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UNIVERSITE FRANCOIS RABELAIS FACULTE DE MEDECINE DE
TOURS A.F.R.A.T.A.P.E.M (Association Française de
Recherche et Application des Techniques Artistiques en
Pédagogie Et Médecine)
UNE EXPERIENCE D'ART-THERAPIE
A DOMINANTE EXPRESSION CORPORELLE AUPRES D'ADOLESCENTS SOUFFRANT DE
TROUBLES DU COMPORTEMENT HOSPITALISES AU SEIN D'UNE UNITE
POST-AIGÜE
Mémoire pour l'obtention du diplôme
universitaire d'Art-Thérapie Année
2004 Présenté par Valérie CROS
Directeur de mémoire :
Fabrice CHARDON Art-Thérapeute
Lieu de l'expérience :
Clinique Médico-Universitaire Georges Dumas Service
U.P.A
10, av. des maquis du Grésivaudan
38700 La Tronche
REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier les personnes suivantes pour leur
contribution à l'élaboration de ce travail.
Monsieur le Docteur T. VINCENT Psychiatre en chef du service de
l'U.P.A pour la confiance qu'il nous a témoignée
Madame F. MOREAU Cadre infirmier
pour sa collaboration
Madame M.O PILLEAU Psychologue
pour sa collaboration
L'équipe d'infirmiers de l'U.P.A pour leur
collaboration
Monsieur R. FORESTIER
pour la qualité et la richesse de son enseignement
Monsieur F. CHARDON
pour son soutien, ses conseils et sa disponibilité
Nicolas MENAGE
pour son aide précieuse dans la mise en forme de ce
travail
Ma famille et mes amis
pour leur soutien et leur confiance
REMERCIEMENTS 2
INTRODUCTION 7
PREMIERE PARTIE : L'ART -THERAPIE A DOMINANTE
EXPRESSION CORPORELLE PEUT PERMETTRE A L'ADOLESCENT SOUFFRANT, D'AMELIORER
L'IMAGE QU'IL A DE SON CORPS. 9
A/ Certains troubles du comportement à
l'adolescence sont liés à une insatisfaction à
l'égard de l'image corporelle 9
I/ L' adolescence, période du développement
de l'enfant à l'adulte se caractérise par des faits particuliers
qui sont : 9
a) Une modification physique et physiologique, d'où un
corps en pleine transformation 9
b) La recherche d'une identité propre et l'affirmation
d'une image de soi 10
II/ L'adolescence demeure une
période de crise pouvant entrainer des pathologies spécifiques
liées au corps. Nous en présenterons brièvement les
principales formes 12
a) Les dépressions à l'adolescence 12
b) Les passages à l'acte à l'adolescence 13
c) Les troubles du comportement alimentaire à
l'adolescence 14
B/ La pratique de l'expression corporelle permet la
connaissance kinesthésique 17
a) Définitions 17
b) L'expression corporelle fait appel aux émotions, aux
sens, au mouvement 17
c) Le corps en tant qu'entité "psychocorporelle"et son
mouvement en sont les instruments 18
d) L'expression corporelle met en jeu les facteurs
inhérents au mouvement : l'espace, le temps,
le rythme, l'énergie, l'intention. 19
e) Le corps à valeur de relation avec soi et avec l'autre
20
C/ Il existe des ateliers où des adolescents en
souffrance pratique l'expression corporelle
21
a) Présentation d'ateliers existants 21
b) Les méthodes et moyens mise en oeuvre 21
c) L'art-thérapie est utilisé comme discipline
spécifique 22
d) L'art-thérapeute exploite la dynamique du
phénomène artistique 23 e) L'expression corporelle à
travers son processus artistique est susceptible d'être
thérapeutique
23
DEUXIEME PARTIE : INSTALLATION D'UN ATELIER
D'ART-THERAPIE A DOMINANTE EXPRESSION CORPORELLE AUPRES D'ADOLESCENTS EN
SITUATION DE CRISE, HOSPITALISES. 25
A/ Présentation du lieu de stage l'U.P.A,
Unité d'accueil Post-Aigu, de la clinique médico-universitaire
Georges Dumas à La Tronche (Isère) 25
a) La présentation de la clinique Georges Dumas, de
l'U.P.A et de son personnel 25
b) La présentation du public accueilli au sein de cette
unité 26
c) Les objectifs thérapeutiques 26
d) Les différentes médiations
27
B/ Mise en place de l'atelier d'art-thérapie
à dominante expression corporelle 28
1) L'organisation et la mise en place de l'atelier
d'art-thérapie 28
2)L'intégration de l'atelier d'art-thérapie dans l
'U.P.A 29
3) D'une prise en charge en groupe à une prise en charge
individuelle 29
C/ Le projet thérapeutique fait l'objet d'une
méthodologie adaptée 30
1) Ce projet, présenté sous la forme d'un protocole
de prise en charge est soumis au médecin psychiatre en chef du service
30
2)Ce projet inclue également l'élaboration du
cadre dans l'atelier d'art-thérapie 30
3) La structure de l'atelier 31
4)Des outils d'observation sont mis en place pour permettre une
évaluation adaptée 31
D/ Présentation de deux études de cas
33
1/ Aurore 33
a) Anamnèse 33
b) Objectifs de l'institution 33
c) Objectifs de la prise en charge 33
d) Déroulement des séances 34
e) Evaluations 36
f) Bilan 37
2/ Sabine 39
a) Anamnèse 39
b) Objectifs de l'institution 39
c) Objectifs de la prise en charge 39
d) Déroulement des séances 40
e) Evaluations 45
f) Bilan 46
TROISIEME PARTIE : DISCUSSION
47
A/ Réfléxions et commentaires sur les
études de cas 47
1) La prise en charge d'un groupe 47
a) Expression corporelle et expression corporelle en
art-thérapie 47
b) L'objectif thérapeutique général 47
c) L'intégration dans le groupe 48
d) La prise en charge individuelle au sein du groupe 48
2) La prise en charge individuelle (Sabine)
49
a) Méthode 49
b) La question du transfert 49
B/ Le projet thérapeutique initial à fait
l'objet de transformations 50
1) Le cadre s'est modifié 50
a) L'encadrement humain a évolué 50
b) La fréquence et la durée ont fait l'objet de
modifications 51
c) Le type de prise en charge 51
2) Les moyens ont évolué 51
a) La dominante artistique et les phénomènes
associés 51
b) La capacité d'adaptation 52
3) Des limites se sont imposées 52
a) La briéveté des séances pour les
patients en groupe 52
b) La briéveté des séances d'une prise en
charge individuelle 53
C/ La mise en relation de l'expression graphique et de
l'expression corporelle 54
1) Le mouvement et le geste 54
a) Le mouvement pour le danseur 54
b) Le mouvement pour le peintre 54
c) Le geste pour le danseur 55
d) Le geste pour le peintre 55
2) L'utilisation des couleurs 56
a) Un moyen pour l'expression corporelle 56
b) Un outil pour le peintre 57
3) L'utilisation du corps 57
a) Le corps dans l'espace est l'outil du danseur 57
b) Le corps dans l'espace est un moyen pour le peintre 58
4) Du graphisme dans la danse et du mouvement dans la
peinture 59
a) Le corps dessine dans l'espace temps 59
b) Les arts plastiques en général et la peinture
en particuliers sont une succession de mouvements figés dans le temps
59
CONCLUSION 61
BIBLIOGRAPHIE 63
ANNEXES : 64
Projet thérapeutique Grille d'observation
INTRODUCTION
Intervenante en expression corporelle auprès des
écoles et des M.J.C sur Grenoble et sa région, j'ai
créé en 1996 une association ayant pour objet la création,
la promotion et la diffusion par tous les moyens de spectacles vivants et la
mise en place d'ateliers d'expression corporelle. Cette association me
permettait d'exercer au sein d'une école de danse, où les
ateliers d'expression corporelle avaient lieu chaque semaine pour
différents groupes d'enfants à adultes répartis selon les
âges.
Lors des présentations de travaux de fin
d'année, certains parents me faisaient part de leurs impressions
relatives au comportement de leurs enfants, un « changement », une
« ouverture »... Pour eux, un lien existait avec la pratique de
l'activité.
Ces différentes remarques et constatations donnaient
lieu à des discussions, à des réflexions qui m'incitaient
à penser que les ateliers d'expression corporelles pouvaient avoir des
vertus thérapeutiques et qu'il serait intéressant de les
exploiter. Cependant, je ne disposais pas des outils nécessaires.
C'est pourquoi, je décidai de m'engager à suivre
la formation d'art-thérapie de l'Ecole de Tours proposée par
l'A.F.R.A.T.A.P.E.M (Association Française de Recherche et
d'Applications des Techniques Artistiques en Pédagogie et
Médecine).
N'ayant pas exercé jusque là dans les milieux de
soins, ces études m'ont permise de me familiariser avec un nouveau
milieu. Dans les deux premières années, j 'ai effectué des
stages d'observation au sein d'institutions spécialisées.
Le premier s'est déroulé au sein d'un Institut
Médicalisé Educatif (I.M.E), auprès d'enfants
déficients intellectuels.Le deuxième s'est fait au sein d'un
Jardin d'Enfant Thérapeutique (J.E.T) auprès d'enfants
présentant des symptômes autistiques.
Le troisième stage qui fait l'objet de ce
mémoire fut l'occasion de pouvoir mettre en pratique un atelier
d'art-thérapie à dominante expression corporelle.
Cette expérience a eu lieu au sein de l'unité
post-aigüe de la clinique Georges Dumas à la Tronche en
Isère, auprès d'adolescents hospitalisés souffrant de
troubles du comportement.
Ces troubles étant souvent liés à une
certaine insatisfaction à l'égard de l'image corporelle,
l'hypothèse suivante est énoncée :
l'art-thérapie à dominante expression corporelle peut permettre
à l'adolescent souffrant, d'améliorer l'image qu'il a de son
corps.
Nous avons élaboré notre étude de la
manière suivante.
Dans la première partie de ce mémoire, nous
décrirons les faits caractéristiques que présente la
période de l'adolescence tant du point de vue physiologique que
psychologique et les différentes formes de pathologie que cette
période de crise peut entraîner.
Nous parlerons également de la pratique de l'expression
corporelle qui permet la connaissance kinesthésique et mettrons en
évidence que le pouvoir des arts corporels peut être
exploité dans une visée thérapeutique.
La deuxième partie décrit les conditions de
l'expérience d'un atelier d'art-thérapie à dominante
expression corporelle au sein de l'unité post-aigüe de la clinique
Georges Dumas ainsi que le projet thérapeutique s'y rapportant faisant
l'objet d'une méthodologie adaptée. Il est rendu compte du
déroulement des séances dans la présentation de deux
études de cas s'inscrivant dans un cadre précis contenant des
outils d'observation. Une analyse et une évaluation des résultats
de ces études de cas sont présentées.
Enfin dans la troisième partie, une discussion
s'articule autour des diff érents types de prise en charge
rencontrés, des transformations liées au projet initial ainsi que
d'une mise en relation de deux types d'expression impliquant le corps : la
peinture et la danse.
PREMIERE PARTIE :
L'ART-THERAPIE A DOMINANTE EXPRESSION CORPORELLE PEUT
PERMETTRE A L'ADOLESCENT SOUFFRANT D'AMELIORER L'IMAGE QU'IL A DE SON
CORPS.
