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Une lecture de la coopération américano-camerounaise depuis 2001:contribution à l'étude des dimensions pétrolière et militaire


par Alexis NZEUGANG
Université de Yaoundé II (Soa) - Master II 2005
Dans la categorie: Droit et Sciences Politiques > Relations Internationales
   
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SECTION2 : LE CAMEROUN DANS LA STRATEGIE AMERICAINE DE

CONSOMMATION MILITAIRE

 Symboliquement ébranlés  par les attentats du 11 Septembre 2001, les Etats-Unis se sont jetés dans une stratégie de sustentation de leur hyperpuissance. Cet impératif passe entre autres par ce que Christian Harbulot (2003 : 63) appelle la «volonté de puissance américaine». La Coopération militaire qu'ils entretiennent avec le Cameroun s'inscrit en partie dans la stratégie globale de maintien et de pérennisation de l'hyperpuissance américaine. De ce fait, elle passe par l'orientation du Cameroun vers le modèle américain de consommation militaire ; laquelle n'est pas sans effets.

A-L'ORIENTATION DU CAMEROUN VERS LE MODELE AMERICAIN DE CONSOMMATION MILITAIRE

La coopération militaire américano-camerounaise aujourd'hui encore fragile ne s'inscrit pas que dans la logique pétrolière via la lutte contre le terrorisme international. Elle se veut également culturelle et s'annonce riche d'affaires ainsi qu'en témoignage le ballet diplomatique des officiels américains au Cameroun. Les américains ne cachent pas leurs intentions. Ils disent vouloir investir, faire des affaires au Cameroun.

En plus de la conquête d'un marché potentiel en Afrique centrale, cette coopération américano-camerounaise permettrait aux Etats-Unis d'étendre la culture militaire américaine.

1 - UN MARCHE POTENTIEL ?

La Coopération militaire entre le Cameroun et les Etats-Unis permet à ces derniers de vendre du matériel militaire au premier. Cet aspect n'est pas nouveau ; car dans les décennies 60 et 70, les factures des armes payées par le Cameroun n'étaient pas négligeables. En effet, entre 1966 et 1975, la valeur des armes importées par le Cameroun aux Etats-Unis s'élève à 3 000 000 de dollars. Entre 1975 et 1980, elle est de 20 000 000 de dollars (Duignan et Gann 1990 : 382).

En visite au Cameroun en Août 2004, le Sénateur républicain N.Chuck Hagel et le général d'armée Charles Wald confient que leur présence porte sur les domaines qui intéressent particulièrement leur pays. Il s'agit entre autres du pétrole, des opportunités d'affaires, de la lutte contre le terrorisme (Ngogang, 29 Août 2004). En dehors du commerce pure et simple, la lutte contre le terrorisme et la protection des intérêts pétroliers dans le Golfe de Guinée nécessitent des moyens généralement matériels. Moyens qui manquent parfois cruellement aux Etats pauvres de la sous-région. Le scénario consiste donc à mettre d' abord en oeuvre des programmes d'aide, d'assistance et d'appui aux opérations de maintien de la paix et de prévention des conflits tels, l'ACRI devenu ACOTA, l'EDA etc. Ensuite, le gouvernement et parfois les personnes ou sociétés privées mettent en oeuvre d'autres programmes chargés de la vente du matériel militaire à l'extérieur.

Ainsi, la Defense Security Cooperation Agency (DSCA) utilise la Foreign Military Financing (FMF) pour accorder des prêts à faible taux d'intérêt aux gouvernements étrangers afin qu'ils achètent les armes américaines. C'est dans cette optique que s'insèrent les programmes Foreign Military Sales (FMS) et la United States Private Sales (USPS) destinés à la vente des armes à l'étranger (Volman, 2005).42(*)

Dans le cadre de la Foreign Military Sales, le Cameroun a déboursé en 2005 une somme d'environ 150 000 dollars, soit a peu près 95 millions de francs CFA. Sa facture en 2006 est estimée à une somme similaire. Quant aux frais déboursés dans le cadre de la US Private Sales, ils s'élèvent en 2005 à 90 000 dollars, soit environ 57 millions de francs CFA (Volman, 2005). Ces sommes relativement faibles sont censées lui permettre d'acquérir du matériel militaire américain.

Vraisemblablement, le meilleur reste à venir ; car, l'Afrique dont le Cameroun restent pour les Etats-Unis « un vaste marché où ils n'ont pas encore réellement investi » (Nghermani, 2006).

2 - UNE STRATEGIE D'EXTENSION DE LA CULTURE AMERICAINE ?

A en croire Joseph Vincent Ntuda .E, la domination est davantage culturelle aujourd'hui. Elle s'inscrit dans la « dialectique des intelligences »43(*). Les Etats-Unis ont mis en oeuvre une stratégie dite de « shaping » qui consiste à « façonner l'environnement international par la diffusion des normes, des valeurs et des standards américains» (Nghermani, 2006). Les programmes militaires des Etats-Unis en Afrique visent selon Abramovici (2004 : 14-15)  «... à moderniser et à adapter aux normes américaines, les forces armées locales».

Le Cameroun n'échappe donc pas à cette logique, puisqu'il est inscrit dans certains programmes de formation Américaine. Qui plus est, les Etats-Unis ont crée à l'école Militaire Inter armées (EMIA) un laboratoire de langue anglaise destiné à améliorer le niveau des officiers camerounais et l'usage des standards américains (Njako, 2006). Il s'agit au mieux d'enseigner aux officiers camerounais l'Anglais opérationnel tel qu'il est utilisé par les forces Américaines. A l'analyse, le Cameroun s'intègre dans ce que Philippe Hugon (2005 :405) appelle les deux principes guidant l'aide américaine en Afrique. C'est-à-dire «le shaping (façonner l'Afrique aux normes et standards américains) et la civilisation (développer les forces démocratiques)».

Par ailleurs, la formation des officiers camerounais dans les écoles Américaines aurait pour effet l'exportation de la culture stratégique américaine. Ils rentrent nantis d'une façon de voir, de concevoir, de penser et d'agir proprement américain. Cette manière d'importer la culture stratégique américaine peut faire la fierté des Etats-Unis dans un environnement historiquement considéré comme zone d'influence des ex-puissances coloniales. [Pour la petite histoire, nous avons rencontré dans le cadre de nos entretiens un officier supérieur camerounais qui venait à peine de retourner au pays après avoir reçu une formation aux Etats-Unis. Il nous a semblé tout à fait différent par l'orientation qu'il donnait à son raisonnement et la compréhension de l'environnement géostratégique international44(*).]

* 42 Daniel Volman est le Directeur du programme de la recherche pour la sécurité en Afrique, au Département d'Etat.

* 43 Ce terme est utilisé par Hervé Coutau-Bégarie dans Traité de stratégie Paris, économica, 1999, P.70.

* 44 Nous n'avons pas eu l'autorisation de citer le nom et le grade de cet officier supérieur.

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