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De la médecine biomédicale à  la médecine non conventionnelle: les enjeux de la relation soignant-soigné. Le cas de la micro-kinésithérapie


par Lethicia BALAVOINE ANZALA
Université de Caen - IAE Caen - Master 1 2016
  

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Master 1 : « Management du Social et de la Santé »
Mémoire de Sociologie de la Santé

De la médecine biomédicale à la médecine non

conventionnelle : les enjeux de la relation

soignant-soigné. Le cas de la micro-

kinésithérapie

Lethicia ANZALA ép. BALAVOINE

Année 2015 - 2016

Sous la direction de M. Laurent BOCENO

2

REMERCIEMENTS

Je remercie Monsieur Laurent BOCENO, mon directeur de mémoire pour m'avoir accompagnée dans la construction de ce mémoire de sociologie.

Je remercie les patients des micro-kinésithérapeutes qui m'ont aimablement accordés de leur temps en acceptant de réaliser les entretiens sur ce thème passionnant aussi bien pour eux que pour moi.

Je remercie toutes les personnes qui m'ont aidée de façon directe ou indirecte à faire aboutir ce travail.

Je remercie mon mari et mes enfants qui m'ont soutenue et encouragée tout au long de la réalisation de ce travail.

SOMMAIRE

INTRODUCTION 5

Méthodologie de l'enquête 10

1. PARCOURS THÉRAPEUTIQUE : LE PASSAGE DE LA MÉDECINE

BIOMÉDICALE À LA MICRO-KINÉSITHERAPIE 12

1.1. Présentation de la micro-kinésithérapie : une forme de médecine douce......12

1.1.1. Définition de la micro-kinésithérapie 12
1.1.2. La place de la micro-kinésithérapie dans l'utilisation des médecines

douces 13

1.1.3. Les limites de la micro-kinésithérapie 13

1.2. Des patients pour lesquels les raisons de s'orienter vers un micro-

kinésithérapeute sont multiples 14

1.2.1. Présentation des personnes interrogées 14

1.2.2. Caractéristiques sociologiques des personnes interrogées 15

1.2.3. Aller chez un micro-kinésithérapeute: les raisons non médicales .15

1.3. La micro-kinésithérapie : une médecine non reconnue par la science mais qui

attire 16

1.3.1. Qui peut pratiquer la micro-kinésithérapie ? 16

1.3.2. Dans quel cadre évolue le micro-kinésithérapeute ? 17

1.3.3. Des patients qui « mélangent les genres » 18

2. LA RELATION PATIENT/MICRO-KINESITHERAPEUTE ET LE CONCEPT

DU CARE

19

2.1. Le Cure, le Care : les enjeux d'une relation

...19

2.2. La dimension du CARE dans le soin dispensé par le micro-

kinésithérapeute

20

2.2.1. La technique manuelle : une douce façon de « prendre soin » du

patient

20

2.2.2. Les mains du micro-kinésithérapeute et les représentations du

patient

21

2.3. La dimension du Care dans l'interaction verbale et non-verbale

...23

2.3.1. La communication verbale : la parole

23

2.3.2. La communication non-verbale

24

2.3.3. Le rôle du patient dans le soin

25

 

