INTRODUCTION GENERALE
I-
Contexte et justification de l'étude
L'année 2018 est une date marquante dans
l'évolution de l'Organisation internationale de la Francophonie,
matérialisée par un changement inattendu en son sein, celui
notamment de l'élection de la rwandaise Louise MUSHIKIWABO au poste de
secrétaire générale de la Francophonie lors du XVIIe
Sommet de la Francophonie à Erevan, en Arménie1(*). L'ancienne ministre des
affaires étrangères du Rwanda, malgré l'appartenance de
son pays à l'Afrique de l'Est anglophone et swahilophone, a
été perçue comme un choix stratégique
reflétant une volonté de renforcer la présence africaine
au sein de l'Organisation et de promouvoir une vision plus globale de la
Francophonie. Ce changement intervient à la suite des
précédents qu'a connus la Francophonie, au départ
promotrice de la diversité culturelle et linguistique, dès 1970
(année de création de la francophonie), sous
l'appellationACCT(Agence de coopération culturelle et technique), par la
suite AIF(Agence intergouvernementale de la Francophonie) en 1998 (1997 est
l'année d'adoption d'une nouvelle Charte de la Francophonie, confirmant
le statut de l'AIF comme assemblée consultative de la Francophonie) et
la transition de l'AIF vers l'Organisation internationale de la Francophonie
(OIF) en 2005.
Cette organisation va continuer à connaitre des
dynamiques qui vont lui permettre de s'adapter aux évolutions du
système international. En effet,la plupart des Organisations
internationales, qu'elles soient universelles ou régionales, dans une
perspective d'adaptation au système international, s'améliorent
constamment que ce soit au niveau fonctionnel, organisationnel ou
institutionnel. C'est le cas des organisations internationales comme
l'OrganisationdesNationsUnies(ONU),l'UnionEuropéenne(UE),
l'UnionAfricaine(UA),leCommonwealth et surtout la
Francophonie2(*). Face
à une période marquée par d'importants bouleversements
politiques, économiques et sociaux qui ont influencé les pays
francophones, et leurs institutions, la Francophonie a dû s'adapter
à la fin de la période coloniale, à la montée de la
mondialisation et à l'émergence de nouvelles puissances
économiques3(*). Ces
changements ont eu un impact significatif sur les politiques linguistiques et
culturelles, ainsi que sur les stratégies de coopération entre
les pays membres de la Francophonie.
Il existe des idéaux types du changement dans les
organisations internationales4(*). Il s'agit pour le premier type de changement, des
« réformes institutionnelles » dont les
organisations internationales font l'objet, le second type de changement est
lié aux « reconfigurations du pouvoir » au sein des
structures intergouvernementales des institutions internationales et le
troisième type de changement, est d'ordre « cognitif et
normatif »5(*). La
nécessité de comprendre comment la Francophonie, en tant
qu'entité culturelle et politique, a évolué face aux
défis mondiaux nous amène à faire une sociologie du
premier type de changement tel qu'énuméré par Olivier NAY
et Franck PETITEVILLE notamment « les réformes
institutionnelles » qui ont permis à la Francophonie
d'évoluer pour devenir efficace et pertinente comme Organisation
internationale.
L'on pourrait se demander comment une organisation
intergouvernementale telle que la Francophonie, avec des objectifs
linguistiques et culturels, a subides changements au point de devenir une
Organisation internationale avec une diversité de centres
d'intérêt? C'est ce premier questionnement qui nous conduit
à l'étude des « Dynamiques de changement en
Francophonie : sociologie des réformes institutionnelles de la
Francophonie de 1970 à 2018 ».L'objectif
recherché tout au long de cette étude est d'amener à
comprendreles processus, les acteurs et les enjeux qui ont
façonné l'évolution de la Francophonie à travers
les réformes institutionnelles dans la période allant de 1970
à 2018.
II-
Considérations théoriques liés à la construction de
l'objet d'étude
Pour s'engager dans un travail à caractère
scientifique, il est nécessaire de faire une abstraction. D'après
Gaston BACHELARD, « (...) il nous faudra prouver que
l'abstraction débarrasse l'esprit, qu'elle allège l'esprit,
qu'elle le dynamise »6(*). Il nous renseigne aussi à juste titre que
« tout savoir scientifique doit être à tout moment
reconstruit (...) »7(*) . Dans ce sens, rompre avec les obstacles
épistémologiques8(*) permet la construction de l'objet d'étude,
laquelle nous amènera à préciser les délimitations
du cadre opératoire de l'objet (A) et l'élaboration de la
problématique (B).
A-
Délimitation du cadre opératoire de l'objet d'étude
Poser les premiers jalons des considérations
théoriques liées à notre objet d'étude revient
à s'appuyer sur la délimitation de son cadre opératoire.
Ceci étant dit, nous allons tout d'abord clarifier les concepts
clés de notre étude (1), puis nous allons ressortir la
délimitation (2) et enfin nous allons insister sur les
intérêts du sujet (3).
1-
Les clarifications conceptuelles
Pour entamer un travail de fond sur notre thème, il est
impératif pour nous d'apporter des éclaircis sur les concepts qui
fondent notre travail de recherche. Dans ce sens, le concept renvoie à
« une conception particulière de la réalité
étudiée, une manière de la considérer et de
l'interroger et donc la problématiser »9(*).Tout travail
rationnelrepose sur une logique et sur un système conceptuel valablement
constitué.10(*) De
notre thème de recherche, il en ressort trois concepts dont la
clarification est plus que nécessaire pour saisir notre travail :
changement (a), Francophonie (b) et réformes institutionnelles (c)
a- Changement
De nombreux auteurs ont contribué à la
définition du concept de changement dans les relations
internationales. C'est le cas de Hedley BULL, dans son ouvrage The
Anarchical society (1977)11(*), où il définit le changement comme une
transformation du système international lui-même,
c'est-à-dire des règles et des normes qui régissent les
relations entre Etats ou Organisations internationales12(*). Il identifie trois types de
changement dont le changement structurel, le changement de processus (la
manière dont les Etats interagissent) et le changement de doctrine.
Robert KEOHANE et Joseph NYE dans leur ouvrage Power and
Interdependance13(*),
soutiennent que le changement est dû à l'interaction de deux
forces principales (la puissance et l'interdépendance), la puissance est
la capacité d'un Etat à obtenir ce qu'il veut d'un autre Etat,
tandis que l'interdépendance est la situation dans laquelle les Etats
sont liés les uns aux autres par des réseaux.
Olivier NAY et Franck PETITEVILLE propose une analyse
approfondie du changement dans les organisations internationales14(*). Ils présentent trois
idéaux types de changement affectant ces organisations et offrent des
pistes d'analyse de leurs dynamiques de changement institutionnel. Dans leur
étude, ils abordent le concept de `changement international'
qui peut se manifester de diverses manières, telles que les
reconfigurations de la puissance, les transformations de la
conflictualité, les nouveaux défis transnationaux, les dynamiques
de la globalisation et l'émergence de nouvelles normes d'action
collective15(*). Ils
s'appuient sur les travaux de James MARCH et Johan OLSEN concernant les
institutions internationales, ainsi que sur ceux de James MAHONEY et Kathleen
THELEN sur la continuité et le changement institutionnel. NAY et
PETITEVILLE soulignent que les organisations internationales, en tant
qu'institutions, ont tendance à favoriser la stabilité et la
permanence plutôt que le changement.
Cependant elles sont également confrontées
à des pressions externes qui nécessitent des adaptations et des
réformes, souvent complexes en raison des marchandages
intergouvernementaux et de la résistance des bureaucraties (NAY et
PETITEVILLE). On retient donc avec ces deux auteurs que le changement est une
évolution dans les activités des organisations, ce qui inclut les
politiques publiques au nom desquelles elles agissent mais aussi à ce
qu'elles sont c'est-à-dire leur forme institutionnelle.Ces auteurs ne
sont que quelques exemples parmi tant d'autres qui ont contribué
à la compréhension du concept de changement dans les relations
internationales. Le changement est un phénomène complexe et
multiforme, cependant, les travaux de ces auteurs nous offrent un cadre
précieux pour comprendre les différentes façons dont le
changement se produit dans le système international.
A la lumière des travaux de ces auteurs, nous pouvons
retenir que le changement se réfère aux transformations
observables dans le temps, qui affectent de manière significative la
structure ou le fonctionnement d'une organisation. Cette définition,
nous permet dans le cadre de notre analyse de mieux examiner les changements
qui se sont opérés en Francophonie, en ressortant clairement les
différentes transformations ayant affectées la structure et le
fonctionnement de cette Organisation dans sa dynamique d'adaptation aux effets
de la mondialisation.
b- Francophonie
Le terme francophonie vient du géographe
français Onésime RECLUS, qui dans son ouvrage France,
Algérie et colonies emploie pour la première fois le terme
francophonie qu'il définit comme « tous ce qui sont ou
semble destinés à rester ou à devenir participants de
notrelangue ».16(*)Cette expression faisant référence
dans ce sens aux « parlant français »
c'est-à-dire les peuples communicants en langue française.
C'est ainsi que « la Francophonie c'est cet humanisme
intégral qui se tisse autour de la terre »17(*). La construction de
la Francophonie en tant qu'objet d'étude n'est pas de tout repos. Elle
est traversée par des préjugés qui considèrent la
francophonie comme une continuité de la colonisation, comme un
modèle calqué sur le Commonwealth ou encore comme une
Organisation des Nations Unies additionnelle. Ces préjugés sont
pour la plupart élaborés dans les travaux contempteurs de la
francophonie.
D'après Trang PHAN et Michel GUILLOU le concept de
francophonie se décline en trois (03) moments lorsqu'on s'inscrit dans
une perspective évolutive18(*). Il s'agit des « trois
francophonies » que sont « la première
francophonie », « la deuxième
francophonie » et « la troisième
francophonie ». La première est celle de « la
francophonie linguistique » qui unie les parlants
français au sens d'Onésime RECLUS. La deuxième c'est
« la francophoniesenghorienne»où l'on voit que
la francophonie commence à se définir à partir de ses
pères fondateurs, Léopold SEDAR SENGHOR, Hamani DIORI, Habib
BOURGUIBA, et le cambodgien Norodom SIHANOUK. La francophonie se construit
ainsi lentement dans son essence culturelle avec une dimension associative.
Concernant la troisième, il s'agit de « la francophonie
mondialisée »agissant dans un contexte de mondialisation
du 21e siècle et qui renvoie ici à une
« union géoculturelle » c'est-à-dire
un ensemble culturel et organisé, d'Etats et de gouvernements ayant en
partage la langue française.
La francophonie peut donc ainsi avoir quatre significations
comme nous le fait savoir Xavier DENIAU19(*). Au sens linguistique, la francophonie renvoie
à l'ensemble des « parlants
français »qui vivent et travaillent en français.
Dans son sens géographique, il s'agit des territoires repartis dans le
monde où le français a le statut de langue officielle, courante,
administrative, d'enseignement ou de culture. En ce qui concerne son sens
spirituel, elle est un sentiment d'appartenance à une même
communauté solidaire entre francophones. Et au sens institutionnel, il
s'agit des institutions oeuvrant dans le cadre de la francophonie
définie par la Charte de la francophonie de 200520(*). Dans le cadre de notre
étude, nous nous intéresserons à la dernière
définition proposée par Xavier DENIAU d'après la Charte de
la Francophonie, pour amener à comprendre l'ensemble des
différentes structures et institutions qui ont oeuvré à la
promotion de la langue française et au développement de la
coopération entre les pays et les peuples francophones de 1970 à
2018. Nous ferons un va et vient sur les deux logiques renvoyant à la
francophonie bien que nous nous appesantirons davantage sur la Francophonie
avec « F » pour analyser les dynamiques de changement qu'a
connue l'Organisation. Néanmoins, il faut mentionner que le
« f » minuscule est souvent utilisé pour
désigner les deux concepts à la fois21(*).
c- Réformes institutionnelles
Les réformes institutionnelles sont des modifications
ou des améliorations apportées aux structures et aux processus
des institutions souvent dans le but de les rendre plus efficaces,
transparentes ou démocratiques22(*). Philippe BEZES et Bruno PALIER23(*), décrivent les
réformes institutionnelles comme des processus de transformations des
institutions notamment des Etats, des Etats providence et des systèmes
capitalistes. Ils introduisent le concept de « trajectoire de
réformes », qui est constitué d'une succession de
séquences de réformes sur la longue durée, chacune ayant
des conséquences sur les suivantes et ayant un « effet de
transformation » sur le système de politiques publiques
institutionnalisées. Espinoza GARDY AUGUSTO24(*), propose une définition
des réformes institutionnelles comme un ensemble de modifications
apportées à l'organisation, aux attributs et aux modes de
fonctionnement des institutions d'un pays, visant à améliorer
l'efficacité, la légitimité et la performance.
Cette définition met en lumière les trois
aspects essentiels des réformes institutionnelles à
savoir :laportéedeschangements (les réformes
institutionnelles ne se limitent pas à des ajustements mineurs, mais
impliquent des transformations profondes du système institutionnel,
lesobjectifspoursuivis ( l'amélioration de l'efficacité, de la
légitimité et de la performance des institutions constitue le
principal moteur des
réformes),ladiversitédesdomainesd'intervention( les
réformes institutionnelles peuvent toucher l'ensemble des institutions
publiques, qu'elles soient politiques, administratives, judiciaires ou
économiques).
Max WEBER, a apporté une contribution significative
à la compréhension des réformes institutionnelles. Dans
son ouvrage intitulé Economie et société25(*), il aborde le concept de
rationalisation qui est central pour comprendre les réformes
institutionnelles. Il fait une description sur la manière dont les
sociétés modernes tendent vers une rationalisation croissante des
structures, des processus et des institutions, ce qui peut conduire à
des réformes visant à accroitre l'efficacité, la
légitimité, la rationalité et l'adaptabilité de
l'institution en réponse aux pressions internes ou externes. Ses
analyses permettent de dégager une compréhension du concept de
réformes institutionnelles comme des changements
délibérés et planifiés apportés aux
structures, aux règles et aux pratiques d'une institution ou d'un
système social donné. C'est à partir de
cettedéfinitiondes réformes institutionnelles de Max WEBER que
nous allons meublés notre analyse, dans la mesure où cette
définition nous amène à démontrer que les
réformes institutionnelles, sont tout d'abord planifiées par des
acteurs avant d'être adopté et mises en oeuvre.
2-
Délimitation de l'étude
Tout travail de recherche a besoin d'être
canalisé pour ne pasnaviguer dans tout les sens tout en éloignant
les controverses. C'est la raison pour laquelle nous faisons une
délimitation spatiale (a) et une délimitation temporelle (b).
a- Délimitation spatiale
Notre étude se concentre sur l'Organisation
internationale de la Francophonie (OIF) ainsi que les institutions et acteurs
impliqués dans la promotion de la langue française et de la
coopération francophone. Cette délimitation inclut une analyse
des réformes institutionnelles au sein des institutions de l'OIF, telles
que le secrétariat général, les agences
spécialisées, les programmes de coopération et les Sommets
francophones.
b- Délimitation temporelle
Cette étude couvre la période allant de 1970
à 2018. L'année 1970, est justifiée par la création
de l'Agence de coopération culturelle et technique, avec pour objectif
la promotion de la langue française. L'année 2018 est une date
marquante dans l'évolution de la Francophonie, le choix de cette
période est motivé par un changement important au sein de la
Francophonie, l'élection deLouise MUSHIKIWABO au poste de
Secrétaire général et ressortissante du Rwanda, un Etat
appartenant à un espace anglophone. Des transformations importantes vont
voir le jour au sein de la Francophonie durant cet intervalle de temps,
reflétant l'évolution du paysage politique, social et culturel de
ses Etats membres. L'examen des dynamiques de changement dans ce délai
spécifique permet une analyse ciblée de l'évolution de la
Francophonie et de sa réponse aux besoins et aspirations changeants de
ses Etats membres.
3-
Intérêts du sujet
Dans un travail de recherche, l'intérêt consiste
à préciser son originalité dans la mesure où la
science se perpétue au fur et à mesure par un travail
d'accumulation des connaissances26(*). D'ailleurs, d'après Schopenhauer
« la tâche n'est point de contempler ce que nul n'a encore
contemplé, mais de méditer comme personne n'a encore
médité sur ce que tout le monde a devant les
yeux »27(*). Nous passons donc en revue les
intérêts scientifique (a) et pratique (b).
a- Intérêt scientifique
Notre sujet présente un intérêt
scientifique pour sa capacité à faire une sociologie du
changement dans les Organisations internationales. La particularité
étant d'analyser les réformes institutionnelles observées
au sein d'une Organisation internationale à vocation culturelle et
désormais ouvert à d'autres champs (politique, économique,
numérique, l'éducation et le développement durable). La
Francophonie est confrontée à de nombreux défis, tels que
la mondialisation, la montée en puissance d'autres espaces linguistiques
et la diversité des cultures francophones. Les réformes
institutionnelles au sein de la Francophonie ont un impact direct sur les
politiques publiques des Etats membres, ainsi que sur la société
civile francophone. Comprendre ces réformes permet d'évaluer leur
efficacité, leur légitimité et leur pertinence pour les
populations concernées.
b- Intérêt pratique
L'intérêt pratique de notre étude
réside dans sa capacité à révéler
l'utilité sociale et politique de cette Organisation, à travers
son adaptation constante aux évolutions du monde. De plus, il vise
à renforcer notre statut de spécialiste en la matière.
B-
Elaboration de la problématique
Dans cette partie, nous allons nous questionner sur notre
objet d'étude. La problématique implique alors « un
ensemble construit, autour d'une question principale, des hypothèses de
recherche et des lignes d'analyse qui permettrons de traiter le sujet
choisi »28(*). Avec Raymond QUIVY et Van CAMPENHOUDT,
« la problématique est l'approche ou la perspective
théorique qu'on décide d'adopter pour traiter le problème
posé par la question de départ »29(*). C'est aussi dire que
c'est en fonction de la dynamique évolutive de la société
que les problématiques se développent davantage30(*). Après avoir fait
l'état de la revue de la littérature sur notre sujet (1), nous
allons préciser le cadre théorique de l'étude (2), avant
de construire notre question de recherche (3).
1-
Revue de la littérature
Le début du voyage dans le monde de la recherche se
heurte généralement à plusieurs obstacles dont la
connaissance première31(*). L'étape de la revue de la littérature
est capitale dans tout processus de recherche dans la mesure où elle
nous permet de formuler une problématique solide en nous renseignant sur
les écarts entre ce qui est connu et ce qui ne l'est pas, tout en
permettant de construire l'objet de recherche32(*). C'est dans ce sens que, en ce qui concerne l'analyse
de notre objet, il importe de présenter dans une approche critique et de
manière non-exhaustive, les différents travaux qui ont
été menés plus ou moins en rapport avec notre objet. Notre
revue de la littérature s'inspire de plusieurs travaux scientifiques qui
rendent compte du changement en relations internationales,que nous allons
regrouper en trois tendances.
La première tendance est celle desréalistes sur
le changement en relations internationales. Hans MORGENTHAU dans son ouvrage
politicsAmong nations(1948)33(*), considéré comme l'un des textes
fondateurs du réalisme, soutient que les relations internationales sont
caractérisées par une lutte pour le pouvoir entre des Etats
souverains rationnels. Il argumente que le changement dans les relations
internationales est le résultat de changement dans la distribution du
pouvoir entre les Etats. Le changement est souvent le résultat de
l'utilisation de la force ou de la menace d'utilisation de la force par les
Etats. Pour Kenneth WALTZ, le changement est plus susceptible de se produire
lorsque la structure du système change, par exemple à la suite
d'une guerre ou d'une révolution.
Dans The power and the international system34(*), Robert GILPIN, soutient
que le changement est le résultat de l'ascension et du déclin des
Etats hégémoniques. Pour lui, les Etats jouent un rôle
crucial dans le maintien de l'ordre international. Cette vision réaliste
du changement en relations internationales appliquée dans le contexte de
la Francophonie peut être utilisée pour faire une analyse sur la
manière dont les Etats membres utilisent la Francophonie comme moyen
pour accroitre leur influence et poursuivre leurs intérêts
nationaux. Face à l'homogénéisation culturelle, la
Francophonie entend qu'acteur géoculturel dans la mondialisation,
cherche à promouvoir la diversité culturelle et linguistique.
La deuxième tendance est celle libérale, dont la
vision sur le changement en relations internationales est possible et
souhaitable et peut être mené à bien par la
coopération, la persuasion et l'engagement. Celle-ci s'appuie sur
plusieurs hypothèses comme :
« L'interdépendance »soutenu par Emmanuel
KANT35(*) . Selon son approche, le
changement s'opère par le fait que les Etats sont de plus en plus
interconnectés et interdépendants, ce qui rend la
coopération plus bénéfique que le conflit. Revenant
à la Francophonie, c'est l'objectif pour ses Etats membres de
créer des interconnections, par des normes et des valeurs
partagées, que ceux-ci se sont constitués en organisation pour
favoriser l'interdépendance des uns envers les autres. L'autre
hypothèse avancée par la tendance libérale est celle du
pouvoirdesindividusetdesidées, qui d'après John LOCKE36(*)peuvent jouer un rôle
important dans la promotion du changement.
Les libéraux préconisent une
variété de stratégies pour promouvoir le changement dont
la diplomatie et la négociation, le commerce et l'investissement, l'aide
au développement, la promotion de la démocratie et des droits de
l'homme. John STUART MILL37(*) a développé une vision du changement
qui met l'accent sur le pouvoir des idées et du commerce libre pour
promouvoir la paix et la prospérité, d'après lui, les
idées ont le pouvoir de changer le monde y compris les relations entre
les nations. Il a soutenu que la diffusion des idées libérales,
telles que la liberté individuelle, la démocratie et
l'état de droit, conduirait à un monde plus pacifique et plus
prospère. Le changement en Francophonie selon cette tendance s'observe
par le fait que la Francophonie soit favorable à une coopération
renforcée entre les pays francophones dans des domaines tels que
l'éducation, la culture, le commerce et le développement, afin de
favoriser le partage des meilleures pratiques et de promouvoir le
progrès commun. Faire une lecture du changement à partir de cette
tendance revient également à promouvoir la diversité
linguistique et culturelle au sein de la Francophonie, en mettant en avant la
richesse des différentes cultures francophones à travers le
monde.
Le troisième débat sur le changement en
relations internationales est celui des constructivistes, dont une approche
holistique permet de comprendre le changement. Les constructivistes
s'intéressent à la manière dont les idées, les
normes et les identités façonnent la structure du système
international et les actions des acteurs étatiques et non
étatiques.38(*)
Selon cette tendance, le changement en RI n'est pas simplement le
résultat de forces matérielles ou de lois de la nature. Il est
plutôt le produit d'interactions sociales complexes entre les acteurs qui
cherchent à comprendre et à interagir les uns avec les autres
dans un monde en évolution constante (Alexander WENDT). Ce dernier
soutient également que le changement est construit socialement à
travers les interactions et les normes partagées entre les acteurs
internationaux. Les Etats construisent l'anarchie internationale en se
définissant les uns les autres comme amis, ennemis ou neutres.
WENDT identifie trois mécanismes principaux par
lesquels le changement se produit dans les relations internationales
notamment : Latransformationdesidentités, les Etats
peuvent changer leur identité en adoptant de nouvelles normes, en
s'engageant dans de nouvelles pratiques ou en interagissant avec d'autres Etats
de manière différente ; La socialisation,
les nouveaux Etats sont socialisés dans les normes et les
identités existantes du système international ;
L'idéation, de nouvelles idées peuvent émerger et
se diffuser, ce qui peut conduire à des changements au niveau des normes
et les identités des Etats.39(*) Martha FINNEMORE s'est intéressée au
rôle des idées dans le changement en RI, elle soutient que les
idées peuvent se diffuser à travers les réseaux d'acteurs
et influencer les politiques nationales et internationales.La tendance
constructiviste a joué un rôle important dans les transformations
vécues par la Francophonie ente 1970 et 2018. Elle a contribué
à l'évolution des pratiques pédagogiques, à la
promotion du dialogue interculturel et à la réflexion sur la
gouvernance démocratique. Malgré les défis
rencontrés, son influence continu de se manifester dans les divers
espaces francophones, invitant à repenser continuellement les processus
d'apprentissage, de développement culturel et de participation
citoyenne.
Notre réflexion s'inscrit d'une part dans
lalogiqueréaliste, dans la mesure où,elle amèneà
faire une analyse des dynamiques de changement en Francophonie, en accordant
une importance particulière sur les intérêts des Etats
membres, les rivalités de pouvoir et les jeux des acteursau sein de
l'organisation. Il s'agit d'examiner comment certains Etats membres utilisent
leur influence au sein de l'Organisation, font des arrangements pour parvenir
au changement qui n'est pas le produit d'une décision
unilatérale. D'autre part,latendanceconstructiviste,nous positionne sur
l'impactdes idées, des discours, des normes culturelles et des
identités partagées, qui façonnent les interactions entre
les Etats de l'espace francophone. En clair, elle permet d'examiner comment les
discours sur la diversité linguistique, la solidarité francophone
et les valeurs partagées influencent le comportement des acteurs dans
les processus qui contribuent à modeler les dynamiques de changement.Cet
essai de démarcation nous permet d'élaborer la question qui
meublera notre recherche.
2-
Cadre théorique de l'étude
La définition d'un cadre théorique est
l'étape qui permet d'insérer les travaux dans la
communauté scientifique. De ce fait, il est composé d'une ou
plusieurs théories. Pour Gordon MACE et François PETRY,
l'approche théorique renvoie à « (...)un ensemble
intégré de concepts et de sous-concepts que l'on tente
habituellement d'utiliser pour mieux structurer l'explication de la
réalité observable »40(*). Dans le cadre de notre étude, nous
mobiliserons trois théories des relations internationales dontle
néo-institutionnalisme (a), le constructivisme (b) et le
néoréalisme (c).
a- Le néo-institutionnalisme
L'analyse des institutions est une variable
déterminante pour rendre compte de la manière dont les intentions
des acteurs sont continuellement influencées par l'environnement social.
Le néo-institutionnalisme émerge suites aux critiques faites
à l'institutionnalisme dans les années 1960 et 1970 qui
sacralisait les institutions dans une logique descriptive et formaliste tout en
les positionnant au centre des changements. Il s'agit d'une
« approche traditionnelle des systèmes politiques à
partir d'une étude formelle des institutions politiques (le parlement,
le gouvernement, etc.) »41(*). Ainsi dit, le néo-institutionnalisme est
né en 1984 aux Etats-Unis d'Amérique où l'on assiste
à « (...) une redécouverte du rôle des
institutions dans les sciences sociales, ou en tout cas, en science politique
(...) »42(*).
Parmi ses figures marquantes nous avons James MARCH et Johan
OLSON mais aussi Peter HALL, Rosemary TAYLOR et Sven STEINMO. Les travaux de
ces auteurs se rejoignent sur le fait que « les institutions sont
des règles. Ces règles peuvent être des règles
constitutionnelles formelles, définissant par exemple les formes de
systèmes présidentiels ou parlementaires, ou bien des
règles plus informelles, comme les normes de comportement. Ainsi, les
institutions désignent les acteurs qui participent aux décisions
politiques, leur rôle respectif et même la façon dont ils
doivent se comparer dans le processus politique »43(*). Dans une conception
davantage claire, les institutions sont des «
règles, procédures ou normes formelles, mais [aussi] les
systèmes de symboles, les schémas cognitifs et les modèles
moraux qui fournissent les cadres de signification guidant l'action
humaine»44(*).
Elle va remettre en avant les institutions au centre des analyses avec cette
fois ci une approche plus large. Le néo-institutionnalisme se
décline en quatre variantes que sont la variante discursive, du choix
rationnel, celle historique et celle sociologique. Dans le cadre de notre
travail nous nous attardons principalement sur le néo-institutionnalisme
sociologique et historique.
