislocation de l'URSS

-couleur spécifique à la Lettonie comme pour marquer l'originalité du pays face à l'ancien grand frère soviétique

Unanimité du drapeau

62

LIBAN

 

Indépendance vis-à- vis de la France

-le cèdre libanais représente la paix à construire entre la mosaïque de communautés vivant au Liban. Drapeau résolument neutre.

Forte présence du drapeau vert du Hezbollah, favorable à un islam radical

LIBERIA

Processus d'auto- détermination d'anciens esclaves noirs américains

-drapeau fédérateur d'unité

nationale, reprenant celui des Etats-Unis

Unanimité du drapeau

LIBYE

Renversement du régime du colonel Kadhafi

-drapeau aux couleurs panarabes. -unité territoriale par le choix des couleurs (noir pour la Cyrénaïque, rouge pour le Fezzan, vert pour la Tripolitaine)

Unanimité du drapeau

LIECHTENSTEIN

Séparation progressive de l'Empire des Habsbourg

-mise en valeur de la royauté par la couronne

Unanimité du drapeau

LITUANIE

Dislocation de l'URSS

-Couleurs spécifiquement lituanienne, identité forte

Unanimité du drapeau

LUXEMBOURG

Pas d'origine de séparation

Couleurs traditionnelles du grand duché

Projet de remplacer le drapeau par le pavillon national (alternance bandes bleues et blanches, un lion rouge au centre)

MACEDOINE

Dislocation de l'ex- Yougoslavie

-reprise d'un symbole ayant appartenu à Philippe II de Macédoine (soleil de Vergina) de l'ère grecque antique. Drapeau stylisé.

-Opposition ferme grecque pensant que la Macédoine récupérait l'héritage culturel grec.

MADAGASCAR

Indépendance vis-à- vis de la France

-affinité culturelle avec l'Indonésie (rouge et blanc)

Unanimité du drapeau

63

MALAISIE

 

Indépendance vis-à- vis des britanniques. Séparation de l'Indonésie

-drapeau fédérateur pour l'unité nationale

-Unité nationale par la religion islamique (croissant et étoile)

Unanimité du drapeau

MALAWI

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-couleurs panafricaines

Unanimité du drapeau

MALDIVES

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-rattachement aux drapeaux exprimant l'unité par la religion islamique

Unanimité du drapeau

MALI

Indépendance vis-à- vis de la France

-couleurs panafricaines

Drapeau concurrent dans la région séparatiste de l'Azawad qui possède un drapeau liant les couleurs panafricaines avec la religion islamique

MALTE

Indépendance vis-à- vis de la couronne britannique

-héritage des croisés, de la religion catholique pour l'unité nationale

Unanimité du drapeau

MAROC

Indépendance vis-à- vis de la France

-même drapeau que sous

protectorat français (faut-il y voir quelconques intérêts entre les deux pays ?)

Le drapeau du Front Polisario (qui rappelle celui de la Palestine) au Sahara Occidental exprime la volonté d'indépendantisme de ce mouvement.

MARSHALL,
îles

Indépendance vis-à- vis des Etats-Unis

-drapeau unitaire, pacifique, qui intègre les deux îles principales par le blanc et l'orange (Ralik et Ratak)

Unanimité du drapeau

MAURICE

Indépendance vis-à- vis de la France et du Royaume-Uni

-drapeau pacifique, hommage à la nature

Unanimité du drapeau

64

MAURITANIE

 

Indépendance vis-à- vis de la France

-couleurs panafricaine

-rattachement à l'Islam comme religion nationale

Unanimité du drapeau

MEXIQUE

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-drapeau d'unité nationale rappelant par le blason le mythe fondateur de l'Empire Aztèque (Mexique : continuité de l'Empire Aztèque ?)

Unanimité du drapeau

MICRONESIE

Rupture avec la tutelle des Etats- Unis

-drapeau fédérateur, quatre étoiles pour quatre iles.

-Ressemblance avec le drapeau de l'UE

Unanimité du drapeau

MOLDAVIE

Dislocation de l'URSS

-Drapeau en rattachement avec la Roumanie, a fortiori à l'UE.

Mouvement séparatiste de Transnistrie soutenu par la Russie, qui arbore un drapeau similaire à celui de l'ancienne RSS de Moldavie.

MONACO

Principauté autonome de la France et de l'Italie

-les couleurs reprennent celles du blason royal

Unanimité du drapeau

MONGOLIE

Dislocation de l'URSS

-le bleu évoque le bloc culturel eurasiatique

-drapeau encore très imprégné de celui de la République Populaire de Mongolie, seul l'étoile communiste disparait

Unanimité du drapeau

MONTENEGRO

Eclatement de l'ex- Yougoslavie puis indépendance vis-à-vis de la Serbie

-Rouge lié au Monténégro historique

Unanimité du drapeau

65

MOZAMBIQUE

 

Indépendance vis-à- vis du Portugal

-couleurs panafricaines

-idéologie et imagerie socialiste

Le projet de retirer le fusil provoqua un tollé général

MYANMAR

Indépendance vis-à- vis du Royaume- Uni, puis détachement vis-à- vis du régime communiste

-couleurs locales

-l'ancien drapeau révélait les liens politiques unissant Chine et Myanmar

Unanimité du drapeau

NAMIBIE

Indépendance vis-à- vis du Sud-Ouest Africain

-couleurs panafricaines

Unanimité du drapeau

NAURU

Indépendance vis-à- vis de l'Australie

-drapeau d'unité nationale autour de sa géographie

Unanimité du drapeau

NEPAL

Séparation vis-à-vis d'un régime parlementaire

-Unité religieuse par les deux sommets du triangle symbolisant Hindouisme et Bouddhisme

Unanimité du drapeau

NICARAGUA

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-volonté de revenir à une entité politique commune d'Amérique centrale (drapeau inspiré du drapeau de celui des Provinces unies d'Amérique centrale avec le même emblème central)

Unanimité du drapeau

NIGER

Indépendance vis-à- vis de la France

-drapeau de neutralité (pacifique, référence aux éléments naturels)

Beaucoup de mouvements autonomistes à la frontière avec le Nigéria, arborant d'autres bannières.

NIGERIA

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-drapeau volontairement neutre (vert pour la forêt, blanc pour la paix) pour contenter toutes les communautés religieuses (chrétiennes et musulmanes)

Nombreux mouvements autonomistes s'opposant à l'autorité nigériane dont le plus célèbre est celui du Biafra arborant des couleurs

panafricaines.

