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Le système financier haitien: La problématique du crédit au secteur privé face aux défis de croissance économique (1986-2005)


par Etzer Emile
Université Quisquéya - Licence en Sciences Economiques 2008
Dans la categorie: Economie et Finance
   
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A) Une revue de littérature théorique

Les premières contributions

La relation entre le développement financier et la croissance économique a reçu beaucoup d'attention à travers l'histoire moderne de l'économie. Ces racines se retrouvent dans les travaux de Bagehot (1873) et de Schumpeter (1912)6. En effet, un des premiers économistes qui ont lié les finances à la croissance est Walter Bagehot. Son livre: A Description of the Money Market, offre une discussion prématurée sur le développement financier, en soulignant son importance pour la croissance économique. Bagehot affirme que la caractéristique distinctive du marché financier anglais était la facilité relative dans la mobilisation des épargnes vers le financement de différents projets d'investissement à long/ terme. Cet accès facile de l'entrepreneur au financement externe était d'une importance cruciale dans l'implémentation de nouvelles technologies dans le Royaume/ Uni.

Cependant, la plus importante contribution sur le développement financier et économique vient de Schumpeter (1912) dont le livre a été publié sous le titre « The Theory Of Economic Development ». Schumpeter a utilisé la relation entre le banquier et l'industrialiste pour illustrer l'importance du système financier dans le choix et l'adoption de nouvelles technologies. Il a affirmé que les services financiers sont primordiaux dans la promotion de la croissance économique. Selon lui, la production nécessite du crédit pour se matérialiser et quelqu'un peut devenir entrepreneur seulement s'il a précédemment été un débiteur. Le crédit est ce que l'entrepreneur veut le plus. Il est le débiteur typique dans la société capitaliste. Le banquier est donc l'agent clé dans ce processus.

6 Cité par Ramona Jimborean, « La croissance économique et le développement financier ; le cas de pays d'Europe centrale et orientale », p.3

Plus tard, Gurley et Shaw (1955)7 ont aussi souligné l'importance de l'intermédiation financière dans le processus de développement économique à travers la mobilisation d'épargne bancaire et l'octroi du crédit privé. D'autres auteurs, comme Patrick (1966) ont repris les idées de Gurley et Shaw pour montrer que la présence d'un système financier plus efficace permet d'augmenter les épargnes mobilisées et conduit à une meilleure allocation des ressources vers les projets d'investissements. Au début des années 70, le concept de libéralisation financière est apparu avec les travaux de McKinnon (1973) et Shaw (1973)8 dont l'analyse visait à montrer que dans le cadre d'une économie dans laquelle il y a une répression financière9, la fixation des taux d'intérêt au-dessous de leur valeur d'équilibre réduit l'épargne, fixe l'investissement au- dessous de son niveau optimal et détériore la qualité de ce dernier. Dans ce contexte, la libéralisation financière (hausse des taux d'intérêt réel) va augmenter l'épargne et donc permettre la croissance de l'investissement. Les modèles de McKinnon et Shaw ont été enrichis par plusieurs auteurs. Les plus importantes contributions sont celles de Kapur (1976) qui a intégré l'analyse dans un cadre dynamique, celle de Galbis (1977) qui a construit un modèle à deux secteurs et celle de Mathieson (1979) qui a présenté une extension en économie ouverte.

Développement financier et croissance endogène

Le développement de la théorie de la croissance endogène au cours des années 80 a relancé l'intérêt des études dans le domaine financier et a permis de montrer que le facteur financier peut avoir des effets non seulement sur le niveau de stock de capital ou sur le niveau de la productivité, mais aussi sur leur taux de croissance. Ainsi, les travaux de Greenwood et Jovanovich (1990), Bencivenga et Smith (1991), De Gregorio (1992), Roubini et Sala-i-Martin (1992), King et Levine (1993) et Saint-Paul (1992)10 se sont

7 Cf. SODOKIN, Koffi, Épargne, systèmes de financement et développement économique en Afrique : une alternative post- keynésienne, pp. 20-3 0

