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Enseignement/apprentissage de l'histoire du Gabon de la sixième à  la terminale: éléments de recherche pour une adaptation culturelle


par Mave BEKALE NZAMBA
École Normale Supérieure de Libreville  - Master professionnel aux Métiers de L'enseignement et de l'éducation  2025
  

Disponible en mode multipage

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INTRODUCTION GENERALE

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Justification du sujet

Malgré l'émergence d'une historiographie occidentale moderne dès la fin du XVIIe siècle comme effort de reconstitution factuelle et réfléchie du passé des hommes en société, la conscience historique européenne sur le Gabon se bornait à des données parcellaires et périphériques limitées à sa côte atlantique. Le pays était considéré comme un simple réservoir d'immenses richesses, de fabuleux animaux et de curieuses peuplades. Ce n'est qu'à la fin du XVe siècle que les explorateurs et navigateurs européens commencent à fréquenter plus régulièrement la région côtière du pays.

L'enseignement de l'histoire du Gabon est un élément essentiel de la formation des élèves gabonais, car il leur permet de comprendre leur passé, leur culture et leur identité nationale. Cependant, les programmes scolaires d'histoire du Gabon ont souvent été critiqués pour leur manque de pertinence et de contextualisation par rapport aux réalités culturelles et historiques gabonaises. Ce thème de recherche vise à explorer les éléments qui pourraient contribuer à une adaptation culturelle de l'enseignement de l'histoire du Gabon de la sixième à la terminale. Il s'agit de comprendre comment les enseignants et les élèves perçoivent l'enseignement de l'histoire du Gabon, quels sont les contenus et les méthodes pédagogiques utilisés, et comment ils pourraient être améliorés pour mieux refléter la culture et l'histoire gabonaises.

Intérêt du sujet

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, le Gabon dont la connaissance ne dépasse guère sa façade maritime telle que décrit par Hubert Deschamps1, est habité par des peuples jouissant totalement de leur liberté et de leur indépendance et entretenant entre eux des relations cordiales et de bon voisinage, et cela bien avant le contact colonial. Pour les sociétés africaines en mutation, l'information et la réflexion historique apparaissent à la fois comme facteurs de prise de conscience et leviers de développement ; elles contribuent, en particulier, à la mise en place de conditions subjectives adéquates. Il apparait que l'histoire a acquis ses lettres de noblesse et s'est inscrite dans la scientificité, elle mérite la considération que lui donne sa haute ambition : reconstituer le passé de l'homme, sa vitalité en tant que discipline

1Hubert DESCHAMP, Quinze ans de Gabon, les débuts de l'établissement français, 1939-1959, paris, société française d'outre-mer, 1965, 126p.

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majeure des sciences sociales est incontestable, notamment en Afrique où elle a contribué à l'éveil nationaliste et constitue un facteur de développement endogène.

De ce fait, notre travail propose d'apporter un plus sur la révision des enseignements sur l'Histoire du Gabon avec des enseignements / apprentissage depuis la classe de sixième à la classe de terminale, de la période précoloniale, à la période postcoloniale. Le sujet peut contribuer à promouvoir la culture gabonaise et à valoriser l'héritage culturel du Gabon.

Formulation de la problématique

Au vu de l'insuffisance de l'Institut Pédagogique National à instaurer l'intégration complète de l'histoire du Gabon dans le programme de la sixième à la terminale sur des thématiques liées à la culture et aux différentes traditions. La formation des citoyens passe par la maitrise de l'histoire de leur pays, l'histoire est le moteur du développement d'une société, elle est son repère, son essence, il est important d'intégrer de façon systématique des enseignements portant sur l'histoire du Gabon dès la première classe du collège, jusqu'à la fin du cycle secondaire, cela permettra aux élèves d'apprendre davantage sur les évènements politiques, économiques et sociaux qui ont marqué l'histoire de leur société. Voilà pourquoi on peut se poser la question de savoir ; comment adapter l'enseignement/apprentissage de l'histoire du Gabon de la sixième à la terminale, afin de mieux intégrer les dimensions culturelles propres au pays et ainsi renforcer l'appropriation identitaire et pédagogique chez les élèves ?

Hypothèses du sujet

Tout travail scientifique repose sur un certain nombre d'hypothèses. Ainsi, à partir de la problématique posée ci-dessus, nous formulons les hypothèses suivantes :

- La diversité culturelle du Gabon doit être intégrée dans le contenu pédagogique pour renforcer le sentiment d'appartenance et favoriser une lecture plurielle de l'histoire.

- La transmission de l'histoire gabonaise doit évoluer pour inclure des méthodes actives, participatives, et interculturelles, permettant ainsi une meilleure appropriation par les élèves.

- La formation des enseignants doit être renforcée pour qu'ils maîtrisent non seulement les contenus historiques mais aussi les enjeux interculturels et pédagogiques.

- Une adaptation culturelle réussie de l'enseignement de l'histoire du Gabon contribue à la construction d'une citoyenneté éclairée, critique et responsable.

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Méthodologie de la recherche

Dans un travail de recherche, il est nécessaire pour l'étudiant d'éclairer le lecteur à travers la méthodologie, l'organisation et l'élaboration de son travail, à savoir les moyens utilisés. C'est par cette méthode que les connaissances peuvent être évaluées de manière objective par la communauté scientifique.

Pour parvenir à des conclusions fiables et recevables, la méthode de recherche choisie est l'enquête par questionnaire et par entretien qui sont une technique de collecte des données et la recherche documentaire. Le questionnaire et l'entretien sont pratiqués car ils sont faciles à concevoir et ils permettent d'obtenir plus rapidement l'ensemble des informations. Pour mener à bien notre étude, nous avons eu recours aux sources orales et écrites, des ouvrages, et des informations en ligne. A ce titre, nous avons d'abord exploré les ouvrages suivant :

Ailincai, R., & Bernard, F. X. Apprendre hors de la classe: l'exemple d'une sortie scolaire au Musée de l'Espace de Kourou. Pratiques éducatives dans un contexte multiculturel, 2010 : Cet ouvrage explore les pratiques éducatives hors de la classe et leur impact sur l'apprentissage.

Boukebou, A. Musique et identité au Gabon, Libreville, Éditions du Gabon, 2018. Cet ouvrage étudie la relation entre la musique et l'identité au Gabon, offrant une perspective unique sur la culture gabonaise.

Coquery-Vidrovitch, C. Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1972. Cet ouvrage fournit une analyse historique de la période coloniale au Congo, offrant un contexte précieux pour comprendre l'histoire de la région.

Deschamps, H. Quinze ans de Gabon, les débuts de l'établissement français, 1939-1959, Paris, société française d'outre-mer, 1965. Cet ouvrage offre une perspective historique sur les débuts de l'établissement français au Gabon, fournissant des informations précieuses sur la période coloniale.

Deschamps, H. Traditions orales et archives au Gabon, Paris, Berger-Levrault, 1962. Cet ouvrage explore l'importance des traditions orales et des archives dans la compréhension de l'histoire du Gabon.

Diop, M. Religions et spiritualités au Gabon : entre tradition et christianisme, Libreville, Presses Universitaires du Gabon, 2005. Cet ouvrage étudie les relations entre les religions

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traditionnelles et le christianisme au Gabon, offrant une perspective unique sur la spiritualité gabonaise.

Fernandez, J.-W. Bwiti : An Ethnography of the Religious Imagination in Africa, Princeton University Press, 1982. Cet ouvrage offre une analyse ethnographique de la religion Bwiti, fournissant des informations précieuses sur les pratiques religieuses en Afrique.

Fonkoua, P. L'art indigène face à la colonisation : hybridation et résistance, Libreville, Université Omar Bongo, 2018. Cet ouvrage étudie l'impact de la colonisation sur l'art indigène au Gabon, offrant une perspective unique sur la résistance culturelle.

Jean N'Guessan. Les enjeux identitaires au Gabon, Libreville, Presses Universitaires du Gabon, 2012. Cet ouvrage explore les enjeux identitaires au Gabon, offrant une perspective unique sur la construction de l'identité nationale.

Mbo'o, É. Culture et développement au Gabon, Libreville, Éditions Universitaires Gabonaises, 2020. Cet ouvrage étudie la relation entre la culture et le développement au Gabon, offrant des perspectives précieuses sur la promotion de la culture gabonaise.

Mouloungui, J. B. Les rituels initiatiques chez les Fang du Gabon, Paris, L'Harmattan, 1998. Cet ouvrage offre une analyse des rituels initiatiques chez les Fang du Gabon, fournissant des informations précieuses sur les pratiques culturelles traditionnelles.

Ndiaye, M. Le système de mandores au Gabon : entre tradition et colonialisme, Dakar, Les Éditions du Crocodile, 2003. Cet ouvrage étudie le système de mandores au Gabon, offrant une perspective unique sur les relations entre la tradition et le colonialisme.

N'Gouala, E. Langues autochtones et politique linguistique en Afrique centrale, Paris, Karthala. Cet ouvrage explore les enjeux linguistiques en Afrique centrale, offrant des perspectives précieuses sur la promotion des langues autochtones.

Ngong, B. Récits et légendes chez les Fang : une approche anthropologique, Paris, Karthala, 2015. Cet ouvrage offre une analyse anthropologique des récits et légendes chez les Fang, fournissant des informations précieuses sur la culture et les traditions fang.

Raponda-Walker, A. Les Fang du Gabon, Paris, Présence Africaine, 1960. Cet ouvrage offre une perspective unique sur la culture et les traditions des Fang du Gabon, fournissant des informations précieuses sur l'histoire et la société fang.

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Raponda Walker, A. Rites et croyances des peuples du Gabon. Essai sur les pratiques. 1962. Cet ouvrage offre une perspective unique sur les croyances et les rites des Gabonais, permettant de mieux comprendre la spiritualité et la culture de ce peuple.

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Organisation du travail

Ce travail est structuré en deux grandes articulations qui comprennent six chapitres. La première partie est exclusivement consacrée la présentation du cadre théorique de l'histoire culturelle du Gabon, qui nous permettra de montrer la diversité culturelle du Gabon. La deuxième partie de notre étude porte sur l'approche pédagogique pour une adaptation culturelle de l'enseignement de l'histoire du Gabon

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PREMIERE PARTIE :

CADRE THEORIQUE DE L'HISTOIRE CULTURELLE DU GABON

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CHAPITRE I : PRESENTATION DE LA NOTION D'HISTOIRE CULTURELLE DU

GABON

Au coeur de l'Afrique centrale, le Gabon se distingue par une richesse culturelle foisonnante, résultat d'un long processus historique mêlant traditions ancestrales et influences extérieures1. Pourtant, derrière cette diversité apparente se cache une dynamique complexe qui soulève une question majeure : comment articuler les différentes dimensions culturelles gabonaises dans une approche historique cohérente, permettant de saisir leur évolution et leur impact sur la construction de l'identité nationale contemporaine ? Cette interrogation prend d'autant plus d'importance que l'histoire culturelle, en tant que discipline, dépasse la simple chronologie des événements pour explorer les représentations, les pratiques sociales et les imaginaires collectifs2.

En effet, l'histoire culturelle du Gabon intègre à la fois les traditions orales telles que les récits mythiques des Fang ou les chants des Punu et Kota. Les transformations induites par la colonisation française puis par les dynamiques postcoloniales1, dévoilant ainsi un enjeu essentiel : comprendre comment ces strates culturelles s'entrecroisent et influencent les trajectoires individuelles et collectives3. Ce chapitre s'attache donc à poser un cadre théorique rigoureux, articulant conceptuellement les paradigmes et méthodes propres à l'étude de la culture gabonaise, tout en analysant les éléments constitutifs qui fondent cette identité multiple. En examinant la portée de l'histoire culturelle ainsi que les traditions et transformations spécifiques au Gabon, il s'agira de démontrer que seule une approche intégrative, attentive aux continuités et ruptures, peut véritablement éclairer le rôle central de la culture dans la construction d'une nation en constante évolution.

I.1- Définition et portée de l'histoire culturelle

L'histoire culturelle, en tant que discipline historique, se définit avant tout comme une approche qui considère la culture non seulement comme un simple décor ou contexte des événements historiques, mais comme un véritable acteur et moteur du changement social et politique. Selon l'historien français Roger Chartier, l'histoire culturelle interroge « les représentations, les imaginaires collectifs, les pratiques symboliques » afin de comprendre

2 Raponda-Walker, A. Les Fang du Gabon. Paris : Présence Africaine. 1960, P. 10-25

3 Hubert Deschamps. Traditions orales et archives au Gabon. Paris : Berger-Levrault. 1962, P. 13-20

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comment les sociétés construisent elles-mêmes le sens de leur passé4. Cette définition met en exergue l'importance des mentalités, des valeurs, des rituels, et des expressions artistiques dans la constitution d'identités historiques. Dans le contexte gabonais, l'histoire culturelle s'attache à reconstituer les modes de vie, les traditions orales, les systèmes de croyance, ainsi que les pratiques sociales qui ont façonné et continuent de façonner la société. La portée de cette discipline se mesure donc à sa capacité à articuler ces éléments culturels dans une lecture historique transversale, allant au-delà des seuls faits politiques ou économiques, souvent privilégiés dans les récits traditionnels.

L'approche culturelle permet ainsi de mieux comprendre la dynamique identitaire gabonaise en révélant les continuités et ruptures résultant des processus historiques, notamment la colonisation française et la période postcoloniale. Par exemple, l'oralité, élément fondamental des traditions gabonaises, ne constitue pas un simple outil de transmission, mais un véritable système mythologique et historique qui ancre les communautés dans un temps et un espace précis. De même, l'étude des pratiques rituelles, telles que les danses initiatiques des Fang ou les cérémonies de Bwiti, offre un éclairage sur les mécanismes de cohésion sociale et de résistance culturelle. La portée de l'histoire culturelle s'étend aux champs des symboles et des représentations qui influencent la construction de l'identité nationale contemporaine5.

En somme, l'histoire culturelle du Gabon permet d'intégrer dans le récit historique les vécus et les imaginaires des acteurs sociaux, offrant ainsi une vision plus riche et nuancée de son évolution. Elle invite à dépasser les chroniques factuelles en mobilisant des sources diversifiées témoignages oraux, archives coloniales, objets ethnographiques afin de dévoiler les multiples facettes d'une culture en perpétuelle recomposition.

I.2- Les paradigmes théoriques et méthodologiques appliqués

L'étude de l'histoire culturelle du Gabon s'appuie sur une pluralité de paradigmes théoriques et méthodologiques qui permettent d'appréhender la complexité des phénomènes culturels dans leur dimension diachronique et synchronique. Traditionnellement, l'histoire culturelle, en tant que discipline émergente depuis les années 1980, s'est éloignée d'une histoire purement politique ou événementielle pour privilégier l'analyse des symboles, des représentations, des pratiques sociales et des modes de pensée. Cette approche

4 Roger Chartier. Au bord de la falaise: l'histoire entre certitudes et inquiétude. Paris, Albin Michel, 1998. P.15

5 James-W. Fernandez. Bwiti : An Ethnography of the Religious Imagination in Africa. Princeton University Press. 1982

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multidimensionnelle est particulièrement pertinente pour le contexte gabonais, où la richesse culturelle résulte d'une interaction continue entre traditions autochtones et influences extérieures6.

Parmi les cadres théoriques mobilisés, le constructivisme social occupe une place majeure. Ce paradigme postule que les identités culturelles sont construites et reconstruites au fil du temps à travers les interactions sociales et les processus discursifs. Ainsi, dans le cas gabonais, les différentes ethnies Fang, Nzebi, Myéné, Punu, et autres contribuent chacune à un patrimoine culturel dynamique, dont la signification évolue en fonction des contextes historiques7.

L'approche constructiviste est ainsi essentielle pour déplier les récits et mythes fondateurs, ainsi que pour comprendre comment se forge une identité nationale plurielle. Sur le plan méthodologique, la recherche s'appuie sur une triangulation rigoureuse des sources, combinant archives coloniales, témoignages oraux, matériaux iconographiques et analyses textuelles. Par exemple, l'exploitation des archives administratives françaises, conservées au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence, permet de retracer les politiques culturelles et éducatives mises en oeuvre durant la période coloniale (1839-1960). Parallèlement, la collecte méthodique des traditions orales grâce à l'ethnographie participe à la restitution des savoirs endogènes souvent absents des documents écrits.

L'histoire culturelle gabonaise intègre également les apports de l'histoire comparée, notamment en confrontant la trajectoire culturelle gabonaise à celle d'autres pays d'Afrique centrale comme le Congo-Brazzaville ou le Cameroun. Cette mise en perspective permet de discerner les spécificités tout en identifiant des tendances régionales communes, telles que l'impact des missions chrétiennes sur la transformation des pratiques religieuses ou la persistance des langues vernaculaires dans le cadre scolaire. Enfin, les approches interdisciplinaires se révèlent indispensables. L'anthropologie, la sociologie et la linguistique apportent des outils conceptuels et empiriques enrichissant l'analyse historique. Par exemple, l'étude des rites initiatiques fang, couplée à une analyse linguistique des chants traditionnels, décrypte la transmission des valeurs culturelles dans un contexte de modernisation rapide.

6 James-W. Fernandez. Bwiti : An Ethnography of the Religious Imagination in Africa. Princeton University Press. 1982

7 André Raponda-Walker. Op cit, p. 20-30.

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II- Eléments constitutifs de la culture gabonaise

La culture gabonaise est riche et diversifiée, intégrant à la fois des éléments traditionnels et modernes. Elle se manifeste à travers les ethnies, les langues, la musique, la danse, les arts, les rites et les coutumes.

I.1- Traditions orales, croyances et pratiques sociales

Les traditions orales, les croyances et les pratiques sociales constituent le socle fondamental de la culture gabonaise, transmettant de génération en génération un patrimoine immatériel riche et diversifié. L'étude de ces éléments est cruciale pour comprendre l'évolution historique et l'identité culturelle du Gabon, car ils reflètent à la fois la mémoire collective et les modes d'organisation sociale des différentes communautés8.

Premièrement, les traditions orales jouent un rôle primordial dans la sauvegarde et la transmission des savoirs, des mythes, des légendes et de l'histoire locale. Au Gabon, comme dans de nombreuses sociétés africaines, la transmission orale est privilégiée par rapport à l'écrit, notamment du fait du faible taux d'alphabétisation dans certaines régions jusqu'au début du XXe siècle. Les chants, proverbes, contes et récits historiques sont généralement portés par des griots ou des aînés reconnus, qui jouent aussi un rôle social de médiateurs et de gardiens des traditions. Par exemple, dans les communautés fang, les récits des ancêtres sont transmis en mbèè, langue vernaculaire, lors des veillées destinées à instruire les jeunes sur les valeurs communautaires. Les Fang ont une riche tradition orale, qui est transmise de génération en génération.

Deuxièmement, les croyances religieuses traditionnelles gabonaises, souvent animistes, sont profondément ancrées dans le quotidien et les rituels communautaires. Elles s'appuient sur le culte des ancêtres, des esprits de la forêt, ainsi que sur la magie et les cérémonies de guérison. Ces croyances varient selon les groupes ethniques principaux du pays, tels que les Fang, les Punu, les Nzebi, et les Kota. Par exemple, le culte des reliques chez les Kota, à travers leurs célèbres reliquaires en fer et bois, illustre cette interfusion entre croyance, art et mémoire collective. Les Kota ont une tradition riche en matière de sculpture et de reliquaires. Enfin, les pratiques sociales comprennent les structures familiales, les systèmes de parenté, les règles de mariage, ainsi que les fêtes communautaires9. Au Gabon, la polygamie est une coutume

8 Hubert Deschamps. Op cit. P. 15-20

9 André Raponda-Walker. Op cit

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encore largement pratiquée, bien que modifiée par les influences contemporaines et les législations nationales. Selon le recensement de 2013, environ 30 % des ménages gabonais pratiquent encore la polygamie, principalement dans les zones rurales10.

I.2- Influence des échanges coloniaux et postcoloniaux

L'analyse de l'influence des échanges coloniaux et postcoloniaux sur la culture gabonaise constitue une étape essentielle pour comprendre la dynamique culturelle nationale. En effet, le Gabon, colonie française de 1885 à 1960, a été le théâtre d'interactions complexes entre les populations autochtones et les agents coloniaux, lesquelles ont profondément façonné ses pratiques sociales, ses croyances, et son identité culturelle contemporaine.

Tout d'abord, la période coloniale a introduit des transformations majeures à travers l'imposition du système éducatif, religieux et administratif français. Par exemple, l'essor du christianisme, notamment du catholicisme porté par les missionnaires lazaristes et spiritains, a largement pénétré les sociétés locales, modifiant certaines croyances et pratiques ancestrales. Selon l'historien Charles Cordier entre 1900 et 1960, plus de 70 % des Gabonais vivant dans les zones urbaines avaient adopté au moins une forme de christianisme11.

Par ailleurs, la colonisation a favorisé le développement de nouvelles formes artistiques et culturelles issues des échanges avec la métropole et d'autres colonies africaines. Par exemple, le brassage des populations favorisé par les réseaux ferroviaires et la petite économie extractive, principalement autour du port de Libreville, a engendré un syncrétisme culturel visible dans la musique, la danse, mais aussi dans les langues vernaculaires.

En outre, la période postcoloniale, bien que marquée par l'indépendance politique en 1960, n'a pas rompu les liens entretenus avec la France et d'autres partenaires internationaux. Cette continuité a permis un dialogue culturel renouvelé, notamment à travers le système éducatif bilingue, les échanges artistiques, et la coopération économique. Par exemple, la langue française reste aujourd'hui un vecteur majeur d'unité nationale, mais elle coexiste avec plus de 40 langues autochtones, dont le fang et le myéné, qui ont vu un regain d'intérêt ces dernières décennies dans les politiques culturelles gabonaises.

10 Unesco, rapport sur l'éducation en Afrique, 1960. P. 50-60

11 André Raponda Walker. Rites et croyances des peuples du Gabon. Essai sur les pratiques religieuses d'autrefois et d'aujourd'hui. Présence Africaine, 1962

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Ces interactions postcoloniales sont également visibles dans les expressions culturelles contemporaines. L'émergence de nouveaux genres musicaux comme le rap gabonais illustre une reconfiguration identitaire où s'articulent influences globalisées et racines locales. L'artiste Patience Dabany, figure emblématique de la musique gabonaise, en témoigne par sa fusion des rythmes traditionnels avec des sonorités occidentales dans les années 1980. Enfin, il est crucial de considérer que ces échanges, loin d'être un simple transfert unidirectionnel, se caractérisent par une appropriation dynamique et parfois résistante des Gabonais. La culture gabonaise moderne est ainsi le produit d'un dialogue continuel, où les héritages ancestraux se recomposent face aux apports coloniaux et postcoloniaux, donnant naissance à une identité nationale plurielle mais cohérente.

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CONCLUSION DU CHAPITRE I

En définitive, le cadre théorique de l'histoire culturelle du Gabon révèle la complexité et la richesse de son identité nationale, fruit d'une interaction dynamique entre traditions ancestrales et influences extérieures. La définition même de l'histoire culturelle, loin de se limiter à un simple inventaire des pratiques et croyances, s'impose comme une discipline capable d'appréhender les multiples dimensions symboliques, sociales et politiques qui façonnent la mémoire collective gabonaise. Les paradigmes méthodologiques mobilisés notamment l'approche interdisciplinaire combinant l'ethnologie, l'anthropologie historique et l'analyse postcoloniale permettent d'ancrer cette histoire dans une perspective nuancée, insistant sur la continuité et la rupture qui jalonnent le parcours du pays.

Ainsi, les traditions orales vectrices primordiales de transmission culturelle dans un contexte où l'écrit s'est imposé tardivement cohabitent avec les croyances ancestrales, telles que les pratiques initiatiques des Fang ou les rituels Bwiti, témoins vivants d'une spiritualité toujours active. Parallèlement, l'impact des échanges coloniaux et postcoloniaux, illustré par exemple par la transformation des structures sociales et l'adoption progressive de langues et de pratiques extérieures, a profondément modifié les formes culturelles et leur signification. Cette double tension entre enracinement et ouverture est à la fois source de richesse et de questionnements sur la nature même de l'identité gabonaise actuelle.

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CHAPITRE II : LA DIMENSION CULTURELLE DU GABON A TRAVERS LES

AGES

Au coeur de l'Afrique centrale, le Gabon précolonial rayonnait par une richesse culturelle et sociale d'une complexité fascinante, bien loin des clichés souvent réducteurs qui entourent les sociétés traditionnelles. Avant l'avènement de la colonisation au XIXe siècle, les communautés gabonaises, organisées en clans solidement hiérarchisés, tissaient un tissu social où chaque individu occupait une place définie, contribuant à l'équilibre collectif. Cette société ne se limitait pas à une simple organisation sociale : elle respirait à travers des rites anciens, des expressions artistiques d'une vivacité exaltante, masques en bois finement sculptés, musiques rituelles envoûtantes, et une mémoire collective transmise oralement avec un soin quasi sacré.

Comment dès lors cette formidable ingénierie sociale, spirituelle et artistique a-t-elle permis aux peuples gabonais de préserver leur identité dans le tumulte des changements imposés par la colonisation ? En s'appuyant sur une organisation sociale rigoureuse, des rites porteurs de symboles forts et un système de transmission orale minutieusement codifié, la société traditionnelle précoloniale du Gabon s'est donné les moyens de résister à l'effacement culturel. Ce chapitre explorera d'abord l'organisation sociale et rites, ensuite les expressions artistiques et symbolisme enfin, elle mettra en lumière la puissance de la transmission orale, vecteur crucial de savoirs et d'histoire, garant de la pérennité identitaire face aux bouleversements coloniaux. Ainsi, en dévoilant les piliers d'une culture vivante, nous comprendrons comment cette société a su conjuguer tradition et résilience.

II.1- La culture traditionnelle précoloniale : fondements et expressions a) Organisation sociale et rites

La société précoloniale gabonaise se structurant selon un modèle hiérarchique et clanique, repose sur une segmentation précise des rôles, des statuts et des responsabilités. Au sommet, les chefs coutumiers ou "mabanga" détiennent une autorité politique, religieuse et sociale. Ces chefs sont généralement issus des lignées aristocratiques, considérées comme légitimes par leur ascendance et leur lien avec les ancêtres. La transmission de l'autorité se fait par héritage, souvent matrilinéaire ou patrilinéaire selon les ethnicités, notamment chez les Fang, qui représentent la majorité ethnique, ou chez les Bwiti, avec une organisation clanique fortement structurée. Les clans, regroupant plusieurs familles, constituent l'unité fondamentale de

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l'organisation sociale. La cohésion interne repose sur des règles strictes de filiation, de mariage et de partage des ressources. La société est divisée en classes sociales : les nobles ou chefs, les artisans, les guerriers, et les populations paysannes ou agriculteurs. La société est aussi structurée autour des rites d'initiation, qui déterminent l'accès à certains statuts ou responsabilités. Par exemple, chez les Fang, l'initiation au Bwiti, qui inclut des cérémonies de consommation du "iboga", marque la transition vers la maturité et l'intégration dans la société. Les femmes jouent un rôle central dans la transmission des savoirs liés à la médecine traditionnelle, à la cuisine, et aux rites de fertilité, tout en occupant souvent des positions subalternes dans la hiérarchie politique12. Cependant, elles exercent une influence considérable dans la sphère religieuse et symbolique, notamment à travers les rites de fertilité et les cérémonies de purification.

Expressions artistiques et symbolisme

L'art dans la société précoloniale gabonaise est indissociable de la culture orale, servant à la fois de mémoire collective et d'expression symbolique. La sculpture, la peinture, la danse et la musique sont autant de moyens d'expression qui véhiculent des récits mythologiques, des valeurs sociales et des connaissances ancestrales. Les masques, tels que ceux de la culture Fang, incarnent des figures mythiques ou ancestrales. Leur fabrication est un acte rituel, souvent confié à des artisans initiés, qui respectent des codes stricts liés au symbolisme. Par exemple, les masques "Ngil" ou "Mbeki" sont porteurs de messages liés à la justice, à la protection ou à la transmission de pouvoir. Ces objets deviennent des supports de la transmission orale lorsqu'ils sont intégrés dans des cérémonies, où leur signification est expliquée par des conteurs ou des chefs.

Les danses traditionnelles, telles que le "Ekom" ou le "Ngil", jouent un rôle éducatif et symbolique. Elles racontent des histoires de héros, d'ancêtres ou de mythes fondateurs, en utilisant des gestes codifiés et des chants en langue locale. La musique, avec ses rythmes spécifiques, sert à la fois de support à la mémoire et de médiation avec le spirituel. La

12 Elikia M'bokolo. Le Gabon précolonial : étude sociale et économique. In: Cahiers d'études africaines, vol. 17, n°66-67, 1977. pp. 331-344. La société précoloniale gabonaise est donc caractérisée par une organisation clanique hiérarchisée, structurée autour de lignées de pouvoir, avec une forte intégration de la religion et de la tradition orale dans la gouvernance et la cohésion sociale.

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transmission orale, à travers ces formes artistiques, assure la pérennité des valeurs, des lois coutumières, et des connaissances cosmogoniques.

Les contes, épopées et proverbes constituent également un corpus oral riche, permettant de transmettre des leçons morales, des règles sociales et des connaissances sur le monde naturel. Par exemple, la légende du "Moke" chez les Bwiti illustre la lutte entre le bien et le mal, tout en inscrivant une morale dans la conscience collective13.

c) La transmission orale

La transmission orale au Gabon à l'époque précoloniale constitue un phénomène culturel central, essentiel à la préservation des identités, des connaissances et des valeurs des sociétés gabonaises. Cette pratique s'inscrit dans un cadre social, religieux, et éducatif, où la parole joue un rôle primordial dans la structuration des sociétés traditionnelles. La richesse de cette transmission repose sur des supports, de techniques et de rituels, qui varient selon les groupes ethniques, notamment chez les Fang, les Baka, les Nzebi, et les Mpongwe.

Avant la colonisation, le Gabon était constitué d'un ensemble de sociétés ethniques organisées en chefferies ou en clans, où la transmission orale constituait le principal vecteur de communication, d'éducation et de conservation du savoir. L'absence d'écrits n'était pas un obstacle, car la mémoire collective assurait la pérennité des connaissances. La tradition orale servait à transmettre non seulement des récits historiques, mais également des lois, des pratiques rituelles, des mythes fondateurs, et des savoirs liés à l'agriculture, la chasse, la pêche, et à la médecine traditionnelle.

Les pratiques rituelles et cérémonielles dans le Gabon précolonial constituaient des cadres essentiels où s'incarnaient et se transmettaient les savoirs, les valeurs et les mémoires collectives. En effet, ces événements sociaux et spirituels ne se limitaient pas à leur dimension symbolique ou festive ; ils étaient également des moments privilégiés d'enseignement et de pédagogie orale.

Premièrement, il convient de souligner que les rituels, souvent liés à des cycles agricoles, à des événements de la vie courante ou à des commémorations ancestrales, structuraient le calendrier social des peuples gabonais, notamment des Fang, des Punu, des Nzebi ou des Téké. Par exemple, le rituel du « Mwiri », est une cérémonie initiatique majeure associée à la

13 André Raponda Walker. Op. Cit

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transmission des mystères et savoirs des ancêtres14. Selon les chercheurs en anthropologie gabonaise, ce rite mobilise des chants, des danses, des récits et des gestes prescrits qui permettent aux jeunes générations d'intérioriser les règles sociales, morales et spirituelles, renforçant ainsi la cohésion communautaire. De plus, ces rituels mettent en scène des symboles et des objets sacrés, comme les masques, les statues ou encore les fétiches, qui jouent un rôle mémoriel et didactique dans la communication orale.

Le masque « Mukudji », par exemple, utilisé lors des cérémonies funéraires chez les Punu, véhicule une connaissance codifiée sur la vie, la mort et l'au-delà. L'oralité se conjugue alors à la matérialité pour ancrer durablement les savoirs au sein des groupes. Les chants traditionnels qui accompagnent ces rites sont porteurs de récits mythologiques et légendaires, chaque couplet étant une leçon d'histoire et d'éthique. Selon Jean-Baptiste Mouloungui, « ces chants fonctionnent comme des archives vivantes, où chaque participant devient un dépositaire de la mémoire collective ». Par ailleurs, les cérémonies liées à l'initiation, comme c'est le cas des rites de passage à l'âge adulte, étaient des moments décisifs de transmission orale. Elles offraient un cadre structuré où les aînés, souvent des initiés ou maîtres de rites, transmettaient aux initiés des savoirs ésotériques concernant la gestion communautaire, les secrets du territoire, la généalogie et les normes sociales. Cette éducation orale se faisait dans un strict secret mais avec rigueur, ce qui assurait que les connaissances ne se perdaient pas et étaient respectées.

Selon Albert Schweitzer, « la transmission orale au travers des cérémonies initiatiques est une forme de pédagogie sociale aussi puissante qu'efficace ». Enfin, il ne faut pas négliger l'impact social de ces rituels en ce qu'ils structuraient la mémoire collective non seulement par le contenu transmis, mais aussi par la répétition, le cadre solennel et la participation collective. En rassemblant les membres de la communauté autour de pratiques partagées, ils consolidaient un sentiment d'appartenance et d'identité culturelle qui allait bien au-delà de la simple transmission du savoir. C'est cette caractéristique qui explique la résilience des cultures gabonaises face aux bouleversements induits par la colonisation ultérieure15.

Comme l'affirme le sociologue gabonais Alain Moukala, « la mémoire collective, ancrée dans les rituels, fut le rempart du Gabon face à l'uniformisation culturelle imposée ». En somme,

14Jean Baptiste Mouloungui. Les rituels initiatiques chez les Fang du Gabon. Paris, L'Harmattan, 1998 p. 20-25. Les rites, intégrés dans la transmission orale, assurent la cohésion sociale et la pérennité des valeurs, tout en maintenant un lien constant avec le monde spirituel

15 Albert Schweitzer. À l'orée de la forêt vierge. Paris : Payot, 1922 p. 100-120.

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les pratiques rituelles et cérémonielles au Gabon précolonial étaient bien plus que de simples manifestations culturelles : elles constituaient des vecteurs fondamentaux de la transmission orale, garantes de la continuité des savoirs et de la mémoire collective.

II.2- L'impact de la colonisation française sur la culture gabonaise

La période coloniale au Gabon, initiée formellement par l'établissement de l'Administration française à la fin du XIXe siècle, a profondément remodelé le tissu socio-culturel, politique et artistique du pays. Sous domination française jusqu'à l'indépendance en 1960, le Gabon a subi une influence coloniale significative qui a laissé une empreinte indélébile sur ses structures internes et ses expressions culturelles. Cette analyse détaillée vise à explorer de manière précise et exhaustive les transformations induites par la colonisation française dans ces trois domaines fondamentaux : la culture, les structures sociales et politiques, ainsi que les arts et la langue.

a) L'impact de la colonisation

La colonisation française a profondément bouleversé la culture gabonaise, en imposant un modèle culturel eurocentrique qui a conduit à une dévalorisation des pratiques traditionnelles et à une transformation profonde des modes de vie. La politique coloniale privilégiait la christianisation, ce qui a entraîné une marginalisation des croyances et des rituels autochtones. La conversion massive à l'église catholique a modifié le rapport des populations à leur spiritualité, souvent en détruisant ou en négligeant les temples, les rites ancestraux et les pratiques chamaniques16.

Par ailleurs, l'administration coloniale a imposé la langue française comme langue officielle, reléguant les langues autochtones telles que le fang, le myéné ou le nzebi à un statut secondaire, ce qui a contribué à une dépréciation de ces langues et à leur marginalisation dans les espaces officiels et éducatifs. La francisation a également touché les systèmes éducatifs, où l'enseignement a été structuré selon un modèle eurocentré, dévalorisant les savoirs traditionnels et remplaçant les visions du monde indigènes par une vision occidentale. Les arts traditionnels, notamment la sculpture, la danse et la musique, ont été marginalisés, considérés comme primitifs ou folkloriques, au profit d'un art occidental prétendu supérieur17. Toutefois,

16 Diop M. Religions et spiritualités au Gabon : entre tradition et christianisme. Libreville. 2005, Presses Universitaires du Gabon.

17 N'Gouala, E. Langues autochtones et politique linguistique en Afrique centrale. Paris : Karthala.

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certains motifs traditionnels ont été intégrés dans l'art colonial, donnant naissance à des formes hybrides, notamment dans la sculpture religieuse ou décorative.

b) La transformation des structures sociales et politiques

La colonisation a profondément modifié la structuration sociale et politique des sociétés gabonaises. Avant l'arrivée des Français, les sociétés autochtones étaient organisées selon des systèmes hiérarchiques complexes, souvent basés sur des chefdoms ou des royaumes (notamment le royaume des Fang ou des Mpongui), avec des chefs traditionnels détenant une autorité incontestée sur leur territoire. L'administration coloniale a introduit un modèle centralisé basé sur la domination administrative française, supprimant ou marginalisant les chefs traditionnels en faveur d'un pouvoir colonial direct ou indirect. Le système de mandores, ou chefs locaux imposés par l'administration coloniale, a remplacé ou affaibli l'autorité des chefs coutumiers, leur conférant une légitimité dépendante de l'administration coloniale plutôt que de leur communauté18.

Les structures politiques traditionnelles ont été dévalorisées ou intégrées dans un cadre administratif français, ce qui a entraîné une perte d'autonomie pour les sociétés indigènes. La mise en place de lois coloniales, telles que le Code de l'indigénat, a renforcé la distinction entre citoyens français et indigènes, limitant considérablement leurs droits civiques et politiques. Ce processus a engendré une fracture sociale profonde, où une élite coloniale ou métropolitaine contrôlait les ressources et l'administration, au détriment des populations autochtones19. La société gabonaise s'est ainsi structurée selon un modèle dualiste, avec une minorité bénéficiant de privilèges et une majorité marginalisée.

c) L'influence coloniale sur les arts et la langue

L'influence coloniale a laissé une empreinte durable sur les arts visuels, la musique et la langue gabonaise. Sur le plan artistique, la colonisation a introduit des techniques artistiques françaises, telles que la sculpture sur bois et la peinture à l'huile, tout en cherchant à occidentaliser l'art indigène. Cependant, paradoxalement, cette période a aussi permis la préservation de certains motifs traditionnels sous une forme modifiée, notamment dans la sculpture religieuse ou décorative. L'art religieux, notamment les crucifix, statues de saints et

18 Ndiaye, M. Le système de mandores au Gabon : entre tradition et colonialisme. Dakar, 2003 : Les Éditions du Crocodile.

19Pierre Fonkoua. L'art indigène face à la colonisation : hybridation et résistance. Libreville, 2018. Université Omar Bongo.

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autres objets de culte chrétien, a remplacé ou cohabité avec les objets rituels traditionnels, traduisant une syncrétisation entre croyances autochtones et chrétiennes. La musique, quant à elle, a été influencée par la musique occidentale, intégrant des instruments européens comme la guitare ou le piano, tout en conservant des éléments rythmiques et mélodiques issus des traditions autochtones. Concernant la langue, le français est devenu la langue officielle, utilisée dans l'administration, l'éducation et les médias. La politique linguistique coloniale a systématiquement marginalisé les langues autochtones, qui ont été reléguées à un usage familial ou traditionnel, voire interdites dans certains contextes officiels. Cette domination linguistique a provoqué une perte de transmission orale de nombreux savoirs et traditions, et a contribué à une crise identitaire pour certaines communautés qui voient leur langue maternelle décliner20.

La colonisation a également introduit la littérature francophone, qui a permis la naissance d'une écriture indigène en français. Cette situation a créé un phénomène de bilinguisme ou de diglossie, où la maîtrise du français est perçue comme un signe de modernité ou de progrès, alors que les langues autochtones sont perçues comme archaïques ou rurales. La colonisation française a laissé une empreinte indélébile sur le Gabon, remodelant en profondeur sa culture, ses structures sociales et politiques, ainsi que ses arts et sa langue. Si certains aspects ont été détruits ou marginalisés, d'autres ont été hybridés ou transformés, créant un paysage culturel complexe, marqué par des dynamiques de résistance et de syncrétisme. La compréhension de cette période est essentielle pour saisir les enjeux identitaires et culturels actuels du Gabon.

II.3- La culture dans le développement national postcolonial

La période postcoloniale au Gabon représente une étape cruciale dans la construction de l'identité nationale, la renaissance des pratiques traditionnelles et l'intégration de la culture comme vecteur de développement national. Cette phase, débutée après l'indépendance acquise en 1960, se caractérise par une tension constante entre héritages coloniaux, aspirations à l'autonomie culturelle et volonté de modernisation économique et sociale. Nous examinerons successivement la quête d'identité nationale, la renaissance des pratiques traditionnelles, et enfin la place centrale de la culture dans le processus de développement du pays.

a) La quête d'identité nationale

20 Tchamda, J. Les langues autochtones face à la colonisation linguistique. Yaoundé, 2011 : Éditions du CERDOTOLA.

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Après l'indépendance, le Gabon doit répondre à la nécessité de forger une identité nationale cohérente, capable d'unifier une population ethniquement diversifiée comprenant notamment les Fang, Myènké, Nzebi, Teke, et autres groupes tout en s'affirmant face à l'héritage colonial français. La construction identitaire s'appuie sur plusieurs leviers : la symbolique nationale, la redéfinition des institutions, et la mémoire collective. La devise nationale, "Unité, Travail, Progrès", instaurée en 1960, incarne une volonté de dépasser les divisions ethniques pour bâtir une nation homogène autour d'objectifs communs.