Lenéo-institutionnalismesociologique,
est une variante née à partir de la sociologie des Organisations.
Les institutions ici sont des porteuses de système de sens tout en
structurant la vie sociale et politique tout comme le comportement des
acteurs45(*). Le
néo-institutionnalisme sociologique s'intéresse aux routines et
aux cadres d'interprétation institutionnalisés qui permettent de
comprendre les logiques d'action46(*). C'est dire que les institutions sont la
conséquence des normes et modèles sociaux dominants47(*). Les institutions se
conforment aux normes sociales et s'adaptent nécessairement aux
différentes situations qui peuvent être changeantes. Au niveau des
organisations internationales, il s'agit d'un processus d'adaptation et de
socialisation permanents concourant à leur
légitimité48(*). Nous sommes en présence d'un
« apprentissage social qui permet aux institutions de se
renouveler et s'adapter aux situations sur le terrain »49(*).
Dans le cadre de notre étude, cette variante nous
renseigne sur, comment les institutions francophones ont
évoluées, comment elles ont répondu aux défis et
aux besoins changeant des pays membres, et comment elles ont influencé
les politiques et les pratiques au sein de l'espace francophone. Cela incluent
l'examen des processus par lesquels les institutions naissent ou se modifient,
et comment elles façonnent les intérêts et les
préférences des acteurs impliqués.
Le néo-institutionnalisme historique, c'est une
approche pour l'étude des institutions politiques qui se distingue des
autres sciences sociales50(*) par plusieurs aspects : son attention sur les
questions empiriques, son orientation historique et sa focalisation sur la
façon dont les institutions structurent le paysage politique. En fait,
il s'agit de situer les évènements en fonction des conjonctures
nationales et internationales, d'où l'évaluation empirique des
institutions et de leurs moyens d'action sur les Etats membres. En outre, une
autre approche est mise en exergue ici par Georges BALANDIER qu'il appelle la
puissance des dynamiques sociales à travers les institutions51(*).
Il s'agit donc pour les adeptes de cette variante, de se
focaliser sur des bornes historiques, représentant des marqueurs de
l'émergence et des différents aménagements des
institutions. Ceux-ci expliquent que « les institutions sont
créées durant certaines conjonctures favorables. Ces
périodes d'innovation sont ensuite suivies de période de
consolidation. Durant ces périodes, les institutions se reproduisent
jusqu'à ce que des chocs exogènes provoquent de nouveaux
déséquilibres entrainant de nouvelles
innovations »52(*). En revanche, deux chemins s'ouvrent pour
l'explication de la stabilité : la dépendance de sentier et
la sédimentation.Le plus ancien et le plus répandu auprès
des institutionnalismes historiques c'est la dépendance de sentier.
Elle renvoie à l'idée que la création
d'institutions et des intérêts qu'elles produisent sont acquises
et simples, mais que les supprimer ou les éliminer devient plus
complexe. Les conditions de la longévité ou de la durée
des institutions se trouvant dans les mesures mises en place qui concourent
à leur reproduction. Ainsi, à la base de leur création, on
peut noter quelques flottements, ou quelques imperfections ou insuffisances,
qui seront progressivement améliorées, permettant à
celles-ci de survivre aux différents chocs extérieurs et
internes. La tendance de sédimentation, une autre manière de
comprendre la stabilité des institutions, permet de comprendre que, au
lieu de modifier les règles ou les objectifs, les institutions recourent
souvent à l'adaptation par l'agrégation de nouvelles
micro-institutions à l'interne qui viennent ainsi renforcer celles
déjà existantes.
Ramené dans le cadre de notre analyse, le
néo-institutionnalisme historique permet d'expliquer comment les
institutions de la francophonie ont évolué au fil du temps, en
tenant compte des rétroactions politiques et des influences mutuelles
entre les pays membres. Il s'intéresse aux phénomènes de
changements et de continuités des politiques publiques, ce qui est
essentiel pour comprendre les réformes institutionnelles sur une
période prolongée.
b) Le constructivisme
La théorie du constructivisme s'inspire du
constructivisme social, une école de pensée née en
sociologie dans les années 1960. En relations internationales, le
constructivisme est apparu à la fin des années quatre-vingt.
Cette approche est considérée comme faisant partie des
théories critiques nées à la suite du troisième
débat dans la discipline des relations internationales53(*). Elle a été
adoptée au champ des relations internationales par des auteurs tels que,
Alexander WENDT, Nicholas ONUF, Peter KATZENSTEIN, Michael BARNETT, Kathryn
SIKKINK, John RUGGIE et Martha FINNEMORE. Nicholas ONUF fut sans doute le
premier à l'utiliser dans son ouvrage intitulé World of
ourmaking54(*).
Alexander WENDT, l'un des théoriciens du
constructivisme, envisage « la structure du système
international dans une dimension idéelle : un ensemble de valeurs
plus ou moins partagées par les gouvernants »55(*).En d'autres termes,
l'approche de WENDT, insiste sur le caractère social de la
réalité internationale et implique le fait que les relations
entre acteurs internationaux ne seraient être régies uniquement
par la recherche de la sécurité mais comprend aussi la
création, le respect et la mise en vigueur des normes, qui sont souvent
intériorisées pour faire partie de l'identité des acteurs.
Cette théorie se décline sur quelques grands traits dont,
lesidées, lesnormesetvaleurs partagées. La
politique mondiale se présente comme étant guidée par des
idées partagées, des normes et des valeurs entre les
différents acteurs internationaux.
Le constructivisme met l'accent tout d'abord sur l'aspect
social de l'existence humaine et l'influence des interactions sur le
comportement des acteurs. Deuxièmement sur
lerôleconstitutifdelastructureidéelle, la structure
idéelle ou l'espace intersubjectif, influence la définition des
intérêts et des identités des acteurs dans un processus
d'interactions. Les théories rationalistes se différencies de
cela car considèrent les intérêts des Etats comme
constants. Et enfin sur lesinteractionsentrestructureetacteurs, la
structure idéelle et les acteurs se définissent et se constituent
mutuellement. Les acteurs peuvent influencer et transformer la structure par
leurs actions, ce qui peut mener à des changements dans les pratiques
sociales.La théorie du constructivisme, nous amène dans le cadre
de notre étude à mener une analyse approfondie sur les
interactions entre les différents acteurs, qui façonnent et
transforment les institutions francophones par leurs actions et discours, dans
le processus de réformes institutionnelles qui ont favorisées le
changement en Francophonie. Cette théorie permet donc de percevoir les
réformes institutionnelles comme des constructions répondant
à des besoins changeants ou des visions renouvelées des
différents acteurs.
c- Le néoréalisme
Le néoréalisme est une théorie des
relations internationales qui s'est développée à la fin
des années 1970 comme une réponse au réalisme classique.
Il s'agit de l'approche dominante dans le domaine, depuis les années
1980. Hans MORGENTHAU est considéré comme le père du
néoréalisme, il a développé les principes de base
de la théorie dans son ouvrage politicsAmong Nations (1948),
Kenneth WALTZ a contribué à formaliser la théorie dans
son ouvrage Theory of international politics56(*) (1979), cet ouvrage fut
très vite érigé en manifeste du
néoréalisme57(*). Le néoréalisme est un courant
théorique important dans le domaine des relations internationales et se
distingue du réalisme classique par son approche structuraliste. La
théorie néoréaliste amène à comprendre que
la structure anarchique du système international est le principal
déterminant du comportement des Etats, c'est la structure même de
l'ordre international dépourvu de toute autorité souveraine
au-dessus des Etats, qui crée un environnement où la
sécurité devient la préoccupation principale des Etats.Le
néoréalisme postule l'autonomie du politique, ce qui conditionne
la possibilité de construire une théorie58(*).
La théorie du néoréalisme offre un cadre
d'analyse pertinent pour comprendre comment la Francophonie depuis sa
création en 1970, s'est développée dans un environnement
mondial marqué par des rivalités de puissance (guerre froide) et
des évènements mondiaux ( décolonisation, mondialisation,
montée de nouvelles puissances et l'émergence de nouveaux espaces
linguistiques). Elle permet de percevoir les réformes institutionnelles
de la Francophonie comme une réponse des Etats membres aux
configurations géopolitiques du système international, pour
renforcer la position de l'Organisation sur la scène internationale.
3-
Question de recherche
Une question de recherche est l'axe central de la recherche
autour duquel, le chercheur montre de façon logique et évidente
les questions saillantes de sa recherche c'est-à-dire les
préoccupations directrices de son étude. Ainsi, à partir
de ces remarques préliminaires, on peut se poser tour à tour une
question principale et deux questions secondaires.
Ø Question principale :
Qu'entend-t-on par changement et comment s'est-il opérationnalisé
dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie, de 1970 à
2018 ?
Ø Questions secondaires :
- Quels ont été les principaux
déterminants ayant favorisé ce changement ?
- Quelles ont été les résistances
à ces changements et les enjeux subséquents ?
4-
Hypothèses de recherche
Dans cette étape de la recherche, nous formulons des
réponses que nous allons confronter à la réalité.
Pour Raymond QUIVY et Van CAMPENHOUDT, « une hypothèse est
donc une proposition provisoire, une présomption, qui demande à
être vérifiée »59(*). Gordon MACE et François PETRY vont dans
le même sens lorsqu'ils envisagent l'hypothèse
« comme une réponse anticipée que le chercheur
formule à sa question spécifique de
recherche »60(*) Il nous faut donc opérer à une
vérification par la comparaison des faits61(*). Nous avons ainsi une
hypothèse principale et deux hypothèses secondaires.
Ø Hypothèse principale
La Francophonie a connu un processus de changement
institutionnel caractérisé par des séquences de
réformes successives, avec pour effet la transformation des
systèmes de politiques publiques institutionnalisées au sein de
cette organisation.
Ø Hypothèses
secondaires
- Les déterminants qui ont favorisé le
changement en Francophonie sont multiples et reflètent
l'évolution dynamique de cet espace.
- Les principaux enjeux et résistances à la mise
en oeuvre des réformes institutionnelles en Francophonie résident
dans la diversité des intérêts des Etats membres, ce qui a
entrainé des réponses hétérogènes, et
parfois conflictuelles aux initiatives de réformes.
III- Considération méthodologique sur l'objet
d'étude
Pour Michel BEAUD, un travail de recherche ne peut être
réalisé sans faire usage dela méthode.62(*) C'est grâce à
elle que l'on affine notre réflexion théorique et notre travail
de terrain.63(*) Nous nous
attarderons d'abord sur la méthode qui nous permet d'analyser les
données (A), ensuite sur les techniques de collecte des données
(B) et enfin l'organisation de la recherche (C).
A-
La méthode qualitative
Cette méthode privilégie la recherche du sens,
à donner une explication logique aux interactions à l'oeuvre dans
notre étude. Elle se veut alors explicative. Elle nous permettra donc de
comprendre et d'expliquer le changement en Francophonie et son
opérationnalisation dans la trajectoire institutionnelle de
l'organisation de 1970 à 2018.
B-
Techniques de collecte des données
Dans le cadre de cette étude, nous optons d'avantage
pour des données secondaires recueillies à partir des documents
officiels et rapports,ainsi que sur des sites web crédibles.
Certaines données primaires vont être recueillies pour
compléter les données secondaires. Nous privilégierons
donc l'analyse documentaire (1), l'observation indirecte ou non participante
(2).
1-
L'analyse documentaire
Cette technique nous a permis d'aborder des questions qui ont
été traitées bien avant nous dans le champ scientifique.
Il s'est agi pour nous de consulter des ouvrages, des articles de revues
scientifiques, des rapports, des discours et documents officiels, mais aussi
des documents audiovisuels. Dès lors, les sources documentaires
recueillies dans les bibliothèques de la ville de Yaoundé ainsi
que dans la bibliothèque numérique de l'université Jean
Moulin Lyon 3, nous ont permis de mieux appréhender notre sujet.
2-
L'observation indirecte ou non participante
La technique d'observation constitue à notre sens un
geste élémentaire de collecte des données. Elle permet
d'observer des thèmes découlant du cadre théorique
opérationnalisé, pour nous permettre d'orienter notre observation
vers la collecte de données qui donneront l'opportunité de
corroborer ou de réfuter l'hypothèse de recherche. Ainsi, il
s'agira tout au long de notre travail d'observer les changements concrets qu'a
connus la Francophonie à partir des réformes institutionnelles
qu'elle a subit. Cetteobservation se veut indirecte car nous sommes en quelque
sorte des spectateurs désengagés, nous situant en marge des
interactions qui se déroulent entre les acteurs qui participent à
la construction de notre objet.
C-
Organisation de la démonstration
Au regard de tout ce qui a été dit, nous
articulerons notre travail de recherche autour de deux grandes parties. Dans un
premier temps, nous
présenteronslesdiversdéterminantsduchangementenFrancophoniede1970à2018(Première
Partie), dans un second temps nous allons ressortir
LesenjeuxetlesrésistancesdelamiseenoeuvreduchangementdanslatrajectoireinstitutionnelledelaFrancophonie(Deuxième
Partie).
PREMIERE PARTIE: LES DIVERS DETERMINANTS DU CHANGEMENT EN
FRANCOPHONIE DANS LA PERIODE 1970 à 2018
L'Organisation internationale de la Francophonie est un espace
de coopération multilatérale fondé sur le partage de
valeurs universelles comme la démocratie, la paix, la solidarité,
les droits de l'homme et sur le partage d'une langue commune. Dans une
dynamique d'adaptation au système international, l'Organisation
manifeste une volonté dedevenir plus efficace et pertinente en tant que
acteur sur la scène internationale.La Francophonie doit donc relever de
nombreux défis, connaitre de nombreuses transformations. Ces
dernières se sont matérialisées sous le prisme de nombreux
déterminants marquant la volonté de l'Organisation à subir
des changements qui lui permettront d'atteindre l'efficacité
souhaitée.Pour saisir les différents défis auxquels la
Francophonie a dû faire face dans sa dynamique de changement, il est donc
important de s'interroger sur les divers repères qui ont amené la
Francophonie à subirdes changements tout au long de cette
période.
Il importera tout d'abord dans un premier chapitre, de
comprendre les repères structurels du changement en Francophonie
(Chapitre 1), puis dans un second, de démontrer comment le changement
qui s'est opéré en Francophonie est le produit d'une adaptation
à la conjoncture internationale (Chapitre 2).
Chapitre1 : Lesrepères structurels du changement
en Francophonie
Le changement qui s'est opérationnalisé en
Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018 s'est
appuyé tout d'abord sur des repères, notamment structurels, qui
ont rendus l'Organisation favorable aux nouvelles dynamiques du système
international.La Francophonie est un espace linguistique et culturel en
constante évolution. Cette évolution pousse celle-ci à
vouloir s'adapter aux nouvelles dynamiques. Dans cet objectif d'adaptation, la
Francophonie fait face à des défis majeurs notamment la
montée des autres espaces linguistiques, la mondialisation et les
nouvelles configurations géopolitiques mondiales. Le français est
reconnu comme langue de travail par la plupart des Organisations
internationales, mais son statut est menacé notamment au sein de l'Union
Européenne64(*). Le
défi pour l'OIF à ce niveau est de défendre et promouvoir
le multilinguisme dans les instances internationales. La Francophonie cherche
à s'adapter à l'évolution du monde tout en gardant ses
valeurs dont la solidarité, les droits de l'Homme, la démocratie,
la diversité culturelle et le droit à l'éducation.
La Francophonie est une mosaïque de cultures et de
langues65(*), le
défi pour l'organisation est de préserver la diversité, en
favorisant l'unité entre ses membres. Il est nécessaire pour
l'Institution de promouvoir la diversité des expressions culturelles et
la protection des langues partenaires du français66(*). Dans ce processus
d'adaptation, la Francophonie doit continuer à jouer un rôle actif
dans la construction de la paix et de la sécurité à
travers des missions d'appui (technique, politique et d'accompagnement dans les
processus électoraux). Ainsi, pour comprendre comment les repères
structurels ont contribués au changement en Francophonie, nous allons
tout d'abord analyser le rôle de la mondialisation et l'émergence
de nouvelles puissances francophones (Section 1), par la suite, nous verrons
comment les autres repères structurels comme les transformations
démographiques et l'évolution des TIC ont impacté dans ce
processus de changement (Section 2).
SectionI :
Lamondialisationetl'émergencedenouvellespuissancesfrancophonescommerepèresstructurels
La mondialisation et l'émergence de nouvelles
puissances francophones ont joué un rôle crucial dans le
changement en Francophonie surtout comme repères structurels. La
mondialisationa permità la Francophonie de se transformer
progressivement en un outil de coopération multilatérale, d'abord
culturelle et linguistique, puis politique, embrassant tous les défis
contemporains dont le développement durable, la solidarité, le
numérique, l'insertion professionnelle des jeunes et
l'égalité femmes-hommes.67(*) L'émergence de nouvelles puissances
francophones est liée à la dynamique de croissance de la
population africaine.En effet, il s'agit de démontrer tout au long de
cette section comment la mondialisation et l'émergence de nouvelles
puissances ont été déterminantes dans le changement en
Francophonie, en faisant tout d'abord une analyse de la mondialisation comme
conjoncture d'accélération du processus de changement
(Paragraphe1) et ensuite l'émergence de nouvelles puissances
francophones comme moteur du changement (Paragraphe 2).
Paragraphe1 :
Lamondialisationcommeconjonctured'accélérationduprocessusdechangementenFrancophonie
Pour Philippe MOREAU DEFARGES, la mondialisation est un
processus d'européanisation du monde qui a débuté il ya
2000 ans et qui implique l'explosion de nouveaux conflits entre
sesdifférents acteurs.68(*) La définition qui retient notre attention est
celle d'Olivier DOLLFUS, « La mondialisation c'est
l'échange généralisé entre les différentes
parties de la planète, l'espace mondiale étant alors l'espace de
transaction de l'humanité »69(*). Cette définition nous amène
à mettre en lumière l'impact que la mondialisation en tant que
conjoncture a eu dans la dynamique de changement observée en
Francophonie. Pour Jean TABI MANGA, « La mondialisation est une
composante de la mémoire historique de la Francophonie. La Francophonie
n'est pas contre le mouvement mondialiste. Mais, elle peut en contester le sens
et la direction. Et, ce faisant, elle peut construire et proposer une
appréhension différente de la mondialisation en l'accordant
à son imaginaire, à sa culture et à son ordre de
valeurs »70(*).
Par cette affirmation de Jean TABI MANGA, nous pouvons rendre
compte du fait que la mondialisation dans le contexte de la Francophonie ne
s'est pas opérationnalisée de la même manière que
dans les autres Organisations internationales, dans la mesure où la
Francophonie s'est accommodée à la mondialisation en
préservant ses valeurs historiques. La mondialisation s'est donc
opérationnalisée en Francophonie par une lente mutation de la
structure idéelle (A) et par un élargissement continu des Etats
membres au sein de la Francophonie (B).
A-
LalentemutationdelastructureidéelledelaFrancophonie
Le terme « francophonie » est apparu vers
la fin du XIXe siècle sous la plume du géographe français
Onésime RECLUS, pour décrire l'ensemble des pays et des personnes
ayant le français en partage. Son sens commun est acquis lorsque
quelques décennies plus tard, l'on observe la prise de conscience de
l'existence d'un espace linguistique partagé, favorable à
l'enrichissement mutuel et aux échanges. Des écrivains vont
initiés le processus à partir de 1926 avec la création de
l'Association des écrivains de langue française (ADELF), une
association qui regroupe en son sein des écrivains partageant la langue
française dans le but d'étendre la portée de cette langue
par les écrits. En 1950, des journalistes réunis autour de
l'Union internationale des journalistes et de la presse de langue
française devenue Union de la presse francophone (UPF)71(*), une Organisation qui
amène la presse francophone à s'émanciper par le partage
d'expériences des uns envers les autres du même espace.
Sous l'effet de la mondialisation, vont émerger des
idées rendant la Francophonie propice à une plus grande ouverture
associative, avec notamment la naissance de la première institution
intergouvernementale francophone en 1960, sous la dénomination de
Conférence des Ministres Francophones en charge de l'Education
(CONFEMEN) regroupant dès sa mise sur pied 15 pays. Cette
conférence ministérielle se réunit pour des orientations
dans le domaine de l'éducation et de la formation au service du
développement des Etats qui la constitue.
Dans cet élan de construction de sa structure
idéelle, dès 1970, les Etats africains nouvellement
indépendants, auront l'initiative, sous l'impulsion de Léopold
SEDAR SENGHOR de mettre sur pied « une communauté
organique »72(*), rassemblant les Etats et gouvernements qui partagent
le français. Le 20 mars 1970 à Niamey, se tient la signature de
la Convention portant création de l'ACCT par les représentants de
21 Etats et gouvernements. Cette Organisation intergouvernementale est
fondée autour du partage de la langue française. La mission
dès la création de cette Agence de coopération est de
promouvoir et favoriser la diffusion culturelle de ses Etats membres et
d'intensifier la coopération culturelle et technique entre ceux-ci. Pour
mettre la langue française au service du rapprochement des peuples, par
le dialogue des civilisations, l'ancien président du
Sénégal Léopold SEDAR SENGHOR met en oeuvre ce projet de
création d'une Francophonie institutionnelle avec la participation de
ses homologues le tunisien Habib BOURGUIBA, le nigérien Hamani DIORI et
le prince cambodgien Norodom SIHANOUK.
L'évolution de l'initiative francophone va continuer
son chemin avec la mutation de l'ACCT, qui deviendra en 1998 l'Agence
intergouvernementale de la Francophonie (AIF) dans l'objectif de donner une
dimension politique à cette Organisation autrefois culturelle. En 2005
suite aux réformes institutionnelles adoptées à la
Conférence ministérielle à Antananarivo (Madagascar),
l'AIF devient Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avec pour
ambition de s'étendre plus politiquement.C'est sur cette dernière
que l'on observe l'émergenced'une nouvelle francophonie orientée
vers de nouveaux objectifs et valeurs, guidés par une configuration du
système international en plein essor, sous l'effet de la mondialisation.
L'OIF dans un monde globalisé va se déployer par le biais de ses
institutions, qui prennent corps dès le premier Sommet de l'Organisation
marquant la naissance de la « Francophonie
politique »73(*). Ces institutions peuvent être analysées
à partir de deux niveaux stratégiques d'intervention selon Jean
TABI MANGA74(*). Il
s'agit notamment des niveaux politique et opérationnel. Parmi les
instances politiques de la Francophonie nous avons :
- La Conférence des Chefs d'Etats et de gouvernement
Elle est communément appelée « Sommet
de la Francophonie », c'est l'instance politique suprême de
l'Organisation. Elle se tient tout les deux ans, présidée par le
Chef d'Etat ou de gouvernement du pays hôte jusqu'au prochain Sommet.
C'est lors de ces Sommets que les initiatives de réformes sont prises,
selon les besoins de l'Organisation premièrement et des membres par la
suite.
- La Conférence ministérielle de la Francophonie
(CMF)
Elle assure la continuité politique du Sommet de la
Francophonie. Les Etats membres ou observateurs y sont
représentéspar leur ministre75(*). Cette instance a pour rôle d'assurer la bonne
exécution des décisions arrêtées lors d'un Sommet et
se tient une fois par an. Elle adopte également la répartition du
Fonds multilatérale unique, le budget et aussi les rapports financiers
de l'Organisation internationale de la Francophonie.
- Le Conseil Permanent de la Francophonie (CPF)
Le CPF est en charge de la préparation et du suivi des
Sommets sous l'autorité de la CMF et présidé par le
Secrétariat général de la Francophonie. Il est
composé des représentants personnels des Chefs d'Etats ou de
gouvernement participants aux sommets. Le CPF se tient plusieurs fois en une
année en session, soit ordinaire ou extraordinaire (En cas de crise au
sein de l'un des Etats membres de la Francophonie). Le CPF est la nouvelle
appellation de l'ancien CIS (Conseil International de Suivie) à l'issue
du Sommet de Chaillot en 1986.
- Le Secrétariat général de la
Francophonie
Il assure le gouvernement général ou le pilotage
de l'Organisation Internationale de la Francophonie76(*). Il comprend un
secrétariat, instances et des conférences, un Conseil de la
coopération ou sont distingués et précisés les
champs stratégiques d'interventions prioritaires des différents
opérateurs77(*).
Le secrétariat général assure la bonne tenue des sessions
des instances de la Francophonie et préside le Conseil permanent de la
Francophonie (CMF). C'est l'organe qui assure un lien direct entre le
dispositif opérationnel et les instances de l'Organisation. Le
Secrétariat est dirigé par un Secrétaire
général élu par les Chefs d'Etats et de gouvernement pour
quatre ans lors des Sommets.
Nous distinguons également au sein de la Francophonie
des instances de niveau opérationnel représentées par les
Opérateurs directs qui sont au nombre de quatre. Nous avons l'Agence
Universitaire de la Francophonie (AUF) qui est un réseau mondial
constitué des établissements de recherche et d'enseignement
supérieur francophone, opérateur chargé de diffuser les
valeurs de la Francophonie orienté vers l'éducation et la
formation. TV5, c'est la chaine francophone de télévision qui est
une initiative renforçant la coopération francophone.
L'Association internationale des maires francophones (AIMF), c'est un
réseau réunissant les maires de villes des pays francophones.
Enfin l'Université Senghor d'Alexandrie qui est une université
internationale au service du développement africain.
Ces opérateurs sont d'une importance cruciale dans la
promotion des valeurs de la Francophonie, notamment la promotion de la langue
française, de la diversité culturelle et linguistique, de la
recherche, de la formation et aussi de la solidarité au sein de l'espace
francophone.Tels ont été les processus ayant guidés
l'Organisation internationale de la Francophonie à se construireà
partir des interactions menées par les différents acteurs, qui
ont fais émerger des idées amenant l'Organisation à
évoluer et s'adapter, aux évolutions contemporaines sous l'effet
de la mondialisation.
B-
ElargissementcontinudesEtatsmembresdelaFrancophonie
L'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT),
créée en 1970 va connaitre une expansion significative depuis
lors. Comptant 21 Etats et gouvernement membres dès sa création,
la francophonie va s'élargir continuellement au point d'atteindre un
nombre de 88 Etats membres en 2019. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet
élargissement, la promotion des valeurs de la francophonie telles que la
langue française, la diversité culturelle et linguistique, la
paix, les droits de l'homme, la démocratie, l'éducation, la
recherche et le développement durable sont les principaux facteurs ayant
intéressés de nombreux pays à adhérer au sein de
l'Organisation. La Charte réaménagée, adoptée lors
du Sommet d'Hanoi78(*)
qui a étendue les fonctions de la Francophonie au développement
de la coopération entre ses pays membres est également un facteur
de cette expansion.
Cependant, des préoccupations se soulèvent quant
à l'expansion accélérée des pays et gouvernements
membres de l'OIF, notons que certains Etats membres de la Francophonie
entretiennent un rapport lointain ou inexistant avec la langue
française. En 2018, la francophonie comptait 54 membres, 7 membres
associés et 27 observateurs79(*). Parmi les membres figurent des pays comme le
Cameroun, la France, le Canada, le Maroc, le Sénégal, la Tunisie
pour ne citer que ceux-ci. Les membres associés sont constitués
des pays comme les Emirats arabes unis, le Qatar et la Serbie, le Chypre, le
Kosovo, le Ghana et la Nouvelle-Calédonie (France). Pour ce qui est des
observateurs, nous avons les pays comme l'Argentine, la Corée du Sud, la
Croatie, l'Autriche, Canada-Ontario, Mexique, Louisiane, Thaïlande,
Ukraine, etc.
Il est intéressant de noter que la Francophonie connait
une influence croissante sur la scène internationale mondialisée.
