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Mouvement associatif et dynamique de développement au nord-Kivu. cas des associations de tendance religieuse en territoires de Beni et Lubero

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par Emmanuel MUSONGORA SYASAKA
Université catholique de Louvain - Diplôme de master complémentaire en développement-environnement et société 2007
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Sociologie
  

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Conclusion partielle

Dans ce chapitre, sur base de l'analyse de ces cinq associations nous pouvons retenir qu'elles sont impliqées dans des actions qui visent à repondre aux besoins des membres ou de la population.

Pour les associations catholiques, le rôle des prêtres est déterminant dans la création et la dynamique associative à tendance religieuse. Dans l'exécution des projets, outre la dynamique interne aux associations à tendance catholiques comme « Tuungane », « wabrahimu » et ADL-assomption, celles-ci recourent à l'appui extérieur, soit auprès des associations congolaises comme Rotary Club, soit aux ONG et volontaires occidentaux. La société civile, qui logiquement, parle en leurs noms consulte moins la base associative rurale. Si elle la consulte, ce n'est que d'une manière irrégulière en milieu urbain, comme à Butembo.

Dans leurs actions surtout en milieu urbain, les associations de tendance protestante, , s'associent non seulement aux ONG internationales et agences onusiennes pour assurer la visibilité de leurs projets mais elles collaborent aussi avec la coordination de la société civile, surtout à Beni où celle-ci se réunit régulièrement avec les autres associations, notamment en profitant des réunions de coordination organisées par le bureau de coordination des affaires huamaitaires, OCHA.

CHAPITRE IV

LES ANALYSES : APPORTS, LIMITES ET PERSPETIVES IV. 1 Les apports

Les différents apports de la société civile en RDC sont liés directement à ceux des ONG qui ont tendance à s'identifier à cette dernière. On se rappelle, comme déjà dit dans le chapitre précédent, que le mot société civile est utilisé à tort et à travers, dans des sens divers et souvent contradictoires. François Houtart127 le confirme en disant :

« le monde des ONG, celui des organisations de défense des droits de l'homme, de la solidarité avec le Tiers Monde, des mouvements féministes ou écologistes, s'identifie souvent avec le concept de société civile ».

L'importance des ONG et donc de la société civile, est souvent présentée en la situant dans un contexte d'échec de l'Etat en Afrique. Les ONG ont proliféré en Afrique aussi bien géographiquement que fonctionnellement. Alors qu'au cours des décennies précédentes, elles étaient en grande partie limitées au travail humanitaire et à l'aide aux refugiés, les ONG se trouvent aujourd'hui présentes dans tous les domaines128. Elles se retrouvent dans l'agriculture, les soins de santé primaire, l'approvisionnement en eau potable, la réhabilitation des routes de desserte agricole, la microfinance, les droits humains, l'environnement, la lutte contre le VIH-SIDA, l'alphabétisation, etc.

Comme le dit François Rubio, s'il est un secteur où le rôle des organisations non gouvernementales s'est imposé, c'est celui du développement. Ainsi, le secrétaire général des Nations Unies, dans un rapport de 1998 qui lui avait été commandé par l'assemblée générale des Nations unies sur les relations entre le système onusien et les organisations non gouvernementales, écrivait :

« En termes de transferts nets, l'ensemble des organisations non gouvernementales représente la deuxième source d'aide au développement »129.

Pour emboîter le pas de Gautier Pirotte, nous pouvons donc considérer que les apports des associations à tendance religieuse, faisant partie de la société civile, s'inscrivent dans une logique où celles-ci sont considérées comme lieux de contestation ou d'opposition et d'innovations sociales.

127 HOUTART, François, « La société civile : enjeu des luettes sociales pour l'hégémonie » in Alternatives Sud. Société civile : lieu des luttes sociales, CETRI/L'Harmattan, Vol.V.1, Louvain-la-Neuve/Paris, 1998, p.5.

