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Etat de lieu de la gestion des ordures ménagères dans la ville de Kayes, Mali


par Diarra ABDOUL KADER
2IE - Master II en Management des Entreprises des Organisations MEO 2023
  

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ii. Problématique de la gestion des déchets :

1) Aperçu sur la gestion des déchets à Kayes :

La décentralisation a conféré à chaque localité, une responsabilité suffisante pour se particulariser dans la gestion des déchets. A Kayes, cette gestion est repartie entre la mairie et ses annexes dans les quartiers d'une part et les GIE, les entrepreneurs, les ONG et les particuliers d'autre part. Chacun de son côté s'évertue pour l'atteinte des objectifs qu'il s'est assignés.

Image 0: les immondices éparses

Il faut noter que d'après nos observations, la gestion des déchets fait l'objet de plus de préoccupation dans les administrations, services et entreprises qu'au sein de la population surtout les quartiers périphériques. Un peu partout dans la ville, des tas d'immondices sont épars, les déchets sont déposés dans des sites illégaux. Ils sont souvent déversés dans les caniveaux, au bord du fleuve ou juste derrière les habitations. Que le quartier soit à la périphérie ou au coeur de la ville, cette habitude de la facilité qui consiste à `'occuper les espaces vides par les ordures ménagères'' n'est pas rare. On rencontre des cas d'enfouissements dans les quartiers périphériques.

L'image ci-contre provient d'un carrefour de Lafiabougou-Sud. C'est une pratique connue de la ville et elle est très fréquente. Nonobstant les investigations, elle perdure quand-même. La mairie dispose de trois camions pour la pré-collecte des déchets et leur acheminement à la décharge publique. Avec les particuliers, ce sont plutôt les charrettes à traction asine qui transbahutent les ordures vers le site

Image 0: Un caisson de la mairie de Kayes

de Khasso. Quatre caissons, considérés comme site de transit sont repartis dans la ville. On en trouve au bord des rails à Liberté en allant au gouvernorat puis à Lafiabougou vers le Lycée Dougoukolo et enfin à Lafiabougou-Sud près du marché à volaille. Le quatrième caisson est ambulant.

C'est l'image de l'un des quatre caissons que dispose la mairie de Kayes. Le rôle du caisson mobile est de substituer au caisson qui doit-être remplacé. Ils sont enlevés généralement chaque deux jours. Et leurs contenus sont acheminés vers les décharges de transit. Il n'existe quasiment pas un site de dépotoir final à Kayes. Ces sites qui devront normalement permettre aux entrepreneurs et aux organismes de procédés à la revalorisation des déchets.

Image 0: décharge publique de Khasso

La plus grande décharge se trouve à Khasso, au bord du goudron qui passe à l'Est de l'Hôpital Al Housseyni Dao de Kayes et qui se trouve non loin du fleuve Sénégal, soit environ 500m. Ce dépotoir est très volumineux et ne bénéficie jusqu'alors d'aucune activité de revalorisation.

Ces dépôts se trouvent sur les parcelles de terrain avec titre foncier de certains propriétaires. Puisque le site est très proche du siège de la BCEAO à Kayes, ces déchets poseront problèmes dès que le siège de la BCEAO devient opérationnel, auquel cas, les propriétaires terriens opteront à la récupération de leur propriété.

Dès qu'ils seront en possession de leurs parcelles, ils ne tarderont pas à ériger des immeubles à usage d'habitation pour les personnels de la BCEAO. Lors de nos visites répétées sur le site de Khasso, nous avons trouvé à chaque fois, des vieilles personnes, des femmes mariées et des enfants à la fouille des ordures.

Ils consacrent ainsi une bonne partie de leur temps pour la sélection des déchets recyclables comme les sachets, les chaussures, les objets jetés par inadvertance, les ustensiles en plastique, les fers, les bols etc. Nous avons reçu la question d'une vieille pendant que nous étions en train de sillonner le site `'Mes enfants, avez-vous l'intention de clôturer ce site ?''. Une façon de nous exprimer son appréhension pour cet acte.

Nous avons compris pendant la conversation avec la vieille qu'elle n'aimerait pas que ce site de décharge publique soit clôturé leur interdisant ainsi tout accès à leur source génératrice de revenus.

A noter prestement que ce site utilisé comme transit par les GIE de la place et les particuliers est très mal loti dans la mesure où il est très nuisible à l'hôpital. Aussi proche du plus grand centre de santé régional de la région, les déchets solides ménagers (DSM) de ce site de transit occasionnent des nuisances olfactives et nauséabondes à l'hôpital, contribuant ainsi à la production des vecteurs de maladies et détruisant surtout, toute beauté esthétique de l'environnement. A Bencounda, non loin des rails, un volume de déchets légèrement inférieur à celui de Khasso se trouve entassé. Des particuliers en ont profité afin de tamiser les ordures et les revendre comme fumier.

Image 0: Décharge de Bencounda près des Rails

Cette décharge semble servir à plus d'un car on y retrouve au moins deux installations pour vendeur de fumier.

Une multitude de GIE exercent dans la ville de Kayes sur les DSM. Parmi eux, cinq ont une relation étroite avec la mairie mais leur collaboration pâtit du manque de communication. Cette dernière se fait notamment via les rapports mensuels qui tardent à être réguliers. Excepté un GIE, les rapports se font assez rare pour être dans les locaux de la mairie centrale de Kayes.

Ces GIE sont engagés chacun dans un quartier qui lui est attribué par la municipalité. Selon leurs rapports mensuels, ces GIE souffrent de la régulation des paiements. Malgré cette irrégularité, d'autres gagnent le terrain et augmentent leur clientèle au jour le jour.

Image1

L'insouciance et l'incivisme caractérisent souvent certains comportements de la société. Dans le quartier de Liberté comme à Lafiabougou-Sud, on trouve plusieurs rues obstruées par les ordures ménagées et d'eaux-vannes. Ces deux quartiers ne sont pas les seuls qu'on peut citer nommément, mais la remarque concerne plutôt la plupart des quartiers de la ville de Kayes. C'est un réel problème qui sévie au sein d'une communauté protagoniste de la situation. Si bien que seulement de passage devant ces saletés, un passager se dirait `'quel est le rôle de la jeunesse dans ce quartier''. Un vieux d'un des quartiers m'a confié `'Mon fils, lorsque j'ai déménagé ici, j'ai d'abord taché à me conformer à la bonne gestion des ordures et des eaux usées et j'ai veillé à ce qu'elles ne constituent en aucun cas, un problème de santé. Puis j'ai élargi cette attitude vers les autres en les exhortant en groupe et en solo sans succès.

Le changement de comportement étant toujours une utopie dans les quartiers pauvres sans l'intervention d'une force, j'ai dû faire des menaces à l'encontre des récidivistes. Etant un ancien, je pouvais tordre la main des récalcitrants afin de les inciter au changement voulu, mais hélas... Mon téléphone ne cessait de rougir par les plaidoyers, parfois même, des autorités administratives me demandant chacun de renoncer à mon projet. Mon fils, finalement j'ai cédé.'' Un exemple extrapolable pour des quartiers similaires à celui du vieil homme.

Comme l'a dit Kangombé (2010), certains facteurs tels que le déboisement, la pluviométrie, la détérioration du système d'égouttage ou encore l'urbanisation anarchique, aggravent la crise de l'environnement face à laquelle les pouvoirs publics, affaiblis et dépourvus de moyens, se montrent impuissants.

Faut-il dire que certaines associations contribuent beaucoup à la gestion des déchets en sensibilisant la population et en initiant des journées de salubrité ? Bien que tenté par un nombre limité d'association dans le temps, on peut constater amèrement l'absence des initiatives de revalorisation des ordures ménagères dans la ville au moment de notre collecte. 

Image 0: décharge de Khasso Extension

La mairie a néanmoins eu une belle idée : se servir des déchets pour remblayer certains ravinements qui se trouvent tout autour des habitations de certains quartiers périphériques. A Khasso extension, vers la sortie qui mène à Paparah, non très loin des habitations de Berdem, on trouve une initiative d'un particulier très décrié par les voisins et les fidèles de la mosquée qui se trouvent sur le site, un dépôt pour remblaiement de ravins. Au fait son objectif est plutôt de remplir une partie afin de s'en servir plus tard pour construction. Les désagréments olfactifs issus de ces déchets sont démesurés et s'aggravent lorsqu'il y a de nouveaux arrivages.

Le feu qui est allumé aux dépotoirs de remblaiement des ravins peut durer jusqu'à 6mois ou jusqu'à l'arrivée de l'hivernage car à chaque fois qu'on y ajoute de nouvelles ordures, le feu est ainsi réalimenté et il produit ainsi plus de fumée.

Il y a environ quatre sites de décharges publiques autorisées actuellement par la mairie de Kayes et qui serviront de destinations pour les transporteurs y compris ceux des particuliers.

