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Raisonnement et méthodologie


par Hassan SMELIOUI
UPEC - M2 MEEF Mathématiques  2020
  

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II. Constats - hypothèses

Après avoir expliqué dans la partie précédente ce qu'est le raisonnement mathématique, les perceptions que peuvent en avoir des mathématiciens de renommée mondiale, je vais essayer de montrer quels sont les constats que j'ai opérés lors de mes débuts dans le métier de stagiaire (j'avais été auparavant professeur contractuel) et les hypothèses que j'ai émises.

1. Difficultés de l'élève, du professeur

Ainsi que je l'ai expliqué précédemment, si les mathématiques sont une discipline qui anime des objets sans existence réelle, l'enseignement des mathématiques est, quant à lui, pleinement immergé dans un monde réel : de vrais élèves, un vrai enseignant, un vrai cadre matériel, de vraies difficultés, de vraies résistances, et aussi de vraies dynamiques.

L'enseignement n'est donc pas un acte désincarné. Si cela avait été le cas, ce métier ne m'aurait pas intéressé. Les quelques difficultés que j'ai éprouvées à initier mes élèves au raisonnement mathématique ont formé un écart, un espace, entre l'enseignement idéal, et l'enseignement réel. C'est dans cet écart, dans cet espace, et avec le temps et la chance que m'offrait cette année de formation en alternance, que j'ai construit ma réflexion.

D'où venaient les difficultés ? Des élèves, sans doute, mais très certainement aussi de moi.

2. Chacun a son histoire.

Il convient donc, sans écrire ici mon autobiographie, que je résume en quelques lignes mon parcours.

Je suis né au Maroc, berbérophone, puis arabophone, puis, francophone durant mes études. Tout ceci a son importance. J'ai expliqué à la fin de la partie précédente, en quoi il était bien possible que les propos des mathématiciens français, dans leur manière de sacraliser le raisonnement, la vérité, et, peu ou prou, de présenter les mathématiques comme une discipline réservée aux initiés, étaient dûs à l'histoire de France.

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Je suis né au Maroc, disais-je, c'est-à-dire dans un pays qui a subi la double influence arabe et française. Tout ceci n'est pas neutre. Ce sont les arabes - les exemples illustres abondent - qui furent parmi les premiers à conceptualiser les mathématiques, et, donc, (tout acte de conceptualisation conduisant inéluctablement à un gain en prestige) à « consacrer » cette discipline, la faisant passer d'une matière utilitaire, à un ensemble ordonné de savoirs théoriques. Sont venus ensuite les Français, dont je viens de montrer que leur histoire les avait conduits, eux aussi, à sacraliser les mathématiques, mais ce n'est pas tout. Il ne faut pas oublier que le savoir mathématique en France, tel qu'il est apparu au milieu du moyen-âge, a puisé ses sources dans les traductions de textes grecs et arabes, réalisés en Espagne et en Sicile par des savants chrétiens, juifs et musulmans, qui oeuvraient en totale intelligence.

Tout ceci a donc conduit, d'une façon tout à fait logique et cohérente à orienter la formation que j'ai moi-même reçue, et donc à influencer l'enseignant que je suis devenu.

Lorsque j'avais été inspecté la première fois en 2016, mon inspecteur, lors de l'entretien qui avait suivi l'observation en classe, apprenant que je venais du Maroc, m'avait dit : « Ah, vous êtes issu de la grande école mathématique marocaine. ». Comme je lui faisais part de mon étonnement, il m'a expliqué que, lorsqu'il était étudiant, il côtoyait des étudiants issus des pays du Maghreb et qu'il était impressionné par la rigueur et la pureté de leurs mathématiques. Pour lui, il existait donc une « grande école marocaine de mathématiques, une grande école algérienne de mathématiques, une grande école tunisienne de mathématiques ».

Je ne sais pas s'il avait raison mais, ce qui est certain, c'est que, pour moi, mes professeurs de mathématiques étaient de « grands professeurs ». Je les admirais. Tout ce qu'ils écrivaient au tableau était pour moi comme des écrits sacrés.