A/ Certains troubles du comportement à
l'adolescence sont liés à une insatisfaction à
l'égard de l'image corporelle
1/ L'adolescence, période de développement de
l'enfant à l'adulte se caractérise par des faits particuliers
:
a) Une modification physique et physiologique : un corps en
pleine transformation
Le terme adolescent vient de adolescere qui signifie grandir.
1
L'adolescence est une étape du développement de la
vie située aujourd'hui entre les âges de 12 et de 20 ans, et dont
la durée varie selon les époques, les cultures et l'histoire de
chacun. L'adolescence se reconnaît aisément. Elle se manifeste
ouvertement par une série de changements qui affectent en premier le
corps, mais également les attitudes de l'adolescent et celles de son
entourage et du groupe social à son égard. Ce sont les
modifications du corps, liées à la puberté (étape
physiologique de la maturation somatique - exemple pilosité chez
l'homme, développement des seins et menstruation chez la femme) qui
introduisent l'adolescence comme phénomène et reflètent
son développement jusqu'à l'acquisition complète des
caractères sexuels et l'achèvement de la croissance.
La fin de l'adolescence est par contre beaucoup plus difficile
à déterminer et appelle le recours à d'autres
critères, d'ordres psychologique et psychosocial, celui de l'âge
traduisant surtout cet embarras. Vingt ans est alors le plus souvent retenu,
bien que la notion, relativement nouvelle de postadolescence permette de
repousser cette limite, et de prendre en compte les nuances et
progressivité de l'entrée dans l'état adulte.
Le corps est l'élément pivot de l'adolescence.
« C'est sa transformation sous l'effet des modifications hormonales de la
puberté qui introduit les changements de l'adolescence.
1Dictionnaire étymologique Larousse
Le corps de l'adolescent révèle les
particularités de son statut psychique. Il participe intimement de la
vie psychique. Il en est un révélateur et un des moyens
d'expression privilégié. » 2
Le corps de l'adolescent le trahit à plus d'un
égard :
« - il échappe au pouvoir de maîtrise du Moi,
en étant le lieu essentiel d'expression des transformations de la
puberté, effets de la physiologie et non du pouvoir du Moi ; celui-ci
peut se croire maître de ses pensées et de ses idéologies,
il subit son corps ;
- il n'est plus l'écran protecteur derrière
lequel l'enfant peut cacher pensées et désirs, mais devient la
scène sur laquelle ses rougeurs, sa gaucherie et son trouble
révèlent ses émois et ses désirs les plus intimes
;
- il est le terrain priviliégié de
concrétisation et d'étalage de l'héritage des parents que
les resemblances physiques avec ceux-ci dévoilent au grand jour au point
que l'adolescent peut ne plus savoir ce qui lui appartient en propre »
.3
Ce corps en mutation est souvent vécu comme
étranger car il s'éloigne du corps connu et aimé de
l'enfant, tout en étant non conforme au corps idéal et
imaginé.
b) La recherche d'une identité propre et
l'affirmation d'une image de soi
Ce corps il va falloir que l'adolescent, réapprenne
à l'aimer et à l'assimiler à l'image de soi. Durant cette
période de passage, malgré la métamorphose importante que
vit l'adolescent, il doit finalement retrouver son individualité en tant
que telle, animée par ses désirs propres. Pour Ph. Jeammet,
l'adolescence est décrite dans une perspective essentiellement
génétique comme l'achèvement de l'enfance et dont
l'aboutissement serait l'état adulte.
« Les acquis essentiels sont établis dès
l'enfance et l'adolescence ne fera tout au plus que les mettre à
l'épreuve et en réveler les faiblesses. Elle ne créera
rien de fondamentalement
2 Prof. Philippe Jeammet - Dynamique de l'adolescence
3 Prof. Philippe Jeammet op cit.
nouveau par elle même. Tous les ingrédients
essentiels de la personnalité sont déterminés par la
petite enfance. »
Ce passage s'effectue de façon non linéaire et
avec de nombreux paradoxes et ambivalences, tel un va et vient permanent entre
des expériences d'indépendance et un retour rassurant vers une
certaine dépendance.
« Ce travail de transformation et de maturation propre
à l'adolescence est décrit en termes de tâches
développementales telles que : intégration du nouveau corps
pubère avec achèvement des identifications sexuées, et
autonomisation et séparation d'avec les objets parentaux
»4. « En cas de conflit identificatoire majeur, le corps
peut servir à assurer le maintien d'une identité
défaillante. Le thème de la revendication du droit à la
différence est un des moyens privilégiés dont dispose
l'adolescent pour affermir une identité que ses conflits et sa
dépendance profonde aux imagos parentales menacent constamment. »
(Imago signifiant l'image chargée de valeur affective, que se fait
l'adolescent de lui-même).
« Ce droit à la différence s'est
essentiellement exprimé dans les années 1950 et 1960 par le biais
de la revendication d'une sexualité différente. Actuellement, il
s'est déplacé sur le droit à disposer de son corps
à sa guise, jusque et y compris dans ces formes extrêmes que sont
le droit à le maîtriser ou à le détruire telles que
: le droit au suicide, l'anorexie mentale, la mode punk avec ses attaques
contre le corps... »5. Nous pouvons rajouter le piercing.
Nous constatons que la façon dont l'adolescent traite son
corps révèle l'image qu'il a de luimême, de l'amour ou de
la haine qu'il se porte.
4 Prof. P. Jeammet op.cit. p.2
5 Prof. P. Jeammet op.cit. p.2
II / L'adolescence demeure une période de crise
pouvant entrainer des pathologies spécifiques liées au corps.
Nous en présenterons brièvement les principales formes :
a) Les dépressions à l'adolescence
Selon le Docteur A. Braconnier, « après avoir
considéré la dépression comme un état normal
à l'adolescence, la majorité des cliniciens distingue les
sentiments dépressifs modérés et transitoires, appartenant
en effet au développement normal de l'adolescence, des
différentes formes que peut prendre une dépression proprement
dite à cet âge ».
Nous définirons la dépression appelée
plus communément l'état dépressif comme une perturbation
de l'humeur dans le sens négatif, celui de la tristesse et de la
souffrance intérieure.
« Pour parler d'état dépressif et non
simplement de sentiment d'émotion ou d'affect dépressifs, il faut
que cette dépression de l'humeur atteigne une durée et une
intensité telles qu'elles entraînent des conséquences
constatables sur la vie psychique du sujet, sur la vie somatique et sur la vie
relationnelle. »6
Nous retiendrons ici une liste de symptômes présents
dans le caractère dépressif d'un adolescent 7 :
- Humeur dépressive présente presque tous les
jours
- Diminution marquée de l'intérêt ou du
plaisir pour toutes ou presque toutes les activités
- Perte ou gain de poids significatif en l'absence de
régime, ou diminution ou augmentation de l'appétit presque tous
les jours
- Insomnie ou hypersomnie presque tous les jours
- Agitation ou ralentissement psychomoteur presque tous les
jours
- Fatigue ou perte d'énergie presque tous les jours
- Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité
excessive ou inappropriée
- Diminution de l'aptitude à penser ou à se
concentrer, ou indécision presque tous les jours
6 Michel Hanus « Psychiatrie de l'Etudiant » p.14
7 Alain Braconnier « Dépression et adolescence »
p.8
- Pensées de mort récurrentes
Comme nous le précise, le Dr A. Braconnier, « la
reconnaissance et le traitement d'une dépression à l'adolescence
permettent en outre de réaliser un travail préventif vis-à
vis des éventuels troubles ultérieurs de l'âge adulte
».
b) Les passages à l'acte à l'adolescence
« La courbe de prévalence des tentatives de
suicide culmine entre et 15 et 24 ans et son issue fatale, le suicide,
représente la première ou la deuxième cause de
mortalité des jeunes. Aussi la tentative de suicide (TS) à
l'adolescence représente-t-elle un problème majeur de
santé publique. Sa reconnaissance, son traitement et sa
prévention constituent d'importants enjeux. »
Nous nous heurtons, cependant, à un problème de
définition.
« Comment déterminer dans quelle catégorie
ranger un abus de médicaments ? Ou une entaille sur les avants-bras ? En
milieu hospitalier, il est fréquent de lire dans un même dossier,
plusieurs versions descriptives et explicatives d'une même
réalité. L'interprétation des entailles sur les
avant-bras, par exemple, peut aller des veines chatouillées,
à la TS, en passant par scarification des bras ou les
gestes autoagressifs.
Sur quels éléments se baser pour décider
s'il s'agit ou non d'une TS ? Sur la profondeur des entailles ? Sur l'intention
exprimée par le patient ? Sur l'intime conviction du soignant ? La
réponse ne serait peut-être pas essentielle si des orientations
cliniques décisives ne découlaient pas de ces descriptions comme
des interprétations qu'elles engendrent. »8
Mises à part les complications liées à la
définition même de la TS, ce geste mérite des
considérations particulières dès lors qu'il est
envisagé dans le contexte de l'adolescence. « L'appréciation
de l'intentionnalité suppose que l'auteur de l'acte sache ce qu'est la
mort. Or, rien n'est moins sûr à cet âge.
»9
« Le passage à l'acte suicidaire est
multidéterminé : aucun facteur de risque ne peut être
à lui seul considéré comme explicatif d'une TS. Certains
facteurs psychologiques personnels (dont les relations intrafamiliales) et
certains facteurs sociaux défavorables ont une importance
8 Ladame F et Perret-Catipovic M.- «Tentative de suicide
à l'adolesence »
9 M. Radigois Pernelet Thèse sur L'Hospitalisation des
adolescents suicidants
particulière. Le risque suicidaire augmente d'autant plus
qu'il y a cumul des différents facteurs. »9
« Les éléments, circonstances
extérieures ne suffisent pas à expliquer à eux seuls la
réalisation du passage à l 'acte suicidaire, mais ces facteurs se
trouvent intriqués à des facteurs psychopathologiques.
»10
c) Les troubles du comportement alimentaire à
l'adolescence
Ces troubles se nomment anorexie mentale et boulimie.
L'anorexie mentale se définit par des conduites de
restriction alimentaire entraînant un amaigrissement souvent important
chez les jeunes filles.
La boulimie est une faim excessive.
En terme de pathologie les deux sont souvent liés.
En ce qui concerne l'anorexie mentale, l'âge de
début se situe à la post-puberté avec deux pics de
fréquence à 14 ans 1/2 et 18 ans. Les formes tardives
(après 25 ans) ne sont pas exceptionnelles (15% des cas). Fait notable,
la grande majorité des anorexies mentales se voient dans les classes
sociales élevées et moyennes supérieures.
Les cas d'anorexie masculine restent rares (3% des cas), mais
sont en progression actuellement.
Une progression régulière des anorexies mentales
est notée dans tous les pays occidentaux dans la dernière
décennie. Par contre, il n'existe aucun cas dans certaines ethnies en
particulier dans la race noire. 11
Ces données épidémiologiques font
évoquer l'hypothèse que des facteurs socio-culturels
interviennent dans la pathogénie de ces troubles.
On considère comme possibles, un certain nombre de
facteurs déclenchants 12 :
· traumatisme psycho-affectif
· souvent le traumatisme invoqué est la
révélation d'un conflit latent : conflit affectif et sexuel
· refus de la féminité (ambivalence de la
mère) - déception sentimentale - rivalité dans la famille
(surtout avec le père)
10 Marie Radigois Pernelet -op. cité p.5
11 Pathologie psychiatrique p.79 Fac de Médecine Tours 12
Michel Hanus p.321 op. cité p.4
· conflit professionnel : échec aux examens -
problème d'insertion sociale - difficulté d'adaptation.