66

NORVEGE

 

Séparation vis-à-vis du Danemark

-croix nordique symbolisant une unité culturelle nordique -référence au drapeau danois avec qui la Norvège possédait un même royaume (début XIXème siècle)

Unanimité du drapeau

NOUVELLE-
ZELANDE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-présence du drapeau britannique dans le canton exprime l'allégeance à la couronne britannique

Projet similaire à celui de l'Australie : volonté de changement pour se séparer du Royaume-Uni et évoquer les racines culturelle néo-zélandaises (la couleur locale est le noir)

OMAN

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-couleurs panarabes

Unanimité du drapeau

OUGANDA

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-couleurs panafricaines

-la répétition deux fois de ces couleurs symbolise le peuple et le parti (la condamine)

Unanimité du drapeau

OUZBEKISTAN

Dislocation de l'URSS

-intégration aux pays musulmans -intégration au bloc culturel eurasiatique et turcophone (bleu) -revendication du leadership de l'Asie centrale

Unanimité du drapeau

PAKISTAN

Indépendance vis-à- vis du Royaume- Uni, puis séparation de l'Inde

-pays présentant l'Islam comme religion d'Etat

Deux points chauds où d'autres drapeaux pointent leur nez : drapeaux indiens et chinois au Cachemire, drapeaux rivaux au Baloutchistan

PALAOS

Indépendance vis-à- vis des Etats-Unis

-le symbole de la pleine lune rassemble les seize Etats de Palaos.

Unanimité du drapeau

PANAMA

Indépendance vis-à- vis de la Grande Colombie

-ressemblance au drapeau des Etats-Unis, l'enjeu stratégique du contrôle du canal de Panama pour les Etats-Unis n'est pas étranger à la similitude des deux drapeaux

Unanimité du drapeau

67

PAPOUASIE

 

Indépendance vis-à- vis de l'Australie

-couleurs et symboles locaux

Unanimité du drapeau

PARAGUAY

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne, puis rejet de troupes britanniques

-inspiration du modèle français de type d'unité nationale

Unanimité du drapeau

PAYS-
BAS

Pas d'origine de séparation

-drapeau princier conservé malgré l'orange remplaçant le rouge pendant quelques décennies avant un retour au rouge

Unanimité du drapeau

PEROU

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-couleurs locales rappelant l'Empire Incas.

Unanimité du drapeau

PHILIPPINES

Indépendance vis-à- vis des Pays-Bas

-unité territoriale par les couleurs et par les trois étoiles aux extrémités du triangle blanc : elles représentent les trois principales îles des Philippines

Unanimité du drapeau

POLOGNE

Dislocation de l'URSS

-couleurs originales polonaises contenues dans le blason officiel

Unanimité du drapeau

PORTUGAL

Rupture avec la monarchie

-couleurs républicaines

-blason évoquant la gloire des navigateurs portugais du XVème siècle.

Unanimité du drapeau y compris à Madère et dans les Açores ou le drapeau portugais est hissé à côté des drapeaux des îles.

QATAR

Détachement des Emirats Arabes Unis

-les neufs pointes représentent les neuf émirats du Golfe arabo-persique. Volonté de s'intégrer à ce groupe, pour être le leader ?

Unanimité du drapeau

ROUMANIE

Indépendance vis-à- vis de l'Empire Ottoman, puis détachement de l'ancien régime communiste de Ceausescu.

-trois couleurs pour trois anciennes provinces (Moldavie, Valachie, et Transylvanie).

-drapeau des peuples roumanophones

Unanimité du drapeau

68

ROYAUME-UNI

 

Pas d'origine de séparation

-Union de la Grande-Bretagne et de l'Irlande du Nord.

-Superposition symbolique par croix interposées des différents territoires composant le Royaume- Uni

Quelques mouvements autonomistes en Ecosse et surtout en Irlande du Nord où l'on prône parfois le rattachement à l'Eire, arborent des drapeaux concurrents.

RUSSIE

Fin de l'URSS mais présent avant l'URSS

-Couleurs ayant déterminé la famille vexillologique panslave. -Les drapeaux arborant ces couleurs ne signifient pas une proximité politique avec la Russie (exemple de la République Tchèque).

Ce drapeau tsariste n'est pas compris de tous. Son rattachement à des idéaux de contrôle absolu n'est pas du goût de toutes les républiques autonomes victimes de répression de la part de l'Etat central.

RWANDA

Indépendance vis-à- vis de la France, puis séparation d'une période historique tragique que le drapeau précédent rappelait.

-volonté de pacifier par le choix de couleurs neutres inspirées de la nature.

-on enlève le rouge associé au génocide

Unanimité du drapeau

ST KITTS
ET NEVIS

Indépendance vis-à- vis de la couronne britannique

-couleurs panafricaines, pourtant l'origine panafricaine n'est pas avérée.

-unité territoriale des deux îles par les deux étoiles

Unanimité du drapeau

ST

MARIN

Principauté en dehors du processus d'unification nationale italienne

-unité territoriale par le blason qui montre trois tours, les trois tours de garde de la principauté

Unanimité du drapeau

ST VINCENT
LES

GRENADINES

Séparation de la couronne britannique

-drapeau neutre exprimant les richesses naturelles de l'île -l'île est toujours dominion, on peut le repérer par le caractère non revendicatif du drapeau

Unanimité du drapeau

SAINTE LUCIE

Indépendance vis-à- vis de lu Royaume-Uni dans le cadre du Commonwealth

-drapeau neutre évoquant la nature

Unanimité du drapeau

SAMOA

Indépendance vis-à- vis de la Nouvelle- Zélande

-intégration au Commonwealth par le jeu des couleurs

Unanimité du drapeau

69

SAO TOME
ET

PRINCIPE

Indépendance vis-à- vis du Portugal

-unité territoriale des deux îles par les deux étoiles -couleurs panafricaines pour marquer symboliquement l'indépendance

Unanimité du drapeau

SALOMON,
iles

Indépendance vis-à- vis des Etats-Unis

-unité territoriale par les cinq étoiles représentant les cinq groupements d'îles principaux

Unanimité du drapeau

SALVADOR

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-intégration à un espace commun de l'Amérique centrale par un drapeau directement inspiré du drapeau des Provinces unies d'Amérique centrale

Unanimité du drapeau

SENEGAL

Indépendance vis-à- vis de la France

-couleurs panafricaines pour marquer symboliquement l'indépendance

-la structure du drapeau rappelle celle du tricolore, signe de l'influence encore présente de la France ?

