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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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Chapitre 2. Pourquoi ne faut-il pas confondre le monologue et le soliloque ?

a. Pourquoi parler de synonymie ?

Identiques au niveau de la forme car structurés d'un seul grand paragraphe, le monologue et le soliloque présentent des similitudes qui nous amènent à confusion. Ce n'est pas un hasard si l'on confond souvent les deux formes car il est vrai que notre première impression ne nous amène pas à faire de distinction. Nous connaissons surtout le monologue et négligeons le soliloque car nous en ignorons les propriétés, les fondements. Même de nos jours il reste difficile de distinguer parfaitement le monologue du soliloque tant les deux formes s'apparentent. Comme pour le soliloque, Patrice Pavis a défini le monologue dans Le Dictionnaire du théâtre :

Monologue : Le monologue est un discours que le personnage se tient à lui-même. On trouve aussi le terme de soliloque (Pavis, 1997 : 216).

Nous pouvons remarquer que même dans cette définition, Patrice Pavis ne distingue nullement le monologue du soliloque mais les utilise comme synonymes. Mais alors, qu'est-ce qui les relie tant et pourquoi sommes-nous amenés à mal les distinguer ? Le problème principal demeure au niveau de la forme. En effet, le monologue et le soliloque sont tous les deux constitués d'un seul et en général, d'un long paragraphe. Ce qui entraîne le même effet chez le lecteur à savoir, un effet de lassitude due à leur caractère statique. Par ailleurs, ils ont en commun leur invraisemblance : le fait qu'un personnage soit seul et se parle à lui-même relève du ridicule. Suivant les époques, le monologue n'apparaîtra seulement que pour des raisons précises, réelles comme quand un personnage rêve. Nous retrouvons cela dans le théâtre naturaliste. Bien que le dialogue ne soit pas visible à l'oeil nu et n'apparaît pas sous sa forme la plus naturelle, nous retrouvons des traits dialogiques dans le monologue et le soliloque. Le cas le plus fréquent reste celui où le personnage en question fait un point sur sa situation ou extériorise un débat de conscience.

Au final, les deux formes ne se rejoignent pas à tant de niveau que ça. Le problème majeur de cette confusion reste dans le caractère peu étudié du soliloque au profit du monologue. Une distinction s'impose donc afin de reconnaître au mieux les deux procédés.

b. Distinction et concept d'unité

Nous l'avons vu, il est difficile de distinguer clairement le monologue du soliloque. Pourtant, cette distinction peut déjà se faire au niveau de l'étymologie des deux mots. Nous nous rendons ainsi compte que « la solitude dans la parole » pour le monologue et « la parole dans la solitude » pour le soliloque, n'est pas la même chose.Le premier contient l'idée qu'il n'y a qu'une seule personne qui parle, mais cette personne n'est pas forcément seule. En effet, un personnage peut agir en qualité de eavesdropper, c'est-à-dire qu'il écoute et épie le discours sans que le locuteur ne s'en rende compte.Le premier est plus pragmatique que l'autre en ce qu'il privilégie majoritairement la parole, le langage : c'est vraiment le fait de parler qui est souligné ici.Contrairement au soliloque, le monologue recherche l'unité et veut s'éloignerd'autrui. Dans certains textes dramatiques, le monologue est prononcé en l'absence d'autres personnages, mais également en présence. Dans le dernier cas, le locuteur fait abstraction du ou des allocutaires présents. C'est comme s'il voulait s'éloigner des autres personnages pour se retrouver. Plus qu'un manque d'unité, c'est aussi un manque d'identité qui constitue tout monologue.

L'étymologie du soliloque signifie qu'une seule personne parle mais est bel et bien seule. Personne ne vient épier son discours et il ne parle à personne en face de lui.5(*)Ce qui est mis en valeur ici, c'est la solitude et non la parole. C'est pour cette raison que nous confions le concept d'unité au soliloque. Dans son article sur la distinction entre le monologue et le soliloque, Delfour affirmait que cette unité se construit au travers de la solitude. Il y a un certain manque d'autrui qui conduit à parler seul. Le personnage compense quelque chose qu'il n'a pas ou qu'il n'a plu par le biais du langage et s'attache aux paroles. Hamlet demeure seul face au choix qu'il doit faire suite à la mort de son père, le Roi Hamlet. Il aurait besoin de quelqu'un pour le guider et l'aider à faire son choix mais il perdure à rester et à parler seul.

Le soliloque est paradoxal : il appelle autrui mais souligne un certain abandon en repoussant autrui. Il y a dans le soliloque, du désespoir quant à l'idée de trouver autrui mais en même temps de l'espoirmis en avant par la parole : autrement dit, la parole mènerait vers l'autre, en vain. Enfin, le soliloque est un simulacre puisque le locuteur fait comme si quelqu'un était en face de lui et pouvait l'entendre.En fait, l'unité représente une absence d'autrui donc une absence d'interlocuteur et met l'accent sur l'individualité du sujet. Cette première distinction en amène une autre : si les deux formes n'ont pas la même intention, la distinction doit également s'opérer au niveau de la structure interne, du contenu.

* 5Le spectateur peut être considéré comme un eavesdropper dans le cas de la seconde énonciation (ou énonciation médiat comme l'affirmait Anne Ubersfeld) ; seulement le personnage/comédien ne fait pas attention à lui et agit comme s'il était seul et la salle entièrement vide puisque le discours ne lui est en aucun cas destiné. Nous nous intéressons principalement à l'énonciation médiat, donc au personnage et à son texte.

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