Image 0: Décharge publique de Paparah

A Paparah, ou juste avant d'arriver sur le pont de Paparah, un site officiel se trouve à gauche et qui n'est pratiquement pas exploité. Ce site de dépotoir qui se trouve à une position très stratégique et qui ne causerait pas assez de dérangements olfactifs pour les habitants proches de la zone est très moins fréquenté.

S'agirait-il de son emplacement éloigné par rapport aux autres ? Car l'accès est parfaitement pratique, une route bitumée et non loin de la ville, juste à la sortie de la ville de Kayes en empruntant la route nationale n°22 (RN22). Tant bien que mal, les dés étant jetés, il faut s'y atteler. Une sensibilisation est très nécessaire pour l'adhésion des promoteurs de GIE et des particuliers afin de réduire considérablement l'utilisation sauvage et anarchique des lieux non exploités comme décharge.

Image 0: dépotoir sauvage en face de l'hopital

En face de la direction régionale de la santé, ou tout simplement en face de l'hôpital car ces deux services sont dans la même cour, nous trouvons un dépotoir hors commun. Il est au plein coeur des habitations. Ce site m'a été indiqué par le chef de service de la voirie, M. Dembélé qui disait d'ailleurs avoir recueilli les mots des habitants des alentours de ce dépotoir sur les nuisances qu'il engendre.

Il relate : `'ce dépotoir illégal cause assez de torts aux habitants de la zone, surtout à chaque nouveau dépôt et lorsqu'on procède à son incinération''. Il est vraiment agaçant que ce site existe (voire image7).

Ces ordures sont méconnues, à environ à 200m du goudron. Comme l'a affirmé mon cher collègue Dembélé, il est assez écoeurant de voir cette situation perdurée. Que faut-il faire face à une telle situation ? Chaque habituant victime des nuisances provenant des actions rédhibitoires à une sérénité paisible.

Parmi les sites officiels de décharges publiques et qui servent à aplanir les ravins, il y a celui de Lafiabougou-sud. Oui, à Lafiabougou un grand effort y est déjà abattu. Une surface déjà considérable y est aplanie grâce à la collaboration de la mairie, des GIE et de la population. C'est une décharge très fréquentée par la population. Et le paquet y est assez mis afin que le ravin remblayé puisse servir à d'autres fins comme zone d'habitation ou espace public. Le

Image 0: Image de remblayage de Lafiabougou

site est tout près des habitations à l'instar de celle de Khasso face à l'hôpital. La mairie, tout de même, ne cesse d'encourager une telle initiative, sans pour autant négliger tout le désagrément qui en découlait avant d'être à son état actuel.

Mais la résilience et l'objectivité de la population ont rendu possible ce qui est projeté dans l'image ci-contre. N'eussent été les avertis, il serait assez délicat de reconnaitre la terre remblayée et jonchée par le tertre. Il est impératif d'après toujours le même représentant de la mairie, de consulter les experts en la matière avant de faire toute élévation sur ces surfaces hors de l'ordinaire. Nonobstant ses particularités, cette surface jonchée rend quand-même à l'environnement tout son esthétique comparativement au ravin.

Image 0: berges du fleuve Sénégal à Khasso

A Khasso, au bord du fleuve, un spectacle abracadabrant fait l'actualité. Il s'agit d'un dépotoir sauvage à même dans le fleuve. Le président du GIE `'SANYA'' en l'occurrence M. Sissoko qui intervient exclusivement à Khasso, s'est vraiment évertué pour bannir une telle pratique en pleine ville comme le témoigne lors de nos entretiens, un autre promoteur de GIE. Ce dernier est juste un habitant du quartier et son GIE intervient hormis Khasso mais il a témoigné en faveur de M. Sissoko du GIE SANYA.

Image 0: berges du fleuve Sénégal à Khasso

Il nous a donc confié ce témoignage : `'Nous sommes témoins de son investissement au bord du fleuve lorsque qu'il a ramassé et regroupé les ordures tout au long du fleuve et qu'il a posé des panneaux d'interdiction formelle de déposer les ordures sur les berges du fleuve Sénégal.'' Hélas, le changement de comportement est un processus dans lequel il y a l'adhésion du répondant à changer de comportement et son choix de comportement aspiré. L'incivisme est à la base de la majorité des problèmes liés à la gestion des ordures ménagères.

Image 10 : Berge du Fleuve Sénégal à Kayes N'Di

A Kayes N'Di, un quartier assez peuplé, on assiste à un scenario similaire. Des ordures, avec des odeurs nauséabondes, abondent les berges de ce fleuve, qui devrait être tant chéri et préservé.