Unanimité du drapeau

SERBIE

Indépendance vis-à- vis de l'Empire Ottoman, puis dislocation de la Yougoslavie

-couleurs panslaves en hommage à la Russie qui aida la Serbie lors de son accession à l'indépendance. -ces couleurs expriment la proximité politique et religieuse entre Russie et Serbie

Non reconnaissance du drapeau kosovar, province non reconnue indépendante par la Serbie et ses alliés

SEYCHELLES

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-unité politique nationale par le drapeau qui fait cohabiter les couleurs des deux principaux partis politiques (Parti démocratique et Parti uni du peuple des Seychelles)

Unanimité du drapeau

SIERRA LEONE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-drapeau délibérément neutre (blanc de la paix et de la justice). -Appel à la paix dans ce paix en proie aux luttes ethniques

Unanimité du drapeau

SINGAPOUR

Indépendance vis-à- vis de la Malaisie

-couleurs locales

-intégration à son environnement musulman (croissant et étoile) alors que Singapour est à majorité bouddhiste

Unanimité du drapeau

70

SLOVAQUIE

 

Séparation de la fédération

tchécoslovaque

-couleurs panslaves exprimant son rattachement à l'entité culturelle slave

Tensions avec la Hongrie, car le blason central possède comme la Hongrie la double croix et revendique dans son héritage une Montagne, le Matra qui se situe en Hongrie.

SLOVENIE

Dislocation de l'ex- Yougoslavie

-couleurs panslaves exprimant son rattachement à l'entité culturelle slave.

Mise en valeur sur le blason de la façade maritime slovène, source de discorde avec la Croatie.

SOMALIE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni et de l'Italie

-ressemblance au drapeau de l'ONU de façon à exprimer la paix nécessaire pour stabiliser le pays. -les cinq branches symbolisent les cinq zones où vivent les

Somalis dont l'Ogaden déjà source de conflit avec l'Ethiopie.

-drapeau officiellement neutre, mais officieusement revendicatif de territoires

Ce drapeau n'est que virtuel. Les drapeaux du Somaliland et du Puntland sont plus hissés que l'officiel n'étant associé qu'au chaos généralisé.

SOUDAN

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni puis instauration du régime islamique radical de Nimeiry (le premier drapeau du Soudan n'appartenait à aucune ethnie).

-couleurs panarabes

-le rouge immortalise la révolution socialiste

Nombreux mouvements autonomistes au Darfour et dans le sud du Soudan qui est désormais indépendant depuis 2011

SOUDAN DU SUD

Indépendance vis-à- vis du Soudan

-couleurs panafricaines contrairement à son voisin soudanais

-choix de son allié kenyan (reprise du drapeau kenyan en fond) pour ne pas être isolé diplomatiquement.

Unanimité du drapeau

SRI LANKA

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-intégration symbolique de toutes les ethnies dont celle des Tamoul par la bande orange

-mise en valeur de la religion bouddhiste, décrétée d'Etat

Le drapeau du mouvement indépendantiste tamoul rouge avec un tigre et deux armes est présent en signe d'opposition à la politique répressive du gouvernement actuel

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SUEDE

 

Séparation de la Suède et de la Norvège

-croix scandinave intégrant la Suède à l'espace nordique

Unanimité du drapeau

SUISSE

Retrait des troupes françaises

-la croix fédère les 16 cantons

Unanimité du drapeau

SURINAME

Indépendance vis-à- vis des Pays-Bas

-diversité ethnique unie derrière cette étoile jaune et sur un territoire neutre (vert pour l'Amazonie, blanc pour la paix)

Unanimité du drapeau

SWAZILAND

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-bouclier de tradition locale représentant l'ethnie Swazi.

Unanimité du drapeau

SYRIE

Indépendance vis-à- vis de la France

-couleurs panarabes, exprimant l'Islam religion d'Etat.

-drapeau actuel est le même que celui de la République Arabe Unie avec l'Egypte.

Les événements récents soulignent que les rebelles arborent un autre drapeau : le premier de la Syrie après l'indépendance, celui de la République Syrienne.

TADJIKISTAN

Eclatement de l'URSS

-couleurs panarabes, ressemblance avec le drapeau iranien (liens culturels forts).

-La structure du drapeau rappelle cependant celle de l'ancienne RSS du Tadjikistan

Unanimité du drapeau

TANZANIE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-intégration des deux territoires formant la Tanzanie, par la réunion symbolique sur le drapeau du Tanganyka et de Zanzibar (vert pour le continent, bleu pour l'île) autour des idées panafricaines alliant les deux territoires.

Unanimité du drapeau

TCHAD

Indépendance vis-à- vis de la France

-drapeau fortement inspiré du tricolore, il exprime l'intégration du Tchad à la sphère d'influence française dans cette région d'Afrique centrale.

Problèmes internationaux avec la Roumanie, qui possède les mêmes couleurs.

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TCHEUE, République

 

Eclatement de l'URSS, puis séparation avec la Slovaquie

-couleurs panslaves mais elle n'exprime pas une quelconque amitié avec Moscou. Le souvenir du Printemps de Prague est palpable chez les tchèques.

-ce drapeau est l'héritier de la Tchécoslovaquie, or les deux pays sont désormais séparés. Le triangle bleu, qui incarnait la Slovaquie est officiellement associé à la Moravie

Unanimité du drapeau

THAILANDE

Pas de dynamique de séparation

-continuité des couleurs royales thaïlandaises.

-mêmes couleurs que le drapeau du Laos et du Cambodge, signe d'une unité culturelle, mais pas politique

Unanimité du drapeau

TIMOR-
LESTE

Indépendance vis-à- vis de l'Indonésie

-la lecture de gauche à droite insiste sur le rouge, sur la lutte pour l'indépendance contre d'abord les portugais puis contre les indonésiens. C'est cette lutte qui rassemble les timorais.

Unanimité du drapeau

TOGO

Indépendance vis-à- vis de la France

-drapeau de type fédérateur appelant à unir son peuple, mais peut-être les Etats d'Afrique au nom des valeurs panafricaines, dont les couleurs sont reprises sur le drapeau.

Unanimité du drapeau

TONGA

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-religion chrétienne fait office de fédérateur des descendants d'autochtones et des descendants des colons britanniques

Unanimité du drapeau

TRINIDAD
ET TOBAGO

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-Unité territoriale par la géographie du drapeau : les deux îles sont associées, autour du noir unitaire.

Unanimité du drapeau

TUNISIE

Indépendance vis-à- vis de l'Empire Ottoman puis de la France

-intégration aux drapeaux exprimant l'Islam religion majoritaire

-Forte ressemblance avec le drapeau turc, dont les liens depuis l'Empire Ottoman ont toujours été réels.

Depuis le renversement de Ben Ali en 2011, certains souhaiteraient la création d'un nouveau drapeau, pour marquer symboliquement la rupture avec l'ancien régime sur proposition de Marzouki.

