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Le web documentaire : création d'une société de production


par Gwénalle Barzic, Sophie Léron, Ludovic F
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 2 D2A Droit, économie et gestion de l'audiovisuel 2010
Dans la categorie: Droit et Sciences Politiques > Droit des Nouvelles Technologies
   
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Disponible en mode multipage

Ludovic Fondecave Juin 2010

Sophie Léron

Gwénaëlle Barzic

PROJET PROFESSIONNEL

Création d'une société de production

de web documentaires et développement de la collection

« Dans les coulisses.... »

Master Droit et Administration de l'Audiovisuel (D2A) Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Formation continue 2009-2010

Avertissement : Le présent travail présente un état des lieux du web documentaire au
01/06/2010.

SOMMAIRE

Introduction 5

I. État des lieux : typologie des contenus 7

1) Le visuel interactif 7

a) Interface d'accueil et progression 7

b) Une diversité d'approches et de manières de faire 9

2) Les récits interactifs 11

a) Le récit dont vous êtes le héros 11

b) Narration imposée vs narration « omnipotente » 12

c) Nécessaire collaboration entre les auteurs et les professionnels du web 13

d) La marque de fabrique Honkytonk 14

3) Les récits participatifs et/ou contributifs 14

a) La dimension participative/contributive 14

b) Une ambition de forme et de moyens 16

II. Les acteurs du secteur 18

1) Les diffuseurs 18

a) La presse écrite peu présente 18

b) Les chaînes de télévision 19

c) Une diffusion télé sinon rien ? 20

2) Le CNC 21

a) Les fondements du dispositif 21

b) Les mécanismes du dispositif actuel 22

c) Un rôle fondamental, destiné à évoluer 23

d) Une réglementation en chantier 23

3) Les modèles émergents 24

a) Les agences web investissent le créneau de la production 24

b) L'émergence de nouveaux producteurs de contenus multimédias 25

c) Les producteurs traditionnels restent frileux 27

III. Notre projet 29

1) Etude de marché 29

a) Un marché naissant 29

b) La concurrence 30

2) La société 32

a) Son projet 32

b) Ses moyens, ses besoins 33

c) Sa structure 36

d) Son développement 37

3) Notre projet de collection « Dans les coulisses...» 37

a) Une collection pour affirmer notre identité et créer un format 38

b) Le concept : une immersion ludique et pédagogique dans un univers méconnu 39

c) Le cahier des charges 41

d) L'économie du projet : une collection « crossmedia » 42

e) Plan de communication et marketing : une double approche 42

4) Diversification et perspectives 43

a) L'institutionnel 43

b) Marques et entreprises 44

c) Technologies et écritures nouvelles : les perspectives 45

En conclusion 47

Ressources 49

Annexes 52

Introduction

Apparu en 2005, le web documentaire provoque, depuis l'an dernier une véritable effervescence. Symbole de cet intérêt, cette oeuvre d'un genre nouveau qui utilise les possibilités nouvelles offertes par le web a été primée, pour la première fois, au festival « Visa pour l'image » consacré au photojournalisme. Depuis, nombre de festivals ouvrent leur sélection au web documentaire ou se créent autour des nouvelles productions sur le web, à l'image du web tv Festival de La Rochelle qui s'est tenu en mai 2010 et qui a fait la part belle à ce nouveau format.

Par le néologisme web documentaire, on désigne les documentaires dont la conception, l'écriture et la réalisation ont été pensées pour le web et qui sont diffusés sur le web. Leur caractéristique : ils impliquent une participation active de l'internaute à des degrés plus ou moins importants en fonction des productions, ce qui nécessite une nouvelle écriture. Multimédia par nature, interactif, participatif parfois, ce nouveau type d'oeuvres est encore au stade de l'expérimentation ce qui explique qu'il n'obéisse pour l'instant à aucune règle.

Le format renouvelle l'écriture documentaire, remet en question les codes du genre et lui offre de nouvelles perspectives. Il implique des nouveaux modes de production, des nouvelles relations entre des acteurs issus de secteurs différents: des journalistes presse aux chaînes de télévision en passant par les techniciens du web. Le web documentaire invite à repenser le rapport avec le public, le différenciant ainsi d'autres types de supports. De ce fait, il illustre la remise en cause des frontières qui semblaient établies dans l'audiovisuel dans le contexte plus général des bouleversements provoqués par internet. C'est ainsi un sujet qui nous semble suffisamment transversal pour aborder des questions fondamentales sur le secteur aujourd'hui.

Ce secteur, en pleine émergence, comporte, de fait, un réel intérêt d'étude.

Nous sommes partis du constat qu'il existait une demande de la part des diffuseurs qui avait du mal à être satisfaite du fait d'un manque d'acteurs en capacité de porter des projets conséquents et ambitieux : « Nous avons des difficultés à trouver des auteurs et des producteurs. Il n'existe pas d'industrie de la production audiovisuelle en ligne. On doit donc susciter un savoir faire1 », estime Joël Ronez, responsable du pôle web d'Arte France. Même si nous serons amenés à nuancer cette affirmation, nous avons décidé de saisir cette opportunité pour réfléchir à la création d'une société spécialisée dans la production de web documentaire, qui correspond par ailleurs à des centres d'intérêt qui nous étaient communs.

L'évidence s'impose : il n'existe pas une définition du web documentaire et le mot recense des réalités très différentes. Il nous a donc semblé nécessaire dès le départ de faire un état des lieux de la production existante afin de tenter d'identifier des tendances convergentes. Nous avons choisi de nous limiter aux oeuvres françaises mises en ligne avant mai 2010 afin de circonscrire le marché sur lequel nous allons nous positionner. A cet effet, nous avons visionné les web documentaires existants pour recenser ceux correspondant à un certain nombre de critères qui, à nos yeux, étaient nécessaires pour entrer dans notre conception du web documentaire : un minimum d'interactivité et l'exploitation de plusieurs média différents (texte, vidéo, photos, son, graphisme...). Il nous a semblé utile de les comparer au regard de leur contenu, de leurs auteurs, de leurs moyens de production et de diffusion. De cette matière, rassemblée dans un tableau2, nous avons pu élaborer une typologie qui identifie trois

1 In Le Film Français n°3331

2 Cf. Annexe n°1

familles d'oeuvres : le visuel interactif, le récit interactif, et le récit participatif et/ou contributif. Au delà de cette classification des oeuvres, nous avons pu, grace à ce travail, identifier les principaux acteurs du secteur français. Il reste que, partout dans le monde, des projets de web documentaire se développent et que nous avons bien conscience de cette dimension internationale. Sur le plan théorique, le web documentaire est un format encore très jeune qui reste donc à défricher. Nous avons consulté les articles de presse de plus en plus nombreux consacrés au sujet mais qui ont l'inconvénient de se recouper souvent. Les ressources internet sont en revanche nombreuses : blogs spécialisés, débats filmés, sites personnels des auteurs... Quels que soient les supports, ce sont cependant souvent les mêmes intervenants qui s'expriment. Aussi, pour enrichir cette recherche, nous avons contacté différents professionnels qui nous semblaient pouvoir apporter un éclairage complémentaire.

Dans une première partie, nous vous présenterons la typologie proposée. Nous enchaînerons par une présentation des acteurs du secteur. Enfin, dans une troisième partie, nous exposerons notre projet de création de société dédiée au web documentaire.

I. État des lieux : typologie des contenus

La réelle difficulté de la tâche entreprise est d'aborder un secteur, un domaine, un mot unique, le « web documentaire » qui recoupe des réalités fortement dissemblables. Mais tout en ayant à l'esprit cette extrême diversité, nous avons voulu proposer une typologie des contenus basée sur un travail de recensement et d'étude des projets français existants.

Ce qui fait la spécificité d'un web documentaire est le fait que le spectateur n'est plus inactif et que cela suppose une recherche particulière dans son écriture. La narration n'est des lors plus forcément linéaire mais peut être éclatée et le spectateur, du seul fait de sa capacité à cliquer, interagit et modifie à son gré la construction narrative au sein d'une arborescence qui peut revêtir des formes très éloignées les unes des autres.

1) Le visuel interactif

Cette premiere catégorie concentre aujourd'hui la grande majorité des web documentaires étudiés3. Il s'agit de web documentaires pour lesquels l'interactivité consiste, pour l'internaute, à choisir entre plusieurs entrées pour accéder à des contenus qu'il peut voir dans un ordre indéterminé, ce qui n'exclut pas que la présentation lui suggère un ordre particulier.

a) Interface d'accueil et progression

D'une manière générale, il s'agit pour l'auteur d'amener l'internaute à sélectionner une entrée dans le web documentaire. L'entrée se fait le plus souvent par theme4 ou par personnage5. Il s'agit évidemment d'identifier assez rapidement ce qui est proposé, sans pour autant annoncer le type de contenu que le spectateur va trouver. Dans le cas de « Chanteloup, ma France6 », l'internaute est face à des photos. En déplaçant sa souris sur l'une d'entre elles, il fait apparaître un prénom et quelques lignes sur une vie. Il peut des lors choisir le point d'entrée qu'il souhaite. L'interface d'accueil est évidemment fondamentale pour donner envie d'aller plus loin.

Une autre entrée possible et fréquemment utilisée pour la navigation de l'internaute, consiste à lui présenter une carte7 l'amenant à cliquer sur l'endroit où il souhaite se rendre. L'exemple choisi est celui d'« iROCK8 », web documentaire sur les coulisses des Eurockéennes de Belfort 2009. L'internaute a ici le choix entre trois scenes du festival ou l'espace pro. Il peut encore, grâce à la croix rouge en bas à droite de l'écran, accéder à la liste de tous les artistes. En cliquant sur sa photo, la page qui s'ouvre présente l'artiste, sa discographie, mais aussi un de ses clips via Dailymotion. Elle donne aussi la possibilité de télécharger sa musique en MP3 grâce au partenariat du site d'Orange.

3 Cf. Annexe n°1

4 Cf. Visuel n°1, Annexe n°2

5 Cf. Visuel n°2, Annexe n°2

6 http://documentaires.france5.fr/webdocs/portraits-dun-nouveau-monde-emigration/chanteloup-ma-france

7 Cf. Visuel n°3, annexe n°2

8 http://irock.video-party.orange.fr/

Le choix d'utiliser une carte permettant d'orienter l'internaute, a aussi été fait par les auteurs, par exemple, de « La Cité des Mortes9 », d'« Adoma vers la maison10 », de « Good Bye Lénine. .la rouille en plus11».

Sur cette « page de garde », certains proposent une lecture linéaire, d'autres pas du tout.

Les web documentaires correspondant le mieux à cette typologie sont ceux produits par le Monde.fr qui en a d'ailleurs fait un format pour la plupart des programmes qu'il produit luimême. Prenons le plus connu en exemple, c'est-à-dire celui qui a obtenu le prix France 24- RFI du web documentaire au festival Visa pour l'image en 2009. Dans « Le corps incarcéré12 », l'internaute a accès à un web documentaire essentiellement basé sur des photographies sonorisées de façon linéaire ou pas. Dans sa version linéaire, il peut suivre visuellement sa progression grâce à un fil conducteur symbolisé par les mots marquants du récit qui s'illuminent une fois passés13. En navigant selon ses propres envies, il peut sélectionner un des cinq grands thèmes comme « le corps fouillé » correspondant à 2 ou 3 minutes de contenu ou aller directement à un mot particulier en dessous. Au-delà, il peut sélectionner trois vidéos d'experts qui abordent chacun un theme particulier en 2 minutes (le sexe, la musculation...). Il est donc proposé à l'internaute un contenu global et cohérent de 14 minutes 48 mais qui peut aussi être découpé en thèmes sélectionnables individuellement, eux-mêmes encore fragmentables. Et tout le travail d'écriture vise à ce que, dans les deux cas, le programme fasse sens. A cela s'ajoute quatre photos en bas à droite de l'écran, correspondant aux quatre personnes interviewées dont on entend les voix sur les images. En cliquant sur la photo, l'internaute accède à un court texte sur leur histoire. Les web documentaires « Mon catcheur ce héros », « Le corps handicapé vivre après l'accident » ou « Histoire d'oeufs » sont sensiblement construits sur le même modèle.

Le Monde.fr propose, de fait, un format qui a le mérite d'être identifiant. L'internaute qui a vu « Le Corps incarcéré » sait ainsi assez spontanément se déplacer au sein du « Corps handicapé14 ». Au-delà de l'aspect collection qui montre l'envie du journal de travailler sur un thème particulier (en l'occurrence le corps), il permet aussi de se concentrer sur le contenu et non plus sur la seule ergonomie du web documentaire.

Cette narration, parfois appelée narration en étoile, donne en général à l'internaute le sentiment d'être libre et pleinement acteur, mais parfois au détriment du récit. Car il faut une réelle réflexion narrative pour arriver à optimiser les capacités offertes par le web. Il faut veiller, comme le dit Samuel Bollendorff qui réfléchit beaucoup aux modes d'écriture adaptés au web : « à pouvoir raconter plusieurs histoires en même temps, à les entremêler tout en gardant en permanence du sens, tout en s'assurant qu'il y ait des points clefs par lesquels on passe forcément15 ». Il faut à la fois que chacun puisse avoir son parcours de lecture individualisé mais sans dissoudre le récit.

Parfois, comme dans « Piraterie en Somalie », le choix est fait d'insister sur la linéarité du contenu mais cela amène l'internaute à ne pouvoir agir pour passer à l'écran suivant qu'en cliquant sur « continuer » à chaque page, ce qui réduit à son minimum l'interactivité offerte. A l'inverse dans « Etudes et Thunes16 », l'internaute peut véritablement passer d'un theme à

9 http://www.lacitedesmortes.net/

10 http://www.thierrycaron.com/

11 http://www.good-bye-lenine-la-rouille-en-plus.eu/

12 http://www.lemonde.fr/societe/visuel/2009/06/22/le-corps-incarcere 1209087 3224.html

13 Cf. Visuel n°4, annexe n°2

14 http://www.lemonde.fr/a-la-une/visuel/2010/04/09/le-corps-handicape-vivre-apres-l-accident13309803208.html

15 Interview de Samuel Bollendorff, Cf. Annexe n°6

16 http://www.etudes-et-thunes.com/

l'autre et, à l'intérieur de chaque theme, d'un personnage à l'autre, tout en restant dans la construction globale d'une enquête sur l'argent des étudiants dont chaque contenu apporte un élément, donc une information.

b) Une diversité d'approches et de manières de faire

Ne nous y trompons pas, cette catégorie ne renferme pas des web documentaires qui se ressemblent forcément. Leur point commun réside dans ce qu'ils proposent à l'internaute dans son rapport à ce type de contenus. La catégorie « visuel interactif » ne suppose d'ailleurs pas non plus le choix d'un média dominant particulier. Certains sont plus basés sur de la photographie et du son comme « Le Corps incarcéré » quand d'autres se concentrent beaucoup plus sur de courtes vidéos comme « La crise du lait " ou « Haïti, la vie au milieu des ruines ». Et l'intérêt pour l'auteur réside souvent dans le choix du contenu le plus pertinent. Il est à noter, dans de nombreuses interviews d'auteurs, l'importance consacrée au son qui permet de créer un univers ou de mettre en exergue une parole. Car l'internaute est, comme nous l'a rappelé Thierry Caron, captif. Il est devant un écran et choisit d'entrer au moment qu'il veut dans le web documentaire. Pour l'auteur c'est sans nul doute une chance incroyable. Mais, comme à ce stade, rien n'est acquis, tout est mouvant, le public « est tellement impalpable qu'il n'y a pas de regles17 ".

De la même manière, chaque web documentaire est un objet multimédia singulier et les modes de fabrication peuvent refléter des réalités très différentes.

Il est néanmoins intéressant de constater que pour un certain nombre de web documentaires de ce type, c'est d'abord « la matière » qui a fait l'objet. C'est le cas du premier web documentaire de la Collection « Portraits d'un nouveau Monde " ou, justement, d'«Adoma vers la maison " de Thierry Caron.

Car on retrouve dans cette catégorie, et seulement dans celle-là, les web documentaires autoproduits, ceux de ces acteurs qui, seuls à un moment donné, ont voulu créer différemment, souvent sur la base d'une matière initialement récoltée pour un autre usage. C'est le cas de nombreux photographes comme Thierry Caron et son web documentaire pour lequel il avait effectué initialement un reportage photographique qu'il a été amené à transformer en web documentaire pour tenter d'être sélectionné (avec succès d'ailleurs) pour le prix RFI-France 24 de Visa pour l'image. C'est aussi le cas de « La route de la Faim18 ", dans la mesure où les deux auteurs du web documentaire Jean Abbiateci (journaliste) et Julien Tack (photographe) restent sur place pour alimenter leur blog, faire un web documentaire ou vendre un reportage photo. C'est sans nul doute, dans un genre différent, le cas des web documentaires réalisés au sein de rédactions (DNA, France 24) dont les journalistes collectent images et interviews, sorte d'information brute, qui pourront, par la suite, servir plusieurs usages. Il s'agit, des lors pour eux, d'utiliser les meilleurs vecteurs de diffusion pour la matière qu'ils veulent donner à voir. Pour les photographes engagés dans cette forme nouvelle de création, la vitrine offerte par le net est indéniablement un attrait.

La fabrication quant à elle, revêt des réalités très diverses. David Castello-Lopes auteur
d'« Histoire d'oeufs19 ", web documentaire correspondant au format du Monde.fr, précise que
« l'ensemble du projet a pris trois semaines pleines. Une semaine pour créer et ajuster le

17 Interview de Thierry Caron, Cf. Annexe n°8

18 http://www.espritblog.com/wp-content/uploads/2009/04/web_reportage.html

19 http://www.lemonde.fr/societe/visuel/2009/12/15/histoire-d-oeufs_1278320_3224.html

graphisme puis programmer l'animation Flash, quatre jours pour la documentation et les prises de rendez-vous, trois jours pour le tournage (à Paris, dans l'Eure et dans la Somme) et une semaine pour le montage, le mixage et l'exportation20 ». Selon Satellinet, « Les bras de la France21 », web documentaire de la rédaction de France 24 sur des travailleurs maliens en Bretagne, a mobilisé quatre personnes durant trois semaines.

Soren Seelow, auteur du « Corps incarcéré », s'est lui « occupé à plein temps pendant 3 mois de la partie journalistique, les enquêtes, les interviews, les reportages22 » puis a travaillé avec un journaliste du monde.fr pour passer de 8 heures de rush son aux 15 minutes utilisées dans le web documentaire final.

Jean-François Fernandez et Emmanuel Leclère détaillent de manière très précise23 le temps qu'il leur a fallu pour créer leur web documentaire. Il n'est évidemment pas possible de comparer leur démarche avec celle des journalistes d'une rédaction, ou avec celle des auteurs de « la Cité des Mortes » qui ont tenté de mener de front la parution d'un ouvrage, la mise en ligne d'un web documentaire et d'un blog et la diffusion d'un documentaire sur le même sujet.

Il reste qu'ils ont tous créé un objet multimédia avec une écriture particulière et dont le résultat permet, dans leur diversité, de les rassembler dans une catégorie d'oeuvre commune.

FOCUS : Le web documentaire avenir du photojournalisme ?

Agence Gamma dépose le bilan, Agence Sygma en liquidation judiciaire sans candidat à la reprise, multiplication de l'utilisation de visuels gratuits ou dits « DR » (droits réservés) par les éditeurs médias, la crise qui secoue le photojournalisme est puissante et indéniable. De fait, la remise, il y a quelques mois, lors du festival de photojournalisme le plus reconnu « Visa pour l'Image » d'un prix décerné à des auteurs de web documentaires a subitement amené à se poser la question : le web documentaire est-il l'avenir du photojournalisme ? L'espoir pouvait-il renaître de cette forme encore mal identifiée mais qui permettait là, à Perpignan, à quelques photographes d'être reconnus pour une nouvelle facette de leur travail. Quelques grandes figures du métier comme Alain Genestar parlent de renaissance quand d'autres montrent un grand scepticisme. Alors, le web documentaire est-il le parent pauvre du photojournalisme ou son avenir? Sans doute ni l'un, ni l'autre. Le web offre naturellement une capacité de diffusion incomparable avec celle offerte par la presse écrite. Mais si le web documentaire peut être un nouveau support du photojournalisme, tout photojournaliste ne va pas, demain, se transformer en auteur de web documentaire. Faire de la vidéo, se mettre à l'infographie : ce n'est plus le même métier. Il reste que cette diversification est actuellement considérée comme un débouché possible, un nouvel horizon dans un secteur qui broie du noir. Le lancement en 2008 du projet « Anthropographia »24, à la fois concours international, initiateur d'expositions à travers le monde, et webmagazine en témoigne : en sélectionnant des oeuvres exigeantes basées sur des nouvelles formes de récit, il a suscité un réel engouement dans la profession.

20 http://www.digital-storytelling.org/index.php/2009/12/16/78-lemondefr-met-en-ligne-histoire-d-oeufs-un-nouveaudocumentaire-multimedia

21 http://www.france24.com/static/infographies/webdocumentaire-travailleur-malien-bras-france-collinee-bretagne-abattoirkermene-immigration/index.html

22 http://www.lafabriquedelinfo.fr/produits-finis/56-produits-finis/203-webdoc-2?start=2

23 Interviews de Jean-François Fernandez et d'Emmanuel Leclère, Cf. Annexe n°7

24 http://www.anthropographia.org

2) Les récits interactifs

De notre recensement des productions existantes, émerge une deuxième catégorie de web documentaires : les récits interactifs. Au lieu de « picorer » des informations et des témoignages au gré de ses envies comme dans les visuels interactifs, l'internaute est cette fois placé dans la peau d'un reporter ou d'un explorateur. A lui de mener l'enquête, de poser les questions, tout au long d'un parcours qu'il ne maîtrise qu'en partie. A la clef, une expérience qui s'approche de celle du jeu vidéo avec souvent en toile de fond une enquête journalistique approfondie.

a) Le récit dont vous êtes le héros

Comme dans « les livres dont vous êtes le héros », où le déroulement du récit est déterminé par les choix du lecteur, l'internaute qui s'engage dans un récit interactif a la possibilité de choisir son parcours. Placé aux commandes d'une enquête, il pourra au choix décider de sa prochaine destination, choisir une nouvelle personne à interviewer ou déterminer les questions qu'il souhaite poser à un témoin. Chaque étape apporte un éclairage ou un point de vue supplémentaire à l'internaute qui avance ainsi dans ses investigations à mesure qu'il chemine dans le web documentaire. Le récit, qui se fait souvent à la première personne du singulier, accentue l'impression d'immersion du lecteur et brouille la frontière entre fiction et réalité.

« Voyage au Bout du Charbon25» du photographe Samuel Bollendorff et du journaliste Abel Ségrétin, a établi les codes du genre. Mis en ligne sur le site du Monde.fr en décembre 2008, il a été vu plus de 200.000 fois alors que son sujet est pourtant loin d'être évident : le quotidien des mineurs du Shanxi en Chine. Bâti à partir des matériaux classiques d'un documentaire (faits documentés, interviews, cartes), « Voyage au bout du Charbon » a été conçu pour faire jouer un rôle actif à l'internaute. « Vous êtes journaliste indépendant. Vous avez décidé de mener une grande enquête en Chine sur les conditions de travail des ouvriers qui chaque jour recommencent `le miracle économique chinois' », énonce la première page. L'internaute décide de son parcours à la fin de chaque séquence : il peut « visiter la mine d'Etat », ou « partir à la recherche de mineurs », « reprendre la route » ou interviewer des témoins. Le résultat est un mélange de documentaire, de fiction et de jeu vidéo. « Ce n'est pas un reportage pur, il y a des choses qu'on a été obligé de réécrire et c'est pour ça qu'il y a un avertissement au départ. Mais en même temps, on est vraiment dans une enquête poussée et finalement je crois qu'on est plus proche de la réalité que peut l'être un reportage du journal télévisé de 20 heures », explique Samuel Bollendorff dans une interview au Monde.fr26.

L'internaute est le héros du récit mais il n'en a pas toutes les clefs. Son parcours est en réalité encadré et les options ne sont pas infinies : choix entre quatre questions prédéfinies, entre deux profils, entre un nombre limité de destinations... L'écriture des récits interactifs repose sur un scénario préécrit avec le plus souvent un début, des péripéties et une fin. La trame de fond est donc linéaire comme dans un documentaire classique mais avec l'interactivité en plus. Tout est ensuite affaire de dosages.

25 http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/visuel/2008/11/17/voyage-au-bout-du-charbon_1118477_3216.html

26 18/11/2008

Dans « Thanatorama27», l'internaute est invité à prendre part à une aventure « dont il sera le héros mort ». Ce projet original sur l'univers du monde funéraire promet une expérience inédite : découvrir le parcours de notre corps une fois que le coeur s'est arrêté. « Vous êtes mort ce matin, est-ce que la suite vous intéresse ? » demande la voix « off » qui accompagne l'ensemble du récit. Dans ce web documentaire produit en 2007 par Upian, l'interactivité est relativement discrète et la linéarité du récit privilégiée. Comme le montre la cartographie des chapitres28, le récit offre plusieurs options à l'internaute mais elles le ramènent inévitablement à un même fil conducteur. Ainsi, dans la premiere séquence, l'internaute, qui vient d'apprendre son décès virtuel, doit préciser s'il a souscrit ou non un contrat d'obseques. Qu'il ait répondu par l'affirmative ou par la négative, il se retrouvera de toute façon à l'étape suivante au funérarium. L'accent est mis sur l'expérience de l'utilisateur grace à un graphisme et une ambiance sonore très étudiés, une série de photographies parfois crues et un commentaire dont l'humour tranche avec le caractère morbide du sujet.

Par comparaison, « Le Challenge29 » donne davantage de liberté à l'internaute qui est invité à se mettre dans la peau d'un journaliste indépendant pour enquêter sur le procès qui oppose la multinationale Chevron-Texaco à un groupe de paysans et d'indiens en Equateur. Ceux-ci réclament 27 milliards de dollars pour les dommages environnementaux et sanitaires causés par le géant pétrolier. Grace à une carte interactive, l'utilisateur a la possibilité de mener son enquête sur un mode quasi-linéaire mais il peut aussi naviguer de thème en thème. Un « bloc-notes » est également à sa disposition pour des informations politiques, historiques et géographiques. A l'utilisateur, au final, de faire sa propre opinion.

b) Narration imposée vs narration « omnipotente »

Le « cheminement contrôlé » est ce qui distingue les récits des visuels interactifs où l'internaute est omnipotent : il peut aller où il veut quand il veut, parfois au risque d'un manque de profondeur narrative. Dans le récit interactif au contraire, l'accent est mis sur le point de vue de l'auteur qui constitue la trame du web documentaire. La distinction est toutefois très schématique et toute une palette de nuances existe entre les deux formules.

