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Accueil et influence d'a rebours dans la littérature fin-de-siècle


par Nada Arfaoui
Université de Nantes  - 1 ère année de Master de recherche en littérature française et comparée  2018
  

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II- Loi de l'hérédité

Le duc Jean des Esseintes, "un jeune homme de trente ans"1, est un descendant de la famille des Floressas des Esseintes, qui est une famille aristocratique très remarquable en son temps. Cette dernière est fortement distinguée, parce qu'elle porte en elle un paradoxe fondamental: elle est à la fois «composée d'athlétiques soudards, de rébarbatifs reîtres»2 mais pour autant elle était marquée par une «effémination des mâles [qui] s'était allée en s'accentuant»3. D'emblée, nous remarquons une faille dans cette famille, qui semble être incapable d'élever un enfant, qui serait sain physiquement et psychologiquement. Les Floressas se particularisent, depuis longtemps par «les vices[de] tempérament»4: ancêtres et descendants sont régis par leur air changeant et déséquilibré. toutes ces circonstances "naturelles", ont préparé le terrain à un être dolent et malade. À cela s'ajoute que ce «phénomène d'atavisme»5 se saisit de plus en plus, en étudiant l'hérédité directe à savoir étudier les caractères des parents de des Esseintes, qui étaient à leur tour affectés probablement par la même maladie et qui manifestaient les mêmes symptômes, identiquement à leur fils. En effet, la mère était une femme «silencieuse et blanche, mourut d'épuisement»6. Cette citation nous amène à réfléchir tant sur l'état physique, dans lequel se trouve la mère de des Esseintes mais aussi elle nous rappelle au même temps la similitude fatale de cette lassitude physique entre la mère et son fils surtout que des Esseintes a l'habitude de tomber dans «un sommeil de lassitude»7, après les crises nerveuses. La loi de transmission héréditaire semble aussi forte que jamais, en particulier dans les goûts dans la mesure où la duchesse: mère du duc des Esseintes

« immobile et couchée, dans une chambre obscure du château de Lourps [...] le père et la mère assis, en face l'un de l'autre, devant un guéridon qui était seul éclairé par une lampe au grand abat-jour très baissé car la duchesse ne pouvait supporter[...] la clarté et le bruit»8

À l'instar de son rejeton, qui à tour de rôle manifeste son dégoût face aux éclairages forts. Cette répugnance se décèle à travers la fréquence du verbe "tamiser" et tout le réseau lexical qui en découle: « [...] se coloraient doucement aux lumières» « blutait» « se renvoyaient à perte de vue» «maisons enténébrées» « ils [ les domestiques] s'aperçoivent autour d'eux, que tout est éteint[...] tout est mort»9. Il s'avère que la maladie du héros "anémique et nerveux"10, trouve son origine dans la loi d'association indépendante des caractères. L'hérédité des caractères acquis chez des Esseintes ne provient pas seulement de la part maternelle, dans la proportion où le héros huysmansien manifeste pas mal de traits,

1 Joris-Karl HUYSMANS, À Rebours, Paris, Flammarion,2004, P. 40

2 Ibid. p. 39

3 Ibid.

4 Ibid.

5 Ibid. p.40

6 Ibid.

7 Ibid. p.236

8 Ibid. p.40

9 Ibid. p.47,50

10 Ibid. p.40

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qui existaient jadis chez son père. En effet, le duc Jean se caractérise par son impassibilité vis-à-vis aux autres et au monde, identiquement à son père qui était indifférent. L'indifférence du père est perceptible à plusieurs égards, autant dire qu'il était insoucieux face aux problèmes familiaux notamment parce qu'il «demeurait d'ordinaire à Paris»1. En effet, il n'éprouve aucune compassion envers sa femme malade, ni envers son fils, qui est aussi malade et qui suit ses études ailleurs, loin de sa famille. cette froideur du comportement paternel se saisit aussi bien dans la brièveté et la sécheresse de la parole adressée au petit «Bonjour, bonsoir, sois sage et travaille bien»2. Pire encore, l'insensibilité du père va plus loin parce qu'il ne rendait visite à son fils au pensionnat que rarement «Parfois son père venait le visiter»3. Il en résulte que l'indifférence du héros, lui était transmise génétiquement. Par ailleurs, l'insensibilité du héros, se discerne dans sa conduite avec le petit Auguste-Langlois, que son triste enfance («il avait perdu sa mère et possédait un père qui le battait comme plâtre»4), rappelle en quelque sorte l'enfance ratée de des Esseintes. Ce dernier, régi probablement par ses émotions, incite le garçon à boire de l'alcool et ne se suffit pas de cela, il l'emmène par la suite à une maison mal famée et n'ait pas honte de raconter sa mauvaise intention à l'égard de l'enfant. Si comme si des Esseintes considérait Auguste-Langlois comme étant un souffre-douleur, par le biais duquel il prend sa revanche d'un passé, qui lui était dur et cruel.

L'insensibilité du héros est bel et bien présente lors de la quête du plaisir charnel dans la mesure où des Esseintes se montre à nouveau insensible face aux sentiments d'autrui. En fait, Le duc montre un certain égoïsme parce que l'acte sexuel n'est pas réalisé pour une raison noble, qu'est l'amour mais plutôt pour rassasier des pulsions capricieuses et flottantes. Jean des Esseintes fait des expériences successives pour uniquement assouvir ses désirs à lui seul et n'attache aucune importance aux attraits de son partenaire. En l'occurrence, la première expérience était avec Miss Urania, une clownesse américaine qui lui a plu parce qu'elle a « les charmes agiles et puissants d'un mâle»5 et parce qu'elle fait naître en lui un sentiment de féminisation. L'attrait vers cette femme était juste une lubie: «Miss Urania était une maîtresse ordinaire, ne justifiant en aucune façon, la curiosité cérébrale qu'elle avait fait naître»6. Le personnage se présente totalement indifférent, il est captif de son désir fantaisiste. La deuxième expérience était appliquée sur une «petite et sèche brune»7, qui à son tour était désirée non pas par la vocation de l'amour mais par une volonté d'exploration: des Esseintes était charmé par ses «représentations de ventriloque»8 et «il n'en persista [...] car plus que la maîtresse, le phénomène l'attrait»9.

1 Ibid. 2Ibid. p.41

3 Ibid.

4 Ibid. p.106

5 Ibid. p.138

6 Ibid. P139-140

7 Ibid. p.140

8 Ibid.

9 Ibid. p. 141

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L'insouciance et l'irresponsabilité du personnage d'À Rebours apparaissent également dans l'épisode de la tortue où des Esseintes décide d'incruster des pierreries dans sa carapace pour la simple finalité de répondre à son étrange goût. Ce comportement quasi-fou provoque la mort de l'animal: la tortue n'a pas pu supporter la lourdeur du poids des joyaux «elle n'avait pu supporter le luxe éblouissant qu'on lui imposait»1. Il semble clair que, le duc Jean des Esseintes est fortement influencé par l'indifférence paternelle, qui lui était déléguée à tour de rôle c'est pourquoi on le voit agissant à sa guise, sans accorder aucun intérêt aux conséquences néfastes, qui pourraient s'engendrer.

L'impact familial sur des Esseintes est remarquable, il s'avère que la famille a beaucoup influencé les comportements de l'enfant et a participé à intensifier sa névrose notamment ses parents, qui étaient incapables de lui fournir un milieu familial équilibré et sain.

Le rôle de la famille était moins apparent chez le duc Jean de Fréneuse, parce que l'auteur ne soumet aux yeux des lecteurs aucune indication sur la famille de Monsieur de Phocas. La seule information qu'on possède sur la filiation familiale du duc de Fréneuse, qu'il était «de fin race»2 et issu d'une famille aristocrate. C'est pourquoi, on ignore vraiment si la famille a contribué ou non dans le développement de sa névrose et dans la formation de l'obsession, qu'il ait pour une «certaine transparence glauque»3. Dans Sixtine, l'auteur va dans le même sens, et on ne voit pas apparaître l'aspect familial et le lecteur néglige la part de responsabilité et l'implication de la famille dans la maladie de Hubert.

La révélation des détails familiaux varie d'un auteur à un autre dans le sens où on saisit un vrai point de différence entre les trois oeuvres. En effet, Huysmans a privilégié de consacrer une notice pour informer son lecteur à propos du milieu familial de son héros et faire-entendre les répercussions des attitudes et des comportements de la famille sur ses enfants. Il semble que Huysmans a voulu par ce petit clin d'oeil culpabiliser et responsabiliser la famille du sort de son rejeton. Alors que, Gourmont et Lorrain ont fait le choix de ne pas dévoiler le stade d'enfance et son influence sur les héros. On peut soustraire de ce choix, une volonté de peser la charge des causes profondes de la maladie sur le personnage lui-même.

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon