pubAchetez de l'or en Suisse en ligne avec Bullion Vault


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

Les stratégies d'expansion des firmes multinationales chinoises: facteurs économiques, facteurs politiques.


par Geoffrey BONNEL
IEP d'Aix en Provence - Master 2011
Dans la categorie: Droit et Sciences Politiques > Sciences Politiques
   
Télécharger le fichier original

précédent sommaire suivant

b) L'Afrique, un marché original et en expansion :

L'Afrique, depuis les années 2000, occupe une place de plus en plus prépondérante au sein des investissements chinois. Les relations sino-africaines existent depuis les années 1950 mais sont restées strictement politiques et non vraiment pris qu'une direction économique vers la fin des années 1990. Ces relations se sont par la suite accélérées, et l'année 2006, marque une étape cruciale dans ces relations : la Chine devient le deuxième partenaire de l'Afrique avec 500 millions de dollars d'échanges, devant la France. En octobre 2000, s'est tenu le premier sommet du forum sur la coopération sino-africaine (\u20013'†»ñç‡çì?? : Zhông Fçi hézuò lùntán), qui a permis de développer les relations économiques entre Pékin et les grands pays africains (voir encadré sur le forum sur la coopération sino-africaine).

Forum sur la coopération sino-africaine

Le forum sur la coopération sino-africaine (FCSA) se tient tous les trois ans depuis octobre 2000. Le but de ce forum est de permettre d'accroître les relations économiques et politiques entre la Chine et les pays africains. L'année 2006 marque le dépassement de la France par la Chine, en terme d'échanges commerciaux, et permet de considérer que ce forum est, dès lors, plus important que les sommets France-Afrique. Ce forum occupe une place stratégique vitale pour Pékin qui entend augmenter dans l'avenir ses relations avec le continent.50

 

49 http://www.amisdelaterre.org/geopolitique-des-agrocarburants.html (le 1 mars 2011).

50 Source provenant du site Web officiel du FCSA : http://french.focacsummit.org/focacsummit/ (le 1 mars 2011).

Cependant, même si les flux d'IDE chinois sont importants (voir graphique II.B.3), les stocks chinois restent quand à eux très faibles par rapport aux autres partenaires traditionnels de l'Afrique, et ne représentaient en 2006 que 1% du total. Le Royaume-Uni occupait quand à elle la première place avec 16,6%, les Etats-Unis d'Amérique avec 9,2% la deuxième place, la troisième place à la France avec 7,6%, l'Espagne (5,6%), et les Pays-Bas (4,9%).

Graphique II.B.3 : Flux d'IDE chinois vers l'Afrique de 1991 à 2006
(En millions de dollars)

400

200

600

500

300

100

0

1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006

Source : Ministère du Commerce de la République Populaire de Chine.

L'analyse de graphique permet de confirmer deux choses : le début du décollage des investissements chinois commença à partir de la fin des années 1990 et le forum de coopération sino-africain joua un rôle important dans le développement des relations commerciales (sommets de 2000,2003, 2006, 2009, et 2012 à venir).

La majeure partie des entreprises qui investissent, est privée et quelques une à peine sont des entreprises d'Etat. En effet, sur 750 à 800 entreprises chinoises qui investissent en Afrique, à peine 100 d'entres elles sont des entreprises d'Etat, et le reste compte majoritairement des Petites et Moyennes Entreprises (PME). Ceci permet alors d'appréhender les investissements des entreprises en Afrique, en effet, les PME chinoises réalisent des projets de petits montants, tandis que, les entreprises d'Etat quand à elles réalisent des projets avec de très gros montants (projets de voies ferrées, de génies civils,

et de réseaux de télécommunication...51). Il est important de noter que le FCSA, a permis d'aider les PME chinoises à s'installer, et est l'une des caractéristiques du marché africain. Les entreprises d'Etat, quand à elles, sont présentes depuis longtemps et répondent à des intérêts politiques.