3. Raisonnement = rigueur + connaissance de son cours ?

Venons-en au raisonnement. Pour moi, les mathématiques se réduisaient à la formule : « mathématiques = calcul + raisonnement ». Et, des deux termes de la somme, c'était le raisonnement qui était le plus noble. Le plus noble, mais le plus dur. Je ne me sentais pas digne de tenter un raisonnement par moi-même s'il ne m'avait pas été préalablement exposé par mon enseignant. J'aurais eu l'impression d'un acte sacrilège. Oser, tenter, se tromper, essayer de

nouveau, tâtonner, (autant de démarches qui figurent pourtant dans le document d'accompagnement relatif à la compétence raisonner) me semblait inconcevable. Pour moi, c'était la perfection ou rien. La perfection, c'était mon enseignant. Mon rôle d'élève, pour moi, se limitait à reproduire le raisonnement écrit, parfait, pur, de mon enseignant. C'était ainsi, c'était une autre époque. Mes professeurs étaient excellents, bienveillants, je leur dois de m'avoir transmis de belles mathématiques et d'avoir allumé en moi la flamme qui m'a poussé à étudier les mathématiques après le bac et à vouloir les enseigner. Sans doute eux-aussi avaient-ils eu de tels enseignants. Le système se perpétuait.

C'est en rencontrant sur ma route des élèves en difficulté que je me suis posé des questions. Oui, je savais les maths, mais savais-je comprendre les difficultés de ceux qui ne les comprenaient pas ? À vrai dire, j'étais en difficulté face aux difficultés. Je ne parvenais pas à comprendre ce qu'ils ne comprenaient pas.

C'est alors qu'il m'a fallu faire ce travail de distanciation avec moi-même. Pour cela, mes professeurs ne m'avaient pas nécessairement aidé. Cependant, une fois encore, je ne leur en tiens nul grief.

À cette époque, mon raisonnement sur le raisonnement était le suivant : - Raisonnement = déductions logiques

- déductions logiques = savoir son cours + rigueur logique.

Donc : savoir son cours + rigueur logique = raisonnement logique réussi. CQFD.

4. Et l'induction ?

Cependant, chacun le sait, la réalité est plus complexe. C'est en puisant à nouveau dans les propos des illustres mathématiciens précités que je peux trouver quelques pistes de solution.

Relisons Cédric Villani, qui lui-même invoque Henri Poincaré :

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« Question : Quelle est la part des indices dans le raisonnement ?

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Réponse : Énorme. Si le but en mathématique est de produire une preuve au sens déductif, la démarche est très souvent inductive. On va s'appuyer sur les indices, sur l'expérience, sur le flair, pour avoir l'intuition de là où il faut chercher. On passe notre temps à raisonner par analogie, à observer des simulations numériques, à rêver à l'existence d'une connexion élégante... Toutes sortes de choses qui n'ont pas leur place dans le résultat final mais qui sont capitales pour y arriver. Henri Poincaré l'a résumé avec une formule lapidaire : « C'est par la logique que nous prouvons et c'est par l'intuition que nous découvrons. » »

La phrase soulignée est essentielle, car elle parvient à concilier le mathématicien et le pédagogue, le logicien et le clinicien.

Comme beaucoup d'élèves, j'ai été formé à l'idée que le raisonnement inductif en mathématiques était inopérant. Cela est logiquement exact, c'est ce qu'explique Cédric Villani avec l'exemple de la fonction zêta de Riemann. « Une hirondelle ne fait pas le printemps », dit-on, afin de se garder de généralisation hâtive, mais les mathématiciens vont plus loin : cent, mille, et même mille milliards d'hirondelles ne font pas et ne feront jamais le printemps. Ce sont des indices, rien de plus. En mathématiques, un indice ne vaut rien. Prétendre le contraire serait une hérésie. Fort heureusement, Henri Poincaré ne dit pas le contraire, puisqu'il commence par rappeler que « c'est par la logique que nous prouvons », signifiant par cela que seul le raisonnement déductif nous permet d'accéder à la vérité.

Nous voici rassurés, pense le logicien, mais Henri Poincaré ne s'arrête pas là. Il soutient que c'est par l'intuition que nous découvrons. Ainsi, si le raisonnement inductif ne vaut rien sur le plan logique, il est absolument central sur le plan cognitif. C'est lui le moteur de notre intelligence.

Cette fois, le pédagogue clinicien acquiesce. En effet, dans la vraie vie, la vie réelle, c'est-à-dire, en dehors de ce monde imaginaire que sont les mathématiques, comment agissons-nous, comment décidons-nous si ce n'est par le raisonnement inductif ?

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Le raisonnement inductif, c'est celui du médecin de famille, qui, observant une personne, et confrontant ses perceptions, ses relevés, avec des expériences antérieures, avec ses savoirs livresques, va pencher pour tel ou tel diagnostic, et donc pour tel ou tel traitement.

Mais le raisonnement inductif, c'est celui du garagiste, qui, écoutant son client lui raconter que sa voiture possède tel symptôme, tel bruit, telle faiblesse, pose deux ou trois questions bien pesées et en déduit que c'est le biellette qui est défaillante, ou tel boitier électronique qui est sans doute oxydé.

Le médecin qui étudie les résultats biologiques d'un patient sans le regarder, le garagiste qui pose des dizaines de capteurs sur une voiture, sont sans aucun doute compétents, mais s'il n'y a pas ce regard clinique, cela vaut moins. Avec leurs appareils, ils entendent s'émanciper du raisonnement inductif. Les voici qui veulent jouer au logicien et prétendre prouver avec la certitude du mathématicien que la raison du dysfonctionnement provient d'un dérèglement de tel ou tel organe, de telle ou telle pièce. C'est une illusion : dans la vie réelle, la certitude n'existe pas. Dans la vie réelle, le raisonnement déductif ne vaut rien ; tout comme dans la vie mathématique où c'est le raisonnement inductif qui ne vaut rien.

Ceci me rappelle une phrase d'un de mes enseignants à l'université. Ne dédaignant pas aller à rebours des opinions communément admises, il nous avait demandé quelles étaient, selon nous, les qualités requises pour faire des mathématiques. Certains de donner la réponse, qui, non seulement était la « réponse attendue », mais également la « bonne » réponse, c'est-à-dire la « vraie » réponse, nous avons presque tous répondu que cette qualité était la rigueur. Et c'est alors qu'il haussa les épaules : « soyez rigoureux si vous voulez, mais cela ne vous avancera à rien. Ce qui fait avancer un mathématicien, c'est l'intuition ».

Et c'est en lisant cette phrase de Poincaré que revient en moi le souvenir de ce professeur d'université original. Il avait raison : la rigueur, certes ; la rigueur, bien-sûr, mais la rigueur sans l'intuition, à quoi bon... Ceci rappelle aussi cette phrase de Charles Péguy : « leurs mains sont pures, mais ils n'ont pas de main ».

Et de fait, tout enseignant sait que si, sur le plan didactique et pédagogique, il se focalise, il s'acharne, sur l'impérieuse rigueur, il recueillera des copies sans erreur, mais des copies presque vides, comme stériles.

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5. Être attentif au réel

Même Laurent Lafforgue, pourtant peu suspect d'être enclin à brader la pureté mathématique, souligne la nécessité d'adopter cette approche clinique, à l'écoute du réel, à l'instar du médecin qui, avec son stéthoscope, est à l'écoute du corps et de l'âme .

« L'attention au réel.

L'attention est un des thèmes essentiels de Simone Weil, qui justement était hyper intellectuelle et en même temps complètement habitée par le souci du réel. Et pour elle, il n'y avait pas de méthode générale pour saisir le réel. C'était d'abord et avant tout une question d'attitude : être attentif.

Elle raconte que pendant l'adolescence, le talent extraordinaire de son frère, de trois ans son aîné, pour qui tout était facile, la désespérait : elle en avait conclu que la porte de la Vérité lui serait pour toujours interdite. Cela la plongeait dans un désespoir total. Elle dit même que la tentation du suicide l'a effleurée, parce qu'elle ne se trouvait pas assez douée. Elle a pu sortir de son désespoir en se rendant compte que les dons importent peu : l'essentiel est d'être attentif. À partir de ce moment-là, la Vérité se laisse toucher par nous. »

On notera cette description très fine de l'attitude de Simone Weil, à partir de laquelle on peut émettre l'hypothèse suivante.

