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La mongolie, une croissance, mais à quel prix ?


par Stéphanie CAUX
IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) - Master 2 Geoéconomie et Intelligence Stratégique 2014
  

sommaire suivant

Stéphanie CAUX

IRIS sup' Master en Géo-économie et intelligence stratégique

LA MONGOLIE :

Une croissance, mais à quel prix ?

Mémoire réalisé par Stéphanie CAUX sous la direction de Monsieur Emmanuel
HACHE professeur à l'IFP School.

 

1

Stéphanie CAUX Table des matières

REMERCIEMENTS 5

INTRODUCTION 6

INFORMATIONS GENERALES SUR LA MONGOLIE ET RETOUR SUR

L'HISTOIRE. 8

FICHE PAYS 8

CLIMAT ET LA GEOGRAPHIE 9

POPULATION ET CULTURE MONGOLE 10

CULTURE ET RELIGION 11

LA MONGOLIE UNE PUISSANCE RE-EMERGENTE? 13

RETOUR SUR L'EMPIRE MONGOL 13

LA DOMINATION MANDCHOUE 17

LA MONGOLIE SOUS INFLUENCE COMMUNISTE 19

COMMENT EXPLIQUER LA CROISSANCE ECONOMIQUE MONGOLE ? 22

L'INDUSTRIE MINIERE 22

LE CHARBON : 23

LE CUIVRE: 25

L'OR : 26

AUTRES RESSOURCES 29

LES AUTRES SECTEURS PORTEURS 31

SECTEUR DE LA CONSTRUCTION ET L'IMMOBILIER: 31

SECTEUR DU LUXE: 34

NOUVELLES TECHNOLOGIES: 34

BANQUE ET FINANCE: 35

LA PLACE DE LA FRANCE EN MONGOLIE 36

UN ENVIRONNEMENT FAVORABLE AUX INVESTISSEURS 37

LES LIMITES DE CETTE CROISSANCE 39

UNE DEPENDANCE A LA CONJONCTURE INDUSTRIELLE MONDIALE ET UNE DEPENDANCE PAYS: 39

LE COURS DES MATIERES PREMIERES : UN DANGER POUR LA CROISSANCE 42

LA THESE DE PREBISCH ET SINGER 44

UN PAYS ENCLAVE 45

UN MANQUE D'INFRASTRUCTURES 46

UNE DEPENDANCE ENERGETIQUE 48

LE PHENOMENE DE « DUTCH DISEASE », UNE MENACE POUR LE PAYS? 50

UN PAYS ENDETTE 54

LA CORRUPTION 56

EXODE RURAL ET DISPARITION DU MODE DE VIE NOMADE 58

INEGALITE DES REVENUS ET PAUVRETE 60

LES PROBLEMES ENVIRONNEMENTAUX 65

LA POLLUTION: 65

ACTIVITE SISMIQUE: 67

INONDATIONS: 68

APPARITION D'UN SENTIMENT ANTI-CHINOIS 69

 

2

Stéphanie CAUX

COMMENT LUTTER CONTRE CES DIVERS PHENOMENES ? 72

LA POLITIQUE ETRANGERE DE LA MONGOLIE ET LA NOTION DE « TROISIEME VOISIN » 72

LA CHINE ET LA RUSSIE: 72

LE TROISIEME VOISIN 73

LA COREE DU SUD : 73

LES USA: 74

LE JAPON : 74

L'UNION EUROPEENNE : 75

LE KAZAKHSTAN : 76

L'AUSTRALIE: 76

GERER AU MIEUX LA RENTE MINIERE 78

LUTTER CONTRE LA CORRUPTION GRACE A L'EITI (EXTRACTIVE INDUSTRIES TRANSPARENCY INITIATIVE). 78

LA PRIVATISATION DE L'ECONOMIE : BONNE OU MAUVAISE IDEE ? 78

MISE EN PLACE D'UN FOND SOUVERAIN 82

DIVERSIFIER L'ECONOMIE 85

LE TOURISME : 85

UNE CROISSANCE VERTE 88

PRODUCTION D'ENERGIES RENOUVELABLES: 88

L'AGRICULTURE ... BIOLOGIQUE 91

LA PRODUCTION DE CACHEMIRE: 92

L'EXPORTATION DE YOURTES MONGOLES: 93

CONCLUSION 95

RESUME DES OPPORTUNITES ET MENACES POUR LA MONGOLIE 97

SOURCES 98

DOCUMENTS ELECTRONIQUES 98

DOCUMENTS AUDIOVISUELS 104

ANNEXES 105

 

3

Stéphanie CAUX

Carte de la Mongolie

« Ne donne jamais cette terre

même si dieu te le demande »

Proverbe mongol

 

4

Stéphanie CAUX

Remerciements

Je tiens tout d'abord à remercier les personnes qui m'ont aidée dans la réalisation de ce mémoire :

En premier lieu, merci à monsieur Emmanuel Hache, professeur à l'IFP School, qui en tant que Directeur de mémoire, m'a guidée et conseillée dans mon travail tout au long de l'année notamment en me fournissant divers documents sur le sujet, tous très utiles.

En second lieu, je tiens à remercier mes camarades de classe qui m'ont transmis des informations sur le sujet ainsi que Romain Aby, doctorant à l'IFG, pour ses divers conseils et son soutien.

Enfin, je remercie mes proches qui m'ont donné un avis critique sur mon mémoire.

 

5

Stéphanie CAUX

Introduction

Aujourd'hui, lorsque nous parlons de croissance, nous associons souvent ce mot à certains pays, notamment les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), tout simplement car ce sont ces derniers qui occupent la une de l'actualité économique internationale. D'autres pays sont bien plus discrets, comme la Mongolie, même si elle connaît une croissance impressionnante, comme en témoignent les chiffres du FMI : 17 ,5 % en 2011, 12,3 % en 2012 et 11,8% en 2013.

Comparaison du taux de croissance du PIB1

Pays

Mongolie

Zone Euro

Brésil

Russie

Inde

Chine

2011

17,5%

3,3%

2,7%

4,3%

6,6%

9,3%

2012

12,3%

0,7%

1%

3,4%

4,7%

7,7%

2013

11,8%

0,4%

2,5%

1,3%

5%

7,7%

Bien qu'elle soit encore modeste, la place de la Mongolie commence à devenir de plus en plus importante sur la scène internationale. Appelée nouvel eldorado asiatique par certains médias2, la Mongolie possède un sous-sol extrêmement riche avec d'immenses réserves d'or, de cuivre, de charbon et d'autres minerais, qui ne manquent pas d'attirer les entreprises étrangères. Mais le pays n'oublie pas que d'autres États riches en ressources naturelles ont été exploités et ruinés par la corruption et une mauvaise gestion. La question est donc de savoir quelle voie va suivre le gouvernement : un développement rapide accompagné d'une réduction de la pauvreté ou une économie mise au service de quelques-uns ?

Actuellement un sujet se retrouve au centre des discutions : Oyu Tolgoi, un énorme

1 Source : banque mondiale

2 http://www.arte.tv/fr/mongolie-le-nouvel-eldorado-asiatique/6780004,CmC=6776432.html

 

6

Stéphanie CAUX

gisement de cuivre et d'or au coeur du désert de Gobi. Cette mine d'une valeur de 5 millions de dollars et toujours en construction devrait être pleinement opérationnelle en 2020. On estime que dans 10 ans, sa production pourrait représenter 30 à 35% du PIB du pays, ce qui à terme pourrait être dangereux et amener à un phénomène de « dutch disease ». Le gouvernement qui a cédé la construction de la mine contre 34% des parts de la compagnie d'exploitation est donc soumis aux critiques de la part de sa population.

Concernant les clients, la Chine représente le marché principal pour les matières premières mongoles, de part sa position géographique, mais aussi grâce à ses besoins conséquents, d'ailleurs, le gouvernement mongol prévoit de développer le plus rapidement possible des infrastructures afin de pouvoir intensifier et diversifier ses exportations. Parmi ces projets, on peut citer la construction de nouvelles lignes routières et ferroviaires entre la Mongolie et la Chine dont une ligne de chemin de fer de 1000 kilomètres. Les dirigeants politiques sont aussi conscients qu'il faut réinvestir dans l'économie nationale les revenus tirés de ces richesses nouvellement exploitées. La construction d'une fonderie de cuivre et d'une raffinerie de pétrole est par exemple prévue.

Mais force est de constater que cela n'a pas qu'un impact positif pour la Mongolie et que ce nouveau modèle économique présente de nombreux dangers.

À travers ce mémoire nous allons donc revenir sur l'histoire de la Mongolie afin de montrer que le pays a déjà connu des périodes fastes mais aussi de domination, ensuite nous allons montrer les raisons pour lesquelles la Mongolie connaît cette croissance et enfin nous chercherons à en montrer les limites, c'est à dire les nouveaux défis auxquels la Mongolie se voit confrontée.

 

7

Stéphanie CAUX

Informations générales sur la Mongolie et retour sur l'histoire.

Fiche pays

Nom du pays : Mongolie

Capitale : Oulan-Bator

Langue(s) : Mongol

Langue des affaires : Anglais Pays voisins : Russie et Chine Religion(s) : bouddhisme et chamanisme

Minorités ethniques : Kazakhs, bouriates, Touviniens, TangouzesÉ Superficie : 1.564.120 km2 Nombre d'habitants : 2,839 millions (2013)

Densité : 1,7 habitant / km23 Pourcentage de la population vivant sous le seuil de pauvreté : 27,4 %

Taux d'alphabétisation : 97,8% Forme de l'État : république Président : Tsakhiagiyn Elbegdorj Monnaie : Tugrik

Secteurs d'activités : Agriculture 40,6 %, Industries : 15,2%, Services : 44,2 %

Risque pays (Coface) : business climate : C ; country risk assesment : C Inflation : 9,7% (2013), 7,5% (2014) Dette publique : 67,3% (2013), 65,8%(2014)

Géographie : lacs et montagnes à l'ouest ; montagnes, rivières et verdure dans le centre et dans le nord ; déserts au sud.

Climat : continental : été chauds et pluvieux (20°), hivers froids et rigoureux (-24°)

3 Il s'agit de la plus faible densité de population au monde

8

 
 

Stéphanie CAUX

Climat et la géographie

La Mongolie est composée d'un vaste plateau dont 80% du territoire est à plus de

milles mètres d'altitude. À l'extrême ouest, on trouve la haute chaine montagneuse de l'Altaï, dont le point culminant, le Kujten Uul, se situe à 4 373 mètres. Cette région est frontalière du Kazakhstan ou se trouve une

minorité Kazakh (unique

peuple musulman de

Mongolie). La partie centrale est constituée de steppes herbeuses, environnement idéal pour les nomades et leurs troupeaux. Le sud se caractérise par de larges étendues désertiques dont le fameux désert de Gobi. Enfin, au nord, on trouve la Taïga et des éleveurs de rennes. La Mongolie est aussi un pays à l'altitude très élevée avec une moyenne de 1580 mètres au dessus du niveau de la mer. Le climat de la Mongolie est aussi extrême en raison de son enclavement, les températures pendant l'année peuvent ainsi varier de + 40° Celsius l'été à -50° l'hiver (Oulan-Bator est d'ailleurs la capitale la plus froide du monde). La situation continentale de la Mongolie en fait aussi un pays sec avec des précipitations moyennes de l'ordre de 310 mm par an, ce qui signifie aussi que le ciel reste une grande partie de l'année sans nuage (d'ou le nom de pays au « ciel bleu éternel »). Les saisons ont donc un impact direct sur le style de vie mongol, en raison d'hivers très rudes, il n'est pas rare que les habitants soient confrontés à des pénuries de nourriture. Au contraire, durant l'été, l'activité est intense, les trains à destination de la Chine sont nombreux et les habitants profitent de cette période pour acheter de la nourriture et des biens de consommation courante dans les pays frontaliers.

 

9

Stéphanie CAUX

Divisions administratives

La Mongolie possède 21 provinces encore appelées « Aîmag » qui sont elles mêmes subdivisées en 315 districts « Sum » et 1 municipalité avec statut de province : Oulan-Bator. La municipalité d'Oulan-Bator est elle même divisée en 9 districts puis en « Khoroo ».

Population et culture mongole

Démographie

La population mongole a commencé à augmenter dès 1918, à l'époque, le pays comptait seulement 647 500 habitants contre près de 2,8 millions aujourd'hui. Pendant le 20ème siècle la population a donc été multipliée par 3,7 (dont + 16% entre 2000 et 2010). On estime aujourd'hui que la population augmente de 1,5% chaque année. Comme dans la plupart des pays en développement, les habitants sont jeunes, puisque l'âge moyen n'est que de 26,9 ans (voir tableau) ; on remarque aussi une très faible proportion de personnes âgées de plus de 60 ans, cela est principalement du au mode de vie nomade, en effet, l'accès au soin est difficile du fait de leur éloignement des villes. La jeunesse permet au pays d'avoir à la fois une main d'oeuvre importante et donc de booster le développement économique mais aussi un grand nombre de consommateurs (demande). Enfin, la population est essentiellement urbaine puisque seulement 32% des habitants vivent en zones rurales, malgré cela 45% vit encore dans l'habitat traditionnel : la yourte mongole.

Age

Pourcentage de la population

0-14

26,9%

15-24

19%

25-54

44,5%

55-64

5,5%

65 et plus

4%

 

10

Stéphanie CAUX

Culture et religion

Zoom sur la Yourte et le Naadan

Le Naadam : C'est l'événement le plus attendu en Mongolie, il s'agit même d'un jour férié dans le pays. Durant cette journée sont organisés plusieurs évènements : Des courses de chevaux en fonction de l'âge des montures (plus les chevaux sont vieux, plus les courses sont longues), des combats de lutte mongole (le sport le plus apprécié et pratiqué par la population) ainsi que du tir à l'arc, même si cette dernière activité tend à disparaître en raison du nombre restreint de participants.

La Yourte mongole : La yourte est le logement traditionnel en Mongolie, comme dans certains des pays voisins (Kazakhstan ou même en Turquie). Il s'agit d'une structure faite de bois et recouverte de laine et de feutre aussi facile à mettre en place qu'à démonter et transportable à dos d'animaux ou grâce à des véhicules tout terrain : en effet il est indispensable pour les nomades de pouvoir changer d'endroit dès que les animaux n'ont plus assez de pâturages.

Cet habitat transportable a aussi l'avantage d'être résistant aux intempéries grâce à son isolation performante. Notons que dans une yourte, on doit aussi respecter certaines règles : il faut par exemple ne jamais entrer avec le pied gauche, ne pas passer entre les piliers centraux, ne pas rester debout à l'intérieur ou encore, bien respecter les places dédiées à chaque personne.

Enfin les yourtes ont très peu changées depuis l'époque de Gengis Khan, seuls quelques éléments comme la charpente ont reçus des modifications pour améliorer la qualité de vie des mongols.

 

11

Stéphanie CAUX

La liberté de mouvement, l'adaptabilité et l'hospitalité sont les principales caractéristiques du peuple mongol, ainsi, les voyageurs se voient souvent offrir de la nourriture ou même un logement sans même avoir à le demander4. Au centre de la Mongolie, dans les steppes, les chevaux sont pour la population un bien très précieux (chaque année est organisée la course Naadan), la yourte est aussi un élément important dans la culture mongole : c'est à la fois le centre de la vie familiale, un lieu de travail, de repos É les yourtes sont souvent offertes ou construites lorsqu'un couple décide de se marier.

En ce qui concerne la religion on en distingue plusieurs en Mongolie : le chamanisme et l'animisme, selon la tradition de leurs ancêtres (3% de la population), le bouddhisme (50%) depuis le 5ème siècle, qui est devenu la religion principale, mais aussi des religions minoritaires comme l'islam (4%) ou le catholicisme (3%). Si les mongols étaient traditionnellement ouverts au niveau de la pratique des religions, la période communiste a largement réprimé toute pratique religieuse ce qui explique le nombre important d'athées (40%). Ce n'est qu'avec le rétablissement de la démocratie que les mongols ont eu de nouveau le droit de pratiquer librement. Durant la période communiste, le culte de Gengis Khan était lui aussi formellement interdit, mais aujourd'hui, il est présent partout en Mongolie et est devenu une véritable fierté nationale : pour célébrer les 800 ans de l'empire mongol, une immense statue a été érigée devant le parlement mongol.

4 Cela est surtout valable dans les campagnes

12

 

Stéphanie CAUX

La Mongolie une puissance ré-émergente ?

Afin de comprendre au mieux le phénomène de croissance qui touche aujourd'hui la Mongolie, il semble indispensable de revenir sur l'histoire de ce pays. Nous allons donc ici évoquer 3 périodes de l'histoire mongole qui peuvent expliquer les relations qu'entretient le pays avec ses voisins. Nous parlerons tout d'abord de l'empire Mongol, le plus grand empire jamais connu jusqu'à présent ; nous évoquerons ensuite la domination Mandchoue qui peut expliquer les relations étroites qu'entretient le pays avec la Chine et enfin nous parlerons de la période communiste pour démontrer l'influence russe de nos jours.

