WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Dysfonctionnements rapportés lors des revues de décès maternels à  l'hôpital régional de Maroua de 2019 à  2023


par Nicodème NIGA
Université de Maroua - Doctorat en Médecine générale 2024
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

CHAPITREV : DISCUSSION

Pour répondre à notre objectif qui était celui d'étudier les dysfonctionnements rapportés lors des revues de décès maternels à l'HRM entre 2019 et 2023, nous avons mené une étude descriptive transversale à collecte des données rétrospective. De façon générale, notre étude a des nombreuses limites particulièrement en raison de la pauvreté de renseignement des dossiers des patientes décédées, de l'absence des certains dossiers, de l'absence dans les archives de certaines fiches de notification de décès maternels et du renseignement insuffisant du registre de décès maternel. Mais cependant nous avons pu collecter quelques données qui nous ont permis de confronter nos résultats à ceux de la littérature.

1. Le ratio de mortalité

Dans notre étude, le ratio global de mortalité maternelleétait de 1346/100000 naissances vivantes. Ce ratio est 5,4 fois supérieur comparé au ratio de mortalité maternelle rapporté par Nana et al. à l'Hôpital Régional de Bamendaen 2016(247/100.000 NV) (66)et 3,3 fois supérieur au ratio national de 406/100.000 NV (7). Cette différence pourrait être due au fait que Maroua est une ville très cosmopolite renfermant une population au faible niveau socioéconomique.

Cependant ce ratio semble être surestimé et ne reflète pas la réalité de l'Hôpital car les patientes étaient en majorité référées et seraient venues dans un état hémodynamiquement compromis.

Comparé à d'autres pays ce ratio est inférieur à ceux de Okonofua et al.(67)à Lagos en 2017 et de Garba M. et al. (68) au Niger qui ont trouvé 1602 et 2640 pour 100.000 NV respectivement.

2. Caractéristiques sociodémographiques

2.2. L'âge

La tranche d'âge la plus représentée était celle de 20 à 29 ans avec 44,7 %. L'âge moyen des femmes décédées était de 26#177;7,11 ans avec les extrêmes de 15 et 45 ans. Ces résultats sont proches de ceux rapportés par Tebeu et al. en 2015 au Cameroun qui ont trouvé un âge moyen à 27,7#177;5,14 avec une tranche d'âge majoritaire entre 25 et 29 ans (69). Ces résultats pourraient trouver son explication dans le fait que le pic de fécondité de la femme camerounaise se situe entre 25 et 29 ans '(70). Par ailleurs, Der et al. au Ghana (71) et Gulumbe au Nigeria (61) avaient rapporté les cas similaires.

2.2. Le niveau d'instruction

Les femmes non instruites avaient représenté 63,3% de notre série. Ces résultats sont en accord avec ceux de Karlsen et al. qui ont trouvé que les femmes n'ayant pas eu d'éducation ou un niveau d'éducation inférieur sont plus susceptibles de mourir de complications obstétricales que les femmes ayant un niveau d'éducation plus élevé(72). Ceci pourrait juste s'expliquer par le fait que les femmes instruites peuvent comprendre des informations sanitaires de base sur les avantages de bons soins prénatals et des services de santé reproductive nécessaires pour prendre des décisions appropriées en matière de santé.

2.3. La profession

Dans notre étude, 89,3% des femmes décédées étaient ménagères sans emploi. Les élèves/étudiantes avaient seulement représenté 6%. Ces résultats sont proches de ceux obtenus par Fomulu et al. qui avaient trouvé que 74,8% des femmes décédées étaient sans emploi dans une société où le taux de pauvreté est de 38,6% -(73). Ce résultat s'explique dans notre contexte par le fait que les femmes sont pour la plupart confinées à domicile et souvent soumises à des obligations culturelles les empêchant d'exercer.

2.4. Le statut matrimonial

La plupart de nos patientes étaient mariées soit 91,3 contre 6,7% pour les Célibataires. Ce qui rejoint les résultats de Mbachu et al. au Nigeria (74) et de Tebeu et al à Maroua (11) qui avaient trouvé que les femmes mariées étaient majoritaires. Par contre certains auteurs notamment Foumane et al. à l'Hôpital Gynéco-Obstétrique de Yaoundé '(70) et de Razum et Jahn en Allemagne de l'ouest (75) trouvent que le célibat pourrait constituer un facteur de risque de mortalité maternelle accrue. Cette différence s'expliquerait par la fréquence du mariage précoce dans cette région du pays et par le fait que selon la plupart des cultures la conception d'un enfant hors des liens du mariage est mal jugée.

2.5. La résidence

La majorité des femmes décédées provenait du milieu rural soit 60% contre 40%. Ces résultats sont proches de ceux de Berthe et al. au Mali ''(76) qui ont trouvé 56,10% contre 43,90% de la provenance rurale. Dans des études camerounaises, Tandi et al. en 2015 (77) et Meh et al. en 2020 (9) soutiennent que dans le grand Nord, environ 70 % des femmes qui décèdent vivent dans les zones rurales où il y a une pénurie d'agents de santé dans des établissements de santé. De même Ray et al. en 2018 (78) dans une étude canadienne avaient trouvé qu'il était susceptibles pour une femme résidant dans une zone à faible revenu de mourir que celle résidant dans une zone à revenu élevé. Notre résultat peut trouver son explication dans le fait que les femmes vivant en milieu rural ont une accessibilité limitée aux soins.

2.6. Caractéristiques obstétricales

Les multipares et les grandes multipares représentaient la majorité notre échantillon avec 30,7% et 36,7% respectivement. Nous rejoignons Manyeh et al. dans une étude Ghanéenne -(79) qui avaient trouvé que la multiparité et la grande multiparité constituaient classiquement un facteur de risque de mortalité maternelle. Mais cependant Tebeu et al. avaient trouvé uneaugmentation péjorative de la mortalité maternelle chez les nullipares. De même Fomulu et al. avaient trouvé que les nullipares étaient majoritaires suivies des multipares. Cette différence dans notre étude s'expliquerait par une très faible pratique contraceptive qui est de 7% à l'extrême Nord selon l'EDS du Cameroun de 2018 (7). En plus pourrait s'ajouter les croyances religieuses qui sont contre la limitation des naissances.

3. Proportion de décès maternels audités

Quant à la proportion de décès maternels audités, nous l'avons retrouvé dans 43,3% de cas. Ce résultat est proche de celui Diassana et al. au Mali en 2020 qui avaient trouvé 49,31% des cas (80).

4. Dysfonctionnements relevés lors des revues de décès maternels

4.1. Le suivi de grossesse

Plus de la moitié des femmes décédées, soit 53,9% n'avaient fait aucune consultation prénatale et seulement le ¼ avaient réalisé un suivi prénatal inférieur à 4. Nos chiffres sont en conformité avec ceux Fomulu et al. (5) en 2013 et de Tebeu et al. (69) en 2015 à Yaoundé qui s'accordent que la grossesse non suivie est un facteur de risque de décès maternel. Dans notre série, il s'agit des femmes n'ayant en général pas bénéficié de détection d'une pathologie associée à la grossesse et qui ont été évacuées ou référées dans 69,3% sans aucune information médicale sur leur état de santé. Ce résultat pourrait également trouver son explication dans le fait que ces femmes provenaient pour la plupart du milieu rural où elles n'ont pas conscience de l'importance des consultations prénatales. La qualité du suivi prénatal est en effet une intervention reconnue pour diminuer significativement la mortalité maternelle (81).

4.2. Les dysfonctionnements avant l'admission

Dans notre série, 52,3 % contre 41,7 % des patientes avaient employé leurs propres moyens de transport. Le retard de référence était rapporté dans 40% des cas des décès audités. Hussein et al. (82) dans une étude au Nigeria avaient trouvé que les références inefficaces et inappropriées étaient liées aux résultats indésirables. L'absence d'abord veineux était rapportée dans 20% chez les patientes référées. Ce problème avait été évoqué par Saizonou et al. (83) au Benin et Rosemberg et al. (84) qui évaluaient la perte de temps respectivement à 15 minutes et 19 minutes à la suite de la négligence de l'abord veineux. Les références sont souvent tardives à cause du retard à la prise de décision, la crainte de l'hôpital de référence ou des coûts qui y sont encourus, et parfois la peur de commettre des erreurs lorsque le malade est adressé à un spécialiste (5).

4.3. Dysfonctionnement à l'admission

En ce qui concerne les dysfonctionnements à l'admission, l'évaluation incomplète ou superficielle des patientes et la non transmission de la fiche de référence constituaient les principaux dysfonctionnements avec une fréquence de 23% et 11% respectivement. Les patientes admises dans le contexte d'urgence font souvent l'objet d'une évaluation incomplète aux Urgences et une fois admises en hospitalisation, la prise en charge est souvent reconduite sans une autre réévaluation.

4.4. Dysfonctionnements liés au diagnostic et au traitement

Dans notre série, des diagnostics erronés étaient rapportés dans 21,3%. Le retard dans l'administration des soins (32%) et l'inadéquation du traitement (23%) constituaient les principaux dysfonctionnements en lien avec le traitement. Ces dysfonctionnements sont presque similaires à ceux identifiés par Hussein et al. Diassana et al et Ozumba et al. (80,82,85). Par ailleurs, Aboubakar et al. au Benin ont trouvé que la mortalité maternelle est fortement associée au retard dans l'administration de soins adaptés aux patientes : ils rapportent que les femmes qui sont mortes avaient eu un retard à recevoir des soins adéquats dans 74,4% (86). Dans notre série, les diagnostics erronés étaient en partie liés aux personnels non qualifiés et incompétents des Centres de Santé Intégrés environnants. Le retard dans l'administration des soins et l'inadéquation du traitement s'expliquerait d'une part par les contraintes financières des certaines familles et d'autre part par la prise en charge non basée sur le protocole des certaines urgences obstétricales.

4.5. Dysfonctionnements liés aux médicaments et aux produits sanguins

L'indisponibilité de sang et l'absence de produits sanguins en particulier le Plasma frais congelé était rapporté dans 24,6% de cas, suivie de l'indisponibilité de médicaments dans 20% de cas. Nous rejoignons Nana, PN., et al. au Cameroun en 2016 qui ont trouvé que le manque de produits sanguins est associé au retard de prise en charge et donc à un risque de décès maternels élevé(66). L'absence du plasma frais congelé dans la banque de sang rend souvent difficile la gestion de certaines formes d'hémorragies.Ozumba et al. dans leur série au Nigeria avaient trouvé l'indisponibilité des médicaments seulement dans 2,1% de cas comme facteur ayant contribué au décès maternels (85). Cette différence pourrait se justifier dans notre contexte aux contraintes financières des certaines familles et très peu à l'indisponibilité de médicaments en Pharmacie.

4.6. La qualité de surveillance

La mauvaise surveillance comme dysfonctionnement des décès maternels audités était rapportée dans 40%. Ce résultat est très proche de celui de Touré et al. '(87) dans leur étude en Côte-d'Ivoire, qui trouvaient que les problèmes liés à la surveillance représentaient 33,3 % des dysfonctionnements liés au suivi des soins en hospitalisation. La surveillance ici dans notre série englobe le partogramme et la surveillance des femmes en hospitalisation. La mauvaise surveillance serait probablement liée aux partogrammes qui sont souvent remplis après l'accouchement et au fait que toutes les patientes en hospitalisation ne disposent pas de fiches de surveillance systématique.

4.7. Dysfonctionnements liés à la patiente, à sa famille ou à la communauté

La victime ou sa famille était responsable du décès en raison du recours tardif aux soins qui était rapporté dans 26,2%. Touolok et al. en 2021 au Cameroun s'accordent que le risque de décès maternel multiplié par 3,015 pour les patientes qui ont eu un retard entre 2-7 jours pour faire recours aux soins comparé aux femmes qui n'en ont eu qu'un ou moins après l'apparition des symptômes (88). Diassana et al. (80) et Bohoussou et al. -(89) ont retrouvé que la famille ou la patiente était trouvée responsable du décès dans 37% et 40% respectivement. Dans notre série, ce retard pour faire recours aux soins pourrait être lié au problème financier d'une part et au manque de moyen de transport d'autre part.

4.8. Les cause de décès

Parmi les cas de décès maternels de causes connues, les causes directes représentaient 78,42 % des décès maternels. Ce résultat est comparable à ceux rapportés par Tebeu et al. (69) et Fomulu et al. (5) au CHU de Yaoundé qui avaient trouvé que les décès maternels etaient causés dans 75% et 89% respectivement par les causes obstétricales directes. Les hémorragies obstétricales représentaient la première cause de décès maternel (26,13%), suivies par les infections (20%), les complications hypertensives (18,5%) et les complications de l'avortement (10,7%). Nos résultats sont similaires à ceux d'autres études, notamment une étude menée en Afrique Sub-saharienne (35) et des études OMS et du GBD (Global Burden of disease) -(48,90)qui ont trouvé que les hémorragies représentent les premières causes de décès maternels en Afrique Sub-Saharienne. Par contre , d'autres auteurs ont trouvé l'hypertension en grossesse comme première cause de mortalité maternelle dans leurs séries '(11,70). L'hémorragie obstétricale , principale cause de décès maternel, est généralement associée au manque des ressources (91). Elle est associée dans notre série aux accouchements à domicile ou assistés par des personnels peu qualifiés et à un déficit en matière d'équipements dans les centres périphérique.

Les causes indirectes de mortalité maternelle représentaient 21,5% dans notre série, dominées par les anémies sévères (12,3%), les complications du VIH (3,07%) et le paludisme (3,07%). Nous rejoignons Olamijulo et al. -(92) dans leur étude au centre hospitalier universitaire de Lagos en 2022, qui avaient trouvé que les anémies et le VIH étaient respectivement la première et la seconde cause indirecte de décédés maternel. De même Tebeu et al. avaient trouvé au CHU de Yaoundé en 2015 que les anémies sévères et le paludisme et les cardiopathies constituaient les causes indirectes majeures (69).

4.9. L'évitabilité du décès

La majorité des décès maternels, soit 97% de cas étaient jugés « évitables », c'est-à-dire des décès pour lesquels une modification des soins ou de l'attitude de la patiente vis-à-vis de l'avis médical aurait pu changer l'issue fatale. Dans une étude Gabonaise, UP et al en 2024 avaient objectivé 75,7% des décès maternels évitables (93). Par contre, Diassana et al dans leur série à Kayes au Mali en 2020 (80) ont retrouvé seulement 38,8% des décès évitables.

Ces décès pourraient être évités dans notre série si les femmes faisaient bien leur suivi prénatal, si elles n'avaient pas eu un retard pour faire recours aux soins, si les références étaient mieux organisées, si la prise en charge des patientes était sans délais les patientes étaient réévaluées et surveillées en hospitalisation et si le produit sanguin était disponible.

précédent sommaire suivant






La Quadrature du Net

Ligue des droits de l'homme