WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La loi handicap du 11 février 2005 - quelle reconnaissance de la langue des signes française?


par Magali Leske
Faculté de Droit et des Sciences Politiques de Nantes - Maîtrise Droit Public et Science Politique 2009
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

B- Une loi pour l'inclusion sociale.

« Aujourd'hui, dans pratiquement tout discours public qui porte sur les politiques de protection sociale, il semble difficile de trouver un rejet explicite de l'égalité de traitement,

134 Danièle Lochak, dans La France invisible, ouvrage dirigé par Stéphane Beaud, Joseph Confavreux, Jade Lindgaard, Paris, 2006, P.499.

49

d'accès, des droits ou des chances. L'égalité est devenue une valeur qui n'admet pas la contradiction : d'une certaine manière, c'est une offre communicationnelle que l'on ne saurait refuser 135». En 2005, l'égalité des droits et des chances est un thème récurrent au sein de l'Union européenne136. Il est aux antipodes de l'exclusion et repose sur le principe de non-discrimination. La loi de 2005 s'en fait écho, dans son intitulé et dans les solutions proposées pour inclure le citoyen handicapé à la société française. Le législateur remédie à la fracture sociale, par les notions d'accessibilité ou de compensation du handicap. En outre, il va s'attacher à rénover le vocabulaire en usage dans le secteur du handicap.

1/ Du Welfare State au Workfare State.

L'Etat Providence, construit au sortir de la Seconde Guerre mondiale, est en phase de déconstruction. Le projet présenté au Sénat le 13 mai 2003 propose une loi « rénovant la politique de compensation du handicap »137 mais cette loi ne se contentera pas d'une rénovation. Le grand chantier de 2005 a bâti une législation fondée sur la responsabilité individuelle. Pour clore l'exposé des motifs du projet de 2003, Jean-François Mattéi, Ministre de la santé, de la famille et des personnes handicapées, déclare, au nom de Jean-Pierre Raffarin, alors premier Ministre, que ce projet de loi entend valoriser les capacités, les potentialités et compenser les manques des personnes handicapées. L'Etat français ne conçoit plus de redistribuer la richesse nationale en fonction des besoins des personnes handicapées. Il leur offre des opportunités, pour les rendre actrices de leur vie. Désormais, à elles de faire des efforts et de mériter les prestations octroyées. L'égalité des chances viendrait ainsi corriger les écarts entre les citoyens. Mais ici il n'est nullement question de faire des

135 Wendelin Reich et Dimitris Michailakis, La notion d'égalité des chances dans la communication politique, dans Politiques en faveur des personnes handicapées, Grandes tendances dans quelques pays européens, dans la Revue française des Affaires Sociales, N°2, avril-juin 2005, P36.

136 Sylvie Cohu, Diane Lequet-Slama et Dominique Velche, Les politiques en faveur des personnes handicapées dans cinq pays européens. Grandes tendances, dans la Revue française des Affaires Sociales, N°2, avril-juin 2005, P12.

137 Annexe au procès-verbal de la séance du 13 mai 2003, N°287.

50

différences en faveur d'un groupe désavantagé. Il s'agit de compenser le handicap, en fonction de critères pré-déterminés par l'administration. Pour les Sourds, la loi prévoit une aide humaine de 30 heures par mois pour leurs besoins de communication, c'est-à-dire pour financer des interprètes138. Mais la loi n'envisage ni le financement des cours de langue des signes pour le Sourd, ni pour sa famille139. Pourtant, 90% des Sourds naissent de parents entendants, lesquels a priori ne maîtrisent pas la langue des signes140. Les parents qui font le choix du bilinguisme doivent donc financer leur formation et prendre sur leur temps personnel pour se former. Cette politique publique fondée sur l'égalité des chances permet en définitive au système politique de s'exonérer de toute responsabilité. L'objectif à atteindre n'est pas la résolution d'un problème politique, mais d'apporter au public visé des moyens que le politique juge utile de lui accorder. Ce que les sociologues Wendelin Reich et Dimitris Michailakis résument par : « cette logique permet au système politique de gérer plus efficacement le flux toujours croissant des demandes de compensation - et ce sans rejeter systématiquement les demandes d'égalité, mais plutôt en en limitant et en en contrôlant la portée légitime 141». Avant la France, d'autres pays européens comme l'Espagne ou la Suède ont mené une politique du handicap menée sur la non-discrimination, sur l'égalité des chances. Trois expertes ont démontré que ce changement de paradigme a conduit à réduire le nombre de pensionnés d'invalidité par la restriction des prestations (aides individualisées), à responsabiliser les employeurs (politique des quotas), la famille, et les collectivités locales, ce dont nous traiterons ultérieurement. Enfin, d'une manière générale, l'accent est mis sur les personnes les plus lourdement handicapées142, ce qui est le cas en France avec les dispositifs d'accompagnement à

138 Décret N°2005-1591 du 19/12/2005, article D245-9.

139 L'article 12 de la loi de 2005 prévoit des aides humaines, techniques, animalières, l'aménagement du logement et des aides exceptionnelles.

140 Avis N°103 du Comité Consultatif National d'Ethique pour les Sciences de la Vie et de la Santé, 6 décembre 2007, P7.

141 Wendelin Reich et Dimitris Michailakis, op.cité, P37.

142 Sylvie Cohu, Diane Lequet-Slama et Dominique Velche, op.cité, P11-33.

51

l'école par exemple143. Pour accompagner ce changement de paradigme, le législateur s'est attaché enfin à rénover le vocabulaire en vigueur dans le secteur du handicap.

2/ Une rénovation du paradigme de l'inclusion.

Le rapporteur de la loi de 2005 pour l'Assemblée Nationale, Jean-François Chossy, a fait du vocabulaire son cheval de bataille, que ce soit lors des travaux parlementaires, dans son rapport de 2005 ou lors d'une contribution dans une revue spécialisée, la revue Reliance. Monsieur Chossy nous invite à « encore et toujours changer les mots, à défaut de changer le monde, pour faire bouger les mentalités 144». En conséquence, il suggère de remplacer les formules intégration scolaire par scolarisation, prise en charge par accompagnement, insertion professionnelle par implication sociale145 etc... Il peut être tentant de penser que cette police de la langue ne vise qu'à enjoliver la réalité, la même qui transforme un balayeur en technicien de surface par exemple. La rénovation du vocabulaire est pourtant symbolique. Elle contribue à ancrer dans les représentations collectives le nouveau paradigme qui traverse la politique du handicap. Scolarisation pour inclusion, accompagnement, implication sociale pour responsabilité individuelle et égalité des chances. Mais le regard sur les personnes handicapées a-t-il véritablement changé ? Il n'a pas été suggéré de supprimer le terme invalide par exemple. En effet, la carte d'invalidité est toujours inscrite dans la loi. Et elle est toujours accordée en fonction d'un taux d'incapacité146. Il n'est pas prévu non plus de renommer le Comité technique national d'études et de recherches sur les handicaps et les inadaptations (CTNERHI). La philosophie des Lumières investit aujourd'hui encore le discours politico-administratif. Nous pouvons nous

143 Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement, déclarait le 30 octobre dernier sur le site du premier Ministre que les Aides à la Vie Scolaire (AVS) sont réservés « à ceux qui en ont vraiment besoin ».

144 Jean-François Chossy, Une lecture critique de la loi du 11 février 2005, dans la revue Reliance, Mars 2007, P54.

145 Rapport d'information de la Commission des Affaires Culturelles, Familiales et Sociales de l'Assemblée Nationale, Jean-François CHOSSY, Décembre 2005. P11.

146 Article 65 de la loi de 2005.

52

arrêter un instant sur les propos d'un représentant de la Direction Interministérielle aux Personnes Handicapées, au sujet de l'éducation des enfants handicapés. C'était en 2007 : « certes, l'éducation est au coeur de la pensée des Lumières et de sa confiance dans la perfectibilité de l'homme. Mais c'est seulement à notre époque après des évolutions radicales et parfois dramatiques de la démocratie que ce principe a pris tout son sens. Tout être humain est éducable (...) 147».

A l'heure où la droite, nationaliste, relance le débat sur l'identité nationale et républicaine, la politique publique en direction des personnes handicapées est elle aussi envisagée sous l'angle de l'inclusion sociale, de l'uniformisation, de l'unité nationale. Nous assistons donc au retour du paradigme de l'inclusion. Voici une définition extrême de la solidarité, appliquée aux personnes handicapées, par le Front national: « La démarche du FN est de respecter l'étymologie du terme « solidarité », qui provient du latin « in solidum », soit « pour le tout », pour toute la nation et non pas pour dresser les catégories les unes contres les autres en les communautarisant 148». Toutefois, la loi va générer un profond changement au sein des Institutions chargées de la mise en oeuvre de la politique du handicap. Associé au fait que la loi ne prévoit pas de date d'entrée en vigueur de ses articles, la mise en oeuvre de la loi de 2005 va révéler une inertie-politico-administrative.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Des chercheurs qui cherchent on en trouve, des chercheurs qui trouvent, on en cherche !"   Charles de Gaulle