3

4

3. MICRO-KINESITHERAPIE ET SOCIÉTÉ : ANALYSE DU LIEN SOCIAL..25

3.1. Le réseau dans le parcours thérapeutique du patient 25

3.1.1. Définition du réseau 25

3.1.2. Analyse sociologique du réseau 26

3.1.3. La relation de confiance et le choix du « bon » micro-

kinésithérapeute 27

3.2. Du point de vue du patient : efficacité et satisfaction du patient ...28

3.2.1. L'efficacité de la technique du micro-kinésithérapeute 28

3.2.2. La satisfaction du patient 29

3.2.3. Prendre soin de son corps avec la micro-kinésithérapie : un nouveau

rapport au corps 29

3.3. Donner - recevoir - rendre : système de régulation sociale de l'échange......31

3.3.1. La notion de don selon M. MAUSS 31

3.3.2. Le don et le Care : deux notions liées dans la relation de soin 32

3.3.3. Recevoir et rendre le don : se placer du côté du patient 32

CONCLUCION GENERALE 33

BIBLIOGRAPHIE 35

ANNEXES 37

Annexe n° 1 38

Annexe n° 2 41

Annexe n° 3 44

Annexe n° 4 49

Annexe n° 5 63

5

INTRODUCTION

Les médecines non conventionnelles ne prennent tout leur sens que par référence à la médecine biomédicale, autrement dit à la médecine conventionnelle. Cette dernière est une médecine reconnue par la science et dont l'efficacité a été prouvée. Elle reste la médecine officielle en France. Tandis que parmi les médecines non conventionnelles, seules quatre « thérapies douces » sont reconnues par l'Académie de Médecine et donc conventionnées. Les autres ne bénéficient d'aucune reconnaissance scientifique et ne sont que tolérées en France.

Les médecines non conventionnelles séduisent de plus en plus la population française. Ces pratiques sont connues sous les termes de médecine douce, médecine alternative, médecine complémentaire, médecine parallèle ou encore médecine naturelle.

Les médecines non conventionnelles sont très diversifiées et leur nombre est croissant. L'O.M.S répertorie plus de 400 médecines alternatives et complémentaires. Chacune propose une manière spécifique d'aborder la santé et de traiter le corps en utilisant les plantes, l'énergie, l'art ou encore les techniques manuelles. Certaines de ces médecines traitent les maladies physiques ou sont axées sur le bien-être et la relaxation.

Les études statistiques sur les médecines non conventionnelles sont peu nombreuses. Nous pouvons cependant relever que 4 Français sur 10 ont recours aux médecines non conventionnelles1. La consommation de ces médecines ne cesse d'évoluer ces dernières années. L'homéopathie est la pratique qui a le plus de succès, avec 27 % des Français qui y ont recours. Plus globalement, 75 % des Français ont déjà eu recours au moins une fois dans leur vie à une médecine non conventionnelle2. L'incertitude scientifique n'entame donc pas la confiance des Français malgré les risques dénoncés par le Ministère de la Santé, en matière notamment de mauvaise prise en

1 Rapport de l'OMS, mai 2002.

2 Rapport de l'Académie nationale de Médecine du 5 mars 2013, Thérapies complémentaires - acupuncture, hypnose, ostéopathie, tai-chi - leur place parmi les ressources de soins, BONTOUX Daniel, COUTURIER Daniel, MENKÈS Charles-Joël.

6

charge de la maladie.

Ce sujet semble intéressant à aborder dans un cadre sociologique car il concerne un phénomène social contemporain qui anime des débats contradictoires, dans les médias, dans les milieux scientifiques et dans la sphère privée.

Envisager de traiter de toutes les médecines non conventionnelles semble bien ambitieux. C'est pourquoi, nous nous intéresserons à une seule médecine non conventionnelle afin d'illustrer cette étude : la micro-kinésithérapie.

Nous choisissons la micro-kinésithérapie suite à la lecture de nombreux témoignages sur les forums exprimant la satisfaction des patients. Le témoignage d'un proche a aussi été déterminant. Ce dernier fait de la micro-kinésithérapie une pratique de soins familiale et régulière, car il apprécie, entre autres, le temps passé avec le praticien, sa bienveillance et la richesse des échanges.

La micro-kinésithérapie est une technique de soins manuelle qui permet au thérapeute d'intervenir sur les traumatismes du patient.

Seuls les professionnels de santé reconnus à savoir les kinésithérapeutes, les médecins ou les vétérinaires peuvent prétendre à la formation qui mène à la micro-kinésithérapie. Ici, nous porterons notre attention uniquement sur la technique appliquée à l'homme.

Enfin, peu d'études scientifiques parviennent à prouver l'efficacité de la micro-kinésithérapie, cependant son public est de plus en plus large et réceptif.

