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Les dynamiques de changement en francophonie: sociologie des réformes institutionnelles de la francophonie de 1970 à 2018


par Constant FOMEKONG MOTSOU
Institut des Relations Internationales du Cameroun  - Master 2 2024
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Sociologie
   
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INTRODUCTION GENERALE

I- Contexte et justification de l'étude

L'année 2018 est une date marquante dans l'évolution de l'Organisation internationale de la Francophonie, matérialisée par un changement inattendu en son sein, celui notamment de l'élection de la rwandaise Louise MUSHIKIWABO au poste de secrétaire générale de la Francophonie lors du XVIIe Sommet de la Francophonie à Erevan, en Arménie1(*). L'ancienne ministre des affaires étrangères du Rwanda, malgré l'appartenance de son pays à l'Afrique de l'Est anglophone et swahilophone, a été perçue comme un choix stratégique reflétant une volonté de renforcer la présence africaine au sein de l'Organisation et de promouvoir une vision plus globale de la Francophonie. Ce changement intervient à la suite des précédents qu'a connus la Francophonie, au départ promotrice de la diversité culturelle et linguistique, dès 1970 (année de création de la francophonie), sous l'appellationACCT(Agence de coopération culturelle et technique), par la suite AIF(Agence intergouvernementale de la Francophonie) en 1998 (1997 est l'année d'adoption d'une nouvelle Charte de la Francophonie, confirmant le statut de l'AIF comme assemblée consultative de la Francophonie) et la transition de l'AIF vers l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 2005.

Cette organisation va continuer à connaitre des dynamiques qui vont lui permettre de s'adapter aux évolutions du système international. En effet,la plupart des Organisations internationales, qu'elles soient universelles ou régionales, dans une perspective d'adaptation au système international, s'améliorent constamment que ce soit au niveau fonctionnel, organisationnel ou institutionnel. C'est le cas des organisations internationales comme l'OrganisationdesNationsUnies(ONU),l'UnionEuropéenne(UE), l'UnionAfricaine(UA),leCommonwealth et surtout la Francophonie2(*). Face à une période marquée par d'importants bouleversements politiques, économiques et sociaux qui ont influencé les pays francophones, et leurs institutions, la Francophonie a dû s'adapter à la fin de la période coloniale, à la montée de la mondialisation et à l'émergence de nouvelles puissances économiques3(*). Ces changements ont eu un impact significatif sur les politiques linguistiques et culturelles, ainsi que sur les stratégies de coopération entre les pays membres de la Francophonie.

Il existe des idéaux types du changement dans les organisations internationales4(*). Il s'agit pour le premier type de changement, des « réformes institutionnelles » dont les organisations internationales font l'objet, le second type de changement est lié aux « reconfigurations du pouvoir » au sein des structures intergouvernementales des institutions internationales et le troisième type de changement, est d'ordre « cognitif et normatif »5(*). La nécessité de comprendre comment la Francophonie, en tant qu'entité culturelle et politique, a évolué face aux défis mondiaux nous amène à faire une sociologie du premier type de changement tel qu'énuméré par Olivier NAY et Franck PETITEVILLE notamment « les réformes institutionnelles » qui ont permis à la Francophonie d'évoluer pour devenir efficace et pertinente comme Organisation internationale.

L'on pourrait se demander comment une organisation intergouvernementale telle que la Francophonie, avec des objectifs linguistiques et culturels, a subides changements au point de devenir une Organisation internationale avec une diversité de centres d'intérêt? C'est ce premier questionnement qui nous conduit à l'étude des « Dynamiques de changement en Francophonie : sociologie des réformes institutionnelles de la Francophonie de 1970 à 2018 ».L'objectif recherché tout au long de cette étude est d'amener à comprendreles processus, les acteurs et les enjeux qui ont façonné l'évolution de la Francophonie à travers les réformes institutionnelles dans la période allant de 1970 à 2018.

II- Considérations théoriques liés à la construction de l'objet d'étude

Pour s'engager dans un travail à caractère scientifique, il est nécessaire de faire une abstraction. D'après Gaston BACHELARD, « (...) il nous faudra prouver que l'abstraction débarrasse l'esprit, qu'elle allège l'esprit, qu'elle le dynamise »6(*). Il nous renseigne aussi à juste titre que « tout savoir scientifique doit être à tout moment reconstruit (...) »7(*) . Dans ce sens, rompre avec les obstacles épistémologiques8(*) permet la construction de l'objet d'étude, laquelle nous amènera à préciser les délimitations du cadre opératoire de l'objet (A) et l'élaboration de la problématique (B).

A- Délimitation du cadre opératoire de l'objet d'étude

Poser les premiers jalons des considérations théoriques liées à notre objet d'étude revient à s'appuyer sur la délimitation de son cadre opératoire. Ceci étant dit, nous allons tout d'abord clarifier les concepts clés de notre étude (1), puis nous allons ressortir la délimitation (2) et enfin nous allons insister sur les intérêts du sujet (3).

1- Les clarifications conceptuelles

Pour entamer un travail de fond sur notre thème, il est impératif pour nous d'apporter des éclaircis sur les concepts qui fondent notre travail de recherche. Dans ce sens, le concept renvoie à « une conception particulière de la réalité étudiée, une manière de la considérer et de l'interroger et donc la problématiser »9(*).Tout travail rationnelrepose sur une logique et sur un système conceptuel valablement constitué.10(*) De notre thème de recherche, il en ressort trois concepts dont la clarification est plus que nécessaire pour saisir notre travail : changement (a), Francophonie (b) et réformes institutionnelles (c)

a- Changement

De nombreux auteurs ont contribué à la définition du concept de changement dans les relations internationales. C'est le cas de Hedley BULL, dans son ouvrage The Anarchical society (1977)11(*), où il définit le changement comme une transformation du système international lui-même, c'est-à-dire des règles et des normes qui régissent les relations entre Etats ou Organisations internationales12(*). Il identifie trois types de changement dont le changement structurel, le changement de processus (la manière dont les Etats interagissent) et le changement de doctrine. Robert KEOHANE et Joseph NYE dans leur ouvrage Power and Interdependance13(*), soutiennent que le changement est dû à l'interaction de deux forces principales (la puissance et l'interdépendance), la puissance est la capacité d'un Etat à obtenir ce qu'il veut d'un autre Etat, tandis que l'interdépendance est la situation dans laquelle les Etats sont liés les uns aux autres par des réseaux.

Olivier NAY et Franck PETITEVILLE propose une analyse approfondie du changement dans les organisations internationales14(*). Ils présentent trois idéaux types de changement affectant ces organisations et offrent des pistes d'analyse de leurs dynamiques de changement institutionnel. Dans leur étude, ils abordent le concept de `changement international' qui peut se manifester de diverses manières, telles que les reconfigurations de la puissance, les transformations de la conflictualité, les nouveaux défis transnationaux, les dynamiques de la globalisation et l'émergence de nouvelles normes d'action collective15(*). Ils s'appuient sur les travaux de James MARCH et Johan OLSEN concernant les institutions internationales, ainsi que sur ceux de James MAHONEY et Kathleen THELEN sur la continuité et le changement institutionnel. NAY et PETITEVILLE soulignent que les organisations internationales, en tant qu'institutions, ont tendance à favoriser la stabilité et la permanence plutôt que le changement.

Cependant elles sont également confrontées à des pressions externes qui nécessitent des adaptations et des réformes, souvent complexes en raison des marchandages intergouvernementaux et de la résistance des bureaucraties (NAY et PETITEVILLE). On retient donc avec ces deux auteurs que le changement est une évolution dans les activités des organisations, ce qui inclut les politiques publiques au nom desquelles elles agissent mais aussi à ce qu'elles sont c'est-à-dire leur forme institutionnelle.Ces auteurs ne sont que quelques exemples parmi tant d'autres qui ont contribué à la compréhension du concept de changement dans les relations internationales. Le changement est un phénomène complexe et multiforme, cependant, les travaux de ces auteurs nous offrent un cadre précieux pour comprendre les différentes façons dont le changement se produit dans le système international.

A la lumière des travaux de ces auteurs, nous pouvons retenir que le changement se réfère aux transformations observables dans le temps, qui affectent de manière significative la structure ou le fonctionnement d'une organisation. Cette définition, nous permet dans le cadre de notre analyse de mieux examiner les changements qui se sont opérés en Francophonie, en ressortant clairement les différentes transformations ayant affectées la structure et le fonctionnement de cette Organisation dans sa dynamique d'adaptation aux effets de la mondialisation.

b- Francophonie

Le terme francophonie vient du géographe français Onésime RECLUS, qui dans son ouvrage France, Algérie et colonies emploie pour la première fois le terme francophonie qu'il définit comme « tous ce qui sont ou semble destinés à rester ou à devenir participants de notrelangue ».16(*)Cette expression faisant référence dans ce sens aux « parlant français » c'est-à-dire les peuples communicants en langue française. C'est ainsi que « la Francophonie c'est cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre »17(*). La construction de la Francophonie en tant qu'objet d'étude n'est pas de tout repos. Elle est traversée par des préjugés qui considèrent la francophonie comme une continuité de la colonisation, comme un modèle calqué sur le Commonwealth ou encore comme une Organisation des Nations Unies additionnelle. Ces préjugés sont pour la plupart élaborés dans les travaux contempteurs de la francophonie.

D'après Trang PHAN et Michel GUILLOU le concept de francophonie se décline en trois (03) moments lorsqu'on s'inscrit dans une perspective évolutive18(*). Il s'agit des « trois francophonies » que sont « la première francophonie », « la deuxième francophonie » et « la troisième francophonie ». La première est celle de « la francophonie linguistique » qui unie les parlants français au sens d'Onésime RECLUS. La deuxième c'est « la francophoniesenghorienne»où l'on voit que la francophonie commence à se définir à partir de ses pères fondateurs, Léopold SEDAR SENGHOR, Hamani DIORI, Habib BOURGUIBA, et le cambodgien Norodom SIHANOUK. La francophonie se construit ainsi lentement dans son essence culturelle avec une dimension associative. Concernant la troisième, il s'agit de « la francophonie mondialisée »agissant dans un contexte de mondialisation du 21e siècle et qui renvoie ici à une « union géoculturelle » c'est-à-dire un ensemble culturel et organisé, d'Etats et de gouvernements ayant en partage la langue française.

La francophonie peut donc ainsi avoir quatre significations comme nous le fait savoir Xavier DENIAU19(*). Au sens linguistique, la francophonie renvoie à l'ensemble des « parlants français »qui vivent et travaillent en français. Dans son sens géographique, il s'agit des territoires repartis dans le monde où le français a le statut de langue officielle, courante, administrative, d'enseignement ou de culture. En ce qui concerne son sens spirituel, elle est un sentiment d'appartenance à une même communauté solidaire entre francophones. Et au sens institutionnel, il s'agit des institutions oeuvrant dans le cadre de la francophonie définie par la Charte de la francophonie de 200520(*). Dans le cadre de notre étude, nous nous intéresserons à la dernière définition proposée par Xavier DENIAU d'après la Charte de la Francophonie, pour amener à comprendre l'ensemble des différentes structures et institutions qui ont oeuvré à la promotion de la langue française et au développement de la coopération entre les pays et les peuples francophones de 1970 à 2018. Nous ferons un va et vient sur les deux logiques renvoyant à la francophonie bien que nous nous appesantirons davantage sur la Francophonie avec « F » pour analyser les dynamiques de changement qu'a connue l'Organisation. Néanmoins, il faut mentionner que le « f » minuscule est souvent utilisé pour désigner les deux concepts à la fois21(*).

c- Réformes institutionnelles

Les réformes institutionnelles sont des modifications ou des améliorations apportées aux structures et aux processus des institutions souvent dans le but de les rendre plus efficaces, transparentes ou démocratiques22(*). Philippe BEZES et Bruno PALIER23(*), décrivent les réformes institutionnelles comme des processus de transformations des institutions notamment des Etats, des Etats providence et des systèmes capitalistes. Ils introduisent le concept de « trajectoire de réformes », qui est constitué d'une succession de séquences de réformes sur la longue durée, chacune ayant des conséquences sur les suivantes et ayant un « effet de transformation » sur le système de politiques publiques institutionnalisées. Espinoza GARDY AUGUSTO24(*), propose une définition des réformes institutionnelles comme un ensemble de modifications apportées à l'organisation, aux attributs et aux modes de fonctionnement des institutions d'un pays, visant à améliorer l'efficacité, la légitimité et la performance.

Cette définition met en lumière les trois aspects essentiels des réformes institutionnelles à savoir :laportéedeschangements (les réformes institutionnelles ne se limitent pas à des ajustements mineurs, mais impliquent des transformations profondes du système institutionnel, lesobjectifspoursuivis ( l'amélioration de l'efficacité, de la légitimité et de la performance des institutions constitue le principal moteur des réformes),ladiversitédesdomainesd'intervention( les réformes institutionnelles peuvent toucher l'ensemble des institutions publiques, qu'elles soient politiques, administratives, judiciaires ou économiques).

Max WEBER, a apporté une contribution significative à la compréhension des réformes institutionnelles. Dans son ouvrage intitulé Economie et société25(*), il aborde le concept de rationalisation qui est central pour comprendre les réformes institutionnelles. Il fait une description sur la manière dont les sociétés modernes tendent vers une rationalisation croissante des structures, des processus et des institutions, ce qui peut conduire à des réformes visant à accroitre l'efficacité, la légitimité, la rationalité et l'adaptabilité de l'institution en réponse aux pressions internes ou externes. Ses analyses permettent de dégager une compréhension du concept de réformes institutionnelles comme des changements délibérés et planifiés apportés aux structures, aux règles et aux pratiques d'une institution ou d'un système social donné. C'est à partir de cettedéfinitiondes réformes institutionnelles de Max WEBER que nous allons meublés notre analyse, dans la mesure où cette définition nous amène à démontrer que les réformes institutionnelles, sont tout d'abord planifiées par des acteurs avant d'être adopté et mises en oeuvre.

2- Délimitation de l'étude

Tout travail de recherche a besoin d'être canalisé pour ne pasnaviguer dans tout les sens tout en éloignant les controverses. C'est la raison pour laquelle nous faisons une délimitation spatiale (a) et une délimitation temporelle (b).

a- Délimitation spatiale

Notre étude se concentre sur l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ainsi que les institutions et acteurs impliqués dans la promotion de la langue française et de la coopération francophone. Cette délimitation inclut une analyse des réformes institutionnelles au sein des institutions de l'OIF, telles que le secrétariat général, les agences spécialisées, les programmes de coopération et les Sommets francophones.

b- Délimitation temporelle

Cette étude couvre la période allant de 1970 à 2018. L'année 1970, est justifiée par la création de l'Agence de coopération culturelle et technique, avec pour objectif la promotion de la langue française. L'année 2018 est une date marquante dans l'évolution de la Francophonie, le choix de cette période est motivé par un changement important au sein de la Francophonie, l'élection deLouise MUSHIKIWABO au poste de Secrétaire général et ressortissante du Rwanda, un Etat appartenant à un espace anglophone. Des transformations importantes vont voir le jour au sein de la Francophonie durant cet intervalle de temps, reflétant l'évolution du paysage politique, social et culturel de ses Etats membres. L'examen des dynamiques de changement dans ce délai spécifique permet une analyse ciblée de l'évolution de la Francophonie et de sa réponse aux besoins et aspirations changeants de ses Etats membres.

3- Intérêts du sujet

Dans un travail de recherche, l'intérêt consiste à préciser son originalité dans la mesure où la science se perpétue au fur et à mesure par un travail d'accumulation des connaissances26(*). D'ailleurs, d'après Schopenhauer « la tâche n'est point de contempler ce que nul n'a encore contemplé, mais de méditer comme personne n'a encore médité sur ce que tout le monde a devant les yeux »27(*). Nous passons donc en revue les intérêts scientifique (a) et pratique (b).

a- Intérêt scientifique

Notre sujet présente un intérêt scientifique pour sa capacité à faire une sociologie du changement dans les Organisations internationales. La particularité étant d'analyser les réformes institutionnelles observées au sein d'une Organisation internationale à vocation culturelle et désormais ouvert à d'autres champs (politique, économique, numérique, l'éducation et le développement durable). La Francophonie est confrontée à de nombreux défis, tels que la mondialisation, la montée en puissance d'autres espaces linguistiques et la diversité des cultures francophones. Les réformes institutionnelles au sein de la Francophonie ont un impact direct sur les politiques publiques des Etats membres, ainsi que sur la société civile francophone. Comprendre ces réformes permet d'évaluer leur efficacité, leur légitimité et leur pertinence pour les populations concernées.

b- Intérêt pratique

L'intérêt pratique de notre étude réside dans sa capacité à révéler l'utilité sociale et politique de cette Organisation, à travers son adaptation constante aux évolutions du monde. De plus, il vise à renforcer notre statut de spécialiste en la matière.

B- Elaboration de la problématique

Dans cette partie, nous allons nous questionner sur notre objet d'étude. La problématique implique alors « un ensemble construit, autour d'une question principale, des hypothèses de recherche et des lignes d'analyse qui permettrons de traiter le sujet choisi »28(*). Avec Raymond QUIVY et Van CAMPENHOUDT, « la problématique est l'approche ou la perspective théorique qu'on décide d'adopter pour traiter le problème posé par la question de départ »29(*). C'est aussi dire que c'est en fonction de la dynamique évolutive de la société que les problématiques se développent davantage30(*). Après avoir fait l'état de la revue de la littérature sur notre sujet (1), nous allons préciser le cadre théorique de l'étude (2), avant de construire notre question de recherche (3).

1- Revue de la littérature

Le début du voyage dans le monde de la recherche se heurte généralement à plusieurs obstacles dont la connaissance première31(*). L'étape de la revue de la littérature est capitale dans tout processus de recherche dans la mesure où elle nous permet de formuler une problématique solide en nous renseignant sur les écarts entre ce qui est connu et ce qui ne l'est pas, tout en permettant de construire l'objet de recherche32(*). C'est dans ce sens que, en ce qui concerne l'analyse de notre objet, il importe de présenter dans une approche critique et de manière non-exhaustive, les différents travaux qui ont été menés plus ou moins en rapport avec notre objet. Notre revue de la littérature s'inspire de plusieurs travaux scientifiques qui rendent compte du changement en relations internationales,que nous allons regrouper en trois tendances.

La première tendance est celle desréalistes sur le changement en relations internationales. Hans MORGENTHAU dans son ouvrage politicsAmong nations(1948)33(*), considéré comme l'un des textes fondateurs du réalisme, soutient que les relations internationales sont caractérisées par une lutte pour le pouvoir entre des Etats souverains rationnels. Il argumente que le changement dans les relations internationales est le résultat de changement dans la distribution du pouvoir entre les Etats. Le changement est souvent le résultat de l'utilisation de la force ou de la menace d'utilisation de la force par les Etats. Pour Kenneth WALTZ, le changement est plus susceptible de se produire lorsque la structure du système change, par exemple à la suite d'une guerre ou d'une révolution.

Dans The power and the international system34(*), Robert GILPIN, soutient que le changement est le résultat de l'ascension et du déclin des Etats hégémoniques. Pour lui, les Etats jouent un rôle crucial dans le maintien de l'ordre international. Cette vision réaliste du changement en relations internationales appliquée dans le contexte de la Francophonie peut être utilisée pour faire une analyse sur la manière dont les Etats membres utilisent la Francophonie comme moyen pour accroitre leur influence et poursuivre leurs intérêts nationaux. Face à l'homogénéisation culturelle, la Francophonie entend qu'acteur géoculturel dans la mondialisation, cherche à promouvoir la diversité culturelle et linguistique.

La deuxième tendance est celle libérale, dont la vision sur le changement en relations internationales est possible et souhaitable et peut être mené à bien par la coopération, la persuasion et l'engagement. Celle-ci s'appuie sur plusieurs hypothèses comme : « L'interdépendance »soutenu par Emmanuel KANT35(*) . Selon son approche, le changement s'opère par le fait que les Etats sont de plus en plus interconnectés et interdépendants, ce qui rend la coopération plus bénéfique que le conflit. Revenant à la Francophonie, c'est l'objectif pour ses Etats membres de créer des interconnections, par des normes et des valeurs partagées, que ceux-ci se sont constitués en organisation pour favoriser l'interdépendance des uns envers les autres. L'autre hypothèse avancée par la tendance libérale est celle du pouvoirdesindividusetdesidées, qui d'après John LOCKE36(*)peuvent jouer un rôle important dans la promotion du changement.

Les libéraux préconisent une variété de stratégies pour promouvoir le changement dont la diplomatie et la négociation, le commerce et l'investissement, l'aide au développement, la promotion de la démocratie et des droits de l'homme. John STUART MILL37(*) a développé une vision du changement qui met l'accent sur le pouvoir des idées et du commerce libre pour promouvoir la paix et la prospérité, d'après lui, les idées ont le pouvoir de changer le monde y compris les relations entre les nations. Il a soutenu que la diffusion des idées libérales, telles que la liberté individuelle, la démocratie et l'état de droit, conduirait à un monde plus pacifique et plus prospère. Le changement en Francophonie selon cette tendance s'observe par le fait que la Francophonie soit favorable à une coopération renforcée entre les pays francophones dans des domaines tels que l'éducation, la culture, le commerce et le développement, afin de favoriser le partage des meilleures pratiques et de promouvoir le progrès commun. Faire une lecture du changement à partir de cette tendance revient également à promouvoir la diversité linguistique et culturelle au sein de la Francophonie, en mettant en avant la richesse des différentes cultures francophones à travers le monde.

Le troisième débat sur le changement en relations internationales est celui des constructivistes, dont une approche holistique permet de comprendre le changement. Les constructivistes s'intéressent à la manière dont les idées, les normes et les identités façonnent la structure du système international et les actions des acteurs étatiques et non étatiques.38(*) Selon cette tendance, le changement en RI n'est pas simplement le résultat de forces matérielles ou de lois de la nature. Il est plutôt le produit d'interactions sociales complexes entre les acteurs qui cherchent à comprendre et à interagir les uns avec les autres dans un monde en évolution constante (Alexander WENDT). Ce dernier soutient également que le changement est construit socialement à travers les interactions et les normes partagées entre les acteurs internationaux. Les Etats construisent l'anarchie internationale en se définissant les uns les autres comme amis, ennemis ou neutres.

WENDT identifie trois mécanismes principaux par lesquels le changement se produit dans les relations internationales notamment : Latransformationdesidentités, les Etats peuvent changer leur identité en adoptant de nouvelles normes, en s'engageant dans de nouvelles pratiques ou en interagissant avec d'autres Etats de manière différente ; La socialisation, les nouveaux Etats sont socialisés dans les normes et les identités existantes du système international ; L'idéation, de nouvelles idées peuvent émerger et se diffuser, ce qui peut conduire à des changements au niveau des normes et les identités des Etats.39(*) Martha FINNEMORE s'est intéressée au rôle des idées dans le changement en RI, elle soutient que les idées peuvent se diffuser à travers les réseaux d'acteurs et influencer les politiques nationales et internationales.La tendance constructiviste a joué un rôle important dans les transformations vécues par la Francophonie ente 1970 et 2018. Elle a contribué à l'évolution des pratiques pédagogiques, à la promotion du dialogue interculturel et à la réflexion sur la gouvernance démocratique. Malgré les défis rencontrés, son influence continu de se manifester dans les divers espaces francophones, invitant à repenser continuellement les processus d'apprentissage, de développement culturel et de participation citoyenne.

Notre réflexion s'inscrit d'une part dans lalogiqueréaliste, dans la mesure où,elle amèneà faire une analyse des dynamiques de changement en Francophonie, en accordant une importance particulière sur les intérêts des Etats membres, les rivalités de pouvoir et les jeux des acteursau sein de l'organisation. Il s'agit d'examiner comment certains Etats membres utilisent leur influence au sein de l'Organisation, font des arrangements pour parvenir au changement qui n'est pas le produit d'une décision unilatérale. D'autre part,latendanceconstructiviste,nous positionne sur l'impactdes idées, des discours, des normes culturelles et des identités partagées, qui façonnent les interactions entre les Etats de l'espace francophone. En clair, elle permet d'examiner comment les discours sur la diversité linguistique, la solidarité francophone et les valeurs partagées influencent le comportement des acteurs dans les processus qui contribuent à modeler les dynamiques de changement.Cet essai de démarcation nous permet d'élaborer la question qui meublera notre recherche.

2- Cadre théorique de l'étude

La définition d'un cadre théorique est l'étape qui permet d'insérer les travaux dans la communauté scientifique. De ce fait, il est composé d'une ou plusieurs théories. Pour Gordon MACE et François PETRY, l'approche théorique renvoie à « (...)un ensemble intégré de concepts et de sous-concepts que l'on tente habituellement d'utiliser pour mieux structurer l'explication de la réalité observable »40(*). Dans le cadre de notre étude, nous mobiliserons trois théories des relations internationales dontle néo-institutionnalisme (a), le constructivisme (b) et le néoréalisme (c).

a- Le néo-institutionnalisme

L'analyse des institutions est une variable déterminante pour rendre compte de la manière dont les intentions des acteurs sont continuellement influencées par l'environnement social. Le néo-institutionnalisme émerge suites aux critiques faites à l'institutionnalisme dans les années 1960 et 1970 qui sacralisait les institutions dans une logique descriptive et formaliste tout en les positionnant au centre des changements. Il s'agit d'une « approche traditionnelle des systèmes politiques à partir d'une étude formelle des institutions politiques (le parlement, le gouvernement, etc.) »41(*). Ainsi dit, le néo-institutionnalisme est né en 1984 aux Etats-Unis d'Amérique où l'on assiste à « (...) une redécouverte du rôle des institutions dans les sciences sociales, ou en tout cas, en science politique (...) »42(*).

Parmi ses figures marquantes nous avons James MARCH et Johan OLSON mais aussi Peter HALL, Rosemary TAYLOR et Sven STEINMO. Les travaux de ces auteurs se rejoignent sur le fait que « les institutions sont des règles. Ces règles peuvent être des règles constitutionnelles formelles, définissant par exemple les formes de systèmes présidentiels ou parlementaires, ou bien des règles plus informelles, comme les normes de comportement. Ainsi, les institutions désignent les acteurs qui participent aux décisions politiques, leur rôle respectif et même la façon dont ils doivent se comparer dans le processus politique »43(*). Dans une conception davantage claire, les institutions sont des « règles, procédures ou normes formelles, mais [aussi] les systèmes de symboles, les schémas cognitifs et les modèles moraux qui fournissent les cadres de signification guidant l'action humaine»44(*). Elle va remettre en avant les institutions au centre des analyses avec cette fois ci une approche plus large. Le néo-institutionnalisme se décline en quatre variantes que sont la variante discursive, du choix rationnel, celle historique et celle sociologique. Dans le cadre de notre travail nous nous attardons principalement sur le néo-institutionnalisme sociologique et historique.

Lenéo-institutionnalismesociologique, est une variante née à partir de la sociologie des Organisations. Les institutions ici sont des porteuses de système de sens tout en structurant la vie sociale et politique tout comme le comportement des acteurs45(*). Le néo-institutionnalisme sociologique s'intéresse aux routines et aux cadres d'interprétation institutionnalisés qui permettent de comprendre les logiques d'action46(*). C'est dire que les institutions sont la conséquence des normes et modèles sociaux dominants47(*). Les institutions se conforment aux normes sociales et s'adaptent nécessairement aux différentes situations qui peuvent être changeantes. Au niveau des organisations internationales, il s'agit d'un processus d'adaptation et de socialisation permanents concourant à leur légitimité48(*). Nous sommes en présence d'un « apprentissage social qui permet aux institutions de se renouveler et s'adapter aux situations sur le terrain »49(*).

Dans le cadre de notre étude, cette variante nous renseigne sur, comment les institutions francophones ont évoluées, comment elles ont répondu aux défis et aux besoins changeant des pays membres, et comment elles ont influencé les politiques et les pratiques au sein de l'espace francophone. Cela incluent l'examen des processus par lesquels les institutions naissent ou se modifient, et comment elles façonnent les intérêts et les préférences des acteurs impliqués.

Le néo-institutionnalisme historique, c'est une approche pour l'étude des institutions politiques qui se distingue des autres sciences sociales50(*) par plusieurs aspects : son attention sur les questions empiriques, son orientation historique et sa focalisation sur la façon dont les institutions structurent le paysage politique. En fait, il s'agit de situer les évènements en fonction des conjonctures nationales et internationales, d'où l'évaluation empirique des institutions et de leurs moyens d'action sur les Etats membres. En outre, une autre approche est mise en exergue ici par Georges BALANDIER qu'il appelle la puissance des dynamiques sociales à travers les institutions51(*).

Il s'agit donc pour les adeptes de cette variante, de se focaliser sur des bornes historiques, représentant des marqueurs de l'émergence et des différents aménagements des institutions. Ceux-ci expliquent que « les institutions sont créées durant certaines conjonctures favorables. Ces périodes d'innovation sont ensuite suivies de période de consolidation. Durant ces périodes, les institutions se reproduisent jusqu'à ce que des chocs exogènes provoquent de nouveaux déséquilibres entrainant de nouvelles innovations »52(*). En revanche, deux chemins s'ouvrent pour l'explication de la stabilité : la dépendance de sentier et la sédimentation.Le plus ancien et le plus répandu auprès des institutionnalismes historiques c'est la dépendance de sentier.

Elle renvoie à l'idée que la création d'institutions et des intérêts qu'elles produisent sont acquises et simples, mais que les supprimer ou les éliminer devient plus complexe. Les conditions de la longévité ou de la durée des institutions se trouvant dans les mesures mises en place qui concourent à leur reproduction. Ainsi, à la base de leur création, on peut noter quelques flottements, ou quelques imperfections ou insuffisances, qui seront progressivement améliorées, permettant à celles-ci de survivre aux différents chocs extérieurs et internes. La tendance de sédimentation, une autre manière de comprendre la stabilité des institutions, permet de comprendre que, au lieu de modifier les règles ou les objectifs, les institutions recourent souvent à l'adaptation par l'agrégation de nouvelles micro-institutions à l'interne qui viennent ainsi renforcer celles déjà existantes.

Ramené dans le cadre de notre analyse, le néo-institutionnalisme historique permet d'expliquer comment les institutions de la francophonie ont évolué au fil du temps, en tenant compte des rétroactions politiques et des influences mutuelles entre les pays membres. Il s'intéresse aux phénomènes de changements et de continuités des politiques publiques, ce qui est essentiel pour comprendre les réformes institutionnelles sur une période prolongée.

b) Le constructivisme

La théorie du constructivisme s'inspire du constructivisme social, une école de pensée née en sociologie dans les années 1960. En relations internationales, le constructivisme est apparu à la fin des années quatre-vingt. Cette approche est considérée comme faisant partie des théories critiques nées à la suite du troisième débat dans la discipline des relations internationales53(*). Elle a été adoptée au champ des relations internationales par des auteurs tels que, Alexander WENDT, Nicholas ONUF, Peter KATZENSTEIN, Michael BARNETT, Kathryn SIKKINK, John RUGGIE et Martha FINNEMORE. Nicholas ONUF fut sans doute le premier à l'utiliser dans son ouvrage intitulé World of ourmaking54(*).

Alexander WENDT, l'un des théoriciens du constructivisme, envisage «  la structure du système international dans une dimension idéelle : un ensemble de valeurs plus ou moins partagées par les gouvernants »55(*).En d'autres termes, l'approche de WENDT, insiste sur le caractère social de la réalité internationale et implique le fait que les relations entre acteurs internationaux ne seraient être régies uniquement par la recherche de la sécurité mais comprend aussi la création, le respect et la mise en vigueur des normes, qui sont souvent intériorisées pour faire partie de l'identité des acteurs. Cette théorie se décline sur quelques grands traits dont, lesidées, lesnormesetvaleurs partagées. La politique mondiale se présente comme étant guidée par des idées partagées, des normes et des valeurs entre les différents acteurs internationaux.

Le constructivisme met l'accent tout d'abord sur l'aspect social de l'existence humaine et l'influence des interactions sur le comportement des acteurs. Deuxièmement sur lerôleconstitutifdelastructureidéelle, la structure idéelle ou l'espace intersubjectif, influence la définition des intérêts et des identités des acteurs dans un processus d'interactions. Les théories rationalistes se différencies de cela car considèrent les intérêts des Etats comme constants. Et enfin sur lesinteractionsentrestructureetacteurs, la structure idéelle et les acteurs se définissent et se constituent mutuellement. Les acteurs peuvent influencer et transformer la structure par leurs actions, ce qui peut mener à des changements dans les pratiques sociales.La théorie du constructivisme, nous amène dans le cadre de notre étude à mener une analyse approfondie sur les interactions entre les différents acteurs, qui façonnent et transforment les institutions francophones par leurs actions et discours, dans le processus de réformes institutionnelles qui ont favorisées le changement en Francophonie. Cette théorie permet donc de percevoir les réformes institutionnelles comme des constructions répondant à des besoins changeants ou des visions renouvelées des différents acteurs.

c- Le néoréalisme

Le néoréalisme est une théorie des relations internationales qui s'est développée à la fin des années 1970 comme une réponse au réalisme classique. Il s'agit de l'approche dominante dans le domaine, depuis les années 1980. Hans MORGENTHAU est considéré comme le père du néoréalisme, il a développé les principes de base de la théorie dans son ouvrage politicsAmong Nations (1948), Kenneth WALTZ a contribué à formaliser la théorie dans son ouvrage Theory of international politics56(*) (1979), cet ouvrage fut très vite érigé en manifeste du néoréalisme57(*). Le néoréalisme est un courant théorique important dans le domaine des relations internationales et se distingue du réalisme classique par son approche structuraliste. La théorie néoréaliste amène à comprendre que la structure anarchique du système international est le principal déterminant du comportement des Etats, c'est la structure même de l'ordre international dépourvu de toute autorité souveraine au-dessus des Etats, qui crée un environnement où la sécurité devient la préoccupation principale des Etats.Le néoréalisme postule l'autonomie du politique, ce qui conditionne la possibilité de construire une théorie58(*).

La théorie du néoréalisme offre un cadre d'analyse pertinent pour comprendre comment la Francophonie depuis sa création en 1970, s'est développée dans un environnement mondial marqué par des rivalités de puissance (guerre froide) et des évènements mondiaux ( décolonisation, mondialisation, montée de nouvelles puissances et l'émergence de nouveaux espaces linguistiques). Elle permet de percevoir les réformes institutionnelles de la Francophonie comme une réponse des Etats membres aux configurations géopolitiques du système international, pour renforcer la position de l'Organisation sur la scène internationale.

3- Question de recherche

Une question de recherche est l'axe central de la recherche autour duquel, le chercheur montre de façon logique et évidente les questions saillantes de sa recherche c'est-à-dire les préoccupations directrices de son étude. Ainsi, à partir de ces remarques préliminaires, on peut se poser tour à tour une question principale et deux questions secondaires.

Ø Question principale : Qu'entend-t-on par changement et comment s'est-il opérationnalisé dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie, de 1970 à 2018 ?

Ø Questions secondaires :

- Quels ont été les principaux déterminants ayant favorisé ce changement ?

- Quelles ont été les résistances à ces changements et les enjeux subséquents ?

4- Hypothèses de recherche

Dans cette étape de la recherche, nous formulons des réponses que nous allons confronter à la réalité. Pour Raymond QUIVY et Van CAMPENHOUDT, « une hypothèse est donc une proposition provisoire, une présomption, qui demande à être vérifiée »59(*). Gordon MACE et François PETRY vont dans le même sens lorsqu'ils envisagent l'hypothèse « comme une réponse anticipée que le chercheur formule à sa question spécifique de recherche »60(*) Il nous faut donc opérer à une vérification par la comparaison des faits61(*). Nous avons ainsi une hypothèse principale et deux hypothèses secondaires.

Ø Hypothèse principale 

La Francophonie a connu un processus de changement institutionnel caractérisé par des séquences de réformes successives, avec pour effet la transformation des systèmes de politiques publiques institutionnalisées au sein de cette organisation.

Ø Hypothèses secondaires 

- Les déterminants qui ont favorisé le changement en Francophonie sont multiples et reflètent l'évolution dynamique de cet espace.

- Les principaux enjeux et résistances à la mise en oeuvre des réformes institutionnelles en Francophonie résident dans la diversité des intérêts des Etats membres, ce qui a entrainé des réponses hétérogènes, et parfois conflictuelles aux initiatives de réformes.

III- Considération méthodologique sur l'objet d'étude

Pour Michel BEAUD, un travail de recherche ne peut être réalisé sans faire usage dela méthode.62(*) C'est grâce à elle que l'on affine notre réflexion théorique et notre travail de terrain.63(*) Nous nous attarderons d'abord sur la méthode qui nous permet d'analyser les données (A), ensuite sur les techniques de collecte des données (B) et enfin l'organisation de la recherche (C).

A- La méthode qualitative

Cette méthode privilégie la recherche du sens, à donner une explication logique aux interactions à l'oeuvre dans notre étude. Elle se veut alors explicative. Elle nous permettra donc de comprendre et d'expliquer le changement en Francophonie et son opérationnalisation dans la trajectoire institutionnelle de l'organisation de 1970 à 2018.

B- Techniques de collecte des données

Dans le cadre de cette étude, nous optons d'avantage pour des données secondaires recueillies à partir des documents officiels et rapports,ainsi que sur des sites web crédibles. Certaines données primaires vont être recueillies pour compléter les données secondaires. Nous privilégierons donc l'analyse documentaire (1), l'observation indirecte ou non participante (2).

1- L'analyse documentaire

Cette technique nous a permis d'aborder des questions qui ont été traitées bien avant nous dans le champ scientifique. Il s'est agi pour nous de consulter des ouvrages, des articles de revues scientifiques, des rapports, des discours et documents officiels, mais aussi des documents audiovisuels. Dès lors, les sources documentaires recueillies dans les bibliothèques de la ville de Yaoundé ainsi que dans la bibliothèque numérique de l'université Jean Moulin Lyon 3, nous ont permis de mieux appréhender notre sujet.

2- L'observation indirecte ou non participante

La technique d'observation constitue à notre sens un geste élémentaire de collecte des données. Elle permet d'observer des thèmes découlant du cadre théorique opérationnalisé, pour nous permettre d'orienter notre observation vers la collecte de données qui donneront l'opportunité de corroborer ou de réfuter l'hypothèse de recherche. Ainsi, il s'agira tout au long de notre travail d'observer les changements concrets qu'a connus la Francophonie à partir des réformes institutionnelles qu'elle a subit. Cetteobservation se veut indirecte car nous sommes en quelque sorte des spectateurs désengagés, nous situant en marge des interactions qui se déroulent entre les acteurs qui participent à la construction de notre objet.

C- Organisation de la démonstration

Au regard de tout ce qui a été dit, nous articulerons notre travail de recherche autour de deux grandes parties. Dans un premier temps, nous présenteronslesdiversdéterminantsduchangementenFrancophoniede1970à2018(Première Partie), dans un second temps nous allons ressortir LesenjeuxetlesrésistancesdelamiseenoeuvreduchangementdanslatrajectoireinstitutionnelledelaFrancophonie(Deuxième Partie).

PREMIERE PARTIE: LES DIVERS DETERMINANTS DU CHANGEMENT EN FRANCOPHONIE DANS LA PERIODE 1970 à 2018

L'Organisation internationale de la Francophonie est un espace de coopération multilatérale fondé sur le partage de valeurs universelles comme la démocratie, la paix, la solidarité, les droits de l'homme et sur le partage d'une langue commune. Dans une dynamique d'adaptation au système international, l'Organisation manifeste une volonté dedevenir plus efficace et pertinente en tant que acteur sur la scène internationale.La Francophonie doit donc relever de nombreux défis, connaitre de nombreuses transformations. Ces dernières se sont matérialisées sous le prisme de nombreux déterminants marquant la volonté de l'Organisation à subir des changements qui lui permettront d'atteindre l'efficacité souhaitée.Pour saisir les différents défis auxquels la Francophonie a dû faire face dans sa dynamique de changement, il est donc important de s'interroger sur les divers repères qui ont amené la Francophonie à subirdes changements tout au long de cette période.

Il importera tout d'abord dans un premier chapitre, de comprendre les repères structurels du changement en Francophonie (Chapitre 1), puis dans un second, de démontrer comment le changement qui s'est opéré en Francophonie est le produit d'une adaptation à la conjoncture internationale (Chapitre 2).

Chapitre1 : Lesrepères structurels du changement en Francophonie

Le changement qui s'est opérationnalisé en Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018 s'est appuyé tout d'abord sur des repères, notamment structurels, qui ont rendus l'Organisation favorable aux nouvelles dynamiques du système international.La Francophonie est un espace linguistique et culturel en constante évolution. Cette évolution pousse celle-ci à vouloir s'adapter aux nouvelles dynamiques. Dans cet objectif d'adaptation, la Francophonie fait face à des défis majeurs notamment la montée des autres espaces linguistiques, la mondialisation et les nouvelles configurations géopolitiques mondiales. Le français est reconnu comme langue de travail par la plupart des Organisations internationales, mais son statut est menacé notamment au sein de l'Union Européenne64(*). Le défi pour l'OIF à ce niveau est de défendre et promouvoir le multilinguisme dans les instances internationales. La Francophonie cherche à s'adapter à l'évolution du monde tout en gardant ses valeurs dont la solidarité, les droits de l'Homme, la démocratie, la diversité culturelle et le droit à l'éducation.

La Francophonie est une mosaïque de cultures et de langues65(*), le défi pour l'organisation est de préserver la diversité, en favorisant l'unité entre ses membres. Il est nécessaire pour l'Institution de promouvoir la diversité des expressions culturelles et la protection des langues partenaires du français66(*). Dans ce processus d'adaptation, la Francophonie doit continuer à jouer un rôle actif dans la construction de la paix et de la sécurité à travers des missions d'appui (technique, politique et d'accompagnement dans les processus électoraux). Ainsi, pour comprendre comment les repères structurels ont contribués au changement en Francophonie, nous allons tout d'abord analyser le rôle de la mondialisation et l'émergence de nouvelles puissances francophones (Section 1), par la suite, nous verrons comment les autres repères structurels comme les transformations démographiques et l'évolution des TIC ont impacté dans ce processus de changement (Section 2).

SectionI : Lamondialisationetl'émergencedenouvellespuissancesfrancophonescommerepèresstructurels

La mondialisation et l'émergence de nouvelles puissances francophones ont joué un rôle crucial dans le changement en Francophonie surtout comme repères structurels. La mondialisationa permità la Francophonie de se transformer progressivement en un outil de coopération multilatérale, d'abord culturelle et linguistique, puis politique, embrassant tous les défis contemporains dont le développement durable, la solidarité, le numérique, l'insertion professionnelle des jeunes et l'égalité femmes-hommes.67(*) L'émergence de nouvelles puissances francophones est liée à la dynamique de croissance de la population africaine.En effet, il s'agit de démontrer tout au long de cette section comment la mondialisation et l'émergence de nouvelles puissances ont été déterminantes dans le changement en Francophonie, en faisant tout d'abord une analyse de la mondialisation comme conjoncture d'accélération du processus de changement (Paragraphe1) et ensuite l'émergence de nouvelles puissances francophones comme moteur du changement (Paragraphe 2).

Paragraphe1 : Lamondialisationcommeconjonctured'accélérationduprocessusdechangementenFrancophonie

Pour Philippe MOREAU DEFARGES, la mondialisation est un processus d'européanisation du monde qui a débuté il ya 2000 ans et qui implique l'explosion de nouveaux conflits entre sesdifférents acteurs.68(*) La définition qui retient notre attention est celle d'Olivier DOLLFUS, « La mondialisation c'est l'échange généralisé entre les différentes parties de la planète, l'espace mondiale étant alors l'espace de transaction de l'humanité »69(*). Cette définition nous amène à mettre en lumière l'impact que la mondialisation en tant que conjoncture a eu dans la dynamique de changement observée en Francophonie. Pour Jean TABI MANGA, « La mondialisation est une composante de la mémoire historique de la Francophonie. La Francophonie n'est pas contre le mouvement mondialiste. Mais, elle peut en contester le sens et la direction. Et, ce faisant, elle peut construire et proposer une appréhension différente de la mondialisation en l'accordant à son imaginaire, à sa culture et à son ordre de valeurs »70(*).

Par cette affirmation de Jean TABI MANGA, nous pouvons rendre compte du fait que la mondialisation dans le contexte de la Francophonie ne s'est pas opérationnalisée de la même manière que dans les autres Organisations internationales, dans la mesure où la Francophonie s'est accommodée à la mondialisation en préservant ses valeurs historiques. La mondialisation s'est donc opérationnalisée en Francophonie par une lente mutation de la structure idéelle (A) et par un élargissement continu des Etats membres au sein de la Francophonie (B).

A- LalentemutationdelastructureidéelledelaFrancophonie

Le terme « francophonie » est apparu vers la fin du XIXe siècle sous la plume du géographe français Onésime RECLUS, pour décrire l'ensemble des pays et des personnes ayant le français en partage. Son sens commun est acquis lorsque quelques décennies plus tard, l'on observe la prise de conscience de l'existence d'un espace linguistique partagé, favorable à l'enrichissement mutuel et aux échanges. Des écrivains vont initiés le processus à partir de 1926 avec la création de l'Association des écrivains de langue française (ADELF), une association qui regroupe en son sein des écrivains partageant la langue française dans le but d'étendre la portée de cette langue par les écrits. En 1950, des journalistes réunis autour de l'Union internationale des journalistes et de la presse de langue française devenue Union de la presse francophone (UPF)71(*), une Organisation qui amène la presse francophone à s'émanciper par le partage d'expériences des uns envers les autres du même espace.

Sous l'effet de la mondialisation, vont émerger des idées rendant la Francophonie propice à une plus grande ouverture associative, avec notamment la naissance de la première institution intergouvernementale francophone en 1960, sous la dénomination de Conférence des Ministres Francophones en charge de l'Education (CONFEMEN) regroupant dès sa mise sur pied 15 pays. Cette conférence ministérielle se réunit pour des orientations dans le domaine de l'éducation et de la formation au service du développement des Etats qui la constitue.

Dans cet élan de construction de sa structure idéelle, dès 1970, les Etats africains nouvellement indépendants, auront l'initiative, sous l'impulsion de Léopold SEDAR SENGHOR de mettre sur pied « une communauté organique »72(*), rassemblant les Etats et gouvernements qui partagent le français. Le 20 mars 1970 à Niamey, se tient la signature de la Convention portant création de l'ACCT par les représentants de 21 Etats et gouvernements. Cette Organisation intergouvernementale est fondée autour du partage de la langue française. La mission dès la création de cette Agence de coopération est de promouvoir et favoriser la diffusion culturelle de ses Etats membres et d'intensifier la coopération culturelle et technique entre ceux-ci. Pour mettre la langue française au service du rapprochement des peuples, par le dialogue des civilisations, l'ancien président du Sénégal Léopold SEDAR SENGHOR met en oeuvre ce projet de création d'une Francophonie institutionnelle avec la participation de ses homologues le tunisien Habib BOURGUIBA, le nigérien Hamani DIORI et le prince cambodgien Norodom SIHANOUK.

L'évolution de l'initiative francophone va continuer son chemin avec la mutation de l'ACCT, qui deviendra en 1998 l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) dans l'objectif de donner une dimension politique à cette Organisation autrefois culturelle. En 2005 suite aux réformes institutionnelles adoptées à la Conférence ministérielle à Antananarivo (Madagascar), l'AIF devient Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avec pour ambition de s'étendre plus politiquement.C'est sur cette dernière que l'on observe l'émergenced'une nouvelle francophonie orientée vers de nouveaux objectifs et valeurs, guidés par une configuration du système international en plein essor, sous l'effet de la mondialisation. L'OIF dans un monde globalisé va se déployer par le biais de ses institutions, qui prennent corps dès le premier Sommet de l'Organisation marquant la naissance de la « Francophonie politique »73(*). Ces institutions peuvent être analysées à partir de deux niveaux stratégiques d'intervention selon Jean TABI MANGA74(*). Il s'agit notamment des niveaux politique et opérationnel. Parmi les instances politiques de la Francophonie nous avons :

- La Conférence des Chefs d'Etats et de gouvernement

Elle est communément appelée « Sommet de la Francophonie », c'est l'instance politique suprême de l'Organisation. Elle se tient tout les deux ans, présidée par le Chef d'Etat ou de gouvernement du pays hôte jusqu'au prochain Sommet. C'est lors de ces Sommets que les initiatives de réformes sont prises, selon les besoins de l'Organisation premièrement et des membres par la suite.

- La Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF)

Elle assure la continuité politique du Sommet de la Francophonie. Les Etats membres ou observateurs y sont représentéspar leur ministre75(*). Cette instance a pour rôle d'assurer la bonne exécution des décisions arrêtées lors d'un Sommet et se tient une fois par an. Elle adopte également la répartition du Fonds multilatérale unique, le budget et aussi les rapports financiers de l'Organisation internationale de la Francophonie.

- Le Conseil Permanent de la Francophonie (CPF)

Le CPF est en charge de la préparation et du suivi des Sommets sous l'autorité de la CMF et présidé par le Secrétariat général de la Francophonie. Il est composé des représentants personnels des Chefs d'Etats ou de gouvernement participants aux sommets. Le CPF se tient plusieurs fois en une année en session, soit ordinaire ou extraordinaire (En cas de crise au sein de l'un des Etats membres de la Francophonie). Le CPF est la nouvelle appellation de l'ancien CIS (Conseil International de Suivie) à l'issue du Sommet de Chaillot en 1986.

- Le Secrétariat général de la Francophonie

Il assure le gouvernement général ou le pilotage de l'Organisation Internationale de la Francophonie76(*). Il comprend un secrétariat, instances et des conférences, un Conseil de la coopération ou sont distingués et précisés les champs stratégiques d'interventions prioritaires des différents opérateurs77(*). Le secrétariat général assure la bonne tenue des sessions des instances de la Francophonie et préside le Conseil permanent de la Francophonie (CMF). C'est l'organe qui assure un lien direct entre le dispositif opérationnel et les instances de l'Organisation. Le Secrétariat est dirigé par un Secrétaire général élu par les Chefs d'Etats et de gouvernement pour quatre ans lors des Sommets.

Nous distinguons également au sein de la Francophonie des instances de niveau opérationnel représentées par les Opérateurs directs qui sont au nombre de quatre. Nous avons l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) qui est un réseau mondial constitué des établissements de recherche et d'enseignement supérieur francophone, opérateur chargé de diffuser les valeurs de la Francophonie orienté vers l'éducation et la formation. TV5, c'est la chaine francophone de télévision qui est une initiative renforçant la coopération francophone. L'Association internationale des maires francophones (AIMF), c'est un réseau réunissant les maires de villes des pays francophones. Enfin l'Université Senghor d'Alexandrie qui est une université internationale au service du développement africain.

Ces opérateurs sont d'une importance cruciale dans la promotion des valeurs de la Francophonie, notamment la promotion de la langue française, de la diversité culturelle et linguistique, de la recherche, de la formation et aussi de la solidarité au sein de l'espace francophone.Tels ont été les processus ayant guidés l'Organisation internationale de la Francophonie à se construireà partir des interactions menées par les différents acteurs, qui ont fais émerger des idées amenant l'Organisation à évoluer et s'adapter, aux évolutions contemporaines sous l'effet de la mondialisation.

B- ElargissementcontinudesEtatsmembresdelaFrancophonie

L'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), créée en 1970 va connaitre une expansion significative depuis lors. Comptant 21 Etats et gouvernement membres dès sa création, la francophonie va s'élargir continuellement au point d'atteindre un nombre de 88 Etats membres en 2019. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet élargissement, la promotion des valeurs de la francophonie telles que la langue française, la diversité culturelle et linguistique, la paix, les droits de l'homme, la démocratie, l'éducation, la recherche et le développement durable sont les principaux facteurs ayant intéressés de nombreux pays à adhérer au sein de l'Organisation. La Charte réaménagée, adoptée lors du Sommet d'Hanoi78(*) qui a étendue les fonctions de la Francophonie au développement de la coopération entre ses pays membres est également un facteur de cette expansion.

Cependant, des préoccupations se soulèvent quant à l'expansion accélérée des pays et gouvernements membres de l'OIF, notons que certains Etats membres de la Francophonie entretiennent un rapport lointain ou inexistant avec la langue française. En 2018, la francophonie comptait 54 membres, 7 membres associés et 27 observateurs79(*). Parmi les membres figurent des pays comme le Cameroun, la France, le Canada, le Maroc, le Sénégal, la Tunisie pour ne citer que ceux-ci. Les membres associés sont constitués des pays comme les Emirats arabes unis, le Qatar et la Serbie, le Chypre, le Kosovo, le Ghana et la Nouvelle-Calédonie (France). Pour ce qui est des observateurs, nous avons les pays comme l'Argentine, la Corée du Sud, la Croatie, l'Autriche, Canada-Ontario, Mexique, Louisiane, Thaïlande, Ukraine, etc.

Il est intéressant de noter que la Francophonie connait une influence croissante sur la scène internationale mondialisée. Cette influence peut s'expliquer de par le fait que cet élargissement continu des Etats membres de la Francophonie reflète des dynamiques géopolitiques et culturelles mondiales. Et aussi par le fait de l'adhésion des pays qui n'ont ni le français comme langue officielle ni un lien historique avec l'Organisation. Les Statuts et modalités d'adhésion à la Conférence des Chefs d'Etats et de gouvernement des pays ayant le français en partage80(*), est le texte normatif de cette adhésion des différents pays au sein de la Francophonie. A la lecture de ces textes, le constat est celui selon lequel, les membres de plein droit, les membres associés et les observateurs ne jouissent pas du même statut au sein de l'Organisation.La procédure d'adhésion diffère également pour les membres associés et observateurs de celle des membres de plein droit.

Les premiers paragraphes du Chapitre 2 des Statuts et modalités d'adhésion portant sur les procédures d'adhésion dispose, au premier paragraphe « Toute nouvelle demande d'adhésion en qualité d'observateur ou de membre associé doit être introduite par une lettre du Chef de l'Etat ou du gouvernement intéressé (...) Cette demande, accompagnée d'un dossier circonstancié de candidature, doit être disposée au moins six mois avant la tenue du Sommet. Elle est aussitôt communiquée au Secrétaire générale de la Francophonie pour instruction »81(*). Tel est l'un des textes adoptés par la Francophonie dans le processus d'élargissement de ses Etats membres.C'est à partir de ces différents textes que l'Organisation internationale de la Francophonie va s'ouvrir aumonde, en intégrant en son sein des pays et gouvernementsn'ayant pas la langue française en partage mais partageant les valeurs de l'Organisation. La mondialisation a apporté à la Francophonie les acquis nécessaires pour devenir efficace et pertinente en favorisant l'adhésion d'une pléthore d'autres pays partageant l'initiative francophone et ses valeurs.

Paragraphe2 : L'émergencedenouvellespuissancesfrancophones commemoteurduchangementenFrancophonie

L'émergence de nouvelles puissances francophones au sein de la Francophonie est un phénomène reflétant les dynamiques changeantes de la géopolitique mondiale. Ces évolutions géopolitiques jouent un important rôle dans l'adaptation de l'Organisation internationale de la Francophonie à la conjoncture internationale. L'évolution de certains Etats francophones comme la Cote d'Ivoire, le Maroc, le Sénégal entre autres sur la scène internationale peut inclure de faire une analyse de leur croissance sur le plan économique, diplomatique, culturelle et de leur participation aux Organisations internationales. L'on peut également relever le rôle joué par le Québec dans l'émergence de la Francophonie en tant qu'acteur international, il a développé ses relations internationales plus que tout Etat non souverain et l'axe franco-québécois a été le moteur de son émergence sur la scène diplomatique82(*).

Nous allons analyser dans ce paragraphe comment l'émergence de nouvelles puissances francophones comme moteur du changement en Francophonie, a suscité une influence des pays en développement dans l'équilibre des pouvoirs au sein de la Francophonie (A) et à contribuer au renforcement de la solidarité Sud-Sud comme facteur déterminant des choix stratégiques de la Francophonie (B).

A-L'influencedespaysendéveloppementdansl'équilibredespouvoirsauseindelaFrancophonie

L'arrivée au sein de la Francophonie dès 1970 des puissances occidentales comme la France, le Canada et la Belgique, va contribuer à l'accélération du processus de changement entamé par l'institution. Le poids de ces puissances au sein de l'Organisation, peut se justifier soit par leur position stratégique sur la scène internationale, soit par leur influence. Ces puissances se démarquent également par leur capacité à la promotion et la diffusion de la langue française dans le monde, mais aussi par leur participation importante au budget de la Francophonie. La France par exemple est le premier pays contributeur au sein de la Francophonie suivie du Canada et enfin de la Belgique.

Ces différentes puissances ont jouées d'importants rôles dans l'évolution de l'OIF, mais l'impact ou l'influence des pays en développement dans l'équilibre des pouvoirs au sein de la Francophonie n'est pas négligeable. Le projet francophone initié autour du partage de la langue française en 1970, a été l'oeuvre des Etats africains. Ces derniers pèseront de leur poids pour faire évolué l'Organisation. D'ailleurs, le tout premier à prendre la tête du Secrétariat général, l'institution clé, est un africain en la personne de l'égyptien Boutros Boutros GHALI, élu le 16 novembre 1997 lors du VIIe Sommet de la Francophonie à Hanoi au Vietnam, a sa suite, ABDOU DIOUF, fera trois mandats. L'occupation de l'institution clé par les africains dès le départ montre une certaine influence africaine. L'Afrique va tenir les rênes de l'Organisation jusqu'à la succession de l'ex président sénégalais par une puissance occidentale en l'occurrence, le Canada.

En 2014, un changement reflétant une période de transition à la tête du Secrétariat général de la Francophonie, marquant la rupture de l'influence africaine au sein de l'Organisation pour une période. La canadienne Michaëlle JEAN prend le poste deSecrétaire générale, elle devient ainsi la première femme élue à ce poste. L'influence des pays en développement majoritairement africains dans l'équilibre des pouvoirs au sein de la Francophonie va conduire à l'élection d'une seconde femme au poste de Secrétaire général de la Francophonie en 2018. Cette élection marque le repositionnement de l'Afrique au sommet de l'Organisation. La particularité de cette élection est la mise en oeuvre des consensus pour parvenir à l'élection d'une nouvelle Secrétaire générale ressortissante d'un pays d'espace anglophone. Ceci illustre à suffisance l'opérationnalisation de la mondialisation comme phénomène transformateur dans l'évolution de la Francophonie en favorisant l'adhésion en son sein des Etats et gouvernements qui n'ont pas la langue française en partage.

L'élection de la rwandaise Louise MOUSHIKIWABO portée par un consensus africain soutenu par la France, est le début d'une Francophonie ou les pays africains en développement ont réussis à maintenir un équilibre de pouvoir au sein de cette Organisation dominée par le Canada, la Belgique et surtout la France qui est le bailleur principal dans le fonctionnement. Pour Ousmanou NWATCHOCK A BIREMA, «  La première leçon à tirer de l'élection L. Mushikiwabo est le « grand retour » de la France au sein de la Francophonie »83(*). La France, par le canal de son hégémonie au sein de l'Organisation, étend sa diplomatie culturelle, ceci par le biais des Etats africains parlant français, qui sont majoritaires au sein de l'OIF. Le Canada se voit donc écarter, mettant ainsi à nue la vulnérabilité de la diplomatie canado-québécoise face à la force de la diplomatie française. Tout ces évènements ont permit à l'Afrique, continent en pleine croissance démographique,de reprendre sa place dans le processus décisionnel de la Francophonie, matérialisant ainsi un rééquilibrage des pouvoirs au sein de l'Organisation et influencer dans la prise décision.

B- Le renforcement de la solidaritéSud-Sud comme facteur déterminant des choix stratégiques de la Francophonie

Dans un contexte de coopération pour le développement durable, le renforcement de la solidarité Sud-Sud apparait comme un facteur clé dans les choix stratégiques de la Francophonie. Cette solidarité se manifeste par le partage des ressources, le partage des pratiques et de l'expertise entre les pays du Sud. Ceci permet à ces pays de faire face collectivement aux défis mondiaux comme le dérèglement climatique, les crises sanitaires et la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). La solidarité Sud-Sud est fondée sur une solidarité mutuelle et sur un partage des expériences. Le renforcement de cette solidarité en Francophonie est important pour la coopération notamment économique, commerciale et aussi pour la formation technique, il est également essentiel pour le renforcement des capacités entre les différents pays84(*). Lorsque les pays en développement définissent leurs propres paramètres de cette coopération, ceux-ci peuvent mettre en avant leur union et l'importance stratégique de leurs échanges.

La Francophonie, espace de dialogue et de coopération, peut jouer un important rôle dans la coopération Sud-Sud en facilitant les échanges entre ses Etats membres, tout en soutenant les initiatives de développement durable. Les pays en développement, dit pays du Sud, membre de la Francophonie font l'effort dans le cadre de cette coopération, d'examiner les défis communs en matière de développement en partageant les ressources, les meilleures pratiques et l'expertise. C'est cet esprit de solidarité dans le respect des valeurs culturelles, de la diversité des uns et des autres, qui a motivé l'Organisation dans l'atteinte de ses objectifs d'évolution avec le renforcement d'un sentiment d'appartenance des membres à la communauté francophone. Par ailleurs, la coopération Sud-Sud a également favorisé des échanges de connaissances et de compétences grâce à des initiatives, programmes et projets qui ont permit de résoudre des problèmes précis dans les pays du Sud.

La détermination des choix stratégiques de la Francophonie dans le contexte de la coopération entre les pays du Sud à amener celle-ci à faciliter les échanges, en mettant sur pied des réseaux et des plateformes de coopération entre ces pays. L'OIF participe à des financements et à l'accompagnement des projets de coopération dans les domaines tels que les infrastructures, la santé, l'éducation et l'agriculture. La Francophonie a également mis en place une Stratégie économique pour la Francophonie (SEF) lors du XVe Sommet de l'OIF tenu à Dakar (Sénégal), les 29 et 30 novembre 201485(*). Cette stratégie a été adoptée pour une prospérité durable au sein d'une francophonie qui se veut résiliente, solidaire, inclusive et innovante, affirmant ainsi l'influence de l'Organisation sur la scène internationale. Les interactions entre les pays du Sud ont rendu la Francophonie favorable à la promotion au sein de son espace, la coopération et la solidarité.

SectionII:Lestransformationsdémographiquesetl'évolutiondesTICcommeautresrepèresstructurels

La Francophonie a connu des dynamiques démographiques et technologiques importantes. En 2023, les Etats et gouvernements disposant d'un statut à l'Organisation internationale de la Francophonie regroupent 1,4 milliard d'individus, soit 18% de la population mondiale86(*). Cette progression fait suite aux dynamiques démographiques qu'a connues l'OIF telles que les naissances, les décès et les migrations. Parallèlement, l'évolution des technologies de l'information et de la communication (TIC) joue un rôle essentiel dans la transformation de la Francophonie. Les Chefs d'Etat et de gouvernement s'engagent dès 1995 lors du VIe Sommet de la Francophonie à Cotonou, dans la promotion d'un espace francophone en phase avec le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la communication. La stratégie de la Francophonie numérique 2022-2026 vise à faire de la transformation numérique un vecteur de développement, de solidarité et de connectivité dans l'espace francophone87(*).

Les transformations démographiques et l'évolution des TIC comme repères structurels du changement en Francophonie nous amène d'une part à faire une analyse de l'évolution démographique de l'espace francophone et son impact sur la vie institutionnelle de la Francophonie (Paragraphe 1). Et d'autre part à démontrer comment le développement des TIC a agit sur la gouvernance institutionnelle de la Francophonie (Paragraphe 2).

Paragraphe 1: L'évolution démographique de l'espace francophone et son impact sur la vie institutionnelle de la Francophonie

La croissance démographique dans l'espace francophone est principalement due à l'augmentation de la population en Afrique88(*). Avec plus d'un milliard d'habitants, l'Afrique est entré en émergence depuis une dizaine d'années. Cette croissance démographique apporte à l'OIF un potentiel énorme d'un point de vue géopolitique. Cependant, quel est l'impact de cette évolution sur la vie institutionnelle de la Francophonie ? Répondre à cette interrogation va nous conduire à faire dans un premier temps une analyse de l'évolution démographique et son effet dans les choix programmatiques de la Francophonie (A) et dans un second temps ressortir l'effet de la démographie sur la représentativité au sein de l'Organisation (B).

A- L'évolution démographique et son effet dans les choix programmatiques de la Francophonie

L'évolution démographique a eu plusieurs implications dans la vie institutionnelle de la Francophonie. L'Organisation internationale de la Francophonie doit adapter ses initiatives et ses programmes dans l'objectif de pouvoir répondre aux besoins d'une population jeune et en pleine croissance. Ces programmes et initiatives dont la Francophonie a due faire face pour s'adapter à l'évolution démographique sont notamment : Le renforcement des capacités numériques, visant à renforcer les compétences des jeunes de l'espace francophone et multiplier leurs chances d'accéder à des emplois décents89(*). L'organisation tout les quatre ans des jeux de la Francophonie durant l'année post-olympique. Ces jeux réunissent plus de 3500 jeunes talents des pays membres. La mise sur pied de l'unité jeunesse, sport et citoyenneté (UJSC), pour créer un environnement où les jeunes francophones sont épanouis et développent leur plein potentiel90(*).

L'évolution démographique peut affecter soit la taille, soit la composition de la population active dans les pays francophones. Cela peut s'expliquer par exemple à partir d'une augmentation de la population jeune, pouvant conduire à une potentielle main d'oeuvre, influençant le pouvoir économique d'un pays. Le mouvement d'émigration de certains pays membres de la Francophonie vers d'autres peut amener à une facilitation au niveau du transfert de compétences et de connaissances. Ceci peut conduire à un rééquilibrage des pouvoirs au sein de la Francophonie. Le taux de natalité peut avoir un impact sur la redéfinition des priorités et des stratégies de l'OIF sous l'effet de l'évolution démographique, par exemple, un taux de natalité faible peut conduire inéluctablement à une diminution de la population. Des politiques peuvent être mises en place pour encourager la natalité dans les pays ayant un taux de natalité faible.

L'impact de l'évolution démographique sur la promotion de la langue française se justifie par le fait que, les nouveaux défis engendrés par les changements mondiauxauxquelles la Francophonie a du faire face dans son évolution ont profité à la langue française. En effet, la mondialisation est une opportunité pour les communautés linguistiques de prendre conscience de leur identité et de s'affirmer91(*). La Francophonie s'est appuyée sur la démographie grandissante de l'Afrique pour porter le nombre de francophones dans le monde à plus d'un demi-milliard d'ici 205092(*). Le nombre de francophones dans le monde passera de 220 millions actuellement à 750 millions en 2025 dont 80% vivront en Afrique selon les prévisions de l'OIF. A partir de ces estimations, nous pouvons conclure que l'évolution démographique dans l'espace francophone a eu des effets sur les choix programmatiques de la francophonie qui s'appuie sur cette évolution de la démographie pour étendre son influence sur la scène internationale.

B- L'effet de la démographie sur la représentativité en Francophonie

La démographie a eu des effets sur la représentativité dans l'espace francophone. Ainsi, la taille d'un pays au sein de l'Organisation peut avoir un impact pour le nombre de francophones qui le constitue. L'Observatoire démographique et statistique de l'espace francophone (ODSEF) est l'organisme qui a les données sur les francophones dans le monde. Cependant, il faut noter que la définition de « francophone » peut varier, pour l'ODSEF, est francophone une personne qui maitrise la langue française pour être à même de l'utiliser pour communiquer, quel que soit le niveau ou la maitrise d'autres compétences, comme l'écriture ou la lecture.93(*)En raison du développement de l'enseignement du français dans certains pays africains non francophones, l'Afrique francophone constitue un poids considérable de part l'influence de sa démographie sur les autres pays voisins. Nous constatons donc que la démographie peut avoir un effet sur la représentativité au sein de la Francophonie, pas seulement en terme de francophones que constitue un pays, mais également en termes d'éducation et de politique linguistique.

L'évolution des langues est également un effet de la démographie sur la représentativité au sein de la francophonie. En effet, la langue française conserve toutes les caractéristiques d'une langue mondiale, elle est présente sur les cinq continents, apprise partout dans le monde, officielle dans vingt neuf pays et la plupart des Organisations internationales94(*). La croissance de la langue anglaise a conduit la francophonie à se concentrer sur une évolution rapide au plan linguistique. L'avenir du français est très lié à celui de l'anglais, et donc les deux langues doivent être considérées dans une perspective globale95(*). Le renforcement de la langue française est l'un des objectifs linguistiques de la Francophonie, qu'elle veut matérialiser en maintenant une variété standard, en s'assurant de l'usage de la langue dans tous les domaines de la communication. La démographie a ainsi eu un impact significatif dans l'évolution de la langue française, dû au fait pour la Francophonie de s'étendre sur plusieurs continents sous l'effet de la croissance démographique francophone.

La démographie peut avoir un impact sur la diversité culturelle, ceci par le canal de migration. La migration des populations peut entrainer une grande diversité culturelle dans les points de destination. La diversité culturelle peut également être influencée par des changements dans la structure de la population, à partir des éléments comme le changement dans la taille, l'âge, le sexe, l'ethnie de la population. Les politiques et les pratiques démographiques peuvent influencer la diversité culturelle (les politiques d'immigration, les politiques de natalité etc.). La diversité culturelle est une caractéristique clé de l'espace francophone, la francophonie est constituée d'un nombre important de pays et de régions où l'on observe une diversité au niveau culturel, ethnique, linguistique et traditionnel. Bien que la diversité culturelle soit un élément de richesse pour l'Organisation, elle peut aussi représenter un défi en termes de représentativité et d'inclusion.

La démographie a également agit sur la représentativité en Francophonie par les actions menées par l'Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) dans le sens de l'urbanisation. Cette association est à l'initiative du programme Urbanisme en Francophonie. Ce programme vise à penser l'urbanisation par le prisme des valeurs francophones et des choix d'aménagements qui en découlent96(*). Il promeut une vision de la ville et de l'avenir préservant la cohésion sociale, le droit à la ville pour toutes et tous dans le respect des droits de chacun97(*). L'urbanisation en tant qu'effet de la démographiea eu un impact crucial sur la représentativité en Francophonie lui offrant ainsi des opportunités pour promouvoir les valeurs francophones et dans l'amélioration de la vie urbaine au sein des pays membres de l'OIF.

Paragraphe 2 : Le développement des TIC et son effet sur la gouvernance institutionnelle de la Francophonie

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) ont connu une évolution rapide, créant de nouvelles opportunités pour atteindre des niveaux de développement plus élevés tout en réduisant les obstacles classiques liés au temps et à la distance, en particulier dans les pays d'Afrique98(*). Dans ce contexte, l'importance des TIC dans la gouvernance institutionnelle a été reconnue par la Francophonie. En 1995 lors du VIe Sommet de la Francophonie, les Etats et gouvernements se sont engagés à promouvoir un espace francophone dans le domaine des TIC. En 2012, lors du XIVe Sommet de la Francophonie à Kinshasa, ils ont adopté une Stratégie de la Francophonie numérique, dénommée « Horizon 2020 : Agir pour la diversité de la société de l'information »99(*). Nous allons chercher à comprendre dans ce paragraphe comment les effets de l'évolution des TIC ont-ils impacté sur la gouvernance institutionnelle de la Francophonie.

Dans un premier temps, il sera question d'analyser les TIC comme facteur d'accroissement de la participation citoyenne dans l'espace francophone (A) et dans un second temps, nous verrons comment la francophonie s'est impliquée dans la lutte contre la fracture numérique dans son espace (B).

A- Les TIC comme facteur d'accroissement de la participation citoyenne dans l'espace francophone

Les technologies de l'information et de la communication ont contribué à faciliter l'accès à l'information dans l'espace francophone. La Francophonie a adoptée dans ce sens une stratégie visant à faire de l'évolution du numérique un vecteur de connectivité, de développement et de solidarité en 2021 lors de la 39ème session de la CMF. Il est question pour l'OIF de développer un espace numérique inclusif, responsable et solidaire visant à favoriser la diversité culturelle et linguistique. C'est la nécessité d'améliorer les conditions d'accès à l'information dans son espace, de la pratique et de l'usage des technologies de l'information et de la communication qui a animé la Francophonie à s'adapter à l'évolution dunumérique. Pour une population francophone à la pointe de l'information et l'acquisition des connaissances nécessaires pouvant contribuer à l'évolution de l'Organisation.

Dans un contexte d'accroissement de la participation citoyenne en Francophonie, les TIC donnent une voie vers plus de transparence dans le fonctionnement de l'Organisation.Des actions sont mises en oeuvre pour améliorer la transparence au sein de l'OIF, en favorisant une démocratie participative portée par l'ouverture vers le numérique. La démocratie étant l'une des valeurs partagées en Francophonie depuis la Déclaration de Bamako au Mali en 2000100(*), s'implémente à l'ère du numérique en mettant en avant la transparence, pour ainsi donner l'opportunité aux citoyens de l'espace francophone de recevoir les informations en temps et en heure, quelque soit la distance et la situation géographique. La transparence permet ainsi à l'Organisation d'être plus proche de ses populations, ouvrant par là l'accès à toutes les informations nécessaire pour mieux connaitre et comprendre l'Organisation.

Le soutient à l'innovation au sein de la Francophonie a évolué à l'ère du numérique avec la mise sur pied d'une plateforme francophone de l'innovation. Elle encourage la mise en réseau des acteurs de l'innovation dans l'espace francophone en leur proposant des outils, informations, appels à projets, afin de créer un véritable réseau multisectoriel et intégré pour l'innovation101(*). En facilitant la collaboration, l'échange des idées et le partage de ressources entre les différents acteurs, les TIC apparaissent comme importante dans la promotion de l'innovation en Francophonie. L'OIF à travers l'Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) a menée et continue de mener des actions favorable à l'innovation dans l'espace francophone, notamment dans les domaines de l'entreprenariat, l'éducation et même du sport avec les jeux de la Francophonie. Cela est rendu possible par le canal des technologies de l'information et de la communication (TIC).

B- L'implication de la Francophonie institutionnelle dans la lutte contre la fracture numérique

La Francophonie institutionnelle qui comprend le Secrétariat général de la Francophonie, l'OIF, l'APF, les opérateurs directs ainsi que les Conférences ministérielles permanentes de la Francophonie, participe activement à la lutte contre la fracture numérique, entendue comme inégalité en matière d'accès à internet entre les différents agents. La fracture numérique au sein de l'espace francophone est un défis pour l'Institution, à limiter par tout les moyens, en commençant par l'adoption d'une Stratégie de la Francophonie numérique 2022-2026. Cette Stratégie vise à accélérer la transformation numérique de l'espace francophone au service des populations notamment les jeunes et les femmes. Des axes d'interventions sont arrêtés parmi lesquels la contribution à la réduction de la fracture numérique et l'amélioration de l'accès au numérique au sein de l'espace francophone.

Après une vaste consultation des acteurs de la Francophonie institutionnelle, l'OIF a élaborée une contribution au Pacte numérique mondial102(*). Cette contribution vient renforcer les capacités numériques, pour une réalisation de la connectivité universelle et réduire par là, la fracture numérique. Elle amène également à défendre la diversité culturelle et linguistique dans l'espace numérique francophone. Ces actions de la Francophonie permettent d'insister sur l'importance de renforcer les dispositifs, les programmes et les mécanismes qui permettront aux pays qui en ont le plus besoin de s'approprier les outils du numérique, de valoriser leurs contenus notamment culturel, scientifique, économique et éducatif.103(*) Cela permettra à ces pays de tirer tous les avantages de la transition numérique bénéfique à tous les membres de la société francophone.

Lalutte contre la fracture numérique peut aussi être menée en renforçant la solidarité au sein de l'espace francophone. Le fait pour l'espace francophone d'être constitué des pays et des régions avec des niveaux d'accès aux TIC variés, permet de penser à une nécessité de solidarité entre les pays membres, notamment ceux du Nord mieux développés avec ceux du Sud moins développés. Cette forme de solidarité peut conduire à un accès équitable aux opportunités qu'offrent le numérique. Cela peut aussi contribué à promouvoir un développement inclusif et durable au sein de la Francophonie.

Chapitre2 : Le changement comme produit d'une adaptation régulière de la Francophonie à la conjoncture internationale

L'Organisation internationale de la Francophonie, fondée en 1970 a connu d'importantes évolutions depuis sa création. Elle est passée d'une entreprise de la société civile basée sur le partage d'une langue commune à un outil de coopération multilatérale. Cette coopération est d'abord culturelle et éducative, puis politique, couvrant tous les enjeux contemporains comme le développement durable, la solidarité, le numérique, l'insertion socioprofessionnelle des jeunes et la promotion de l'égalité femmes-hommes. Au fil des années, les pays francophones ont dû s'adapter aux circonstances internationales. La Francophonie doit par exemple faire face aux défis mondiaux dans un contexte marqué par des changements sociopolitiques et technologiques. Elle doit également s'adapter à la mondialisation, promouvoir la démocratie, les droits de l'homme et la paix, et prendre conscience des réformes nécessaires liées à la refondation du système éducatif dans l'espace francophone.

De plus, la Francophonie a mis en oeuvre une stratégie pour étendre son influence. Elle s'efforce d'obtenir des résultats, d'accompagner les jeunes et les femmes, de renforcer et de diversifier les partenariats et développer sa performance. Elle a formulé des initiatives communes dans l'objectif d'accroitre l'influence des pays de l'espace francophone dans le monde en renforçant l'usage et l'enseignement de la langue française et faire de la Francophonie un espace de paix et de stabilité104(*). Dans cet objectif d'adaptation, la conjoncture politique internationale va servir de facteur de modification et d'orientation de l'action internationale de la Francophonie (Section 1), la conquête de l'influence et de la puissance par les pays francophones va avoir des répercutions sur les dynamiques de réformes de la Francophonie (Section 2).

SectionI : La conjoncture politique internationale comme facteur de modification et d'orientation de l'action internationale de la Francophonie

Dans un contexte mondial marqué par le bouleversement des grands équilibres géopolitiques, la résurgence des nationalismes et une tendance à l'unilatéralisme, la Francophonie met un accent particulier sur la solidarité, et la coopération.L'OIF cherche à faire entendre la voix et les aspirations de ses pays membres dans les forums internationaux. L'action politique francophone se caractérise par une démarche préventive, à la fois structurelle notamment sur le long terme, et opérationnelle, grâce au développement d'outils d'alerte précoce, de réaction rapide qui permettent d'accompagner les Etats dans des moments de crise, de grande tension ou de transition105(*). La Francophonie soutenue par ses nombreux réseaux ministériels, exerce une influence en faveur du multilatéralisme. Dans le domaine de la régulation économique mondiale, où se jouent des négociations clés pour l'avenir des pays, la Francophonie soutient les initiatives de ses membres au sein des Organisations concernées comme l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

La conjoncture politique internationale va amener l'OIF à s'adapter aux reconfigurations géopolitiques mondiales qui auront des effets sur le changement institutionnel de la Francophonie (Paragraphe 1) mais le lent triomphe de l'hégémonie libérale va avoir des effets sur les mutations idéelles de l'Organisation (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : les reconfigurations géopolitiques mondiales et leur effet sur le changement institutionnel de la Francophonie

Les reconfigurations géopolitiques mondiales ont également eu des effets sur l'Organisation internationale de la Francophonie dans sa dynamique d'adaptation au système international. La Francophonie en réponse aux configurations géopolitiques mondiales va subir des changements institutionnels important, permettant à celle-ci de devenir un espace géopolitique et géoéconomique important capable de s'adapter. Les effets de ces reconfigurations sur le changement institutionnel dans le contexte francophone vontêtre analysés dans cette partie, premièrement, à partir du choc transformateur qu'a joué la fin de la guerre froide (A) et ensuite par le déclic issu des attentats terroristes du 11 septembre 2001 (B).

A- Le choc transformateur de la fin de la guerre froide

La fin de la guerre froide opposant les deux puissances vainqueurs de la second guerre mondiale (les Etats Unis et l'URSS) a eu des effets significatifs sur le monde en général et sur la Francophonie en particulier entrainant ainsi un changement du paysage géopolitique mondiale. Ce changement a conduit à une modification des rapports de forces et une remise en question des rapports coloniaux. En effet, la fin de la guerre froide a coïncidé avec la décolonisation qui est un évènement majeur de la seconde moitié du XXe siècle. Les nouveaux Etats indépendants cherchent à élargir leur marge de souveraineté politique par le biais du « non alignement », usant des rivalités entre les deux « camps »106(*). Dans le contexte de la Francophonie, ce sont des Etats nouvellement indépendants qui ont décidés de se mettre ensemble autour du partage d'une langue commune héritée de la colonisation pour mettre sur pied une Agence de coopération culturelle et technique.

La fin de la guerre froide a marqué la « renaissance » d'une Francophonie souffrant d'un manque de visibilité, entrainant la perception d'un manque d'efficacité, dans un contexte d'affaiblissement relatif de la langue française107(*). Avec la reconfiguration du système monde sous l'effet de la guerre froide, la Francophonie va mener des actions pour être plus visible notamment par la mise sur pied des opérateurs directs comme la chaine de télévision TV5 pour diffuser les valeurs francophones dans le monde et atteindre le plus de personnes possible. Cette initiative permet de redonner à l'OIF une forte visibilité sur le plan international par le biais des médias. La Francophonie va également procéder à des changements institutionnels importants pour renaitre en tant qu'une Organisation efficace, par exemple dans les domaines de la démocratie, l'éducation, les droits de l'homme et aussi dans la promotion de la langue française dans le monde.

Des nouveaux défis et opportunités se sont présentés pour la Francophonie à l'issu de la fin de la guerre froide, elle a notamment dû s'adapter à un monde globalisé marqué par une ère marquée par la multipolarité, où le rôle de certaines superpuissances comme celle des Etats Unis commence à diminuer. L'on observe là une « impuissancedelapuissance »108(*) américaine, vainqueur de la seconde guerre mondiale, dans un monde dominé par la bipolarité autre fois, avec l'Union soviétique en face. Le monde se trouve aujourd'hui à une ère de la multipolarité marquée par l'apparition de nouveaux acteurs dans les relations internationales comme les Organisations internationales parmi lesquelles, la Francophonie, qui tente de prouver son efficacité et sa pertinence suite aux reconfigurations géopolitiques mondiales intervenues suite à la fin de la guerre froide en 1991.

La fin de la guerre froide a ainsi eu un impact transformateur sur la Francophonie qui a débouché vers des changements institutionnels ouvrant de nouvelles voies pour l'avenir de l'Organisation. L'OIF s'est élargie à de nombreux pays, en particulier les pays d'Europe centrale et orientale (Pologne, Hongrie, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie, Pays Baltes) qui l'ont rejoint après la fin de la guerre froide. Les institutions francophones ont été renforcées pour répondre aux nouveaux défis du monde post-guerre froide, l'OIF a été mise sur pied pour promouvoir la langue française, la diversité culturelle et linguistique, la paix, les droits de l'homme et la démocratie. Des initiatives avec pour objectif de renforcer le dialogue et la coopération entre ses pays membres, dans les domaines de l'éducation, la culture, l'économie et la politique.

B- Le déclic issu des attentats terroristes du 11 septembre 2001

Les attentats du 11 septembre 2001, sont une série de quatre attentats islamistes perpétrés aux Etats Unis un même jour par un réseau islamiste dénommée Al-Qaïda. Ces attentats ont eu lieu à Arlington en Virginie, à Manhattan, à New York et en Pennsylvanie à Shanksville. Les différentes cibles sont le World Trade Center, le pentagone. Ces attentats ont eu des impacts importants sur le monde entier y compris sur l'OIF. Les attentats ont par exemple conduit à une augmentation des dépenses dans le domaine sécuritaire pour plusieurs pays y compris les pays membres de la Francophonie. Elle a adoptée en 2006 la Déclaration de Saint-Boniface109(*) lors la Conférence ministérielle sur la prévention des conflits et la sécurité humaine, pour faire face aux impacts laissés par les attentats du 11 septembre.L'adoption de cette Déclaration a amenée la Francophonie à souligner une importance sur la prévention des conflits et de la sécurité humaine, apportant ainsi à ses Etats membres des accompagnements pour lutter efficacement contre le terrorisme.

Ces attentats ont également agis sur les libertés civiles, en remettant en cause les libertés au nom de la lutte contre le terrorisme. Le fait pour les attentats d'avoir profondément affectés les Etats Unis, notamment en termes de politique étrangère a eu des répercutions sur les libertés de base au sein des pays francophones surtout ceux ayant des relations étroites avec les Etats Unis, étant donné son influence mondiale.Un ensemble considérable de lois, décrets et autres règlements encadrent et ou limitent le droit d'aller et de venir, contrôlent les flux financiers, numérisent l'identité du citoyen et surveillent l'internet privé110(*). Telles sont les libertés civiles qui ont été restreintes sous l'influence des attentats du 11 septembre dans la plupart des pays du monde pour se protéger des attaques terroristes. La Francophonie dans une dynamique d'adaptation va également inculquer les mêmes ces restrictions à ses Etats membres pour prévenir le terrorisme.

Le domaine économique a été impacté à la suite de ces attaques, pas seulement aux Etats Unis mais à l'échelle mondiale incluant ainsi l'espace francophone. L'augmentation des dépenses sur le plan militaire et la hausse des dépenses de sécurité interne ont eu des répercutions sur les relations internationales et les dynamiques économiques mondiales. Ceci s'explique par le fait pour la plupart des Etats du monde de faire des emprunts pour développer les secteurs de sécurité en priorité. Les changements dans les politiques de sécurité et de défense, les fluctuations des marchés mondiaux, ont impacté sur les économies des pays de l'espace francophone. Cette situation a amenée la Francophonie à renforcer la coopération et la solidarité au sein de son espace pour permettre aux pays membres de collaborer ensemble pour faire face à l'impact économique causé par les attentats du 11 septembre 2001.

Paragraphe 2 : Le triomphe de l'hégémonie libérale et les effets sur les mutations idéelles de la Francophonie

Le triomphe de l'hégémonie libérale a eu un impact significatif sur les mutations idéelles au sein de la Francophonie, cette hégémonie, qui a évolué à la fin du XXe siècle avec la chute des régimes communistes et l'avènement d'un ordre mondial largement dominé par les valeurs du libéralisme économique et politique, a influencéprofondément les dynamiques idéologiques et culturelles dans les pays francophones. Les effets de ce triomphe de l'hégémonie libérale ont notamment poussé les Etats francophones à adopter des réformes politiques et institutionnelles parfois soutenues par les Organisations internationales et les puissances occidentales. Dans le contexte de la Francophonie le libéralisme a eu des effets dans la promotion des droits de l'homme et des valeurs démocratiques, sur l'ouverture des marchés et la promotion du libre-échange.

La diffusion des idées libérales a également influencé les systèmes éducatifs et les productions culturelles dans les pays francophones. Malgré l'influence prédominante du libéralisme, des critiques soulignant les inégalités économiques croissantes, la perte de souveraineté nationales et les revendications identitaires ont émergé au sein de l'espace francophone. A cet effet, l'adoption de la démocratie est apparue comme une valeur existentielle de la Francophonie (A) et l'ouverture de la Francophonie vers d'autres valeurs démocratiques (B).

A- L'adoption de la démocratie commevaleur existentielle de la Francophonie

Faisant suite aux changements géopolitiques du XXe siècle, de l'influence croissante des idéaux libéraux, la Francophonie adopte la démocratie comme valeur existentielle. La Francophonie, est marquée d'un point de vue historique par la colonisation, mais les idéaux démocratiques étaient souvent en contradiction avec les pratiques coloniales. La décolonisation a entrainé une vague de mouvements pour les indépendances dans les années 1950 et 1960, souvent sous l'égide de la promotion de la démocratie et de l'autodétermination des peuples. Cette période a marqué un tournant vers l'adoption de la démocratie comme un idéal à atteindre. Après la 2ème guerre mondiale et la fin de la guerre froide, le modèle de la démocratie libérale a pris une place importante dans le nouvel ordre mondial. Au sein de l'espace francophone par exemple, cela s'est traduit par des réformes démocratiques dans les pays d'Afrique où des régimes autoritaires ont été contestés par des mouvements populaires et internationaux.

L'adoption de la Charte de la Francophoniea renforcé l'engagement des Etats membres vers les valeurs démocratiques, les droits de l'Homme et la bonne gouvernance111(*). Cet engagement a ancré la démocratie comme une valeur essentielle de la Francophonie, impliquant le respect des processus électoraux, de promotion de la liberté d'expression, de la justice sociale et de respect des droits individuels. Depuis la création de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF)112(*), les Sommets de la Francophonie ont mis un accent particulier sur la démocratie comme fondement des relations entre ses Etats membres. Ces Sommets sont devenus des plateformes pour permettre aux Etats membres d'échanger sur les défis démocratiques, le partage des bonnes pratiques et le soutien dans les transitions démocratiques au sein de l'espace francophone.

La Francophonie s'est axée également dans l'accompagnement des transitions démocratiques. Elle joue un rôle actif au sein de ses pays membres, pour des transitions politiques respectant les principes de l'Organisation et des lois propres à chaque Etat membre. Cela inclut, des missions d'observation électorale, c'est le cas de l'observation lors des législatives de 2013 au Cameroun. L'OIF accompagne aussi dans l'Organisation des élections en se rassurant que tous les moyens sont mis en place pour le bon déroulement des échéances, le renforcement des institutions au sein de l'espace francophone pour permettre à ceux-ci d'être efficace et pertinentes et le soutien à la société civile. Ces actions visent principalement à consolider la démocratie comme une réalité vécue par les citoyens des différents pays membres de l'espace francophone, en favorisant leur participation à la vie publique tout en progressant à la mise en place d'une démocratie locale, condition essentielle de l'approfondissement de la démocratie113(*).

Bien que la démocratie soit adoptée comme une valeur existentielle au sein de la Francophonie, sa mise en oeuvre se heurte tout de même à des défis. L'espace francophone regroupe un ensemble d'Etats diversifiés en termes de gouvernance, l'on observe certains pays où des régimes autoritaires persistent malgré les engagements de la Francophonie en faveur de la démocratie, des droits de l'homme et de la bonne gouvernance. La démocratie est souvent manipulée ou réduite à des processus électoraux sans réel mécanismes de contrôle et de contre-pouvoir. C'est le cas des pays comme le Tchad, la Guinée Conakry, le Congo Brazzaville et le Burundi. Les crises politiques et les coups d'Etat récurrent mettent à mal la consolidation de la démocratie dans ces pays de l'espace francophone, soulevant des questions sur la durabilité de la démocratie comme valeur existentielle.

B- L'ouverture de la Francophonie vers d'autresvaleursdémocratiques

L'ouverture de la Francophonie vers d'autres valeurs démocratiques représente une évolution significative dans les missions et l'identité de cette Organisation en plein changement. Longtemps focalisée dans la promotion linguistique et culturelle, elle a progressivement élargi son champ d'action, pour intégrer un ensemble plus large de valeurs démocratiques telles que les droits de l'homme, l'état de droit, la justice sociale et le développement durable. Cet élargissement ne reflète pas seulement la volonté des Etats membres de la Francophonie, mais reflète aussi les défis mondiaux auxquelles ces pays sont confrontés. L'élargissement de la Francophonie vers d'autres valeurs démocratiques reflète donc une évolution de celle-ci vers une vision plus holistique de la démocratie, où cette dernière (la démocratie) n'est pas seulement vue comme un système politique basé sur l'organisation des élections régulières et libres, mais comme un ensemble de pratiques, de valeurs et de mécanismes qui englobent tous les aspects de la société.

La Francophonie a mis un accent sur la promotion des droits de l'homme114(*) qui est devenue une valeur centrale de son action. Cette promotion inclut, les droits civils et politiques ; l'OIF encourage les Etats membres à respecter et à protéger les libertés fondamentales comme la liberté d'expression et d'association. Ce sont des droits essentiels à la participation démocratique et à la légitimité des institutions politiques. L'Organisation soutient la démocratie participative, qui est une démarche favorable à l'implication des citoyens, où ceux-ci sont activement impliqués dans le processus décisionnel au-delà des élections traduites par le vote. Cette action contribue au renforcement des sociétés civiles, l'inclusion des jeunes et des femmes dans la vie politique ainsi que la promotion de la transparence et de la responsabilité des gouvernements.

L'engagement envers l'état de droit et la justice sociale traduit aussi l'élargissement de l'OIF vers d'autres valeurs démocratiques. La Francophonie soutient les réformes institutionnelles et juridiques visant au renforcement de l'égalité devant la loi, garantir l'indépendance de la justice, et à lutter contre la corruption. Ces éléments sont essentiels pour prévenir les abus de pouvoir et assurer la confiance des citoyens. L'Organisation reconnait que la démocratie ne peut être pleinement réalisée sans la justice sociale. Elle milite pour une politique visant à réduire les inégalités, à garantir l'accès aux services essentiels comme l'éducation, la santé et le logement et à protégé les plus vulnérables. Ainsi, la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale est intégrée dans la vision démocratique de la Francophonie115(*).

La Francophonie a également intégrée le développement durable et la démocratie environnementale dans son cadre de valeurs démocratiques. Elle reconnait l'importance de joindre le développement économique, la protection de l'environnement et l'inclusion sociale. Les pays membres sont ainsi encouragés à la mise en oeuvre des politiques de développement qui répondent aux besoins du temps. Les initiatives qui favorisent la participation citoyenne dans le processus décisionnel environnemental, la transparence dans la gestion des ressources naturelles et la responsabilité des agents publics et privés en matière d'environnement sont accompagnées par l'Organisation. Cela peut inclure la promotion de la justice climatique pour les pays vulnérables aux effets du dérèglement climatique. L'OIF s'intéresse à la promotion du dialogue interculturelle, comme moyen de renforcer la compréhension mutuelle, la paix et la coopération entre les nations.

SectionII : La conquête de l'influence et de la puissance par les Etats francophones et ses répercussions sur les dynamiques de reformes en Francophonie

La conquête de l'influence et de la puissance par les Etats francophones dans un monde de plus en plus orienté vers la multipolarité, a des impacts sur les dynamiques de réformes au sein de la Francophonie. Ces Etats cherchent à façonner l'agenda de la Francophonie selon leurs intérêts stratégiques, économiques, culturels et politiques pour gagner en influence sur la scène internationale. Cette quête d'influence et de puissance se matérialise à partir des dynamiques comme le leadership régional en Afrique, avec des Etats comme le Sénégal, la Cote d'Ivoire et le Rwanda qui ont renforcés leurs institutions et utilisent leur influence régionale pour la promotion des réformes en Francophonie. Le rôle joué par la France en tant que principale promoteur de la langue française influence dans les dynamiques de réformes malgré les mouvements de contestation de certains Etats africains qui militent pour un partage plus équitable du pouvoir en Francophonie.

Certains Etats comme le Canada et particulièrement le Québec utilisent leur Soft Power pour la promotion des réformes centrées sur l'égalité de genre, les droits de l'homme et la protection de l'environnement. Ce leadership moral a une influence sur les priorités de l'OIF en matière de réformes. La quête de l'influence et de la puissance va entrainer une bataille géopolitique Canado-québécoise qui aura des effets sur la reconfiguration du pouvoir en Francophonie (Paragraphe 1), nous mènerons ensuite une analyse sur le rôle des alliances stratégiques comme élément d'impact du contexte international (Paragraphe 2).

Paragraphe1 : La bataille géopolitique Canado-québécoise et son effet sur la reconfiguration du pouvoir en Francophonie

Le conflit géopolitique entre le Canada et le Québec joue un rôle majeur dans la redéfinition du pouvoir au sein de la Francophonie. Bien que le Québec soit une province canadienne, il a toujours affirmé une identité distincte, particulièrement en ce qui concerne la langue et la culture francophone. Le Québec cherche souvent à exercer un rôle de premier plan distinct du gouvernement fédéral canadien, pour promouvoir ses intérêts et sa vision au sein de la Francophonie. Le Canada, s'appuie fréquemment sur son poids économique et diplomatique pour influencer les décisions au sein de la Francophonie. Cette opposition entre une approche centralisée (Canada) et une approche régionale (Québec) génère des tensions, mais ouvre des possibilités de redéfinir les équilibres de pouvoir au sein de l'Organisation.

L'impact de cette dynamique sur la redistribution du pouvoir en Francophonie sera analysé dans cette partie, tout d'abord par l'étude de l'influence canadienne dans le processus de réforme institutionnelles de la Francophonie (A) et ensuite par l'analyse de la Francophonie comme un outil de Soft Power dans le renforcement des relations entre les pays membres et la promotion de la langue française à l'étranger (B).

A- L'influence canadienne dans le processus de réformes institutionnelles de la Francophonie

Le Canada, en tant que l'un des pays fondateurs de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et l'un des plus grands contributeurs financiers, a joué un important rôle dans l'évolution de cette Organisation. L'influence canadienne dans le processus de réforme institutionnelle de cette Institution se manifeste à plusieurs niveaux. Le Canada a notamment occupée des postes de direction au sein de l'Organisation des postes importants, avec des personnalités comme Michaëlle JEAN, qui a occupé le poste de Secrétaire général de l'OIF116(*) de 2015 à 2019. Sous son magistère, des efforts ont été faits pour moderniser l'Organisation et la rendre plus pertinente sur la scène internationale, il s'agit de la promotion des valeurs de la Francophonie telles que la paix, la démocratie et les droits de l'homme. Ella a aussi mis l'accent sur l'autonomisation des jeunes, l'éducation et le développement durable surtout dans les pays en développement.

Le Canada a participé de manière active aux discussions sur les réformes institutionnelles, visant à rendre la Francophonie plus efficace et pertinente et à mieux répondre aux défis contemporains comme le numérique et la mondialisation. Ces réformes ont souvent été mises en oeuvre grâce à des propositions canadiennes pour accroitre la transparence, la coopération multilatéral et l'efficacité des programmes. Cette orientation a influencé les réformes institutionnelles visant à renforcer des valeurs comme la démocratie, les droits de l'homme et la bonne gouvernance au sein de la Francophonie.Le Canada joue donc un rôle clé dans l'élaboration des politiques et la mise en oeuvre des réformes au sein de l'Organisation.

Le soutien financier et technique est une autre plus value du Canada au sein de l'OIF, ce qui lui donne une influence considérable sur les orientations stratégiques de l'Organisation. Il apporte une assistance technique pour la mise en oeuvre des réformes institutionnelles notamment dans les domaines de la gouvernance. Ces initiatives techniques et financières contribuent au renforcement des capacités des pays membres les moins développés. Chaque année, le gouvernement canadien alloue une part de son budget à l'OIF pour soutenir ses programmes et initiatives dans le secteur éducatif, culturel, des droits de l'homme et du développement durable117(*). Le Canada dispose de fonds spécifiques comme le «Fonds canadien pour les initiatives locales » (FCIL)118(*), qui soutiennent des projets dans les pays francophones, surtout dans les secteurs de la gouvernance, des droits de l'homme et du développement économique.

Le développement des capacités humaines à travers des partenariats académiques avec des institutions d'enseignement supérieur dans les pays francophones fait également partie des initiatives canadiennes dans l'accompagnement de la Francophonie dans sa dynamique de changement. Ces partenariats donnent l'ouverture aux facilités comme les bourses d'études, la coopération en matière de recherche, contribuant à améliorer le capital humain dans l'espace francophone. Le Canada aide les pays francophone dans l'intégration des technologies innovantes dans divers domaines, cela inclut la promotion de l'utilisation des TIC pour améliorer l'accès à l'éducation et aux services publics dans les zones reculées.

B- La Francophonie commeoutil de Soft Power dans le renforcement des relations entre les pays membres et la promotion de la langue française à l'étranger

La Francophonie joue un rôle important en tant qu'un outil de soft power dans la consolidation des relations entre ses pays membres et la promotion de la langue française à l'étranger. Organisation internationale regroupant 88 Etats et gouvernements, la Francophonie s'appui sur des valeurs communes comme la solidarité, la diversité culturelle et linguistique, et le respect des droits humains. Elle favorise la coopération multilatérale et le dialogue politique entre ses Etats membres, encourage le partage des connaissances, des compétences et des ressources, ce qui favorise des relations des plus cordiales entre les pays malgré leurs différences culturelles et géographiques. Les Sommets de la Francophonie réunis régulièrement les chefs d'Etats et de gouvernements, ce sont des moments clés pour discuter des projets communs et renforcer la cohésion et la solidarité au sein de l'Organisation.

La Francophonie s'emploie activement à promouvoir la langue française dans le monde comme langue de communication mais aussi comme vecteur de culture et d'identité119(*). A travers des initiatives éducatives, des programmes d'échanges culturels et des partenariats avec des institutions académiques, la Francophonie contribue à l'usage et à l'apprentissage du français à l'échelle mondiale. Elle soutient également les médias francophones, le développement de la littérature française et l'organisation des évènements culturels mettant en valeur la richesse et la diversité des cultures francophones. Christian TREMBLAY démontre l'évolution de l'usage de la langue française en disant que « En dépit de l'usage de l'anglais, la langue française conserve toutes les caractéristiques d'une langue mondiale : elle est présent sur les cinq continents, apprise partout dans le monde, officielle dans 29 pays et la plupart des Organisations internationales... »120(*).

La Francophonie en tant qu'outil de softpowerutilise la langue française et les valeurs partagées comme levier. La Francophonie parvient par ce moyen à exercer une influence douce sur la scène internationale. Elle se positionne comme un acteur de premier plan dans la promotion de la paix, de la démocratie, des droits de l'homme, tout en défendant la diversité culturelle et linguistique. Dans une lecture essentiellement réalisteselon Ousmanou NWATCHOCK, l'OIF en tant qu'Organisation internationale, devient un simple instrument au service de la politique étrangère française121(*) et l'un de ses pôles de diffusion du soft power.122(*) Cette stratégie de soft power renforce la position des pays dans le monde, en offrant un modèle de coopération basé sur l'échange et le respect mutuel. La Francophonie comme outil de soft power joue un rôle stratégique en consolidant les relations entre ses membres et en faisant rayonner la langue française à l'étranger.

Paragraphe 2 : Le rôle des alliances stratégiques comme élément d'impact du contexte international

Les alliances stratégiques permettent aux acteurs internationaux de maximiser leur impact, en combinant leurs compétences, ressources et positions géopolitique pour l'atteinte des objectifs communs. Elles permettent aux Organisations et aux pays de renforcer leur pouvoir collectif en combinant leurs forces face à des défis d'intérêt général. Par exemple, des alliances militaires comme l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) offre une sécurité mutuelle à ses membres, augmentant leur capacité de dissuasion face aux menaces extérieures. Les alliances économiques comme l'Union Européenne (UE) permettent à leurs membres de peser d'avantage dans les négociations économiques internationales. Les alliances stratégiques permettent aussi d'influencer la gouvernance mondiale en formant des blocs au sein des Organisations internationales en général et de la Francophonie en particulier. Ainsi, « Sur les 118 conflits survenus en 80 points du globe depuis 1989, la plupart ont été des conflits internes frappant les pays pauvres, notamment francophones (...) »123(*). Cette situation explique l'implication de la Francophonie au cours des années 90 dans la recherche de la paix.

Dans le contexte de la Francophonie, les alliances stratégiques ont un impact important notamment dans le renforcement de la coopération entre les pays membres dans plusieurs domaines, amenant ainsi à une meilleure intégration et une influence sur la scène internationale. Grace à des initiatives communes, les Etats membres de l'OIF collaborent pour promouvoir la langue française, développer des programmes d'éducation de qualité et faciliter la mobilité académique. Par exemple, l'AUF coordonne des projets qui permettent aux étudiants, enseignants et chercheurs francophones d'accéder à des opportunités de formation à l'échelle mondiale. Nous analyserons dans ce paragraphe comment les alliances stratégiques ont conduit au renforcement de la coopération entre les pays membres de l'OIF dans divers domaines (A) et aussi l'opportunité qu'elles ont apportées pour les pays membres dans l'échange des bonnes pratiques et des expertises (B).

A- Renforcement de la coopération entre les pays membres dans divers domaines

Les alliances stratégiques au sein de la Francophonie encouragent tout d'abord la coopération économique et le commerce entre les Etats membres. Sous l'effet de partenariats économiques et commerciaux, les Etats francophones font l'effort de créer des zones de libre échange, de promouvoir les investissements directs étrangers, et par là de renforcer les chaines de valeur au niveau régional. Des institutions francophones comme la Conférence des Ministres de la jeunesse et des sports de la Francophonie (CONFEJES) et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) apportent leur soutient aux initiatives visant à stimuler la croissance économique, dans les secteurs de l'agriculture, du tourisme et des nouvelles technologies par exemple. Ces collaborations contribuent au renforcement des économies nationales, tout en créant des opportunités de développement pour l'ensemble de l'espace francophone.

La promotion de la culture et de la diversité linguistique est au coeur des alliances stratégiques dans la Francophonie. C'est la raison pour laquelle, la première mission de la Francophonie est la promotion de la « langue française, de la diversité culturelle et linguistique »124(*). Ainsi, « la promotion de la diversité linguistique est corolaire inséparable de celle de la diversité culturelle »125(*). En unissant leurs efforts, les pays membres de la Francophonie travaillent à préserver et à promouvoir la richesse culturelle francophone, que ce soit par le canal des festivals, des expositions ou des échanges artistiques. Les alliances dans ce cas permettent de soutenir la promotion et la diffusion des contenus culturels en langue française, de promouvoir l'usage du français dans les médias et les institutions internationales, et d'encourager la création littéraire et cinématographique.

En Francophonie, la promotion de la paix, de la démocratie et des droits humains jouent un rôle essentiel dans le contexte des alliances stratégiques. Les pays membres coopèrent pour résoudre les conflits, prévenir les crises et renforcer la démocratie et l'état de droit. La coopération entre les pays membres dans le cas d'espèce est une coopération internationale qui renvoie à « une collaboration entre des acteurs internationaux en vue de participer à une oeuvre commune. Elle peut concerner tout type d'acteur : Etats, Organisations régionales, Organisations intergouvernementales, ONG, firmes multinationales, etc. »126(*). Des initiatives comme le Réseau francophone de prévention des conflits (RFPC) et la participation des pays francophones aux missions de maintien de la paix sous l'égide des Nations Unies illustrent l'importance de cette coopération.

L'environnement et le développement durable sont d'autres domaines de coopération ayant un impact important en Francophonie. Les pays membres collaborent pour faire face aux défis environnementaux comme le dérèglement climatique, la déforestation et la gestion des ressources naturelles. La Conférence des ministres de l'environnement de la Francophonie (CMEF)127(*) permet aux Etats francophones d'échanger des connaissances, de développer des politiques environnementales collectives, et la mise en oeuvre des projets de développement durable. Ces collaborations sont essentielles pour favoriser la résilience des pays francophones face aux impacts du changement et pour promouvoir un développement efficace et durable.

B- Opportunité pour les pays membres de la Francophonie dans l'échange des bonnes pratiques et expertises

L'échange de bonnes pratiques et d'expertises au sein de la Francophonie offre des opportunités considérables pour les pays membres de l'Organisation. Ces échanges peuvent tout d'abord bénéficier à l'amélioration des politiques publiques, pour permettre aux pays francophones d'apprendre les uns des autres, par exemple en matière de gouvernance, d'éducation et de santé. En partageant des politiques publiques efficaces et pertinentes, les pays membres peuvent adapter et implémenter des modèles qui ont déjà fait leur succès ailleurs. Les échanges d'expertises peuvent permettre de renforcer les performances techniques et administratives des acteurs professionnels dans divers domaines. Cela peut inclure des ateliers deformation ou des missions d'experts qui viennent partager leurs expertises et renforcer les capacités.

La recherche et l'innovation peuvent permettre aux pays membres dans une situation de collaboration de stimuler l'innovation et la recherche en particulier dans les domaines à ressources limitées. Par exemple, les collaborations en matière de technologie ou de développement durable peuvent déboucher sur des solutions novatrices conformes aux contextes locaux. Dans un contexte de développement économique, le partage des pratiques économiques et des stratégies de développement peut aider les pays à mieux gérer leurs ressources, à stimuler la croissance économique et améliorer leur attractivité pour les investissements étrangers.

CONCLUSIONPARTIELLE

A mi-parcours de cette étude, il convient de rappeler qu'il a été question pour nous dans un premier temps d'examiner les divers déterminants du changement en Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018. Ceci nous a conduits à examiner tout d'abord les repères structurels du changement en Francophonie. Ainsi, la première analyse nous a permis de comprendre le rôle de la mondialisation et l'émergence de nouvelles puissances francophones comme repères structurels ainsi que celui des transformations démographiques et l'évolution des TIC comme autres repères structurels. Et ensuitela deuxième analyse nous a amenés à faire une analyse du changement comme produit d'une adaptation régulière de la Francophonie à la conjoncture internationale. D'où l'analyse nous a conduits à interroger dans un premier temps la conjoncture internationale comme facteur de modification et d'orientation de l'action internationale de la Francophonie. Dans un second temps, il était question de s'interroger sur la conquête de l'influence et de la puissance par les Etats francophones et ses répercussions sur les dynamiques de réformes en Francophonie.

Cependant, il convient tout de même afin de rendre davantage pertinent ce travail, de procéder à une analyse des enjeux et des résistances à la mise en oeuvre des changements dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie.

DEUXIEME PARTIE:LES ENJEUX ET LES RESISTANCES A LA MISE EN OEUVRE DES CHANGEMENTS DANS LA TRAJECTOIRE INSTITUTIONNELLE DE LA FRANCOPHONIE

Les enjeux et les résistances à la mise en oeuvre des changements dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie sont au coeur des débats contemporains sur l'avenir de cette Organisation internationale. Créée dans un but de promotion linguistique et des valeurs de solidarité entre les pays francophones, la Francophonie fait face à des défis majeurs liés à l'évolution des contextes économiques, culturels et géopolitiques. Les changements envisagés visant à une modernisation de l'Organisation et à renforcer son rôle sur la scène internationale, mais ils se heurtent à des résistances diverses. D'une part, les enjeux incluent la nécessité d'adaptation des structures institutionnelles aux nouvelles réalités globales, aussi une nécessité d'amélioration de l'efficacité des actions menées et d'assurer une plus grandes représentativité des différents pays membres. La Francophonie doit aussi répondre à des attentes croissantes en matière de développement durable, de gouvernance démocratique et de justice sociale.

D'autre part, les résistances peuvent provenir des Etats membres, qui craignent une perte d'influence ou une remise en cause de leurs intérêts nationaux. Les divergences d'intérêts, de visions et les enjeux de pouvoir compliquent la mise en oeuvre des réformes nécessaires au sein de l'Organisation. Ces résistances peuvent souvent émerger des tensions entre les pays membres et les difficultés pour ceux-ci à trouver un consensus sur les objectifs et priorités communs. Quels peuvent donc être clairement les enjeux et les résistances à la mise en oeuvre des changements dans la trajectoire institutionnelles de la Francophonie ? Répondre à cette interrogation nous conduiras tout d'abord à dresser les typologies des réformes en Francophonie et les acteurs de la mise en oeuvre (Chapitre 3) avant de ressortir clairement les enjeux et les résistances à l'opérationnalisation des réformes institutionnelles en Francophonie dans la période 1970 à 2018 (Chapitre 4).

Chapitre3 : Typologies des réformes institutionnelles en Francophonie et les acteurs de la mise en oeuvre

Les réformes institutionnelles en Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018 ont été marquées par une série de transformations, notamment politiques, économiques et sociales visant à adapter les institutions francophones aux défis contemporains. Durant cette période, la Francophonie a subi différents types de réformes, allant de la modernisation juridique à la décentralisation administrative, en passant par la promotion de la démocratie, des droits de l'homme et de la bonne gouvernance. Les Etats francophones ont en effet cherché à répondre aux exigences de la mondialisation, en améliorant la gouvernance et faisant la promotion du développement durable. De nombreux acteurs ont joué un rôle important dans l'initiation, la conduite et la mise en oeuvre de ces différentes réformes qu'a connue la Francophonie.Ainsi, pour faire une analyse des typologies de réformes institutionnelles en Francophonie, il importe tout d'abord de faire un examen de ces différentes réformes (Section 1), avant de ressortir lerôle des acteurs de la mise en oeuvre de ces réformes (Section 2).

SectionI : ExamendesdifférentesréformesinstitutionnellesenFrancophonie

L'examen des réformes institutionnelles en Francophonie entre 1970 à 2018 permet de comprendre l'évolution de la Francophonie, espace géopolitique et culturel marqué par la diversité linguistique, politique, économique et socioculturelle. La Francophonie s'est progressivement structurée pendant cette période, en un réseau d'institutions visant à promouvoir la langue française, le dialogue interculturel et le développement durable. Les réformes ont reflété la volonté pour l'Organisation de s'adapter aux changements mondiaux, renforcer la coopération entre les Etats membres et répondre aux défis contemporains tels que la mondialisation, les crises et les enjeux de gouvernance. « (...) les Organisations internationales, loin de constituer des « ordres institués » marqués par l'inertie, sont des univers institutionnels ouverts et évolutifs, soumis à des dynamiques de changement... »128(*). Ainsi, nous ferons un examen des différentes réformes ayant soumis la Francophonie à des dynamiques de changement en les regroupant par typologie, premièrement, par les réformes liées à l'organisation et au fonctionnement de la Francophonie (Paragraphe 1), deuxièmement, par les réformes liées au renforcement des objectifs et missions de la Francophonie (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les réformes liées à l'organisation et au fonctionnement de la Francophonie

Faire une analyse des réformes liées à l'organisation et au fonctionnement de la Francophonie, nous amène à ressortir tout d'abord, à ressortir les réformes ayant favorisées le renforcement des structures et des organes de la Francophonie (A). Ensuite il sera question de ressortir des réformes liées à la mise en place des mécanismes de gouvernance plus efficaces (B).

A- Les réformes institutionnelles favorables au renforcement des structures et des organes de la Francophonie

Dans la période 1970 à 2018, les réformes institutionnelles ont contribué au renforcement des structures et des organes de la Francophonie, en réponse aux évolutions politiques, économiques et culturelles dans l'espace francophone. L'évolution initiale de l'Organisation commence par la création à Niamey au Niger en 1970 de l'Agence de coopération culturelle et technique, premier organisme intergouvernemental de la Francophonie, regroupant 21 pays, destiné à promouvoir la langue française et la coopération culturelle entre ses membres.Une initiative des pays africains nouvellement indépendants dont les pionniers sont le sénégalais Léopold SEDAR SENGHOR, le nigérien Hamani DIORI, le tunisien Habib BOURGUIBA et le prince cambodgien Norodom SIHANOUK. Avant la création de l'ACCT, des organismes francophones spécialisés comme l'Association des Universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF) a existé dès 1960 et aussi l'Association internationales des parlementaires de langue française (AIPLF) en 1967.

En 1984, est créée le Haut Conseil de la Francophonie marquant la première diffusion de la chaine de télévision francophone TV5129(*). La francophonie connait en 1986 la tenue de son premier Sommet à Paris, réunissant les Chefs d'Etats et de gouvernement de 41 pays ayant décidés de coopérer dans les secteurs de la culture, de la communication et des industries de la langue130(*).A la suite de ce premier Sommet, plusieurs autres Sommets vont suivre visant à mettre en place des réformes visant à renforcer la structure et les organes de la Francophonie. Notamment le Sommet de Québec qui a oeuvré à l'établissement de la cadence bisannuelle des Sommets131(*). Cela signifie que les Chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de la Francophonie se réunissent désormais tous les deux ans pour discuter de divers sujets. Le Sommet de Dakar en 1989 a contribué à la prise de décision de la France de renoncer aux créances qu'elle détient en rapport avec l'aide publique au développement des pays francophonesen particulier ceux de l'Afrique. C'est également à l'issu de ce Sommet qu'est créé l'Université Senghor d'Alexandrie et juillet 1989, l'AIPLF se transforme en Assemblée.

La Francophonie dans sa dynamique de changement intègre à l'issu du Sommet de Chaillot à Paris des membres observateurs dont le Cambodge, la Bulgarie et la Roumanie. Le Sommet décide de mettre l'accent sur les droits de l'Homme en Francophonie décidant ainsi de la « primauté du politique ». Une réforme importante des instances de la Francophonie est adoptée, une Conférence ministérielle se réunie désormais à mi-chemin entre deux Sommets, un Conseil Permanent de la Francophonie (CPF), constitué des représentants spéciaux des chefs d'Etat et de gouvernement, comprenant 15 pays est créé. Son rôle est de préparer les Sommets et d'assurer le suivi, l'ACCT joue un rôle technique de secrétariat de la Francophonie. Ce Sommet a également décidé de l'extension de la diffusion de TV5 à l'Afrique. Nous avons également le Sommet de Cotonou en 1995, marquant la volonté de renforcer la dimension politique de la Francophonie par la création d'un poste de Secrétaire général de la francophonie.

A Hanoi au Vietnam en 1997, se tient un Sommet à la suite duquel, Boutros GHALI est élu au poste de Secrétaire générale de la Francophonie pour un mandat de quatre ans renouvelable. Le dispositif institutionnel mise en place par la communauté francophone depuis la création des Sommets se trouve ainsi complété. La Francophonie s'intéresse désormais à la mise en place d'un « espace économique francophone ». Le Sommet de Moncton en 1999132(*) s'est tenu dans un contexte d'élargissement de l'Organisation avec l'admission de cinq pays, observateurs ou associés, la Francophonie compte désormais 57 membres. Ce Sommet portait principalement sur la jeunesse soulignant ainsi l'importance de fournir une formation professionnelle et technique pour permettre aux jeunes de libérer leur créativité.

B- La mise en place des mécanismes de gouvernance plus efficaces

La Francophonie a également pensé à la mise en place des mécanismes de gouvernance plus efficaces dans sa trajectoire de réformes, pour renforcer la coopération entre les pays francophones. La création de l'Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) en 1979 marque l'objectif pour la Francophonie de rassembler les maires et les responsables des capitales et des métropoles des pays francophones. C'est une initiative qui a contribué au développement d'un réseau diplomatique de représentants politiques locaux et à la promotion de la coopération intercommunale. Elle a pour mission de faciliter des échanges de pratiques et de connaissances en fournissant une tribune internationale aux villes francophones, favorisant ainsi la mise sur pied des mécanismes de gouvernance plus efficaces dans l'espace francophone en pleine évolution.

Le renforcement et la promotion des valeurs démocratiques se fait également ressentir en Francophonie, avec notamment la Déclaration de Bamako au Mali le 3 novembre 2000. Cette Déclaration est le tout premier texte normatif de la Francophonie en matière de pratiques de la démocratie, le respect des droits et des libertés. La Déclaration de Bamako vise à encourager la consolidation de l'Etat de droit, la promotion des droits de l'Homme, et la gouvernance démocratique. C'est une autre étape majeure dans la construction politique de la Francophonie institutionnelle.L'adoption de cette Déclaration a contribué à renforcer les mécanismes de gouvernance au sein de la Francophonie et a conduit l'Organisation à promouvoir une coopération plus efficace entre ses membres. Les pays francophones ne respectant pas le partage des valeurs démocratique se voient sanctionner par la Francophonie.

Depuis 1985, des réseaux institutionnels ont été mises en place au sein de la Francophonie pour encourager la coopération entre les institutions partageant les mêmes compétences. Ces réseaux institutionnels sont au nombre de seize appelés Réseaux Institutionnels de la Francophonie (RIF) qui sont des partenaires privilégiés de l'Organisation internationales de la Francophonie (OIF) et joue un rôle important dans la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l'Homme133(*). Ces 16 réseaux institutionnels fédèrent eux-mêmes près de 600 institutions membres dans plus de 60 pays de l'espace francophone dans secteurs variés comme le droit, la justice, les médias, les droits de l'Homme, la médiation et les élections134(*). Ces réseaux visent faciliter l'échange d'expériences et de savoir-faire, notamment par la concertation, le développement d'outils de travail et de capacités comparatifs et mutualisés, et aussi la formation par les pairs.

La Déclaration de Saint-Bonifacea renforcé les engagements de la Francophonie dans les domaines de maintien de la paix, de consolidation de l'Etat de droit et de la promotion des droits de l'Homme. Elle a été adoptée lors de la Conférence ministérielle sur la prévention des conflits et la sécurité humaine, elle s'est tenu les 13 et 14 mai 2006 à Saint-Boniface au Canada135(*). Cette déclaration vient permettre à l'OIF de s'intéresser par exemple, aux processus de sortie de crises, de transition démocratique et de consolidation de la paix dans l'espace francophone. Elle inclue également le fait pour la Francophonie de promouvoir la sécurité humaine et prévenir les conflits en satisfaisant les besoins vitaux, en respectant les droits de l'Homme et aussi le droit au développement. Elle renforce le multilatéralisme comme cadre privilégié de la coopération internationale en Francophonie.

Paragraphe 2 : Les réformes liées au renforcement des objectifs et missions de la Francophonie

Depuis sa création en 1970, la Francophonie cherche à s'affirmer comme une Organisation internationale majeure. Ses objectifs et ses missions ont eu une évolution constante pour s'adapter aux défis mondiaux tout en renforçant les liens entre ses membres. Ainsi, dans la nécessité de s'adapter, la Francophonie va continuellement redéfinir ses objectifs et ses missions par le biais des réformes qui vont amener l'Organisation tout d'abord à redéfinir ses objectifs et les priorités (A) et par la suite renforcer ses actions en faveur de la promotion de la langue française et de la diversité culturelle (B).

A- La redéfinition des objectifs et des priorités de l'Organisation

Dans les premières décennies, la Francophonie s'est concentrée sur la promotion de la langue française et la coopération culturelle avec la création de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) en mars 1970 à Niamey, au Niger, la signature de la Charte de Niamey s'est faite en présence de 21 Etats et gouvernement ayant langue française en partage. L'objectif initial pour la Francophonie ici, est principalement axé sur la coopération culturelle et technique entre ses membres. Cette Agence a joué un rôle important dans la promotion de la langue française et de la culture francophone. Dans les années 1990, la Francophonie élargie ses missions pour inclure des dimensions politiques et économiques. Dès 1997, l'ACCT se transforme en Agence intergouvernemental de la Francophonie (AIF), reflétant une approche plus intégrée et globale136(*). Cette transformation s'inscrit dans le cadre d'une réforme qui vise à renforcer la coopération entres les membres.

L'année 2005 est marquée par une réforme marquant l'adoption de la nouvelle Charte de la Francophonie137(*). Elle a été élaborée pour tenir compte transformations historiques et des grandes évolutions politiques, économiques, technologiques et culturelles du 21ème siècle. L'adoption de la nouvelle Charte a favorisée le renforcement des missions de l'OIF en matière de promotion de la paix, de la démocratie et aussi des droits de l'Homme. Cette réforme marquée par l'adoption d'une nouvelle Charte est également à l'origine de la mutation de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) en Organisation internationales de la Francophonie (OIF)138(*). Cette mutation a amené l'Organisation à renforcer son influence et son rôle sur la scène internationale en tant qu'une Organisation dédiée à la promotion de la langue française et des valeurs universelles.

Le Sommet tenu à Dakar du 29 au 30 novembre 2014 marque un autre tournant décisif en Francophonie, notamment par l'élection de Michaëlle JEAN comme Secrétaire générale de la Francophonie. Ce mandat est marqué par la redéfinition des objectifs et priorités de la Francophonie vers des domaines comme le développement durable, le renforcement de la solidarité dans l'espace francophone, l'insertion professionnelle des jeunes, le numérique et la promotion de l'égalité de genre notamment femmes-hommes. Ce Sommet a orienté l'OIF vers le renforcement de l'usage de la langue française et par là, la promotion de la diversité culturelle et linguistique, tout adoptant des objectifs de soutien aux Etats membres en crise ou en sortie de crise dans le processus de restauration de l'Etat de droit et de maintien de la paix. Le Sommet a également mis en avant le rôle grandissant des femmes et des jeunes dans les domaines de la vie politique, économique et sociale.

L'Organisation internationale de la Francophonie a adoptée en 2018 une stratégie numérique pour promouvoir l'usage des technologies de l'information et de la communication dans l'espace francophone139(*). Cette stratégie vise à développer et maintenir les infrastructures donnant accès au numérique, accompagner l'innovation pour l'intégration des pays en développement dans l'économie numérique, édifier des sociétés de l'information ouvertes, démocratiques et transparentes en Francophonie, et enfin développer l'intelligence numérique au service de la diversité et du partage mais aussi produire, diffuser et protéger les biens communs numériques140(*).Un autre fait marquant de cette année est l'élection du Sommet d'Erevan en Arménie de la rwandaise Louise MUSHIKIWABO comme secrétaire générale de la Francophonie, qui prendra service en janvier 2019 et est reconduite en 2022 à la tête de l'Organisation marquant le retour de l'Afrique aux commandes. Cette élection a permit à la promotion de la Francophonie économique et le renforcement des valeurs de la Francophonie.

B- Les réformes liées au renforcement des actions de l'OIF

L'efficacité, la pertinence et la cohérence des actions de la Francophonie ont été renforcé par de nombreuses réformes institutionnelles en 2018. Cette efficacité, cette pertinence et cette cohérence se matérialise au sein de l'OIF par une modernisation et une pertinence accrue de l'Organisation, permettant à celle-ci de renforcer son influence auprès des Etats membres et des bailleurs, de moderniser ses fonctions internes et d'augmenter l'impact de ses activités et projets. Des réformes ont été mises en place pour l'adoption d'un règlement relatif à la procédure d'adhésion ou de modification de statut d'un Etat ou gouvernement auprès de l'OIF, visant à simplifier et clarifier les modalités d'adhésion au sein de la Francophonie141(*). Ce « Règlement relatif à la procédure d'adhésion ou de modification de statut d'un Etat ou gouvernement auprès de l'OIF », implémenté en 2018 a pris corps lors de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement à Djerba en Tunisie du 19 au 20 novembre 2022.

La rationalisation de l'élection du Secrétaire général est une autre réforme mise en place au sein de la Francophonie. Elle permet d'améliorer la transparence et l'efficacité du processus d'élection. Désormais, la candidature au poste de Secrétaire général est soumise à un appel à candidatures et à une audition devant les membres de la Conférence ministérielle de la Francophonie142(*). Cette nouvelle procédure permet de garantir un choix du Secrétaire général fait de manière équitable et plus ouvert. La nouvelle réforme vient améliorer celle existante qui permettait au Secrétaire général d'être élu lors du Sommet par les chefs d'Etat et de gouvernement des pays ayant le français en partage selon les dispositions de la Charte de la Francophonie. La démocratie étant l'une des valeurs francophones, cette nouvelle procédure amène l'Organisation à la mise en oeuvre des valeurs démocratiques telles que la transparence et une participation plus ouverte au processus électorale.

Des initiatives ont été mises en place en Francophonie pour l'amélioration de la gestion administrative et financière. Ceci s'est fait notamment par la création des entités de gestion des projets et des risques, le renforcement de la fonction de l'audit interne et la mise en place de nouveaux outils numériques de gestion financière et des ressources humaines143(*). Plusieurs pays francophones à l'instar du Maroc ont entrepris des réformes budgétaires pour moderniser leur secteur public, en créant un climat de confiance nécessaire pour rester en phase avec les changements sociétaux. L'orientation de la Francophonie vers le renforcement de l'Etat de droit et de la bonne gouvernance est également un aspect important ayant permit à l'Organisation d'améliorer la gestion administrative et financière par des mécanismes plus pertinent et efficaces.

SectionII : Le rôle des acteurs dans la mise en oeuvre des réformes institutionnelles en Francophonie

Les réformes institutionnelles au sein de la Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018 ont été matérialisées par une évolution constante visant à renforcer la coopération entre les membres de l'Organisation, à promouvoir la langue française et à adapter les institutions aux défis contemporains. Robert KEOHANE définit le concept d' « acteur » comme « toute organisation ou individu capable de mobiliser des ressources, prendre des décisions, et influencer les relations entre les Etats, ainsi que les dynamiques internationales »144(*) Certains acteurs comme les Etats membres, les Organisations internationales et la société civile ont joué des rôles importants dans la mise ne oeuvre de ces réformes. Les interactions étroites entre les différents acteurs vont permettre de renforcer et de moderniser les institutions de la Francophonie pour qu'elles puissent mieux répondre aux défis mondiaux. Quel est donc le rôle des différents acteurs dans la mise en oeuvre des réformes institutionnelles en Francophonie ?

Pour mener à bien notre analyse, il est important de ressortir tout d'abord les rôles des acteurs comme les Etats membres et du Secrétariat général de l'OIF dans la mise en oeuvre des réformes institutionnelles (Paragraphe 1), ensuite nous analyserons l'impact des institutions de la Francophonie et la société civile dans l'implémentation des réformes institutionnelles en Francophonie (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les Etats membres et le Secrétariat général de l'OIF dans la mise en oeuvre des réformes institutionnelles

Au fil des décennies, l'OIF a évolué pour devenir une institution clé dans la promotion de la langue française, de la diversité culturelle, de la paix et du développement durable au sein de ses Etats membres. La période allant de 1970 à 2018 a été marque par une pléthore de réformes mêlant divers acteurs dans la mise en oeuvre dont les Etats membres (A), le Secrétariat général dans la coordination et la mise en oeuvre de ces réformes (B).

A- Le rôle des Etats membres dans l'adoption et la mise en oeuvre des réformes

Les Etats membres ont joués un rôle important dans l'adoption et la mise oeuvre des réformes qui ont favorisées le développement et la consolidation de la Francophonie. L'Organisation créée en 1970 à la Conférence de Niameyest une initiative d'Etats membres fondateurs, à l'instar du Sénégal, la Tunisie, le Niger et le Cambodge. Ces derniers ont oeuvrés dans la rédaction de la Charte et la mise en place de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), qui est respectivement la première Organisation intergouvernementale de la Francophonie. Elle a servi comme base pour le développement ultérieur de l'OIF et a favorisé la coopération entre les pays francophones dans plusieurs domaines comme la culture, l'éducation et la recherche scientifique. Ces Etats membres ont ainsi contribués à la promotion de la langue française, de la diversité culturelle et linguistique, mais aussi à la consolidation de la paix et des droits de l'Homme.

L'évolution institutionnelle de la Francophonie au fil des années sous l'impulsion des Etats membres a contribué au développement des structures de l'Organisation. Nous pouvons prendre l'exemple de la Déclaration de Bamako en 2000 est une initiative des chefs d'Etats et de gouvernement membres de l'OIF, qui ont trouvés la nécessité de renforcer la démocratie, l'Etat de droit et les droits de l'Homme au sein de l'espace francophone. Aussi nous avons la Déclaration de Saint-Boniface en 2006 qui manifeste la volonté pour les Etats membres de la Francophonie de se mettre ensemble pour se concentrer sur la prévention des conflits, la sécurité humaine et le renforcement de la paix. Ces exemples parmi tant d'autres permettent de constater le rôle des Etats membres dans l'évolution institutionnelle de la Francophonie par le biais des réformes institutionnelles adoptées et mises en oeuvre par ceux-ci.

Des réseaux institutionnelles ont été crées dans l'espace francophone avec l'accompagnement des Etats membres pour encourager la coopération professionnelle et l'échange d'expériences entre les différents membres.Ces réseaux couvrent divers domaines, notamment les domaines du droit, de l'éducation, la culture, la recherche, le développement durable etc. la plupart de ces réformes initiées par les Etats membres apparaissent dans un contexte de volonté de modernisation de l'Organisation dans le but de l'adapter aux nouveaux défis. Les réformes de 2005 par exemple transformant l'AIF en OIF, marquent des changements significatifs dans la structure et le fonctionnement de l'Organisation. La révision de la Charte de la Francophonie la même période par les chefs d'Etats et de gouvernement réunis dans le cadre du Sommet a visée à assurer la cohérence et le renouvellement de cette Organisation en évolution.

Un autre rôle joué par les Etats membres de la Francophonie dans l'adoption et la mise en oeuvre des réformes est la participation active. Cette participation peut se matérialiser par la présence lors des Sommets de la Francophonie, en fournissant des ressources et en soutenant les initiatives de l'OIF. Leur engagement et leur participation est essentiel pour assurer l'adoption, la réussite et la mise en oeuvre des réformes au sein de la Francophonie. La participation active des Etats membres s'observe aussi à travers des initiatives de soutien aux processus électoraux pour apporter leur expertise technique ou accompagner les autres Etats membres. Ils participent activement aux opérations de maintien de la paix dans l'espace francophone.

B- Le secrétariat général dans la coordination et la mise enoeuvredesréformesinstitutionnelles

Le Secrétariat général assure le gouvernement général ou le pilotage de l'Organisation internationale de la Francophonie145(*). Le secrétariat général est la clé de voûte de l'OIF, c'est l'organe politique suprême de l'Organisation dirigé par un Secrétaire général élu par le Sommet. Il comprend un secrétariat des instances et des conférences, un Conseil de la coopération où sont distingués et précisé les champs stratégiques d'intervention prioritaires des différents opérateurs146(*). Cette instance est l'acteur clé dans la mise en oeuvre et la coordination des réformes institutionnelles en Francophonie, chargé de l'exécution des décisions prises par les Etats membres. Ce rôle exécutif a été important pour garantir la cohérence et l'efficacité des réformes institutionnelles, en s'assurant toujours que les objectifs fixés par les Etats membres soient atteints de façon harmonieuse et dans les délais prévus. Les dispositions de cet organe datent du Sommet d'Hanoi au Vietnam.

Le poste de Secrétaire générale de la Francophonie est créé en 1995 lors du Sommet de Cotonou au Benin147(*). Ce poste est occupé dès 1997 lors du Sommet de Hanoi par Boutros Boutros GHALI, élu pour un mandat de quatre ans. Ce dernier, en tant que premier Secrétaire général de la Francophonie a mis en oeuvre plusieurs réformes institutionnelles importantes pour renforcer et moderniser l'Organisation. Le Secrétaire général a oeuvré pour faire de la Francophonie une institution internationale reconnue en renforçant la visibilité et l'influence de l'Organisation sur la scène internationale. Le Secrétariat général sous la direction de Boutros GHALI a mis l'accent sur la diversité culturelle et le dialogue des cultures comme des instruments pour le règlement pacifique des conflits. Une autre réforme majeure mise en oeuvre et coordonnée par le Secrétariat général est la Déclaration de Bamako adoptée par les Etats et gouvernements de la Francophonie sur les pratiques de la démocratie, des libertés et des droits de l'Homme.

En 2002 lors du Sommet de Beyrouth, un nouveau Secrétaire général occupe le Secrétariat général de la Francophonie, en la personne de l'ancien président sénégalais Abdou DIOUF. Celui-ci à travers le Secrétariat général va mettre en oeuvre des réformes qui vont contribuer à renforcer la visibilité de l'Organisation, en hissant les institutions francophones sur la scène internationale par leur implication dans la résolution des crises politiques et par la remobilisation des réseaux associatifs et des ONG francophones. Des réformes liées à la politisation de la Francophonie sont également mises en oeuvre sous sa direction. La Francophonie a pris une dimension plus politique en s'engageant résolument dans les domaines de la politique et des droits de l'Homme. Grâce à une action politico-diplomatique affirmée, il a entrepris des réformes internes donnant une meilleure visibilité et une reconnaissance internationale à l'OIF.

A l'issue du Sommet de Dakar en 2014, le Secrétariat général de la Francophonie contribue à la coordination et la mise en oeuvre de nouvelles réformes au sein de l'Organisation, sous la direction de la première femme Secrétaire générale de la Francophonie en la personne de Michaëlle JEAN. Elle positionne l'OIF en première ligne pour la promotion de la démocratie, la prévention des conflits et les politiques de développement économique. Sous sa direction, des réformes renforçant le multilinguisme et la diversité culturelle en insistant sur l'importance de la langue française comme moyen pour agir et combattre les visions colonialistes de la Francophonie du passé. Des réformes ont également été mise en oeuvre pour encourager le numérique et la technologie permettant de moderniser les pratiques et les politiques au sein de la Francophonie.

Paragraphe 2 : L'impact des institutions de la Francophonie et la société civile dans l'implémentation des réformes institutionnelles

En tant qu'espace politique et culturel, la Francophonie a évolué sous l'effet des réformes institutionnelles qui sont mises en oeuvre par de multiples acteurs. Les institutions de la Francophonie telles que l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ont joué une partition importante dans la promotion de valeurs communes, comme la démocratie, les droits de l'Homme et le développement durable. Dans la période entre 1970 et 2018, ces institutions ont été des acteurs centraux dans l'implémentation des réformes institutionnelles au sein des pays de l'espace francophone, visant notamment à renforcer la gouvernance, améliorer les systèmes éducatifs et promouvoir la diversité culturelle.

Parallèlement, la société civile francophone s'est progressivement imposée comme partenaire inéluctable dans ce processus. Les ONG, les mouvements citoyens et les associations culturelles ont exercé une certaine influence sur les réformes, en plaidant par exemple pour des changements structurels et en jouant un rôle de contrôle de la mise en oeuvre des politiques publiques. Cette synergie entre les institutions et la société civile francophones a contribué à construire des politiques plus inclusives et à renforcer la résistance des institutions dans un monde en mutation constante. L'impact de ses deux acteurs dans l'implémentation des réformes en Francophonie nous amènes à centrer l'analyse d'une part sur l'implication des institutions de la Francophonie dans le processus de réformes (A) et d'autre part sur le rôle de la société civile francophone dans le processus de réformes institutionnelles en Francophonie (B).

A- L'implication des institutions de la Francophonie dans le processus de réformes

Le Sommet joue un rôle central dans le processus de réformes institutionnelles en Francophonie. Il s'agit d'une instance stratégique réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres, pour discuter des défis et enjeux spécifiques aux pays de l'espace francophone. Le Sommet a lieu tous les deux ans148(*), c'est un moment privilégié dans la prise des décisions majeures et dans l'orientation des priorités de l'Organisation. Le Sommet permet aux membres de réfléchir sur l'efficacité des structures et mécanismes en place. L'objectif est d'adapter l'Organisation aux évolutions politiques, économiques et sociales tant au niveau mondial que dans les pays membres. Des résolutions et des recommandations sont adoptées lors des Sommets pour améliorer la gouvernance interne, renforcer la coopération entre les Etats membres et promouvoir des actions communes dans divers domaines. Par exemple, la réforme de 2005 où à l'issu du Sommet les membres ont décidé de rationnaliser les structures de la Francophonie pour renforcer la cohérence de l'action internationale de l'Organisation.

Dans le processus de réformes institutionnelles en Francophonie, la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) joue également un rôle. En tant qu'organe de décision de l'OIF149(*), la CMF réunit les ministres des affaires étrangères ou les ministres en charge de la Francophonie des Etats et gouvernements membres. Elle est responsable de la mise en oeuvre des décisions prises lors des Sommets, y compris l'implémentation des réformes institutionnelles. C'est à travers elle que les décisions stratégiques sur les réformes sont traduites en actions concrètes, notamment en matière de gouvernance, de financement ou de coopération internationale. La CMF contribue à l'élaboration des recommandations sur les réformes à entreprendre. En fonction des besoins exprimés par les Etats membres, elle propose des ajustements ou des changements dans les structures et les programmes de l'Organisation, pour les adapter à l'évolution des contextes socio-économiques, politiques et géopolitiques.

Le Conseil permanent de la Francophonie (CPF), participe dans le processus de réformes institutionnelles au sein de la Francophonie, en tant qu'organe de décision, il est en charge de la coordination des activités des différents membres et de proposer des réformes pouvant améliorer la pertinence et l'efficacité de l'OIF. Il travaille sur des aspects comme l'amélioration des structures de gouvernance, la définition des priorités stratégiques et aussi la mise en oeuvre des initiatives pour faire face aux défis contemporains. Cette institution peut par exemple proposer des ajustements dans les mécanismes de financement, réévaluer les missions des institutions affiliées, ou encore renforcer les partenariats avec des Organisations internationales. Le CPF contribue ainsi à garantir que la Francophonie demeure une Organisation dynamique, réactive et capable de promouvoir les valeurs de la diversité culturelle et la langue française à l'échelle mondiale.

En tant qu'institution centrale de la Francophonie, l'OIF a pour mission de promouvoir la langue française, la diversité culturelle, la paix, la démocratie et les droits de l'homme150(*) tout en s'adaptant aux évolutions mondiales. C'est dans cette optique que l'OIF contribue activement dans le processus de réformes institutionnelles en Francophonie. Son implication se manifeste notamment dans les réformes institutionnelles relatives au renforcement de la gouvernance, à la modernisation des structures, à la promotion des initiatives innovantes, au renforcement de la participation des Etats membres et à la révision des priorités stratégiques. Les Opérateurs de la Francophonie manifestent également son implication dans la mise en oeuvre et la conception des réformes institutionnelles de par la participation active, consultation et collaboration, formation et sensibilisation, l'évaluation et le suivi, et l'apport technique et logistique.

B- Le rôle de la société civile francophone dans le processus de réformes institutionnelles en Francophonie

La société civile francophone (les ONG, les associations, les Syndicats) joue aussi un rôle dans le processus de réformes en Francophonie. Elle contribue de par quelques aspects clés au processus de réforme, notamment en faisant la promotion de la transparence et de la responsabilité151(*). Par ses organisations et ses membres, la société civile surveille et évalue les réformes, garantissant la transparence dans les processus et que les décideurs soient tenus responsables de leurs actions. Les organisations de la société civile participent aussi de manière active à la sensibilisation et au plaidoyer en faveur des réformes institutionnelles en sensibilisant le public francophone et en impactant dans les politiques publiques. La société civile contribue donc à la mise en lumière des besoins et des aspirations des citoyens de l'espace francophone.

La participation à la conception des politiques est un autre moyen pour la société civile francophone dans le processus de réformes. En effet, les groupes de la société civile interviennent souvent par le biais de leur expertise et perspectives dans les débats sur les réformes. Ils peuvent à cet effet jouer un rôle de conseil sur les meilleurs pratiques et aussi contribuer à la formulation des politiques plus inclusives et équitables. En apportant son soutien dans le renforcement de la démocratie et de la gouvernance, la société civile favorise le dialogue entre les institutions et les citoyens dans les pays francophones. Ce procédé amène donc la société civile à jouer un rôle dans la consolidation, la pratique et le respect des valeurs démocratiques favorisant ainsi la bonne conception et la mise en oeuvre des réformes contribuant au renforcement de l'efficacité, de la performance et de la pertinence de la Francophonie dans un monde en perpétuelle évolution.

La mobilisation des ressources et des réseaux est un facteur qui amène la société civile à jouer un rôle dans le processus de réformes en contribuant à mobiliser les ressources financières, humaines et matérielles pour soutenir les réformes institutionnelles. Les organisations de la société civile utilisent également leurs réseaux pour créer des alliances et des partenariats qui renforcent l'efficacité des réformes. Après la mise oeuvre des réformes, la société civile peut aussi jouer un rôle important dans le suivi et l'évaluation des résultats, en identifiant des domaines nécessitant des ajustements.

Les grandes dates marquant l'évolution des réformes institutionnelles en Francophonie.

- 1960 : Constitution d'organismes francophones spécialisés, dont l'AUPELF (Association des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française)

- 1967 : Constitution de l'AIPLF (Association Internationale des Parlementaires de Langue Française)

- 1970 : Lors de la Conférence de Niamey, est crée le premier organisme intergouvernemental de la francophonie. La Charte créant l'ACCT (Agence de Coopération Culturelle et Technique) est signée par 21 pays.

- 1984 : Création du Haut Conseil de la Francophonie et la première diffusion de TV5

- 1986 : Tenue du premier Sommet francophone à Paris. 41 pays sont représentés et décident de coopérer dans les secteurs de la culture, de la communication et des industries de la langue.

- 1987 : Sommet de Québec, qui établit la cadence bisannuelle des Sommets. A cette occasion, il y'a eu l'ouverture de la première université multilatérale à l'échelle de 40 pays, l'Université des Réseaux d'Expression Française (UREF). De nouveaux champs de coopération se développent, notamment en matière d'agriculture et d'énergie aves la création de l'Institut de l'Energie des Pays ayant en commun l'usage du Français (IEPF).

- 1989 : Sommet de Dakar, à l'occasion duquel la France annonce sa décision de renoncer aux créances qu'elle détient au titre de l'aide publique au développement auprès de la plupart des pays d'Afrique francophone. Création de l'Université Senghor d'Alexandrie, grâce au mécénat et à la contribution financière des pays francophones. A l'occasion de sa XVIIe Assemblée générale qui s'est tenue en juillet 1989 à Paris, l'AIPLF se transforme en Assemblée.

- 1991 : Sommet de Chaillot à Paris, avec l'admission du Cambodge, de la Bulgarie et de la Roumanie comme observateurs, le nombre des pays participants est porté à 47. Le Sommet décide de la « Primauté du politique ». le thème des droits de l'Homme devient un sujet primordial de la Francophonie. Une importante réforme des instances de la Francophonie est par ailleurs adoptée. Une Conférence ministérielle se réunira désormais à mi-chemin entre deux Sommets. D'autres part, un Conseil Permanent de la Francophonie (CPF), composé de représentants spéciaux des Chefs d'Etat et de gouvernement et comprenant 15 pays membres, est crée. Il est notamment chargé de préparer les Sommets et d'en assurer le suivi. L'ACCT se voit confier un rôle de secrétariat de la Francophonie. Le Sommet décide enfin de l'extension de la diffusion de TV5 en Afrique.

- 1993 : Sommet de l'Ile Maurice, à l'issu duquel, est affirmé le sentiment d'attachement à l'avènement de la démocratie dans l'espace francophone. Il adopte notamment une résolution sur l'exception culturelle au GATT. Les moyens mis à la disposition des Opérateurs de la Francophonie sont accrus de manière significative. « Une commission coopération » est instituée sous l'égide du CPF. Le Sommet reconnait par ailleurs l'AIPLF comme Assemblée consultative de la Francophonie.

- 1995 : le Sommet de Cotonouentérine l'adhésion de la Moldavie, ainsi que celle de Saint Thomas à la Francophonie. Les participants marquent leur volonté de renforcer la dimension politique de la communauté francophone, en décidant de la création d'un poste de Secrétaire général de la Francophonie qui sera pourvu lors du Sommet suivant. Ils réaffirment solennellement leur attachement à l'Etat de droit et à la démocratie.

- 1997 : Sommet de Hanoi, Boutros GHALI est élu Secrétaire général de la Francophonie, pour un mandat de quatre ans renouvelable. Ainsi, est complété le dispositif institutionnel de mis en place par la communauté francophone depuis la création des Sommets. Les participants consacrent l'essentiel de leurs travaux aux questions économiques et appellent de leurs voeux, la mise en place d'un « espace économique francophone ».

- 1998 : Sommet de Moncton, avec l'admission de cinq nouveaux membres, observateurs ou associés, la Francophonie compte un total de 57 membres. Le thème principal du Sommet porte sur la jeunesse. Les participants consacrent également une partie importante de leurs débats aux droits de l'Homme et décide de la création d'un observatoire francophone spécialisé dans ce domaine.

- 2000 : La Déclaration de Saint Boniface est adoptée par les Ministres et chefs de délégation des Etats et gouvernements des pays ayant le français en partage lors du « Symposium international sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits de l'Homme et des libertés dans l'espace francophone».

- 2002 : Au Sommet de Beyrouth, Abdou DIOUF, ancien président de la république du Sénégal est élu Secrétaire général de la Francophonie

- 2004 : Xe Sommet de la Francophonie à Ouagadougou. Les Chefs d'Etat et de gouvernement approuve les nouvelles missions stratégiques de la Francophonie. Ils prennent la décision de parachever la réforme institutionnelle afin de mieux fonder la personnalité juridique de la Francophonie et de préciser le cadre d'exercice du Secrétaire général.

- 2005 : Transformation de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF) en Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

- 2006 : La Déclaration de Saint Boniface sur la prévention des conflits et la sécurité humaine set adoptée par les Ministres et chefs de délégation des Etats ayant le français en partage.

- 2010 : Adoption de la Stratégie économique pour la Francophonie, visant à renforcer la coopération économique entre les pays membres

- 2014 : Michaëlle JEAN devient la première femme élu au poste de Secrétaire général de la Francophonie lors du XVe Sommet à Dakar.

- 2018 : Adoption de la Déclaration d'Erevan, mettant l'accent sur l'égalité des genres et l'autonomisation des femmes. Election au poste de Secrétaire général de la Francophonie, de la rwandaise Louise MUSHIKIWABO.

Source : Encadré réalisé à partir des données recueillis tout au long de la progression de notre analyse sur l'évolution institutionnelle de la Francophonie.

Chapitre 4: Les enjeux et les résistances à l'opérationnalisation des réformes institutionnelles en Francophonie

L'opérationnalisation des réformes institutionnelles au sein de la Francophonie représente un enjeu important permettant de renforcer la coopération entre les Etats membres et assurer une meilleure gouvernance. Ces réformes sont mise en oeuvre pour moderniser les structures institutionnelles, promouvoir des valeurs communes et améliorer la gestion des ressources. Leur mise en oeuvre se heurte cependant à plusieurs résistances tant au niveau interne qu'externe. D'une part, des disparités culturelles, économiques et politiques entre les pays membres de la Francophonie compliquent l'adoption d'une vision commune. D'autre part, les résistances institutionnelles internes marquées par des inerties bureaucratiques et parfois une instabilité politique freine la pleine application de ces réformes institutionnelles. Pour comprendre les enjeux et les résistances liés à l'opérationnalisation des réformes institutionnelles en Francophonie, nous analyserons tout d'abord les enjeux liés à l'opérationnalisation de ces réformes (Section 1) et ensuite les résistances au changement en Francophonie (Section 2).

SectionI : Lesenjeuxliésàl'opérationnalisationdes réformes institutionnelles enFrancophonie

Dans un contexte mondial marqué par des défis économiques, sociaux et politiques, l'opérationnalisation des réformes au sein de la Francophonie est cruciale. Ces réformes visent à renforcer la gouvernance, l'efficacité et l'intégration des institutions francophones afin de mieux répondre aux attentes des pays de cet espace. Selon Anne-Marie SLAUGHTER152(*), les Organisations internationales doivent évoluer pour devenir plus inclusives et participatives, reflétant mieux les dynamiques du pouvoir mondial moderne et les besoins divers des Etats membres. Elle soutient également l'idée que les réformes doivent permettre une meilleure collaboration entre les acteurs étatiques et non étatiques pour aborder les problèmes globaux.153(*)De ce qui précède, nous pouvons déceler l'importance en termes d'enjeux, des réformes institutionnelles pour les Organisations internationales en général et pour la Francophonie en particulier.

Les enjeux liés à l'opérationnalisation des réformes institutionnelles en Francophonie peuvent être premièrement abordé par une adaptation des institutions francophones aux nouveaux défis (Paragraphe 1) et deuxièmement par la volonté de renforcement de la cohésion et de la représentativité des pays membres (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Adaptation des institutions de la Francophonie aux nouveaux défis

Alors que le monde globalisé évolue à une vitesse sans précédent, les institutions francophones se retrouvent confrontées à une série de défis nécessitant une révision et une opérationnalisation efficace de leurs réformes institutionnelles. L'adaptation des institutions de la Francophonie devient dès lors une priorité stratégique, dans un contexte de transformations. Les dynamiques socio-économiques et aussi les enjeux géopolitiques exigent une approche renouvelée pour que ces institutions puissent maintenir leur pertinence et leur efficacité.Ainsi, l'opérationnalisation des réformes institutionnelles en Francophonie implique une profonde adaptation des structures et des processus dans le but de mieux répondre aux nouvelles exigences et aux opportunités. Cela peut inclure la modernisation des mécanismes de gouvernance, l'amélioration des capacités opérationnelles et la promotion de la coopération entre les divers acteurs.

En adoptant ces réformes, les institutions de la Francophonie visent non seulement à renforcer leur résilience face aux défis contemporains mais aussi à renforcer leur rôle dans la promotion des valeurs et des intérêts communs au sein de l'espace francophone. L'enjeu principal réside donc dans la capacité des institutions francophones à se réinventer de manière proactive pour naviguer dans un naviguer dans un environnement en constante évolution, tout en restant fidèles à leurs objectifs fondamentaux de solidarité et de coopération.La volonté d'adaptation des institutions de la Francophonie à de nouveaux défis se manifeste donc par la modernisation des structures et du fonctionnement des institutions (A) et aussi par l'amélioration de l'efficacité et de la performance de ces institutions (B).

A- La modernisation des structures et du fonctionnement des institutions

La modernisation des structures et du fonctionnement des institutions de la Francophonie est un enjeu essentiel pour que celles-ci puissent relever les nouveaux défis liés aux évolutions technologiques, la mondialisation et les changements sociopolitiques. Cette modernisation commence tout d'abord par l'adoption de nouvelles technologies amenant ainsi les institutions à intégrer les technologies numériques pour améliorer leur fonctionnement interne et leurs interactions avec les membres de l'Organisation. Dans le domaine de l'éducation par exemple, l'institut de la Francophonie pour l'éducation et la formation a développé des applications comme « 50/50 et Inserjeune » pour promouvoir l'égalité femme-homme et mesurer le taux d'insertion professionnelle des jeunes diplômés.154(*)

Les réformes institutionnelles ont également eus comme enjeu lié à la modernisation et au fonctionnement des institutions de la Francophonie la volonté de renforcer la coopération.Les défisglobaux comme les crises économiques, les questions environnementales et les inégalités sociales ont provoqué la nécessité pour les institutions francophones de renforcer la coopération entre les pays membres. Cette étape a permit aux institutions francophones d'être capables de faciliter et de coordonner les efforts collectifs au sein de l'espace francophone. En modernisant les structures administratives pour les rendre plus flexibles, transparentes et réactives aux besoins des membres, la Francophonie à travers ses institutions a procédé à de multiples réformes dont celles administrative amenant ainsi l'Organisation à modernisersa structure fonctionnelle.

Dans le but d'adapter les missions et les objectifs de ses institutions pour qu'ils reflètent les réalités et les priorités des pays membres, la Francophonie a mis sur pied des réformes relatives à la révision des missions et objectifs de ses institutions. Par exemple, la Charte de la Francophonie adoptée en 1997155(*) et modifiée en 2005 qui structure le dispositif multilatéral de la Francophonie a contribuée à la révision des missions et objectifs de l'Organisation tout en favorisant son adaptation aux nouveaux défis. Les réformes institutionnelles visent donc à adapter les missions et les objectifs de la Francophonie aux défis contemporains en favorisant son efficacité. Cela inclut une rationalisation du processus décisionnel, une meilleure gouvernance et aussi une allocation plus stratégique des ressources. Le but visé est de rendre les institutions plus réactives et adaptées aux attentes des pays membres, en facilitant ainsi leur contribution aux objectifs communs.

Le renforcement de la participation tout en encourageant une inclusion plus active des pays membres, notamment les plus petits ou les moins influents est un autre enjeu lié à la modernisation du fonctionnement de la Francophonie. Dans le cadre de cette modernisation des structures de la Francophonie, renforcer la participation signifie repenser les mécanismes de consultation et de collaboration pour qu'ils soient plus transparents, ouverts et adaptés aux besoins des différents membres de l'espace francophone.Cette approche favorise un sentiment d'engagement et d'appartenance chez les citoyens francophones, mais aussi une garantie dans la prise des décisions reflétantla diversité des perspectives au sein de la Francophonie.

B- L'amélioration de l'efficacité et de la performance des institutions de la Francophonie

L'amélioration de l'efficacité et de la performance des institutions de la Francophonie est un autre enjeu important ayant motivé l'OIF dans sa dynamique de changement matérialisée par la mise en oeuvre d'une pléthore de réformes institutionnelles. Cette amélioration de l'efficacité et de la performance des institutions de la Francophonie passe par des innovations technologiques, une bonne gestion des ressources, la mise sur pied de partenariats stratégiques, et aussi par la promotion de la transparence et de la bonne gouvernance. Parlant des innovations technologiques comme enjeu contribuant au renforcement de l'efficacité et la performance des institutions francophones,l'intégration des technologies avancées telles que l'intelligence artificielle, les systèmes de gestion modernes permettent d'optimiser les processus institutionnels et aussi améliorer la prise de décision.

Pour répondre aux besoins des pays membres, la Francophonie a mis l'accent sur la bonne gestion des ressources notamment humaines, financières et matérielles comme l'un des enjeux liés à l'opérationnalisation des réformes en son sein. Cet enjeu permet à l'Organisation de renforcer la capacité de ses institutions pour mieux répondre aux exigences et priorités de ses membres. La gestion des ressources financières inclut le fait pour l'OIF à amener tout les membres à contribuer financièrement pour le bon fonctionnement des institutions et les amenant par-là à devenir plus performant et efficace. La présence des grands bailleurs de fonds comme la France, le Canada et la Belgique au sein de la Francophonie en tant que grands contributeurs, propulse celle-ci dans sa dynamique de changement en apportant les ressources financières nécessaire pour la conception et la mise en oeuvre des réformes institutionnelles capables d'adapter l'Organisation aux nouveaux défis.

La nécessité d'établir des collaborations avec d'autres Organisations internationales, des entreprises et des acteurs locaux, a permit la Francophonie de mettre sur pied des réformes institutionnelles ayant pour enjeu l'établissement des partenariats stratégiques. Cela, pour renforcer l'impact et l'influence des actions des institutions francophones. Cet enjeu amène la Francophonie à renforcer la coopération avec d'autres acteurs de la scène internationale dans des domaines divers comme la culture, l'éducation, l'économie, la politique, et bien d'autres. Par exemple,la collaboration entre l'OIF et l'ONU dans des missions de maintien de la paix au sein de l'espace francophone et aussi dans des missions de soutien aux processus électoraux dans les Etats francophones. Cette collaboration entre l'OIF et les autres Organisations internationales permet à la Francophonie de bénéficier de la portée internationale et des ressources des nations Unies, tout en apportant une spécificité francophone.

L'opérationnalisation des réformes institutionnelles en Francophonie est également l'occasion pour cette Organisation depromouvoir la transparence et la bonne gouvernance au sein des institutions de son espace. En effet, promouvoir la transparence et la gouvernance est efficace pour renforcer la confiance des pays membres envers les institutions de la Francophonie tout en assurant la légitimité de ceux-ci et une meilleure coordination des initiatives.La promotion de la bonne gouvernance est essentielle pour la stabilité institutionnelle. Elle englobe des principes comme l'Etat de droit, la participation citoyenne et l'efficacité dans la gestion.

Paragraphe 2 : Renforcement de la cohésion et de la représentativité des pays membres

A l'heure où les institutions francophones cherchent à s'adapter aux défis contemporains, il est crucial de prôner une inclusion véritable de tous les membres pour une efficacité et légitimité des réformes. Une meilleure cohésion entre les pays membres est favorable pour une coopération harmonieuse et permet de répondre aux besoins diversifiés des populations francophones. La représentativité est importante pour permettre que chaque voix soit entendue et les décisions prises doivent refléter les intérêts collectifs tout en respectant les particularités de chaque membre. Ces enjeux sont déterminants pour la réussite des réformes institutionnelles dans la mesure où ils visent à renforcer la diffusion des valeurs de solidarité et de coopération entre les pays membres de la Francophonie (A) mais aussi pour une représentativité équitable des membres et le renforcement de la légitimité des institutions francophones (B).

A- La diffusion des valeurs de solidarité et de coopération entre les pays membres de la Francophonie

La diffusion des valeurs de solidarité et de coopération constitue un enjeu fondamental pour renforcer la cohésion et la représentativité des membres de la Francophonie au sein de la communauté internationale. Avec sa diversité culturelle et linguistique, la Francophonie offre un cadre unique de promotion des partenariats et des initiatives communes en matière de développement durable, de paix et d'éducation. En encourageant la solidarité entre les pays membres, cette Organisation contribue à dépassé les inégalités et à renforcer les capacités locales à travers notamment des échanges culturels, des coopérations économiques et projets partagés. De plus, la coopération internationale au sein de l'OIF peut contribuer à la résolution des défis communs comme la lutte contre la pauvreté, les changements climatiques et un accès de manière équitable aux technologies, tout en favorisant une meilleure représentativité sur la scène mondiale.

La coopération internationale renvoie à « une collaboration entre des acteurs internationaux en vue de participer à une oeuvre commune. Elle peut concerner tout type d'acteur : Etats, Organisations régionales, Organisation intergouvernementales, ONG, firmes multinationales, etc. »156(*). Elle repose sur « la permanence d'un dialogue et la maitrise de certaines règles à respecter dans ce dialogue qui permettent de parler encore de coopération ».157(*)Cette dynamique de coopération et de solidarité permet non seulement de solidifier les liens entre les pays de l'espace francophone, mais également d'assurer une voix unie et influente dans les négociations internationales, faisant de la Francophonie un acteur important dans la promotion des valeurs universelles (Droits de l'Homme, démocratie et Etat de droit).

L'Organisation internationale de la Francophonie s'investit dans le renforcement de la coopération entre ses membres. L'article premier de la Charte de l'ACCT consacre cette coopération dans des termes suivants : « l'Agence a pour fin essentielle, l'affirmation et le développement entre ses membres d'une coopération multilatérale dans les domaines ressortissant à l'éducation, à la culture, aux sciences et aux techniques, et par là au rapprochement des peuples »158(*). La diffusion des valeurs de solidarité et de cohésion en Francophonie passe donc nécessairement par la coopération qui peut se matérialiser « dans le cadre de négociations ponctuelles et/ou informelles ou, au contraire, régulières et institutionnalisées »159(*). Ces efforts permettent de créer un réseau plus uni et représentatif des membres de la Francophonie, capable de relever ensemble les défis mondiaux.

B- Pour une représentativité équitable des membres et le renforcement de la légitimité des institutions francophones

Lespaysmembres de la Francophonie varient considérablement en termes de poids économique, de taille, de développement social et d'influence géopolitique. Assurer une représentativité équilibrée des différents membres est important pour garantir que les intérêts de chacun soient pris en compte dans les projets collectifs et dans le processus décisionnel. Une représentativité équitable permettrait de renforcer la légitimité des institutions francophones et solidifier la cohésion entre les membres. Chaque membrepourrait ainsi mieux défendre ses intérêts tout en contribuant au développement de l'espace francophone. Cela renforcerait également la solidarité entre les pays membres et permettrait à la Francophonie de jouer un rôle plus efficace face aux enjeux mondiaux à l'instar de la promotion de la langue française, de la paix et de la démocratie.

Pour une gouvernance plus inclusive, la Francophonie en prônant l'équilibre au niveau de la représentativité, doit promouvoir des mécanismes de gouvernance qui garantissent une voix égale à tous ses membres quel que soit leur poids démographique ou économique. Cela pourrait passer par un renforcement des organes consultatifs ou par des systèmes de rotation dans les postes de décision afin chaque membre puisse jouer un rôle important. La représentativité équitable des pays membres de la Francophonie est essentielle pour préserver la diversité, l'inclusion et renforcer l'efficacité de l'Organisation. L'objectif de la Francophonie à ce niveau pourrait être d'assurer à tous les pays « grands ou petits » une voix égale et des opportunités équivalentes dans la prise de décision, pour rester un acteur pertinent et influent à l'échelle mondiale.

Le renforcement de la légitimité des institutions francophones passe par la transparence, l'inclusion et une gouvernance plus participative160(*). Cela implique une meilleure intégration des groupes sous représentés dans les instances décisionnelles et consultatives de ces institutions. Le renforcement de la légitimité des institutions francophones comme enjeu implique également l'équité dans la prise de décision, si les pays influents au sein de la Francophonie dominent les processus décisionnels, les autres membres peuvent se sentir marginalisés, affaiblissant ainsi la confiance au sein des institutions. Le renforcement de la légitimité des institutions est donc crucial pour la Francophonie dans la mesure où des réformes institutionnelles garantissant une gouvernance plus inclusive et participative sont un objectif pour l'Organisation.

Face à une mondialisation croissante, renforcer les institutions de la Francophonie permettrait à celle-ci de répondre efficacement aux nouveaux enjeux mondiaux. La légitimité de ces institutions repose donc sur leur capacité à aborder les enjeux contemporains comme le changement climatique, la migration, la paix, l'éducation et la technologie. L'OIF dans sa dynamique de changement cherche à éviter d'être dans l'incapacité de s'adapter et de proposer des solutions pertinentes pour faire face à ces défis apparus sous l'effet de la mondialisation pouvant ainsi nuire à la crédibilité des ses institutions.

Section II : les résistances au changement en Francophonie

Les résistances au changement sont omniprésentes dans les sociétés francophones tout comme dans le reste du monde. Lorsqu'une nouvelle idée, une technologie ou une manière de faire est introduite, elle pose souvent une remise en question des habitudes profondément enracinées, des structures sociales établies ou des systèmes économiques bien ancrés. Dans le contexte francophone, ces résistances peuvent être alimentées par de multiples facteurs comme l'attachement à la tradition, la méfiance ou encore des craintes liées à l'impact du changement sur l'identité culturelle. Ces résistances se manifestent non seulement au niveau individuel, mais également à l'échelle institutionnelle et organisationnelle, et peuvent ralentir, voire bloquer des processus d'innovation et de transformation sociale. Comprendre et aborder ces résistances est essentiel pour favoriser un espace francophone propice à l'adoption et à l'adaptation de nouvelles idées et pratiques. Il est donc important de faire une étude sur les résistances liées au changement en Francophonie en ressortant tout d'abord les résistances liées aux facteurs politiques et économiques (Paragraphe 1) et en suite les résistances liées aux facteurs socioculturels (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les résistances liées aux facteurs politiques et économiques

L'introduction des changements, qu'ils soient technologiques, sociaux, institutionnels ou encore organisationnels, suscite souvent des résistances, c'est le cas dans les pays de la Francophonie caractérisés par une diversité culturelle et linguistique. Ces résistances au changement sont profondément enracinées dans des dynamiques politiques et économiques spécifiques à ces sociétés. Ainsi, en Francophonie, les résistances liées aux facteurs politiques et économiques se matérialisent d'une part, par les conflits d'intérêts et le manque de consensus entre les acteurs dans la mise en oeuvre des réformes favorables au changement (A) et d'autre part, par les ressources limitées et les contraintes budgétaires (B).

A- Les conflits d'intérêts et le manque de consensus entre les acteurs dans la mise en oeuvre des réformes favorables aux changements

Les conflits d'intérêts et le manque de consensus entre les acteurs dans la mise en oeuvre des réformes favorables au changement en Francophonie se sont matérialisés comme résistances au changement à travers plusieurs dynamiques politiques. Par exemple, la lutte pour le pouvoir et la protection des intérêts personnels s'est manifestée par le fait que dans de nombreux pays francophones, les élites ont souvent des intérêts enracinés dans le maintien du statu quo161(*). La mise en oeuvre des réformes visant à améliorer la transparence, réduire la corruption, ou redistribuer les ressources peuvent directement menacer ces intérêts. Dans de nombreux pays d'Afrique francophone, des tentatives de réforme de la gouvernance ont été bloquées par des dirigeants ou des groupes au pouvoir qui craignent de perdre leur influence ou leurs privilèges. Dans certains cas, les réformes visant à promouvoir les valeurs démocratiquessont perçues comme des menaces par les gouvernements autoritaristes, ce qui les pousse à s'y opposer.

Le fait pour plusieurs pays francophones d'avoir des systèmes politiques marqués par des luttes partisanes provoque la fragmentation politique créant ainsi l'absence de consensus dans le processus de réformes institutionnelles en Francophonie.Ce manque de consensus au sein de la société civile francophone, crée un environnement où les réformes, même nécessaires stagnent. Par exemple, dans certains Etats, les réformes importantes sont perçues comme étant associées à des groupes politiques particuliers, ce qui amène l'opposition à émettre des résistances face aux réformes pour affaiblir le gouvernement en place. L'absence d'une vision commune cause le manque de dialogue et de concertation entre les acteurs politiques rendant ainsi difficile l'adoption des réformes. Chaque groupe défend son agenda, sans recherche de compromis, ce qui conduit généralement à des réformes inefficaces ou incomplètes.

Les anciennes puissances coloniales et d'autres acteurs internationaux impactent aussi la mise en oeuvre des réformes dans les pays francophones. Leurs intérêts diplomatiques ou stratégiques peuvent parfois entrer en conflit avec les besoins de changement local. Les pressions extérieures par le biais des réformes économiques imposées par des institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale peuvent constituer des intrusions pouvant entrainer une résistance de la part des membres de l'OIF. L'influence des anciennes puissances coloniales apparait comme une contrainte conduisant aux résistances à la mise en oeuvre des réformes institutionnelles dans la mesure où dans certains pays, les relations avec la France et d'autres puissances occidentales jouent un rôle dans l'orientation des réformes162(*). Ceci par le fait que l'adoption et la mise en oeuvre des réformes peuvent être bloquées par des groupes qui voient en l'implication de ces puissances, une menace à leur souveraineté ou des tentatives de néocolonialisme.

Le déficit de la démocratie et de légitimité dans les processus électoraux au sein de certains pays francophones contribuent également à la résistance au changement en Francophonie. Des méfiances et des blocages par rapport aux réformes naissent du fait que, les réformes sont souvent imposées d'en haut, sans véritable consultation de la société civile. L'absence d'implication citoyenne amène parfois à percevoir les réformes comme des décisions autoritaires prises par des élites déconnectées des réalités locales entrainant une résistance populaire. Dans certaines circonstances, la gouvernance est dominée par une seule classe politique, régionale ou ethnique, ce qui empêcheun consensus national pour des réformes globales.

B- Les ressources limitées et les contraintes budgétaires comme freins à la mise en oeuvre des réformes

L'insuffisance des ressources et les contraintes budgétaires constituent également comme des freins dans le processus de réformes institutionnelles en Francophonie. Les réformes institutionnelles nécessitent parfois des investissements énormes dans la modernisation des infrastructures, la formation du personnel et aussi l'amélioration des technologies de gestion. Dans de nombreux pays francophones, l'insuffisance des ressources freine par exemple le développement des infrastructures administratives, constituant ainsi un frein ou une résistance à la mise en oeuvre des réformes. Les réformes institutionnelles supposent donc une montée en compétence du personnel dans les institutions de la Francophonie. Cependant, les budgets restreints limitent les possibilités de formation continue ou de recrutement du personnel compétents, freinant l'adoption de nouveaux modes de gouvernance plus transparent et efficace.

En raison de leurs contraintes budgétaires, certains pays francophones sont fortement dépendants à l'aide extérieur pour financer leurs réformes institutionnelles. Les pays qui sont dans cette perspective sont d'après Raoul PREBISH163(*), dans une situation de « dépendance vis-à-vis du centre »164(*). Cette dépendance entraine plusieurs obstacles comme l'imposition des conditions par les financiers internationaux, ce qui contraint les gouvernements à adopter des réformes non prioritaires ou à retarder d'autres plus adaptées aux besoins locaux. Les réformes financées par les bailleurs de fonds extérieurs peuvent ne pas correspondre aux priorités des pays francophones. Le manque de ressources propres limite ainsi la capacité des membres de la Francophonie à définir et à mettre en oeuvre des réformes en rapport avec leurs réalités sociales, économiques et politiques.

Le manque de financement pour le suivi et l'évaluation des réformes constitue un frein dans le processus de réformes institutionnelles du fait que, ces réformes exigent non seulement des ressources pour leur lancement, mais aussi des fonds pour les suivre et les évaluer. En raison du manque de ressources, les mécanismes de suivi et d'évaluation des réformes apparaissent insuffisants. Sans suivi, il est difficile de constater les progrès réalisés, d'identifier les obstacles et ajuster les réformes en conséquence. Même lorsque les réformes sont adoptées, elles risquent ne pas résister dans le temps pour faute de financement. Cela peut donc mener à la mise en oeuvre des réformes ne facilitant pas l'adaptation de la Francophonie aux défis globaux.

Les pays francophones font souvent face à des priorités budgétaires immédiates dans des périodes de crises qui peuvent être soit sanitaires, sécuritaires ou alimentaires165(*). Ces urgences détournent les ressources nécessaires à la mise en oeuvre des réformes institutionnelles vers des dépenses à court terme. En période de troubles sociaux, de catastrophes naturelles ou de conflits, les budgets sont rapidement orientés pour y répondre, laissant peu de fonds pour soutenir les réformes structurelles de long terme. Dans certains pays membre de l'OIF, une grande partie du budget est généralement consacrée au service de la dette publique, ce qui laisse peu de marge pour mener des contributions financières favorables aux réformes.

Paragraphe 2 : Les résistances liées aux facteurs socioculturels

Dans le contexte de la Francophonie, les résistances socioculturelles sont ancrées dans des traditions, de valeurs et des structures sociales enracinées pouvant entraver le processus de changement. La perception du changement comme une menace pour l'identité culturelle peut engendrer des réactions négatives venant de certains Etats membres. Il est donc essentiel d'analyser ces résistances pour saisir comment elles façonnent la mise en oeuvre des réformes institutionnelles en Francophonie. L'attachement aux traditions comme facteur de résistance au changement en Francophonie (A) ainsi que le conformisme social (B) constitueront les éléments de notre analyse sur les résistances liées aux facteurs socioculturelles.

A- L'attachement aux traditions locales comme facteur de résistance au changement en Francophonie

L'attachement aux traditions locales a souvent constitué une forme de résistance aux changements liés aux réformes institutionnelles en Francophonie, particulièrement dans les pays africains. Par le poids des valeurs traditionnelles, dans de nombreuses sociétés francophones, les traditions culturelles telles que le respect des autorités gouvernantes, les pratiques religieuses et les structures sociales, ont un impact significatif sur les prises de décisions. Lorsque les réformes institutionnelles introduisent des concepts plus modernisés, cela entre souvent en conflit avec ces valeurs profondément ancréesqui valorisent la communauté. Cet état des choses constitue une barrière à la mise en oeuvre des réformes dans l'espace francophone.

Le fait pour les leaders locaux de jouer un rôle crucial dans la gestion des affaires communautaires, amène ceux-ci à percevoir les réformes institutionnelles comme une menace pour leur autorité, ce qui provoque des résistances. Dans certains cas, les réformes institutionnelles ont cherché à réduire leur pouvoir ou encore à moderniser les systèmes de gouvernance. En effet, pour Olivier NAY et Franck PETITEVILLE, « les réformes institutionnelles peuvent amener à remplacer les règles existantes par de nouvelles règles ou à ajouter celles-ci à celle-là »166(*). L'héritage colonial et postcolonial a laissé un sentiment de méfiance envers les réformes extérieures. Les réformes institutionnelles introduites dans le cadre de la coopération internationale peuvent être perçues comme une forme de néocolonialisme, créant ainsi un sentiment de rejet des changements perçus comme étrange à la culture locale.

L'incompatibilité des systèmes sociaux dans l'espace francophone fait que dans certaines sociétés, les réformes institutionnelles en particulier celles relatives à l'égalité des sexes, au droit civil ou à la gestion des ressources naturelles peuvent entrer en contradiction avec les pratiques locales. La résistance au changement institutionnel est motivée à ce niveau par la peur d'une perte d'identité culturelle. Cela se manifeste par un refus de se conformer à des réformes qui semblent dévaloriser ou ignorer les spécificités locales.La mise en oeuvre des réformes institutionnelles dans le contexte francophone fait face à une complexité liée à la diversité linguistique et culturelle existante au sein de l'Organisation. Celle-ci doit tenir compte de tous ces paramètres pour une mise en oeuvre efficace des réformes pouvant briser l'obstacle de l'attachement aux traditions locales.

B- Le conformisme social

Raymond ARON analyse les interactions entre les Etats en termes de conformisme à certaines règles implicites ou explicites167(*). Aron explique que le conformisme social peut être observé à travers la manière dont les Etats adoptent des normes internationales afin de maintenir un certain ordre mondial ou éviter les conflits168(*). Dans le contexte de la Francophonie, ce concept peut être expliqué par plusieurs facteurs sociaux et culturels qui ont freiné l'acceptation et la mise en place de nouvelles structures institutionnelles. Dans de nombreuses sociétés francophones, les normes établies jouent un rôle central dans la structuration de la vie collective.Le conformisme à ce niveau agit comme un moyen de préservation de l'identité culturelle, mais peut aussi réduire la flexibilité pour accepter des réformes institutionnelles modernes.

La pression exercée par un groupe constitue parfois à renforcer le conformisme social. Dans les sociétés où l'individu donne de la valeur à son appartenance à un groupe ou à une communauté, il est récurrent d'observer une résistance à tout ce qui pourrait mettre en péril cette appartenance notamment la mise en oeuvre des réformes favorables au changement. Les réformes institutionnelles bien qu'initiés dans le cadre de la coopération multilatérale, lorsqu'elles sont perçues comme imposées de l'extérieur ou comme au statu quo, sont parfois refoulées par crainte d'être exclu du groupe ou de perdre les avantages lié au secteur reformé. Cette valorisation du statu quo est une finalité de la pression des groupes francophones.

Dans certaines sociétés d'Afrique francophone, il existe une méfiance envers les élites politiques et les autorités, le fait de percevoir les réformes institutionnelles comme émanant du haut sans réelle concertation populaire rencontre une forte opposition de ces populations de l'espace francophone. Le conformisme social se perçoit par une forme de résistance passive où les individus préfèrent maintenir les anciennes pratiques plutôt que l'adoption de nouvelles règles considérées comme arbitraires ou non adaptées.Le changement institutionnel nécessite un accompagnement par voie de sensibilisation pour faciliter son adoption. Le conformisme social est donc renforcé par une absence d'information ou de compréhension des potentiels avantages des réformes. Sans un véritable travail d'explication et de vulgarisation, les populations peuvent être réticentes.

CONCLUSION PARTIELLE

Parvenu au terme de cette deuxième partie, il convient tout d'abord de rappeler qu'il a été question pour nous d'analyser les enjeux et les résistances à la mise en oeuvre des changements dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie. Pour y parvenir, il a d'emblée été question de mener une étude sur les typologies des réformes institutionnelles et les acteurs de la mise en oeuvre. Ceci à travers un examen des différentes réformes opérées en Francophonie, qui a permit de mettre en exergue les réformes liées à l'organisation et au fonctionnement de la Francophonie ainsi que les réformes liées aux objectifs et aux missions de la Francophonie. A cela, s'ajoute l'analyse sur le rôle des acteurs dans la mise en oeuvre de ces réformes. Cela nous a permit de faire une analyse sociologique sur les rôles des acteurs comme les Etats membres de la Francophonie, le Secrétariat général, les institutions et la société civile. Ensuite, il a été question pour nous dans la continuité de notre analyse de ressortir les enjeux et les résistances à l'opérationnalisation des réformes institutionnelles où nous avons mis en exergue les enjeux liées à l'opérationnalisation des réformes institutionnelles en Francophonie. Cela s'est fait en ressortant comme enjeux, l'adaptation des institutions de la Francophonie aux nouveaux défis, le renforcement de la cohésion et de la représentativité. Enfin, il nous a été donné de s'attarder sur les résistances au changement en Francophonie, en mettant en lumière les résistances liées aux facteurs politiques, économiques et socioculturels.

CONCLUSION GENERALE

Dans une dynamique d'adaptation aux changements opérés sur la scène internationale sous l'effet de la mondialisation, la Francophonie soucieuse de devenir plus efficace et pertinente va entamer un processus de transformation dans la période allant de 1970 à 2018. Jean TABI MANGA parle d'une troisième Francophonie, plus globale qui intègre la diversité des peuples à travers les régions, celle qui développe au quotidien un sentiment communautaire par la solidarité169(*). Interrogeant les processus, les acteurs, les déterminants, les enjeux et les résistances ayant permis à la Francophonie d'atteindre le changement par le biais des réformes institutionnelles, ce travail de recherche se structure autour d'un premier questionnement sur comment une Organisation intergouvernementale comme la Francophonie, avec des objectifs linguistiques et culturels au départ ait subi des changements au point de devenir une Organisation internationale avec divers centres d'intérêts ? L'intérêt pour la Francophonie de s'adapter au changement sous l'effet des nouveaux défis date depuis 1997 avec l'adoption d'une Charte comme toute les autres Organisations internationales lors du Sommet de Dakar. C'est autant d'éléments qui nous permet d'orienter notre recherche autour d'une question principale à savoir : Qu'entend-ton par changement et comment s'est-il opérationnalisé dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018 ?

Nous avons tenté d'y répondre en affirmant que la Francophonie a connu un processus de changement institutionnel caractérisé par des séquences de réformes successives. Chaque réforme a eu des conséquences sur les suivantes, et l'ensemble de ces réformes ont eu un effet de transformation sur les systèmes de politiques publiques institutionnelles au sein de la Francophonie. Dans ce sens, il s'est agit dans un premier temps de faire une analyse des principaux déterminants du changement en Francophonie et dans un second temps de ressortir les enjeux et les résistances à la mise en oeuvre du changement dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie.C'est la raison pour laquelle, dans une première partie nous avons fait une analyse des repères structurels du changement en Francophonie, avant d'aborder le changement comme le produit d'une adaptation régulière de la Francophonie à la conjoncture internationale. Puis dans une deuxième partie nous avons examiné les typologies des réformes institutionnelles et les acteurs de la mise en oeuvre ainsi que les enjeux et les résistances à l'opérationnalisation de ces réformes.

Sur le plan théorique, notre réflexion sur les dynamiques de changement en Francophonie, menée à partir d'une sociologie des réformes institutionnelles opérées en Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018, s'est faite à partir d'un cadre théorique. Ainsi, nous avons opté premièrement pour le néo institutionnalisme dans ses variantes, sociologique et historique. Indépendamment de ces différentes variantes, le néo institutionnalisme de manière globale, aborde les institutions comme « Règles ; mais aussi, désignent les acteurs qui participent aux décisions politiques, leur rôle respectif et même la façon dont ils doivent se comporter dans le processus politique »170(*). Ainsi, la variante sociologique nous a été utile pour mettre en exergue la manière dont les institutions francophones ont évoluées, comment elles ont répondu aux défis et aux besoins changeant des Etats membres, et comment elles ont influencé les politiques et les pratiques au sein de l'espace francophone. La variante historique nous a permit d'expliquer comment les institutions de la Francophonie ont évolué au fil du temps.

Le néo institutionnalisme sociologique a été important pour notre travail de recherche pour saisir l'influence des normes et des cultures institutionnelles en Francophonie. Il a permis de mettre l'accent sur la manière dont les valeurs collectives, comme la promotion de la langue française ou la solidarité ont influencé les décisions prises lors des réformes institutionnelles. Il a permis d'analyser comment certaines pratiques comme les Sommets, la coopération linguistique, sont devenues des normes institutionnelles attendues au sein de la Francophonie. En fin,le néo institutionnalisme sociologique nous a permis de comprendre que les réformes n'ont pas été des ruptures brutales, mais des adaptations progressives de la Francophonie à des contextes évolutifs.

Quant au néo institutionnalisme historique, son apport à été important dans l'analyse des évènements critiques comme la mondialisation, les configurations géopolitiques, la montée du multilinguisme et les crises politiques dans certaines zones de l'espace francophones qui ont influencés l'Organisation dans la conception des réformes institutionnelles. Ces moments ont permis de rendre compte de la manière dont la Francophonie a redéfini ses priorités, modifier ses structures institutionnelles et introduit de nouvelles politiques. Le néo institutionnalisme historique a donc permis de comprendre l'impact de ces évènements qui sont considérés comme des catalyseurs du changement en Francophonie.

Nous avons deuxièmement mobilisé la théorie du constructivisme, qui a été crucial dans notre travail de recherche pour mettre en exergue d'une part comment les identités des pays membres de l'OIF ont évolué et influencé leur manière de percevoir leurs intérêts collectifs et leurs besoins de réformes. D'autre part, l'analyse des réformes institutionnelles en Francophonie sous le prisme constructiviste a permis de comprendre la manière dont les idées sur la coopération linguistique et culturelle ont évoluées entre 1970 et 2018 influençant ainsi les réformes institutionnelles. Et aussi, le constructivisme a permisd'explorer dans un premier temps comment les interactions entre les membres de la Francophonie ont été façonnées par des idées partagées et des discours. Et dans un second temps de reconnaitre l'influence des acteurs non étatiques (société civile) dans le processus de changement.