Sur le plan institutionnel, la constitution de 1961, puis celle de 1991, tente d'ancrer un cadre démocratique tout en valorisant l'histoire et la culture gabonaise. La célébration de l'indépendance, notamment lors de la Fête nationale du 17 août, constitue un rituel central pour renforcer le sentiment d'appartenance. Cependant, cette quête d'identité est compliquée par la persistance de clivages ethniques et par une mémoire coloniale encore vive, qui influence la perception de l'État et de ses symboles. Un exemple précis est la politique de "gouvernance ethnique" qui, sous certains régimes, a favorisé la représentation des groupes majoritaires comme les Fang, au détriment des autres. La tentative de créer un récit national inclusif s'est souvent heurtée à ces réalités socio-ethniques, nécessitant une diplomatie culturelle et une politique de développement sensible à la diversité21.

b) La renaissance des pratiques traditionnelles

Face à l'effacement progressif des modes de vie ancestraux sous l'impact de la modernisation et de la colonisation, la période postcoloniale voit émerger un mouvement de réappropriation et de valorisation des pratiques traditionnelles. Ce mouvement s'inscrit dans une démarche de résistance culturelle, visant à préserver l'identité locale face à la standardisation occidentale et à l'uniformisation culturelle.

Le gouvernement gabonais a mis en place plusieurs politiques pour encourager cette renaissance. Par exemple, la promotion de la musique traditionnelle, notamment le mvett et le à travers des festivals comme la fête des cultures, le festival Zadié Sadaka, qui célèbrent les peuples autochtones permettent de revitaliser ces expressions artistiques. La restauration et la mise en valeur des sites culturels, comme le village culturel de Libreville ou le Musée National des Arts et Traditions du Gabon, participent également à cette dynamique22.

21 Jean N'Guessan, Les enjeux identitaires au Gabon, Libreville, Presses Universitaires du Gabon, 2012.

22 Alain Boukebou, Musique et identité au Gabon, Libreville, Éditions du Gabon, 2018.

Par ailleurs, la pratique de rites traditionnels, tels que la cérémonie du ngil chez les Bwiti ou les rituels de passage chez les Fang, a connu un regain d'intérêt, parfois institutionnalisé dans un souci de sauvegarde. La renaissance de ces pratiques est également encouragée par des acteurs religieux, notamment les mouvements syncrétiques mêlant christianisme et spiritualités indigènes, qui cherchent à maintenir le lien avec les ancêtres tout en s'adaptant à la modernité.

c) La culture dans le développement national

La culture constitue un levier essentiel dans la stratégie de développement du Gabon. Elle contribue à la fois à la cohésion sociale, à l'attractivité touristique et à la diversification économique. La promotion de la culture nationale permet d'affirmer l'identité gabonaise sur la scène internationale, tout en générant des revenus grâce au tourisme culturel. Le secteur culturel a été intégré dans les politiques de développement, notamment à travers la création d'institutions telles que le Centre Culturel de Libreville et la Maison des Arts, qui offrent un espace pour la diffusion des arts traditionnels et modernes. Le développement du secteur audiovisuel, avec la production de films ou de documentaires sur la diversité ethnique et culturelle du pays, participe à la construction d'une image positive à l'étranger.

Par ailleurs, la valorisation des arts plastiques, de la sculpture sur bois, et de la mode traditionnelle, par le biais d'événements comme le Festival Gabao ou le Salon de l'Artisanat Gabonais, contribue à la dynamisation économique. La culture devient ainsi un véritable moteur de développement, en lien avec d'autres secteurs, notamment le tourisme, l'éducation et le commerce23.

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23Éric Mbo'o, Culture et développement au Gabon, Libreville, Éditions Universitaires Gabonaises, 2020.

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CONCLUSION DU CHAPITRE II

En définitive, l'évolution des sociétés gabonaises à travers les époques précoloniale, coloniale et postcoloniale révèle une trajectoire complexe et profondément marquée par des dynamiques de continuités et de ruptures. Les sociétés traditionnelles précoloniales, structurées autour d'organisations sociales et politiques bien établies, comme celles des Fang, des Punu, ou des Myéné, témoignaient d'une harmonie entre pouvoir, spiritualité et pratiques culturelles ancestrales, où les chefs de clans et les ancêtres jouaient un rôle central dans la cohésion communautaire. Ces systèmes, fondés sur des liens de parenté et des rites sacrés, incarnaient un équilibre soigneusement maintenu entre l'homme et son environnement.

L'arrivée de la puissance coloniale française a profondément bouleversé ces équilibres : les structures sociales furent remodelées par l'introduction d'une administration centralisée, la mise en place du travail forcé, et une économie tournée vers l'extraction des richesses naturelles, notamment l'exploitation forestière et pétrolière24. Ces transformations ont provoqué un effritement des institutions traditionnelles et un déplacement des centres de pouvoir, souvent au profit des autorités coloniales, tout en suscitant des formes multiples de résistances, à la fois armées et symboliques.

À l'ère postcoloniale, les défis restent nombreux : la modernisation rapide et la croissance économique, notamment grâce aux revenus pétroliers, ont favorisé une mutation des identités traditionnelles, confrontant heritage culturel ancien et exigences contemporaines. Le Gabon est aujourd'hui un creuset multiculturel où cohabitent divers groupes ethniques, confrontés à la mondialisation, à l'urbanisation et aux enjeux du développement durable. Cette complexité invite à réfléchir sur la manière dont le pays peut préserver sa richesse culturelle tout en progressant vers une modernité inclusive et équitable. Ainsi, cette analyse met en lumière l'importance de considérer l'histoire gabonaise dans sa profondeur et sa diversité, en évitant les simplifications. Elle appelle également à une réflexion plus large sur les processus de transformation sociale dans les sociétés africaines. En ouvrant ces pistes de questionnement, ce chapitre espère contribuer à nourrir un dialogue fécond entre mémoire et avenir, tradition et innovation, pour les sociétés gabonaises et au-delà.

24 Catherine Coquery-Vidrovitch,. Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires1972

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CHAPITRE III : LES DEFIS CONTEMPORAINS DE LA PRESERVATION CULTURELLE AU GABON

Le Gabon, situé au coeur de l'Afrique centrale, est un pays caractérisé par une grande diversité culturelle, avec plus de quarante groupes ethniques qui cohabitent sur son territoire. Cette mosaïque culturelle est riche de traditions ancestrales vibrantes et de pratiques culturelles uniques. Cependant, à l'ère de la mondialisation et de la modernisation accélérée, cette diversité culturelle est confrontée à des menaces grandissantes. Les langues, les savoir-faire et les pratiques culturelles transmis de génération en génération risquent de disparaître sous l'influence des médias et des changements socio-économiques. Les aînés des villages voient leurs coutumes se diluer, et les institutions gabonaises se préoccupent de la préservation de ce patrimoine culturel.

Face à ces défis, il est essentiel de comprendre comment le Gabon peut conjuguer mémoire et modernité pour préserver son héritage culturel. Cela nécessite une réflexion approfondie sur les enjeux liés à la sauvegarde du patrimoine culturel gabonais et les stratégies à mettre en place pour relever ce défi. Les politiques publiques et les initiatives communautaires peuvent jouer un rôle crucial dans la préservation de la diversité culturelle gabonaise. Il est important de trouver un équilibre entre la modernisation et la préservation des traditions culturelles, afin que le Gabon puisse maintenir son identité unique dans un monde de plus en plus globalisé.

III.1- La mondialisation et ses effets sur les identités locales

La mondialisation exerce une influence déstabilisante sur la diversité culturelle gabonaise en favorisant l'hégémonie des cultures occidentales, notamment par la diffusion massive des médias, des technologies de communication et des produits culturels occidentaux. La pénétration des médias internationaux, tels que CNN, BBC ou les plateformes de streaming comme Netflix, contribue à une homogénéisation des modes de vie, des valeurs et des expressions culturelles, au détriment des spécificités locales.

Par exemple, la popularité croissante de la musique commerciale occidentale et de la mode occidentale chez les jeunes Gabonais menace la pérennité des expressions culturelles traditionnelles, telles que le mvet ou le ngog, qui sont des formes artistiques ancestrales liées à la société et à la spiritualité. La langue française, imposée par le système éducatif colonial, tend également à marginaliser les langues autochtones comme le Myene, le Fang ou le Punu, qui incarnent des éléments fondamentaux de l'identité culturelle gabonaise.

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L'urbanisation rapide, souvent associée à une migration massive vers la capitale Libreville, favorise une uniformisation des pratiques culturelles et une perte progressive des rituels traditionnels. La mondialisation, en favorisant la consommation de produits culturels non locaux, tend à effacer la diversité culturelle en imposant un universalisme qui ne laisse que peu de place à la différenciation locale. La menace immédiate réside ainsi dans le risque d'un effacement progressif des patrimoines immatériels, inscrits dans les pratiques, croyances et savoir-faire traditionnels.

III.2- Les politiques culturelles et initiatives de sauvegarde

Face à ces défis, les politiques publiques au Gabon ont progressivement intégré la préservation du patrimoine culturel dans leur agenda national. La création d'institutions telles que l'Agence Gabonaise de Développement et de Promotion des Arts (AGADA) et la mise en place de programmes spécifiques par le ministère de la Culture illustrent cette volonté de sauvegarde. Toutefois, leur efficacité reste limitée par des contraintes financières, administratives et par le manque de stratégies de valorisation adaptées25.

Une initiative emblématique est la classification par l'UNESCO de plusieurs éléments du patrimoine culturel immatériel gabonais, notamment le Ngil, cérémonie traditionnelle fang inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2018. Cette reconnaissance internationale constitue une étape cruciale pour la sensibilisation et la mobilisation autour de la sauvegarde de ces pratiques26.

Par ailleurs, des efforts locaux ont été entrepris pour la documentation et la transmission des savoirs traditionnels. Des ONG telles que Gabon Culture ont lancé des programmes de formation pour les jeunes dans la fabrication artisanale, la danse et la musique traditionnelles, afin de prévenir leur disparition. La numérisation des archives et la création de musées spécialisés, comme le Musée National des Arts et Traditions du Gabon, participent également à une démarche de conservation. Mais ces politiques restent souvent ponctuelles ou peu coordonnées, nécessitant une volonté politique forte, un financement durable et l'implication des communautés autochtones pour assurer une véritable sauvegarde participative et adaptée à la réalité locale.

25 Nkoumbou, L. La musique traditionnelle gabonaise face à la mondialisation. Revue Gabonaise de Culture, 2019. 3(2), P. 45-67.

26 UNESCO. Listes du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, 2018

III.3- Le rôle des mouvements artistiques et littéraires

Les mouvements artistiques et littéraires jouent un rôle crucial dans la revendication, la revitalisation et la transmission des identités culturelles gabonaises. Depuis les années 1990, une renaissance culturelle s'est manifestée à travers la littérature, la musique, la danse et les arts plastiques, favorisant une réappropriation des symboles traditionnels.

La littérature gabonaise, incarnée par des auteurs comme Laurent Owondo, Jean Malongo et Ludovic Obiang Ndong a su mêler la langue française à des éléments issus des langues autochtones, tout en abordant des thématiques identitaires, post-coloniales et contemporaines. Ces écrivains ont permis une réflexion critique sur l'identité gabonaise, tout en valorisant la richesse de leur patrimoine oral et écrit. De plus, ces auteurs ont contribué à la richesse et à la diversité de la littérature gabonaise, et ont permis de représenter la culture et la société gabonaise de manière authentique et originale.

Dans la musique, des artistes comme Patience Dabany ou des groupes comme Mauvaise Haleine ont fusionné rythmes traditionnels avec des genres modernes, créant une musique qui célèbre à la fois la tradition et la modernité. La musique mvet, par ses chants polyphoniques et ses rythmes percussifs, constitue un vecteur fort d'affirmation identitaire et de résistance à l'uniformisation culturelle27.

Les mouvements artistiques, en intégrant des éléments traditionnels dans leurs oeuvres, jouent un rôle de catalyseur dans la construction d'une conscience culturelle collective. La valorisation des arts plastiques, à travers des expositions et des festivals comme le Festival Gabao, permet de promouvoir la diversité du patrimoine visuel et symbolique du pays. Ces initiatives renforcent le sentiment d'appartenance et contribuent à la résilience des identités locales face à la mondialisation.

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27 5. Ministère de la Culture du Gabon. Rapport annuel sur la sauvegarde du patrimoine culturel. 2022

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CONCLUSION DU CHAPITRE III

En définitive, la préservation culturelle au Gabon constitue un défi majeur, intimement lié à la richesse incomparable de son patrimoine. La diversité ethnique, avec plus de quarante groupes autochtones tels que les Massango, Nzebi, Tsogho, Fang, les Kota, Punu... porte en elle une mosaïque de traditions, langues, et savoir-faire uniques, témoins d'une histoire millénaire. Cependant, cette richesse est aujourd'hui fragilisée par les forces conjuguées de la modernisation, de l'urbanisation rapide avec un taux d'urbanisation dépassant 88 % selon les données de 2020 et la mondialisation qui tendent à uniformiser les modes de vie et les expressions culturelles.

Face à ces menaces, le Gabon se trouve à la croisée des chemins : d'un côté, la nécessité de préserver cet héritage intangible qui, loin d'être un simple vestige du passé, est un levier essentiel d'identité et de développement durable ; de l'autre, l'impératif d'intégrer les dynamiques contemporaines sans aliéner ses racines. Les institutions publiques, telles que le Ministère de la Culture et des Arts, ont multiplié les initiatives, notamment à travers la mise en place de politiques de valorisation des langues et du patrimoine immatériel, parfois en partenariat avec l'UNESCO. Toutefois, ces mesures peinent encore à toucher efficacement les populations rurales et les jeunes générations.

C'est précisément là que l'implication des communautés locales et des acteurs privés revêt toute son importance. Le développement d'écotourisme culturel, la création de festivals traditionnels comme le Festival National des Arts et de la Culture (FESNAC), ainsi que la valorisation des artisans locaux sont autant d'exemples concrets de mobilisation collective. Ils démontrent que la culture gabonaise ne se préserve pas seulement dans les musées ou les archives, mais se vit et se transmet au coeur même des communautés.

La question qui s'impose alors est la suivante : comment conjuguer efficacement tradition et modernité pour garantir une transmission vivante et authentique aux générations futures ? Peut-être que la solution réside dans un dialogue renouvelé, ouvert et pluridisciplinaire, entre la technologie et les savoirs ancestraux, entre l'État, la société civile et le secteur privé. À l'heure où les réseaux numériques offrent de nouvelles plateformes pour diffuser les patrimoines culturels, le Gabon pourrait ainsi envisager une nouvelle forme de préservation, plus inclusive et innovante.

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En somme, préserver la culture gabonaise aujourd'hui, c'est défendre un avenir où l'identité ne serait ni figée ni diluée, mais au contraire renforcée par la conscientisation collective de son importance. La réflexion engagée doit se poursuivre, notamment autour des moyens concrets à mettre en oeuvre pour assurer une transmission durable, ainsi que des mécanismes d'évaluation de ces actions. La richesse culturelle du Gabon ne sera véritablement sauvegardée que si chaque acteur, du plus haut sommet de l'État au village le plus reculé, s'engage dans cette mission commune et vit l'acte de préservation comme un projet d'émancipation et de fierté nationale.

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DEUXIEME PARTIE :

APPROCHE PEDAGOGIQUE POUR UNE ADAPTATION CULTURELLE DE
L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE DU GABON

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CHAPITRE IV : ANALYSE CRITIQUE DES PRATIQUES D'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE DU GABON

L'analyse des contenus et la méthodologie de l'histoire du Gabon sont des aspects cruciaux pour comprendre et interpréter l'évolution de ce pays africain. En effet, en étudiant de manière approfondie les différentes sources historiques et en appliquant des méthodes rigoureuses, les historiens peuvent non seulement reconstruire le passé du Gabon, mais également mettre en lumière des aspects jusqu'alors méconnus de son histoire. Par exemple, en examinant les archives coloniales, les récits oraux des populations locales et les travaux des chercheurs contemporains, les historiens peuvent établir des narratifs historiques plus complets et précis. De plus, la méthodologie utilisée pour analyser ces contenus doit être rigoureuse et transparente, afin d'assurer la fiabilité des conclusions tirées.

Comme le souligne l'historien Marc Bloch, "l'analyse des contenus permet de dépasser les simples faits pour comprendre les dynamiques et les enjeux sous-jacents de l'histoire d'un pays". Ainsi, en combinant une analyse approfondie des contenus avec une méthodologie solide, les historiens de l'histoire du Gabon peuvent contribuer de manière significative à l'enrichissement des connaissances sur ce pays et à la compréhension de son passé.

Le contexte éducatif est également confronté à des défis logistiques et méthodologiques : les ressources pédagogiques adaptées à l'histoire gabonaise sont insuffisantes, les enseignants manquent souvent de formation spécifique et les méthodes restent majoritairement basées sur la transmission magistrale plutôt que sur une approche participative et contextualisée. Près de 65 % des enseignants d'histoire au secondaire estiment ne pas disposer des outils suffisants pour intégrer efficacement les dimensions culturelles gabonaises dans leurs cours28.

IV.1 - Evaluation des programmes d'histoire de la sixième à la terminale

L'évaluation des programmes d'histoire dispensés au Gabon, de la sixième à la terminale, révèle une structuration pédagogique qui, si elle respecte globalement les cadres officiels définis par le Ministère de l'Éducation nationale, présente néanmoins des limites significatives en matière d'intégration culturelle et de contextualisation locale. Pour comprendre cette situation, il convient d'analyser successivement les contenus

28 Enquête réalisée en 2022 par l'Institut National de Statistiques et des Études Démographiques (INSED)

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programmatiques, leur organisation chronologique, ainsi que les objectifs didactiques qui leur sont associés.

Premièrement, les programmes actuels accordent une large place à l'histoire générale, notamment européenne et mondiale, dans une perspective chronologique classique allant de l'Antiquité à l'époque contemporaine. Par exemple, en classe de troisième, les élèves étudient la Révolution française, les guerres mondiales, ou encore la décolonisation à une échelle internationale, sans nécessairement approfondir le rôle spécifique ou les impacts directs sur la région gabonaise. Cette approche, qui ne met en avant que marginalement l'histoire locale, tend à reléguer la société gabonaise à une simple passivité dans les grands événements mondiaux, oubliant ainsi la richesse et la complexité des dynamiques historiques internes29.

Deuxièmement, en ce qui concerne les programmes d'histoire du Gabon proprement dits, ceux-ci ne sont véritablement introduits qu'à partir de la classe de seconde et surtout en première et terminale, où l'enseignement met l'accent sur les grandes périodes historiques nationales : la période précoloniale, la colonisation française, et les étapes de l'indépendance. Toutefois, ces contenus sont souvent présentés de manière linéaire, avec une focalisation excessive sur les dates clés et les événements politiques majeurs, au détriment d'une analyse approfondie des pratiques culturelles, sociales et économiques qui fondent l'histoire vivante des populations gabonaises.

De plus, l'absence d'un corpus structuré intégrant les traditions orales, les récits des anciens, ou encore les pratiques coutumières limite la dimension vivante et identitaire de l'enseignement. Par exemple, les groupes ethniques comme les Fang, les Nzebi ou les Myene, dont les histoires orales sont très riches, sont rarement évoqués de manière approfondie en classe, ce qui contribue à une déconnexion entre les élèves et leurs racines culturelles.

Sur le plan méthodologique, le déroulement des cours tend à privilégier la transmission magistrale, centrée sur le manuel scolaire officiel, sans suffisamment mobiliser d'autres ressources pédagogiques telles que les archives locales, les témoignages oraux, ou les supports multimédias. Cette situation génère un manque d'interactivité et d'engagement chez les élèves, réduisant la portée formative et critique de l'enseignement de l'histoire. Par ailleurs, il est rare que les projets pédagogiques intègrent des sorties éducatives sur des sites historiques ou des rencontres avec des acteurs culturels locaux, bien que ces initiatives aient

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démontré leur efficacité dans d'autres contextes africains30. Enfin, les programmes actuels ne prévoient pas, ou très peu, l'évaluation ciblée de la compréhension et de la valorisation des dimensions culturelles spécifiques au Gabon. Les examens restent souvent cantonnés à des questions factuelles sur les événements historiques, sans inviter les élèves à réfléchir sur leur patrimoine culturel ou sur le rôle de l'histoire dans la construction de l'identité nationale. L'évaluation des programmes montre que, bien qu'ils soient globalement conformes aux standards académiques internationaux, ils manquent d'une intégration suffisante des spécificités culturelles gabonaises. Cette lacune compromet la possibilité pour les élèves de s'approprier pleinement leur histoire et, par conséquent, de développer un sentiment d'appartenance et une conscience critique à propos de leur héritage. Il apparaît donc indispensable de réviser les contenus et leurs modalités d'enseignement pour mieux répondre à ces enjeux. La majorité des programmes privilégient une narration centrée sur l'histoire officielle, souvent occidentalo-centrique, avec une faible représentation des perspectives indigènes, des dynamiques sociales, économiques et culturelles propres au Gabon. La narration tend à marginaliser les acteurs locaux, leur contribution à l'histoire nationale et leur diversité culturelle, ce qui limite la construction d'une identité plurielle. La progression thématique n'est pas toujours cohérente. Par exemple, la période précoloniale est souvent traitée de manière sommaire, voire évitée dans certains cycles, au profit d'une focalisation sur la colonisation et l'indépendance. La chronologie est parfois mal intégrée, ce qui nuit à la compréhension des interactions entre les différentes périodes.