Retour sur l'empire Mongol

Peu d'épisodes dans l'histoire ont été aussi marquants que les diverses conquêtes de l'empire Mongol. Dans les années 1200, ces cavaliers venant d'Asie ont réussi à créer le plus grand empire qui n'ai jamais existé. Généralement, les Mongols sont décrits comme des guerriers brutaux du fait de l'expansion rapide de leur territoire et des nombreux massacres qu'ils ont commis. Cependant, la plupart de ces faits ont été commis durant le règne de Gengis Khan ou celui de ses enfants.

Les Mongols étaient de base un peuple nomade, formé d'environ deux millions d'hommes. Ils vivaient la plupart du temps dans des yourtes au milieu de la steppe en Asie Centrale (actuelle Mongolie). Les habitants étaient souvent divisés en plusieurs tribus avec un leader à leur tête nommé « Khan ». Les Mongols étaient de très bons cavaliers mais aussi de bons combattants puisqu'ils pratiquaient la chasse. Ils formaient donc un peuple non unifié ce qui n'effrayait personne, cependant ils avaient un énorme potentiel pour former une armée puissante, il ne leur manquait donc qu'un leader.

 

13

Stéphanie CAUX

En 1162, une femme a donné naissance à Temujin. Pendant toute son enfance ce dernier montra sa grande intelligence et sa capacité à commander. Lorsqu'il est devenu un adulte, Temujin est devenu le « Khan » de sa tribu. En tant que Khan, il décida d'organiser des alliances avec d'autres tribus mongoles. Par la suite, il créa une armée et l'entraina pour qu'elle devienne une machine de guerre disciplinée. En 1206, tous les Mongols reconnaissaient Temujin comme leur leader. C'est ainsi qu'il fut proclamé « Gengis Khan ». Son premier rêve était de faire de son peuple un peuple unifié. Ainsi en 1209, il a conduit son armée jusqu'en Chine.

Au moment ou Genghis Khan est arrivé au pouvoir, la Chine était divisée en trois provinces, Xi Xia à l'ouest, Jin au nord et Sung au Sud. Après une longue bataille il réussit à conquérir toute la Chine excepté l'empire Sung. Dans les années qui ont suivi, les Mongols ont vaincu toutes les armées auxquelles ils étaient confrontés et ont ainsi agrandi considérablement leur territoire. Selon de nombreux historiens, ces victoires sont dues à une formidable organisation, et à leur maitrise de diverses armes (arcs, armes à feu, lances). Les Mongols ont ainsi énormément appris des chinois, notamment comment fabriquer de la poudre ou comment détruire des murs grâce à des catapultes.

Genghis Khan a souvent essayé de passer des accords avec ses ennemis. Son plus grand souhait était de créer un empire, s'il pouvait le faire sans se battre cela lui allait très bien. Mais les villes qui ont essayé de lui résister l'on tout de suite regretté car les Mongols n'ont jamais échoué dans la conquête d'une ville, de plus, ils avaient pour habitude de piller et de bruler les villes qui leur résistaient. À cause de ces habitudes, une véritable terreur s'était installée autour des soldats mongols.

 

14

Stéphanie CAUX

Environ une douzaine d'années après la conquête de la Chine, les mongols avaient réussi à conquérir tout ce qui se trouvait sur leur passage. De plus, l'empire n'était plus uniquement dirigé par Genghis Khan mais aussi par ses quatre fils. En 1227 on pouvait donc annoncer que les Mongols étaient à la tête d'un empire qui s'étendait de la Chine au Golf Persique. Il aurait pu faire de nombreuses autres conquêtes, mais Genghis Khan était devenu trop âgé.

Après sa mort en 1227, son empire fut légué à ses quatre fils qui ont chacun reçu une partie de l'empire Mongol. Mais si Genghis Khan souhaitait voir un de ses fils lui succéder, ce ne fut pas le cas, les mongols ont donné ce pouvoir à Ogadei en 1229. Ce dernier créa une capitale pour l'empire mongol : Karakorum et lança une nouvelle série de conquêtes. L'armée se lança à l'assaut de la Russie et de l'Europe de l'Est. En 1241, les mongols étaient sur le point d'envahir l'Europe de l'ouest mais cela fut annulé suite au décès d'Ogadei et reporté à plus tard.

Pendant une dizaine d'années, il était presque impossible de trouver un successeur, ce n'est qu'en 1251 que Mongke fut proclamé Khan. Durant son règne, son frère Hulegu envahit l'Iraq et procéda à l'un des plus grands massacres sous l'empire Mongol, 800 000 personnes seraient mortes lors de cette invasion. Pendant ce temps, Mongke était déterminé à venir à bout de l'empire Sung (celui que Genghis Khan n'a jamais réussit à battre).

Pendant l'attaque de l'empire Sung, Mongke meurt soudainement en 1259, après une brève réunion on décide de le remplacer par Kublai, cependant ce choix n'est pas au gout des Mongols qui pensent qu'il ne mérite pas la place de Khan. En plus de cela, les mongols vivent pour la première fois une défaite contre l'actuel Etat d'Israël. À L'est Kublai Khan continue son effort pour venir à bout de l'empire Sung.

 

15

Stéphanie CAUX

En 1264, il décide de changer la capitale de l'Empire et remplace Karakorum par Khanbalik, ville située au nord de la Chine. En 1279, il gagne finalement la bataille contre l'empire Sung et met en place une dynastie mongole pour diriger la Chine : la dynastie Yuan. A partir de la, Kublai Khan décide de délaisser le reste de son empire pour se concentrer sur la Chine. Même si ses désirs de conquêtes étaient toujours présents, ce fut une défaite lorsqu'il tenta d'envahir le Japon.

Kublai Khan mourut en 1294, et laissa derrière lui un empire divisé en mille morceaux et bien trop grand pour être gouverné efficacement. L'empire fut divisé en quatre parties, chacune dirigée par un Khan. Toutes ces provinces ont continué à avoir des relations entre elles, mais elles étaient à présent indépendantes.

Avec leurs années de combats à présent derrière eux, les Mongols ont perdu leur puissance et leur esprit de guerriers, ils sont devenus faibles et corrompus. Les peuples qu'ils avaient dominés ont senti cette faiblesse et ont commencé à se

 

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Stéphanie CAUX

révolter contre eux. En 1335, le dernier Khan fut renversé, se fut ensuite le cas dans la dynastie Yuan. En 1368 une nouvelle dynastie fut établie : la dynastie Ming. Le dernier territoire des mongols était le Golden Horde, mais un prince russe, Ivan III a réussi à prendre possession de cette dernière enclave en 1480 ce qui marqua la fin de l'Empire Mongol.

La domination Mandchoue

A la fin du 15ème siècle, les mandchous commencent à avoir une influence grandissante grâce à une organisation sociale et militaire très stricte. Ce peuple deviendra très rapidement puissant et décidera de commencer son invasion à travers l'Asie, les chinois seront vite dominés ainsi que le peuple mongol. Les Mandchous prennent le contrôle de la Mongolie intérieure5 et en 1644, la dynastie chinoise Ming est renversée puis remplacée par la dynastie Qing.

5 La Mongolie intérieure n'a jamais été récupérée par la Mongolie et fait aujourd'hui parti de la Chine, cependant, les habitants de cette région ont conservé un mode de vie bien particulier.

 

17

Stéphanie CAUX

À partir de cette date, les mongols ont eu beaucoup de mal à lutter contre les mandchous et surtout à s'entendre entre eux puisque diverses communautés se distinguent (Khalkha et Oiryid), ce qui provoquera d'ailleurs une guerre civile en 1688. Après cette guerre, les deux Mongolies sont rattachées et sous la protection de l'État mandchou. Cependant, une partie située à l'ouest résiste toujours et le dernier Khan mongol se bat vaillamment jusqu'en 1696, date à laquelle il sera écrasé par les Mandchous bien supérieurs, à la fois en nombre, mais aussi mieux armés. À Partir de cette date, tous les mongols seront donc sous influence Mandchoue et ce jusqu'en 1911.

Durant cette période, les mandchous vont encourager la diffusion du bouddhisme tibétain à travers la Mongolie, les habitants devront aussi faire face à un système militaire très dur, à des taxes élevées sur les produits agricoles et a la bureaucratie chinoise. La société mongole sera aussi divisée en différentes classes sociales : les descendants de Gengis Khan, les Serfs, la classe roturière É La haute société vivra plutôt bien la domination Mandchoue tandis que le reste de la population se verra considérablement appauvri à cause des doubles voir triples impositions. Enfin, les Mandchous vont encourager les chinois à s'installer en Mongolie pour qu'ils imposent leur mode de vie et leur culture ce qui sera très mal perçu.

Cela mènera à l' « indépendance » de la Mongolie, contestée à la fois par la Chine, mais aussi par la Russie qui la réduisent à un statut de région autonome sous souveraineté chinoise. Les mongols peuvent donc gérer leurs affaires intérieures seuls, mais pas les affaires étrangères. Le pays sera en réalité un État tampon entre la Chine et la Russie jusqu'en 1924.

 

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Stéphanie CAUX

La Mongolie sous influence Communiste

Après quelques années d' « indépendance », la Mongolie se retrouve de nouveau contrôlée par un de ces voisins : la Russie. En réalité, le pays commence à avoir des relations avec la Russie de Lénine dès 1921, via un traité d'alliance et d'amitié entre les deux pays, il encourage aussi le PRPM (Parti révolutionnaire du peuple mongol), à suivre les lignes directrices du communisme. Très rapidement, l'assemblée nationale établie des réformes pour abolir le système féodal et met en place une économie en accord avec les principes communistes.

Dès la mise en place de la dictature stalinienne en 1928, la Mongolie devient un État satellite de l'URSS initialement spécialisé dans l'élevage et la confection de vêtements en peau. Les dirigeants organisent des purges6 visant à éliminer tous les opposants politiques, l'économie est planifiée et l'agriculture collectivisée. Notons tout de même que sous la domination soviétique de nombreux progrès ont été observés :

> Dès les années 30, la Mongolie a commencé à s'industrialiser grâce à sa collaboration avec l'URSS, à titre d'exemple, certains ingénieurs mongols ont été envoyés en Russie pour être formés, à cela s'ajoute aussi la création de centrales, de routes et de chemins de fer.

> Dans les années 50, des progrès ont été observés dans le domaine social : un des objectifs était d'éradiquer l'illettrisme chez les jeunes adultes et d'améliorer le système éducatif afin de former au mieux la future main d'oeuvre.

6 Durant les purges communistes de nombreux moines ont été massacrés et des temples détruits, on estime à 18 000 le nombre de victimes.

 

19

Stéphanie CAUX

> Dans les années 60, le secteur minier s'est développé ainsi que le secteur de la construction avec l'urbanisation grandissante. En 1962, la Mongolie rejoint aussi le COMECON, un plan d'assistance économique visant à faire face à la communauté économique européenne.

> Enfin, durant les décennies 70 et 80, le secteur minier a pris de plus en plus d'importance ainsi que la coopération entre les deux pays que ce soit dans le domaine industriel ou agricole.

Le réel problème venait du fait que la doctrine communiste ne s'adaptait pas au mode de vie des mongols, un peuple très libre, ayant pour habitude de vivre comme il le sent et surtout sans obligation. La Mongolie a donc vécu près de 70 ans sous domination soviétique, ce n'est qu'avec l'avènement de la pérestro
·ka (restructuration) et de la glasnost (transparence) que le climat est devenu favorable à une complète indépendance du pays.

En 1989, la population commence à montrer son envie de changement à travers des manifestations. Le PRPM, le parti à la tête de l'État depuis 1921, cède aux pressions du peuple et organise les premières élections en juin 1990. Le PRPM se maintient au pouvoir avec 62% des voix mais inclut des membres de l'opposition au sein du tout nouveau gouvernement. On observera par la suite de nombreuses réformes économiques et la mise en place de subventions visant à aider la population7. Les membres du PRPM, se succèderont jusqu'en 2009 avec l'arrivée au pouvoir de Tsakhiagiyn Elbegdorj membre du parti démocrate et toujours au pouvoir de nos jours.

7 Avec la chute de l'URSS, la Mongolie a tout d'abord vécu une période difficile puisque toutes les aides de l'union soviétique ont disparues du jour au lendemain.

 

20

Stéphanie CAUX

Le gouvernement mongol

Le gouvernement actuel est organisé de façon monocamérale autour du Grand Khoural (cela signifie qu'il n'y a qu'une seule chambre au parlement). La personne qui possède le plus de pouvoir en Mongolie est le premier ministre (Norovyn Altankhuyag depuis 2012), le président quant à lui, agit en tant que commandant en chef des armées. Depuis 1996, le Grand Khural se compose de 76 sièges ou les parlementaires prennent place une fois élus (vote à la majorité).

·

1644 1911-

1924 -1990

1206-1480

1990 -?

Empire mongol

· Domination des mandchous

· Période communiste

· Mongolie actuelle (économie de marché)

 

21

Stéphanie CAUX

Comment expliquer la croissance économique mongole ?

L'industrie minière

Depuis son ouverture à l'économie de marché il y a quelques années, on observe un

taux de croissance

particulièrement élevé en
Mongolie, le pays affiche même une croissance bien plus importante que la plupart des BRICS et a atteint des records en 2011 avec plus de 17% de

croissance, mais comment
expliquer ces chiffres ? Tout simplement car l'on observe un besoin grandissant en matières premières à l'échelle mondiale, lui même très fortement influencé par les pays en développement (comme la Chine), ce qui entraine bien évidemment une hausse du cours des matières et donc des revenus potentiels pour les pays producteurs. Le secteur minier en Mongolie, déjà présent à l'époque soviétique, a connu un véritable boom ces dix dernières années et devrait encore progresser pour atteindre 95% des exportations du pays dans les prochaines années, lorsque les plus grandes mines seront en fonctionnement. La Mongolie se révèle en effet être une terre immensément riche avec diverses ressources toutes très convoitées comme nous allons le voir.

 

22

Stéphanie CAUX

Le charbon :

Le charbon semble être la commodité la plus appréciée en Mongolie malgré la présence d'autres minerais. Lors d'une conférence de presse donnée par le ministre mongol de l'énergie et des ressources minérales en 2011, les ressources en charbon avaient été estimées à 162 milliards de tonnes, ce qui équivaut à 10% des réserves connues sur la planète. La Mongolie possède plusieurs types de charbon de qualités différentes parmi lesquelles ont peut citer le charbon à coke , le plus recherché par les compagnies étrangères puisqu'il est à la fois présent dans un nombre restreint de pays et un composant essentiel dans la création de l'acier. On trouve aussi du charbon bitumineux ou sub-bitumineux utile pour la production d'électricité et du lignite8 utilisé lui aussi pour l'électricité ou le chauffage.

Type de charbon

Région dans laquelle il se trouve

Lignite

Au centre du pays

Charbon bitumineux

Au sud et à l'ouest

Charbon subbitumineux

Au nord et au centre

Selon l'U.S. Geological Survey Yearbook, en 2012, 75% de la production de charbon était exportée. Concernant l'âge géologique du charbon, on en trouve datant de la fin de l'époque carbonifère (environ 280 millions d'années) jusqu'au Crétacé (90 millions d'années). Le charbon datant de la fin de l'époque carbonifère est présent à l'ouest, le charbon du Jurassique se trouve dans tout le pays et enfin le charbon du crétacé dans les parties centrales et orientales du nord de la Mongolie. La Mongolie posséderait en tout entre 200 et 300 réserves de charbon.

8 Il s'agit de la sorte de charbon la plus présente en Mongolie

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Exemple de la mine de Tavan Tolgoi

Tavan Tolgoi (Les cinq collines) est la plus grande mine de charbon au monde avec des réserves estimées à 6,4 milliards de tonnes. La mine de Tavan Tolgoi est séparée en deux zones: Tsankhi (Est et Ouest) et Ukhaa Khudag. Jusqu'en 2012, la mine était entièrement détenue par la société d'Etat mongole Erdenes. Le gouvernement a par la suite décidé de garder 51% des parts et de distribuer le reste de la façon suivante :

- 29% des parts seront mises sur le marché boursier.

- 10% seront vendues à des prix préférentiels aux entreprises mongoles.

- et les 10% restants seront distribués gratuitement à la population.

Pour ce qui touche à l'exploitation, la joint-venture entre la compagnie australienne MacMahon et l'allemand Operta Gmbh9 a été choisie fin 2011 par le gouvernement et a remporté un contrat d'une durée de cinq années évalué à 500 millions de dollars. Cependant, le 20 aout 2014, la compagnie MacMahon a suspendu les travaux en raison de retard de paiement d'Erdenes (22 millions d'euros). Les deux entreprises sont à présent en train de négocier afin de trouver un accord10.

Parmi les réserves de charbon se trouve une part importante de charbon à coke (1,6 milliards de tonnes), c'est à dire de haute qualité, avec une valeur calorifique de 6500-7500 kcal/kg, une teneur en cendres inférieure à 20 % et en soufre de 0,5 %. Tavan Tolgoi est située dans le désert de Gobi, à 250 km de la frontière chinoise, ce qui lui donne accès aux producteurs d'acier chinois, très demandeurs de charbon à coke mongol. Cependant, toutes les infrastructures (électricité, routes, eau, voies ferrées) doivent encore être développées.

9 Lors de la signature du contrat, la Chancelière Angela Merkel avait fait le déplacement en Mongolie.

10 Source : communiqué de presse de MacMahon : http://www.asx.com.au/asxpdf/20140820/pdf/42rlj77lp412vn.pdf

 

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Problème des mines illégales :

Face à une demande importante en charbon, notamment dans la périphérie d'Oulan-Bator, la Mongolie voit le nombre de mines illégales exploser, par exemple, la mine de Nalaikh (située à une quarantaine de kilomètres de la capitale) officiellement fermée depuis 1990, voit chaque jour de nombreuses personnes affluer afin de collecter du charbon. Près de 70% du charbon utilisé dans le quartier des yourtes proviendrait de cette mine11. Même si cette mine ne figure pas parmi les réserves de charbon les plus attrayantes de la Mongolie, elle possède encore des réserves conséquentes. Cela explique pourquoi de nombreux mongols voient dans cette mine une opportunité leur permettant de gagner de l'argent tout en évitant de payer des impôts. Le revenu mensuel de ces mineurs illégaux peut atteindre prêt de 850$, ce qui est bien plus élevé que la moyenne nationale12. Au premier abord, ce type d'endroit peut donc sembler être une bonne chose pour la population, cependant, il s'agit en réalité d'un véritable piège puisque chaque année, des mineurs y perdent la vie. En effet, comme toute mine illégale, la sécurité et les conditions de travail sont plus que précaires : les tunnels sont mal éclairés et les murs menacent de s'écrouler ce qui mène parfois à des accidents dramatiques.

Le cuivre :

La Mongolie est placée au quatrième rang mondial en terme de réserves de cuivre, avec les réserves d'Oyu Tolgoi (colline turquoise) considérées comme étant deux fois plus importantes que celles de la mine d'Edernet (au nord du pays). Néanmoins, la mine d'Edernet (exploitée par la compagnie minière du même nom Ð 51% des parts appartiennent au gouvernement mongol et 49% au gouvernement russe)

11 Le charbon extrait de cette mine est de bonne qualité et est vendu à environ 1,10$ les 15 kilos

12 Le salaire moyen se situe aux alentours de 400$

 

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produit toujours 25 millions de tonnes par an et représentait encore 13,5% du PIB mongol en 2010.

L'or :

Aujourd'hui la mine à ciel ouvert de Boroo, appartenant à 100% à la compagnie canadienne Centerra Gold est la plus grande source d'or en Mongolie. La production a commencé en 2003 dans cette mine située dans la province de Selenge Aimag avec plus de 1,5 millions de onces d'or extraites chaque année jusqu'en 2010. En 2006, une agence de presse13 a même estimé que cette mine avait permis d'augmenter le PIB du pays de 5 à 7%. En plus de ces ressources, la mine de Boroo est aussi très bien située puisqu'elle se trouve non loin d'infrastructures comme l'autoroute menant à Irkoutsk (Russie) ou du Trans-mogolien à 20 km du site. Mais malgré des chiffres impressionnants ces dernières années, la mine de Boroo voit ses réserves diminuer.

Exemple de la mine d'Oyu Tolgoi :

Oyu Tolgoi est considérée comme étant une des mines d'or et de cuivre les plus importantes au monde (elle contient en plus des réserve de l'argent et en quantité moindres du molybdène14). Elle se situe dans la région du désert de Gobi, au sud de la Mongolie à 80 kilomètres de la Chine et à plus de 500 kilomètres de la capitale Oulan-Bator ce qui se révèle être un excellent atout pour les exportations. Depuis 2009, La société Turquoise Hills ressources (née de la fusion entre Rio Tinto et le canadien Ivanhoe) et le gouvernement mongol ont signé un accord concernant l'exploitation du site : Turquoise Hills conserve une participation majoritaire avec 66% des parts et le gouvernement lui 34%. Oyu Tolgoi produit et exporte du cuivre et de l'or depuis 2013 et devrait compter pour 30% du PIB du pays en 2020. En

13 Montsame news agency

14 Le Molybdène est utilisé comme alliage pour renforcer certains matériaux.

 

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effet, à pleine capacité, près de 450 000 tonnes de cuivre et 330 000 onces d'or pourraient en sortir chaque année. Au niveau global, Oyu Tolgoi pourrait renfermer 36 millions de tonnes de cuivre et 1275 tonnes d'or en fonction des études réalisées.

Les orpailleurs illégaux15

Comme pour le charbon, une partie de la population (100 000 personnes) vit grâce à l'or qu'elle récolte illégalement, c'est pourquoi le gouvernement mongol a décidé de réagir en négociant avec des compagnie du secteur : pour réduire l'extraction illégale, des mesures devraient être mises en place pour permettre à ces personnes de travailler dans la légalité. Bien entendu, cet or récolté illégalement rapportait beaucoup d'argent à la Mongolie, c'est pourquoi le pays a fermé les yeux pendant de nombreuses années.

15 Dans le pays les orpailleurs illégaux sont aussi appelés les Ninjas

 

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Différends entre Rio Tinto et le gouvernement.

Depuis le début du projet d'Oyu Tolgoi, Rio Tinto et le gouvernement mongol font face à des différents : des problèmes ont été rencontrés après la mise en service de la mine, ce qui a contraint la mine à fermer pendant six semaines ou encore concernant une extension souterraine pour une somme de 6,6 milliards de dollars. En effet, le gouvernement accuse Rio Tinto pour les retards observés. En juillet 2014, le premier ministre a d'ailleurs souligné lors d'une interview que le gouvernement n'était pas responsable pour ces retards et a rejeté de nouveau la faute sur l'entreprise anglo-australienne. De fait, depuis sa mise en service l'année passée, la mine à ciel ouvert d'Oyu Tolgoi voit toujours ce projet d'extension remis à plus tard, ce qui inquiète bien évidemment la Mongolie puisque cela engendre des coûts supplémentaires ou tout du moins des bénéfices en moins. L'annonce de cette extension avait tout d'abord déclenché un boom de l'investissement dans le pays, mais a par la suite, dès l'arrivée de problèmes, découragé certains investisseurs. Depuis le mois de mars, les deux parties sont de nouveau en pleines négociations et ont annoncé que les études de faisabilité seraient terminées d'ici l'été ce qui permettrait d'avancer les travaux. Cependant cela a eu des conséquences néfastes puisque Rio Tinto a annoncé vouloir licencier 300 personnes pour réduire les couts de l'opération.

Nom

Turquoise hills

Rio Tinto

Mongolie

Chiffre

d'affaires ou PIB annuel

179 milliards (2011)

51,17 milliards

(2013)16

11, 51 milliards

(2013)17

16Source : http://www.riotinto.com/documents/PR829g_Rio_Tinto_announces_a_10_ per_cent_increase_in_underlying_earnings_to__10.2_billion_and_15_per_cent_incre ase_in_full_year_dividend.pdf

17 Source : banque mondiale

 

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Autres ressources

Enfin, la Mongolie possède aussi d'autres ressources mais en quantités bien moindres, c'est le cas du pétrole, de l'uranium, Tungstène, de la fluorine, du jade, du graphite, des diamants, et du fer.

Pour ce qui touche à l'uranium, la compagnie française Areva a d'ailleurs signé un accord fin 2013 pour mettre en place une joint-venture avec la société publique nucléaire mongole MonAtom et Mitsubishi18. Cet accord porte sur l'exploitation de deux gisements situés dans le désert de Gobi et permettra une répartition égale des bénéfices entre les 3 parties. La Mongolie possède des réserves de 49 000 tonnes d'uranium, soit plus que la totalité de l'uranium trouvé en 2005 à travers le monde. L'histoire de l'uranium en Mongolie remonte aux années 50, lorsque la Russie et la Mongolie se sont associées pour des projets d'exploration. De l'uranium avait d'ailleurs été trouvé dans les zones de Dornod et de Gurvanbulag dans des sédiments d'origine volcanique. Les principales ressources d'uranium ont été trouvées par Erdes Mining entre 1988 et 1995 puis envoyées en Russie pour leur transformation. La Russie aurait d'ailleurs dépensé 600 millions de dollars dans l'exploration de l'uranium en Mongolie jusqu'en 1995. En avril 2008, les deux nations ont signé un accord pour développer et identifier les ressources d'uranium présentes dans le pays. Au niveau du secteur privé, c'est la compagnie française Areva19 qui se distingue, arrivée en Mongolie sous le nom Gogegobi, (grâce à la joint-venture avec Gogema) elle possède aujourd'hui 70% du secteur. Areva possède aujourd'hui 28 licences d'exploration pour l'uranium ce qui lui permet de

18 66% des parts sont détenues par Areva et 34% par MonAtom

19 Les compagnies Denison mines, Est Asia Minerals, Red Hill Energy, Marubeni É sont aussi présentes dans le pays pour l'uranium

 

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couvrir 14 000 km2, l'exploration se concentre principalement dans le désert de Gobi (région est).

Concernant le pétrole, la Mongolie possède des ressources potentielles de pétrole et d'huile de schiste20 dispersées sur 300 000 kilomètres carré, les réserves prouvées à ce jour seraient elles de 2,3 millions de barils. De plus, des études géologiques ont prouvé qu'il y avait de fortes chances pour trouver du pétrole dans le pays. En effet, si l'on observe la production de pétrole en Chine, on se rend compte que les plus grandes exploitations21 se situent à la frontière mongole et qu'elles possèdent des similitudes géologique avec les terrains se trouvant coté Mongolie.

Aujourd'hui, plusieurs compagnies partagent les opérations d'exploration et de production. C'est le cas de Wolf Petroleum et de Petro Matad (entreprises de nationalité mongole), d'Ivanhoe Energy, BP Mongolia, Petro China É Le gouvernement a mis en place une nouvelle loi en juillet 2014 permettant de doper les investissements dans le domaine pétrolier. Cette loi accorde notamment des périodes d'exploration d'une durée de huit années, qui peuvent être renouvelées deux fois et une période de production de 25 ans qui elle aussi peut être renouvelée deux fois. Les royalties à payer au gouvernement seront elles d'au moins 5%. Les contrats conclus entre le gouvernement et la compagnie pétrolière pourront être signés en environ 180 jours. Les compagnies pourront être exemptées de droits de douane, de la TVA pendant les cinq premières années et de l'impôt sur le revenu. Enfin, les entreprises pourront se voir rembourser jusqu'à 100% de leurs coûts de production et d'exploration.

20 Selon Oil Mongolia, environ 13 zones ont été identifiées comme renfermant du pétrole de schiste

21On peut par exemple citer Daqinq ou Erlian qui produisent respectivement 13 milliards et 550 millions de barils

 

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Les autres secteurs porteurs

Grâce à son ascension économique rapide, la Mongolie a vu une partie de sa

population s'enrichir. De fait, certains secteurs sont donc en train de se
développer ; nous allons ici évoquer le cas du secteur de la construction, bancaire, du luxe et des nouvelles technologies.

Secteur de la construction et l'immobilier :

Immobilier

Oulan-Bator et sa banlieue

Depuis le boom minier, le prix de l'immobilier a augmenté dans la capitale mongole. Bien que les bâtiments soviétiques soient en piteux état, ils sont de plus en plus recherchés pour leur position géographique (en plein centre d'Oulan-Bator). Certains logements, comme dans le quartier de Blue Sky Tower peuvent atteindre des tarifs record avec 9000$ le mètre carré. Les investisseurs voient donc ici une opportunité à ne pas rater et tentent de s'attaquer au quartier des yourtes, en périphérie, pour lancer de nouveaux programmes immobiliers. Cette situation s'explique aussi par une demande grandissante puisque, comme nous l'avons dit, certains mongols ont vu leur niveau de vie s'améliorer et ont maintenant la possibilité d'accéder à la propriété. De plus, il ne faut pas oublier les résidents étrangers, de plus en plus nombreux, qui ont eux aussi besoin de logements.

Les villes de province attirent aussi l'attention :

Dalandzadgad, la capitale de la province d'Omnogovi, a par exemple connu une importante croissance de sa population. Cette ville qui était déjà équipée avec des infrastructures telles que des routes ou un aéroport (qui propose d'ailleurs des liaisons 2 fois par jour avec la capitale mongole) profite à présent des besoins grandissants et du boom démographique observé dans la région lui même causé

 

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par l'arrivée de nombreuses personnes venues travailler dans la région, en effet la proximité de cette ville avec les site miniers majeurs du pays en fait un lieu de résidence idéal pour toute personne travaillant dans ce secteur. De plus elle est très prisée des hommes d'affaires, c'est pourquoi des promoteurs ont décidé d'y créer des hôtels luxueux proposant par exemple des salles de réunion.

Évolution de la population à Dalandzadgad

Année

2000

2002

2004

2006

2008

2010

Population

12 686

13 966

15 666

14 721

15 968

18 746

Dans cette même région de Gobi se situe aussi de petites villes comme celle de Khan-Bogd, qui est géographiquement la plus proche de d'Oyu Tolgoi, bien qu'elle soit très mal desservie (il n'existe ni route goudronnée, ni réseau électrique performant) elle attire aussi une part de la population : entre 2009 et 2012 le nombre d'habitants à plus que doublé en passant de 1200 à 3000. Si aujourd'hui la majorité des habitants travaille dans les services liés à l'industrie minière (comme la restauration, le nettoyage ou la sécurité) et possède donc de faibles revenus, cela devrait changer puisque lorsque la mine sera opérationnelle, 3000 personnes seront

 

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employées. Des travaux sont déjà prévus pour de nouveaux logements mais aussi pour améliorer les infrastructures, existantes ou non.

La ville d'Edernet, située à environ 100 kilomètres d'Oulan-Bator est la troisième plus grande ville du pays. Cette ville crée en 1975, dans le but d'exploiter les gisements de cuivre, possède aujourd'hui le revenu par habitant le plus élevé de Mongolie. De plus, cette province est l'une des seules ayant vu son nombre d'habitants augmenter (entre 2000 et 2010 environ 45 000 personnes ont migré vers cette province dont une majorité vers la ville d'Edernet. La mine d'Edernet est le plus gros employeur de la région avec 6000 employés. Grace à la liaison ferroviaire entre Pékin et Irkoutsk, la mine est devenue un centre majeur pour le traitement de la pâte à papier, la construction de matériaux et l'abattage d'animaux. En plus de cela la ville possède aussi un aéroport et des routes la reliant directement à la capitale. De fait, le nombre de transactions immobilières et de projets immobiliers est en augmentation.

Construction

Enfin, de nombreux projets devraient voir le jour dans les années à venir puisque le pays manque d'infrastructures, il s'agit donc d'une opportunité pour toute entreprise étrangère. Même s'il existe des risques concernant les délais de construction, la Mongolie présente des atouts pour les investisseurs étrangers22 :

> Les étrangers peuvent posséder autant de biens immobiliers qu'ils le

souhaitent

> L'impôt foncier est de 0,6% à 1%

> La taxe sur les plus values immobilière de 2%

> L'impôt sur les revenus de capitaux mobiliers de 10%.

22 Source : The Mongolian Real Estate Report

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Secteur du luxe :

Comme nous l'avons dit, une tranche de la population a pu s'enrichir grâce au boom économique et fait maintenant partie de ce que l'on pourrait appeler les nouveaux riches mongols. Même si ces personnes sont peu nombreuses pour le moment (20% de la population détient 44% des richesses du pays) elles désirent bien souvent afficher leur réussite via l'acquisition de produits de luxe ou haut de gamme. Ainsi, certaines marques de luxe ont décidé d'aller à la rencontre de leurs futurs clients en ouvrant des boutiques dans des centres commerciaux flambant neufs dispersés aux quatre coins de la ville. La marque française Louis Vuitton a été l'une de premières à ouvrir une boutique de 490 mètres carrés à Oulan-Bator en 2009, mais a depuis été rejointe par de nombreuses autres grandes marques : l'italien Ermeneguildo Zegna, Hugo Boss, Burberry, Giorgio Armani É et d'autres enseignes plus accessibles en particulier Yves Rocher, l'Occitane É (voir tableau plus bas)

Nouvelles technologies :

La téléphonie mobile s'est aussi rapidement développée en Mongolie et est devenue le premier moyen de communication. Cela s'explique en grande partie par un manque d'infrastructures liées à la télécommunication mais aussi pour des raisons pratiques, puisque près de la moitié de la population se déplace sans arrêt (nomades). En 2012, on dénombrait déjà pas moins de 3,3723 millions de téléphones mobiles soit plus d'un portable par habitant. Comme tous les pays qui ont connu un développement tardif, le réseau de télécommunication fixe est beaucoup moins développé que le réseau mobile : En 2012, il y avait que 176,700 lignes fixes dans le pays. Pour ce qui touche à Internet, environ 20 000 ordinateurs sont connectés à ce réseau.

23 https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/mg.html

 

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Banque et finance :

Les premières étapes pour réformer le système bancaire mongol ont eu lieu en 1991, dès l'indépendance du pays. A cette date, la banque de Mongolie avait le contrôle sur les banques privées et publiques, cependant, les banques commerciales ont à la fois hérité de prêts non-rentables et ont aussi commencé à prêter de l'argent à des entreprises peu performantes ce qui a fortement endommagé leurs réserves de liquidités jusqu'à amener à des crises du secteur bancaire entre 1994 et 1998. Les réformes du système financier ont permis de stabiliser la situation en interdisant la propriété de l'état et en autorisant la propriété étrangère. En 2006, la commission de régulation financière a fait de nouveau des efforts pour réguler le système financier, mais ces réformes ne s'appliquent pas aux banques commerciales. À présent, la Mongolie possède 18 banques commerciales, 207 banques classiques et 188 institutions financières non bancaires.

Aujourd'hui encore, le secteur bancaire mongol a du mal à subvenir aux besoins croissants du pays et ce à cause d'un manque de capitaux (accentué par l'intervention du gouvernement en cas de problèmes). Depuis la crise de 2008, les choses se sont tout de même améliorées puisque les banques recapitalisent en cas de bénéfices, cependant, elles restent frileuses à l'idée d'octroyer des prêts en raison de l'inflation. La lenteur des progrès dans la restructuration des banques se révèle être une opportunité à saisir pour les investisseurs internationaux sachant que les projets d'exploitation devraient continuer à affluer, ce qui nécessitera plus de crédits. Si les banques locales ne sont pas suffisamment bien capitalisées et en mesure de répondre aux besoins, les entreprises étrangères se tourneront donc naturellement vers des banques de nationalité étrangère.

 

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La place de la France en Mongolie

Comme bien d'autres pays, la France à su profiter des opportunités qu'offre la Mongolie. Qu'il s'agisse des entreprises ayant un rapport direct avec le secteur minier ou de celles qui investissent sur le développement d'autres secteurs (voir partie précédente) comme nous pouvons le voir dans le tableau ci-dessous. Concernant les chiffres, la France se place à la 10ème place en tant que client de la Mongolie et à la 13ème place comme fournisseur. Selon la Direction générale du trésor, le commerce franco-mongol aurait été multiplié par quatre durant les dix dernières années. (8,3 millions d'euros en 2003 - 34,8 millions en 2013)

Quelques entreprises françaises présentes en Mongolie

Nom

Date d'implantation

activité

Alcatel

1991

Equipements

téléphoniques, GSM

ADVEST (Le Bistrot Français)

2002

alimentaire

Global Ideas LLC

2009

Construction, rénovation, architecture, installation électriques

L'Occcitane

2010

Cosmétiques

Louis Vuitton

2009

Luxe

Open Mongolia

 

Construction, architecture

GDF

 

Gaz

Areva Mongol

2008

Minière (prospection et extraction de l'uranium)

Rostaing Mongolia

 

Consulting, expertise et import export

Yves Rocher

1996

Cosmétiques

 

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Un environnement favorable aux investisseurs

Le premier atout de la Mongolie se trouve être sa relative stabilité. Depuis sa sortie du bloc soviétique, le pays a su mettre en place diverses réformes pour promouvoir la démocratie et ainsi devenir un modèle pour le continent asiatique. Contrairement à d'autres pays en transition, la Mongolie peut se vanter d'avoir un système politique qui fonctionne ainsi qu'une économie en bonne santé. L'index de liberté économique24 en 2014 donne un score de 58,9 ; on remarque tout de même une baisse dans le classement de 2,8 points due à un manque de contrôle des dépenses gouvernementales, à la corruption ou à un manque de protection des droits de propriété (ces éléments sont développés dans la seconde partie)... Malgré ces problèmes, au niveau régional (Asie-Pacifique), elle se classe 19ème sur 42 pays, devant l'Inde et la Chine qui ont une note respective de 55,7 et 52,5.

Un autre classement, le « Doing Business » met la Mongolie à la 76ème place mondiale (4 places de mieux que l'année passée) et met en avant ses principaux avantages, puisqu'elle se trouve être à la 25ème place dans la catégorie « démarrer un business » à la 22ème place pour la « protection des investisseurs » et à la 30ème

24 http://www.heritage.org/index/country/mongolia

 

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place pour « le respect des contrats ». Un autre atout évident mais peu évoqué réside dans le fait que la Mongolie ne soit pas réellement menacée au niveau interne ou externe, contrairement à de nombreux pays producteurs de matières premières :

> La Mongolie n'est pas sous tension à cause de ses voisins, au contraire, le fait d'avoir à sa frontière des pays comme la Russie ou la Chine est un certain gage de tranquillité (si les relations restent bonnes).

> Au niveau interne on ne déplore pas d'actes terroristes ou de mouvements de foule.

Le dernier avantage vient aussi de la position géographique du pays : pour une entreprise étrangère, s'implanter en Mongolie peut être une porte d'entrée pour l'Asie, et surtout vers les deux plus grands pays des BRICS : la Russie et la Chine. En effet, cette zone connaît le plus fort taux de croissance depuis la dernière décennie.

 
 
 

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Stéphanie CAUX

Les limites de cette croissance

Comme tout pays en croissance, on se rend compte que cela n'a pas que des aspects positifs et c'est ce sur quoi nous allons nous attarder dans cette seconde partie.

Une dépendance à la conjoncture industrielle mondiale et une dépendance pays:

Comme nous venons de le voir, une grande partie de la croissance mongole se base sur les ressources minières du pays, de fait, on observe une dépendance vis à vis de la demande

mondiale. D'une
manière globale il est incontestable que le monde a de plus en plus besoin de matières premières et que celles-ci se font de plus en plus rares, En effet, la population mondiale ne cesse de croitre et les besoins sont donc revus à la hausse. Pour preuve, depuis les années 2000, le prix des matières premières augmente de façon exponentielle à tel point que certains analystes parlent d'un « super-cycle » des matières premières puisque les prix tendent à la hausse depuis presque 10 ans (malgré certaines phases de baisse pendant cette période). Nous avons déjà observé de tels cycles dans le passé, cependant celui-ci possède une particularité : il n'est pas du a des évènements particuliers (comme une guerre) mais

 

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Stéphanie CAUX

à l'ascension économique du géant chinois et à ces besoins grandissants. La Chine a en effet connu des années fastes avec une croissance aux alentours de 10%, ce qui a encouragé le développement de certains secteurs très gourmands en ressources minières : les usines tournent à plein régime ce qui exige des quantités de charbon phénoménales, une partie de la population s'est enrichie et fait maintenant partie de la nouvelle classe moyenne ce qui induit que de nouveaux logements doivent être édifiés, de nouvelles routes (parfois inutilisées) ont aussi été construites É

Mais le problème est le suivant : la Chine va-t-elle pouvoir garder un rythme de croissance aussi élevé ? Les chiffres tendent à prouver le contraire : depuis quelques années, le taux de croissance chinois diminue et avoisine aujourd'hui les 7,8%, même si ce chiffre peut paraitre très correct comparé à la croissance de certains pays européens qui est nulle ou très faible, cela a un impact direct sur la demande et la consommation du pays et donc sur l'avenir du secteur minier mongol. Un autre problème se pose, celui du mix énergétique chinois, comme nous le verrons par la suite, le pays est très critiqué pour sa pollution et doit diversifier sa consommation d'énergie ce qui pourrait avoir un impact certain sur les exportations de charbon de la Mongolie. Si la Mongolie souhaite voir sa croissance se maintenir, elle doit espérer que son voisin conserve son rôle de grande puissance économique, car comme on peut le voir sur le tableau ci-dessous, la Chine est le premier client de la Mongolie (85% des exportations) bien devant le Canada (6,3%) ou encore la Russie (2,1%).

Tableau des exportations et importations de la Mongolie

Exportations

Importations

Chine 85%

Chine 57%

Canada 6,3%

Russie 24%

Russie 2,1%

Corée du Sud 3,6%

 

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La demande mondiale de Charbon

La consommation de charbon a déjà augmenté de 68% entre 1993 et 2011. Malgré son impact néfaste sur la planète, le charbon est toujours la première source d'énergie dans de nombreux pays. En 2013, la part globale du charbon dans le mix énergétique mondial était de plus de 40%25 et devrait encore augmenter dans les années à venir. Si les pays européens et l'Amérique du nord essayent de réduire leur consommation d'énergies fossiles pour aller vers les énergies renouvelables, ce n'est pas le cas de toute la planète. Selon Wood Mackenzie26, la demande et donc la consommation mondiale de charbon devrait augmenter, puisque les puissances qui se développent rapidement comme l'Inde ou la Chine, ont besoin de matières premières à bas prix : comme le charbon coûte moins cher que le pétrole, il devrait s'agir de la commodité la plus consommée d'ici les années à venir. On estime donc que la consommation de charbon pourrait augmenter de 25% d'ici 2020 et que l'Asie sera le principal consommateur dans le futur.

La Chine produit et consomme à elle seule la moitié du charbon. En effet, 46% de la production mondiale de charbon vient de Chine (soit quatre fois plus que ce que produisent les USA) et elle consomme près de 49% du charbon à l'échelle mondiale. Le charbon représente la majorité de la consommation énergétique chinoise soit environ 70% et ce depuis les années 80. La chine est de fait critiquée pour cette consommation importante et surtout pour les effets que cela a sur la planète : elle émet près de 10 millions de tonnes de dioxyde de carbone chaque année, ce qui en fait le plus gros pollueur.

25 Source : http://www.worldenergy.org/wp-content/uploads/2013/09/Complete_WER_2013_Survey.pdf 26 http://www.woodmacresearch.com/content/Energy_Markets_Service/Insights/Ener gyMarkets20131021095858/Coal_to_surpass_oil_by_2020.pdf

 

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Le cours des matières premières : un danger pour la croissance

Dans tous les pays, même les plus pauvres, on observe des périodes de croissance rapide, difficiles à maintenir sur le long terme et cela est bien souvent expliqué par ce que l'on appelle la « malédiction des ressources » Cette hypothèse est généralement basée sur le fait que de nombreux pays avec des ressources naturelles abondantes ont généralement tendance, à faire moins bien que les autres en terme de croissance économique, de lutte contre la pauvreté et de répartition des revenus. Certaines études27 suggèrent que les économies dont les ressources naturelles représentent une part très importante des exportations ont finalement de moins bonnes performances de croissance que les économies avec peu ou pas de ressources naturelles.

La volatilité des prix des produits peut aussi affecter la croissance à long terme, car la fluctuation des prix entraine de l'incertitude, ce qui décourage l'investissement dans certains cas. En effet, les pays qui se spécialisent dans les produits avec une forte volatilité des prix attireraient moins d'investissements directs à l'étranger (IDE) que les pays présentés comme des leaders industriels plus stables28. La fluctuation du prix des matières premières a aussi un effet néfaste sur les autres secteurs (voir partie Dutch Disease) si l'augmentation du prix des commodités est conjuguée à une appréciation du taux de change réel.

Dans ce cas, les exportations et donc les revenus du pays sont principalement composés de matières premières et de fait, les budgets du gouvernement dépendront des recettes fiscales provenant de ces activités. Cela montre donc que

27 Sachs et Warner (1995)

28 À titre d'exemple, les USA ont toujours attiré les investissements étrangers

 

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la part des ressources naturelles dans le PIB a un effet positif sur la croissance économique, tandis que leur volatilité a un effet de croissance négatif.

La fluctuation du prix des matières premières a déjà eu un impact sur la Mongolie puisque durant la crise de 2008, le prix du cuivre a beaucoup baissé, il est en effet passé de 4$ à 1,50$ en quelques mois. Cela a obligé le gouvernement mongol à faire appel au Fond Monétaire International (FMI).

 

Chute du prix du cuivre en 2009

 

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La thèse de Prebisch et Singer

L'une des théories les plus influentes au sujet des termes de l'échange et du développement dans les pays en développement (PED) est celle de Raul Prebisch et de Hans Singer. Apparue dans les années 1950, cette théorie prédit la détérioration sur le long terme des échanges pour les pays en développement, ce qui se traduit par une baisse des prix des produits exportés (en général des biens agricoles ou des ressources naturelles) par rapport aux prix des produits manufacturés importés.

L'hypothèse est basée sur un certain nombre d'observations notamment sur la demande des biens et sur l'organisation du marché du travail. Premièrement, les exportations de produits primaires ont une faible élasticité par rapport à la demande. Cela signifie que si le prix des commodités diminue, il ne sera pas compensé par une augmentation de la demande. De fait, les recettes liées aux exportations diminuent à mesure que les prix baissent. En revanche, les produits manufacturés eux ont une forte élasticité, cela signifie que la demande a donc un impact bien plus important sur les revenus.

Prebisch et Singer ont fait valoir que, dans les pays développés ou le travail est bien organisé, une augmentation de la productivité se traduit généralement par une hausse des prix des produits manufacturés (exportés), alors que dans les pays en développement, il en résulte une baisse du prix des matières premières (exportées). Pour cette raison, les pays en développement connaîtront une dégradation des termes de l'échange au fil du temps et devrons faire face à un déficit commercial, ce qui accélère la détérioration de l'économie.

Sur la base de ce raisonnement, de nombreux pays en développement ont résisté aux politiques de libre-échange et participé activement au développement de

 

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l'industrie manufacturière pour moins dépendre des importations. Cela se vérifie par exemple dans la période post Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle de nombreuses colonies européennes ont acquis leur indépendance. Ces politiques vont à l'encontre de la doctrine de l'avantage comparatif (Ricardo), qui souligne que l'on devrait se spécialiser dans la production de produits pour lesquels on possède le plus fort écart de productivité avec les autres nations.

Un pays enclavé

Il est aussi souhaitable de s'attarder sur la position géographique du pays : La Mongolie est un pays enclavé et cela se révèle être une réelle faiblesse. Si l'on en croit les statistiques, les pays enclavés ont un indice de développement humain plus faible que les pays bénéficiant d'un accès sur la mer ainsi que des difficultés pour accéder aux marchés mondiaux. Paul Collier a d'ailleurs comparé ces deux types de pays dans son livre « The bottom Billion » à travers la phrase suivante : « If you are coastal, you serve the world; if you are landlocked, you serve your neighbors ».

La Mongolie en est le parfait exemple, coincée entre la Chine au sud et la Russie au nord, elle n'arrive pas à se démarquer et est très influencée par ses voisins, cela se vérifie lorsque l'on observe les principales zones d'exportation. Si la Mongolie souhaite diversifier ses exportations, elle reste aussi tributaire de ses voisins puisque tout projet (voies ferrées, routes) nécessite l'accord de l'un des deux pays.

 

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Un manque d'infrastructures

La Mongolie a en effet un gros problème concernant les infrastructures ce qui peut nuire au commerce des minerais. Les voies ferrées sont vitales pour le pays et pour le transport des marchandises, cependant, celles-ci ont été construites pendant la période soviétique et se révèlent être insuffisantes, obsolètes et peu fiables surtout pour ce type de transport. En 1921, les troupes soviétiques ont crée des liens étroits avec la Mongolie et ont aidé le pays à se libérer de la Chine, c'est aussi pendant cette période que la majorité des infrastructures a été construite et malheureusement la Mongolie en dépend toujours. Il peut s'agir de routes, de voies ferrées ou de centrales nucléaires. A titre d'exemple, seul le transmongolien peut être considéré comme ayant de l'envergure. Si les travaux s'avèrent être indispensables, un problème persiste : le coût de ces derniers représente une somme faramineuse pour ce pays très peu peuplé ; c'est pour cela que des Partenariats Public-Privé (PPP) ont été envisagés. Dès 2009, l'Etat a donc mis en place une politique visant à promouvoir les PPP et depuis, de nombreux projets sont en cours de réalisation ou à l'étude :

Nom

description

entreprise

Nariinsukhait-
Shiveekhuren road

Projet de route entre deux mines
(50 km)

RDCC LCC

Telmen power plant

Centrale

New Asia group

Altanbulag-Ulaanbaatar-
Zamyn-Uud highway

Autoroute (1000 km)

Chinggis land development
group

Dalanzadgad airport

Réaménagement de l'aéroport

?