128 YASH TANDON, « Un point de vue africain sur les ONG étrangères en Afrique : leurres et succès », in Alternatives Sud, Les ONG : instruments du néolibéralisme ou alternatives populaires ?, CETRI/L'Harmattan, Vol.IV(1997).4, Louvain-la-Neuve/Paris, 1998, p.62.

129 RUBIO, François, Dictionnaire pratique des Organisations Non Gouvernementales (ONG), Ellipses, Paris, 2004, p.130.

Leur création et émergence dépendent de deux conditions: la condition de nécessité et celle de cohésion sociale. D'une part la condition de nécessité traduit le fait qu'elles répondent à des besoins impérieux, non rencontrés par le marché, ni par les pouvoirs publics ; d'autre part, la condition de cohésion sociale qui pousse les gens à une dynamique communautaire plutôt que sur la mise en place de stratégies purement individuelles. Cette cohésion leur permet de mettre sur pied des solutions collectives répondant à la nécessité ressentie130. Jacques Defourny et David Develtere estiment que cette seconde condition pourrait aussi être évoquée en termes de « capital social » minimum.

En fait, au sens de Robert David Putnam131 et de ses disciples comme James Coleman, la valeur collective de toutes les normes et relations sociales horizontales au sein de ces associations permettent la coordination d'actions en vue d'atteindre des objectifs communs. Ce que renforce Patrick Hunout en disant que cela conduit à un ensemble d'attitudes et de dispositions mentales favorisant la coopération dans la vie sociale. Ces types des relations augmentent la cohésion sociale et la productivité de la communauté.

Dans cette optique, au niveau des innovations sociales, les associations et réseaux qu'elles composent sont devenus aujourd'hui une alternative lorsqu'il s'agit de trouver des solutions aux problèmes urgents sur lesquels l'Etat semble fermer les yeux.

Dans l'électrification des milieux ruraux, l'exemple de Tuungane démontre à suffisance que l'Etat ne soutient pas ses activités. L'Etat se limite à octroyer des autorisations de fonctionnement qui ne sont d'ailleurs pas gratuites. En matière d'électricité, on peut clairement dire que les territoires de Beni et Lubero sont complètement oubliés par le gouvernement. Dans l'historique de l'électrification de ces deux territoires, on peut lire ou constater avec Kapray Chritian132 l'oubli total ou alors le manque de volonté du pourvoir de Kinshasa.

Il énumère cinq tentatives d'électrification de ces territoires qui connurent souvent des échecs. La première initiative de l'électrification par l'Eglise catholique avec Monseigneur Kataliko en 1978 a souffert d'une absence totale d'autorisation de fonctionnement de la part du gouvernement central de l'époque et d'une mauvaise gestion des fonds de réserve. La deuxième tentative entreprise par la Communauté Economique Européenne, dans les années 1980-1990, était un projet dans un cadre bilatéral mais il n'a pas abouti car il a été détourné au profit de Mobay Mbongo, ville se trouvant dans la région

130 DEFOURNY, Jacques et DEVELTERE, Patrick, « Origines et contours de l'économie sociale au Nord et au Sud », in DEOURNY, Jacques, DEVELTERE, Patrick et FONTENEAU, Bénédicte (Eds.), L'économie sociale au Nord et au Sud, De Boeck, Bruxelles/Paris, p.45.

131 PUTNAM, Robert David, "Bowling Alone: America's Declining Social Capital», Journal of Democracy - Volume 6, Number 1, January 1995, pp. 65-78.

132 KAKULE KAPARAY, Chritian, Op. Cit. , p181.

de l'Equateur (province de l'ancien président Mobutu). La troisième et la quatrième tentatives ont été freinées par la guerre. La cinquième ou la dernière semble avoir réussi à Butembo sous l'initiative des opérateurs économiques regroupés au sein de la Fédération Economique du Congo. Ce dernier projet a par la suite connu des difficultés suite au mauvais choix des techniciens sud africains de l'entreprise Clackson Power. L'engouement de la population à souscrire à ce projet était énorme. Sur 5000 abonnés, 680 avaient été fournis en électricités mais cela n'a durée que deux ans.