Dans un premier temps, Simone Weil a peut-être tenté d'aborder les problèmes en employant la méthode « Lafforgue », énoncée précédemment, et qui consistait à se « casser la tête » contre la dureté du problème. Une telle méthode peut avoir ses limites. Soit, et cela est à espérer, le problème cède, la digue s'effondre, et l'on peut ainsi accéder à la Vérité. Soit le problème résiste, et l'assaillant en retire une impression d'impuissance, sans compter qu'il s'abîme. Comme le dit la sagesse chinoise : rien ne sert de jeter un oeuf contre une pierre. Alors Simone Weil adopte une autre attitude, en apparence plus passive, moins offensive, plus contemplative, mais une contemplation active cependant : elle ouvre ses sens et devient attentive, laissant la Vérité l'approcher. Ce n'est plus elle qui part frontalement à l'assaut de la Vérité mais c'est la

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Vérité qui vient à elle. Cela ne se produit que parce que Simone Weil a adopté une attitude d'attente active, d'espérance.

6. Induire pour déduire : le rôle des images

Avec mes élèves, je me suis donc appuyé sur la méthode « Poincaré » : utiliser l'induction pour parvenir à la déduction. Cela implique une évolution intérieure. S'autoriser et autoriser à se laisser aller à l'induction. Autoriser l'induction, c'est-à-dire la mobilisation de toute l'activité cognitive humaine, avec ses sensations, ses espoirs et ses représentations.

C'est donc en adoptant une approche clinique avec mes élèves - c'est-à-dire partir du problème tel qu'il se montre à eux, tel qu'ils le ressentent - que j'en suis venu, conforté par les grands mathématiciens eux-mêmes, à les persuader de l'efficacité de cette approche. Agissant ainsi, j'ai lâché la bride, lâché les rênes, permettant les plus grands élans intuitifs et créatifs.

Les nouveaux convertis étant cependant souvent trop fougueux, il convenait de poser quelques repères, quelques balises afin que les forces jaillissantes de l'intuition libérée ne nous conduisent pas n'importe où, jusqu'à l'abîme ou jusqu'à l'errance.

Je me suis donc intéressé au fonctionnement cognitif de l'intuition, et aux images qui sont mobilisées. Je l'ai indiqué plusieurs fois : les mathématiques ne sont pas la réalité. Le monde mathématique est peuplé d'objets qui ne sont que des constructions théoriques, des concepts. Il est dès lors théoriquement possible et logiquement incontestable de résoudre un problème de géométrie sans avoir recours à la moindre représentation.

Pourtant, ce n'est pas ainsi que les mathématiciens cheminent : plus les domaines dans lesquels ils s'aventurent sont abstraits, plus ils imaginent, plus ils symbolisent, plus ils représentent.

C'est d'ailleurs quelque chose de merveilleux. Si deux mathématiciens parlent entre eux d'une notion, par exemple la continuité uniforme, chacun d'eux aura en tête une image, une sensation qui l'aidera à développer son argumentation. Il est improbable que leurs représentations respectives soient les mêmes, tellement ce genre de représentation est en lien avec l'intimité de soi-même. Pourtant cela ne les gênera nullement pour réfléchir ensemble et cheminer ensemble.

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Tous deux se promènent sur la route de la vérité. Pour l'un, elle a le visage d'une maison, pour l'autre, le visage d'un cerf ou l'odeur d'un parfum, mais ce n'est pas grave. Ils avancent, ils cheminent, et font avancer la recherche mathématique.

Cette notion d'image, de représentation, de symbolisation accompagne les mathématiciens. Nous avions précédemment cité le passage de Alexandre Grothendieck dans lequel il évoque « cette image-là », pour désigner ce qu'il croit être la vérité et qui s'avèrera être une fausse vérité.