 

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Altanbulag-Ulaanbaatar-Zamyn-Uud highway : un projet ambitieux

L'un des projets les plus importants en Mongolie concerne la construction d'une autoroute de près de 1000 km de long reliant Altanboulag (ville située à la Frontière russe) à Zamyn-Uud (au sud près de la frontière chinoise) en passant par la capitale Oulan-Bator. Cette voie rapide se composera de 2 voies (une pour chaque direction) et respectera les normes européennes grâce à un revêtement en béton de 0,7 cm d'épaisseur. Après le lancement d'un appel d'offre, la compagnie nationale « Chinggisland Development Group29 (CDG)» a été retenue. Avec un budget total estimé à 3,5 milliards de dollars (dont 70% sera financé par des obligations d'Etat et 30% par la CDG) la construction a commencé en mai 2013 et devrait prendre fin en octobre 2015. D'après l'accord signé entre le gouvernement et la compagnie mongole, la CDG sera propriétaire de l'autoroute pendant les 25 années qui suivront sa mise en service puis les droits de propriété seront cédés au gouvernement. À terme, en plus de relier la Mongolie à la Chine et à la Russie, cette route permettra au pays d'accéder au système routier asiatique et donc à de nouvelles opportunités de marché.

Aperçu du projet :

29 CDG possède des entreprises telles que Magnai Trade, Just, tsast Impex, Nasnii Zam, et bien d'autres qui elles aussi interviendront sur ce chantier.

 

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Une dépendance énergétique

Enfin, la Mongolie est aussi dépendante de la Russie puisqu'elle importe près de 90% de consommation de pétrole. En effet, même si le pays produit du pétrole, cela ne suffit pas à satisfaire ses besoins qui augmentent chaque année en raison du développement de l'industrie minière. Comme on peut le voir sur le tableau ci-dessous, les importations de pétrole ont été multipliées par 2,4 entre 2007 et 2013.

La Mongolie a déjà du faire face a des pénuries de pétrole dès les années 90 après le démantèlement du l'Union soviétique, aujourd'hui elle consomme près d'un million de tonnes de produits pétroliers chaque année donc 60% de carburant. Comme nous le savons, la Russie utilise souvent le pétrole comme moyen de pression dès qu'il y a de tensions avec un pays, il semble donc nécessaire pour la Mongolie de palier à se problème. Afin de lutter contre cette dépendance, le gouvernement a décidé de réagir en créant ses propres raffineries : la première devrait voir le jour fin 2015 à Darkhan, une ville située à 200 kilomètres au nord d'Oulan-Bator. Une fois terminée, cette raffinerie devrait être capable de traiter deux millions de tonnes de brut par an. Ce projet est financé par une banque japonaise et la construction sera réalisée par une société nippone, Toyo Engineering Corporation, qui possède tous les outils technologiques et le soutient de quelques entreprises mongoles. On estime que les produits pétroliers seront vendus 6 à 8% moins chers et que cela permettrait un retour sur investissement au bout de 4

 

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années. Ce projet est essentiel car jusqu'à présent, les pénuries sont un réel problème et peuvent perturber le calendrier des compagnies minières et ainsi engendrer des coûts supplémentaires.

Rosneft en Mongolie

La compagnie étatique russe Rosneft est en bonne place en Mongolie et souhaite affirmer sa présence dans le pays. La compagnie a en effet signé durant le forum économique de Saint-Pétersbourg, en mai 2014, un accord d'une durée de 5 années avec de gros importateurs de pétrole mongol comme NIC (Petrovis). Cet accord permet à l'entreprise russe de garantir ses exportations pendant les prochaines années vers ce pays en croissance. Cette opération pourrait permettre à la compagnie d'augmenter ses parts de marché en Mongolie. Le volume des importations de Rosneft devrait représenter 80% des besoins en pétrole de la Mongolie. De plus, Rosneft et l'agence gouvernementale pour le pétrole mongole ont signé un accord qui prévoit la réalisation d'infrastructures permettant de sécuriser l'approvisionnement en pétrole ainsi que le développement des gisements de gaz et de pétrole dans le pays.

Pour satisfaire la demande d'électricité dans les mines, le gouvernement mongol cherche aussi à construire une nouvelle centrale au sud du désert de Gobi ainsi qu'à coté de la gigantesque mine d'Oyu Tolgoi. Enfin il a aussi donné son accord aux parties prenantes intervenant à Oyu Tolgoi pour construire une ligne électrique à la frontière sino-mongole pour importer l'énergie de Chine. Tous ces facteurs indiquent que la Mongolie doit obligatoirement garder de bonnes relations avec ses voisins immédiats.

 

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Le phénomène de « Dutch disease », une menace pour le pays ? La Mongolie est un exemple typique de pays dont le développement se base sur les ressources naturelles. Grâce à ses importantes ressources en cuivre, charbon et or (dont une partie reste encore inexploitée), le pays a réussit à tirer des revenus conséquents. On peut donc se poser la question suivante : la Mongolie pourrait-elle être touchée par le phénomène de dutch disease ?

Revenons tout d'abord sur ce concept : on parle de « dutch disease » lorsque l'ascension d'un secteur économique nuit à un autre. Ce terme a été utilisé pour la première fois en 1977, en référence au déclin de l'industrie manufacturière aux Pays-Bas avec la découverte de gisements de gaz dans le pays. Par la suite, les économistes Corden et Neary ont mis en place un modèle pour décrire le dutch disease en séparant l'économie d'un pays en trois secteurs : le premier (comme les services et la construction) ; le second représentant un secteur en plein boom (par exemple l'industrie pétrolière) et le dernier pour le secteur en déclin (l'industrie). Selon les études des deux économistes on en déduit que l'exploitation et l'exportation des ressources naturelles conduit à plusieurs choses :

> Le capital et la main d'oeuvre sont attitrés par le secteur en plein boom, ce qui entraine le déclin du secteur manufacturier.

> Les devises affluent dans le pays, via les IDE (investissements directs à l'étranger) ce qui provoque une augmentation de la valeur de la monnaie nationale et un manque de compétitivité pour les autres secteurs. En effet, lorsque l'on observe une arrivée massive de capitaux étrangers, il y a augmentation de la quantité de monnaie en circulation (masse monétaire), et donc de l'inflation.

 

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> Grace aux revenus générés par les ressources naturelles, la demande pour le

premier secteur augmente (services et construction) ce qui oblige le pays à importer pour combler le manque d'offre et aggrave encore plus la situation.

Boom sur le secteur des ressources naturelles

Cela attire de la main d'oeuvre et du capital

La monnaie locale s'apprècie

La demande en services augmente

=

importations

LE SECTEUR
MANUFACTURIER est
lourdement pénalisé

Ë présent, voyons si ce modèle s'applique ou pourrait s'appliquer à la Mongolie :

1. Le boom : Le secteur minier est en effet en plein essor dans le pays et ne représente pas moins d'un tiers du PIB mongol et 89% des exportations30. De tels pourcentages sont donc un danger pour le pays et affirment, même si le gouvernement dit le contraire, que l'économie mongole n'est pas assez diversifiée. De surcroit, une économie centrée sur les matières premières est aussi très sensible aux variations du cours des métaux.

2. Main d'oeuvre et capitaux étrangers : pour ce qui touche à la main d'oeuvre, on se rend compte que les choses sont disproportionnées car toujours selon le Oxford Business Group, seul 4% de la population travaille dans le secteur minier (le plus rentable pour le pays) alors que l'agriculture bien moins rentable (15% du PIB) monopolise 40% des emplois, notons tout de même que ce chiffre devrait diminuer en raison de l'exode rural important observé

30 Données du Oxford Business Group.

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ces dernières années. Enfin, les capitaux étrangers sont toujours nombreux en Mongolie malgré un ralentissement en 2013.

3. Inflation et monnaie locale : L'inflation en Mongolie est un réel problème : tout comme le taux de croissance, elle a atteint des sommets (comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous elle s'élève aujourd'hui à 9%.

La monnaie local, le Tugrik, suit elle aussi le même sort :

4. Augmentation de la demande : la consommation domestique est en hausse dans le pays, pour prendre un exemple concret, les programmes immobiliers se multiplient à Oulan-Bator ainsi que la construction de centres

 

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commerciaux. Mais cette demande n'est pas valable pour tout le pays puisque les personnes profitant de l'ascension économique sont peu nombreuses et concentrées dans la capitale.

Toutes ces données laissent croire que la Mongolie pourrait faire face au Dutch Disease : si le secteur manufacturier n'a jamais eu une place prépondérante dans le pays, l'agriculture pourrait elle subir les conséquences de cette orientation économique et laisser une grande partie de la population sans ressource.

Le graphique ci-dessus montre bien l'évolution des exportations mongoles : on se rend ainsi compte que le secteur manufacturier ainsi que l'agriculture sont en déclin et que cela profite largement au secteur minier.

 

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Un pays endetté

Malgré un boom économique, la Mongolie doit aussi faire face à un problème de dette.

Principaux indicateurs économique (source : Coface)

> Le déficit budgétaire31 a fortement augmenté en 2012/2013, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessus, il est passé de -4,8 en 2011 à -13,5 en 2013 et ce à cause des dépenses du gouvernement pour réalimenter le secteur bancaire et financer les dépenses électorales.

Dans les années qui suivent, les recettes de l'Etat devraient augmenter grâce à de nouvelles taxes mises en place mais se sera aussi le cas des dépenses puisque le nombre de projets pour améliorer ou construire de nouvelles infrastructures devrait croitre.

31 On parle de déficit budgétaire lorsque les recettes de l'Etat sont inférieures à ses dépenses : il s'agit d'un flux.

 

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> La balance courante32 tend elle à diminuer depuis 2012.

Dans les années à venir, elle devrait rester stable puisque malgré une augmentation des exportations, la Mongolie aura de plus en plus besoin de

pétrole pour faire fonctionner ses exploitations de matières premières.

> En raison d'un déficit budgétaire en hausse, la dette publique33 a elle aussi suivit le même chemin puisqu'elle est passée de 38,8% du PIB en 2011 à 67,3% en 2013.

De plus, cette dette pourrait devenir encore plus importante du fait de la surévaluation de la monnaie locale. Comme nous l'avons vu précédemment, les divers investissements étrangers effectués dans le pays ont favorisé une augmentation de la valeur du Tugrik par rapport au Dollar, monnaie de référence au niveau mondial. Comme la dette mongole est libellée en devises, celle-ci fait donc face aux variations de la monnaie locale. Etant donné que le Tugrik devrait voir sa valeur diminuer, la dette mongole pourrait donc augmenter dans les années à venir.

32 Exportations -Importations

33 La dette publique se définie comme un stock, c'est l'ensemble des emprunts de l'Etat

 

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La corruption

Depuis la découverte de ressources minières en Mongolie, le pays fait face à une transformation radicale, des possibilités de développement sont présentes mais la gouvernance du pays fait aussi face à de nouveaux défis, comme en ce qui concerne l'augmentation de la corruption. Prenons quelques exemples : tout d'abord, rappelons que de nombreux contrats sont signés avec des entreprises étrangères (comme celui de la mine d'or d'Oyu Tolgoi), ce qui implique l'apparition d'inquiétudes quant au manque de transparence et à la corruption entourant les contrats, les processus de négociation et le partage des bénéfices avec la population locale. L'industrie extractive présente en effet des risques bien spécifiques comme nous allons le voir :

> Pour commencer, la valeur des ressources naturelles en fait une cible privilégiée (pillages)

> Dans la plupart des pays producteurs de ressources naturelles, les compagnies sont obligées de passer par l'Etat, que se soit pour l'achat d'une concession, l'obtention de licences, l'autorisation pour l'explorationÉDe fait, l'exposition au risque de corruption est bien plus élevé que dans d'autres secteurs.

> En Mongolie, les compagnies nationales n'ont pas souvent les compétences nécessaires pour exploiter les mines, le pays doit donc faire appel à des entreprises étrangères, ce qui peut générer des tentatives de corruption. En effet, les compagnies étrangères qui opèrent dans un pays avec un manque de gouvernance peuvent plus facilement passer par des intermédiaires afin d'accélérer leur implantation.

 

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Le classement de Transparency international (corruption)

En plus de la corruption dans les affaires, l'ancien président Nambaryn Enkhbayar (en poste de 2005 à 2009) a été reconnu coupable concernant diverses affaires : privatisation illégale d'un hôtel et de journaux locaux.. Il a d'ailleurs été arrêté par la brigade anti-corruption et condamné à payer 54 millions de MNT en réparation (soit 21 800 euros)

Le gouvernement mongol est censé faire bénéficier ses citoyens des revenus miniers mais cela reste compliqué tant que le pays n'aura pas mis en place un cadre juridique et institutionnel solide pour faire face à la corruption grandissante.

 

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Exode rural et disparition du mode de vie nomade

La Mongolie est depuis très longtemps connue et admirée grâce à son mode de vie assez particulier. En effet, une grande partie de la population a toujours suivit le mode de vie de ces ancêtres : une vie de nomade à travers les steppes. La plupart des nomades mongols sont très autonomes puisqu'ils vivent grâce à l'élevage (chèvres, moutons, chevaux). Une partie de la production est réservée à la famille pour les besoins alimentaires et l'autre partie (notamment le cachemire produit grâce aux chèvres34) est vendue et permet d'apporter des revenus complémentaires. Depuis des siècles, l'élevage est le principal moyen de subsistance des mongols, les animaux fournissent la nourriture, les vêtements et les matériaux pour le logement et le chauffage (les excréments séchés sont récoltés pour servir de combustible, ils peuvent également être utilisés pour la construction de murs, afin de protéger les animaux durant les hivers rigoureux et en particulier des vents glaciaux).

Mais depuis quelques années, un phénomène a lieu en Mongolie : on se rend compte que de nombreux nomades quittent les steppes pour venir vivre en ville, la population de la capitale Oulan-Bator est d'ailleurs en perpétuelle augmentation35. Cela est du à deux phénomènes, d'un coté des événements climatiques inhabituels, et de l'autre l'exploitation minière.

Le changement climatique36 a un effet dramatique sur le mode de vie mongol puisque environ 40% de la population vit encore grâce à l'élevage. Mais depuis quelques années, des phénomènes météorologiques nommés « Dzud » font leur apparition : Le dzud blanc : il recouvre les territoires d'épaisses couches de neige,

34 La Mongolie est le deuxième producteur mondial de cachemire après la Chine

35 Lorsque les hivers sont très rigoureux, près de 50 000 personnes peuvent arriver à Oulan-Bator.

36 Voir carte en annexe

 

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ce qui empêche les animaux d'accéder à l'herbage. Le dzud noir : la température moyenne augmente ce qui entraine une désertification dans le pays, le désert de Gobi ne cesse de grandir ce qui réduit considérablement les terres pouvant servir à nourrir les animaux ; à cela s'ajoute aussi des hivers très rudes ou les températures sont descendues si bas (jusqu'à -50) que des millions d'animaux n'ont pu y résister. Enfin, l'eau douce se fait de plus en plus rare dans certaines régions, comme dans les steppes.

Le pire « dzud » a eu lieu en 1944 et a tué prés de 7 millions de bêtes. Entre 1999 et 2002, la Mongolie a été frappée par 3 dzuds ce qui a eu comme résultat la mort de 11 millions de bêtes. Le dernier dzud, en 2009/2010 a recouvert 80% du territoire de neige et a causé la mort de 4 à 8 millions d'animaux selon les estimations, pendant cet épisode, 9000 familles ont perdu la totalité de leur troupeau et 33 000 autres ont perdu au moins 50% de leur cheptel. Selon les Nations-Unies, 17% du bétail aurait succombé pendant cette période. Depuis ce dernier épisode, les mongols ont peur de devoir à nouveau faire face à de tels phénomènes météorologiques.

Tous ces aspects ont donc forcé les nomades à abandonner leurs terres pour se rendre en ville dans l'espoir d'y trouver une vie meilleure. Enfin, certains d'entre eux ont décidé de profiter du boom économique de leur pays et travaillent à présent pour les compagnies minières elles-mêmes responsables de la disparition du nomadisme à cause de la pollution des sols par exemple. On peut donc se demander si d'ici 50 ans le nomadisme existera toujours en Mongolie.

 

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Inégalité des revenus et pauvreté

En abandonnant leur mode de vie, la majorité des éleveurs pensait aspirer à une vie meilleure, mais ce n'est malheureusement pas le cas puisque l'inégalité des revenus est un problème important dans le pays.