Cette influence peut s'expliquer de par le fait que cet élargissement
continu des Etats membres de la Francophonie reflète des dynamiques
géopolitiques et culturelles mondiales. Et aussi par le fait de
l'adhésion des pays qui n'ont ni le français comme langue
officielle ni un lien historique avec l'Organisation. Les Statuts et
modalités d'adhésion à la Conférence des Chefs
d'Etats et de gouvernement des pays ayant le français en
partage80(*), est le texte
normatif de cette adhésion des différents pays au sein de la
Francophonie. A la lecture de ces textes, le constat est celui selon lequel,
les membres de plein droit, les membres associés et les observateurs ne
jouissent pas du même statut au sein de l'Organisation.La
procédure d'adhésion diffère également pour les
membres associés et observateurs de celle des membres de plein droit.
Les premiers paragraphes du Chapitre 2 des Statuts et
modalités d'adhésion portant sur les procédures
d'adhésion dispose, au premier paragraphe « Toute
nouvelle demande d'adhésion en qualité d'observateur ou de membre
associé doit être introduite par une lettre du Chef de l'Etat ou
du gouvernement intéressé (...) Cette demande, accompagnée
d'un dossier circonstancié de candidature, doit être
disposée au moins six mois avant la tenue du Sommet. Elle est
aussitôt communiquée au Secrétaire générale
de la Francophonie pour instruction »81(*). Tel est l'un des textes adoptés par la
Francophonie dans le processus d'élargissement de ses Etats
membres.C'est à partir de ces différents textes que
l'Organisation internationale de la Francophonie va s'ouvrir aumonde, en
intégrant en son sein des pays et gouvernementsn'ayant pas la langue
française en partage mais partageant les valeurs de l'Organisation. La
mondialisation a apporté à la Francophonie les acquis
nécessaires pour devenir efficace et pertinente en favorisant
l'adhésion d'une pléthore d'autres pays partageant l'initiative
francophone et ses valeurs.
Paragraphe2 :
L'émergencedenouvellespuissancesfrancophones commemoteurduchangementenFrancophonie
L'émergence de nouvelles puissances francophones au
sein de la Francophonie est un phénomène reflétant les
dynamiques changeantes de la géopolitique mondiale. Ces
évolutions géopolitiques jouent un important rôle dans
l'adaptation de l'Organisation internationale de la Francophonie à la
conjoncture internationale. L'évolution de certains Etats francophones
comme la Cote d'Ivoire, le Maroc, le Sénégal entre autres sur la
scène internationale peut inclure de faire une analyse de leur
croissance sur le plan économique, diplomatique, culturelle et de leur
participation aux Organisations internationales. L'on peut également
relever le rôle joué par le Québec dans l'émergence
de la Francophonie en tant qu'acteur international, il a
développé ses relations internationales plus que tout Etat non
souverain et l'axe franco-québécois a été le moteur
de son émergence sur la scène diplomatique82(*).
Nous allons analyser dans ce paragraphe comment
l'émergence de nouvelles puissances francophones comme moteur du
changement en Francophonie, a suscité une influence des pays en
développement dans l'équilibre des pouvoirs au sein de la
Francophonie (A) et à contribuer au renforcement de la solidarité
Sud-Sud comme facteur déterminant des choix stratégiques de la
Francophonie (B).
A-L'influencedespaysendéveloppementdansl'équilibredespouvoirsauseindelaFrancophonie
L'arrivée au sein de la Francophonie dès 1970
des puissances occidentales comme la France, le Canada et la Belgique, va
contribuer à l'accélération du processus de changement
entamé par l'institution. Le poids de ces puissances au sein de
l'Organisation, peut se justifier soit par leur position stratégique
sur la scène internationale, soit par leur influence. Ces puissances se
démarquent également par leur capacité à la
promotion et la diffusion de la langue française dans le monde, mais
aussi par leur participation importante au budget de la Francophonie. La France
par exemple est le premier pays contributeur au sein de la Francophonie suivie
du Canada et enfin de la Belgique.
Ces différentes puissances ont jouées
d'importants rôles dans l'évolution de l'OIF, mais l'impact ou
l'influence des pays en développement dans l'équilibre des
pouvoirs au sein de la Francophonie n'est pas négligeable. Le projet
francophone initié autour du partage de la langue française en
1970, a été l'oeuvre des Etats africains. Ces derniers
pèseront de leur poids pour faire évolué l'Organisation.
D'ailleurs, le tout premier à prendre la tête du
Secrétariat général, l'institution clé, est un
africain en la personne de l'égyptien Boutros Boutros GHALI, élu
le 16 novembre 1997 lors du VIIe Sommet de la Francophonie à Hanoi au
Vietnam, a sa suite, ABDOU DIOUF, fera trois mandats. L'occupation de
l'institution clé par les africains dès le départ montre
une certaine influence africaine. L'Afrique va tenir les rênes de
l'Organisation jusqu'à la succession de l'ex président
sénégalais par une puissance occidentale en l'occurrence, le
Canada.
En 2014, un changement reflétant une période de
transition à la tête du Secrétariat général
de la Francophonie, marquant la rupture de l'influence africaine au sein de
l'Organisation pour une période. La canadienne Michaëlle JEAN prend
le poste deSecrétaire générale, elle devient ainsi la
première femme élue à ce poste. L'influence des pays en
développement majoritairement africains dans l'équilibre des
pouvoirs au sein de la Francophonie va conduire à l'élection
d'une seconde femme au poste de Secrétaire général de la
Francophonie en 2018. Cette élection marque le repositionnement de
l'Afrique au sommet de l'Organisation. La particularité de cette
élection est la mise en oeuvre des consensus pour parvenir à
l'élection d'une nouvelle Secrétaire générale
ressortissante d'un pays d'espace anglophone. Ceci illustre à suffisance
l'opérationnalisation de la mondialisation comme phénomène
transformateur dans l'évolution de la Francophonie en favorisant
l'adhésion en son sein des Etats et gouvernements qui n'ont pas la
langue française en partage.
L'élection de la rwandaise Louise MOUSHIKIWABO
portée par un consensus africain soutenu par la France, est le
début d'une Francophonie ou les pays africains en développement
ont réussis à maintenir un équilibre de pouvoir au sein de
cette Organisation dominée par le Canada, la Belgique et surtout la
France qui est le bailleur principal dans le fonctionnement. Pour Ousmanou
NWATCHOCK A BIREMA, « La première leçon à
tirer de l'élection L. Mushikiwabo est le « grand
retour » de la France au sein de la Francophonie »83(*). La France, par le canal
de son hégémonie au sein de l'Organisation, étend sa
diplomatie culturelle, ceci par le biais des Etats africains parlant
français, qui sont majoritaires au sein de l'OIF. Le Canada se voit donc
écarter, mettant ainsi à nue la vulnérabilité de la
diplomatie canado-québécoise face à la force de la
diplomatie française. Tout ces évènements ont permit
à l'Afrique, continent en pleine croissance démographique,de
reprendre sa place dans le processus décisionnel de la Francophonie,
matérialisant ainsi un rééquilibrage des pouvoirs au sein
de l'Organisation et influencer dans la prise décision.
B-
Le renforcement de la solidaritéSud-Sud comme facteur déterminant
des choix stratégiques de la Francophonie
Dans un contexte de coopération pour le
développement durable, le renforcement de la solidarité Sud-Sud
apparait comme un facteur clé dans les choix stratégiques de la
Francophonie. Cette solidarité se manifeste par le partage des
ressources, le partage des pratiques et de l'expertise entre les pays du Sud.
Ceci permet à ces pays de faire face collectivement aux défis
mondiaux comme le dérèglement climatique, les crises sanitaires
et la réalisation des objectifs de développement durable (ODD).
La solidarité Sud-Sud est fondée sur une solidarité
mutuelle et sur un partage des expériences. Le renforcement de cette
solidarité en Francophonie est important pour la coopération
notamment économique, commerciale et aussi pour la formation technique,
il est également essentiel pour le renforcement des capacités
entre les différents pays84(*). Lorsque les pays en développement
définissent leurs propres paramètres de cette coopération,
ceux-ci peuvent mettre en avant leur union et l'importance stratégique
de leurs échanges.
La Francophonie, espace de dialogue et de coopération,
peut jouer un important rôle dans la coopération Sud-Sud en
facilitant les échanges entre ses Etats membres, tout en soutenant les
initiatives de développement durable. Les pays en développement,
dit pays du Sud, membre de la Francophonie font l'effort dans le cadre de cette
coopération, d'examiner les défis communs en matière de
développement en partageant les ressources, les meilleures pratiques et
l'expertise. C'est cet esprit de solidarité dans le respect des valeurs
culturelles, de la diversité des uns et des autres, qui a motivé
l'Organisation dans l'atteinte de ses objectifs d'évolution avec le
renforcement d'un sentiment d'appartenance des membres à la
communauté francophone. Par ailleurs, la coopération Sud-Sud a
également favorisé des échanges de connaissances et de
compétences grâce à des initiatives, programmes et projets
qui ont permit de résoudre des problèmes précis dans les
pays du Sud.
La détermination des choix stratégiques de la
Francophonie dans le contexte de la coopération entre les pays du Sud
à amener celle-ci à faciliter les échanges, en mettant sur
pied des réseaux et des plateformes de coopération entre ces
pays. L'OIF participe à des financements et à l'accompagnement
des projets de coopération dans les domaines tels que les
infrastructures, la santé, l'éducation et l'agriculture. La
Francophonie a également mis en place une Stratégie
économique pour la Francophonie (SEF) lors du XVe Sommet de l'OIF tenu
à Dakar (Sénégal), les 29 et 30 novembre 201485(*). Cette stratégie a
été adoptée pour une prospérité durable au
sein d'une francophonie qui se veut résiliente, solidaire, inclusive et
innovante, affirmant ainsi l'influence de l'Organisation sur la scène
internationale. Les interactions entre les pays du Sud ont rendu la
Francophonie favorable à la promotion au sein de son espace, la
coopération et la solidarité.
SectionII:Lestransformationsdémographiquesetl'évolutiondesTICcommeautresrepèresstructurels
La Francophonie a connu des dynamiques démographiques
et technologiques importantes. En 2023, les Etats et gouvernements disposant
d'un statut à l'Organisation internationale de la Francophonie
regroupent 1,4 milliard d'individus, soit 18% de la population
mondiale86(*). Cette
progression fait suite aux dynamiques démographiques qu'a connues l'OIF
telles que les naissances, les décès et les migrations.
Parallèlement, l'évolution des technologies de l'information et
de la communication (TIC) joue un rôle essentiel dans la transformation
de la Francophonie. Les Chefs d'Etat et de gouvernement s'engagent dès
1995 lors du VIe Sommet de la Francophonie à Cotonou, dans la promotion
d'un espace francophone en phase avec le domaine des nouvelles technologies de
l'information et de la communication. La stratégie de la Francophonie
numérique 2022-2026 vise à faire de la transformation
numérique un vecteur de développement, de solidarité et de
connectivité dans l'espace francophone87(*).
Les transformations démographiques et
l'évolution des TIC comme repères structurels du changement en
Francophonie nous amène d'une part à faire une analyse de
l'évolution démographique de l'espace francophone et son impact
sur la vie institutionnelle de la Francophonie (Paragraphe 1). Et d'autre part
à démontrer comment le développement des TIC a agit sur la
gouvernance institutionnelle de la Francophonie (Paragraphe 2).
Paragraphe 1: L'évolution démographique de
l'espace francophone et son impact sur la vie institutionnelle de la
Francophonie
La croissance démographique dans l'espace francophone
est principalement due à l'augmentation de la population en
Afrique88(*). Avec plus
d'un milliard d'habitants, l'Afrique est entré en émergence
depuis une dizaine d'années. Cette croissance démographique
apporte à l'OIF un potentiel énorme d'un point de vue
géopolitique. Cependant, quel est l'impact de cette évolution sur
la vie institutionnelle de la Francophonie ? Répondre à
cette interrogation va nous conduire à faire dans un premier temps une
analyse de l'évolution démographique et son effet dans les choix
programmatiques de la Francophonie (A) et dans un second temps ressortir
l'effet de la démographie sur la représentativité au sein
de l'Organisation (B).
A-
L'évolution démographique et son effet dans les choix
programmatiques de la Francophonie
L'évolution démographique a eu plusieurs
implications dans la vie institutionnelle de la Francophonie. L'Organisation
internationale de la Francophonie doit adapter ses initiatives et ses
programmes dans l'objectif de pouvoir répondre aux besoins d'une
population jeune et en pleine croissance. Ces programmes et initiatives dont la
Francophonie a due faire face pour s'adapter à l'évolution
démographique sont notamment : Le renforcement des capacités
numériques, visant à renforcer les compétences des jeunes
de l'espace francophone et multiplier leurs chances d'accéder à
des emplois décents89(*). L'organisation tout les quatre ans des jeux de la
Francophonie durant l'année post-olympique. Ces jeux réunissent
plus de 3500 jeunes talents des pays membres. La mise sur pied de
l'unité jeunesse, sport et citoyenneté (UJSC), pour créer
un environnement où les jeunes francophones sont épanouis et
développent leur plein potentiel90(*).
L'évolution démographique peut affecter soit la
taille, soit la composition de la population active dans les pays francophones.
Cela peut s'expliquer par exemple à partir d'une augmentation de la
population jeune, pouvant conduire à une potentielle main d'oeuvre,
influençant le pouvoir économique d'un pays. Le mouvement
d'émigration de certains pays membres de la Francophonie vers d'autres
peut amener à une facilitation au niveau du transfert de
compétences et de connaissances. Ceci peut conduire à un
rééquilibrage des pouvoirs au sein de la Francophonie. Le taux de
natalité peut avoir un impact sur la redéfinition des
priorités et des stratégies de l'OIF sous l'effet de
l'évolution démographique, par exemple, un taux de
natalité faible peut conduire inéluctablement à une
diminution de la population. Des politiques peuvent être mises en place
pour encourager la natalité dans les pays ayant un taux de
natalité faible.
L'impact de l'évolution démographique sur la
promotion de la langue française se justifie par le fait que, les
nouveaux défis engendrés par les changements mondiauxauxquelles
la Francophonie a du faire face dans son évolution ont profité
à la langue française. En effet, la mondialisation est une
opportunité pour les communautés linguistiques de prendre
conscience de leur identité et de s'affirmer91(*). La Francophonie s'est
appuyée sur la démographie grandissante de l'Afrique pour porter
le nombre de francophones dans le monde à plus d'un demi-milliard d'ici
205092(*). Le nombre de
francophones dans le monde passera de 220 millions actuellement à 750
millions en 2025 dont 80% vivront en Afrique selon les prévisions de
l'OIF. A partir de ces estimations, nous pouvons conclure que
l'évolution démographique dans l'espace francophone a eu des
effets sur les choix programmatiques de la francophonie qui s'appuie sur cette
évolution de la démographie pour étendre son influence sur
la scène internationale.
B-
L'effet de la démographie sur la représentativité en
Francophonie
La démographie a eu des effets sur la
représentativité dans l'espace francophone. Ainsi, la taille d'un
pays au sein de l'Organisation peut avoir un impact pour le nombre de
francophones qui le constitue. L'Observatoire démographique et
statistique de l'espace francophone (ODSEF) est l'organisme qui a les
données sur les francophones dans le monde. Cependant, il faut noter
que la définition de « francophone » peut
varier, pour l'ODSEF, est francophone une personne qui maitrise la langue
française pour être à même de l'utiliser pour
communiquer, quel que soit le niveau ou la maitrise d'autres
compétences, comme l'écriture ou la lecture.93(*)En raison du
développement de l'enseignement du français dans certains pays
africains non francophones, l'Afrique francophone constitue un poids
considérable de part l'influence de sa démographie sur les
autres pays voisins. Nous constatons donc que la démographie peut avoir
un effet sur la représentativité au sein de la Francophonie, pas
seulement en terme de francophones que constitue un pays, mais également
en termes d'éducation et de politique linguistique.
L'évolution des langues est également un effet
de la démographie sur la représentativité au sein de la
francophonie. En effet, la langue française conserve toutes les
caractéristiques d'une langue mondiale, elle est présente sur les
cinq continents, apprise partout dans le monde, officielle dans vingt neuf pays
et la plupart des Organisations internationales94(*). La croissance de la langue anglaise a conduit la
francophonie à se concentrer sur une évolution rapide au plan
linguistique. L'avenir du français est très lié à
celui de l'anglais, et donc les deux langues doivent être
considérées dans une perspective globale95(*). Le renforcement de la langue
française est l'un des objectifs linguistiques de la Francophonie,
qu'elle veut matérialiser en maintenant une variété
standard, en s'assurant de l'usage de la langue dans tous les domaines de la
communication. La démographie a ainsi eu un impact significatif dans
l'évolution de la langue française, dû au fait pour la
Francophonie de s'étendre sur plusieurs continents sous l'effet de la
croissance démographique francophone.
La démographie peut avoir un impact sur la
diversité culturelle, ceci par le canal de migration. La migration des
populations peut entrainer une grande diversité culturelle dans les
points de destination. La diversité culturelle peut également
être influencée par des changements dans la structure de la
population, à partir des éléments comme le changement dans
la taille, l'âge, le sexe, l'ethnie de la population. Les politiques et
les pratiques démographiques peuvent influencer la diversité
culturelle (les politiques d'immigration, les politiques de natalité
etc.). La diversité culturelle est une caractéristique clé
de l'espace francophone, la francophonie est constituée d'un nombre
important de pays et de régions où l'on observe une
diversité au niveau culturel, ethnique, linguistique et traditionnel.
Bien que la diversité culturelle soit un élément de
richesse pour l'Organisation, elle peut aussi représenter un défi
en termes de représentativité et d'inclusion.
La démographie a également agit sur la
représentativité en Francophonie par les actions menées
par l'Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) dans le sens de
l'urbanisation. Cette association est à l'initiative du programme
Urbanisme en Francophonie. Ce programme vise à penser l'urbanisation par
le prisme des valeurs francophones et des choix d'aménagements qui en
découlent96(*). Il
promeut une vision de la ville et de l'avenir préservant la
cohésion sociale, le droit à la ville pour toutes et tous dans le
respect des droits de chacun97(*). L'urbanisation en tant qu'effet de la
démographiea eu un impact crucial sur la représentativité
en Francophonie lui offrant ainsi des opportunités pour promouvoir les
valeurs francophones et dans l'amélioration de la vie urbaine au sein
des pays membres de l'OIF.
Paragraphe 2 : Le développement des TIC et son
effet sur la gouvernance institutionnelle de la Francophonie
Les technologies de l'information et de la communication (TIC)
ont connu une évolution rapide, créant de nouvelles
opportunités pour atteindre des niveaux de développement plus
élevés tout en réduisant les obstacles classiques
liés au temps et à la distance, en particulier dans les pays
d'Afrique98(*). Dans ce
contexte, l'importance des TIC dans la gouvernance institutionnelle a
été reconnue par la Francophonie. En 1995 lors du VIe Sommet de
la Francophonie, les Etats et gouvernements se sont engagés à
promouvoir un espace francophone dans le domaine des TIC. En 2012, lors du
XIVe Sommet de la Francophonie à Kinshasa, ils ont adopté une
Stratégie de la Francophonie numérique, dénommée
« Horizon 2020 : Agir pour la diversité de la
société de l'information »99(*). Nous allons chercher à
comprendre dans ce paragraphe comment les effets de l'évolution des TIC
ont-ils impacté sur la gouvernance institutionnelle de la
Francophonie.
Dans un premier temps, il sera question d'analyser les TIC
comme facteur d'accroissement de la participation citoyenne dans l'espace
francophone (A) et dans un second temps, nous verrons comment la francophonie
s'est impliquée dans la lutte contre la fracture numérique dans
son espace (B).
A-
Les TIC comme facteur d'accroissement de la participation citoyenne dans
l'espace francophone
Les technologies de l'information et de la communication ont
contribué à faciliter l'accès à l'information dans
l'espace francophone. La Francophonie a adoptée dans ce sens une
stratégie visant à faire de l'évolution du
numérique un vecteur de connectivité, de développement et
de solidarité en 2021 lors de la 39ème session de la
CMF. Il est question pour l'OIF de développer un espace numérique
inclusif, responsable et solidaire visant à favoriser la
diversité culturelle et linguistique. C'est la nécessité
d'améliorer les conditions d'accès à l'information dans
son espace, de la pratique et de l'usage des technologies de l'information et
de la communication qui a animé la Francophonie à s'adapter
à l'évolution dunumérique. Pour une population francophone
à la pointe de l'information et l'acquisition des connaissances
nécessaires pouvant contribuer à l'évolution de
l'Organisation.
Dans un contexte d'accroissement de la participation citoyenne
en Francophonie, les TIC donnent une voie vers plus de transparence dans le
fonctionnement de l'Organisation.Des actions sont mises en oeuvre pour
améliorer la transparence au sein de l'OIF, en favorisant une
démocratie participative portée par l'ouverture vers le
numérique. La démocratie étant l'une des valeurs
partagées en Francophonie depuis la Déclaration de Bamako au Mali
en 2000100(*),
s'implémente à l'ère du numérique en mettant en
avant la transparence, pour ainsi donner l'opportunité aux citoyens de
l'espace francophone de recevoir les informations en temps et en heure, quelque
soit la distance et la situation géographique. La transparence permet
ainsi à l'Organisation d'être plus proche de ses populations,
ouvrant par là l'accès à toutes les informations
nécessaire pour mieux connaitre et comprendre l'Organisation.
Le soutient à l'innovation au sein de la Francophonie
a évolué à l'ère du numérique avec la mise
sur pied d'une plateforme francophone de l'innovation. Elle encourage la mise
en réseau des acteurs de l'innovation dans l'espace francophone en leur
proposant des outils, informations, appels à projets, afin de
créer un véritable réseau multisectoriel et
intégré pour l'innovation101(*). En facilitant la collaboration, l'échange
des idées et le partage de ressources entre les différents
acteurs, les TIC apparaissent comme importante dans la promotion de
l'innovation en Francophonie. L'OIF à travers l'Institut de la
Francophonie pour le développement durable (IFDD) a menée et
continue de mener des actions favorable à l'innovation dans l'espace
francophone, notamment dans les domaines de l'entreprenariat,
l'éducation et même du sport avec les jeux de la Francophonie.
Cela est rendu possible par le canal des technologies de l'information et de la
communication (TIC).
B-
L'implication de la Francophonie institutionnelle dans la lutte contre la
fracture numérique
La Francophonie institutionnelle qui comprend le
Secrétariat général de la Francophonie, l'OIF, l'APF, les
opérateurs directs ainsi que les Conférences
ministérielles permanentes de la Francophonie, participe activement
à la lutte contre la fracture numérique, entendue comme
inégalité en matière d'accès à internet
entre les différents agents. La fracture numérique au sein de
l'espace francophone est un défis pour l'Institution, à limiter
par tout les moyens, en commençant par l'adoption d'une Stratégie
de la Francophonie numérique 2022-2026. Cette Stratégie vise
à accélérer la transformation numérique de l'espace
francophone au service des populations notamment les jeunes et les femmes. Des
axes d'interventions sont arrêtés parmi lesquels la contribution
à la réduction de la fracture numérique et
l'amélioration de l'accès au numérique au sein de l'espace
francophone.
Après une vaste consultation des acteurs de la
Francophonie institutionnelle, l'OIF a élaborée une contribution
au Pacte numérique mondial102(*). Cette contribution vient renforcer les
capacités numériques, pour une réalisation de la
connectivité universelle et réduire par là, la fracture
numérique. Elle amène également à défendre
la diversité culturelle et linguistique dans l'espace numérique
francophone. Ces actions de la Francophonie permettent d'insister sur
l'importance de renforcer les dispositifs, les programmes et les
mécanismes qui permettront aux pays qui en ont le plus besoin de
s'approprier les outils du numérique, de valoriser leurs contenus
notamment culturel, scientifique, économique et
éducatif.103(*)
Cela permettra à ces pays de tirer tous les avantages de la transition
numérique bénéfique à tous les membres de la
société francophone.
Lalutte contre la fracture numérique peut aussi
être menée en renforçant la solidarité au sein de
l'espace francophone. Le fait pour l'espace francophone d'être
constitué des pays et des régions avec des niveaux d'accès
aux TIC variés, permet de penser à une nécessité de
solidarité entre les pays membres, notamment ceux du Nord mieux
développés avec ceux du Sud moins développés. Cette
forme de solidarité peut conduire à un accès
équitable aux opportunités qu'offrent le numérique. Cela
peut aussi contribué à promouvoir un développement
inclusif et durable au sein de la Francophonie.
Chapitre2 : Le changement comme produit d'une adaptation
régulière de la Francophonie à la conjoncture
internationale
L'Organisation internationale de la Francophonie,
fondée en 1970 a connu d'importantes évolutions depuis sa
création. Elle est passée d'une entreprise de la
société civile basée sur le partage d'une langue commune
à un outil de coopération multilatérale. Cette
coopération est d'abord culturelle et éducative, puis politique,
couvrant tous les enjeux contemporains comme le développement durable,
la solidarité, le numérique, l'insertion socioprofessionnelle des
jeunes et la promotion de l'égalité femmes-hommes. Au fil des
années, les pays francophones ont dû s'adapter aux circonstances
internationales. La Francophonie doit par exemple faire face aux défis
mondiaux dans un contexte marqué par des changements sociopolitiques et
technologiques. Elle doit également s'adapter à la
mondialisation, promouvoir la démocratie, les droits de l'homme et la
paix, et prendre conscience des réformes nécessaires liées
à la refondation du système éducatif dans l'espace
francophone.
De plus, la Francophonie a mis en oeuvre une stratégie
pour étendre son influence. Elle s'efforce d'obtenir des
résultats, d'accompagner les jeunes et les femmes, de renforcer et de
diversifier les partenariats et développer sa performance. Elle a
formulé des initiatives communes dans l'objectif d'accroitre l'influence
des pays de l'espace francophone dans le monde en renforçant l'usage et
l'enseignement de la langue française et faire de la Francophonie un
espace de paix et de stabilité104(*). Dans cet objectif d'adaptation, la conjoncture
politique internationale va servir de facteur de modification et d'orientation
de l'action internationale de la Francophonie (Section 1), la conquête de
l'influence et de la puissance par les pays francophones va avoir des
répercutions sur les dynamiques de réformes de la Francophonie
(Section 2).
SectionI : La conjoncture politique internationale comme
facteur de modification et d'orientation de l'action internationale de la
Francophonie
Dans un contexte mondial marqué par le bouleversement
des grands équilibres géopolitiques, la résurgence des
nationalismes et une tendance à l'unilatéralisme, la Francophonie
met un accent particulier sur la solidarité, et la
coopération.L'OIF cherche à faire entendre la voix et les
aspirations de ses pays membres dans les forums internationaux. L'action
politique francophone se caractérise par une démarche
préventive, à la fois structurelle notamment sur le long terme,
et opérationnelle, grâce au développement d'outils d'alerte
précoce, de réaction rapide qui permettent d'accompagner les
Etats dans des moments de crise, de grande tension ou de transition105(*). La Francophonie soutenue
par ses nombreux réseaux ministériels, exerce une influence en
faveur du multilatéralisme. Dans le domaine de la régulation
économique mondiale, où se jouent des négociations
clés pour l'avenir des pays, la Francophonie soutient les initiatives de
ses membres au sein des Organisations concernées comme l'Organisation
mondiale du commerce (OMC).
La conjoncture politique internationale va amener l'OIF
à s'adapter aux reconfigurations géopolitiques mondiales qui
auront des effets sur le changement institutionnel de la Francophonie
(Paragraphe 1) mais le lent triomphe de l'hégémonie
libérale va avoir des effets sur les mutations idéelles de
l'Organisation (Paragraphe 2).