Certains web documentaires sont à la frontière des genres comme « La Cité des mortes30» produit en 2005 par Upian. Diffusé sur un site internet dédié, il a accompagné la sortie du livre « La ville qui tue les femmes31», des journalistes Jean-Christophe Rampal et Marc Fernandez qui ont mené deux ans d'enquête sur la ville mexicaine de Ciudad Juarez où près de 400 femmes ont été assassinées et 500 autres ont disparu depuis 1993. De cette investigation, ils ont également réalisé un documentaire diffusé sur Canal +. Le postulat de départ est identique à celui des sujets qui viennent d'être cités : faire jouer un rôle actif à l'internaute en lui donnant différentes clefs pour mener sa propre enquête. En naviguant sur les ondes de radio Ciudad, il peut ainsi accéder à différents témoignages (un avocat, un enquêteur, un criminologue, le pere d'une victime ...). Il peut aussi consulter une carte qui situe les différents acteurs et les lieux du drame, cliquer sur les fiches signalétiques des victimes, faire défiler un portfolio de photos prises par les journalistes pendant leur enquête. L'ensemble du site possede par ailleurs une unité visuelle forte qui renforce l'impression

27 http://www.thanatorama.com/

28 Cf. Visuel n°1, Annexe n°3

29 http://www.canalplus.fr/pid3400.html

30 http://www.lacitedesmortes.net

31 Hachette Littérature, 2005

d'immersion de l'internaute. En revanche, aucune trame narrative ne relie ces différents éléments qui cohabitent de manière indépendante. C'est à l'internaute de recréer sa propre narration et de remettre les différents éléments en perspective, ce qui peut s'avérer fastidieux et frustrant. « La Cité des mortes » peut s'analyser comme une tentative de récit interactif mais qui se rapproche davantage du visuel interactif en raison de la délinéarisation totale du récit. Cela s'explique sans doute par le fait que les auteurs ont conçu le site internet comme un complément à leur livre enquête. Ainsi, chaque photo comporte le numéro de chapitre du livre qui s'y rapporte et les fiches signalétiques des victimes sont présentées comme « un complément visuel et une aide à la lecture ». Pour Joël Ronez, directeur du pôle web d'Arte France, il est important qu'un web documentaire puisse exister de manière autonome même s'il est pensé des le départ comme le pendant d'une diffusion télé par exemple. « On a voulu d'abord produire, et c'est encore notre critère aujourd'hui, des choses qui tiennent debout toutes seules sur le web " a-t-il expliqué à l'occasion de l'atelier « Doc on Web " organisé par la SCAM, le 20 janvier 201032. « On les développe de manière autonome et on a comme condition qu'il n'y ait pas besoin d'antenne pour que cela fonctionne. (...) Cela nous a permis aussi d'explorer de nouvelles formes de narration, de nouvelles formes de productions, de recherche d'interfaces ".

c) Nécessaire collaboration entre les auteurs et les professionnels du web

Cette deuxième catégorie de sujets est beaucoup plus homogène que la première mais aussi beaucoup moins fournie. Au total, seulement une demi-douzaine des productions recensées dans notre typologie correspondent à ce type de narration. L'élaboration d'un récit interactif demande souvent plus de travail qu'un dossier multimédia mais aussi un budget plus conséquent : 65 000 euros pour « The Big Issue, l'Obésité est-elle une fatalité ?33", 50 000 euros pour « Le Challenge " contre 30 000 euros pour « Le corps incarcéré " par exemple. Autres caractéristiques de ces web documentaires, ils sont souvent plus longs que les visuels interactifs (plus de 30 minutes en moyenne) et le support vidéo est davantage présent.

Surtout, ils nécessitent un travail important en terme d'interactivité : choix de l'interface, des modes de parcours de l'internaute, liens, graphisme, base de données . .« Le principe de l'interactivité, inspiré du jeu vidéo, nécessite l'écriture d'un synopsis extrêmement précis. Un vrai casse-tête ! Car mon matériau, c'est le réel. Il faut donc faire preuve d'imagination sans pour autant le trahir ", explique Laetitita Moreau34, l'auteur de « Le Challenge ", sa première expérience dans le web documentaire après la réalisation de plusieurs documentaires « traditionnels ". Pour « Voyage au bout du charbon ", les auteurs ont mené une réflexion approfondie sur l'interface avec la société de production Honkytonk et l'agence web 31 Septembre, qui ont depuis fusionné. Plusieurs tests ont été effectués pour aboutir à la réalisation d'une maquette. Cette collaboration nécessaire avec les professionnels du web n'est pas toujours évidente, comme l'explique Samuel Bollendorff à propos de son travail sur « Voyage au bout du charbon " avec un développeur35. « C'est compliqué parce que ce n'est pas du tout la même culture. (...) Il était tres sympa et tres performant mais le problème c'est qu'il faisait du code. Donc moi, à chaque fois que je disais : cette image on pourrait l'afficher

32 http://www.dailymotion.com/video/xc0dia doc-on-web creation#from=embed?start=2

33 http://www.curiosphere.tv/ressource/22876-lobesite-est-elle-une-fatalite

34 Interview dans Télérama, 22 février 2010

35 Samuel Bollendorff, Op. Cit.

une seconde de plus, lui passait 15 minutes à une demi-heure de transcription. C'était extrêmement chronophage ".

d) La marque de fabrique Honkytonk

Sur la demi-douzaine de web documentaires que nous avons rangés dans cette catégorie, la plupart ont été produits par la société Honkytonk, dont c'est devenu en quelque sorte « la marque de fabrique ». La jeune société s'est spécialisée depuis deux ans et demi dans le web documentaire avec pour objectif d'écrire des « histoires interactives " qui tirent parti de toutes les potentialités de visionnage sur le web. Dans « Le Challenge ", « Voyage au bout du charbon " ou « The Big Issue : l'Obésité est-elle une fatalité ", les récits empruntent des formes différentes - enquête journalistique pour le premier, reportage dans le deuxième et documentaire pédagogique pour le dernier - mais ils pourraient tous se résumer ainsi « L'Aventure dont vous êtes le héros ". Au-delà de la narration, les trois web documentaires comportent de nombreuses similitudes en terme d'interface graphique, de modes de navigation, de liens. De « Big Issue " à « Le Challenge ", on retrouve des formats de questions identiques et les mêmes interviews de témoins parfois représentés par des photos fixes36. Il y a donc un « format Honkytonk » qui constitue d'un début d'industrialisation de la production et permet notamment de réduire les coüts de développement sur l'interface, ce qui n'empêche par la société de produire d'autres projets comme des visuels interactifs à l'image de « iROCK".

3) Les récits participatifs et/ou contributifs

Parmi les web documentaires, si les visuels interactifs modernisent l'écriture documentaire en utilisant une des caractéristiques principales du web, à savoir le multimédia, et que les récits interactifs développent des possibilités d'interactions avec le public, les récits que nous qualifierons de participatifs et/ou contributifs, apportent une dimension supplémentaire à ces deux catégories en travaillant la troisième grande caractéristique du web : le participatif/contributif. Pour schématiser, cette catégorie d'oeuvre pourrait être au web documentaire classique ce que le web 2.0 est à internet. D'ailleurs, du web 2.0 elle reprend le grand principe - la possibilité de partager de l'information sur le net d'une façon à la fois communautaire et personnalisée - pour favoriser l'apparition de nouvelles formes, écritures ou interactions avec l'internaute.

a) La dimension participative/contributive

Au sein de cette catégorie on peut citer le diptyque de Serge Gordey produit pour Arte : « Gaza/Sderot37 " et « Havana/Miami38 ", qui décline un même format intitulé "synchronicité". Comme l'explique Joël Ronez, responsable du pôle web d'Arte France : « Il s'agit de relater au jour le jour, avec des vidéos parallèles, la vie de deux endroits en

36 Cf. Visuels n°2 et n°3, Annexe n°3

37 http://gaza-sderot.arte.tv/

38 http://havana-miami.arte.tv/

opposition, symbolique ou réelle39 ». Concrètement, cela se traduit par une division de l'écran en deux fenêtres40, chacune présentant, à une date donnée, une rencontre avec un habitant de chacun des deux endroits. Les vidéos sont consultables par date (sur une frise chronologique correspondant aux dates de mises en ligne qui se sont déroulées sur 3 mois), par personnage, par lieu ou même par theme. C'est donc l'internaute qui choisit sa navigation dans le récit, au sein de près de 80 modules pour créer des interactions entre les personnages : ressemblances, différences, oppositions, échos... L'interactivité gagne en profondeur, l'internaute pouvant lui-même éditorialiser les contenus. Au-delà de cette interface, l'internaute est également invité à interagir avec le contenu grâce à un espace participatif, accessible depuis chaque vidéo, qui lui permet de déposer un contenu texte, photo ou bien vidéo (forcément importée depuis Youtube, Daylimotion ou Viméo) en réaction aux vidéos proposées et de partager ces réactions, ou les vidéos du programme, sur Twitter, Facebook, sur un blog ou par email. La force du dispositif est en fait la production et la mise en ligne progressive des modules. Elle permet, sur cette période, une interaction directe entre les internautes et les auteurs ou les personnages qui peuvent à leur tour réagir aux commentaires des internautes.

Web documentaire évènement, « Prison Valley41 », de David Dufresne et Philippe Brault, s'inscrit dans cette continuité en développant davantage le projet dans une dimension communautaire. Des l'arrivée sur le site, il est proposé à l'internaute de s'inscrire pour intégrer la communauté « Prison Valley » et par la suite, de reprendre une session là où il l'aurait arrêtée. Cette inscription peut se faire de manière classique, en communiquant son adresse email, ou plus novatrice, en faisant le lien directement avec son profil Facebook ou Twitter. Il est même proposé à l'internaute de mettre à jour son profil automatiquement en fonction de son parcours dans le web documentaire (initialement cette mise à jour était automatique, devant les plaintes de nombreux utilisateurs trouvant le dispositif trop intrusif, elle est devenue optionnelle). Cette inscription faite et après une vidéo d'introduction, l'internaute arrive dans une chambre d'hôtel qui jouera le rôle de menu dans la navigation42. Dès lors, il aura la surprise de voir son pseudo apparaître en bas de l'écran, indiquant qu'il « est ici », ainsi que ceux des autres personnes présentes avec lui sur le site, ou celles qui ne sont « plus ici », cette astuce a pour mérite de matérialiser l'expérience collective et sociale qu'est internet. Cette page propose également une icône qui permet également la discussion directe entre les personnes présentes à la maniere d'un chat43. Dans cette même logique, le web documentaire ménage un espace important aux discussions autour du thème - l'industrie de la prison - pour favoriser l'échange entre les internautes mais aussi entre eux et les auteurs ou des intervenants sur le sujet, ou même avec les personnages du documentaire auxquels il est possible de laisser un message.

Reprenant à son compte le concept de « Lonelygirl1544 », faux vidéo-blog d'une adolescente angoissée et vraie fiction d'un nouveau genre, « Twenty Show45 », produit par la société Zadig, pousse davantage la dimension participative en réalisant une oeuvre hybride à partir des contributions des internautes. Pour Bruno Nahon, producteur, le projet était le suivant : tenter de « raconter la jeunesse de façon organique et non préméditée, loin de la télévision et du journalisme46 ».

39 « Gaza-Sderot, des terres vues du Web: trois questions au responsable du pôle Web d'Arte France », Anne Kerloc'h, 20minutes.fr, 26/10/2008

40 Cf. Visuels n°1 et n°2, Annexe n°4

41 http://prisonvalley.arte.tv

42 Cf. Visuel n°3, Annexe n°4

43 Cf. Visuel n°3, Annexe n°4

44 http://www.lg15.com/lonelygirl15

45 http://www.myspace.com/twentyshow

46 Compte rendu de la rencontre CNC/SACD 2009/2010 - 17 novembre 2009 -- Utilisation d'internet comme outil d'écriture : quelles méthodes de travail entre les auteurs du web, du cinéma et de la télévision ?

Pour se faire, en complément d'Arte, la production a sollicité MySpace pour jouer le rôle d'interface entre les auteurs et les jeunes, l'idée étant de trouver des jeunes qui racontent leur vie dans leur propre langue. Dans ce but, le producteur a créé des fictions, à la manière de vidéo-blogs, avec cinq équipes de tournage (auteurs, réalisateurs, caméras, comédiens). Cinquante épisodes ont été réalisés et proposés sur le web, dès lors de véritables contributions sont arrivées, reprenant les codes mis en place par les fictions. A partir de ces contributions, une seconde équipe a réalisé de nouvelles fictions où des comédiens jouaient en temps réel dix épisodes de trois minutes. Au final, un film de 90 minutes a été réalisé et diffusé sur Arte, en mélangeant ces trois niveaux d'images : les fictions, les contributions, et les fictions réalisées à partir des contributions. « Twenty Show », à tous les niveaux, dépasse le cadre du web documentaire : web docu-fiction contributif ? Projet transmédia ? Définir « Twenty Show » n'est pas évident, mais il permet d'esquisser une piste dans laquelle s'engage de plus en plus le web documentaire, à l'image par exemple de « PIB, l'indice humain de la crise économique canadienne47 » web documentaire de l'Office national du film du Canada qui ambitionne de témoigner des effets à long terme de la crise sur la vie des Canadiens en faisant appel à leurs contributions.

b) Une ambition de forme et de moyens

Outre cette dimension participative et/ou contributive, ces web documentaires ambitieux ont en commun d'être des formats longs (entre 59 et 160 minutes), avec une position dominante de la vidéo. Par leur structure, ils se rapprochent des visuels interactifs en ce qu'ils sont composés de modules qui sont autant de récits et d'entrées possibles à l'intérieur du récit, mais par leur caractère immersif, ils s'apparentent davantage aux récits interactifs. Une richesse de contenus qui permet une navigation très libre tout en donnant à l'internaute un sentiment de linéarité et de constante découverte.

Bien entendu, cette richesse de contenus et cette ambition de la forme a un coût, et pas des moindres. Avec des budgets dépassant les 200 000 €, ces quatre oeuvres font office de supers productions dans le monde sous-financé du web documentaire. De fait, leur montage financier présente un intérêt évident quant à l'étude économique du secteur. Premiere caractéristique, la plus décisive, ces quatre projets bénéficient tous de la participation d'un diffuseur audiovisuel, qui plus est du même, Arte. Nous reviendrons par la suite sur le rôle particulier qu'endosse Arte dans ce secteur, mais l'on peut d'ores et déjà affirmer que ces productions n'auraient pas vu le jour sans son solide investissement. En couvrant à chaque fois plus du tiers du devis, Arte assume le rôle de diffuseur conformément à ses pratiques en matière d'audiovisuel. Il est probable, au regard des autres projets soutenus par la chaîne, que cet investissement conséquent a été permis grâce à une déclinaison antenne du web documentaire. En effet chacun de ces projets a donné, ou donnera lieu à un programme audiovisuel qui n'est autre qu'un remontage, voire une simple transposition des contenus web (ceci expliquant aussi la forte dominance de la vidéo sur ces projets, finalement plus proches en termes de moyens de productions audiovisuelles que de contenus web). Dans les faits, Arte s'engage à la fois sur une participation ou coproduction de l'oeuvre web et sur l'achat de droits d'antenne pour la déclinaison, sur deux budgets différents : l'antenne et le pôle web. Autre point commun, ces projets ont été également financés dans les mêmes proportions par le CNC qui a suivi dans sa logique de soutien aux oeuvres pour les nouveaux médias, l'effort engagé par le

47 http://pib.onf.ca/index

diffuseur. Ces deux financements importants ne couvrent pas pour autant l'intégralité des devis. Les producteurs ont donc été obligés, à la manière de la production audiovisuelle classique, de diversifier les sources de financements complémentaires pour boucler leur budget. C'est le cas par exemple du diptyque de Serge Gordey, lequel bien que monté avec deux structures de production déléguée différentes pour chacun des projets48, s'appuie sur une démarche similaire de coproduction internationale avec les pays de tournage. Ainsi chacun des producteurs responsables du tournage sur place est devenu co-producteur de l'oeuvre. Pour « Prison Valley », dont l'équilibre financier n'est pas encore atteint, le producteur Upian, a fait le pari d'une approche crossmedia en multipliant les supports de diffusion (application iPhone, exposition, publication d'un livre) et des partenaires.

Au regard de l'ambition de ces projets et des sommes investies un important dispositif promotionnel a été mis en place sur ces productions, favorisé par la qualité cross ou trans média des oeuvres qui leur assure une meilleure visibilité. Il faut dire que la dimension contributive mise en jeu dans ces projets implique une importante communication pour créer « l'appel » aux contributions. Une fois que la machine est lancée elle s'emballe rapidement mais auparavant elle a besoin d'un minimum de soutien. Contrairement aux diffusions audiovisuelles qui font quasiment l'intégralité de leur public en une seule fois, les web documentaires, en l'absence de rendez-vous précis, imposent une fréquentation sur la longueur, l'audience connaissant un pic d'affluence au moment de son lancement qui ralentit assez rapidement avant de se stabiliser. La stratégie employée par Arte pour accompagner le lancement de « Prison Valley " est sur ce point remarquable : une conférence de presse quelques jours avant l'ouverture du site, une forte représentation des auteurs, producteurs et même de la chaîne dans les médias au moment de la mise en ligne et une multitude d'animations tout au long d'une période de promotion du site qui va durer deux mois. L'idée d'Arte est de porter suffisamment le web documentaire pour lui assurer 400 000 visites durant cette période. Si les premiers chiffres n'ont pas été communiqués, les producteurs se félicitent pour l'heure de la durée de visionnage qui dépasse le quart d'heure, soit bien plus que les 4 minutes de moyenne sur les sites de vidéo. Les partenaires jouent également un rôle important dans la visibilité de ces programmes. « Prison Valley ", « Gaza/Sderot " et « Havana/Miami ", sont hébergés sur des sites dédiés. Même si Arte leur accorde une visibilité temporaire sur sa page d'accueil, le seul moyen pour ces sites d'exister est de multiplier leurs portes d'entrées. Leur structure épisodique facilite cette logique en permettant aux sites partenaires de mettre en ligne des modules sur leur site (France Inter, Libération, Le Monde...), dans cette même logique, l'internaute, en exportant certaines vidéos sur son blog, participe à sa diffusion.

Cette dernière catégorie, sans doute la plus ambitieuse en termes de moyens et d'innovation, fait apparaître le rôle prépondérant des diffuseurs de télévision, ce qui relève du paradoxe pour un format destiné aux nouveaux supports de diffusion. Comme pour les autres productions audiovisuelles classiques, le web documentaire est en outre largement soutenu par le CNC dont l'ambition est de parvenir à une certaine professionnalisation du secteur.

48 Bo Travail ! pour « Gaza/Sderot " et Alegria pour « Havana/Miami "

II. Les acteurs du secteur

1) Les diffuseurs

a) La presse écrite peu présente

Indéniablement, la presse écrite ne s'est pas encore réellement investie dans ce domaine. La crise profonde qu'elle traverse actuellement, l'attente d'un nouveau modèle économique sur internet qui ne se dessine pas encore, amènent les éditeurs de presse à être encore bien frileux. Mais parallèlement et paradoxalement peut-être, ils attendent beaucoup des nouveaux usages et des nouveaux formats pour qu'émerge un nouveau modèle économique, notamment grace à l'arrivée des tablettes. Il faut dire que le lancement de l'iPad cristallise actuellement tous les espoirs. Quotidiens et magazines sont actuellement nombreux à proposer ou annoncer des applications nouvelles.

Il est à noter la place singulière du journal Le Monde qui est actuellement le seul quotidien à s'être mis sur le créneau du web documentaire. Indéniablement le quotidien a fait le choix de se positionner sur le secteur, sans nul doute pour ne pas s'en exclure, et peut être plus pour une question d'image que de valorisation de ce type de formats, et sans investissement financier réellement significatif. Néanmoins, il a réussi à être un acteur visible. Difficile de connaître les montants engagés dans les contenus. On sait que 2 000 euros ont été engagés pour « Voyage au bout du charbon », l'un des premiers web documentaires diffusés par le site du journal. Par contre, le quotidien ne communique pas de chiffres pour les web documentaires élaborés en interne qui constituent la majeure partie des contenus du site. Les flux financiers sont, de fait, plus que réduits. C'est pourquoi d'ailleurs, la presse écrite n'est pas réellement un interlocuteur pour les créateurs de web documentaires du type « récit interactif » en recherche de financement. Ainsi, Samuel Bollendorff pour son web documentaire sur l'obésité n'a pas pris contact avec son précédent diffuseur : « Je me suis rendu compte finalement que pour l'obésité, je n'avais pas essayé de mettre la presse dans la boucle parce que, de toute façon, ils ne financent pas un projet comme ça et ils n'ont d'ailleurs toujours pas compris qu'il fallait qu'ils financent des projets sur le web49 ».

Peu d'argent en circulation donc, mais une recherche manifeste de contenus nouveaux à mettre en ligne. C'est ainsi que le web documentaire financé par SFR et intitulé « HomoNumericus » se retrouve sur le site du Monde.fr. C'est aussi le cas du web documentaire « Témoins du dedans » financé par l'UNICEF. Manifestement le journal a décidé de se positionner comme un diffuseur majeur de web documentaires et cherche du contenu. Car, en terme d'image, le web documentaire permet à un journal de montrer une certaine modernité, un positionnement d'avenir, et surtout, sans nul doute, une ambition pour proposer à son public une offre diversifiée. A titre d'exemple pour un journal comme Les Dernières Nouvelles d'Alsace, le fait de voir un de ses contenus, « La maraude à l'écoute des sans-abris », bénéficier durant une semaine de la visibilité du festival « Visa pour l'image », même si cela ne génère aucun revenu, assure néanmoins une exposition qui n'est pas secondaire.

49 Samuel Bollendorff, Op. Cit.

Il reste que le coüt d'un web documentaire est significatif et il suppose, de plus, pour être réalisé, de faire appel à différentes compétences : deux préalables qui peuvent être considérés comme autant d'obstacles pour les organes de presse.

Les chaînes de télévisions sont, quant à elles, plus habituées à financer des contenus audiovisuels du type documentaire ou reportage et ont, de fait, un réflexe plus naturel pour financer des contenus de web documentaires pour leurs sites internet. Il s'agit aujourd'hui pour les chaînes de tenter de fidéliser le public des internautes afin de conserver une certaine catégorie de public.

b) Les chaînes de télévision

Au sein des diffuseurs audiovisuels, deux chaînes investissent particulièrement dans le secteur : France 5 et Arte. En ce qui concerne Arte, il est à noter que dès 2002, la chaîne et le centre Georges Pompidou lançaient un premier Festival du Web Documentaire ayant pour but de sélectionner et de montrer au public les meilleures présentations web de documentaires à contenu international. Son appétence n'est donc pas nouvelle. Il existe d'ailleurs aujourd'hui au sein d'Arte un comité spécialement chargé des projets web. Cette structure informelle a vocation à scruter à la loupe les projets web soumis à la chaîne avec une exigence particulière en matière d'écriture et d'exploitation des possibilités offertes par le web. Il en est notamment sorti « Gaza/Sderot ", puis « Havana/Miami", « Twenty Show " et « Prison Valley ", avec pour chacun, des budgets dépassant les 200 000 euros. Le lancement du site dédié appelé « Webdocs » n'a fait que prolonger la démarche engagée, mais avec deux objectifs précis : assurer un point de repère pour l'internaute et se démarquer des concurrents comme l'indique Joël Ronez, responsable du pôle web d'Arte France : « C'est d'abord du marketing éditorial. Si on a plusieurs web documentaires, et un public pour les voir, autant être plus clairs, et faire en sorte qu'on puisse les retrouver facilement à un seul endroit. C'est, ensuite, un moyen de mettre en scène autrement notre production, en donnant du contexte et d'autres points de vue sur un programme, en proposant des bonus, des making of, des interviews... C'est aussi un genre dont commencent à s'emparer nos confreres et néanmoins concurrents ; avant, nous étions tout seuls, maintenant nous devons montrer ce qui fait notre spécificité, et nous battre pour l'audience50 ". Ainsi, Arte, élabore une réelle stratégie et semble être la seule chaîne à investir réellement dans ces nouveaux formats. Cela a d'ailleurs une certaine cohérence avec sa ligne éditoriale de chaîne de télévision qui, en 2009, occupait la première place de diffuseur en terme d'investissements dans le documentaire avec 32,4 millions d'euros, soit 19,9% de l'ensemble des apports des diffuseurs dans le genre51.

En ce qui concerne France 5, l'annonce du lancement de la collection documentaire « Portraits d'un nouveau monde " en collaboration avec la société Narrative et pour un budget de 480 000 euros, a naturellement suscité un intérêt. La chaîne a largement communiqué sur cette initiative. France 5 est ainsi devenue la chaîne du groupe France Télévisions désignée pour se placer sur le créneau. Dans un genre différent et sans doute moins tape à l'oeil, elle s'était déjà illustrée via la Curiosphère dans le format du web documentaire avec la production de « The Big issue, l'obésité est-elle une fatalité? ". L'approche initiale était considérée comme plus éducative. C'est d'ailleurs le point de vue

50 Interview de Joël Ronez : http://television.telerama.fr/television/arte-lance-arte-webdocs-sa-plate-forme-documentaire-surinternet,52886.php

51 Bilan 2009/dossier#314/mai2010 CNC

adopté par Jean-Marc Merriaux, responsable des contenus éducatifs de France Télévisions qui considère « que l'éducation est sfirement le meilleur espace pour innover autour de nouvelles pratiques interactives ». Son budget propre pour développer les web documentaires éducatifs du groupe s'éleve à 250 000 euros cette année, et s'ajoute aux aides du CNC et aux autres financements, pour créer un nombre significatif de contenus52.

Le groupe France Télévisions s'assure ainsi une visibilité dans le secteur sans néanmoins aller jusqu'à mobiliser des moyens substantiels pour se démarquer.

Canal+, de son côté, a d'abord tenté d'enrichir son contenu télévision en proposant notamment sous forme de web documentaire, le making of de la série « Braquo ». « Le Challenge », est, lui aussi, un web documentaire complémentaire d'un documentaire diffusé par la chaîne mais a l'ambition d'être un contenu pouvant exister de maniere indépendante. A cette heure, la chaîne est donc présente mais moins à l'avant-garde qu'elle peut l'être dans d'autres domaines.

c) Une diffusion télé sinon rien ?

Face au développement de ce type de programme, le couplage entre web documentaire et diffusion télévisuelle est souvent considéré comme l'avenir. Pour Mathieu Mondolini, journaliste aux DNA et auteur de web documentaires, cela ne fait aucun doute : « le seul modèle économique d'apres moi, c'est de l'adosser à un reportage classique53 ». C'est aussi l'envie d'Emmanuel Leclere qui, apres avoir autofinancé « Good Bye Lénine. la rouille en plus », aimerait désormais « vendre un docu télé couplé à un web doc54 ». Le lien entre ces programmes et un évenement d'antenne permet évidemment d'élargir la cible du public et de pouvoir communiquer plus facilement, et évidemment aussi de bénéficier d'une aisance financiere incomparable. Difficile d'investir plusieurs dizaines de milliers d'euros sur un contenu qui risque de se perdre dans les limbes de d'internet. Le partenariat avec des réseaux sociaux ou des sites de partage assure un peu de visibilité et un partage théorique à 50/50 des recettes publicitaires qui pourraient être perçues, ce qui correspond à une goutte d'eau dans un budget.

Mais la diffusion télé doit être issue d'une vraie réflexion et d'un choix déterminé des l'écriture du projet. L'adossement à une émission télé ou une diffusion télé d'une partie linéaire du web documentaire permet indéniablement de lever des fonds qui ne pourraient l'être autrement. Mais ce n'est pas le passage obligé pour le web documentaire aujourd'hui. Il existe, nous l'avons vu, des types de web documentaires tres différents et des formes d'écriture tout aussi diverses. C'est le choix que vient de faire Jean-François Fernandez : « Un producteur télé est intéressé par mes projets, mais lui souhaite les décliner en version télé, ce qui ne m'intéresse plus (même si j'aime la vidéo) car c'est le travail photo qui m'intéresse...55 ».

Créer pour le web et seulement pour le web et ses possibilités particulières, est une approche
tout aussi légitime et nombre de web documentaires basés notamment sur le travail

52 Sur la partie projet éducatifs de France 5, http://www.france5.fr/et-vous/userdata/c bloc file/0/235/235 fichier PrDPaction-educ.pdf

53 http://aidj.owni.fr/2009/10/08/le-socle-du-webdocumentaire-cest-la-photo/

54 Emmanuel Leclère, Op. Cit.

55 Jean-François Fernandez, Op. Cit.

photographique, visent ce moyen unique de diffusion. Car la photographie a le mérite de stimuler l'imagination du spectateur.

Si la presse écrite cherche son modèle économique, certains comme Le Monde ont décidé de se positionner dans un premier temps comme diffuseur et créateur de web documentaire créés en interne ou comme simple diffuseur de contenus financés par d'autres. Car, bénéficier de contenus divers et porteurs, c'est aussi créer une audience qui, le moment venu, pourra être monétisée. D'ores et déjà, le journal réfléchit à des opérations de sponsoring pour financer en partie des web documentaires. Il y aura bien, dans ce cadre, une création de contenus qui pourront être exigeants sans inévitablement passer par un couplage avec une diffusion télé. Et les chaînes de télévision ne sont pas en reste, non pas pour alimenter leurs cases antenne mais pour diversifier les contenus qu'elles proposent à leurs téléspectateurs via leur site internet. Si Arte et France 5 sont à la pointe, France 24 a, elle aussi, développé une offre en terme de web documentaire élaboré en interne par la chaîne.