On remarque que la population a du mal à profiter de la croissance de la Mongolie. Cela n'est pas étonnant car comme une grande partie des pays qui basent leur croissance sur les matières premières, la redistribution des richesses se trouve être un problème majeur, on peut prendre l'exemple de certains pays africains qui eux aussi sont riches en ressources mais dont la population ne profite pas ou même souffre dans le cas de conflits visant à s'approprier ces richesses. Rares sont les pays qui pratiquent une bonne gestion de leurs ressources et qui en font profiter la population, en réalité, seule la Norvège a réussit ce pari (voir partie fonds souverains).

En Mongolie, même si la pauvreté est en recul, encore 27,4% de la population vit en dessous de seuil de pauvreté national37. La pauvreté touche principalement les zones rurales (35%) mais celle-ci se retrouve aussi en ville (23%).

L'IDH est un indicateur synthétique permettant d'évaluer les progrès à long terme grâce à trois critères :

- L'espérance de vie

- l'accès à la connaissance

- le niveau de vie.

-

En 2012 l'IDH de la Mongolie était de 0,675, ce qui plaçait le pays à la 108ème place sur 187 pays évalués, entre 1985 et 2012, la valeur de l'IDH a donc augmenté de 26%.

37 http://donnees.banquemondiale.org/pays/mongolie

 

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Le tableau ci-dessus montre tous les progrès réalisés, à titre d'exemple, entre 1980 et 2012, l'espérance de vie à la naissance a augmenté de 11,5 années, la durée moyenne de scolarisation de 2,6 années, enfin, le revenu par habitant a progressé de 88%

Cependant malgré ces progrès, un indice s'est fortement dégradé (voir graphique ci dessous) : l'indice GINI38 qui permet de mesurer les inégalités au sein d'un pays.

38 Plus l'indice GINI se rapproche de 100 plus les inégalités sont forte.

 

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Evolution de l'indice GINI

Comme nous pouvons le voir sur le graphique ci-dessous, l'indice GINI était de 0,37 en 2008, ce qui est comparable au Vietnam ou à l'Arménie. Pour être plus précis, on estime à cette date que près de la moitié des richesses du pays était dans les mains de 20% de la population.

En effet, la capitale se divise en deux parties : d'un côté les personnes qui vivent à Oulan-Bator depuis des années, qui possèdent une habitation convenable et un travail stable (au centre de la ville) et de l'autre les ex-nomades qui s'entassent en périphérie de la capitale dans des sortes de bidonvilles remplis de yourtes. Cette partition de la ville est visible même du ciel en utilisant Google Maps.

 

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Bien évidemment, les personnes vivant dans ces quartiers ne bénéficient pas des mêmes prestations : l'eau courante et les canalisations sont inexistantes ce qui implique un manque d'hygiène, les écoles sont rares et l'accès aux soins difficile. De plus, les habitants se voient bien souvent obligés de travailler dans le secteur informel, très mal rémunéré, pour subvenir à leurs besoins ce qui aggrave encore plus leur situation. À cela s'ajoute aussi une inflation grandissante qui, comme nous l'avons vu précédemment, n'arrange rien à leur sort : le coût de la vie est de plus en plus élevé à Oulan-Bator, la nourriture, les transports, le logement et même les prix de l'électricité ne font que grimper. Enfin, un nouveau phénomène inquiétant voit le jour : les enfants des rues n'ont jamais été aussi nombreux, on en dénombre 5000 à Oulan-Bator, qui sont souvent obligés de voler ou de se prostituer pour survivre.

La pauvreté en Mongolie touche jusqu'à présent les personnes qui étaient déjà dans le besoin avant le développement économique, mais on peut penser que dans les années à venir elle s'étendra à la classe moyenne, en raison de l'augmentation de l'inflation. Ainsi on pourrait observer deux types d'habitants en Mongolie : les très pauvres et les très riches qui ont su profiter des ressources.

 

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L'apparition d'un nouveau phénomène : l'exode citadin

Comme nous l'avons dit précédemment, de nombreux nomades ont décidé d'abandonner les steppes pour aller vivre à Oulan-Bator. Cependant, on se rend compte que le phénomène inverse se produit : les citadins commencent à migrer vers les campagnes. En effet, les nomades qui s'entassent à la périphérie de la capitale se rendent compte que la ville ne leur offre aucun avantage : ils sont contraints de vivre cloitrés dans de petits enclos et dans un environnement pollué É Alors certains se posent la question suivante : ne serait-il pas préférable de retourner vivre dans les steppes et de perpétuer la tradition de leurs ancêtres ? Certaines familles ont donc choisi cette solution et repartent loin de la ville vivre de l'élevage.

Mais un problème revient souvent : les plus jeunes restent toujours fascinés par la ville (qu'ils l'ai connue ou non) et se lassent très vite dans cet environnement. Les raisons sont diverses : certains pensent qu'il faut « évoluer » et profiter de ce qu'offre la ville : distractions en tous genres (cinémas É), d'autres souhaitent quitter les steppes pour avoir un avenir meilleur en allant à l'université.

 

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Les problèmes environnementaux

La pollution :

La pollution est devenue depuis quelques années un problème majeur en Mongolie, mais comment expliquer cette pollution ? La Mongolie est connue pour être le pays au ciel bleu éternel mais cela ne correspond plus à la réalité puisque la capitale se retrouve à présent enveloppée d'un épais nuage de pollution. Mais contrairement à de nombreux pays en développement, la pollution en Mongolie n'est pas due à l'industrie ou aux usines tournant à pleins régimes (comme c'est le cas en Chine). La principale cause de pollution vient en réalité du mode de vie des nomades : comme nous venons de l'exposer, une grande partie des nomades a maintenant décidé de se sédentariser et de s'installer dans la capitale, malheureusement cela a des conséquences puisque cette ville est devenue une des plus polluée au monde (voir graphique ci-dessous). Si l'on compare la pollution observée à Oulan-Batar à celle de grandes villes chinoises, le constat est sans appel : la ville est extrêmement polluée, plus particulièrement le quartier des yourtes, puisque celui-ci possède une particularité.

Les yourtes à la base utilisées dans les zones rurales et dans les steppes sont habituellement considérées comme respectueuses de l'environnement, mais lorsque l'on se retrouve dans une zone uniquement composée de ce type d'habitat, le problème est visible à l'oeil nu : d'épaisses colonnes de fumée s'échappent de chaque yourte formant un nuage de pollution. L'explication est simple : pour se chauffer ou faire la cuisine, les nomades se servent d'un poêle (généralement situé au milieu de la yourte) lui même alimenté par du bois ou du charbon, selon l'environnement.

 

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Bien entendu, cette pollution a causé d'importants dégâts, surtout dans la capitale. Selon un rapport de la banque mondiale, les fines particules39 contenues dans l'air sont très dangereuses car elles sont facilement absorbées et s'accumulent dans les poumons. Les hôpitaux de la capitale ont donc vu le nombre de personnes souffrant de problèmes respiratoires, de cancers du poumon et de problèmes cardio-vasculaires exploser ces dernières années ainsi que le nombre de décès associés. Pour preuve, une étude réalisée par une université canadienne (Simon Fraser University) montre qu'un décès sur 10 à Oulan-Bator peut être attribué à la pollution de l'air.

39 Les fines particules sont généralement plus dangereuses car elles ne sont pas filtrées via le nez ou les voies aériennes de la partie supérieure du corps.

 

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Même si l'industrie n'est pas le premier facteur de pollution, elle a tout de même un impact important sur l'écosystème puisque généralement l'extraction de métaux nécessite l'utilisation d'éléments chimiques. À titre d'exemple, il est fréquent d'utiliser du cyanure ou du mercure (ou d'autres éléments chimiques) pour extraire l'or. Bien évidemment, ces métaux lourds se retrouvent dans les cours d'eau eux mêmes parfois détournés pour servir à ces industries et utilisés par la population que ce soit pour sa propre alimentation ou celle du bétail.

En plus de cela, les nappes phréatiques sont aussi touchées par la pollution en raison du ruissèlement des eaux. Ce phénomène est d'ailleurs comparable à ce qui se passe aux Etats-Unis depuis la découverte du gaz de schiste. En effet, pour accéder au gaz, les compagnies doivent utiliser ce que l'on appelle la fracturation hydraulique, un procédé qui consiste à injecter de l'eau et des produits chimiques pour faire exploser la roche et libérer le gaz qu'elle contient. Cette eau ainsi utilisée devient polluée en raison de ses composants et nocive que ce soit pour les humains, la faune ou la flore.

En Mongolie, des membres d'associations40 protégeant l'environnement tentent donc par divers moyens (grève de la faim, investigations sur le terrain É) de faire pression sur les compagnies minières et sur le gouvernement pour préserver l'environnement de ces dangers.

Activité sismique :

Un autre problème est aussi préoccupant en Mongolie : l'activité sismique. Depuis 1900, la Mongolie a déjà du faire face à trois importants seimes. Deux d'entre eux ont eu lieu en 1905 en Mongolie centrale et ont atteint une magnitude de 8,4 sur l'échelle de Richter et le troisième lui a eu lieu en 1957 avec une magnitude de 8,1. Après ces événements, des études ont démontré que la Mongolie se situait sur une

40 Yellow River, United Movement of Mongolian Rivers and Lakes » (UMMRL)

 

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zone à risques et tout particulièrement la région située à l'ouest, où l'on observe d'ailleurs plusieurs tremblements de terre (sans gravité) chaque année. Généralement, ceux-ci ne sont pas ressentis à Oulan-Bator et ne font donc pas de dégâts dans la capitale. Cependant, la ville se situe à la croisé de deux zones : une à hauts risques et une à faibles risques, ce qui provoque des inquiétudes lorsque l'on sait que certains quartiers résidentiels anciens ne sont pas prévus pour supporter des secousses, ainsi, si un séisme de 7 touchait Oulan-Bator, environ 40 000 habitations pourraient être détruites.

Inondations :

En plus des séismes et des « dzuds» évoqués précédemment, les inondations sont aussi une menace à prendre en compte, la ville d'Oulan-Bator est une des premières concernée puisqu'elle est construite à la croisée de deux fleuves : le Tuul et le Selbe, eux même alimentés par les eaux arrivant des montagnes et les pluies de la saison d'été, durant laquelle les inondations sont les plus fréquentes. Le quartier des yourtes, au nord, est généralement le plus touché puisque les systèmes de drainage sont inexistants. Des travaux sont d'ailleurs prévus dans certaines parties de la ville pour faire face à de possibles inondations dans le futur.

Quel impact ?

Les deux derniers éléments évoqués ont un impact direct sur les infrastructures déjà peu nombreuses ou en mauvais état. En effet, lorsque le terrain présente des risques (sismiques ou inondations) des matériaux spéciaux doivent être utilisés pour éviter une catastrophe. Bien étendu cela a un coût qui peut bien évidemment effrayer les investisseurs et les délais de construction sont souvent plus longs.

 

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Apparition d'un sentiment anti-chinois

La Mongolie est aussi sujette à un tout nouveau défi : l'apparition d'une haine vis à vis de la Chine et plus particulièrement envers les chinois présents en Mongolie. D'après une étude réalisée par Franck Billé, cette haine serait due à cinq facteurs :

> Les deux pays ont toujours eu des problèmes territoriaux. D'un coté, les chinois ont construit la grande muraille de Chine pour se défendre de l'invasion des mongols et de l'autre, les mongols ont beaucoup de mal à oublier la période pendant laquelle les chinois ont dominé leur pays. En plus de cela, les habitants de la Mongolie reprochent souvent aux chinois d'avoir représenté leur pays comme faisant partie de la Chine sur une carte éditée dans les années 1920.

> Ce sentiment de menace s'est aujourd'hui élargi aux activités minières engagées par la Chine en Mongolie, pour les mongols il s'agit d'une ruse : si les chinois ne peuvent pas prendre le pouvoir grâce à la politique ou par la force, ils décident de « voler » les ressources naturelles du pays, ce qui équivaut à envahir le territoire petit à petit.

> Certaines légendes urbaines mongoles laissent aussi croire que les chinois empoisonnent la nourriture ou les vêtements, aujourd'hui une partie de la population préfère d'ailleurs acheter des biens venant de Russie par sécurité.

> Ces mêmes rumeurs disent que les enfants mongols SDF ou pauvres seraient achetés par les Chinois uniquement pour leurs organes.

 

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> Enfin, les mongols se considèrent (pour certains) comme étant une race à part. Ils trouvent donc inacceptable d'être mélangés à des chinois car cela les rendrait impurs. Selon les mongols, certains chinois enlèveraient des jeunes femmes pour les contraindre à se prostituer ce qui nuirait à la préservation de leur peuple étant donné que la population est déjà très faible.

Tout cela explique en partie l'apparition de certains groupes nationalistes, qui n'hésitent pas à prendre exemple sur l'Allemagne nazi :

"The reason we chose this way is because what is happening here in Mongolia is like 1939 and Hitler's movement transformed his country into a powerful country".

Si le nationalisme mongol peut paraître à première vue sans importance, il s'agit en réalité d'un danger. En effet, les compagnies minières étrangères pourraient se sentir à l'avenir menacées si ce phénomène venait à prendre de l'ampleur. Pour prendre un exemple concret, les expatriés travaillant dans les mines pourraient refuser de venir travailler dans le pays à cause d'un sentiment d'insécurité. Cela obligerait les compagnies minières à dépenser de l'argent pour assurer la sécurité de leurs employés et induirait indirectement une baisse de la rentabilité des projets.

 

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Un exemple concret attisant la haine anti-chinois

Au sud de la Mongolie se situe Daqin Tamsag, un gisement pétrolier contrôlé par la compagnie chinoise PetroChina. Cette compagnie a reçu de nombreuses plaintes de la part de ses employés mais aussi des riverains. En effet, en 2013, les 250 employés mongols ont affiché leur mécontentement41 puisqu'ils jugeaient leurs salaires bien trop bas. Ces employés recevaient un salaire de seulement 300 dollars alors que leurs homologues chinois touchaient près de 2500 dollars (selon le Oulan-Bator post). Suite à ces plaintes, le premier ministre mongol s'était d'ailleurs rendu sur place afin de rencontrer ces ouvriers mais aussi les riverains qui ont accusé la compagnie de ne pas respecter l'environnement, de dégrader les routes à cause du passage de gros engins....

Après enquête, l'entreprise a donc été contrainte de payer 1,3 milliard de Tugrit (soit environ 537 000 euros) pour les dommages environnementaux causés ; mais aussi de revoir les conventions collectives :

- Les salaires devaient être augmenté de 50%.

- 20 jours de repos devaient être accordés pour 40 jours de travail.

- Et enfin les conditions de travail devaient être améliorées.

41 Les employés de la mine avaient déjà demandé une augmentation de salaire quelques temps auparavant, mais ils se sont rendu compte que la compagnie chinoise les avait trompé en incluant les heures supplémentaires et diverses primes (ancienneté et cantine) dans leurs salaires de base.

 

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Comment lutter contre ces divers phénomènes ?

Comme nous venons de le voir, la Mongolie fait face à de nombreux problèmes, on se rend donc compte que le pays doit absolument lutter contre cela : une meilleure gestion des ressources minières ainsi qu'une diversification de l'économie et des exportations semblent nécessaires si le pays veut conserver une croissance durable et moins dépendre de ses voisins. Nous étudierons ainsi les mesures mises en place par le pays, ainsi que différents moyens qui pourraient permettre de maintenir cette croissance.

La politique étrangère de la Mongolie et la notion de « troisième voisin »

La Chine et la Russie :

La Chine et la Russie sont les deux principaux pays avec lesquels la Mongolie a des relations diplomatiques et économiques.

La Chine : Les relations avec la Chine ont depuis toujours été tendues pour des raisons historiques (dynastie Qing), par exemple, des problèmes subsistent en Mongolie intérieure, région appartenant à la Chine, mais plus proche culturellement de la Mongolie. Même si la Chine ne revendique pas la Mongolie (ou des parties du pays) comme lui appartenant, sa puissance au niveau économique lui donne un poids considérable dans le pays. En effet, près de la moitié des importations de la Mongolie proviennent de Chine et 80% des exportations vont vers ce même pays. Enfin, en plus des investissements miniers conséquents, les ports chinois sont un des seuls moyens pour la Mongolie d'accéder à de nouveaux marchés. En Aout 2014, les relations Sino-mongoles se sont encore intensifiées puisque la Chine a affirmé vouloir ouvrir ses ports (ceux situés au nord) à la Mongolie dans le but de pallier à sa situation de pays enclavé, de plus, de nombreux projets d'infrastructures devraient voir le jour dans ces mêmes ports.