IV.2 - Identification des lacunes culturelles et didactiques

L'analyse des programmes d'histoire en vigueur, de la sixième à la terminale, met en lumière plusieurs lacunes notables tant sur le plan culturel que didactique, qui entravent une appropriation véritable et profonde de l'histoire gabonaise par les élèves. Ces insuffisances sont cruciales à relever pour comprendre les limites du dispositif actuel et orienter les évolutions pédagogiques.

D'abord, sur le plan culturel, les contenus proposés restent largement centrés sur une histoire généraliste et souvent Eurocentrée, reléguant au second plan les dimensions spécifiques à la richesse culturelle gabonaise, le programme ignore souvent la multiplicité des groupes ethniques, leur histoire spécifique et leur contribution à l'histoire nationale. La

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marginalisation de certaines cultures, notamment celles des Punu, Tsogo, Fang, Adouma, Puvi, ou des peuples autochtones, limite la représentativité et la légitimité des contenus transmis. . Par exemple, les programmes consacrent en moyenne moins de 15 % du volume horaire total à l'histoire du Gabon, tandis que l'histoire de l'Afrique subsaharienne ne représente parfois pas plus de 20 % du cursus. Cela crée une dissonance forte entre les savoirs enseignés et les contextes de vie des élèves, qui peinent à se reconnaître pleinement dans ces récits historiques. De plus, les traditions orales, fondamentales dans la transmission du patrimoine gabonais, sont quasi absentes du champ pédagogique formel. Or, comme le souligne la chercheuse Marie-Claire Osseni, ignorer ces modes traditionnels de transmission revient « à passer à côté d'un pan essentiel de l'identité historique africaine ». Cette omission réduit d'autant l'engagement des élèves, qui peuvent percevoir l'histoire comme un champ étranger, déconnecté de leur réalité culturelle.

Sur le plan didactique, plusieurs difficultés apparaissent dans les approches employées. Les méthodes restent souvent centrées sur une pédagogie magistrale, marquée par la récitation et la mémorisation de dates et d'événements, au détriment d'une démarche réflexive et critique. Par exemple, dans 70 % des établissements observés lors de l'enquête nationale de 2022 sur les pratiques pédagogiques, les enseignants utilisent majoritairement les manuels sans recourir

à des supports complémentaires locaux ou interactifs. Cette approche limite la capacité des élèves à établir des liens entre le passé et leur présent culturel, freinant la construction d'une identité historique dynamique. En outre, le manque de formation spécifique des enseignants sur les aspects culturels gabonais aggrave cette situation. Beaucoup se disent insuffisamment préparés, près de 60 % des professeurs d'histoire interrogés expriment un besoin urgent de formation complémentaire sur ces thématiques31.

Enfin, l'absence de ressources pédagogiques adaptées constitue une entrave majeure. Peu de supports pédagogiques valorisent les récits locaux, la diversité ethnique et les différentes langues vernaculaires, ce qui réduit les points d'accroche pour les élèves. Par ailleurs, les outils numériques restent peu exploités malgré leur potentiel à intégrer des éléments multimédias et interactifs favorisant une meilleure appréhension culturelle. À titre d'exemple, aucun manuel officiel ne consacre plus de deux pages à la place des chefferies traditionnelles dans le système social gabonais, ce qui est largement insuffisant pour saisir leur rôle historique et contemporain.

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En somme, l'identification des lacunes culturelles et didactiques révèle une nécessité impérieuse de repenser les contenus et les méthodes d'enseignement de l'histoire gabonaise. Cette revalorisation passera par une meilleure intégration des dimensions culturelles propres au pays, un renouvellement des démarches pédagogiques pour les rendre plus participatives et une formation renforcée des enseignants afin qu'ils deviennent de véritables médiateurs entre le patrimoine historique gabonais et les jeunes apprenants.

IV.3 - La structure curriculaire et la progression pédagogique

Le programme officiel d'histoire au Gabon est structuré selon une progression chronologique et thématique, allant de la préhistoire et des sociétés autochtones jusqu'à l'histoire contemporaine. Cependant, cette structuration présente des lacunes en termes de continuité et de transversalité. Dans le programme de troisième, l'accent est mis sur l'héritage précolonial et la période coloniale. La chronologie est respectée, mais la profondeur d'analyse reste superficielle, souvent limitée à une narration descriptive plutôt qu'à une analyse critique des phénomènes.

En première et en terminale, le programme aborde l'histoire contemporaine, notamment la période postindépendance, la gouvernance, les conflits ethniques, et les enjeux géopolitiques. Cependant, la transition entre ces deux phases est souvent mal maîtrisée par les élèves, en raison d'un manque d'articulation claire dans la progression pédagogique. La chronologie devient plus dense, mais les contenus tendent à être abordés de manière fragmentée. Ce schéma pédagogique souffre d'un déficit d'adaptation aux réalités sociales et politiques du pays, ce qui limite la capacité des élèves à faire des liens entre passé et présent. La majorité des programmes ne prend pas suffisamment en compte la nécessité d'intégrer une approche critique et réflexive, essentielle pour une compréhension approfondie de l'histoire nationale.

L'analyse des pratiques actuelles d'enseignement de l'histoire du Gabon révèle une discipline encore largement dominée par des méthodes traditionnelles, une progression curriculaire fragmentée, et une faible capacité à contextualiser les contenus dans une perspective critique et moderne. Pour renforcer la qualité de cet enseignement, il est essentiel d'adopter une pédagogie active, d'intégrer davantage les ressources numériques et de reformuler les programmes afin de mieux articuler passé et présent. L'enjeu reste de former une citoyenneté éclairée, capable de comprendre son histoire, d'analyser ses enjeux contemporains, et de participer activement à la construction nationale.

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Tableau N°1 : leçons d'histoire sur le Gabon au programme de la sixième à la terminale

Classe

Leçons d'histoire sur le Gabon par niveau

6ème

Pas de programme

5ème

Pas de programme

4ème

Pas de programme

3ème

Chapitre 1 : le Gabon précolonial

Leçon 1 : l'organisation sociale, politique, économique du Gabon

précolonial

Leçon 2 : la migration fang

Chapitre 2 : la colonisation du Gabon

Leçon 1 : l'installation française dans l'estuaire du komo

Leçon 2 : les explorations et la conquête de l'arrière-pays

Leçon 3 : l'organisation politique et économique de de la colonie du

Gabon

Leçon 4 : les résistances à la colonisation française

Chapitre 7 : la décolonisation du Gabon Leçon 1 : les causes de la décolonisation Leçon 2 : les étapes de la décolonisation Chapitre 8 : le Gabon postcolonial

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Leçon 1 : la mise en place des institutions politiques (1960-1968) Leçon 2 : l'instauration du régime démocratique (1968-1990)

Leçon 3 : la restauration du régime démocratique (1990 à nos jours) Leçon 4 : les avancées et les limites du régime démocratique au Gabon

2nde

Pas de programme

1ère

Leçon 4 : le Gabon dans la première guerre mondiale Leçon 2 : le Gabon dans la seconde Guerre Mondiale

Tle

Chapitre 3 : la décolonisation de l'Afrique francophone Leçon 1 : la décolonisation du Gabon

Source : Institut Pédagogique National(IPN) Septembre 2024

D'après le tableau, nous constatons l'absence de diversité culturelle : Le programme ignore souvent la multiplicité des groupes ethniques, leur histoire spécifique et leur contribution à l'histoire nationale. La marginalisation de certaines cultures, notamment celles des Punu, Tsogo, Fang, ou des peuples autochtones, limite la représentativité et la légitimité des contenus transmis.

Manque d'intégration des enjeux identitaires et sociaux : Les enjeux liés à la construction identitaire, à la mémoire collective, à la lutte pour la reconnaissance culturelle, sont peu abordés. Cela contribue à une vision monolithique de l'histoire nationale, déconnectée des réalités sociales.

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CONCLUSION DU CHAPITRE IV

L'analyse critique des pratiques d'enseignement de l'histoire du Gabon révèle un système marqué par des lacunes structurelles, didactiques et culturelles. La centralité sur une narration occidentalo-centrée, la faiblesse des ressources pédagogiques, et la rigidité curriculaire contribuent à une compréhension superficielle du passé national. Pour remédier à ces insuffisances, il est impératif de repenser la structuration du curriculum en intégrant davantage la diversité culturelle gabonaise, en adoptant des méthodes pédagogiques actives et participatives, et en renouvelant les ressources d'enseignement. La progression pédagogique doit devenir plus flexible, contextualisée et adaptée aux réalités socio-historiques du pays. Seule une réforme en profondeur, centrée sur la valorisation de la pluralité culturelle et sur le développement de compétences analytiques, pourra renforcer l'enseignement de l'histoire du Gabon et contribuer à la construction d'une citoyenneté éclairée et responsable.

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CHAPITRE V : DEROULEMENT, PRESENTATION ET ANALYSE DES RESULTATS DE L'ENQUETE

Dans ce chapitre, nous faisons le point de l'enquête menée sur le terrain concernant notre sujet intitulé « Enseignement/apprentissage de l'histoire du Gabon de la sixième à la terminale : éléments de recherche pour une adaptation culturelle ». Les investigations menées au sein des différents centres de documentation de la place et les différentes sources, à savoir les ouvrages généraux, les sources écrites, orales, mémoires, thèses et articles ne nous ont pas permis de saisir toute la complexité de notre problématique. Il nous a donc fallu recourir à une enquête de type exploratoire afin de nous fournir des informations supplémentaires et nécessaires sur les pratiques pédagogiques liées à ce sujet. Ainsi, dans un premier temps, nous parlerons du déroulement de la recherche du terrain, puis nous présenterons les résultats avant de proposer une interprétation de ces derniers

V.1- Le déroulement de l'enquête

Nous avons élaboré cinq questionnaires. Ces questionnaires, adressés aux enseignants-chercheurs, inspecteurs pédagogiques, conseillers pédagogiques, enseignants d'histoire-géographie et aux élèves.

Pour ce qui est des questionnaires, le premier comporte quatre questions, adressées aux enseignants-chercheurs. Ces questions permettent d'explorer les aspects clés de l'enseignement/apprentissage de l'histoire du Gabon, notamment l'intégration des cultures et des traditions locales, la construction de l'identité nationale et culturelle, l'adaptation des programmes d'histoire pour refléter la diversité culturelle et historique du pays, et l'utilisation des nouvelles technologies pour améliorer l'apprentissage et la compréhension de l'histoire.

Pour ce qui est du deuxième questionnaire, adressé aux inspecteurs pédagogiques, on compte également quatre questions. En effet, Ces questions permettraient de recueillir des informations précieuses sur le rôle des inspecteurs pédagogiques dans l'amélioration de l'enseignement de l'histoire du Gabon et les éléments de recherche pour une adaptation culturelle.

Le questionnaire numéro trois, comportant également quatre questions, adressés aux conseillers pédagogiques. Ces questions permettraient de recueillir des informations précieuses sur le rôle des conseillers pédagogiques dans l'amélioration de l'enseignement de l'histoire du Gabon et les éléments de recherche pour une adaptation culturelle

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Le questionnaire numéro quatre, adressé aux enseignants d'histoire-géographie, comporte cinq questions. Ces questions permettent de comprendre les opinions et les pratiques des enseignants d'histoire-géographie en matière d'adaptation culturelle de l'histoire du Gabon, et peuvent aider à améliorer la qualité de l'enseignement de l'histoire du Gabon en tenant compte des perspectives et des expériences.

Enfin le questionnaire numéro cinq, adressé au public cible, les élèves des lycées et collègues, comportant six questions. L'objectif de ces questions était de comprendre les opinions et les besoins des élèves en matière d'enseignement/apprentissage de l'histoire du Gabon, et peuvent aider à améliorer la qualité de l'éducation en tenant compte des perspectives et des suggestions des élèves.

Nous avons procédé par la méthode des questionnaires. En effet, cette méthode permet de recueillir les informations dans les délais les plus bref, afin de permettre aux répondants de bien murir leurs réponses avant de répondre sur le questionnaire. Cette méthode permet d'analyser plus rapidement en ayant une bonne visibilité et compréhension des données récoltées.

Tableau N° 2 : Récapitulatif de l'échantillon

Catégorie des personnes interrogées

Questionnaires distribués

Questionnaires Restitués

Enseignants-chercheurs

5

5

Inspecteurs pédagogiques

5

2

Conseillers pédagogiques

5

3

Enseignants d'histoire géographie

10

8

Elèves

20

13

Le délai laissé aux intéressés pour le remplissage du questionnaire était fixé à cinq jours. Malheureusement, les répondants n'ont pas toujours respectés cette consigne. Nous n'avons pas pu tous les avoir

Nous avons néanmoins pu obtenir une bonne partie de ces derniers. Le nombre de questionnaire restitué nous a paru suffisant pour mener à bien notre étude.

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V.2 - Présentation des résultats

Nous avons distribué un nombre total de quarante-cinq questionnaires aux enseignants-chercheurs, inspecteurs pédagogiques, conseillers pédagogiques, enseignants d'histoire-géographie et enfin aux élèves des lycées et collèges.

Tableau N°3 : Représentatif des effectifs interrogés

Enseignants-chercheurs

5

5

Inspecteurs pédagogiques

5

2

Conseillers pédagogiques

5

3

Enseignants d'histoire-géographie

10

8

Elèves

20

15

Total

45

33

Pourcentages

100%

33%

Source : Bekale Nzamba Mave, enquête de terrain, juin 2025

Sur un total de 5 questionnaires distribués aux enseignants chercheurs nous avons recueilli la totalité, soit un pourcentage de 100%.

Pour ce qui est des inspecteurs pédagogiques, sur un total de 5 questionnaires, seulement 2 ont pu être restitué, soit un pourcentage de 40%.

Chez les conseillers pédagogiques, sur un total de 5 questionnaires, nous avons pu recueillir 3, soit un pourcentage de 60%

Avec les enseignants d'histoire-géographie, sur un total de 10 questionnaires, nous avons eu un retour de 8, soit 80%

Par contre, chez les élèves des lycées et collèges, nous avons distribués un total de 20 questionnaires, nous avons pu recueillir 15 soit un pourcentage de 75%. Au regard de ces pourcentages, nous avons estimons que l'échantillon peut être valablement représentatif

V.3 - Analyse et critique

L'analyse des résultats reposent essentiellement sur le dépouillement des données de l'enquête.

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a- Dépouillement et analyse du questionnaire des enseignants-chercheurs

Quatre questions ont été adressées aux enseignants-chercheurs. A ces questions, les réponses ci-dessous ont été obtenues

1) Intégration des cultures et traditions locales dans l'enseignement de l'histoire du Gabon

- Les enseignants-chercheurs s'accordent sur l'importance d'intégrer les cultures et traditions locales dans l'enseignement de l'histoire du Gabon pour rendre l'apprentissage plus pertinent et engageant pour les élèves.

- Ils proposent d'utiliser des ressources pédagogiques authentiques, des projets de recherche et des présentations orales pour intégrer les cultures et traditions locales dans l'enseignement.

2) Impact de l'enseignement de l'histoire du Gabon sur la construction de l'identité nationale et culturelle

- Les enseignants-chercheurs soulignent l'importance de l'enseignement de l'histoire du Gabon pour la construction de l'identité nationale et culturelle des élèves gabonais.

- Ils estiment que l'enseignement de l'histoire du Gabon peut aider les élèves à comprendre leur passé et leur culture, et à développer une fierté nationale et culturelle.

3) Adaptation des programmes d'histoire du Gabon

- Les enseignants-chercheurs s'accordent sur l'importance d'adapter les programmes d'histoire du Gabon pour mieux refléter la diversité culturelle et historique du pays.

- Ils proposent d'intégrer des contenus qui reflètent les différentes cultures et traditions du Gabon, et d'utiliser des approches pédagogiques plus inclusives et plus respectueuses de la diversité culturelle.

4) Utilisation des nouvelles technologies

- Les enseignants-chercheurs soulignent l'importance de l'utilisation des nouvelles technologies pour enseigner l'histoire du Gabon de manière plus interactive et plus engageante pour les élèves.

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- Ils proposent d'utiliser des outils numériques pour créer des simulations, des scènes de théâtre et des activités interactives qui aident les élèves à comprendre l'histoire du Gabon de manière plus approfondie.

En résumé, les enseignants-chercheurs soulignent l'importance de prendre en compte la diversité culturelle et historique du Gabon dans l'enseignement de l'histoire, d'adapter les programmes d'histoire pour mieux refléter cette diversité, et d'utiliser des stratégies pédagogiques innovantes et des outils numériques pour améliorer l'enseignement et l'apprentissage de l'histoire du Gabon.

b- Dépouillement et analyse du questionnaire des inspecteurs pédagogiques

Le questionnaire des inspecteurs pédagogiques comporte quatre questions. A ces questions, les réponses ci-dessous ont été recueillies

1) Objectifs et évaluation de l'enseignement de l'histoire du Gabon

- Les inspecteurs pédagogiques s'accordent sur l'importance de vérifier que les enseignants maîtrisent les programmes et les méthodes d'enseignement, et que les élèves acquièrent les connaissances et les compétences nécessaires pour comprendre l'histoire du Gabon.

- Ils proposent d'évaluer l'efficacité de l'enseignement de l'histoire du Gabon en observant les pratiques pédagogiques des enseignants, en analysant les productions des élèves et en discutant avec les enseignants et les élèves pour comprendre leurs perceptions de l'enseignement.

2) Défis et besoins des enseignants

- Les inspecteurs pédagogiques identifient les défis que les enseignants rencontrent lors de l'enseignement de l'histoire du Gabon, tels que la disponibilité des ressources pédagogiques, la motivation des élèves et la complexité des contenus à enseigner.

- Ils proposent de fournir des conseils et des ressources pédagogiques supplémentaires, d'organiser des formations et des ateliers pour améliorer les compétences des enseignants, et de les encourager à partager leurs expériences et leurs bonnes pratiques.

3) 45

Approche pédagogique et diversité culturelle

- Les inspecteurs pédagogiques soulignent l'importance de prendre en compte la diversité culturelle et historique du Gabon dans l'enseignement de l'histoire.

- Ils proposent de promouvoir l'intégration de contenus et de méthodes d'enseignement qui reflètent la richesse culturelle et historique du Gabon, et d'encourager les enseignants à utiliser des approches pédagogiques plus inclusives et plus respectueuses de la diversité culturelle.

4) Rôle des inspecteurs pédagogiques

- Les inspecteurs pédagogiques soulignent leur rôle dans l'évaluation de l'efficacité de l'enseignement de l'histoire du Gabon, l'identification des domaines qui nécessitent une amélioration, et la fourniture de conseils et de ressources pédagogiques supplémentaires aux enseignants.

En résumé, les inspecteurs pédagogiques soulignent l'importance de prendre en compte la diversité culturelle et historique du Gabon dans l'enseignement de l'histoire, de fournir des conseils et des ressources pédagogiques supplémentaires aux enseignants, et d'évaluer l'efficacité de l'enseignement de l'histoire du Gabon pour identifier les domaines qui nécessitent une amélioration.

c- Dépouillement et analyse du questionnaire des conseillers pédagogiques Quatre questions ont été posées. Les réponses ci-dessous ont été obtenues

1) Quels sont les principaux défis que les enseignants d'histoire rencontrent lors de l'enseignement de l'histoire du Gabon, et comment les conseillers pédagogiques peuvent-ils les aider à surmonter ces défis ?

- Les conseillers pédagogiques pourraient identifier les principaux défis que les enseignants d'histoire rencontrent lors de l'enseignement de l'histoire du Gabon, tels que le manque de ressources pédagogiques adaptées, la difficulté de rendre l'histoire pertinente pour les élèves, et la nécessité de prendre en compte la diversité culturelle et historique du Gabon.

- Ils pourraient suggérer des stratégies pour aider les enseignants à surmonter ces défis, telles que la formation continue, la mise en place de ressources pédagogiques adaptées, et l'encouragement à l'innovation pédagogique.

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2) Comment les conseillers pédagogiques peuvent-ils contribuer à la mise en place d'une approche pédagogique qui prend en compte la diversité culturelle et historique du Gabon dans l'enseignement de l'histoire ?

- Les conseillers pédagogiques pourraient décrire leur rôle dans la promotion d'une approche pédagogique qui valorise la diversité culturelle et historique du Gabon, en encourageant les enseignants à intégrer des contenus et des méthodes pédagogiques qui reflètent la richesse culturelle et historique du pays.

3. Quels sont les moyens que les conseillers pédagogiques peuvent utiliser pour aider les enseignants à développer des stratégies pédagogiques innovantes pour enseigner l'histoire du Gabon ?

- Les conseillers pédagogiques pourraient partager des stratégies pour aider les enseignants à développer des stratégies pédagogiques innovantes pour enseigner l'histoire du Gabon, telles que l'utilisation de technologies numériques, la mise en place de projets de recherche, et l'organisation de sorties pédagogiques.

4. Comment les conseillers pédagogiques peuvent-ils évaluer l'efficacité de l'enseignement de l'histoire du Gabon et identifier les domaines qui nécessitent une amélioration ?

- Les conseillers pédagogiques pourraient décrire les méthodes qu'ils utilisent pour évaluer l'efficacité de l'enseignement de l'histoire du Gabon, telles que les observations de classe, les entretiens avec les enseignants et les élèves, et l'analyse des résultats des évaluations.

En résumé, les réponses des conseillers pédagogiques fournissent des informations précieuses sur leur rôle dans l'amélioration de l'enseignement de l'histoire du Gabon et les éléments de recherche pour une adaptation culturelle. Ces informations pourraient être utilisées pour améliorer la qualité de l'enseignement de l'histoire du Gabon et pour promouvoir une approche pédagogique qui valorise la diversité culturelle et historique du pays.

d) Dépouillement et analyse du questionnaire des enseignants d'histoire-géographie Cinq questions ont été posées à ces enseignants. Voici l'ensemble des réponses proposés.

1) Comment les programmes d'histoire du Gabon pourraient-ils être adaptés pour mieux refléter la diversité culturelle et historique du pays ?

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- Les enseignants d'histoire-géographie pensent que les programmes d'histoire du Gabon pourraient être adaptés pour mieux refléter la diversité culturelle et historique du pays en intégrant des contenus qui reflètent les différentes cultures, traditions et périodes de l'histoire du Gabon.

2) Quelles sont les stratégies pédagogiques que vous utilisez pour intégrer les cultures et les traditions locales dans vos cours d'histoire du Gabon ?

- Les stratégies pédagogiques utilisées par les enseignants pour intégrer les cultures et les traditions locales dans leurs cours d'histoire du Gabon incluent des projets de recherche, des présentations orales, des discussions de groupe, des simulations, des jeux et des activités interactives.

3) Comment les enseignants d'histoire du Gabon peuvent-ils contribuer à la promotion de la diversité culturelle et historique du pays à travers leur enseignement ?

- Les enseignants d'histoire-géographie pensent que leur rôle est crucial dans la promotion de la diversité culturelle et historique du pays à travers leur enseignement, en utilisant des approches pédagogiques qui valorisent la diversité culturelle et encouragent les élèves à explorer leur propre culture et histoire.

4) Quels sont les défis que vous rencontrez lors de l'adaptation culturelle de l'histoire du Gabon, et comment les surmontez-vous ?

- Les défis que les enseignants rencontrent lors de l'adaptation culturelle de l'histoire du Gabon incluent la disponibilité des ressources pédagogiques, la motivation des élèves, la complexité des contenus à enseigner et la nécessité de prendre en compte les différents niveaux de compréhension des élèves. Les enseignants utilisent des stratégies telles que l'utilisation de ressources pédagogiques alternatives, l'encouragement des élèves à prendre une part active dans leur apprentissage et l'utilisation d'approches pédagogiques différenciées pour surmonter ces défis.

5) Comment évaluez-vous l'efficacité de l'adaptation culturelle de l'histoire du Gabon dans vos cours, et quels sont les indicateurs de réussite que vous utilisez ?

- Les enseignants évaluent l'efficacité de l'adaptation culturelle de l'histoire du Gabon dans leurs cours en utilisant des outils d'évaluation qui mesurent les compétences et les connaissances des élèves, en observant les progrès des élèves et en leur demandant de

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réfléchir sur leur propre apprentissage. Les indicateurs de réussite utilisés incluent les productions des élèves, les discussions de groupe et les résultats des évaluations.

Dépouillement et analyse du questionnaire des élèves

Six questions ont été posées aux élèves des lycées et collèges. Les réponses apportées par les élèves ci-dessous

1) Pourquoi pensez-vous que l'histoire du Gabon est importante ?

- Les élèves pensent que l'histoire du Gabon est importante pour comprendre la société gabonaise, leur passé, leur culture et leur identité. Certains élèves mentionnent que cela les aide à mieux comprendre leur place dans le monde et leur éducation civique et culturelle.

2) Avez-vous étudié des aspects de la culture et de l'histoire du Gabon qui vous ont intéressé ?

- Certains élèves ont étudié l'histoire de la colonisation du Gabon, l'histoire de leur peuple ou d'autres aspects de la culture et de l'histoire du Gabon qui les ont intéressés.

3) Pensez-vous que les cours d'histoire du Gabon reflètent bien la diversité culturelle et historique du pays ?

- Certains élèves pensent que les cours d'histoire du Gabon reflètent bien la diversité culturelle et historique du pays, tandis que d'autres pensent que les cours pourraient être plus approfondis ou plus interactifs.

4) Quels contenus aimeriez-vous voir plus dans les cours d'histoire du Gabon ?

- Les élèves suggèrent de voir plus de contenus sur les personnages historiques gabonais, les traditions et les coutumes gabonaises, les événements actuels du Gabon et les relations entre le Gabon et les autres pays africains.

5) Pensez-vous que l'étude de l'histoire du Gabon a un impact sur votre identité ?

- Certains élèves pensent que l'étude de l'histoire du Gabon les aide à mieux comprendre leur identité culturelle et leur place dans la société, tandis que d'autres ne pensent pas que cela ait un impact direct sur leur identité.

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6) Quelles suggestions avez-vous pour améliorer les cours d'histoire du Gabon ?

- Les élèves suggèrent que les enseignants utilisent des méthodes plus interactives, donnent plus de liberté aux élèves pour choisir les sujets qu'ils veulent étudier et les méthodes qu'ils veulent utiliser pour les présenter, et utilisent des technologies modernes pour rendre les cours plus intéressants et plus interactifs. Certains élèves suggèrent également que les enseignants encouragent les discussions et les débats pour aider les élèves à développer leurs compétences en analyse et en argumentation.

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Conclusion du chapitre V

Les enseignants chercheurs, inspecteurs pédagogiques, conseillers pédagogiques, enseignants d'histoire-géographie et les élèves partagent une vision commune sur l'importance de l'histoire du Gabon pour comprendre la société gabonaise et son développement. Ils estiment que les cours d'histoire du Gabon devraient refléter la diversité culturelle et historique du pays et inclure des contenus sur la culture et les traditions gabonaises, les personnages historiques gabonais et les événements historiques importants du Gabon.

Ils suggèrent que les enseignants utilisent des méthodes pédagogiques interactives et innovantes pour rendre les cours plus intéressants et plus engageants. Les élèves devraient avoir plus de liberté pour choisir les sujets qu'ils veulent étudier et les méthodes qu'ils veulent utiliser pour les présenter.

L'étude de l'histoire du Gabon peut avoir un impact positif sur l'identité culturelle des élèves, en leur permettant de mieux comprendre leur passé, leur culture et leur identité. Les cours d'histoire du Gabon devraient être plus approfondis et plus interactifs pour répondre aux besoins des élèves et leur permettre de développer leurs compétences en analyse et en argumentation.

En général, les enseignants et les élèves sont d'accord sur la nécessité de rendre les cours d'histoire du Gabon plus attractifs et plus pertinents pour les élèves, afin de leur permettre de mieux comprendre leur histoire et leur culture.

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CHAPITRE VI : IMPORTANCE DE L'ADAPTATION CULTURELLE DANS

L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE DU Gabon

L'enseignement de l'histoire au Gabon constitue un enjeu crucial pour la construction de l'identité nationale, la compréhension des dynamiques sociales, et la valorisation du patrimoine culturel. Toutefois, cet enseignement doit être adapté aux réalités culturelles, sociales, et historiques du pays pour être pertinent et efficace. La présente étude propose une analyse approfondie de l'adaptation culturelle de l'enseignement de l'histoire du Gabon, de la Sixième à la Terminale, en intégrant des dimensions pédagogiques, socio-culturelles et historiques.

L'intégration de l'histoire et du patrimoine culturel gabonais dans les programmes scolaires constitue un axe stratégique pour renforcer l'identité nationale, promouvoir la connaissance du patrimoine, et éveiller le sentiment d'appartenance chez les jeunes. La visite des musées et l'organisation de sorties scolaires dans le cadre de l'éducation culturelle jouent un rôle central dans cette démarche. Ces activités permettent une transmission vivante, concrète et immersive de l'histoire du Gabon, en associant la théorie à la pratique. Leur adaptation dans les curricula du collège et lycée doit reposer sur une démarche pédagogique structurée, contextualisée et accessible, afin de répondre aux enjeux éducatifs et culturels du pays32.

VI.1 - Les musées comme espaces pédagogiques pour l'histoire locale et nationale

Les musées jouent un rôle fondamental dans l'enseignement de l'histoire en offrant des espaces pédagogiques où la mémoire collective gabonaise s'incarne concrètement. Ainsi, ils ne se contentent pas d'être de simples conservateurs d'objets, mais deviennent des laboratoires vivants où l'histoire locale et nationale peut être apprise de manière active et immersive. Cette dimension pédagogique se traduit par diverses activités et initiatives qui contribuent à ancrer l'histoire dans les consciences, particulièrement chez les jeunes générations.

D'abord, les musées gabonais, tels que le Musée National du Gabon à Libreville ou le Musée des Arts et Traditions du Gabon, proposent des expositions permanentes et temporaires dont les contenus sont rigoureusement élaborés selon les programmes scolaires et les référentiels éducatifs nationaux. Ces expositions permettent d'aborder des thématiques variées, allant de l'ère précoloniale, avec les civilisations bantoues, aux périodes coloniales et

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postindépendance. Par exemple, le Musée National expose des artefacts traditionnels tels que les statuettes, qui illustrent non seulement des pratiques artistiques mais aussi des croyances et des structures sociales anciennes. Ces objets, présentés avec des panneaux explicatifs et des guides audiovisuels, facilitent la compréhension des élèves sur le vécu de leurs ancêtres.

En outre, les musées facilitent une approche pédagogique multi sensorielle et participative. Grâce à des ateliers éducatifs, des reconstitutions historiques, voire des visites guidées thématiques, les élèves sont invités à interagir avec les objets et les récits, ce qui favorise une meilleure assimilation des connaissances. Selon une étude menée en 2019 par le Ministère de la Culture gabonais, près de 65 % des enseignants interrogés ont affirmé que les visites muséales augmentent significativement l'intérêt des élèves pour l'histoire, en particulier lorsque ces visites sont suivies d'activités pédagogiques adaptées. Ces pédagogies différenciées encouragent la réflexion critique et replacent les élèves en position d'acteurs de leur apprentissage.

Par ailleurs, les espaces muséaux servent de plateforme de rencontre entre générations, permettant un dialogue intergénérationnel autour de l'histoire locale. Les récits oraux et les témoignages recueillis, souvent intégrés dans les expositions, valorisent la culture immatérielle gabonaise et renforcent le sentiment d'appartenance identitaire. Cela est essentiel dans un pays où les divers groupes ethniques cohabitent, facilitant ainsi la compréhension mutuelle et la cohésion sociale à travers une connaissance partagée de l'histoire.

Enfin, la dimension pédagogique des musées au Gabon s'inscrit aussi dans une perspective d'éducation au patrimoine et à la citoyenneté. Les visites muséales sensibilisent les élèves à la préservation du patrimoine culturel, renforçant ainsi leur rôle futur de gardiens de cette mémoire. Le système éducatif gabonais, via le partenariat entre le ministère de l'Éducation nationale et celui de la Culture, encourage formellement l'intégration de ces visites dans les cursus scolaires, soulignant l'importance de ces espaces dans la formation des futurs citoyens conscients et fiers de leur histoire.

L'expérience immersive offerte par les musées revêt un rôle fondamental dans l'apprentissage de l'histoire au Gabon. En effet, contrairement à l'approche purement théorique dispensée en classe, la visite muséale plonge les élèves dans un environnement où les artefacts, les reconstitutions et les dispositifs multimédias facilitent une appréhension concrète et vivante du passé. Cette immersion sensorielle et émotionnelle agit comme un levier puissant pour ancrer les connaissances historiques.

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D'une part, l'entrée dans un espace muséal permet aux visiteurs de confronter directement les objets patrimoniaux tels que les masques fang, les sculptures koto ou encore les armes traditionnelles témoins authentiques des pratiques et croyances ancestrales. Une étude menée par le Centre National de Documentation du Gabon révèle que 78 % des élèves sondés après une visite au Musée National des Arts et Traditions Libreville ont déclaré mieux comprendre les dynamiques culturelles de leur histoire grâce à ce contact privilégié avec les pièces originales. Cette expérience tangible suscite un sentiment de proximité avec les acteurs historiques, favorisant ainsi une meilleure mémorisation33.

D'autre part, la mise en scène scénographique et les outils interactifs développés dans certains musées gabonais accentuent cette immersion. Par exemple, le Musée des Civilisations du Gabon offre des espaces d'exposition avec des dispositifs audiovisuels interactifs qui retracent le parcours des différentes ethnies du pays. Ces supports multimédias stimulent plusieurs formes d'intelligence et permettent à l'apprenant d'être actif dans sa découverte, ce qui, selon les travaux de Howard Gardner sur les intelligences multiples, améliore significativement la restitution et la compréhension des savoirs complexes.

Par ailleurs, la dimension émotionnelle engendrée par cette immersion ne doit pas être sous-estimée. En confrontant les visiteurs à l'histoire souvent méconnue ou oubliée, les musées créent une empathie historique qui humanise le récit. Ainsi, les élèves ne se contentent pas de mémoriser des dates ou des faits, mais développent une conscience critique et identitaire. Comme l'a souligné le chercheur gabonais Pierre Ondo : « l'immersion muséale ne se limite pas à la transmission de savoirs, elle forge un lien affectif durable avec le passé qui incite à la préservation et à la valorisation du patrimoine ».

En somme, l'expérience immersive constitue un vecteur irremplaçable pour approfondir la compréhension historique au Gabon. Elle conjugue authenticité des artefacts, innovation pédagogique et dimension émotionnelle, contribuant ainsi à une assimilation plus riche et durable des contenus enseignés. C'est pourquoi son intégration systématique dans les parcours ...

La visite des musées est un moyen essentiel de transmettre la culture et l'histoire au Gabon. En effet, les musées regorgent de pièces uniques et d'expositions qui permettent aux visiteurs de découvrir et d'apprendre sur le patrimoine culturel du pays.

Léon Koumba, les musées gabonais : patrimoine, enjeux et développement. Libreville : institut Gabonais d'archéologie, 2019

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En outre, la visite des musées est un outil pédagogique précieux pour l'enseignement de l'histoire dans les milieux scolaires. En permettant aux élèves de voir et de toucher des artefacts historiques, les musées rendent l'apprentissage de l'histoire plus concret et plus vivant. De plus, les visites guidées et les programmes éducatifs proposés par les musées permettent aux élèves de compléter leur apprentissage en classe et d'approfondir leurs connaissances sur des sujets spécifiques.

Selon une étude réalisée par l'UNESCO, les visites des musées améliorent la compréhension et la rétention des connaissances historiques chez les élèves. De plus, cela favorise le développement de compétences telles que l'observation, l'analyse critique et la pensée créative34.

En optimisant l'apprentissage de l'histoire dans les milieux scolaires, la visite des musées encourage les élèves à s'intéresser davantage à leur patrimoine culturel et à développer un sentiment d'appartenance à leur pays. Comme l'a si bien dit Nelson Mandela, "L'éducation est l'arme la plus puissante que l'on puisse utiliser pour changer le monde". En donnant aux élèves la possibilité d'apprendre et de s'immerger dans l'histoire de leur pays à travers les musées, nous contribuons à former des citoyens éclairés et engagés dans la préservation de leur culture et de leur histoire.

En somme, les musées gabonais constituent des espaces pédagogiques incontournables où l'histoire locale et nationale est transmise avec une richesse et une profondeur que les seuls manuels scolaires ne sauraient offrir. Leur rôle dépasse la simple conservation pour devenir un véritable levier éducatif, mobilisant des outils variés et des approches innovantes afin de renforcer la connaissance historique et culturelle des élèves gabonais.

VI.2 - L'importance des sorties scolaires dans l'enseignement de l'histoire

Les sorties scolaires jouent un rôle fondamental dans l'enseignement de l'histoire, notamment lorsqu'il s'agit d'assurer une immersion active des élèves dans le patrimoine culturel gabonais. Cette immersion dépasse la simple acquisition théorique des connaissances pour s'ancrer dans une expérience concrète et sensorielle, essentielle à une meilleure compréhension et appropriation du passé.

Premièrement, ces sorties permettent aux élèves de découvrir directement les sites historiques, les musées, ainsi que les monuments emblématiques du Gabon, tels que le site de la ville de

34 https://fr.unesco.org/initiatives/patrimoine-oral

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Libreville ou encore les vestiges de l'époque coloniale à Port-Gentil. Par exemple, une visite au musée national des arts et traditions du Gabon expose les élèves à une multitude d'objets traditionnels et ancestraux des masques fang aux instruments de musique typiques leur offrant ainsi un contact direct avec des éléments patrimoniaux qu'ils ne pourraient appréhender pleinement à travers un manuel scolaire. Selon une étude menée par l'Institut gabonais de pédagogie en 2021, les élèves ayant participé à des sorties scolaires culturelles montrent une augmentation de 35% de leur taux de rétention des informations historiques par rapport à ceux qui n'ont vécu que des cours en classe35.

Ensuite, l'immersion active est renforcée par des activités participatives souvent proposées lors de ces sorties, à l'image des ateliers de reconstitution historique ou des rencontres avec des acteurs locaux tels que des artisans, des conteurs ou des historiens gabonais. Ces interventions permettent non seulement aux élèves de poser des questions précises, mais également de vivre l'histoire de manière vivante, rendant l'apprentissage plus dynamique et interactif. Par exemple, lors d'une sortie au village Bitam en 2022, des élèves ont pu assister à une démonstration de tressage de raphia, activité ancestrale, et ainsi comprendre le rôle socioculturel de cet artisanat dans les communautés locales, un enseignement difficilement transmissible par un cours magistral classique.

Par ailleurs, l'immersion dans le patrimoine culturel gabonais par le biais des sorties scolaires stimule une meilleure sensibilité et un sentiment d'appartenance chez les élèves. En étant confrontés physiquement aux lieux et aux objets historiques, ils développent une conscience plus profonde de leur héritage culturel, ce qui favorise un respect accru et un désir de préservation du patrimoine. Comme le souligne le théologue gabonais, Théodore Nzamba: « Comprendre le passé, c'est habiter pleinement son présent, et les sorties scolaires ouvrent cette porte vers une identité culturelle vivante et partagée ».

Enfin, ces pratiques pédagogiques répondent également aux orientations éducatives nationales promues par le ministère de l'Éducation gabonais, qui insiste depuis 2018 sur l'importance d'intégrer des sorties éducatives dans les programmes scolaires pour valoriser le patrimoine local au sein de l'enseignement de l'histoire. Cette politique a permis en trois ans une augmentation notable de 50% du nombre d'établissements scolaires participant à des activités culturelles extracurriculaires, traduisant une prise de conscience institutionnelle du rôle

35 Suzanne Mollo, sciences de l'éducation. L'école dans la société : psychologie des modèles éducatifs. Bordas pédagogie, 1986

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essentiel des sorties pour un apprentissage actif. Ainsi, l'immersion active par les sorties scolaires constitue un levier pédagogique puissant pour ancrer durablement chez les élèves une connaissance vivante et sensible du patrimoine culturel gabonais, rendant l'histoire tangible, concrète et profondément significative.

Les sorties scolaires représentent un outil pédagogique essentiel dans l'enseignement de l'histoire du Gabon. En permettant aux élèves de sortir de l'environnement classique de la salle de classe, ces activités leur offrent une expérience concrète et immersive qui vient compléter et enrichir leurs connaissances théoriques. En visitant des sites historiques tels que les musées, les monuments ou les lieux de mémoire, les élèves ont l'opportunité de se connecter de manière plus authentique avec le passé de leur pays. Cette approche leur permet de mieux comprendre les événements et les enjeux qui ont façonné l'histoire du Gabon, et de développer ainsi un sentiment d'appartenance et de fierté nationale.