Il reste que les web documentaires aujourd'hui, à part quelques exceptions, ne peuvent se monter sans un apport indispensable qui est d'ailleurs l'apport financier historique du documentaire télévisuel : celui du CNC.

2) Le CNC

a) Les fondements du dispositif

C'est en 2007, avec un appel à projet expérimental d'aide aux projets pour les nouveaux médias, le cinéma et la télévision que le CNC s'est engagé dans une politique volontaire de soutien à la production en ligne, même si auparavant le CNC était déjà présent sur le multimédia grace au dispositif FAEM (Fonds d'Aide à l'Edition Multimédia).

Créé en 2004, le FAEM était une initiative commune du Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie et du Ministère de la Culture et de la Communication. Mettant l'accent sur « l'innovation " - qu'elle soit éditoriale, technique et/ou économique - le FAEM devait contribuer à la production de contenus interactifs originaux et favoriser le développement des savoir-faire nécessaires à leur réalisation, pour des oeuvres tres orientées CD ou DVD Rom interactifs. C'est dans ce cadre qu'ont été aidé les premiers web documentaires, tels que « La Cité des mortes ", « Thanatorama " ou « Voyage au bout du charbon ", justement très orientés jeu vidéo dans la forme. Conscient que ce dispositif ne correspondait plus tout à fait aux attentes du secteur, le CNC l'a fait évoluer en 2007 en le réorientant sur un dispositif de soutien spécifique au jeu vidéo, alors en pleine explosion et très sous-représenté au CNC.

Pour ne pas écarter tous les autres projets hors « jeux vidéo " le CNC a parallèlement lancé un appel à projet multisupports. Ouvert aux auteurs comme aux producteurs, l'appel à projet de 2007 portait exclusivement sur les étapes de l'écriture et du développement et comportait une contrainte de taille : les projets devaient être « conçus dès l'amont pour au moins trois des supports de diffusion suivants : téléphonie mobile, internet, jeu vidéo, cinéma, télévision56 ". Doté d'une enveloppe d'un million d'euros, cet appel à projet se voulait expérimental en ce qu'il devait mesurer les attentes et la demande autour de ces nouvelles écritures. L'intérêt des

56 Extrait du communiqué de presse du CNC du 28 juin 2007

auteurs et producteurs ne s'est pas fait attendre et sur les 163 projets reçus, le CNC en a aidé 23 dont trois projets documentaires multisupports.

b) Les mécanismes du dispositif actuel

Devant cette importante demande, le CNC a décidé de pérenniser le dispositif sans manquer toutefois de le faire évoluer en fonction du profil des dossiers reçus. Ainsi en 2008, le CNC a ouvert le champ de l'aide à des projets purement web et/ou mobile, en développement et en production, intégrant ainsi de manière explicite les web documentaires57.

L'hypothèse de départ reste la même que pour le premier appel à projet : le renouvellement des écritures cinématographiques et audiovisuelles passe par l'émergence d'une écriture multimédia en créant des passerelles entre ces médias. Un parti pris esthétique au final, parfaitement assumé par le CNC, qui donne le ton de la « ligne éditoriale » soutenu par le comité d'expert qui se prononce sur les projets au vu de certains critères comme l'originalité, le degré d'interactivité, la cohérence entre les supports...

Contrairement aux nombreux fonds de soutien du CNC, l'aide aux nouveaux médias ne fonde pas son existence sur un décret mais sur une simple décision de la Présidence. Cette particularité du dispositif lui offre une incroyable souplesse dont l'absence serait en parfaite contradiction avec le but qu'il mène : favoriser l'émergence d'un secteur. Car c'est le propre d'un secteur en devenir, on ne sait pas comment, à quel endroit ou qui le portera, voire même, s'il existera. Afin de parer à toutes ces éventualités, le CNC a élargi au maximum l'éligibilité des dossiers mais dans le respect de règles assurant la viabilité économique des projets et le respect des usages professionnels. Sur ce point, le fonctionnement parfaitement empirique du fonds s'est calqué sur les regles éprouvées du soutien à l'audiovisuel. Le fonds est ainsi ouvert aux auteurs et producteurs dans la phase de développement, mais limité aux producteurs (quelque soit leur forme juridique : société ou association, et leur domaine d'activité) en production pour éviter au maximum les cas d'autoproduction qui ne favorisent pas la professionnalisation du secteur. Le principal critère d'éligibilité, à l'image du COSIP, reste l'engagement d'un diffuseur, mais sur ce point également, le dispositif est extrêmement souple, car comme l'indique Pauline Augrain en charge de ce dispositif : « L'idée, c'est d'avoir l'engagement d'un diffuseur mais, c'est diffuseur au sens large. Ça peut être une chaîne ou un site de médias, d'autres sites plus de services comme MSN ou Allociné, des opérateurs de téléphonie mobile, des FAI... », et de préciser que « l'une de nos préoccupations majeures, c'est vraiment d'être sur que le projet sera vu, tout simplement58 ». Et comme pour le COSIP, le projet, s'il doit bien prévoir l'engagement d'un diffuseur, ne doit justement pas émaner d'un diffuseur. Seul le producteur délégué indépendant peut être le porteur de projet auprès de la commission. Le CNC n'a donc pas vocation à soutenir l'ensemble des web documentaires réalisés par les rédactions du Monde.fr ou de France 24. Plus généralement le fonds s'éloigne de plus en plus du modèle initial du web documentaire, à savoir un projet de photojournalistes, pour se diriger vers un modèle mieux connu au CNC, le triptyque auteur-producteur-diffuseur. De la même manière, si le CNC encourage l'invention dans le financement des oeuvres, il ne saurait financer les projets purement institutionnels ou commerciaux qui ne garantiraient pas l'indépendance éditoriale des auteurs. A ce titre le « Brand Content » est observé avec vigilance.

57 Voir plaquette descriptive pour le détail, Annexe n°11

58 Interview de Pauline Augrain, Cf.Annexe n°5

c) Un rôle fondamental, destiné à évoluer

La mission dans laquelle s'est lancé le CNC fonctionne donc parfaitement, peut être même trop parfaitement d'ailleurs. Il est rare de voir aujourd'hui une production qui ne sollicite par le fonds au maximum de sa capacité d'intervention, soit 50% du budget. De fait, certains s'interrogent : le web documentaire, genre qui offre le plus de visibilité au fonds, existerait-il en France sans le CNC ? Une position dont se défend le CNC : « Ils seraient sans doute dans un mode de production un peu différent, il y en aurait moins effectivement, maintenant il y en a qui existent sans nous59 », explique Guillaume Blanchot, Directeur du Multimédia et des Industries Techniques au CNC. A ce sujet Joël Ronez, responsable du pôle web d'Arte France rappelle « que le genre documentaire est plutôt un genre du service public60 ». Et pour cause, selon les chiffres CNC pour l'année 200961, les chaînes publiques sont à l'initiative de 44,7 % des heures de documentaires aidés par le CNC et de 62,9% des apports de l'ensemble des diffuseurs dans le genre, suivis par le CNC qui couvre 19,4% de l'ensemble des financements du genre. Il n'est donc pas étonnant de retrouver dans le web documentaire, les mêmes tendances que dans le documentaire audiovisuel, à savoir un genre très soutenu par les financements publics et concentré sur peu de diffuseurs.

Pour autant la régulation devrait en fait se faire d'elle-même. D'une part l'augmentation de la demande et le maintien d'une enveloppe constante devrait créer une sélectivité encore plus forte entre les projets et une plus grande répartition des moyens. Si dans le premier appel à projet, l'objectif du fonds était d'envoyer un signe fort envers les différents acteurs en permettant la réalisation des projets, progressivement, l'objectif serait davantage de créer un effet de levier comme il peut exister au cinéma ou en audiovisuel. L'intérêt grandissant d'autres institutions publiques sur ce type de production devrait également permettre de limiter l'intervention du CNC. Enfin et surtout, la prochaine ouverture du COSIP aux projets non linéaires aura certainement pour conséquence une évolution à moyen terme des logiques de production des oeuvres et du fonctionnement du fonds en lui-même. En effet, 2010 devrait voir l'éligibilité au COSIP des projets non linéaires et/ou soutenus par un diffuseur purement internet, Web TV donc, mais aussi peut-être les plateformes de téléchargement. Cela signifie que les producteurs pourront mobiliser leur compte de soutien automatique sur ce type de production, sans avoir à le soumettre à une commission très sélective. Cette ouverture, certainement très encadrée pour éviter certaines dérives, devrait tout même permettre de donner une nouvelle impulsion à la production tout en redistribuant les cartes entre les acteurs du secteur.

d) Une réglementation en chantier

Les missions du CNC ne se limitent pas à la répartition d'aides financières. En tant qu'autorité de réglementation et de régulation, le CNC intervient également sur des questions d'évolutions juridiques ou fiscales en lien avec ses champs de compétence. A ce titre, le web documentaire, et plus largement la création multimédia soulèvent un certain nombre de questions.

59 Emission 116-1 de l'atelier des médias de Radio France Internationale consacrée à l'économie du web documentaire

60 Ibid

61 Bilan 2009/dossier #314 / mai 2010 CNC

Premier chantier, et de taille, le statut de l'oeuvre multimédia et de ses auteurs. Une interrogation déjà soulevée par le jeu vidéo, et qui pose une double contrainte : assurer une pratique favorable aux auteurs tout en assurant la compétitivité des productions. L'absence de définition dans le code de la propriété intellectuelle ouvre une brèche dans laquelle beaucoup s'engouffrent. En effet, certains producteurs à l'initiative d'un web documentaire n'hésitent pas à revendiquer le statut d'auteur, au titre de leur maîtrise d'oeuvre, voire même la paternité de l'oeuvre qualifiant ainsi le web documentaire d'oeuvre collective. Au-delà de sa définition, c'est sa mise en oeuvre même qui pose problème. Sur le modèle de l'audiovisuel, le CNC exige que les regles du droit de l'audiovisuel soient respectées, en ce sens qu'il y ait une cession de droit et une rémunération proportionnelle pour l'auteur, « mais souvent malgré tout c'est une coquille vide " explique Pauline Augrain, « On prévoit bien une rémunération proportionnelle mais le plus souvent le producteur n'aura pas de recettes62 ", l'objectif du CNC sur ce point étant d'anticiper une éventuelle évolution du marché qui ne saurait être préjudiciable aux auteurs. Si pour les auteurs « traditionnels » (auteur, réalisateur...), le CNC ne rencontre pas de difficultés, ce n'est pas le cas pour certains créateurs qui interviennent directement sur les choix de conception de l'oeuvre et qui sont pour l'instant considérés comme des techniciens ou informaticiens.

Conséquence directe de ce flottement autour de sa définition, l'oeuvre multimédia est exclue des différents régimes particuliers dont bénéficie l'oeuvre audiovisuelle. C'est notamment le cas des regles de l'exonération d'une TVA dans le cadre de coproductions audiovisuelles63. Les coproductions d'oeuvres multimédia sont donc réalisées dans un montage financier moins avantageux pour les plus petites structures. C'est aussi le cas de l'accès à certains dispositifs de soutien qui ne prévoyaient pas ce type d'oeuvres dans leurs critères d'éligibilité fixés par décret.

3) Les modèles émergents

La montée en puissance d'internet et des nouveaux formats de contenus a fait émerger de nouveaux acteurs dans la production de web documentaires, souvent jeunes, sans ligne éditoriale toujours clairement identifiée et dont le modèle économique reste fragile à quelques exceptions près. Deux tendances se distinguent : d'une part les agences web et de publicité qui investissent les contenus, à l'image d'Upian, et d'autre part les sociétés de production de contenus qui se spécialisent dans les nouveaux médias comme Honkytonk.

a) Les agences web investissent le créneau de la production

Les agences de design web et de créations de sites internet sont très souvent associées à la production de web documentaires comme prestataire pour la réalisation de la partie technique du projet. Parmi les noms qui reviennent le plus souvent dans notre typologie, figurent les agences Interval, Textuel La Mine (qui appartient au groupe de communication TBWA) et Plokker qui a depuis été placée en liquidation judiciaire. Mais il est de plus en plus fréquent que ces experts du design et du web se lancent dans la production comme coproducteur ou en solo. Un bémol toutefois : leurs projets sont souvent très aboutis en termes d'interface

62 Pauline Audrain, Op. Cit.

63 Cf. Bulletin Officiel des impôts n°82 du 2 mai 2001 relatif aux règles applicables aux coproductions audiovisuelles

graphique, d'interactivité mais le contenu est parfois décevant, constate Pauline Augrain, chargée de mission au CNC à la direction du multimédia et des industries techniques64.

La plus connue est Upian, qui en l'espace de cinq ans s'est imposée comme le leader de la production de web documentaires. « Prison Valley ", « La Cité des mortes ", « Gaza-Sdérot ", « Havana-Miami " « Thanatorama " : le nom d'Upian est associé à tous ces projets comme producteur ou coproducteur. La société a également participé en tant que prestataire à « Portraits du Nouveau monde", « Braquo, le Making of ", « Génération Tian'anmen ", « Quatre semaines au Louvre ». La liste n'est pas exhaustive. Fondée en 1998 par Alexandre Brachet, la société était au départ une agence de graphisme web et de création de sites internet (Meetic, TF1, Netvibes, Microsoft). En 1999, elle a fait une incursion dans les contenus avec « les Galettes », des modules satyriques sur l'actualité politique. Puis en 2002, l'équipe d'Upian s'est fait connaître du grand public avec le site www.presidentielles.net qui traitait de l'élection présidentielle en mélangeant information et humour. En 2005, Upian est passé pour la première fois à la production de web documentaire avec « La Cité des Mortes ". La société s'est depuis forgée une réputation en produisant notamment « Thanatorama ", lauréat 2007 du Web Flash festival, catégorie « Art et graphisme " et grand prix du jury.

Aujourd'hui, Upian, qui compte une quinzaine de salariés et des filiales à Barcelone et à Berlin, conserve cette double casquette, même si en terme de chiffre d'affaires, les deux activités ne pèsent pas le même poids. La société réalise environ 75% de son chiffre d'affaire, qui s'est élevé à 1,4 million d'euros en 200965, grâce à son activité de prestataire sur internet, le reste provenant des web documentaires sur lesquels elle ne fait pas de bénéfices. Ainsi sur « Prison Valley", Upian devrait seulement rentrer dans ses frais grâce aux ventes internationales. «Nous, on avait financé au début et autoproduit en tout cas beaucoup d'entre eux (les web documentaires). Aujourd'hui, on continue à investir beaucoup dans chacun des programmes. Pour moi, il importe que le projet soit rentable certes, mais c'est surtout le modèle de l'entreprise d'aujourd'hui qui doit être rentable et finalement, le temps est venu d'investir, de créer, d'innover en disant qu'on est là pour inventer la télévision interactive ou l'internet haute définition de demain, et effectivement le modèle d'Upian, son fonctionnement, le fonctionnement de sa société lui permet d'investir dans ces programmes sans être lié à une logique économique pure, projet par projet», a expliqué Alexandre Brachet dans l'émission l'atelier des médias sur Radio France International (RFI)66. La production de web documentaires est aussi le moyen pour Upian de cultiver une image de marque et d'entretenir une visibilité dans les médias qui sont autant d'atouts pour son activité de prestataire. Cette double compétence en fait un acteur aujourd'hui quasiment incontournable dans le petit monde du web documentaire même si de nouveaux concurrents commencent à apparaître.

b) L'émergence de nouveaux producteurs de contenus multimédias

A l'opposé, de nouvelles sociétés issues de la production audiovisuelle traditionnelle se spécialisent dans les contenus pour les nouveaux médias au sens large. Pour la plupart, le web documentaire ne constitue qu'une partie de leurs activités qui s'adressent également aux marques, aux institutions et aux ONG.

64 Pauline Augrain, Op. Cit

65 Satellinet, n°4, lundi 25 janvier 2010

66 Emission 116-1

Créé en 2007, Honkytonk concurrence Upian sur son point fort : la maîtrise des outils du web. La société, qui a été cofondée par Arnaud Dressen, issu de la production audiovisuelle classique, a fusionné avec l'agence web 31 Septembre ce qui lui permet de revendiquer un double savoir-faire à la fois en termes de production de contenus audiovisuels et de conception de contenus interactifs. En plus d'un producteur et d'une chargée de production, l'équipe d'Honkytonk comprend également un « producteur multimédia " et un développeur flash. Ils se sont fait connaître grâce au succès de « Voyage au bout du charbon " dont ils ont fait un format, comme cela a été évoqué précédemment, mais ils se sont aussi illustrés dans des projets de visuel interactifs comme « iROCK ". La société se définit comme spécialisée dans le web documentaire mais elle développe également une activité de prestataire pour les institutions, les fondations et les agences de communication en vue d'atteindre un objectif de chiffre d'affaires fixé, selon Satellinet, aux environs de 300 000 euros pour 201067.

Créée en 2008, Narrative affiche un positionnement différent : raconter de « belles histoires " sur le web grâce à des « programmes courts, intimes et didactiques ". Ses créatrices, Cécile Cros, ex-directrice générale de Textuel La Mine, et la journaliste Laurence Bagot revendiquent une approche à contre-courant : donner la part belle au récit d'un auteur, l'interactivité devant être mise au service d'un contenu et non l'inverse. Tout juste créée, la société, qui ne compte aucun salarié, a remporté l'appel à projets lancé par le groupe France Télévisions en 2008 pour une collection de web documentaires, un beau tremplin pour les deux jeunes femmes qui racontent avoir créé Narrative sans projet concret dans leurs cartons et sans modèle économique68. Pour la production des 24 web documentaires commandés par France Télévisions, Narrative a lancé un appel à projets pour trouver des auteurs et fait appel à Upian pour la réalisation du site internet. Une partie des web documentaires qui constituent la série « Portraits du Nouveau Monde " ont été réalisés à partir des travaux de photographes sur un sujet particulier, qui ont été adaptés pour s'intégrer à un format multimédia. C'est le cas notamment de « Concubines ", dans le premier volet de la série consacrée à la Chine, qui repose sur le photoreportage d'Axelle de Russé. Ce « recyclage " présente de nombreux avantages en termes de coûts mais il se traduit par des sujets de facture assez classique avec une interactivité limitée. Le financement de « Portraits du nouveau Monde » est celui d'une production audiovisuelle classique : aide du CNC (100 000 euros) et apport du diffuseur (360 000 euros) pour un budget global de 480 000 euros. Pour leurs autres projets, Laurence Bagot et Cécile Cros trouvent des solutions au cas par cas en proposant notamment à des marques « de sponsoriser des programmes sur des sujets qui les concernent69 ".

Lancé par deux anciennes journalistes de Libération, Ligne 4 (clin d'oeil à la ligne de métro parisienne) propose un modèle encore différent puisque la société fonctionne comme une agence de presse spécialisée dans la production de web reportages et de web documentaires. Elle est constituée d'une équipe de 12 personnes qui regroupe des journalistes, des photographes, des reporters d'images et des webgraphistes. Sa ligne éditoriale est simple : proposer des reportages spécialement conçus et réalisés pour internet à tous les sites qui diffusent de l'information : sites de journaux, de chaînes de télévision mais aussi institutions et ONG. Ligne 4 a notamment produit « Témoins du Dedans70 " sur cinq Congolais, transformés en reporters amateurs, livrant leur regard sur les conflits qui déchirent leur pays. Le sujet a été diffusé sur les sites du Monde.fr et de l'Unicef. Son modèle économique reste toutefois dépendant des aides du CNC. « Je trouve les financements pour produire et ensuite

67 Numéro quatre, lundi 25 janvier 2010

68 « Le pari du Webdocu ", Martine Delahaye, Le Monde télévisions, 22 février 2010

69 Site internet de Narrative : http://www.narrative.info/#/about

70 http://www.unicef.fr/pages/TemoinsDuDedans/TemoinsDuDedans.htm

je vends à un diffuseur ", a expliqué Judith Rueff, directrice et rédactrice en chef de la société de production dans le cadre du Festival européen des 4 Ecrans71. Les aides du CNC représentent 50% du budget des productions, le reste étant constitué du financement des médias, des ONG et des institutions, a-t-elle précisé.

Il s'agit des acteurs que nous avons le plus fréquemment croisés lors de notre tour d'horizon de la production actuelle de web documentaires en France. La liste n'est donc pas exhaustive. En parallèle avec l'émergence de ces sociétés spécialisées dans les nouveaux médias, de nouveaux acteurs sont apparus qui se définissent comme « producteurs de contenus " et qui se destinent à travailler aussi bien pour le web que pour la télé ou l'écrit. « On voit apparaître de nouvelles générations de producteurs, qui sont des boîtes de production qui se disent producteurs de contenus, mais sans nécessairement spécifier les choses, sans avoir de ligne éditoriale précise. Ils s'intéressent aux nouveaux médias mais parmi d'autres supports et ils peuvent pour autant s'intéresser à la télévision, au court métrage et même au long métrage ", explique Pauline Augrain. Pour la chargée de mission au CNC à la direction du multimédia et des industries techniques72, ils seront inévitablement amenés à préciser le positionnement et leur ligne éditoriale.

c) Les producteurs traditionnels restent frileux

Dans notre typologie, les web documentaires présentés par des producteurs « classiques " issus de l'audiovisuel et du cinéma sont sous-représentés : « Gaza/Sderot " avec Bo Travail !, « Havana/Miami ", avec Alegria, « Le Challenge » avec What's Up Films, « Twenty-Show " avec Zadig Productions, « 27 et moi " avec la Compagnie des phares et balises, « Vingt ans à hauteur d'hommes " et « Braquo, le Making of " avec Capa. Pourtant, selon Guillaume Blanchot, directeur multimédia du CNC, l'équilibre entre producteurs classiques et producteurs spécialisés web est plutôt respecté sur l'ensemble des projets soutenus par le CNC. Cette différence s'explique sans doute en partie par le fait que le CNC ne soutient pas les productions, nombreuses, réalisées en interne par LeMonde.fr ou France 24 par exemple.

Le directeur du CNC souligne en revanche que parmi les producteurs classiques, ceux qui viennent du cinéma restent encore en retrait. « Nous n'avons à ce jour pas reçu de projets issus d'une société de production cinématographique. », a-t-il dit dans la Newsletter n°8 de Sunny Side of the Doc. Le responsable du CNC a du mal à expliquer cette frilosité mais il souligne que pour ces professionnels du cinéma « Internet est d'abord un formidable outil de marketing ".

Dans l'audiovisuel, Capa se distingue par une implication croissante dans les nouveaux formats de web documentaires et de web séries. Le groupe s'est doté d'un département Développements numériques qui a notamment pour mission d'inventer de « nouvelles expériences interactives d'immersion, de jeux, de fictions éclatées ", de découvrir de nouveaux talents et d'élaborer de nouveaux modèles financement. Capa a trois projets en préparation : un web documentaire centré sur l'action de Médecins du monde auprès des démunis, « Un autre monde " qui dresse le portrait d'entrepreneurs « sociaux " et « Surveillance ", une fiction interactive destinée à Canal +.

71 http://www.festival-4ecrans.eu/fil-70.html

72 Pauline Augrain, Op. Cit.

Enfin les marques et les institutions commencent également à investir la production de contenus multimédias, à l'image de SFR avec «HomoNumericus », mais cet aspect sera développé dans la dernière partie.

FOCUS : Les nouveaux métiers du web

Le web documentaire est un travail d'équipe. Cette réalité surprend parfois des auteurs habitués à travailler de manière autonome dans la photo ou dans la presse. L'enquête et l'écriture ne sont qu'une des nombreuses étapes avant la mise en ligne. Pour donner corps au sujet, il faudra relier entre eux les contenus, donner un habillage visuel au site, concevoir une arborescence, établir des liens hypertextes, construire une base de données etc... C'est tout le travail des techniciens du web dont les fonctions précises restent bien souvent obscures pour les profanes : flasheur, webgraphiste, webdesigner, développeur, intégrateur. Pour faire simple, trois compétences sont essentielles à la création du web documentaire : l'animation flash, le développement et le design web. Dans le web documentaire, il est fréquent qu'une même personne assume plusieurs casquettes mais cela dépend du budget de la production.

Le flasheur (aussi appelé animateur flash ou développeur flash) « anime les éléments graphiques et développe les fonctionnalités de ces éléments73 ». Il possède des compétences à la fois en graphisme et en développement, ce qui explique qu'il est souvent le seul expert technique dans les petites structures de production. Le développeur met au point toutes les fonctionnalités du site en fonction des demandes du client en écrivant des lignes de codes. Enfin le webdesigner est « chargé de réaliser la conception de l'interface du site : l'architecture interactionnelle, l'organisation des pages, l'arborescence et la navigation74 ». Cette partie technique tend toutefois à se démocratiser grâce à la mise au point de nouveaux outils davantage accessibles pour des non-initiés. Honkytonk a ainsi mis au point en interne Klynt, un logiciel de montage interactif qui permet de rassembler des photos, du son, des vidéos et des textes de manière interactive. Selon Honkytonk, il devrait diviser par deux le temps de travail nécessaire pour un web docu.

L'ensemble de ces acteurs compose un marché en pleine structuration au sein duquel il nous semble judicieux de nous positionner par la création d'une société portée par un projet éditorial fort.

73 Définition donnée par le portail des métiers de l'internet réalisé sous l'autorité du secrétariat d'Etat chargé de la prospective et du développement http://www.metiers.internet.gouv.fr/metier/developpeur-animateur-flash

74 Idem

III. Notre projet

1) Etude de marché

Notre projet étant la création d'une société de production dédiée au web documentaire, il convient dans cette optique d'évaluer les deux versants de ce marché, celui de la demande et celui de l'offre.

a) Un marché naissant

Si le web documentaire existe depuis plusieurs années, il est entré depuis deux ou trois ans dans une phase de structuration qui voit l'apparition, à défaut d'un véritable modèle économique, d'un marché potentiel, voire providentiel pour certains. Favorisé par le CNC qui a donc joué le rôle d'un véritable catalyseur, et les incursions de la presse écrite et des diffuseurs TV en pleine diversification, le web documentaire s'affirme comme un produit culturel transversal, aux intersections d'un certain nombre de marchés déjà structurés (la presse écrite, l'audiovisuel, la communication, l'informatique...).

Cette conjoncture, qui pourrait donc être propice à l'émergence de ce modèle économique dont beaucoup rêvent, ouvre dans l'immédiat nombre de perspectives. Si la volonté publique, (via le CNC) est celle, comme nous l'avons vu, d'une professionnalisation et de la pérennisation du secteur, elle implique le développement d'une production variée et nombreuse, relayée en cela par les attentes des diffuseurs. Si à ce jour, Arte a une certaine avance sur les autres acteurs et concentre une grande part de ce marché restreint avec la production interne du Monde.fr et de France 24, France 5 et Canal+ affichent clairement la volonté de se montrer présent sur ce secteur. Ils devraient très logiquement être rejoints par les autres chaînes du groupe France Télévisions et peut être TF1 ou Orange qui mettent tous deux en place une politique multimédia offensive. D'autres acteurs propres au web vont aussi vraisemblablement tenter de se placer par une offre de contenus de qualité : la récente apparition de l'iPad, construite dans la continuité de l'iPhone, en dit long sur les ambitions d'Apple. L'institution enfin, dans un souci de communication originale et efficace, développe ce type de programmes (c'est le cas des régions, musées...).

Enfin, par sa diffusion sans limite, le web documentaire est par nature une oeuvre à dimension internationale. Facilement adaptable et exportable - la plupart des web documentaires intègrent plusieurs langues de diffusion - le web documentaire se compose également de nombreuses contributions que l'on pourrait aisément imaginer « délocalisées » comme cela a été le cas pour « Gaza/Sdérot » ou « Havana/Miami » qui ont impliqué des sociétés prestataires sur les lieux de tournage. Le marché de son développement ne se limite donc pas à la France et ouvre de nombreuses perspectives de financements et de partenariats avec l'étranger.

Un marché restreint donc, mais en pleine expansion.