 

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La Russie : Pour ce qui touche aux relations entre la Mongolie et la Russie, on peut dire qu'elles sont plutôt bonnes. Malgré de nombreuses coupures concernant son approvisionnement en pétrole, la Mongolie et ses habitants se sentent beaucoup plus proches des russes que des chinois. Cela s'explique aussi par l'histoire du pays, qui a été largement approvisionné et aidé par son voisin du nord pendant l'époque soviétique. La Russie a en réalité trois objectifs concernant la Mongolie : la sécurité, le prestige et les intérêts économiques. En effet, Moscou se révèle être intéressé par les richesses naturelles du pays mais pas seulement, puisque maintenir sa présence dans cette région du monde est aussi essentiel pour contrer l'influence grandissante de la Chine. (Cette situation peut d'ailleurs être comparée à ce qui se passe actuellement en Ukraine).

Le troisième voisin

Afin de diversifier ses partenaires, la Mongolie a donc une politique de « troisième voisin ». Ce terme employé pour la première fois en 1990 par le secrétaire d'Etat américain James Baker, visait à encourager les avancées démocratiques de la Mongolie, il fut par la suite utilisé par les dirigeants mongols pour désigner le fait que le pays doit absolument diversifier ses partenaires. Si les mongols ne citent jamais un pays en particulier, ce « troisième voisin » est censé être un ou des pays démocratiques, ce qui fait des Etats-Unis, de la Corée, du Japon É des partenaires idéaux.

La Corée du Sud :

La Corée est le pays dans lequel on trouve le plus de mongols expatriés. Le ministre des Affaires étrangères mongol s'est rendu à Séoul en février dernier, cette rencontre s'est focalisée sur des mesures concrètes pour développer des partenariats bilatéraux, incluant notamment la création d'un organisme intergouvernemental pour favoriser la coopération économique et stimuler

 

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l'investissement coréen dans les grands projets miniers, de constructions et d'infrastructures. Des discutions ont aussi eu lieu concernant une coopération militaire (maintien de la paix dans la péninsule coréenne et envoie de matériel et de véhicules militaires en Mongolie). Enfin, le nombre d'échanges bilatéraux entre la Mongolie et la Corée du Sud devrait augmenter significativement cette année car le Président Elbegdorj devrait se rendre en Corée pour une visite officielle en 2015, ce qui coïncidera avec le 25ème anniversaire de l'établissement de relations diplomatiques entre les deux États.

Les USA :

La Mongolie et les Etats Unis entretiennent des relations diplomatiques depuis plus de 25 ans (1987), et font en sorte de resserrer les liens qui unissent les deux pays. La première visite marquante fut celle du président Bush en 2005, pendant laquelle il remercia les mongols pour leur assistance durant la guerre d'Irak, en effet le pays avait envoyé de nombreux hommes sur le terrain. En 2011, l'ancien président mongol Elbegdorj Tsakhia s'est rendu aux Etats-Unis pour rencontrer Barack Obama. Au cours de l'entretient, les deux protagonistes ont essayé de trouver des mesures permettant d'élargir la coopération entre les deux pays, que se soit dans le domaine diplomatique, économique ou encore la défense. Ils ont aussi publié une déclaration visant à promouvoir la liberté, la démocratie et les droits de l'homme à travers le monde et affirmé vouloir renforcer les relations commerciales.

Le Japon :

Les relations diplomatiques entre le Japon et la Mongolie ont débuté en 1972, Depuis les années 1990, et le début de la transformation de la Mongolie, il y a eu des visites mutuelles fréquentes entre les dirigeants mongols et japonais. Cette relation a été renforcée par le soutien actif du Japon à la Mongolie pour sa démocratisation et son passage à l'économie de marché. En utilisant l'aide

 

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économique pour pénétrer la Mongolie, le Japon a cherché à dominer ses ressources et à étendre son influence politique et économique afin de garantir son influence en Asie. Très récemment, en juillet 2014, les deux pays ont signé un accord de libre-échange (les négociations avaient commencé en 2012) qui vise à réduire ou éliminer les barrières douanières pour l'importation de voitures japonaises en Mongolie, et celles pour la viande de boeuf mongole. En plus, le Japon a demandé à Oulan-Bator de simplifier les démarches d'entrée pour les investisseurs japonais en Mongolie.

L'Union Européenne :

Comme nous l'avons évoqué, la Mongolie fait toujours face à de nombreux problèmes. L'Union européenne pourrait donc lui être utile dans certains domaines, en particulier le renforcement des institutions dans le pays et le soutient à l'indépendance. L'UE pourrait par exemple encourager le développement d'une société civile et le processus de démocratisation en étant observateur neutre durant les élections et en luttant contre la corruption. Aujourd'hui, l'UE est le 3ème partenaire économique de la Mongolie ce qui signifie qu'une coopération pourrait être bénéfique pour les deux parties : d'un côté l'union Européenne peut encourager et aider la Mongolie à respecter les normes en vigueur en Europe (pour favoriser ses exportations) et de l'autre la Mongolie peut offrir des opportunités d'investissements intéressantes pour les pays européens. L'année 2013 a d'ailleurs marqué un tournant dans les relations UE/Mongolie puisqu'un accord 42 de partenariat et de coopération a été signé entre les deux zones ; ces domaines comprenaient notamment : une coopération dans le secteur politique et économique, un engagement dans la lutte contre la prolifération des armes de

42 https://www.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/25 0160/EU_Series_No_6__2013_.pdf

 

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destruction massive et le trafic d'armes légères, une coopération dans le domaine judicaire ou encore la lutte contre la pauvreté et les crimes contre l'humanité...

Le Kazakhstan :

Le Kazakhstan et la Mongolie n'ont pas de frontière commune mais les deux pays sont séparés par seulement 40 km de terres. En plus de cette proximité géographique, on dénombre près de 150 000 kazakhs en Mongolie, dont la majorité vit à l'ouest du pays, en effet, les similitudes culturelles sont nombreuses, par exemple, 30% de la population du Kazakhstan est composée de nomades et les deux pays ont aussi été pendant de longues années sont influence communiste. Les relations diplomatiques entre ces deux nations ont commencé en 1992 mais sont encore peu développées : il n'existe pas d'accord de libre échange et les IDE kazakhs ne sont pas conséquents en Mongolie. On peut expliquer cette distance diplomatique par plusieurs raisons : tout d'abord, le système politique est totalement différent puisque le Kazakhstan est considéré comme ayant un régime autoritaire alors que la Mongolie est depuis 2009 ouverte grâce à son nouveau président. Ensuite, contrairement à la Mongolie qui est plus proche de la Chine, le Kazakhstan ne s'est jamais vraiment détaché de son voisin russe. Malgré cela, il serait surement bénéfique pour la Mongolie de se rapprocher de ce pays puisque lui aussi est un grand producteur et exportateur de ressources naturelles43.

L'Australie :

Les relations diplomatiques entre la Mongolie et l'Australie ont débuté en 1972 et se sont intensifiées dès que le pays à reçu son indépendance en 1990. Le sujet de coopération principal entre les deux pays concerne les ressources et l'énergie44.Lors d'une visite du premier ministre mongol en Australie en 2011, quatre accords

43 Le Kazakhstan est le premier producteur mondial d'uranium, et exporte aussi : du pétrole, du charbon, du chrome...

44 Avant 2012, la majorité du charbon partait en Australie et non en Chine

 

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bilatéraux ont été signés : le premier concernait une coopération dans le domaine professionnel visant à améliorer la qualité de la main d'oeuvre via des échanges universitaires ou sur le système d'éducation par exemple. Le second portait sur l'amélioration de la filière agricole et de son rendement grâce à des outils plus techniques. Le troisième sur un échange d'informations entre les deux gouvernements. Et le dernier une collaboration dans le domaine scientifique grâce à un partenariat entre l'académie des sciences australienne et mongole.

La politique étrangère de la Mongolie peut donc se résumer en cinq points essentiels :

> Maintenir de bonnes relations avec ses voisins immédiats (la Chine et la Russie) sans privilégier l'un ou l'autre des deux pays.

> Développer les relations de partenariat et de coopération avec d'autres pays à l'Est et à l'Ouest dans le cadre de la politique de « troisième voisin »

> Développer des relations bilatérales avec d'autres pays asiatiques et soutenir les efforts entrepris pour renforcer la stabilité et la sécurité dans cette zone stratégique

> Renforcer les relations bilatérales avec les pays en voie de développement (dans le cadre de l'ONU, du G77 et du mouvement des non-alignés.

> En enfin continuer la coopération entre les USA et la Mongolie.

 

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Gérer au mieux la rente minière

Lutter contre la corruption grâce à l'EITI (Extractive industries Transparency Initiative).

L'EITI est en place depuis 2003 et part du principe que lorsque les ressources naturelles ne sont pas gérées efficacement, celles-ci peuvent facilement mener à l'apparition de conflits, de la corruption ou à une augmentation des inégalités. Ainsi, ce projet a pour vocation de rendre ce secteur plus transparent en publiant chaque année un rapport sur les compagnies opérant dans des pays riches en ressources naturelles. Le rapport montre notamment le montant des taxes payées par chaque entreprise au gouvernement. Pour ce qui touche à la Mongolie, elle fait parti de cette organisation depuis 2006 et on remarque que les entreprises présentes dans le pays sont chaque année plus nombreuses à déclarer leurs revenus et donc les taxes qu'elles payent (à titre d'exemple, en 2006, seules 35 entreprises faisaient partie du projet alors qu'en 2011 elles étaient 200). Notons que les entreprises ne sont pas les seules à réaliser des efforts, puisque ce rapport est entièrement financé par le gouvernent.

La privatisation de l'économie : bonne ou mauvaise idée ?

La Mongolie a déjà eu recours à un certain nombre de lois pour réguler le fonctionnement du secteur minier, parmi les plus significatives on peut citer :

> La « Mineral Law » (2006) qui permet de mesurer l'impact du secteur minier sur l'environnement et la société, ainsi que d'identifier les dangers liés à leur exploitation ou à l'exploration.

> la « Draft Law / SEFIL» (2012) qui vise à réguler les investissements dans le pays. Cette loi permettait notamment de restreindre les investissements

 

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étrangers dans certains secteurs considérés comme stratégiques (les compagnies opérant dans le secteur bancaire, la finance, les télécommunications et le secteur minier) et donc d'éviter qu'une entreprise étrangère se trouve en situation de monopole. Ainsi une entreprise étrangère souhaitant investir dans une compagnie mongole devait demander l'accord du gouvernement si cet investissement dépassait 33% du capital alors qu'une entreprise mongole voulant réaliser la même opération n'avait pas besoin d'autorisation jusqu'à 49%.

> À cela s'ajoutait aussi d'autres obligations très contraignantes pour les investisseurs comme des taxes ou des surtaxes ou encore l'obligation d'exploiter un gisement au maximum ce qui pouvait s'avérer peu rentable ou même dangereux pour l'entreprise en question.

Les lois que nous venons d'évoquer se trouvaient être de réels freins pour les investisseurs étrangers puisque la Mongolie était considérée comme un pays privilégiant ses entreprises nationales. En 2013, les investissements étrangers avaient d'ailleurs baissé de 43% suite à l'adoption de la SEFIL (voir partie IDE et réserves de devises étrangères).

Un moyen de vérifier si le pays attire ou non les investisseurs consiste à se pencher sur les réserves de devises étrangères. Cet indicateur permet en effet d'évaluer l'efficacité des stratégies du gouvernement pour booster l'économie.

 

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Réserves de devises étrangères en millions de dollars45

Année

Montant des réserves

2006

718

2007

1000

2008

657

2009

1327

2010

2288

2011

2450

2012

4125

2013

2248

Comme le montre le graphique ci-dessus, les réserves de devises sont en augmentation depuis 2006. Cependant, on remarque qu'il existe des phases de hausse et de baisse : elles sont soit liées à une baisse du prix des matières premières ou bien aux lois mises en place (la loi de 2012 annoncée par le gouvernement eu un impact important sur les réserves, puisque celles-ci ont chuté de 54 % en 2013).

C'est pourquoi le président Tsakhia Elbegdorj a décidé de réagir en cette même année en réduisant considérablement le nombre de compagnies détenues par l'Etat pour encourager le développement du secteur privé. À cela s'ajoute aussi une simplification des démarches administratives. Plus récemment, en janvier 2014, le gouvernement a adopté une nouvelle politique permettant entre autre d'améliorer la qualité de l'exploration et de l'extraction, d'encourager l'utilisation de technologies respectueuses de l'environnement et d'améliorer la compétitivité du secteur minier mongol sur les marchés mondiaux. On peut donc parler à présent d'un réel processus de privatisation de l'économie mongole et cela s'est ressenti, puisque le nombre d'IDE est reparti à la hausse en 2014.

45 Source : Banque de Mongolie

 

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Exemple de la privatisation du cuivre au Chili

Ce processus peut d'ailleurs être comparé à ce qui s'est passé au Chili : Au début des années 60, l'Amérique Latine (et plus particulièrement le Chili) voit l'émergence d'idées révolutionnaires : l'opinion publique souhaite récupérer ses richesses jusqu'à présent exploitées par les USA. Cette époque sera marquée par l'arrivée de Montalva et de son programme visant à réformer l'économie chilienne, autrement appelée « chilenisation du cuivre ». Mais cela n'a pas été une totale réussite puisque les compagnies américaines ont continué à engranger d'énormes bénéfices. Ce n'est qu'avec l'arrivée au pouvoir de Salvador Allende que la nationalisation a été complète : les grands gisements appartenant aux sociétés américaines ont été récupérés par l'État dès 1971. Cet acte politique a aussi donné naissance à la CODELCO (la compagnie nationale du cuivre chilien) qui a notamment apporté une stabilité économique et financière au pays. Mais ce système a commencé à disparaître dès la fin de la dictature, en 1990, avec le tout nouveau gouvernement qui a ouvert le secteur minier aux investissements étrangers Cette décision a considérablement réduit le poids de la CODELCO et les avantages qu'elle pouvait offrir aux habitants auparavant. Les multinationales ont donc repris le pouvoir au Chili, et ont profité des faiblesses du système fiscal du pays ce qui a été critiqué par la population puisque cela ne rapportait pas assez d'argent au pays. Aujourd'hui, et surtout depuis le drame des mineurs coincés en 2010, le peuple demande une renationalisation du secteur cuprifère.

Cela démontre que la privatisation de l'économie ou tout du moins d'un secteur doit se faire prudemment et non pas dans l'urgence car tout changement économique radical peut être dangereux si l'on n'en prévoit pas les conséquences. Dans le cas de la Mongolie, la privatisation du secteur minier peut être une solution pour rapporter de l'argent à l'Etat rapidement, cependant, pour que cela soit

 

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rentable à plus long terme, le gouvernement doit mettre en place des taxes sur les bénéfices de ces entreprises.

Mise en place d'un fond souverain

Bien souvent lorsqu'un pays se voit doté de ressources naturelles, la première solution pour gérer cette manne financière semble être la création d'un fond souverain (FS). Les fonds souverains permettent à des pays possédant des réserves conséquentes de placer leurs économies afin de les faire fructifier dans le futur. Les fonds souverains sont de plus en plus courants, et ce grâce à leur succès en Norvège : le pays scandinave est très souvent cité pour la gestion exemplaire de ses ressources pétrolières et ce pour une raison simple, il s'agit du seul pays ou l'on a pu observer à la fois :

> Une croissance du PIB

> Une baisse des inégalités (Indice GINI) > Une maitrise de l'inflation

Depuis, presque tous les pays producteurs de ressources naturelles possèdent leur propre Fond Souverain, c'est le cas par exemple des pays du Golfe ou de certains pays asiatiques qui cherchent à faire des investissements stratégiques (géopolitiques ou industriels).

Dans le contexte mongol, la création d'un fond souverain aurait pour objectif de pallier aux fluctuations du cours des matières premières, mais aussi de diversifier l'économie. Cependant, utiliser un fond souverain dans une optique de diversification n'est pas compatible avec un gouvernement trop présent dans le domaine économique. Comme le gouvernement possède des sociétés d'Etat,

 

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l'utilisation d'un fond souverain soulèverait de nombreux problèmes concernant la rentabilité, le risque de favoritisme et la corruption dans les investissements. Autre problème, les fonds souverains investissent souvent à l'étranger car la majorité d'entre eux n'a pas le droit de le faire sur son propre territoire, de peur d'influencer le taux de change ou de rester encore dépendant des ressources naturelles.

