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Ciblage d'inflation versus ciblage de niveau des prix : avantages comparés dans l'UMOA

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par Alain BABATONUDE
Université d'Abomey-Calvi - Diplome d'études approfondies 2009
  

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III.2- Les recommandations

 

Du point de vue de la politique monétaire

L'objectif de stabilité des prix est assigné prioritairement à la politique monétaire mise en oeuvre par la BCEAO. Le taux d'inflation est devenu la variable cible de politique dans l'espace UMOA avec un objectif de 3% de variation. Pour atteindre cet objectif, deux options s'offrent à la Banque Centrale : cibler les prix en niveau (ciblage du niveau des prix) ou en variation (ciblage du taux d'inflation). L'analyse empirique de la présente étude compare l'efficacité relative des deux mécanismes à travers la variabilité de l'inflation et il ressort que la règle de ciblage du niveau des prix présente un avantage gratuit : sans augmenter la variabilité de la production, elle réduit significativement la variabilité de l'inflation. Au regard de ce résultat obtenu, l'adoption de la règle de ciblage du niveau des prix présente un avantage certain dans la perspective d'une stabilisation effective des prix dans l'UMOA. Le respect des conditions et contraintes de mise en oeuvre de cette politique est aussi essentiel pour assurer l'existence de l'avantage ainsi mis en évidence.

Dans son analyse initiale, Svensson (1999) précise les conditions et contraintes : l'avantage gratuit se matérialise dans un cas bien particulier, celui de la courbe de Phillips des nouveaux économistes classiques dans laquelle la persistance de la production est

endogène (.1. > 0.5), et les coefficients de la production sont les mêmes, que la fonction de

perte comporte un objectif d'inflation ou de niveau des prix. Par ailleurs, suivant Barnett & Engineer (2000, p 148), l'avantage gratuit se matérialise parce que le ciblage du niveau des prix a pour effet de conditionner les attentes en matière d'inflation de manière à empêcher une hausse de la variabilité de l'inflation et de la production ; cet effet est observé dans le nouveau modèle classique même si les attentes sont prédéterminées, parce que les attentes rationnelles sont indirectement prospectives.

Pour la période d'étude, les conditions ont été réunies et il importe dorénavant d'inscrire les choix et stratégies de la Banque Centrale dans le sens du respect de ces contraintes. Le choix de la production (ou de son écart) à la période courante influe sur la courbe de Phillips de la période suivante par l'entremise de la production (ou de son écart)

retardée. La persistance de la variable retardée doit être non seulement effective mais aussi endogène ; quand la persistance de la production est exogène, la Banque Centrale ne peut rien faire pour modifier l'arbitrage inflation-production. En terme précis, les autorités aussi bien monétaires que gouvernementales doivent travailler à réduire l'effet des chocs et facteurs exogènes au système productif dans les différents pays de l'union. Ceci implique une économie intégrée et moins tributaire des chocs externes de prix et de matières premières qui peuvent invalider la persistance endogène de la production.

Pour Barnett & Engineer (2000), l'importance des attentes et anticipations d'inflation reste essentielle dans le mécanisme de formation de l'écart de production. Dans le cadre de l'UMOA, l'étude empirique révèle de faibles relations moins significatives entre la production et les anticipations d'inflation : alors que le coefficient de référence dans les

études portant sur les économies développées est de a = 0.5, le paramètre estimé pour la

zone est de a = 0.0352 et 0.0104 respectivement lorsque l'inflation et le niveau des prix

sont pris pour cible. Une hypothèse forte est faite pour égaler l'inflation anticipée à l'inflation cible de 3%, étant donné, une anticipation rationnelle. La Banque Centrale doit mettre en oeuvre des mécanismes qui permettent de capter l'attention des agents économiques sur l'annonce publique de la cible d'inflation afin qu'elle intègre les comportements en matière de consommation et d'investissement. Les politiques visant à relever le paramètre a, mesure de la sensibilité de la production à l'inflation sont à promouvoir dans l'union : l'information, la sensibilisation et le respect des engagements annoncés (crédibilité) comptent parmi les actions plausibles.