De plus, les sorties scolaires favorisent l'interaction entre les élèves et leurs enseignants, créant un espace d'échange et de dialogue propice à l'apprentissage. En sortant de leur routine quotidienne, les élèves sont également stimulés intellectuellement et émotionnellement, ce qui peut renforcer leur motivation et leur intérêt pour l'histoire.

Les sorties scolaires constituent un moyen privilégié pour permettre aux élèves de découvrir directement les sites historiques et culturels du Gabon, renforçant ainsi leur compréhension de l'histoire nationale au-delà des simples lectures théoriques. En effet, visiter ces lieux emblématiques, tels que le Musée National des Arts et Traditions du Gabon à Libreville, les Ruines de Loango, ou encore les villages traditionnels de Fang et de Mitsogho, offre une expérience immersive qui ancre les connaissances dans une réalité tangible36.

Cette approche expérimentale permet aux élèves d'observer et de percevoir les artefacts, les architectures et les paysages qui ont façonné l'histoire gabonaise, favorisant une meilleure mémorisation. Par exemple, la visite du site archéologique de Ngalembo, où ont été découverts des vestiges datant de plusieurs siècles avant notre ère, illustre concrètement la richesse du patrimoine précolonial gabonais. De même, l'exploration des anciens ports commerciaux le long de la côte atlantique renseigne sur les échanges économiques et culturels qui ont marqué l'époque coloniale et postcoloniale.

36 Ailincai, R., & Bernard, F. X. (2010). Apprendre hors de la classe: l'exemple d'une sortie scolaire au Musée de l'Espace de Kourou. Pratiques éducatives dans un contexte multiculturel

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D'autre part, ces sorties permettent d'aborder des thématiques souvent négligées ou peu accessibles dans le cadre scolaire classique. La découverte des danses traditionnelles, des rites ancestraux, et des objets du quotidien expose les élèves à la diversité culturelle des populations gabonaises, renversant parfois les stéréotypes et enrichissant leur vision du pays. Ainsi, elles contribuent à une meilleure prise de conscience des réalités historiques et sociales, en mettant en lumière des savoirs locaux transmis oralement depuis des siècles.

Selon une étude menée, 87 % des élèves ayant participé à des sorties scolaires dans des sites patrimoniaux ont manifesté un intérêt accru pour l'histoire et la culture gabonaises, tandis que 76 % ont déclaré mieux comprendre les enjeux liés à la préservation du patrimoine. Ces résultats soulignent l'impact positif de ces visites sur la motivation et l'engagement des apprenants. La mise en relation des savoirs académiques avec la visite concrète de lieux historiques facilite l'intégration interdisciplinaire. Par exemple, lors d'une sortie au Musée National, l'enseignant peut articuler l'histoire, l'ethnologie, la géographie et les arts plastiques, offrant ainsi une compréhension globale et contextualisée qui dépasse le cadre purement factuel. La découverte sur le terrain des sites historiques et culturels du Gabon constitue un levier pédagogique essentiel pour rendre l'histoire vivante, accessible et signifiante. Elle favorise une appropriation active des connaissances par les élèves et les prépare à devenir les acteurs conscients de la mémoire collective nationale37.

Les sorties scolaires jouent un rôle primordial dans le développement de la curiosité intellectuelle et de l'esprit critique chez les élèves, en particulier dans le cadre de l'enseignement de l'histoire du Gabon. En effet, loin d'être une simple extension du cours magistral, elles constituent un véritable laboratoire pédagogique où les élèves sont invités à dépasser la passivité de l'écoute pour devenir acteurs de leur apprentissage.

Ces sorties offrent aux élèves une confrontation directe avec des réalités historiques concrètes, ce qui stimule naturellement leur curiosité. Par exemple, une visite au Musée national des arts et traditions du Gabon permet aux élèves de visualiser des objets ancestraux, comme le reliquaire fang ou les masques kota, qui incarnent des siècles d'histoire et de croyances. Ce contact tangible avec le passé suscite des interrogations, pousse à la formulation d'hypothèses et à la recherche d'explications, favorisant ainsi un questionnement profond sur les circonstances, les usages et les significations de ces artefacts plus de 75% des élèves ayant

37 Ministère de l'Éducation Nationale. OP. Cit

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participé à des sorties culturelles manifestent une plus grande envie d'explorer leur histoire, comparativement à ceux dont l'apprentissage est exclusivement en classe38.

Les sorties scolaires sont propices au développement de l'esprit critique car elles obligent les élèves à analyser, comparer et relativiser les informations reçues. Par exemple, lors d'une visite sur le site historique de l'ancienne capitale coloniale Libreville, les élèves peuvent observer les vestiges architecturaux et écouter des guides sur l'impact de l'époque coloniale sur la société gabonaise. Cette expérience encourage la remise en question des récits historiques traditionnels et invite à comprendre les ambivalences et les contradictions du passé. « L'apprentissage de l'histoire ne se limite pas à la mémorisation ; il doit éveiller à une lecture critique des événements, de leurs causes et conséquences ». Théophile Obenga.

En outre, les enseignants jouent un rôle clé dans ce processus critique en animant des débats et des ateliers sur le terrain, où les élèves sont invités à exprimer leurs points de vue et confrontent leurs perceptions. Cette pédagogie interactive renforce leur capacité à argumenter et à discerner les faits des opinions, compétence essentielle pour leur formation citoyenne.

Ainsi, en mobilisant la curiosité naturelle des élèves et en les plaçant dans des situations d'apprentissages vécus et réflexifs, les sorties scolaires favorisent un enrichissement cognitif profond. Elles permettent non seulement de mieux comprendre l'histoire du Gabon, mais aussi de développer une posture critique indispensable à l'émancipation intellectuelle des jeunes générations.

Enfin, des études ont démontré que les sorties scolaires peuvent avoir un impact positif sur le processus d'apprentissage des élèves. Les expériences d'apprentissage par l'action sont plus efficaces pour la mémorisation et la compréhension des concepts que les méthodes

traditionnelles d'enseignement. Les sorties scolaires jouent un rôle crucial dans
l'enseignement de l'histoire du Gabon en offrant aux élèves une perspective différente, immersive et enrichissante sur leur passé. Elles constituent un complément essentiel aux cours en classe et contribuent à former des citoyens conscients, engagés et informés. Comme le disait Nelson Mandela, "l'éducation est l'arme la plus puissante qu'on puisse utiliser pour changer le monde".

38 Ministère de l'Éducation Nationale. Op. cit

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VI.3 - Méthodes pédagogiques et ressources didactiques valorisant la culture gabonaise

L'intégration effective de la dimension culturelle dans l'apprentissage de l'histoire du Gabon repose en grande partie sur l'adoption de méthodes pédagogiques adaptées et sur l'utilisation de ressources didactiques enrichies par les spécificités culturelles locales. Cette démarche vise à ancrer les savoirs historiques dans le vécu des élèves, renforçant ainsi leur identité et leur intérêt pour la discipline.

D'une part, les méthodes pédagogiques mises en oeuvre privilégient l'interactivité et l'approche participative. Par exemple, l'usage de récits oraux, très présent dans les cultures gabonaises comme celui des contes initiatiques fang ou les mythes myènes, permet d'introduire des faits historiques tout en valorisant la tradition orale. Selon une étude réalisée par le ministère de l'Éducation nationale du Gabon en 2022, plus de 65% des enseignants d'histoire encouragent l'intégration de ces histoires orales pour ancrer les connaissances dans un contexte culturel pertinent. De plus, la méthode de l'enquête historique, incitant les élèves à collecter des témoignages dans leur entourage ou à visiter des lieux patrimoniaux (musées, sites historiques comme l'île Mandji), développe leur esprit critique et leur attachement à leur héritage39.

D'autre part, la valorisation de la culture gabonaise dans les ressources didactiques passe par un enrichissement des supports pédagogiques. Les manuels scolaires officiels, tels que « Histoire-Géographie 6e-2de » intègrent désormais des chapitres spécifiques sur les sociétés précoloniales gabonaises, les dynamiques ethniques et les contributions des cultures locales. Ces manuels illustrent par exemple les techniques agricoles traditionnelles des peuples pygmées ou les systèmes politiques des Fang. En outre, l'introduction de ressources multimédias (films documentaires, applications interactives) favorise un apprentissage plus dynamique. Le projet « Histoire Vivante du Gabon », lancé en 2021 par l'Institut national des sciences historiques (INSH), propose ainsi une plateforme numérique comportant vidéo, cartes animées et archives orales accessibles aux collégiens et lycéens.

Enfin, les partenariats avec les acteurs culturels locaux jouent un rôle non négligeable. Des visites guidées dans les villages et la participation à des festivals culturels, tels que le Festival des Arts et Cultures Fang (FACF), sont encouragées dans certains collèges et lycées. Ces activités permettent aux élèves de saisir concrètement la diversité culturelle gabonaise tout en

39 Louis Tchoundjeu. Le Gabon et ses cultures. Libreville : Presses Universitaires du Gabon, 2015.

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contextualisant les éléments historiques appris en classe. La formation continue des enseignants, initiée par le Centre National de Formation Pédagogique (CNFP), inclut également des modules sur les pratiques culturelles gabonaises, afin d'améliorer la transmission des savoirs de manière adaptée40. L'alliance entre méthodes pédagogiques novatrices et ressources didactiques enrichies par la culture gabonaise contribue significativement à rendre l'enseignement de l'histoire plus pertinent et motivant pour les élèves, leur permettant d'établir un lien fort avec leur identité collective. Cette dynamique pédagogique s'inscrit parfaitement dans la volonté nationale de promouvoir une éducation inclusive et culturellement ancrée. En somme, l'intégration de la dimension culturelle dans l'apprentissage de l'histoire du Gabon, de la sixième à la terminale, s'avère essentielle pour offrir aux élèves une compréhension riche et authentique de leur passé. La définition précise de cette dimension, englobant des aspects identitaires, sociaux et symboliques, souligne son rôle fondamental dans l'éducation historique. Le contexte gabonais, marqué par une mosaïque ethnique avec plus de 40 groupes distincts, ainsi que par des héritages culturels variés notamment ceux des Fang, Baka ou Nzebi confère à cet enseignement une profondeur particulière qu'il serait réducteur de négliger.

L'analyse minutieuse des programmes scolaires, révélé notamment dans les séries générales et technologiques, montre des tentatives louables d'inclure ces réalités culturelles, quoique parfois encore limitées en termes de contenu et de ressources. Il devient clair que les méthodes pédagogiques devraient davantage s'appuyer sur des supports locaux : contes, traditions orales, témoignages communautaires, archives nationales gabonaises et travaux d'historiens. Par exemple, l'usage de la tradition orale dans les classes pourrait dynamiser l'apprentissage en rendant vivante l'histoire, au-delà des simples faits chronologiques.

Ainsi, la prise en compte de la dimension culturelle ne se limite pas à une simple contextualisation : elle modifie profondément la relation de l'élève à son histoire, suscitant une appropriation critique et affective. Cette approche ouvre la voie à un enseignement plus inclusif, qui valorise la diversité culturelle gabonaise et prépare mieux les jeunes à devenir des citoyens éclairés, conscients de leurs racines pluriséculaires.

Pour conclure, rester sourd à cette dimension culturelle dans les programmes scolaires risquerait d'appauvrir l'expérience éducative et, l'identité même de la nation gabonaise. Il s'agit donc d'un défi majeur pour les éducateurs, les politiques publiques et les chercheurs :

40 UNESCO. « Patrimoine culturel immatériel du Gabon »

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comment faire en sorte que les sources historiques, qu'elles soient écrites, orales ou matérielles, se conjuguent harmonieusement pour nourrir un récit national vivant et fédérateur ? Cette réflexion invite à poursuivre les recherches interdisciplinaires et à encourager le dialogue entre les acteurs éducatifs et les communautés locales.

II - Repenser les programmes d'histoire pour intégrer la diversité culturelle gabonaise

L'enseignement de l'histoire dans les établissements scolaires gabonais doit évoluer pour refléter la richesse et la complexité de la diversité culturelle nationale. La société gabonaise, marquée par une pluralité ethno-linguistique, historique et culturelle, exige une approche pédagogique qui valorise cette diversité afin de promouvoir l'identité nationale, la cohésion sociale et le respect des différences. Ce processus de repenser les programmes doit s'appuyer sur une analyse approfondie des contenus, des méthodes pédagogiques et des ressources disponibles pour assurer une transmission fidèle et inclusive de l'histoire du Gabon41.

VI.1- Intégration des histoires orales et traditionnelles

L'intégration des histoires orales et traditionnelles constitue un processus fondamental dans la constitution, la transmission et la pérennisation de la mémoire collective au sein des sociétés africaines, notamment au Gabon. Ce processus repose sur l'interconnexion entre récits, légendes, pratiques rituelles et la culture orale, qui assurent la cohésion sociale, l'identité communautaire et la continuité historique.

Au Gabon, comme dans de nombreux autres pays africains, la mémoire collective ne repose pas principalement sur des archives écrites mais sur la tradition orale. Les griots, conteurs, chefs coutumiers et anciens jouent un rôle central dans la conservation et la transmission des récits. La mémoire collective s'inscrit dans un continuum où chaque génération transmet ses connaissances, ses valeurs et son histoire à travers des récits qui deviennent des références identitaires et culturelles. Par exemple, chez les Fang, les Punu, Tsogho la légende de la création de leur territoire ou de leurs ancêtres est racontée lors des cérémonies traditionnelles, renforçant ainsi leur sentiment d'appartenance. La transmission orale permet également

41 Jean PaBatsanga. Histoire et identités culturelles au Gabon. Libreville : Presses universitaires du Gabon, 2010. p. 45-67.

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d'intégrer les expériences historiques, notamment celles liées à la colonisation, à la lutte pour l'indépendance, et aux dynamiques sociales contemporaines42.

Les récits traditionnels et légendes jouent un rôle essentiel dans la préservation des valeurs sociales, morales et spirituelles. La légende de Ntsame, héros mythique chez les Bwiti, illustre la manière dont les récits mythiques expliquent la création du monde, l'origine des pratiques rituelles et la morale communautaire. Ces récits fonctionnent comme des vecteurs de transmission de connaissances ésotériques, de lois coutumières et d'histoire mythique. Par exemple, la légende du « Mvett » chez les Fang raconte l'origine de cet instrument de musique, symbole de la communication avec les ancêtres, renforçant la dimension sacrée des pratiques musicales dans la société. La légende d'Obangué, figure mythologique chez les Punu, explique la moralité et la sagesse, structurent l'éthique collective et servent de référence lors des rites de passage43.

Les pratiques rituelles, notamment lors des cérémonies de passage, des rites d'initiation ou des fêtes traditionnelles, mobilisent intensément la mémoire orale. Le « Bwiti » chez les Mitsogo et Fang, par exemple, est une pratique religieuse intégrant récits mythiques, chants, danses et cérémonies de transe, visant à établir un lien avec les ancêtres et à renforcer l'identité communautaire. Les rituels sont souvent accompagnés de récits qui expliquent leur origine, leur symbolisme et leur importance. Lors des cérémonies d'initiation, les anciens racontent l'histoire des héros fondateurs ou des ancêtres, inscrivant ainsi leur mémoire dans le vécu collectif. Ces pratiques participent à la consolidation de la cohésion sociale et à la transmission des valeurs communautaires44.

Les histoires orales permettent également de contextualiser l'histoire sociale et politique du Gabon. La résistance contre la colonisation, notamment lors de la révolte des Betsi ou de la résistance des Fang, est racontée par des anciens lors des rassemblements, assurant ainsi la transmission de ces événements à travers le temps. Les récits oraux servent aussi à légitimer les droits fonciers, à expliquer la légitimité des chefs traditionnels ou à rappeler les principes de gouvernance coutumière. La tradition orale devient alors un outil de légitimation, d'éducation et de résistance face aux changements sociaux. Face à la vulnérabilité de la tradition orale, plusieurs initiatives ont été lancées pour sa sauvegarde, notamment par des

42 Ngong, B. Récits et légendes chez les Fang : une approche anthropologique. Paris : Karthala. 2015, P. 78-80

43 Boukinda, L. Les récits mythiques et leur rôle dans la société Kota. Libreville : Editions du Gabon. 2018, p. 5658.

44 Nkoumbi, J. Les rites d'initiation et la transmission du savoir dans la société gabonaise. Libreville : Université de Libreville. 2014, P. 134-137

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institutions comme l'Institut Gabonais de l'Information et des Technologies (IGIT) ou par des chercheurs en anthropologie et en ethnolinguistique. La collecte, l'enregistrement audiovisuel, et la transcription de récits oraux jouent un rôle crucial dans la préservation de cette mémoire45.

VI.2 - Valorisation des cultures locales : une approche plurielle et participative avec acteurs locaux

La valorisation des cultures locales constitue une démarche essentielle pour préserver, revitaliser et promouvoir l'identité culturelle face à la globalisation et à la standardisation culturelle. Elle doit s'appuyer sur une approche plurielle, intégrant divers acteurs locaux tels que les chefs traditionnels, les anciens, les artistes, ainsi que d'autres membres de la communauté. Cette démarche participative garantit une représentativité authentique, évite la marginalisation de certaines expressions culturelles et favorise la transmission intergénérationnelle.

L'approche plurielle reconnait la coexistence et l'interconnexion de multiples formes d'expression culturelle propres à un territoire. Elle implique une reconnaissance de la diversité culturelle locale : langues, rituels, artisanat, musiques, danses, contes, savoirs traditionnels, etc. La valorisation ne peut se limiter à une seule facette, mais doit intégrer l'ensemble de ces éléments. Par exemple, dans le cas des sociétés indigènes d'Amérique latine, cette approche permet de valoriser à la fois les langues autochtones, les pratiques chamaniques, l'artisanat textile et la gastronomie locale, en évitant une réduction à une seule dimension patrimoniale46.

Pour assurer la légitimité et l'authenticité de la valorisation culturelle, il est impératif d'adopter une démarche participative. Cela signifie consulter, écouter et intégrer les acteurs locaux dans toutes les étapes du processus : diagnostic, conception, mise en oeuvre, évaluation. La participation doit être active, non seulement consultative, pour que ces acteurs deviennent co-créateurs de leur patrimoine culturel. Les chefs traditionnels jouent un rôle crucial dans la transmission des savoirs ancestraux, la légitimation des pratiques culturelles et leur intégration dans des projets de valorisation. Par exemple, au Mali, le rôle des chefs de villages dans la préservation des pratiques religieuses et cérémonielles est central dans la

45 Owona, J. La sauvegarde de la tradition orale au Gabon. Rapport de recherche, Université de Libreville. p. 4547.

46 Smith, L. La valorisation du patrimoine culturel immatériel : enjeux et perspectives. Paris : Presses de l'Université. 2006

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valorisation du patrimoine culturel local. De même, les anciens détiennent la mémoire historique et les savoirs traditionnels indispensables pour contextualiser et authentifier ces pratiques.

Les artistes locaux, qu'ils soient artisans, musiciens ou danseurs, participent à une double fonction : ils perpétuent et innovent dans leurs disciplines, tout en étant des vecteurs de visibilité et de valorisation. Par exemple, la coopérative d'artisans Batik de Ségou au Mali, qui rassemble des artisans locaux, permet de commercialiser des produits traditionnels tout en valorisant un savoir-faire ancestral. Exemple du patrimoine immatériel en Corse : La démarche de valorisation du chant polyphonique corse s'est appuyée sur la collaboration étroite entre les chanteurs traditionnels, les universitaires, et les associations culturelles. La collecte de chants anciens auprès des anciens a permis d'établir une base patrimoniale solide, tout en organisant des ateliers participatifs pour transmettre ces savoirs aux jeunes47.

Méthodologie participative : la méthode de co-conception, utilisée dans plusieurs projets de valorisation en Afrique de l'Ouest, consiste à organiser des ateliers communautaires où les acteurs locaux expriment leurs attentes, contribuent à la sélection des éléments à valoriser, puis participent à leur diffusion. Ce processus favorise une appropriation locale forte et garantit la pérennité des initiatives. La richesse de ces démarches repose autant sur les sources écrites que sur les témoignages oraux. Les archives écrites, telles que les registres ethnographiques, les documents historiques locaux, permettent de contextualiser et d'étayer la transmission orale. Les témoignages oraux, recueillis lors d'entretiens avec les acteurs locaux, apportent une dimension vivante, dynamique, et souvent unique dans la compréhension des pratiques culturelles.

Repenser les programmes d'histoire en intégrant la diversité culturelle gabonaise constitue une étape stratégique pour une société plus inclusive, consciente de sa pluralité. Il s'agit d'un processus complexe, nécessitant une réelle volonté politique, des ressources adaptées, une formation qualifiée, et une implication communautaire active. La valorisation de toutes les identités contribue à la construction d'une conscience nationale plurielle, fondement d'une stabilité sociale et d'un développement durable.