En fin, le néoréalisme a été important pour comprendre comment les rapports de force entre les membres de la Francophonie influencent dans la prise des décisions principales dans le processus de réformes. Cette théorie permet d'analyser comment les Etats membres de l'Organisation ont cherchés à maximiser leur influence et leur sécurité, en redéfinissant les objectifs et les structures de la Francophonie. Cela a permis de percevoir les réformes institutionnelles comme moyen pour les Etats membres de s'adapter aux dynamiques internationales tout en maintenant les valeurs de l'Organisation comme la promotion de la langue française et de la coopération culturelle et linguistique.

Sur le plan empirique, il était question de rendre compte sur ce que notre travail de recherche a décelé concrètement et ce que l'on peut en retenir. Par ces termes, nous voulons dire quedepuis sa création en 1970, sous l'appellation ACCT, la Francophonie a vu ses missions s'élargir progressivement. Axée sur la promotion de la langue française et de la coopération culturelle et linguistique au départ, elle a dû sous l'effet des évolutions du système international intégrer d'autres dimensions telles que la démocratie, le développement durable, les droits de l'homme, l'éducation et la coopération économiquepour devenir plus efficace et pertinente sur la scène internationale dans la période allant de 1970 à 2018.

Plusieurs réformes institutionnelles ont marqué cette période pour répondre aux enjeux géopolitiques et socioéconomiques des pays membres. La Charte de la Francophonie de 1997 a permis de structurer les missions de l'Organisation et clarifier les domaines d'intervention, renforçant ainsi la coopération entre les pays membres. L'OIF met au coeur de ses priorités la promotion de la démocratie et les droits de l'Homme avec la Déclaration de Bamako en 2000, marquant ainsi un changement significatif. La réforme de 2005 a permis de rendre l'OIF plus efficiente avec une meilleure répartition des rôles entre les différentes structures de cette Organisation (le Sommet, la CMF et le CPF).

Ainsi, les réformes institutionnelles en Francophonie naissent de la volonté d'une multiplicité d'acteurs dont le Secrétariat général, les institutions francophones, la société civile et la volonté des Etats membres influencés par les besoins et aspirations nationaux. Les transformations institutionnelles dévoilent une réallocation des rapports de force entre le Nord et le Sud, avec une prise de conscience progressive des Etats d'Afrique, d'Asie et des Caraïbes sur la nécessité d'une coopération Sud-Sud. La Francophonie devient ainsi un espace d'action pour renforcer la coopération entre les pays en développement. Les réformes institutionnelles ont permis de renforcer les institutions démocratiques dans plusieurs pays membres grâce à l'accompagnement de l'OIF dans des domaines comme les élections et la médiation des conflits.

Le changement en Francophonie matérialisé par les réformes institutionnelles s'opère par un long processus qui comprend des déterminants, suivis des enjeux qui motivent l'Organisation dans sa perspective évolutive, sous l'impulsion de plusieurs acteurs. Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent, créant des résistances à la mise en oeuvre des réformes institutionnelles, le rôle de la Francophonie face à la montée des nationalismes, la marginalisation de la langue française au profit de l'anglais, et le conformisme social. De plus, la difficulté dans la coordination des actions des Etats membres aux intérêts parfois divergents limite parfois l'efficacité des réformes. La période allant de 1970 à 2018 a vu la Francophonie évolué d'un espace de coopération culturelle à une Organisation multilatérale influente avec des réformes institutionnelles orientées vers des objectifs politiques, économiques et sociaux.

* 1 Ousmanou NWATCHOCK, « Louise Mushikiwabo, les premières leçons de l'élection d'une « Anglophone » à la tète de la Francophonie», Revue internationale et stratégique, n°113, 2019

* 2 Rodrigue TASSE, Francophonie et médiation des crises politiques en Afrique francophone : le cas de Madagascar, Mémoire de master en relations internationales, Institut des Relations Internationales du Cameroun, Université de Yaoundé II/Université Jean Moulin Lyon 3, 2011, p.2

* 3 Marielle PAYAUD et Christophe TRAISNEL, « 50ansdeFrancophonieinstitutionnelle», RevueinternationaledesFrancophonies, mis en ligne le 10 juin 2020, consulté le 02 avril 2024.

* 4 Olivier NAY et Franck PETITEVILLE «  Elémentspourunesociologieduchangementdanslesorganisationsinternationales », critiquesinternationales, 2011, ( 53), p.14

* 5 Idem.

* 6 Gaston BACHELARD, La formation de l'esprit scientifique, Paris, Librairie philosophique, J. VRIN, 5e édition, 1967, p.8

* 7 Gaston BACHALARD, Opcit. p. 10

* 8 Gaston BACHELARD, Opcit., p. 13

* 9 Luc Van CAMPENHOUDT et Raymond QUIVY, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 4e édition, 2011, p.262

* 10 Jean Michel BERTHELOT, L'intelligence du social, Paris, PUF, 1990, p. 39

* 11 Hedley BULL, The Anarchical Society, A study of order in world politics, Macmillan, 1977, 355 P.

* 12Idem.

* 13 Robert KEOHANE et Joseph NYE, Power and Interdependence: World politics in transition, Little, Brown and Company, 1977.

* 14 Olivier NAY et Franck PETITEVILLE, Idem.

* 15 Olivier NAY et Franck PETITEVILLE, Op.cit, p.9

* 16 Onésime RECLUS, France, Algérie et colonies, Paris, Hachette, 1883, P.422

* 17 Léopold SEDAR SENGHOR cité par Jean TABI MANGA, Francophonie lieu de mémoire, projet d'espoir, Yaoundé, Afrédit, 2010, p.29

* 18Trang PHAN et Michel GUILLOU, Francophonie et mondialisation, Paris, Belin, 2011, pp. 13-16, Tome 1

* 19 Xavier DENIAU, la Francophonie, Que sais-je ? Paris, Presse Universitaire de France, 2003, p.15

* 20 La Charte de la francophonie a été révisée lors de la Conférence Ministérielle de la Francophonie à Antananarivo à Madagascar, le 23 novembre 2005. Elle fixe les objectifs et l'organisation institutionnelle de la Francophonie tout en y ajoutant des dispositions diverses.

* 21Trang PHAN et Michel GUILLOU, Op. cit. p.17

* 22 Julien TALPIN, « Approfondirladémocratie : Desréformesinstitutionnellesetleursconditionssocialesdepossibilité », RevueEthiquepublique, volume 13, 2011, N? 2, p. 2 à 6

* 23Philippe BEZES et Philippe PALIER, « leconceptdetrajectoirederéformes », Revuefrançaisedesciencepolitique, volume 68, numéro 6, 2018, p. 1083-1112.

* 24Espinoza Gardy AUGUSTO, Un instrument d'analyse de la réforme de l'Etat, éd universitaires Européennes, 2010, 600p.

* 25Max WEBER, Economie et société, Tome 2, Pocket, 1995, 428p.

* 26 Alfred CROSSER, L'explication politique, Paris, presse de la FNSP, 1972, p. 43

* 27 SCHOPENHAUER cité par Madeleine GRAWITZ, Méthode des sciences sociales, Paris, Dalloz, 11e édition, 2001, p. 351

* 28 Michel BEAUD, L'art de la thèse. Comment préparer et rédiger un mémoire de master, une thèse de doctorat ou tout autre travail universitaire à l'ère du numérique, Découverte, 2006, Paris, édition révisée, p. 55

* 29 Raymond QUIVY et Van CAMPENHOUDT, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 4e Edition, 2011, p. 81

* 30 Raymond QUIVY et Van CAMPENHOUDT, OP.cit, p. 86

* 31 Gaston BACHELARD, La formation de l'esprit scientifique, Librairie philosophique J.Vrin, 1938, p.10

* 32 Olivier LAWRENCE et Al, L'élaboration d'une problématique de recherche, Paris, Harmattan, 2005, p.69

* 33 Hans MORGENTHAU, politics Among Nations, The Struggle for Power and Peace, New York,Alfred Knopf, 1985, 6eéd., 688 p.

* 34 Robert GILPIN cité par Dario BATISTELLA, théories des relations internationales, presses de Sciences po, 2012, p. 483.

* 35 Emmanuel KANT, Vers la paix perpétuelle, Librairie philosophique Vrin, 2007, P.50

* 36 John LOCKE, Deuxième traité du gouvernement, traduction française de Pierre Coste révisée par Germain Truchet, 1979, p.81 

* 37 John STUART MILL, De la liberté, traduction française de Robert Estoublon révisée par Maxime Rolland, 1959, 332p.

* 38 Jean Jacques ROCHE, Théories des relations internationales, 4e édition, Montchrestien, 2004, 214 p.

* 39 Alexander WENDT, Anarchy is what states Make of It : The social Construction of power, Revue international organization, Cambridge University Press, Cambridge,1992, 425 p.

* 40 Gordon MACE et François PETRY, Guide d'élaboration d'un projet de recherche, Québec, les presses de l'Université Laval, 2e édition, 2000, p.31

* 41 Daniel KUBLER et Jacques DEMAILLARD, Analyser les politiques, Grenoble, Presse Universitaire de Grenoble, 2009, p.129

* 42 James MARCH, Johan OLSEN, Rediscovering Institutions, New York, Free Press, 1989, p.63

* 43 Sven STEINMO, « Néo-institutionnalisme historique », in Laurie BOUSSAGUET, Sophie JACQUOT et Pauline RAVINET (dir), Dictionnaire des politiques publiques, 4e édition, Paris, Presses de Sciences Po, 2014, p.367

* 44 Peter HALL et Rosemary TAYLOR, « La science politique et les trois néo-institutionnalismes », revue française de science politique, numéro 47 (3-4), 1997, p. 469-496

* 45 Louise HERVIER, « Néo-institutionnalisme sociologique », in Laurie BOUSSAGUET, Sophie JACQUOT et Pauline RAVINET, Op. cit., p.377

* 46 Louise HERVIER, « Néo-institutionnalisme sociologique », in Laurie BOUSSAGUET, Sophie JACQUOT et Pauline RAVINET, Op. cit., p.382

* 47 Stéphane Aloys MBONO, La culture démocratique des organisations internationales dans la prévention des conflits électoraux. Analyse comparée du Commonwealth et de la francophonie, thèse de doctorat en science politique/relations internationales, Université de Yaoundé 2, 2018, p.56

* 48Idem

* 49Idem

* 50 Sven STEINMO, what is Historical Institutionalism, Donatella, Cambridge University, 2008, p.150

* 51 Georges BALANDIER, Sens et puissance : les dynamiques sociales, Paris, PUF, 2004, p.336

* 52 Kathleen THELEN, « How institutions evolve : insights from comparative historical analysis », in J. MAHONEY et D. RUESCHEMEYER, 2003, p. 209

* 53 Rappelons que le constructivisme est né en réaction aux théories traditionnelles des relations internationales telles que le néo-réalisme, le néo-libéralisme et le néo-marxisme qui sont considérées comme le deuxième débat dans l'étude des relations internationales. Les théories traditionnelles se penchent sur le « pourquoi » et le constructivisme tente d'expliquer le « comment ».

* 54 Nicholas ONUF, World of our making,columbia (SC), University of South Carolins Press, 1989, 341p.

* 55Alexander WENDT, Social Theory in international Politics, Cambridge University Press, 1999, pp. 249-251.

* 56 Kenneth WALTZ, Theory of International Politics, McGraw-Hill, 1979.

* 57 Jean jacques ROCHE, Op.cit., p.49

* 58Idem

* 59 Raymond QUIVY et Van CAMPENHOUDT, Op.cit., p.128

* 60 Gordon MACE et François PETRY, Op.cit., p. 41

* 61 Gordon MACE et François PETRY, Op.cit., p. 42

* 62 Michel BEAUD, L'art de la thèse, Op. cit., p.12

* 63Idem.

* 64 Jean-Pierre RAFFARIN, « Les défis de la Francophonie », Revue Géo économie, 2010, N°55, p 23 à 30.

* 65 Tang PHAN « Les défis de la diversité culturelle et linguistique en Francophonie », Revue Géo économie, 2010, N°55, p 57 à 70.

* 66Idem.

* 67 Thomas MESZAROS, Hong Khanh DANG et Aymeric DUREZ, « L'émergence d'une Francophonie politique et normative : du Sommet de Versailles au Sommet de Chaillot (1986-1991) », Relations internationales, n°188, 2021, consulté sur www.cairn.info.com,le 31 juillet 2024 à 17h23 min.

* 68 Philipe MOREAU DEFARGES, La Mondialisation, collection Que sais-je ?, Presses Universitaires de France, 2010, 128p.

* 69 Olivier DOLLFUS, La Mondialisation, la bibliothèque du citoyen, Presses de Sciences Po, Paris, 1997, 127p.

* 70 Jean TABI MANGA, Francophonie, lieu de mémoire, projet d'espoir, Afrédit, 2010, p. 65.

* 71 Consulté sur www.fancophonie.org le 31 juillet 2024 à 18h56 min.

* 72 Léopold SEDAR SENGHOR cité par Jean TABI MANGA, Op.cit., p.44

* 73 Jean TABI MANGA, Op.cit., p.49

* 74 Jean TABI MANGA, OP.cit, p. 55

* 75 Consulté sur www.francophonie.org le 04 août 2024 à 21h52min.

* 76 Jean TABI MANGA, Op.cit, p. 57

* 77Idem.

* 78 Le Sommet d'Hanoi s'est tenu du 14 au 16 novembre 1997 à Hanoi, la capitale du Vietnam. Il s'agissait de la VIIe Conférence des Chefs d'Etats et de gouvernement des pays ayant le français en partage. Il a été reconnu lors de ce Sommet l'urgence de répondre au besoin de développement des peuples, ce qui indique une expansion des fonctions de la Francophonie aux domaines liés à la politique et à la coopération.

* 79 Consulté sur www.francophonie.org le 05 Aout 2024 à 20h18min.

* 80 Les Statuts et modalités d'adhésion à la conférence des Chefs d'Etats et de gouvernement des pays ayant le français en partage ont été adoptés par le IXe Sommet de la Francophonie à Beyrouth les 18 et 20 octobre 2002 et amendés par le XIe Sommet de la Francophonie à Bucarest les 28-29 septembre 2006.

* 81Idem.

* 82 Consulté sur www.francophonie.org le 06 aout 2024 à 21h05.

* 83Ousmanou NWATCHOCK A BIREMA, Op.cit., p.35

* 84 L'un des Objectifs de la Francophonie est de développer la coopération économique au service du développement durable, visant ainsi à renforcer la coopération économique entre les pays membres pour favoriser un développement durable et inclusif.

* 85«  Stratégie économique pour la Francophonie 2020-2025 », consulté sur www.francophonie.org le 07 Août 2024 à 22h02 min.

* 86 « 327 millions de francophones dans le monde » consulté sur www.odsef.fss.ulaval.ca le 10 Août 2024 à 16h20 min.

* 87 Stratégie de la Francophonie numérique 2022-2026 adopté lors de la 39ème session de la Conférence ministérielle de la Francophonie- Visioconférence du 10 décembre 2021.

* 88Christian TREMBLAY, « Francophonie : des perspectives favorables ou inquiétantes ? », Revue Population et Avenir, 2013/5, (n°715), p 15 à 17 consulté sur www.cairn.info.com le 10 Août 2024 à 18h

* 89«  Programme Jeunesse », consulté sur www.francophonie.org, le 10 Août 2024 à 18h07 min.

* 90«  La jeunesse au coeur de la Francophonie », consulté sur www.jeunesse.francophonie.org , le 10 Août 2024 à 18 h 18 min.

* 91«  France & the promotion of french worldwide » disponible sur www.diplomatie.gouv.fr consulté le 10 Août 2024 à 20h28 min.

* 92Idem.

* 93 « 327 millions de francophones dans le monde en 2023 », consulté sur www.odsef.fss.ulaval.ca le 11 Août 2024 à 8h46 min.

* 94 Christian TREMBLAY, « La langue française dans le monde, Quelles importances ? Quelles perspectives ? », Les analyses de population et avenir, 2019, n°12, p 1 à 16.

* 95 Idem

* 96 « Urbanisme en Francophonie » consulté sur www.urbanisme-francophonie.org le 11 Août 2024 à 9h52 min.

* 97Idem.

* 98Imen Khanchel EL MEHDI, « Gouvernance et TIC : Cas des pays d'Afrique », Recherches en sciences de gestion, 2011, N°86, p 63 à 84.

* 99 Le XIVe Sommet de la Francophonie a eu lieu à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), du 12 au 14 octobre 2012. Le thème du Sommet était : « Francophonie, enjeux environnementaux et économiques face à la gouvernance mondiale ». Lors de ce Sommet a été adopté une Stratégie de la Francophonie numérique dénommée « Horizon 2020 : Agir pour la diversité de la société de l'information »

* 100 La Déclaration de Bamako a été adoptée le 03 novembre 2000 lors du `'Symposium international sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l'espace francophone'', c'est le premier texte normatif dont s'est dotée la Francophonie dans le domaine de la démocratie et des droits de l'Homme.

* 101 Consulté sur www.francophonieinnovation.org le 11 Août 2024 à 18h47 min.

* 102 Https:// www.francophonie.org/la-francophonie-contribueaupacte-numérique-mondial-2737 consulté le 11 Août 2024 à 20h10.

* 103Idem.

* 104« Cadre Stratégique de la Francophonie 2023-2030», adoptée lors du XIIIe Sommet de la Francophonie, tenue à Djerba en Tunisie les 19 et 20 décembre 2022. Consulté sur le site www.francophonie.org le 15 Août 2024 à 11h58min.

* 105« Face aux enjeux mondiaux », consulté sur www.francophonie.org le 15 Août 2024 à 20h36 min.

* 106 Gilbert ACHCAR et Catherine SAMARY, Mondes émergents, L'atlas du monde diplomatique, 2012, p 96.

* 107 Hervé BOURGES, « Pour une renaissance de la Francophonie », Rapport remis à Monsieur Alain JOYANDET, Secrétaire d'Etat chargé de la coopération et de la Francophonie en juin 2008, p.2, Consulté en ligne sur www.vie-publique.fr le 17 Août 2024 à 13h53min.

* 108 Bertrand BADIE, L'impuissance de la puissance, Essai sur les nouvelles relations internationales, Edition Fayard, Paris, 2004, 199p.

* 109 La Déclaration de Saint-Boniface a été adoptée lors de la Conférence ministérielle sur la prévention des conflits et de la sécurité humaine qui s'est tenue à Saint-Boniface au Canada, les 13 et 14 mai 2006.

* 110 Jean-François DAGUZAN, « 11 septembre 2001, les trois victoires de Ben LADEN », Fondation pour la Recherche Stratégique, N°33, 2011.

* 111 La Charte de la Francophonie est adoptée en novembre 1997 à Hanoi au Vietnam, elle consacre la démocratie comme l'un des principes de base pour la stabilité politique et le développement économique.

* 112 L'ACCT a été transformée en Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 2005, consolidant les différentes structures de la Francophonie sous une seule entité. L'OIF est désormais responsable de la promotion de la langue française, de la diversité culturelle et linguistique, de la paix, de la démocratie, des droits de l'homme et du développement durable.

* 113Article 15 de la Déclaration de Bamako du 3 novembre 2000

* 114 C'est l'un des piliers de la Conférence de Bamako tenue en novembre 2000 au Mali, qui aboutit à la Déclaration de Bamako, un document essentiel qui établit les engagements de la Francophonie en matière de promotion de la démocratie, de l'état de droit, des droits de l'homme et de la bonne gouvernance.

* 115 Idem.

* 116Michaëlle JEAN a été élue lors du XVème Sommet de la Francophonie, qui s'est tenu à Dakar au Sénégal en novembre 2014.

* 117 Les rapports annuels de l'OIF, consulté sur www.francophonie.org le 21 Août 2024 à 06h50.

* 118 Fonds canadien pour les initiatives locales disponible en ligne sur www.international.gc.ca consulté le 24 Août 2024 à 08h08.

* 119 Hérodote « Géopolitique de la langue française », La découverte, n°126, 2007/3, p. 192

* 120 Christian TREMBLAY, Op.cit. p.1

* 121Ousmanou NWATCHOCK, Op.cit, p. 308

* 122 Bertrand BADIE cité par Ousmanou NWATCHOCK, Idem.

* 123 Source PNUD, citée dans le rapport 2006-2008 du Secrétaire Général de la Francophonie, citée par VALANTIN (Christian), Une histoire de la Francophonie (1970-2010). De l'Agence de coopération culturelle et technique à l'OIF, Paris, Belin, 2010, p.147

* 124 OIF, Cadre stratégique de la Francophonie 2015-2022, Dakar, 2014, p.6

* 125Trang PHAN et Michel GUILLOU, Op.cit, p. 31

* 126 Olivier NAY (dir.), Lexique de science politique, 4e édition, Paris, Dalloz, 2017, p.228

* 127 La Conférence des ministres de l'environnement de la Francophonie (CMEF) est un forum qui réunit les ministres en charge de l'environnement des pays membres de l'Organisation internationale de la Francophonie. C'est un espace de concertation et de coopération pour aborder les enjeux environnementaux spécifiques aux pays francophones, avec un focus sur le développement durable, la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité est la gestion des ressources naturelles.

* 128 Olivier NAY et Franck PETITEVILLE, Op.cit.

* 129 Le Haut Conseil de la Francophonie a été créé en 1984 sous l'initiative du président français François MITTERAND, pour servir de réservoir d'idées et des propositions pour promouvoir la langue française et la culture francophone à travers le monde.

* 130 Le premier Sommet de la Francophonie a eu lieu du 17 au 19 février 1986 au château de Versailles en France. Ce Sommet a marqué un tournant historique décisif en réunissant 41 pays francophones représentant 120 millions d'habitants.

* 131 Ce Sommet est à l'origine de l'ouverture de la première université multilatérale réunissant 40 pays, l'Université des Réseaux d'Expression Française (UREF).

* 132 Le Sommet de Moncton s'est tenue du 3 au 5 septembre 1999 au Canada, la Déclaration de Moncton a été adoptée lors de ce Sommet en mettant l'accent sur la jeunesse, la prévention des conflits et le maintien de la paix et cherchant à renforcer la dimension politique de la Francophonie avec l'espoir d'en faire un acteur clé sur la scène internationale.

* 133 « Programme Réseaux Institutionnels » Consulté sur www.francophonie.org le 30 Août 2024 à 14h00.

* 134Idem.

* 135 La Déclaration de Saint-Boniface consultée en ligne le 31 Août 2024 à 13h26 sur www.francophonie.org

* 136 L'objectif pour la Francophonie était d'élargir son champ d'action en quittant d'une Organisation axée sur la coopération culturelle et technique à une Organisation plus globale intégrant les dimensions politiques, économiques et sociales

* 137 La première Charte de la Francophonie a été adoptée par la Conférence ministérielle de la Francophonie à Antananarivo, Madagascar, le 23 novembre 2005.

* 138 L'AIF se transforme en OIF lors du Sommet de la Francophonie à Ouagadougou en 2005.

* 139 Rapport 2018 sur l'état de la Francophonie numérique, consulté en ligne sur www.francophonie.org le 31 août 2024 à 19H.

* 140Idem.

* 141 « Une Francophonie modernisée et plus pertinente » disponible sur www.francophonie.org consulté le 01 septembre 2024 à 7h41min.

* 142Idem.

* 143Idem.

* 144 Joseph NYE, Robert KEOHANE, Op.cit. P.23.

* 145 Jean TABI MANGA, Op.cit., p.57

* 146Idem.

* 147 Le Sommet de Cotonou est le 6ème Sommet de la Francophonie tenu à Cotonou au Benin du 2 au 4 décembre 1995 réunissant 49 délégations des pays ayant le français en partage. Ce Sommet a inclus la création d'un poste de Secrétaire général de la Francophonie.

* 148 Selon les dispositions de l'Article 3, de la Charte de la Francophonie (2005).

* 149 Article 4 de la Charte de la Francophonie.

* 150 Consulté sur www.francophonie.org le 10 septembre 2024 à 19h34.

* 151 Thomas WEISS et Leon GORDENKER, Civil society,the UN, and Global Governance, Colorado, Lynne Rienner publishers, 1996, 448 pages.

* 152 Anne-Marie SLAUGHTER, A New World, Princeton New Jersey, Princeton University press, 2004, 368 p.

* 153Idem.

* 154 « Les nouvelles technologies au service de l'enseignement dans l'espace francophone » consulté sur www.francophonie.org le 15 septembre 2024 à 17h20.

* 155 La Charte de la Francophonie de 1997 a été adoptée lors du VIIe Sommet de la Francophonie qui s'est tenue à Hanoi au Vietnam du 14 au 16 novembre. Cette Charte constitue le support juridique de l'ensemble du cadre institutionnel francophone. Elle a été révisée lors de la XXIe Conférence ministérielle de la Francophonie le 23 novembre 2005 à Antananarivo, Madagascar.

* 156 Olivier NAY, Op.cit. p.228

* 157 Amélie BLOM et Frédéric CHARILLON, Théories et concepts des relations internationales, Paris, Hachette supérieur, 2001, p.154

* 158 La Charte de l'ACCT adoptée lors de la Conférence constitutive du 16 au 20 mars 1970

* 159 Olivier NAY, Op.cit., p.227

* 160 Consulté sur www.francophonie.org le 19 septembre à 19h01 min

* 161 Michael BARNETT, Martha FINNEMORE, Rules for the world : international organizations in global politics, New York, Cornell University press, 2004, 240p

* 162Jean-François BAYART, L'Etat en Afrique : La politique du ventre, Paris, Fayard, 1989, 465p

* 163 Raoul PREBISH est le théoricien de la théorie de la dépendance (1960), Adriana CALCAGNO fait une revue de ses travaux dans « Raul Prebisch : une théorie du développement ancrée dans l'expérience de l'Amérique latine », Economies et finances, 2015.

* 164 Raoul PREBISH cité par Amélie BLOM et Frédéric CHARILLON, Op.cit., p 51

* 165Consulté sur www.francophonie.org le 23 septembre à 10h

* 166 Olivier NAY et Franck PETITEVILLE, Op.cit.

* 167 Raymond ARON, Paix et guerre entre les nations, Paris, Calmann-Lévy, 1956, 860p

* 168 Idem.

* 169 Jean TABI MANGA, Op.cit., p.23

* 170 Sven STEINMO, cité par Aloys MBONO, Op. Cit., p.304