Au regard de ces éléments, des questions nous viennent : la médecine conventionnelle a-t-elle cessé de satisfaire les patients ? Qui sont les patients du micro-kinésithérapeute ? Quelles motivations dirigent leur choix ? La micro-kinésithérapie reflète-t-elle un nouveau rapport au corps plus global? Quelles représentations le patient a-t-il de cette technique ? Quelles sont les attentes des patients de notre société contemporaine ? Que dire du système de croyances des patients qui pratiquent la micro-kinésithérapie ? Comment expliquer les attraits pour la micro-kinésithérapie ? Le succès de la micro-kinésithérapie, est-ce l'effet d'un phénomène social ? Quelle est la valeur d'une reconnaissance scientifique aujourd'hui ?

7

Nous posons alors la question de départ suivante : Pourquoi le patient de la médecine biomédicale s'oriente t-il vers la micro-kinésithérapie dans son parcours thérapeutique ?

Les lectures sociologiques ont permis de poser la problématique suivante. Les avancées de la médecine scientifique sont parfois devenues source d'insatisfaction notamment face aux patients qui veulent de moins en moins prendre des médicaments. Des témoignages sur les forums de santé montrent que le patient va alors s'orienter vers la micro-kinésithérapie pour trouver un soulagement et réduire la prise de médicaments. L'exemple du patient qui prend des anti-inflammatoires pour soulager des douleurs physiques est souvent rapporté. Après quelques séances chez un micro-kinésithérapeute, le patient indique pouvoir arrêter ou diminuer la prise de médicaments car cette technique de massage lui procure un soulagement à plus ou moins long terme.

Pour autant, la médecine biomédicale n'est pas remplacée par la micro-kinésithérapie, au contraire elles sont utilisées par le patient de façon complémentaire nous dit Anne Marcellini et ses collaborateurs3. Cette tendance montre la recherche du changement chez les patients, montre une évolution des « habitus » selon P. Bourdieu.

La médecine biomédicale et la micro-kinésithérapie dans un même parcours thérapeutique se différencient à travers les notions de « cure » et de « care »4. Le « cure » caractérisant la technique que retrouve principalement le patient dans la médecine biomédicale. Alors que la micro-kinésithérapie est davantage portée sur le « care » qui est le lien social, le verbal, le manuel.

Motivé par la recherche du changement, d'un « au-delà du corps biomédical »5 d'une autre façon de se soigner, le patient s'oriente vers la micro-kinésithérapie. Cette technique manuelle reflète un nouveau rapport au corps qui fait référence à, selon M.

3 MARCELLINI Anne, ROLLAND Yannick, RUFFIÉ Sébastien et TURPIN Jean-Philippe. 2000.

« Itinéraires thérapeutiques dans la société contemporaine. Le recours aux thérapies alternatives : une éducation à un "autre corps" ? », in Corps et culture [En ligne], Numéro 5, p. 43.

4 GRANDAZZI Guillaume. 2011. Les acteurs du soin. Le cure et le care, texte introductif, CEMU, Université de Caen.

5 MARCELLINI Anne, ROLLAND Yannick, RUFFIÉ Sébastien et TURPIN Jean-Philippe. 2000. « Itinéraires thérapeutiques dans la société contemporaine. Le recours aux thérapies alternatives : une éducation à un "autre corps" ? », in Corps et culture [En ligne], Numéro 5, p. 32.

8

Mauss, « l'homme total »6. Autrement dit, cette technique prend en compte le patient dans son histoire, dans son environnement car pour le micro-kinésithérapeute, le dysfonctionnement vient des perturbations extérieures et est lié à l'histoire de l'individu. La micro-kinésithérapie ne raisonne pas en terme de maladie. Cependant, il est possible de prendre en compte les résultats de l'étude de Claudine Herzlich. Cette étude sur les représentations sociales de la santé et de la maladie7 présente l'idée selon laquelle le mode de vie peut être la source d'état intermédiaire à la maladie, comme la fatigue. Nous pouvons ajouter aux états intermédiaires les maux liés aux dysfonctionnements de l'individu.

La technique manuelle, quant à elle, fait référence à la valeur symbolique de la main du praticien. Selon Daniel Grosjean et Patrice Benini8, la main permet au micro-kinésithérapeute d'entrer en relation avec les courants d'énergie présents ou non dans le corps. La main sert alors à la connaissance du patient et de son dysfonctionnement. La technique manuelle, est en elle-même une relation, une communication, un corps-à-corps. Pour le patient, la main du micro-kinésithérapeute a la capacité de « sentir » ou « ressentir » des noeux, des « blocages ».

Ainsi considérée, la maladie ainsi que la technique du micro-kinésithérapeute a une signification, a du sens pour le patient. La perception qu'a le patient selon laquelle il existe une autre réalité du corps va faire écho avec la perception du micro-kinésithérapeute selon laquelle le corps à des choses à dire et ne demande qu'à s'exprimer. Les représentations des deux acteurs vont alors se rencontrer, et, ainsi, une complicité va naître entre le soignant et le soigné.

Tout au long de l'étude, nous ferons appel à la notion de représentation sociale à laquelle le soigné est confronté dans sa relation au soignant. Nous avons tous des opinions, des images, des attitudes, des croyances intériorisées qui se construisent lors des différentes étapes de la socialisation, ce sont nos représentations. En effet, Serge

6 MAUSS Marcel. 1936. « Les techniques du corps », in Journal de Psychologie, XXXII, ne, 3-4, p. 8.

7 HERZLICH Claudine. Juin 2005. Santé et maladie : analyse d'une représentation sociale, EHESS, Paris.

8 BENINI PATRICE, GROSJEAN Daniel. 2003. Ces chocs qui détruisent votre santé, 4e éd., C.F.M.

9

Moscovici précise que les représentations sociales ne sont pas seulement des « opinions ou des attitudes » mais sont aussi des « théories »9. La représentation sociale se situe alors entre la pensée collective et la pensée individuelle et diffère en fonction des appartenances des individus.

La relation entre le micro-kinésithérapeute et le patient implique l'idée du « don » selon M. Mauss. Ce don met en évidence la notion de triple obligation de donner - recevoir - rendre dans les interactions. Au-delà de l'échange, cette notion concerne une morale universelle caractérisée par des règles, des valeurs, des représentations. Cette notion renvoie alors à une dimension sociétale dans laquelle chaque individu a un rôle à jouer et une place à tenir dans le lien social. Ainsi, le micro-kinésithérapeute en bonne disposition, abandonne spontanément au patient à travers la technique manuelle, le soin empreint d'une part de lui. Le patient, satisfait de ce soin, le reçoit conformément aux règles de la société. Le patient accepte ainsi de s'inscrire dans un schéma de régulation sociale et va par exemple tout naturellement communiquer à d'autre sa satisfaction face à cette technique de soin. Cette reconnaissance peut s'exprimer dans les « réseaux d'orientation »10.

Enfin, dans l'interaction soignant-soigné, il est intéressant de faire paraître ce que Goffman appelle « les rites d'interaction » tels que les regards, les gestes, les mimiques, les postures et les énoncés verbaux. Il s'agit de « codes » implicites de bonne conduite qui régulent l'interaction.

La micro-kinésithérapie est un phénomène social lié aux représentations de notre société contemporaine. La société actuelle a un engouement pour les soins naturels. Le patient apprend à intégrer dans son itinéraire thérapeutique la micro-kinésithérapie. Le patient intègre un fait extérieur à lui.

Ainsi, cette problématique précise la question de départ avec l'idée d'une relation

9 HERZLICH Claudine. Juin 2005. Santé et maladie : analyse d'une représentation sociale, EHESS, Paris.

10 MARCELLINI Anne, ROLLAND Yannick, RUFFIÉ Sébastien et TURPIN Jean-Philippe. 2000. « Itinéraires thérapeutiques dans la société contemporaine. Le recours aux thérapies alternatives : une éducation à un "autre corps" ? », in Corps et culture, [En ligne], Numéro 5.

particulière soignant-soigné. Afin de comprendre les raisons qui conduisent le patient de la médecine biomédicale à s'orienter vers la micro-kinésithérapie dans son parcours thérapeutique, nous nous intéresserons à la relation qui s'instaure entre le micro-kinésithérapeute et son patient.

