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Etat de lieu de la gestion des ordures ménagères dans la ville de Kayes, Mali


par Diarra ABDOUL KADER
2IE - Master II en Management des Entreprises des Organisations MEO 2023
  

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INTRODUCTION :

L'existence des humains en communion en milieu urbain et rural conditionne subséquemment la production des ordures. Cette production inévitable des ordures ménagères nécessite la mise en place d'un système de gestion efficace, gage de la protection de la vie humaine, végétale et animale voire de l'environnement tout entier de leurs effets néfastes. Cette nocivité issue de la production des ordures ménagères affecte tous les aspects environnementaux de la planète et ce, à divers degrés comme le disait Bouffard (1994). Il en va de soi que la société ne soit pas organisée de manière à la protéger, mais juste pour en tirer parti. La surexploitation de la société au plan des ressources entraînera incontestablement une dégradation irréparable de la biosphère qui, après coup, sera très néfaste pour la santé des écosystèmes et des collectivités.

C'est ainsi que des intervenants divers comme les organisations humanitaires, les organisations gouvernementales et non gouvernementales dans différents pays se sont toujours préoccupées des conditions de vie dans la société.

Il ressort des données historiques selon Buffard (1994) que c'est au début de l'ère industrielle qu'apparut la principale source de polluants. Depuis les années XVIIIe et XIXe siècle, avec la naissance de l'industrie à haut rendement, que la contamination de l'eau, de l'air et des sols commença à se manifester. Selon lui, rien cependant n'est plus destructeur que la deuxième moitié du XXe siècle en matière de pollution.

Si depuis le XXè siècle la destruction a atteint son paroxysme, qu'en est-il pour les pays en développement ? Dans ces pays, la situation est plus que préoccupante dans la mesure où en dépit des investissements des gouvernants, de leurs partenaires mais aussi des populations, il y a encore un grand manque à combler. Dans le rapport mondial sur le développement humain (PNUD, 2006), l'Afrique subsaharienne perd environ 5% de son PIB, soit quelques 28,4 milliards de dollar chaque année, un chiffre qui dépasse le montant total de l'aide et de l'allègement de la dette allouée à la région chaque année. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'insalubrité environnementale provoque plus de 12,6 millions de décès par an, un chiffre qui devrait exploser dans les années à venir à cause du boom démographique que subit l'Afrique.

Particulièrement au Mali, les premières décisions en faveur de l'assainissement formulées dans la Constitution au préambule en 1992 stipule que « le Peuple souverain du Mali s'engage à assurer l'amélioration de la qualité de vie, la protection de l'environnement ». Dans le même document en son article 15, il est ajouté : « Toute personne a droit à un environnement sain. La protection, la défense de l'environnement et la promotion de la qualité de vie sont un devoir pour tous et pour l'Etat ». C'est ainsi qu'au fil des années, au niveau international la République du Mali s'est engagée politiquement en faveur de l'assainissement.

Les désagréments liés aux ordures ménagères résident toujours dans le pays à cause de plusieurs facteurs dont :

ü le facteur démographique : plus la population s'agrandie, plus la production est concentrée ;

ü le facteur d'urbanisation : la tendance élevée de la convergence des habitants des milieux ruraux vers les grandes villes ajoute de la production à l'existant.

Il faut sans doute ajouter l'insuffisance de la mise en oeuvre des différents textes sur la problématique d'où la nécessité d'une solution innovante, objet de la présente étude.

La gestion efficace des déchets solides devrait être à la première ligne budgétaire au même titre que la ligne sécuritaire, sanitaire et d'éducation. Mais malheureusement, dans les pays en développement, au lieu de transformer le problème de déchets en une vraie aubaine par le truchement de sa valorisation, la question reste secondaire sur la table de décision. Ainsi les conséquences, tant sur le plan sanitaire qu'environnemental se corsent démesurément.

i. Revue de la littérature :

1) Etat des lieux de la gestion des déchets à Kayes et au Mali en général

La gestion actuelle des déchets au niveau de la ville de Kayes, nonobstant les efforts de quelques intervenants, est loin de répondre aux normes en vigueur. A Kayes comme dans toutes les régions du Mali, les institutions en charge de l'assainissement sont assez outillées pour atteindre leur objectif. Le Programme National d'Assainissement (PSA), la Stratégie de Gestion des Déchets de Kayes sont entre autres des outils permettant de mettre en application les lois et conventions adoptées. A l'instar des insuffisances citées par Siham (2012) au sujet d'Agadir, la gestion des DSM de Kayes fait face à des insuffisances comme :

- Une mauvaise collecte qui pose des problèmes de salubrité publique et entraîne des risques sanitaires importants ;

- Une collecte sans tri à l'amont ni valorisation des déchets collectés ;

- La présence de dépotoirs au sein des zones urbanisées et périurbaines qui entravent le développement des activités économiques et touristiques et dégradent la qualité de vie des populations ;

- Des décharges sauvages qui polluent les nappes des eaux souterraines et génèrent des impacts négatifs directs sur la santé publique et l'environnement ;

-L'absence ou la faiblesse de formation et de sensibilisation orientées pour augmenter la conscience environnementale chez les citoyens ;

- Sur le plan technique, la situation des déchets se caractérise par des taux de collectes non satisfaisantes et une élimination qui ne répond pas toujours aux besoins des populations ;

- Des moyens humains et matériels insuffisants et limités ;

- L'absence de collaboration entre les intervenants dans le secteur (les départements de l'environnement des établissements publics, les départements de constructions, les sociétés privées, l'université...)

2) Connaissances des déchets ménagers et leurs productions

Sciemment ou inconsciemment, chacun produit une quantité minime qu'elle soit de déchet de façon journalière. Comme figure dans les écrits, plusieurs chercheurs ont même essayé de quantifier la production individuelle de déchets par jour à l'instar de Buffard (1994) qui affirme que chacun d'entre nous produit plus de 450 kilos (environ 1/2 tonne) de déchets par année.1(*) À chaque année, les Québécois se défont de 200 millions de contenants de verre et de trois fois plus de conserves.2(*) Selon les donnes de l'enquête biennale sur la gestion des déchets au canada, en 2020, près de 10 millions de tonnes de matières ont été réacheminées hors des sites d'enfouissement par les entreprises et les ménages canadiens, en hausse de 4 % (352 000 tonnes) par rapport à 2018. Les deux provinces les plus peuplées, à savoir l'Ontario (3,5 millions de tonnes) et le Québec (2,6 millions de tonnes), ont réacheminé le plus de déchets en 2020, tandis que Terre-Neuve-et-Labrador (+13 %) et la Colombie-Britannique (+6 %) ont enregistré les plus fortes augmentations au chapitre du réacheminement des déchets en tout genre depuis 2018. À Terre-Neuve-et-Labrador, cela s'est traduit par environ 5 500 tonnes de plus. En Colombie-Britannique, c'est 103 000 tonnes supplémentaires de marchandises qui n'ont pas été incinérées ou enfouies.

Par contre, au Maroc, la production des déchets solides ménagers s'élève actuellement à près de 18 000 tonnes/jour. En chiffres ronds, on peut considérer une production annuelle d'environ 6 à 7 millions de tonnes soit en moyenne 0,75 kg/hab/jour comme le disait Kagombé en citant Joseph WETHE (2006).

Des variations notables se font constater d'une région à l'autre, d'une ville à l'autre et d'un quartier à l'autre en fonction du niveau socio-économique, de la saison et du taux de collecte. Globalement, on enregistre un ratio moyen de 0.3 kg/hab/jour en milieu rural et de 0,75 à 1 kg/hab/Jour en milieu urbain et périurbain. Enfin, pour les environnementalistes, un déchet est un objet susceptible d'avoir des impacts négatifs sur l'environnement.

A Kayes, les déchets domestiques et assimilés représentent les 99% de la totalité des déchets produits selon les données de Istam (2018). Les déchets d'activité de soins à risque infectieux, ceux générés par les micro- entreprises ne sont ni homogènes, ni gérés de façon adéquate.

3) Connaissances documentaires des effets des déchets sur l'écosystème

On classe généralement les déchets en fonction de leur nature physique (solides, les déchets liquides et les déchets gazeux...), de la nature du danger (déchets spéciaux, ménagers et assimilés, inertes) ; selon l'origine de production (urbains, hospitaliers, agricoles, industriels...) et la position du déchet dans le traitement (primaires, secondaires et ultimes). (Archange, 2015). Ces différents classements sont sans doute révélateurs de la reconnaissance de la dangerosité connus des déchets. Il est connu de tous que les déchets ont des effets néfastes mais l'acception des-uns et des-autres sur ces effets diffèrent considérablement d'où la négligence de ces déchets.

Quant est-il alors de leurs effets sur l'écosystème ?

Buffard (1994) disait que la surexploitation au plan des ressources entraînera incontestablement une dégradation irréparable de la biosphère qui, après coup, sera très néfaste pour la santé des écosystèmes et des collectivités. Oui, du point de vue de Buffard, la nocivité découle de la surexploitation, mais d'après les recherches menées par Kangombé (2010), c'est plutôt lié à l'absence de résultats probants dans la gestion des déchets. A défaut de pouvoir organiser efficacement la collecte, le transport, la valorisation et le traitement de ce gigantesque rebut ; comme le disait-il, la plupart des opérations de nettoyage massif initiées par la municipalité n'ont jamais donné aucun résultat probant.

Il découle d'une gestion déficiente des déchets, des risques sanitaires dont les maladies endémiques comme le paludisme, la diarrhée, la fièvre typhoïde, les infections respiratoires aigües et la prolifération de certains vecteurs, insectes et animaux ; hôtes intermédiaires pour certains microorganismes. (Kangombe, 2010)

4) Processus d'impact des déchets sur l'écosystème

Le développement socio-économique et l'accroissement démographique que connaît la ville se font subséquemment accompagner par l'augmentation de la quantité des déchets solides produits. Les dépôts des déchets influencent considérablement le sol comme l'affirme Siham (2012) : contamination par les lixiviats due à l'élimination sans précautions hygiéniques, de matières fécales humaines et des ordures ménagères, multiplication de certains vecteurs de maladies (insectes et rongeurs), pollution chimique due aux éléments chimiques rejetés, des érosions multiples causant la pauvreté du sol. Buffard (1994) pense qu'en somme, la tendance du mode actuel de gestion des déchets exercera des répercussions très négatives sur les écosystèmes comme par exemple, les eaux de lixiviation qui percolent dans le sol se retrouvent dans la nappe phréatique et par la suite, contaminent généreusement l'eau potable qui est la base même de la vie. C'est comme le disait DIARRA (2020), l'eau est la source de vie mais elle est aussi, la source de maladie. Le véhicule des maladies liées à l'eau le plus nuisible est l'eau de boisson puisqu'elle peut directement apporter dans le corps les microbes ou les parasites qu'elle contient. Cette pollution, continue-t-il, peut-être à échelle domestique (balayures, débris alimentaires), industrielle (déchets usines, eau de lavage), agricole (engrais, désinfectant), diffuse ou collective (détergents, hydrocarbures).

Figure 0: Schéma de contamination de l'homme par la source d'eau

En analysant les nombreux problèmes auxquels la collectivité se doit de faire face, on s'aperçoit inévitablement que la consommation de chaque citoyen est à l'origine du problème global. Le point culminant de l'histoire de la gestion des déchets est probablement atteint, comme le disait Buffard (1994), puisque chaque individu produit en moyenne près d'un kilo de déchets par jour, ce qui inévitablement implique des répercussions sur l'environnement.

5) Processus de gestion des déchets

Chacun convient qu'enfouir les déchets n'est pas une solution viable. De plus, ce procédé est des plus coûteux. Dans la mesure où la gestion est un processus qui regorge la planification, l'organisation, la conduite et le contrôle, il est donc possible de dire qu'il n'y a pas de gestion en tant que telle, car les municipalités préfèrent pour la plupart, expédier les déchets hors de la vue comme solution temporaire au problème. Mais voilà que cette solution est devenue, par la force des choses, quasi permanente au problème global de gestion des déchets. Par contre, tous les environnementalistes s'entendent sur le fait que le compostage est une solution viable parmi tant d'autres. (Buffard, 1994). Trois volets de solution ont été jugés indispensables par Kangombé (2010), dans la stratégie d'amélioration de la gestion des déchets au Marché de Matete en RDC : « Jeter moins - Trier plus - Traiter mieux ». Archange (2015) affirme qu'au Cameroun une loi datant d'Aout 1996 portant sur la gestion de l'environnement, définissait déjà la gestion des déchets comme `'toute action visant la collecte, le transport, le recyclage et l'élimination des déchets, y compris la surveillance des sites d'élimination''.

Quelle serait donc la capacité des collectivités et de l'état à gérer ces déchets ?

Au Maroc, le taux moyen de la collecte des DSM est estimé à environ 70% en milieu urbain. La collecte en milieu rural est peu, voire non organisée. D'après Siham (2012), la quasi-totalité des déchets du Maroc est acheminée vers les décharges sauvages sans aucun traitement au préalable et sans aménagement des sites réceptacles. En effet, on compte plus de 300 décharges sauvages contre quelques décharges contrôlées.

6) Difficultés dans la gestion

A Kayes, trois parties prenantes indispensables interviennent dans la gestion des déchets comme le dit, monsieur Sissoko (2023), un promoteur de GIE. Il s'agit des GIE, la gouvernance et la population. Il suffit qu'il ait une défaillance au côté de l'une des parties prenantes pour que la gestion des déchets connaisse des goulets d'étranglements.

Du côté de la population, la difficulté réside dans le taux d'adhésion d'une part et dans l'acquittement de la cotisation allouée à la collecte et au transport des déchets. Les lacunes de la gouvernance urbaine (notamment l'absence de liens étroits et de confiance entre les gouvernants et les gouvernés et entre les municipalités et ses partenaires au développement) nuisent à la capacité de l'administration urbaine de mobiliser les ressources financières, humaines et matérielles nécessaires pour assurer une bonne administration. (Kangombé, 2010).

La gouvernance décentralisée ne s'assume pas au sujet des DSM, continue M Sissoko. Tant que cet obstacle subsiste, le laxisme prendra le dessus. Et ce laisser aller entrave la continuité, ou du moins, la bonne continuité des activités de gestion des DSM. Aussi, aucune taxe n'est fixée par les municipalités pour la salubrité comme le dit Kangombé (2010) sur la RDC. Sauf dans les marchés où cette taxe est exigée et l'un des problèmes les plus répandus est celui de son affectation aux fins pour lesquelles elle est instituée.

Quant aux GIE, c'est le manque de matériels et surtout, le manque de moyens financiers qui leur pèsent lourd. Car cela engendre l'instabilité de la plupart de leurs employés, la perte de certains clients. Les bailleurs se font rares d'où la lenteur de la couverture de gestion.

7) Proposition face aux difficultés :

Établir un modèle de gestion des déchets n'est pas chose facile puisqu'un grand nombre de contraintes et d'intervenants s'inscrivent dans le processus. D'après Siham (2012), la protection de l'environnement, c'est d'abord une conscience sociale, suivie d'une volonté politique et enfin une mobilisation de tous les moyens socio-économiques tant au niveau national qu'international. Ce processus complexe dépend fondamentalement d'un levier commun : le civisme, la sensibilisation, la connaissance et l'information.

De par ce fait, les collectivités se doivent d'agir le plus rapidement possible pour contrer les aspects néfastes engendrés par une telle situation de déclin environnemental entraînant de lourdes conséquences à court et à long terme. C'est pourquoi toutes les collectivités doivent se mobiliser pour tendre vers un idéal à atteindre et espérer donner une meilleure qualité de vie aux générations futures laisse entendre Buffard (1994). Les différents pays à travers le globe, continue-t-il, devront élaborer des politiques qui feront place à la réduction, à la réutilisation et au recyclage des déchets.

Toutefois, comme en RDC, si on initiait une taxe incorporée dans la facture de l'eau, de l'électricité ou du téléphone, elle devrait servir de base financière au ramassage municipal et aidé à une couverture équitable du ramassage des ordures dans les villes congolaises. (Kangombé, 2010). Une proposition dessillante qui pourrait servir à plus d'un dans la mesure où l'incorporation de la taxe aux autres factures est une forme obligative pour la municipalité de faire contribuer l'auguste population à la gestion des DSM. Tout producteur et tout distributeur qui commercialise ou utilise dans ses activités professionnelles des matières plastiques ou autres emballages non biodégradables et toute personne responsable de leur première mise sur le marché, au cas où le producteur et le distributeur sont connus, est tenu de procéder à la reprise de ses matières plastiques et emballages utilisés en vue de les recycler. Toutefois, la réutilisation, le recyclage ou la valorisation des déchets plastiques peuvent être effectuées par le producteur ou toute entreprise publique ou privée agréée par l'administration compétente. Les coûts qui y relèvent sont à la charge du producteur ou du détenteur. (Loi N°01-394/P-RM du 06 Septembre 2001 de la république du Mali).

La gestion des déchets ne peut atteindre son paroxysme qu'avec le civisme de la population et l'obligation `'de réparation'' de fautes et erreurs. C'est ce que Buffard (1994) détaillait quand il disait que le meilleur moyen d'inverser les tendances actuelles serait que la gestion des déchets ait un caractère préventif et soit axée sur les changements à apporter aux modes de vie et aux modes de production et de consommation.

* 1 AUDET, 1984, page 4.

* 2 Recyclage-Québec, 1982, page 22.

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