C'est dans ce contexte porteur que nous souhaitons créer une société de production qui se positionne clairement dans le secteur naissant du web documentaire. L'intérêt d'arriver sur un marché encore "immature" est double : d'une part la demande n'est pas encore saturée et d'autre part, la concurrence, elle-aussi limitée, est facilement identifiable. Même si nous ne

sommes pas les premiers (le rôle de précurseur, et de leader, ayant déjà été pris par UPIAN), des créneaux restent à prendre pour qui sait innover. Car tous ces acteurs en demande, tous différents, appellent une offre également différenciée que le nombre restreint de producteurs à ce jour ne peut fournir. Il n'est pas dans l'intérêt de TF1 ou Canal + par exemple de travailler avec le même producteur qu'Arte ou France 5. Le fonctionnement que nous connaissons dans la production indépendante audiovisuelle (une majorité de producteurs associés à des diffuseurs) a toutes les chances de se reproduire dans la production en ligne. Il s'agit donc pour la société de trouver le bon créneau, suffisamment spécialisé pour justifier sa présence et répondre à une réelle demande, tout en restant ouvert pour assurer sa viabilité économique. Car il ne suffit plus aujourd'hui de produire des contenus multimédia ou pour le web. A l'image des sociétés de production audiovisuelles ou des agences de presses, les producteurs de ce type de contenus doivent s'inscrire dans une ligne éditoriale définie. Pour se faire il est donc primordial d'identifier et d'analyser l'offre proposée par la concurrence, pour mieux se positionner.

b) La concurrence

Le marché étant très récent et encore restreint, les concurrents sont peu nombreux, il est donc aisé de les identifier. Il est possible de distinguer trois types de concurrents.

Les concurrents directs :

Par concurrents direct, nous entendons les sociétés dont l'activité principale revendiquée (donc pas forcément la plus lucrative) est la production de web documentaire et qui sont déjà installées sur le marché. Elles sont au nombre de quatre avec les caractéristiques suivantes :

 

UPIAN

HONKYTONK

NARRATIVE

LIGNE 4

Activité

- producteur de contenus

multimédia (25% du CA)

- agence web/ prestataire (75% du CA)

- producteur de contenus

multimédia

- agence web/ prestataire

producteur de documentaires pour les nouveaux

médias

Agence de

reportages pour le web

Année de création

1998

2007

2008

2009

Chiffre d'affaire au

31.12.2008

1 million d'euros

44 714 €

Non publié

Sans objet

Ligne éditoriale

Pas de ligne éditoriale

revendiquée

Raconter des histoires, non linéaires et interactives

Culture, société économie, des programmes pour mieux comprendre le monde et le voir autrement.

Raconter des

histoires et des gens. Aller voir, écouter, essayer de comprendre.

Ramener des récits

 

UPIAN

HONKYTONK

NARRATIVE

LIGNE 4

Nombre de web documentaires sur lesquels la société est intervenue

10 (dont une collection de 24)

4

2 (dont une collection de 24)

2

Légitimité sur le web documentaire

Importante : très présent, soit producteur, soit partenaire, soit prestataire

Bonne,

a su se positionner rapidement

Importante après avoir remporté l'appel à projets de France 5

A construire

Atouts

-leader

-fait office d'expert sur la question

- des bureaux à

Paris, Marseille, Barcelone et Berlin

-solidité financière

-mise au point d'un logiciel permettant d'éditer des webdocs plus simplement

-des auteurs emblématiques : Bollendorff, Moreau...

-excellente communication

- une production de 24 webdocs sur un an

-diversification vers l'institutionnel et les annonceurs

Rassemble une douzaine de collaborateurs aux profils très complémentaires : photographes, journalistes, web designer...

Faiblesses

Trop présent partout ?

Identifiés dans un format précis.

-légitimité reposant sur un seul projet

-Compétences techniques

dépendant d'un concurrent : Upian

Manque de visibilité

Intégration de compétences techniques ?

Oui

oui

non

oui

De ce comparatif se détache très particulièrement Upian, l'acteur « historique » du secteur puisqu'à l'initiative du premier web documentaire français identifié comme tel : « La Cité des mortes ». La société doit beaucoup à la personnalité de son fondateur et dirigeant, Alexandre Brachet, tour à tour producteur, conseiller technique et auteur qui ne manque pas de monter au créneau des qu'il peut pour défendre le web documentaire et communiquer sur sa société. Présent sur plus de 20% des projets identifiés, soit au titre de producteur, coproducteur ou prestataire technique, Upian est un acteur incontournable qui s'est engagé dans une approche très offensive sur ce secteur, en investissant notamment des sommes importantes - en grande partie à perte -- sur ses productions, « Prison Valley » par exemple. Une stratégie permise par son activité qui dépasse largement le web documentaire et qui lui permet d'endosser le rôle de moteur/défricheur. Une stratégie qui devrait payer à court terme, puisqu'en s'assurant la position d'inventeur du genre, Upian conforte sa position de leader.

Honkytonk fait aussi office de vétéran sur ce tout jeune marché mais aussi de challenger. En fusionnant avec la société 31 Septembre, agence web, Honkytonk fait le pari de l'indépendance et de la compétitivité technologique. Une logique poussée jusqu'au bout avec la mise au point du logiciel Klint qui pourrait être éventuellement commercialisé.

Narrative a eu la chance de lancer son activité par l'obtention d'un appel à projet lancé par
France 5 qui leur a assuré un apport de 360 000 € et un rythme de production important sur

leur deux premieres années d'existence. Reste à savoir si Narrative pourra transformer l'essai à l'issu de cette opération.

Ligne 4 présente un schéma intéressant en ce qu'elle réunit de nombreux professionnels, et autant de compétences différentes autour d'un projet commun.

Les concurrents indirects :

Ce sont les sociétés dont l'activité principale n'est pas la production de web documentaire, mais qui sont présentes dans ce secteur en vue d'une logique de diversification de leur activité. Il est possible de les répartir en trois grandes catégories.

Les sociétés de production audiovisuelles « traditionnelles » qui mènent parallèlement à leur activité une production multimédia. Encore frileuses sur ce terrain, en raison du manque de financements, la situation pourrait changer avec l'ouverture du compte de soutien aux oeuvres délinéarisées. Certaines sociétés commencent à se positionner dans le secteur du multimédia en recrutant de nouveaux collaborateurs, elles disposent par ailleurs des contacts avec les diffuseurs.

Les agences web ou de communication. Elles ont souvent d'excellentes compétences techniques ainsi que des vraies qualités de marketing des projets. Pour autant, elles ont moins de légitimité dans le secteur et une réelle inexpérience dans les relations aux auteurs.

Les rédactions de presse. Pour l'heure, les rédactions de France 24 et du Monde.fr, les plus présentes sur le secteur du web documentaire, développent cette activité en étroite relation avec leur principale activité journalistique. Mais toutes deux disposent en interne des compétences éditoriales et techniques nécessaires pour la réalisation de web documentaires et affirment de plus en plus leur savoir faire. On pourrait donc imaginer, dans un souci de diversification, que ces compétences soient mises à profit sur des projets institutionnels pour d'autres sociétés.

2) La société

a) Son projet

Notre projet est la création d'une société de production spécialement dédiée au web documentaire.

Se positionner d'emblée comme une structure spécialisée nous semble extrêmement important pour nous différencier de l'ensemble des sociétés de production audiovisuelle classiques avec lesquelles nous ne souhaitons pas rivaliser. Et pour cause, les chiffres parlent d'eux-mêmes, sur les 770 producteurs qui participent à la production d'une oeuvre aidée par le COSIP en 2008, 565 produisent des documentaires75, autant dire pléthore de sociétés pour finalement peu d'élus dans les bonnes graces des diffuseurs importants. Nous préférons nous distinguer

75 Bilan de la production audiovisuelle aidée, dossier #331/juillet 2009, CNC

et ainsi nous situer dans le secteur plus restreint mais moins concurrentiel de la production de contenus web. Les moyens de cette distinction feront l'objet d'un axe particulier de notre stratégie de développement.

Au sein même de cette concurrence que nous avons décrite plus tôt, nous ambitionnons de nous différencier également des autres sociétés par une ligne éditoriale forte et identifiable.

Cependant, la viabilité d'une structure développant uniquement des web documentaires interpelle. L'intégralité de nos concurrents directs développent d'autres activités (institutionnel, brand content, conseil...), c'est évident pour Upian par exemple, qui trouve son équilibre économique grâce à son activité de prestataire sur internet. Nos différents interlocuteurs, interrogés sur ce sujet, sont catégoriques, une société reposant son activité sur du pur web documentaire à destination de chaînes c'est tout simplement impossible, du moins pas à l'heure actuelle, compte tenu de l'état embryonnaire du marché.

Notre projet doit donc concilier une ligne éditoriale forte et différenciée mais mise en oeuvre sur un domaine plus large, cohérent avec notre activité principale.

Nous nous fixons donc comme objectif principal de produire, promouvoir et diffuser des oeuvres documentaires pour internet, et plus généralement pour les nouveaux médias émergents tels que :

- les médias en ligne,

- la télévision connectée, - les applications,

- les écrans mobiles,

- les podcasts,

- les écrans embarqués, - les réseaux urbains...

Nous souhaitons particulièrement mettre l'accent sur la nouveauté : chercher et lancer des talents, produire des oeuvres numériques avec des outils à la pointe de la technologie en matière de tournage, de postproduction et de diffusion. Des oeuvres qui continuent d'explorer l'écriture documentaire et qui proposent un regard neuf et curieux sur la société, l'économie, l'histoire, la France... centrées sur l'humain et animées par un maître mot : la découverte.

b) Ses moyens, ses besoins

Pour se lancer dans un tel projet, il est important de faire un état des lieux de nos qualités, moyens humains et techniques et d'analyser nos faiblesses.

Notre projet au travers du prisme de la matrice SWOT :

I

N T E R N E

FORCES

FAIBLESSES

Bonne connaissance du secteur

Manque de compétences informatiques

Profils complémentaires

Obligation de sous-traiter une partie des compétences

Une légitimité dans les secteurs à la croisée du web documentaire : journalisme, audiovisuel, société

 

Un projet fort et accessible

 

De nombreux contacts dans le secteur

 

E x T E R N E

OPPORTUNITES

MENACES

Forte demande

Monopole de concurrence : UPIAN

Appels à projets

Des financements réduits

Secteur qui se structure

L'arrivée de nouveaux acteurs : les

producteurs audiovisuels traditionnels

Concurrence encore faible, ou peu expérimentée sur ce sujet

 

Des possibilités de diversification

 

Un marché international

 

A la lecture de ce tableau, il apparaît que notre principal atout reste notre association. C'est à partir de nos profils respectifs et envies communes que nous avons décidé d'investir le web documentaire, c'est donc autour de ces mêmes éléments que nous allons bâtir notre projet de société.

L'équipe dirigeante :

Gwénaëlle Barzic, Journaliste, son savoir-faire éditorial et sa connaissance des techniques documentaires en font une interlocutrice privilégiée des auteurs. Son expérience et ses relations dans le milieu de la presse seront autant d'atouts à la visibilité et à la bonne communication de notre projet. Elle occupera le rôle de rédactrice en chef.

Sophie Léron, Assistante parlementaire, au coeur des réflexions et mutations dans le secteur des médias, elle saura apporter son expertise dans ce secteur en pleine invention. Ses qualités de communication et de négociation, son expérience dans le management d'équipe, lui permettront d'assurer la place de chef de projet en relation avec les différents intervenants.

Ludovic Fondecave, Chargé de mission au CNC en charge de la gestion financière juridique de projets audiovisuels, cinématographiques ou multimédia, il occupera les fonctions en lien avec ses compétences : la direction de production des projets, leurs aspects juridiques et financiers.

La complémentarité de nos profils nous permettra de trouver un équilibre rapide pour couvrir l'ensemble des besoins qu'impose un tel projet sur des questions éditoriales, managériales ou de gestion.

Pour autant, un aspect stratégique du développement de la société reste à définir, au vu de notre secteur d'activité : les compétences technologiques. Deux options s'offrent à nous :

1. la totale sous-traitance des prestations techniques ;

2. la création d'un pôle technique au sein de la structure.

Sous-traiter est inévitable dans notre secteur, il nous semble cependant risqué de dépendre entièrement de différents prestataires, d'autant que certains doivent être des interlocuteurs privilégiés des auteurs avec lesquels nous allons travailler.

La création d'un pôle est un investissement important que nous ne pouvons nous permettre lors de la création de la société, sans un minimum d'activité garanti pour ce pôle. De plus, cette création pourrait nous éloigner de notre objectif principal : prospecter une clientèle pour rentabiliser le pôle serait une activité à part entière.

Nous faisons donc le choix d'une solution intermédiaire, puisqu'en vue de combler cette faiblesse, nous avons choisi d'intégrer à l'équipe un professionnel du web en qualité de concepteur web.

Rôle : ce collaborateur s'inscrira dans la gestion de projets d'un point de vue technique et plus exactement dans sa maîtrise d'ouvrage en veillant à la bonne organisation des projets d'un point de vue technique.

Sa principale fonction sera donc la rationalisation des besoins techniques. Son rôle sera vraiment celui d'une interface entre les différents acteurs des projets (auteurs, prestataires, équipe de production) afin de s'assurer que tous parlent le même langage.

Le concepteur Web interviendra en amont des projets, en participant à l'analyse de besoins
des auteurs et de la faisabilité technique de leurs projets d'un côté et de l'autre en jouant le
rôle de conseiller et d'intermédiaire entre l'équipe de production et les prestataires techniques.

Sur la phase de production, il sera chargé de superviser les aspects techniques de réalisation, en coordonnant des interventions d'experts dont il connaît les domaines parfaitement (graphisme, multimédia, réseaux, etc.).

A l'issue de la phase de production et pendant la période de diffusion active, il s'assurera de la veille technique des web documentaires en recensant les besoins de mise à jour et d'amélioration de l'interface. Par ailleurs, il mettra à profit les retours des internautes dans la perspective d'oeuvres futures.

Profil : compte tenu de nos moyens financiers au moment de la création de l'entreprise, ce collaborateur sera engagé sur une première période de six mois à compter de la levée des premiers fonds relatifs au développement de notre collection de web documentaires. Pour cette même contrainte, il nous semble également judicieux d'engager un professionnel en début de carrière avec une réelle appétence pour les oeuvres des nouveaux médias. Créatif, force de proposition et un peu touche à tout, il saura s'investir dans notre projet afin de gagner en indépendance et responsabilités.

Savoirs et compétences (fiche de poste) :

- Connaissance du marché du web, ses acteurs, ses usages ;

- Capacités technologiques des langages de programmation (HTML...) ;

- Connaissance de base des contraintes techniques en matière du développement web, pour proposer des solutions réalisables ;

- Connaissance des langages de programmation (PHP, XHTML, Javascript, AJAX, CSS) ;

- Web 2.0 et Web 3.0 ;

- Connaissance des capacités des logiciels d'édition web et graphiques : Flash, Photoshop, Illustrator, Dreamweaver, Adobe Premiere Pro, CMS...

- Connaissance des règles d'ergonomie des sites web ;

- Compréhension et formalisation des enjeux et des besoins des auteurs ; - Maîtrise du cycle projet, dans le cadre de la maîtrise d'ouvrage ;

- Structurer des contenus et des fonctionnalités (arborescence) ; - Elaborer des storyboards ;

- Passion pour les nouvelles technologies ;

- Capacités de modélisation et d'abstraction.

D'un point de vue matériel, nos besoins restent relativement légers.

Une société de production, c'est avant tout un poste de travail : un lieu et les charges afférentes, des ordinateurs, téléphone, accès internet et logiciels bureautique... Notre objectif étant de limiter au maximum les frais fixes durant les premiers mois nous faisons le choix de domicilier la société et son activité à l'adresse du gérant. C'est sur le poste technique que quelques investissements sont à faire. Nous ferons donc l'acquisition d'un poste informatique performant équipé des outils de création et d'acquisition numériques, dont Final Cut, pour permettre au concepteur web de travailler dans les meilleures conditions lorsqu'il prendra ses fonctions. L'ensemble des autres matériels (prise de vue, son, mixage...) seront loués en fonction des besoins, nombre de réalisateurs ou de chef opérateurs ayant leur préférence quant au matériel qu'ils souhaitent utiliser.

c) Sa structure

La création matérielle de notre société doit répondre aux objectifs que nous nous sommes lancés tout en prenant compte des contraintes identifiées.

Nous souhaitons tout d'abord, tant que faire se peut, conserver nos emplois respectifs, au moins durant la premiere année d'activité. Nous souhaitons d'autre part pouvoir nous salarier sur des fonctions précises si l'activité le demande sans que cela n'entre en contradiction avec notre statut au sein de la société. Il est important en effet - notamment auprès du CNC que nous solliciterons sur nos projets - de pouvoir justifier par des fiches de paye l'ensemble des collaborations. Enfin, notre projet de société émanant d'une volonté collective, nous souhaiterions pouvoir la gérer de la manière la plus collective possible, sans pour autant opter pour une gérance en collège qui nous semble trop contraignante.

Dans cette perspective, et au vu de ces contraintes et des options qui s'offrent à nous, nous faisons le choix de constituer notre société sous la forme d'une SARL qui nous permettra, grâce à des statuts personnalisés, de participer tous les trois aux décisions importantes de l'entreprise, le gérant étant mandaté pour des décisions courantes, en lien avec l'activité.

Compte tenu de nos conventions collectives et de nos compétences respectives, Sophie Léron se verra confier le mandat de gérante de la société, à titre bénévole. Son implication dans le capital social devant rester minoritaire pour être compatible avec les exigences de certains partenaires financiers. Elle pourra ainsi exercer des fonctions techniques différentes de celles résultant de son mandat social, rémunérées et établies dans un lien de subordination avec la société. Les deux autres associés bénéficieront eux-aussi du statut de travailleur non salarié compatible avec leur activité et également la possibilité d'être salariés pour des taches techniques identifiées, en lien avec les projets et non la gérance de la structure.

Le capital minimal d'une SARL est de 1 €, pour autant, afin de rassurer nos futurs partenaires financiers sur la solidité de l'entreprise, nous souhaitons démarrer notre activité avec un capital social de 7 500 € dont la répartition des parts sera la suivante :

· Sophie Léron : 2 000 €,

· Gwénaëlle Barzic : 3 000 €

· Ludovic Fondecave : 2 500 €

d) Son développement

Pour développer l'activité de la société sur le court et moyen terme et ainsi assurer sa viabilité économique, nous allons adopter une stratégie de développement en trois grands axes.

Premier axe, le positionnement de la société. Nous faisons le choix de lancer la société sur un projet ambitieux, dès sa création, à savoir la production simultanée de plusieurs web documentaires au sein d'une grande collection. Cette collection se veut le fer de lance de notre activité en offrant toute sa visibilité à notre ligne éditoriale. La mise en oeuvre simultanée de plusieurs programmes nous permettra de focaliser l'attention des acteurs du secteur pour susciter l'intérêt des partenaires potentiels. Si ce projet implique un investissement de développement conséquent, il présente l'avantage de mutualiser les coüts et les compétences nécessaires, il répond de plus à la particularité du format (décrite plus bas).

Deuxième axe, la diversification. Forts de ce lancement réussi, nous pourrons acquérir la légitimité qui nous permettra de décliner le format sous de nouveaux supports afin de répondre à notre besoin de diversification sur laquelle nous allons revenir plus largement.

Enfin, le troisième axe, qui découle des deux précédents, implique la croissance et l'expansion de la structure, accompagnée et permise par le développement d'un pôle technique compétitif qui a pour vocation de s'inscrire sur les marchés émergents.

3) Notre projet de collection « Dans les coulisses...»

Dans notre tour de France des web documentaires, certains projets nous ont impressionné par
leur qualité et leur ambition, d'autres nous ont surpris par leurs innovations graphiques ou des

dispositifs audacieux, plusieurs nous ont déçu. C'est de tous ces éléments dont nous nous sommes inspirés pour concevoir notre collection de web documentaires qui fera entrer les internautes dans les coulisses de différents univers auxquels ils n'ont pas accès d'ordinaire. Cette collection est à la fois l'acte de naissance de notre société et sa rampe de lancement.

a) Une collection pour affirmer notre identité et créer un format

La série de web documentaires « Dans les coulisses...» proposera à l'internaute une immersion ludique et pédagogique dans ces univers qui nous semblent si familiers et que nous connaissons pourtant très mal. L'utilisateur aura l'opportunité de découvrir ce qui passe derriere le rideau une fois les projecteurs éteints, à travers le regard d'un acteur du lieu qui sera le fil conducteur de tout son parcours. Pour que l'expérience de l'internaute soit inédite, l'accent sera mis sur toutes les possibilités d'interaction offertes par le web en intégrant la composante technique des la phase de conception. De nouvelles formes d'écritures seront également explorées afin de mettre en scène de manière créative et dynamique le travail d'enquête mené par des journalistes. Cette collection sera la vitrine des projets que nous souhaitons accompagner : ambitieux dans le fond et dans la forme pour proposer de nouvelles formes de découvertes. Elle sera constituée au départ de quatre épisodes consacrés à des univers radicalement différents : le montage d'un opéra, la préparation d'un journal de 20h00, le quotidien d'un soigneur dans un zoo et la direction d'un hypermarché.

Les quatre projets vont être proposés sous forme de « package " aux diffuseurs avec l'ambition, si le succès est au rendez-vous, de proposer par la suite de nouvelles thématiques. En parallèle, nous allons lancer un appel à projets qui sera ouvert aux auteurs de tous horizons : journalistes, photographes, réalisateurs mais aussi graphistes, développeurs et animateurs flash, créateurs de sites et de jeux vidéo. L'objectif est de susciter des rencontres et des collaborations entre des professionnels qui ne sont pas toujours habitués à travailler ensemble afin de faire émerger de nouvelles formes d'écriture. Pour garantir la cohérence d'ensemble du projet, nous avons défini un cahier des charges qui liste les principaux éléments caractéristiques du projet tant sur le fond que sur la forme. Le document, qui a été déposé à la SCAM, précise notamment que chaque épisode doit être abordé du point de vue de l'un des acteurs du lieu qui aura été préalablement défini afin d'accentuer l'impression d'immersion de l'utilisateur.

La cohérence éditoriale de l'ensemble de la collection sera assurée par Gwénaëlle Barzic. Pour la partie technique, le concepteur web qui sera engagé dans le cadre d'un contrat à durée déterminé de six mois évaluera la faisabilité des projets, estimera leur coût et assurera l'interface avec notre prestataire pour la réalisation du site internet.

S'engager dans la production d'une série de plusieurs web documentaires peut apparaître comme un pari audacieux pour une toute jeune société mais ce choix s'est imposé au vu de l'analyse de l'environnement actuel de la production, notamment le coüt élevé de la fabrication d'un web documentaire et le manque de visibilité d'un grand nombre de projets. Il s'agit d'ailleurs de l'une des tendances lourdes du secteur : lancement de « Havana/Miami " après « Gaza/Sderot ", série sur le thème du corps au Monde.fr et les « Portraits du Nouveau Monde " de Narrative. Les web documentaires de Honkytonk reposant sur le principe « du récit dont vous êtes le héros " ne constituent pas à proprement parler une collection mais ils répondent aux mêmes principes.

En créant cette collection, notre objectif est de mettre au point un format caractérisé par une interface graphique spécifique, une interactivité innovante et un parti pris pédagogique qui sera ensuite adapté en fonction des sujets.

Par ailleurs, la diffusion à intervalles réguliers des différents épisodes d'une même série peut contribuer à fidéliser les spectateurs/internautes et offre la promesse d'une exposition longue dans les médias en multipliant les occasions de parler de la collection.

Nous comptons sur la série pour servir de tremplin à la société à l'image de « Portraits du Nouveau Monde " qui a servi de rampe de lancement à Narrative, alors que la société venait tout juste d'être créée.

b) Le concept : une immersion ludique et pédagogique dans un univers méconnu

« Dans les coulisses...» proposera un ensemble de quatre web documentaires qui feront découvrir via des photographies, des textes, des sons, des vidéos, des cartes interactives et des jeux virtuels, des lieux, des fonctions et des univers d'ordinaire peu accessibles pour le grand public.

Le projet est né de notre envie de créer une série thématique centrée sur les hommes et les métiers en conjuguant à la fois une approche didactique et ludique. La formule développée par Honkytonk qui consiste à faire jouer un rôle actif à l'internaute tout en ayant un fil conducteur qui remet en perspective l'ensemble du projet nous a paru convaincante. « Dans les coulisses...» reprend en l'adaptant ce principe en plongeant l'internaute dans le quotidien d'un lieu par l'intermédiaire de l'un de ses principaux acteurs.

Le média internet se prête particulièrement bien à ce type de sujets construits autour du principe de l'immersion. Les internautes sont en effet à quelques centimetres de leur écran d'ordinateur, qui leur est personnel. Par ailleurs, la conjugaison des différents supports : photos, textes, vidéos, sons permet de reconstituer un univers dans sa globalité.

Chaque épisode sera construit autour de deux modes de narration différents afin de tenir compte à la fois des pratiques des internautes, de notre volonté de mettre en avant le récit du ou des auteurs et de la diffusion en télévision qui est envisagée pour chacun des épisodes. Plusieurs entrées seront donc possibles dans les web documentaires : par le menu global, par thématiques et par une frise qui déclinera les principales professions du lieu concerné. Elles seront adaptées en fonction de leur pertinence par rapport à la thématique de chaque épisode. Il est aussi prévu que les internautes puissent facilement quitter le programme et y revenir sans avoir à recommencer tout leur parcours. A cet effet, il leur sera proposé de s'enregistrer lors du lancement du site. Ils pourront également s'identifier via leur profil Facebook ou leur compte Twitter. En parallèle, une trame linéaire, le point de vue de l'un des acteurs du lieu, servira de fil conducteur à l'ensemble du sujet. Ce double dispositif, qui a notamment été utilisé dans « Prison Valley " ou «Le Challenge », est destiné à répondre aux attentes d'une partie du public qui ne souhaite pas être perturbé dans son visionnage. Cette narration linéaire pourra également être exploitée dans le cadre d'une diffusion envisagée en télévision sous la forme d'un 26 minutes.

Pour lancer la collection, quatre thématiques ont été sélectionnées en prenant en considération leur potentiel en termes de développements pédagogiques qui pourront alimenter les différents contenus additionnels prévus pour chacun des épisodes.

Le premier web documentaire sera consacré au montage d'un opéra sous le prisme d'un chef d'orchestre. L'internaute pourra découvrir comme s'il était présent dans la salle les répétitions, la réalisation des décors et des costumes, la cantine, les interviews des solistes dans les médias, le dernier filage... Il se conclura par la premiere représentation de l'opéra qui pourrait être diffusée en direct sur le site du web documentaire ou sur celui du diffuseur. Cet élément est encore à l'étude. Nous avons pris contact avec l'Opéra Bastille pour suivre pendant trois mois le montage de « Madame Butterfly », de Giacomo Puccini, qui sera joué du 16 janvier au 14 février 2011 par l'orchestre et le choeur de l'Opéra national de Paris dans une mise en scène de Bob Wilson. De nombreux contenus additionnels seront prévus dans le but de familiariser les internautes avec l'opéra : les différents instruments de musique, la fonction d'une partition, à quoi sert le solfège ?, les plus grands opéras, les musiciens, les chanteurs, la Catasfiore, l'opéra au cinéma, l'opéra dans les livres, un Abécédaire...

Le deuxième épisode portera sur la réalisation du journal de 20h00 dans une chaîne de télévision à travers le point de vue du rédacteur en chef. Concentré sur une seule journée, il fera découvrir les principales étapes de la réalisation d'un journal depuis la première conférence de rédaction du matin jusqu'à sa diffusion à l'antenne, en suivant une équipe en reportage, le montage d'un sujet, le mixage, l'écriture du conducteur, la réunion d'un service, la dernière conférence de rédaction puis la diffusion du journal depuis la régie antenne. Une horloge s'affichera en permanence pour décompter le temps qui reste avant le début du JT. Un fil de dépêches d'agences de presse sera diffusé en permanence à la manière des bandeaux sur les chaînes d'information en continu et des fenêtres s'ouvriront de manière impromptu avec des flash radio pour recréer l'univers d'une salle de rédaction. Nous avons l'intention de prendre contact avec France 2 pour leur présenter ce projet.

Le troisième épisode suivra pendant plusieurs jours un soigneur à l'occasion de la naissance d'un animal dans un zoo. Le ZooParc de Beauval, situé dans le Loir-et-Cher, nous a donné son accord de principe. Il s'agit de l'un des plus grands zoos d'Europe avec une collection de 4.000 animaux et un parc de 26 hectares. Le calendrier du tournage sera décidé en fonction des naissances prévues : il y en a eu 350 en 2009. Cet épisode s'adressera en particulier aux enfants en leur faisant découvrir les différentes espèces d'animaux et en suscitant leur curiosité avec des énigmes sous forme de jeu : reconnaître les cris des différents animaux, composer le menu du rhinocéros ... Il sera aussi l'occasion d'expliquer le fonctionnement au quotidien de ces établissements et les problématiques auxquelles ils sont aujourd'hui confrontés, notamment l'interdiction pour les zoos d'acheter des animaux et la nécessité de se diversifier pour faire venir de nouveaux publics. Le ZooParc de Beauval en est un bon exemple puisqu'il a notamment fait construire à 500 metres du parc animalier un complexe hôtelier recréant l'atmosphère de Bali, en Indonésie.

Le quatrième épisode portera sur le fonctionnement au quotidien d'un hypermarché à travers le regard de son directeur. Comment gère-t-on les stocks ? Qui choisit les vêtements des rayons textiles ? Quel est le parcours d'une fraise espagnole avant d'arriver sur les étals ? Comment mesure-t-on la fréquentation du magasin ? Existe-t-il des recettes secrètes pour doper les ventes ? Quelle est la journée-type d'un chef de rayon ? Le web documentaire s'efforcera de répondre à toutes ces questions et à bien d'autres en s'attachant aux aspects concrets et logistiques de la gestion d'un hypermarché. Nous avons effectué des démarches auprès de la direction de Carrefour afin d'obtenir l'autorisation de filmer dans l'hypermarché de Portet sur Garonne, dans la banlieue de Toulouse, qui est l'une des plus vastes enseignes en France.

Pour chaque épisode, nous avons prévu d'interviewer divers spécialistes (sociologue, critique, spécialistes des médias) afin d'élargir le cadre du sujet et remettre en perspective les informations.

c) Le cahier des charges - Structure :

Le web documentaire sera construit selon un dispositif à plusieurs niveaux et plusieurs entrées. L'internaute aura le choix d'interagir ou non avec les liens hypertexte proposés.

Un récit linéaire remettra en perspective les informations et reliera entre eux les différents contenus. Il sera constitué par le point de vue de l'un des acteurs principaux du lieu concerné et permettra à l'internaute de découvrir de l'intérieur les coulisses du lieu.

Grâce à un menu divisé par thématiques, les internautes auront également la possibilité de visionner seulement les parties qui les intéressent. Chaque épisode comprendra par ailleurs un menu supplémentaire constitué des différentes professions du lieu concerné.

L'internaute aura la faculté d'influer sur son parcours en choisissant par exemple les personnes qu'il souhaite rencontrer, les questions qu'il souhaite poser, la direction qu'il veut emprunter

Pour permettre ces différents modes de narration tout en assurant un parcours fluide de l'internaute, l'interface web de chaque épisode sera bâtie à partir d'un même schéma d'arborescence qui pourra être adapté aux spécificités de chaque épisode76.

- Participation de l'internaute

Un système d'enregistrement sera prévu au lancement du site internet pour permettre à l'internaute de reprendre à l'endroit où il avait quitté le web documentaire la dernière fois. Il pourra aussi s'enregistrer via son profil Facebook ou son compte Twitter. Un système de « chat » sera organisé pour les personnes inscrites sur le site.

Les internautes seront invités à laisser leurs commentaires, à partager leurs expériences et éventuellement leurs photos et leurs vidéos, dans une partie de la page d'accueil qui sera clairement identifiée.

Un module de jeu sera proposé dans chaque épisode. Exemple : l'épisode consacré à la préparation du 20h00 donnera la possibilité à l'internaute de mixer un sujet et de préparer son propre journal.

Un lien sera mis en place avec le site de musique en streaming Deezer pour faire connaître la bande son du web documentaire

L'internaute aura la possibilité de placer dans un panier les liens hypertextes afin de pouvoir les visionner ultérieurement.

- Univers graphique :

Une charte graphique a été définie pour donner une cohérence et une identité visuelle à l'ensemble de la collection. Un code couleur différent sera utilisé pour chaque épisode afin de les démarquer.

76 Voir le schéma de cette arborescence, Cf. Annexe 10

- Univers sonore :

Une place importante sera accordée à l'habillage sonore afin de renforcer l'impression d'immersion de l'internaute.

- Langues : français et anglais

- Mise à jour : pendant toute la durée de diffusion de la collection

d) L'économie du projet : une collection « crossmedia »

La collection « Dans les coulisses...» a été conçue comme un projet crossmedia destiné à être adapté à différents supports. Chaque épisode est conçu des l'écriture dans l'optique d'une éventuelle diffusion en télé dans un format de 26 minutes. Les web documentaires seront accompagnés lors de leur mise en ligne par le lancement d'une application iPhone sous forme de jeu interactif en lien avec la thématique concernée.

Nous comptons proposer les quatre premiers sujets dans le cadre d'une offre groupée aux différents diffuseurs qui pourraient être intéressés. Nous ciblons prioritairement France Télévisions et plus particulièrement France 5 dont la ligne éditoriale, « la chaîne de la connaissance », correspond parfaitement aux ambitions de notre série. Elle s'est déjà fortement impliquée dans la production de web documentaires avec « The Big Issue : l'Obésité est-elle une fatalité " et surtout avec la série « Portraits du nouveau monde ". En outre, « Dans les coulisses...» s'intègrerait à la volonté du groupe de favoriser les projets patrimoniaux, destinés à durer dans le temps. Nous pensons également prendre contact avec Arte, qui est l'autre principal acteur du web documentaire parmi les diffuseurs.

En terme de budget, nous évaluons le coût de chaque épisode à 65 000 euros en moyenne (diffusion télé non incluse), sachant que des écarts sont prévisibles, les durées de tournage étant très différentes d'un sujet à un autre.

Nous solliciterons un soutien financier auprès du CNC dans le cadre de l'aide aux nouveaux médias. Si l'enveloppe maximale nous est accordée, elle pourrait abonder notre plan de financement à hauteur de 100 000 euros.

Nous envisageons également des coproductions internationales avec la Télévision suisse romande (TSR) qui a préacheté « Havana-Miami " et avec l'Office national du film du Canada, très actif dans le domaine du web documentaire.

Chaque épisode pourra par ailleurs faire l'objet de financements complémentaires individualisés. Nous sommes notamment en discussion pour une coproduction avec l'Opéra de Paris pour le sujet qui sera consacré au montage de « Madame Butterfly ".

Nous envisageons en outre de solliciter des marques et des institutions qui pourraient envisager de sponsoriser les sujets en lien avec des thématiques qui les concernent.

e) Plan de communication et marketing : une double approche

Un double dispositif sera mis en place pour la communication autour du projet : un plan de
communication qui portera sur l'ensemble de la série et sur notre société et une
communication individualisée pour chacun des épisodes afin de tenir compte de leurs

spécificités et des cibles différentes auxquelles ils s'adressent. L'épisode consacré à la grande distribution est plutôt destiné à un public adulte alors que celui sur le zoo s'adressera spécifiquement aux enfants.

En tirant parti de nos différents réseaux, nous développerons une campagne d'information adaptée aux différents supports : presse, radio et internet. Nous mettrons l'accent sur ce dernier car il s'impose aujourd'hui comme le principal vecteur d'information sur les web documentaires, notamment par le biais de sites spécialisés comme linterview.fr. Une action particulière sera envisagée à destination des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter qui sont notamment très regardés et très utilisés par les professionnels investis dans le web documentaire. Une page Facebook sera ainsi créée pour la collection qui commencera à distiller des informations sur le projet très en amont de la diffusion afin de générer une attente. Des informations sur l'état d'avancement du projet seront régulièrement ajoutées et des extraits seront mis en ligne en exclusivité avant le jour officiel de la diffusion. Un compte Twitter sera également mis en place afin de créer une communauté autour du projet.

Nous avons prévu de présenter la collection dans les différents festivals qui traitent du web documentaire : Festival des 4 écrans, Festival international Télévision sur internet-WEBTV de la Rochelle dont la premiere édition vient d'avoir lieu cette année, Festival international des programmes audiovisuels (FIPA), Sunny Side of the Doc (marché international dédié au documentaire et organisé à la Rochelle), Visa pour l'image qui a créé un prix spécial pour le web documentaire en 2009, et le festival Ardèche Images de Lussas.

Des opérations spéciales seront également préparées pour communiquer autour des web documentaires. Un jeu concours sera par exemple organisé pour le web documentaire consacré au montage de « Madame Butterfly » afin de faire gagner des places aux internautes. Pour le lancement de l'épisode consacré à la préparation du 20h00, une émission spéciale pourra être organisée sur la chaîne représentée dans le sujet autour des questions d'information et de journalisme.

De multiples partenariats sont par ailleurs prévus en fonction des sujets. Pour le troisième épisode qui sera centré sur le ZooParc de Beauval, une association peut être envisagée avec le WWF sur la thématique de la sauvegarde des espèces en danger et un partenariat pourrait aussi être lancé avec Géo et des magazines jeunesse.

4) Diversification et perspectives

Nous croyons beaucoup au potentiel de cette collection pour nous lancer. Il n'en reste pas moins qu'elle ne saurait à elle seule assurer la viabilité économique de la société. Aussi, il nous apparaît d'ores et déjà indispensable de diversifier nos activités tout en gardant la spécificité du contenu produit : le web documentaire.

a) L'institutionnel

Notre cible première regroupe, pour utiliser des termes génériques, institutions et associations.

On l'a vu avec le web documentaire « Témoins du dedans » financé par l'Unicef, ou encore
avec Médecins du Monde qui, à l'occasion de ses 30 ans en 2010, a élaboré pour son site un

programme intitulé « J'ai 30 ans, Médecins du Monde a 30 ans77 ", le genre séduit. Il est manifestement un bon moyen de communication. Il faut dire qu'il offre de nombreuses possibilités. Quelques collectivités territoriales commencent à développer de nouveaux outils de communication intégrant des web documentaires. Deux approches peuvent être adoptées : le web documentaire plus artistique comme ceux présentés sur le site de la Ville de Paris à l'occasion de la refonte de son site internet, et intitulés « Parisiens78 " ou une approche plus pédagogique comme l'opération réalisée par le conseil général des Côtes d'Armor qui a réalisé un web documentaire de présentation de son budget ou encore celui de la Ville de Clermont-Ferrand qui a réalisé un web documentaire sur les pratiques durables79 dans le cadre de la semaine du développement durable.

Nous pensons que le format choisi pour notre collection « Dans les coulisses... " correspondra parfaitement aux attentes des collectivités territoriales, ONG ou autres institutions. Mise en valeur d'un lieu ou d'une action, plongée au coeur d'une campagne, aide à la mise en place de campagnes citoyennes via le web documentaire, les possibilités sont particulièrement larges.

Reste à savoir quels sont les budgets qu'elles sont prêtes à y consacrer. Car si la Ville de Paris, à titre d'exemple, a inclu dans la refonte de son site internet une rubrique web documentaire c'est uniquement sur la proposition d'une des journalistes du site, Aurélie Champagne, qui crée ce contenu avec une photographe de la Ville. La structure est légère et les coûts de production sont nuls. A ce stade, c'est une sorte d'extra qui n'a aucun coût global quantifié. « Ce n'est ni de l'actualité municipale, ni de l'actualité tout court " nous a indiqué Aurélie Champagne. C'est « un contenu d'actualité froide qui échappe, de fait, aux contraintes de production " et permet ainsi une totale liberté de format, ou de périodicité... Une ville comme Paris propose donc d'ores et déjà ce type de contenu. Il s'agit d'une porte d'entrée pour notre société. S'appuyer sur une ressource interne isolée et par ailleurs chargée de nombreuses autres tâches, ne lui permettra pas de développer des contenus très élaborés. Dans la mesure où la prise de conscience de l'intérêt de ce type de contenu est déjà faite, il nous sera relativement facile de présenter l'apport indéniable de notre savoir faire en apportant des propositions innovantes.

b) Marques et entreprises

Nous pensons également trouver des ressources complémentaires via des partenariats avec marques et entreprises. Selon Laurence Bagot, de Narrative, ce marché est en développement : « On a de plus en plus de demandes de diffuseurs pas audiovisuels ou pas issus du monde de l'audiovisuel qui viennent nous voir pour des prises de parole d'auteurs ou associées à des auteurs sur des sujets particuliers80 ". Dans ce cadre, nous regardons avec attention le positionnement des marques aujourd'hui. Deux options s'offrent à elles. Elles peuvent produire elles-mêmes des contenus via leur propre structure avec le risque d'un résultat très « corporate ". Elles peuvent aussi avoir intérêt à investir dans des projets qu'elles ne créent pas mais auxquels elles associent leur image. C'est l'exemple récent de SFR avec le web documentaire « HomoNumericus " qui porte sur les nouvelles pratiques numériques. Entièrement financé par la marque, son écriture et sa réalisation ont été confiées à des auteurs

77 http://www.medecinsdumonde.org/fr/30-Ans-de-Medecins-du-Monde-Le-web-documentaire

78 ttp://webdoc.paris.fr/

79 http://www.clermont-ferrand.fr/-Clermont-sentinelle-de-l-.html

80 Laurence Bagot in Atelier des medias, émission 116-1

indépendants. Dans cette optique, les entreprises pourraient notamment avoir recours à du contenu informatif ou dit « de découverte " sur lesquels on peut imaginer une approche documentaire. C'est la démarche adoptée par la SNCF, comme le raconte Mathieu Guével81, en créant un « mini site " Eurostar consacré à des reportages et informations pratiques sur la ville de Londres. Le but recherché étant non pas uniquement de faire de la publicité pour la SNCF mais, au delà, de servir son activité en augmentant la fréquentation des trains Eurostar en donnant envie de voyager.

Dans cet esprit, nous pourrions proposer un « Dans les coulisses..." à des marques qui ont une histoire ou des savoir-faire particuliers. Nous proposerons un contenu d'auteur qui pourra aussi servir d'atout de communication de la marque sans être à la base un contenu de communication. De la même manière, comme un certain nombre d'entreprises se positionnent aujourd'hui comme fournisseurs de contenus, elles pourraient tout aussi bien devenir des coproductrices de web documentaires diffusés sur des sites de médias ou sur des plateformes en quête de programmes. Nous pourrions, sur ce point, leur apporter notre expertise. C'est une piste à explorer très rapidement dans notre développement.

c) Technologies et écritures nouvelles : les perspectives

Notre société a vocation, sur la base de sa collection, à intégrer un secteur jeune et émergent et à se positionner pour un avenir très proche. Car si le web documentaire a pu se développer, c'est aussi grace au déploiement des accès pour un plus grand nombre de nos concitoyens. La France vient de franchir le cap des 20 millions d'abonnés à l'internet haut et très haut débit, ce qui permet indéniablement de proposer des contenus du type « Prison Valley " à un public désormais très large. Ce moment est d'ailleurs passionnant tant les lignes bougent et personne ne sait réellement où le curseur s'arrêtera82.

Dans la même perspective, nous croyons beaucoup à la télé connectée comme étant le mode de consommation de contenus le plus adapté, dans un avenir très proche, au public le plus large. La télé connectée c'est un téléviseur qui permet, sur le même écran, de regarder une émission et de consulter ses prolongements internet : même écran, même télécommande. C'est aussi une bataille qui faire rage entre les acteurs du secteur. Les partenariats signés directement entre fabricants d'écrans et fournisseurs de contenus inquiètent naturellement les distributeurs. Nous assistons seulement au début de cette connexion entre téléviseurs et internet. Mais le phénomène devrait, selon certains observateurs, concerner 50 % des télévisions d'ici trois ans dans les foyers. Cette consommation des médias sur un mode délinéarisé, interactif, et non plus dans une logique de flux, va, de fait, toucher l'intégralité des médias. L'annonce par Google du lancement de sa solution technologique appelée Google TV, basée sur son système d'exploitation Androïd, afin « de combiner le meilleur de la télévision et de l'internet " et spécifiquement créée pour la télévision connectée en est un exemple. Et si nous ne considérons pas que la télévision soit morte, nous croyons avec

81 Dans le cadre de son intervention au Master D2A, le 6 mai 2010

82 A cet égard, un récent article d'Eric Mettout nous a paru significatif. L'intérêt vient moins de sa critique de « Prison Valley " considéré comme un bijou luxueux comparé à « Avatar », ni de sa vision de l'avenir du journalisme sur le web qui pose éminemment question. L'intérêt vient plutôt de cette délicieuse astérisque délicatement posée en bas de l'article après « j'ai bien peur, pour une fois, d'avoir raison " et qui nous dit : « (*) A cette réserve près, soulevée par ma boss, Corinne Denis, ce matin, que toutes ces âneries que j'ai écrites ci-dessus pourraient être remises en cause par l'éventuel succès de l'iPad, plate-forme idéale pour ce type de produit. ". Tout est dit.

conviction que l'émergence de contenus de qualité est nécessaire pour le web et pour les diffuseurs qui voudront y prendre une place significative.

Au delà, la multiplication des supports entraîne une multiplication des contenus ad hoc. Iphone, Smartphone, Ipad, les usages ne sont pas les mêmes, et les nouvelles écritures n'ont pas encore livré toutes leurs potentialités. Jusqu'à quel point peut-on s'écarter du linéaire? Les chantiers sont énormes. C'est ce que relève Joël Ronez : « On est au début d'une histoire. Il y a un problème fondamental - et nous, on tourne autour de cela et pour l'instant on n'a pas toutes les compétences, les moyens, les évolutions, l'industrie, les auteurs, les scénaristes, les producteurs, les technologies à notre service pour le résoudre - c'est comment on arrive à résoudre la contradiction entre ce format linéaire qu'est la vidéo (...) et la notion d'hypertexte qui est la révolution absolue en matière de contenus. (...) C'est un défi énorme. Il y a une industrie, un genre qui a réussi cela c'est celle du jeu vidéo. C'est vers là à mon avis que la production de contenus narratifs qu'ils soient fiction ou documentaire, c'est autour de cela à mon avis qu'il va falloir travailler. Par contre c'est vrai que là on est dans des budgets qui sont ceux du long métrage83 ". Un de nos objectifs à moyen terme est de développer un certain nombre de programmes identifiants avec des écritures se rapprochant du jeu vidéo.

Les usages du public évoluent très rapidement à l'image d'ailleurs de ceux des créateurs. D'un côté, nous l'avons vu, de nouvelles écritures restent à inventer et à investir et, de l'autre, les secteurs tendent à se décloisonner. Notons, à cet égard, que l'université d'été de la bande dessinée 2010 aura pour thème « Transmedia, crossmedia, médiaglobal, de l'album singulier aux écrans multiples ". Le texte de présentation des débats pose notamment la question des auteurs au sein de ces mutations. Il indique : « un grand nombre d'auteurs migrent désormais du livre à l'animation, du cinéma à la programmation informatique ce qui annonce, depuis quelques années, une nouvelle génération d'auteurs pluridisciplinaires... à l'image de ces trois journées d'échanges84 ".

C'est aux côtés de tous ces acteurs et de toutes ces nouvelles formes de création que nous voulons d'ores et déjà nous engager, afin, à terme, de devenir des acteurs du secteur capables d'effectuer des missions de conseil sur les contenus narratifs, et d'assurer le développement de projets innovants sur le web et sur tous les nouveaux canaux de distribution qui émergent.

83 Atelier "doc on web" organisé le 20 janvier 2010 à la SCAM

84 http://www.citebd.org/spip.php?article1399

En conclusion...

Au terme de notre étude sur le web documentaire et ses différentes composantes, nous sommes arrivés à la conclusion que l'atout essentiel de notre projet est d'intervenir dans un timing plus que favorable. Le marché est en effet suffisamment mature pour se structurer mais présente l'avantage d'être encore assez jeune pour nous permettre un positionnement pertinent. Par notre collection, nous faisons le choix d'un projet porteur, qui se démarque de l'offre dominante, axée sur l'investigation journalistique, pour privilégier l'angle de la découverte et tenter ainsi de s'adresser à un plus large public.

Nous sommes convaincus qu'il faut placer le contenu, et donc l'auteur, au coeur de notre développement pour assurer notre légitimité. C'est pourquoi nous avons fait le pari d'appuyer notre ambition par le développement d'un projet éditorial fort. Notre collection portera notre projet de société et non l'inverse. En outre, en faisant le choix d'une structure légere dans son fonctionnement et d'une grande souplesse d'évolution, nous prenons en compte toute la fragilité de ce secteur et les incertitudes qui l'accompagnent. Car le web documentaire est un genre mouvant aux confluents de plusieurs secteurs, eux-mêmes en pleine mutation. Pour ces raisons, il est difficile de faire des pronostics à long terme pour l'ensemble du secteur et par conséquent pour notre société. C'est le revers d'un marché en pleine maturation.

Certaines idées ou vérités qui semblaient valables il y a seulement quelques mois apparaissent aujourd'hui déjà remises en question. On a aujourd'hui plus de doutes, notamment, sur la capacité du web documentaire à offrir une planche de salut au photojournalisme.

Dans cet ensemble mouvant, quelques tendances se distinguent néanmoins. Ainsi, il nous semble que vont coexister à terme deux grands modèles : une production aux moyens conséquents adossée à une diffusion audiovisuelle et une production de contenus destinés uniquement au web, de moindre grande envergure, qui remplit néanmoins une autre vocation et qui a toutes les chances de perdurer. Cette coupure est susceptible d'être amplifiée par les évolutions techniques. D'un côté, la démocratisation croissante des outils de création va favoriser la multiplication des petites productions. De l'autre, la réalisation d'oeuvres ambitieuses impliquera de plus en plus d'investissements humains et financiers importants qu'à ce jour, seuls les diffuseurs de télévision semblent en mesure d'apporter.

Autre enjeu de taille, le web documentaire étant encore peu identifié auprès du grand public, il suppose de se donner des moyens particuliers pour assurer une visibilité aux projets afin de capter une audience qui n'est pas d'emblée acquise. Plus largement il va devoir se construire lui-même un modèle économique à l'image du documentaire audiovisuel qui, à de rares exceptions près, repose sur des montages financiers fragiles.

C'est dans cette optique que la question de l'écriture est un enjeu primordial. A ce jour, les propositions faites par les créateurs, en dépit de leurs nombreuses qualités, restent bien souvent conventionnelles et très linéaires. Les écritures parviennent difficilement, pour l'instant, à se saisir des enjeux d'innovation qu'elles abandonnent en partie aux technologies. Le constat est assez flagrant, la seule interactivité ne suffit pas pour faire venir le public. Mais de nouvelles pistes commencent à être explorées. Les « Serious Games " et autres « Alternative Reality Games ", devraient être autant de laboratoires aux pratiques des auteurs et bouleverser les codes habituellement proposés au public. Au final, c'est le spectateur qui reste juge. L'audience devrait elle-même réguler une offre pour l'instant encore très jeune est très inégale.

L'expérience montre à quel point le numérique a déjoué de nombreux pronostics pour faire apparaître des modèles là où on ne les attendait pas. L'émergence, par exemple, d'un modèle payant grace à l'iPhone ou à l'iPad, était imprévisible il y a encore deux ans. L'idée qui porte notre projet est donc de prendre nos marques dans la perspective de cette évolution.

Nos objectifs : nous positionner, nous former, connaître le secteur et avoir une structure suffisamment souple pour être réactifs et compétitifs, être prêts à saisir l'opportunité là où elle apparaîtra.

Ressources

Articles de presse

Le pari du webdocu, Martine Delahaye, Le Monde TéléVisions, 22.02.2010

Arte lance un site dédié aux «webdocumentaires», Stéphane Dreyfus, La Croix, 20.02.2010

La web-création était à l'honneur du 23ème Festival international des programmes audiovisuels de Biarritz, Correspondance de la Presse, 01.02.2010

Arte : projet de création d'une plateforme pour les jeunes créateurs, Satellifax, 26.08.2009 Voyage au bout d'un webdocumentaire, Magali Jauffret, L'Humanité, 01.09.2009 Comment rentabiliser le web-documentaire ?, Satellinet, 25.01.2010

Le web-documentaire, avenir du documentaire ?, Maud Dugrand, L'Humanité, 29.06.2009 La culture au secours du photojournalisme, Magali Jauffret, L'Humanité, 01.09.2009

Le web doc questionne les producteurs, Annick Hémery, Sonovision, 01.03.2010

Le web-doc, un renouvellement du genre documentaire, Marie-Dominique Follain et Laurent Houssay, AFP, 20.11.2009

Le photojournalisme le temps des épreuves, Claire Guillot, Le Monde, 07.09.2009

Une conférence sur le web-documentaire à Doc'Ouest, La Lettre d'Ecran total, 21.09.2009 France 5 voit grand dans le webdocumentaire, Maud Dugrand, L'Humanité, 25.11.2009 Les nouveaux auteurs de la Toile, Anne-Lise Carlo, Stratégies, 11.02.2010

Festival Européen des 4 écrans : le web documentaire, un genre très demandé, Satellifax, 23.11.2009

Le documentaire se réinvente sur le Web, IR, La Tribune, 26.10.2009

L'économie fragile d'un webdocumentaire, Martine Delahaye, Le Monde TéléVisions, 18/19.04.2010

La stratégie web d'Arte, Sandrine Cochard, 20 Minutes, 25.08.2009

France Télévisions à l'assaut du web-documentaire, Alice Coffin, 20 Minutes, 28.01.2010

Arte et France 5 mettent le paquet sur le web-doc, Sophie Bourdais, Marie Cailletet et Virginie Félix, Télérama, 22.02.2010

Ces webdocumentaires dont on est le héros, Oriane Raffin, 20 Minutes, 19.02.2010 Le web-documentaire s'invite à «Visa pour l'image», LeMonde.fr, 01.09.2009

Webdocumentaire, le reportage à l'ère du multimédia, Armelle Canitrot et Stéphane Dreyfus, La Croix, 04.12.2009

Le web-documentaire explose sur la toile, Alice Coffin, 20 Minutes, 15.02.2010 Le webdoc tisse sa toile, Etienne Sorin, L'Express, 18.11.2009

Les web-documentaires en recherche de modèle économique, Capucine Cousin, 20 minutes, 26.04.2010

Premier festival international de la télévision sur le web à la Rochelle, Sud-Ouest, Christiane Poulin, 17.05.2010

Interview Guillaume Blanchot, Newsletter Sunny Side of The Doc, 27.01.2009 Interview Guillaume Blanchot, Ecran Total, 24.06.2009

Ressources internet

Première rencontre CNC-SACD 2009/2010, 17 novembre 2009, Utilisation d'internet comme outil d'écriture : quelles méthodes de travail entre les auteurs du web, du cinéma et de la télévision ? www.cnc.fr

Troisième rendez-vous du CFPJ (Centre de formation et de perfectionnement des journalistes) consacré aux nouvelles formes de récit journalistique. A retrouver à l'adresse : http://www.cfpj.com/cfpj-lab/articles/Web-documentaires-Web-fictions-la-creativite-auservice-de-l-editorial.html

Emission 116-1 de l'atelier des médias de Radio France Internationale consacrée à l'économie du web documentaire. A retrouver à l'adresse: http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/emission1161-depart-de#5

Débat sur les web documentaires entre le réalisateur de web documentaires Samuel Bollendorff et le photographe Lorenzo Virgili sur le site du journal La Croix (04.12.2009). A retrouver à cette adresse :

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2404662&rubId=55407

Atelier «Doc on Web» de la SCAM, le 20 janvier 2010, avec Boris Razon, rédacteur en chef du Monde.fr, Joël Ronez responsable du pôle Web d'Arte France, Guillaume Blanchot directeur multimédia du CNC, Laurent Duvillier directeur général de la SCAM et Judith Rueff, journaliste et cofondatrice de Ligne 4. A retrouver à cette adresse : http://www.dailymotion.com/video/xc0diadoc-on-webcreation#from=embed

Newsletter numéro 8 de Sunnysideofthedoc. A voir à : http://www.sunnysideofthedoc.com/fr/newsletter8.php

http://blog.lafabriquedureel.fr/ : blog sur les nouveaux médias http://laboculturel.blogspot.com/2009/09/dossier-le-web-documentaire.html

http://webdocu.com/ : mémoire d'Emiland Guillerme pour sa dernière année d'école de journalisme au Celsa (2009)

http://linterview.fr/new-reporter/ : site spécialisé dans les web documentaires

http://www.vigieduweb.com/ : site spécialisé dans les produits multimédias animé par Bernard Monasterolo, directeur artistique au Monde.fr et Oriane Raffin, journaliste multimédia à 20minutes.fr

http://3wdoc.com/fr : par l'équipe de l'agence web Hecube dédiée à l'univers du web documentaire et à la narration sur internet

http://numerico.wordpress.com/ : blog réalisé par des étudiants de l'école de journalisme de Sciences-Po

http://www.web-activiste.com/

http://www.lafabriquedelinfo.fr : site sur l'information réalisé par des étudiants de l'Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA)

http://webreportage.blog.lemonde.fr : blog consacré au web reportage hébergé sur le site du Monde.fr

http://www.ina-sup.com/enseignement-superieur/ina-sup-decrypte-les-4-ecrans : compterendu des ateliers et d'interviews

http://webdoc.web-reporter.net/ : blog qui raconte la fabrication en cours d'un web documentaire contributif

Rapports et bilans :

La mise en oeuvre d'un projet de production web, rapport de Michael Swierczynski, responsable pôle internet ina.fr

Aide aux projets pour les nouveaux médias, le cinéma et la télévision, 2007-2009 - projets retenus, publication du CNC

Bilan 2009/dossier#314/mai2010 CNC

Annexes

Annexe 1 : Typologie du web documentaire

Annexe 2 : Visuels de la catégorie << visuels interactifs » Annexe 3 : Visuels de la catégorie << récits interactifs »

Annexe 4 : Visuels de la catégorie << récits participatifs et/ou contributifs » Annexe 5 : Interview de Pauline Augrain, chargée de mission CNC Annexe 6 : Interview de Samuel Bollendorff, photoreporter

Annexe 7 : Interviews d'Emmanuel Leclère et de Jean-François Fernandez, auteurs Annexe 8 : Interview de Thierry Caron, photographe

Annexe 9 : Interview de Valentine Letendre, réalisatrice

Annexe 10 : Schéma d'arborescence de la collection << Dans les coulisses... » Annexe 11 : Descriptif du fonds << Nouveaux médias » du CNC

Annexe 1

Typologie du web documentaire

Annexe 2

Visuels de la catégorie

« visuels interactifs »

Visuel n° 1 : « Haïti, la vie au milieu des ruines " : entrée par thème dans le web documentaire

Visuel n° 2 : « Chanteloup, ma France ", issu de la collection « Portraits d'un nouveau monde " : entrée par personnage dans le web documentaire

Visuel n° 3 : << iROCK » : entrée par carte dans le web documentaire

Visuel n°4 : << Le corps incarcéré » : navigation au sein du web documentaire

Annexe 3

Visuels de la catégorie

« récits interactifs »

Visuel n° 1 : « Thanatorama » : cartographie des chapitres

Le format Honkytonk

Visuel n° 2 : << The Big Issue >>

Visuel n° 3 : << Le Challenge >> :

Annexe 4

Visuels de la catégorie

« récits participatifs et/ou contributifs »

Visuel n° 1 : « Gaza/Sderot » : entrée par date

Visuel n° 2 : « Havana/Miami » : l'interface participative

Visuel n° 3 : « Prison Valley » : la chambre d'hôtel / menu, la fenêtre de chat

Visuel n° 4 : « Prison Valley » : le parcours de l'internaute

Annexe 5

Interview de Pauline Augrain

Chargée de mission CNC

Interview PAULINE AUGRAIN, chargée de mission au CNC à la direction du multimédia et des industries techniques (19/05/2010)

L'idée est d'établir une typologie, un état des lieux du web documentaire.

Il faut essayer de distinguer le web documentaire, qui est vraiment issu d'un travail d'auteur, de ce qu'on peut appeler le web reportage, où on est purement dans une nouvelle forme de récit journalistique, qui est aussi très intéressant. Mais, en tous cas nous, nous essayons de nous recentrer sur l'oeuvre au sens assez traditionnel du terme pour ne pas être complètement submergés de projets qui viennent de journalistes et qui ont uniquement comme sujet un traitement particulier de l'actualité et où l'on reste dans du flux.

Mais ça, c'est la culture CNC et il se trouve qu'effectivement, le web documentaire a eu un écho très important dans le monde du journalisme, et surtout du photojournalisme, car cela participe du besoin de diversification de la presse aujourd'hui. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de projet de web documentaire intéressant venant de journalistes. C'est exactement le cas de « Prison Valley ». David Dufresne et Philippe Brault, ce sont des journalistes et des photojournalistes à la base et ce n'est pas pour autant que « Prison Valley » n'a pas un vrai propos documentaire. De la même façon, on a aussi aidé un projet dont la démarche est assez proche, qui s'appelle « Prypiat », qui parle de Tchernobyl, de sa ville dortoir, de Guillaume Herbaut et Bruno Masi, qui ont exactement les mêmes profils : un photographe et un journaliste. Donc c'est quelque chose d'assez classique : un couple photographe-journaliste qui propose des projets, parfois extrêmement intéressants.

Par rapport à l'idée de typologie, nous aussi nous nous sommes forcément interrogés sur la manière de catégoriser les différents web documentaires, en tous cas ceux que nous avons pu aider, puisqu'aujourd'hui, les trois-quarts des projets internet que nous aidons sont des documentaires. C'est le genre qui a le plus clairement émergé depuis un peu plus de deux ans et qui se structure aujourd'hui. Du coup, il nous permet d'avoir une meilleure visibilité puisqu'il y a un certain nombre de projets, 17 je crois, qui sont en ligne aujourd'hui et dont certains ont un impact extrêmement important auprès du grand public, comme « Prison Valley ».

Et le reste, c'est de la fiction ?

Le reste c'est un petit peu de fiction, un petit peu d'animation et un petit peu de magazine aussi mais sur internet, cela reste assez marginal. Même de vraies propositions de ce qu'on peut appeler des web fictions interactive, nous en avons eu quelques unes vraiment intéressantes mais ce sont des projets que nous aidons pour l'instant seulement en écriture et qui ont du mal à résoudre les problèmes d'écriture interactive qui peuvent se poser également dans le cas du web doc.

Dans la fiction, c'est généralement encore plus compliqué. Il faut faire travailler ensemble des scénaristes et des game designer et ce sont deux cultures et deux univers qui ne se connaissent pas du tout. En général, les scénaristes ont beaucoup de réticences à déléguer l'écriture d'une partie de leur projet. Donc, il y a des choses qui se font mais qui, pour l'instant, ne sont même pas encore en production, juste en développement, à essayer de résoudre des problèmes techniques.

Pour en revenir à cette histoire de catégorisation, moi, ce que je propose en général - et c'est réducteur et simplificateur mais ça éclaire pas mal quand on s'adresse un public novice et de néophytes - c'est de classer les webdocs par degrés d'interactivité. Il y a un premier niveau qui ne présente pas d'innovation particulière sur le plan de la forme ou de la narration, qui

reste du documentaire assez linéaire. Soit un petit webdoc unitaire qui va être simplement un petit objet audiovisuel, comme « Génération Tiananmen " par exemple. Et c'est typiquement ce que fait Narrative où on a beaucoup d'images fixes et on aimerait bien qu'il y ait davantage de travail sur le langage cinématographique.

On reste sur des petits web docs de format 7/8 minutes maximum, soit en unitaire, soit sous forme de séries et à ce moment-là, le mode de visionnage, et en tout cas l'expérience du spectateur reste assez similaire à ce qu'on peut voir en télévision.

Après il y a un autre niveau et ça c'est plus typiquement les projets de Honkytonk comme « Voyage au bout du charbon " ou « The Big Issue ", qui sont des documentaires interactifs mais pour le coup simplement interactifs. Généralement, il n'y a même pas de site web dédié. C'est une application qu'on lance et malgré tout, même si le producteur s'en défend, cela reste relativement proche du CD-ROM d'il y a 10 ou 15 ans. En tout cas, ça n'exploite pas ou très peu les possibilité du web, du web comme média social. Il y a assez peu la fonction de partage, il n'y a pas la dimension participative, contributive et pas de réelle expérience collective. Cela reste une expérience très individuelle, comme « Thanatorama " par exemple. Ce sont des web docs de premiere génération sachant que le troisième niveau, et c'est visiblement ce qui se développe de plus en plus, c'est le webdocumentaire interactif et participatif. Ça a été un petit peu « Gaza/Sderot " et encore, ce n'était pas très abouti à l'époque. Ça a été plus récemment « Havana/Miami ", qui justement a voulu reprendre le concept de « Gaza/Sderot " mais en donnant une dimension contributive beaucoup plus forte. C'est aussi « Prison Valley " où il y a l'idée de favoriser l'échange, le débat. Je pense qu'ils auraient pu aller un peu plus loin dans ce sens là. Il y a une idée vraiment super qui consiste à pouvoir voir le nombre de personnes connectées en même temps que vous et qui est présent exactement. Moi j'aurais eu envie, mais peut être qu'il y a des problèmes techniques, (...) qu'on puisse chatter avec ces personnes si on reconnait quelqu'un qu'on connaît, qu'on puisse directement cliquer sur le nom et qu'il y ait tout de suite une discussion très intuitive, tres spontanée, tres immédiate qui s'engage. Ça, ce n'est pas encore présent dans le web doc et je ne sais pas pour quelle raison. Il y a une fonctionnalité qu'ils avaient prévue, qui a fonctionné pendant les deux premiers jours de mise en ligne, qui était de poster automatiquement son profil sur Facebook ou Twitter pendant la lecture de « Prison Valley ". C'est-à-dire que quand on se connectait au départ, on cochait une case qui autorisait du coup « Prison Valley " à poster des tweets automatiquement et du coup à chaque séquence du film, ça indiquait automatiquement sur Facebook ou Twitter, par exemple, Pauline est devant l'Imaw au milieu du Colorado et il y avait des liens. Et ça, je trouvais ça super intéressant parce que du coup, ça ne demande pas d'effort particulier de l'internaute, ça rend les choses très très vivantes, ça met en scene l'internaute et en fait, il y a eu une levée de bouclier immédiate. Tout le monde a dit c'est scandaleux, on veut pouvoir maitriser les choses et même le fait qu'on vous demande de vous identifier, ça a suscité beaucoup de réticences. Au bout de deux jours, ils ont supprimé cette fonctionnalité. En fait, moi ça ne me choquait pas du tout. Ils ont quand même réussi à créer un vrai buzz autour de ça, ce qui finalement reste satisfaisant pour eux, mais c'est vrai qu'il y a une telle préoccupation, souvent à juste titre, autour de la question de la protection des données personnelles que ça empêche de faire un certain nombre de choses.

J'ai une vraie interrogation sur cette dimension contributive. J'ai regardé les personnes inscrites sur « Prison Valley », je me suis rendue compte que ce sont essentiellement des personnes qui s'intéressent au web documentaire.

Je trouve que c'est en train de changer notamment avec « Prison Valley ".

Alors, forcément tout est relatif, notamment parce qu'ils ont fait un plan média très important et parce qu'eux-mêmes ont des relations dans le milieu journalistique.

D'où l'enjeu d'avoir des relais, un plan de communication suffisamment efficace pour relayer l'existence de ce web documentaire, lui donner une visibilité. C'est pour ça qu'on va aussi de plus en plus vers l'idée de systématiquement le coupler avec un documentaire antenne qui fait en réalité partie de ce plan média. On est vraiment dans le cas de « Prison Valley " dans une logique de « reverse broadcasting ». Le produit dérivé, ce n'est pas le web doc, c'est le documentaire antenne qui permet de toucher un autre public, de toucher davantage, d'avoir une exposition plus importante, et ça c'est la tendance générale.

Pour reprendre mon fil et aller jusqu'au bout de mon histoire de catégorisation, même si encore une fois c'est juste une proposition parmi d'autres, je trouve que le dernier niveau qu'on puisse identifier, ce sont des projets hybrides et bi-média internet/télévision. Mais pas dans une logique, comme « Prison Valley ", de déclinaison, mais qui sont au contraire, comme « Twenty Show ", dans l'idée de se servir du web comme un support de diffusion d'une part mais (également) pour permettre de recueillir une matière brute, c'est-à-dire des rushes qu'on va réutiliser pour créer ensuite derriere un documentaire antenne qui est vraiment un objet à part qui propose une approche différente. Comme « Twenty Show ", où on est sur quelque chose de complètement contributif qui utilise le média internet et la télévision. Il y a peu d'exemples qui existent comme « Twenty Show " aujourd'hui mais il y a pas mal de choses qui sont soit en cours d'écriture, soit en cours de production et qui appartiennent plus au domaine journalistique. L'idée c'est de faire une premiere phase de diffusion, mise en ligne sur internet, pour permettre de faire une enquête participative pour associer directement les internautes à un travail de journaliste ou d'investigation sur un sujet particulier et ensuite, avec pour vocation d'en faire un documentaire pour l'antenne mais qui n'aurait pas pu exister sans le web. Ça, j'ai l'impression que c'est de plus en plus une tendance de fond même si ce n'est pas évident à mettre en oeuvre, même si c'est un peu plus cher. En tout cas, c'est ce qui fait à mon sens les synergies les plus intéressantes entre les deux médias.

Un peu comme ce qui se fait au Canada avec « PIP » (« l'indice humain de la crise économique canadienne ») ?

Je n'en ai pas entendu parler spécialement mais oui, le dispositif serait assez proche en fait s'ils ont peut-être prévu de faire un documentaire pour l'antenne, je n'en sais rien. Mais c'est compliqué parce que pour recueillir des contributions intéressantes, il faut qu'il y ait quand même une carotte, il faut essayer d'amorcer les choses, il faut qu'il y ait un moteur. Ce qu'ils avaient trouvé sur « Twenty Show ", c'est la mise en ligne d'abord de ces vidéos blogs qui étaient des fictions scénarisées et qui proposaient du même coup une charte de réalisation pour cadrer les contributions et qui du coup incitaient à faire de même. Mais, dans le cadre du journaliste participatif, on réfléchit généralement comment encadrer le plus strictement possible les contributions des internautes, en allant chez eux, en allant les suivre, en leur proposant des outils qui permettent tout simplement des contributions de qualité. C'est ça le souci. Mais là encore, tout reste à inventer. Pour l'instant, il n'y a pas de recette miracle sur la dimension contributive qui fonctionne, on prend toujours forcément des risques.

Et pour vous France 24 c'est du web documentaire ou du web reportage ?

Plutôt du web reportage, plutôt récit journalistique. Nous, il est exclu qu'on les cofinance
puisque ce sont des productions internes France 24. Mais, la frontière est très ténue, quand je

pense à ce qu'a fait Lemonde.fr. Ils ont pour le coup une grosse partie de production interne parce que pour Boris Razon, le rédacteur en chef, l'enjeu du web documentaire est aussi en terme de formation de ses journalistes, de son équipe, de leur proposer de commencer à avoir les compétence du multimédia en général, et puis du coup, de faire leur travail de journaliste de manière un peu différente, de moderniser un peu tout ça. Mais pour le coup, il y a un certain nombre de productions internes parce qu'ils ont les moyens en interne de faire des sites, de faire des choses assez sophistiquées, assez abouties. Ce qui ne les empêche pas par ailleurs, de se positionner comme diffuseur assez classique et de préacheter ou de coproduire des projets que nous sommes nous aussi susceptibles de soutenir et qui sont proposés par les producteurs extérieurs. Nous, on se retrouve à ce moment-là dans un schéma très classique, directement inspiré du modèle TV en fait.

Pourriez-vous nous rappeler les critères d'éligibilité des projets que vous soutenez ?

France 24 ne serait pas éligible parce que c'est pour nous comme une chaîne, c'est de la production interne. Les critères, c'est une transposition assez directe de ce qui s'applique à l'audiovisuel. L'idée, c'est que concernant les deux aides à l'écriture et au développement, puisqu'il existe une aide à l'écriture multi-supports et une aide à l'écriture internet, ces deux aides-là sont ouvertes aux auteurs et aux producteurs. C'est à peu près 50-50 même au niveau des projets aidés, on aide autant des projets d'auteurs que de producteurs. L'idée, c'est que comme on est sur quelque chose d'émergent, comme on a une démarche assez expérimentale sur ces sujets-là, on voulait que cette aide soit la plus ouverte possible. D'où l'idée que les auteurs puissent faire la démarche seuls et puissent obtenir des subventions. Et d'où le fait que n'importe quelle société de production, quelle que soit sa forme juridique, que ce soit société ou association, quelle que soit son activité principale, que ce soit dans le domaine de l'audiovisuel ou pas, puisse aussi faire une demande sans problème et obtenir l'aide.

D'ailleurs, les producteurs qui présentent des projets viennent d'univers assez différents aussi, comme les auteurs qui ont des profils très différents. Mais, il y a quand même une petite majorité qui reste des producteurs audiovisuels qu'on connaît par ailleurs. Beaucoup de producteurs de documentaires comme les Films d'Ici ou Programme 33, des gens bien connus dans le domaine du doc. Mais, on a aussi des agences web ou des gens qui viennent de la pub, de la communication interactive qui proposent des projets qui sont en général hyper bien au niveau du dispositif de communication, marketing mais généralement, pas toujours convaincants dans le contenu. Mais, ils viennent quand même régulièrement.

On a aussi de très jeunes sociétés, et ça depuis un an, un an et demi. On voit apparaître de nouvelles générations de producteurs qui sont des boites de production qui se disent producteurs de contenus mais sans nécessairement spécifier les choses, sans avoir de ligne éditoriale précise. Ils revendiquent d'avoir complètement décloisonné l'audiovisuel et même le cinéma. Ils s'intéressent aux nouveaux médias mais parmi d'autres supports et ils peuvent pour autant s'intéresser à la télévision, au court métrage et même au long métrage. Je pense qu'ils vont être amenés au fur et à mesure à préciser un peu leur activité forcément mais c'est vraiment très caractéristique de cette nouvelle génération de producteurs. Et, ils ont aussi dès le départ bien conscience qu'il est impératif de travailler en équipe, de faire appel à plein de compétences tres différentes, et aussi éventuellement d'intégrer une stratégie marketing des le départ, des l'écriture, quitte à faire appel à des agence de conseil, qui de plus en plus proposent leurs services dans ce domaine-là du marketing interactif. Ils ont conscience aussi qu'il ne faut pas hésiter à aller directement voir les marques d'annonceur en court-circuitant les diffuseurs et ça, c'est quand même une tendance de fond.

En règle générale, les relations entre producteur, annonceur et diffuseur sont vraiment en train de changer en profondeur au détriment du diffuseur qui quand même perd de son poids.

Vous demandez donc un diffuseur ?

Ensuite, il y a une aide à la production internet, uniquement ouverte aux sociétés de productions et aux producteurs, qui effectivement ont déjà l'engagement chiffré d'un diffuseur. Donc, là aussi, on se réfère à un modèle de télévision même si c'est appliqué avec beaucoup de souplesse. L'idée, c'est d'avoir l'engagement d'un diffuseur mais, c'est diffuseur au sens large. Ça peut être une chaîne ou un site media, d'autres sites plus de services comme MSN ou Allociné, des opérateurs de téléphonie mobile, des FAI... Donc, c'est vraiment ouvert à tous types de diffuseurs, sachant qu'on a retenu, enfin ce n'est pas écrit noir sur blanc, trois critères principaux, trois qualités qu'on doit pouvoir trouver dans ce diffuseur ou aller chercher ailleurs pour compenser certaines faiblesses. Mais, en gros, l'idée c'est d'abord d'avoir du préfinancement. Ça, c'est le critère de base pour assurer une viabilité économique du projet sachant que nous, de toute façon, on ne peut pas intervenir au-delà de 50% du budget. Il faut donc aller chercher les autres 50% ailleurs. Donc, ça c'est la premiere chose, il faut vraiment un apport en numéraire, même au titre des droits en diffusion, la commission en fait vraiment une question de principe.

Ensuite, la deuxième chose, c'est que ce diffuseur, ce site web doit générer pas mal de trafic, pouvoir compter sur une audience importante pour être un relai auprès du public tout simplement, pour assurer une visibilité, une exposition suffisamment importante. Si ce n'est pas le cas, le producteur est libre de trouver d'autres stratégies de diffusion, d'avoir des co-diffusions, de tout miser sur le viral, d'intégrer à fond les réseaux sociaux. Mais, en tout cas, l'une de nos préoccupations majeures, c'est vraiment d'être sur que le projet sera vu, tout simplement.

Et enfin le troisième critère, qui n'est pas une exigence absolue, mais on préfère quand ce diffuseur a une offre vidéo éditorialisée. Pas uniquement en ligne sur le site de Nike par exemple, complètement hors contexte. C'est dans ce sens que les sites médias comme lemonde.fr, Rue 89, Capa etc. ont une légitimité totale, autant que les diffuseurs internet, parce que ce projet particulier va s'inscrire dans un projet éditorial global. Il y a un vrai travail d'éditorialisation derriere et ça, on apprécie vraiment. Nous n'avons absolument pas de liste de diffuseurs agréés, on peut nous proposer des choses absolument inédites. Notre politique c'est de laisser la commission se prononcer sur ces diffuseurs et de faire au fur et mesure sa jurisprudence.

Et pour Homo Numericuä est-ce qu'ils auraient pu prétendre à une aide ?

Théoriquement oui. Si c'est SFR qui l'a directement produit, ils ne pourraient pas avoir d'aide, il aurait fallu que ça passe par un producteur indépendant car là, on reste dans les missions ultra classiques du CNC : la création indépendante, l'aide à la production indépendante etc. Donc on conserve ce triptyque : producteur, diffuseur, CNC. Le diffuseur et le producteur ne peuvent pas se confondre, ça c'est une certitude. Voilà ce qui explique qu'ils n'aient pas cherché à obtenir du financement de notre part. Par contre, si c'était passé par Honkytonk, la boîte de prod habituelle de Bollendorff, pourquoi pas, à condition qu'on ait le contrat avec SFR pour s'assurer que SFR ne s'implique pas dans l'éditorial, dans l'artistique, que ce n'est pas de la pub déguisée et qu'on se trouve dans un schéma assez classique de sponsoring, de parrainage, sans qu'il y ait un cahier des charges précis auquel il faut répondre.

On va rester sur la ligne création indépendante, ça c'est important. On est ouvert à d'autres modes de financements mais sans tomber dans le Brand Content.

C'est la vraie interrogation. Quel est le statut du producteur ?

On fait une veille assez active sur le Brand Content mais l'idée, c'est de rester très, très prudent par rapport à cela tout en s'ouvrant un peu plus. Encore une fois, on sait que c'est une tendance de fonds. Il faut participer à une sensibilisation des producteurs pour leur dire d'aller voir des marques et d'apprendre à parler leur langage car pour l'instant ils ont du mal à se comprendre. Mais d'un autre côté, l'idée c'est de préserver l'indépendance de la création, d'où le fait que quand on est dans un schéma de production classique, pour une aide à la production, on demande uniquement une lettre d'engagement chiffré, quelque chose qui n'est pas tres engageant. On sait que l'obtention du contrat c'est long, aussi on fait preuve de souplesse de ce point de vue-là. Alors quand le principal diffuseur ou financeur du projet est une marque, là pour le coup on est intransigeant, on demande le contrat et on veut vraiment que ce soit écrit noir sur blanc que la marque adhère aux valeurs diffusées par le programme et qu'il n'est pas question (...) non pas que le produit soit visible parce que pourquoi pas du placement de produit, mais notre limite c'est qu'on ne soit pas dans un schéma où on a un directeur marketing d'une marque qui toutes les semaines fait une réunion avec l'auteur et le producteur pour à chaque fois voir où ils en sont et recadrer les choses quand ça ne lui plait pas. Ça serait vraiment un vrai souci. Malheureusement on sait que ça existe.

Après ça dépend. D'ailleurs le seul projet qu'on a soutenu, qui est aujourd'hui en ligne et qui est très majoritairement produit par une marque et uniquement par une marque, pas de diffuseur à côté, c'est « Les Concerts à emporter ». C'est en ligne sur un site qui s'appelle la blogotheque et l'idée, c'est filmer des groupes de musique, un peu underground en général, mais en pleine ville, dans des lieux insolites genre bus ou en plein centre ville et de documenter l'environnement, c'est à dire de relever la réaction du public. (...) Ils nous ont présenté, il y a un an maintenant, une nouvelle cession de tournage de concerts à emporter avec l'idée de leur donner une dimension internationale qui leur manquait jusqu'à présent. A l'époque, ils sont arrivés avec une chaîne de télévision qui était intéressée par l'idée d'en faire une diffusion antenne, ce qui pour nous n'était pas un critère en soi mais qui leur permettait d'avoir des financements et de faire quelque chose de solide et ambitieux. On choisit de les accompagner en production et on leur donne le maximum, 100 000 €. Et manque de chance, très peu de temps après, la chaîne se retire du projet pour des raisons a priori budgétaires. Du coup, ils ont eu une longue traversée du désert puisque de toute manière, ils ne pouvaient pas disposer de la subvention puisqu'on ne la verse que quand on a le contrat définitif avec le principal partenaire. Donc ils ont cherché du financement partout à la télévision, sur internet. Ils ne trouvaient pas jusqu'à ce qu'ils rencontrent une agence de com qui s'appelle Heaven qui était mandatée par Paco Rabane pour mettre en place un plan média autour du lancement du nouveau parfum BlackXS. A ce moment là, et aussi parce qu'ils se connaissaient et qu'ils avaient des relations privilégiées, ils se sont mis d'accord pour consacrer une partie conséquente de ce budget de Paco Rabane à cette nouvelle version des concerts à emporter. Nous on a dit d'accord parce qu'ils ont réussi à défendre (...) le fait que le concept existait déjà, qu'ils existaient déjà en temps que marque eux-mêmes (...). Finalement le producteur a tenu bon, il y a eu un rapport de force assez égalitaire et ils ont pu avancer un certain nombre d'arguments et dans ces conditions, on a dit OK, même si c'est une situation inédite puisqu'on a comme site principal de diffusion, un site avec en gros Black XS et CNC. C'est assez révolutionnaire.

Ca a marché parce que le projet était antérieur à l'arrivée de la marque.

Finalement on est plus dans une logique de co-branding que de brand content, quand un producteur arrive simplement avec un projet où on n'a aucune garantie et c'est plus compliqué. Finalement on est ouverts à tout ça mais les exemples qui fonctionnent ou qui peuvent nous convaincre sont encore très rares.

Et Braquo n'est-ce pas la limite aussi ?

Il y a une dimension marketing forte même si la campagne pub, l'affichage et tout le reste, tout le matraquage a été beaucoup plus efficace que le petit making-of qui était censé faire le buzz. Mais en fait ça reste honnête. Disons qu'en soi, le fait qu'il y ait une dimension marketing ou promotionnelle, nous n'y sommes pas opposés par principe mais il faut que ce projet existe comme une oeuvre en soi, indépendante, avec aussi quelque chose de patrimonial qui doit jouer derriere. En gros, le projet n'est pas seulement pertinent dans le cadre d'une diffusion d'un programme TV particulier, ou d'une actualité particulière, mais il garde sa pertinence dans deux mois, dans deux ans, voire même plus. L'idée c'est vraiment de s'inscrire dans le temps. Ca rejoint aussi la définition courante de l'oeuvre, c'est ça aussi qu'on entend par oeuvre, c'est le côté patrimonial. Mais c'est bien pour ça que c'est finalement les membres de la commission qui ont pouvoir là-dessus parce qu'il y a toujours beaucoup de questions qui se posent. On est toujours sur des entre-deux, c'est à eux de tenir compte de tout ça, de tous ces aspects-là, artistiques, économiques et parfois c'est extrêmement compliqué de prendre une décision.

Le montant moyen accordé, toujours 50% ?

