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Les commémorations du 11 novembre en Belgique francophone pendant l'entre-deux-guerres. Les cas de Bruxelles, Liège et Mons

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par Emeline WYNANTS
Université de Liège - Master en histoire 2012
  

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2.9 Liège et Mons.

2.9.1 Les batailles de Liège : du 4 au 16 août 1914.566(*)

La région liégeoise est la première touchée par l'envahisseur allemand. Cette région fait partie des trois places fortes- avec Namur et Anvers- censées contrôler les voies de communications belges. La Position fortifiée de Liège a été construite en 1888-1894 selon les plans du général Brialmont567(*).

Il s'agit d'une ceinture de forts situés à environ 7-10 km du centre de la ville et distants l'un de l'autre d'une portée de canon. Le but de cette ceinture est double : favoriser les opérations de l'armée de campagne au-delà de la Meuse et interdire à l'adversaire l'utilisation des routes et chemins de fer dont Liège était le noeud. 568(*)

Figure 14 Carte extraite de: Le rôle des forts en province de Liège 1914-1918, 1940-1945, Liège, Bibliothèque Chrioux-Croisiers, 1989, p. 6. Annotation par nos soins avec la date de la reddition des forts.

Le 4 août, les troupes allemandes partent d'Aix-la-Chapelle, Eupen et Malmédy, en direction de Visé et des intervalles entre les forts. Les dirigeants allemands ne s'attendaient pas à une résistance belge et prévoyaient une victoire rapide grâce à l'effet de surprise. Leurs estimations attendaient 6 000 soldats belges. La réalité est toute autre : 32 000 hommes étaient chargés de la défense liégeoise569(*), ils étaient sous le commandement du Général Leman570(*) qui ne se faisait pourtant pas d'illusions : privés de moyens de communications et d'informations sur les mouvements de l'ennemi, les forts étaient voués à la destruction en quelques jours.571(*) Pourtant, à la veille de ce 4 août 1914, des travaux préparatoires et d'amélioration avaient été effectués : redoutes et tranchées s'étendaient dorénavant entre les forts, les forts étaient armés et blindés.572(*)

Le 4 août marque donc le début des combats avec la bataille de Visé, proche du fort de Pontisse. Dès le 7 août, la ville est prise par les hommes du général allemand Ludendorff573(*). La veille, le Général Leman avait fait évacuer à l'arrière les forces mobiles et ordonner aux forts intacts de continuer la lutte pour ralentir l'envahisseur. Le 6 août 1914, Liège est bombardée pour la première fois par des Zeppelins allemands.574(*) Malgré la prise de la ville, les forts tiendront jusqu'au 16 août.

La résistance belge mettant à mal leurs projets, les Allemands décident de faire usage de leurs pièces d'artillerie les plus lourdes : deux obusiers de 420 mm connus sous le nom de Gross Bertha. Le fort de Pontisse subit le premier les tirs, les 12 et 13 août, pendant que d'autres forts sont bombardés par l'artillerie « classique ». Le 15, le fort de Loncin subit le même sort, c'est lors de cette attaque que le général Leman est fait prisonnier. Hollogne qui est le dernier fort encore debout, se rend le 16 août. 575(*)

Cette résistance joue un grand rôle dans la propagande de guerre, dans le mythe de la Belgique martyre. Liège reçoit la Légion d'Honneur française dès le 7 août 1914 (une cérémonie a lieu à Liège le 14 juillet 1919). Toutefois, bien qu'il soit exact de dire que l'action liégeoise, dans son entièreté, a ralenti la progression allemande, il est cependant faux de lui attribuer le sursaut français de la Marne. 576(*) Si ces douze jours de combats ont autant marqué les esprits c'est parce qu'ils sont les premiers faits d'armes de cette Grande Guerre., Enfin, les forces en présence étant inégales, cette mise à l'honneur servait la propagande anti-allemande.

* 566 Notre propos n'est pas de donner un compte-rendu détaillé de la préparation et des opérations mais de présenter les évènements qui ont marqué la population et qui donneront lieu à des commémorations.