La condition de nécessité paraît évidente dans ce cas : l'électricité est devenue aujourd'hui incontournable pour l'amélioration des conditions de vie de la population de Beni et Lubero. Dans cette région à économie « dollarisée », basée sur l'importation et l'exportation, Butembo constitue un pôle commercial. Certains produits qui pouvaient être transformés localement continuent à être importés faute d'électricité. C'est qui fait qu'à l'heure actuelle, le mot électricité est devenu en RD. Congo comme un refrain ou alors comme un appât dans les campagnes électorales, tant présidentielles que législatives. On constate que, pour se faire élire il suffit de promettre l'eau potable et le courant électrique aux électeurs qui, dans la suite, se trouvent déçus. Cela prouve en suffisance que la population en a besoin.

En ce qui concerne la cohésion sociale et dans le cas de Tuungane, cette condition se vérifie dans la mesure où le réseau des relations s'appuie sur une forte homogénéité sociale et ethnique. La plupart des membres sont non seulement des nandes mais aussi des paysans. Cette cohésion sociale est pour chaque membre une source de confiance dans le comportement. Or cette confiance est une composante essentielle du capital social car elle lubrifie les relations entre les membres.

Quant aux activités de « Waibrahimu », les conflits récurrents dans la région maraîchère justifient la pertinence du projet dans la distribution des terres. C'est aussi une nécessité à la quelle l'Etat devrait répondre. L'accroissement rapide et la vente anarchique des terres sont autant des problèmes auxquels il faut trouver solution. Le fait pour un groupe d'avoir constitué une association dont l'objectif est de faciliter la migration à la recherche des terres montre que les membres se connaissent, qu'ils ont confiance en eux. Cette confiance leur permet de nouer des relations avec les chefs terriens du milieu d'accueil pour obtenir des terres et produire des quantités des vivres pour un temps bien délimité.

En ce qui concerne MAAMS et PEAC, leur implication dans la lutte contre le VIHSIDA est une nécessité. Si l'homme est considéré comme facteur de production principal par les économistes, l'Etat devrait s'investir pour sa santé.

On se souviendra que suite à la crise des politiques publiques et de plans d'ajustement structurel, l'initiative de Bamako a été lancée en 1987 dans le domaine sanitaire. Deux volets ont été introduits dans les structures sanitaires publiques et de participation communautaire. Le premier consistait non seulement en une politique publique de financement des soins de santé primaires par le paiement des médicaments et des services par les usagers mais aussi en une politique d'équité dans l'accès aux soins. Le second, par contre, visait la décentralisation du secteur de la santé par la création de districts sanitaires et la gestion conjointe de ressources générées par le personnel de santé. Après une décennie depuis le lancement de cette initiative, on se rend compte que cette initiative semble avoir échoué.

L'insuffisance ou le manque des moyens financiers pousse les gens à l'automédication traditionnelle ou moderne. En RD. Congo, plus spécialement dans les territoires de Beni et Lubero, cela se renforce davantage en raison de la quasi inexistence des mutuelles de santé qui pouvaient faciliter l'accès aux soins. Si certains individus peuvent se regrouper pour créer une mutuelle de santé, elle finit toujours par connaître des problèmes : les membres qui ne tombent pas malades et qui, par ricochet, ne bénéficient pas des avantages de la mutuelle tout en étant en ordre dans les cotisations, finissent toujours par abandonner le système.

De la même façon, en matière de VIH-SIDA, l'équation devient encore compliquée suite au manque d'antirétroviraux pour ceux qui peuvent avoir la capacité de s'en procurer mais suite aussi à la marginalisation dont les porteurs de cette maladie sont victimes. Ils sont pointés du doigt par certains et finissent par vivre avec la maladie en jouant au jeu de cache-cache. Il faut alors chercher à les découvrir par des stratégies appropriées en utilisant la sensibilisation et d'autres moyens. Dans cette optique, l'apport des associations comme MAAMS et PEAC n'est pas à négliger. Les dépenses qu'elles effectuent pour leurs projets, est un ballon d'oxygène pour les opérateurs économiques locaux. Le personnel employé par celles-ci dans différentes activités a des implications au niveau social.