Non pas toujours. Sur le web documentaire, il y a une fourchette qui est extrêmement large, je parle uniquement de la production. En développement il est assez fréquent qu'on aille au maximum, c'est-à-dire 20 000 € en web doc. En général, on est entre 10 et 20 000 euros et si ça se justifie bien, on a pas de réticence particulière à aller jusqu'au maximum. Par contre en production, on va être beaucoup plus attentifs d'une part à la nature du projet parce qu'il y en a qui peuvent avoir des budgets de 30 ou 50 000€ et d'autres, ça peut aller jusqu'à 300 000 €. Là on est aussi sur des projets très, très différents les uns des autres et il y a un critère important qui est le diffuseur et le montant qu'il propose. La commission a déjà pu sanctionner un diffuseur, une grosse chaîne, parce qu'ils considéraient que le montant qu'ils souhaitaient investir restait quand même très modeste et qu'ils pouvaient faire un effort. Donc pour signaler cet aspect là, ils ont décidé de réduire considérablement le montant accordé au projet au détriment du producteur qui a du coup été le plus directement sanctionné. Ce qui en soi est une décision assez contestable mais c'était vraiment avec toujours cet objectif, cette mission de la commission, d'inciter des diffuseurs traditionnels ou des nouveaux diffuseurs à mettre le plus d'argent possible dans ces projets-là. Si je reprends cet exemple, le montant accordé au projet était de l'ordre de 20% du budget. Sinon, si on est dans le cadre de sites médias qui proposent au grand maximum quelques milliers d'euros à chaque fois, ça ne va pas au-delà, et si le producteur a pu sécuriser du financement par ailleurs en allant à l'étranger, en allant voir des fondations, des choses comme ça, là pour le coup on a pas trop de réticence à mettre les 50% qui manquent même si l'apport du diffuseur reste tres modeste. C'est vraiment toujours au cas par cas. En montant moyen, on pourrait dire qu'on met 40 000 € sur un web documentaire mais ce n'est pas parlant.

Les devis sont très variables, idem pour les diffuseurs, quels sont les autres financements ?

Déjà, tout le monde s'accorde à dire qu'il n'y a pas de modèle économique. En général, le producteur perd de l'argent sur ces projets-là. Alexandre Brachet a pris des risques financiers énormes sur « Prison Valley ", y compris sur « Gaza/Sderot " même s'il était moins en première ligne. Sur « Prison Valley ", il a presque mis sa société en péril, je le dis parce que lui-même le dit. Pour « Gaza/Sderot " aussi bien que « Prison Valley ", il y a un budget officiel qui est de l'ordre de 240 000 €, le budget réel c'est plutôt 300 000 €, donc voilà on est sur des choses qui coütent tres cher, en tout cas aussi cher qu'un documentaire antenne. Ce n'est pas du tout du « low cost " et en plus on sait que les sources de financement restent assez limitées. Alors sur ces projets les plus chers, il y a forcément une chaîne derrière. Arte met rarement jusqu'à 100 000 € mais c'est quand même plusieurs dizaines de milliers. Ça permet quand même de faire pas mal de chose. Souvent, il peut y avoir un petit peu de complément du côté des sites médias qui de plus en plus interviennent comme co-diffuseurs. Là-dessus, les chaînes, elles, ne sont pas nécessairement opposées. C'est pour le coup du plan média et de la co-diffusion, tout ça se mêle.

Par exemple Libé et Yahoo qui diffusent « Prison Valley M ?

Oui soit ça, là pour le coup on est plus proche du plan média parce que « Prison Valley " est diffusé sur ces sites en forme de fragments, ce n'est pas l'ensemble du web doc qui est en ligne. Par contre si on prend « Havana/Miami ", c'est à la fois en diffusion en ligne sur le site d'Arte et sur le site du Monde.fr et là c'est vraiment l'ensemble du web documentaire, pas des petits modules. Il y a de plus en plus, et c'est ce qui est le plus viable, l'idée de se raccrocher à un modèle TV bien connu en faisant à moindre coup un programme TV, un 52 minutes lié au web doc, d'une part pour obtenir un peu plus de financement de la chaine et d'autre part pour que le projet soit viable en matière de distribution internationale. Du coup ça sera plus simple d'aller voir des chaînes, notamment aujourd'hui des chaînes publiques européennes. C'est YLE, la TSR... Ils sont beaucoup plus ouverts à l'idée d'acheter ces projets si on leur propose un package : un doc TV et le docu web. Même si en général, c'est le coeur du projet en matière artistique, en matière de vente internationale ils le présentent comme un petit bonus. En gros vous avez le doc TV et en plus vous avez le web docu à mettre en ligne sur votre site, c'est encore mieux. Mais bon ce n'est pas l'argument qui prime en général pour les chaînes étrangères, même si elles vont peut-être évoluer.

Est-ce qu'il n'y a pas un obstacle technique à vendre le web doc à l'étranger puisque à part la langue, il a déjà une diffusion mondiale ?

En général, ils prévoient toujours de le diffuser en plusieurs langues. Si on regarde « Gaza/Sderot " c'est cinq langues, « Prison Valley " ça doit être Français, Anglais et Allemand. En général c'est quelque chose qu'ils anticipent, il y a plusieurs versions.

Ça peut sembler absurde de vendre un web documentaire puisque même les Suisses aujourd'hui ont accès au site d'Arte à « Prison Valley " ou « Havana/Miami ", mais pour le diffuseur l'intérêt c'est un label éditorial on va dire. Le mettre en ligne sur son site et acheter des droits de diffusion sur son site web c'est une façon pour lui d'éditorialiser son site et de se crédibiliser auprès de son audience. Je pense qu'il n'y a pas d'autres motivations.

C'est ce que dit A. Brachet : il fait des web docu pour l'image et fait de l'argent grace à son activité de prestataire.

Il a cette activité initiale de pure agence web qui lui permet d'être prestataire sur d'autres choses et de gagner un peu d'argent mais il y en a d'autres qui n'ont pas cette activité-là. Honkytonk, par exemple ils y arrivent de plus en plus. Ce qu'ils font c'est toujours du web documentaire mais institutionnel, parallèlement à des gros projets.

Du coup une société vouée uniquement au web documentaire c'est viable ?

Il faut de l'institutionnel obligatoirement. Du pur web documentaire à destination de chaînes c'est tout simplement impossible. C'est énormément d'énergie de la part du producteur parce qu'il n'y a pas de partenaire diffuseur principal ou que le montant qu'il propose ne suffit pas. Il faut aller chercher de l'argent ailleurs, être inventif, imaginatif sur le modèle économique, rien n'est sür. Il faut aller voir la presse, des journaux, des sites médias européens, internationaux, aller voir des marques, des fondations. Par exemple, « Génération Tiananmen », on est sur un tout petit budget de l'ordre de 40 000 €, le CNC est intervenu à hauteur de 10 ou 15 000 €, soit un peu moins de la moitié du budget et le reste a été financé par un partenariat entre Lemonde.fr et Der Spiegel. Ils avaient aussi l'idée d'aller voir El Pais, le NY Times... Ca ne s'est pas fait mais elles (les productrices de Narrative) ont vraiment été en contact avec tous ces gens-là et avec la Doha Fundation. Du coup c'était un peu dispersé, mais tout cumulé, on est arrivé à faire quelque chose de viable. Mais pour les productrices, il faut s'accrocher, aller frapper à toutes les portes.

Sauf quand comme Narrative, on remporte cet énorme appel à projet de France 5, qui fait vivre la société pendant un certain temps

Ca c'était justement avant « Portraits d'un nouveau monde ». Sauf que l'apport de France TV là-dessus semble important. Ce sont des chiffres qui sont publics je crois, 340 000 €, mais ramené à un coüt minute, ce n'est pas si extraordinaire que ça et d'ailleurs Narrative ne s'arrête pas à « Portraits d'un nouveau monde », elles font autre chose en même temps. Elles font des petites capsules vidéo pour des magazines, pour des sites web. J'étais assez étonnée et en bien, de voir qu'elles faisaient plein de choses par ailleurs, en un minimum de temps puisque ça ne leur demande pas trop d'implication, mais des choses pour lesquelles elles ne demandent pas le soutien du CNC alors que cela serait possible. Mais il y a vraiment cette idée de faire aussi une société viable et non assistée en quelque sorte, alors qu'il y a beaucoup de boîtes, de jeunes producteurs, où l'on sent que s'il n'y a pas le CNC c'est leur mort assurée ce qui est un peu embêtant parce que ce n'est pas notre objectif. Nous, on ne veut surtout pas être les premiers producteurs des projets même si c'est la tendance. On veut être un coup de pouce, leur mettre le pied à l'étrier, être un bonus, mais on ne veut pas que la viabilité d'une société dépende de cela et on ne veut pas non plus qu'un diffuseur décide le montant qu'il investit dans un projet après avoir eu l'avis du CNC. Ce n'est pas dans ce sens-là que les choses doivent se faire normalement.

On s'interroge sur le statut des auteurs, qui est auteur ?

Le CNC a beaucoup d'interrogations aussi. En fait pour l'instant, on n'a pas d'autre cadre de
référence que celui de l'audiovisuel. On demande systématiquement les contrats d'auteurs et
la plupart du temps, on a les contrats de cessions de droits avec les auteurs littéraires. Avec les

réalisateurs, les monteurs, les développeurs... en général il n'y en a pas et ça ne se justifie pas d'ailleurs. Ca peut se justifier dans le cadre d'un web designer qui serait clairement identifié comme étant le principal auteur graphique du projet. Mais c'est rarement le cas. En général, il y a une agence web prestataire extérieure qui intervient comme pur prestataire ou coproducteur, ça arrive aussi, mais souvent, il n'y a pas de cession de droits autre qu'avec les auteurs littéraires. Donc finalement, ce qu'on exige c'est que les regles du droit de l'audiovisuel soient respectées, en ce sens qu'il y ait une cession de droit et une rémunération proportionnelle pour l'auteur. Mais souvent malgré tout c'est une coquille vide. On prévoit bien une rémunération proportionnelle mais le plus souvent le producteur n'aura pas de recettes. On sait donc que ça ne signifie pas grand-chose. On ne sait pas quel pourcentage proposer pour l'auteur. Parfois, on se couvre en passant par la SCAM, la SACD mais qui sont des sociétés de gestion collectives qui elles-mêmes n'ont pas signé avec des éditeurs de service sur internet ou des médias à la demande. Donc on sait qu'il n'y aura pas de reversements concrets mais ça va venir certainement. En tout cas, l'idée c'est de cadrer les choses au cas où, dans quelque années, il y aurait un modèle économique et on arriverait à gagner de l'argent avec ça pour que l'auteur ne soit pas perdant, qu'il ait au moins une rémunération proportionnelle de prévue, ça c'est indispensable.

Sinon, on a d'autres contrats qui sont tres particuliers, un peu alambiqués, qui sont entre l'audiovisuel et le jeu vidéo. C'est-à-dire que le producteur va se présenter comme étant auteur d'une partie du projet et qu'il va se conserver des droits, par exemple le droit de pouvoir embaucher la personne qu'il juge la plus compétente pour travailler sur tel aspect particulier du projet comme un ARG (« alternate reality game ») par exemple. Alors là, on est plus dans le domaine de la fiction que du web doc. Mais il y a l'idée de signer une cession de droit sur une commande d'écriture d`une bible littéraire par exemple qui va être très clairement définie, encadrée et par ailleurs de préciser derrière que le projet multimédia a d'autres ramifications notamment de type jeu, ARG, et que donc il est entendu que ça ne concerne pas le scénariste principal, l'auteur littéraire, que c'est ensuite au producteur d'embaucher les bonnes personnes, que ce soit en accord ou pas avec l'auteur littéraire. C'est quelque choses qui peut être intéressant dans le cadre des réflexions en cours qui concernent le jeu vidéo où le statut d'auteur n'est pas reconnu, et nous on ne veut surtout pas tomber là dedans, qu'il n'y ait plus d'auteur parce que ce n'est pas une oeuvre de collaboration, c'est une oeuvre collective et c'est le producteur le plus légitime à détenir tous les droits sur le programme. C'est un raisonnement que beaucoup adoptent.

Laurence Bagot disait justement que la SCAM reconnaissait le statut d'auteur au producteur de web documentaire

Je pense qu'elle se référait à « Projets d'un nouveau monde » où il n'y a pas d'autre auteur du concept que le producteur. Ensuite leur principe, c'est qu'elles signent des contrats de cession de droits avec les auteurs de chacun des modules vidéo. Mais sur l'ensemble de la collection, il n'y a effectivement pas de cession de droits, ce sont les deux productrices qui ont eu l'idée de départ. On a toujours le problème que le concept n'est pas protégeable, du coup on est toujours obligé de spécifier, dans le cas du web doc, que ça porte sur des fragments du web documentaire mais pas sur l'ensemble. Du coup le producteur pourrait garder la main la dessus.

Serge Gordey est-il auteur ou producteur ?

Il est auteur, il a fait en sorte de conserver ses droits sur le concept. Du coup la qualification de l'oeuvre est très précise. Ça lui permet de céder des droits sur le concept et c'est ce qui s'est passé avec « Havana/Miami », c'est parce qu'il a fait ça sur « Gaza/Sderot » qu'ensuite il a pu reprendre ce même principe pour « Havana/Miami ». C'est un format.

Comment s'articule le travail des auteurs et des artistes web ?

L'idéal c'est que le plus tôt possible, l'auteur soit en collaboration, dans une logique de cocréation avec l'agence web ou avec un web designer, en tout cas qu'il y ait des interlocuteurs web très précis. Et les projets les plus intéressants que nous aidons sont forcément ceux-là, ceux où le fond et la forme se tiennent complètement et où le web designer aura ouvert plein de perspectives à l'auteur littéraire et où il y a un vrai travail de co-création. C'est le cas de « Gaza/Sderot », c'est vraiment le fruit d'une collaboration très intéressante et très fructueuse entre Serge Gordey et Alexandre Brachet. Pour moi Alexandre Brachet est un des auteurs de « Gaza/Sderot ». Il ne l'est pas officiellement mais c'est vraiment lui qui a pensé toute l'interface et c'est vraiment ça qui fait sens et qui sert le propos documentaire. L'idéal c'est ça. Après, et c'est ça la difficulté, soit ça marche, ils arrivent à se comprendre et du coup on arrive à des choses plus intéressantes, soit ça ne marche pas et il y a un problème de dialogue et de vrais problèmes de vocabulaire. Du coup, le producteur a aussi un rôle peut être plus important que dans l'audiovisuel classique où il faut qu'il chapote tout ça, qu'il structure tout ça, qu'il mette en relation les gens, qu'il s'assure que tout ça fonctionne.

Notre enseignante pense justement que souvent, ça ne se passe pas bien et qu'il est très difficile d'avoir une coproduction entre un producteur et un prestataire !

Le seul exemple où c'était vraiment une coproduction et ça a bien fonctionné, c'est Honkytonk et 31 Septembre sur « Voyage au bout du charbon ». 31 Septembre, c'était l'agence web avec laquelle Honkytonk travaillait systématiquement au point qu'aujourd'hui 31 septembre a été intégré à Honkytonk, ils forment une seule et même société. Ils se connaissaient depuis très longtemps, ils font partie d'une nouvelle génération. Mais la plupart du temps, quand il s'agit de projets déposés par des producteurs audiovisuels classiques qui font du doc pour la télévision depuis plusieurs années, l'agence web elle est pur prestataire. Et finalement la personne qui va s'assurer que ça fonctionne, que les deux dialoguent, ça va être souvent le diffuseur. En tout cas, Arte s'implique très fortement d'un point de vue artistique. C'est lui qui donne des pistes en matière d'interactivité, qui suggère au producteur de travailler avec telle agence, ils outrepassent le rôle de diffuseur classique. Moi, je ne trouve pas que ce soit une bonne évolution maintenant c'est ce qui se pratique le plus.

Arte, via Joël Ronez, peut se prévaloir de pas mal d'expérience, par rapport aux autres, ils ont une longueur d'avance sur tout le monde, ça c'est sür. Je pense que finalement, ça serait plus intéressant de laisser plus libre le producteur ou l'agence, même si c'est compliqué à faire, mais les laisser eux-mêmes explorer des choses.

Du coup est-ce l'idéal qu'une société de production intègre des compétences techniques propres au développement web ?

Il y a un moment où on aura plus de marques et ça sera moins intéressant pour la création, mais c'est pareil partout. La tendance c'est quand même d'internaliser certaines compétences, pas forcément des compétences purement d'agence web mais par exemple Fabienne ServanSchreiber vient de recruter quelqu'un qui serait producteur nouveaux médias au sein de

Cinétélé. Donc je pense que la plupart des producteurs vont adopter cette stratégie-là, d'avoir quelqu'un de plutôt jeune et capable de faire le pont entre les deux.

Qu'en est-il des possibilités d'évolution du web documentaire une fois passée sa mise en ligne.

Il y a une objection économique, ça c'est sür. Ils ont tous plus ou moins conscience, peut être moins Honkytonk, c'est pour ça que je les ai catalogués en web docu purement interactifs puisque même pour « Le Challenge », il n'y a pas de travail de modération ou d'animation du site. Contrairement à « Prison Valley » où ils prévoient tout un mois de diffusion active, dynamique, où il y a des débats organisés, où les auteurs continuent à travailler dans le cadre même de la diffusion, ce qui est aussi une nouveauté. D'ailleurs en général, le diffuseur laisse le producteur faire alors qu'on pourrait considérer que c'est plus son travail à lui, de diffuseur, de mettre en place cet aspect promotionnel, de faire vivre la diffusion. Du coup, ce sont des frais assez lourds à supporter pour un producteur puisqu'on lui délègue aussi cet aspect-là alors que ça n'a pas été nécessairement préfinancé et c'est la raison pour laquelle certains projets pensent faire vivre un site pendant une année entière et ne peuvent pas le faire. Cela veut dire payer quelqu'un à temps plein au poste de modérateur, faire un boulot extrêmement important et c'est compliqué parce que pour qu'il y ait de l'audience sur internet il faut rafraîchir le site, mettre en ligne des nouveaux contenus, ça c'est indispensable. Quand on est sur une forme un peu figée, il y a peut être du public qui vient les deux, trois premières semaines et après ça n'en finit plus de chuter et on n'arrive pas à les rattraper. Il faut donc toujours provoquer l'évènement. C'est encore super exigeant.

La plupart du temps dans les budgets, il y a un poste de modérateur mais sur des durées limitées. Pour l'instant, outre « Prison Valley » qui fait ce travail sur une durée de trois mois, je ne l'ai pas vu sur d'autres projets

Quelles sont les possibilités de cross média envisageables sur le web documentaire ?

Il faut distinguer deux choses. Si on parle de cross média, on entend une logique plus marketing avant toute chose. Typiquement à mon sens « Prison Valley » fait du cross média, mais là aussi c'est contestable. « Prison Valley » fait du cross media car dans le but de créer l'évènement, ils prévoient d'une part de décliner le web doc à l'antenne via la diffusion d'un doc de 52 minutes. Il y a une application iPhone essentiellement consacrée au travail photo de Philippe Brault, il y a aussi de prévu l'édition d'un livre de photos et il peut y avoir une expo. Bref, un ensemble de choses qui tournent autour du web doc et qui ont vocation avant tout à donner de la visibilité et à faire venir le public. Donc, c'est quand même un plan média à très grande échelle avec une logique de produit dérivé. C'est du cross média mais à notre sens ça n'est pas ce qu'on pourrait appeler du transmedia ou ce qu'on appelle au CNC des projets multi supports pour rester le plus neutre possible ou là, l'approche est quand même très différente. L'idée de ces projets multi support c'est d'avoir des écritures, des contenus et des productions d'images très spécifiques pour chacun de ces médias. C'est comment raconter une seule et même histoire en utilisant la télévision, l'internet, le mobile, d'autres supports éventuellement mais qui doivent chacun être une composante narrative particulière de l'histoire globale. Donc on n'est pas du tout dans une logique de multidiffusion ou de formatage en fonction des caractéristiques de chacun des médias. Ca s'applique beaucoup plus à la fiction qu'au documentaire parce que très souvent, on va avoir une fiction de référence à la télévision qui va faire 8x52' par exemple, associée sur internet à une mise en scène virtuelle des protagonistes de la série qui sortent du coup du champ et qui donnent

l'illusion d'avoir une vie autonome - on est toujours dans la logique de brouiller la frontière entre réalité et fiction - et qui vont avoir leur propre vie sur Facebook, qui vont tenir des blogs, qui vont nous apporter leur point de vue complètement subjectif sur une scene qu'on aura vu objectivement à l'antenne auparavant. Il y a l'idée d'entretenir un lien particulier au spectateur en utilisant le mobile cette fois-ci. C'est vraiment tres souvent un jeu sur les points de vue, c'est réinventer le champ contre champ. Et l'idée c'est que ces autres points de vue changent le regard que nous pouvons avoir sur l'histoire, sur la narration et que ça ne soit pas simplement du bonus de complément. C'est donc compliqué à écrire et nous dans ce cadre là, le projet qu'on accompagne, qui est le plus abouti et qui va bientôt entrer en production pour Orange, c'est un projet qui s'appelle « Numerus Clausus », qui est une histoire de meurtre dans une fac de médecine. Ce qui est extrêmement intéressant, c'est de voir quel est le profil des deux auteurs parce que ce ne sont pas des scénaistes de télé classique même si par ailleurs des scénaristes TV peuvent avoir toute légitimité à faire ça mais en l'occurrence il s'agit de quelqu'un qui vient de chez Ubisoft, donc du jeu vidéo, qui s'appelle Brice Holms associé à Alexis Nolent, qui est un auteur de bande dessinée, qui est notamment l'auteur du Tueur. C'est vraiment l'association de compétences du jeu et de la BD qui permet qu'en termes de narration, ça fasse quelque chose de vraiment intéressant, de vraiment innovant, revitalisant au moins. Dans le cadre du documentaire, je n'ai pas énormément d'exemples, c'est moins satisfaisant du point de vue du caractère innovant du projet mais il y en a un par exemple qui s'appelle « La vie en vert » qui est un projet de documentaire multi supports présenté par Les Films d'IciI qui pour l'instant est encore en développement. C'est un projet qui reste assez classique mais qui reste extrêmement cohérent parce que leur idée c'est de proposer pour la télévision, dans le cadre de l'année sur la biodiversité, un projet sur les plantes. A la télévision on aurait des séquences tres courtes d'une minute en animation sur des plantes, plus un documentaire d'un format assez long de 90 minutes sur l'histoire des plantes en général mais sans animation particulière. Sur internet, on a une plateforme web un peu collaborative à dimension encyclopédique toujours sur les plantes et la diffusion de différents contenus et sur mobile, on a une application, un herbier de poche, qui en fait est une application de reconnaissance des plantes plus d'autres fonctionnalités un peu plus ludiques où on peut échanger des e-cards autour de l'univers graphique du projet. Là en l'occurrence, le projet a été retenu parce que le projet est vraiment très bon et que ce sont Les Films d'Ici, c'est solide. Et en même temps ce qui est intéressant c'est qu'il n'y a pas un projet principal, un projet référence mais que les trois, quatre différents contenus présentent un intérêt indépendamment des autres et que tout cela se tient parfaitement et qu'il y avait à chaque fois une vraie réflexion sur les spécificités de chaque média. Mais c'est compliqué, c'est tres cher. Ce ne sont que des projets en développement et il y en a beaucoup qui ont terminé leur développement et qui ne verront jamais le jour parce qu'ils n'arrivent pas à obtenir le financement nécessaire.

L'évolution du secteur

Mais les choses vont se structurer. Par rapport à votre question sur la viabilité dune société qui ferait uniquement du web doc, pour l'instant non, mais à terme il faut que oui ce soit possible. Mais on sera dans une économie je pense qui restera tres proche de l'économie du documentaire actuel qui reste finalement très précaire. Le producteur s'échine à trouver le financement nécessaire mais une fois que c'est diffusé on le range sur étagere, ça reste très dépendant du CNC, une économie très artisanale, assez assistée. Je vois bien qu'on va s'orienter vers ça. C'est pas comme s'il existait un modèle pour le documentaire. Il faut essayer des solutions pour le vendre à l'étranger, au moins ça je pense. Peut-être qu'on peut

aussi réinjecter un peu de payant sur internet, moi j'ai pas de recette miracle. Mais si on peu avoir une premiere fenêtre d'exclusivité où le web doc a un accès gratuit et qu'après il soit en accès payant... La révolution de l'Iphone c'est ça, c'est de se dire que sur Iphone les gens sont prêts à payer et du coup je trouve que ça a un impact sur le web en général. Jusqu'à présent il n'était absolument pas question de sortir sa carte bleue quand on était sur internet, et en fait via l'Iphone, via aussi les modèles du jeu vidéo en ligne où il y a toujours une partie payante, il ya aussi l'évolution qu'est en train de prendre les sites média comme le NYTimes ou lemonde.fr qui en veulent qu'en gros les sites ne présentent pas l'ensemble des articles qui sont présents dans le journal papier en accès premium mais avec un accès limité des contenus, on fait en sorte de s'orienter vers un modèle payant.

C'est ce qu'on voudrait...

Mais les gens payent déjà sur Iphone, c'est déjà extraordinaire. Un petit peu c'est vrai.

Il y a aussi d'autres enjeux, parce que pour l'instant on réfléchit à la spécificité des supports mais ça va vite avoir ses limites car la tendance c'est quand même la convergence de tous ces supports là notamment via la télé connectée qui est en train d'arriver, très vite. Et je pense qu'à terme on va s'orienter vers des projets de documentaire interactifs mais spécifiquement sur la télévision connectée, avec l'idée d'avoir une interopérabilité, la possibilité d'avoir techniquement le même objet en télévision connectée, sur Ipad, sur ordinateur... A terme la vocation de ce fonds là ça va être ça, une aide aux oeuvres interactives, quelque soit le support.

Le web documentaire c'est ne forme qui va forcément évoluer, c'est commencer à tester des choses, voir ce qui peut fonctionner ou pas...

Annexe 6

Interview de Samuel Bollendorff

Photoreporter

Interview de Samuel Bollendorff - 19 mai 2010

Dans ce que j'ai fait en matière de documentaire on peut distinguer trois étapes. « Voyage au bout du charbon " était vraiment celui qui permettait d'avoir une vraie visibilité. Le Monde.fr a donné 2 000 euros mais le vrai intérêt pour nous était de bénéficier du canal de diffusion. Le Monde.fr n'était d'ailleurs pas producteur. 200 000 personnes ont vu « Voyage " et aujourd'hui encore, il est regardé environ 500 fois par jour dans sa version française ou anglaise. « Voyage " a eu le succès qu'il a eu et, du coup, France 5 avait envie d'en produire un sur des problématiques de société : du genre violence à l'école, obésité... On leur a proposé ce travail sur l'obésité avec une approche sociétale : faire des fiches pour savoir comment se nourrir ça ne m'intéressait pas tellement. Raconter une histoire du monde de l'obésité ça, c'était intéressant. C'est ce que nous avons proposé et ainsi, on a eu le CNC, France 5, etc.

Du coup c'était complètement différent : il fallait travailler avec un producteur. Là on est sur des projets qui coûtent 50-60 000 euros. Pour pouvoir lever autant de fonds, il faut trouver de nouveaux interlocuteurs, passer dans des commissions : il fallait beaucoup plus raconter ce qu'on va dire, il y a une intention, un scénario etc. et c'est ça qui change la façon de travailler, le modèle économique et son organisation. Je me suis rendu compte finalement que pour l'obésité, je n'avais pas essayé de mettre la presse dans la boucle parce que, de toutes façons, ils ne financent pas un projet comme ça et ils n'ont d'ailleurs toujours pas compris qu'il fallait qu'ils financent des projets sur le web.

C'est aussi ça le problème : la gratuité du web et de la presse en ligne est un gouffre pour les journaux qui n'imaginent pas aller mettre des milliers d'euros là-dedans. Ils ont l'impression que faire des copier-coller de leurs articles et d'avoir des abonnements qui leur permettent d'aller puiser dans des stocks d'image ça va suffire pour faire un site d'information mais finalement ils font totalement abstraction de la singularité du web et de son mode de narration potentiel.

Du coup, on se retrouve à travailler avec de nouveaux interlocuteurs mais c'est ainsi que France 5 avec le CNC permettent d'avoir un projet à 55 000 euros. (24 000 euros du CNC et 30 000 euros de France 5).