La caractéristique principale de la règle de ciblage du niveau des prix à l'origine de l'avantage réside dans la correction par période des dérives dans la formation des prix,

suivant la relation it* = it*--i + i*. Ainsi, compte tenu de la variation souhaitée des prix, et
du niveau de prix ciblé à la période précédente, la Banque détermine chaque période le
niveau cible à intégrer dans la règle. Cette exigence essentielle de la mise en oeuvre de la
règle peut constituer pour la BCEAO, un défi méthodologiquement difficile. En effet,
l'élaboration des Indices Harmonisés des Prix à la Consommation (IHPC) pour l'ensemble des
pays de l'Union connaît des retards certains dans le processus et des limites apparentes dans
l'approche. La détermination de l'indice des prix en valeur réelle ou en tendance nécessite

une amélioration sensible qui fiabilise davantage le mécanisme générateur : aussi bien la BCEAO que la Commission de l'UEMOA doivent impérativement oeuvrer dans ce sens dans le cadre de la politique économique en général et celui de la règle de ciblage du niveau des prix en particulier, la question de la nature des composantes de l'IHPC étant cruciale. Le niveau prévisionnel de la variable servant d'objectif intermédiaire, et son écart par rapport au niveau cible déterminent le choix de l'action à mener.

Nonobstant la correction des dérives de prix, la règle de ciblage du niveau des prix ne renseigne pas sur la nature de la pente du sentier visé, en terme de variation des prix (n*). Cette pente doit-elle être positive ou égale à zéro? Dans un exposé présenté au colloque de la Banque de Canada en 1997, Coulombe (1998) s'est fait l'avocat de cibles exprimées en fonction du niveau des prix et des prix stables. A l'issue d'une analyse centrée sur l'allocation entre périodes et les distorsions qu'entraîne l'inflation dans les signaux de nature intertemporelle transmis par les prix, il conclut qu'un régime caractérisé par la stabilité pure des prix est clairement supérieur du point de vue théorique. En terme clair, une inflation nulle est préférable à une inflation positive. Si tous conviennent en l'état des connaissances que l'inflation n'est pas une bonne chose, ils admettent aussi que les avantages et les gains d'un taux d'inflation égal à zéro sont difficiles à mesurer (Parkin, 2001).

Alors que certains, à l'instar de Coulombe (1998), estiment des gains importants, d'autres, plus sceptiques, considèrent qu'en l'absence d'indications quantitatives claires, ils sont probablement négligeables, la stabilité pure des prix étant alors très coûteuse. Parkin (2001) donne trois raisons pour lesquelles une inflation positive pourrait être préférée à une inflation nulle : i) l'inflation mesurée est supérieure à l'inflation véritable; il faut donc viser la stabilité du vrai niveau des prix et accepter une hausse du niveau des prix mesuré; ii) l'inflation lubrifie les rouages du marché du travail et rend son fonctionnement plus efficient; iii) les taux d'intérêt nominaux ne peuvent devenir négatifs; si la stabilité du niveau des prix est visée, l'économie se heurtera trop souvent à la borne du zéro et les autorités monétaires seront dans l'impossibilité de hâter la fin d'une récession en abaissant les taux. Pour ces différentes raisons qui s'appliquent bien à l'UMOA, une variation positive des prix est préférable à une inflation nulle compte tenu notamment des erreurs de mesure et de la contrainte de non-négativité du taux d'intérêt nominal.

 

Du point de vue de la dimension institutionnelle de la Banque Centrale

Un régime axé sur la poursuite de cibles d'inflation ou de niveau de prix aide à clarifier le débat qui oppose les règles à une conduite discrétionnaire de la politique monétaire : la règle de ciblage du niveau des prix constitue une solution à l'incapacité de la Banque Centrale à s'engager véritablement et résolument sur une politique donnée. Un tel régime établit assez clairement les objectifs de la politique monétaire et le cadre dans lequel ils doivent être atteints ; le cadre définit les responsabilités des différents acteurs, les comptes qu'ils ont à rendre et le degré de transparence à assurer, laissant toutefois à la Banque Centrale, l'expert en la matière, le soin d'atteindre la cible au moyen des instruments que le cadre lui permet d'employer. C'est ce que Svensson (1999) a désigné par le pouvoir discrétionnaire encadré (constrained discretion), lequel décrit le cadre institutionnel de la politique monétaire sous un régime de ciblage : l'indépendance, la crédibilité et la transparence.