8 Cité par Ramona Jimborean, op. cit. pp. 4-7

9 La répression financière peut être définie comme étant les différentes interventions du gouvernement sur le secteur financier (entre autres une réserve obligatoire élevée ou une fixation du taux d'intérêt)

10 Cf. R LEVINE Financial Development and Economic Growth, pp.40-45

basés sur des modèles de croissance endogène pour analyser l'interaction du facteur financier avec la croissance économique. S'inspirant du modèle de Romer, Pagano (1993)11 pour sa part présente un modèle simple de croissance endogène permettant de synthétiser l'ensemble des effets importants que l'on puisse observer entre la croissance économique et le développement financier. Pour analyser l'impact potentiel du développement financier sur la croissance économique, il considère une économie dans laquelle les firmes produisent un bien unique pouvant être consommé ou investi et utilisent une technologie à rendements d'échelle constants. La relation montre que le développement financier peut affecter la croissance économique en empruntant trois canaux: augmenter d'abord la proportion des épargnes investies, améliorer ensuite la productivité marginale du capital et augmenter enfin le taux d'épargne.

Structure du secteur financier et croissance économique

Le lien entre la structure financière et la croissance économique fait l'objet d'un débat qui date depuis des années. Cette polémique est principalement basée sur la comparaison entre l'expérience de développement des pays qui ont développé en priorité les marchés des titres (Angleterre, Etats-Unis) et de ceux qui se sont appuyés en priorité sur le système bancaire (Allemagne, Japon). De manière générale, quatre courants12 s'affrontent dans la quête de la croissance économique à partir d'une approche structurelle particulière.

Pour les tenants du premier point de vue, les systèmes qui reposent sur les intermédiaires financiers (bank-based) sont plus favorables à la croissance économique. Selon eux, les institutions financières peuvent exploiter l'économie d'échelle dans le traitement des informations et améliorer le hasard moral par l'intermédiaire d'un contrôle efficace. Elles peuvent soutenir une relation à long terme avec les entreprises en vue de minimiser l'asymétrie d'information et par conséquent stimuler la croissance qui va influencer le revenu des gens et leur niveau de vie. C'est la position de Douglas Diamond (1984), qui est soutenue par de nombreux autres auteurs.

11 Pagano, Marco,"The flotation ofcompanies on the stock market: A coordination failure model," pp. 15-17 12www.banducanada.ca, Revue du système financier, «Système financier », pp. 1-6

Le deuxième courant soutient que les systèmes financiers qui reposent sur les marchés financiers (market-based) stimulent davantage la croissance économique. Les marchés financiers offrent ainsi aux entreprises la manière la plus efficace pour profiter de la liquidité disponible et facilitent le lien entre la compensation managériale et la performance de l'entreprise13. D'autre part, les marchés financiers sont en mesure de favoriser la gestion du risque, réduire l'inefficience associée aux banques et stimuler les activités économique s14.

La troisième approche met l'emphase sur les services financiers. Cette idée a été spécialement présentée par Merton (1993)15 et Levine (1997)16. Ces auteurs en minimisant la distinction entre bank-based et market- based insistent sur l'approche des services financiers (~inancial-services view). Une conception, qui priorise un environnement favorable, où les institutions financières et les marchés financiers sont en mesure de fournir des services financiers solides et fiables. Cette conception a été reprise par La Porta, et al. (1996)17.

Le dernier courant de pensée insiste sur le cadre légal. Il soutient que les aspects juridiques et réglementaires jouent un rôle de premier plan dans la mise en place de services financiers dans la perspective de croissance économique. Les droits légaux et les mécanismes d'application favorisent l'allocation efficiente du marché et facilitent les opérations financières18. En ce sens, cette dernière conception se situe au prolongement de la troisième. Une étude récente de l'OCDE (2006)19 a abondé dans le même sens, en mettant l'accent sur la qualité de la régulation du système financier comme facteur de progrès économique. La conclusion maîtresse est que : « les règlementations qui maintiennent des obstacles excessifs à la concurrence dans le secteur bancaire, ou qui

