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L'identité et le spectacle vivant à La Réunion

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par Virginie Verbaere
Université Aix-Marseille III - Administration des Institutions Culturelles 2004
  

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(b) Bousculement des traditions
Les métissages musicaux entre noirs et blancs

Les traditions musicales des Européens et des Noirs s'influenceront mutuellement au cours du 18ème siècle. Un véritable métissage musical conduira progressivement à la formation d'un nouveau séga, spécifiquement réunionnais dans lequel des « airs paraissant appartenir à la musique européenne s'approprient un caractère d'originalité exotique ».88(*)

La coexistence de deux groupes, Blancs et Noirs, entraînait inévitablement des phénomènes d'imitation réciproque. Un autre phénomène se fixe à cette époque en milieu Noir pour se perpétuer jusqu'à nos jours, celui des chansons « Kabaré ». Le mot vient du malgache « Kabary » qui correspond à une cérémonie de culte des ancêtres célébrée dans les familles d'origine malgache et provoquant une assemblée. Elle se prolongeait par des danses « kabaré » assimilables au maloya et ayant gardé ce sens aujourd'hui.

L'adaptation et la créolisation

Au-delà de l'influence mutuelle des traditions musicales de diverses origines on assiste à une adaptation typiquement réunionnaise des instruments et des danses européennes. La spécificité de la musique Réunionnaise et la formation d'une tradition locale naissent en fonction du choix et de la diffusion de certains instruments. Le violon et l'accordéon introduits d'Europe sont choisis pour la formation de musiques locales. Ils s'étendent dans les pratiques rurales et permettent de populariser des instruments aux qualités proches. Accordéon diatonique, violon, banjo et triangle constitueront donc, en particulier dans les Hauts89(*), ce qu'on pourrait considérer comme l'ensemble créole-type. La fabrication des instruments européens sur place est également à relier au phénomène de l'adaptation. De nombreux témoignages attestent l'ancienneté et la persistance de cette pratique. Le banjo, très populaire, est souvent réalisé en utilisant les ressources du pays.

La danse souligne également cette tendance. La popularisation du quadrille n'est pourtant pas un phénomène spécifiquement réunionnais et on l'observe dans certaines provinces françaises. La même démarche se retrouvera pour toutes les danses du 19ème siècle telle que la polka introduite à La Réunion en 1845. Elle présente beaucoup d'éléments avec les airs de quadrille et reste populaire. Il en va de même pour la mazurka et la valse, la scottish.

Le répertoire chanté est aussi adapté. Musique, chant et danse s'interpénètrent. Là encore les documents anciens n'existent pratiquement pas, cette lacune permet cependant de mieux cerner le problème de la tradition orale. En effet, la fin du 19ème siècle voit naître une multitude d'oeuvres écrites. D'après le répertoire subsistant l'adaptation des paroles peut être d'abord involontaire car la transmission orale de mots étrangers favorise les déformations. Elle peut aussi volontairement viser à intégrer rapidement une chanson extérieure en la créolisant. Enfin, on a pu introduire dans un texte français des éléments significatifs du milieu local.

* 88 LA SELVE J-P., 1995 : Musiques traditionnelles de la Réunion, Azalées Ed, 271p.

* 89 Cf Annexe 1 : Carte de La Réunion

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