L'anorexie mentale se caractérise par un amaigrissement
spectaculaire, il dépasse 25 % du poids initial pour atteindre parfois
plus de 50 % du poids normal à cet âge.
« L'aspect de la jeune fille est évocateur : corps
efflanqué, tout en os, anguleux. La fonte des réserves
graisseuses superficielles et profondes est massive : les formes
féminines se sont effacées ; seins, hanches et fesses ont
disparu. »13
En regard de cet amaigrissement, la méconnaissance de leur
maigreur par les malades, reflète l'importance du trouble de la
perception de l'image de leur corps.
Un comportement de maîtrise et de ritualisation est
généralement associé.
L'anorexique se livre à d'incessantes mesures de
vérifications, pesées, recherche sur la valeur calorique des
aliments....
L'aménorrhée survient constamment au cours de
l'évolution de l'anorexie.
« On parle d'aménorrhée après une
interruption de trois mois des règles précedemment
régulières ou de six mois si elles étaient
irrégulières. »13
La sexualité fait l'objet d'un refoulement massif, tant
dans ses composantes physiologiques que dans sa dimension de désir.
Le fonctionnemnent intellectuel est considéré
comme excellent avec un surinvestissement de ce domaine. « Le refuge dans
l 'intellectualisme pur prend une valeur défensive à
l'égard des émotions ». 13
Le syndrome boulimique qui consiste en l'ingurgitation
massive, « quasi-frénétique », d'une grande
quantité de nourriture, s'accomplit généralement en
cachette d'une façon totalement indépendante des repas.
« La quantité prime touj ours sur la qualité,
le besoin d'engloutir sur la recherche du goût. L'accès est le
plus souvent suivi de vomissements provoqués, mais qui avec le temps,
deviennent quasi-automatiques ». 13
Dans 30 à 50 % des cas, la boulime survient pendant ou
après une période d'anorexie.
Les différentes pathologies que nous venons de
définir se classent dans les conduites addictives dites de
dépendance. La dépression étant considérée
comme sous-jacente d'une conduite addictive, les conduites suicidaires et les
troubles des conduites alimentaires (anorexie, boulimie) faisant partie des
conduites de dépendance à l'adolescence.
L'adolescence avec les modifications physiques et psychologiques
de la puberté agit comme un révelateur de cette
dépendance.
La conduite addictive peut se comprendre comme une lutte
antidépressive, l'incorporation répétée de l'objet
addictif visant à combler un sentiment de vide insupportable. Si l'on
observe le côté clinique de la dépendance, nous constatons
:
« C'est une clinique où le sujet essaie de
substituer à ses liens affectifs relationnels, vécus comme
d'autant plus menaçants qu'ils sont plus nécessaires, des liens
de maîtrise et d'emprise.
Il s'agit d'introduire entre le sujet et ses possibles
attachements, des objets institutifs qu'il pense maîtriser, la nourriture
dans la boulimie, la drogue etc... On voit ainsi apparaître clairement la
fonction de contrôle de la distance relationnelle par ce comportement.
»14 Tout ce qui rappelle un lien affectif est rejeté, le
comportement devient mécanique, au profit du besoin de sensations
violentes pour se sentir exister et non plus pour éprouver du
désir et du plaisir.
Selon J. Lacan, le désir suppose la reconnaissance du
manque, ainsi que celle du désir de l'autre comme conditionnant celui de
sujet.
Dans les conduites addictives on fait « l'économie du
désir », ces conduites sont un moyen d'éliminer tout
désir et de ne pas se considérer comme sujet désirant.
L'adolescence est également considérée comme
le deuxième processus de séparationindividuation, elle fait suite
au premier processus qui occupe les premières années de la
vie.
« Il est frappant de constater que les conduites de
dépendance proprement dites se mettent en place pour l'essentiel
après la puberté et le plus souvent pendant l'adolescence
La dépendance a été mise en relation avec
la problématique de l'attachement, qui a opposé les deux
termes, la dépendance étant alors considérée comme
un échec des processus
d'attachement qui supposent une forme d'autonomie ».
13 Troubles des conduites alimentaires à l'adolescence.
Encycl. Méd. Chir.
14 Corcos M. et Jeammet P. « Conduites de dépendance
à l'adolescence »
Nous rajouterons que ... « de ce point de vue, la
dépendance pourrait être le produit nécessaire de
l'incapacité à élaborer l'angoisse de séparation
». 14
Ces conduites addictives se révèlent comme des
attaques contre le corps propre et peuvent être conçues comme une
façon de satisfaire un besoin de maîtrise sur ce corps en pleine
transformation.
D'où l'importance d'une possible connaissance de
l'existence de leurs corps autrement qu'à travers la souffance.
B/ La pratique de l'expression corporelle permet la
connaissance kinesthésique
a) Définitions
Kinesthésie : nom féminin venant
du grec kinein : se mouvoir et aisthésis : sensation.
Ensemble des sensations de mouvement que nous procure notre
corps.15
Expression corporelle : exercices
inspirés de la danse et de la gymnastique qui cherchent à
développer harmonieusement la maîtrise et la souplesse du corps.
15
Expression corporelle : c'est un art, il est
à la fois un ensemble de techniques et une expression personnelle. Les
techniques, données sous forme d'exercices, sont des outils qui
permettent de vivre le geste harmonieux ; un geste qui ne soit pas
normalisé, qui ne se réfère pas à un code
particulier, sinon son propre code intérieur.16
b) L'expression corporelle fait appel aux émotions,
aux sens, au mouvement
L'émotion qui vient de emovere : mettre en
mouvement, donne tout son sens à l'expression corporelle. En effet
l'expression corporelle permet l'expression d'une émotion et lui donne
un sens à travers le mouvement exprimé.
Les sens dans leur aspect sensoriel sont exploités :
Le regard : l'intention dans le regard influe sur le
déplacement. Jeux d'expression par le regard
L'audition : la façon dont le son (hauteur,
intensité, timbre) est perçu, a des conséquences sur le
déplacement
15 Dictionnaire Larousse
16 Jacques Choque « L'expression Corporelle » p. 11
Le toucher : exploration de l'espace et des autres,
sensibilité à la pesanteur, jeux avec la matière
(tissus...)
c) Le corps en tant qu'entité « psychocorporelle
» et son mouvement en sont les instruments
La structuration psychocorporelle se définit comme suit
: la psyché et le corps forment une totalité. Les carences de
l'organisation ou du développement de l'un ont inévitablement des
répercussions sur l'autre. Ainsi les dysfonctionnements du corps
traduisent des dysfonctionnements psychiques.17
Comme le dit Antonio Damasio :
« L'idée de Descartes selon laquelle le corps et
l'esprit seraient deux substances essentiellement distinctes me semble
erronée. Le corps et l'esprit seraient plutôt deux aspects
différents d'une certaine classe de mécanismes biologiques.
Quelques années à peine après Descartes, le philosophe
Spinoza l'avait entrevu. Dans son Ethique, il a écrit : L
'idée de
l 'esprit humain se construit à partir d 'un objet :
le corps.
Cette phrase anticipe les connaissances de la neurobiologie
moderne. »18
Le corps et le mouvement sont les instruments de l'expression
corporelle, c'est à travers eux qu'une communication est établie
entre le monde intérieur des sentiments, des émotions et le monde
extérieur. « Le mouvement est comme une langue plus secrète
avec laquelle nous pouvons dire certaines choses sans risquer le blâme ou
l'incompréhension des autres ».19
Le corps étant l'instrument principal de l'expression
corporelle, c'est lui qui donne vie au mouvement, de par sa flexibilité
:
· la conscience du corps propre avec sa forme, sa
structure, son volume, son poids, ses appuis, son équilibre,
· la conscience des articulations et de ses
possibilités motrices : flexion, extension, rotation,
· la conscience des muscles, de leur tonicité, de
leur rôle (force et souplesse) et de leur sens (contraction,
relâchement).
17 Valérie Colombo p.25 Mémoire D.U Tours Mai
1998
18 Antonio Damasio - article dans « Cerveau et psycho
» p.36 19 Jacqueline Robinson « L'enfant et la danse » p. 23
d) L'expression corporelle met en jeu les facteurs
inhérents au mouvement : l'espace, le temps, le rythme,
l'énergie, l'intention
· L' espace devient visible, il permet d'occuper une place,
sa place.
L'espace est rempli, traversé, sculpté,
écrasé, pris, il devient plein.
Il permet le déplacement, l'orientation, les niveaux
(haut,bas), le graphisme, la sensibilisation à l'espace imaginaire.
· Le temps se ponctue à la manière de phrases
dansées, avec un début, une fin, des virgules, des accents, des
points, il est structuré.
· Le rythme est accentué par les temps qui
donnent sa mesure, à deux temps ou à trois temps par exemple. Ce
rythme peut être donné par la musique, par la respiration, en
frappant du pied ou en tapant dans ses mains. Il permet la synchronisation des
mouvements, « d'être en mesure ».
· L'énergie est la manière d'aborder
l'espace, elle peut être tendue, relachée, emprunte d'élan
ou freinée. Elle est liée à la qualité du mouvement
: lourd, léger, caressant, tranchant.
L'expression corporelle permet de canaliser cette
énergie, de la contrôler dans une situation dansée.
· L'intention dans le regard, dans le geste est un effort
particulier qui conditionne une traversée (déplacement dans
l'espace).
Elle implique la volonté d'un état particulier,
par exemple, je traverse en diagonale avec l'intention de me rendre au coin de
la pièce. L'expression du corps durant la traversée sera
différente et visible pour celui qui regarde, que la même
traversée ayant pour consigne uniquement une traversée en
diagonale.
e) Le corps à valeur de relation avec soi et avec les
autres
Le corps étant l'instrument principal de l'expression
corporelle, il lui permet comme nous l'avons détaillé plus haut
d'acquérir une conscience propre, tant au niveau kinesthésique,
qu'intentionnelle et énergétique, il ne peut que favoriser la
relation à soi, ainsi qu'une ouverture vers le monde extérieur
pour une meilleure communication.
L'expression corporelle est un espace, un lieu, un moment
privilégié où l'on prend sa place à
côté de et avec l'autre, où des manières
d'être et de faire diverses cohabitent. Les exercices et les jeux
collectifs favorisent l'écoute, l'échange, l'attention et le
respect de l'autre.
« Mon corps est le lieu de ma présence au
monde.... ....« il est point de rencontre et de convergence.... »
....« par lui j'existe à l'autre.... »
Paul Valéry
C/ Il existe des ateliers où des adolescents en
souffrance pratiquent l'expression corporelle
a) Présentation d'ateliers existants
Dans le cadre de mon métier d'intervenante en expression
corporelle, j 'ai animé dans des écoles et des maisons des
jeunes, des ateliers auprès d'adolescents.
Je ne peux pas dire que ces adolescents étaient
véritablement en souffrance.
En tous cas même si la période de l'adolescence
représente une communauté d'enjeux qui fait de cet âge une
période critique à risques, la plupart d'entre eux ne
développaient pas de pathologies. J'avais donc à faire à
des adolescents plutôt expressifs, imaginatifs, novateurs, joueurs,
assidus et très demandeurs.