Afin de répondre à la question de départ, nous proposons l'hypothèse suivante : le patient dans notre société contemporaine trouve dans la relation avec le micro-kinésithérapeute une autre façon plus naturelle de prendre soin de son corps.

Nous aborderons dans une première partie le parcours thérapeutique du patient afin de comprendre son passage de la médecine biomédicale à la micro-kinésithérapie. Puis dans une seconde partie, nous mettrons en évidence l'importance du Care dans la relation patient / micro-kinésithérapeute. Enfin, notre troisième partie analysera le lien social créé par le soin du micro-kinésithérapeute.

MÉTHODOLOGIE DE L'ENQUÊTE

L'orientation de ma question de départ inscrit mon étude dans une démarche qualitative. En effet, l'intérêt n'est pas de donner un ordre de grandeur mais plutôt de décrire et d'analyser le parcours du patient et sa relation avec le micro-kinésithérapeute, ses manières d'aborder le corps, ses représentations de la technique manuelle. Ainsi, la méthode qui semble la plus adaptée ici est l'entretien semi-directif.

Nous choisissons d'interroger des patients, régulier ou non, de micro-kinésithérapeute. Pour atteindre ce public, nous avons directement sollicité des micro-kinésithérapeutes par mail, sans succès. C'est en passant par l'association des micro-kinésithérapeutes de France que nous avons pu entrer en contact par mail avec deux professionnels intéressés par notre étude. L'un nous a transmis une liste de patients que nous avons contactés par téléphone. Un autre a remis notre adresse mail aux patients intéressés qui nous ont directement contacté.

10

Nous nous sommes présenté aux personnes en qualité d'étudiante dans le

11

domaine de la santé et du social souhaitant réaliser une étude sur les patients des micro-kinésithérapeutes. Les patients les plus inquiets, une majorité, exigeaient de recevoir le guide d'entretien avant de confirmer leur participation. Parmi les personnes qui avaient accepté, une n'a plus donné de nouvelles à l'approche de la rencontre.

Ainsi, deux patientes ont participé à l'enquête. Nous avons retranscrit ces entretiens en annexe.

Pour mener à bien les entretiens, nous avons construit un guide d'entretien présenté en annexe. La lecture des avis des patients de micro-kinésithérapeutes sur les différents sites internet, les échanges avec mon entourage connaissant ces pratiques et la lecture de l'article « Itinéraires thérapeutiques dans la société contemporaine »11 nous ont aidé à ordonner ce guide autour de thèmes. Chaque thème présente une série de questions supports à aborder.

Chaque entretien a débuté par la question ouverte suivante : «Comment avez-vous découvert la micro-kinésithérapie ?». Nous avons ensuite laissé l'entretien suivre sa propre dynamique en nous efforçant de ne pas suivre scrupuleusement l'ordre prédéfini des thèmes et des questions. Nous avons également rebondi sur certains points qui nous semblaient intéressants à développer.

Les patientes ont montré un certain intérêt à apporter un témoignage sur leur pratique. Les entretiens ont été effectués au domicile des patientes. Le premier entretien s'est bien déroulé, il a durée 1h20. Quant au deuxième entretien, la patiente avait oublié le rendez-vous. Nous avons tout de même mené l'entretien car elle n'avait pas d'autre disponibilité. Cet entretien a duré 48 minutes.

C'est avec l'accord de chaque participante que nous avons enregistré les entretiens. Au long de notre écrit, nous avons respecté l'engagement d'anonymat des patientes et des personnes citées. Nous les appellerons Madame X et Madame Y et Monsieur A qui est le thérapeute de Madame Y. De même, les informations susceptibles

11 MARCELLINI Anne, ROLLAND Yannick, RUFFIÉ Sébastien et TURPIN Jean-Philippe. 2000. « Itinéraires thérapeutiques dans la société contemporaine. Le recours aux thérapies alternatives : une éducation à un "autre corps" ? », in Corps et culture [En ligne], Numéro 5.