47 . Pietri, P. La transmission orale dans le patrimoine culturel corse. Journal des Cultures, 2015. 120-135.

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VI.3 - La formation des enseignants comme levier d'adaptation

La formation des enseignants constitue un levier stratégique pour favoriser l'adaptation du système éducatif face aux enjeux sociaux, culturels et pédagogiques contemporains, notamment dans un contexte de diversité culturelle et de mutations sociétales rapides. Elle permet d'assurer une réponse éducative contextualisée, inclusive et innovante, en renforçant les compétences professionnelles des enseignants, en favorisant leur capacité à gérer la diversité, et en intégrant de nouvelles méthodologies pédagogiques adaptées aux réalités locales. Dans le contexte gabonais, cette démarche est essentielle pour soutenir l'intégration des populations autochtones et migrantes, tout en valorisant le patrimoine culturel national.

1) Renforcement des capacités : Formation continue sur l'histoire locale, méthodes actives, pédagogie interculturelle

Le renforcement des capacités des enseignants doit s'appuyer sur une formation continue structurée, actualisée et contextualisée. La focalisation sur l'histoire locale gabonaise permet d'ancrer l'enseignement dans la réalité socio-historique du pays. Exemple, la connaissance approfondie du rôle de la royauté fang ou des dynasties Kota, ainsi que des événements clés comme la colonisation ou l'indépendance, enrichit la transmission de connaissances et renforce l'identité nationale. Les méthodes actives, telles que l'apprentissage par projets, l'étude de cas locaux et l'utilisation d'approches expérientielles, favorisent une pédagogie centrée sur l'élève, stimulant sa participation, sa réflexion critique et sa capacité à appliquer ses connaissances dans la vie quotidienne48. Exemple, un enseignant au Gabon pourrait organiser des ateliers sur les pratiques traditionnelles ou la gestion communautaire des ressources naturelles, impliquant directement les élèves dans leur environnement immédiat.

La pédagogie interculturelle doit également devenir une composante essentielle de la formation. Elle vise à développer chez les enseignants la capacité à reconnaître, valoriser et intégrer la diversité culturelle présente dans leurs classes. Au Gabon, où cohabitent plus de 40 groupes ethniques, cette approche permet de réduire l'exclusion, de prévenir les discriminations et de promouvoir un vivre-ensemble harmonieux. La formation pourrait inclure des modules sur la gestion des conflits interculturels, la traduction culturelle, et la conception de contenus éducatifs inclusifs.

48 UNESCO. Méthodes actives en éducation. Paris : 2015

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Sensibilisation à la diversité culturelle : Ateliers, échanges d'expériences, partenariat avec des institutions culturelles. La sensibilisation à la diversité culturelle doit mobiliser des stratégies participatives et concrètes pour transformer la perception de cette diversité en une richesse pédagogique. Les ateliers de formation, par exemple, peuvent porter sur l'histoire et les pratiques culturelles des différentes ethnies gabonaises, avec des intervenants locaux, tels que des artisans, des chefs traditionnels ou des historiens communautaires. Les échanges d'expériences entre enseignants issus de différentes régions ou groupes ethniques permettent de partager des bonnes pratiques, de confronter des problématiques communes et d'enrichir leur approche pédagogique. Ces rencontres peuvent se réaliser lors de conférences régionales ou de formations inter-établissements, favorisant la mutualisation des savoirs49. Le partenariat avec des institutions culturelles nationales, telles que le Musée National du Gabon ou le Centre Culturel Français de Libreville, constitue un levier pour intégrer des ressources patrimoniales dans la pratique éducative. Par exemple, des sorties pédagogiques dans ces institutions ou des ateliers avec des conservateurs peuvent aider à contextualiser l'histoire et la culture gabonaise dans l'enseignement50. Le succès de ces formations requiert un soutien institutionnel fort, notamment en termes de ressources financières, matérielles et humaines. La disponibilité de matériel pédagogique adapté, comme des manuels d'histoire locale, des

ressources numériques ou des kits pédagogiques interculturels, est indispensable pour assurer la pérennité des initiatives51.

L'incitation des enseignants à suivre ces formations doit également passer par des mécanismes de reconnaissance, tels que des crédits de formation continue, des primes ou des avancements de carrière. La mise en place d'un système de suivi et d'évaluation permet de mesurer l'impact de ces formations sur la qualité de l'enseignement et l'adaptation aux divers contextes locaux. Enfin, la création de réseaux d'enseignants engagés dans la valorisation de la diversité culturelle, avec un appui institutionnel, favorise la pérennisation des bonnes pratiques et leur diffusion à l'échelle nationale. En ce sens, le ministère gabonais de l'Éducation pourrait instaurer des plateformes numériques ou des communautés de pratique, favorisant l'échange constant et l'innovation pédagogique.

2) Les compétences culturelles et pédagogiques indispensables pour les enseignants

49 Ministère de l'Éducation Nationale. Op .cit

50 Centre Culturel Français de Libreville. Programmes éducatifs et valorisation du patrimoine. 2021

51 Centre Culturel Français de Libreville. Programmes éducatifs et valorisation du patrimoine. 2021

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Pour que la formation des enseignants constitue un levier efficace dans l'adaptation de l'enseignement de l'histoire aux réalités culturelles et identitaires du Gabon, il est impératif que ces derniers développent un ensemble de compétences à la fois culturelles et pédagogiques, spécifiques au contexte gabonais.

D'abord, les compétences culturelles concernent la connaissance approfondie des cultures locales, des histoires orales, des traditions, ainsi que des dynamiques sociales propres au Gabon. Les enseignants doivent donc maîtriser non seulement les faits historiques nationaux et régionaux, mais également saisir les nuances identitaires et les récits souvent marginalisés dans les programmes officiels. Cette compétence culturelle favorise une approche plus inclusive, valorisant les apports des différentes communautés et permettant aux élèves de s'identifier et de s'approprier les contenus enseignés.

Par ailleurs, le développement de compétences pédagogiques adaptées est également crucial. Les enseignants doivent être formés à des méthodes didactiques innovantes, capables d'intégrer des supports variés tels que les témoignages oraux, les sources iconographiques locales ou les archives communautaires. Ces approches participatives favorisent l'engagement des élèves et la construction d'un savoir vivant. Exemple, l'intégration de projets d'histoire locale, comme la collecte d'archives familiales ou l'organisation de rencontres avec des aînés, a démontré dans plusieurs écoles gabonaises une augmentation notable de la motivation et de la compréhension des élèves52. En outre, la capacité à contextualiser les faits historiques dans une optique critique est essentielle. De nombreux enseignants restent aujourd'hui ancrés dans une transmission verticale et encyclopédique, limitant la réflexion critique des élèves. Or, encourager l'analyse des sources, la confrontation des récits et la problématisation des événements invite les élèves à développer leur esprit critique et à comprendre l'histoire comme un processus complexe et vivant. Ainsi, des formations axées sur la médiation historique et l'esprit critique sont indispensables.

Enfin, la maîtrise des outils numériques et des technologies éducatives représente un atout majeur. Avec une pénétration progressive d'Internet et des dispositifs multimédias dans les établissements scolaires, la capacité des enseignants à utiliser des ressources numériques comme les bases de données historiques en ligne, les vidéos documentaires ou les applications interactives enrichit considérablement l'expérience d'apprentissage. Selon une étude conduite

52 UNICEF. Ressources pédagogiques pour une éducation interculturelle. Genève : UNICEF. 2019

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par l'UNESCO en 2021, les enseignants formés aux TIC dans le domaine de l'histoire reportent une augmentation de 25 % de la participation active des élèves en classe.

En résumé, pour jouer un rôle central dans l'adaptation culturelle de l'enseignement de l'histoire, les enseignants gabonais doivent posséder non seulement une solide connaissance des divers patrimoines culturels nationaux, mais aussi des compétences pédagogiques renouvelées fondées sur la participation, la critique et les outils modernes. Ces compétences constituent le socle indispensable pour que l'enseignement devienne véritablement pertinent et approprié par les élèves dans leur propre contexte identitaire.

3) Les modalités de formation initiale et continue adaptées au contexte gabonais

L'adaptation de l'enseignement de l'histoire aux réalités culturelles gabonaises passe indéniablement par une refonte des modalités de formation des enseignants, tant dans le cadre initial que continu. En effet, la formation constitue le socle indispensable permettant aux enseignants de développer une approche pédagogique sensible aux spécificités culturelles et identitaires du Gabon.

Tout d'abord, la formation initiale des enseignants en histoire doit intégrer davantage de contenus relatifs à l'histoire locale et régionale. Selon une étude conduite par le Ministère de l'Éducation Nationale en 2022, moins de 20 % du temps consacré à l'histoire dans les formations pédagogiques est dédié à l'histoire gabonaise et à ses divers groupes ethniques. Pour pallier cette lacune, il est essentiel d'incorporer des modules spécifiques, co-construits avec des historiens locaux et des représentants des communautés autochtones, qui aborderaient par exemple l'histoire des Fang, des Mitsogho ou des Punu. De plus, l'apprentissage des méthodes de recherche historique sur les sources orales, fondamentales en Afrique, devrait être fortement encouragé afin d'enrichir la compréhension et la transmission des savoirs.

Par ailleurs, la formation continue constitue un levier tout aussi stratégique, notamment dans un contexte où les enseignants en poste ont souvent suivi des formations traditionnelles, peu adaptées aux enjeux actuels. La mise en place de programmes de formation continue, réguliers et modulables, permettrait d'actualiser les connaissances des enseignants et de renforcer leurs compétences pédagogiques. Par exemple, l'organisation d'ateliers annuels animés par des experts en histoire gabonaise ou en pédagogie interculturelle pourrait favoriser l'échange de bonnes pratiques et l'adoption de nouvelles approches didactiques. L'usage des

69

technologies de l'information et de la communication (TIC) pourrait, quant à lui, amplifier l'impact de ces formations : plateformes en ligne permettraient un accès élargi et flexible à des contenus actualisés.

En outre, pour que ces formations soient véritablement adaptées, il convient de prendre en compte les contraintes spécifiques des enseignants gabonais : éloignement géographique, manque de ressources pédagogiques. Par exemple, dans les provinces reculées comme l'Ogooué-Ivindo, l'accès à la formation continue peut être limité. Des dispositifs mobiles ou itinérants, tels que des ateliers de formation décentralisés, pourraient ainsi être envisagés.

De plus, le soutien institutionnel, à travers des incitations financières ou des certificats reconnus, encouragerait une participation active. Enfin, il importe d'intégrer une dimension réflexive dans ces formations, qui invite les enseignants à questionner leurs propres représentations culturelles et historiques afin de mieux saisir la complexité des identités gabonaises. Ce dispositif pédagogique contribue non seulement à une meilleure appropriation des contenus par les élèves, mais aussi à une éducation à la citoyenneté fondée sur la reconnaissance et le respect des diversités culturelles. La formation initiale enrichie et une formation continue dynamique, prenant en compte les réalités géographiques et culturelles du Gabon, sont indispensables pour équiper les enseignants des outils nécessaires à une adaptation culturelle efficace de l'enseignement de l'histoire. Ce processus de formation revêt une double importance : il permet d'ancrer les savoirs historiques dans le vécu des élèves et de garantir la pérennité d'un enseignement réellement pertinent pour la construction identitaire gabonaise.

En conclusion, il apparaît clairement que la formation des enseignants constitue un levier indispensable pour une adaptation culturelle pertinente de l'enseignement de l'histoire au Gabon. Face aux enjeux majeurs que représentent l'identité culturelle et la représentation historique pour la jeunesse gabonaise, il est impératif de réviser et d'enrichir les pratiques éducatives actuelles. En effet, l'analyse des programmes scolaires a révélé leur insuffisante prise en compte des spécificités gabonaises, rendant l'enseignement parfois déconnecté des réalités vécues par les élèves53. La revalorisation du rôle de l'enseignant, non seulement en tant que transmetteur de savoirs, mais également comme médiateur culturel, souligne la nécessité de développer des compétences à la fois pédagogiques et interculturelles solides.

53 Ondo, L « Compétences interculturelles des enseignants gabonais : enjeux et défis », Revue africaine de pédagogie, 2020. P. 45-63.

70

La formation initiale et continue des enseignants doit donc être repensée pour intégrer des modules dédiés à la connaissance approfondie de l'histoire locale, à la maîtrise des approches didactiques adaptées aux divers publics scolaires gabonais, mais aussi à une sensibilité accrue aux enjeux identitaires. Des initiatives telles que les partenariats avec des historiens locaux ou des ateliers de formation innovants ont montré des premiers résultats encourageants dans certaines provinces gabonaises, où l'appropriation des savoirs historiques par les élèves a nettement progressé. Par ailleurs, l'engagement continu du ministère de l'Éducation nationale dans la valorisation des ressources éducatives locales s'impose comme un facteur clé pour pérenniser cet effort. Cela soulève cependant des questions essentielles quant à la volonté politique, aux ressources financières, et aux structures institutionnelles nécessaires pour déployer massivement ces formations adaptées. Ainsi, la formation des enseignants, loin d'être un simple outil technique, représente un véritable levier de transformation socioculturelle, dont l'efficacité conditionnera à terme la capacité du système éducatif gabonais à construire une histoire partagée, vivante et porteuse d'avenir.

Tableau N°4 : Propositions des nouvelles leçons à intégrer dans le programme officiel de la sixième à la terminale

Classe

Leçons d'histoire sur le Gabon par niveau

Sixième

Thème 1 : le Gabon précolonial

Chapitre1 : les principaux peuples côtiers du Gabon Leçon 1 : les pygmées ou Négrilles

Leçon 2 : les bantous : les principaux groupes du littoral Chapitre 2 : l'organisation politique dans le Gabon précolonial Leçon 1 : la structure politique des peuples du Gabon

71

 

Leçon 2 : Ethnie et tribus

Leçon 3 : Le clan et le lignage

Leçon 4 : Rôle des lignages et des clans dans la transmission des savoirs et des pouvoirs

Cinquième

Thème 1 : le Gabon précolonial

Chapitre 1 : Les formes d'organisation politique

Leçon 1 : Les chefferies

Leçon 2 : La structure du village

Leçon 3 : Rôles des chefs traditionnels, des chefs spirituels

Chapitre 2 : Le pouvoir politique

Leçon 1 : La représentation du pouvoir

Leçon 2 : Le pouvoir du chef

Leçon 3 : L'intronisation du chef

Quatrième

Thème 1 : Le Gabon précolonial

Chapitre1 : Le divin guérisseur : personnage incontournable de la société coloniale

Leçon 1 : Le médecin du village

Leçon 2 : Les pouvoirs politiques du devin guérisseur

Leçon 3 : Personnage à la fois guérisseur, médiateur entre le monde des hommes et le monde spirituel

Chapitre 2 : Religiosité et cosmologie

Leçon 1 : Cosmogonie locale : croyances en un monde spirituel, ancêtres, esprits, forces naturelles

72

 

Leçon 2 : Pratiques religieuses : rituels, cérémonies, offrandes

Leçon 3 : La place centrale des divinités et des esprits dans la vie quotidienne

Troisième

Thème 1 : Le Gabon précolonial

Chapitre 1 : La vie économique

Leçon 1 : L'organisation de l'activité économique

Leçon 2 : Échanges entre groupes ethniques (ex : Fang, Kota, Tsogo).

Leçon 3 : Rôle des routes commerciales ancestrales.

Leçon 4 : Rôle des marchés traditionnels et des foires

Chapitre 2 : Organisation sociale

Leçon 1 : Rôles des femmes, des hommes, et des jeunes.

Leçon 2 : Initiations (adolescence, mariage, funérailles).

Leçon 3 : Signification sociale de ces rites.

Leçon 4 : Rôles des anciens et des chefs dans ces rituels.

Thème 2 : L'Etat colonial au Gabon

Chapitre 1 : Période coloniale : définition et enjeux

Leçon 1 : Organisation politique, économique et sociale sous domination coloniale

Leçon 2 : Impact sur les populations indigènes et la structuration du territoire Leçon 3 : La politique d'expropriation des populations autochtones

Seconde

Thème 1 : L'Etat colonial au Gabon

Chapitre 2 : Les compagnies concessionnaires Leçon 1 : La société du haut Ogooué (SHO)

Leçon 2 : Compagnie Française de l'Ogooué Leçon 3 : La Société des Mines de la Manganèse Leçon 4 : La Société Agricole et du Bas-Ogooué Chapitre 2 : La domination administrative française

Leçon 1 : Mise en place d'un gouvernorat général de l'Afrique équatoriale française (AEF) en 1910

Leçon 2 : Structure administrative : gouverneur, chefs de district, sous-préfets

Leçon 3 : La centralisation du pouvoir au profit de l'administration coloniale française

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Thème 1 : L'Etat colonial au Gabon

Chapitre 1 : Les premiers traités et les voyages d'exploration au Gabon

Leçon 1 : Les premiers traités franco-gabonais

Leçon 2 : L'exploration de l'intérieur du Gabon

Leçon 3 : La remise en cause des traités d'occupation

Chapitre 2 : La pénétration commerciale et missionnaire

Leçon 1 : Le commerce et les échanges au Gabon

Leçon 2 : Les missionnaires

Chapitre 3 : Réformes et évolution du système colonial

Leçon 1 : L'organisation territoriale du Gabon

Leçon 2 : Le pouvoir colonial

Leçon 3 : Le régime de l'indigénat

Leçon 4 : l'impôt de capitation

Chapitre 4 : La naissance des mouvements de résistances au Gabon

Leçon 1 : La mise en place des prisons Leçon 2 : La résistance d'Emane Tolé Leçon 3 : La lutte de Nyonda Makita Leçon 4 : La résistance de Mbombé Thème 2 : l'Etat postcolonial

Chapitre 1 : Les fondements institutionnels

Leçon 1 : La Constitution de 1961 : passage d'un régime semi-présidentiel à un régime présidentiel

Leçon 2 : La création d'institutions clés : Assemblée nationale, Conseil économique et social, Conseil supérieur de la magistrature

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Terminale

 

Thème 1 : l'Etat postcolonial

Chapitre 1 : Les fondements institutionnels

Leçon 1 : La Constitution de 1961 : passage d'un régime semi-présidentiel à un régime présidentiel

Leçon 2 : La création d'institutions clés : Assemblée nationale, Conseil économique et social, Conseil supérieur de la magistrature

Chapitre 2 : La démocratisation et les défis actuels

Leçon 1 : La mise en place de processus électoraux (élections présidentielles, législatives)

Leçon 2 : La question de la gouvernance, de la transparence et de la séparation des pouvoirs

Chapitre 3 : L'organisation administrative de l'État gabonais Leçon 1 : La création des provinces

75

 

Leçon 2 : La mise en place de communes et de collectivités territoriales Leçon 3 : Le rôle des préfets et des gouverneurs

Chapitre 4 : La mise en place de réformes politiques

Leçon 1 : La révolte populaire de 1990 contre la gouvernance autoritaire Leçon 2 : La Conférence nationale de 1990

Leçon 3 : Rétablissement du multipartisme

Source : Mave Bekale Nzamba

Ce tableau propose une progression logique, allant de la connaissance des origines ethniques et culturelles jusqu'aux enjeux modernes du Gabon. La première étape, de la sixième à la quatrième vise à familiariser l'élève avec la diversité ethnique et la vie traditionnelle, fondamentale pour bâtir une conscience identitaire. La compréhension de la colonisation et des résistances permet d'intégrer les enjeux de la souveraineté pour les élèves de troisième à la première. La période postcoloniale et la construction de l'État modernisent la perspective historique, en insistant sur les figures clés et les événements décisifs. En fournissant une bibliographie riche en sources écrites et orales sur l'histoire du Gabon, les élèves auront accès à des informations variées et approfondies, ce qui contribuera à élargir leur vision du monde et à développer leur esprit critique. Ainsi, l'intégration de ces nouvelles leçons d'histoire du Gabon dans les programmes scolaires sera bénéfique pour la formation intellectuelle et culturelle des élèves gabonais.

76

Conclusion du chapitre VI

L'adaptation culturelle constitue un pilier fondamental pour un enseignement de l'histoire du Gabon pertinent, inclusif et respectueux des identités multiples. Elle permet de transmettre un récit historique fidèle, façonné par la diversité ethnique, linguistique et culturelle propre au pays. Une telle approche favorise la cohésion sociale, la valorisation du patrimoine immatériel, et la construction d'une identité nationale plurielle. La réussite de cette adaptation dépend de la formation des enseignants, de l'intégration des pratiques orales et symboliques, ainsi que de la contextualisation des événements historiques. En définitive, l'enseignement de l'histoire du Gabon doit évoluer vers une pédagogie qui reflète la richesse culturelle du pays, afin de bâtir une conscience collective solide, respectueuse de ses racines et ouverte à sa diversité.