C'est une certaine somme avec laquelle on peut travailler. Quel est l'apport d'Honkytonk? Aucun?

C'est une petite société qui s'est créée il y a trois ans donc ils n'ont pas de fonds, mais ils donnent du temps humain. Leur but est de trouver de l'argent pour le projet.

Mais ils mettent à disposition un développeur web et des moyens techniques.

Oui, c'est une production dédiée au web, avec tout ce qui constitue une production normale mais avec des développeurs web : c'est le produit de la fusion de deux sociétés : une qui était de la production web déjà et une qui ne faisait que du développement web.

En tant qu'auteur quel est votre rapport avec le développeur web?

C'est compliqué parce que ce n'est pas du tout la même culture. Pour « Voyage ", c'était assez drôle parce que j'étais vraiment à côté de quelqu'un de tout blanc qui ne voit pas la lumière. Il était très sympa et très performant mais le problème c'est qu'il faisait du code... Donc moi, à chaque fois que je disais : cette image on pourrait l'afficher une seconde de plus, lui passait 15 minutes à une demi-heure de transcription. C'était extrêmement chronophage. Il fallait donc trouver une solution nouvelle. Du coup j'ai poussé Honkytonk à développer un logiciel de

montage d'édition de web documentaire qui s'appelle Klynt et qui a été développé en même temps que le projet sur Obésité.

Il permet de fabriquer une arborescence interactive, ce qui nous permettait de monter sans avoir un développeur à côté. Il reste évidemment un travail ensuite mais on gagne quand même beaucoup de temps en désynchronisant le temps du développeur et du réalisateur. C'est une bataille ensuite. Sur le projet SFR c'était ça aussi. Le développeur, il met des limites techniques qui en fonction du personnage peuvent être aussi des limites de flemme d'aller développer un énorme projet en se demandant si ce n'est pas vain, si ça va marcher en terme d'interactivité. Or, moi je n'ai pas le sentiment que les développeurs sont forcément ceux qui connaissent tout aux ressorts de la narration interactive même si ils en connaissent un bout. Tout est du défrichage en permanence. Est ce qu'une vidéo doit durer plus d'une minute 30, est ce que des sollicitations graphiques peuvent dynamiser une image fixe? C'est des choix formels et de narration mais qui ont de vraies conséquences sur les statistiques de fréquentation et sur la façon dont on emmène l'internaute dans un projet.

Cela dépend peut-être du public que l'on vise aussi. Par exemple sur SFR, j'ai personnellement été gênée par trop de sollicitations visuelles et sonores au même moment.

Je trouve aussi que c'est trop mais c'est ça qui est intéressant. A chaque documentaire on teste des nouvelles choses. C'est une invention de l'écriture. J'aime bien cette idée qu'il y a eu l'invention du cinéma, de la télé et là il y a une nouvelle écriture avec des nouveaux ressorts dans une alchimie et nouvelle narration à trouver dont on ne connaît pas encore les codes, la recette. Un « Prison «Valley " n'est pas du tout la même chose que « Voyage " en terme de format. On n'est pas dans le même temps, pour ces projets_là... Est-ce qu'on veut faire de la télé et la transposer sur le web, est-ce qu'on veut faire de la photographie et trouver son expression sur le web ? Tout est très proche et en même temps génère des objets très très différents. Voyage était une première étape. La question était alors : peut-on utiliser ce type de registre un peu ludique sur des problématiques aussi graves et poser un cadre ?

Sur « l'Obésité », il s'agissait d'essayer de faire une enquête dont la production était pensée pour un webdoc mais aussi de pousser encore plus sur la capacité que l'internet offre de pouvoir raconter plusieurs histoires en même temps, de les entremêler tout en gardant en permanence du sens, tout en s'assurant qu'il y ait des points clefs par lesquels on passe forcément. Finalement on a fait un projet qui doit faire environ 50 minutes si on regarde l'intégralité et je pense que c'est beaucoup trop long. Les gens ne sont pas prêts à aller regarder 50 minutes comme ça. Alors que sur « Prison Valley " ils sont prêts mais c'est beaucoup plus linéaire. Et en plus ils peuvent reprendre en chemin ce qui n'était pas possible sur « l'Obésité ".

Sur SFR, qui est vraiment un travail de commande, ce qui est intéressant c'est que leur enjeu était vraiment de poser le curseur à un endroit qui ne soit pas pour des supers experts du web ni pour des technophobes. Ils avaient très peur de la lenteur du web documentaire. Ils voulaient plus d'images, mais il n'y en avait pas besoin. A l'arrivée, les statistiques sont de trop. On aurait des petits moments plus lents avec les statistiques qui arrivent à ce moment-là ça aurait été bien mais ils avaient peur de ça.

Là, en tant qu'auteur, vous faites quoi ?

C'est un travail de commande. Si vraiment j'avais voulu...Ceci dit, j'étais très libre. Mais c'est
la limite de l'exercice corporate. Moi je n'ai aucun problème à faire des sujets pour les
entreprises. Ce n'est pas là que je développe mon discours. Ce projet me permet de faire des

tests. Pour moi il y a trois piliers : la photographie, le son qui vraiment se redéploie de façon incroyable sur ces images fixes. Tout ce qui n'est pas raconté par l'image est évoqué par le son et tout ça donne le matériau au public pour qu'il se fabrique lui-même un univers fondé sur ses propres expériences. C'est ça qui fonctionne à mon avis. Ils rentrent dans un univers qui n'est pas complètement cadré : ce n'est pas une vidéo. Comme le temps est arrêté on peut se disperser comme une sorte de flaque d'huile. Du coup on peut refabriquer avec son propre univers mental l'univers du documentaire.

Dans un cadre qui est ici très écrit. Oui évidemment !

Avec une interactivité mais qui n'est pas poussée dans les mêmes directions que pour « Prison Valley » par exemple (lien direct avec le blog d'un détenu, discussion des internautes entre eux sur place...)

Moi je revendique le fait d'avoir un web documentaire très écrit. C'est une politique de web. Je ne suis pas du tout « internetauphile ". Je me fous des forums, je trouve ça généralement poujadiste. Savoir que machin trouve ceci sur l'autre : je m'en fous. Qu'à la fin d'un web doc il y ait des commentaires, pas de problème, mais je ne vais pas recevoir sur mon iphone des sollicitations avec des mecs qui me disent : « va photographier untel ". Moi je suis auteur, j'ai un discours et je le propose à des gens. S'ils veulent le voir, je leur délivre avec un immense plaisir mais s'ils veulent interférer dans mon objet de création, ça ne m'intéresse pas. Ce n'est pas mon propos. On peut avoir un objet d'auteur et à côté avoir des choses périphériques : un blog, un forum mais dans la sphère périphérique. Ce n'est pas satisfaisant pour la qualité de ton discours de permettre à mi-parcours d'aller voir le blog de tartenpion parce que tu viens de le voir dans le web documentaire. Il faut essayer de rester en contact de la linéarité du récit. Après, c'est peut-être justement parce que les gens ont accès au milieu du web docu à des contenus qu'ils ne pourraient peut être pas avoir à d'autres moments que finalement ils vont aller plus loin...Tout ça c'est des recettes. A chaque fois on essaie.

Sur le projet SFR, ce qui m'intéressait c'était de voir ce troisième pilier qu'est le web design qui est un vrai enjeu en termes de narration. C'est ce qui fait l'identité du web doc et sa navigation donc, il s'agit des articulations du propos documentaire. C'était intéressant là de travailler sur le graphisme. Ces habillages graphiques racontent quelque chose. Sur les statistiques, ça aurait pu être un peu plus subtil. Finalement c'est un web docu financé intégralement par une entreprise, qui est développé par une agence de communication et qui fait appel à un documentariste en le laissant très libre. Vraiment. La discussion se fait avec une agence de communication. Sur les statistiques par exemple, je trouvais que c'était plus un graphisme de communication et moins un graphisme qui recrée une ambiance journalistique et de documentaire. L'intérêt n'est pas d'avoir eu gain de cause mais d'avoir pris conscience de ça. Du coup, c'est une expérience supplémentaire.

La narration avec les actions à droite, les questions au milieu et éventuellement un micro tableau de bord à gauche, très discret qui laisse sa place à la photo est ce qu'on avait essayé sur « Voyage " et que l'on a repri à peine développé sur « Obésité ". Honkytonk a fait ensuite « Le Challenge " qui reprend aussi cette idée. La question se posait de savoir si c'était un problème de reprendre cette forme. Dès qu'on a fait le deuxième on a eu des critiques de bloggeurs qui regardent et disent qu'il n'y a rien de nouveau... On leur a répondu, vous avez raison, surtout ne vous attachez pas au contenu ! S'il n'y a rien de nouveau entre un mineur de charbon et un obèse à Los Angeles...

C'est aussi un peu ce qui identifie Honkytonk. Chacun a son style son format. Les webdocus développés en interne par le Monde.fr, c'est un peu la même chose, non?

Évidemment. Si pour chaque web doc on fait un nouveau développement sans pouvoir en garder les acquis, on ne s'en sort pas.

Avez-vous des éléments financiers sur le webdoc de SFR?

Je crois que c'est autour de 40 à 50 000 euros. Sur ces formats là c'est des petits budgets de web docu parce qu'il n'y a pas de version télé mais << Gaza/Sderot » ou << Prison Valley », ils arrivent à exploser le budget parce qu'ils ont une chaîne et une diffusion.

C'est des budgets (50 000 euros) qui permettent de raconter des histoires. Je n'ai pas envie de devenir réalisateur de documentaires pour la télévision. J'en ai fait. J'ai fait deux 52 minutes qui étaient des projets vidéos en parenthèse de mon travail de photographe mais parce que j'avais là l'impression que travailler en vidéo changeait les choses sur des sujets très spécifiques, mais ce n'est pas dans le but de devenir un documentariste télé. Il se trouve que la télé cherche à aller vers le web donc décide d'y engager des fonds, que le CNC propose des aides nouveaux médias qui permettent de financer des projets et c'est quand même ça, pour le moment la bouée économique du web docu en France. Je vais donc par là parce qu'il y a là des financements pour pouvoir continuer à raconter des histoires photographiques. La vidéo c'est pour moi des bonus (qui peuvent néanmoins être fondamentaux dans une narration), des pastilles en plus. Ce qui m'intéresse c'est de continuer à faire un travail de photographe et de voir comment le faire sur le web.

Faut-il créer une école, un standard propre à une production? Je trouve que c'est pas mal, comme le fait Honkytonk, d'essayer de se tenir à cette narration très simple où on apporte quelque chose mais où on ne vient pas à chaque fois essayer de proposer un nouveau développement graphique etc. Il faut faire attention à ne pas trop faire d'habillage. Il est quand même intéressant de faire passer au second plan l'analyse technique du webdocu par rapport à son contenu et ses choix éditoriaux. Ceci dit, on est obligé de se poser des questions techniques, ne serait-ce que pour se garantir un public, pour que les gens aient envie de cliquer.

Pour revenir à SFR c'est très intéressant de voir qu'une entreprise finance un web documentaire, qu'une agence de com' le développe et que le Monde.fr (qui doit avoir besoin de contenus) aille demander à SFR de pouvoir le diffuser via un lien. J'ai été très étonné par ça. Je n'ai pas honte de cet objet donc ça va mais si ça avait été du pur alimentaire... Je n'ai pas vendu de droits presse dessus à SFR par exemple.

C'est très intéressant de voir qu'une entreprise peut se positionner comme fournisseur de contenu aussi. Il y a une autre piste : on pourrait imaginer à l'inverse que sur une problématique de fond, on aille voir un partenaire privé en lui proposant d'être le producteur et que le documentaire soit diffusé ensuite sur un site d'information par exemple... C'est intéressant de voir les verrous qui sautent, même si personnellement je ne trouve pas ça forcément bien. Mais ils sautent. Et de fait, j'ai moi-même un problème. Je suis journaliste depuis dix ans et aujourd'hui la commission d'attribution des cartes de presse ne me l'a pas donnée pour le moment cette année parce que je fais du web documentaire.

Et vous êtes rémunérés en droit d'auteur du coup?

C'est là le problème. Quand je travaille pour un journal je suis en pige. Quand je travaille pour
une société de production je suis en droit d'auteur et en heures de réalisateur. Je suis donc en
train de chercher les moyens de continuer à faire de grandes enquêtes et pour ça je suis payé

en tant qu'intermittent. En fait, pour continuer à faire du journalisme je dois être rémunéré comme du spectacle. C'est intéressant comme symbole... Et du coup, la commission de la carte de presse ne reconnaît pas ces rémunérations-là. Pour avoir la carte de presse il faut avoir plus de la moitié de ses revenus qui proviennent d'organes de presse.

Comme je ne veux pas avoir le statut d'intermittent, dans mes contrats, je demande le moins d'heures possibles et le plus de droit d'auteur mais je pourrais faire l'inverse... Je ne cherche pas à être intermittent, par contre je trouve beaucoup plus important d'être journaliste, ne serait ce que symboliquement. Le web docu est quelque chose de nouveau, sur le web on trouve tout et son contraire et du coup, c'est important comme caution d'être journaliste. Si je n'étais pas journaliste, on ne ferait pas de papier sur mon travail. C'est pour ça que c'est important d'avoir sa carte de presse. De pouvoir le revendiquer. C'est n'est pas rien que pour la première fois de ma vie ma carte de presse ne m'ait pas été attribuée et qu'il faille que je passe un oral devant une commission.

Tout ça est donc mouvant et pour en revenir à la première question à laquelle je n'ai toujours pas répondu, à savoir si il y a un modèle économique qui va émerger : il y a des frontières qui bougent. Il y a le CNC, des chaînes de télé, des entreprises qui commencent à comprendre, tout ce monde commence à comprendre aussi que c'est très cher. Je pense que des montages économiques vont se mettre à exister mais ça, ça passe par des producteurs. C'est comme faire un documentaire, finalement, c'est des montages économiques périlleux. Pour un projet c'est un mécène, pour un autre un conseil général ou que sais je encore. Ce qui est sur, c'est que ce n'est pas fait pour tous les photographes. Il faut qu'ils soient prêts à devenir des réalisateurs, à vouloir partir sur un projet d'un an, à écrire un scénario.

C'est des recettes à trouver, que ce soit pour les photographes ou pour les gens venant de la télé. D'ailleurs il va y avoir des gens qui vont venir des deux horizons ce qui amène des projets différents comme << Prison Valley >> ou << Voyage au bout du charbon >>. J'espère qu'il va y avoir un modèle économique qui va émerger pour le web documentaire mais c'est pas du tout ce qui va sauver les photographes, ni les agences de presse. La presse n'a plus d'argent. On est dans cette transition-là. C'est la fin d'un modèle.

Annexe 7

Interviews d'Emmanuel Leclère

et de Jean-François Fernandez

Auteurs

Réponses d'Emmanuel Leclère (journaliste à France Inter) et Jean-François Fernandez (journaliste à France Bleue et photographe) aux questions posées par courrier électronique, sur leur web documentaire « Good Bye Lénine ...la rouille en plus ».

Emmanuel LECLERE

Quelles démarches avez-vous effectué pour financer votre web documentaire et avec quels résultats?

Nous avons autofinancé notre projet car je n'ai pas trouvé de "sponsor"...

A l'époque, j'étais en congé sabbatique, j'ai démarché « Radio France " mais il n'y a pas de budget pour ce genre de production éditoriale et encore moins pour des "free lance". Ce serait en train d'évoluer...Cela a failli se faire avec le quotidien La Croix avec une enveloppe de 5000 euros mais cela a capoté au dernier moment. (Le monde paye 2 000 euros pour ces petits web docu comme « Africascopie ")

J'ai tenté de vendre une déclinaison photoreportage à Polka et la Revue XXI mais cela n'a pas pris.

J'ai juste réussi à vendre deux chroniques audio à la Radio suisse romande le jour des commémorations de la chute du mur + 10 minutes à « Et pourtant elle tourne " sur Inter et 5 minutes sur Culture.

Je n'ai pas cherché d'aide au CNC puisque nous ne comptions pas utiliser la vidéo (j'ai su ensuite que j'aurais quand même pu demander ...)

Quel est le budget d'un tel web documentaire?

Il y a eu la location du camping car à 3 500 euros et l'essence + la nourriture et des frais de traduction pour 400 euros (plusieurs responsables d'alliances françaises et professeurs ont accepté de nous faire les traductions gratuitement quand on leur a dit qu'on n'avait pas réussi à se faire financer).

Il faut compter trois mois de travail entre le calage des étapes, le tournage et le montage, puis l'écriture et la « post-prod " avec l'agence web. Deux mois au total pour mon collègue photographe.

Je ne peux pas vous donner le coût de la post prod car pour la société qui l'a réalisée, c'était une première, une sorte d'essai en vue de créer un département web docu... (j'ai donc eu droit à un prix d'ami). Mais deux personnes ont travaillé dessus durant une semaine à temps plein + une journée pour le chef de projet.

Je pense que ce genre de post prod pour un mini site tourne autour de 4 000 euros Utilisation gratuite du compte flicker de Jean françois FERNANDEZ.

Pourquoi avoir choisi ce format? Qu'est-ce que cela induit de différent dans votre approche journalistique?

L'idée était de mettre les "sons" en valeur. Professionnellement, j'ai pris un plaisir énorme car il aurait été impossible de "vendre" ce genre de road movie à mon employeur (trop long, trop cher) en temps normal.

C'est le contenu qui a crée le format (jusqu'à 1/4 d'heure) des interviews, ce qui est l'inverse des pratiques sur le news. Et ça c'est génial.

Journalistiquement, j'avais envie de travailler sur cette option des 10 pays avec à chaque étape une facette du monde de l'entreprise au moment de la chute du mur. Une sorte de documentaire puzzle. Et puis évidemment il y avait l'envie de jouer avec les photos , les sons et les écrits d'écran qui se suffisent à eux même tout en se complétant.

Si je remporte le prix du parlement européen pour lequel on a été sélectionné, j'amortirai en partie...les frais. Mais il y a 26 concurrents !

Pensez vous qu'un modèle économique va se dessiner pour le web documentaire?

Pour le modèle économique, j'ai l'impression que les chaînes de télé Arte, France télé, Orange ou encore France 5 mettent des moyens conséquents, non ?

Pour mon prochain projet , j'aimerais vendre un docu télé couplé à un web docu. Cette fois, je démarcherai le CNC et partenariat entre chaîne télé, et mon groupe ? ou avec un quotidien...

Jean-François FERNANDEZ

Quel est le budget d'un tel web documentaire?

J'ai du investir lourdement pour remplacer mon appareil qui n'aurait pas permis d'exploiter sur un plan professionnel mes photos. J'ai donc acheté un Canon EOS5D Marck II qui était à l'époque en vente à la FNAC à 3 500 Euros, je suis allé l'acheter à Londres alors que la livre s'effondrait, pour un coût 2.500 euros.

J'ai ramé tout l'été pour traiter mes photos avec mon PC qui plante, et, en septembre, j'ai craqué et acheté un Mac Book Pro, prix 2 500 Euros, j'ai trouvé une enfile pour ne le payer que 2.000 Euros. Ceci explique que ce soit Emanuel qui a pris à sa charge les frais de Néalite. Toutes les rentrées d'argent lui vont donc en priorité s'il y en a. Si ces rentrées lui remboursent les frais de Néalite, alors seulement on commence à partager les bénéfices potentiels.

Avez vous cherché un diffuseur?

De mon coté j'ai tenté de trouver un financeur pour une exposition internationale qui pourrait tourner dans tous les pays traversés. Je suis en contact avec le Conseil Régional de Franche Comté qui pourrait être intéressé, mais à mon avis il faudra des co-financeurs. J'ai approché d'autres collectivités qui m'ont ignoré.

La sélection pour le concours du parlement européen nous permet de revoir les choses.

Je suis en contact pour une diffusion sur un site de photoreportage, il s'agit juste de partager gratuitement quelques photos, mais permet de faire de la pub à notre travail.

Pourquoi avoir choisi ce format? qu'est ce que cela induit de différent dans votre approche journalistique?

Je suis journaliste radio, la photo est mon violon d'Ingres. Je n'ai donc pas d'approche journalistique pour la photo, mais plus une approche artistique. Ce format était finalement le seul qui nous permettait l'autoproduction. Aujourd'hui ce serait plus compliqué car les web docu ont des moyens de prod de télévision.

Je travaille beaucoup par internet pour la photo, le support web a été pour moi une formidable vitrine qui a permis une reconnaissance de mon travail de photographe.

C'est Emmanuel qui s'est chargé des interviews, mais avec ce support, cela permet de s'affranchir des formats radio beaucoup trop courts. Ce que j'aime, c'est la possibilité d'aller visiter l'étape désirée, entrer dedans ou simplement effleurer... à la carte.

Pensez vous qu'un modèle économique va se dessiner pour le web documentaire?

J'ai un projet sur Tchernobyl pour les 25 ans (je sais, je ne suis pas le premier), et une autre sur Central Station à Detroit (USA). Je me rends compte qu'il n'est plus possible de bricoler en amateur comme on l'a fait. Un producteur télé est intéressé par mes projets, mais lui souhaite les décliner en version télé, ce qui ne m'intéresse plus (même si j'aime la vidéo) car c'est le travail photo qui m'intéresse...

La réponse est je pense dans ce que je viens de dire, comme pour le cinéma ou la télévision, les web docs ont besoin de production et de producteurs. En revanche, la souplesse de notre travail n'est plus possible avec une équipe trop lourde. J'ai été amené, par exemple, à m'effacer sur certaines interviews, pour ne pas bloquer des interlocutrices en Pologne, alors que dire d'une équipe avec journaliste, cadreur, perchiste, éclairagiste....

Annexe 8

Interview de Thierry Caron

Photographe

Interview de Thierry CARON sur son web documentaire « Adoma vers la maison », le 19 mai 2010.

Je suis photographe indépendant depuis une quinzaine d'années maintenant et j'enseigne parallèlement.

Mon web documentaire est né d'une matière que j'avais déjà récolté dans le cadre d'un reportage photographique. Je l'ai monté seul, j'ai créé les interfaces seul avec l'aide d'un ami et je l'ai auto-produit. J'avais, en effet, reçu l"appel à projet pour le prix RFI- France 24 : c'est ce qui m'a décidé à utiliser mon travail photographique sous cette forme.

J'ai été sélectionné et, de fait, je l'ai mis en ligne sur mon site. Je n'avais contacté aucun diffuseur auparavant. Mais du coup, je suis amené à payer le flux sur mon site.

Au Festival de Perpignan j'ai rencontré les créateurs de l'agence Narrative, j'ai rencontré d'autres auteurs de web documentaire qui m'ont conseillé d'écrire de nouveaux projets. Alors, je me suis lancé et j'ai obtenu une aide à l'écriture du CNC pour une série de web documentaires. Je vais désormais aller voir Upian, Capa et le Monde pour voir ce qu'il est possible de faire avec eux, mais je ne sais pas ce qu'ils peuvent proposer.

Je crois que le problème, c'est qu'il n'existe pas de volonté de mettre de l'argent quand il y a la moindre prise de risque, alors, on attend et on laisse souvent passer les opportunités.

Il me semble qu'actuellement sur le secteur il y a les photographes qui ont une vision particulière du format : c'est d'ailleurs les premiers qui l'ont utilisé avec des photos fixes. Parallèlement, on retrouve ceux qui font de la télévision, qui considèrent sans doute qu'il faut être sur le créneau, au risque de perdre sa place et enfin il y a ceux qui font du web et qui sont eux-mêmes subdivisés en de nombreuses catégories. Le tout est loin d'être homogène.

Pourquoi choisir ce format?

Le gros avantage de la diffusion sur le web c'est le temps disponible. L'internaute est devant son écran, il choisit de regarder le programme à ce moment là, il est captif. Et, de fait, c'est une chance pour l'auteur. Par ailleurs, à l'heure actuelle, ce public est tellement impalpable qu'il n'y a pas de règles d'écriture, de procédé de captation de l'attention, ça offre une grande liberté.

En ce qui concerne l'écriture, je considère que raconter une histoire se traduit par une certaine linéarité. Il y a de fait un début et une fin. Et en tant qu'auteur, je veux proposer un point de vue, un propos. C'est ce que j'ai essayé de faire avec « Adoma vers la maison ».

Quelle est l'audience de ce web documentaire?

Il y a eu un pic au moment de Visa pour l'image. Actuellement on peut dire entre 200 et 300 personnes par mois. Ils arrivent sur mon site via le site du Monde ou de RFI.

Annexe 9

Interview de Valentine Letendre

Réalisatrice

La Draile, transhumances numériques : Collectif d'artistes et techniciens professionnels de l'image : vidéastes, photographes, plasticiens, ils développent un projet social et artistique avec les TICs, dans le but de participer à l'expérimentation d'écritures multimédias artistiques.

Inscrite dans un réseau national, sous l'égide du Ministère de la Culture, La Draille a étéinvestie d'une mission de sensibilisation et de formation des publics à l'utilisation des nouvelles technologies dans leur dimension culturelle et artistique.

Echange avec Valentine Letendre, réalisatrice audiovisuel et conceptrice multimédia, 10/06/2010

"Village planétaire" est un projet singulier, pourquoi ce choix du web documentaire ?

Nous réfléchissons depuis une quinzaine d'années au potentiel des narrations interactives qui associent les compétences de la réalisation audiovisuelle et de la conception multimédia. Ce projet était au départ une expérimentation artistique qui questionnait le potentiel des nouveaux médias quant à leur capacité à générer du sens à partir de la lecture croisée de média audiovisuels qui prendraient en compte les attentes de l'internaute: la question des auto-montages...

Comment avez-vous appréhendé l'écriture du projet (je pense notamment aux contraintes pour articuler l'écriture documentaire et la technique) ?

Il s'est agit d'un aller-retour constant entre ce que nous souhaitions dire et montrer, et comment le signifier en fonction des contraintes techniques. Ce qui nous a contraint à l'élaboration des critères d'indexation des média au fur et à mesure du tournage et la nécessité de pouvoir modifier les tables critères à tous moment (notamment pour les critères thématiques) au montage, des séquences très courtes et très nombreuses.

A quel moment est arrivée l'idée de l'interface ? Dès le départ, au moment de l'écriture du projet. Pensez-vous donner une suite à ce projet ?

Si nous obtenons des financements complémentaires nous souhaiterions pouvoir traduire la totalité du site et des média en anglais et éditer quatre DVD reprenant la totalité des médias.

Vous avez pensé le projet dans une dimension participative (inscription, possibilités d'échanges), auriez-vous aimé aller plus loin dans cette voie (contributions vidéo, téléchargements...) et si oui quel a été l'obstacle ?

Nous avons constitué un espace participatif type "mur" (espace Partager). Sur presque 8000 visiteurs uniques une douzaine a laissé des messages. Nous espérions que les habitants de Rieisse pourraient être amenés à tisser des liens avec l'extérieur via Internet. Mais ils ne se sont pas approprié l'interface. Il semble que ce soit trop compliqué pour eux et les relations "virtuelles" ne semblent pas les intéresser vraiment.

Avez-vous d'autres projets de ce type en développement ?

Nous avons bien sûr des idées, mais nous devons d'abord finaliser « Villageplanetaire.org »

Pourriez vous nous communiquer le budget et le plan de financement de ce projet et l'audience depuis son lancement. Vous bénéficiez notamment de plusieurs aides publiques, s'agit-il d'aides aux projets ou à la structure ?

Pourquoi ne pas avoir sollicité le CNC ?

Budget prévisionnel tourne au alentour de 100000 €.

Pour les aides spécifiques au projet nous en avons eu deux : La Région LanguedocRoussillon: 7 500€ et le département de la Lozère : 15 000 €.

Nous avons sollicité le CNC (DICREAM) en 2008, le projet a été rejeté car pas suffisamment transdisciplinaire... Il semble qu'aujourd'hui il y ait d'autres pistes de financement pour le webdoc... à voir!

Le reste est de l'autoproduction prélevée directement sur le fonctionnement de la structure... Nombre de visiteurs uniques: 7 878

Nombres de Pays: 67

Annexe 10

Schéma d'arborescence

de la collection « Dans les coulisses... »

Annexe 11

Descriptif du fonds

« Nouveaux médias » du CNC