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Les commémorations du 11 novembre en Belgique francophone pendant l'entre-deux-guerres. Les cas de Bruxelles, Liège et Mons

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par Emeline WYNANTS
Université de Liège - Master en histoire 2012
  

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Une commémoration : pour quoi ? Pour qui ?

Il nous a semblé important de commencer ce mémoire en évoquant le coeur même de notre sujet à savoir le phénomène de la commémoration. En effet, à l'heure actuelle, ce phénomène nous semble banal tellement il est ancré dans notre société et son fonctionnement. Cependant, il est bon de se pencher sur son histoire, de voir d'où il vient, comment il est choisi et mis en oeuvre. Bien que consacré à une définition conceptuelle, ce chapitre s'attachera aussi à appliquer le concept au 11 novembre qui est une commémoration particulière aux regards par exemple des commémorations du 21 juillet ou du 15 août.

La majeure partie des ouvrages consultés pour la rédaction de ce chapitre sont de l'ordre de l'anthropologie et des sciences sociales telles que la psychologie plus que de travaux d'historiens qui eux s'attardaient plutôt sur l'historiographie consacrée aux diverses commémorations ou évènements importants. Ceci dit, cela ne signifie pas que nous n'en ayons pas consulté54(*). Notons également dès à présent que sur le sujet des commémorations du 11 novembre, l'historiographie française55(*) est beaucoup plus prolifique que la belge.

1.1. Se souvenir, être reconnaissant et commémorer.

1.1.1. Se souvenir.

Qu'est-ce que la mémoire ? Voici bien une question complexe.La notion de mémoire est délicate aÌ approcher car elle regroupe un ensemble de significations variant suivant le contexte dans lequel elle est utilisée. De façon générale, la mémoire, du latin memoria, « souvenir », se définit comme « la faculteì de l'e^tre vivant de conserver l'empreinte ou la trace de son passeì et de s'y reìfeìrer. [...] Elle permet de modifier leur comportement en fonction de leur expeìrience. L'apprentissage et le dressage reposent sur cette faculté».56(*)Outre, l'activité biologique et psychique qui permet d'emmagasiner, de conserver et de restituer des informations, la mémoire peut aussi être l'aptitude de se souvenir de quelque chose57(*). La notion de mémoire peut être abordée en tant que mémoire individuelle ou en tant que mémoire collective. Au niveau individuel, le souvenir en reste souvent au stade de souvenir mais au niveau collectif, un souvenir peut se matérialiser, laisser des traces.58(*) Cette matérialisation résulte premièrement d'une volonté soit propre au groupe soit des dirigeants ; cette matérialisation résulte ensuite d'une reconstruction du passé, narré par des individus dans un contexte socio-culturel particulier.59(*) L'historien, partant de ces traces, tente de dégager des faits objectifs, le fondement premier des souvenirs. Grâce aux diverses traces, l'évènement est questionné mais bien plus, le récit qui en est fait.60(*)La mémoire collective quand à elle est le fruit d'une reconstruction identitaire. Pierre Nora la définit comme « ce qui reste du passé dans le vécu des groupes ou ce que ces groupes font du passé »61(*)Ce qui est donc recherché dans l'étude de la mémoire d'un événement est la pluralité des interprétations du passé. Pour illustrer cette pluralité mémorielle, nous reprendrons une citation d'Antoine Prost :

« Deux mémoires collectives de Verdun se sont donc constituées simultanément dès 1916. Une mémoire nationale tout d'abord, en un double sens : mémoire de la nation tout entière, structurée par la presse, les autorités publiques, les notables locaux et les conversations quotidiennes ; mémoire nationale aussi, résonnante de fierté patriotique. À côté de cette mémoire, et liée à elle par les lettres du front ou les récits incomplets et pudiques des permissionnaires, une mémoire combattante, plus étroite, plus dense, plus forte, à la fierté plus intime, chargée d'émotions, d'angoisses, de deuils : celle des soldats qui ont "fait" Verdun ».62(*)