Que se passe-t-il donc ? Çà et là, même pratique, même forme, description identique, on avance ou on recule ?

Un monsieur sur le site nous affirma : `'cette pratique date de longtemps. Je me suis battu avec les autres ouvriers ici présents sans succès. C'est surtout la nuit que les gens viennent y déverser des ordures sans outre-mesure. C'est vraiment fatiguant. Je me suis donné pour longtemps, à regrouper les ordures et à les incinérer de temps à autre, mais hélas, le lendemain, on retrouve pire que le jour précédent. Finalement, j'ai abandonné la lutte sans issue. Il nous arrive même parfois de ne pas pouvoir travailler ici à cause des odeurs répugnantes et concentrées.

Le répondant se dit in petto `'je compte quitter sans délai cet atelier pour un autre dont le cadre de travail est plus agréable''. Comme on l'avait dit plus haut, l'incinération de ces DSM pollue l'air ambiant accessible dans les habitations environnantes.

Image 11 : Décharge publique de Kayes N'Di

Le plus grand site de dépôt de Kayes N'Di fait partie intégrante des sites officialisés par la mairie centrale de Kayes. Mutatis mutandis, chaque dépotoir se présente comme les autres avec quelques particularités près. Chaque décharge est proche des habitations et de surcroit, elles sont permanemment fréquentées par les indigents de la population, les démunis qui cherchent de quoi exploiter dans les ordures ainsi que les `'almodo'', les adeptes des gourous, des maitres coraniques de la zone. Ces enfants qui viennent à l'exploration des ordures entassées, surtout les nouveaux arrivages, sont le plus souvent, sans aucune protection physique : ni chaussure, ni bottes, ni bavettes et encore moins, des gants. C'est assez touchant que ces enfants soient membres d'une communauté qui les ignore totalement. N'est-il pas jour de remettre le problème de déchets à table afin d'en trouver un dénouement heureux ?

Des efforts sont consentis de part et d'autre, mais la situation mérite encore un grand clin d'oeil.

Outre ces constats, Kayes est défavorisé par sa géographie. Les terres sont le plus souvent hydromorphes. Ce qui fait que dans les quartiers, pendant l'hivernage, les ruelles et les rues sont totalement impraticables. Même pendant l'été, il est quasi-difficile de circuler librement dans les rues Kaysiennes.

2) Formulation du problème :

A Kayes, dans la cité des rails, des études ont été menées sur la gestion des déchets comme celle de l'Institut Supérieur Technique des Arts et Métiers (ISTAM) de février 2018 qui a porté sur l'Etat des ordures ménagères dans la ville de Kayes. L'état, de par la loi de décentralisation, a transféré aux communes de larges prérogatives en matière d'hygiène et d'assainissement (PSA, 2006). La décentralisation administrative accorde aux collectivités locales, l'autonomie dans la gestion et dans les initiatives pour la protection de l'environnement. Aussi, la mairie centrale de Kayes et ses représentations secondaires s'évertuent en partenariat avec les GIE et d'autres partenaires pour une gestion efficace des déchets liquides et solides.

Avec une politique nationale d'assainissement bien ficelée, un plan stratégique d'assainissement dument élaboré et des conventions de collaborations avec les GIE, la gestion des déchets solides de la ville de Kayes est confrontée à plusieurs écueils qui minent le processus. Parmi les embuches qui minent l'atteinte des objectifs figurent :

· L'absence de site de revalorisation des ordures ménagères dans la région.

· L'utilisation du bord du fleuve comme dépotoir final ;

· L'insuffisance des caissons de transit pour la mairie ;

· La non adhésion de la majorité de la population aux GIE

· L'irrégularité des clients dans le paiement des cotisations mensuels envers les GIE,

· L'insuffisance de communication à travers les rapports mensuels d'activités entre les GIE et la mairie

· La non-implication de la DRACPN, tant sur le plan suivi, contrôle qu'orientation dans les activités de gestion des déchets de la mairie ;

· L'insuffisance des initiatives de revalorisation des déchets dans la ville.

Le souci primordial serait donc de détecter les causes des problèmes et d'en trouver des solutions innovantes de sortie de crise. Nous nous sommes proposés à nous intéresser à ce problème crucial et à apporter des solutions innovantes possibles qui permettront de transcender les goulets d'étranglements qui sévissent dans le processus de gestion des ordures ménagères en ces termes :

`'Quelles solutions innovantes pour une gestion efficace des ordures ménagères dans la ville de Kayes ? `'.

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