ii. Problématique de la gestion des
déchets :
1) Aperçu sur la gestion des déchets
à Kayes :
La décentralisation a conféré à
chaque localité, une responsabilité suffisante pour se
particulariser dans la gestion des déchets. A Kayes, cette gestion est
repartie entre la mairie et ses annexes dans les quartiers d'une part et les
GIE, les entrepreneurs, les ONG et les particuliers d'autre part. Chacun de son
côté s'évertue pour l'atteinte des objectifs qu'il s'est
assignés.
Image 0: les immondices
éparses

Il faut noter que d'après nos observations, la gestion
des déchets fait l'objet de plus de préoccupation dans les
administrations, services et entreprises qu'au sein de la population surtout
les quartiers périphériques. Un peu partout dans la ville, des
tas d'immondices sont épars, les déchets sont
déposés dans des sites illégaux. Ils sont souvent
déversés dans les caniveaux, au bord du fleuve ou juste
derrière les habitations. Que le quartier soit à la
périphérie ou au coeur de la ville, cette habitude de la
facilité qui consiste à `'occuper les espaces vides par les
ordures ménagères'' n'est pas rare. On rencontre des cas
d'enfouissements dans les quartiers périphériques.
L'image ci-contre provient d'un carrefour de Lafiabougou-Sud.
C'est une pratique connue de la ville et elle est très fréquente.
Nonobstant les investigations, elle perdure quand-même. La mairie dispose
de trois camions pour la pré-collecte des déchets et leur
acheminement à la décharge publique. Avec les particuliers, ce
sont plutôt les charrettes à traction asine qui transbahutent les
ordures vers le site
Image 0: Un caisson de la
mairie de Kayes

de Khasso. Quatre caissons, considérés comme
site de transit sont repartis dans la ville. On en trouve au bord des rails
à Liberté en allant au gouvernorat puis à Lafiabougou vers
le Lycée Dougoukolo et enfin à Lafiabougou-Sud près du
marché à volaille. Le quatrième caisson est ambulant.
C'est l'image de l'un des quatre caissons que dispose la
mairie de Kayes. Le rôle du caisson mobile est de substituer au caisson
qui doit-être remplacé. Ils sont enlevés
généralement chaque deux jours. Et leurs contenus sont
acheminés vers les décharges de transit. Il n'existe quasiment
pas un site de dépotoir final à Kayes. Ces sites qui devront
normalement permettre aux entrepreneurs et aux organismes de
procédés à la revalorisation des déchets.
Image 0: décharge
publique de Khasso

La plus grande décharge se trouve à Khasso, au
bord du goudron qui passe à l'Est de l'Hôpital Al Housseyni Dao de
Kayes et qui se trouve non loin du fleuve Sénégal, soit environ
500m. Ce dépotoir est très volumineux et ne
bénéficie jusqu'alors d'aucune activité de revalorisation.
Ces dépôts se trouvent sur les parcelles de
terrain avec titre foncier de certains propriétaires. Puisque le site
est très proche du siège de la BCEAO à Kayes, ces
déchets poseront problèmes dès que le siège de la
BCEAO devient opérationnel, auquel cas, les propriétaires
terriens opteront à la récupération de leur
propriété.
Dès qu'ils seront en possession de leurs parcelles, ils
ne tarderont pas à ériger des immeubles à usage
d'habitation pour les personnels de la BCEAO. Lors de nos visites
répétées sur le site de Khasso, nous avons trouvé
à chaque fois, des vieilles personnes, des femmes mariées et des
enfants à la fouille des ordures.
Ils consacrent ainsi une bonne partie de leur temps pour la
sélection des déchets recyclables comme les sachets, les
chaussures, les objets jetés par inadvertance, les ustensiles en
plastique, les fers, les bols etc. Nous avons reçu la question d'une
vieille pendant que nous étions en train de sillonner le site `'Mes
enfants, avez-vous l'intention de clôturer ce site ?''. Une
façon de nous exprimer son appréhension pour cet acte.
Nous avons compris pendant la conversation avec la vieille
qu'elle n'aimerait pas que ce site de décharge publique soit
clôturé leur interdisant ainsi tout accès à leur
source génératrice de revenus.
A noter prestement que ce site utilisé comme transit
par les GIE de la place et les particuliers est très mal loti dans la
mesure où il est très nuisible à l'hôpital. Aussi
proche du plus grand centre de santé régional de la
région, les déchets solides ménagers (DSM) de ce site de
transit occasionnent des nuisances olfactives et nauséabondes à
l'hôpital, contribuant ainsi à la production des vecteurs de
maladies et détruisant surtout, toute beauté esthétique de
l'environnement. A Bencounda, non loin des rails, un volume de déchets
légèrement inférieur à celui de Khasso se trouve
entassé. Des particuliers en ont profité afin de tamiser les
ordures et les revendre comme fumier.
Image 0: Décharge de
Bencounda près des Rails

Cette décharge semble servir à plus d'un car on
y retrouve au moins deux installations pour vendeur de fumier.
Une multitude de GIE exercent dans la ville de Kayes sur les
DSM. Parmi eux, cinq ont une relation étroite avec la mairie mais leur
collaboration pâtit du manque de communication. Cette dernière se
fait notamment via les rapports mensuels qui tardent à être
réguliers. Excepté un GIE, les rapports se font assez rare pour
être dans les locaux de la mairie centrale de Kayes.
Ces GIE sont engagés chacun dans un quartier qui lui
est attribué par la municipalité. Selon leurs rapports mensuels,
ces GIE souffrent de la régulation des paiements. Malgré cette
irrégularité, d'autres gagnent le terrain et augmentent leur
clientèle au jour le jour.
Image1

L'insouciance et l'incivisme caractérisent souvent
certains comportements de la société. Dans le quartier de
Liberté comme à Lafiabougou-Sud, on trouve plusieurs rues
obstruées par les ordures ménagées et d'eaux-vannes. Ces
deux quartiers ne sont pas les seuls qu'on peut citer nommément, mais la
remarque concerne plutôt la plupart des quartiers de la ville de Kayes.
C'est un réel problème qui sévie au sein d'une
communauté protagoniste de la situation. Si bien que seulement de
passage devant ces saletés, un passager se dirait `'quel est le
rôle de la jeunesse dans ce quartier''. Un vieux d'un des quartiers
m'a confié `'Mon fils, lorsque j'ai déménagé ici,
j'ai d'abord taché à me conformer à la bonne gestion des
ordures et des eaux usées et j'ai veillé à ce qu'elles ne
constituent en aucun cas, un problème de santé. Puis j'ai
élargi cette attitude vers les autres en les exhortant en groupe et en
solo sans succès.
Le changement de comportement étant toujours une utopie
dans les quartiers pauvres sans l'intervention d'une force, j'ai dû faire
des menaces à l'encontre des récidivistes. Etant un ancien, je
pouvais tordre la main des récalcitrants afin de les inciter au
changement voulu, mais hélas... Mon téléphone ne cessait
de rougir par les plaidoyers, parfois même, des autorités
administratives me demandant chacun de renoncer à mon projet. Mon fils,
finalement j'ai cédé.'' Un exemple extrapolable pour des
quartiers similaires à celui du vieil homme.
Comme l'a dit Kangombé (2010), certains facteurs tels
que le déboisement, la pluviométrie, la
détérioration du système d'égouttage ou encore
l'urbanisation anarchique, aggravent la crise de l'environnement face à
laquelle les pouvoirs publics, affaiblis et dépourvus de moyens, se
montrent impuissants.
Faut-il dire que certaines associations contribuent beaucoup
à la gestion des déchets en sensibilisant la population et en
initiant des journées de salubrité ? Bien que tenté
par un nombre limité d'association dans le temps, on peut constater
amèrement l'absence des initiatives de revalorisation des ordures
ménagères dans la ville au moment de notre collecte.
Image 0: décharge
de Khasso Extension

La mairie a néanmoins eu une belle idée :
se servir des déchets pour remblayer certains ravinements qui se
trouvent tout autour des habitations de certains quartiers
périphériques. A Khasso extension, vers la sortie qui mène
à Paparah, non très loin des habitations de Berdem, on trouve une
initiative d'un particulier très décrié par les voisins et
les fidèles de la mosquée qui se trouvent sur le site, un
dépôt pour remblaiement de ravins. Au fait son objectif est
plutôt de remplir une partie afin de s'en servir plus tard pour
construction. Les désagréments olfactifs issus de ces
déchets sont démesurés et s'aggravent lorsqu'il y a de
nouveaux arrivages.
Le feu qui est allumé aux dépotoirs de
remblaiement des ravins peut durer jusqu'à 6mois ou jusqu'à
l'arrivée de l'hivernage car à chaque fois qu'on y ajoute de
nouvelles ordures, le feu est ainsi réalimenté et il produit
ainsi plus de fumée.

Il y a environ quatre sites de décharges publiques
autorisées actuellement par la mairie de Kayes et qui serviront de
destinations pour les transporteurs y compris ceux des particuliers.
Image 0: Décharge
publique de Paparah

A Paparah, ou juste avant d'arriver sur le pont de Paparah, un
site officiel se trouve à gauche et qui n'est pratiquement pas
exploité. Ce site de dépotoir qui se trouve à une position
très stratégique et qui ne causerait pas assez de
dérangements olfactifs pour les habitants proches de la zone est
très moins fréquenté.
S'agirait-il de son emplacement éloigné par
rapport aux autres ? Car l'accès est parfaitement pratique, une
route bitumée et non loin de la ville, juste à la sortie de la
ville de Kayes en empruntant la route nationale n°22 (RN22). Tant bien que
mal, les dés étant jetés, il faut s'y atteler. Une
sensibilisation est très nécessaire pour l'adhésion des
promoteurs de GIE et des particuliers afin de réduire
considérablement l'utilisation sauvage et anarchique des lieux non
exploités comme décharge.
Image 0: dépotoir
sauvage en face de l'hopital

En face de la direction régionale de la santé,
ou tout simplement en face de l'hôpital car ces deux services sont dans
la même cour, nous trouvons un dépotoir hors commun. Il est au
plein coeur des habitations. Ce site m'a été indiqué par
le chef de service de la voirie, M. Dembélé qui disait d'ailleurs
avoir recueilli les mots des habitants des alentours de ce dépotoir sur
les nuisances qu'il engendre.
Il relate : `'ce dépotoir illégal cause
assez de torts aux habitants de la zone, surtout à chaque nouveau
dépôt et lorsqu'on procède à son
incinération''. Il est vraiment agaçant que ce site existe (voire
image7).
Ces ordures sont méconnues, à environ à
200m du goudron. Comme l'a affirmé mon cher collègue
Dembélé, il est assez écoeurant de voir cette situation
perdurée. Que faut-il faire face à une telle situation ?
Chaque habituant victime des nuisances provenant des actions
rédhibitoires à une sérénité paisible.
Parmi les sites officiels de décharges publiques et qui
servent à aplanir les ravins, il y a celui de Lafiabougou-sud. Oui,
à Lafiabougou un grand effort y est déjà abattu. Une
surface déjà considérable y est aplanie grâce
à la collaboration de la mairie, des GIE et de la population. C'est une
décharge très fréquentée par la population. Et le
paquet y est assez mis afin que le ravin remblayé puisse servir à
d'autres fins comme zone d'habitation ou espace public. Le
Image 0: Image de remblayage
de Lafiabougou

site est tout près des habitations à l'instar de
celle de Khasso face à l'hôpital. La mairie, tout de même,
ne cesse d'encourager une telle initiative, sans pour autant négliger
tout le désagrément qui en découlait avant d'être
à son état actuel.
Mais la résilience et l'objectivité de la
population ont rendu possible ce qui est projeté dans l'image ci-contre.
N'eussent été les avertis, il serait assez délicat de
reconnaitre la terre remblayée et jonchée par le tertre. Il est
impératif d'après toujours le même représentant de
la mairie, de consulter les experts en la matière avant de faire toute
élévation sur ces surfaces hors de l'ordinaire. Nonobstant ses
particularités, cette surface jonchée rend quand-même
à l'environnement tout son esthétique comparativement au ravin.
Image 0: berges du fleuve
Sénégal à Khasso

A Khasso, au bord du fleuve, un spectacle abracadabrant fait
l'actualité. Il s'agit d'un dépotoir sauvage à même
dans le fleuve. Le président du GIE `'SANYA'' en l'occurrence M. Sissoko
qui intervient exclusivement à Khasso, s'est vraiment
évertué pour bannir une telle pratique en pleine ville comme le
témoigne lors de nos entretiens, un autre promoteur de GIE. Ce dernier
est juste un habitant du quartier et son GIE intervient hormis Khasso mais il a
témoigné en faveur de M. Sissoko du GIE SANYA.
Image 0: berges du fleuve
Sénégal à Khasso

Il nous a donc confié ce témoignage :
`'Nous sommes témoins de son investissement au bord du fleuve lorsque
qu'il a ramassé et regroupé les ordures tout au long du fleuve et
qu'il a posé des panneaux d'interdiction formelle de déposer les
ordures sur les berges du fleuve Sénégal.'' Hélas, le
changement de comportement est un processus dans lequel il y a
l'adhésion du répondant à changer de comportement et son
choix de comportement aspiré. L'incivisme est à la base de la
majorité des problèmes liés à la gestion des
ordures ménagères.
Image 10 : Berge du Fleuve Sénégal à
Kayes N'Di

A Kayes N'Di, un quartier assez peuplé, on assiste
à un scenario similaire. Des ordures, avec des odeurs
nauséabondes, abondent les berges de ce fleuve, qui devrait être
tant chéri et préservé.
Que se passe-t-il donc ? Çà et là,
même pratique, même forme, description identique, on avance ou on
recule ?
Un monsieur sur le site nous affirma : `'cette pratique
date de longtemps. Je me suis battu avec les autres ouvriers ici
présents sans succès. C'est surtout la nuit que les gens viennent
y déverser des ordures sans outre-mesure. C'est vraiment fatiguant. Je
me suis donné pour longtemps, à regrouper les ordures et à
les incinérer de temps à autre, mais hélas, le lendemain,
on retrouve pire que le jour précédent. Finalement, j'ai
abandonné la lutte sans issue. Il nous arrive même parfois de ne
pas pouvoir travailler ici à cause des odeurs répugnantes et
concentrées.
Le répondant se dit in petto `'je compte quitter sans
délai cet atelier pour un autre dont le cadre de travail est plus
agréable''. Comme on l'avait dit plus haut, l'incinération de ces
DSM pollue l'air ambiant accessible dans les habitations environnantes.
Image 11 : Décharge publique de Kayes
N'Di

Le plus grand site de dépôt de Kayes N'Di fait
partie intégrante des sites officialisés par la mairie centrale
de Kayes. Mutatis mutandis, chaque dépotoir se présente comme les
autres avec quelques particularités près. Chaque décharge
est proche des habitations et de surcroit, elles sont permanemment
fréquentées par les indigents de la population, les
démunis qui cherchent de quoi exploiter dans les ordures ainsi que les
`'almodo'', les adeptes des gourous, des maitres coraniques de la zone. Ces
enfants qui viennent à l'exploration des ordures entassées,
surtout les nouveaux arrivages, sont le plus souvent, sans aucune protection
physique : ni chaussure, ni bottes, ni bavettes et encore moins, des
gants. C'est assez touchant que ces enfants soient membres d'une
communauté qui les ignore totalement. N'est-il pas jour de remettre le
problème de déchets à table afin d'en trouver un
dénouement heureux ?
Des efforts sont consentis de part et d'autre, mais la
situation mérite encore un grand clin d'oeil.
Outre ces constats, Kayes est défavorisé par sa
géographie. Les terres sont le plus souvent hydromorphes. Ce qui fait
que dans les quartiers, pendant l'hivernage, les ruelles et les rues sont
totalement impraticables. Même pendant l'été, il est
quasi-difficile de circuler librement dans les rues Kaysiennes.
2) Formulation du problème :
A Kayes, dans la cité des rails, des études ont
été menées sur la gestion des déchets comme celle
de l'Institut Supérieur Technique des Arts et Métiers (ISTAM) de
février 2018 qui a porté sur l'Etat des ordures
ménagères dans la ville de Kayes. L'état, de par la loi de
décentralisation, a transféré aux communes de larges
prérogatives en matière d'hygiène et d'assainissement
(PSA, 2006). La décentralisation administrative accorde aux
collectivités locales, l'autonomie dans la gestion et dans les
initiatives pour la protection de l'environnement. Aussi, la mairie centrale de
Kayes et ses représentations secondaires s'évertuent en
partenariat avec les GIE et d'autres partenaires pour une gestion efficace des
déchets liquides et solides.
Avec une politique nationale d'assainissement bien
ficelée, un plan stratégique d'assainissement dument
élaboré et des conventions de collaborations avec les GIE, la
gestion des déchets solides de la ville de Kayes est confrontée
à plusieurs écueils qui minent le processus. Parmi les embuches
qui minent l'atteinte des objectifs figurent :
· L'absence de site de revalorisation des ordures
ménagères dans la région.
· L'utilisation du bord du fleuve comme dépotoir
final ;
· L'insuffisance des caissons de transit pour la
mairie ;
· La non adhésion de la majorité de la
population aux GIE
· L'irrégularité des clients dans le
paiement des cotisations mensuels envers les GIE,
· L'insuffisance de communication à travers les
rapports mensuels d'activités entre les GIE et la mairie
· La non-implication de la DRACPN, tant sur le plan
suivi, contrôle qu'orientation dans les activités de gestion des
déchets de la mairie ;
· L'insuffisance des initiatives de revalorisation des
déchets dans la ville.
Le souci primordial serait donc de détecter les causes
des problèmes et d'en trouver des solutions innovantes de sortie de
crise. Nous nous sommes proposés à nous intéresser
à ce problème crucial et à apporter des solutions
innovantes possibles qui permettront de transcender les goulets
d'étranglements qui sévissent dans le processus de gestion des
ordures ménagères en ces termes :
`'Quelles solutions innovantes pour une gestion
efficace des ordures ménagères dans la ville de
Kayes ? `'.
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