Pour cette partie nous avons notamment consulté :

DE THIER J. et GILBART O., Liège pendant la Grande Guerre : Tome 1, Liège héroïque : la défense eet la prise de Liège -- Tome 2, Liège martyre : la barbarie germanique dans la province de Liège -- Tome 3, Liège indomptée : l'occupation allemande septembre 1914 à novembre 1918 -- Tome 4, Liège indomptée : l'occupation allemande septembre 1914 à novembre 1918, Liège, Imprimerie Bénard, 1919.

MENZEl E., « La défense de Liège », dans LYR R. (dir.) Nos héros morts pour la Patrie, patrie, l'épopée belge de 1914-18, histoire et documentation, Bruxelles, 1920, p. 38-49.

DE SCHRYVER A., La bataille de Liège (août 1914), Liège, H. Vaillant-Carmanne, 1922.

BALACE F., « Aux premières loges des deux guerres », in Histoire et Patrimoine de la Province de Liège, Bruxelles, Éditions Alambic, 1997, p. 294-302. 

BALACE F., « Un enfantement dans la douleur (1914-1950) », in DEMOULIN B. et KUPPER J-L. (dir.), Histoire de la Wallonie, de la préhistoire au XXie siècle, Toulouse, Editions Privat, 2004, p. 278-280.

* 567Général Brialmont (25 mai 1821-20 juillet 1903): Après une enfance à la campagne, il entre à l'école militaire le 12 juin 1839. Elève passionné, il finit brillamment ses études et fait partie du génie militaire dès le mois de septembre 1843. Avec le génie, il travailla à Liège, Bruxelles, Mons, Charleroi, Anvers. Il participa également au cabinet du ministre de la guerre de 1847 à 1851. Brialmont écrivit plusieurs ouvrages exposant ses vues militaires et même une biographie sur le Duc Wellington. En septembre 1875, il devient inspecteur général des fortifications et du corps du génie. Deux ans plus tard, il est promu général. Après plusieurs débats, ses projets de forts permanents sur la Meuse furent mis en exécutions en 1888 et achevés en 1891. Lors de sa retraite militaire, il fut élu à la Chambre des Représentants, le 14 juin 1892. Ses prises de positions seront toujours en faveur de l'armée même sur des questions comme celle du Congo. Jusqu'à sa mort le 20 juillet 1903, il s'occupa de la transformation d'Anvers et de l'extension du camp retranché.

LECOMTE L., « Brialmont Henri-Alexis », in Biographie Nationale de Belgique, tome 30, Bruxelles, Bruylant, 1958, p.212-229.

* 568TASNIER L. , VAN OVERSTRAETEN R., La Belgique et la guerre, Tome 3 Les opérations militaires, Bruxelles, Henri Bertels, 1923, p.35 ; DONNEL C., The Forts of the Meuse in World War I, Oxford, Osprey Publishing, 2007, p.32-60.

* 569 Les forces en présence étaient de ce fait, totalement inégales.

PIRENNE H., Histoire de Belgique, tome 7 : La Belgique et la Guerre mondiale, Paris, New-Haven, Presses universitaires de France et Yale University Press, 1928, p. 57-58 ; BALACE F., « L'art de la guerre en Belgique au XIX siècle. La dangereuse illusion des remparts », in DEJARDIN V., MAQUET J. (dir.), Le patrimoine militaire de Wallonie, Namur, Institut du Patrimoine wallon, 2007, p.51-63.