L'autre caractéristique du marché africain qui le rend original est : le mélange d'IDE et d'Aides au Développement. De 1960 à 1989, les aides au développement de la Chine atteignent la somme de 4,7 milliards de dollars (soit la moitié de la totalité des aides au développement reçus par l'Afrique durant cette même période). Alors qu'à la base, ces aides avaient été mises en place afin d'obtenir des soutiens diplomatiques, ces dernières ont évolué afin de se coordonner avec les IDE chinois. En effet, selon les professeurs Deborah Brautigam52 et Duncan Freeman53, les aides au développement chinois visent à s'assurer des soutiens politiques afin d'obtenir un accès privilégié aux ressources naturelles des pays et aux divers marchés du continent. Ces aides ont aussi été mises en place afin de permettre le développement de l'agriculture en Afrique via une acquisition de terres, cependant la production est majoritairement destinée à la Chine et non aux locaux, de plus certaines exploitations visent à la production de biocarburants. Les aides au développement chinois cachent, en effet, des intérêts économiques jugés stratégiques par Pékin. Ces aides permettent aussi de mieux faire passer les investissements au près des locaux, en effet, les entreprises chinoises jouissent d'une mauvaise réputation, en particulier pour les secteurs miniers et de l'industrie lourde. Ces aides sont aussi réalisées par des entreprises, via des contrats, qui les poussent à investir sous des formes de branches, de filiales, de joint-ventures... Cependant, ce mélange n'est pas accepté par tout le monde et certains pays africains ont peur qu'à travers ces aides au développement, la Chine tente de s'immiscer dans les affaires internes du pays. D'autres pays, quand à eux, voient dans ce « mariage » un non respect de la concurrence et une aide inacceptable du PCC à ces entreprises.

Les investissements chinois se concentrent sur 48 pays, dont cinq en particuliers (si l'on regarde sous l'angle des stocks) : l'Algérie, le Niger, l'Afrique du Sud, le Soudan,

51 China's Outward Direct Investment: chapter 3, OECD Investment Policy Reviews: China 2008, OECD 2008.

52 Professeur à la School of International Service, American University.

53 Chercheur à l'Institut d'études contemporaines chinoises de Bruxelles.

et la Zambie. Ces derniers regroupaient, rien qu'à eux, 54,6% du stock total des IDE chinois en 2006. Le Soudan rentra quand à lui en terme de stock, comme la 9e destination mondiale préférée des investissements chinois en 2006 (voir graphique II.B.4).

Graphique II.B.4 : Pays africains qui reçoivent le plus de Stocks d'IDE chinois

600

400

300

200

500

100

0

Soudan Zambie Algérie Niger Afrique

du Sud

Tanzanie Egypte Ethiopie Congo Guinée

Source : Ministère du commerce de la République Populaire de Chine.

En terme de flux, les pays recevant le plus d'investissements chinois en 2006 restent plus ou moins les mêmes (Soudan, Zambie, Algérie, Afrique du Sud). Les 5 destinations préférées en monopolisent plus des trois quarts. En fait, la Chine a globalement investi dans des destinations qui ont été évitées par les firmes multinationales étrangères, et en particulier occidentales, comme le Soudan, l'Angola, et la Zambie. Par exemple, en 2002, la Chine investit en Angola (après 27 ans de guerres civiles) et aida à la reconstruction du pays, ceci permit alors à la SINOPEC d'acquérir 50% de Sonangol54. En 2006, ce rapprochement poussa à la création d'une joint-venture : Sinangol-SINOPEC International, afin de pouvoir à partir de l'Angola investir vers d'autres destinations proches du pays. Des investissements similaires ont eu lieu en 2006 au Soudan, et en particulier dans la zone du Darfour, ainsi qu'au Zimbabwe alors que d'autres firmes multinationales avaient été découragées par l'action d'Organisations Non Gouvernementales (ONG) qui militent pour les Droits de l'Homme. Ces investissements sont fortement critiqués par les puissances étrangères, mais la Chine répond que sans aides, on ne peut permettre le développement. En réalité, le pays profite de l'absence de concurrence pour s'implanter au meilleur coût, et prendre une avance sur les autres pays. Sur un plan politique la Chine joue la carte des « pays non démocratiques », en effet,

54 Entreprise pétrolière d'Etat angolaise.

l'absence de démocratie est la critique principale faite au pays et utilise cette critique comme un argument positif : « on peut être non démocratique, mais réussir quand même »55. Cette critique commune pousse, certains pays africains, à se jeter dans les bras de la Chine qui montre qu'un pays peut se développer, malgré une absence de régime démocratique.

Dans l'avenir, le marché africain risque de devenir l'un des principaux marchés de la Chine et où de nombreuses firmes multinationales chinoises s'installent. Le PCC parie sur une progression suffisante de ce dernier pour devenir un marché de consommation à très gros potentiel. Cependant, malgré la réussite à l'heure actuelle de la Chine, le continent reste encore perplexe face à ce nouvel arrivant et n'est pas encore prêt à tourner le dos définitivement aux investisseurs traditionnels comme la France. De plus, des échos négatifs liés à l'implantation de firmes multinationales chinoises commencent à se faire entendre. L'exemple de la mine de Chambishi (cf.page.22) reste célèbre et présente la Chine comme un investisseur qui peut être parfois sans scrupule, et qui par ailleurs, embauche en Afrique majoritairement des chinois et non des locaux, ce qui pousse certains pays comme l'Algérie à obliger chaque entreprises du bâtiment chinoises à embaucher au minimum 20% de salariés algériens56.

précédent sommaire suivant