13 Jensen et Murphy:cité par de Levine Ross: «Bank-based or market based financial systems: which is better?»,p.25

14 Boot et Thakor:cité par de Levine Ross: «Bank-based or market based financial systems: which is better?», p.30

15 Merton : Operations and Regulation in Financial Intermediation, A Functional Perspective, pp.23-41

16 Ross Levine, bank-based or market based: which is better? pp.31-37

17 La Porta et al.: Law and finance, pp.20,21

18 Ross Levine, op.cit p.39

19 OCDE «Régulation des systèmes financiers et croissance économique» in Réforme économique, pp.13-15

n'offre qu'une protection insuffisante aux investisseurs sur les marchés des titres, contrarient le développement des systèmes financiers, ce qui se traduit par une croissance économique plus faible ».

Marché financier informel et croissance économique

Dans la plupart des pays en développement, le système financier est caractérisé par la coexistence de deux secteurs financiers, l'un formel, l'autre informel ; situation désignée par le terme « dualisme financier ». En général, le secteur formel est un système organisé, institutionnel, axé sur les zones urbaines tandis que le secteur informel, inorganisé et non/institutionnalisé, se retrouve en grande partie en milieu rural. Ce dualisme financier peut affecter la croissance économique à travers ses effets sur la répartition du crédit. En effet, selon Germidis, Kessler et Meghir (1991) dans « Systèmes financiers et développement: Quel rôle pour les secteurs financiers formel et informel? », le dualisme financier introduit des distorsions régionales et sectorielles entre la collecte de l'épargne et son affectation. Il entraîne donc un développement inégal des diverses activités, selon l'accès qu'elles ont aux différentes sources de crédit.

Entre autres, le secteur informel est considéré par les tenants de la libéralisation financière (Ecole McKinnon-Shaw) comme un signe de répression financière et donc nuisible à la croissance économique. Par conséquent, suite à une libéralisation financière, le secteur financier informel devrait faire face à la concurrence accrue d'un secteur financier organisé et la croissance de ce dernier conduirait à la disparition du premier (Shaw, 1973).

Néanmoins, selon l'école néostructuraliste (Taylor, 1983 ; Van Wijnbergen, 1983)20, le secteur informel est un facteur de croissance économique au lieu d'être un handicap. En effet, selon cette école, le secteur financier informel est plus efficace que les banques dans l'allocation des ressources puisque ces dernières doivent détenir des

20 Van Wijnbergen S. « Credit Policy, Inflation and Growth in a Financially Repressed Economy », p. 45/65

réserves obligatoires21. Dans ce cas, les politiques financières visant à développer le système financier formel peuvent réduire la croissance car le fonds disponible pour le secteur productif diminue, étant donné qu'une partie de l'accroissement des dépôts va venir alimenter les réserves obligatoires. Ce point de vue des néostructuralistes est discutable puisque le secteur financier ne se limite pas au secteur bancaire.

Libéralisation financière et croissance économique

Du point de vue théorique, le concept de libéralisation financière est apparu dans les études de McKinnon (1973) et Shaw (1973)22. Selon cette théorie, la libéralisation financière est un moyen simple et efficace pour accélérer la croissance économique dans les pays en développement. Des organismes internationaux (FMI, Banque Mondiale notamment) aussi bien que plusieurs pays en développement ont été séduits par cette théorie si bien que, dès le milieu des années 70, un certain nombre de pays ont mis en place le processus de libéralisation financière. Toutefois, le bilan de ce processus à travers le monde diffère d'un pays à l'autre. L'Argentine, le Chili et l'Uruguay sont les plus cités parmi les pays ayant échoué ; par contre, Hong Kong, Indonésie, Corée, Malaisie, Singapour, Sri/Lanka et Taiwan sont reconnus comme des pays ayant réussi malgré qu'ils aient connu par la suite des crises financières d'intensités variables.

