WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les commémorations du 11 novembre en Belgique francophone pendant l'entre-deux-guerres. Les cas de Bruxelles, Liège et Mons

( Télécharger le fichier original )
par Emeline WYNANTS
Université de Liège - Master en histoire 2012
  

précédent sommaire suivant

2.9.3.2.1.2 La retraite militaire

La retraite militaire, appelée aussi « retraite aux flambeaux », est une procession à travers les rues de la ville. Les participants tiennent un flambeau, les réverbères de la ville sont voilés de crêpes noirs. Le pas est lent, au rythme de la musique militaire. La foule est silencieuse et découverte. Cette retraite est un véritable moment de piété et de recueillement. Après un tour de la ville et de ses monuments aux morts et plaques commémoratives, le cortège se disperse là où tout a commencé : la Grand'Place.671(*)

Si comme partout ailleurs en Belgique, la première retraite aux flambeaux se fait en 1928 à l'occasion du dixième anniversaire de l'Armistice, à Mons, elle a lieu six autres fois, selon le souhait de la section montoise de la Fédération Nationale des Combattants. Ce cérémonial n'est pas à confondre avec celui du Relais Sacré  puisque six années672(*) durant, les deux cohabitent. Plusieurs différences sont d'ailleurs à remarquer entre les deux phénomènes : il n'y a pas de musique militaire lors du Relais Sacré, le Relais Sacré est organisé de manière nationale - voire internationale avec Paris-, le Relais Sacré suit toujours le même itinéraire au sein de la ville de Mons alors que le parcours de la retraite militaire varie d'année en année.

2.9.3.2.1.3 Deux années particulières pour Mons : 1923 et 1935.
2.9.3.2.1.3.1 1923 et l'inauguration du monument dit à La Bascule

Comme nous l'avons vu plus haut, les batailles de Mons ont été menées de concert par : la Grande-Bretagne, l'Irlande et le Canada. L'année 1923 marque le grand moment de la reconnaissance montoise - et à travers elle, la reconnaissance belge- envers les soldats anglo-saxons.

La présence des Anglo-Saxons est loin d'être inhabituelle puisqu'ils assistent aux diverses commémorations - Armistice, jours anniversaires des batailles-, de 1919 à 1939, sur le sol de la commune de Mons. Mais cette année 1923 est particulière dans la mesure où ils ont reçu l'autorisation d'élever un monument commémorant leurs morts sur le territoire de la commune. Il ne s'agit pas de n'importe quel emplacement puisque ce monument est érigé au carrefour dit de la Bascule, témoin de moments décisifs des deux batailles montoises.

Cette célébration suit un programme très précis:

Figure 19La Province, 10-11 novembre 1923, p.2.

La commémoration du 11 novembre 1923 est placée, à Mons, sous le signe du sacrifice et de l'entraide. On y commémore les soldats britanniques, irlandais et canadiens ainsi que le patriote montois Charles Simonet et la famille Delaunois qui représentent les victimes civiles de la guerre. On veut y honorer les soldats morts et les héros vivants.673(*)

Le moment phare de cette célébration est l'arrivée du cortège au carrefour dit de la Bascule et l'inauguration de son monument. L'autorité britannique avait demandé à la ville de Mons un emplacement sur le territoire de sa commune où elle pourrait procéder à l'érection d'un monument à la mémoire des officiers et soldats du 2nd Bataillon Royal Irish Regiment, tombés au champ d'honneur. Le collège échevinal montois jugea fort à propos de lui concéder le lieu même où ce bataillon s'était illustré. Ce monument prendrait la forme d'une croix irlandaise de vingt mètres de haut et conduira à un pèlerinage annuel comme nous l'avons mentionné plus haut.674(*)

Figure 20 Le monument du carrefour dit de la Bascule, Mons 2013

A 9h30, les autorités communales et la délégation britannique- composée du 1er bataillon d'York représenté par le Capitaine Dawson et 30 Sous-officiers et Soldats, ainsi que du 5e Royal Irish Regiment du major Forster- sont au cimetière de Saint-Symphorien. Il est intéressant de remarquer que cette journée débute par la célébration de la mémoire de leurs camarades morts le 23 août 1914. C'est en effet à Saint-Symphorien qu'ont été ensevelies les dépouilles découvertes sur le champ de bataille. Il y aurait 513 soldats répartis comme suit : 229 du Commonwealth et 284 Allemands675(*).