12

de les localiser ont été supprimées et les enregistrements effacés après retranscription.

1. PARCOURS THÉRAPEUTIQUE : LE PASSAGE DE LA MÉDECINE BIOMÉDICALE À LA MICRO-KINÉSITHERAPIE

1.1. Présentation de la micro-kinésithérapie : une forme de médecine douce

Dans cette partie, nous définirons la micro-kinésithérapie et le contexte dans lequel se situe l'étude. Nous présenterons aussi les personnes interrogées ainsi que leurs caractéristiques sociologiques. Enfin, nous verrons que la micro-kinésithérapie attire malgré sa non-reconnaissance scientifique.

1.1.1. Définition de la micro-kinésithérapie

La micro-kinésithérapie est une technique de soin manuelle qui existe en France depuis une trentaine d'années. Elle fait partie des nombreuses thérapies « alternatives » que propose notre société contemporaine. Elle a été développée dans les années 1980 par deux masseurs-kinésithérapeutes et ostéopathes français, P. Benini et D. Grosjean.

Le mot micro-kinésithérapie vient de trois mots grecs : micro (petit), kinesis (mouvement), et therapeuein (soigner) et signifie à la fois soigner par le petit mouvement mais aussi rétablir les micro-mouvements du corps12 afin de redonner la santé. Le thérapeute accepte alors de donner un soin afin d'aider temporairement une personne à retrouver ce qu'elle a perdu. « Ainsi le mot micro-kinésithérapie exprime dans sa composition même à la fois le contenu et l'esprit de cette méthode »13.

Le site www.microkinesitherapie.com propose la définition suivante:

« la micro-kinésithérapie va chercher par une technique micro-palpatoire manuelle spécifique les traces laissées par [des] agressions dans les différents tissus de l'organisme. Son action consiste à effectuer manuellement des actes stimulant les mécanismes d'autocorrection afin d'éviter la dégradation des tissus et d'en rétablir leurs fonctions. Les mains du praticien mobilisent et stimulent les différents tissus en fonction du type

12 BENINI Patrice, GROSJEAN Daniel. 2003. Ces chocs qui détruisent votre santé, 4e éd., C.F.M., p. 11.

13 Ibidem, p. 12.

13

d'agression.»14.

Cette définition sous-entend que le corps humain n'a pas la capacité d'effacer naturellement les chocs physiques et psychologiques subis. Afin d'éviter que ces chocs créent des pathologies, le praticien aide alors le corps à libérer ces agressions grâce à la palpation de zones.

1.1.2. La place de la micro-kinésithérapie dans l'utilisation des médecines

douces

Les personnes qui pratiquent la médecine douce dans leurs habitudes de soin cumulent volontiers différentes médecines douces. En effet, Madame X, patiente en micro-kinésithérapie, se « soigne, depuis toujours et principalement, par homéopathie et par acupuncture ». Madame Y, elle, dit faire « de la micro-kiné et de la kinésiologie». Selon P. Benini et D. Grosjean, la micro-kinésithérapie est une thérapie douce qui n'exclut pas l'utilisation en parallèle d'autres moyens thérapeutiques15. Chaque médecine douce s'inscrit dans un champ d'application précis. La micro-kinésithérapie n'agit pas sur tout et pour tout.

Les médecines douces peuvent occuper des places différentes selon les attentes des patients et même, la fréquence de leur pratique peut varier. Madame X dit que la micro-kinésithérapie n'est « pas [son] traitement principal ». Elle se soigne principalement avec l'homéopathie. En revanche, Madame Y ne semble pas hiérarchiser les médecines douces qu'elle pratique. Ces deux personnes disent rencontrer une à deux fois par an leur micro-kinésithérapeute. En effet, deux à trois séances sont un maximum pour soigner un symptôme16.

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