77

CONCLUSION GENERALE

78

En définitive, repenser et adapter l'enseignement de l'histoire du Gabon de la sixième à la terminale constitue une nécessité impérieuse pour mieux refléter la richesse culturelle et identitaire du pays tout en répondant aux aspirations didactiques contemporaines. Le constat initial met en lumière une déconnexion persistante entre les programmes scolaires actuels, souvent hérités de cadres académiques généraux et peu contextualisés, et les expériences ainsi que les représentations culturelles des élèves gabonais. Cette fracture, marquée par des obstacles linguistiques, méthodologiques, et une faible prise en compte des savoirs locaux, empêche une appropriation véritablement critique et émotionnelle de l'histoire nationale.

L'importance de l'histoire locale ne saurait être sous-estimée dans la formation identitaire des élèves : elle agit comme un levier pour la construction d'une conscience collective, renforçant le sentiment d'appartenance et l'engagement civique. Dès lors, l'intégration systématique des savoirs oraux, des récits des aînés et des patrimoines culturels dans les supports pédagogiques représente un vrai tournant. Par exemple, la valorisation de témoignages issus de communautés Massango, Tsogho, Fang, Punu ou les Nzebi, couplée à des méthodes participatives telles que les débats, les jeux de rôle ou les projets collaboratifs dynamise les cours et stimule l'intérêt des élèves pour leur propre histoire.

Par ailleurs, la formation continue des enseignants apparaît comme un pilier fondamental : ceux-ci doivent être outillés non seulement pour maîtriser les contenus historiquement pertinents, mais aussi pour adopter une posture interculturelle et une pédagogie inclusive. Il est aussi indispensable de promouvoir un partenariat étroit entre les établissements scolaires, les autorités éducatives et les communautés locales, garantissant ainsi une co-construction des programmes enrichie par une pluralité de voix et d'expériences. Cette collaboration pourrait prendre la forme d'ateliers réguliers, d'archives orales numérisées ou encore d'expositions itinérantes, pérennisant une histoire vivante et incarnée.

Aussi, il est essentiel de renforcer la formation initiale et continue des enseignants, en les dotant d'outils adaptés et en favorisant les échanges avec les détenteurs de savoirs traditionnels. Ce double investissement dans le capital humain et matériel peut favoriser une transmission de l'histoire plus fidèle, plus pertinente et donc plus efficace, capable de nourrir le développement d'une citoyenneté éclairée et d'une identité gabonaise affirmée. En ce sens, la révision des programmes ne saurait se faire sans une réflexion structurante sur les finalités mêmes de l'éducation historique dans un contexte postcolonial et pluriculturel.

79

Au-delà de ces ajustements concrets, la réflexion doit s'inscrire dans une dynamique plus large visant à faire de l'enseignement de l'histoire un vecteur d'émancipation intellectuelle et de cohésion sociale. La question cruciale qui se pose maintenant est celle de la capacité des institutions éducatives gabonaises à inscrire durablement ces changements dans leur politique et leurs pratiques. Comment, en effet, conjuguer exigence académique et respect des patrimoines culturels dans un monde globalisé et en perpétuelle mutation ? Cette interrogation ouvre la porte à de futures recherches interdisciplinaires, mêlant histoire, pédagogie, linguistique et sociologie, afin de prolonger ce cheminement vers une éducation véritablement ancrée dans les réalités culturelles gabonaises, et qui inspire les générations futures à se connaître, se reconnaître et agir avec conscience dans leur société.

ANNEXE

80

81

Annexe 1

QUESTIONNAIRE ADRESSE AUX ENSEIGANTS-CHERCHEURS

Dans le cadre de la réalisation de notre mémoire professionnel de fin de cycle Master à l'Ecole Normale Supérieure de Libreville nous sommes amenés à collecter un ensemble d'informations qui gravitent autour de notre thème : « Enseignement/Apprentissage de l'histoire du Gabon de la sixième à la terminale : éléments de recherche pour une adaptation culturelle ». A cet nous vous prions de répondre à ces questions nécessaires à l'aboutissement de notre étude. Nous vous remercions d'avance pour votre aimable collaboration.

I- IDENTIFICATION

Noms Prénoms

Spécialité . Sexe : M() F()

Etablissement

II- QESTIONS

1) Comment les enseignants d'histoire du Gabon peuvent-ils intégrer les cultures et les traditions locales dans leurs cours pour rendre l'apprentissage plus pertinent et engageant pour les élèves ?

2) Quels sont les effets de l'enseignement de l'histoire du Gabon sur la construction de l'identité nationale et culturelle des élèves gabonais ?

3)

82

Comment les programmes d'histoire du Gabon peuvent-ils être adaptés pour mieux refléter la diversité culturelle et historique du pays ?

4) Quels sont les défis et les opportunités liés à l'utilisation des nouvelles technologies pour enseigner l'histoire du Gabon, et comment peuvent-elles être utilisées pour améliorer l'apprentissage et la compréhension de l'histoire ?

83

Annexe 2

QUESTIONNAIRE ADRESSE AUX INSPECTEURS PEDAGOGIQUES

Dans le cadre de la réalisation de notre mémoire professionnel de fin de cycle Master à l'Ecole Normale Supérieure de Libreville nous sommes amenés à collecter un ensemble d'informations qui gravitent autour de notre thème : « Enseignement/Apprentissage de l'histoire du Gabon de la sixième à la terminale : éléments de recherche pour une adaptation culturelle ». A cet nous vous prions de répondre à ces questions nécessaires à l'aboutissement de notre étude. Nous vous remercions d'avance pour votre aimable collaboration.

I- IDENTIFICATION

Noms Prénoms
Sexe : M() F()

Etablissement

II- QESTIONS

1) Quels sont les principaux objectifs que vous vous fixez lors de vos inspections pédagogiques en histoire du Gabon, et comment évaluez-vous l'efficacité de l'enseignement

de l'histoire du Gabon ?

2) Comment évaluez-vous la qualité des programmes et des méthodes d'enseignement utilisés pour enseigner l'histoire du Gabon, et quels sont les domaines qui nécessitent une amélioration ?

3) Quels sont les défis que les enseignants d'histoire rencontrent lors de l'enseignement de l'histoire du Gabon, et comment les inspecteurs pédagogiques peuvent-ils les aider à surmonter ces défis ?

84

4) Comment les inspecteurs pédagogiques peuvent-ils contribuer à la mise en place d'une approche pédagogique qui prend en compte la diversité culturelle et historique du Gabon ?

85

Annexe 3

QUESTIONNAIRE ADRESSE AUX CONSEILLERS PEDAGOGIQUES

Dans le cadre de la réalisation de notre mémoire professionnel de fin de cycle Master à l'Ecole Normale Supérieure de Libreville nous sommes amenés à collecter un ensemble d'informations qui gravitent autour de notre thème : « Enseignement/Apprentissage de l'histoire du Gabon de la sixième à la terminale : éléments de recherche pour une adaptation culturelle ». A cet nous vous prions de répondre à ces questions nécessaires à l'aboutissement de notre étude. Nous vous remercions d'avance pour votre aimable collaboration.

I- IDENTIFICATION

Noms Prénoms
Sexe : M() F()

Etablissement

II- QESTIONS

1) Quels sont les principaux défis que les enseignants d'histoire rencontrent lors de l'enseignement de l'histoire du Gabon, et comment les conseillers pédagogiques peuvent-ils les aider à surmonter ces défis ?

2) Comment les conseillers pédagogiques peuvent-ils contribuer à la mise en place d'une approche pédagogique qui prend en compte la diversité culturelle et historique du Gabon dans l'enseignement de l'histoire ?

3)

86

Quels sont les moyens que les conseillers pédagogiques peuvent utiliser pour aider les enseignants à développer des stratégies pédagogiques innovantes pour enseigner l'histoire du Gabon

4) Comment les conseillers pédagogiques peuvent-ils évaluer l'efficacité de l'enseignement de l'histoire du Gabon et identifier les domaines qui nécessitent une amélioration ?

87

Annexe 4

QUESTIONNAIRE ADRESSE AUX ENSEIGNANTS D'HISTOIRE-GEOGRAPHIE

Dans le cadre de la réalisation de notre mémoire professionnel de fin de cycle Master à l'Ecole Normale Supérieure de Libreville nous sommes amenés à collecter un ensemble d'informations qui gravitent autour de notre thème : « Enseignement/Apprentissage de l'histoire du Gabon de la sixième à la terminale : éléments de recherche pour une adaptation culturelle ». A cet nous vous prions de répondre à ces questions nécessaires à l'aboutissement de notre étude. Nous vous remercions d'avance pour votre aimable collaboration.

I- IDENTIFICATION

Noms Prénoms
Sexe : M() F()

Etablissement

II- QUESTIONS

1. Comment les programmes d'histoire du Gabon pourraient-ils être adaptés pour mieux refléter la diversité culturelle et historique du pays ?

2. Quelles sont les stratégies pédagogiques que vous utilisez pour intégrer les cultures et les traditions locales dans vos cours d'histoire du Gabon ?

3.

88

Comment les enseignants d'histoire du Gabon peuvent-ils contribuer à la promotion de la diversité culturelle et historique du pays à travers leur enseignement ?

4. Quels sont les défis que vous rencontrez lors de l'adaptation culturelle de l'histoire du Gabon, et comment les surmontez-vous ?

5. Comment évaluez-vous l'efficacité de l'adaptation culturelle de l'histoire du Gabon dans vos cours, et quels sont les indicateurs de réussite que vous utilisez ?

89

Annexe 5

QUESTIONNAIRE ADRESSE AUX ELEVES

Dans le cadre de la réalisation de notre mémoire professionnel de fin de cycle Master à l'Ecole Normale Supérieure de Libreville nous sommes amenés à collecter un ensemble d'informations qui gravitent autour de notre thème : « Enseignement/Apprentissage de l'histoire du Gabon de la sixième à la terminale : éléments de recherche pour une adaptation culturelle ». A cet nous vous prions de répondre à ces questions nécessaires à l'aboutissement de notre étude. Nous vous remercions d'avance pour votre aimable collaboration.

I- IDENTIFICATION

Noms Prénoms
Sexe : M() F()

Etablissement

II- QUESTIONS

1. Pensez-vous que l'histoire du Gabon est importante ?

2. Avez-vous étudié des aspects de la culture et de l'histoire du Gabon qui vous ont intéressé ?

3. Pensez-vous que les cours d'histoire du Gabon reflètent bien la diversité culturelle et historique du pays ?

4.

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Quels contenus aimeriez-vous voir plus dans les cours d'histoire du Gabon ?

5. Pensez-vous que l'étude de l'histoire du Gabon a un impact sur votre identité ?

6. Quelles suggestions avez-vous pour améliorer les cours d'histoire du Gabon ?

91

Annexe 6

Entretien avec LACCRUCHE MBONGO Louis élève conseiller pédagogique, Histoire-Géographie à l'Ecole Normale Supérieure

Moi : Bonjour, CP. Merci de prendre le temps de discuter avec moi aujourd'hui. Je voudrais comprendre vos perspectives sur l'enseignement de l'histoire du Gabon.

M. LACCRUCHE : Bonjour, Je suis ravi de partager mes expériences et mes perspectives avec vous.

Moi: Comment percevez-vous l'importance de l'enseignement de l'histoire du Gabon dans la formation des élèves gabonais ?

M. LACCRUCHE : Je pense que l'enseignement de l'histoire du Gabon est essentiel pour la formation des élèves, car il leur permet de comprendre leur passé, leur culture et leur identité. Cela leur donne également une vision plus large de leur place dans le monde et de leur rôle dans la société.

Moi : Quels sont les défis que vous rencontrez dans l'enseignement de l'histoire du Gabon ?

M. LACCRUCHE : Les défis que je rencontre incluent le manque de ressources pédagogiques adaptées, la difficulté de rendre l'histoire vivante et intéressante pour les élèves, ainsi que la nécessité de prendre en compte la diversité culturelle et historique du Gabon.

Moi : Comment intégrez-vous les cultures et les traditions locales dans vos cours d'histoire du Gabon ?

M. LACCRUCHE : Je fais appel à des ressources locales, telles que des témoignages de personnes âgées, des visites de sites culturels et historiques, ainsi que des documents d'archives. Je cherche également à intégrer les cultures et les traditions locales dans les programmes d'histoire pour donner une vision plus complète et plus représentative de l'histoire du Gabon.

92

Moi : Quels sont les éléments de réponses pour une adaptation culturelle de l'enseignement de l'histoire du Gabon ?

M. LACCRUCHE : Les éléments de réponses incluent l'intégration des cultures et traditions locales dans les programmes d'histoire, l'utilisation de ressources locales et de témoignages de personnes âgées, l'organisation de visites de sites culturels et historiques, ainsi que le développement de contenus interactifs et multimédias pour rendre l'apprentissage plus engageant.

Moi : Comment les programmes d'histoire du Gabon pourraient-ils être adaptés pour mieux refléter la diversité culturelle et historique du pays ?

M. LACCRUCHE : Les programmes d'histoire du Gabon pourraient être adaptés en intégrant davantage de contenus sur les différentes cultures et traditions locales, en donnant une place plus importante à l'histoire des différents groupes ethniques et culturels du Gabon, et en utilisant des approches pédagogiques plus interactives et plus engageantes.

Moi : Quels sont les rôles des enseignants chercheurs dans la promotion de l'enseignement de l'histoire du Gabon ?

M. LACCRUCHE : Les enseignants chercheurs ont un rôle important à jouer dans la promotion de l'enseignement de l'histoire du Gabon, en développant des ressources pédagogiques adaptées, en menant des recherches sur l'histoire du Gabon, et en partageant leurs connaissances et leurs expériences avec les autres enseignants et les élèves.

Moi : Comment les nouvelles technologies peuvent-elles être utilisées pour améliorer l'enseignement de l'histoire du Gabon ?

M. LACCRUCHE : Les nouvelles technologies peuvent être utilisées pour développer des contenus interactifs et multimédias, pour partager des ressources et des expériences avec les autres enseignants et les élèves, et pour donner accès à des ressources en ligne qui peuvent enrichir l'apprentissage de l'histoire du Gabon.

Moi : Merci, CP, pour vos réponses éclairantes. Vos perspectives et expériences seront très utiles pour comprendre les éléments de réponses pour une adaptation culturelle de l'enseignement de l'histoire du Gabon.

93

M. LACCRUCHE : Merci. Je suis heureux d'avoir pu partager mes expériences et mes perspectives avec vous.

Annexe 7

Annexe 7

Source : Musée National des Arts, Rites et Traditions, juin 2025

94

95

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

96

I. Sources

1. Source orale

> LACCRUCHE MBONGO Louis élève conseiller pédagogique, Histoire-Géographie à l'Ecole Normale Supérieure

2. Sources écrites

> M'bokolo, E. Le Gabon précolonial : étude sociale et économique, 1977.

> Schweitzer, A. À l'orée de la forêt vierge, 1922.

> Tchamda, J. Les langues autochtones face à la colonisation linguistique, 2011.

> Bekale Nzamba, M. Enquete de terrain, mai 2025.

> Centre Culturel Français de Libreville. Programmes éducatifs et valorisation du

patrimoine, 2021.

> UNICEF. Ressources pédagogiques pour une éducation interculturelle, 2019.

II. Bibliographie 1. Ouvrages

> Ailincai, R., & Bernard, F. X. Apprendre hors de la classe: l'exemple d'une sortie

scolaire au Musée de l'Espace de Kourou, 2010.

> Boukebou, A. Musique et identité au Gabon, 2018.

> Coquery-Vidrovitch, C. Le Congo au temps des grandes compagnies

concessionnaires, 1972.

> Deschamps, H. Quinze ans de Gabon, les débuts de l'établissement français, 1965.

> Deschamps, H. Traditions orales et archives au Gabon, 1962.

> Diop, M. Religions et spiritualités au Gabon : entre tradition et christianisme, 2005.

> Fernandez, J.-W. Bwiti : An Ethnography of the Religious Imagination in Africa,

1982.

> Fonkoua, P. L'art indigène face à la colonisation : hybridation et résistance, 2018.

> Jean N'Guessan. Les enjeux identitaires au Gabon, 2012.

> Mbo'o, É. Culture et développement au Gabon, 2020.

97

> Mouloungui, J. B. Les rituels initiatiques chez les Fang du Gabon, 1998.

> Ndiaye, M. Le système de mandores au Gabon : entre tradition et colonialisme, 2003.

> N'Gouala, E. Langues autochtones et politique linguistique en Afrique centrale.

> Ngong, B. Récits et légendes chez les Fang : une approche anthropologique, 2015.

> Raponda-Walker, A. Les Fang du Gabon, 1960.

> Raponda Walker, A. Rites et croyances des peuples du Gabon. Essai sur les pratiques

religieuses d'autrefois et d'aujourd'hui, 1962.

> Smith, L. La valorisation du patrimoine culturel immatériel : enjeux et perspectives,

2006.

2. Articles

> Boukinda, L. Les récits mythiques et leur rôle dans la société Kota, 2018.

> Nkoumbou, L. La musique traditionnelle gabonaise face à la mondialisation, 2019.

> Ondo, L. Compétences interculturelles des enseignants gabonais : enjeux et défis, 2020.

3. Thèses de doctorat

> Ngouabi, M. La place de la culture dans l'éducation au Gabon, 2016.

4. Rapports

> Ministère de l'Éducation Nationale, Programme officiel, 2021

> Ministère de la Culture du Gabon. Rapport annuel sur la sauvegarde du patrimoine

culturel, 2022.

> UNESCO. Rapport sur l'enseignement de l'histoire en Afrique, 2018.

> UNESCO. Listes du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, 2018.

> Institut National de Statistiques et des Études Démographiques (INSED). Enquête

réalisée en 2022

> UNESCO, rapport sur l'éducation en Afrique, 1960. P. 50-60

5. Webographie

> https://fr.unesco.org/initiatives/patrimoine-oral

98

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION GENERALE 1
PREMIERE PARTIE : CADRE THEORIQUE DE L'HISTOIRE CULTURELLE DU

GABON .8

CHAPITRE I : PRESENTATION DE LA NOTION D'HISTOIRE CULTURELLE DU

GABON .9

I.1- Définition et portée de l'histoire culturelle .9

I.2- Les paradigmes théoriques et méthodologiques appliqués 10

II- Eléments constitutifs de la culture gabonaise 12

I.1- Traditions orales, croyances et pratiques sociales 12

I.2- Influence des échanges coloniaux et postcoloniaux .13

CHAPITRE II : LES SOCIETES TRADITIONNELLES PRECOLONIALES,

COLONIALES ET POSTCOLONIALES .16

II.1- les sociétés traditionnelles précoloniales .16

II.2- La période coloniale 20

II.3- La période postcoloniale .22

CHAPITRE III : LES DEFIS CONTEMPORAINS DE LA PRESERVATION

CULTURELLE AU GABON .26

III.1- La mondialisation et ses effets sur les identités locales 26

III.2- Les politiques culturelles et initiatives de sauvegarde .27

III.3- Le rôle des mouvements artistiques et littéraires .28

DEUXIEME PARTIE : APPROCHE PEDAGOGIQUE POUR UNE ADAPTATION

CULTURELLE DE L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE DU GABON ..31

CHAPITRE IV : ANALYSE CRITIQUE DES PRATIQUES D'ENSEIGNEMENT DE

L'HISTOIRE DU GABON 32

99

IV.1 - Evaluation des programmes d'histoire de la sixième à la terminale ..32

IV.2 - Identification des lacunes culturelles et didactiques .34

IV.3 - La structure curriculaire et la progression pédagogique 36

CHAPITRE V : DEROULEMENT, PRESENTATION ET ANALYSE DES

RESULTATS DE L'ENQUETE .40

V.1- Le déroulement de l'enquête 40

V.2 - Présentation des résultats 42

V.3 - Analyse et critique .42
CHAPITRE VI : IMPORTANCE DE L'ADAPTATION CULTURELLE DANS

L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE DU GABON 51

VI.1 - Les musées comme espaces pédagogiques pour l'histoire locale et nationale 51

VI.2 - L'importance des sorties scolaires dans l'enseignement de l'histoire ...54

VI.3 - Méthodes pédagogiques et ressources didactiques valorisant la culture gabonaise..59 II - Repenser les programmes d'histoire pour intégrer la diversité culturelle gabonaise...61

VI.1- Intégration des histoires orales et traditionnelles 61

VI.2 - Valorisation des cultures locales : une approche plurielle et participative avec acteurs

locaux

.63

VI.3 - La formation des enseignants comme levier d'adaptation

.65

CONCLUSION GENERALE

77

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

98

ANNEXES

80

TABLE DES MATIERES

..98

100






La Quadrature du Net

Ligue des droits de l'homme