Lors de la cérémonie de la Croix du Sacrifice, le président de la Ligue du Souvenir fait un discours élogieux sur l'armée britannique. Dans ce même discours, il mentionne l'idée que ce lieu doit être « un lieu de mémoire » où l'on conservera impérissable le souvenir des Morts car seuls les morts ont le droit à l'oubli et au pardon. Ensuite, l'on procède au dépôt de fleurs sur les tombes.676(*)

A la Bascule, le monument est caché du public par un drapeau anglais. Le maréchal French prend alors la parole pour remercier la ville de Mons pour l'avoir autorisé à élever un monument en mémoire de ses camarades. Il rappelle, ensuite, les autres batailles historiques du régiment sur le sol montois en 1709 et 1745. Il En disant cela, il inscrit les rapports amicaux des deux nations dans le temps. Pour lui, avoir son nom sur la plaque de cuivre de ce monument est le plus grand honneur possible suite à une mort valeureuse et héroïque. Son discours s'achève sur ces mots : « Si nous continuons à aimer ceux que nous perdons, pouvons-nous entièrement perdre ceux que nous aimons ? Dieu merci, nous ne le pouvons pas. Quand ceux qui partirent avec de si grands espoirs périrent dans les tranchées ou reposent au loin dans une tombe sans nom, c'est une erreur que de penser qu'ils ne reviendront jamais. Ils ne sont jamais vraiment partis. Leur courageux esprit demeure encore proche des coeurs de ceux qui les aimèrent. Ils restent avec nous comme au jour où nous leur avons dit adieu, à la fleur de leur âge. Le temps ne saurait rider leurs fronts ou ternir l'éclat juvénile de leurs visages. La maladie ne peut les abattre, ils vivent rayonnants d'une impérissable beauté, ceints des couronnes de l'immortalité ». Enfin, le monument est dévoilé.677(*) S'ensuivent alors les allocutions du représentant du bourgmestre de la ville - ce dernier étant souffrant-, de celui de l'armée belge et de celui du bataillon irlandais. Les propos des personnalités belges sont similaires : remerciement pour l'intervention durant la guerre, rappel des campagnes antérieures comme l'avait fait le maréchal French. La seule différence notable est que le représentant du bourgmestre formule la promesse au nom de la population de fleurir les tombes ainsi que de faire un pèlerinage les jours anniversaires. Le militaire, quant à lui, insiste sur la coïncidence qui a voulu que ce soit le 2e bataillon Royal Irish qui s'illustra à Mons le 23 août 1914 et les 10 et 11 novembre 1918. Pour ce qui est des mots du major irlandais Forster, nous avons pu voir qu'une fois encore, la ville de Mons est remerciée pour l'attribution de ce lieu. Il procède ensuite à la remise des corps des camarades aux bons soins de la population montoise.678(*)

C'est à ce moment qu'interviennent les autorités religieuses : une bénédiction du monument est réalisée par les membres du clergé irlandais et montois. Après cette partie religieuse, les clairons sonnent l'Adieu aux Morts qui marque le début de la minute de recueillement. Les mêmes clairons en signalent la fin. Vient alors le tour des hymnes nationaux et régimentaires, interprétés par la musique du 21e de ligne. 679(*)

La cérémonie revêt ensuite la même apparence que celles des autres années : une visite au Cimetière communal pour y fleurir la Croix du Sacrifice, le mémorial Charles Simonetet les sépultures de victimes montoises de la guerre, une visite au Parc communal pour y fleurir le monument aux Montois morts pour la Patrie, l'arrivée à l'hôtel de ville où l'on procède à une minute de recueillement face au mémorial irlandais - plaque commémorative apposée sur la façade de l'hôtel de ville680(*)- avant le lunch. 681(*)

Ce banquet est l'occasion d'échanger de nouvelles preuves d'amitié entre les représentants des deux nations avec notamment la signature du livre d'or de la ville par le maréchal French ; cet acte étant considéré comme la transmission d'un souvenir aux générations de demain. Dans son discours, le maréchal French renouvèle ses éloges à l'armée belge : « La magnifique attitude de l'Armée belge, d'abord en formant barrière à l'avance allemande- faisant ainsi gagner aux forces alliés un temps d'une valeur incalculable682(*)-... » ainsi que le roi : « une figure illustre resplendit en brillantes couleurs ... les mots me manquent pour exprimer le respect et l'admiration que je ressens toujours lorsque je pense à ce grand soldat, qui est votre glorieux roi ». Le ministre belge de la Justice, Fulgence Masson683(*), reprend en remerciant French et ses soldats pour leur intrépidité, etdéclare que cette guerre avait créé une inébranlable amitié entre les deux peuples ;ilaffirme ensuite que la seule volonté belge était de recouvrer un équilibre en Europe, et a demandé enfin au Maréchal d'être le porteur des réclamations belges auprès de ses compatriotes.

