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Les commémorations du 11 novembre en Belgique francophone pendant l'entre-deux-guerres. Les cas de Bruxelles, Liège et Mons

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par Emeline WYNANTS
Université de Liège - Master en histoire 2012
  

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1.3.2. Le Sacrifice.

La notion de sacrifice est assez complexe à définir. Les ouvrages que nous avons pu consulter à ce sujet ne donnent de ce terme qu'une définition basée sur la religion. Toutefois, un article tente de s'en servir en application avec la Première Guerre Mondiale, mais il s'agit plus d'une comparaison des définitions données à l'expression « mort certaine » par certains militaires hauts gradés.98(*) Nous allons toutefois avancer une esquisse de la conception que nous nous faisons du terme « sacrifice ».

Au sens premier, le sacrifice est un don envers un dieu quel qu'il soit. Mais dans le cas précis qui nous occupe, ces soldats n'ont pas été sacrifiés pour apaiser un dieu mais pour protéger une nation, tenir face à un ennemi sanguinaire,... Dans une certaine vision romanesque, la guerre se gagne par les plus braves, par ceux qui n'ont pas peur de mourir pour cette victoire. La mentalité guerrière serait donc empreinte du sacrifice de soi qui doit être le plus utile possible. Nous pouvons nous poser la question de savoir si cette mentalité est bien celle du combattant belge. Nous en doutons fortement, en effet, la Belgique neutre ne possédait pas une réelle « armée de métier »99(*) au commencement de la guerre100(*). La notion de sacrifice au profit de la nation n'est donc pas aussi ancrée en Belgique qu'elle ne l'est par exemple au Japon101(*). Toutefois, les civils reconnaissent bien aux soldats ce sacrifice, qu'il ait ou non été consenti. Et c'est ce sacrifice qui leur confère le statut de « Héros de la nation » et qui lui octroie une reconnaissance.

1.3.3. Le Héros.

Comme nous venons de le voir, le combattant par son sacrifice devient un héros. L'article de Laurence Van Ypersele nous apprend que le héros est un homme exemplaire qui se distingue par une valeur extraordinaire... à la fois détaché de la foule et simplement humain. Le héros incarne un système de valeurs considéré comme idéal. Le Soldat belge de la Première Guerre Mondiale et plus particulièrement le soldat mort incarne le courage de la Poor Little Belgium, dans une situation plus que difficile, il s'est battu, sacrifiant sa propre vie afin que la Patrie triomphe. Par sa mort, le héros atteint l'immortalité, l'ensemble de la population se souviendra de la beauté de son geste et luttera contre l'oubli de son nom. Nous verrons dans le chapitre suivant que les Martyrs de cette même guerre, sont eux aussi considérés comme des héros. Il réside une différence fondamentale entre ces deux types de héros : le premier est un équilibre entre le courage et la colère alors que le second n'est que don de soi. 102(*)

Quoiqu'il en soit, que le héros soit guerrier ou martyr, il n'en reste pas moins que le pouvoir politique se l'approprie afin de renforcer l'identité nationale ainsi que son propre pouvoir. 103(*) Nous pouvons dire que les commémorations constituent non seulement une ressource mais aussi un instrument de l'action politique qui n'est pas obligatoirement celle de l'Etat. En effet, les commémorations du 11 novembre se sont inscrites dans la tradition chrétienne du culte des morts ce qui mena le clergé à vouloir récupérer les cérémonies pour promouvoir le pacifisme et l'antimilitarisme alors que les associations et les gouvernements voulaient jouer sur la dimension patriotique.104(*) Nous avons pu constaté que les partis extrémistes tels que le Parti Communiste donnait à ces commémorations une signification particulière. Les significations qui sont données à cette journée sont bel et bien liées à différentes conceptions politiques, qui ne sont elles-mêmes pas obligatoirement représentée au sein du gouvernement. Nous considérons que les commémorations sont aussi bien une ressource qu'un instrument dans la mesure où les politiciens y puisent certaines valeurs et où ils l'utilisent pour en faire passer.

Pour renforcer cet argument du pouvoir politique, nous pouvons aussi remarquer que c'est l'Etat, par ses représentants, qui donne de l'importance à la cérémonie. Son choix de se rendre en un lieu, rend la cérémonie centrale105(*). Qui plus est, il prend souvent la décision de supplanter le lieu de l'évènement au profit d'un lieu central qui est plus susceptible de rencontrer l'adhésion de la foule.106(*)C'est pourquoi dans le cas qui nous occupe, les cérémonies principales sont celles de Bruxelles à la Colonne du Congrès, qui revêt un caractère national mais aussi les cérémonies plus locales auxquels les membres du gouvernement ou de la famille royale participent.107(*)

* 98LAGRANGE F., « Les combattants de la « mort certaine ». Les sens du sacrifice aÌ l'horizon de la Grande Guerre », in Cultures & Conflits 2006/63, p. 63-81.

* 99 Francis Balace parle de soldats de métier. Il faut donc entendre par cette expression « armée de métier », l'armée composée des hommes ayant pour profession d'être des militaires.

BALACE F., « Un enfantement dans la douleur (1914-1950) », in DEMOULIN B. et KUPPER J-L. (dir.), Histoire de la Wallonie : de la préhistoire au XXIe siècle, Toulouse, Editions Privat, 2004, p. 286.

* 100GILBERT E., L'armée dans la nation : l'entre-deux-guerres en Belgique, Bruxelles : Wellens, 1945, p. 19-45.

* 101LAGRANGE F., « Les combattants de la « mort certaine ». Les sens du sacrifice aÌ l'horizon de la Grande Guerre », in Cultures & Conflits 2006/63, p. 64.

Nous utilisons cette comparaison à la lecture de cet article qui se sert de l'attitude des combattants japonais pour illustrer de la notion de sacrifice durant la guerre. Dans cet article, l'auteur nous apprend que « le combattant japonais rêve de mourir pour la patrie ».

* 102VAN YPERSELE L., « Héros et héroïsation », in VAN YPERSELE L. (Dir.), Questions d'histoire contemporaine - Conflits, mémoires et identité, Paris, Presse universitaire de France, 2006, p. 149, 155.

* 103VAN YPERSELE L., « Héros et héroïsation », in VAN YPERSELE L. (Dir.), Questions d'histoire contemporaine - Conflits, mémoires et identité, Paris, Presse universitaire de France, 2006, p. 157.

* 104CANDAU J., Anthropologie de la mémoire, Paris, Armand Colin, 2005, p. 83, 107.

Nous verrons un peu plus loin que le débat sur la religion au sein de cette commémoration a, également, eu lieu en Belgique.

* 105BOURSIER J-Y. , « Le monument, la commémoration et l'écriture de l'Histoire »,in Socio-anthropologie [En ligne], http://socio-anthropologie.revues.org/index3.html , (mis en ligne le 15 janvier 2003, Consulté le 12 novembre 2012).

* 106FLEURY D. , « Plaques, stèles et monuments commémoratifs : l'État et la « mémoire de pierre » », in Revue historique des armées, 259 | 2010, [En ligne], http://rha.revues.org/index6988.html. , (mis en ligne le 24 janvier 2012, consulté le 12 novembre 2012).

* 107 Lors de la célébration du 11 novembre 1928, la princesse Marie Josée est présente.

Archives de la ville de Liège, Service du Protocole, boîte 37.

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