Exemple du Botswana :

Le Botswana ressemble à la Mongolie puisqu'il s'agit aussi d `un pays enclavé bénéficiant de ressources naturelles importantes. Après son indépendance en 1966, il s'agissait d'un des pays les plus pauvres avec un PIB/ habitant de seulement 284 dollars. Cependant, le Botswana à su préserver une croissance économique importante pendant plus de cinq décennies grâce à une gestion efficace et durable de ses réserves de diamants qui représentent près de 80% des exportations du pays. La politique fiscale du Botswana permet par exemple d'assurer que les dépenses à court terme du gouvernement soient financées uniquement par les revenues des secteurs non-miniers ; alors que les revenus du secteur minier servent eux à investir ou à alimenter un fond souverain. Avec le temps, le gouvernement a ainsi accumulé des réserves importantes qui ont pu être utilisées pour financer le déficit budgétaire pendant les années où le pays faisait face à une crise ou à une baisse du cours des diamants. Grâce à toutes ces mesures, le pays a su profiter de la manne diamantifère pour s'enrichir, pour preuve, le PIB/habitant s'élève aujourd'hui à USD 7100 dollars (soit une croissance de 2 500 % en moins de 50 ans) un exemple à suivre pour tous les pays riches en matières premières.

 

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Evolution du PIB/habitant au Botswana (1966-2014)

Notons que la Mongolie a déjà tenté la mise en place de fonds souverains46 par le passé, cela a commencé en 2007 avec le « Mongolian Development Fund » (MDF) qui n'existe plus de nos jours, puis en 2009 avec le « Human Development Fund » (HDF). Le « Human developement Fund » permet à n'importe quel citoyen mongol de posséder une partie des richesses minérales du pays. Avant la création de ce fond, les économistes mongols se sont penchés sur les fonds souverains qu'ils considéraient comme efficaces (à savoir celui de la Norvège, de l'Alaska, du Chili) et ont défini des objectifs : limiter le déficit de l'état, le dutch disease, la pauvreté É En juillet 2009, le parlement mongol a passé une loi permettant la création d'un mécanisme pour économiser les revenus excédentaires (lorsque les prix sont hauts) dans le but de stabiliser les revenus annuels lorsque les prix baissent (comme en 2008). Le HDF devait donc permettre aux habitants de bénéficier d'une retraite, de soins, d'un logement, d'un enseignement de qualité ou encore d'argent liquide et ce, grâce à une distribution équitable des recettes. Cependant, il a été largement

46 Voir annexes

 

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critiqué par le FMI et la Banque mondiale car il serait en partie responsable de la forte inflation dans le pays, en effet, l'argent était le plus souvent distribué sous forme d'espèces. Des abus ont aussi été enregistrés, si le HDF devait initialement servir à combler le déficit de l'État, il a aussi été utilisé lors des élections présidentielles comme moyen de pression sur la population puisque chaque parti promettait des sommes importantes à chaque habitant (environ 1000 dollars). Finalement, ces promesses n'ont pas été tenues puisque chaque citoyen n'a reçu que 90 dollars, sans compter qu'une partie de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté. L'utilisation du HDF est dont sujette à de nombreuses critiques et toutes les parties prenantes essayent de faire passer leurs idées pour améliorer son efficacité.

Diversifier l'économie

La deuxième possibilité consiste à diversifier l'économie. Même si la Mongolie se développe essentiellement grâce aux ressources minières, cela ne l'empêche pas d'investir dans d'autres secteurs porteurs. Prenons quelques exemples :

Le tourisme :

Le tourisme pourrait être un bon moyen de diversifier l'économie. Ce secteur prend une place de plus en plus importante en Mongolie et pourrait devenir une source de croissance pour le pays sachant qu'il contribue déjà pour 4%47 du PIB, malgré son faible développement et pour 9% indirectement. Le nombre de touristes est actuellement estimé à 500 000 par le ministère du tourisme mongol qui a d'ailleurs pour objectif de faire passer ce chiffre à 1 million d'ici 2020. Pour le moment la majorité des touristes est d'origine étrangère (voir tableau) mais on remarque aussi que le tourisme interne est en augmentation.

47 D'après un rapport du World Travel & Tourism Council

 

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Pays d'origine des touristes en 2011

Chine

43%

Russie

22%

Corée du Sud

10%

Japon

3%

USA

3%

Le Gouvernement mongol considère donc le secteur du tourisme comme étant prioritaire et avec un grand potentiel, c'est pourquoi il tente de contrôler l'investissement en prenant des mesures spécifiques pour encourager une plus grande participation du secteur privé. Actuellement, il y a aurait près de 700 tour opérateurs, 350 Hôtels dont 65 étoilés.

Mais comme pour les autres secteurs évoqués précédemment, des investissements sont nécessaires pour proposer des prestations correctes aux touristes, notamment pour les infrastructures. Une des solutions trouvée consiste à se servir des revenus miniers pour financer en partie la construction/rénovation de futurs aéroports, un élément clé pour attirer les touristes, qu'ils soient nationaux ou étrangers. Par la suite, il faudra aussi construire des hôtels plus luxueux (pour les hommes d'affaires) et surtout correspondant aux normes internationales, à titre d'exemple, la chaine d'hôtels de luxe Hongkongaise Shangri-La a ouvert son premier hôtel 5* à Oulan-Bator en 2013. De surcroit, ce secteur fait aussi face à quelques inconvénients :

> Une saison touristique très courte puisqu'elle est concentrée sur trois mois d'été en raison des hivers très rigoureux.

 

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> Un nombre limité de personnes formées aux activités touristiques ; ce secteur est peu attractif pour les jeunes mongols en comparaison au secteur minier qui lui propose des salaires bien plus attractifs.

> Un accès aérien compliqué, le nombre de vols à destination du pays est limité et souvent les touristes sont obligés de faire une ou plusieurs escales. (Notons que depuis peu, la France et la Mongolie ont mis en place des mesures visant à simplifier les démarches administratives pour les touristes, par exemple, les visas ne sont plus obligatoires pour les séjours inférieurs à un mois ; en plus de cela, des vols directs à destinations de la capitale mongole ont vu le jour le 9 juin 201448 pour la saison estivale (deux vols hebdomadaires)

Développer ce secteur serait tout de même positif pour le pays puisqu'il apporterait de nouveaux emplois, ce qui permettrait de réduire le chômage et donc la pauvreté, surtout dans la capitale Oulan-Bator qui devrait voir de nombreux hôtels se construire dans les années à venir.

Certaines entreprises françaises se sont d'ailleurs installées en Mongolie comme Cassioppee, Ciel Mongol, Destin Nomade 49 É et proposent des voyages permettant de visiter la Mongolie avec une immersion complète (séjours chez l'habitant dans des yourtes mongoles) pour découvrir au mieux les traditions et coutumes du pays. Ces agences font visiter le pays de plusieurs façons : à travers des treks, des randonnées à cheval ou en 4x4É

48 https://www.tresor.economie.gouv.fr/pays/mongolie

49 http://www.ambafrance-mn.org/Les-entreprises-francaises-en,1667

 

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Une croissance verte

Production d'énergies renouvelables :

À l'heure ou les énergies non-renouvelables sont de plus en plus critiquées, la Mongolie pourrait tenter le pari de devenir un exemple et un des plus grands producteurs d'énergies vertes. Le gouvernement mongol s'est penché sur le sujet ces dernières années et s'est montré favorable à leur développement (il prévoit d'ailleurs de faire passer les énergies vertes à une proportion de 25% d'ici 2020 au lieu de 3% aujourd'hui). En effet, comme nous allons le voir, le pays possède de nombreux avantages qui peuvent le pousser dans cette voie.

En raison de sa superficie importante, le pays a la chance de pouvoir compter sur diverses sources d'énergies toutes très intéressantes : L'énergie éolienne est celle qui paraît la plus prometteuse, les steppes mongoles sont un endroit idéal car elles conjuguent à la fois une forte exposition au vent et aussi une très faible densité de

 

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population (puisque la majorité de la population vit dans les zones urbaines). La Mongolie est même considérée par le National Renewable Energy Laboratory comme ayant de bonnes à excellentes ressources, avec un potentiel d'environ 2 550 terawatt/h par an. Grace à cela, certaines compagnies ont donc décidé d'investir dans le pays : c'est le cas de Ferrostaal, une entreprise allemande, qui prend part à la construction d'un parc éolien dans le désert de Gobi. Ce projet, évalué à 120 millions de dollars devrait prendre forme en 2015 et produire 190 gigawatt/h d'électricité par an.

D'autres types d'énergies propres pourraient aussi être développés, comme par exemple l'énergie solaire : le pays profite de 300 jours de soleil par an ainsi que du désert de Gobi, la troisième plus grande source potentielle d'énergie solaire.

Utiliser les énergies renouvelables pourrait avoir plusieurs avantages : tout d'abord, une partie de la population (environ 50%) habite dans des zones rurales et reculées, ce qui ne facilite en rien l'accès à l'énergie, notamment à l'électricité. Cela implique que de nombreux nomades sont contraints de vivre dans des conditions difficiles. Tenter cette expérience serait donc un moyen d'améliorer la vie quotidienne des nomades, tout en conservant leur culture, ces derniers pourraient par exemple avoir accès à certains objets comme des réfrigérateurs, la radio, la télévision ou le téléphone, certes pas indispensables, mais qui peuvent, pour certains, être d'une grande aide dans des cas d'urgence. De plus, produire de l'énergie vouée à être consommée dans le pays pourrait réduire le volume des importations (bénéfique pour la balance commerciale) et le flux de devises étrangères (responsables de l'inflation).

Les énergies renouvelables seraient donc une nouvelle source de revenus pour le pays : La Chine est le pays le plus peuplé du monde et bénéficie d'une croissance

 

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soutenue. Le pays brûle environ deux fois plus de charbon que les Etats-Unis et quatre fois plus que l'Inde. Si la Chine souhaite s'assurer une croissance durable, elle doit donc baisser sa consommation de charbon (ressource non-renouvelable) dans

les prochaines années. Cela est d'autant plus important que les impacts
écologiques et sanitaires sont trop importants pour continuer dans cette voie. En effet, les villes situées à l'est de la Chine ont dépassé certaines limites fixées par l'OMS (Organisation mondiale de la Santé) de 20 à 40 fois. Le changement climatique et les émissions de carbone du pays pourraient aussi avoir des conséquences importantes : l'élévation du niveau de la mer et de puissantes tempêtes pourraient endommager les villes côtières chinoises de l'Est et une augmentation de 2 de la température moyenne de l'air pourrait réduire le rendement de la production de riz.

Mix énergétique actuel en Chine (source : ambassade de France)

Charbon pétrole gaz naturel

énergies renouvelables

La Chine doit donc diversifier son mix énergétique, c'est pourquoi le gouvernement commence à appuyer le développement des énergies renouvelables, peu importe leur forme (solaire, éolien, hydraulique) et à s'imposer des objectifs plutôt ambitieux puisque les énergies renouvelables devraient passer à 15% du mix d'ici 2020. De fait, certaines régions chinoises comme la Mongolie intérieure voient le nombre d'éoliennes et de panneaux solaires augmenter considérablement.

 

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Suivre une telle voie serait donc bénéfique pour le pays par trois aspects :

> La croissance serait maintenue et plus sure car diversifiée.

> Cette source d'énergie serait en adéquation avec les coutumes ancestrales. > Cela permettrait d'éviter toute catastrophe environnementale.

L'agriculture É biologique

Depuis la période communiste, l'agriculture occupe une part importante dans l'économie mongole : ce secteur s'est développé dès les années 50 pour assurer les besoins de l'union soviétique avec la création de nombreuses coopératives à travers le pays. Durant toutes ces années, la Mongolie produisait essentiellement des céréales (95% des terres leurs étaient dédiées), les pommes de terre et les légumes ne comptaient que pour 4,5% de la production. Dans les années 60, la Mongolie était auto-suffisante pour sa production de céréales. Cependant, avec le passage à l'économie de marché, la Mongolie a perdu une grande partie de ses financements et les agriculteurs n'étaient plus surs de vendre leur production. Néanmoins, l'agriculture a survécu mais s'est cependant transformée : de petites fermes dédiées à la production de fruits et légumes font leur apparition suite à une demande croissante. Si ces produits sont à l'opposé du régime alimentaire mongol traditionnel, les habitants sont maintenant tentés puisque l'on en trouve dans les supermarchés. Même si la majorité des primeurs est importée de Chine ou de Corée, la Mongolie se lance à son tour sur ce segment de marché et produit depuis peu oignons, carottes et pommes de terre en grandes quantités. Malgré des conditions climatiques difficiles, des entrepreneurs ont mis en place des systèmes de serres pour permettre une production annuelle.

De plus, certains vont encore plus loin en proposant des produits biologiques : même si l'agriculture biologique (AB) est déjà présente depuis de nombreuses

 

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années en Mongolie, elle n'est considérée que depuis récemment comme un réel nouveau secteur économique. Selon l'ONU, près de la moitié de l'agriculture en zone rurale peu déjà être classifiée comme biologique étant donnée que les pesticides et les engrais sont rares : les agriculteurs n'ont pas assez de ressources pour utiliser ces produits et préfèrent donc utiliser du fumier ou des engrais biologiques pour améliorer la fertilité du sol et le rendement. La Mongolie bénéfice aussi d'un environnement propice à ce type de production puisque dans certaines parties du pays les terres restent encore propres (pas de pollution des eaux, ni des sols), de plus, les plantes sont peu touchées par des maladies grâce au climat extrême.

Cependant il n'existe pas de lois permettant de dire qu'un produit est issu de l'AB ou non et les consommateurs ne peuvent donc pas faire la distinction (grâce à un label par exemple), de fait, les prix sont les mêmes peu importe la qualité du produit. De surcroit, la demande pour les produits biologiques est insuffisante dans le pays en raison de la faible population. Si la Mongolie souhaite tirer profit de l'AB, elle doit donc tenter d'exporter ses produits vers les pays ou la demande est importante (Europe, Japon...) et grâce à cela, elle pourrait devenir dans les années futures, un fournisseur mondial de produits biologiques.

La production de cachemire :

La Mongolie est un des plus gros producteur de cachemire au monde. La qualité du cachemire dans le pays est considérée comme étant excellente (les fibres de cachemire mongol sont un à deux microns plus épaisses que les meilleures qualités venant de Chine, elles sont aussi de 10 à 15 pour cent plus longues en raison des hivers rigoureux) tout en proposant des prix compétitifs par rapport aux autres pays producteurs. La Mongolie produit 1/5 de la production de cachemire au niveau

 

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mondial ce qui en fait le deuxième producteur après la Chine. Cependant avec la globalisation et la concurrence chinoise, cette industrie est menacée et la qualité du produit tend à diminuer. Certaines entreprises spécialisées dans la production de cachemire ont décidé de réagir, c'est le cas de Gobi, une entreprise crée en 1981 puis privatisée en 2007. Dans le passé, cette entreprise réalisait des vêtements sur commande pour des clients étrangers, mais les nouveaux dirigeants ont décidé d'apporter de la valeur ajouté à leurs produits en privilégiant la production de vêtements de qualité supérieure, la Banque européenne de reconstruction et de développement a d'ailleurs financé l'achat de matériel de qualité et à mis à disposition de cette compagnie des experts pour les conseiller. Depuis, Gobi collabore par exemple avec des designers italiens ou des grandes marques comme Dunhill Éce qui est un gage de réussite mais aussi de qualité, plus inattendu, les ventes de cachemire de la marque ont aussi beaucoup augmentées en interne, cela est du au développement du secteur minier et aux nombreux étrangers travaillant dans ce domaine mais aussi à l'élévation globale du niveau de vie. Enfin, la Mongolie possède aussi un label permettant de certifier l'origine de la laine pour faire face à la concurrence.

L'exportation de yourtes mongoles :

Les yourtes mongoles pourraient aussi devenir une autre opportunité de développement. En effet, les pays occidentaux sont de plus en plus attirés par ce type de logement et ce pour deux raisons principales :

D'un coté, on trouve des personnes à faibles revenus qui ne peuvent pas accéder aux logements traditionnels et qui se sentent généralement proches de la nature. La yourte semble donc pour eux une solution qui permet d'allier économies (une yourte de 50 mètres carrés coute seulement 7600 euros) et communion avec la nature.

 

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De l'autre coté, on trouve des personnes qui souhaitent surfer sur la mode du tourisme alternatif : de plus en plus de chambres d'hôtes proposent par exemple de passer une nuit dans un tipi, une roulotte, ou encore dans une yourte. En effet, de nombreuses personnes souhaitent expérimenter la vie des nomades pendant quelques jours.

Ainsi, en France, des particuliers décident d'importer des yourtes mongoles en s'adressant à des entreprises spécialisées. Les compagnies françaises s'adressent à leur tour à différents artisans mongols pour qu'ils puissent fabriquer toutes les pièces nécessaires50 avant d'exporter les yourtes en France. Pour ce qui touche au transport, les yourtes passent soit par la Chine et arrivent par bateau jusqu'en France (à Marseille ou au Havre) ou bien par la Russie et dans ce cas le transport se fait jusqu'à Saint-Pétersbourg en train puis en bateau jusqu'au port français du Havre.

50 En Mongolie on ne trouve pas une yourte complète à acheter puisque chaque artisan est spécialisé dans la réalisation d'une pièce en particulier.

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