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Vers une organisation mondiale pour la reconstruction post-catastrophe ?


par Laetitia Bornes
ENSAPVS - Architecture 2014
  

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4.1.3 DIMENSIONS SPATIALE ET TEMPORELLE

Pour clore cette description du décor de l'action internationale post-catastrophe, voici une réflexion sur la spatialité et la temporalité : deux dimensions dont les différentes échelles sont liées.

ECHELLE TEMPORELLE

On échelonne usuellement la reconstruction post-catastrophe en différentes phases, qui mettent en jeu différents acteurs. Le découpage le plus grossier consiste à opposer « l'aide d'urgence » à « l'aide au développement ». L'aide dite « d'urgence » peut être définie comme « L'action humanitaire d'urgence s'organise dans des situations de crises, généralement conflits ou catastrophes naturelles. [...] Ces actions s'inscrivent généralement sur du court ou moyen terme, contrairement aux actions humanitaires de développement. Elles peuvent être suivies d'actions de post-urgence et de réhabilitation, qui participent à la reconstruction de la région ou du pays. » L'aide au développement, quant à elle, s'inscrit dans le long terme : « Les thématiques sont souvent liées à des aspects économiques, sociaux et culturels : éducation, santé, droits de l'homme et renforcement institutionnel (bonne gouvernance et bonne gestion financière), etc. »134(*) Cette dichotomie un problème de transition entre la phase d'urgence et celle de développement : il existe une zone de flou, de creux, surnommée « gap », « continuum » ou « contiguum », et les acteurs de l'urgence et du développement se trouvent souvent en désaccord. Christian Troubé dépeint ce « débat sans fin » qui oppose « urgentiste » et « développeurs » : « Les premiers reprochant aux seconds la faillite des actions de développement (la preuve, c'est que, eux, ONG d'urgence devaient intervenir) tandis que les seconds reprochaient aux premiers de n'être que des cow-boys aux gros sabots réinventant chaque matin la solidarité. »135(*)

Malgré les réflexions sur la transition urgence-développement, que l'on peut appeler de « réhabilitation », des difficultés méthodologiques et opérationnelles majeures persistent. Les programmes d'aide d'urgence et de soutien au développement sont de natures différentes. « La finalité de l'action, les mandats, les savoirs faire et les objectifs sont distincts. De même, les instruments et les méthodes de travail diffèrent sur de nombreux points (lien avec les partenaires, rôle des autorités nationales, etc.) ».136(*) Le problème réside déjà dans la considération selon laquelle les crises évolueraient de manière linéaire : aide d'urgence pour secourir les populations affectés, reconstruction et réhabilitation jusqu'à « un retour à la normale », permettant la reprise des programmes de développement. Il existe indéniablement un « chevauchement entre les actions de court et de long terme, et des dynamiques spatiales différentes. »137(*)

En ce qui concerne les situations de risques, l'action peut débuter avant même qu'un désastre ne survienne. Il s'agit d'identifier les risques, de les mesurer, et de favoriser leur mitigation. Il est également possible de s'efforcer de se préparer à réagir en cas de catastrophe (recherche).

On peut échelonner l'intervention post-catastrophe à l'aide d'un phasage plus découpé dans le temps : prévention, première urgence, reconstruction d'urgence (provisoire), reconstruction pérenne, retour à la « normale », bilan (retour sur expérience). Mais il faut garder à l'esprit que ces phases ne sont que virtuelles : elles se chevauchent, et interagissent. Il est essentiel de mesurer les conséquences (souvent importantes) du « provisoire » sur le « pérenne ». Difficile alors de segmenter l'intervention post-catastrophe dans le temps, et d'accepter que les programmes et les acteurs des différentes phases soient si distincts.

ECHELLE SPATIALE

Le découpage de la reconstruction post-catastrophe dans l'espace est moins théorisé. Pourtant, comme pour tout projet de construction, elle s'inscrit dans différentes échelles spatiales, qui correspondent à différentes échelles de temps. Usuellement, en construction, l'échelle du logement est considérée comme la plus petite échelle d'action, tandis que celle de l'urbanisme est la plus grande.

Le relogement temporaire, « provisoire » est souvent la priorité de la phase d'urgence, ainsi que la relocalisation des équipements d'urgence (hôpitaux, etc.). Puis, après des études plus approfondies et des réflexions sur l'urbanisme, viennent les réhabilitions et les reconstructions définitives, « pérennes », lors de la phase de réhabilitation. Elles correspondront à un nouveau déplacement de personnes : de leur logement « provisoire » à leur logement « pérenne ». Cependant, cette transition peut parfois s'avérer très délicate, la phase « provisoire » peut être amenée à durer bien plus longtemps que prévu. En outre, une nouvelle phase intermédiaire peut faire son apparition, comme dans le cas d'Haïti, avec les abris de « transition ». Les acteurs de l'urgence n'accompagnent généralement pas leur projet jusqu'à la phase durable.

Pourtant, le relogement d'urgence créé bien souvent des camps qui deviennent durables et ont un impact sur l'urbanisme « pérenne ». C'est ainsi qu'il faut mesurer leurs conséquences dès la phase d'urgence, on procédant à un « urbanisme d'urgence », selon le terme de Patrick Coulombel. Là encore, les échelles se mélangent et interagissent : il faut appréhender la reconstruction dans son ensemble, sans la segmenter.

* 134Source : http://www.portail-solidarite.org

* 135Source : Christian Troubé (2 mars 2012), Urgence, développement : le débat sans fin, http://www.grotius.fr

* 136Source : http://www.urd.org

* 137idem

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