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TURKMENISTAN

 

Eclatement de l'URSS.

-cinq étoiles pour les régions de l'Etat pour former une unité et une intégrité territoriale

-le croissant et le vert (symbole de l'Islam) expriment le caractère musulman de ce pays (88% des habitants sont musulmans)

Unanimité du drapeau

TURQUIE

Rupture avec l'Empire Ottoman.

-la rupture avec l'empire n'est pas nette mais elle est symbolique : la forme de la lune s'est affinée. Elle exprime un nouveau régime républicain.

-croissant et étoile évoque l'Islam, religion majoritaire en Turquie

Drapeau concurrent du Kurdistan en territoire kurde, que le régime turc sanctionne s'il est brandit.

TUVALU

Séparation des Kiribati, puis retour à un régime monarchique qui supprime l'ancien drapeau républicain

-ce drapeau souligne l'influence britannique sur ces îles avec la présence de l'Union Jack dans le canton

-unité territoriale des 9 îles par les 9 étoiles

Les républicains souhaitant mettre fin à la monarchie arborent l'ancien drapeau républicain officiel de 1995 à 1997

UKRAINE

Chute de l'URSS

-le drapeau national exprime une identité ukrainienne distincte de la russe : les couleurs sont celles de la Galicie.

-drapeau résolument neutre pour ne pas froisser les intérêts russes, mais en même temps pour affirmer sa propre identité

Unanimité du drapeau

URUGUAY

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-drapeau de type fédérateur qui unit les neuf provinces originelles.

Unanimité du drapeau

VANUATU

Fin du condominium franco-britannique

-couleurs locales exprimant une identité propre

-mise en valeur du christianisme par la forme en Y évoquant la lumière céleste arrivant sur l'archipel

Unanimité du drapeau

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VENEZUELA

 

Indépendance vis-à- vis de l'Espagne

-couleurs de la Grande Colombie passée, signe d'une position de leader de cette région du nord de l'Amérique du Sud ? -revendication territoriale par le biais de la huitième étoile ajoutée en 2006, marquant la volonté du Venezuela de rattacher à son territoire nationale la Guyane vénézuélienne actuellement en Guyana.

-Liens entretenus avec l'Espagne (couleurs espagnoles contenues dans ce drapeau, séparées par le bleu de l'océan Atlantique).

Unanimité du drapeau

VIETNAM

Indépendance vis-à- vis du Japon, puis de la France

-drapeau exprimant l'appartenance à l'idéologie marxiste-léniniste -similitudes avec le drapeau chinois que l'on retrouve sur le plan politique

Unanimité du drapeau

YEMEN

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-Union des deux Yémen par les couleurs panarabes exprimant l'Islam comme source d'unité nationale

Les drapeaux des deux anciens Yémen (du Nord et du Sud) resurgissent régulièrement et souligne la fragilité d'un Etat quasi faillit.

ZAMBIE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-couleurs panafricaines

Unanimité du drapeau

ZIMBABWE

Indépendance vis-à- vis du Royaume-Uni

-couleurs panafricaines

-unité nationale par le régime socialiste en place (étoile rouge)

Unanimité du drapeau

75

CHAPITRE CINQUIEME

L'AVENIR GEOPOLITIQUE DU DRAPEAU

A l'heure de la mondialisation ou autre globalisation, quels rôles peuvent encore tenir les drapeaux ?

I - Fin des frontières, fin des territoires, fin des

drapeaux ?

On annonçait à la fin du XXème siècle plusieurs « fins »1. La « fin de l'Histoire » (ré)annoncée par Fukuyama en juin 1989 avec « l'universalisation de la démocratie libérale »2, la « fin des territoires » révélée par Badie parallèlement à l'épuisement des conflits possédant des enjeux territoriaux3, et la « fin de la géographie »4 signalée par O'Brien en 1992 constatant l'achèvement des localisations géographiques par les techniques modernes. Qu'ont en commun toutes ces fins annoncées ? Et bien simplement la remise en cause du rôle des Etats, des territoires et des iconographies et par conséquent du drapeau national.

Notre théorie gottmanienne, qui expliquait le constant rapport de force entre circulation et iconographie, s'écroulerait complètement. La circulation aurait étouffé toutes les iconographies, aurait détruit toutes les frontières, décloisonné l'espace géographique, aurait condamné le rôle des iconographies. Le territoire aurait pris fin par la perte de sa fonction refuge, perdue au détriment des logiques de circulation des armes, de la portée toujours plus lointaine des missiles et autres armes de dissuasions. La circulation aurait donc annihilé le rôle des drapeaux, ces derniers perdant alors leur rôle de lien symbolique d'unification d'un peuple et de son territoire. Est-ce pour autant une victoire finale de la circulation ?

II - L'insatiable besoin d'identité

Nous serions tentés de dire non. Les conjonctures actuelles prouvent le contraire. L'importance de la frontière en Afrique, ou encore ces murs qui s'érigent aux frontières par delà le monde exprime l'idée que les territoires ne sont pas finis. Par conséquent les iconographies non plus.

En temps normal, la circulation entraîne progressivement la fin des identités fortes et indivisibles, ou du moins les fragilisent. Or l'Histoire n'a cessé de démontrer que les identités finissaient toujours par resurgir. En vérité, il n'y pas de fin de l'iconographie. Celle-ci, et plus particulièrement les drapeaux, permettent la formation d'un équilibre identitaire. Celui-ci est nécessaire pour le maintien d'un ordre mondial, oeuvrant pour la paix. Il réalise la symbiose entre cloisons mentales et identité nationale d'un côté, et ouverture à la mondialisation de l'autre. Nos drapeaux ne sont pas prêts de sombrer. Il n'y a qu'à voir leur profusion lors de

1 PREVELAKIS, 1996 : 85

2 FUKUYAMA, 1992

3 BADIE, 1995

4 O'BRIEN, 1992

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rencontres de football. Celles-ci sont d'ailleurs éloquentes : elles associent circulation et iconographie. En effet, on se présente à des compétitions internationales nées de la circulation, mais on soutient sa propre équipe nationale.

La préservation de spécificités nationales1 est ainsi loin d'être détruite par les lois de la circulation, particulièrement dans les pays récemment indépendants. Même si le rôle des territoires est différent qu'auparavant (de protecteur, il passe désormais au rôle de cadre identitaire), les iconographies sont elles toujours tenaces. C'est là toute la subtilité du raisonnement de Jean Gottmann : ce qu'elles ont créé (des territoires pour les protéger), les iconographies savent le perdre, et leur donner de nouveaux rôles. Le territoire sert désormais de cadre de préservation d'une identité. Le drapeau n'exprime plus le caractère intangible des frontières du territoire qu'il représente, il catalyse des spécificités nationales inhérentes à un territoire. Le drapeau s'adapte donc à l'évolution des territoires2.