L'expression corporelle étant d'un abord différent
de la danse et de ses critères parfois séléctifs au niveau
du corps (notamment en danse classique, ou en jazz), ou de la
représentation que l'on peut s'en faire ; le mal-être lié
à l'image corporelle en est atténué. Les inhibitions de
certains étaient de ce fait rapidement levées, car le corps a la
possibilité de s'exprimer différement, il n'est pas dans la
représentation et ne doit pas se soumettre à des codes
particuliers, mais plutôt tenter d'être vivant dans son
unicité.
b) Les méthodes et moyens mis en oeuvre
Dans le cadre de ces ateliers, des fiches de travail sont
préparées pour chaque trimestre, comprenant la structure de
l'atelier et les objectifs qui sont d'ordre technique et qui relèvent
des différentes acquisitions, la fiche correspondant au trimestre
suivant étant établie en fonction des résultats
constatés.
L'objectif général est l'acquisition des
apprentissages, présentée sous la forme d'une création
chorégraphique de fin d'année.
Mon programme de travail s'inspire de celui proposé par
Jacqueline Robinson : Toi et ton corps (construction - sensations - moteurs -
actions)
Toi et la nature (le cycle de vie - l'alternance - le rythme - le
mouvement - l'observation)
Toi et tes sentiments (ton royaume secret - l'expression - la
communication - le propre de l'art)
Toi et les autres (la dépendance - l'amour - la
responsabilité - l'écoute - l'attention - le partage)
Toi et les formes (dessin - modelage - agir dans l'espace -
les directions - les déplacements ) Toi et la musique (le rythme - la
mélodie - la ponctuation - la construction - les instruments) Ce
programme est mis en application par des exercices en fonction.
Ces ateliers entrant dans le cadre des loisirs, les
adolescents participants s'inscrivent de leur propre chef, nous sommes dans une
situation d'autonomie face à leur choix, ainsi que dans leur
assiduité dans le courant de l'année.
Même si des parents voyaient dans ces ateliers des
vertus thérapeuthiques, où si certains ados me confiaient leur
bien-être à participer, ils ne relevaient alors d'aucune
méthode, moyen ou objectif dans ce sens.
Nous étions bien dans un atelier d'animation par
l'expression corporelle, dans le cadre des loisirs, ce qui n'enlevait rien
d'ailleurs, au sérieux dans l'engagement et l'accompagnement des
acquisitions des apprentissages.
c) L'art-thérapie est utilisé comme discipline
spécifique
L'art-thérapie est l'exploitation du potentiel artistique
à visée thérapeutique et humanitaire, le potentiel
artistique étant le pouvoir expressif et l'effet relationnel de
l'art.
En effet, l'art a un pouvoir expressif, dans la mesure où
il met en oeuvre des mécanismes permettant l'expression.
Ces mécanismes étant l'impression, l'intention,
l'action, la technique (tekhnê) et la production.
L'effet relationnel se situe dans la relation que l'art implique
entre le monde intérieur et le monde extérieur.
Mais si l'art est une activité privilégiée
d'expression, toute expression n'est pas art. L'art est le vecteur
privilégié de l'orientation esthétique dans les arts dits
de la beauté.
L'art est donc une activité volontaire dirigée
vers l'esthétisme, son pouvoir expressif résidant dans sa
capacité d'exprimer son idéal esthétique. L'art prend un
sens, celui d'être une fonction.
Le plaisir esthétique réside dans la gratification
sensorielle, par elle-même, pour elle-même et sans aucun autre
but.
Ainsi, pour l'art-thérapie, à la différence
d'une thérapie médiatisée, l'art n'est pas un outil, mais
un moyen.
L'art-thérapie exploite la substance du pouvoir artistique
dans un sens thérapeutique et humanitaire, dans la mesure où elle
tend vers un épanouissement de l'être humain.
d) L'art-thérapeute exploite la dynamique du
phénomène artistique
L'art-thérapeute utilise de manière pratique et
théorique le phénomène artistique ; il peut donc exploiter
le pouvoir et les effets de l'art.
Le phénomène artistique est l'ensemble des
éléments qui composent l'activité artistique et l'ensemble
des liens qui existe entre ces différents éléments.
A savoir, pour réaliser une production artistique,
l'homme met en oeuvre différents mécanismes qui sont, je le
rappelle, l'impression (par les capteurs sensoriels), l'intention (traitement
sophistiqué de l'information), l'action (moyens physiques et
intellectuels), la technique (les savoirs-faire, fonctions psychomotrices), la
production (implique l'effet relationnel : relation particulière entre
l'artiste et son public).
L'art-thérapeute utilise tous ces éléments
comme sites d'actions en essayant de rendre cohérent l'ensemble du
phénomène artistique pour atteindre ses objectifs
thérapeutiques.
e) L'expression corporelle à travers son processus
artistique est susceptible d'être thérapeutique
Resituons tout d'abord l'art-thérapeute : il fait
partie de l'équipe paramédicale et son action porte sur
l'amélioration de la qualité de vie du patient. Son objectif est
d'aider le patient à s'épanouir.
Rappelons également que les bases de
l'épanouissement de l'être humain, dont les acquisitions se font
à la petite enfance, résident dans le schéma corporel,
l'image corporelle et l'estime de soi.
« Le concept de schéma corporel,
hérité du modèle neuro-psycho-physiologique se
définit comme la synthèse vivante d'expériences
corporelles organisées, sorte de dispositif actif (stades du corps
vécu, perçu, représenté) par lequel le sujet prend
conscience de son corps. »....
...« L'image du corps, élaborée dans le
cadre de la théorie psychanalytique, particulièrement par F.
Dolto. Concept pour lequel, nous retiendrons « l'idée d'une
représentation de soi dans l'inconscient » G. Guillerault (1
989).Une représentation de soi sur la base de toutes les
expériences affectives et marquée des désirs satisfaits,
frustrés, réprimés ou interdits.
« L'image du corps est à chaque moment
mémoire inconsciente de tout le vécu relationnel, et, en
même temps, elle est actuelle, vivante, en situation dynamique, à
la fois narcissique et interrelationnelle.... »(Dolto, 1984).
»20
Sachant que tout adolescent connaît des
difficultés par rapport à l'image de son corps, nous constatons
que sur la base d'un schéma corporel en apparence normalement
constitué, des perturbations de l'image corporelles se
développent.
Nous savons aussi que l 'adolescent est mis à
l'épreuve par le corps et va devoir re-connaître un corps, son
corps sexué. L'acte de prise de conscience du corps va aider
l'adolescent dans une prise de conscience de soi.
La pratique de l'expression corporelle à travers son
processus artistique va permettre à l'adolescent l'appropriation
consciente de ce corps nouveau. En lui donnant la possibilité d'aller
jusqu'à la production, sa production dans sa singularité, il
améliore par là-même, son estime de soi.
L'art en tant que révelation d'un potentiel permet
à l'adolescent un regard nouveau qu'il porte sur lui. Le moment
privilégié de la pratique de l'expression corporelle, permet au
corps de vivre par lui-même et pour lui-même. Le patient investit
sa sensorialité, sa kinesthésie et a la possibilité
d'exprimer son idéal esthétique. L'expression corporelle à
travers son processus artistique est donc susceptible d'être
thérapeutique, en permettant à l'adolescent souffrant,
d'améliorer l'image qu'il a de son corps.
Cette théorie est mise en pratique dans la deuxième
partie de cette étude que nous allons voir maintenant.
DEUXIEME PARTIE : INSTALLATION D'UN ATELIER
D'ART- THERAPIE A DOMINANTE EXPRESSION CORPORELLE AUPRES D'ADOLESCENTS EN
SITUATION DE CRISE, HOSPITALISES.
A/ Présentation du lieu de stage l'UPA,
unité d'accueil Post-Aigu, de la clinique médicouniversitaire
Georges-Dumas, 10 av. des Maquis du Grésivaudan à LA TRONCHE
38702

a) Présentation de la clinique Georges Dumas de
l'UPA et de son personnel
La clinique Georges-Dumas est un établissement de la
Fondation Santé des Etudiants de France (F.S.E.F) ; fondation
créée à l'initiative de l'Union Nationale des Etudiants de
France, reconnue d'utilité publique par décret en date du 23 mai
1925. Depuis plus de 70 ans, la F. S.E.F reçoit dans ses douze
établissements répartis sur le territoire national,
lycéens, étudiants et jeunes en formation présentant des
maladies psychiatriques ou somatiques.
La clinique G. Dumas est un établissment privé
à but non lucratif, participant au service public hospitalier, sa
spécificité : concilier les soins et les études.
Elle accueille des jeunes de 15 à 25 ans ayant de
graves difficultés psychologiques et leur offre, lorsque leur
état de santé le permet, de suivre une scolarité dans
l'établissement de la clinique ou dans les universités et les
établissements scolaires grenoblois.
La clinique dispose de 120 lits et places qui se
décomposent comme suit :
Hospitalisation à temps plein (52 lits)
Hospitalisation de semaine (22 lits)
Hospitalisation à temps partiel : hôpital de nuit (4
lits), hôpital de jour (20 places) L' Unité Post-Aigue (12
lits)
La maison de sortie (10 lits)
20 Maryse Ravel Sarrola « A la recherche du corps perdu
» extrait du livre « La jeune fille et la mort » p. 190
L'Unité Post-Aigüe, lieu où j 'ai
effectué mon stage pratique, est une structure d'accueil temps plein,
destinée à recevoir, pour des durées de séjour
brèves, des adolescents de Grenoble et son agglomération qui, au
décours d'une tentative de suicide ou en période de crise,
veulent "passer un cap" et prendre le temps de réfléchir aux
solutions à trouver pour dénouer cette crise.
Le personnel est composé d'infirmiers qui se relaient
jour et nuit, d 'un médecin psychiatre chef du service, et d'un
médecin psychiatre assistant, d'un cadre infirmier, d'une psychologue,
d'une secrétaire et du personnel de service.
Les ergothérapeutes et l'assistant social qui rencontrent
tous les patients de la clinique dans son ensemble, sont présents aux
réunions de transmissions d'informations à l'UPA.
b) Présentation du public accueilli au sein de cette
unité
Comme nous le disions précédemment, il s'agit
essentiellement de jeunes patients de 15 à 25 ans, en situation de crise
aiguë nécessitant une hospitalisation ou une mise à distance
d'avec leur environnement habituel. La période de crise peut se traduire
par une attitude suicidaire, un passage à l'acte (tentative de suicide),
des troubles de l'humeur ou des troubles du comportement alimentaire.
c) Les objectifs thérapeutiques
Tout d'abord, nous devons préciser qu'en rentrant à
l'UPA, le patient mineur a besoin de l'accord des parents, pour le patient
majeur c'est une hospitalisation libre.
Le patient s'engage dans un processus de soins en respectant le
cadre mis en place, dont le protocole des premières 48 heures, qui
consiste en une "rupture" avec le monde extérieur. C'est à dire
que le patient s'engage durant les premières 48 heures de son
hospitalisation, à ne pas sortir du service (il prendra ses repas sur
place), à ne pas recevoir de visites, ni de coups de
téléphone (la famille pouvant bien-entendu prendre des nouvelles
auprès du personnel infirmier).
Les intérêts et objectifs d'une hospitalisation
à l'UPA comprennent :
- l'évaluation psychologique individuelle du patient
(sous forme d'entretiens avec le psychiatre et le psychologue), familiale
(rencontres avec la famille) et sociale (intervention de l'assistant social)
- la reconnaissance de la souffrance du sujet et de l'acte de
rupture éventuel
- l'évitement de la banalisation des difficultés et
que l'adolescent puisse lui-même trouver du sens à sa souffrance
et à son passage à l'acte.
Il s'agit d'aider le patient à "se poser", de
l'acceuillir, le sécuriser, en lui permettant une prise de distance
d'avec son quotidien habituel et ses difficultés extérieures.