En somme, les synergies que ces associations de tendance religieuse mettent en place sous le label de la société civile, leurs donnent du poids face à un Etat qui ne fait qu'octroyer des autorisations de fonctionnement. On ne doit pas oublier que ces mêmes associations constituent une base imposable crédible : elles sont souvent considérées comme des bons payeurs pour les bureaux ou entrepôts qu'elles prennent en location par rapport à d'autres acteurs locaux. Les propriétaires des maisons se bousculent pour décrocher un locataire qualifié d'ONG. Celles-ci en payant leur loyer retirent directement à

la source 18% de la location qu'elles versent au service des impôts. Sans cette stratégie, l'impôt sur le revenu locatif échapperait à l'Etat, le locataire n'étant pas une personne morale comme les ONG. Cet impôt sur le revenu locatif est en charge du propriétaire mais retenu à la source par l'ONG locataire. De même, le personnel qu'elles emploient est soumis au paiement de l'impôt sur la rémunération professionnelle.

Finalement, l'Etat se retrouve affaibli devant une société civile, influencée ou dominée par les confessions religieuses qui sont impliquées dans tous les secteurs socioéconomiques.

IV.2 Les limites

1. Les limites générales

Les apports des associations sans but lucratif et des ONG locales dans le territoire de Beni et Lubero ne doivent pas cacher certaines réalités considérées comme limites pour celles-ci. Parmi les limites générales, on peut citer la tendance des ONG à prétendre représenter toute la société civile du territoire ; de même que la tendance des leaders des associations de devenir plus tard des politiciens. Puis il y a le fait que servir une ONG est devenu une profession. Enfin, la gestion des associations locales est souvent opaque.

Sur le plan de la représentativité, l'analyse faite des cinq associations, montre visiblement que la société civile des territoires de Beni et Lubero a du mal à étendre son pouvoir auprès des associations qui se trouvent en milieu rural. 67% des enquêtés en milieu rural, notamment à Lukanga, connaissent la société civile mais ne savent pas réellement quel est son agenda. Pour certains, la relation est très étroite. La coordination de la société civile ne les consulte pas sauf dans les associations urbaines qui sont invitées à certaines réunions et exécutent des projets en commun. La société civile apparaît comme une affaire ou un mouvement des associations urbaines et non des paysans. Cette situation met en doute la légitimité et la représentativité dont se réclament certains.

Dans cette logique, Thierry Pech et Marc-Olivier Padis133 disent que le caractère global et représentatif des ONG suscite deux types de réflexion : celle concernant la géographie d'une société civile un peu rapidement qualifiée de « globale », alors qu'il existe des déséquilibres de représentation entre les différentes régions du monde, et l'autre, concernant la représentativité dont elles se réclament, alors que la nature des causes qu'elles défendent ne suffirait peut-être pas pour leur octroyer la légitimité.

Ces deux auteurs analysent essentiellement la représentativité et la légitimité internationale de la société civile au niveau international. Mais au regard de se qui se passe

sur le terrain, on constate une comparable situation au niveau de la société civile locale des territoires de Beni et Lubero.

Au niveau de la tendance politique des leaders des associations ou ONG locales, ceux-ci sont accusés par la base de se servir de l'association pour accéder aux postes politiques. Sur 130 personnes enquêtées, 63% répondent positivement. Pour Emile Le Bris134, les associations confessionnelles de développement constituent désormais un mode d'accès à des positions politiques ou, à tout le moins, un puissant moyen d'influence. Pour les adeptes de l'Eglise évangélique, la politique ne se conçoit plus comme une souillure mais bien comme un devoir et il n'est pas imaginable de la conduire en amateur.

A partir du moment où, en RD. Congo, la société civile a été représentée dans la période transitoire au sein des institutions politiques, cette thèse ne peut surprendre personne. Dans cette logique, les leaders sont également accusés d'être complices du pouvoir au lieu de lui faire le contre pouvoir.

Le professionnalisme affiché par les ONG, elles l'ont acquis du fait de leur plus grande capacité à côtoyer « les plus pauvres » et à atteindre des régions isolées, mais aussi par leur tendance à encourager la participation locale et à coopérer avec les acteurs locaux et les populations bénéficiaires, en donnant la parole aux groupes marginaux ; grâce à leur faible coût de fonctionnement, à leur capacité à innover et à s'adapter aux changements, elles contribuent à la consolidation des institutions et organisations locales135.

Cette professionnalisation a plusieurs conséquences auxquelles Pirotte fait allusion et que nous considérons comme des limites. On peut évoquer l'effet d'uniformisation des ONG dans leurs modes opératoires et structures organisationnelles avec des conceptions des projets similaires : ce qui pose un réel problème d'identité et d'ancrage local par rapport aux populations bénéficiaires.

A cela s'ajoute le développement d'une logique clientéliste sélective des bailleurs de fonds à l'égard des ONG : ce qui crée une dépendance financière alors qu'elles sont censées incarner les nouvelles sociétés civiles. Sur ce point, on constate aujourd'hui que les projets financés ne reflètent pas nécessairement les besoins. La plupart des projets sont conçus par les leaders de l'association ou par l'ONG qui est informée de la disponibilité de fonds dans une matière spécifique. Ce qui revient à dire que ce sont les appels à propositions, les offres, qui suscitent les demandes chez les bénéficiaires alors que c'est l'inverse qui serait souhaité. Le projet financé ne l'est pas parce qu'il a été bien conçu mais

134 Le Bris, Emile, Préface du livre, in René OTAYEK, Dieu dans la cité. Dynamiques religieuses en milieu urbain ouagalais, CEAN, Bordeaux, s.d., p.8.

135 Henrik Secher Marcussen, cité par Gautier Pirotte, op.cit, 2007.

parce que les responsables ont des relations avec l'évaluateur représentant les donateurs sur le terrain.

Par ailleurs, le fractionnement apparent dans le paysage des ONG conduit certaines d'elles à être exclues des ressources financières. Cette fracture est due à l'apparition, d'une part, des ONG professionnalisées et insérées au sein des réseaux transnationaux, et, d'autre part, celles laissées en marge de ces réseaux.

Les ONG sont accusées d'être opaques. Pour Samy Cohen136, beaucoup d'ONG sont relativement opaques et leur représentativité est sujette à caution. Elles n'ont pas les mêmes objectifs, ne défendent pas les mêmes valeurs et n'entretiennent pas les mêmes rapports à l'État. A ce sujet, les fonds qui leur sont alloués de l'extérieur ne sont jamais connus. Lorsqu'on pose une question sur les finances d'une organisation, rares sont celles qui répondent positivement, alors que dans l'opinion publique tout le monde sait que la plupart des fonds alloués vont alourdir la dette de l'Etat. Se pose alors la question de savoir qui est l'Etat, si ce n'est cette population qui devrait avoir le droit d'être informée sur les fonds attribués aux associations ?

Enfin, la limite générale qui doit être soulignée est celle de l'ambiguïté créée par la société civile. La constitution d'une société civile forte et autonome par rapport au champ politicien crée de l'ambiguïté, alors qu'elle devrait atténuer et neutraliser les dérives qui assurent la conservation du pouvoir. Comme le dit Jean-Claude Willame137 au début des années 90, comme ailleurs en Afrique, certains milieux d'églises ont effectivement formé la pointe avancée d'une société civile en gestation. Alors qu'au Kenya et au Madagascar, certains milieux d'églises ont pu se former et se situer clairement et sans ambiguïté par rapport aux dérives politiciennes, la situation est plus ambivalente dans le cas du Zaïre, l'actuel RD. Congo.

En effet, en ce qui concerne la République Démocratique Congo, si on passe en revue la situation des milieux confessionnels dans la fondation de la société civile, il y a lieu de constater des divergences. L'église catholique, avec les associations qu'elle encadre a beaucoup milité pour des reformes. Au niveau protestant, les chefs de file des églises ont tenu dans le temps un discours conduisant à l'absentéisme. Pour les kimbanguistes, la situation est tout à fait autre. Cette église a été considérée dans le temps comme étroitement liée au pouvoir de la deuxième république, si bien qu'aucune opposition ou contre-pouvoir ne s'est manifesté de sa part. Mais en RD. Congo, catholicisme et

136 COHEN, Samy, « ONG altermondialistes et société civile internationale », colloque sur les mobilisations altermondialistes, organisé par le GERMM-AFSP, Paris, 3-5 décembre 2003, p.16 disponible sur : http://www.afsp.msh-paris.fr, consulté le 4 avril 2008.

137 Jean-Claude Willame, Gouvernance et pouvoir. Essai sur trois trajectoires africaines, Madagascar, Somalie, Zaïre, Cahiers Africains, Institut Africain - CEDAF, n°7-8, L'Harmattan, Paris, 1994, p. 137.

protestantisme ont été défiés par une vague de groupes des prières et l'arrivée des évangélistes.

2. Les limites particulières

a. Les limites de TUUNGANE

L'association « Tuungane » accuse certaines faiblesses. Il s'agit, par exemple, de la faible participation aux réunions des associations et membres fondateurs. Les associations qui appartiennent aux intellectuels et qui, au début, ont été actives finissent par ne plus participer. Selon les responsables de « Tuungane », les associations locales abandonnent le réseau lorsqu'elles n'y trouvent plus d'intérêt ou lorsqu'elles estiment avoir la capacité de nouer des relations avec les bailleurs des fonds indépendamment du réseau. Ce qui pousse à croire que la présence de certaines d'entre elles aux réunions serait due au manque de bailleurs de fonds propres. La philosophie des associations par rapport aux réseaux comprend ainsi plusieurs zones d'ombre qui nécessitent d'être éclairées.

Par ailleurs, dans la catégorisation des bénéficiaires de ses réalisations, comme pour la dentisterie, les critères sont encore flous. Le fait qu'une personne soit venue du milieu urbain pour poursuivre les soins dentaires à Lukanga ne signifie pas que celle-ci soit d'une classe nantie. Des clarifications doivent être faites en cette matière.

Enfin, les non-membres du réseau « Tuungane », accusent l'organisation d'être entièrement dépendante des initiateurs, surtout de l'abbé Giovanni Piumatti. Pour eux, il n'y a pas de démocratie lorsque les responsables du réseau ne sont pas ouverts à toute question posée. Sur 20 personnes contactées sur cette question et sur l'avenir du réseau, 65% de celles-ci estiment que la plate-forme pourra disparaître au départ de Giovanni. Le manque de motivation, poursuivent-ils, des techniciens qui installent les différents moulins dans la région renforce encore cette situation alors que ce sont eux qui doivent gérer les différents projets dans le futur.

b. Limites de l'association « waibrahimu »

A voir le projet de l'association « waibrahimu », celui-ci est intéressant et apprécié. Il y a urgence à trouver une solution durable aux conflits fonciers qui se vivent dans l'est de la RD. Congo. Mais la question que l'on doit se poser est de savoir s'il existe vraiment de terres vacantes en RD. Congo qui peuvent susciter l'appui à la migration de la part des bailleurs internes et externes. Ces activités semblent être entreprises en dehors d'une étude sociologique ou anthropologique du milieu d'accueil. Aujourd'hui les membres de l'association « waïbrahimu » sont dans une nouvelle étape et se demandnet s'il est opportun d'envisager une migration vers Mambasa parce qu'ils sont confrontés à d'énormes difficultés tant de la part de population locale de Muhanga qui les avait

accueillis que de la part des forces rebelles vivant dans la forêt. Les premiers estiment que les membres et bénéficiaires des actions de cette association retirent trop d'avantages du prêtre qui les soutient et des terres qu'ils ont mises à leur disposition. Les seconds se comportent en véritables groupes de terreur vis-à-vis des « waïbrahimu ».