Nous pouvons donc dire que la mémoire est une forme de connaissance du passé qui, comme l'Histoire, résulte d'une investigation dans le passé. Toutefois, elle se distingue de l'Histoire puisqu'elle est une reconstruction d'une partie du passé, choisie arbitrairement. Histoire et mémoire se distinguent notamment par le fait que la mémoire se joue sur l'émotion partagée, la participation collective et la fidélité au passé dans un éternel présent.63(*) Elle se distingue aussi par le but qu'elle poursuit. En effet, si l'Histoire vise à la connaissance, la mémoire, elle, veut renforcer l'identité collective. Les choix mémoriels ont donc une implication directe dans le présent.64(*) Nous pouvons aussi remarquer que la référence au passé est rarement une fin en soi : elle est inspirée par un intérêt actuel et tend à une fin actuelle.65(*) L'Etat, qui instaure la commémoration d'un évènement, le fait suite à une demande (consciente ou non) de la société. Pour prendre l'exemple de la commémoration du 11 novembre, celle-ci répond à plusieurs volontés exprimées à l'époque : donner un sens à la mort et la souffrance de tant de personnes, exprimer une reconnaissance, ...

* 54RAXHON P., « Essai de bilan historiographique de la mémoire », in Cahiers du Centre de Recherches en Histoire du Droit et des Institutions, 2008.

RAXHON P., « Historiens et commémorations, encore et toujours... », in BOUSMAR E.; DUBOIS S.; TOUSIGNANT N. (Ed.), Les 175 ans de la Belgique. Histoire d'une commémoration et commémoration d'une histoire : regards critiques, 2007.

BECKER J-J., « L'évolution de l'historiographie de la Première Guerre mondiale », Revue historique des armées, 242 | 2006, [En ligne], mis en ligne le 01 octobre 2009. URL : http://rha.revues.org/index4152.html. Consulté le 07 octobre 2012.

* 55 Nous pouvons notamment citer: BARCELLINI S., «  Souvenir, mémoire et marché - Le 11 Novembre témoigne des enjeux économiques et marchands des commémorations historiques », in Le Monde, 12 novembre 2008.

DALISSION R., « La célébration du 11 novembre ou l'enjeu de la mémoire combattante dans l'entre-deux-guerres (1918-1939) », in Guerres mondiales et conflits contemporains, n°192, 1998, p. 5-21.

* 56HANSEN-LOVE L. (dir.), La philosophie de A à Z, Paris, Hatier, 2000, p. 284-285

* 57 « Mémoire », in Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert-Sejer, 2006, p.2189-2190.

* 58PERROT M., « Archive, mémoire, histoire », in Travail de mémoire, 1914-1998, une nécessité dans un siècle de violence, éd. Autrement, collection mémoire n°54, Paris, 1997, p. 36.

* 59COMET G., LEJEUNE A., et MAURY-ROUAN C., Mémoire individuelle, mémoire collective et histoire, Marseille , Solal Editeurs, collection : Résiliences, 2008, p. 18-19.

* 60BOURSIER J-Y., « La mémoire comme trace des possibles », in, Socio-anthropologie [En ligne] http://socio-anthropologie.revues.org/index145.html , (Consulté le 12 novembre 2012, dernière mise à jour le 15 mai 2004).

* 61 Définition de 1978 citée dans LE GOFF J., Histoire et mémoire, Saint-Amand, Gallimard, coll. Folio histoire, 1988, p. 170

* 62PROST A., « Verdun » dans NORA P., Les lieux de mémoire, La Nation, Paris, Gallimard, 1997, p. 118.

* 63VAN YPERSELE L. , « Les mémoires collectives », in VAN YPERSELE L. (Dir.), Questions d'histoire contemporaine - Conflits, mémoires et identité, Paris, Presse universitaire de France, 2006, p. 191-201.

* 64RAXHON P., « L'historien, acteur de mémoire ? », in DEPROOST P-A., VAN YPERSELE L., WATTHÉE-DELMOTTE M., Mémoire et identité, Parcours dans l'imaginaire occidental, Louvain-La-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2008, p.252-253; GARCIA P., « Les politiques de la mémoire. Exercices de mémoire ? Les pratiques commémoratives dans la France contemporaine », in Cahiers français, juillet-août 2001, n°303, p.33 ; POMIAN K., « Sur les rapports de la mémoire et de l'histoire », in Le Débat, 2002/5, n°122, p.32-40 ; JULIEN E., Paris, Berlin. La mémoire de la guerre, 1914-1933, Rennes, 2009, p.10

* 65ROSOUX V-B, « le rôle de la mémoire en politique étrangère : essai de théorisation », in Cahiers Electroniques de l'Imaginaire, N° 1 : 2002-2003 : Héroïsation et questionnement identitaire en Occident : Mise en place des concepts interdisciplinaires {en ligne}, http://www.uclouvain.be/313758.html (dernière mise à jour le 19 mars 2010, page consultée le 12 novembre 2012).

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