A la fin de leur séjour à l'UPA, la plupart des
patients ne feront plus l'objet d'une hospitalisation. Un suivi à
l'extérieur par un psychiatre leur est généralement
proposé et pour une minorité d'entre eux, une hospitalisation
adaptée dans un autre service de la clinique ou dans un autre
établissement hospitalier sera envisagée.
d) Les différentes médiations
Elles seront regroupées sous le terme employé
par la clinique de "sociothérapie" qui est la convergence de
différentes activités, telles que l'animation et la
médiathèque, permettant l'inscription dans une
réalité sociale.
Pour les patients de l'UPA, la participation aux activités
se fait sur accord médical, en fonction de leur état clinique.
Un planning hebdomadaire est affiché dans le couloir du
service leur proposant :
- Développement personnel par des méthodes de
travail (eutonie et relaxations dynamiques)
- Activités spécifiques :
équithérapie, atelier esthétique (nous entendons par
là soins esthétiques du visage, maquillage ....)
- Activités sportives : danse, tennis, piscine,
équitation, ski, sorties en montagne, sports collectifs....
(nous pouvons remarquer que la danse figure comme une
activité sportive et non comme une spécificité artistique,
donc l'intention et la visée diffèrent )
- Activités culturelles : ateliers théâtre,
écriture, journalisme
- Sorties culturelles : musique, cinéma,
théâtre, conférences.
Nous précisons également qu'au sein du service
UPA, certains membres du personnel infirmier, proposent de façon
hebdomadaire une activité chant ainsi qu'un atelier d'éveil
corporel - relaxation.
B/ Mise en place de l'atelier d'art-thérapie
à dominante expression corporelle
1) L'organisation et la mise en place de l'atelier
d'art-thérapie
En accord avec le médecin psychiatre, chef du service,
je suis passée par une phase d'observation d'un mois, durant laquelle je
me suis rendue chaque jour à la clinique, assistant chaque matin
à la réunion de transmission des informations des patients, d'une
équipe d'infirmiers à l'autre. Cette réunion à
laquelle assistent le médecin psychiatre, la psychologue, l'assistant
social, le cadre infirmier, l'ergo-thérapeute et les infirmiers a pour
but de transmettre les informations de l'équipe de nuit à
l'équipe de jour, ainsi que la présentation des nouveaux
patients.
C'est au cours de ces réunions que je pouvais m'informer
sur l'anamnèse des patients et prendre connaissance de leur situation
psychique et de leur évolution.
J'assistais également à la réunion
"soignant-soigné" hebdomadaire du vendredi, moment thérapeutique
obligatoire pour tous les patients hospitalisés à l'UPA.
Son but est de discuter en groupe des difficultés
éventuelles auxquelles les patients sont confrontés aussi bien
à l'exterieur que dans l'unité. C'est un moment d'expression
ainsi qu'un temps de réflexion
.
J'assistais aussi à l'atelier éveil
corporel-relaxation, ainsi qu'à l'atelier d'eutonie au sein de
l'unité, ce qui m'a permis d'avoir une première approche sur les
capacités corporelles des patients participant.
Ces ateliers ont lieu au sein même de l'unité dans
la salle T.V, réaménagée avec des tapis de sol et des
couvertures pour lesdites activités.
Il ne me paraissait pas opportun d'installer l'atelier
d'art-thérapie dans cette salle que je trouvais trop étroite pour
des déplacements.
Je me suis donc mise en quête d'un lieu plus
approprié en dehors de l'unité, et j'ai obtenu d'avoir à
disposition la salle d'eutonie, au-dessus du gymnase de la clinique,
bâtiment situé en face de l'unité.
En fonction du planning de la salle, j'ai pu fixer deux ateliers
par semaine, un le lundi de
10 h 00 à 11 h 00 et un deuxième le vendredi de
14 h 00 à 15 h 00. Ceci me permettait de proposer l'atelier à
tous les patients sous forme de deux groupes de 5 personnes, l'UPA ayant en
moyenne 10 patients (capacité de 12 lits).
L'atelier était donc proposé sous la forme d'une
prise en charge collective.
Je devais également tenir compte de la
briéveté du séjour des patients : le groupe allait se
modifier et se renouveller regulièrement.
2) L'intégration de l'atelier d'art-thérapie
à l'UPA
Une fois la période d'observation finie, je me suis
servie du tableau d'affichage dans le couloir du service pour intégrer
l'atelier d'art-thérapie dans le planning de la semaine proposé
aux patients.
En accord avec le cadre infirmier, maître de mon stage,
l'atelier fut présenté aux patients lors d'une réunion
"soignants-soignés", tout en précisant bien-sûr ma
qualité de stagiaire. Activité thérapeutique à part
entière, l'atelier revêtit la forme d'une participation
obligatoire (sauf contre-indication médicale), se distinguant ainsi
d'une animation.
3) D'une prise en charge en groupe à une prise en
charge individuelle
Les ateliers en groupe se sont donc déroulés sur
trois mois, à cadence de deux par semaine. La majeure partie des
patients ont participé, soit une quinzaine.
A un mois de la fin du stage, lors d'une synthèse avec
le médecin psychiatre, chef du service de l'UPA, je lui fis part de mon
travail et lui signalai le fait qu'une patiente souffrant d'anorexie mentale
sévère, n'avait jamais pu participer à l'atelier.
En effet, son état physique ne lui permettait pas de se
rendre à la salle qui se trouvait, je le rappelle, à l'exterieur
de l'unité.
Ayant suivi son évolution lors des différentes
réunions et ayant pris connaissance de l'anamnèse dans le dossier
médical, je proposai donc au médecin, une prise en charge
individuelle, dans la chambre de la patiente en lui indiquant des
sites d'actions sur lesquels je souhaitais travailler.
Cette prise en charge individuelle fut acceptée.
C/ Méthodologie du projet
thérapeutique
1) Le projet, présenté sous la forme d'un
protocole de prise en charge est soumis au médecin psychiatre en chef
du service de l'UPA
Le projet ci-joint en annexe 1 fut tout d'abord
élaboré plus précisément pour un public souffrant
d'anorexie mentale. Il se trouve qu'en pratique la majorité des patients
rencontrés ne relevaient pas de cette pathologie, mais plutôt
d'une dépression sevère liée à la crise de
l'adolescence. Le médecin psychiatre tenant à ce que les
pathologies se côtoient dans le groupe, le projet fut cependant
retenu.
2) Ce projet inclut également l'élaboration du
cadre dans l'atelier d'art-thérapie
Le cadre comprend l'accompagnement des patients aux jours et
heures fixes de l'atelier : ensemble nous nous rendons sur le lieu, en
l'occurence, la salle d'eutonie.
Le cadre comprend également les consignes à
respecter en qualité de participants, qui sont présentées
aux patients lors de notre entrée dans la salle autour d'une table ou
nous nous réunissons en début et fin de séance. Là,
leur est exposé le fait que leur présence tient lieu d'engagement
jusqu'à la fin de l'heure et qu'un patient retardataire ne peut
interrompre l'atelier.
Une présentation de l'atelier est faite à chaque
nouvel arrivant, il est informé sur la structure de la séance et
sur le fait qu'en fin de séance, il peut s'il le souhaite s'exprimer
verbalement sous une forme d'auto-évaluation, portée sur le
plaisir/déplaisir à être et à faire dans l'atelier.
Le cadre présenté lors du projet d'atelier mentionne la
présence d'un co-thérapeute infirmier.
3) La structure de l'atelier
L'atelier d'expression corporelle est structuré en trois
temps :
· La première phase est un travail surplace :
- les appuis, la notion d'équilibre
- la notion de verticalité, de positionnement dans
l'espace - un échauffement technique par un éveil corporel
· La deuxième phase est un travail de
déplacement :
- la coordination
- la notion de rythme (avec ou sans accessoires) - la
mémorisation
- l'improvisation ( l'accès à l'imaginaire)
· La troisième phase est un travail au sol :
- notion de poids et de volume du corps dans le sol
- notion de respiration abdominale
- notion du sens musculaire (sentir la contraction ou le
relâchement)
4) Des outils d'observation sont mis en place pour permettre
une évaluation adaptée
Tout d'abord, l'art-thérapeute doit suivre l'objectif
général thérapeutique médical et pour ce faire,
établir un protocole de prise en charge collective ou individuelle,
où il sera à même de définir un état de base
de la situation, un objectif général thérapeutique et les
moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir.
Ce protocole comporte l'ensemble des éléments qui
constituent l'intérêt, la faisabilité et la
réalisation de l'activité thérapeutique.
Pour organiser ce suivi thérapeutique, notre outil est la
fiche d'observation incluant l'évaluation par le biais de l'item, plus
petit fait observable et appréciable.
La fiche d'observation est composée de
différentes rubriques, comprenant les généralités
(l'identification du patient, le repérage des séances... ), le
phénomène artistique, les capacités relationnelles, le
bilan de la séance.
Les items sont appréciés en mesure, nombre, temps,
lorqu'ils sont quantitatifs
( par exemple nombre de regards ..) et en termes progressifs (du
moins au plus) lorsqu'ils sont qualitatifs ( par exemple le plaisir..).
Dans la présentation des études de cas, nous
utiliserons un exemple concret pour illustrer ce que nous venons de
définir.
D/ Présentation de deux études de cas

1) Aurore
Nous présenterons d'abord l'observation dans le cadre
d'une prise en charge en groupe, d'une patiente que nous prénommerons
Aurore.
Motif d'admission : Aurore présente un état
dépressif sévère avec troubles anxieux, aboulie (absence
de volonté), idée suicidaires.
a) Anamnèse d'Aurore :
Aurore est une jeune fille de 23 ans qui, suite à un
très grave accident de la circulation avec des complications
infectieuses, a passé trois ans d'hospitalisation au CMUDD (centre
médico universitaire Daniel Douady à St Hilaire du Touvet).
Le médecin psychiatre emploie le terme d'une "adolescence
hospitalière".
Lors des premiers entretiens avec le médecin
psychiatre et la psychologue, nous apprenons que ses parents sont
divorcés et que dans son enfance elle a subi des maltraitances
(violences physique), de la part de son père.
Au début de son hospitalisation à l'UPA, Aurore
est en régression, elle a recours à une sucette et une
peluche.
b) Objectifs de l'institution :
Permettre à Aurore une rupture avec l'extérieur
afin de pouvoir se poser.
Qu'elle puisse retrouver un élan vital et qu'elle se
remette en lien avec les autres.
c) Objectifs de la prise en charge :
Au cours d'une discussion avec la psychologue, nous fixons
l'objectif thérapeutique général dans
l'atelier qui sera de retrouver une notion de plaisir, une douceur par le corps
et la peau.
d) Déroulement des séances lors de la prise en
charge d'Aurore :
Précisons qu'Aurore est arrivé à l'UPA
début Mai 2004 et que sa première séance
d'artthérapie a lieu le lundi 24 Mai 2004.
Première séance :
La premère séance à lieu le lundi de 10 h 00
à 11 h 00 pour ce groupe composé de cinq adolescents dont
Aurore.
L'atelier commence par la découverte et l'investissement
du lieu en leur proposant de marcher déchaussé, en
déroulant les pieds (notions d'appuis et de verticalité).
Aurore se déchausse et commence sa marche le regard
porté vers le sol.
Les bras ne sont pas relâchés et des gestes
parasites se font remarquer tels que les doigts portés vers la bouche ou
les bras qui se croisent.