Laurent Lafforgue professe quant à lui que :

« Tout ce que nous voyons, tout ce que nous percevons du monde, nous le percevons à travers des représentations ».

Quant à Villani, il déclare que :

« Bien qu'un raisonnement mathématique soit parfaitement vérifiable, car fait d'étapes simples qui s'enchaînent logiquement les unes après les autres, le cerveau humain, donc celui d'un mathématicien aussi, a besoin de comprendre en termes d'idées, d'images, d'analogies, d'émotions, de rapports et de relations »

De cette citation on retiendra que, même s'il travaille sur un monde non-réel, le mathématicien, lui, est un être humain réel qui, comme tout être humain dispose d'un cerveau dont le fonctionnement, semblable à celui de tout un chacun, fonctionne par images, analogies, émotions, rapprochements. Ainsi, au détour d'une phrase, on est rassuré : le mathématicien est un être humain de réalité...

C'est en avançant sur les images que l'on avance dans les mathématiques, comme le relate ce très beau témoignage d'un mathématicien au sujet de Alexandre Grothendieck :

« Imaginez trente spécialistes décortiquant, centimètre par centimètre, des tableaux dont on sent qu'ils ont des points communs, sans pouvoir l'affirmer avec certitude. Personne ne connaît mieux qu'eux chacune des oeuvres, mais personne ne parvient à les mettre d'accord. Que faut-il y voir ? Grothendieck, lui, se recule à vingt ou

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trente mètres quand les spécialistes avaient le nez collé au tableau. Il va changer de point de vue, se mettre à vingt mètres et découvrir que les trente tableaux ont un seul auteur, Claude Monet, et comme modèle unique la cathédrale de Rouen. Il a vu et montré ce que les autres ne voyaient pas. »

Seul le bon mathématicien verra la Cathédrale... Témoignage touchant et signifiant quand on sait que Alexandre Grothendieck, a souvent été considéré, avec la géométrie algébrique, comme le père d'une « cathédrale conceptuelle ».

7. La simplicité enfantine

Pour tout mathématicien, et même pour tout « matheux », la notion d'image est centrale. Mais peut-être est-ce Alexandre Grothendieck qui en parle le mieux, dans ce long texte cité par Alain Connes lors d'un débat avec le compositeur moderne, décédé il y a peu, Pierre Boulez :

« La clarification progressive des notions de définition, d'énoncé, de démonstration, de théorie mathématique, a été très salutaire. Elle nous a fait prendre conscience de toute la puissance des outils, d'une simplicité enfantine pourtant, dont nous disposons pour formuler avec une précision parfaite cela même qui pouvait sembler informulable - par la seule vertu d'un usage suffisamment rigoureux du langage courant, à peu de choses près. S'il y a une chose qui m'a fasciné dans les mathématiques depuis mon enfance, c'est justement cette puissance à cerner par des mots, et à exprimer de façon parfaite, l'essence de telles choses mathématiques qui au premier abord se présentent sous une forme si élusive, ou si mystérieuse, qu'elles paraissent au-delà des mots... »

Concernant cette « simplicité enfantine », qui peut étonner quiconque s'est déjà penché sur la géométrie algébrique de Alexandre Grothendieck, Alain Connes précise et prolonge :

« En effet, les concepts mathématiques, il ne faut pas en voir peur. En général, ils ont une version enfantine et cette version est souvent plus proche de la réalité qu'une version plus élaborée ».

Il exprime ainsi une conviction qui me semble très juste. Il est inutile de complexifier ce qui est simple. En mathématiques, les mots parlent souvent d'eux-mêmes, ils ne sont pas choisis au hasard : qu'est-ce qu'un « reste » dans une division « euclidienne », si ce n'est ce qui reste quand on a fait tourner la roue du quotient autant de fois qu'il était possible de le faire... Qu'est-ce qu'un « antécédent », si ce n'est celui qui est avant ? Qu'est-ce qu'une « image » si ce n'est l'objet que l'on projette ?

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"Là où il n'y a pas d'espoir, nous devons l'inventer"   Albert Camus