Paragraphe 1 : les reconfigurations géopolitiques
mondiales et leur effet sur le changement institutionnel de la Francophonie
Les reconfigurations géopolitiques mondiales ont
également eu des effets sur l'Organisation internationale de la
Francophonie dans sa dynamique d'adaptation au système international.
La Francophonie en réponse aux configurations géopolitiques
mondiales va subir des changements institutionnels important, permettant
à celle-ci de devenir un espace géopolitique et
géoéconomique important capable de s'adapter. Les effets de ces
reconfigurations sur le changement institutionnel dans le contexte francophone
vontêtre analysés dans cette partie, premièrement, à
partir du choc transformateur qu'a joué la fin de la guerre froide (A)
et ensuite par le déclic issu des attentats terroristes du 11 septembre
2001 (B).
A-
Le choc transformateur de la fin de la guerre froide
La fin de la guerre froide opposant les deux puissances
vainqueurs de la second guerre mondiale (les Etats Unis et l'URSS) a eu des
effets significatifs sur le monde en général et sur la
Francophonie en particulier entrainant ainsi un changement du paysage
géopolitique mondiale. Ce changement a conduit à une modification
des rapports de forces et une remise en question des rapports coloniaux. En
effet, la fin de la guerre froide a coïncidé avec la
décolonisation qui est un évènement majeur de la seconde
moitié du XXe siècle. Les nouveaux Etats indépendants
cherchent à élargir leur marge de souveraineté politique
par le biais du « non alignement », usant des
rivalités entre les deux « camps »106(*). Dans le contexte de la
Francophonie, ce sont des Etats nouvellement indépendants qui ont
décidés de se mettre ensemble autour du partage d'une langue
commune héritée de la colonisation pour mettre sur pied une
Agence de coopération culturelle et technique.
La fin de la guerre froide a marqué la
« renaissance » d'une Francophonie souffrant d'un manque de
visibilité, entrainant la perception d'un manque d'efficacité,
dans un contexte d'affaiblissement relatif de la langue
française107(*).
Avec la reconfiguration du système monde sous l'effet de la guerre
froide, la Francophonie va mener des actions pour être plus visible
notamment par la mise sur pied des opérateurs directs comme la chaine de
télévision TV5 pour diffuser les valeurs francophones dans le
monde et atteindre le plus de personnes possible. Cette initiative permet de
redonner à l'OIF une forte visibilité sur le plan international
par le biais des médias. La Francophonie va également
procéder à des changements institutionnels importants pour
renaitre en tant qu'une Organisation efficace, par exemple dans les domaines de
la démocratie, l'éducation, les droits de l'homme et aussi dans
la promotion de la langue française dans le monde.
Des nouveaux défis et opportunités se sont
présentés pour la Francophonie à l'issu de la fin de la
guerre froide, elle a notamment dû s'adapter à un monde
globalisé marqué par une ère marquée par la
multipolarité, où le rôle de certaines superpuissances
comme celle des Etats Unis commence à diminuer. L'on observe là
une « impuissancedelapuissance »108(*) américaine, vainqueur
de la seconde guerre mondiale, dans un monde dominé par la
bipolarité autre fois, avec l'Union soviétique en face. Le monde
se trouve aujourd'hui à une ère de la multipolarité
marquée par l'apparition de nouveaux acteurs dans les relations
internationales comme les Organisations internationales parmi lesquelles, la
Francophonie, qui tente de prouver son efficacité et sa pertinence suite
aux reconfigurations géopolitiques mondiales intervenues suite à
la fin de la guerre froide en 1991.
La fin de la guerre froide a ainsi eu un impact transformateur
sur la Francophonie qui a débouché vers des changements
institutionnels ouvrant de nouvelles voies pour l'avenir de l'Organisation.
L'OIF s'est élargie à de nombreux pays, en particulier les pays
d'Europe centrale et orientale (Pologne, Hongrie, Slovaquie, Roumanie,
Bulgarie, Pays Baltes) qui l'ont rejoint après la fin de la guerre
froide. Les institutions francophones ont été renforcées
pour répondre aux nouveaux défis du monde post-guerre froide,
l'OIF a été mise sur pied pour promouvoir la langue
française, la diversité culturelle et linguistique, la paix, les
droits de l'homme et la démocratie. Des initiatives avec pour objectif
de renforcer le dialogue et la coopération entre ses pays membres, dans
les domaines de l'éducation, la culture, l'économie et la
politique.
B-
Le déclic issu des attentats terroristes du 11 septembre 2001
Les attentats du 11 septembre 2001, sont une série de
quatre attentats islamistes perpétrés aux Etats Unis un
même jour par un réseau islamiste dénommée
Al-Qaïda. Ces attentats ont eu lieu à Arlington en
Virginie, à Manhattan, à New York et en Pennsylvanie à
Shanksville. Les différentes cibles sont le World Trade Center, le
pentagone. Ces attentats ont eu des impacts importants sur le monde entier
y compris sur l'OIF. Les attentats ont par exemple conduit à une
augmentation des dépenses dans le domaine sécuritaire pour
plusieurs pays y compris les pays membres de la Francophonie. Elle a
adoptée en 2006 la Déclaration de Saint-Boniface109(*) lors la Conférence
ministérielle sur la prévention des conflits et la
sécurité humaine, pour faire face aux impacts laissés par
les attentats du 11 septembre.L'adoption de cette Déclaration a
amenée la Francophonie à souligner une importance sur la
prévention des conflits et de la sécurité humaine,
apportant ainsi à ses Etats membres des accompagnements pour lutter
efficacement contre le terrorisme.
Ces attentats ont également agis sur les
libertés civiles, en remettant en cause les libertés au nom de la
lutte contre le terrorisme. Le fait pour les attentats d'avoir
profondément affectés les Etats Unis, notamment en termes de
politique étrangère a eu des répercutions sur les
libertés de base au sein des pays francophones surtout ceux ayant des
relations étroites avec les Etats Unis, étant donné son
influence mondiale.Un ensemble considérable de lois, décrets et
autres règlements encadrent et ou limitent le droit d'aller et de venir,
contrôlent les flux financiers, numérisent l'identité du
citoyen et surveillent l'internet privé110(*). Telles sont les
libertés civiles qui ont été restreintes sous l'influence
des attentats du 11 septembre dans la plupart des pays du monde pour se
protéger des attaques terroristes. La Francophonie dans une dynamique
d'adaptation va également inculquer les mêmes ces restrictions
à ses Etats membres pour prévenir le terrorisme.
Le domaine économique a été
impacté à la suite de ces attaques, pas seulement aux Etats Unis
mais à l'échelle mondiale incluant ainsi l'espace francophone.
L'augmentation des dépenses sur le plan militaire et la hausse des
dépenses de sécurité interne ont eu des
répercutions sur les relations internationales et les dynamiques
économiques mondiales. Ceci s'explique par le fait pour la plupart des
Etats du monde de faire des emprunts pour développer les secteurs de
sécurité en priorité. Les changements dans les politiques
de sécurité et de défense, les fluctuations des
marchés mondiaux, ont impacté sur les économies des pays
de l'espace francophone. Cette situation a amenée la Francophonie
à renforcer la coopération et la solidarité au sein de son
espace pour permettre aux pays membres de collaborer ensemble pour faire face
à l'impact économique causé par les attentats du 11
septembre 2001.
Paragraphe 2 : Le triomphe de l'hégémonie
libérale et les effets sur les mutations idéelles de la
Francophonie
Le triomphe de l'hégémonie libérale a eu
un impact significatif sur les mutations idéelles au sein de la
Francophonie, cette hégémonie, qui a évolué
à la fin du XXe siècle avec la chute des régimes
communistes et l'avènement d'un ordre mondial largement dominé
par les valeurs du libéralisme économique et politique, a
influencéprofondément les dynamiques idéologiques et
culturelles dans les pays francophones. Les effets de ce triomphe de
l'hégémonie libérale ont notamment poussé les Etats
francophones à adopter des réformes politiques et
institutionnelles parfois soutenues par les Organisations internationales et
les puissances occidentales. Dans le contexte de la Francophonie le
libéralisme a eu des effets dans la promotion des droits de l'homme et
des valeurs démocratiques, sur l'ouverture des marchés et la
promotion du libre-échange.
La diffusion des idées libérales a
également influencé les systèmes éducatifs et les
productions culturelles dans les pays francophones. Malgré l'influence
prédominante du libéralisme, des critiques soulignant les
inégalités économiques croissantes, la perte de
souveraineté nationales et les revendications identitaires ont
émergé au sein de l'espace francophone. A cet effet, l'adoption
de la démocratie est apparue comme une valeur existentielle de la
Francophonie (A) et l'ouverture de la Francophonie vers d'autres valeurs
démocratiques (B).
A-
L'adoption de la démocratie commevaleur existentielle de la
Francophonie
Faisant suite aux changements géopolitiques du XXe
siècle, de l'influence croissante des idéaux libéraux, la
Francophonie adopte la démocratie comme valeur existentielle. La
Francophonie, est marquée d'un point de vue historique par la
colonisation, mais les idéaux démocratiques étaient
souvent en contradiction avec les pratiques coloniales. La
décolonisation a entrainé une vague de mouvements pour les
indépendances dans les années 1950 et 1960, souvent sous
l'égide de la promotion de la démocratie et de
l'autodétermination des peuples. Cette période a marqué un
tournant vers l'adoption de la démocratie comme un idéal à
atteindre. Après la 2ème guerre mondiale et la fin de
la guerre froide, le modèle de la démocratie libérale a
pris une place importante dans le nouvel ordre mondial. Au sein de l'espace
francophone par exemple, cela s'est traduit par des réformes
démocratiques dans les pays d'Afrique où des régimes
autoritaires ont été contestés par des mouvements
populaires et internationaux.
L'adoption de la Charte de la Francophoniea renforcé
l'engagement des Etats membres vers les valeurs démocratiques, les
droits de l'Homme et la bonne gouvernance111(*). Cet engagement a ancré la démocratie
comme une valeur essentielle de la Francophonie, impliquant le respect des
processus électoraux, de promotion de la liberté d'expression, de
la justice sociale et de respect des droits individuels. Depuis la
création de l'Organisation internationale de la Francophonie
(OIF)112(*), les Sommets
de la Francophonie ont mis un accent particulier sur la démocratie comme
fondement des relations entre ses Etats membres. Ces Sommets sont devenus des
plateformes pour permettre aux Etats membres d'échanger sur les
défis démocratiques, le partage des bonnes pratiques et le
soutien dans les transitions démocratiques au sein de l'espace
francophone.
La Francophonie s'est axée également dans
l'accompagnement des transitions démocratiques. Elle joue un rôle
actif au sein de ses pays membres, pour des transitions politiques respectant
les principes de l'Organisation et des lois propres à chaque Etat
membre. Cela inclut, des missions d'observation électorale, c'est le cas
de l'observation lors des législatives de 2013 au Cameroun. L'OIF
accompagne aussi dans l'Organisation des élections en se rassurant que
tous les moyens sont mis en place pour le bon déroulement des
échéances, le renforcement des institutions au sein de l'espace
francophone pour permettre à ceux-ci d'être efficace et
pertinentes et le soutien à la société civile. Ces actions
visent principalement à consolider la démocratie comme une
réalité vécue par les citoyens des différents pays
membres de l'espace francophone, en favorisant leur participation à la
vie publique tout en progressant à la mise en place d'une
démocratie locale, condition essentielle de l'approfondissement de la
démocratie113(*).
Bien que la démocratie soit adoptée comme une
valeur existentielle au sein de la Francophonie, sa mise en oeuvre se heurte
tout de même à des défis. L'espace francophone regroupe un
ensemble d'Etats diversifiés en termes de gouvernance, l'on observe
certains pays où des régimes autoritaires persistent
malgré les engagements de la Francophonie en faveur de la
démocratie, des droits de l'homme et de la bonne gouvernance. La
démocratie est souvent manipulée ou réduite à des
processus électoraux sans réel mécanismes de
contrôle et de contre-pouvoir. C'est le cas des pays comme le Tchad, la
Guinée Conakry, le Congo Brazzaville et le Burundi. Les crises
politiques et les coups d'Etat récurrent mettent à mal la
consolidation de la démocratie dans ces pays de l'espace francophone,
soulevant des questions sur la durabilité de la démocratie comme
valeur existentielle.
B-
L'ouverture de la Francophonie vers d'autresvaleursdémocratiques
L'ouverture de la Francophonie vers d'autres valeurs
démocratiques représente une évolution significative dans
les missions et l'identité de cette Organisation en plein changement.
Longtemps focalisée dans la promotion linguistique et culturelle, elle a
progressivement élargi son champ d'action, pour intégrer un
ensemble plus large de valeurs démocratiques telles que les droits de
l'homme, l'état de droit, la justice sociale et le développement
durable. Cet élargissement ne reflète pas seulement la
volonté des Etats membres de la Francophonie, mais reflète aussi
les défis mondiaux auxquelles ces pays sont confrontés.
L'élargissement de la Francophonie vers d'autres valeurs
démocratiques reflète donc une évolution de celle-ci vers
une vision plus holistique de la démocratie, où cette
dernière (la démocratie) n'est pas seulement vue comme un
système politique basé sur l'organisation des élections
régulières et libres, mais comme un ensemble de pratiques, de
valeurs et de mécanismes qui englobent tous les aspects de la
société.
La Francophonie a mis un accent sur la promotion des droits de
l'homme114(*) qui est
devenue une valeur centrale de son action. Cette promotion inclut, les droits
civils et politiques ; l'OIF encourage les Etats membres à
respecter et à protéger les libertés fondamentales comme
la liberté d'expression et d'association. Ce sont des droits essentiels
à la participation démocratique et à la
légitimité des institutions politiques. L'Organisation soutient
la démocratie participative, qui est une démarche favorable
à l'implication des citoyens, où ceux-ci sont activement
impliqués dans le processus décisionnel au-delà des
élections traduites par le vote. Cette action contribue au renforcement
des sociétés civiles, l'inclusion des jeunes et des femmes dans
la vie politique ainsi que la promotion de la transparence et de la
responsabilité des gouvernements.
L'engagement envers l'état de droit et la justice
sociale traduit aussi l'élargissement de l'OIF vers d'autres valeurs
démocratiques. La Francophonie soutient les réformes
institutionnelles et juridiques visant au renforcement de
l'égalité devant la loi, garantir l'indépendance de la
justice, et à lutter contre la corruption. Ces éléments
sont essentiels pour prévenir les abus de pouvoir et assurer la
confiance des citoyens. L'Organisation reconnait que la démocratie ne
peut être pleinement réalisée sans la justice sociale. Elle
milite pour une politique visant à réduire les
inégalités, à garantir l'accès aux services
essentiels comme l'éducation, la santé et le logement et à
protégé les plus vulnérables. Ainsi, la lutte contre la
pauvreté et l'exclusion sociale est intégrée dans la
vision démocratique de la Francophonie115(*).
La Francophonie a également intégrée le
développement durable et la démocratie environnementale dans son
cadre de valeurs démocratiques. Elle reconnait l'importance de joindre
le développement économique, la protection de l'environnement et
l'inclusion sociale. Les pays membres sont ainsi encouragés à la
mise en oeuvre des politiques de développement qui répondent aux
besoins du temps. Les initiatives qui favorisent la participation citoyenne
dans le processus décisionnel environnemental, la transparence dans la
gestion des ressources naturelles et la responsabilité des agents
publics et privés en matière d'environnement sont
accompagnées par l'Organisation. Cela peut inclure la promotion de la
justice climatique pour les pays vulnérables aux effets du
dérèglement climatique. L'OIF s'intéresse à la
promotion du dialogue interculturelle, comme moyen de renforcer la
compréhension mutuelle, la paix et la coopération entre les
nations.
SectionII : La conquête de l'influence et de la
puissance par les Etats francophones et ses répercussions sur les
dynamiques de reformes en Francophonie
La conquête de l'influence et de la puissance par les
Etats francophones dans un monde de plus en plus orienté vers la
multipolarité, a des impacts sur les dynamiques de réformes au
sein de la Francophonie. Ces Etats cherchent à façonner l'agenda
de la Francophonie selon leurs intérêts stratégiques,
économiques, culturels et politiques pour gagner en influence sur la
scène internationale. Cette quête d'influence et de puissance se
matérialise à partir des dynamiques comme le leadership
régional en Afrique, avec des Etats comme le Sénégal, la
Cote d'Ivoire et le Rwanda qui ont renforcés leurs institutions et
utilisent leur influence régionale pour la promotion des réformes
en Francophonie. Le rôle joué par la France en tant que principale
promoteur de la langue française influence dans les dynamiques de
réformes malgré les mouvements de contestation de certains Etats
africains qui militent pour un partage plus équitable du pouvoir en
Francophonie.
Certains Etats comme le Canada et particulièrement le
Québec utilisent leur Soft Power pour la promotion des réformes
centrées sur l'égalité de genre, les droits de l'homme et
la protection de l'environnement. Ce leadership moral a une influence sur les
priorités de l'OIF en matière de réformes. La quête
de l'influence et de la puissance va entrainer une bataille géopolitique
Canado-québécoise qui aura des effets sur la reconfiguration du
pouvoir en Francophonie (Paragraphe 1), nous mènerons ensuite une
analyse sur le rôle des alliances stratégiques comme
élément d'impact du contexte international (Paragraphe 2).
Paragraphe1 : La bataille géopolitique
Canado-québécoise et son effet sur la reconfiguration du pouvoir
en Francophonie
Le conflit géopolitique entre le Canada et le
Québec joue un rôle majeur dans la redéfinition du pouvoir
au sein de la Francophonie. Bien que le Québec soit une province
canadienne, il a toujours affirmé une identité distincte,
particulièrement en ce qui concerne la langue et la culture francophone.
Le Québec cherche souvent à exercer un rôle de premier plan
distinct du gouvernement fédéral canadien, pour promouvoir ses
intérêts et sa vision au sein de la Francophonie. Le Canada,
s'appuie fréquemment sur son poids économique et diplomatique
pour influencer les décisions au sein de la Francophonie. Cette
opposition entre une approche centralisée (Canada) et une approche
régionale (Québec) génère des tensions, mais ouvre
des possibilités de redéfinir les équilibres de pouvoir au
sein de l'Organisation.
L'impact de cette dynamique sur la redistribution du pouvoir
en Francophonie sera analysé dans cette partie, tout d'abord par
l'étude de l'influence canadienne dans le processus de réforme
institutionnelles de la Francophonie (A) et ensuite par l'analyse de la
Francophonie comme un outil de Soft Power dans le renforcement des relations
entre les pays membres et la promotion de la langue française à
l'étranger (B).
A-
L'influence canadienne dans le processus de réformes institutionnelles
de la Francophonie
Le Canada, en tant que l'un des pays fondateurs de
l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et l'un des plus grands
contributeurs financiers, a joué un important rôle dans
l'évolution de cette Organisation. L'influence canadienne dans le
processus de réforme institutionnelle de cette Institution se manifeste
à plusieurs niveaux. Le Canada a notamment occupée des postes de
direction au sein de l'Organisation des postes importants, avec des
personnalités comme Michaëlle JEAN, qui a occupé le poste de
Secrétaire général de l'OIF116(*) de 2015 à 2019. Sous
son magistère, des efforts ont été faits pour moderniser
l'Organisation et la rendre plus pertinente sur la scène internationale,
il s'agit de la promotion des valeurs de la Francophonie telles que la paix, la
démocratie et les droits de l'homme. Ella a aussi mis l'accent sur
l'autonomisation des jeunes, l'éducation et le développement
durable surtout dans les pays en développement.
Le Canada a participé de manière active aux
discussions sur les réformes institutionnelles, visant à rendre
la Francophonie plus efficace et pertinente et à mieux répondre
aux défis contemporains comme le numérique et la mondialisation.
Ces réformes ont souvent été mises en oeuvre grâce
à des propositions canadiennes pour accroitre la transparence, la
coopération multilatéral et l'efficacité des programmes.
Cette orientation a influencé les réformes institutionnelles
visant à renforcer des valeurs comme la démocratie, les droits de
l'homme et la bonne gouvernance au sein de la Francophonie.Le Canada joue donc
un rôle clé dans l'élaboration des politiques et la mise en
oeuvre des réformes au sein de l'Organisation.
Le soutien financier et technique est une autre plus value du
Canada au sein de l'OIF, ce qui lui donne une influence considérable sur
les orientations stratégiques de l'Organisation. Il apporte une
assistance technique pour la mise en oeuvre des réformes
institutionnelles notamment dans les domaines de la gouvernance. Ces
initiatives techniques et financières contribuent au renforcement des
capacités des pays membres les moins développés. Chaque
année, le gouvernement canadien alloue une part de son budget à
l'OIF pour soutenir ses programmes et initiatives dans le secteur
éducatif, culturel, des droits de l'homme et du développement
durable117(*). Le Canada
dispose de fonds spécifiques comme le «Fonds canadien pour les
initiatives locales » (FCIL)118(*), qui soutiennent des projets dans les pays
francophones, surtout dans les secteurs de la gouvernance, des droits de
l'homme et du développement économique.
Le développement des capacités humaines à
travers des partenariats académiques avec des institutions
d'enseignement supérieur dans les pays francophones fait
également partie des initiatives canadiennes dans l'accompagnement de la
Francophonie dans sa dynamique de changement. Ces partenariats donnent
l'ouverture aux facilités comme les bourses d'études, la
coopération en matière de recherche, contribuant à
améliorer le capital humain dans l'espace francophone. Le Canada aide
les pays francophone dans l'intégration des technologies innovantes dans
divers domaines, cela inclut la promotion de l'utilisation des TIC pour
améliorer l'accès à l'éducation et aux services
publics dans les zones reculées.
B-
La Francophonie commeoutil de Soft Power dans le renforcement des relations
entre les pays membres et la promotion de la langue française à
l'étranger
La Francophonie joue un rôle important en tant qu'un
outil de soft power dans la consolidation des relations entre ses pays membres
et la promotion de la langue française à l'étranger.
Organisation internationale regroupant 88 Etats et gouvernements, la
Francophonie s'appui sur des valeurs communes comme la solidarité, la
diversité culturelle et linguistique, et le respect des droits humains.
Elle favorise la coopération multilatérale et le dialogue
politique entre ses Etats membres, encourage le partage des connaissances, des
compétences et des ressources, ce qui favorise des relations des plus
cordiales entre les pays malgré leurs différences culturelles et
géographiques. Les Sommets de la Francophonie réunis
régulièrement les chefs d'Etats et de gouvernements, ce sont des
moments clés pour discuter des projets communs et renforcer la
cohésion et la solidarité au sein de l'Organisation.
La Francophonie s'emploie activement à promouvoir la
langue française dans le monde comme langue de communication mais aussi
comme vecteur de culture et d'identité119(*). A travers des initiatives éducatives, des
programmes d'échanges culturels et des partenariats avec des
institutions académiques, la Francophonie contribue à l'usage et
à l'apprentissage du français à l'échelle mondiale.
Elle soutient également les médias francophones, le
développement de la littérature française et
l'organisation des évènements culturels mettant en valeur la
richesse et la diversité des cultures francophones. Christian TREMBLAY
démontre l'évolution de l'usage de la langue française en
disant que « En dépit de l'usage de l'anglais, la langue
française conserve toutes les caractéristiques d'une langue
mondiale : elle est présent sur les cinq continents, apprise
partout dans le monde, officielle dans 29 pays et la plupart des Organisations
internationales... »120(*).
La Francophonie en tant qu'outil de softpowerutilise
la langue française et les valeurs partagées comme levier. La
Francophonie parvient par ce moyen à exercer une influence douce sur la
scène internationale. Elle se positionne comme un acteur de premier plan
dans la promotion de la paix, de la démocratie, des droits de l'homme,
tout en défendant la diversité culturelle et linguistique. Dans
une lecture essentiellement réalisteselon Ousmanou NWATCHOCK, l'OIF en
tant qu'Organisation internationale, devient un simple instrument au service de
la politique étrangère française121(*) et l'un de ses pôles
de diffusion du soft power.122(*) Cette stratégie de soft power
renforce la position des pays dans le monde, en offrant un modèle
de coopération basé sur l'échange et le respect mutuel. La
Francophonie comme outil de soft power joue un rôle
stratégique en consolidant les relations entre ses membres et en faisant
rayonner la langue française à l'étranger.
Paragraphe 2 : Le rôle des alliances
stratégiques comme élément d'impact du contexte
international
Les alliances stratégiques permettent aux acteurs
internationaux de maximiser leur impact, en combinant leurs compétences,
ressources et positions géopolitique pour l'atteinte des objectifs
communs. Elles permettent aux Organisations et aux pays de renforcer leur
pouvoir collectif en combinant leurs forces face à des défis
d'intérêt général. Par exemple, des alliances
militaires comme l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord)
offre une sécurité mutuelle à ses membres, augmentant leur
capacité de dissuasion face aux menaces extérieures. Les
alliances économiques comme l'Union Européenne (UE) permettent
à leurs membres de peser d'avantage dans les négociations
économiques internationales. Les alliances stratégiques
permettent aussi d'influencer la gouvernance mondiale en formant des blocs au
sein des Organisations internationales en général et de la
Francophonie en particulier. Ainsi, « Sur les 118 conflits
survenus en 80 points du globe depuis 1989, la plupart ont été
des conflits internes frappant les pays pauvres, notamment francophones
(...) »123(*).
Cette situation explique l'implication de la Francophonie au cours des
années 90 dans la recherche de la paix.
Dans le contexte de la Francophonie, les alliances
stratégiques ont un impact important notamment dans le renforcement de
la coopération entre les pays membres dans plusieurs domaines, amenant
ainsi à une meilleure intégration et une influence sur la
scène internationale. Grace à des initiatives communes, les Etats
membres de l'OIF collaborent pour promouvoir la langue française,
développer des programmes d'éducation de qualité et
faciliter la mobilité académique. Par exemple, l'AUF coordonne
des projets qui permettent aux étudiants, enseignants et chercheurs
francophones d'accéder à des opportunités de formation
à l'échelle mondiale. Nous analyserons dans ce paragraphe comment
les alliances stratégiques ont conduit au renforcement de la
coopération entre les pays membres de l'OIF dans divers domaines (A) et
aussi l'opportunité qu'elles ont apportées pour les pays membres
dans l'échange des bonnes pratiques et des expertises (B).
A-
Renforcement de la coopération entre les pays membres dans divers
domaines
Les alliances stratégiques au sein de la Francophonie
encouragent tout d'abord la coopération économique et le commerce
entre les Etats membres. Sous l'effet de partenariats économiques et
commerciaux, les Etats francophones font l'effort de créer des zones de
libre échange, de promouvoir les investissements directs
étrangers, et par là de renforcer les chaines de valeur au niveau
régional. Des institutions francophones comme la Conférence des
Ministres de la jeunesse et des sports de la Francophonie (CONFEJES) et
l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) apportent leur soutient
aux initiatives visant à stimuler la croissance économique, dans
les secteurs de l'agriculture, du tourisme et des nouvelles technologies par
exemple. Ces collaborations contribuent au renforcement des économies
nationales, tout en créant des opportunités de
développement pour l'ensemble de l'espace francophone.
La promotion de la culture et de la diversité
linguistique est au coeur des alliances stratégiques dans la
Francophonie. C'est la raison pour laquelle, la première mission de la
Francophonie est la promotion de la « langue française, de
la diversité culturelle et linguistique »124(*). Ainsi,
« la promotion de la diversité linguistique est corolaire
inséparable de celle de la diversité
culturelle »125(*). En unissant leurs efforts, les pays membres de
la Francophonie travaillent à préserver et à promouvoir la
richesse culturelle francophone, que ce soit par le canal des festivals, des
expositions ou des échanges artistiques. Les alliances dans ce cas
permettent de soutenir la promotion et la diffusion des contenus culturels en
langue française, de promouvoir l'usage du français dans les
médias et les institutions internationales, et d'encourager la
création littéraire et cinématographique.