Lors de l'échauffement corporel avec un fond sonore, les
bras s'ouvrent, le regard suit, Aurore respecte les consignes et semble
s'impliquer dans ce qu'elle fait.
Nous passons à la deuxième phase de l'atelier
où la notion de groupe prend tout son sens.
Des traversées communes sont proposées sur un
rythme binaire où nous sollicitons les appuis, les pieds frappent le sol
et les genoux sont en flexion.
Ces passages successifs en groupe ont comme conséquence de
provoquer des sourires complices, des bribes de synchronisation, du plaisir
à faire ensemble.
Aurore donne l'impression de s'amuser à faire.
Lors de la troisième phase de l'atelier, c'est le passage
au sol, où le corps se relâche.
Aurore s'étant allongée trop près d'un autre
patient, je lui demande si je peux, en lui soutenant les mollets, la faire
glisser de 50 centimètres.
Elle refuse en me disant que l'on ne peut pas lui toucher les
jambes.
Je lui conseille alors de se faire rouler sur le
côté pour éviter au corps des tensions inutiles (ne pas se
relever pour aller se rallonger ailleurs).
Elle ferme les yeux, accède à une respiration
abdominale de courte durée mais je constate à la position du
corps dans le sol que celui-ci n'est pas complétement détendu.
En effet les pieds restent flexes et les épaules et le
thorax sont contractés.
Deuxième séance :
Au début de la séance, Aurore vient me demander
si elle peut garder ses chaussures, car cela lui est difficile de
dérouler sa marche, l'accident lui ayant provoqué un
déséquilibre, elle porte des semelles adaptées.
Après le passage de la marche, Aurore enlève
spontanément ses chaussures.
Nous reprenons alors nos traversées, accompagnées
cette fois de percussions, Aurore choisit le tambourin.
Sa coordination est bonne, elle est en rythme.
Je propose des traversées à deux, Aurore choisit
une autre patiente et leur passage s'accompagne de sourires et de rires.
Aurore s'implique de plus en plus corporellement, elle accepte le
regard de l'autre.
Lors du passage au sol, elle trouve sa place et son corps est
plus relâché, les pieds s'ouvrent, les épaules tombent.
A la fin de la séance, lors du temps de parole, Aurore
verbalise le fait de "travailler corporellement, sans que cela fasse mal".
Troisième séance :
Aurore garde ses chaussures pour la marche et les enlève
d'elle même dès que nous passons au travail en groupe.
Nous abordons alors le toucher de l'autre sous la forme du jeu de
la sculpture.
Cet exercice se fait à deux, en imaginant que le
partenaire est un paquet d'argile, il se laissera modeler, sculpter.
Aurore parait prendre plaisir à modeler le corps de
l'autre, en faisant preuve d'imagination dans les détails,
jusqu'à l'attitude du visage de l'autre, lui faire faire un sourire en
étirant délicatement la bouche du modèle.
Lors d'un exercice en solo d'improvisation avec un foulard de
soie, sur fond sonore, Aurore se laisse aller à la douceur, ses
mouvements sont amples et gracieux.
Durant le passage au sol de fin de séance, elle profite
pleinement du relâchement et met plus de temps que les autres à
retrouver une position debout.
Lors du temps de parole, elle s'exprimera ainsi : "Je
m'étonne à faire des choses que je trouve belles".
Quatrième et dernière séance
:
Aurore se déchausse dès le début de la
séance.
Lors de la marche, elle déroule bien chaque pied, elle
prête attention à ce qu'elle fait et son regard est ouvert sur
l'extérieur, son corps est placé dans la verticalité.
Dans la deuxième phase de l'atelier, je propose au
groupe le jeu de la machine, qui consiste a ce qu'une première personne
prenne place dans l'espace et s'installe dans un mouvement
répétitif accompagné d'un son, une deuxième
personne se rajoutant avec les mêmes consignes et ainsi de suite.
La difficulté est de donner un mouvement régulier
à la machine, chacun des participants devant s'accorder avec les
autres.
Aurore est la deuxième personne à s'installer, ses
mouvements s'accordent à la première personne et elle produit un
son, qu'elle répéte avec son mouvement ( son, qu'elle
n'émettait pas à d'autres occasions comme à l'expiration
en relaxation, lors du passage au sol). Dans la dernière phase de
l'atelier, au moment de la relaxation, Aurore me demande si je peux lui
soulager les jambes par un exercice de relâchement qu'elle m'a vu faire
sur un autre patient. Cela consiste à porter la jambe du patient en lui
demandant de poser tout son poids dans mes mains.
Lors du temps de parole, elle dit "ne ressentir aucune douleur
dans ses jambes, les avoir complétement posées".

2
1
0
séance T1 T 2 T 3 T 4
Relâchement corporel Volonté

e) Evaluations d'Aurore au cours de sa prise en charge
:

2
1
0
séance T1 T 2 T 3 T 4
Implication du patient Acceptation du toucher

Légende :
0 : Pas du tout
1 : Un peu
2 : Beaucoup
Remarques et bilan des évaluations
:
Les items du relâchement corporel et celui de la
volonté ayant été représentés sur le
même graphique, il est intéressant de constater que les deux
évoluent de manière synchrone.
Plus Aurore a fait preuve de volonté dans les
séances, plus son corps a trouvé une détente et a pu se
relâcher.
Pour le deuxième graphique, nous constatons après
un net refus du contact corporel dans les deux premières séances,
une évolution progressive sur les deux dernières.
Quant à l'implication d'Aurore, on peut dire qu'elle a
progressé rapidement et qu'elle s'est maintenue.
L'acceptation du toucher a pu se faire grâce à un
cadre contenant, rassurant et dans la confiance qui s'est instaurée dans
la relation. La volonté progressive d'Aurore ainsi que son implication
quasi constante en témoignent.
f) Bilan de la prise en charge d'Aurore :
La sortie de l'UPA s'annoncant pour Aurore, je demande à
la voir et dresse un bilan avec elle pour savoir ce qu'elle a retenu de sa
participation à l'atelier d'art-thérapie, je cite : "se faire
plaisir avec son corps"
"pouvoir sortir un son"
"on peut se lâcher sans avoir peur du ridicule"
"se sentir en communion avec les autres"
"il n'y a pas de jugement"
Au cours des séances, Aurore a démontré ses
capacités expressives et relationelles.
Une notion de plaisir s'est averée, elle a su le
démontrer dans l'atelier et elle l'a verbalisée. Elle a pu
retrouver progressivement une douceur par le corps et la peau,
démontrée dans les exercices portant sur le contact corporel et
confirmée par ses demandes.
Aurore a eu accès à une dimension
esthétique : « je m'étonne à faire des choses que je
trouve belles ». Ce sentiment exprimé sous la forme d'une
auto-critique va dans le sens de l'autonomie.
Observations de l'équipe soignante :
La psychologue remarque qu'Aurore qui ne montrait jamais ses
cicatrices aux jambes, s'est rendue à un des derniers entretiens, en
short.
Pour la psychologue, les ateliers d'art-thérapie ont
été bénéfiques pour Aurore, elle qui avait tant
à réinvestir corporellement.
Des infirmiers me rapportent que suite à l'atelier,
Aurore en meneuse (d'autres patients la suivant), aurait repris certains
exercices de traversées, portés en dérision, dans le
couloir de l'unité.
Ce fait peut-être interprété comme un
renforcement de la cohésion du groupe et une réappropriation par
les patients de leur qualité d'adolescents face à l'adulte.
Comme le remarque le médecin psychiatre, Aurore fait
partie du patient "idéal", c'est à dire le patient demandeur de
soin, déjà sur la voie de la guérison.
Le séjour à l'UPA fut cependant très
bénéfique pour Aurore et semble avoir particulièrement
atteint ses objectifs.
Sabine
L'observation de cette patiente s'est faite dans le cadre
d'une prise en charge individuelle (comme indiqué dans la partie B
n°3). L'accés à l'atelier ainsi que sa structure
n'étant pas adaptés à l'état de fatigue de
Sabine.
a) Anamnèse de Sabine :
Sabine est une jeune fille de 17 ans déjà
longuement hospitalisée en 2002/2003 pour une anorexie mentale
sévère.
Elle fait un séjour à l'UPA du 09/07/03 au
22/12/03.
Ce qui caractérise cette longue hospitalisation, c'est la
platitude de la courbe pondérale. Sabine ne prend pratiquement pas de
poids durant son hospitalisation, il s'agit d'une jeune fille assez timide,
assez introvertie, mais dont les possibilités d'élaboration
psychique ne semblent pas mauvaises.
Elle est dirigée vers l'hôpital de jour en 01/04
avec une reprise scolaire.
Le 04/06/04, elle est à nouveau hospitalisée
à l'UPA, son poids est de 30.5 Kgs avec hypotension, insomnie. A 8 jours
de passer son bac, elle s'épuise, la décision est prise
d'ajourner ses examens et de remettre en place avec son accord un nouveau
protocole de soins.
b) Objectifs de l'institution :
Le but de son hospitalisation est double, il s'agit à la
fois de lui faire reprendre du poids et de débloquer psychologiquement
une situation qui s'éternise depuis de nombreux mois. Une
évaluation de ce dispositif thérapeutique sera faite à la
fin du mois de juillet et si les choses n'ont pas évolué, une
demande dans une autre structure sera décidée.
c) Objectifs de la prise en charge :
L'objectif général thérapeutique
étant la reprise de poids, je me fixe comme objectif
intérmédiaire, le désir, en prenant comme sites d'actions,
l'intention, le choix, le goût et le
lâcher-prise en opposition avec la mentalisation et la
ritualisation qui dominent dans cette pathologie.
Le premier contact avec Sabine se fait dans le salon fumeur et
nous convenons d'un rendezvous pour fixer le planning des séances. Afin
de définir un état de base, je me renseigne sur ses pratiques
artistiques éventuelles et elle m'apprend qu'elle a pratiqué la
guitare classique durant six ans dans un conservatoire.
Elle me fait part de ses angoisses durant les auditions,
où elle tremblait tellemment qu'elle ne pouvait plus jouer. Puis elle me
fait part de son plaisir à dessiner, mais ici elle n'a pas de
matériel, je lui propose de lui en fournir et de démarrer par le
dessin, elle sourit et nous prenons rendez-vous pour la semaine suivante. Nous
fixerons alors ensemble le planning des séances qui s'étaleront
sur trois semaines, c'est à dire jusqu'à fin juillet, date de son
ultimatum au sein de l'UPA et date de la fin de mon stage. Il y aura donc au
total cinq séances.
Vu l'état de fatigue de Sabine, la durée des
séances est fixée à 30 minutes.
d) Déroulement des séances lors de la prise en
charge de Sabine :
Première séance :
Matériel : Des pastels - Un livre sur l'enfant et la danse
de Jacqueline Robinson
Je lui montre le matériel que j'ai amené, une
trousse remplie de pastels avec un choix très nuancé en couleurs.
Nous décidons d'une technique de dessin qui consiste à investir
de traits au crayon de papier la feuille puis à observer et à
distinguer une ou plusieurs formes à mettre ensuite en évidence,
à l'aide des pastels.
Elle voit rapidement un papillon et un coeur,
entremélés.
