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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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CONCLUSION

En conclusion générale de ce mémoire, nous pouvons tout d'abord rappeler notre problématique de départ qui était la suivante :

Nous nous étions alors interrogés sur les rapports que pouvaient avoir les industries créatives et leurs liens avec le territoire. Nous nous étions également demandé si, par le biais d'interactions au sein d'un pôle, celui-ci pouvait devenir un cluster.

Dans le cas des friches culturelles, il s'agit d'un rassemblement sur un même lieu abandonné d'artistes et associations qui souhaitent créer et offrir une nouvelle forme de culture. Lorsque, au sein d'une friche culturelle, les intermittents travaillent ensemble sur un même projet de développement, ceux-ci développent une certaine proximité organisationnelle. L'étude de cette proximité ajoutée aux proximités géographique, institutionnelle, cognitive et sociale nous a permis de mieux comprendre le principe du cluster créatif. En effet, au sein d'un cluster, les entreprises sont obligatoirement proches géographiquement mais le sont également de façon organisée. Cette proximité organisée se met d'ailleurs bien souvent en place par une institutionnalisation du projet entre firmes. Un cluster joue donc sur de nombreuses proximités qui en font un Système Productif Local durable.

Nous nous sommes alors demandé si la friche culturelle pouvait être un cluster. Nous avons alors supposé qu'il était tout à fait possible qu'il y ait des interactions en son lieu mais le fait qu'elle soit constituée d'associations n'en fait pas un SPL. Par contre, nous avons émis l'hypothèse qu'un ensemble de pôles rassemblant des industries culturelles et créatives pourraient être un cluster. Nous avons ainsi comparé ce schéma au Pôle de la Belle-de-Mai. Après analyse, nous avons vu que les entreprises avaient une certaine proximité organisationnelle au sein de chaque pôle. Nous avons ensuite constaté que ces entreprises ne partageaient pas forcement de liens avec celles des autres pôles. Il ne semble pas non plus exister de proximité institutionnelle donnant des directives aux trois îlots quant à de possibles interactions. De plus, la plupart des établissements ne sont pas des industries créatives. Nous avons supposé que cela était dû à l'attribution des secteurs d'activités et des codes NAF mais aussi que ces données pouvaient tout à fait être correctes. Dans ce cas, la différence entre discours politique, projets institutionnels et réalité est tout à fait conséquente. Ainsi, nous pouvons en conclure que le Pôle Belle-de-Mai ne peut être un cluster puisque, hormis une proximité géographique entre entreprises, rien ne montre une synergie entre les pôles.

Concernant notre problématique sur l'ancrage territorial des entreprises, nous avons réparti notre travail selon deux axes d'analyse. D'un coté, nous avons rapporté les dires des acteurs locaux pour cerner le rapport qu'entretiennent les industries avec le quartier. Nous avons ensuite questionné les salariés pour analyser leur encastrement. Nous avons ainsi conclu à de grandes divergences selon les pôles :

La Friche, bien que tournant le dos à son quartier d'un point de vue physique, tente de plus en plus de faire de l'intégration de la population un de ces objectifs d'avenir ;

Le Pôle Média n'a pas de directives sociales ou sociétales et ne s'intéresse pas vraiment au quartier ;

Le Pôle Patrimoine, en dehors d'évènements ponctuels de type journées du patrimoine où la population est invitée à se rendre sur le site, a pour seul objectif la conservation et la restauration du patrimoine.

La Friche semble donc être la plus ancrée sur le territoire par ces projets d'intégration et ce malgré la réticence de la population à son égard.

De plus, la réhabilitation de l'ancienne manufacture n'a pas vraiment eu d'impact positif sur le quartier. En effet, l'insécurité et les inégalités sociales perdurent depuis la fermeture de la manufacture des tabacs. Pourtant, le Pôle semble se développer sans aucun problème. Finalement, lorsque dans la théorie le territoire doit être attractif et innovant pour attirer les industries créatives et pour leur permettre de se développer, dans la réalité, territoires et industries créatives se développent de manières totalement disjointes.

Concernant l'encastrement des individus, là aussi des inégalités apparaissent. Mais, globalement, les salariés consomment dans le 3ème arrondissement. Certains le font parce qu'ils y vivent, d'autres par choix et beaucoup le font parce qu'ils y travaillent. Pourtant, la plupart des salariés sont insatisfaits des équipements dont le 3ème arrondissement dispose. Le lieu de travail et la proximité avec le quartier semblent donc jouer un rôle dans l'encastrement des individus et surtout dans leur consommation. En règle générale, les salariés sont également satisfaits de travailler à la Belle-de-Mai professionnellement parlant. D'un point de vue personnel, le fait que le quartier est insécurisé et insalubre ressort assez souvent.

En fin de compte, même si les salariés ne s'intéressent pas toujours au quartier et à ces nombreux problèmes, ils leurs arrivent de s'y rendre et participent ainsi à l'économie locale.

Pour finir, nous pouvons dire que les vrais problèmes à la Belle-de-Mai sont souvent cachés derrière un discours politique qui met seulement en avant la réussite économique des pôles. On rejette trop souvent la faute sur le pôle et plus particulièrement sur la Friche quant à son renfermement vis à vis du quartier. Mais le projet de départ était de développer de la culture pour Marseille, et non pas de redynamiser le quartier. Le but de l'ensemble était de donner à la ville un pôle créatif la rendant plus attractive et lui permettant d'être concurrente dans l'économie mondiale. L'institutionnalisation du projet et le discours des politiques sont donc très importants dans la perception de ce pôle et des entreprises qui y sont implantées.

Notre mémoire et notre analyse des interactions et ancrage territorial de la Belle-de-Mai nous ont amenés à nous questionner sur le rôle du marketing territorial dans le développement d'un écosystème où les entreprises fonctionneraient de manière synergique entre elles et avec leur territoire. Nous pourrions également nous demander l'influence qu'ont eu les pôles les uns par rapport aux autres. Par exemple, est-ce que le fait que le développement des industries créatives se fasse sur un territoire où une friche culturelle existait déjà leurs a permis de se développer plus rapidement ? Finalement, est-ce que la présence d'une friche culturelle peut influencer le développement d'un cluster créatif dont la proximité géographique est notable.

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