Le dernier élément de cette journée inaugurale est le don, par le major Forster, d'un des tambours du régiment, en souvenir des liens existant entre celui-ci et la ville.684(*) Il ne s'agit pas ici du premier ou du seul cadeau commémorant les batailles de Mons qui sont offerts à la ville. En 1919, la 3e division canadienne a offert, à la ville de Mons, une douille d'obus gravée, en commémoration de la bataille de Mons du 11 novembre 1918.685(*) Un autre exemple de ces donations est la célébration au Waux-Hall en l'honneur de la remise à la ville par le corps canadien, des pièces d'artillerie ayant tiré les derniers coups de canon sur l'ennemi.686(*) Cette célébration s'est déroulée le 15 août 1919. 687(*)Nous voyons par ces quelques exemples, que les souvenirs de guerre et les liens entre les anciens Alliés sont primordiaux en ce début d'après-guerre.

* 671La Province, 8 novembre 1928, p.3. La Province, 6 novembre 1929, p.2. La Province, 8 novembre 1930, p.2. ; La Province, 9-10 novembre 1931, p.2, ; La Province, 7-8 novembre 1932, p.3 ; La Province, 7 novembre 1934, p.1., La Province, 13 novembre 1938, p.2.

* 672 Comme nous l'avons vu, le Relais Sacré commence en 1929 et doit voir se rejoindre les flambeaux des diverses provinces aux pieds de la colonne du Congrès. La retraite aux flambeaux, quant à elle, se cantonne à la ville de Mons.

* 673La Province, 12-13 novembre 1923, p.1.

* 674ARCHIVES DE L'ETAT À MONS, Archives de la ville de Mons, section contemporaine, n°478 : programme de l'inauguration de la Croix irlandaise au carrefour dit de La Bascule.

* 675 Le journal La Province, nous parle de 431 tombes. Nous n'avons pas d'explication pour cette divergence. (La Province, 12-13 novembre 1923, p.2.)

ARCHIVES DE L'ETAT À MONS, Archives de la ville de Mons, section contemporaine, n°303 : documents relatifs aux sépultures des Soldats Morts durant la Grande Guerre, dans le cimetière montois.

* 676La Province, 12-13 novembre 1923, p.1.

* 677ARCHIVES DE L'ETAT À MONS, Archives de la ville de Mons, section contemporaine, n°1098 : Notes du service de Police relatives à l'inauguration de la Croix irlandaise au carrefour dit de La Bascule.

* 678La Province, 12-13 novembre 1923, p.1.

* 679UMONS,Fonds Licope, 3.I n°16, bulletin paroissial du 11 novembre 1923.

* 680 Inauguration de cette plaque: le 13 novembre 1922. La Province, 13-14 novembre 1922, p. 2

* 681La Province, 12-13 novembre 1923, p.1.

* 682 Comme nous l'avons vu plus en avant de ce mémoire, cette idée tend de plus en plus à être contredite.

* 683Fulgence Masson (16 février 1854- 24 janvier 1942): Fulgence Masson, originaire de Dour, réalise des études supérieures de droit à l'université de Liège. Il s'installe, ensuite, à Mons où il plaide pendant soixante ans au barreau. En parallèle de sa carrière d'avocat, il entame une carrière politique au parti libéral. Le 19 octobre 1894, il est élu conseiller communal de la Ville de Mons. Ensuite, il devient échevin de l'Instruction publique et conseiller provincial pour le canton de Dour et pour le canton de Mons. De 1904 à 1933, il siège à la Chambre des Représentants. Durant cette même période, il sera plusieurs fois ministres (Ministre de la Guerre du 24 novembre 1918 au 4 février 1920 et Ministre de la Justice du 16 décembre 1921 au 13 mai 1925).

VAN MOLLE P., Le parlement belge 1894-1969, Ledeberg/Gent, Erasmus, 1969, p. 235.

* 684UMONS,Fonds Licope, 3.H. n°10, notes personnelles de Monsieur Licope.

* 685ARCHIVES DE L'ETAT À MONS, Archives de la ville de Mons, section contemporaine, n°174 : lettre de remerciement adressée à la 3e division canadienne pour la douille d'obus gravée.

* 686 Il s'agit d'un « Field Howitzer » (obusier) et un « 18-pounder gun ».

* 687ARCHIVES DE L'ETAT À MONS, Archives de la ville de Mons, section contemporaine, n°274 : programme des fêtes organisées au Waux-Hall pour la remise de des pièces d'artillerie ayant tiré les derniers coups de canon.

précédent sommaire suivant