Plus un modèle universel est diffusé, plus les hommes se tournent vers des territoires où les iconographies sont spécifiques3.

III - Le drapeau : Une carte d'identité internationale4

Le territoire emprunte désormais une autre voie, celle de la reconnaissance internationale. La légitimité d'un Etat n'est reconnue que si elle s'accompagne de la maîtrise d'un territoire5. En représentant le territoire, le drapeau agit, par métonymie du territoire, pour la légitimation d'une autorité sur un espace donné.

En arborant un drapeau lors de cérémonies officielles, ou à l'ONU, l'on sait que ce pays possède un territoire définit reconnu par la majorité des Etats déjà officiellement indépendants. Par conséquent, des querelles peuvent alors éclater et elles découlent de logiques géopolitiques. Le cas récent du drapeau palestinien hissé à l'UNESCO à Paris est particulièrement révélateur du nouveau rôle du drapeau, lié à l'évolution des rôles du territoire. Avoir ajouté ce drapeau aux cotés, entre autres, d'Israël, c'est reconnaitre la Palestine dans son intégrité territoriale telle qu'on la connait maintenant, ce qui n'est évidemment pas sans créer des tensions politiques entre ceux qui souhaitent la reconnaissance officielle du territoire palestinien et ceux qui ne le veulent pas. Le rapport s'inverse : il fallait auparavant un territoire avant que le drapeau ne le sacralise, c'est désormais le drapeau qui crée et fait reconnaître un territoire. Il le crée en le précédant sur la scène mondiale. Remarquons le récent exemple de la Libye : le drapeau des rebelles a longtemps précédé la reconnaissance internationale de la souveraineté de ce mouvement rebelle sur le territoire libyen. Le drapeau possède donc cette faculté de donner l'accès6 d'un territoire et de l'autorité exercée sur celui-ci à la reconnaissance de la communauté internationale. Finalement, le drapeau réactualise en permanence le territoire en le dotant d'un argument

1 PREVELAKIS, 1996 : 86

2 JEAN GOTTMANN, 1973

3 PREVELAKIS, 1996 : 86

4 Jean Gottmann parle lui de « union card »

5 PREVELAKIS, 1996, 87

6 Lire sur la « faculté d'accès », concept gottmanien l'étude suivante : Olivier Labussière, « La norme et le mouvant : éléments pour une relecture de Jean Gottmann », 2011, Géographie et cultures n°72, pp.7-23

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supplémentaire et d'une carte de souveraineté crédible avant l'éventuelle reconnaissance internationale.

Le drapeau palestinien hissé à l'UNESCO en décembre 2011

Source : unesco.org

IV - Un retour aux sources militaires.

En fait si le drapeau a toujours eu et aura toujours le même impact dans les sociétés humaines politisées, c'est qu'il dote n'importe quel acte politique d'une puissance symbolique sans égale. Et que retient-on finalement ? Le symbole plutôt que l'action, les images d'un drapeau que l'on plante plutôt que tous les combats qui les ont précédées.

Ce n'est pas sans rappeler le rôle militaire du drapeau qui prédominait dans les siècles passés et que notre monde moderne ne fait que perdurer sous l'angle géopolitique. D'ailleurs, l'inversion du rouge et du bleu en cas de conflit aux Philippines souligne bien ce lien jamais estompé entre le drapeau et le domaine militaire.

Souvenons-nous. Dans le passé, l'objectif ultime d'une bataille est de prendre le drapeau ennemi, et de le remplacer par son propre étendard de manière à immortaliser la victoire. D'ailleurs, on allait jusqu'à comptabiliser dans les pertes « officielles » (mors, blessés, canons perdus) le nombre de drapeaux pris à l'ennemi, et le nombre de drapeaux perdus au combat (exemple de la bataille d'Austerlitz qui recense la perte d'un drapeau pour les forces napoléoniennes, quarante cinq pour la coalition russo-autrichienne). On ajoutait ainsi la part symbolique aux débats humains et matériels, le symbole se situant même au même niveau qu'aux pertes humaines. Dans un sens, les guerres d'aujourd'hui prolongent cette fonction symbolique militaire de façon récurrente. Lors d'invasions territoriales, ou de batailles pour la paix, on hisse toujours à la fin des combats le drapeau de celui qui gagne. Ce sera le drapeau de l'ONU pour symboliser la paix comme au Kosovo dans les années 1990-2000, ou en

78

Somalie au milieu des années 1990, ou alors le drapeau éthiopien sur un quart du territoire érythréen lors de la guerre d'indépendance entre 1998 et 2000.

V - La fonction dissuasive du drapeau

Le rôle militaire symbolique du drapeau a en vérité mué au XXème siècle vers un rôle de dissuasion et de projection. Le drapeau devient alors, dans l'optique géopolitique, un instrument au service de la projection de puissance d'un pays, de revendications territoriales d'un Etat, et de dissuasion de conflits. Lorsqu'on plante désormais un drapeau, ce n'est plus pour marquer une victoire dans un conflit, c'est justement pour prévenir d'un éventuel conflit. Le drapeau est ainsi le seul outil symbolique capable de détourner l'audience internationale vers lui pour réaliser les projections territoriales d'un Etat. Il devient celui qui informe au monde les vues de certains Etats, et il sert en même temps d'agent de dissuasion des autres Etats qui pourraient contester cette projection de puissance. C'est la fonction d'exposition1 du drapeau. Il expose les envies d'acteurs et en avertit les autres.