Microfinance et croissance économique

La Banque Mondiale a estimé qu'environ un milliard de personnes à travers le monde vivent dans la pauvreté mais plusieurs millions d'entre eux seraient capables de développer des entreprises s'ils pouvaient accéder à des services financiers23. En effet, Selon Christen et al. (1994) dans «Maximizing the Outreach of Microenterprise Finance », les programmes de microcrédit ont permis aux pauvres de se créer des emplois en développant des petits projets et de s'entraider mutuellement pour sortir de leur état de pauvreté. En outre, les autres services accompagnant ces programmes ont des effets

21 Les réserves obligatoires constituées par les banques (souvent très élevées dans les pays en développement) sont un obstacle à l'intermédiation financière car ils réduisent d'autant l'offre totale de crédit pour les investisseurs.

22 Cité par PL Rousseau, P Wachtel « Credit & Banking, », pp.7-11

23 Une étude récente effectuée par Robinson (1996) montre que dans les pays en développement, 20 % seulement des ménages ont accès à des services financiers (excluant la majorité des pauvres).

importants sur la vie socio-économiques des populations desservies: mobilisation de l'épargne, formation dispensée aux pauvres, etc.

Plus loin, Nteziyaremye et al. (1996) ont avancé:

«L'expérience a montré que les microentrepreneurs n'ont pas besoin de subventions, mais d'un accès rapide et moins contraignant à des services adaptés à leurs

besoins et au contexte local. (...) Le microcrédit constitue donc un instrument puissant de lutte contre la pauvreté puisqu'il permet aux pauvres d'augmenter leurs revenus et d'améliorer leurs conditions de vie, d'accroître leur

productivité et leur efficacité, de développer des micro-entreprises, (...) de réduire les risques auxquels ils sont exposés.»24

Donc, les succès obtenus en matière d'offre de services financiers aux pauvres25 ont donné une lueur d'espoir aux organismes de développement, gouvernements, bailleurs de fonds et aux bénéficiaires. Cependant, le microcrédit doit trouver un compromis entre la viabilité de l'institution et l'accessibilité à un plus grand nombre de pauvres. Bref, l'impact de la microfinance sur la croissance passe donc par la lutte contre la pauvreté afin que les personnes défavorisées puissent survivre et entreprendre des petites activités économiques.

24 www.imf.org «Lutter contre la pauvreté dans les pays en développement », pp. 8-10

25 Comme exemple, on peut citer: La Grameen Bank au Bangladesh qui a développé un modèle très populaire reproduit dans plusieurs pays du monde. Ou encore, la BancoSol de Bolivie ayant un système d'épargne dans les banques étrangères.

Tableau 1 : Un rapide panorama des principales études théoriques

Auteurs (Année)

Variables

Conclusion

Bagehot (1873)

Financement bancaire,

investissement et

nouvelles technologies

Le financement est crucial pour l'investissement à long terme et les nouvelles technologies.

Schumpeter (1912)

Crédit privé et

développement économique

La production nécessite le crédit pour se

matérialiser.

Patrick (1966)

Epargne, Investissement

Dans un système financier efficace, l'épargne mobilisée conduit à une meilleure allocation apte à l'investissement

Taylor et Van

Wiljnbergen (1983)

Secteur informel et

croissance économique

Le secteur informel est plus efficace que les banques dans l'allocation de ressources puisque ces dernières doivent détenir des réserves obligatoires.

Diamond Douglas

(1984)

Banques et croissance

économique

Les systèmes qui reposent sur les intermédiaires financiers comme les banques sont plus efficaces.

Jensen et Murphy (1990)

Marchés financiers et

croissance économique

Les marchés financiers offrent aux entreprises la manière la plus efficace de profiter de la liquidité disponible.

Pagano (1993)

Proportion de l'épargne investie, productivité marginale du capital et le taux d'épargne

Le développement financier affecte positivement le PIB en empruntant le canal de ces trois variables (citées à gauche)

Ross Levin (1997)

Cadre juridique et

croissance économique

Les cadres légaux et les mécanismes

d'application favorisent l'allocation efficiente du marché et facilitent les opérations financières.

Merton et Levine (1997)

Environnement financier
et croissance économique

Un environnement financier favorable permet aux institutions financières de fournir des services financiers solides et fiables.

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