En Francophonie, la promotion de la paix, de la
démocratie et des droits humains jouent un rôle essentiel dans le
contexte des alliances stratégiques. Les pays membres coopèrent
pour résoudre les conflits, prévenir les crises et renforcer la
démocratie et l'état de droit. La coopération entre les
pays membres dans le cas d'espèce est une coopération
internationale qui renvoie à « une collaboration entre des
acteurs internationaux en vue de participer à une oeuvre commune. Elle
peut concerner tout type d'acteur : Etats, Organisations
régionales, Organisations intergouvernementales, ONG, firmes
multinationales, etc. »126(*). Des initiatives comme le Réseau
francophone de prévention des conflits (RFPC) et la participation des
pays francophones aux missions de maintien de la paix sous l'égide des
Nations Unies illustrent l'importance de cette coopération.
L'environnement et le développement durable sont
d'autres domaines de coopération ayant un impact important en
Francophonie. Les pays membres collaborent pour faire face aux défis
environnementaux comme le dérèglement climatique, la
déforestation et la gestion des ressources naturelles. La
Conférence des ministres de l'environnement de la Francophonie
(CMEF)127(*) permet aux
Etats francophones d'échanger des connaissances, de développer
des politiques environnementales collectives, et la mise en oeuvre des projets
de développement durable. Ces collaborations sont essentielles pour
favoriser la résilience des pays francophones face aux impacts du
changement et pour promouvoir un développement efficace et durable.
B-
Opportunité pour les pays membres de la Francophonie dans
l'échange des bonnes pratiques et expertises
L'échange de bonnes pratiques et d'expertises au sein
de la Francophonie offre des opportunités considérables pour les
pays membres de l'Organisation. Ces échanges peuvent tout d'abord
bénéficier à l'amélioration des politiques
publiques, pour permettre aux pays francophones d'apprendre les uns des autres,
par exemple en matière de gouvernance, d'éducation et de
santé. En partageant des politiques publiques efficaces et pertinentes,
les pays membres peuvent adapter et implémenter des modèles qui
ont déjà fait leur succès ailleurs. Les échanges
d'expertises peuvent permettre de renforcer les performances techniques et
administratives des acteurs professionnels dans divers domaines. Cela peut
inclure des ateliers deformation ou des missions d'experts qui viennent
partager leurs expertises et renforcer les capacités.
La recherche et l'innovation peuvent permettre aux pays
membres dans une situation de collaboration de stimuler l'innovation et la
recherche en particulier dans les domaines à ressources limitées.
Par exemple, les collaborations en matière de technologie ou de
développement durable peuvent déboucher sur des solutions
novatrices conformes aux contextes locaux. Dans un contexte de
développement économique, le partage des pratiques
économiques et des stratégies de développement peut aider
les pays à mieux gérer leurs ressources, à stimuler la
croissance économique et améliorer leur attractivité pour
les investissements étrangers.
CONCLUSIONPARTIELLE
A mi-parcours de cette étude, il convient de rappeler
qu'il a été question pour nous dans un premier temps d'examiner
les divers déterminants du changement en Francophonie dans la
période allant de 1970 à 2018. Ceci nous a conduits à
examiner tout d'abord les repères structurels du changement en
Francophonie. Ainsi, la première analyse nous a permis de comprendre le
rôle de la mondialisation et l'émergence de nouvelles puissances
francophones comme repères structurels ainsi que celui des
transformations démographiques et l'évolution des TIC comme
autres repères structurels. Et ensuitela deuxième analyse nous a
amenés à faire une analyse du changement comme produit d'une
adaptation régulière de la Francophonie à la conjoncture
internationale. D'où l'analyse nous a conduits à interroger dans
un premier temps la conjoncture internationale comme facteur de modification et
d'orientation de l'action internationale de la Francophonie. Dans un second
temps, il était question de s'interroger sur la conquête de
l'influence et de la puissance par les Etats francophones et ses
répercussions sur les dynamiques de réformes en Francophonie.
Cependant, il convient tout de même afin de rendre
davantage pertinent ce travail, de procéder à une analyse des
enjeux et des résistances à la mise en oeuvre des changements
dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie.
DEUXIEME PARTIE:LES ENJEUX ET LES RESISTANCES A LA MISE
EN OEUVRE DES CHANGEMENTS DANS LA TRAJECTOIRE INSTITUTIONNELLE DE LA
FRANCOPHONIE
Les
enjeux et les résistances à la mise en oeuvre des changements
dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie sont au coeur des
débats contemporains sur l'avenir de cette Organisation internationale.
Créée dans un but de promotion linguistique et des valeurs de
solidarité entre les pays francophones, la Francophonie fait face
à des défis majeurs liés à l'évolution des
contextes économiques, culturels et géopolitiques. Les
changements envisagés visant à une modernisation de
l'Organisation et à renforcer son rôle sur la scène
internationale, mais ils se heurtent à des résistances diverses.
D'une part, les enjeux incluent la nécessité d'adaptation des
structures institutionnelles aux nouvelles réalités globales,
aussi une nécessité d'amélioration de l'efficacité
des actions menées et d'assurer une plus grandes
représentativité des différents pays membres. La
Francophonie doit aussi répondre à des attentes croissantes en
matière de développement durable, de gouvernance
démocratique et de justice sociale.
D'autre part, les résistances peuvent provenir des
Etats membres, qui craignent une perte d'influence ou une remise en cause de
leurs intérêts nationaux. Les divergences d'intérêts,
de visions et les enjeux de pouvoir compliquent la mise en oeuvre des
réformes nécessaires au sein de l'Organisation. Ces
résistances peuvent souvent émerger des tensions entre les pays
membres et les difficultés pour ceux-ci à trouver un consensus
sur les objectifs et priorités communs. Quels peuvent donc être
clairement les enjeux et les résistances à la mise en oeuvre des
changements dans la trajectoire institutionnelles de la Francophonie ?
Répondre à cette interrogation nous conduiras tout d'abord
à dresser les typologies des réformes en Francophonie et les
acteurs de la mise en oeuvre (Chapitre 3) avant de ressortir clairement les
enjeux et les résistances à l'opérationnalisation des
réformes institutionnelles en Francophonie dans la période 1970
à 2018 (Chapitre 4).
Chapitre3 : Typologies des réformes
institutionnelles en Francophonie et les acteurs de la mise en oeuvre
Les réformes institutionnelles en Francophonie dans la
période allant de 1970 à 2018 ont été
marquées par une série de transformations, notamment politiques,
économiques et sociales visant à adapter les institutions
francophones aux défis contemporains. Durant cette période, la
Francophonie a subi différents types de réformes, allant de la
modernisation juridique à la décentralisation administrative, en
passant par la promotion de la démocratie, des droits de l'homme et de
la bonne gouvernance. Les Etats francophones ont en effet cherché
à répondre aux exigences de la mondialisation, en
améliorant la gouvernance et faisant la promotion du
développement durable. De nombreux acteurs ont joué un rôle
important dans l'initiation, la conduite et la mise en oeuvre de ces
différentes réformes qu'a connue la Francophonie.Ainsi, pour
faire une analyse des typologies de réformes institutionnelles en
Francophonie, il importe tout d'abord de faire un examen de ces
différentes réformes (Section 1), avant de ressortir lerôle
des acteurs de la mise en oeuvre de ces réformes (Section 2).
SectionI :
ExamendesdifférentesréformesinstitutionnellesenFrancophonie
L'examen des réformes institutionnelles en Francophonie
entre 1970 à 2018 permet de comprendre l'évolution de la
Francophonie, espace géopolitique et culturel marqué par la
diversité linguistique, politique, économique et socioculturelle.
La Francophonie s'est progressivement structurée pendant cette
période, en un réseau d'institutions visant à promouvoir
la langue française, le dialogue interculturel et le
développement durable. Les réformes ont reflété la
volonté pour l'Organisation de s'adapter aux changements mondiaux,
renforcer la coopération entre les Etats membres et répondre aux
défis contemporains tels que la mondialisation, les crises et les enjeux
de gouvernance. « (...) les Organisations internationales, loin
de constituer des « ordres institués »
marqués par l'inertie, sont des univers institutionnels ouverts et
évolutifs, soumis à des dynamiques de
changement... »128(*). Ainsi, nous ferons un examen des
différentes réformes ayant soumis la Francophonie à des
dynamiques de changement en les regroupant par typologie, premièrement,
par les réformes liées à l'organisation et au
fonctionnement de la Francophonie (Paragraphe 1), deuxièmement, par les
réformes liées au renforcement des objectifs et missions de la
Francophonie (Paragraphe 2).
Paragraphe 1 : Les réformes liées à
l'organisation et au fonctionnement de la Francophonie
Faire une analyse des réformes liées à
l'organisation et au fonctionnement de la Francophonie, nous amène
à ressortir tout d'abord, à ressortir les réformes ayant
favorisées le renforcement des structures et des organes de la
Francophonie (A). Ensuite il sera question de ressortir des réformes
liées à la mise en place des mécanismes de gouvernance
plus efficaces (B).
A-
Les réformes institutionnelles favorables au renforcement des structures
et des organes de la Francophonie
Dans la période 1970 à 2018, les réformes
institutionnelles ont contribué au renforcement des structures et des
organes de la Francophonie, en réponse aux évolutions politiques,
économiques et culturelles dans l'espace francophone. L'évolution
initiale de l'Organisation commence par la création à Niamey au
Niger en 1970 de l'Agence de coopération culturelle et technique,
premier organisme intergouvernemental de la Francophonie, regroupant 21 pays,
destiné à promouvoir la langue française et la
coopération culturelle entre ses membres.Une initiative des pays
africains nouvellement indépendants dont les pionniers sont le
sénégalais Léopold SEDAR SENGHOR, le nigérien
Hamani DIORI, le tunisien Habib BOURGUIBA et le prince cambodgien Norodom
SIHANOUK. Avant la création de l'ACCT, des organismes francophones
spécialisés comme l'Association des Universités
partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF) a
existé dès 1960 et aussi l'Association internationales des
parlementaires de langue française (AIPLF) en 1967.
En 1984, est créée le Haut Conseil de la
Francophonie marquant la première diffusion de la chaine de
télévision francophone TV5129(*). La francophonie connait en 1986 la tenue de son
premier Sommet à Paris, réunissant les Chefs d'Etats et de
gouvernement de 41 pays ayant décidés de coopérer dans les
secteurs de la culture, de la communication et des industries de la
langue130(*).A la suite
de ce premier Sommet, plusieurs autres Sommets vont suivre visant à
mettre en place des réformes visant à renforcer la structure et
les organes de la Francophonie. Notamment le Sommet de Québec qui a
oeuvré à l'établissement de la cadence bisannuelle des
Sommets131(*). Cela
signifie que les Chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de la
Francophonie se réunissent désormais tous les deux ans pour
discuter de divers sujets. Le Sommet de Dakar en 1989 a contribué
à la prise de décision de la France de renoncer aux
créances qu'elle détient en rapport avec l'aide publique au
développement des pays francophonesen particulier ceux de l'Afrique.
C'est également à l'issu de ce Sommet qu'est créé
l'Université Senghor d'Alexandrie et juillet 1989, l'AIPLF se transforme
en Assemblée.
La Francophonie dans sa dynamique de changement intègre
à l'issu du Sommet de Chaillot à Paris des membres observateurs
dont le Cambodge, la Bulgarie et la Roumanie. Le Sommet décide de mettre
l'accent sur les droits de l'Homme en Francophonie décidant ainsi de la
« primauté du politique ». Une réforme
importante des instances de la Francophonie est adoptée, une
Conférence ministérielle se réunie désormais
à mi-chemin entre deux Sommets, un Conseil Permanent de la Francophonie
(CPF), constitué des représentants spéciaux des chefs
d'Etat et de gouvernement, comprenant 15 pays est créé. Son
rôle est de préparer les Sommets et d'assurer le suivi, l'ACCT
joue un rôle technique de secrétariat de la Francophonie. Ce
Sommet a également décidé de l'extension de la diffusion
de TV5 à l'Afrique. Nous avons également le Sommet de Cotonou en
1995, marquant la volonté de renforcer la dimension politique de la
Francophonie par la création d'un poste de Secrétaire
général de la francophonie.
A Hanoi au Vietnam en 1997, se tient un Sommet à la
suite duquel, Boutros GHALI est élu au poste de Secrétaire
générale de la Francophonie pour un mandat de quatre ans
renouvelable. Le dispositif institutionnel mise en place par la
communauté francophone depuis la création des Sommets se trouve
ainsi complété. La Francophonie s'intéresse
désormais à la mise en place d'un « espace
économique francophone ». Le Sommet de Moncton en
1999132(*) s'est tenu
dans un contexte d'élargissement de l'Organisation avec l'admission de
cinq pays, observateurs ou associés, la Francophonie compte
désormais 57 membres. Ce Sommet portait principalement sur la jeunesse
soulignant ainsi l'importance de fournir une formation professionnelle et
technique pour permettre aux jeunes de libérer leur
créativité.
B-
La mise en place des mécanismes de gouvernance plus efficaces
La Francophonie a également pensé à la
mise en place des mécanismes de gouvernance plus efficaces dans sa
trajectoire de réformes, pour renforcer la coopération entre les
pays francophones. La création de l'Association Internationale des
Maires Francophones (AIMF) en 1979 marque l'objectif pour la Francophonie de
rassembler les maires et les responsables des capitales et des
métropoles des pays francophones. C'est une initiative qui a
contribué au développement d'un réseau diplomatique de
représentants politiques locaux et à la promotion de la
coopération intercommunale. Elle a pour mission de faciliter des
échanges de pratiques et de connaissances en fournissant une tribune
internationale aux villes francophones, favorisant ainsi la mise sur pied des
mécanismes de gouvernance plus efficaces dans l'espace francophone en
pleine évolution.
Le renforcement et la promotion des valeurs
démocratiques se fait également ressentir en Francophonie, avec
notamment la Déclaration de Bamako au Mali le 3 novembre 2000. Cette
Déclaration est le tout premier texte normatif de la Francophonie en
matière de pratiques de la démocratie, le respect des droits et
des libertés. La Déclaration de Bamako vise à encourager
la consolidation de l'Etat de droit, la promotion des droits de l'Homme, et la
gouvernance démocratique. C'est une autre étape majeure dans la
construction politique de la Francophonie institutionnelle.L'adoption de cette
Déclaration a contribué à renforcer les mécanismes
de gouvernance au sein de la Francophonie et a conduit l'Organisation à
promouvoir une coopération plus efficace entre ses membres. Les pays
francophones ne respectant pas le partage des valeurs démocratique se
voient sanctionner par la Francophonie.
Depuis 1985, des réseaux institutionnels ont
été mises en place au sein de la Francophonie pour encourager la
coopération entre les institutions partageant les mêmes
compétences. Ces réseaux institutionnels sont au nombre de seize
appelés Réseaux Institutionnels de la Francophonie (RIF) qui sont
des partenaires privilégiés de l'Organisation internationales de
la Francophonie (OIF) et joue un rôle important dans la promotion de la
paix, de la démocratie et des droits de l'Homme133(*). Ces 16 réseaux
institutionnels fédèrent eux-mêmes près de 600
institutions membres dans plus de 60 pays de l'espace francophone dans secteurs
variés comme le droit, la justice, les médias, les droits de
l'Homme, la médiation et les élections134(*). Ces réseaux visent
faciliter l'échange d'expériences et de savoir-faire, notamment
par la concertation, le développement d'outils de travail et de
capacités comparatifs et mutualisés, et aussi la formation par
les pairs.
La Déclaration de Saint-Bonifacea renforcé les
engagements de la Francophonie dans les domaines de maintien de la paix, de
consolidation de l'Etat de droit et de la promotion des droits de l'Homme. Elle
a été adoptée lors de la Conférence
ministérielle sur la prévention des conflits et la
sécurité humaine, elle s'est tenu les 13 et 14 mai 2006 à
Saint-Boniface au Canada135(*). Cette déclaration vient permettre à
l'OIF de s'intéresser par exemple, aux processus de sortie de crises, de
transition démocratique et de consolidation de la paix dans l'espace
francophone. Elle inclue également le fait pour la Francophonie de
promouvoir la sécurité humaine et prévenir les conflits en
satisfaisant les besoins vitaux, en respectant les droits de l'Homme et aussi
le droit au développement. Elle renforce le multilatéralisme
comme cadre privilégié de la coopération internationale en
Francophonie.
Paragraphe 2 : Les réformes liées au
renforcement des objectifs et missions de la Francophonie
Depuis sa création en 1970, la Francophonie cherche
à s'affirmer comme une Organisation internationale majeure. Ses
objectifs et ses missions ont eu une évolution constante pour s'adapter
aux défis mondiaux tout en renforçant les liens entre ses
membres. Ainsi, dans la nécessité de s'adapter, la Francophonie
va continuellement redéfinir ses objectifs et ses missions par le biais
des réformes qui vont amener l'Organisation tout d'abord à
redéfinir ses objectifs et les priorités (A) et par la suite
renforcer ses actions en faveur de la promotion de la langue française
et de la diversité culturelle (B).
A-
La redéfinition des objectifs et des priorités de
l'Organisation
Dans les premières décennies, la Francophonie
s'est concentrée sur la promotion de la langue française et la
coopération culturelle avec la création de l'Agence de
coopération culturelle et technique (ACCT) en mars 1970 à Niamey,
au Niger, la signature de la Charte de Niamey s'est faite en présence de
21 Etats et gouvernement ayant langue française en partage. L'objectif
initial pour la Francophonie ici, est principalement axé sur la
coopération culturelle et technique entre ses membres. Cette Agence a
joué un rôle important dans la promotion de la langue
française et de la culture francophone. Dans les années 1990, la
Francophonie élargie ses missions pour inclure des dimensions politiques
et économiques. Dès 1997, l'ACCT se transforme en Agence
intergouvernemental de la Francophonie (AIF), reflétant une approche
plus intégrée et globale136(*). Cette transformation s'inscrit dans le cadre d'une
réforme qui vise à renforcer la coopération entres les
membres.
L'année 2005 est marquée par une réforme
marquant l'adoption de la nouvelle Charte de la Francophonie137(*). Elle a été
élaborée pour tenir compte transformations historiques et des
grandes évolutions politiques, économiques, technologiques et
culturelles du 21ème siècle. L'adoption de la nouvelle
Charte a favorisée le renforcement des missions de l'OIF en
matière de promotion de la paix, de la démocratie et aussi des
droits de l'Homme. Cette réforme marquée par l'adoption d'une
nouvelle Charte est également à l'origine de la mutation de
l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) en Organisation
internationales de la Francophonie (OIF)138(*). Cette mutation a amené l'Organisation
à renforcer son influence et son rôle sur la scène
internationale en tant qu'une Organisation dédiée à la
promotion de la langue française et des valeurs universelles.
Le Sommet tenu à Dakar du 29 au 30 novembre 2014 marque
un autre tournant décisif en Francophonie, notamment par
l'élection de Michaëlle JEAN comme Secrétaire
générale de la Francophonie. Ce mandat est marqué par la
redéfinition des objectifs et priorités de la Francophonie vers
des domaines comme le développement durable, le renforcement de la
solidarité dans l'espace francophone, l'insertion professionnelle des
jeunes, le numérique et la promotion de l'égalité de genre
notamment femmes-hommes. Ce Sommet a orienté l'OIF vers le renforcement
de l'usage de la langue française et par là, la promotion de la
diversité culturelle et linguistique, tout adoptant des objectifs de
soutien aux Etats membres en crise ou en sortie de crise dans le processus de
restauration de l'Etat de droit et de maintien de la paix. Le Sommet a
également mis en avant le rôle grandissant des femmes et des
jeunes dans les domaines de la vie politique, économique et sociale.
L'Organisation internationale de la Francophonie a
adoptée en 2018 une stratégie numérique pour promouvoir
l'usage des technologies de l'information et de la communication dans l'espace
francophone139(*). Cette
stratégie vise à développer et maintenir les
infrastructures donnant accès au numérique, accompagner
l'innovation pour l'intégration des pays en développement dans
l'économie numérique, édifier des sociétés
de l'information ouvertes, démocratiques et transparentes en
Francophonie, et enfin développer l'intelligence numérique au
service de la diversité et du partage mais aussi produire, diffuser et
protéger les biens communs numériques140(*).Un autre fait marquant de
cette année est l'élection du Sommet d'Erevan en Arménie
de la rwandaise Louise MUSHIKIWABO comme secrétaire
générale de la Francophonie, qui prendra service en janvier 2019
et est reconduite en 2022 à la tête de l'Organisation marquant le
retour de l'Afrique aux commandes. Cette élection a permit à la
promotion de la Francophonie économique et le renforcement des valeurs
de la Francophonie.
B-
Les réformes liées au renforcement des actions de l'OIF
L'efficacité, la pertinence et la cohérence des
actions de la Francophonie ont été renforcé par de
nombreuses réformes institutionnelles en 2018. Cette efficacité,
cette pertinence et cette cohérence se matérialise au sein de
l'OIF par une modernisation et une pertinence accrue de l'Organisation,
permettant à celle-ci de renforcer son influence auprès des Etats
membres et des bailleurs, de moderniser ses fonctions internes et d'augmenter
l'impact de ses activités et projets. Des réformes ont
été mises en place pour l'adoption d'un règlement relatif
à la procédure d'adhésion ou de modification de statut
d'un Etat ou gouvernement auprès de l'OIF, visant à simplifier et
clarifier les modalités d'adhésion au sein de la
Francophonie141(*). Ce
« Règlement relatif à la procédure
d'adhésion ou de modification de statut d'un Etat ou gouvernement
auprès de l'OIF », implémenté en 2018 a pris
corps lors de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement à
Djerba en Tunisie du 19 au 20 novembre 2022.
La rationalisation de l'élection du Secrétaire
général est une autre réforme mise en place au sein de la
Francophonie. Elle permet d'améliorer la transparence et
l'efficacité du processus d'élection. Désormais, la
candidature au poste de Secrétaire général est soumise
à un appel à candidatures et à une audition devant les
membres de la Conférence ministérielle de la
Francophonie142(*).
Cette nouvelle procédure permet de garantir un choix du
Secrétaire général fait de manière équitable
et plus ouvert. La nouvelle réforme vient améliorer celle
existante qui permettait au Secrétaire général
d'être élu lors du Sommet par les chefs d'Etat et de gouvernement
des pays ayant le français en partage selon les dispositions de la
Charte de la Francophonie. La démocratie étant l'une des valeurs
francophones, cette nouvelle procédure amène l'Organisation
à la mise en oeuvre des valeurs démocratiques telles que la
transparence et une participation plus ouverte au processus
électorale.
Des initiatives ont été mises en place en
Francophonie pour l'amélioration de la gestion administrative et
financière. Ceci s'est fait notamment par la création des
entités de gestion des projets et des risques, le renforcement de la
fonction de l'audit interne et la mise en place de nouveaux outils
numériques de gestion financière et des ressources
humaines143(*).
Plusieurs pays francophones à l'instar du Maroc ont entrepris des
réformes budgétaires pour moderniser leur secteur public, en
créant un climat de confiance nécessaire pour rester en phase
avec les changements sociétaux. L'orientation de la Francophonie vers le
renforcement de l'Etat de droit et de la bonne gouvernance est également
un aspect important ayant permit à l'Organisation d'améliorer la
gestion administrative et financière par des mécanismes plus
pertinent et efficaces.
SectionII : Le rôle des acteurs dans la mise en
oeuvre des réformes institutionnelles en Francophonie
Les réformes institutionnelles au sein de la
Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018 ont
été matérialisées par une évolution
constante visant à renforcer la coopération entre les membres de
l'Organisation, à promouvoir la langue française et à
adapter les institutions aux défis contemporains. Robert KEOHANE
définit le concept d' « acteur » comme
« toute organisation ou individu capable de mobiliser des
ressources, prendre des décisions, et influencer les relations entre les
Etats, ainsi que les dynamiques internationales »144(*) Certains acteurs comme
les Etats membres, les Organisations internationales et la
société civile ont joué des rôles importants dans la
mise ne oeuvre de ces réformes. Les interactions étroites entre
les différents acteurs vont permettre de renforcer et de moderniser les
institutions de la Francophonie pour qu'elles puissent mieux répondre
aux défis mondiaux. Quel est donc le rôle des différents
acteurs dans la mise en oeuvre des réformes institutionnelles en
Francophonie ?
Pour mener à bien notre analyse, il est important de
ressortir tout d'abord les rôles des acteurs comme les Etats membres et
du Secrétariat général de l'OIF dans la mise en oeuvre des
réformes institutionnelles (Paragraphe 1), ensuite nous analyserons
l'impact des institutions de la Francophonie et la société civile
dans l'implémentation des réformes institutionnelles en
Francophonie (Paragraphe 2).
Paragraphe 1 : Les Etats membres et le Secrétariat
général de l'OIF dans la mise en oeuvre des réformes
institutionnelles
Au fil des décennies, l'OIF a évolué pour
devenir une institution clé dans la promotion de la langue
française, de la diversité culturelle, de la paix et du
développement durable au sein de ses Etats membres. La période
allant de 1970 à 2018 a été marque par une pléthore
de réformes mêlant divers acteurs dans la mise en oeuvre dont les
Etats membres (A), le Secrétariat général dans la
coordination et la mise en oeuvre de ces réformes (B).
A-
Le rôle des Etats membres dans l'adoption et la mise en oeuvre des
réformes
Les Etats membres ont joués un rôle important
dans l'adoption et la mise oeuvre des réformes qui ont favorisées
le développement et la consolidation de la Francophonie. L'Organisation
créée en 1970 à la Conférence de Niameyest une
initiative d'Etats membres fondateurs, à l'instar du
Sénégal, la Tunisie, le Niger et le Cambodge. Ces derniers ont
oeuvrés dans la rédaction de la Charte et la mise en place de
l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), qui est
respectivement la première Organisation intergouvernementale de la
Francophonie. Elle a servi comme base pour le développement
ultérieur de l'OIF et a favorisé la coopération entre les
pays francophones dans plusieurs domaines comme la culture, l'éducation
et la recherche scientifique. Ces Etats membres ont ainsi contribués
à la promotion de la langue française, de la diversité
culturelle et linguistique, mais aussi à la consolidation de la paix et
des droits de l'Homme.
L'évolution institutionnelle de la Francophonie au fil
des années sous l'impulsion des Etats membres a contribué au
développement des structures de l'Organisation. Nous pouvons prendre
l'exemple de la Déclaration de Bamako en 2000 est une initiative des
chefs d'Etats et de gouvernement membres de l'OIF, qui ont trouvés la
nécessité de renforcer la démocratie, l'Etat de droit et
les droits de l'Homme au sein de l'espace francophone. Aussi nous avons la
Déclaration de Saint-Boniface en 2006 qui manifeste la volonté
pour les Etats membres de la Francophonie de se mettre ensemble pour se
concentrer sur la prévention des conflits, la sécurité
humaine et le renforcement de la paix. Ces exemples parmi tant d'autres
permettent de constater le rôle des Etats membres dans l'évolution
institutionnelle de la Francophonie par le biais des réformes
institutionnelles adoptées et mises en oeuvre par ceux-ci.
Des réseaux institutionnelles ont été
crées dans l'espace francophone avec l'accompagnement des Etats membres
pour encourager la coopération professionnelle et l'échange
d'expériences entre les différents membres.Ces réseaux
couvrent divers domaines, notamment les domaines du droit, de
l'éducation, la culture, la recherche, le développement durable
etc. la plupart de ces réformes initiées par les Etats membres
apparaissent dans un contexte de volonté de modernisation de
l'Organisation dans le but de l'adapter aux nouveaux défis. Les
réformes de 2005 par exemple transformant l'AIF en OIF, marquent des
changements significatifs dans la structure et le fonctionnement de
l'Organisation. La révision de la Charte de la Francophonie la
même période par les chefs d'Etats et de gouvernement
réunis dans le cadre du Sommet a visée à assurer la
cohérence et le renouvellement de cette Organisation en
évolution.