* 570Général Leman (Liège, 08 janvier 1851 - Liège, 17 octobre 1920): fils de militaire, Gérard Leman entre et sort premier de l'Ecole Militaire. Membre du génie, il devient répétiteur des cours de construction, d'art militaire et de fortification à l'Ecole militaire en mai 1880. Jusqu'en 1914, sa carrière se fait dans cette école où il pousse l'étude mathématique. Le 31 janvier 1913, il est nommé commandant de la 3e division d'armée et de la position fortifiée de Liège qu'il entreprend de modifier. Lors de l'invasion, son quartier général est attaqué, il se replie sur Loncin où il est fait prisonnier le 15 août. Lors de l'après-guerre, une reconnaissance nationale lui est accordée : il est fait comte. Installé à Liège, il se document sur la défense de Liège en août 1914 pour rédiger son Rapport au Roi. Lorsqu'il meurt le 17 octobre 1920, le gouvernement reconnaissant décide d'organiser des funérailles nationales le 21 octobre 1920.

HAUTECLER G, « Lemand Gérard », in Biographie Nationale de Belgique, tome 30, Bruxelles, Bruylant, 1958, p. 512-515.

* 571LEMAN G (préf. HAUTECLER G.), Le Rapport du général Leman sur la défense de Liège en août 1914, Bruxelles, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1960, p. 46-47.

* 572DE SCHRYVER A., La bataille de Liège (août 1914), Liège, H. Vaillant-Carmanne, 1922, p. 18-23 ; KUTA P., « Liège et les alentours. Les forts », in DEJARDIN (V.), MAQUET (J.) (sous dir.), Le patrimoine militaire de Wallonie, Namur, Institut du Patrimoine wallon, 2007, p. 170-182.

* 573Général Ludendorff (9 avril 1865-20 décembre 1937): Erich Ludendorff est issu d'une famille prussienne, sa mère était la fille d'un Junkers. A 18 ans, il devient officier et sert dans l'infanterie. Membre de l'Etat Major Général, Ludendorff participe à l'élaboration du plan Schlieffen. Il devait veiller à l'augmentation constante des ressources humaines et matérielles de l'armée allemande. Il se fait remarquer au cours de la guerre notamment par la prise de la ville de Liège dès le début de l'invasion. Après cette victoire, il est appelé au Commandement suprême de l'armée de terre. Il participe et gagne la bataille de Tannenberg (26-30 août 1914) ce qui lui vaut d'être nommé maitre du quartier général d' Hindenburg. En 1917, Ludendorff est un des principaux acteurs qui négocient le traité de Brest-Litovsk avec la Russie. En novembre 1918, Hindenburg et lui se résignent à l'armistice. Il part alors en Suède où il participe activement à la propagande du « coup de poignard dans le dos » (selon laquelle l'armée allemande, invaincue sur le terrain, a été trahie par les politiciens et les civils de l'arrière). En 1920, il rentre en Allemagne. Il rencontre Hitler, participe au coup d'état raté et devient député du Reichstag sous l'étiquette NSPAD. En 1925, il se présente à l'élection présidentiel face à Hindenburg, Il s'agit là d'un nouvel échec personnel. De plus en plus sectaire, il s'éloigne du NSPAD et se consacre à la publication de ses écrits. Il fonde en 1926 la « Ligue de Tannenberg » qui est à la fois une « communauté religieuse germano-allemande » et une association combattant les « forces supra-étatiques », à savoir les Jésuites, les francs-maçons, les Juifs et les marxistes.

THO&Szlig; B., « Ludendorff, Erich », in Neue Deutsche Biographie 15 (1987), S. 285-290 [En ligne] ( http://www.deutsche-biographie.de/pnd118574841.html ), (page consultée le 14 mars 2013, dernière mise à jour non mentionnée).

* 574DE SCHAEPDRIJVER S., La Belgique et la Première guerre mondiale, Bruxelles, Bern, Berlin, PIE-Peter Lang, 2004, p.71.

* 575HORNE J., KRAMER A., 1914. Les atrocités allemandes, Paris, Tallendier, 2005, p. 29-40 (traduction d'un ouvrage paru en 2001 aux éd. de la Yale University sous le titre German atrocities, 1914: a history of denial.)

* 576BECHET C., « La résistance de Liège en août 14 et la reconnaissance française : histoire, mythe et mémoire », in Actes du LVIème Congrès de la Fédération des Cercles d'Archéologie et d'Histoire de Belgique - Liège 2012 (sous presse).

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