Dans un article publié dans Finances & Développement de Septembre 2000, Croce et Khan affirment, « la politique monétaire est plus efficace lorsque les marchés en comprennent les objectifs et le rapport entre ces objectifs et les mesures prescrites »31 ; en ceci consiste l'hypothèse sous-jacente des règles de ciblage, lesquelles astreignent la Banque Centrale à assurer une faible inflation. La transparence du processus et des mécanismes réside dans la publication officielle de l'objectif d'inflation ou de niveau des prix à atteindre pour une période donnée. La responsabilité d'atteindre cet objectif incombe à la Banque Centrale, libre de mettre en oeuvre les instruments adéquats et efficients dans ce cadre et de publier par ailleurs périodiquement des informations utiles sur ses choix, ses stratégies et ses décisions. Ce devoir de transparence qui s'impose aux autorités monétaires contribue à réduire l'incertitude quant aux orientations futures de la politique monétaire tout en renforçant la crédibilité et la responsabilité de la Banque Centrale. C'est pourquoi, avant même des mécanismes visant à intégrer les annonces dans les comportements de consommation et d'investissement recommandé précédemment, il importe que la BCEAO se dote d'un processus cohérent et transparent de publication des objectifs prévus et réalisés, de même qu'une explication précise des écarts constatés.

31 Finances & Développement, Septembre 2000, p 49.

De toute évidence, la Banque Centrale peut asseoir sa crédibilité en atteignant les cibles d'inflation annoncées. Au même titre que la transparence, la crédibilité de la Banque Centrale est un élément fondamental dans la mise en oeuvre efficace de la règle de ciblage du niveau des prix. Elle suppose non seulement la réalisation de la cible annoncée, mais aussi le respect des instruments adaptés, des stratégies annoncées et des anticipations ou prévisions justes avec les réalisations. En réexaminant la mesure des gains de bien-être attendus de l'abandon d'une cible d'inflation au profit d'une cible fondée sur le niveau des prix en contexte de crédibilité imparfaite, modélisée sous la forme d'une adaptation progressive des croyances du secteur privé à l'adoption d'une cible de niveau des prix, Kryvtsov, Shukayev et Ueberfeldt (2008), concluent que s'il y a des gains, ceux-ci sont modestes ; toutefois un recul du bien-être est observé si le manque de crédibilité persiste longtemps. Ce résultat implique de la part de la BCEAO, un effort accru pour asseoir des mécanismes monétaires plus crédibles de manière à permettre une meilleure appropriation des signaux par les agents économiques et donc à impacter efficacement la sphère réelle.

La troisième dimension institutionnelle de la Banque Centrale indispensable à l'efficacité de la règle de ciblage constitue son indépendance. Hormis la définition de l'objectif qui implique le pouvoir exécutif représenté par le gouvernement, l'indépendance institutionnelle de la Banque Centrale doit être totalement affirmée du point de vue de l'organisation et des instruments. Afin de conférer une large marge de manoeuvre à l'autorité monétaire, le mandat, l'organisation et le fonctionnement des organes doivent être libres de tout engagement envers le gouvernement. L'indépendance organique permet de dégager les choix et décisions de la Banque de tout cycle électoral notamment ou d'une politique expansionniste voulue par les pouvoirs politiques. Par ailleurs l'indépendance de la Banque Centrale du point de vue des instruments est aussi impérative : la Banque dispose de la liberté de choisir la manière dont elle choisit et utilise les instruments, ce qui lui donne une certaine marge de manoeuvre pour réagir promptement et efficacement aux éventuels chocs endogènes ou exogènes. Au regard de cette contrainte institutionnelle, le bilan de la BCEAO est à relativiser : d'une part, des réformes qualitatives s'imposent pour assurer l'indépendance organique vis-à-vis des gouvernements des pays membres et d'autre part, l'approfondissement du cadre décisionnel en matière d'instruments monétaires en réponse à divers chocs est indispensable. Ces mesures ont l'avantage d'accroître l'autonomie de la

BCEAO et l'efficacité de sa politique monétaire en général, celle de la politique de règle de ciblage du niveau des prix en particulier.

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"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984