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Les commémorations du 11 novembre en Belgique francophone pendant l'entre-deux-guerres. Les cas de Bruxelles, Liège et Mons

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par Emeline WYNANTS
Université de Liège - Master en histoire 2012
  

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1.4. Les formes de la commémoration.

La commémoration est une matérialisation d'un souvenir. Elle peut dès lors prendre plusieurs formes que nous allons ici répertorieret définir brièvement.

Commençons par le monument aux morts. Ce dernier revêt plusieurs significations qui lui donnent autant de fonctions particulières : en premier lieu, le monument aux morts est un témoin de l'histoire108(*). Cette première acceptation engendre une fonction mémorielle : le monument doit avoir une fonction pédagogique : enseigner aux nouvelles générations la guerre, l'horreur allemande afin de ne jamais oublier. Deuxièmement, le monument aux morts est la manifestation du souvenir et de la reconnaissance éternelle que les survivants témoignentenvers les disparus.109(*) Troisièmement, il est un substitut à la tombe individuelle pour nombre de familles endeuillées.110(*)Une fonction funéraire se profile ici : le monument est avant tout une tombe et par là devient le centre du culte laïque que devient peu à peu le souvenir des morts de la Grande Guerre. Comme l'a dit Stéphanie Claisse, le monument aux morts est une thérapie collective face aux traumatismes de la guerre. Il est aussi un lien entre les Morts et les vivants au quotidien mais plus particulièrement lors des inaugurations ou des cérémonies annuelles.111(*)En dehors de ces fonctions, le monument aux morts peut également revêtir une fonction sociale (le monument est un moyen d'appuyer une revendication sociale de reconnaissance matérielle en faveur des anciens combattants).112(*)et selon Joël Candeau, le monument aux morts renferme une autre fonction : provoquer chez le visiteur une émotion, dans le but d'obtenir son adhésion à un projet politique.113(*)

La plaque commémorative et le changement des noms de rues sont aussi de beaux exemples de commémorations. Placée sur la façade d'une maison reconstruite, dans une entreprise, une école, la plaque commémorative a la même fonction que le monument aux morts, elle veut lutter contre l'oubli, remettre sans cesse en mémoire le souvenir de l'horreur de la guerre et de ceux qui y ont péri. Le nom des rues et des places belges rappelle aussi régulièrement cette Première Guerre. Il y a la rue du 11 novembre à Mons et à Etterbeek, la place du XX Août à Liège, le square Gabrielle Petit à Nivelles,... Par ces quelques exemples, nous voyons bien que la commémoration concerne les faits de guerre dans leur ensemble puisque ces divers noms de rue, place, square évoquent tantôt l'Armistice, tantôt une grande bataille, tantôt un héros-martyr.

Les cérémonies commémoratives commencent souvent par un service religieux. Prenons le cas de Liège en 1928114(*) : comme toujours la commémoration se déroule sur trois jours. La matinée du 10 novembre est consacrée aux offices religieux : à 9h30, un office est organisé à la synagogue, à 10h, c'est une cérémonie protestante et enfin à 11h (heure symbolique s'il en est), un Te Deum à la cathédrale115(*). L'après-midi est dédiée aux pèlerinages aux divers cimetières. Nous pouvons comprendre par cet exemple, que le 11 novembre est complexe de sens. Dans une nation comme la Belgique, la religion joue un rôle important, ayant dominé la politique durant des décennies, mais aussi car l'un de ses représentants (le Cardinal Mercier) joua un grand rôle lors de la Première Guerre Mondiale.

Le cortège funéraire est véritablement l'élément central de la cérémonie. Il se forme à un endroit précis, comprend les différentes personnes importantes : le roi, les représentants politiques (le Bourgmestre, les collèges échevinaux, les délégations étrangères), les anciens combattants (selon une hiérarchie définie à l'avance) et enfin, la population belge. Suivant un itinéraire précis, ce cortège se rend soit aux cimetières (lors de la Toussaint) soit à la colonne du Congrès ou au monument aux morts du village, de la ville. Là, dans un recueillement profond, le cortège, par la personne du roi (ou du membre de la famille royale ou d'un édile), dépose une gerbe de fleurs pour honorer les défunts.

