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Les commémorations du 11 novembre en Belgique francophone pendant l'entre-deux-guerres. Les cas de Bruxelles, Liège et Mons

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par Emeline WYNANTS
Université de Liège - Master en histoire 2012
  

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1.7 De la première commémoration au rituel.

Nous avons vu ce qu'est une commémoration, nous avons observé qu'elle résulte d'une volonté, d'une programmation, nous avons expliqué qu'elle se constitue de gestes particuliers. Au fils du temps, elle devient une tradition, un rituel. Qu'est ce qu'un rituel ? Selon Catherine Le Grand Seìbille, le rite est une pratique réglée, collective et transmise, qui a souvent un caractère sacreì et qui porte toujours une dimension symbolique125(*). De prime abord, pas de différence donc avec une commémoration. De plus, dans plusieurs typologies consacrées aux rituels, les commémorations sont toujours placées dans la catégorie des rites de cycles sociaux. Notre première intuition nous pousse à dire qu'une commémoration devient un rite par l'ancrage dans le temps, la tradition. Il n'y a pas de laps de temps déterminé pour juger de ce passage mais quoiqu'il en soit, nous voyons bien que les commémorations du 11 novembre étaient ressenties comme un besoin annuel et ce sont leurs formes quasiment immuables qui en ont fait des rituels.126(*)

Mais existe-t-il des éléments précis qui permettent de passer d'une simple commémoration à un rituel ? Au regard de l'anthropologie, trois traits caractérisent principalement la ritualité : un caractère collectif qui, comme nous venons de le dire, cimente le lien social ; un caractère obligatoire car, en principe, la tenue de la cérémonie implique la participation de chacun;un dernier caractère est que le rituel est « élaboratif »127(*) de sens. Comme nous l'avons montré, la commémoration du 11 novembre est entièrement tournée vers la mort qui est elle-même empreinte d'un rituel propre(celui des funérailles) dont s'inspire fortement le rite qui s'installe progressivement : messe, cortège, dépôt de gerbe,... 128(*)

Le point de départ d'un rituel est la création d'un espace-temps particulier(ici, au niveau national : le 11 novembre à 11h, à la colonne du Congrès). Ensuite, il est rendu obligatoire par l'Etat belge par une loi du 25 juillet 1922129(*). Il est évident que le caractère obligatoire n'est pas catégorique mais plutôt conseillé, il est de bon ton d'être présent aux cérémonies patriotiques du souvenir. Les anthropologues s'accordent aussi à dire que grâce à ces rituels, nous pouvons discerner les valeurs et la perception du monde d'une communauté donnée. Mais surtout, le rituel est une répétition.130(*)

* 125LE GRAND-SÉBILLE C., « Anthropologie de la mort périnatale aujourd'hui », in Spirale, 2004/3 no 31, p. 43.

* 126MOULIN P., Notes de cours en Psychosociologie de la Santé, Université Paul Verlaine - Metz & INSERM, année académique 2010-2011, p. 11-16.

* 127 Le rituel permet de traiter ce qui échappe à la maitrise des hommes. On y recourt quand on ne peut exprimer le phénomène par des mots.

* 128BAUDRY P., La place des morts : enjeux et rites, Paris, Armand Colin, 1999, p. 59-66.

* 129Moniteur Belge- Journal Officiel, Bruxelles, Imprimerie du Moniteur Belge, 1922, p.5240.

* 130LARDELLIER P., Théorie du lien rituel : anthropologie et communication, Paris : Editions L'Harmattan, 2003, p. 17-24, 44, 59-61, 65-70, 75-81.

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