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Projets culturels transnationaux : enjeux et perspectives


par Roxane Garo
Université de Cergy Pontoise - Master Développement Culturel 2013
  

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Conclusion

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« Il y a un préjugé naturel qui porte l'homme à mépriser celui qui a été son inférieur, longtemps encore après qu'il est devenu son égal ; à l'inégalité réelle que produit la fortune ou la loi, succède toujours une inégalité imaginaire qui a sa racine dans les moeurs ; mais, chez les anciens, cet effet secondaire de l'esclavage avait un terme. L'affranchi ressemblait si fort aux hommes d'origine libre, qu'il devenait bientôt impossible de le distinguer au milieu d'eux. Cela vient de ce que chez les modernes le fait immatériel et fugitif de l'esclavage se combine de la manière la plus funeste avec le fait matériel et permanent de la différence de race. Le souvenir de l'esclavage déshonore la race, et perpétue le souvenir de l'esclavage. »

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique

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Introduction

En cette période de crise économique mondiale, le budget alloué à la culture en France est de plus en plus diminué. Pourtant, l'Etat lance régulièrement des appels à projets, notamment dans le domaine théâtral, poussant les compagnies à mettre en place des projets culturels à destination des pays les plus pauvres. La solidarité internationale et la culture se retrouvent ainsi liées l'une à l'autre et doivent répondre à un enjeu commun, qui revient souvent à une volonté d'émanciper les populations dites « fragiles ». Quelles sont les motivations qui poussent les acteurs politiques à mettre en place des projets internationaux ? Pourquoi un pays mettrait il des actions en place afin d'en aider d'autres, au lieu de régler les problèmes qu'il rencontre sur son territoire ? D'où vient cet attrait pour l'ailleurs ? Ces questions sont régulièrement mises en avant par l'actualité culturelle. Dans le domaine théâtral, de nombreux appels à projets sont lancés pour mettre en place des projets culturels transnationaux, les compagnies théâtrales implantées dans des Zones Urbaines Sensibles reçoivent des subventions qui se voient presque doublées si des actions sont menées à l'étranger. Il semble intéressant de s'interroger sur les enjeux et attentes des commanditaires, des exécuteurs (compagnies théâtrales) et des récepteurs (publics) afin de tenter de comprendre cet engouement pour la culture utilisée comme outil d'émancipation.

Le stage obligatoire réalisé au cours du Master 1 DCVP a été l'occasion de se confronter à ces questions puisqu'il a eu lieu au sein d'une compagnie théâtrale de Montreuil. Celle-ci, en pleine préparation d'une action culturelle franco-marocaine censée développer le pays maghrébin en termes d'outils de communication, s'est vue être réinterprétée par la compagnie qui a décidé d'ajouter l'objectif de l'émancipation féminine au projet. Ce terrain d'étude semblait donc être particulièrement prolifique en cela qu'il recelait de problématiques complexes. En quoi un projet transnational entre le Maroc et la France peut-il concerner la place de la femme dans le Royaume ? Quels sont les enjeux

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français au coeur de ce type d'action ? En quoi les rapports entre ces deux pays nécessitent ils une entraide ? Finalement, en quoi un projet culturel pensé comme un outil d'émancipation féminine peut-il être le reflet d'une vision occidentale des politiques culturelles ?

Cette dernière question semble particulièrement intéressante en cela qu'elle nécessite d'aborder des thèmes ancrés dans l'actualité comme les relations Nord-Sud, la mondialisation ou encore la culture comme outil. La bibliographie consacrée à la matière, notamment les conclusions de Pascal Blanchard1, orientait la méthodologie vers l'exploitation de sources directes. Cependant, l'étendue du sujet a également nécessité la réalisation d'entretiens semi-directifs ainsi qu'une enquête de terrain.

Intitulé "Projet culturel transnational : enjeux et perspectives", ce mémoire tend à démontrer que dans un projet culturel transnational, le rapport de coopération classique est souvent réinterprétée par les acteurs culturels. La vision que les acteurs de la coopération construisent du Maroc renvoie à deux registres distincts de l'« Autre ». Ce terme, plusieurs fois utilisé dans le mémoire, gagnerait à être définit dès maintenant. Tout d'abord, l'Autre est celui vis-à-vis duquel on se singularise, par opposition auquel on se construit soi et son identité. L'Autre renvoie également à celui qui n'appartient pas au même rivage de la Méditerranée, il est celui auquel l'action de coopération est destinée et à partir duquel elle se construit. C'est la vision de cet Autre là que nous allons évoquer.

Après une première partie relativement théorique consacrée à l'étude de la mondialisation et à ses conséquences potentielles dans la redéfinition des politiques culturelles, la deuxième partie s'axera sur l'étude d'un projet culturel transnational spécifique. Il s'agira d'analyser les enjeux au coeur du projet en adoptant un point de vue transnational (celui des acteurs). Enfin, on s'interrogera dans une dernière partie sur l'impact généré par la réception des publics sur le projet au coeur de notre étude.

1 Pascal Blanchard, La fracture coloniale, la société française au prisme de l'héritage colonial, La Découverte, 2005

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I) L'unification du monde et sa redéfinition des politiques culturelles

A. La mondialisation, agent de la transformation des relations internationales

Au cours des dernières décennies, les frontières marquant la société internationale ont subi des transformations importantes. La disparition de l'empire soviétique et la fin de la Guerre froide ont entrainé des reconfigurations territoriales, politiques et idéologiques à vaste ampleur, affectant tous les États. La mondialisation - définie dans le Petit Robert 2013 comme étant un phénomène d'ouverture des économies nationales sur un marché mondial libéral, lié aux progrès des communications et à la libéralisation des échanges - entraine une interdépendance croissante des pays.

Les années 1980, voyant les repères de l'ancien ordre mondial bouleversé, ont été synonymes de profondes ruptures. La mondialisation et la montée en puissance du libéralisme ont transformé radicalement les relations économiques internationales et ont eu d'importantes conséquences sur la vie économique et sociale de tous les pays du monde. Le développement des échanges internationaux de biens et de services a provoqué un développement de l'économie de marché au niveau mondial. Aucun pays ne peut vivre en autarcie, l'ouverture vers l'extérieur, même minimale, impose un certain degré d'acceptation des principes de l'économie de marché. La crise, douloureuse pour les pays riches, est encore plus violemment ressentie par les pays les plus pauvres.

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