La minute de silence permet de remplacer la prière. Cette forme de commémoration est privilégiée par le gouvernement afin de ne pas privilégier une religion. Elle possède une signification profonde pour la population également : « dévotion du souvenir, hymne muet et ineffable chantant notre victoire et ceux qui nous la donnèrent, expression symbolique de la Patrie unie et du peuple indivisible ».116(*)

Les coups de canons ou de cloches font également partie du cérémoniel. Les archives de la ville de Mons, nous ont permis de voir que le 28 juillet 1919, le ministre de l'Intérieur décide que chaque année, le 2 août à 19h, des sonneries de cloches célèbreront, dans toutes les communes du Royaume, le moment à jamais historique de la remise de l'ultimatum allemand.Malheureusement, au cours de nos recherches, nous n'avons pu trouver de renseignements sur l'arrêt de cette coutume. Bien plus, chaque année pour le 11 novembre, vingt et un coups de canon sont tirés depuis le parc de Bruxelles à 11h.

Les drapeaux, les médailles et le passage en revue des troupes sont d'autres façons que l'Etat a trouvées pour honorer les anciens combattants. Le roi ou le ministre de la Défense passe devant un régiment, le salue. Dans le domaine militaire, le passage en revue des troupes est un rituel très règlementé : les troupes sont en « Présentez armes » lors de l'arrivée des autorités. Elles sont accueillies par le commandant des troupes qui salue, à six pas environ, l'autorité qui préside la cérémonie. L'autorité rend le salut. Pour ce qui est des médailles, elles sont remises aussi bien à un régiment qu'à un individu en particulier. En corrélation avec cette remise de médaille, le médaillé est aussi mis à l'honneur dans le Moniteur Belge. En effet, à chaque fois qu'une médaille est décernée, une publication est faite avec le nom, le grade et l'adresse du soldat ou du civil. Au sein de la communauté d'anciens combattants, il existe un véritable culte du drapeau (que celui-ci soit celui de la Belgique ou celui du régiment sous lequel ils ont combattu). Chaque fois qu'un drapeau est remis à un régiment, c'est l'occasion d'une manifestation patriotique, d'une mise en valeur.

* 108 Cette première signification est celle qui nous correspond aujourd'hui. En effet, avec la disparition des acteurs de l'évènement, les monuments aux morts tendent à n'être que des vestiges d'un passé autour desquels une tradition est toujours vivace.

* 109 Cette signification est celle qui correspond à la mentalité de l'entre-deux-guerres.

* 110BIEVEZ E., La mémoire de la GrandeGuerre à travers les monuments aux morts dans les communes de Huy, Tihange et Ben-Ahin, Mémoire de master en histoire, inédit, Louvain-La-Neuve, année académique 2002-2003, p. 108.

* 111CLAISSE S., La mémoire de la guerre 1914-1918 à travers les monuments aux morts dans les communes d'Etalle, Habay, Léglise et Tintigny, Mémoire de licence, inédit, Université de Louvain-La-Neuve, année académique 1998-1999, p. 128-129.

* 112DUBOIS Y., Les monuments commémoratifs de la grande guerre en province de Liège, Mémoire de licence en Histoire de l'art et archéologie, inédit, Liège, année académique 2010-2011, p. 28-31.

* 113CANDEAU J., Anthropologie de la mémoire, Paris, Armand Colin, 2005, p. 124.

* 114ARCHIVES DE LA VILLE DE LIÈGE, Fonds du Protocole, boite n°64, programme des fêtes officielles du dixième anniversaire de l'armistice.

* 115 La place primordiale de la religion catholique s'explique par le fait que cette religion était la religion dominante de la Belgique.

* 116La Province, 11 novembre 1923, p.1.

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