Un autre rôle joué par les Etats membres de la
Francophonie dans l'adoption et la mise en oeuvre des réformes est la
participation active. Cette participation peut se matérialiser par la
présence lors des Sommets de la Francophonie, en fournissant des
ressources et en soutenant les initiatives de l'OIF. Leur engagement et leur
participation est essentiel pour assurer l'adoption, la réussite et la
mise en oeuvre des réformes au sein de la Francophonie. La participation
active des Etats membres s'observe aussi à travers des initiatives de
soutien aux processus électoraux pour apporter leur expertise technique
ou accompagner les autres Etats membres. Ils participent activement aux
opérations de maintien de la paix dans l'espace francophone.
B-
Le secrétariat général dans la coordination et la mise
enoeuvredesréformesinstitutionnelles
Le Secrétariat général assure le
gouvernement général ou le pilotage de l'Organisation
internationale de la Francophonie145(*). Le secrétariat général est la
clé de voûte de l'OIF, c'est l'organe politique suprême de
l'Organisation dirigé par un Secrétaire général
élu par le Sommet. Il comprend un secrétariat des instances et
des conférences, un Conseil de la coopération où sont
distingués et précisé les champs stratégiques
d'intervention prioritaires des différents opérateurs146(*). Cette instance est l'acteur
clé dans la mise en oeuvre et la coordination des réformes
institutionnelles en Francophonie, chargé de l'exécution des
décisions prises par les Etats membres. Ce rôle exécutif a
été important pour garantir la cohérence et
l'efficacité des réformes institutionnelles, en s'assurant
toujours que les objectifs fixés par les Etats membres soient atteints
de façon harmonieuse et dans les délais prévus. Les
dispositions de cet organe datent du Sommet d'Hanoi au Vietnam.
Le poste de Secrétaire générale de la
Francophonie est créé en 1995 lors du Sommet de Cotonou au
Benin147(*). Ce poste
est occupé dès 1997 lors du Sommet de Hanoi par Boutros Boutros
GHALI, élu pour un mandat de quatre ans. Ce dernier, en tant que premier
Secrétaire général de la Francophonie a mis en oeuvre
plusieurs réformes institutionnelles importantes pour renforcer et
moderniser l'Organisation. Le Secrétaire général a
oeuvré pour faire de la Francophonie une institution internationale
reconnue en renforçant la visibilité et l'influence de
l'Organisation sur la scène internationale. Le Secrétariat
général sous la direction de Boutros GHALI a mis l'accent sur la
diversité culturelle et le dialogue des cultures comme des instruments
pour le règlement pacifique des conflits. Une autre réforme
majeure mise en oeuvre et coordonnée par le Secrétariat
général est la Déclaration de Bamako adoptée par
les Etats et gouvernements de la Francophonie sur les pratiques de la
démocratie, des libertés et des droits de l'Homme.
En 2002 lors du Sommet de Beyrouth, un nouveau
Secrétaire général occupe le Secrétariat
général de la Francophonie, en la personne de l'ancien
président sénégalais Abdou DIOUF. Celui-ci à
travers le Secrétariat général va mettre en oeuvre des
réformes qui vont contribuer à renforcer la visibilité de
l'Organisation, en hissant les institutions francophones sur la scène
internationale par leur implication dans la résolution des crises
politiques et par la remobilisation des réseaux associatifs et des ONG
francophones. Des réformes liées à la politisation de la
Francophonie sont également mises en oeuvre sous sa direction. La
Francophonie a pris une dimension plus politique en s'engageant
résolument dans les domaines de la politique et des droits de l'Homme.
Grâce à une action politico-diplomatique affirmée, il a
entrepris des réformes internes donnant une meilleure visibilité
et une reconnaissance internationale à l'OIF.
A l'issue du Sommet de Dakar en 2014, le Secrétariat
général de la Francophonie contribue à la coordination et
la mise en oeuvre de nouvelles réformes au sein de l'Organisation, sous
la direction de la première femme Secrétaire
générale de la Francophonie en la personne de Michaëlle
JEAN. Elle positionne l'OIF en première ligne pour la promotion de la
démocratie, la prévention des conflits et les politiques de
développement économique. Sous sa direction, des réformes
renforçant le multilinguisme et la diversité culturelle en
insistant sur l'importance de la langue française comme moyen pour agir
et combattre les visions colonialistes de la Francophonie du passé. Des
réformes ont également été mise en oeuvre pour
encourager le numérique et la technologie permettant de moderniser les
pratiques et les politiques au sein de la Francophonie.
Paragraphe 2 : L'impact des institutions de la
Francophonie et la société civile dans l'implémentation
des réformes institutionnelles
En tant qu'espace politique et culturel, la Francophonie a
évolué sous l'effet des réformes institutionnelles qui
sont mises en oeuvre par de multiples acteurs. Les institutions de la
Francophonie telles que l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF),
ont joué une partition importante dans la promotion de valeurs communes,
comme la démocratie, les droits de l'Homme et le développement
durable. Dans la période entre 1970 et 2018, ces institutions ont
été des acteurs centraux dans l'implémentation des
réformes institutionnelles au sein des pays de l'espace francophone,
visant notamment à renforcer la gouvernance, améliorer les
systèmes éducatifs et promouvoir la diversité culturelle.
Parallèlement, la société civile
francophone s'est progressivement imposée comme partenaire
inéluctable dans ce processus. Les ONG, les mouvements citoyens et les
associations culturelles ont exercé une certaine influence sur les
réformes, en plaidant par exemple pour des changements structurels et en
jouant un rôle de contrôle de la mise en oeuvre des politiques
publiques. Cette synergie entre les institutions et la société
civile francophones a contribué à construire des politiques plus
inclusives et à renforcer la résistance des institutions dans un
monde en mutation constante. L'impact de ses deux acteurs dans
l'implémentation des réformes en Francophonie nous amènes
à centrer l'analyse d'une part sur l'implication des institutions de la
Francophonie dans le processus de réformes (A) et d'autre part sur le
rôle de la société civile francophone dans le processus de
réformes institutionnelles en Francophonie (B).
A-
L'implication des institutions de la Francophonie dans le processus de
réformes
Le Sommet joue un rôle central dans le processus de
réformes institutionnelles en Francophonie. Il s'agit d'une instance
stratégique réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement des
pays membres, pour discuter des défis et enjeux spécifiques aux
pays de l'espace francophone. Le Sommet a lieu tous les deux ans148(*), c'est un moment
privilégié dans la prise des décisions majeures et dans
l'orientation des priorités de l'Organisation. Le Sommet permet aux
membres de réfléchir sur l'efficacité des structures et
mécanismes en place. L'objectif est d'adapter l'Organisation aux
évolutions politiques, économiques et sociales tant au niveau
mondial que dans les pays membres. Des résolutions et des
recommandations sont adoptées lors des Sommets pour améliorer la
gouvernance interne, renforcer la coopération entre les Etats membres et
promouvoir des actions communes dans divers domaines. Par exemple, la
réforme de 2005 où à l'issu du Sommet les membres ont
décidé de rationnaliser les structures de la Francophonie pour
renforcer la cohérence de l'action internationale de l'Organisation.
Dans le processus de réformes institutionnelles en
Francophonie, la Conférence ministérielle de la Francophonie
(CMF) joue également un rôle. En tant qu'organe de décision
de l'OIF149(*), la CMF
réunit les ministres des affaires étrangères ou les
ministres en charge de la Francophonie des Etats et gouvernements membres. Elle
est responsable de la mise en oeuvre des décisions prises lors des
Sommets, y compris l'implémentation des réformes
institutionnelles. C'est à travers elle que les décisions
stratégiques sur les réformes sont traduites en actions
concrètes, notamment en matière de gouvernance, de financement ou
de coopération internationale. La CMF contribue à
l'élaboration des recommandations sur les réformes à
entreprendre. En fonction des besoins exprimés par les Etats membres,
elle propose des ajustements ou des changements dans les structures et les
programmes de l'Organisation, pour les adapter à l'évolution des
contextes socio-économiques, politiques et géopolitiques.
Le Conseil permanent de la Francophonie (CPF), participe dans
le processus de réformes institutionnelles au sein de la Francophonie,
en tant qu'organe de décision, il est en charge de la coordination des
activités des différents membres et de proposer des
réformes pouvant améliorer la pertinence et l'efficacité
de l'OIF. Il travaille sur des aspects comme l'amélioration des
structures de gouvernance, la définition des priorités
stratégiques et aussi la mise en oeuvre des initiatives pour faire face
aux défis contemporains. Cette institution peut par exemple proposer des
ajustements dans les mécanismes de financement, réévaluer
les missions des institutions affiliées, ou encore renforcer les
partenariats avec des Organisations internationales. Le CPF contribue ainsi
à garantir que la Francophonie demeure une Organisation dynamique,
réactive et capable de promouvoir les valeurs de la diversité
culturelle et la langue française à l'échelle mondiale.
En tant qu'institution centrale de la Francophonie, l'OIF a
pour mission de promouvoir la langue française, la diversité
culturelle, la paix, la démocratie et les droits de l'homme150(*) tout en s'adaptant aux
évolutions mondiales. C'est dans cette optique que l'OIF contribue
activement dans le processus de réformes institutionnelles en
Francophonie. Son implication se manifeste notamment dans les réformes
institutionnelles relatives au renforcement de la gouvernance, à la
modernisation des structures, à la promotion des initiatives innovantes,
au renforcement de la participation des Etats membres et à la
révision des priorités stratégiques. Les Opérateurs
de la Francophonie manifestent également son implication dans la mise en
oeuvre et la conception des réformes institutionnelles de par la
participation active, consultation et collaboration, formation et
sensibilisation, l'évaluation et le suivi, et l'apport technique et
logistique.
B-
Le rôle de la société civile francophone dans le processus
de réformes institutionnelles en Francophonie
La société civile francophone (les ONG, les
associations, les Syndicats) joue aussi un rôle dans le processus de
réformes en Francophonie. Elle contribue de par quelques aspects
clés au processus de réforme, notamment en faisant la promotion
de la transparence et de la responsabilité151(*). Par ses organisations et
ses membres, la société civile surveille et évalue les
réformes, garantissant la transparence dans les processus et que les
décideurs soient tenus responsables de leurs actions. Les organisations
de la société civile participent aussi de manière active
à la sensibilisation et au plaidoyer en faveur des réformes
institutionnelles en sensibilisant le public francophone et en impactant dans
les politiques publiques. La société civile contribue donc
à la mise en lumière des besoins et des aspirations des citoyens
de l'espace francophone.
La participation à la conception des politiques est un
autre moyen pour la société civile francophone dans le processus
de réformes. En effet, les groupes de la société civile
interviennent souvent par le biais de leur expertise et perspectives dans les
débats sur les réformes. Ils peuvent à cet effet jouer un
rôle de conseil sur les meilleurs pratiques et aussi contribuer à
la formulation des politiques plus inclusives et équitables. En
apportant son soutien dans le renforcement de la démocratie et de la
gouvernance, la société civile favorise le dialogue entre les
institutions et les citoyens dans les pays francophones. Ce
procédé amène donc la société civile
à jouer un rôle dans la consolidation, la pratique et le respect
des valeurs démocratiques favorisant ainsi la bonne conception et la
mise en oeuvre des réformes contribuant au renforcement de
l'efficacité, de la performance et de la pertinence de la Francophonie
dans un monde en perpétuelle évolution.
La mobilisation des ressources et des réseaux est un
facteur qui amène la société civile à jouer un
rôle dans le processus de réformes en contribuant à
mobiliser les ressources financières, humaines et matérielles
pour soutenir les réformes institutionnelles. Les organisations de la
société civile utilisent également leurs réseaux
pour créer des alliances et des partenariats qui renforcent
l'efficacité des réformes. Après la mise oeuvre des
réformes, la société civile peut aussi jouer un rôle
important dans le suivi et l'évaluation des résultats, en
identifiant des domaines nécessitant des ajustements.
Les grandes dates marquant l'évolution des
réformes institutionnelles en Francophonie.
- 1960 : Constitution
d'organismes francophones spécialisés, dont l'AUPELF (Association
des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue
Française)
- 1967 : Constitution de
l'AIPLF (Association Internationale des Parlementaires de Langue
Française)
- 1970 : Lors de la
Conférence de Niamey, est crée le premier organisme
intergouvernemental de la francophonie. La Charte créant l'ACCT (Agence
de Coopération Culturelle et Technique) est signée par 21
pays.
- 1984 : Création du
Haut Conseil de la Francophonie et la première diffusion de TV5
- 1986 : Tenue du premier
Sommet francophone à Paris. 41 pays sont représentés et
décident de coopérer dans les secteurs de la culture, de la
communication et des industries de la langue.
- 1987 : Sommet de
Québec, qui établit la cadence bisannuelle des Sommets. A cette
occasion, il y'a eu l'ouverture de la première université
multilatérale à l'échelle de 40 pays, l'Université
des Réseaux d'Expression Française (UREF). De nouveaux champs de
coopération se développent, notamment en matière
d'agriculture et d'énergie aves la création de l'Institut de
l'Energie des Pays ayant en commun l'usage du Français (IEPF).
- 1989 : Sommet de Dakar,
à l'occasion duquel la France annonce sa décision de renoncer aux
créances qu'elle détient au titre de l'aide publique au
développement auprès de la plupart des pays d'Afrique
francophone. Création de l'Université Senghor d'Alexandrie,
grâce au mécénat et à la contribution
financière des pays francophones. A l'occasion de sa XVIIe
Assemblée générale qui s'est tenue en juillet 1989
à Paris, l'AIPLF se transforme en Assemblée.
- 1991 : Sommet de Chaillot
à Paris, avec l'admission du Cambodge, de la Bulgarie et de la Roumanie
comme observateurs, le nombre des pays participants est porté à
47. Le Sommet décide de la « Primauté du
politique ». le thème des droits de l'Homme devient un sujet
primordial de la Francophonie. Une importante réforme des instances de
la Francophonie est par ailleurs adoptée. Une Conférence
ministérielle se réunira désormais à mi-chemin
entre deux Sommets. D'autres part, un Conseil Permanent de la Francophonie
(CPF), composé de représentants spéciaux des Chefs d'Etat
et de gouvernement et comprenant 15 pays membres, est crée. Il est
notamment chargé de préparer les Sommets et d'en assurer le
suivi. L'ACCT se voit confier un rôle de secrétariat de la
Francophonie. Le Sommet décide enfin de l'extension de la diffusion de
TV5 en Afrique.
- 1993 : Sommet de l'Ile
Maurice, à l'issu duquel, est affirmé le sentiment d'attachement
à l'avènement de la démocratie dans l'espace francophone.
Il adopte notamment une résolution sur l'exception culturelle au GATT.
Les moyens mis à la disposition des Opérateurs de la Francophonie
sont accrus de manière significative. « Une commission
coopération » est instituée sous l'égide du CPF.
Le Sommet reconnait par ailleurs l'AIPLF comme Assemblée consultative de
la Francophonie.
- 1995 : le Sommet de
Cotonouentérine l'adhésion de la Moldavie, ainsi que celle de
Saint Thomas à la Francophonie. Les participants marquent leur
volonté de renforcer la dimension politique de la communauté
francophone, en décidant de la création d'un poste de
Secrétaire général de la Francophonie qui sera pourvu lors
du Sommet suivant. Ils réaffirment solennellement leur attachement
à l'Etat de droit et à la démocratie.
- 1997 : Sommet de Hanoi,
Boutros GHALI est élu Secrétaire général de la
Francophonie, pour un mandat de quatre ans renouvelable. Ainsi, est
complété le dispositif institutionnel de mis en place par la
communauté francophone depuis la création des Sommets. Les
participants consacrent l'essentiel de leurs travaux aux questions
économiques et appellent de leurs voeux, la mise en place d'un
« espace économique francophone ».
- 1998 : Sommet de Moncton,
avec l'admission de cinq nouveaux membres, observateurs ou associés, la
Francophonie compte un total de 57 membres. Le thème principal du Sommet
porte sur la jeunesse. Les participants consacrent également une partie
importante de leurs débats aux droits de l'Homme et décide de la
création d'un observatoire francophone spécialisé dans ce
domaine.
- 2000 : La
Déclaration de Saint Boniface est adoptée par les Ministres et
chefs de délégation des Etats et gouvernements des pays ayant le
français en partage lors du « Symposium international sur le
bilan des pratiques de la démocratie, des droits de l'Homme et des
libertés dans l'espace francophone».
- 2002 : Au Sommet de
Beyrouth, Abdou DIOUF, ancien président de la république du
Sénégal est élu Secrétaire général de
la Francophonie
- 2004 : Xe Sommet de la
Francophonie à Ouagadougou. Les Chefs d'Etat et de gouvernement approuve
les nouvelles missions stratégiques de la Francophonie. Ils prennent la
décision de parachever la réforme institutionnelle afin de mieux
fonder la personnalité juridique de la Francophonie et de
préciser le cadre d'exercice du Secrétaire
général.
- 2005 : Transformation de
l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF) en Organisation
Internationale de la Francophonie (OIF).
- 2006 : La
Déclaration de Saint Boniface sur la prévention des conflits et
la sécurité humaine set adoptée par les Ministres et chefs
de délégation des Etats ayant le français en partage.
- 2010 : Adoption de la
Stratégie économique pour la Francophonie, visant à
renforcer la coopération économique entre les pays membres
- 2014 : Michaëlle
JEAN devient la première femme élu au poste de Secrétaire
général de la Francophonie lors du XVe Sommet à
Dakar.
- 2018 : Adoption de la
Déclaration d'Erevan, mettant l'accent sur l'égalité des
genres et l'autonomisation des femmes. Election au poste de Secrétaire
général de la Francophonie, de la rwandaise Louise
MUSHIKIWABO.
Source : Encadré
réalisé à partir des données recueillis tout au
long de la progression de notre analyse sur l'évolution institutionnelle
de la Francophonie.
Chapitre 4: Les enjeux et les résistances à
l'opérationnalisation des réformes institutionnelles en
Francophonie
L'opérationnalisation des réformes
institutionnelles au sein de la Francophonie représente un enjeu
important permettant de renforcer la coopération entre les Etats membres
et assurer une meilleure gouvernance. Ces réformes sont mise en oeuvre
pour moderniser les structures institutionnelles, promouvoir des valeurs
communes et améliorer la gestion des ressources. Leur mise en oeuvre se
heurte cependant à plusieurs résistances tant au niveau interne
qu'externe. D'une part, des disparités culturelles, économiques
et politiques entre les pays membres de la Francophonie compliquent l'adoption
d'une vision commune. D'autre part, les résistances institutionnelles
internes marquées par des inerties bureaucratiques et parfois une
instabilité politique freine la pleine application de ces
réformes institutionnelles. Pour comprendre les enjeux et les
résistances liés à l'opérationnalisation des
réformes institutionnelles en Francophonie, nous analyserons tout
d'abord les enjeux liés à l'opérationnalisation de ces
réformes (Section 1) et ensuite les résistances au changement en
Francophonie (Section 2).
SectionI :
Lesenjeuxliésàl'opérationnalisationdes réformes
institutionnelles enFrancophonie
Dans un contexte mondial marqué par des défis
économiques, sociaux et politiques, l'opérationnalisation des
réformes au sein de la Francophonie est cruciale. Ces réformes
visent à renforcer la gouvernance, l'efficacité et
l'intégration des institutions francophones afin de mieux
répondre aux attentes des pays de cet espace. Selon Anne-Marie
SLAUGHTER152(*), les
Organisations internationales doivent évoluer pour devenir plus
inclusives et participatives, reflétant mieux les dynamiques du pouvoir
mondial moderne et les besoins divers des Etats membres. Elle soutient
également l'idée que les réformes doivent permettre une
meilleure collaboration entre les acteurs étatiques et non
étatiques pour aborder les problèmes globaux.153(*)De ce qui
précède, nous pouvons déceler l'importance en termes
d'enjeux, des réformes institutionnelles pour les Organisations
internationales en général et pour la Francophonie en
particulier.
Les enjeux liés à l'opérationnalisation
des réformes institutionnelles en Francophonie peuvent être
premièrement abordé par une adaptation des institutions
francophones aux nouveaux défis (Paragraphe 1) et deuxièmement
par la volonté de renforcement de la cohésion et de la
représentativité des pays membres (Paragraphe 2).
Paragraphe 1 : Adaptation des institutions de la
Francophonie aux nouveaux défis
Alors que le monde globalisé évolue à une
vitesse sans précédent, les institutions francophones se
retrouvent confrontées à une série de défis
nécessitant une révision et une opérationnalisation
efficace de leurs réformes institutionnelles. L'adaptation des
institutions de la Francophonie devient dès lors une priorité
stratégique, dans un contexte de transformations. Les dynamiques
socio-économiques et aussi les enjeux géopolitiques exigent une
approche renouvelée pour que ces institutions puissent maintenir leur
pertinence et leur efficacité.Ainsi, l'opérationnalisation des
réformes institutionnelles en Francophonie implique une profonde
adaptation des structures et des processus dans le but de mieux répondre
aux nouvelles exigences et aux opportunités. Cela peut inclure la
modernisation des mécanismes de gouvernance, l'amélioration des
capacités opérationnelles et la promotion de la
coopération entre les divers acteurs.
En adoptant ces réformes, les institutions de la
Francophonie visent non seulement à renforcer leur résilience
face aux défis contemporains mais aussi à renforcer leur
rôle dans la promotion des valeurs et des intérêts communs
au sein de l'espace francophone. L'enjeu principal réside donc dans la
capacité des institutions francophones à se réinventer de
manière proactive pour naviguer dans un naviguer dans un environnement
en constante évolution, tout en restant fidèles à leurs
objectifs fondamentaux de solidarité et de coopération.La
volonté d'adaptation des institutions de la Francophonie à de
nouveaux défis se manifeste donc par la modernisation des structures et
du fonctionnement des institutions (A) et aussi par l'amélioration de
l'efficacité et de la performance de ces institutions (B).
A-
La modernisation des structures et du fonctionnement des institutions
La modernisation des structures et du fonctionnement des
institutions de la Francophonie est un enjeu essentiel pour que celles-ci
puissent relever les nouveaux défis liés aux évolutions
technologiques, la mondialisation et les changements sociopolitiques. Cette
modernisation commence tout d'abord par l'adoption de nouvelles technologies
amenant ainsi les institutions à intégrer les technologies
numériques pour améliorer leur fonctionnement interne et leurs
interactions avec les membres de l'Organisation. Dans le domaine de
l'éducation par exemple, l'institut de la Francophonie pour
l'éducation et la formation a développé des applications
comme « 50/50 et Inserjeune » pour promouvoir
l'égalité femme-homme et mesurer le taux d'insertion
professionnelle des jeunes diplômés.154(*)
Les réformes institutionnelles ont également eus
comme enjeu lié à la modernisation et au fonctionnement des
institutions de la Francophonie la volonté de renforcer la
coopération.Les défisglobaux comme les crises économiques,
les questions environnementales et les inégalités sociales ont
provoqué la nécessité pour les institutions francophones
de renforcer la coopération entre les pays membres. Cette étape a
permit aux institutions francophones d'être capables de faciliter et de
coordonner les efforts collectifs au sein de l'espace francophone. En
modernisant les structures administratives pour les rendre plus flexibles,
transparentes et réactives aux besoins des membres, la Francophonie
à travers ses institutions a procédé à de multiples
réformes dont celles administrative amenant ainsi l'Organisation
à modernisersa structure fonctionnelle.
Dans le but d'adapter les missions et les objectifs de ses
institutions pour qu'ils reflètent les réalités et les
priorités des pays membres, la Francophonie a mis sur pied des
réformes relatives à la révision des missions et objectifs
de ses institutions. Par exemple, la Charte de la Francophonie adoptée
en 1997155(*) et
modifiée en 2005 qui structure le dispositif multilatéral de la
Francophonie a contribuée à la révision des missions et
objectifs de l'Organisation tout en favorisant son adaptation aux nouveaux
défis. Les réformes institutionnelles visent donc à
adapter les missions et les objectifs de la Francophonie aux défis
contemporains en favorisant son efficacité. Cela inclut une
rationalisation du processus décisionnel, une meilleure gouvernance et
aussi une allocation plus stratégique des ressources. Le but visé
est de rendre les institutions plus réactives et adaptées aux
attentes des pays membres, en facilitant ainsi leur contribution aux objectifs
communs.
Le renforcement de la participation tout en encourageant une
inclusion plus active des pays membres, notamment les plus petits ou les moins
influents est un autre enjeu lié à la modernisation du
fonctionnement de la Francophonie. Dans le cadre de cette modernisation des
structures de la Francophonie, renforcer la participation signifie repenser les
mécanismes de consultation et de collaboration pour qu'ils soient plus
transparents, ouverts et adaptés aux besoins des différents
membres de l'espace francophone.Cette approche favorise un sentiment
d'engagement et d'appartenance chez les citoyens francophones, mais aussi une
garantie dans la prise des décisions reflétantla diversité
des perspectives au sein de la Francophonie.
B-
L'amélioration de l'efficacité et de la performance des
institutions de la Francophonie
L'amélioration de l'efficacité et de la
performance des institutions de la Francophonie est un autre enjeu important
ayant motivé l'OIF dans sa dynamique de changement
matérialisée par la mise en oeuvre d'une pléthore de
réformes institutionnelles. Cette amélioration de
l'efficacité et de la performance des institutions de la Francophonie
passe par des innovations technologiques, une bonne gestion des ressources, la
mise sur pied de partenariats stratégiques, et aussi par la promotion de
la transparence et de la bonne gouvernance. Parlant des innovations
technologiques comme enjeu contribuant au renforcement de l'efficacité
et la performance des institutions francophones,l'intégration des
technologies avancées telles que l'intelligence artificielle, les
systèmes de gestion modernes permettent d'optimiser les processus
institutionnels et aussi améliorer la prise de décision.
Pour répondre aux besoins des pays membres, la
Francophonie a mis l'accent sur la bonne gestion des ressources notamment
humaines, financières et matérielles comme l'un des enjeux
liés à l'opérationnalisation des réformes en son
sein. Cet enjeu permet à l'Organisation de renforcer la capacité
de ses institutions pour mieux répondre aux exigences et
priorités de ses membres. La gestion des ressources financières
inclut le fait pour l'OIF à amener tout les membres à contribuer
financièrement pour le bon fonctionnement des institutions et les
amenant par-là à devenir plus performant et efficace. La
présence des grands bailleurs de fonds comme la France, le Canada et la
Belgique au sein de la Francophonie en tant que grands contributeurs, propulse
celle-ci dans sa dynamique de changement en apportant les ressources
financières nécessaire pour la conception et la mise en oeuvre
des réformes institutionnelles capables d'adapter l'Organisation aux
nouveaux défis.
La nécessité d'établir des collaborations
avec d'autres Organisations internationales, des entreprises et des acteurs
locaux, a permit la Francophonie de mettre sur pied des réformes
institutionnelles ayant pour enjeu l'établissement des partenariats
stratégiques. Cela, pour renforcer l'impact et l'influence des actions
des institutions francophones. Cet enjeu amène la Francophonie à
renforcer la coopération avec d'autres acteurs de la scène
internationale dans des domaines divers comme la culture, l'éducation,
l'économie, la politique, et bien d'autres. Par exemple,la collaboration
entre l'OIF et l'ONU dans des missions de maintien de la paix au sein de
l'espace francophone et aussi dans des missions de soutien aux processus
électoraux dans les Etats francophones. Cette collaboration entre l'OIF
et les autres Organisations internationales permet à la Francophonie de
bénéficier de la portée internationale et des ressources
des nations Unies, tout en apportant une spécificité francophone.
L'opérationnalisation des réformes
institutionnelles en Francophonie est également l'occasion pour cette
Organisation depromouvoir la transparence et la bonne gouvernance au sein des
institutions de son espace. En effet, promouvoir la transparence et la
gouvernance est efficace pour renforcer la confiance des pays membres envers
les institutions de la Francophonie tout en assurant la
légitimité de ceux-ci et une meilleure coordination des
initiatives.La promotion de la bonne gouvernance est essentielle pour la
stabilité institutionnelle. Elle englobe des principes comme l'Etat de
droit, la participation citoyenne et l'efficacité dans la gestion.
Paragraphe 2 : Renforcement de la cohésion et de
la représentativité des pays membres
A l'heure où les institutions francophones cherchent
à s'adapter aux défis contemporains, il est crucial de
prôner une inclusion véritable de tous les membres pour une
efficacité et légitimité des réformes. Une
meilleure cohésion entre les pays membres est favorable pour une
coopération harmonieuse et permet de répondre aux besoins
diversifiés des populations francophones. La
représentativité est importante pour permettre que chaque voix
soit entendue et les décisions prises doivent refléter les
intérêts collectifs tout en respectant les particularités
de chaque membre. Ces enjeux sont déterminants pour la réussite
des réformes institutionnelles dans la mesure où ils visent
à renforcer la diffusion des valeurs de solidarité et de
coopération entre les pays membres de la Francophonie (A) mais aussi
pour une représentativité équitable des membres et le
renforcement de la légitimité des institutions francophones
(B).
A-
La diffusion des valeurs de solidarité et de coopération entre
les pays membres de la Francophonie
La diffusion des valeurs de solidarité et de
coopération constitue un enjeu fondamental pour renforcer la
cohésion et la représentativité des membres de la
Francophonie au sein de la communauté internationale. Avec sa
diversité culturelle et linguistique, la Francophonie offre un cadre
unique de promotion des partenariats et des initiatives communes en
matière de développement durable, de paix et d'éducation.
En encourageant la solidarité entre les pays membres, cette Organisation
contribue à dépassé les inégalités et
à renforcer les capacités locales à travers notamment des
échanges culturels, des coopérations économiques et
projets partagés. De plus, la coopération internationale au sein
de l'OIF peut contribuer à la résolution des défis communs
comme la lutte contre la pauvreté, les changements climatiques et un
accès de manière équitable aux technologies, tout en
favorisant une meilleure représentativité sur la scène
mondiale.
La coopération internationale renvoie à
« une collaboration entre des acteurs internationaux en vue de
participer à une oeuvre commune. Elle peut concerner tout type
d'acteur : Etats, Organisations régionales, Organisation
intergouvernementales, ONG, firmes multinationales, etc. »156(*). Elle repose sur
« la permanence d'un dialogue et la maitrise de certaines
règles à respecter dans ce dialogue qui permettent de parler
encore de coopération ».157(*)Cette dynamique de
coopération et de solidarité permet non seulement de solidifier
les liens entre les pays de l'espace francophone, mais également
d'assurer une voix unie et influente dans les négociations
internationales, faisant de la Francophonie un acteur important dans la
promotion des valeurs universelles (Droits de l'Homme, démocratie et
Etat de droit).
L'Organisation internationale de la Francophonie s'investit
dans le renforcement de la coopération entre ses membres. L'article
premier de la Charte de l'ACCT consacre cette coopération dans des
termes suivants : « l'Agence a pour fin essentielle,
l'affirmation et le développement entre ses membres d'une
coopération multilatérale dans les domaines ressortissant
à l'éducation, à la culture, aux sciences et aux
techniques, et par là au rapprochement des peuples »158(*). La diffusion des
valeurs de solidarité et de cohésion en Francophonie passe donc
nécessairement par la coopération qui peut se matérialiser
« dans le cadre de négociations ponctuelles et/ou
informelles ou, au contraire, régulières et
institutionnalisées »159(*). Ces efforts permettent de créer un
réseau plus uni et représentatif des membres de la Francophonie,
capable de relever ensemble les défis mondiaux.
B-
Pour une représentativité équitable des membres et le
renforcement de la légitimité des institutions francophones
Lespaysmembres de la Francophonie varient
considérablement en termes de poids économique, de taille, de
développement social et d'influence géopolitique. Assurer une
représentativité équilibrée des différents
membres est important pour garantir que les intérêts de chacun
soient pris en compte dans les projets collectifs et dans le processus
décisionnel. Une représentativité équitable
permettrait de renforcer la légitimité des institutions
francophones et solidifier la cohésion entre les membres. Chaque
membrepourrait ainsi mieux défendre ses intérêts tout en
contribuant au développement de l'espace francophone. Cela renforcerait
également la solidarité entre les pays membres et permettrait
à la Francophonie de jouer un rôle plus efficace face aux enjeux
mondiaux à l'instar de la promotion de la langue française, de la
paix et de la démocratie.
Pour une gouvernance plus inclusive, la Francophonie en
prônant l'équilibre au niveau de la
représentativité, doit promouvoir des mécanismes de
gouvernance qui garantissent une voix égale à tous ses membres
quel que soit leur poids démographique ou économique. Cela
pourrait passer par un renforcement des organes consultatifs ou par des
systèmes de rotation dans les postes de décision afin chaque
membre puisse jouer un rôle important. La représentativité
équitable des pays membres de la Francophonie est essentielle pour
préserver la diversité, l'inclusion et renforcer
l'efficacité de l'Organisation. L'objectif de la Francophonie à
ce niveau pourrait être d'assurer à tous les pays
« grands ou petits » une voix égale et des
opportunités équivalentes dans la prise de décision, pour
rester un acteur pertinent et influent à l'échelle mondiale.
Le renforcement de la légitimité des
institutions francophones passe par la transparence, l'inclusion et une
gouvernance plus participative160(*). Cela implique une meilleure intégration des
groupes sous représentés dans les instances décisionnelles
et consultatives de ces institutions. Le renforcement de la
légitimité des institutions francophones comme enjeu implique
également l'équité dans la prise de décision, si
les pays influents au sein de la Francophonie dominent les processus
décisionnels, les autres membres peuvent se sentir marginalisés,
affaiblissant ainsi la confiance au sein des institutions. Le renforcement de
la légitimité des institutions est donc crucial pour la
Francophonie dans la mesure où des réformes institutionnelles
garantissant une gouvernance plus inclusive et participative sont un objectif
pour l'Organisation.
Face à une mondialisation croissante, renforcer les
institutions de la Francophonie permettrait à celle-ci de
répondre efficacement aux nouveaux enjeux mondiaux. La
légitimité de ces institutions repose donc sur leur
capacité à aborder les enjeux contemporains comme le changement
climatique, la migration, la paix, l'éducation et la technologie. L'OIF
dans sa dynamique de changement cherche à éviter d'être
dans l'incapacité de s'adapter et de proposer des solutions pertinentes
pour faire face à ces défis apparus sous l'effet de la
mondialisation pouvant ainsi nuire à la crédibilité des
ses institutions.
Section II : les résistances au changement en
Francophonie
Les résistances au changement sont omniprésentes
dans les sociétés francophones tout comme dans le reste du monde.
Lorsqu'une nouvelle idée, une technologie ou une manière de faire
est introduite, elle pose souvent une remise en question des habitudes
profondément enracinées, des structures sociales établies
ou des systèmes économiques bien ancrés. Dans le contexte
francophone, ces résistances peuvent être alimentées par de
multiples facteurs comme l'attachement à la tradition, la
méfiance ou encore des craintes liées à l'impact du
changement sur l'identité culturelle. Ces résistances se
manifestent non seulement au niveau individuel, mais également à
l'échelle institutionnelle et organisationnelle, et peuvent ralentir,
voire bloquer des processus d'innovation et de transformation sociale.
Comprendre et aborder ces résistances est essentiel pour favoriser un
espace francophone propice à l'adoption et à l'adaptation de
nouvelles idées et pratiques. Il est donc important de faire une
étude sur les résistances liées au changement en
Francophonie en ressortant tout d'abord les résistances liées aux
facteurs politiques et économiques (Paragraphe 1) et en suite les
résistances liées aux facteurs socioculturels (Paragraphe 2).
Paragraphe 1 : Les résistances liées aux
facteurs politiques et économiques
L'introduction des changements, qu'ils soient technologiques,
sociaux, institutionnels ou encore organisationnels, suscite souvent des
résistances, c'est le cas dans les pays de la Francophonie
caractérisés par une diversité culturelle et linguistique.
Ces résistances au changement sont profondément enracinées
dans des dynamiques politiques et économiques spécifiques
à ces sociétés. Ainsi, en Francophonie, les
résistances liées aux facteurs politiques et économiques
se matérialisent d'une part, par les conflits d'intérêts et
le manque de consensus entre les acteurs dans la mise en oeuvre des
réformes favorables au changement (A) et d'autre part, par les
ressources limitées et les contraintes budgétaires (B).
A-
Les conflits d'intérêts et le manque de consensus entre les
acteurs dans la mise en oeuvre des réformes favorables aux
changements
Les conflits d'intérêts et le manque de consensus
entre les acteurs dans la mise en oeuvre des réformes favorables au
changement en Francophonie se sont matérialisés comme
résistances au changement à travers plusieurs dynamiques
politiques. Par exemple, la lutte pour le pouvoir et la protection des
intérêts personnels s'est manifestée par le fait que dans
de nombreux pays francophones, les élites ont souvent des
intérêts enracinés dans le maintien du statu quo161(*). La mise en oeuvre des
réformes visant à améliorer la transparence,
réduire la corruption, ou redistribuer les ressources peuvent
directement menacer ces intérêts. Dans de nombreux pays d'Afrique
francophone, des tentatives de réforme de la gouvernance ont
été bloquées par des dirigeants ou des groupes au pouvoir
qui craignent de perdre leur influence ou leurs privilèges. Dans
certains cas, les réformes visant à promouvoir les valeurs
démocratiquessont perçues comme des menaces par les gouvernements
autoritaristes, ce qui les pousse à s'y opposer.
Le fait pour plusieurs pays francophones d'avoir des
systèmes politiques marqués par des luttes partisanes provoque la
fragmentation politique créant ainsi l'absence de consensus dans le
processus de réformes institutionnelles en Francophonie.Ce manque de
consensus au sein de la société civile francophone, crée
un environnement où les réformes, même nécessaires
stagnent. Par exemple, dans certains Etats, les réformes importantes
sont perçues comme étant associées à des groupes
politiques particuliers, ce qui amène l'opposition à
émettre des résistances face aux réformes pour affaiblir
le gouvernement en place. L'absence d'une vision commune cause le manque de
dialogue et de concertation entre les acteurs politiques rendant ainsi
difficile l'adoption des réformes. Chaque groupe défend son
agenda, sans recherche de compromis, ce qui conduit généralement
à des réformes inefficaces ou incomplètes.
Les anciennes puissances coloniales et d'autres acteurs
internationaux impactent aussi la mise en oeuvre des réformes dans les
pays francophones. Leurs intérêts diplomatiques ou
stratégiques peuvent parfois entrer en conflit avec les besoins de
changement local. Les pressions extérieures par le biais des
réformes économiques imposées par des institutions
internationales comme le FMI ou la Banque mondiale peuvent constituer des
intrusions pouvant entrainer une résistance de la part des membres de
l'OIF. L'influence des anciennes puissances coloniales apparait comme une
contrainte conduisant aux résistances à la mise en oeuvre des
réformes institutionnelles dans la mesure où dans certains pays,
les relations avec la France et d'autres puissances occidentales jouent un
rôle dans l'orientation des réformes162(*). Ceci par le fait que
l'adoption et la mise en oeuvre des réformes peuvent être
bloquées par des groupes qui voient en l'implication de ces puissances,
une menace à leur souveraineté ou des tentatives de
néocolonialisme.
Le déficit de la démocratie et de
légitimité dans les processus électoraux au sein de
certains pays francophones contribuent également à la
résistance au changement en Francophonie. Des méfiances et des
blocages par rapport aux réformes naissent du fait que, les
réformes sont souvent imposées d'en haut, sans véritable
consultation de la société civile. L'absence d'implication
citoyenne amène parfois à percevoir les réformes comme des
décisions autoritaires prises par des élites
déconnectées des réalités locales entrainant une
résistance populaire. Dans certaines circonstances, la gouvernance est
dominée par une seule classe politique, régionale ou ethnique, ce
qui empêcheun consensus national pour des réformes globales.
B-
Les ressources limitées et les contraintes budgétaires comme
freins à la mise en oeuvre des réformes
L'insuffisance des ressources et les contraintes
budgétaires constituent également comme des freins dans le
processus de réformes institutionnelles en Francophonie. Les
réformes institutionnelles nécessitent parfois des
investissements énormes dans la modernisation des infrastructures, la
formation du personnel et aussi l'amélioration des technologies de
gestion. Dans de nombreux pays francophones, l'insuffisance des ressources
freine par exemple le développement des infrastructures administratives,
constituant ainsi un frein ou une résistance à la mise en oeuvre
des réformes. Les réformes institutionnelles supposent donc une
montée en compétence du personnel dans les institutions de la
Francophonie. Cependant, les budgets restreints limitent les
possibilités de formation continue ou de recrutement du personnel
compétents, freinant l'adoption de nouveaux modes de gouvernance plus
transparent et efficace.
En raison de leurs contraintes budgétaires, certains
pays francophones sont fortement dépendants à l'aide
extérieur pour financer leurs réformes institutionnelles. Les
pays qui sont dans cette perspective sont d'après Raoul
PREBISH163(*), dans une
situation de « dépendance vis-à-vis du
centre »164(*). Cette dépendance entraine plusieurs
obstacles comme l'imposition des conditions par les financiers internationaux,
ce qui contraint les gouvernements à adopter des réformes non
prioritaires ou à retarder d'autres plus adaptées aux besoins
locaux. Les réformes financées par les bailleurs de fonds
extérieurs peuvent ne pas correspondre aux priorités des pays
francophones. Le manque de ressources propres limite ainsi la capacité
des membres de la Francophonie à définir et à mettre en
oeuvre des réformes en rapport avec leurs réalités
sociales, économiques et politiques.
Le manque de financement pour le suivi et l'évaluation
des réformes constitue un frein dans le processus de réformes
institutionnelles du fait que, ces réformes exigent non seulement des
ressources pour leur lancement, mais aussi des fonds pour les suivre et les
évaluer. En raison du manque de ressources, les mécanismes de
suivi et d'évaluation des réformes apparaissent insuffisants.
Sans suivi, il est difficile de constater les progrès
réalisés, d'identifier les obstacles et ajuster les
réformes en conséquence. Même lorsque les réformes
sont adoptées, elles risquent ne pas résister dans le temps pour
faute de financement. Cela peut donc mener à la mise en oeuvre des
réformes ne facilitant pas l'adaptation de la Francophonie aux
défis globaux.
Les pays francophones font souvent face à des
priorités budgétaires immédiates dans des périodes
de crises qui peuvent être soit sanitaires, sécuritaires ou
alimentaires165(*). Ces
urgences détournent les ressources nécessaires à la mise
en oeuvre des réformes institutionnelles vers des dépenses
à court terme. En période de troubles sociaux, de catastrophes
naturelles ou de conflits, les budgets sont rapidement orientés pour y
répondre, laissant peu de fonds pour soutenir les réformes
structurelles de long terme. Dans certains pays membre de l'OIF, une grande
partie du budget est généralement consacrée au service de
la dette publique, ce qui laisse peu de marge pour mener des contributions
financières favorables aux réformes.
Paragraphe 2 : Les résistances liées aux
facteurs socioculturels
Dans le contexte de la Francophonie, les résistances
socioculturelles sont ancrées dans des traditions, de valeurs et des
structures sociales enracinées pouvant entraver le processus de
changement. La perception du changement comme une menace pour l'identité
culturelle peut engendrer des réactions négatives venant de
certains Etats membres. Il est donc essentiel d'analyser ces résistances
pour saisir comment elles façonnent la mise en oeuvre des
réformes institutionnelles en Francophonie. L'attachement aux traditions
comme facteur de résistance au changement en Francophonie (A) ainsi que
le conformisme social (B) constitueront les éléments de notre
analyse sur les résistances liées aux facteurs socioculturelles.
A-
L'attachement aux traditions locales comme facteur de résistance au
changement en Francophonie
L'attachement aux traditions locales a souvent
constitué une forme de résistance aux changements liés aux
réformes institutionnelles en Francophonie, particulièrement dans
les pays africains. Par le poids des valeurs traditionnelles, dans de
nombreuses sociétés francophones, les traditions culturelles
telles que le respect des autorités gouvernantes, les pratiques
religieuses et les structures sociales, ont un impact significatif sur les
prises de décisions. Lorsque les réformes institutionnelles
introduisent des concepts plus modernisés, cela entre souvent en conflit
avec ces valeurs profondément ancréesqui valorisent la
communauté. Cet état des choses constitue une barrière
à la mise en oeuvre des réformes dans l'espace francophone.
Le fait pour les leaders locaux de jouer un rôle crucial
dans la gestion des affaires communautaires, amène ceux-ci à
percevoir les réformes institutionnelles comme une menace pour leur
autorité, ce qui provoque des résistances. Dans certains cas, les
réformes institutionnelles ont cherché à réduire
leur pouvoir ou encore à moderniser les systèmes de gouvernance.
En effet, pour Olivier NAY et Franck PETITEVILLE, « les
réformes institutionnelles peuvent amener à remplacer les
règles existantes par de nouvelles règles ou à ajouter
celles-ci à celle-là »166(*). L'héritage
colonial et postcolonial a laissé un sentiment de méfiance envers
les réformes extérieures. Les réformes institutionnelles
introduites dans le cadre de la coopération internationale peuvent
être perçues comme une forme de néocolonialisme,
créant ainsi un sentiment de rejet des changements perçus comme
étrange à la culture locale.
L'incompatibilité des systèmes sociaux dans
l'espace francophone fait que dans certaines sociétés, les
réformes institutionnelles en particulier celles relatives à
l'égalité des sexes, au droit civil ou à la gestion des
ressources naturelles peuvent entrer en contradiction avec les pratiques
locales. La résistance au changement institutionnel est motivée
à ce niveau par la peur d'une perte d'identité culturelle. Cela
se manifeste par un refus de se conformer à des réformes qui
semblent dévaloriser ou ignorer les spécificités
locales.La mise en oeuvre des réformes institutionnelles dans le
contexte francophone fait face à une complexité liée
à la diversité linguistique et culturelle existante au sein de
l'Organisation. Celle-ci doit tenir compte de tous ces paramètres pour
une mise en oeuvre efficace des réformes pouvant briser l'obstacle de
l'attachement aux traditions locales.
B-
Le conformisme social
Raymond ARON analyse les interactions entre les Etats en
termes de conformisme à certaines règles implicites ou
explicites167(*). Aron
explique que le conformisme social peut être observé à
travers la manière dont les Etats adoptent des normes internationales
afin de maintenir un certain ordre mondial ou éviter les
conflits168(*). Dans le
contexte de la Francophonie, ce concept peut être expliqué par
plusieurs facteurs sociaux et culturels qui ont freiné l'acceptation et
la mise en place de nouvelles structures institutionnelles. Dans de nombreuses
sociétés francophones, les normes établies jouent un
rôle central dans la structuration de la vie collective.Le conformisme
à ce niveau agit comme un moyen de préservation de
l'identité culturelle, mais peut aussi réduire la
flexibilité pour accepter des réformes institutionnelles
modernes.
La pression exercée par un groupe constitue parfois
à renforcer le conformisme social. Dans les sociétés
où l'individu donne de la valeur à son appartenance à un
groupe ou à une communauté, il est récurrent d'observer
une résistance à tout ce qui pourrait mettre en péril
cette appartenance notamment la mise en oeuvre des réformes favorables
au changement. Les réformes institutionnelles bien qu'initiés
dans le cadre de la coopération multilatérale, lorsqu'elles sont
perçues comme imposées de l'extérieur ou comme au statu
quo, sont parfois refoulées par crainte d'être exclu du groupe ou
de perdre les avantages lié au secteur reformé. Cette
valorisation du statu quo est une finalité de la pression des groupes
francophones.
Dans certaines sociétés d'Afrique francophone,
il existe une méfiance envers les élites politiques et les
autorités, le fait de percevoir les réformes institutionnelles
comme émanant du haut sans réelle concertation populaire
rencontre une forte opposition de ces populations de l'espace francophone. Le
conformisme social se perçoit par une forme de résistance passive
où les individus préfèrent maintenir les anciennes
pratiques plutôt que l'adoption de nouvelles règles
considérées comme arbitraires ou non adaptées.Le
changement institutionnel nécessite un accompagnement par voie de
sensibilisation pour faciliter son adoption. Le conformisme social est donc
renforcé par une absence d'information ou de compréhension des
potentiels avantages des réformes. Sans un véritable travail
d'explication et de vulgarisation, les populations peuvent être
réticentes.
CONCLUSION PARTIELLE
Parvenu au terme de cette deuxième partie, il convient
tout d'abord de rappeler qu'il a été question pour nous
d'analyser les enjeux et les résistances à la mise en oeuvre des
changements dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie. Pour y
parvenir, il a d'emblée été question de mener une
étude sur les typologies des réformes institutionnelles et les
acteurs de la mise en oeuvre. Ceci à travers un examen des
différentes réformes opérées en Francophonie, qui a
permit de mettre en exergue les réformes liées à
l'organisation et au fonctionnement de la Francophonie ainsi que les
réformes liées aux objectifs et aux missions de la Francophonie.
A cela, s'ajoute l'analyse sur le rôle des acteurs dans la mise en oeuvre
de ces réformes. Cela nous a permit de faire une analyse sociologique
sur les rôles des acteurs comme les Etats membres de la Francophonie, le
Secrétariat général, les institutions et la
société civile. Ensuite, il a été question pour
nous dans la continuité de notre analyse de ressortir les enjeux et les
résistances à l'opérationnalisation des réformes
institutionnelles où nous avons mis en exergue les enjeux liées
à l'opérationnalisation des réformes institutionnelles en
Francophonie. Cela s'est fait en ressortant comme enjeux, l'adaptation des
institutions de la Francophonie aux nouveaux défis, le renforcement de
la cohésion et de la représentativité. Enfin, il nous a
été donné de s'attarder sur les résistances au
changement en Francophonie, en mettant en lumière les résistances
liées aux facteurs politiques, économiques et socioculturels.
CONCLUSION GENERALE
Dans une dynamique d'adaptation aux changements
opérés sur la scène internationale sous l'effet de la
mondialisation, la Francophonie soucieuse de devenir plus efficace et
pertinente va entamer un processus de transformation dans la période
allant de 1970 à 2018. Jean TABI MANGA parle d'une troisième
Francophonie, plus globale qui intègre la diversité des peuples
à travers les régions, celle qui développe au quotidien un
sentiment communautaire par la solidarité169(*). Interrogeant les processus,
les acteurs, les déterminants, les enjeux et les résistances
ayant permis à la Francophonie d'atteindre le changement par le biais
des réformes institutionnelles, ce travail de recherche se structure
autour d'un premier questionnement sur comment une Organisation
intergouvernementale comme la Francophonie, avec des objectifs linguistiques et
culturels au départ ait subi des changements au point de devenir une
Organisation internationale avec divers centres d'intérêts ?
L'intérêt pour la Francophonie de s'adapter au changement sous
l'effet des nouveaux défis date depuis 1997 avec l'adoption d'une Charte
comme toute les autres Organisations internationales lors du Sommet de Dakar.
C'est autant d'éléments qui nous permet d'orienter notre
recherche autour d'une question principale à savoir : Qu'entend-ton
par changement et comment s'est-il opérationnalisé dans la
trajectoire institutionnelle de la Francophonie dans la période allant
de 1970 à 2018 ?
Nous avons tenté d'y répondre en affirmant que
la Francophonie a connu un processus de changement institutionnel
caractérisé par des séquences de réformes
successives. Chaque réforme a eu des conséquences sur les
suivantes, et l'ensemble de ces réformes ont eu un effet de
transformation sur les systèmes de politiques publiques
institutionnelles au sein de la Francophonie. Dans ce sens, il s'est agit dans
un premier temps de faire une analyse des principaux déterminants du
changement en Francophonie et dans un second temps de ressortir les enjeux et
les résistances à la mise en oeuvre du changement dans la
trajectoire institutionnelle de la Francophonie.C'est la raison pour laquelle,
dans une première partie nous avons fait une analyse des repères
structurels du changement en Francophonie, avant d'aborder le changement comme
le produit d'une adaptation régulière de la Francophonie à
la conjoncture internationale. Puis dans une deuxième partie nous avons
examiné les typologies des réformes institutionnelles et les
acteurs de la mise en oeuvre ainsi que les enjeux et les résistances
à l'opérationnalisation de ces réformes.
Sur le plan théorique, notre réflexion sur les
dynamiques de changement en Francophonie, menée à partir d'une
sociologie des réformes institutionnelles opérées en
Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018, s'est faite
à partir d'un cadre théorique. Ainsi, nous avons opté
premièrement pour le néo institutionnalisme dans ses variantes,
sociologique et historique. Indépendamment de ces différentes
variantes, le néo institutionnalisme de manière globale, aborde
les institutions comme « Règles ; mais aussi,
désignent les acteurs qui participent aux décisions politiques,
leur rôle respectif et même la façon dont ils doivent se
comporter dans le processus politique »170(*). Ainsi, la variante
sociologique nous a été utile pour mettre en exergue la
manière dont les institutions francophones ont évoluées,
comment elles ont répondu aux défis et aux besoins changeant des
Etats membres, et comment elles ont influencé les politiques et les
pratiques au sein de l'espace francophone. La variante historique nous a
permit d'expliquer comment les institutions de la Francophonie ont
évolué au fil du temps.
Le néo institutionnalisme sociologique a
été important pour notre travail de recherche pour saisir
l'influence des normes et des cultures institutionnelles en Francophonie. Il a
permis de mettre l'accent sur la manière dont les valeurs collectives,
comme la promotion de la langue française ou la solidarité ont
influencé les décisions prises lors des réformes
institutionnelles. Il a permis d'analyser comment certaines pratiques comme les
Sommets, la coopération linguistique, sont devenues des normes
institutionnelles attendues au sein de la Francophonie. En fin,le néo
institutionnalisme sociologique nous a permis de comprendre que les
réformes n'ont pas été des ruptures brutales, mais des
adaptations progressives de la Francophonie à des contextes
évolutifs.
Quant au néo institutionnalisme historique, son apport
à été important dans l'analyse des
évènements critiques comme la mondialisation, les configurations
géopolitiques, la montée du multilinguisme et les crises
politiques dans certaines zones de l'espace francophones qui ont
influencés l'Organisation dans la conception des réformes
institutionnelles. Ces moments ont permis de rendre compte de la manière
dont la Francophonie a redéfini ses priorités, modifier ses
structures institutionnelles et introduit de nouvelles politiques. Le
néo institutionnalisme historique a donc permis de comprendre l'impact
de ces évènements qui sont considérés comme des
catalyseurs du changement en Francophonie.
Nous avons deuxièmement mobilisé la
théorie du constructivisme, qui a été crucial dans notre
travail de recherche pour mettre en exergue d'une part comment les
identités des pays membres de l'OIF ont évolué et
influencé leur manière de percevoir leurs intérêts
collectifs et leurs besoins de réformes. D'autre part, l'analyse des
réformes institutionnelles en Francophonie sous le prisme
constructiviste a permis de comprendre la manière dont les idées
sur la coopération linguistique et culturelle ont évoluées
entre 1970 et 2018 influençant ainsi les réformes
institutionnelles. Et aussi, le constructivisme a permisd'explorer dans un
premier temps comment les interactions entre les membres de la Francophonie ont
été façonnées par des idées partagées
et des discours. Et dans un second temps de reconnaitre l'influence des acteurs
non étatiques (société civile) dans le processus de
changement.