Si les « waibrahimu » se heurtent à des difficultés à Muhanga où ils ont été accueillis par des nandes, autochtones, on ne sera pas surpris de voir les mêmes difficultés surgir à Mambasa dans la province orientale où les populations sont les peuples « lese, bila » et pygmées avec des cultures tout à fait différentes. Si aussi la plupart de ces tribus sont des chasseurs dans la forêt, accepteraient-ils que cette forêt soit abattue pour en faire des champs les privant ainsi du gibier dans l'avenir ? Un chef terrien peut accepter, volontiers, ce projet parce qu'il est ami ou a été influencé par quelques personnes leaders du milieu (prêtre, administrateur local, ...) ; cela n'exclut pas que de nouveaux conflits surgissent autour de la terre entre les descendants. Dans cette hypothèse, ce projet sera lui-même porteur des conflits et la cohésion sociale risquera d'être entravée.

Par ailleurs, les défenseurs de l'environnement vont-ils laisser des associations pareilles poursuivre les recherches des terres au service de l'agriculture, alors que le combat actuel tourne autour des espèces à protéger. Les responsables interrogés en cette matière estiment que le fait de migrer vers Mambasa permettra aux membres de l'association d'accéder à des terres plus grandes qu'à Muhanga/Bunyatenge avec la possibilité de diversifier leurs cultures : celle du riz et du palmier à huile. François Houtart138, s'oppose catégoriquement à l'expansion de la palme africaine. Il estime qu'elle conduit à l'impact social et écologique négatif. Cette extension poursuit-il, est une solution à la destruction du milieu naturel à l'encontre des accords de Kyoto.

A notre avis, c'est aussi oublier les caractéristiques de certains peuples qui sont attachés vitalement à leur terre lorsqu'on entreprend un projet de glissement de la population. La preuve en est que les personnes ayant souscrit au projet « waibrahimu » continuent à conserver leurs lopins de terre dans les villages d'origine comme Lukanga, Masereka, Magheria,...Ceux-ci sont entretenus pour les comptes des migrants par les membres des familles restés au village. On est donc loin d'avoir trouvé la solution au problème.

Par ailleurs, le flou qui entoure la loi foncière congolaise ne fait que renforcer l'ambiguïté et l'embarras dans l'esprit des usagers de la terre congolaise.

138 HOUTART, François, « L'expansion de la palme africaine. Un projet mondialement et écologiquement destructeur », in Essais : agriculture, développement durable et mondialisation, éditions Colophon asbl, Bruxelles, 2006, p.99.

Comme le dit René Okitundu Avoki139, visiblement il n'existe pas des terres vacantes en RD. Congo, sauf dans l'esprit du législateur. Malgré l'absence de bornes et poteaux délimitant les propriétés, chacun vous dira, sans hésitations, « au-delà de cette rivière, commence le territoire de telle communauté et à partir de telle vallée nous sommes dans nos terres ». Pour lui, en réalité cela veut dire simplement qu'il y a des frontières non écrites qui délimitent leurs territoires et que, par conséquent, ces terres ne sont pas vacantes.

c. Les limites d'ADL-assomption, MAAMS et PEAC

Parmi ces trois organisations situées en milieu urbain, il faut faire remarquer qu'aucune ne se spécialise dans un domaine précis. Elles ont tendance à intervenir dans plusieurs domaines. La conséquence d'une telle stratégie, certains programmes ne sont pas ou peu mis en oeuvre et peut, par ricochet, conduire à leur inefficacité sur le terrain.

Une attention particulière peut être portée sur MAAMS. Le choix des activités de formation à la coupe-couture, au tricotage et à la broderie devrait être revu. La tendance actuelle sur terrain est à l'achat d'habits déjà cousus. Cela constitue une nouvelle donne dont on doit tenir compte si l'on veut éviter de former des personnes qui, du jour au lendemain, se retrouveront sans marché même si on leur a fourni le matériel à la de leur formation.

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