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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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c. Argumentation et concept d'existence

Ce concept d'existence a une grande importance pour Hamlet, qui en fait une obsession. Sur le plan actanciel, la question de l'existence est liée à un choix qui doit être fait. L'existence est thématisée d'une manière limitée puisque d'un côté on voudrait bien embrasser la mort pour s'éloigner d'une vie pleine de souffrance (« [...] la calamité d'une si longue existence. ») mais d'autre part, il y a une sorte de réticence puisque nous ne savons pas ce qu'est la mort, telle une peur de l'inconnu : « la crainte de quelque chose après la mort ».L'argumentation est ainsi constituée de deux discours : il y a à la fois cette envie de se jeter dans l'inconnu puisque ce qui nous ait connus nous fait souffrir, et à la fois une crainte de ne pas savoir où l'on sera. Une connexion entre la pensée et l'action qui s'opposent dans un même temps : la pensée est là (esprit) mais l'action est freinée par l'incertitude (corps). Par ailleurs, il y a une généralité avec l'utilisation du pronom personnel « nous ». Hamlet parle de l'ensemble des hommes, et pas seulement de lui. C'est assez contradictoire si nous nous concentrons sur la nature du soliloque. En incluant tous les hommes, Hamlet essaie de s'éloigner de la solitude.

La première partie de l'argumentation s'ouvre sur cette question philosophique qui sous-entend un doute quant à savoir si Hamlet doit vivre ou non. S'ensuit une comparaison entre la mort et le sommeil. Le sommeil guérirait tous les maux ; il serait une sorte de délectation de l'âme. Après le sommeil, c'est au tour du rêve d'être associer à la mort. En fait Hamlet cherche plusieurs options pour se convaincre et essayer de prendre une décision finale. Comparer la mort au sommeil puis à un rêve revient à modéliser les formes que peut prendre la mort. Seulement, peut-on accès à la mort comme nous avons accès au sommeil et au rêve ? Hamlet ne serait-il pas en train d'idéaliser la mort ? Le fait pour le personnage de donner des facettes à la mort, ne lui fait pas pour autant prendre une décision. Cette première partie est intéressante sur le plan thématique car le suicide prend la forme d'une légitimation dont il faut explorer les possibilités.

La seconde partie de l'argumentation se fait directement après la mention du rêve : « Oui, là est l'embarras » jusqu'à « [...] dans ceux que nous ne connaissons pas ». C'est dans cette partie qu'il y a un renversement de l'argumentation avec cette crainte de la vie après la mort. La présence d'isotopies négatives renforce cette idée de déplaisance concernant la vie. « Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil [...] » constitue une phase de transition et récapitule la première partie. Au niveau figuratif, cette seconde section passe des malheurs de la vie sous diverses formes à ce qui peut bien y avoir après la mort. Grâce aux nombreuses énumérations, nous pouvons bien nous visualiser ces différents malheurs. La « région inexplorée » de la mort plonge Hamlet dans un pur désarroi et nous amène à penser qu'elle n'est en aucun un soulagement, ce qui encore une fois est contradictoire avec l'idée de départ que se faisait Hamlet.

La troisième et dernière partie de l'argumentation commence avec « Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches [...] » et continue jusqu'à la fin du soliloque. Avec la présence de la même isotopie temporelle « Ainsi », le raisonnement d'Hamlet se conclut plutôt dans la logique. L'argumentation a totalement changé par rapport à la première partie car l'envie de se suicider a diminué de phrase en phrase. « [...] les couleurs natives de la résolution [...] » constitue une métaphore qui dévoile ce changement d'opinion vis-à-vis du suicide. Sur le plan actanciel, ce concept d'existence passe par l'étape d'une conscience qui nous fait subir la vie : il n'y a pas de réaction à adopter face à la vie si ce n'est que de la subir. Au final, il y a bien une prise de décision mais le problème n'est nullement résolu. Il y a comme un retour à la case départ.

Enfin, nous pourrons qualifier la dernière phrase de retour à la réalité pour le protagoniste lorsqu'Ophélia entre dans la pièce.

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