On foisonne d'exemples exprimant le drapeau comme agent symbolique des revendications de territoires ou d'affirmation de puissance. Il s'agit le pus souvent de mise en scènes comme au théâtre. On pense notamment au drapeau des Etats-Unis planté sur la Lune, immortalisant la puissance états-unienne capable désormais de régner dans l'espace, puissance remise en cause par les indiens en 2008, lorsqu'une sonde aux couleurs indiennes plante à son tour le drapeau indien sur le satellite de la Terre. L'exemple du drapeau russe, planté sous une zone polaire de l'Arctique sujette à différentes revendications territoriales de la part des Etats-Unis, du Canada et de la Norvège en vue de l'éventuelle réserve d'hydrocarbures, marque bien la projection territoriale qu'établissent les autorités russes dans cet endroit du monde. De la même façon, la présence d'un drapeau chinois sur les îles Paracels, archipel perdu en Mer de Chine Méridionale mais qui procurerait la prédominance pour l'Etat qui les possède sur les sous-sols riches en hydrocarbures et en ressources halieutiques, souligne la volonté des autorités chinoises de dissuader les pays riverains de cette Mer de s'approcher des rivages de cet archipel (Brunei, Vietnam, Philippines, Malaisie) alors que celui-ci n'est officiellement pas chinois. D'ailleurs, pour beaucoup d'ilots inhabités de l'Océan Indien ou Pacifique, la seule image qu'on ait est celle d'un drapeau servant à affirmer la souveraineté d'un Etat sur ce territoire, mais surtout sur les eaux environnantes. Le drapeau se fait alors le vecteur de domination maritime par le jeu des Zones Economiques Exclusives (ZEE). Pensons à l'ilot de Clipperton2 au large du Mexique dominé par les Français, ou aux îles Eparses, Juan de Nova, Glorieuses sous souveraineté française, scellant le passage des navires empruntant le canal du Mozambique. De la même manière les rochers Liancourt entre la Corée du Sud et le Japon servent de point de cristallisation des tensions entre les deux Etats qui reviennent au coeur des débats régulièrement. La présence d'un drapeau coréen contrarie en effet les autorités japonaises.

1 Pascal Ory, dans « L'histoire culturelle face aux images : le drapeau, un enjeu oublié ? », conférence tenue à l'ENS-Paris en 2006

2 Frédéric Encel, dans Comprendre la géopolitique, 2009, Point, Seuil, p.94, mentionne l'importance de la vue du simple drapeau français sur l'îlot inhabité de Clipperton. Il y voit là un signe fort de souveraineté nationale.

79

En caméra sous-marine, le drapeau russe est planté sous la banquise, au Pôle Nord

Source : lemonde.fr

Ici le drapeau agit par lui-même. Il est le contenant d'un contenu géopolitique. Par sa vue, l'on reconnait les aspirations de souveraineté de tel ou tel pays.

Finalement ce n'est plus le territoire qui importe, mais le symbole de la revendication : le drapeau. C'est celui-ci qui fait réagir plus que la présence avérée de telle ou telle autorité sur tel territoire. La puissance symbolique éclipse et supplante les faits.

VI - Le drapeau par lui-même, pour lui-même

Ce que révèlent les considérations géopolitiques précédentes, c'est tout simplement la faculté du drapeau à se transformer en véritable acteur géopolitique à part entière. La puissance symbolique se mue en acte géopolitique.

On a jamais autant brûlé de drapeaux dans le monde que maintenant. Qu'il s'agisse du drapeau des Etats-Unis, ou de drapeaux mettant en avant la religion musulmane, qu'il s'agisse brûler le drapeau de son voisin ou de son ennemi, le fait que le drapeau ne peut pas subir ces sévices sans que l'on comprenne qu'il ne se fait pas seulement le représentant d'un pays, signifie qu'il est en lui-même un objet politique à part entière. L'acte symbolique est ici purement géopolitique. Lorsque l'on brûle des drapeaux, on accepte plus l'influence étrangère, les revendications extérieures ou encore des interventions étrangères jugées néfastes pour la souveraineté nationale.

On pourrait simplement doter au drapeau le rôle de simple remplacement matériel d'un pays, il représente tout simplement les intérêts du pays qu'il incarne. Mais le drapeau comporte un autre rôle, un rôle original, son propre rôle. Il représente, au sens où il agit par lui-même. Il expose et s'expose dans un premier temps, puis il exprime et s'exprime dans un second1. Il est

1 Pascal Ory, « L'histoire culturelle face aux images : le drapeau, un enjeu oublié ? ».

comme au théâtre. Sur la scène du monde, le drapeau est une représentation1 : il remplace un acteur (un pays) mais est lui-même acteur. Brûler un drapeau est doublement symbolique : on attaque le pays qu'il représente, mais on l'attaque lui-même, c'est-à-dire que l'on s'attaque au symbole non plus au pays. S'attaquer aux symboles, aux iconographies de manière générale, c'était pour Gottmann « refaire les esprits ». On imagine bien toute la portée que peut incarner la destruction par le feu : c'est une potentielle et officielle source de conflits. Il y là par ailleurs matière à une étude spécifique : comment les différents systèmes juridiques de tous les Etats du monde réagissent-ils à la « flag desecration » (actes de maltraitance du drapeau) et au « flag burning » (le fait de brûler un drapeau, vocable absent dans le français...) ? Que cela révèle-t-il ?

De la même manière, on a montré que l'image d'un drapeau éclipsait provisoirement les intérêts politiques qui orbitent autour. Lorsque le président géorgien, pendant la guerre d'Ossétie du Sud contre les russes en 2009, s'affiche lors d'un discours officiel avec deux drapeaux côte à côte derrière lui, celui de la Géorgie et celui de l'Union Européenne (UE), il n'y a pas de doute concernant l'orientation des choix géopolitiques de la Géorgie. En d'autres termes, le drapeau a dans ce cas remplacé tous les mots, toutes les paroles qu'il aurait fallu pour expliquer sa nouvelle position et sa provocation politique. La présence d'un drapeau fournit ici l'essentiel des données géopolitiques, et dans le même temps a conditionné certains comportements géopolitiques (la Russie a ainsi durcit son action en Ossétie). L'exemple désormais célèbre de cet étudiant japonais qui avait déchiré le drapeau chinois dans les années 1980, avait précipité le gèle des relations diplomatiques entre les deux Etats2. D'où cette impression que la force symbolique du drapeau le double d'une force géopolitique insoupçonnable. Par lui-même, le drapeau fait acte géopolitique. Un acte qui s'est retrouvé en amont de dynamiques géopolitiques qui découlent de la simple vue d'un drapeau. Il n'est plus simplement au service de visées géopolitiques, il tient un premier rôle géopolitique. C'est tout lui redonner sa noblesse passée, son impact que l'on sous-estime, et sa place prédominante dans la géopolitique. Le drapeau est bien une arme géopolitique.

80

1 Lire la définition des représentations en géopolitique d'Yves Lacoste dans Le Dictionnaire de Géopolitique, 1993

2 SMITH, 1976 : 87

81

Le président Sakashvili de Géorgie lors d'une intervention télévisée avec les drapeaux de la Géorgie et de
l'Union Européenne (UE) côte-à-côte, signe géopolitique fort envoyé à Moscou.

Source : france24.fr

A l'image des certains comportements radicaux qu'il peut précipiter (ne disons-nous pas que nous « mourrons pour l'honneur du drapeau ? »), du courage à la haine, le drapeau, par sa simple présence, peut contenir des enjeux qui le dépasse largement. C'est bien ici toute la puissance symbolique et géopolitique du drapeau.

Une analyse géopolitique se doit ainsi de prendre en compte diverses données. Elle ne doit plus oublier le rôle des symboles, des iconographies, et du drapeau. Ce dernier est même une porte d'accès aux études géopolitiques. En entrant par le drapeau en géopolitique, on peut accéder au lien qui unit un territoire et son peuple, on peut lire l'histoire politique d'un pays, on peut comprendre ce qui motive les autorités qui gouvernent ce pays, on peut analyser les aspirations de ce même Etat et les sources potentielles d'opposition à celui-ci.

82

Conclusion

Notre parcours « vexillo-géopolitique » touche à sa fin, il nous faut désormais tirer plusieurs enseignements.

La définition générale de la géopolitique, étude de l'établissement d'un pouvoir sur un territoire, et de ses corollaires (enjeux, acteurs...), nous avait servie de point de départ de tout notre exposé. Or, au cours de cette étude, on a constaté la capacité du drapeau à se mouvoir en amont et en aval de cette large définition de la géopolitique. Plus loin encore, on s'est même engouffré en géopolitique par le biais du drapeau.

C'est ici une donnée importante que la mise en valeur géopolitique par le drapeau. Ce dernier se situe au coeur du lien contracté entre un espace, un pouvoir et un peuple. Le drapeau se trouve l'appendice de ces trois pôles. Il est d'abord la marque symbolique de la souveraineté d'une autorité sur un espace donné (on plante un drapeau), rôle quasi militaire. Il est ensuite le lien permanent entretenu entre cette autorité et son peuple, débouchant sur un nationalisme qui peut revêtir différentes formes (passif, « ordinaire », voire agressif). Il est également pour un peuple un moyen d'émancipation, un repère psychologique de premier ordre dans l'équilibre mental d'un individu. Il est un créateur d'identité et objet matériel de cohésion et d'unité nationale, tant ses couleurs, qui paraissent la forme la plus élémentaire de lecture et de ralliement, l'ont précipité objet coutumier et en même temps sacralisé. Enfin il permet à un espace donné de se territorialiser. En effet, le drapeau invite chaque esprit à une cartographie mentale de son propre territoire.

Pour tous ces paramètres, le drapeau, et plus largement les iconographies sont des données ultra nécessaires pour la force et la stabilité d'un pouvoir en place. Plus l'iconographie est forte, mieux un pays est paré contre les effets néfastes de l'ouverture généralisée. Il y a néanmoins danger lorsque l'iconographie dépasse largement la circulation (trop de drapeaux cache toujours une autre réalité qu'une simple inclination pour son pays).

Le drapeau nous a ainsi exposé qu'un territoire n'est pas la propriété d'un pouvoir, mais d'un peuple, qui a sacralisé ce même territoire par le drapeau. Par conséquent, les régimes politiques peuvent varier, le drapeau ainsi que le territoire ne suivent pas toujours ces mêmes variations. Le lien drapeau-territoire est bien le caractère essentiel d'un point de vue géopolitique de l'étude du drapeau.

Ce mémoire a également démontré que l'élaboration d'un drapeau ainsi que son évolution étaient tributaires de données et de dynamiques géopolitiques qui gouvernaient sa structure et sa légitimité. En inversant, l'étude de la formation d'un drapeau a révélé, et parfois précipité de grands courants géopolitiques, ainsi que d'autres plus subtils, que seuls les drapeaux parviennent à signaler de manière concrète. Il ne s'agit pas là de savoir qui fut avant l'autre (le drapeau ou les données géopolitiques), il n'en reste pas moins que la géopolitique et l'évolution des drapeaux constituent deux agents en interaction permanente.

83

Cet exposé a en outre souligné la capacité du drapeau à être par lui-même un acteur géopolitique à part entière en se positionnant en amont de certaines attitudes géopolitiques. C'est toute la force dont est capable le drapeau : passer aisément d'un message symbolique à un message politique, a fortiori géopolitique. Les deux portées, symbolique et géopolitique, se confondent dès lors, et ne se conçoivent plus l'une sans l'autre. Du symbolique au géopolitique, il n'y a qu'un pas...

De plus, l'intégration de l'étude du drapeau dans le cadre conceptuel de Jean Gottmann a ainsi ouvert à l'étude des symboles une perspective d'intégration aux considérations géopolitiques majeures de ce monde. L'examen de la formation parallèle d'un régionalisme, d'un territoire et d'une iconographie, face aux effets des différentes circulations et autres mouvements de déstabilisation, demeure essentiel pour la compréhension de n'importe quel comportement de type géopolitique à n'importe quelle échelle géographique. La prise en compte du drapeau en géopolitique a donc trouvé théoriquement un terrain d'étude qui se renouvelle à mesure que se créent de nouvelles entités communautaires avant d'être politiques. C'est une fin légitime pour celui qui nous accompagne tous les jours sans que l'on y prenne garde.

Pour systématiser, on peut penser d'un point de vue géopolitique que le drapeau donne du sens (il dote une communauté, un peuple, une nation, d'un référent identitaire pour la reconnaissance), mais également qu'il contient du sens (particularités nationales et aspirations géopolitiques des Etats). Enfin, il fait sens (il est un acteur majeur décisionnel en amont des problématiques géopolitiques, déterminant par lui-même, par sa puissance symbolique, des comportements géopolitiques).

Finalement, avoir confronté le drapeau avec la géopolitique, c'est avoir appréhendé la géopolitique par une autre voie d'accès, celle des couleurs. Quoi de plus naturel et accessible puisqu'elles sont présentes partout !

84

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La plupart des descriptions de drapeaux et leurs replacements dans les contextes géopolitiques ont également été inspirés d'un site internet servant d'autorité en la matière :

Flags of the World, Rob Raeside,16/06/2012, http://www.crwflags.com/fotw/flags/

Pour chaque drapeau, une description officielle est toujours fournie sur les sites internet des gouvernements.

Afghanistan :

 

Ancien drapeau des talibans :

 

Afrique du Sud : Ancien drapeau :

Albanie :

Andorre :

Angola : Proposition de

nouveau drapeau :

Algérie : Allemagne :

Antigue-et-Barbuda : Arabie Saoudite :

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Argentine : Arménie : Haut-Karabagh :

ANNEXES

87

Par ordre alphabétique, l'ensemble des drapeaux du monde sont exposés ici en respectant leur forme. On ajoutera parfois l'ancien drapeau pour établir la nette séparation vexillologique, et quelques projets de modification des emblèmes.

Autriche : Azerbaïdjan :

Belarus :

Ancien drapeau .
·

Bosnie-Herzégovine :

Bolivie :

Barbade :

 

Belgique :

 
 

Belize :

 
 
 
 
 
 

Bénin :

 

Bhoutan

 
 
 
 

Australie : Nouvelle proposition .
·

Bahamas : Bahreïn : Bangladesh :

88

Brunei :

Botswana : Brésil :

Canada :

Cap-Vert :

Chili :

Chine :

Centrafrique :

Bulgarie :

Burkina Faso :

Burundi : Cambodge :

Cameroun :

Chypre : Colombie :

Comores :

Congo : Congo-Kinshasa :

89

Corée du Nord :

 

Corée du Sud :

Costa Rica : Côte d'Ivoire :

Croatie : Cuba : Danemark :

Djibouti : Dominique :

République Dominicaine : Egypte :

Emirats Arabes Unis :

Equateur :

Erythrée : Espagne :

90

 
 
 
 
 

Estonie :

 

Projet :

 
 
 

Etats-Unis : Ethiopie :

Gabon :

Gambie : Géorgie :

Fidji : Finlande : France :

Ghana : Grèce : Grenade :

Groenland : Guatemala :

 
 
 

Guinée :

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Guyana : Haïti : Honduras :

91

 
 
 
 
 

Guinée-Bissau :

 
 

Guinée Equatoriale :

 
 
 
 
 
 

Islande : Israël :

Irlande :

Jamaïque : Japon :

Italie :

Hongrie : Inde : Indonésie :

Irak : Projet avorté : Iran :

Jordanie : Kazakhstan :

Kenya : Kirghizistan :

Kiribati : Kosovo :

 

Koweit :

 

92

Laos :

Lesotho : Lettonie :

Liban : Libéria : Libye :

Liechtenstein : Lituanie :

 
 
 
 
 
 
 
 

Malawi :

Maldives :

 

Mali :

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Malte :

 

Maroc :

 

Marshall :

 
 
 
 
 
 
 

93

Luxembourg : Macédoine :

Malaisie :

Madagascar :

94

Mexique :

Maurice : Mauritanie :

Mongolie :

Monténégro :

Norvège :

Nicaragua :

Mozambique : Myanmar : Namibie :

Nauru : Népal :

Moldavie :

Micronésie :

Niger : Nigéria :

Transnistrie sécessionniste :

Monaco :

Nouvelle-Zélande : Oman :

Panama :

Pakistan :

Palaos :

Papouasie : Paraguay : Pays-Bas :

Philippines : Pologne :

Pérou :

Portugal : Qatar : Roumanie :

Royaume-Uni : Russie :

Rwanda :

95

Ouganda : Ouzbékistan :

Saint-Kitts et Nevis : Saint-Marin :

Saint-Vincent les Grenadines :

 

Sainte-Lucie :

 

Samoa : São Tome et Principe :

Salomon : Salvador : Sénégal :

Serbie :

Seychelles : Sierra-Leone :

Singapour : Slovaquie : Slovénie :

Somalie

Soudan : Soudan du Sud

96

Suriname :

Swaziland :

Suède : Suisse :

Sri Lanka :

 
 
 
 

Syrie (officiel) : Drapeau des rebelles :

 
 
 

97

Timor : Togo :

Trinidad et Tobago : Tunisie :

Tonga :

République Tchèque : Thaïlande :

Tadjikistan : Tanzanie : Tchad :

Zambie :

Zimbabwe :

Tuvalu

Turkménistan : Turquie

Ukraine : Uruguay Vanuatu :

Venezuela :

Yémen

Vietnam

98

Drapeaux des mouvements autonomistes, séparatistes ou indépendantistes évoqués dans ce mémoire :

Flandre :

Wallonie :

Bretagne : Corse : Catalogne

Front Polisario : Azawad :

 
 
 
 

Ogaden :

 

Cabinda :

 
 
 

Palestine : Hezbollah au Liban :

99

Biafra : Haoussas :

Turkestan Oriental

 

Kurdistan

 

Tibet :

 

Taiwan :

 
 
 
 
 

100

Daghestan : Ossétie du Nord et Ossétie du Sud :

101

Table des matières

Remerciements : 2

SOMMAIRE 3

INTRODUCTION 4

CHAPITRE PREMIER 8

UN DRAPEAU DE PARADOXES 8

I - Paradoxe quantitatif 8

II - Paradoxe qualitatif 9

III - Paradoxe structurel 10

IV - Paradoxe temporel 11

V - Des paradoxes éclairants 12

CHAPITRE SECOND 14

LE DRAPEAU DANS LE CADRE CONCEPTUEL DE JEAN GOTTMANN 14

I - La dialectique circulation/iconographie et sa substitution réseaux/territoires 14

A - La circulation : 15

B - L'iconographie : 16

C - L'association de cette dichotomie. 17

II - La place du drapeau dans ce cadre conceptuel 18

CHAPITRE TROISIEME 21

LES RACINES DE L'ATTACHEMENT AU DRAPEAU 21

I - Territoire et drapeau 21

II - Drapeau et désir territorial 21

III - Drapeau et imaginaire collectif 22

IV - Drapeau et quotidien 23

V - Drapeau et « nationalisme ordinaire » 25

VI - Drapeau et récupération politique 25

CHAPITRE QUATRIEME 27

LA FORMATION D'UN DRAPEAU : UN PROCESSUS GEOPOLITIQUE 27

I - La séparation vexillologique 27

Echelle interne 28

Echelle externe 29

II - L'intégration vexillologique 31

Echelle interne 32

Un symbole unanime 32

Des idées neuves 32

Une unité des peuples 33

La religion 33

L'unité territoriale 34

Le drapeau des revendications territoriales 34

Le drapeau de compromis 35

Echelle externe 35

Les « panismes » 36

Volonté de créer des alliances commerciales ou politiques 37

La prise en compte du voisinage 38

III - Forces vexillologiques résistantes 39

Echelle interne 39

Echelle externe 41

102

La réaction de l'iconographie officielle. 42

IV - Quels drapeaux pour quels pays ? 43

Conclusion sur la formation des drapeaux 45

CHAPITRE CINQUIEME 75

L'AVENIR GEOPOLITIQUE DU DRAPEAU 75

I - Fin des frontières, fin des territoires, fin des drapeaux ? 75

II - L'insatiable besoin d'identité 75

III - Le drapeau : Une carte d'identité internationale 76

IV - Un retour aux sources militaires. 77

V - La fonction dissuasive du drapeau 78

VI - Le drapeau par lui-même, pour lui-même 79

CONCLUSION 82

BIBLIOGRAPHIE 84

ANNEXES 87

TABLE DES MATIERES 101






La Quadrature du Net