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L'évaluation à  mi- parcours des projets de développement communautaire: le cas des puits à  pompe du Projet d'Appui au Développement Communautaire ( PADC ) de Mebomo et de Bikogo (Centre- Cameroun )

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par Yanik YANKEU YANKEU
Université catholique d'Afrique Centrale Yaoundé - Master en développement et management des projets en Afrique 2008
  

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1- Clarification notionnelle et typologie des élites

Le concept d'élite, selon William Genieys (2006 : 121), est d'emploi courant dans la littérature sociologique, mais il n'est pas assuré que les auteurs qui l'utilisent s'accordent sur une définition unique. Il importe de ce fait, de préciser au préalable sous quel angle il sera abordé dans cette étude.

La notion d'élite a été initialement conceptualisée par Vilfredo Pareto (1919 : 1293-1305). Pour cet auteur,  l'aspect principal du terme élite est celui de supériorité. En un sens large, il entend par élite d'une société, les gens qui ont un degré remarquable des qualités d'intelligence, de caractère, d'adresse, de capacité de tout genre. Pour Raymond Aron (1971 : 124-151), l'élite renvoie à l'« ensemble de ceux qui, dans les diverses activités, se sont élevés en haut de la hiérarchie et occupent des positions privilégiées que consacre l'importance soit des revenus soit du prestige ». Dans la même veine, William Genieys (2006 : 121-147) considère que l'élite désigne « une minorité qui dispose à un moment donné dans une société déterminée d'un prestige découlant de qualités naturelles valorisées socialement ou de qualités acquises ». Pour ces différents auteurs, la notion d'élite renvoie à une position de pouvoir, d'une force de pression, d'une autorité définie sur une catégorie de personnes. On note que pour ces auteurs, la richesse, à cause du pouvoir qu'elle confère, joue un rôle important dans le prestige et dans l'autorité dont jouit l'élite. C'est ce qui explique le fait de considérer les élites comme formant une classe. Une telle vision concoure à cacher la diversification d'élites, leurs fonctions différentes et pareilles pour leurs actions, soutient Guy Rocher (1968 : 79-94). Paul Nuembissi Kom (2007), fait une différenciation entre élite urbaine et rurale. Pour lui, la notion d'élites urbaines permet de discriminer entre les élites du terroir (celles qui vivent en zone rurale) et les élites extérieures (celles qui vivent de manière permanente en ville).

Dans cette étude, la définition de Guy Rocher (1992 : 495) sied mieux. Selon lui, l'élite renvoie aux personnes ou groupes de personnes qui par suite du pouvoir qu'ils détiennent ou de l'influence qu'ils exercent contribuent à l'action historique d'une collectivité, soit par des décisions qu'ils prennent, par les idées, les sentiments ou les émotions qu'ils symbolisent. En d'autres termes, pour nous, seront considérées comme élites, les personnes détenant soit du pouvoir ; soit de l'influence, et qui contribuent effectivement aux activités sociales, économiques et politiques des différents villages.

Nous devons admettre, de prime abord, que l'on a très souvent affaire à de « petites élites » où tout le monde ou presque, citadins originaires des villages peuvent s'y trouver28(*). Cela n'empêche pas que les mécanismes qui ont prévalu ou qui prévalent dans les hautes sphères soient perceptibles, c'est l'échange : un univers où dons et contre dons, accumulation et redistribution constituent la colonne vertébrale de légitimation du pouvoir précise Jean-Pascal Daloz (1999 : 18).

Toutefois, il importe de noter les différents types d'élites. On distingue de façon générale : Les élites d'experts, les élites idéologiques et les élites symboliques selon Guy Rocher (1968 : 79-94).

Les élites d'experts sont constituées de différents spécialistes de domaines divers, dont les compétences et les aptitudes sont mises au service de la population toute entière ou d'un groupe d'individus. Cette catégorie d'élites est généralement issue des corps universitaires. Parallèlement, comme le corrobore Jean François Bayart (1989 : 193-196), les associations d'étudiants et religieuses concourent plus ou moins à travers les opinions, les attitudes, les mentalités et les valeurs différentes, à la formation d'une classe dominante.