En fin, le néoréalisme a été
important pour comprendre comment les rapports de force entre les membres de la
Francophonie influencent dans la prise des décisions principales dans le
processus de réformes. Cette théorie permet d'analyser comment
les Etats membres de l'Organisation ont cherchés à maximiser leur
influence et leur sécurité, en redéfinissant les objectifs
et les structures de la Francophonie. Cela a permis de percevoir les
réformes institutionnelles comme moyen pour les Etats membres de
s'adapter aux dynamiques internationales tout en maintenant les valeurs de
l'Organisation comme la promotion de la langue française et de la
coopération culturelle et linguistique.
Sur le plan empirique, il était question de rendre
compte sur ce que notre travail de recherche a décelé
concrètement et ce que l'on peut en retenir. Par ces termes, nous
voulons dire quedepuis sa création en 1970, sous l'appellation ACCT, la
Francophonie a vu ses missions s'élargir progressivement. Axée
sur la promotion de la langue française et de la coopération
culturelle et linguistique au départ, elle a dû sous l'effet des
évolutions du système international intégrer d'autres
dimensions telles que la démocratie, le développement durable,
les droits de l'homme, l'éducation et la coopération
économiquepour devenir plus efficace et pertinente sur la scène
internationale dans la période allant de 1970 à 2018.
Plusieurs réformes institutionnelles ont marqué
cette période pour répondre aux enjeux géopolitiques et
socioéconomiques des pays membres. La Charte de la Francophonie de 1997
a permis de structurer les missions de l'Organisation et clarifier les domaines
d'intervention, renforçant ainsi la coopération entre les pays
membres. L'OIF met au coeur de ses priorités la promotion de la
démocratie et les droits de l'Homme avec la Déclaration de Bamako
en 2000, marquant ainsi un changement significatif. La réforme de 2005 a
permis de rendre l'OIF plus efficiente avec une meilleure répartition
des rôles entre les différentes structures de cette Organisation
(le Sommet, la CMF et le CPF).
Ainsi, les réformes institutionnelles en Francophonie
naissent de la volonté d'une multiplicité d'acteurs dont le
Secrétariat général, les institutions francophones, la
société civile et la volonté des Etats membres
influencés par les besoins et aspirations nationaux. Les transformations
institutionnelles dévoilent une réallocation des rapports de
force entre le Nord et le Sud, avec une prise de conscience progressive des
Etats d'Afrique, d'Asie et des Caraïbes sur la nécessité
d'une coopération Sud-Sud. La Francophonie devient ainsi un espace
d'action pour renforcer la coopération entre les pays en
développement. Les réformes institutionnelles ont permis de
renforcer les institutions démocratiques dans plusieurs pays membres
grâce à l'accompagnement de l'OIF dans des domaines comme les
élections et la médiation des conflits.
Le changement en Francophonie matérialisé par
les réformes institutionnelles s'opère par un long processus qui
comprend des déterminants, suivis des enjeux qui motivent l'Organisation
dans sa perspective évolutive, sous l'impulsion de plusieurs acteurs.
Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent,
créant des résistances à la mise en oeuvre des
réformes institutionnelles, le rôle de la Francophonie face
à la montée des nationalismes, la marginalisation de la langue
française au profit de l'anglais, et le conformisme social. De plus, la
difficulté dans la coordination des actions des Etats membres aux
intérêts parfois divergents limite parfois l'efficacité des
réformes. La période allant de 1970 à 2018 a vu la
Francophonie évolué d'un espace de coopération culturelle
à une Organisation multilatérale influente avec des
réformes institutionnelles orientées vers des objectifs
politiques, économiques et sociaux.
* 1 Ousmanou NWATCHOCK,
« Louise Mushikiwabo, les premières leçons de
l'élection d'une « Anglophone » à la
tète de la Francophonie», Revue internationale et
stratégique, n°113, 2019
* 2 Rodrigue TASSE,
Francophonie et médiation des crises politiques en Afrique
francophone : le cas de Madagascar, Mémoire de master en
relations internationales, Institut des Relations Internationales du Cameroun,
Université de Yaoundé II/Université Jean Moulin Lyon 3,
2011, p.2
* 3 Marielle PAYAUD et
Christophe TRAISNEL,
« 50ansdeFrancophonieinstitutionnelle»,
RevueinternationaledesFrancophonies, mis en ligne le 10 juin 2020,
consulté le 02 avril 2024.
* 4 Olivier NAY et Franck
PETITEVILLE «
Elémentspourunesociologieduchangementdanslesorganisationsinternationales »,
critiquesinternationales, 2011, ( 53), p.14
* 5 Idem.
* 6 Gaston BACHELARD, La
formation de l'esprit scientifique, Paris, Librairie philosophique, J.
VRIN, 5e édition, 1967, p.8
* 7 Gaston BACHALARD,
Opcit. p. 10
* 8 Gaston BACHELARD,
Opcit., p. 13
* 9 Luc Van CAMPENHOUDT et
Raymond QUIVY, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod,
4e édition, 2011, p.262
* 10 Jean Michel BERTHELOT,
L'intelligence du social, Paris, PUF, 1990, p. 39
* 11 Hedley BULL, The
Anarchical Society, A study of order in world politics, Macmillan, 1977,
355 P.
* 12Idem.
* 13 Robert KEOHANE et Joseph
NYE, Power and Interdependence: World politics in transition, Little,
Brown and Company, 1977.
* 14 Olivier NAY et Franck
PETITEVILLE, Idem.
* 15 Olivier NAY et Franck
PETITEVILLE, Op.cit, p.9
* 16 Onésime RECLUS,
France, Algérie et colonies, Paris, Hachette, 1883, P.422
* 17 Léopold SEDAR
SENGHOR cité par Jean TABI MANGA, Francophonie lieu de
mémoire, projet d'espoir, Yaoundé, Afrédit, 2010,
p.29
* 18Trang PHAN et Michel
GUILLOU, Francophonie et mondialisation, Paris, Belin, 2011, pp.
13-16, Tome 1
* 19 Xavier DENIAU, la
Francophonie, Que sais-je ? Paris, Presse Universitaire de France, 2003,
p.15
* 20 La Charte de la
francophonie a été révisée lors de la
Conférence Ministérielle de la Francophonie à Antananarivo
à Madagascar, le 23 novembre 2005. Elle fixe les objectifs et
l'organisation institutionnelle de la Francophonie tout en y ajoutant des
dispositions diverses.
* 21Trang PHAN et Michel
GUILLOU, Op. cit. p.17
* 22 Julien TALPIN,
« Approfondirladémocratie :
Desréformesinstitutionnellesetleursconditionssocialesdepossibilité »,
RevueEthiquepublique, volume 13, 2011, N? 2, p. 2 à 6
* 23Philippe BEZES et Philippe
PALIER,
« leconceptdetrajectoirederéformes »,
Revuefrançaisedesciencepolitique, volume 68, numéro 6,
2018, p. 1083-1112.
* 24Espinoza Gardy AUGUSTO,
Un instrument d'analyse de la réforme de l'Etat, éd
universitaires Européennes, 2010, 600p.
* 25Max WEBER, Economie et
société, Tome 2, Pocket, 1995, 428p.
* 26 Alfred CROSSER,
L'explication politique, Paris, presse de la FNSP, 1972, p. 43
* 27 SCHOPENHAUER cité
par Madeleine GRAWITZ, Méthode des sciences sociales, Paris,
Dalloz, 11e édition, 2001, p. 351
* 28 Michel BEAUD, L'art de
la thèse. Comment préparer et rédiger un mémoire de
master, une thèse de doctorat ou tout autre travail universitaire
à l'ère du numérique, Découverte, 2006, Paris,
édition révisée, p. 55
* 29 Raymond QUIVY et Van
CAMPENHOUDT, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod,
4e Edition, 2011, p. 81
* 30 Raymond QUIVY et Van
CAMPENHOUDT, OP.cit, p. 86
* 31 Gaston BACHELARD, La
formation de l'esprit scientifique, Librairie philosophique J.Vrin, 1938,
p.10
* 32 Olivier LAWRENCE et Al,
L'élaboration d'une problématique de recherche, Paris,
Harmattan, 2005, p.69
* 33 Hans MORGENTHAU,
politics Among Nations, The Struggle for Power and Peace, New
York,Alfred Knopf, 1985, 6eéd., 688 p.
* 34 Robert GILPIN cité
par Dario BATISTELLA, théories des relations internationales,
presses de Sciences po, 2012, p. 483.
* 35 Emmanuel KANT, Vers la
paix perpétuelle, Librairie philosophique Vrin, 2007, P.50
* 36 John LOCKE,
Deuxième traité du gouvernement, traduction
française de Pierre Coste révisée par Germain Truchet,
1979, p.81
* 37 John STUART MILL, De
la liberté, traduction française de Robert Estoublon
révisée par Maxime Rolland, 1959, 332p.
* 38 Jean Jacques ROCHE,
Théories des relations internationales, 4e
édition, Montchrestien, 2004, 214 p.
* 39 Alexander WENDT,
Anarchy is what states Make of It : The social Construction of power,
Revue international organization, Cambridge University Press,
Cambridge,1992, 425 p.
* 40 Gordon MACE et
François PETRY, Guide d'élaboration d'un projet de
recherche, Québec, les presses de l'Université Laval,
2e édition, 2000, p.31
* 41 Daniel KUBLER et Jacques
DEMAILLARD, Analyser les politiques, Grenoble, Presse Universitaire de
Grenoble, 2009, p.129
* 42 James MARCH, Johan OLSEN,
Rediscovering Institutions, New York, Free Press, 1989, p.63
* 43 Sven STEINMO,
« Néo-institutionnalisme historique », in Laurie
BOUSSAGUET, Sophie JACQUOT et Pauline RAVINET (dir), Dictionnaire des
politiques publiques, 4e édition, Paris, Presses de
Sciences Po, 2014, p.367
* 44 Peter HALL et Rosemary
TAYLOR, « La science politique et les trois
néo-institutionnalismes », revue française de
science politique, numéro 47 (3-4), 1997, p. 469-496
* 45 Louise HERVIER,
« Néo-institutionnalisme sociologique », in Laurie
BOUSSAGUET, Sophie JACQUOT et Pauline RAVINET, Op. cit., p.377
* 46 Louise HERVIER, «
Néo-institutionnalisme sociologique », in Laurie BOUSSAGUET, Sophie
JACQUOT et Pauline RAVINET, Op. cit., p.382
* 47 Stéphane Aloys
MBONO, La culture démocratique des organisations internationales
dans la prévention des conflits électoraux. Analyse
comparée du Commonwealth et de la francophonie, thèse de
doctorat en science politique/relations internationales, Université de
Yaoundé 2, 2018, p.56
* 48Idem
* 49Idem
* 50 Sven STEINMO, what is
Historical Institutionalism, Donatella, Cambridge University, 2008,
p.150
* 51 Georges BALANDIER,
Sens et puissance : les dynamiques sociales, Paris, PUF, 2004,
p.336
* 52 Kathleen THELEN,
« How institutions evolve : insights from comparative historical
analysis », in J. MAHONEY et D. RUESCHEMEYER, 2003, p. 209
* 53 Rappelons que le
constructivisme est né en réaction aux théories
traditionnelles des relations internationales telles que le
néo-réalisme, le néo-libéralisme et le
néo-marxisme qui sont considérées comme le deuxième
débat dans l'étude des relations internationales. Les
théories traditionnelles se penchent sur le
« pourquoi » et le constructivisme tente d'expliquer le
« comment ».
* 54 Nicholas ONUF, World
of our making,columbia (SC), University of South Carolins Press, 1989,
341p.
* 55Alexander WENDT, Social
Theory in international Politics, Cambridge University Press, 1999, pp.
249-251.
* 56 Kenneth WALTZ, Theory
of International Politics, McGraw-Hill, 1979.
* 57 Jean jacques ROCHE,
Op.cit., p.49
* 58Idem
* 59 Raymond QUIVY et Van
CAMPENHOUDT, Op.cit., p.128
* 60 Gordon MACE et
François PETRY, Op.cit., p. 41
* 61 Gordon MACE et
François PETRY, Op.cit., p. 42
* 62 Michel BEAUD, L'art de
la thèse, Op. cit., p.12
* 63Idem.
* 64 Jean-Pierre RAFFARIN,
« Les défis de la Francophonie », Revue
Géo économie, 2010, N°55, p 23 à 30.
* 65 Tang PHAN « Les
défis de la diversité culturelle et linguistique en
Francophonie », Revue Géo économie, 2010,
N°55, p 57 à 70.
* 66Idem.
* 67 Thomas MESZAROS, Hong
Khanh DANG et Aymeric DUREZ, « L'émergence d'une Francophonie
politique et normative : du Sommet de Versailles au Sommet de Chaillot
(1986-1991) », Relations internationales, n°188, 2021,
consulté sur
www.cairn.info.com,le 31 juillet
2024 à 17h23 min.
* 68 Philipe MOREAU DEFARGES,
La Mondialisation, collection Que sais-je ?, Presses
Universitaires de France, 2010, 128p.
* 69 Olivier DOLLFUS, La
Mondialisation, la bibliothèque du citoyen, Presses de Sciences Po,
Paris, 1997, 127p.
* 70 Jean TABI MANGA,
Francophonie, lieu de mémoire, projet d'espoir, Afrédit,
2010, p. 65.
* 71 Consulté sur
www.fancophonie.org le 31
juillet 2024 à 18h56 min.
* 72 Léopold SEDAR
SENGHOR cité par Jean TABI MANGA, Op.cit., p.44
* 73 Jean TABI MANGA,
Op.cit., p.49
* 74 Jean TABI MANGA,
OP.cit, p. 55
* 75 Consulté sur
www.francophonie.org le 04
août 2024 à 21h52min.
* 76 Jean TABI MANGA,
Op.cit, p. 57
* 77Idem.
* 78 Le Sommet d'Hanoi s'est
tenu du 14 au 16 novembre 1997 à Hanoi, la capitale du Vietnam. Il
s'agissait de la VIIe Conférence des Chefs d'Etats et de gouvernement
des pays ayant le français en partage. Il a été reconnu
lors de ce Sommet l'urgence de répondre au besoin de
développement des peuples, ce qui indique une expansion des fonctions de
la Francophonie aux domaines liés à la politique et à la
coopération.
* 79 Consulté sur
www.francophonie.org le 05
Aout 2024 à 20h18min.
* 80 Les Statuts et
modalités d'adhésion à la conférence des Chefs
d'Etats et de gouvernement des pays ayant le français en partage ont
été adoptés par le IXe Sommet de la Francophonie à
Beyrouth les 18 et 20 octobre 2002 et amendés par le XIe Sommet de la
Francophonie à Bucarest les 28-29 septembre 2006.
* 81Idem.
* 82 Consulté sur
www.francophonie.org le 06
aout 2024 à 21h05.
* 83Ousmanou NWATCHOCK A
BIREMA, Op.cit., p.35
* 84 L'un des Objectifs de la
Francophonie est de développer la coopération économique
au service du développement durable, visant ainsi à renforcer la
coopération économique entre les pays membres pour favoriser un
développement durable et inclusif.
* 85«
Stratégie économique pour la Francophonie 2020-2025 »,
consulté sur
www.francophonie.org le 07
Août 2024 à 22h02 min.
* 86 « 327 millions
de francophones dans le monde » consulté sur
www.odsef.fss.ulaval.ca le
10 Août 2024 à 16h20 min.
* 87 Stratégie de la
Francophonie numérique 2022-2026 adopté lors de la
39ème session de la Conférence ministérielle de
la Francophonie- Visioconférence du 10 décembre 2021.
* 88Christian TREMBLAY,
« Francophonie : des perspectives favorables ou
inquiétantes ? », Revue Population et Avenir,
2013/5, (n°715), p 15 à 17 consulté sur
www.cairn.info.com le 10
Août 2024 à 18h
* 89« Programme
Jeunesse », consulté sur
www.francophonie.org, le 10
Août 2024 à 18h07 min.
* 90« La jeunesse au
coeur de la Francophonie », consulté sur
www.jeunesse.francophonie.org
, le 10 Août 2024 à 18 h 18 min.
* 91« France &
the promotion of french worldwide » disponible sur
www.diplomatie.gouv.fr
consulté le 10 Août 2024 à 20h28 min.
* 92Idem.
* 93 « 327 millions
de francophones dans le monde en 2023 », consulté sur
www.odsef.fss.ulaval.ca le
11 Août 2024 à 8h46 min.
* 94 Christian TREMBLAY,
« La langue française dans le monde, Quelles
importances ? Quelles perspectives ? », Les analyses de
population et avenir, 2019, n°12, p 1 à 16.
* 95 Idem
* 96 « Urbanisme en
Francophonie » consulté sur
www.urbanisme-francophonie.org
le 11 Août 2024 à 9h52 min.
* 97Idem.
* 98Imen Khanchel EL MEHDI,
« Gouvernance et TIC : Cas des pays d'Afrique »,
Recherches en sciences de gestion, 2011, N°86, p 63 à
84.
* 99 Le XIVe Sommet de la
Francophonie a eu lieu à Kinshasa, en République
démocratique du Congo (RDC), du 12 au 14 octobre 2012. Le thème
du Sommet était : « Francophonie, enjeux environnementaux
et économiques face à la gouvernance mondiale ». Lors
de ce Sommet a été adopté une Stratégie de la
Francophonie numérique dénommée « Horizon
2020 : Agir pour la diversité de la société de
l'information »
* 100 La Déclaration de
Bamako a été adoptée le 03 novembre 2000 lors du
`'Symposium international sur le bilan des pratiques de la
démocratie, des droits et des libertés dans l'espace
francophone'', c'est le premier texte normatif dont s'est dotée la
Francophonie dans le domaine de la démocratie et des droits de
l'Homme.
* 101 Consulté sur
www.francophonieinnovation.org
le 11 Août 2024 à 18h47 min.
* 102 Https://
www.francophonie.org/la-francophonie-contribueaupacte-numérique-mondial-2737
consulté le 11 Août 2024 à 20h10.
* 103Idem.
* 104« Cadre
Stratégique de la Francophonie 2023-2030», adoptée lors du
XIIIe Sommet de la Francophonie, tenue à Djerba en Tunisie les 19 et 20
décembre 2022. Consulté sur le site
www.francophonie.org le 15
Août 2024 à 11h58min.
* 105« Face aux
enjeux mondiaux », consulté sur
www.francophonie.org le 15
Août 2024 à 20h36 min.
* 106 Gilbert ACHCAR et
Catherine SAMARY, Mondes émergents, L'atlas du monde
diplomatique, 2012, p 96.
* 107 Hervé BOURGES,
« Pour une renaissance de la Francophonie », Rapport remis
à Monsieur Alain JOYANDET, Secrétaire d'Etat chargé de la
coopération et de la Francophonie en juin 2008, p.2, Consulté en
ligne sur
www.vie-publique.fr le 17
Août 2024 à 13h53min.
* 108 Bertrand BADIE,
L'impuissance de la puissance, Essai sur les nouvelles relations
internationales, Edition Fayard, Paris, 2004, 199p.
* 109 La Déclaration de
Saint-Boniface a été adoptée lors de la Conférence
ministérielle sur la prévention des conflits et de la
sécurité humaine qui s'est tenue à Saint-Boniface au
Canada, les 13 et 14 mai 2006.
* 110 Jean-François
DAGUZAN, « 11 septembre 2001, les trois victoires de Ben
LADEN », Fondation pour la Recherche Stratégique,
N°33, 2011.
* 111 La Charte de la
Francophonie est adoptée en novembre 1997 à Hanoi au Vietnam,
elle consacre la démocratie comme l'un des principes de base pour la
stabilité politique et le développement économique.
* 112 L'ACCT a
été transformée en Organisation internationale de la
Francophonie (OIF) en 2005, consolidant les différentes structures de la
Francophonie sous une seule entité. L'OIF est désormais
responsable de la promotion de la langue française, de la
diversité culturelle et linguistique, de la paix, de la
démocratie, des droits de l'homme et du développement
durable.
* 113Article 15 de la
Déclaration de Bamako du 3 novembre 2000
* 114 C'est l'un des piliers
de la Conférence de Bamako tenue en novembre 2000 au Mali, qui aboutit
à la Déclaration de Bamako, un document essentiel qui
établit les engagements de la Francophonie en matière de
promotion de la démocratie, de l'état de droit, des droits de
l'homme et de la bonne gouvernance.
* 115 Idem.
* 116Michaëlle JEAN a
été élue lors du XVème Sommet de la Francophonie,
qui s'est tenu à Dakar au Sénégal en novembre 2014.
* 117 Les rapports annuels de
l'OIF, consulté sur
www.francophonie.org le 21
Août 2024 à 06h50.
* 118 Fonds canadien pour les
initiatives locales disponible en ligne sur
www.international.gc.ca
consulté le 24 Août 2024 à 08h08.
* 119 Hérodote
« Géopolitique de la langue française »,
La découverte, n°126, 2007/3, p. 192
* 120 Christian TREMBLAY,
Op.cit. p.1
* 121Ousmanou NWATCHOCK,
Op.cit, p. 308
* 122 Bertrand BADIE
cité par Ousmanou NWATCHOCK, Idem.
* 123 Source PNUD,
citée dans le rapport 2006-2008 du Secrétaire
Général de la Francophonie, citée par VALANTIN
(Christian), Une histoire de la Francophonie (1970-2010). De l'Agence de
coopération culturelle et technique à l'OIF, Paris, Belin,
2010, p.147
* 124 OIF, Cadre
stratégique de la Francophonie 2015-2022, Dakar, 2014, p.6
* 125Trang PHAN et Michel
GUILLOU, Op.cit, p. 31
* 126 Olivier NAY (dir.),
Lexique de science politique, 4e édition, Paris,
Dalloz, 2017, p.228
* 127 La Conférence des
ministres de l'environnement de la Francophonie (CMEF) est un forum qui
réunit les ministres en charge de l'environnement des pays membres de
l'Organisation internationale de la Francophonie. C'est un espace de
concertation et de coopération pour aborder les enjeux environnementaux
spécifiques aux pays francophones, avec un focus sur le
développement durable, la lutte contre le changement climatique, la
préservation de la biodiversité est la gestion des ressources
naturelles.
* 128 Olivier NAY et Franck
PETITEVILLE, Op.cit.
* 129 Le Haut Conseil de la
Francophonie a été créé en 1984 sous l'initiative
du président français François MITTERAND, pour servir de
réservoir d'idées et des propositions pour promouvoir la langue
française et la culture francophone à travers le monde.
* 130 Le premier Sommet de la
Francophonie a eu lieu du 17 au 19 février 1986 au château de
Versailles en France. Ce Sommet a marqué un tournant historique
décisif en réunissant 41 pays francophones représentant
120 millions d'habitants.
* 131 Ce Sommet est à
l'origine de l'ouverture de la première université
multilatérale réunissant 40 pays, l'Université des
Réseaux d'Expression Française (UREF).
* 132 Le Sommet de Moncton
s'est tenue du 3 au 5 septembre 1999 au Canada, la Déclaration de
Moncton a été adoptée lors de ce Sommet en mettant
l'accent sur la jeunesse, la prévention des conflits et le maintien de
la paix et cherchant à renforcer la dimension politique de la
Francophonie avec l'espoir d'en faire un acteur clé sur la scène
internationale.
* 133 « Programme
Réseaux Institutionnels » Consulté sur
www.francophonie.org le 30
Août 2024 à 14h00.
* 134Idem.
* 135 La Déclaration de
Saint-Boniface consultée en ligne le 31 Août 2024 à 13h26
sur
www.francophonie.org
* 136 L'objectif pour la
Francophonie était d'élargir son champ d'action en quittant d'une
Organisation axée sur la coopération culturelle et technique
à une Organisation plus globale intégrant les dimensions
politiques, économiques et sociales
* 137 La première
Charte de la Francophonie a été adoptée par la
Conférence ministérielle de la Francophonie à
Antananarivo, Madagascar, le 23 novembre 2005.
* 138 L'AIF se transforme en
OIF lors du Sommet de la Francophonie à Ouagadougou en 2005.
* 139 Rapport 2018 sur
l'état de la Francophonie numérique, consulté en ligne sur
www.francophonie.org le 31
août 2024 à 19H.
* 140Idem.
* 141 « Une
Francophonie modernisée et plus pertinente » disponible sur
www.francophonie.org
consulté le 01 septembre 2024 à 7h41min.
* 142Idem.
* 143Idem.
* 144 Joseph NYE, Robert
KEOHANE, Op.cit. P.23.
* 145 Jean TABI MANGA,
Op.cit., p.57
* 146Idem.
* 147 Le Sommet de Cotonou est
le 6ème Sommet de la Francophonie tenu à Cotonou au
Benin du 2 au 4 décembre 1995 réunissant 49
délégations des pays ayant le français en partage. Ce
Sommet a inclus la création d'un poste de Secrétaire
général de la Francophonie.
* 148 Selon les dispositions
de l'Article 3, de la Charte de la Francophonie (2005).
* 149 Article 4 de la Charte
de la Francophonie.
* 150 Consulté sur
www.francophonie.org le 10
septembre 2024 à 19h34.
* 151 Thomas WEISS et Leon
GORDENKER, Civil society,the UN, and Global Governance, Colorado,
Lynne Rienner publishers, 1996, 448 pages.
* 152 Anne-Marie
SLAUGHTER, A New World, Princeton New Jersey, Princeton University
press, 2004, 368 p.
* 153Idem.
* 154 « Les
nouvelles technologies au service de l'enseignement dans l'espace
francophone » consulté sur
www.francophonie.org le 15
septembre 2024 à 17h20.
* 155 La Charte de la
Francophonie de 1997 a été adoptée lors du VIIe Sommet de
la Francophonie qui s'est tenue à Hanoi au Vietnam du 14 au 16
novembre. Cette Charte constitue le support juridique de l'ensemble du cadre
institutionnel francophone. Elle a été révisée lors
de la XXIe Conférence ministérielle de la Francophonie le 23
novembre 2005 à Antananarivo, Madagascar.
* 156 Olivier NAY, Op.cit.
p.228
* 157 Amélie BLOM et
Frédéric CHARILLON, Théories et concepts des relations
internationales, Paris, Hachette supérieur, 2001, p.154
* 158 La Charte de l'ACCT
adoptée lors de la Conférence constitutive du 16 au 20 mars
1970
* 159 Olivier NAY,
Op.cit., p.227
* 160 Consulté sur
www.francophonie.org le 19
septembre à 19h01 min
* 161 Michael BARNETT, Martha
FINNEMORE, Rules for the world : international organizations in
global politics, New York, Cornell University press, 2004, 240p
* 162Jean-François
BAYART, L'Etat en Afrique : La politique du ventre, Paris,
Fayard, 1989, 465p
* 163 Raoul PREBISH est le
théoricien de la théorie de la dépendance (1960), Adriana
CALCAGNO fait une revue de ses travaux dans « Raul Prebisch :
une théorie du développement ancrée dans
l'expérience de l'Amérique latine », Economies et
finances, 2015.
* 164 Raoul PREBISH
cité par Amélie BLOM et Frédéric CHARILLON,
Op.cit., p 51
* 165Consulté sur
www.francophonie.org le 23
septembre à 10h
* 166 Olivier NAY et Franck
PETITEVILLE, Op.cit.
* 167 Raymond ARON, Paix
et guerre entre les nations, Paris, Calmann-Lévy, 1956, 860p
* 168 Idem.
* 169 Jean TABI MANGA,
Op.cit., p.23
* 170 Sven STEINMO,
cité par Aloys MBONO, Op. Cit., p.304
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