Sabine est rapide en execution, très agile de ses mains,
elle fait rapidement son choix de couleurs. Elle teste d'elle même
différentes techniques :
- repasser des couleurs avec d'autres, afin de créer de
nouvelles nuances
- étaler avec les doigts
- mettre de l'eau sur du papier et repasser sur les couleurs
Afin d'aborder en douceur l'aspect corporel, je lui propose de
lui laisser le livre de J. Robinson, en lui présentant brièvement
cette danseuse et ce qu'elle a amené au monde de la Danse. Ce livre
s'adressant aux enfants et adolescents est facile d'accès et part du
postulat que la danse démythifiée et intégrée dans
le vécu de l'enfant devrait permettre à celui-ci de mieux
s'assumer dans son corps et dans son imaginaire.
Je lui demande de le feuilleter et lui propose que nous
échangions sur ce sujet lors de la prochaine séance.
Je lui demande de me laisser emporter avec moi le dessin en
cours que je ramenerai à la prochaine séance. Par contre si elle
le souhaite, je peux lui laisser les pastels et des feuilles afin qu'elle
puisse les utiliser si elle en éprouve le désir, elle accepte. Je
lui précise toutefois, que cela ne doit pas être un
prétexte pour s'isoler dans sa chambre, qu'elle peut dessiner avec
d'autres.
Elle me répond qu'elle souhaite moins s'isoler ces
derniers temps.
Deuxième séance :
Je retrouve Sabine au plus bas, regard dirigé vers le
sol, prostrée, les larmes aux yeux.
Elle me dit alors vivre très mal le fait qu'il lui
semble faire des efforts, mais que la balance n'indique pas de mieux, que les
sorties ne lui sont pas autorisées, qu'elle aimerait tellement prendre
des vacances et sortir de l'institution.
(Nous rappellons que ce cadre formel fait partie du protocole
médical en lien avec la reprise de poids).
Elle me parle du livre qu'elle a feuilleté et dont elle
dit apprécier le ton,(dans "toi et la danse", l'auteur
s'adresse directement à l'enfant / ado, en employant le tutoiement).
Nous en profitons pour enchaîner sur le corporel et nous
faisons quelques pas, pieds nus dans sa chambre, je lui explique alors,
l'importance des appuis et lui montre comment dérouler le pied.
Son regard fixe constamment le sol, je lui dis alors qu'en
regardant devant soi, la tête se relève et l'on corrige la posture
de la colonne vertébrale et des cervicales.
Je lui parle aussi d'intention dans le regard, qui peut
influer sur sa marche. Nous le mettons en pratique par une marche dans une
direction précise, en fixant du regard le point où l'on veut se
rendre. Puis nous faisons de même en incluant les changements de
direction.
Sabine se fatigue vite, la station debout et les
déplacements deviennent pénibles, de plus, nous sommes au mois de
Juillet, et la chaleur devient un paramètre parasite.
Nous reprenons, alors le dessin, permettant une position
assise.
Sabine se fait plus hésitante dans le choix des
couleurs, elle prend un peu plus de temps. Puis à nouveau, elle cherche
des techniques, pour "lisser", invente de nouvelles nuances, en
mélangeant les couleurs.
Le dessin arrivant à son terme, je lui demande ce
qu'elle en pense, elle se dit satisfaite dans l'ensemble, sauf de la couleur du
corps du papillon, qu'elle n'aime pas, une couleur marron, à reprendre
à la prochaine séance.
Troisième séance :
En passant par l'infirmerie avant de rencontrer Sabine, je
m'informe sur son état et j'apprend qu'elle a pris 1 kilo.
En arrivant devant la porte de sa chambre, je vois au-dessus
de l'étiquette de la clinique indiquant le nom du patient, que Sabine a
écrit le sien avec les pastels laissés à la
dernière séance, de manière multicolore sur une feuille
découpée à l'effigie de son prénom et
scotchée sur sa porte. Sabine serait-elle en train de s'afficher en tant
que sujet ?
Nous reprenons le dessin arrêté à la
séance précedente, elle retouche la couleur du corps du papillon,
pour lisser les traits afin qu'il s'harmonise avec les ailes et le coeur.
Je constate là une recherche esthétique, puis
enfin satisfaite, elle le signe et conserve le dessin.
Nous nous positionnons face à face assises sur un tapis
de sol et je dispose devant elle différentes percussions en lui
proposant de faire du bruit ensemble, les yeux fermés, afin de jouer en
étant à l'écoute de l'autre. Sabine choisit les claves, je
prends le bâton de pluie, nous parvenons à une communication
sonore, restant bien à l'écoute, notre jeu se termine en
même temps.
Ensuite, nous reprenons la marche, en travaillant le regard
porté sur l'exterieur et l'intention d'aller dans telle ou telle
direction, Sabine s'implique et corrige d'elle même dès que le
regard retombe sur le sol.
Pour conserver ce regard porté sur l'exterieur, je lui
propose un travail d'ouverture du corps, avec l'aide d'un foulard, en se
servant des bras et de la notion d'espace et en travaillant
l'amplitude du geste, mais le regard reste porté vers
le sol. Sabine se fatigue très rapidement, elle s'allonge sur le tapis
de sol pour une relaxation de quelques minutes, ou elle accède à
une bonne respiration abdominale et à un relâchement successif des
parties du corps dans le sol. Elle commence à prendre connaissance de la
sensation contraction / relâchement musculaire.
Quatrième séance :
Sabine me dit avoir été fatiguée lors de
la dernière séance, elle sent son corps et cela n'est pas une
sensation agréable pour elle, c'est même physiquement
douloureux.
En effet, le fait même de marcher et de faire des gestes
amples avec les bras, réveille les muscles et peut provoquer des petites
courbatures, je lui fais part de cela et lui dis que nous travaillerons moins
le corps dans cette séance.
Elle me dit par contre, s'être réveillée
tôt ce matin et ne trouvant plus le sommeil, elle s'est levée et a
fait quelques pas dans sa chambre, en déroulant sa marche et en portant
une attention particulière à son regard.
Je lui propose de me montrer et en effet, je constate un
meilleur appui dans les pieds sur le sol et un regard dirigé, ce qui
redresse son axe vertical.
Nous nous asseyons face à face et reprenons les
percussions, c'est elle qui mène, en imposant son rythme, puis elle se
met en position d'écoute, nous parvenons à une communication
sonore et à nouveau le jeu s'arrête d'une manière
synchrone.
Pour cette séance, je pris plus de temps pour le
passage au sol, la relaxation étant importante pour Sabine qui cherche
souvent l'occupation pour fuir l'ennui.
Elle s'allonge et après une respiration abdominale
profonde, je lui propose un exercice de relâchement total du corps. En
soupesant sa jambe, puis son bras dans mes mains, je lui demande de
lâcher son poids, de ne pas contrôler cette partie.
Etant dans une relation de confiance, elle parvient à
relâcher certaines parties de son corps et à comprendre qu'elle en
a seule la capacité. Elle apprécie cet état de relaxation.
Je lui précise que maintenant qu'elle a perçu la
différence, elle peut quand elle le souhaite relâcher cette
tension corporelle.
Cinquième et dernière séance
:
En me rendant à l'infirmerie, j'apprends que Sabine a
repris 500 grs.
Nous sommes le 30/07/04, Sabine devait impérativement
reprendre du poids avant la fin du mois de Juillet ou elle quittait le service,
ayant pris 1 kg 500, elle pouvait rester.
Sabine me dit que pour la dernière séance, elle a
envie de dessiner, je lui dis oui mais auparavant nous allons reprendre une
partie d'expression corporelle.
Après un léger réveil corporel, qu'elle
fait seule, je constate alors une bonne mémorisation corporelle, elle se
souvient précisément de la décomposition des mouvements.
Puis je lui propose d'effectuer seule une traversée pour chacun des mots
suivants : ouverture - fermeture - vole - lourd - léger, à
exprimer corporellement.
Elle accède à l'imaginaire et son regard accompagne
chaque traversée.
Nous passons ensuite au dessin, elle veut dessiner mais ne sait
pas quoi, je lui propose alors de faire le dessin de nos séances.
Elle acquiese et prend les pastels avec plus de douceur, de
calme. Elle prend son temps et commence à tracer d'une manière
abstraite ce qu'elle a ressenti lors des séances. Elle se met a
verbaliser ses gestes et à dire : " là je trace les courbes
des traversées, avec les changements de direction". "Là je trace
les traversées avec les appuis dans le sol". "Là je prend du
rouge et du bleu pour montrer les contractions - relâchement des
muscles". "Là je dessine des silhouettes de différentes attitudes
pour montrer les sculptures vivantes que nous avons faites ". "Là je
mets des notes de musiques différentes pour le son que nous avons
produits avec les percussions ". Puis elle rajoute du pastel rouge par
petites touches en me disant que c'est la confiance quand elle donne le poids
de son bras ou de sa jambe dans mes mains.
Nous nous quittons dans un climat de confiance dans l'avenir,
Sabine me dit qu'elle espère cette fois ne pas "retomber", comme cela
s'est déja produit à deux reprises.
e) Evaluations de Sabine au cours de sa prise en charge
:

3
2
1
Séance T1 T 2 T 3 T 4 T 5

Regard
Légende :
1. Regard dirigé vers le bas
2.

3
2
1
Regard conjoint (vers moi puis vers l'objet) 3. Regard ouvert sur
l'extérieur
Implication personnelle
Temps de réflexion avant la mise en pratique d'une
consigne


Séance T 2 T 3 T 4 T 5 T1
Légende :
1. Pas du tout
2. Un peu
3. Beaucoup
Remarques et bilan des évaluations
:
Dans le premier graphique, nous constatons un regard conjoint
à la première séance où je le rappelle il n'y avait
pas d'activité corporelle mais du dessin.
Suite à une stagnation d'un regard dirigé vers
le bas, Sabine passe à nouveau à un regard conjoint pour terminer
avec un regard ouvert sur l'exterieur, qu'elle corrige et soutient d'elle
même comme précisé dans le détail des
séances.
Dans le deuxième graphique, nous constatons une nette
évolution dans le temps de réflexion que s'accorde Sabine avant
d'éxecuter une consigne, cette rapidité du geste pouvant
être en lien avec la maîtrise et le contrôle qu'implique
cette pathologie.
Par exemple dans le choix des couleurs (comme
détaillé en séance), Sabine au fur et à mesure des
séances, s'accorde plus de réflexion et par la-même plus de
douceur dans le geste, nous nous éloignons du réflexe pour nous
rapprocher d'un acte volontaire dirigé.
A ce sujet, il est intéressant de constater que ce
temps de réflexion accordé est lié à la progression
de l'implication personnelle de Sabine dans les séances, comme nous le
démontre le graphique.
f) Bilan de la prise en charge de Sabine :
Je constate que les sites d'actions retenus ont été
explorés par Sabine :
-qui a fait preuve d'intention personnelle dans
l'expression verbale de ses désirs (je veux faire du dessin),
-qui a su montrer sa capacité de choix,
(dans le choix des couleurs ou des instruments proposés),
-qui a fait preuve de goût, dans une
recherche esthétique dans la production de son dessin, -qui a
accepté le toucher et le lâcher-prise dans les
exercices corporels.
Mon objectif intermédiaire étant l'apparition du
désir, je peux dire qu'il est atteint. Sabine de par son implication
croissante, s'est située en tant que sujet désirant.
Cinq séances ont constitué une amorce pour que
Sabine puisse commencer à porter un regard nouveau sur elle-même
et sur ce qui l'entoure. Cependant cinq séances ne suffisent pas pour de
nouvelles acquisitions.
Je peux donc parler d'un objectif intermédiaire atteint
dans un bref délai, mais sans doute pour une courte durée.
Observations de l'équipe soignante
:
Une infirmière remarque que Sabine regarde devant elle
lors de ses déplacements. Un infirmier constate que Sabine accepte
dorénavant, le contact corporel.
La psychologue me fait part du bien être ressenti par
Sabine lors de ces séances.
Sabine a perçu les notions d'appuis et de directions,
malgrè la courte durée de ce travail à peine
ébauché.
Le fait que Sabine lors de sa dernière séance a
exprimé sur un support papier les mouvements qu'elle avait
effectués corporellement dans l'espace, a donné lieu à une
reflexion. Cette réflexion fait l'objet d'une partie de la discussion
qui va suivre.
TROISIEME PARTIE : DISCUSSION
A/ Réflexions et commentaires sur les
études de cas :
1) La prise en charge d'un groupe :
a) Expression corporelle et expression corporelle en art
thérapie
Une des difficultés que j'ai rencontrées dans la
prise en charge d'un groupe a été de bien faire la distinction
entre l'atelier d'art-thérapie à dominante expression corporelle
et l'atelier d'expression corporelle. Cette prise en charge en groupe concerne
des adolescents en souffrance hospitalisés, et pourtant à leur
troisième ou quatrième participation à l'atelier,
lorsqu'apparaissait un plaisir observable, j'avais face à moi des ados
complices, rieurs.
(Nous constatons là le rôle bienfaiteur de l'atelier
d'art-thérapie qui permet de mettre en exergue un potentiel artistique
non exploité et surtout non touché par la pathologie).
Ayant par le passé animé des ateliers d'expression
corporelle pour adolescents, j'ai du à plusieurs reprises me (re)situer
et me (re)positionner en qualité d'art-thérapeute.
Pour ce faire, j'ai réajusté mon observation,
toute la vigilance de l'art-thérapeute reposant sur ses qualités
d'observation objective et sa capacité subjective à ressentir :
il fait appel à sa sensibilité d'artiste en ayant toujours
à l'esprit l'objectif thérapeutique qu'il s'est fixé.
b)L 'objectif thérapeutique
général
Au regard de la briéveté des séances pour
chacun, la notion de plaisir à faire pour soi et avec l'autre
s`avérait essentielle et constituait en soi un objectif
général thérapeutique.
c) L 'intégration dans le groupe
Un phénomène notable s'est produit entre les
« anciens » d'un groupe et deux « nouveaux » : face
à l'enthousiasme des anciens, ces derniers ont tout d'abord ressenti un
malaise qui s'est traduit par un état de repli. Cependant, les choses
ont évolué rapidement au cours de la séance, et
finalement, l'enthousiasme des anciens a fonctionné comme une mise en
confiance pour les nouveaux arrivants.
d)Prise en charge individuelle au sein du groupe
Il est difficile d'établir une prise en charge
individuelle au sein d'un groupe, chaque membre du groupe, ne présentant
pas les mêmes caractéristiques de départ et évoluant
de manière différente.
L'objectif thérapeutique ne peut donc être -au moins
dans un premier temps- qu'un objectif général de groupe, auquel
le phénomène de groupe s'associe, soit :
- un climat contenant
- un dynamisme certain
- une notion de plaisir à faire ensemble
Pour certains, la prise en charge en groupe est suffisante,
car les capacités expressives et relationnelles exploitées dans
et avec le groupe vont leur permettre de restaurer leur faculté
d'auto-critique (je ne parle pas là de dépréciation),
pouvant les conduire sur le chemin de l'autonomie, ceci, bien-entendu, dans la
situation d'un atelier au sein d'une institution médicalisée, en
interaction avec le travail de l'équipe médicale et
paramédicale.
Pour d'autres, des sites d'actions repérables au sein du
groupe sont à pointer et peuvent constituer une partie de l'état
de base pour un protocole de prise en charge individuelle.
Pour conclure sur ma courte experience de la prise en charge
en groupe, il aurait été intéressant de pouvoir mettre en
place des prises en charges individuelles pour certains patients du groupe et
de les reintégrer au groupe par la suite.
En effet, une évaluation aurait pu se faire sur les effets
produits par et pour le patient et par et pour le groupe.
2) La prise en charge individuelle (Sabine)
a) Méthode
Par rapport au travail effectué en groupe, la prise en
charge individuelle m'a permis d'affiner ma méthodologie et
d'améliorer ma compréhension et ma capacité à
mettre en pratique le métier d'art-thérapeute.
En effet, malgré le nombre limité de cinq
séances, un protocole de prise en charge a été mis en
place avec un objectif général ainsi que des objectifs
intermédiaires, des sites d'actions ont été
repérés avec des items correspondants.
L'aspect relationnel et la capacité d'adaptation se
sont avérés fondamentaux et n'ont fait que renforcer le sens
thérapeutique des séances, sens confirmé par
l'évolution rapide des progrés de la patiente (en lien avec les
items retenus).
Ce travail a été rendu possible par :
- une observation et une disponibilité d'attention et
d'adaptation de chaque instant,
- la mise en place et le suivi d'un processus de
création artistique adaptés à l'état et au rythme
de la patiente à travers chaque séance.
b) La question du transfert
Je n'ai pas l'impression d'avoir été
confrontée à la notion de transfert avec la patiente,
(définie en psychanalyse comme étant l 'ensemble des
réactions du patient en face de l 'analyste, dans lesquelles il
transpose ses fantasmes et ses conflits en les projetant sur l
'analyste)21 et le produit de ses réalisations
n'a pas fait l'objet d'une relation transférentielle comme c'est le cas
dans le cadre d'une thérapie à médiation artistique. En
art-thérapie, il en est autrement et je partage l'idée d'Anne
Pouchelle lorsqu'elle dit, je cite22 :
« Art-thérapeute et patient sont impliqués
conjointement dans un processus de création artistique. La production
artistique, dans son élaboration et non dans sa présentation,
n'est pas un support, elle est en elle-même le vecteur de transformation,
le « processeur ». Ce mot résume de façon satisfaisante
l'idée que l'art (le processus de création artistique) est
efficient, et donc ici thérapeutique, par ce que c'est « par lui,
en lui, avec lui » que le transfert opère ».
21 Dictionnaire Larousse
22 Anne Pourchelle p.10 « L'atelier d'art-thérapie
»
Dans cette expérience avec Sabine, les processeurs
appartiennent au domaine de l'expression corporelle, au domaine des
arts-plastiques (dessin) et au domaine de la musique (rythmes sonores,
utilisations de percussions).
B / Le projet thérapeutique intial à fait
l'objet de transformations :
1) Le cadre s'est modifié :
a) L 'encadrement humain a évolué
Dans mon projet initial, le cadre mentionne la présence
d'un co-thérapeute participant représenté par un membre de
l'équipe d'infirmiers, sans plus de précisions.
Plusieurs infirmiers se sont succédés en
qualité de participants à l'atelier, se contentant de me faire
part de leurs impressions sur l'atelier, à savoir :
- il se dégage une certaine douceur
- un cadre contenant permettant une mise en confiance
- les patients « se lâchent » plus facilement
- les patients osent bouger devant les autres
- les patients osent accepter le regard de l'autre
Puis un membre du personnel de l'équipe d'infirmiers
m'a proposé sa présence d'une manière plus
régulière. Ceci entraîna un problème de
méthodologie, car la présence du cothérapeute,
mentionnée certes dans le projet initial, n'avait pas fait l'objet d'un
cadre précis par rapport à son rôle dans l'atelier.
Je compris à postériori, que j'avais voulu la
présence d'un infirmier participant, plus pour sa fonction rassurante de
soignant sans m'être questionnée sur ses possibles
interventions.
L'équipe de soins ayant pris connaissance de mon travail
lors de leurs participations et les patients me connaissant, j 'ai
terminé mon stage pratique sans la présence de
co-thérapeute.
A l'avenir, si je stipule la présence d'un
co-thérapeute, il lui sera établi une fonction précise
afin que chacun puisse s'y retrouver : art-thérapeute ,
co-thérapeute et patients.
b) La fréquence et la durée ont fait l'objet
de modifications
D'une fois par semaine, la fréquence de l'atelier est
devenue bi-hebdomadaire, ce qui permettait à chaque patient d'y
participer, sauf contre-indication médicale et en repectant le «
protocole des 48 h. » de la clinique (cf.p. 18. 2ème partie).
D 'une heure trente prévue intialement la durée des
séances a été réduite à une heure,
durée suffisante pour une participation active des adolescents
hospitalisés.
En effet lors de la première séance, je me suis
rendue compte que l'attention diminuait au bout d'une heure et vu la
briéveté du temps d'hospitalisation des patients, j 'ai choisi de
privilégier une participation optimum.
c) Le type de prise en charge
Le projet initial ne prévoyait que des prises en charges
collectives, acceptées par le médecin psychiatre en chef du
service.
A un mois de la fin du stage, je fis part de mes travaux
à ce même médecin. A l'issue de l'entretien, il accepta (je
le remercie pour sa confiance) de me confier la prise en charge individuelle
d'un patient.
2) Les moyens ont évolué :
a) La dominante artistique et les phénomènes
associés
Dans les moyens présentés dans le projet initial,
le processus de création artistique est basé sur mes
capacités artistiques, à savoir, l'expression corporelle.
Or en pratique, je peux remarquer que l'expression corporelle
est restée une dominante lors des prises en charges en groupe mais avec
un phénomène associé se situant dans le domaine de la
musique (musiques sur C.D et utilisation de percussions).
Lors de la prise en charge individuelle, la dominante se situe
dans le domaine des arts plastiques (dessin, découpage, utilisation des
couleurs), l'expression corporelle est devenue un phénomène
associé ainsi que l'utilisation de percussions entrant dans le domaine
de la musique.
b) La capacité d'adaptation
Ceci nécessite auprès des patients une
réelle capacité d'adaptation à leurs choix et à
leurs possibilités en matière d'activité artistique.
Malgré que le dessin ou la musique ne sont pas mes
techniques dominantes, j'ai fait appel à mon imagination et je ne me
suis pas sentie limitée par l'exploitation de ces matériaux. Mon
observation est restée centrée sur les façons dont les
patients utilisent ces techniques, en lien constant avec les items et les
objectifs thérapeutiques fixés.
3) Des limites se sont imposées :
a) La briéveté des séances pour les
patients en groupe
Le cadre à été posé en connaissance
de cause, à savoir la briéveté des séances pour les
patients, due à la courte durée de leur hospitalisation.
La briéveté des séances a été
vécue comme une limite dans le travail thérapeutique et a
conditionné l'objectif général thérapeutique de la
prise en charge en groupe.
Un suivi sur un plus long terme de ces mêmes patients
aurait pu, je pense, donner lieu à un travail de suivi plus
personnalisé au sein du groupe en permettant la mise en place
d'objectifs thérapeutiques distincts pour certains d'entre eux, en plus
de l `objectif général lié au phénomène de
groupe.
La briéveté des séances pour chaque patient
a également limité le processus artistique dans sa visée
esthétique.
En effet, peu de patients, deux ou trois tout au plus, sont
parvenus à une réelle intention esthétique, d'autres
étaient sur le point d'y parvenir dans leur recherche à pousser
plus loin le geste ou le son, cherchant une certaine harmonie. Des
séances supplémentaires auraient pu confirmer cette intention.
b) La briéveté des séances d 'une prise
en charge individuelle
Pour la prise en charge individuelle, la briéveté
des séances a été une limite frustrante pour la patiente,
dans l'acquisition des résultats du travail thérapeutique mis en
place.
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