A ce stade, pour ce qui est des villages Mebomo et Bikogo, ce sont des fonctionnaires de la république qui, à travers leur comportement bienveillant envers leur village, expriment leur attachement au village natal. Qu'ils soient de nouveaux citadins ou d'anciens, ils font partie du groupe d'originaires de tel ou tel village, et en tant que tels, note Séverin Cécile Abega (1999 : 174-175), ils tiennent tous à leur exprimer leur attachement, surtout, avec l'incapacité de l'Etat à remplacer les familles dans les rôles d'assistance sociale et d'encadrement social. Ils agissent de façon individuelle de par leur position, c'est ainsi que Lucien Motsala Lebele29(*), président du comité de développement de Bikogo, nous a laissé entendre au cours d'un entretien que : « nous avons bénéficié dans le choix de Bikogo, qui avait un comité de développement villageois de Bikogo (CODEVIBI), du coup de pousse d'un fils du village qui travaillait au PADC ». Dans la même veine, Guillaume Atangana Messomo30(*) affirme que « mon cousin qui est cadre au PADC nous a demandé de former des GIC pour bénéficier du projet ». C'est surement, ce que soulignait Séverin Cécile Abega, pour qui, les élites jouent de leur influence auprès des autorités administratives ou des organismes d'aide (Ong, donateurs), pour la réalisation des infrastructures sociales dans leur village d'origine et parfois amener les villageois à se mettre en groupe. Sur ce dernier point, très souvent, ils agissent collectivement par le biais des associations d'élites ou de comité de développement. Le comité de développement de Bikogo (CODEBI) a été crée par des élites du village, ce en opposition au CODEVIBI qui, pour eux, avait montré ses limites. Le président d'honneur de ce comité est Awono Ateba31(*).

Une autre catégorie d'élites, est l'élite idéologique. Dans cette catégorie est regroupée les politiciens, les hommes d'affaires.

Les pratiques politiques semblent plus fournies à l'unification des élites et à la fabrication d'une classe dominante. Les partis politiques sont devenus de vrais microcosmes d'intégration horizontale des élites selon François Bayart (1989 : 208). Le fonctionnement des partis politiques permet d'aboutir moins à la circulation qu'à une fusion des élites. Ceci favorise, comme l'atteste à juste titre Ebénézer Njoh-Mouelle (2001 : 50-71), la perception du corps des élus, assemblées parlementaires ou organes des partis politiques, comme représentation de l'ordre de la domination.

Le monde des affaires, constitue aussi un lieu de fusion de l'élite. Dans le monde des affaires et des flux privés, la reproduction des « alliances multifonctionnelles » regroupent en son sein des opérateurs économiques, des hommes d'affaires de tout ordre et des réunions de « tontines » des ressortissants de telle ou telle autre partie du pays.

Le troisième type d'élites est l'élite symbolique ; ce type appartient à la civilisation de masse. Il s'agit des personnes ou groupe de personnes, qui en viennent à représenter symboliquement une manière d'être ou de vivre, dont les membres représentent certaines valeurs pour un segment de la population. Ce sont des artistes, des chanteurs populaires qui véhiculent des messages plus personnels, plus directs et parfois teintés d'idéologie.

A Bikogo, selon Grégoire Mama Okala32(*), secrétaire du chef de ce village lors des évènements heureux ou malheureux (maladies, décès, funérailles), les élites du village sont sollicitées et elles apportent leurs contributions aux familles nécessiteuses. D'autre part, lorsqu'une nouvelle autorité est nommée dans l'arrondissement, les élites du village viennent, à travers des présents, marquer de leur empreinte l'appartenance au village. De même, l'octroi de matériels didactiques lors des rentrées scolaires et d'autres investissements ; les cérémonies organisées par les élites (deuils, funérailles, nominations ou promotion) sont des moments de grandes fêtes où tout le monde est convié, nous affirme-t-il. Les fêtes diverses et les funérailles, surtout la mise en scène de la mort, relève si bien François Bayart (1989 : 201), est devenue le moment privilégié où peut se voir le processus de fusion des groupes dominants.

* 28 Cf. Liste des élites des villages en annexes.

* 29 Lucien Motsala Lebele, née en 1970, aide magasinier, président du comité de développement de Bikogo, délégué du Gic comité local de développement. Entretien du 10 Octobre 2009 à son domicile.

* 30 Guillaume Messomo Atangana, née en 1942, administrateur de société retraité. Entretien du 11 Octobre 2009 à son domicile avant le départ pour sa plantation.

* 31 Fils du village Bikogo, il est actuellement préfet du département du Dja et Lobo dans la région du Sud-Cameroun, avec résidence à Sangmélima.

* 32 Grégoire Mama Okala, née en 1956, planteur, Secrétaire général du chef du village. Entretien du 16 Octobre 2009 à son domicile de retour de sa plantation de cacao.

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"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote